Le peuple veut poser les jalons lui-même

par Werner Wüthrich

docteur en sciences politiques

Horizons et débats,

5 novembre 2018

 

Au sujet de l’accord-cadre et des votations fédérales du 25 novembre

Depuis le Non du peuple suisse à l’EEE en 1992, on observe une tendance à limiter la participation directe de la population. A l’époque, 18 cantons ou demi-cantons [sur 26] se sont exprimés contre l’affiliation politique à l’UE. Néanmoins, pendant 13 ans (jusqu’en 2005!), la politique du Conseil fédéral (soutenue par le Parlement) poursuivit officiellement l’objectif stratégique de l’adhésion à l’UE. Les initiatives populaires ne sont mises en œuvre que tièdement ou qu’en partie et les traités internationaux sont élevés au rang de «droit international» et confondus dans l’esprit des gens au droit international humanitaire et aux droits de l’homme, afin qu’ils ne puissent plus être remis en question. – Il est temps de prendre des contre-mesures pour que l’interaction directe, établie de longue date et souvent pratiquée, entre les autorités et le peuple puisse fonctionner à nouveau !

La Suisse dispose d’un système économique libéral. C’est le seul pays reconnaissant depuis le XIXe la liberté économique dans la Constitution comme un droit fondamental de liberté individuelle – lié à la démocratie directe. Au niveau fédéral, environ 200 votes économiques ont eu lieu depuis lors sur: l’imposition des sociétés, les impôts en général, le «frein à l’endettement», la politique conjoncturelle et industrielle (garantie du risque d’innovation), le système antitrust, la formation professionnelle, le système monétaire, les centrales nucléaires, le marché électrique et d’autres questions énergétiques, l’agriculture, l’immigration, la protection des travailleurs, des locataires et des consommateurs, la surveillance des prix, la sécurité sociale, la protection de l’environnement, de l’eau et des animaux, la cogestion, la réduction de la durée du travail ou des congés, le salaire minimum, les primes et salaires excessifs chez les cadres supérieurs des grandes entreprises et un large éventail de contrats internationaux …
Le peuple détermine lui-même les pierres angulaires de l’ordre économique libéral. Et il a également, à maintes reprises, lui-même posé les jalons de l’orientation de la politique économique. En 1972, il a clairement accepté l’Accord de libre-échange global avec la CE de l’époque qui ne prévoyait aucune intégration politique – et vingt ans plus tard, il a clairement refusé l’EEE qui aurait modifié de vastes pans de la politique suisse. Des questions similaires se posent aujourd’hui à propos de l’accord-cadre proposé, avec lequel l’UE veut à nouveau aligner et lier la Suisse au niveau politique.
Au cœur de notre système économique se trouve le peuple suisse qui façonne la liberté économique à l’aide de ses droits populaires et en assumant une partie de la responsabilité. Aujourd’hui, les résultats sont impressionnants. Ce serait donc une sérieuse négligence que d’affaiblir, voire d’éliminer la démocratie directe qui demeure un pilier central des droits populaires. La campagne du Non, tentant de peindre le diable au mur avec un sombre scénario pour l’avenir du pays, est absurde. La Suisse a toujours été orientée vers l’exportation – avant la Première Guerre mondiale encore davantage qu’aujourd’hui. L’industrie exportatrice a toujours su faire face aux circonstances et aux difficultés, même lors du franc fort. Tout cela a fortifié notre pays et ne l’a pas affaibli. Les tendances internationalistes actuelles ne sont pas une raison pour provoquer un changement de système.
En réalité, il est tout à fait naturel de dire Oui à l’autodétermination et au maintien de la démocratie directe !

L’UE se comporte comme une agence chargée de défendre des intérêts globaux financiers et de pouvoir

par Dieter Sprok

Horizons et débats, Zurich,

15 octobre 2018

 

«Après la prise de contrôle par Bruxelles, le marché de l’électricité dans l’UE a été ‹libéralisé›; il a été ‹libéré› des réglementations étatiques puis ouvert aux marchés financiers internationaux. ‹Le commerce de l’électricité en expansion est entre-temps tout aussi discrédité que les marchés financiers.›»

 

L’UE aime son rôle de défenseur de la liberté. Elle ne se lasse jamais de vanter ses quatre «libertés fondamentales» comme fondement de sa «communauté de valeurs» et de la démocratie en général. La libre circulation des biens, des personnes, des services et des capitaux est le meilleur moyen d’atteindre la prospérité, la liberté et la démocratie partout dans le monde, aucun Etat ne doit protéger le «libre-échange» de la concurrence étrangère par des lois et des mesures visant à protéger sa propre économie, et il n’y a aucune alternative à cela, tel est leur credo! Mais à qui profitent réellement ces libertés? Et à quoi ressemble la réalité aujourd’hui?

L’accord sur l’électricité entre la Suisse et l’UE – un exemple

Pour illustrer la réalité, un exemple émanant du domaine du commerce de l’électricité est approprié: l’électricité pouvait être échangée librement en Europe jusqu’en 2009. En 1951, des responsables des exploitants de centrales électriques et des délégués des ministères de sept pays européens se sont réunis pour former l’Union pour la coordination de la production et du transport de l’électricité (UCPTE). «Bien avant que l’on ait cru devoir diriger l’Europe de façon centraliste depuis Bruxelles, l’UCPTE a visé et réalisé le regroupement des réseaux électriques européens en un réseau interconnecté dans le cadre d’une coopération libre et volontaire sous les aspects de fiabilité, de sécurité et de rentabilité de l’approvisionnement électrique», a écrit Ernst Pauli dans Horizons et débats n° 16 du 6/5/2013 [HD_16_2013_page_1.pdf]. Le travail était porté par un sérieux sens de la responsabilité, une confiance mutuelle et une coopération, sans recherche du profit et il était exempt de contraintes politiques.

Après la prise de contrôle par Bruxelles, le marché de l’électricité dans l’UE a été «libéralisé»; il a été «libéré» des réglementations étatiques puis ouvert aux marchés financiers internationaux. «Le commerce de l’électricité en expansion est entre-temps tout aussi discrédité que les marchés financiers», écrit Pauli. Le volume d’électricité «commercialisé» est 10 fois plus élevé que la quantité de l’électricité physiquement disponible. «Selon la progression de l’ouverture du marché, un kilowattheure change de mains jusqu’à dix fois lors de sa transition de la production au consommateur final en passant par le transport. Les banques, les fonds spéculatifs et d’autres concurrents extérieurs à l’industrie se lancent de plus en plus dans le secteur de l’électricité.»

