Volonté de contourner de gré ou de force la reprise obligatoire du droit de l’UE

A l’approche des élections – session d’automne 2019

par Marianne Wüthrich, docteur en droit

Source : Horizons et débats,

Zurich, 16 septembre 2019

 

Le 20 octobre, nous Suisses élirons les nouveaux membres du Conseil national et, dans la plupart des cantons, également ceux du Conseil des Etats. Auparavant a lieu la session d’automne des Chambres fédérales de trois semaines entre le 9 et le 27 septembre, qui sera dominé par les élections. C’est pourquoi de nombreux partis ont de gré ou de force essayé de contourner la question suprême, l’accord-cadre institutionnel entre la Suisse et l’UE, afin de ne pas devoir prendre position avant les élections. Dans le même ordre d’idées, la décision de verser 1,3 milliards de francs supplémentaires au Fonds de cohésion de l’UE a été reportée à la session de décembre. Les relations entre la Suisse et l’UE ne peuvent cependant pas être complètement évincées. Le Conseil national discutera de l’initiative de limitation, le Conseil des Etats traitera de la proposition d’un petit groupe de Conseillers aux Etats visant à rejeter l’accord-cadre avec l’UE. Ces deux modèles seront présentés ici.

 

«L’initiative de limitation» – oui à la souveraineté de la Suisse

Le 16 septembre, le Conseil national se prononcera sur l’initiative populaire de l’UDC «Pour une immigration modérée (initiative de limitation)». Elle a été lancée en janvier 2018 et les 100 000 signatures nécessaires ont été déposées déjà en juillet 2018. Cette initiative fait suite à l’initiative «Contre l’immigration en masse» adoptée en 2014 par le souverain, mais non mise en œuvre par le Parlement. Elle appelle à une réglementation indépendante de l’immigration; à cette fin, l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE doit être suspendu ou, si nécessaire résilié dans l’année suivant son adoption.1
En effet, la population permanente de la Suisse est passée d’environ 7,1 millions en 2000 (entrée en vigueur de l’Accord de libre circulation des personnes ALCP) à 8,5 millions à la fin de 2018 et continuera à augmenter. 25,1% de la population totale sont des étrangers.2 En conséquence, la construction des rares surfaces constructibles et l’expansion continue de l’infrastructure augmentent obligatoirement à un rythme rapide. Quiconque s’inquiète de l’augmentation de la consommation des ressources et des polluants devrait soutenir l’initiative de limitation.
En dépit de ces corrélations, les mêmes cercles soutenant la campagne en faveur de l’accord-cadre s’opposent à l’initiative. Les partis politiques n’ont pas encore émis de prises de position concernant l’initiative de limitation, les assemblées des délégués respectifs se prononceront en temps utile. Pour l’instant, nous nous limiterons donc à l’analyse de l’opposition du Conseil fédéral et de l’Opération Libero. Ils fournissent suffisamment de manière à réflexion.

Les contre-arguments du Conseil fédéral sont remarquables à plusieurs égards

D’une part, le Conseil fédéral justifie son opposition avec les «besoins de l’économie», car la libre circulation des personnes, «permet aux employeurs de recruter de la main-d’œuvre qualifiée dans l’espace UE/AELE de manière rapide et souple, avec une charge administrative réduite». En outre, le Conseil fédéral affirme que l’immigration n’aurait «pas entraîné d’augmentation du recours aux prestations de l’aide sociale» et qu’il «utilise les mesures d’accompagnement existantes».3
Pour le Conseil fédéral, les «besoins de l’économie» consistent avant tout à ce que les entreprises pourvoient leurs postes sans difficulté. Les mesures d’accompagnement que les organisations syndicales et patronales ont négociées entre elles avant la conclusion de l’accord sur la libre circulation des personnes en matière de protection contre le dumping salarial seraient, en revanche, caduques avec l’accord-cadre prévu ou du moins fortement édulcorées. C’est une affirmation audacieuse que l’immigration excessive n’a pas conduit à davantage de bénéficiaires de l’aide sociale! Les statistiques et les reportages des médias parlent une langue différente. En outre, la directive citoyenneté de l’Union, qui s’appliquerait également à la Suisse en vertu de l’accord-cadre, faciliterait l’accès des immigrants à nos services sociaux. Finalement, le Conseil fédéral fait une remarque absurde: il désire uniquement «autant d’immigration que nécessaire»! C’est précisément ce que les auteurs de l’initiative de limitation veulent atteindre – mais avec l’accord sur la libre circulation des personnes, c’est tout simplement impossible.
D’autre part, le Conseil fédéral répète pour la énième fois que toute dénonciation unilatérale de l’ALCP «entraînerait l’extinction des six Accords bilatéraux I en raison de la clause dite guillotine».3 Une fois de plus, il montre ainsi de quel côté de la table il se place habituellement dans les négociations avec Bruxelles. Si le négociateur accepte déjà à l’avance ce à quoi l’autre partie pourrait aspirer, il a déjà perdu.
Au sujet de la «clause dite guillotine», souvent mentionnée, le président de l’UDC Albert Rösti explique: «Je pense que l’UE va prendre part aux négociations parce qu’elle tire de grands avantages des six accords en question. En cas d’échec, la perte des six accords doit être acceptée. Le traité le plus important pour les exportations, l’Accord de libre-échange de 1972, n’est pas concerné.»4

Confusion des termes: l’Opération Libero «défend notre liberté en Europe»

«Veux-tu défendre notre liberté en Europe? Sois un Cœur vaillant [«Braveheart»] et aide-nous à couler l’initiative de limitation.» Voilà le slogan que l’Operation Libero a lancée en janvier 2019, lorsque la collecte des 100 000 signatures pour l’initiative de limitation fut lancée, pour trouver elle-même 100 000 adversaires s’inscrivant en ligne.
Les antécédents discutables du mouvement politique Opération Libero ont été présentés dans notre édition no 18.5 Il révèle ses objectifs sur sa page d’accueil: L’Opération Libero s’est levée comme un phénix des cendres du Nomes (Nouveau mouvement européen Suisse) et a écrit sur son drapeau comme autrefois: «La Suisse doit enfin discuter sa position en Europe sans œillères […]». Mis à jour, cela signifie: «Il est possible qu’un traité bilatéral élargi [sous-entendu l’accord-cadre institutionnel, mw] puisse régler les questions en suspens. Toutefois, si cela n’est pas possible, l’adhésion à l’UE sera dans l’intérêt de la Suisse.»6
Pourquoi l’Opération Libero choisit-elle comme symbole «Braveheart» (cœur vaillant), le personnage principal d’un film hollywoodien? Le héros est un combattant écossais pour la liberté contre la puissante Angleterre au XIIIe siècle. Ce rôle ne cadre-t-il pas mieux avec celui des combattants suisses pour la liberté conte la puissante UE? Nous défendons notre liberté en n’étant pas politiquement intégrés dans l’UE, n’est-ce pas? Mais l’Opération Libero a évidemment une toute autre «liberté» en vue: non pas la liberté envers l’UE, mais la liberté au sein de l’UE, la liberté des multinationales d’opérer sans entraves dans le marché intérieur européen – sans aucun lien et respect du droit d’un Etat souverain comme la Suisse.

