The Blackwater Is in Donbass with the Azov Battalion

By Manlio Dinucci

Source :

Global Research, February 01, 2022

https://www.globalresearch.ca/blackwater-donbass-azov-battalion/5768869

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The phone call between President Biden and Ukrainian President Zelensky “did not go well”, CNN headlines: while “Biden warned that a Russian invasion is practically certain in February, when the frozen ground makes it possible for tanks to pass through”, Zelensky “asked Biden to lower his tone, arguing that the Russian threat is still ambiguous”. As the Ukrainian president himself takes a more cautious stance, Ukrainian armed forces are massing in the Donbass near the area of Donetsk and Lugansk inhabited by Russian populations.

According to reports from the OSCE Special Monitoring Mission in Ukraine, obscured by our mainstream which only talks about the Russian deployment, Ukrainian Army and National Guard units, amounting to about 150 thousand men, are positioned here. They are armed and trained, and thus effectively commanded, by US-NATO military advisers and instructors.

From 1991 to 2014, according to the U.S. Congressional Research Service, the U.S. provided Ukraine with $4 billion in military assistance, which was added to by over $2.5 billion after 2014, plus over a billion provided by the NATO Trust Fund in which Italy also participates. This is only part of the military investments made by the major NATO powers in Ukraine. Great Britain, for example, concluded various military agreements with Kiev, investing among other things 1.7 billion pounds in the strengthening of Ukraine’s naval capabilities: this program provides for the arming of Ukrainian ships with British missiles, the joint production of 8 fast missile launchers, the construction of naval bases on the Black Sea and also on the Sea of Azov between Ukraine, Crimea and Russia. In this framework, Ukrainian military spending, which in 2014 was equivalent to 3% of GDP, increased to 6% in 2022, corresponding to more than $ 11 billion.

In addition to the US-NATO military investments in Ukraine, there is the $10 billion plan being implemented by Erik Prince, founder of the private US military company Blackwater, now renamed Academy, which has been supplying mercenaries to the CIA, Pentagon and State Department for covert operations (including torture and assassinations), earning billions of dollars. Erik Prince’s plan, revealed by a Time magazine investigation, is to create a private army in Ukraine through a partnership between the Lancaster 6 company, with which Prince has supplied mercenaries in the Middle East and Africa, and the main Ukrainian intelligence office controlled by the CIA. It is not known, of course, what would be the tasks of the private army created in Ukraine by the founder of Blackwater, certainly with funding from the CIA. However, it can be expected that it would conduct covert operations in Europe, Russia and other regions from its base in Ukraine.

Against this background, it is particularly alarming that the Russian Defense Minister Shoigu denounced that in the Donetsk region there are “private US military companies that are preparing a provocation with the use of unknown chemicals”. It could be the spark that causes the detonation of a war in the heart of Europe: a chemical attack against Ukrainian civilians in Donbass, immediately attributed to the Russians of Donetsk and Lugansk, which would be attacked by the preponderant Ukrainian forces already deployed in the region, to force Russia to intervene militarily in their defense.

In the front line, ready to slaughter the Russians in the Donbass, is the Azov battalion, promoted to a special forces regiment, trained and armed by the US and NATO, distinguished for its ferocity in attacks on the Russian populations of Ukraine. The Azov, which recruits neo-Nazis from all over Europe under its flag traced from that of SS Das Reich, is commanded by its founder Andrey Biletsky, promoted to colonel. It is not only a military unit, but an ideological and political movement, of which Biletsky is the charismatic leader, especially for the youth organization that is educated to hate the Russians with his book “The Words of the White Führer”.

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This article was originally published in Italian on Il Manifesto.

Manlio Dinucci, award winning author, geopolitical analyst and geographer, Pisa, Italy. He is a Research Associate of the Centre for Research on Globalization (CRG).