Actuellement, l’UE subordonne la conclusion d’un accord sur l’électricité avec la Suisse à la signature d’un accord-cadre institutionnel par lequel la Suisse s’engagerait à adopter automatiquement la législation européenne actuelle et future. Une telle exigence est non seulement antidémocratique, mais aussi incompatible avec la Constitution fédérale suisse.

L’accord sur l’électricité sert exclusivement à ouvrir le marché suisse de l’électricité aux fournisseurs internationaux et non à garantir l’approvisionnement en électricité. Au contraire, le droit de l’UE permet aux investisseurs de toutes sortes d’acheter et de fermer en Suisse de petites centrales électriques régionales cofinancées par les cantons et les communes, ce qui accroîtrait considérablement la dépendance du pays face à l’étranger. Pour garantir la sécurité de l’approvisionnement en électricité il nous faut des spécialistes – techniciens et ingénieurs – et non des contrats «léonins» à motivation politique.

Promesse et réalité

L’UE se comporte comme une agence chargée de défendre des intérêts globaux dans les domaines de la finance et du pouvoir. Toute personne ou groupe exprimant des critiques est dénigré comme opposant à la liberté et à la démocratie et, en règle générale, catalogué d’extrémiste de droite. Les pays osant s’écarter de la voie strictement néolibérale sont soumis à des sanctions. La liberté s’arrête là où la liberté des marchés financiers pourrait être entravée. La prospérité promise se limite aux pays riches, et même là, l’écart entre les riches et les pauvres se creuse constamment.  La démocratie souffre de l’intolérance des bureaucrates administratifs d’option néolibérale, fortement soutenus dans leur intolérance par les médias et les marchés financiers.

La bonne nouvelle

L’ordre mondial néolibéral a été créé par des êtres humains et peut donc aussi être modifié par eux. Il n’est pas sans alternative.

 

(Traduction Horizons et débats)

Va-t-on vers un changement de régime en Iran?

par Matin Baraki*

Source : Horizons et débats, Zurich,

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2018/n-23-15-octobre-2018/va-t-on-vers-un-changement-de-regime-en-iran.html

15 octobre 2018

 

 

Si les Etats-Unis entraient en guerre contre l’Iran, cela entraînerait le chaos et la destruction dans ce pays du Golfe stratégiquement important, mais également en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie. En outre, une guerre contre l’Iran non seulement déstabiliserait, mais très probablement aussi mettrait le feu à toute la région.

 

Stratégie impérialiste des USA pour l’Eurasie

La région de l’Iran est sans aucun doute l’un des plus importants foyers de tensions du XXIe siècle. La guerre froide menée par les Etats-Unis contre l’Iran trouve son explication première dans la signification géostratégique de ce pays. En ce lieu, ce qui est en jeu, avant tout, ce sont les matières premières, le pétrole et le gaz naturel. En outre, l’Iran donne accès à l’ensemble des pays de la région: l’Asie centrale, le Caucase, le Proche- et le Moyen-Orient et même la Russie.
Depuis la fin de l’Union soviétique, les Etats-Unis suivent avec beaucoup d’attention les développements dans le secteur des matières premières dans et autour de l’Iran, au Caucase et en Asie centrale. En 1997, Stuart Eizenstat, Secrétaire d’Etat à l’US State Department, a souligné devant le Congrès «le potentiel de la mer Caspienne est l’un des plus importants parmi les nouvelles régions productrices d’énergie du monde».1 Zbigniew Brzezinski, stratège mondial, a clairement formulé l’intérêt économique porté par les Etats Unis à cette zone: nous voulons avoir «librement accès à cette région jusqu’alors fermée à l’Occident»!2 Il a décrit cette région du monde comme «l’échiquier sur lequel à l’avenir se jouera aussi la lutte pour la prédominance mondiale».3 Sans scrupule, Brzezinski se réfère à Hitler et à son estimation selon laquelle «l’Eurasie est le centre du monde et par conséquent celui qui domine l’Eurasie, domine le monde».4 Selon son point de vue, «la domination de l’ensemble du continent eurasiatique est la condition de la prédominance mondiale»5 des Etats-Unis. Brzezinski en vient à la conclusion que le but premier de la politique extérieure américaine est «qu’aucun Etat ou aucun groupe d’Etats ne puisse réussir à chasser les Etats-Unis de l’Eurasie ni même à perturber de façon décisive leur rôle d’arbitre».6 Dès 1997, à l’appui de ce droit, toute la région de l’Asie centrale et du Sud-Caucase a été désignée par Madeleine Albright comme «zone d’intérêts géostratégiques des Etats-Unis».7 L’Iran a toujours fait partie de cette stratégie, développée sous la présidence du démocrate américain Bill Clinton et concrétisée par les néoconservateurs Cheney et Bush.
Ainsi, les attentats du 11 septembre 2001 sont devenus la raison d’abord de la guerre contre l’Afghanistan, bien que celle-ci ait déjà été planifiée 18 mois plus tôt sous la présidence de Bill Clinton. Fin septembre 2006, il a reconnu avoir d’abord planifié une guerre contre l’Afghanistan.8 Ce n’est qu’en juin 2001 que l’administration Bush avait informé de ses plans son allié régional, le Pakistan, comme l’a reconnu le ministre des Affaires étrangères pakistanais de l’époque, Naïz Naïk.9
La guerre contre l’Afghanistan a été l’entrée du cycle de conquêtes militaires des Etats-Unis dans une nouvelle dimension. Cette guerre, tout comme celle contre l’Irak, faisaient partie de la «Greater Middle East Initiative» [GME], la stratégie revendiquée des néoconservateurs aux USA. Si les Etats-Unis avaient remporté en Irak un succès – même deux fois moindre qu’au début en Afghanistan, ils auraient depuis longtemps attaqué l’Iran, la Syrie, le Yémen et d’autres pays de la région.