«Nous défendons notre liberté en n’étant pas politiquement intégrés dans l’UE, n’est-ce pas? Mais l’Opération Libero a évidemment une toute autre ‹liberté› en vue».

Sujet du 17 septembre au Conseil des Etats

Renvoi de l’accord-cadre institutionnel à l’UE

«La Confédération suisse protège la liberté et les droits du peuple et assure l’indépendance et la sécurité du pays. Renvoi à l’UE de l’accord-cadre institutionnel».

Une poignée de conseillers aux Etats a fait ce que de nombreux Suisses souhaitaient: Peter Föhn (UDC SZ) et cinq cosignataires ont présenté en juin une motion de renvoi à l’UE de l’accord-cadre. Ainsi, ils passent outre les directives données par les autres partis.
Texte de la motion 19.3746: «Le Conseil fédéral est invité à ne conclure avec l’UE ou d’autres Etats aucun accord bilatéral ou multilatéral imposant une reprise dynamique, c’est-à-dire automatique et obligatoire, du droit ou qui prévoit que les litiges soient réglés par la juridiction d’une autre partie. En effet, de telles clauses sont profondément contraires aux principes généraux énoncés au début de la Constitution (art. 2 al. 1: ‹La Confédération suisse protège la liberté et les droits du peuple et elle assure l’indépendance et la sécurité du pays.›)»
Extraits du développement: «Le Conseil fédéral a demandé des clarifications à Bruxelles sur trois points de l’accord institutionnel (les aides d’Etats, la protection des salaires et la directive sur la libre circulation des citoyens de l’Union), mais a visiblement, et sciemment, omis d’évoquer les deux questions centrales, à savoir la reprise dynamique, c’est-à-dire automatique et obligatoire, du droit européen et la compétence de la Cour de justice de l’UE. Avec cet accord, les Suisses perdraient leur souveraineté dans leur propre pays et ne pourraient plus déterminer leur manière de vivre ensemble selon les règles de la démocratie directe.
Il convient d’expliquer à l’UE, de manière cordiale et sans équivoque, que la Suisse tient à avoir de bonnes relations bilatérales d’égale à égale, mais qu’elle ne peut pas signer un accord contraire à sa Constitution, laquelle garantit l’indépendance du pays et les droits du peuple. […].»

 

Cultiver la pensée cloisonnée ou politiser honnêtement?

Une question urgente se pose: les membres de notre parlement veulent-ils continuer à cultiver la pensée cloisonnée ou est-ce que les Conseillers d’Etats (et plus tard les Conseillers national) se donnent-ils une «poussée» et se joignent à cette intervention? En tant que citoyens, nous devrions examiner de près qui nous voulons élire le 20 octobre: pas des tacticiens qui accrochent leurs drapeaux au vent, mais des personnalités droites et honnêtes. Il en existe dans tous les partis.     •
1    Cf.: www.initiative-de-limitation.ch/texte-de-linitiative
2    https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/population/effectif-evolution/age-etat-civil-nationalite.html
3    «Le Conseil fédéral dit non à l’initiative de limitation». Communiqué de presse du Conseil fédéral du 7/6/19
4    «Es gibt keine halbe Unabhängigkeit». Interview d’Albert Rösti, président de l’UDC, in: St. Galler Tagblatt du 4/9/19
5    «Quelle liberté nous apporte l’‹Opération Libero›?», in: Horizons et débats no 18 19/8/19
6    «Operation Libero sucht 100 000 Nein-Sager!», in: Blick du 22/9/18

 

Two Puny Nations Subjecting World to Risk of Nuclear Holocaust

Polish and Romanian politicians are fine with hosting US missiles, leaving Moscow no margin of error

Paul Craig Roberts

Source : Russia Insider, 2 septembre 2019

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Source originaire :

PaulCraigRoberts.org

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After falsely accusing Russia of violating the Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty (INF), Washington unilaterally repudiated the treaty. Thus did the US military/security complex rid itself of the landmark agreement achieved by Ronald Reagan and Mikhail Gorbachev that defused the Cold War.

The INF Treaty was perhaps the most important of all of the arms control agreements achieved by American 20th century presidents and now abandoned in the 21st century by US neoconservative governments. The treaty removed the threat of Russian missiles against Europe and the threat of European-based US missiles to Russia. The importance of the treaty is due to its reduction of the chance of accidental nuclear war. Warning systems have a history of false alarms. The problem of US missiles on Russia’s border is that they leave no time for reflection or contact with Washington when Moscow receives a false alarm. Considering the extreme irresponsibility of US governments since the Clinton regime in elevating tensions with Russia, missiles on Russia’s border leaves Russia’s leadership with little choice but to push the button when an alarm sounds. That Washington intends to put missiles on Russia’s border and pulled out of the INF Treaty for this sole purpose is now obvious. Only two weeks after Washington pulled out of the treaty, Washington tested a missile whose research and development, not merely deployment, were banned under the treaty. If you think Washington designed and produced a new missile in two weeks you are not intelligent enough to be reading this column. While Washington was accusing Russia, it was Washington who was violating the treaty. Perhaps this additional act of betrayal will teach the Russian leadership that it is stupid and self-destructive to trust Washington about anything. Every country must know by now that agreements with Washington are meaningless.

Surely the Russian government understands that there are only two reasons for Washington to put missiles on Russia’s border: (1) to enable Washington to launch a pre-emptive nuclear strike that leaves Russia no response time, or (2) to enable Washington to threaten such a strike, thus coercing Russia to Washington’s will. Clearly, one or the other of these reasons is of sufficient importance to Washington for Washington to risk a false alarm setting off a nuclear war.

Military analysts can talk all they want about “rational players,” but if a demonized and threatened country with hostile missiles on its border receives a warning with near zero response time, counting on it to be a false alarm is no longer rational.