The original source of this article is Global Research

Copyright © Manlio Dinucci, Global Research, 2022

Les nuages qui s’amoncellent sur l’Ukraine vont-ils se dissiper ?

par Jean-Luc Baslé

Sources :

Mondialisation.ca, 31 décembre 2021

Le saker francophone, 24 décembre 2021

Le 17 décembre, la Russie a remis aux Occidentaux deux projets de traité dont l’objet est la création d’une architecture européenne de sécurité. Les médias n’y ont guère prêté attention – à tort, semble-t-il, car il ne s’agit pas de « souhaits »mais d’« exigences » russes ce que reconnaît volontiers le New York Times. dans l’article que le journal lui a consacré, tout en minimisant la portée et le bien-fondé de cette démarche. Elle fait suite aux récents évènements en Ukraine où la tension est montée d’un cran. Les relations internationales étant également tendues au Moyen Orient et en Asie, il est souhaitable qu’un accord intervienne entre les deux parties d’autant que la situation économique étant ce qu’elle est, une récession mondiale ne peut être exclue. La concomitance de ces deux évènements – tension russo-américaine et récession– ne peut qu’aggraver une situation internationale instable avec les conséquences que l’on peut imaginer.

Que dit le premier traité, celui destiné aux États-Unis (le second s’adresse à l’OTAN) ? Que les États-Unis doivent renoncer à intégrer des nations de l’ancienne Union soviétique dans l’Alliance atlantique, à disposer de bases militaires dans ces mêmes nations, à faire voler des bombardiers, équipés ou non d’armes nucléaires près des frontières russes, etc. En un mot, ils visent à arrêter la marche vers l’est de l’OTAN.

Pourquoi ce ton ferme que certains assimilent à un ultimatum, et pourquoi maintenant ? Dans un excellent article, Gilbert Doctorow en donne deux raisons. La première concerne l’avantage tactique de la Russie en Europe et stratégique à l’égard des États-Unis. La chose est désormais entendue : Washington fournit et fournira des armes à l’Ukraine mais n’interviendra pas militairement. En mars 2018 dans un long discours, Vladimir Poutine a annoncé de nouvelles armes stratégiques révolutionnaires. Quelques esprits éclairés ont incité les dirigeants occidentaux à prêter attention à ses propos, mais l’incrédulité a prévalu. Or, il apparaît qu’aujourd’hui ces armes équipent les forces russes. La seconde raison est l’entente avec le voisin chinois qui prend des allures d’alliance – Vladimir Poutine a fait savoir qu’en cas de conflit en mer de Chine, les Russes seraient du côté des Chinois et Xi Jinping a déclaré que dans un conflit ukrainien, il serait du côté des Russes. A ces deux raisons s’en ajoute une troisième : l’humiliant retrait de Kaboul qui n’est pas sans rappeler celui, tout aussi humiliant, de Saïgon en 1972, et confirme l’affaiblissement de l’Empire. En résumé, les États-Unis sont responsables de la situation dans laquelle ils sont aujourd’hui, à preuve la crise ukrainienne. Au printemps 2014, la révolution du Maidan fait passer l’Ukraine dans le camp occidental. Ce coup d’état qui est la première révolution orange, ne sera pas plus réussi que les suivants. L’Ukraine est une nation fondamentalement liée à la Russie. La séparer de l’âme sœur la condamnait. La situation économique est catastrophique en dépit d’un prêt de 5 milliards de dollars accordé par le Fonds monétaire international en 2000 en contravention de ses propres règles auquel il faut ajouter un second prêt de 750 millions de dollars récemment consenti pour éviter que le pays ne fasse banqueroute. Son président, Vladimir Zelensky, n’a jamais donné suite aux accords de Minsk – accords sanctionnés par un vote du Conseil de sécurité – qui prévoient que Kiev négocie directement avec les républiques du Donbass (Donetsk et Louhansk) pour sortir du conflit qui les oppose. La situation se dégradant et ne sachant plus comment en sortir, les Américains ont essayé de repasser l’affaire aux Russes. Ce fut l’objet du voyage de William Burns, directeur de la CIA et ancien ambassadeur à Moscou, en novembre dernier. En dépit de ses requêtes répétées, Vladimir Poutine refusa de le recevoir, acceptant seulement de lui parler au téléphone pour lui rappeler que les accords de Minsk était une affaire ukrainienne dans laquelle la Russie n’avait pas à intervenir. Il est évident que les Russes ne feront rien pour sortir les Américains d’une situation qu’ils ont eux-mêmes créée. Si cela ne suffisait pas, le coup d’état américain en Ukraine dont s’enorgueillit la sous-secrétaire d’état Victoria Nuland, eut pour effet imprévu la mainmise de la Russie sur la Crimée. Fatigués de ces interférences dans leur sphère d’influence, les Russes ont décidé d’agir.