 

Différend nucléaire entre les USA et l’Iran

On a presque totalement oublié que les bases du programme nucléaire iranien ont été posées avec l’aide des Américains. En 1959, dans le cadre de l’Atoms for Peace-Program du président américain Dwight D. Eisenhower, un réacteur expérimental avait été offert à l’Université de Téhéran. En 1967, un autre réacteur expérimental (Réacteur à eau légère) de 5 mégawatts fut livré depuis les Etats-Unis et mis en service dans le Teheran Nuclear Research Center (TNRC). Henry Kissinger, ancien Secrétaire d’Etat américain, déclara en 1973, qu’il serait bon que l’Iran utilise l’énergie nucléaire, afin que les Etats-Unis puissent obtenir du pétrole bon marché de là-bas.
Le 1 juillet 1968, le gouvernement iranien signa le Traité de non-prolifération nucléaire qui entra en vigueur pour l’Iran le 5 mars 1970, après le dépôt de sa ratification par les Etats signataires.10 D’après le Traité, les Etats signataires ont le droit d’utiliser l’énergie nucléaire exclusivement à des fins civiles. L’Iran s’en est strictement tenu à ces règlementations. En 1975 Henry Kissinger, Secrétaire d’Etat américain a signé le National Security Decision Memorandum 292 sur la coopération irano-américaine dans le domaine de la technologie nucléaire. Ce texte prévoyait la vente de technique nucléaire des Etats-Unis à l’Iran pour un montant de plus de 6 milliards de dollars. Jusque dans les années 1970, plusieurs conventions ont été conclues à ce sujet entre les Etats-Unis et l’Iran. En 1976, on proposa à l’Iran d’acheter une usine d’extraction de plutonium des Etats-Unis et de la faire fonctionner. L’accord portait sur un cycle nucléaire complet. En octobre 1976, cette offre fut annulée par le président Gerald Ford. Les pourparlers avec les Etats-Unis ne pouvant aboutir, ce fut alors au tour d’entreprises d’Allemagne de l’Ouest, notamment Kraftwerk-Union AG, de conclure en 1974 un contrat pour la construction de la première centrale nucléaire iranienne près de la ville de Buschehr.11
Déjà du temps du président Bill Clinton, la Corée du Nord, l’Iran et l’Irak étaient considérées comme des «Etats-voyous». En janvier 2002, son successeur George W. Bush, les désigna sous le nom de «l’axe du mal» menaçant la «paix universelle».12 C’est après cette «classification», l’Iran débuta avec la recherche pour l’utilisation militaire de l’énergie nucléaire. Quand on demanda, lors d’une interview accordée au Spiegel, au Premier ministre indien de l’époque Atal Bihari Vajpayee pourquoi l’Inde avait construit la bombe atomique, il demanda au journaliste: «L’OTAN aurait-elle attaqué la Yougoslavie, si le pays avait eu la bombe atomique?»
De la guerre contre la Yougoslavie, l’Iran tira la conclusion que l’armement nucléaire de ses forces armées était nécessaire à sa propre protection.
Des experts partent du principe que, si les recherches pouvaient être poursuivies dans le calme, l’Iran aurait besoin d’au moins 13 ans pour mettre au point une bombe nucléaire.

 

Négociations internationales sur le nucléaire avec l’Iran

En juillet 2016, a été conclu à Vienne un important accord global mettant fin au contentieux nucléaire larvé qui traînait depuis 13 ans avec l’Iran. Federica Mogherini, chargée des relations extérieures de l’Union européenne, et Jawad Zarif, ministre iranien des Affaires étrangères, l’ont annoncé lors d’une conférence de presse au Centre des Nations Unies de Vienne. Il s’agissait là d’un signe d’espoir pour le monde entier, déclara Mogherini juste avant l’adoption de l’accord par les Etats participants. «Nous initions un nouveau chapitre de l’espoir», a souligné Zarif en parlant d’un moment historique. Pendant 13 ans les négociations avec l’Iran ont été dirigées par un groupe international de 6 participants, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne. L’accord devait poser des restrictions au programme atomique iranien de façon à ce que le pays ne puisse se procurer le matériel nécessaire à la construction des armes nucléaires, ni de façon dissimulée, ni rapidement. En retour les sanctions économiques dirigées contre l’Iran devaient être levées.13 Comme on le sait, c’est le contraire qui s’est produit. De la part des Etats-Unis, les sanctions ont même été renforcées, bien que l’Iran s’en soit tenu au strict respect de l’accord. Ceci fut confirmé par l’Agence internationale de l’énergie atomique (IAEA) «onze fois en tout, depuis la mi-2015, à la signature de l’accord nucléaire».14 L’IAEA a pu visiter les installations en tout temps et sans prévenir au préalable les autorités iraniennes. Les services secrets américains eux-mêmes ont plusieurs fois certifié que l’Iran se conformait à toutes les obligations.
Les sanctions touchent non seulement l’Iran et l’Europe, mais le monde entier. «Les Etats-Unis ont assuré par la violence la domination de l’injustice sur l’Europe [et le monde]. Car les sanctions sont évidemment illégales»15 parce que les entreprises internationales et européennes ne sont pas soumises à la jurisprudence américaine. Le ministre fédéral de l’Economie Peter Altmaier est donc «notoirement docile».16 Il aurait dû protéger les sociétés allemandes. A Bruxelles, les politiciens, bien que «d’habitude notoirement bavards» se taisent. «Ils se sont inclinés»,17 a commenté Hans-Ulrich Jörges, rédacteur en chef du Stern.

 

Changement de régime en Iran?

L’accord nucléaire international est une épine dans le pied des gouvernements israélien et saoudien. Si l’ancien président américain Barack Obama avait donné le feu vert, l’armée de l’air israélienne aurait depuis longtemps détruit les unités de recherche nucléaire de l’Iran. Mohammed ben Salman, prince héritier saoudien, jeune, inexpérimenté et agissant de manière très émotionnelle, a ouvertement appelé les Etats-Unis à trancher «la tête du serpent» c’est-à-dire l’Iran. Le président américain Donald Trump a donc trouvé, avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le prince héritier saoudien Salman, d’autres partisans d’un changement de régime. Avec John Bolton comme conseiller à la sécurité et Mike Pompeo comme ministre des Affaires étrangères, les partisans de la radicalité occupent des positions-clés à la Maison Blanche en faveur d’un changement de régime en Iran. L’hypothèse soutenue par l’administration Trump selon laquelle des sanctions économiques augmenteraient la pression sur la population iranienne dont il en résulterait un changement de régime venu de l’intérieur, est non seulement naïve, mais également dangereuse. Dans les années 1980, la guerre entreprise par Saddam Hussein avec le soutien des Etats-Unis contre l’Iran, avait stabilisé le régime des mollahs qui traversait alors une crise profonde. En cas d’intervention extérieure, les populations iraniennes s’uniraient. En outre, les Iraniens savent parfaitement que les guerres menées par les Etats-Unis amènent le chaos et la destruction dans le pays, comme cela a été le cas pour l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et la Syrie. En outre, une guerre contre l’Iran déstabiliserait non seulement toute la région, mais pourrait également l’enflammer.
En Syrie, la destruction prochaine et définitive des islamistes alliés des Etats-Unis, de l’Arabie saoudite et d’autres émirats arabes est la plus grande défaite de l’impérialisme américain depuis la guerre du Viêt-Nam. Cela, l’administration Trump ne l’a pas pardonné à l’Iran, qui, aux côtés la Russie comme acteur principal du conflit, l’Iran a également joué un rôle déterminant lors de la destruction des adversaires d’inspiration islamiste du gouvernement syrien.
Puisqu’à la Maison Blanche l’irrationalité prédomine, il se pourrait que le président américain Donald Trump fasse bombarder l’Iran pour gagner les prochaines élections du Congrès, comme le pense Josef Braml, spécialiste des Etats-Unis de la Deutschen Gesellschaft für Auswärtige Politik (DGPA).18