The 1988 treaty achieved by Reagan and Gorbachev eliminated this threat. What purpose is served by resurrecting such a threat? Why is Congress silent? Why is Europe silent? Why is the US and European media silent? Why do Romania and Poland enable this threat by permitting US missiles to be stationed on their territory?

Little doubt the Romanian and Polish governments have been given bagfulls of money by the US military/security complex, which wants the multi-billion dollar contracts to produce the new missiles. Here we see the extreme irresponsibility of small countries. Without the corrupt and idiotic governments of Romania and Poland, Washington could not resurrect a threat that was buried 31 years ago by Reagan and Gorbachev.

Even the American puppet state of occupied Germany has refused to host the missiles. But two insignificant states of no importance in the world are subjecting the entire world to the risk of nuclear war so that a few Romanian and Polish politicians can pocket a few million dollars.

Missiles on Russia’s borders that provide no response time are a serious problem for Russia. I keep waiting for Moscow to announce publicly that on the first sign of a missile launching from Romania or Poland, the countries will immediately cease to exist. That might wake up the Romanian and Polish populations to the danger that their corrupt governments are bringing to them.

Why aren’t the Romanian and Polish provocations sufficient justification for Russia to pre-emptively occupy both countries? Is it more provocative for Russia to occupy the two countries than it is for the two countries to host US missiles against Russia? Why only consider the former provocative and not the latter?

No one is capable of coming to Romania and Poland’s aid even if anyone was so inclined. NATO is a joke. It wouldn’t last one day in a battle with Russia. Does anyone think the United States is going to commit suicide for Romania and Poland?

Where are the UN resolutions condemning Romania and Poland for resurrecting the specter of nuclear war by hosting the deployment of US missiles on their borders with Russia? Is the entire world so insouciant that the likely consequences of this act of insanity are not comprehended?

It does seem that human intelligence is not up to the requirements of human survival.

 

Les actions de l’armement explosent: 500% de bénéfices en dix ans !

Source : MW

Horizons et débats

Zurich 19 août 2019

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-18-19-aout-2019/les-actions-de-larmement-explosent-500-de-benefices-en-dix-ans.html

 

Il est bien connu que la production d’armes peut rapporter beaucoup d’argent. Les médias d’affaires le rappellent souvent: dans les périodes de rendement négatif des comptes d’épargne et des obligations d’Etat, il est possible de faire de gros profits en achetant des actions dans le secteur de l’armement. Serait-ce faire du profit par la mort et la destruction dans les pays en guerre? A y penser, un citoyen, donc un être humain «normal», en a des frissons. Mais jetons un coup d’œil aux sommes perçues par certaines entreprises et leurs actionnaires des guerres à l’international. Alors les pensées se remettront en place.

Faits et chiffres sur les gains de l’armement et les guerres 

Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm SIPRI, 1,8 billions de dollars ont été dépensés en armements en 2018. 1 800 000 000 000 000 de dollars. La part du lion des dépenses d’armement, plus de 700 milliards de dollars, revient aux Etats-Unis; 750 milliards de dollars sont prévus pour 2020.1 Les bases militaires américaines omniprésentes sur terre, en mer avec les porte-avions, mais aussi dans les airs et dans l’espace sont une menace globale. Cette menace est également un moteur de l’armement en Russie et en Chine, et pour de nombreux autres Etats luttant pour sauver leur vie. Une fois de plus, les pays européens de l’OTAN sont poussés par le gouvernement américain, le lobby de l’armement et les médias à augmenter leurs budgets militaires en faisant constamment état de la menace et de l’agressivité d’autres grandes puissances qui pourraient détrôner l’unique superpuissance actuelle. Et parallèlement, l’UE veut mettre sur pied sa propre armée européenne, contrairement à la volonté de nombreux Etats membres.
«Il y a eu 16 guerres et 173 conflits armés en 2018, selon l’Institut Heidelberg pour la recherche sur les conflits internationaux», et «le secteur de l’armement a fait 500% de profit en faveur de ses actionnaires au cours des dix dernières années» (Handelszeitung du 18 juin), soit 50% par an! Cependant, l’auteur confond cause et effet lorsqu’il écrit: «Il y a des raisons pour de bonnes performances: le nombre de conflits est constamment élevé». Comme si les gens vivaient volontairement dans ces terribles guerres, dans certains cas pendant des années et des décennies! Comme si la production de bombes répondait aux besoins de l’humanité …
Plus loin, l’auteur nomme les intéressés par leurs noms: Trois des quatre plus grandes entreprises d’armement sont américaines. Au sommet se trouve Lockheed Martin, dont le cours des actions a atteint «un pic inédit» puisque l’entreprise fabrique «2700 avions de combat furtifs de type F-35» pour le Pentagone pour 400 milliards de dollars. Plus encore, Northrop Grumman, spécialiste de l’aéronautique et de l’espace, est également en plein essor. Et finalement, United Technologies (UTC), qui réalisera environ 70% de son chiffre d’affaires prévu dans le secteur de l’aviation. On note qu’il a récemment acquis le fournisseur d’avions Rockwell Collins. Ensuite, on peut aussi nommer Boeing, «plus grand constructeur aéronautique du monde», dont le cours de l’action a chuté après le crash de l’avion civil 737 Max – mais il va se remettre sur pied. Le quatrième dans la liste est l’avionneur européen Airbus, profitant actuellement de la malchance de son concurrent américain Boeing: sa part est également «en hausse» (Handelszeitung du 18 juin).

Les guerres maintiennent en vie l’industrie américaine de l’armement et la superpuissance en déclin 

En faisant un simple calcul de maths, et sachant que les trois plus grandes sociétés d’armement du monde sont des sociétés américaines, vous constaterez que les Etats-Unis dépensent de loin le plus d’argent en armements et invitent tous leurs «partenaires» à acheter des armements américains afin de nourrir l’insatiable complexe militaro-industriel – selon la devise «America first», que les électeurs de Donald Trump comprennent probablement tout autrement. Parce que les Etats-Unis ont peu d’industries nationales compétitives autres que l’industrie de la défense, ils les protègent – contre les règles de l’OMC, mais en accord avec «America first», – avec des droits de douane élevés contre l’importation de toutes sortes de marchandises en provenance de Chine. On note que les concurrents européens performants, tels que VW, UBS ou Bayer, sont soumis à des procédures judiciaires leur coûtant des milliards.
En ce qui concerne les nombreuses guerres des Etats-Unis: après tout, les 2700 nouveaux avions furtifs et tout ce que le Pentagone achète doivent être utilisés quelque part dans le monde pour que la demande et le réapprovisionnement soient garantis …

Et nous, les habitants de cette terre?

