En marge du Prix Nobel de la Paix 2021

Une curieuse protection de la liberté de la presse ?

par Fredrik S. Heffermehl, avocat et écrivain, Norvège

Source : Horizons et débats, Zurich, 26 octobre 2021

En 2021, le prix de la paix a été transformé en un prix pour la liberté de la presse. Dans son éditorial, le grand quotidien norvégien «Aften-posten» se réjouit que le comité Nobel «ait décerné le prix à deux personnes qui sont en première ligne de la lutte pour le droit à la liberté d’expression et qui n’abandonnent pas malgré les pressions et les menaces».
Dans tout cet enthousiasme, il ne faut pas oublier qu’Alfred Nobel a créé un prix pour le désarmement, et non un prix pour la liberté de la presse. Le comité aurait pu facilement souscrire à la vision de la paix de M. Nobel. L’un des candidats pour 2021 était de la plus haute importance pour débarrasser le monde de l’ordre militaire mondial politiquement très puissant combattu par M. Nobel. La menace la plus aiguë et la plus mortelle pour la liberté de la presse dans le monde aujourd’hui est la campagne américaine contre Julian Assange.

L’Australien Assange, fondateur de WikiLeaks, mérite les remerciements de l’opinion publique mondiale pour avoir révélé les crimes de guerre des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan. Après tout, la liberté de la presse russe est un problème local, mais l’attaque américaine contre M. Assange empêchera les médias du monde entier de rendre compte de manière critique des abus de pouvoir et des crimes commis par les Etats-Unis. Jusqu’à présent, M. Assange a été privé de sa santé et de sa liberté pendant dix ans. Il est détenu en isolement en tant que prisonnier politique dans la prison de haute sécurité de Belmarsh à Londres, sans inculpation ni condamnation, son traitement est une torture. Ses révélations courageuses pourraient bientôt lui coûter la vie. Un comité fidèle à la vision de la paix d’Alfred Nobel aurait pu protéger M. Assange d’une violation flagrante de ses droits par l’extradition et l’emprisonnement à vie aux Etats-Unis.

    Et maintenant, voici le grand paradoxe : heureusement pour le comité Nobel, la liberté de la presse qu’il vante tant ne fonctionne pas. Si cela avait fonctionné en matière de militarisme (incontrôlé), le monde aurait su depuis longtemps que le prix administré par la Norvège avait trahi l’idée Nobel de coopération mondiale en matière de désarmement. La trahison du sens de ce prix n’avait pas échappé au comité Nobel. Les 14 années que j’ai passées à essayer d’expliquer et de défendre l’idée du Nobel ont échoué parce que les médias mondiaux soutiennent le puissant secteur militaro-industriel et sont incapables de voir le désarmement mondial comme le seul moyen réaliste dans un monde où tant de problèmes menacent la vie.

(Traduction Horizons et débats)






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