 

Une solution est possible, mais est-elle souhaitée?

Le gouvernement iranien et le guide spirituel de l’Iran, l’ayatollah Chatami, ont de nouveau soumis aux Etats-Unis et à Israël des propositions de paix, que ces deux parties refusent jusqu’à maintenant catégoriquement.
La communauté internationale doit contraindre les fauteurs-de-guerre à accepter les propositions de paix de l’Iran et à s’assoir à la table des négociations afin de résoudre les conflits.    •

 

* Matin Baraki est né en 1947 en Afghanistan, où il a travaillé comme professeur avant de venir en Allemagne. Il est aujourd’hui spécialiste de l’Afghanistan, expert en politique du développement et chargé de cours en politique internationale à l’Université Philipps de Marburg.

(Traduction Horizons et débats)

 

1    Eizenstat, Stuart. Discours devant le sous-comité pour la politique économique internationale, export et promotion économique du Foreign Relations Committee du Sénat, le 23/10/97, cité selon: Garnett, Sherman W. et al. Der Kaspische Raum vor den Herausforderungen der Globalisierung. [La zone de la Caspienne confrontée aux défis de la globalisation] Opladen 2001, p. 54
2    Brzezinski, Zbigniew. Die einzige Weltmacht. Weinheim 1997, p. 203 [Le grand échiquier. L’Amérique et le reste du monde. Bayard 1997]
3    idem, p. 16
4    idem, p. 16
5    idem, p. 64
6    idem, p. 283
7    Barth, Peter. Der Kaspische Raum zwischen Machtpolitik und Ölinteressen. [La zone de la Caspienne entre politique de force et intérêts pétroliers] Munich 1998, p. 5
8    cf. Leyendecker, Hans. «Ich habe es versucht»,
in: Süddeutsche Zeitung du 25/9/06, p. 2; Schmitt, Uwe. Bush veröffentlicht Teile des Geheimberichtes über Terror. In: Die Welt du 28/9/06, p. 7
9    cf. Hahn, Dorothea. Vergebliche Suche nach der «goldenen Brücke», in: TAZ, le 3-4/11/01. Après le 11-Septembre, l’adjoint de Colin Powell, Secrétaire d’Etat américain de l’époque, Richard Armitage a menacé le chef des services secrets pakistanais, de «renvoyer son pays à l’âge de pierre sous les bombardements», si le gouvernement d’Islamabad ne collaborait pas avec les Etats-Unis. Matthias Rüb, Karzai et Musharraf streiten weiter. In: Frankfurter Allgemeine Zeitung du 28/9/06, p. 9
10    cf. PT (Iran (Islamic Republic of)) un.org: Iran (Memento du 8 juillet 2012 – Archives du web – archive.is).
11    cf. Gholam Reza Afkhami. The life and times of the Shah. University of California Press, 2009, p. 354
12    Von «Schurkenstaaten» zur «Achse des Bösen»,
in: Stern, 30/1/02. www.stern.de/politik/ausland/george-w–bush-von–schurkenstaaten–zur–achse-des-boesen–3376168.html.
13    cf. Löwenstein, Stephan. «Ein Zeichen der Hoffnung für die ganze Welt», in: Frankfurter Allgemeine Zeitung du 14/7/16. www.faz.net/aktuell/politik/ausland/atomverhandlungen-im-iran-historisches-abkommen-13701607.html.
14    Lüders, Michael. «USA wollen den Iran wirtschaftlich in die Kapitulation zwingen», Deutschlandfunk, 1/8/18, (Interview)
15    Jörges, Hans-Ulrich. Die Unterwerfung, in: Stern, 23/8/18, p. 16
16    idem
17    idem
18     cf. Braml, Josef. Politikum, WDR5, 17/9/18 (Interview)

 

Mesures conservatoires de la CIJ concernant les sanctions américaines contre l’Iran

  1. hd. De nouvelles sanctions américaines sont en vigueur contre l’Iran depuis le mois d’août 2018. La Cour internationale de Justice (CIJ), la Cour suprême des Nations Unies, a statué le 3 octobre dans une décision provisoire que les sanctions étaient partiellement irrecevables et a demandé leur levée immédiate. Sous le titre:

«III. Le risque de préjudices irréparables et l’urgence»,

la Cour déclare que «[…] de son point de vue, les mesures adoptées par les Etats-Unis sont susceptibles de mettre en danger la sécurité de l’aviation civile iranienne et la vie des passagers […]. La Cour estime en outre que les restrictions aux importations et aux achats nécessaires à des fins humanitaires, tels que les denrées alimentaires et médicaments, y compris les médicaments vitaux, les traitements à long terme ou préventifs et les équipements médicaux, risquent de nuire gravement à la santé et à la vie de personnes se trouvant sur le territoire iranien.»