Quiconque tente de se rassurer par l’idée que les guerres d’aujourd’hui se déroulent loin de nous, ne doit pas oublier deux choses:

  1. Sur notre globe armé jusqu’aux dents, le risque que quelqu’un presse le mauvais bouton, soit accidentellement, soit à cause d’une situation de tension, est toujours présent. En octobre 1962, par exemple, cela a failli arriver lorsque l’Union soviétique avait installé des missiles nucléaires de moyenne portée à Cuba pour empêcher une invasion américaine redoutée. Les deux chefs d’Etat de l’époque, Nikita Khrouchtchev et John F. Kennedy, furent assez prudents pour empêcher une guerre nucléaire. Cependant, on ne peut nier que ce risque virulent existe toujours, surtout à l’heure actuelle, alors que les Etats-Unis ont confirmé le 2 août la résiliation du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) avec la Russie,2en donnant comme motif que la Russie a déployé des missiles de croisière en violation du traité. La Russie, pour sa part, a fait valoir qu’il s’agissait d’une réaction aux missiles Patriot que les Etats-Unis avaient installés en Europe de l’Est depuis des années. Une situation dangereuse – non seulement pour les pays d’Europe de l’Est, mais pour toute l’Europe et le monde entier, ainsi que pour la Suisse, puisque la République fédérale voisine est pleine d’armes nucléaires (aux mains des Etats-Unis).
  2. Les guerres dans les pays étrangers ne peuvent et ne doivent pas nous laisser indifférents – pour la simple raison que nous sommes tous des êtres humains. Quand on voit les terribles images des zones de guerre et qu’on entend les rapports saisissants des personnes touchées, il n’y a qu’une chose qui fait loi: dire non à la guerre! Dans les années 1960, les jeunes de nombreux pays ont protesté contre la guerre du Vietnam, aujourd’hui ils manifestent contre le changement climatique. Qui a intérêt à détourner l’attention de nos jeunes de la protestation contre la plus grande et plus dangereuse menace pour l’humanité?    •

 

1    Tous les chiffres et faits présentés ici proviennent de l’article de Georg Pröbstl: «Volle Fahrt voraus auf Rüstungsaktien», in: Handelszeitung du 18/6/19
2    Force nucléaire à portée intermédiaire. Accord de 1987 entre l’Union soviétique et les Etats-Unis sur la destruction de tous les missiles nucléaires terrestres à courte et moyenne portée (500 à 5500 kilomètres).

Le Traité FNI enterré, les nouveaux euromissiles arrivent. L’Europe complice.

par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 3 août 2019

ilmanifesto.it

https://www.mondialisation.ca/le-traite-fni-enterre-les-nouveaux-euromissiles-arrivent/5635871

 

 

Le secrétaire d’état Mike Pompeo a annoncé le 2 août 2019, après six mois de suspension, le retrait définitif des États-Unis du Traité sur les Forces nucléaires intermédiaires (INF ou FNI), accusant la Russie de l’avoir “délibérément violé, mettant en danger les intérêts suprêmes USA”. À cette nouvelle n’a été donné en Italie que très peu d’écho politique et médiatique (l’Ansa –agence de presse nationale italienne– ne lui a consacré que quelques lignes). Et pourtant nous sommes devant une décision qui a de dramatiques implications pour l’Italie, exposée comme d’autres pays européens à se tenir en premières lignes dans une nouvelle confrontation nucléaire USA-Russie non moins dangereuse que celle de la guerre froide.

Le Traité FNI, signé en 1987 par les présidents Gorbachev et Reagan, élimina tous les missiles nucléaires à courte portée et à portée intermédiaire (entre 500 et 5 500 Km) avec base au sol, avant tout les missiles balistiques Pershing 2, déployés par les États-Unis en Grande-Bretagne, Italie, Allemagne de l’Ouest, Belgique et Pays-Bas, et en même temps les missiles balistiques SS-20 (appellation occidentale) basés par l’Union Soviétique sur son propre territoire.

En 2014 l’administration Obama accusait la Russie, sans apporter aucune preuve, d’avoir expérimenté un missile de croisière (sigle 9M729) de la catégorie interdite par le Traité et, en 2015, annonçait que “face à la violation du Traité FNI par la Russie, les États-Unis sont en train de considérer le déploiement en Europe de missiles avec base au sol”. Le plan a été confirmé par l’administration Trump : en 2018 le Congrès a autorisé le financement d’”un programme de recherche et développement d’un missile de croisière lancé du sol par plate-forme mobile sur route”.

De son côté, Moscou niait que son missile de croisière violât le Traité et, à son tour, accusait Washington d’avoir installé en Pologne et Roumanie des rampes de lancement de missiles intercepteurs (ceux du “bouclier”), qui peuvent être utilisées pour lancer des missiles de croisière à tête nucléaire. Dans ce cadre il convient de garder à l’esprit le facteur géographique : tandis qu’un missile nucléaire USA à portée intermédiaire, basé en Europe, peut frapper Moscou, un missile analogue basé par la Russie sur son propre territoire peut frapper les capitales européennes, mais pas Washington. Si l’on inverse le scénario, c’est comme si la Russie déployait des missiles nucléaires à portée intermédiaire au Mexique.

“Les États-Unis -souligne Mike Pompeo dans sa déclaration- apprécient grandement la constante coopération et détermination des alliés OTAN dans leur réponse à la violation russe du Traité”. Appréciation méritée : les alliés, Italie comprise, ont déclaré la Russie coupable d’avoir violé le Traité en acceptant les yeux fermés l’accusation faite par les USA sans aucune preuve réelle.

L’effacement du Traité FNI, suspendu aussi par la Russie le 3 juillet, s’insère dans une nouvelle course aux armements désormais basée non tant sur la quantité mais sur la qualité des armes nucléaires et de leurs vecteurs, et sur leur localisation. Des sources militaires informent que les États-Unis sont en train de mettre au point de nouveaux missiles nucléaires à portée intermédiaire avec base au sol, aussi bien de croisière que balistiques (ceux-ci capables de frapper leurs objectifs à 6-8 minutes du lancement). La Russie a prévenu que, s’ils sont basés en Europe, elle pointera ses missiles nucléaires sur les territoires où les missiles USA seront installés.