«IV. Dispositif»

«Au terme de son ordonnance,
1)    la Cour indique, à l’unanimité, que les Etats-Unis d’Amérique, conformément à leurs obligations au titre du Traité d’amitié, de commerce et de droits consulaires conclu en 1955, doivent, par les moyens de leur choix, supprimer toute entrave aux mesures annoncées le 8 mai 2018 mises à la libre exportation vers le territoire de la République islamique d’Iran
i)    de médicaments et de matériel médical;
ii)    de denrées alimentaires et de produits agricoles; et
iii)    des pièces détachées, des équipements et des services connexes (notamment le service après-vente, l’entretien, les réparations et les inspections) nécessaires à la sécurité de l’aviation civile;
2)    la Cour indique, à l’unanimité, que les Etats-Unis d’Amérique doivent veiller à ce que les permis et autorisations nécessaires soient accordés et à ce que les paiements et autres transferts de fonds ne soient soumis à aucune restriction dès lors qu’il s’agit de l’un des biens et services visés au point 1);
3)    la Cour indique, à l’unanimité, que les deux Parties doivent s’abstenir de tout acte risquant d’aggraver ou d’étendre le différend dont la Cour est saisie ou d’en rendre la solution plus difficile.»

Source: Communiqué de presse de la Cour internationale de justice du 3/10/18

 

Russia and China Are Apparently Both Under the Impression That War With the US Is Coming…

Michael Snyder

Oct 29, 2018

Source : https://russia-insider.com/en/russia-and-china-are-apparently-both-under-impression-war-us-coming/ri25215

 

We didn’t get to this point overnight but the vast majority of the US population is sadly utterly clueless about these things.

 

Could it be possible that the U.S. is heading for a major war?  If you ask most Americans that question, they will look at you like you are crazy.  For most people in this country, war with either Russia or China is not something to even be remotely concerned about.  But the Russians and the Chinese both see things very differently.  As you will see below, Russia and China both seem to be under the impression that war with the United States is coming, and they are both rapidly preparing for such a conflict.

Let’s start with Russia.  After repeatedly slapping them with sanctions, endlessly demonizing their leaders and blaming them for just about every problem that you can imagine, our relationship with Russia is about the worst that it has ever been.

 

And when the Trump administration announced that it was withdrawing from the Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty, that pushed things to a new low.  In the aftermath of that announcement, Russian official Andrei Belousov boldly declared that “Russia is preparing for war”

He said: “Here recently at the meeting, the United States said that Russia is preparing for war.

Yes, Russia is preparing for war, I have confirmed it.

“We are preparing to defend our homeland, our territorial integrity, our principles, our values, our people – we are preparing for such a war.”

Here in the United States, there is very little talk of a potential war with Russia in the mainstream media, but in Russia things are very different.  Russian news outlets are constantly addressing escalating tensions with the United States, and the Russian government has been adding fuel to that fire.  For example, the Russian government recently released a video of a mock nuclear strike against their “enemies”

Russian submarines have recently carried out a mock nuclear attack against their “enemies.” The Russian government has released footage of the atomic strike and it is sparking fears that the third world war is quickly approaching.

The Russian Ministry of Defense (MoD) has published shocking videos that show a range of nuclear missile drills including a submarine carrying out a mock atomic strike. These videos are the latest in a series of escalating war-games ordered by Russian President Vladimir Putin, according toThe Express UK.

I’ll give you just one guess as to who the primary enemy in that drill was.

And what Russian President Vladimir Putin recently told the press about a potential nuclear war was extremely chilling

If any nation decides to attack Russia with nuclear weapons, it may end life on Earth; but unlike the aggressors, the Russians are sure to go to heaven, President Vladimir Putin has said.

“Any aggressor should know that retribution will be inevitable and he will be destroyed. And since we will be the victims of his aggression, we will be going to heaven as martyrs. They will simply drop dead, won’t even have time to repent,” Putin said during a session of the Valdai Club in Sochi.

Under normal circumstances, Putin would never talk like that.

But these are not normal times.

Meanwhile, Chinese President Xi Jinping is ordering his military to focus on “preparations for fighting a war”

China’s President Xi Jinping ordered the military region responsible for monitoring the South China Sea and Taiwan to “assess the situation it is facing and boost its capabilities so it can handle any emergency” as tensions continue to mount over the future of the South China Sea and Taiwan, while diplomatic relations between Washington and Beijing hit rock bottom.

The Southern Theatre Command has had to bear a “heavy military responsibility” in recent years, state broadcaster CCTV quoted Xi as saying during an inspection tour made on Thursday as part of his visit to Guangdong province.

“It’s necessary to strengthen the mission … and concentrate preparations for fighting a war,” Xi said. “We need to take all complex situations into consideration and make emergency plans accordingly. “We have to step up combat readiness exercises, joint exercises and confrontational exercises to enhance servicemen’s capabilities and preparation for war” the president-for-life added.

So who are the Chinese concerned that they may be fighting against?

Needless to say, the United States is at the top of the list

The president instructed the military to ramp-up opposition to ‘freedom of navigation’ exercises being undertaken by the US, Australia, France, the UK, Japan and others through the waterway through which arterial shipping lanes have grown since the end of World War II.

Tensions over the South China Sea have been increasing for several years, and starting a trade war with China in 2018 has certainly not helped things.

At this point, even many U.S. analysts can see the writing on the wall.  For instance, just consider what Harvard Professor Graham Allison recently told Steve LeVine

He said, if history holds, the U.S. and China appeared headed toward war.

Over the weekend, I asked him for an update — specifically whether the danger of the two going to war seems to have risen.

“Yes,” he responded. The chance of war is still less than 50%, but “is real — and much more likely than is generally recognized.”

Of course we didn’t get to this point overnight.  Tensions with Russia and China have been simmering for quite a while, and both of those nations have been rapidly modernizing their military forces.  For much more on this, please see my recent article entitled “Russia And China Are Developing Impressive New Weapons Systems As They Prepare For War Against The United States”.

Sadly, the vast majority of the U.S. population is utterly clueless about these things.

But those that are serving in the military have a much better understanding, and one recent survey found that about half of them expect the U.S. to be “drawn into a new war within the next year”…

Nearly half of all current military troops believe the United States will be drawn into a major war soon, a jarring rise in anxiety among service members worried about global instability in general and Russia and China in particular, according to a new Military Times poll of active-duty troops.

About 46 percent of troops who responded to the anonymous survey of currently serving Military Times readers said they believe the U.S. will be drawn into a new war within the next year. That’s a jarring increase from only about 5 percent who said the same thing in a similar poll conducted in September 2017.

Those numbers are jarring.

Some major stuff must be going on behind the scenes in order to go from 5 percent to 46 percent in a single year.

We truly are living in apocalyptic times, and our world seems to be getting more unstable with each passing day.

We should hope for peace, but throughout human history peace has never lasted for long.  Major global powers continue to edge closer and closer to conflict, and that is a very dangerous game to be playing.

Source: End of the American Dream.

 

Les USA abandonnent l’accord sur les FNI, mais pourquoi ?

par Finian Cunningham

Sources : Investig’action, 24 octobre 2018

https://www.investigaction.net/fr/les-usa-abandonnent-laccord-sur-les-fni-mais-pourquoi/

Entelekheia, 23 octobre 2018-10-29http://www.entelekheia.fr/2018/10/23/les-usa-abandonnent-laccord-sur-les-fni-mais-pourquoi/

Source originaire : RT, 22 octobre 2018, https://www.rt.com/op-ed/441946-inf-treaty-trump-arms-war/

 

L‘économie des États-Unis est un complexe militaro-industriel. Par conséquent, tout traité multilatéral de maîtrise des armements qui limite les armes et les tensions internationales est par définition incompatible avec le fonctionnement du capitalisme américain.

L’intention annoncée par le président Donald Trump de retirer les États-Unis du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) de 1987 n’est que la dernière mesure prise par Washington pour démanteler des décennies d’accords de contrôle des armements durement gagnés.

Les États-Unis ont unilatéralement mis au rebut le traité sur les missiles antimissiles balistiques (ABM) en 2002, sous la présidence de George W. Bush, alors président. Cette violation d’un traité vieux de plusieurs décennies a conduit à l’installation de systèmes de missiles américains en Europe, toujours plus près du territoire russe, alors que l’alliance militaire de l’OTAN dirigée par les Etats-Unis ne cessait de s’étendre vers l’Est.

 

Si Trump va de l’avant en retirant les États-Unis du traité sur les FNI, il ne restera plus qu’un seul pilier de l’architecture de la maîtrise des armements, le traité START, qui limite le déploiement de tous les types d’armes nucléaires. Le traité START doit expirer en 2021 et plusieurs faucons de guerre de l’arène politique américaine demandent qu’il ne soit pas renouvelé.

Rien d’étonnant, donc, si le démantèlement des accords de non-prolifération nucléaire par Trump effare de nombreuses personnes, y compris ses alliés européens de l’OTAN. Le président français Emmanuel Macron aurait téléphoné à Trump pour plaider la cause de l’accord sur les FNI, qui est vital pour la sécurité européenne. Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas a fait écho aux vues de Macron.

Selon Moscou et Pékin, la décision des États-Unis minerait l’équilibre stratégique actuel et déclencherait une nouvelle course aux armements semblable à celle de la Guerre froide.

« L’humanité est confrontée à un chaos total dans le domaine des armes nucléaires », a déclaré le sénateur russe Konstantin Kosatchev.

Un autre législateur russe, Alekseï Pouchkov, a fustigé l’administration Trump pour avoir « poussé le monde vers une autre crise des missiles cubains ».

En octobre 1962, cette crise avait failli aboutir à une guerre nucléaire entre les États-Unis et l’Union soviétique. Le président John F. Kennedy et le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev avaient évité de justesse la catastrophe, ouvrant la voie à un contrôle bilatéral des armements.

En abandonnant le traité sur les FNI, le traité ABM et peut-être le START, les États-Unis ramènent le monde au « point zéro », a déclaré Pouchkov

Inévitablement, cette situation mondiale dérégulée augmentera considérablement le risque d’une guerre nucléaire.

Pourquoi Washington est-elle si irresponsable ?

Tout d’abord, il semble que les luttes politiques intestines aux États-Unis soient un facteur. Trump a annoncé sa répudiation du traité sur les FNI lors d’un rassemblement de campagne au Nevada ce week-end. Il ne reste qu’environ trois semaines avant les élections législatives de mi-mandat, où ses rivaux démocrates disputent le contrôle du Sénat au Parti républicain. En s’en prenant au FNI au prétexte que Moscou violerait le traité et que les États-Unis « ne le toléreront pas », Trump tente de neutraliser l’accusation des Démocrates selon laquelle il est « mou avec la Russie « .

Il est déplorable que la sécurité internationale soit l’otage des manœuvres politiciennes intérieures américaines.

Un autre facteur est que les États-Unis doivent se retirer du FNI s’ils veulent poursuivre leurs ambitions de domination militaire hégémonique, et en particulier leurs efforts pour soumettre la Russie et la Chine. Au cours des deux dernières années, plusieurs rapports stratégiques de Washington ont ouvertement ciblé la Russie et la Chine en tant que « grandes puissances rivales ».

En abandonnant l’accord sur les FNI, les États-Unis auront toute latitude pour étendre leurs bases de lancement de missiles jusqu’aux portes des territoires russe et chinois. Un geste aussi agressif ne peut pas se faire sans invoquer de raison plausible, pour des raisons politiques. Par conséquent, Washington a trouvé un prétexte à ses propres violations en accusant Moscou d’enfreindre les termes du FNI. La Russie a réfuté à plusieurs reprises les affirmations des États-Unis selon lesquelles elle aurait violé le traité, soulignant que la partie américaine n’a jamais présenté de preuves à l’appui de ses affirmations.

Un troisième facteur, plus général, tient à l’économie américaine en tant que système fondé sur la guerre perpétuelle. Avec des dépenses annuelles de plus de 700 milliards de dollars pour l’armée — environ la moitié du budget discrétionnaire total des États-Unis et infiniment plus que tout autre pays étranger l’économie américaine dépend de son complexe militaro-industriel. Cette monstrueuse déformation du capitalisme américain, que le président Eisenhower avait dénoncée en 1961, ne peut subsister que par la production incessante d’armes. Cette production, en retour, oblige les États-Unis à constamment créer des tensions et des incertitudes à l’échelle mondiale, au point même de fomenter des guerres pour écouler leurs armes.

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Mais une course aux armements n’est pas seulement une aubaine pour le Pentagone et les fabricants d’armes américains — qui sont le principal lobby à Washington — il y a aussi un objectif stratégique supplémentaire. En entraînant la Russie et la Chine dans une course aux armements, elle permettra aux planificateurs américains d’affaiblir ses rivaux.

Par nécessité, pour contrer l’agression militaire américaine, Moscou et Pékin seront contraints de consacrer toujours plus de ressources économiques à la recherche et à la production d’armements. Ce militarisme, calcule Washington, finira par couler les économies de la Russie et de la Chine.

 

On peut soutenir que la chute de l’Union soviétique à la fin des années 1980 a été causée en grande partie par des décennies de dépenses militaires excessives plutôt que par le renforcement de l’économie et de la société civiles. Il semble que Trump veuille relancer la Guerre froide dans le but de handicaper la Russie et la Chine.