L’enterrement du Traité FNI a un objectif stratégique ultérieur. C’est ce qu’a révélé Pompeo lui-même, en accusant la Chine de déployer (sur son propre territoire) des missiles nucléaires à portée intermédiaire avec base au sol avec lesquels “elle menace les États-Unis et leurs alliés en Asie”. Le secrétaire d’état Pompeo prévient ensuite : “Il n’y a pas de raison que les États-Unis continuent à concéder cet avantage militaire crucial à des puissances comme la Chine”. Les USA donc se préparent à déployer de nouveaux missiles nucléaires à portée intermédiaire non seulement contre la Russie mais aussi contre la Chine. Toutes les deux en mesure de répondre en déployant de nouvelles armes nucléaires.

Significative la position de la Commission Européenne, qui a déclaré hier : “Nous encourageons à préserver les résultats du Traité FNI, nous devons être attentifs à ne pas prendre la voie d’une nouvelle course aux armements qui réduirait les résultats significatifs atteints après la fin de la Guerre froide”. Il faut un sacré toupet pour déclarer cela, après que cette même Union européenne a contribué à l’enterrement du Traité FNI : à l’Assemblée Générale de l’ONU (21 décembre 2018), l’Union européenne compacte a rejeté la résolution par laquelle la Russie proposait de préserver le Traité en établissant des mécanismes de vérification et des négociations. L’Union européenne a donné ainsi de fait le feu vert à l’installation de nouveaux missiles nucléaires USA en Europe, Italie comprise.

 

Article original en italien :

Affossato il Trattato Inf, in arrivo nuovi euromissili 

Édition de samedi 3 août 2019 de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange  Patrizio

La source originale de cet article est ilmanifesto.it

Copyright © Manlio Dinucciilmanifesto.it, 2019

 

Why Should Iran Be Cherished and Defended?

By Andre Vltchek

OpEdNews Op Eds 7/29/2019 at 02:04:41    H2’ed 7/29/19

Source:

https://www.opednews.com/articles/Why-Should-Iran-Be-Cherish-by-Andre-Vltchek-Iran_Iran-Russia-And-China-190729-216.html

First published by NEO – New Eastern Outlook

This piece was reprinted by OpEdNews with permission or license. It may not be reproduced in any form without permission or license from the source.

As I pen this short essay, Iran is standing against the mightiest nation on earth. It is facing tremendous danger; of annihilation even, if the world does not wake up fast, and rush to its rescue.

Stunning Iranian cities are in danger, but above all, its people: proud and beautiful, creative, formed by one of the oldest and deepest cultures on earth.

This is a reminder to the world: Iran may be bombed, devastated and injured terribly, for absolutely no reason. I repeat: there is zero rational reason for attacking Iran.

Iran has never attacked anyone. It has done nothing bad to the United States, to the United Kingdom, or even to those countries that want to destroy it immediately: Saudi Arabia and Israel.

Its only ‘crime’ is that it helped devastated Syria. And that it seriously stands by Palestine. And that it came to the rescue of many far away nations, like Cuba and Venezuela, when they were in awful need.

I am trying to choose the simplest words. No need for pirouettes and intellectual exercises.

Thousands, millions of Iranians may soon die, simply because a psychopath who is currently occupying the White House wants to humiliate his predecessor, who signed the nuclear deal. This information was leaked by his own staff. This is not about who is a bigger gangster. It is about the horrible fact that antagonizing Iran has absolutely nothing to do with Iran itself.

Which brings the question to my mind: in what world are we really living? Could this be tolerable? Can the world just stand by, idly, and watch how one of the greatest countries on earth gets violated by aggressive, brutal forces, without any justification?

I love Iran! I love its cinema, poetry, food. I love Teheran. And I love the Iranian people with their polite, educated flair. I love their thinkers. I don’t want anything bad to happen to them.

You know, you were of course never told by the Western media, but Iran is a socialist country. It professes a system that could be defined as « socialism with Iranian characteristics ». Like China, Iran is one of the most ancient nations on earth, and it is perfectly capable of creating and developing its own economic and social system.

 

Iran is an extremely successful nation. Despite the embargos and terrible intimidation from the West, it still sits at the threshold of the « Very high human development », defined by UNDP; well above such darlings of the West as Ukraine, Colombia or Thailand.

It clearly has an internationalist spirit: it shows great solidarity with the countries that are being battered by Western

I have no religion. In Iran, most of the people do. They are Shi’a Muslims. So what? I do not insist that everyone thinks like me. And my Iranian friends, comrades, brothers and sisters have never insisted that I feel or think the same way as they do. They are not fanatics, and they do not make people who are not like them, feel excluded. We are different and yet so similar. We fight for a better world. We are internationalists. We respect each other. We respect others.

Iran does not want to conquer anyone. But when its friends are attacked, it offers a helping hand. Like to Syria.

In the past, it was colonized by the West, and its democratic government was overthrown, in 1953, simply because it wanted to use its natural resources for improving the lives of its people. The morbid dictatorship of Shah Pahlavi was installed from abroad. And then, later, again, a terrible war unleashed against Iran by Iraq, with the full and candid support of the West.

I promised to make this essay short. There is no time for long litanies. And in fact, this is not really an essay at all: it is an appeal.

As this goes to print, many people in Iran are anxious. They do not understand what they have done to deserve this; the sanctions, the US aircraft carriers sailing near their shores, and deadly B-52s deployed only dozens of miles away.

Iranians are brave, proud people. If confronted, if attacked, they will fight. And they will die with dignity, if there is no other alternative.

But why? Why should they fight and why should they die?

Those of you, my readers, living in the West: Study; study quickly. Then ask this question to your government: « What is the reason for this terrible scenario? »

Rent Iranian films; they are everywhere, winning all festivals. Read Iranian poets. Go eat Iranian food. Search for images of both historic and modern Iranian cities. Look at the faces of the people. Do not allow this to happen. Do not permit psychopathic reasoning to ruin millions of lives.

There was no real reason for the wars against Iraq, Afghanistan, Libya and Syria. The West perpetrated the most terrible imperialist interventions, ruining entire nations.

But Iran it all goes one step further. It’s a total lack of logic and accountability on the part of the West.

Here, I declare my full support to the people of Iran, and to the country that has been giving countless cultural treasures to the world, for millennia.

It is because I have doubts that if Iran is destroyed, the human race could survive.

Andre Vltchek is a philosopher, novelist, filmmaker and investigative journalist. He has covered wars and conflicts in dozens of countries. Four of his latest books are China and Ecological Civilization with John B. Cobb, Jr., Revolutionary Optimism, Western Nihilism, a revolutionary novel “Aurora” and a bestselling work of political non-fiction: “Exposing Lies Of The Empire”. View his other books here. Watch Rwanda Gambit, his groundbreaking documentary about Rwanda and DRCongo and his film/dialogue with Noam Chomsky “On Western Terrorism”. Vltchek presently resides in East Asia and the Middle East, and continues to work around the world. He can be reached through his website and his Twitter.
 