Ce danger ne s’applique pas au capitalisme américain, qui s’octroie le privilège d’accumuler une dette illimitée. Ce privilège s’explique en partie par le statut de principale monnaie de réserve mondiale du dollar américain. Cependant, cette prodigalité n’est pas viable à long terme et lorsque l’effondrement américain se produira, il y aura des pleurs et des grincements de dents. En attendant, à plus court terme, les excès de dépenses provoqués par une course aux armements peuvent être occultés par une dette américaine apparemment illimitée.

Les différents traités de contrôle des armements que les États-Unis semblent vouloir démanteler ont jusqu’à présent offert une certaine protection contre les dangers de guerre nucléaire. Les traités ont fonctionné parce qu’il y avait un certain niveau d’entente bilatérale entre Washington et Moscou.

Plus maintenant, semble-t-il. Washington, surtout sous Trump, a réduit l’art de la diplomatie à des tirades sur Twitter et à des menaces irresponsables, comme lorsque l’ambassadeur américain à l’OTAN, Kay Bailey Hutchison, a averti au début du mois que l’armée américaine « abattrait » les missiles russes qu’elle estime être en infraction avec le FNI. Elle est par la suite revenue sur ce commentaire incendiaire, mais il n’est pas facile de remédier à une première impression de mentalité de casse-cou écervelé.

Toutes les tentatives de diplomatie de Trump semblent brouillées par un déplorable manque de logique ou d’intelligence. Après s’être attaqué au FNI, le président a semblé laisser la porte ouverte à un traité de remplacement avec la Russie et la Chine.

« Nous devrons mettre au point ces armes [à courte portée et portée intermédiaire], à moins que la Russie et la Chine ne viennent à nous et qu’elles nous disent : « Soyons vraiment futés et qu’aucun d’entre nous ne développe ces armes »a-t-il dit.

Mais voici ce que Trump et le reste de Washington ne comprennent pas. Le traité sur les FNI a été érodé parce que les forces militaires américaines insistent pour stationner leurs missiles aux portes de la Russie et de la Chine, à des milliers de kilomètres du territoire américain.

Si Trump voulait vraiment trouver un accord sur le contrôle des armements, il retirerait les soi-disant « systèmes antimissiles » américains de Pologne, de Roumanie et de la mer Noire, ainsi que de Corée du Sud et du territoire maritime chinois.

En fin de compte, cependant, le meilleur mécanisme de contrôle des armements serait que les Américains réforment leur économie en s’affranchissant de leur système de profiteurs de guerre.

 

 

Mais la torture et la décapitation ont toujours été acceptables

Le gouvernement saoudien n’a aucune idée de ce qui ne va pas avec le meurtre de Khashoggi.

 23 octobre 2018

Source : http://lesakerfrancophone.fr/mais-la-torture-et-la-decapitation-ont-toujours-ete-acceptables

Source originaire : https://www.the-postillon.com/2018/10/khashoggi.html

Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

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Riyad – Le gouvernement de l’Arabie saoudite est perplexe devant l’indignation internationale face au meurtre brutal du journaliste Jamal Khashoggi. Le Royaume ne semble pas comprendre pourquoi la torture et la décapitation sont soudainement un problème pour ses alliés occidentaux.

“Nous torturons des dissidents et décapitons des critiques malvenus depuis des décennies”, déclare le Prince héritier Mohammed bin Salman à Riyad. “Les coups, les exécutions publiques et la répression violente de la rébellion n’ont jamais été un problème.”

Les tactiques imprudentes de la Royal Saudi Air Force dans la guerre au Yémen ont tué des milliers de civils et mis des millions d’autres en danger de mort par la famine engendrée. Même cela n’a pas particulièrement ébranlé la communauté internationale. “Bien au contraire !”, insiste bin Salman, “Vous nous fournissez tous des armes pour ça.”

“Mais vous massacrez impitoyablement un seul journaliste à l’ambassade d’Istanbul et vous faites soudain l’objet de graves critiques”, s’étonne le Prince. “En quoi est-ce pire ou même différent ?”

Mohammed bin Salman est soulagé qu’au moins le président américain Donald Trump le soutienne : “Sinon, nous serions inquiets des conséquences que cela pourrait avoir.”

 

 

Syrie : une fois de plus les États Unis font semblant de combattre État Islamique

par Moon of Alabama

19 octobre 2018

Source : Le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/syrie-une-fois-de-plus-les-etats-unis-pretendent-combattre-etat-islamique

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

Source originaire :

https://www.moonofalabama.org/2018/10/syria-us-again-only-pretends-to-fight-isis.html#more

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Rouge = Armée arabe syrienne/Jaune = États-Unis/SDF/Gris = EI

La force d’occupation américaine et son mandataire kurde, les SDF [Syrian Democratic Forces], sont censés combattre les derniers résistants d’État islamique (EI) localisés au nord-est de l’Euphrate, dans le nord-est de la Syrie. Mais les opérations contre la poignée de villes qu’EI (gris) tient toujours – lancées seulement après de longs retards inexpliqués – ne génèrent que peu de progrès. La semaine dernière, elles ont même subi un sérieux revers.

 

Après plusieurs jours de tempêtes de sable (video) qui ont entravé le soutien aérien américain, EI a contre-attaqué, le 11 octobre, contre les SDF dirigées par les États-Unis. Des kamikazes ont fait sauter les points de contrôle tenus par les SDF et EI a réussi à percer la ligne de front. Le groupe islamiste a repris plusieurs villages et, le 12 octobre, a fait une descente dans un camp de réfugiés pour les civils locaux, que la coalition américaine avait établi près d’Al Bahrah (dans le coin supérieur gauche de la carte). Quelque 130 familles de réfugiés comptant environ 700 personnes ont été faites prisonnières et conduites à Hajin, une petite ville située à l’extrémité nord de la zone détenue par EI.

Par l’intermédiaire d’anciens des tribus locales, EI a demandé à négocier avec la coalition américaine un échange de prisonniers. Il a également exigé des fournitures médicales et alimentaires en échange de 90 femmes capturées qu’il avait isolées de leurs familles. Leur demande a été rejetée. EI menace maintenant de tuer dix des personnes enlevées chaque jour si ses exigences ne sont pas satisfaites.