Comment l’UE et l’OTAN créent des crises et préparent des guerres

Interview d’Ullrich Mies* accordé à Nicolas Riedl (rubikon)

Source : Horizons et débats,

Zurich, 24 juin 2019

 

«Prêter à la Russie l’intention d’attaquer n’importe quel pays est une propagande diabolique du complexe occidental de renseignement et de communication. Ce n’est pas la Russie qui s’est rapprochée du continent américain ou de l’UE avec sa puissance militaire, mais c’est l’OTAN qui étouffe la Russie. Un coup d’œil sur la carte géographique suffit pour démasquer la propagande comme un mensonge.»

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  1. Ullrich Mies, entrepreneur et auteur, a publié un nouveau livre intitulé «Der Tiefe Staat schlägt zu. Wie die westliche Welt Krisen erzeugt und Kriege vorbereitet» [Le pouvoir de l’ombre attaque. Comment le monde occidental produit des crises et prépare des guerres]. Cet ouvrage est une suite de son premier livre intitulé «Fassadendemokratie und Tiefer Staat. Auf dem Weg in ein autoritäres Zeitalter» [Démocratie de façade et pouvoir de l’ombre. En route vers une époque autoritaire]. Son nouveau livre donne la parole à des auteurs analysant avant tout les dangers de guerre émanant du pouvoir de l’ombre [Deep State].

Nicolas Riedl: Pour quelles raisons avez-vous publié un second livre? 

Ullrich Mies: Lors des présentations du livre, j’ai remarqué que nous avions atteint un point névralgique en 2017 avec le titre «Démocratie de façade et pouvoir de l’ombre». Le public a toujours été d’accord avec l’affirmation que nous vivons dans une démocratie de façade. Cependant, les forces se cachant derrière ce gouvernement occulte n’étaient pas reconnaissables pour la plupart des lecteurs. Le premier livre a fourni la réponse à cette question.
Le nouveau livre «Le pouvoir de l’ombre attaque» explique comment les élites au pouvoir ont réussi à détruire les dividendes de la paix de 1990 et comment elles ont réussi à conduire le monde dans un nouvel Etat d’avant-guerre. J’adopte également une approche beaucoup plus globale du terme anglais «Deep State» que celle généralement admise: je le décris comme l’espace sombre du pouvoir. Certaines parties sont visibles, les parties essentielles ne le sont pas. Dans cette espace sombre, la lutte des classes est organisée d’en haut. Les acteurs du pouvoir de l’ombre ne sont ni élus ni ne peuvent être destitués. Ces derniers sont les représentants du modèle radical de marché du capitalisme occidental. Les idéologues néoconservateurs y jouent un rôle décisif. Le pouvoir de l’ombre et les acteurs néoconservateurs ne peuvent être séparés.
Dans le livre «La démocratie de façade et le pouvoir de l’ombre» la perspective internationale du pouvoir de l’ombre manquait. Dans «Le pouvoir de l’ombre attaque. Comment le monde occidental produit des crises et prépare des guerres», je présente un recueil de contributions dont les 16 auteurs montrent comment les élites occidentales au pouvoir ont érodé l’ordre international dans un processus commencé depuis d’environ 25 ans.

Quels auteurs avez-vous trouvés pour le nouveau livre?

Les personnes ayant contribué à cet ouvrage sont, dans l’ordre de la table des matières, Rainer Rupp, Eugen Drewermann, Jochen Scholz, Hannes Hofbauer, Tilo Gräser, Annette Groth, Kees van der Pijl, Chris Hedges, Nicolas J.S. Davies, John Pilger, Ullrich Mies, Vladimir Kozin, Wolfgang Jung, Aktham Suliman, Mohssen Massarrat et Ernst Wolff. Comme vous le reconnaissez aux noms, j’ai pu attirer un certain nombre d’auteurs étrangers, notamment des Etats-Unis. Avec Vladimir P. Kozin, il y a également un éminent expert russe s’occupant des questions du contrôle des armements depuis de nombreuses décennies.

Que souhaiteriez-vous transmettre à vos lecteurs?

A travers l’analyse des événements politiques internationaux, l’ouvrage vise à contribuer à une meilleure compréhension des bouleversements actuels sur la scène internationale. Après l’avoir lu, le lecteur comprendra mieux certains développements politiques, notamment les relations de l’Occident avec la Russie. J’explique, par exemple, pourquoi l’affirmation propagandiste de l’Occident selon laquelle la crise de Crimée était un acte arbitraire de la Russie n’est pas correcte. Ce n’était rien de plus que le résultat du processus d’élargissement vers l’Est entrepris par l’OTAN et l’UE depuis 25 ans. La prétendue politique étrangère de l’Occident et son industrie de la désinformation détourne délibérément les événements de l’époque récente ayant conduit au désaccord avec la Russie.
Cependant, celui qui ne comprend pas l’histoire contemporaine comme une chaîne de décisions et d’événements et ne tient compte que du dernier chaînon – comme la sécession de la Crimée – ne comprend rien du tout. Les élites dirigeantes occidentales sont les initiatrices principales des conflits et des guerres sur notre terre.
De nombreux hommes politiques honorables ayant, après la chute du mur de Berlin, joué un rôle décisif comme architectes de la Maison commune d’une Europe pacifique et unie, sont décontenancés face à la politique actuelle du gouvernement fédéral allemand à l’égard de la Russie.
Je ne nie pas l’existence, aujourd’hui comme dans le passé, de politiciens honnêtes. Cependant, il est fort rare de trouver de tels politiciens dans les instances dirigeantes. Majoritairement, ce sont avant tout des opportunistes et des apparatchiks corrompus ayant uni leurs forces à celles du pouvoir économique et financier. Ils ne s’occupent en rien de la population en général, de l’environnement et de la paix dans le monde. La Conférence de Munich sur la sécurité et l’une de ces scènes ou se retrouvent les bellicistes occidentaux. L’auteur Tilo Gräser se concentre dans son article sur la conférence de l’année 2018.
Revenons à l’occasion historiquement unique suite aux événements de 1989: la destruction des dites dividendes de la paix après 1990/91 a suivi un scénario écrit par les cadres néoconservateurs de l’Etat profond des Etats-Unis. Après la disparition de la concurrence des systèmes USA/URSS, les néoconservateurs américains avaient carte blanche, notamment sous le président Bush junior. Après une phase d’orientation, ils ont vu leur chance de revitaliser l’entière domination mondiale par les Etats-Unis, un concept existant depuis environ 100 ans.

Comment le monde occidental a-t-il pu retomber dans une spirale de méfiance, de course aux armements et de dissuasion mutuelle après les expériences de la guerre froide? Quelle est la probabilité d’une escalade de tensions entre l’Ouest et l’Est?

La raison première des distorsions sur la scène internationale est la prétention des Etats-Unis à dominer le monde. Les Etats-Unis définissent le monde entier, en particulier l’espace eurasien, comme leur intérêt sécuritaire. Mais cela va bien au-delà. La prétention américaine à la domination du monde s’appuie sur l’idéologie de la «full-spectrum-dominance» et comprend désormais, outre les trois armées traditionnelles armée de terre, armée de l’air et marine, d’autres armes: «space», «cyberspace», «guerre de l’information» ainsi que la surveillance totale.
De même, l’admission continuelle de nouveaux pays dans l’alliance de l’OTAN sert l’expansion de l’idéologie et des domaines de pouvoir des Etats-Unis jusqu’aux fins fonds de la zone eurasiatique. De 1990 à aujourd’hui, les impérialistes transatlantiques ont procédé en plusieurs phases.
Il y a d’abord eu une phase d’orientation de l’alliance et de recherche de nouvelles tâches de 1990 à 1993, suivie de la revitalisation de la revendication américaine au leadership mondial, du maintien de du renforcement de cette domination et de la consolidation des plans d’expansion de l’OTAN de 1994 à 1998, puis de 1999 à 2001, la première phase d’agression, notamment la guerre en Yougoslavie, le 11-Septembre, la «guerre contre le terrorisme», la guerre contre l’Afghanistan et la première phase de l’expansion de l’OTAN avec la Pologne, la République tchèque et la Hongrie.
La deuxième phase de l’agression est selon mon point de vue, la période 2002–2010. C’est la consolidation de la domination mondiale revendiquée par les Etats-Unis, l’annulation du traité ABM, les guerres contre l’Irak, la Libye, la Géorgie, les deux phases d’élargissement de l’OTAN avec l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Bulgarie, la Slovénie, la Slovaquie, puis l’Albanie et la Croatie.
La troisième phase de l’agression est à mon avis la période allant de 2011 à 2013 avec le début de la guerre en Syrie et l’hostilité ouverte contre la Russie. Au cours de ces années, ont lieu divers manœuvres militaires et le déploiement d’armes lourdes aux frontières russes.
La quatrième phase commence selon moi en 2014 avec le coup d’Etat en Ukraine, l’escalade de la guerre en Syrie, les guerres de propagande, le régime des sanctions et de la guerre économique, la russophobie, les manœuvres militaires excessifs, l’armement, la dénonciation du traité nucléaire avec l’Iran et du traité FNI. La quatrième phase de l’élargissement de l’OTAN avec le Monténégro en 2017 s’inscrit également dans cette perspective.
Nicolas S. Davies présente dans sa contribution les traces de sang laissées par les Etats-Unis dans leurs guerres depuis le 11-Septembre. Son résultat est le suivant: les guerres menées par les Etats-Unis depuis 2001 ont coûté la vie à entre 5 et 7 millions de personnes.
A mon avis, les élites néoconservatrices de la politique étrangère américaine ainsi que leurs vassaux transatlantiques en Allemagne et dans d’importants Etats membres de l’UE ont conduit les peuples dans d’innombrables pays – même en Europe – à cette tragédie. Kees van der Pijl a préparé une contribution intéressante sur ces liens intitulée: «L’axe du mal – la NeoCon-Connection US/Israël».

La Suède a récemment publié une série télévisée sur une invasion de la Norvège par la Russie. Est-ce une coïncidence ou pensez-vous qu’on veut ainsi renforcer le climat russophobe? 

Franklin D. Roosevelt, président des Etats-Unis de 1933 à 1945, a dit un jour: «Rien n’arrive par hasard en politique. Si quelque chose se passe, vous pouvez être certain que cela a été planifié ainsi.» En clair: tout est intentionnel. La Norvège, la Suède et la Finlande sont d’une grande importance pour les stratèges de l’OTAN et une potentielle guerre contre la Russie. Le fait que deux secrétaires généraux de l’OTAN d’affilée soient des Scandinaves, Jens Stoltenberg et son prédécesseur Fogh Rasmussen, n’est pas non plus un hasard. Cela sert à lier ces pays à l’OTAN.
Le climat russophobe a été et est toujours créé avec toutes les techniques de propagande disponibles. L’infiltration culturelle et militariste du public à l’aide de films, de séries télévisées, de publicité, d’affiches grand-format, etc. est très importante. Ce sont des techniques subtiles ne manquant pas d’avoir un effet dans le subconscient des masses. Ainsi, le mauvais Russe est de manière subliminale ancré dans la conscience des masses. La plupart des gens ne reconnaissent pas les techniques perfides du pouvoir, car ils ne peuvent même pas penser aussi malicieusement que les élites. Le climat russophobe fait partie de l’installation de la «guerre froide 2.0».

Les habitants du nord et de l’est de l’Allemagne vivent le réarmement et le déplacement de matériel militaire lourd vers l’Est dans la vie quotidienne, par exemple les camions militaires dans les rues. Les wagons de marchandises chargés de blindés ont désormais la priorité face aux transports de voyageurs de la Deutsche Bahn. L’UE veut investir 6,5 milliards d’euros pour rendre les routes et les voies ferrées appropriées au déplacement de chars vers l’Est. Pouvez-vous comprendre que les pays de l’ancien bloc de l’Est se félicitent de ces développements? Certes, les habitants des pays de l’ancien bloc de l’Est sont encore conscients de l’aversion pour tout ce qui est russe. Selon moi, ce qui est plus déterminant c’est l’alignement mental des élites politiques d’Europe de l’Est sur l’idéologie transatlantique américaine, suite à des investissements à long terme et une multitude de programmes de soutien, de bourses d’études, de séjours de recherche, de connexions et de réseaux.

L’Allemagne joue un rôle particulier en étant devenu un pays de transit pour les armes lourdes. C’est aussi un dépôt d’armes nucléaires, une plate-forme logistique, un site pour quelque 40 000 militaires américains, un centre de contrôle pour les assassinats par drones dans le monde entier, un site pour Africom et Eucom. Dans son nouveau livre, Wolfgang Jung explique que l’Allemagne sera avant tout un futur champ de bataille. Je trouve extrêmement troublant, voire insidieux, que le dit establishment de politique étrangère de l’Allemagne ne tienne pas compte de ces faits.