Dans son discours lors du sommet de Valdai, hier, le président russe Poutine a parlé de la situation à l’est de l’Euphrate :

Nous voyons maintenant ce qui se passe sur la rive gauche de l’Euphrate. Probablement, nos collègues le savent : ce territoire est sous le patronage de nos partenaires américains. Ils comptent sur les forces armées kurdes.

Mais il est évident qu’ils leur ont laissé une marge de manœuvre : EI est toujours présent sur plusieurs sites et a récemment commencé à étendre sa zone d’influence. Ils ont pris en otage 130 familles, soit près de 700 personnes.

Je pense que peu de gens ici présents savent qu’ils ont lancé des ultimatums, qu’ils ont prolongé leurs demandes et qu’ils ont averti que si ces ultimatums n’étaient pas respectés, ils tueraient 10 personnes chaque jour. Avant-hier, 10 personnes ont été tuées. Exécutées. Ils ont commencé à mettre leurs menaces en actes.

C’est tout simplement horrible. Je pense que c’est une tragédie. Nous devons faire quelque chose à ce sujet. Pourquoi nos collègues gardent-ils le silence ? Selon nos informations, plusieurs citoyens américains et européens figurent parmi les otages.

Tout le monde est silencieux, il y a un silence comme si rien ne se passait.

Il y a trois jours, il y a eu aussi un incident du genre tir ami suivi de défections dans les rangs des forces locales par procuration :

Deux avions de combat F-15 de la coalition dirigée par les États-Unis ont ciblé à tort des unités kurdes dans leur offensive contre les forces terroristes restantes d’État islamique en Syrie, a rapporté RIA, citant une “source militaire et diplomatique”. Six personnes auraient été tuées et 15 blessées du côté kurde.

L’incident, qui s’est produit près de la ville de Hajin, dans la province syrienne orientale de Deir ez-Zor, a non seulement perturbé l’opération, mais aurait également entraîné de nombreuses défections dans les rangs des Forces démocratiques syriennes (FDS). Pire encore, les terroristes ont réussi à s’emparer de certains territoires de la région, a ajouté la source.

EI a publié aujourd’hui des photos d’une exécution de cinq hommes locaux accusés d’espionner pour le compte des SDF.

Les troupes américaines et françaises fournissent un soutien d’artillerie aux SDF et les forces aériennes américaines et britanniques bombardent les positions d’EI. Mais les troupes terrestres du SDF semblent incapables ou réticentes à aller de l’avant contre EI. Les frontières de la zone tenue par EI, telles que fournies par liveuamap, n’ont pratiquement pas bougé.

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1er mai

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19 octobre

Pendant cinq mois et demi, EI n’a perdu qu’environ 7 km de territoire aux extrémités nord et sud de la petite zone qu’elle occupe. Comment se fait-il que des forces kurdes bien approvisionnées, sous la direction des forces spéciales américaines et dotées d’une artillerie et d’un soutien aérien puissants, ne soient pas en mesure d’en faire plus contre quelque 1 à 2 000 djihadistes qui manquent d’armes lourdes et n’ont aucun moyen de se ravitailler ?

Des sources russes accusent les États-Unis de ne pas combattre sérieusement leur adversaire :

“Le simulacre de lutte contre les terroristes dans cette région de Syrie dure depuis plus de six mois et est utilisé par Washington pour justifier sa présence illégale dans ce pays “,souligne notre source.

L’Observatoire syrien fait également état d’un flux constant d’assassinats ciblés et d’attaques mineures contre les forces des SDF, y compris par des cellules dormantes de EI agissant dans la zone contrôlée par les SDF. De nombreux engins explosifs improvisés sont enterrés dans la zone et entravent le déplacement des troupes ainsi que la reconstruction.

En général, EI ne semble pas confiné aux lignes de front nettes indiquées sur la carte, mais possède de petites unités et des cellules dormantes qui se déplacent bien au-delà de cette zone. Cela indique un manque de troupes motivées pour tenir la ligne de front et à confiner les forces de EI.

Le Weekly Strike Summary fait état de nombreuses attaques aériennes, mais les résultats sont minces :

Entre le 7 et le 13 octobre, les forces militaires de la coalition CJTF-OIR ont mené 137 frappes, soit 225 engagements en Irak et en Syrie.

Après une baisse les 7, 8 et 9 octobre en raison des tempêtes de sable, le nombre de vols américains dans la région atteint à nouveau une vingtaine par jour.

Presque toutes ces attaques sont dirigées contre la petite zone tenue par EI au nord-est de l’Euphrate. Le rapport fait état de résultats positifs sur les “zones de stationnement ou de rassemblement”. Mais qu’est-ce que cela signifie réellement ? Un espace vide n’est-il pas une zone de stationnement ou de rassemblement potentiel ? Et que signifie l’engagement contre une “unité tactique” ? Un largage de bombe près d’un mec seul sur sa moto ?

Les quatre derniers résumés hebdomadaires font état d’un total de 349 frappes et 546 “engagements”, mais aucun d’entre eux ne semble avoir eu d’effet sur le nombre de combattant d’EI ou leurs capacités. Malgré ce nombre élevé de frappes, il n’y a aucun progrès sur le terrain.

La campagne de bombardement actuelle rappelle la fausse campagne aérienne américaine contre EI en 2014 et 2015 (voir tableau en bas de ce lien). À l’époque, les  pelleteuses de EI étaient les cibles les plus sérieuses mentionnées dans les rapports américains. À l’époque, c’était déjà la Russie qui avait dénoncé les faux combats et montré comment il fallait faire pour vraiment vaincre EI.

Le fait que les SDF affirment maintenant qu’éliminer EI de la zone prendra encore plus de temps renforce le soupçon du manque d’intention réelle de le combattre :

“Les opérations militaires à Hajin prendront beaucoup plus de temps que prévu“, a déclaré Redur Khalil, l’un des principaux commandants des SDF.

“Daesh profite beaucoup de facteurs météorologiques, y compris des tempêtes de sable. Elles l’ont aidé à se mettre à l’abri des avions de reconnaissance et d’autres mécanismes de surveillance “, a-t-il déclaré à l’AFP, en utilisant l’acronyme arabe pour EI.

Pour mémoire, la récente série de tempêtes de sable dans la région s’est terminée il y a quelques jours.

Comme en 2014/2015, les États-Unis semblent à nouveau très intéressés à maintenir EI en vie aussi longtemps que possible et à utiliser sa présence comme prétexte pour d’autres objectifs.