Ne devrait-il pas être clair pour tous les citoyens de l’ancien bloc de l’Est pensant logiquement que, du point de vue de la Russie, il serait totalement suicidaire d’attaquer un de ces pays ou même de l’annexer? Prêter à la Russie l’intention d’attaquer n’importe quel pays est une propagande diabolique du complexe occidental de renseignement et de communication. Ce n’est pas la Russie qui s’est rapprochée du continent américain ou de l’UE avec sa puissance militaire, mais c’est l’OTAN qui étouffe la Russie. Un coup d’œil sur la carte géographique suffit pour démasquer la propagande comme un mensonge.

Jusqu’en 1977, il était prévu de détruire l’URSS avec 10 000 armes nucléaires. Cet esprit de folie existe-t-il encore aujourd’hui? Bien sûr, cet esprit de folie persiste, et les fous, pour rester dans l’image, disposent du pouvoir de faire de leurs idées une réalité. Ou bien pensez-vous que les peuples seraient si fous au point de s’anéantir mutuellement ou de menacer la planète d’extinction nucléaire?

Cet esprit maléfique continue d’exister. Pour exercer la pleine terreur nucléaire, les Etats-Unis veulent mettre à disposition plus de 1200 milliards de dollars dans les 30 prochaines années. Les sociopathes et les psychopathes se perdant dans les jeux de stratégie d’extermination représentent un énorme danger pour l’humanité. La population ne devrait jamais oublier: les responsables politiques de toute cette folie se trouvent dans les gouvernements. Ceux-ci extorquent l’argent du peuple par des propos alarmistes et la production d’ennemis pour l’investir dans cet appareil d’extermination. Vladimir P. Kozin nous offre des informations à ce sujet dans sa contribution intitulée «La nouvelle guerre froide et l’escalade planifiée USA/Europe contre la Russie». Afin de comprendre toute cette folie, je fournis moi-même quelques aspects dans ma contribution intitulée «Comment la communauté de valeurs occidentale a installé la guerre froide 2.0».

Si l’empire américain, ou plutôt les élites trans­atlantiques, est intéressé par l’ouverture forcée de la Russie en tant que nouveau marché, n’est-ce alors pas totalement irrationnel de rendre d’immenses surfaces inhabitables pour les siècles à venir par des bombardements nucléaires? Pouvez-vous expliquer cela? 

Oui, ces diaboliques moteurs du génocide dans les appareils militaires américains et les think tanks transatlantiques pensent que la guerre nucléaire limitée est effectivement gérable, voire souhaitable sous certaines conditions, pour devancer par une frappe préventive l’ennemi qu’ils accusent toujours des pires intentions.
Le plus grand scandale se situe au niveau de la caste dirigeante de l’Allemagne préparant ou participant actuellement à la troisième tentative d’attaquer la Russie au cours du siècle écoulé. Si les cliques dirigeantes de Berlin entraient réellement en guerre contre la Russie, beaucoup d’Allemands refuseraient de suivre le régime attaquant. J’en suis certain. A mon avis, une guerre contre la Russie n’est possible qu’au prix d’une guerre civile. Mais qui sait quels développements se produiront réellement dans un tel cas? La guerre d’agression contre la Russie ne peut se faire qu’au prix de l’achèvement complet des droits civils par la mise en œuvre de l’état d’urgence et donc au prix d’une éventuelle guerre civile et/ou partisane dans son propre pays.    •

 

Bibliographie:
Mies, Ullrich; Wernicke, Jens (éd.). Fassadendemokratie und Tiefer Staat. Auf dem Weg in ein autoritäres Zeitalter. Vienne 2017
Mies, Ullrich (éd.). Der Tiefe Staat schlägt zu. Wie die westliche Welt Krisen erzeugt und Kriege vorbereitet. Vienne 2019

(Traduction Horizons et débats)

Gravissime provocation occidentale contre l’Iran.

Des commandos britanniques ont arraisonné un superpétrolier iranien au large de Gibraltar au tout début de juillet.

par Ivo Rens

 

Le 4 juillet, le Grace 1, un pétrolier iranien géant long de 330 mètres contenant 2,1 millions de barils de brut a été arraisonné par la police et les doaunes de Gibraltar, en réalité par un commando de Royal marines britanniques. La Cour suprême de Gibraltar s’empressa d’avaliser cet arraisonnement en autorisant la détention du navire, d’abord pour 72 heures, puis pour une période de 14 jours, renouvelable. (1)

Le ministre espagnol des affaires étrangères, Joseph Borrell affirma que cet arraisonnement avait eu lieu après “une demande adressée par les Etats-Unis au Royaume Uni”.(2) De fait, John Bolton, Conseiller à la sécurité nationale du Président Donald Trump, accueillit cet événement comme une “excellente nouvelle”.

Le ministre des affaires étrangères du Royaume Uni déclara que le navire avait été intercepté en application des sanctions prise par l’Union Européenne contre la Syrie et il déclara à son homologue iranien que le pétrolier serait libéré si le Royaume Uni recevait des garanties que la cargaison n’était pas destinée à la Syrie.(3)

L’Iran protesta immédiatement auprès du Royaume Uni. L’arraisonnement du pétrolier « crée un dangereux précédent et doit cesser immédiatement », a pour sa part affirmé sur Twitter le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif. Contestant la légalité de l’arraisonnement, il a rappelé que « l’Iran n’est pas un membre de l’UE et ne fait l’objet d’aucun embargo pétrolier européen ».(4)

De prime abord, on est surpris de voir le Royaume Uni appliquer avec intransigeance des sanctions de l’Union Européenne qu’il s’efforce de quitter, alors même que la validité juridique des ces sanctions est à tout le moins sujette à caution et que cet arraisonnement s’apparente à un acte de piraterie.

Ces événements ont fait monter la tension déjà considérable entre l’Iran le Royaume Uni et les Etats-Unis, au moment où les Etats européens, dont le Royaume Uni, prétendaient s’efforcer de sauver l’accord sur le nucléaire dénoncé par les Etats-Unis en mai de l’an dernier.

Il y a tout lieu de penser que l’Iran ne restera pas sans répliquer à cet arraisonnement par des contre-mesures lésant les intérêts britanniques, par exemple en coulant un pétrolier britannique dans le golfe. Mais ne serait-ce pas là précisément le prétexte recherché par les faucons américains ?

 

 

(1) Rivieramm.com 11.07.2019

(2) Figaro et AFP 05.07.2019.

(3) The Gardian, 13.07.2019.

(4) Connaissance des énergies,

https://www.connaissancedesenergies.org