Que vont faire les États-Unis ? Certains beaux esprits qui leur conseillent de gagner du temps en offrant un hochet aux Russes, ont prêté peu d’attention au discours de Vladimir Poutine du 21 décembre dans lequel il déclare : « Nous espérons une réponse claire et exhaustive à nos propositions. Quelques signaux nous permettent de l’espérer. Cependant, il est possible qu’ils tentent de diluer nos propositions dans une avalanche de mots ou de prendre avantage de cette pause pour poursuivre leurs propres intérêts. Soyons clairs : nous le savons mais cela se révélera contreproductif. Nous souhaitons des discussions constructives et significatives dans un calendrier prédéfini afin d’atteindre des résultats concrets dans l’intérêt de tous. »

Que feront les Russes si les Américains ne répondent pas ou répondent évasivement à leurs propositions ? Personne ne le sait. Mais en tant que joueurs d’échec, les Russes s’y sont préparés. Patrick Armstrong, ancien ambassadeur canadien à Moscou, offre une palette de réponses possibles, parmi lesquelles on relève celles-ci :

  • Stationner des missiles nucléaires à moyenne portée à Kaliningrad.
  • Organiser une expédition navale sino-russe dans le golfe du Mexique au titre de la liberté de navigation.
  • Fermer son espace aérien aux compagnies aériennes occidentales.
  • Exiger que toute importation russe soit payée en rouble.
  • Abandonner Nord Stream II – une décision pénalisante pour l’industrie allemande qui en a grand besoin suite à la décision d’Angela Merkel d’arrêter les centrales nucléaires.
  • Etc.

Si une (ou plusieurs) de ces initiatives était adoptée, les Américains imposeraient de nouvelles sanctions. La plus emblématique serait l’expulsion de la Russie du système SWIFT – un réseau d’institutions financières qui permet d’envoyer et de recevoir des informations sur les transactions financières dans un environnement sécurisé, standardisé et fiable. Les Russes s’y sont préparés, en conjonction avec les Chinois. Cette mesure ne serait donc pas aussi pénalisante qu’elle l’aurait été il y a quelques années. Par ailleurs, n’oublions pas que certaines sanctions se sont révélées très couteuses ou dommageables pour l’économie européenne.

Avant de conclure, arrêtons-nous un instant sur la situation économique. La pandémie et les chaos qu’elle a provoqués dans les chaînes d’approvisionnement ainsi que les plans de soutien à l’économie ont ravivé une inflation qui s’était assagie ces dernières années. Elle a littéralement bondi ces derniers mois, passant de 1,2% en 2020 à 6,8% en novembre 2021 aux États-Unis, de 1,6% à 5,1% au Royaume-Uni, de 0,5% à 4,9% en zone euro et de 0,3% à 9,0% au Japon. L’inflation va-t-elle persister, voire croître ? Nul ne le sait. Mais si les prix continuent de monter, les banques centrales n’auront d’autre choix que de relever leurs taux directeurs. C’est le cas de la Banque d’Angleterre, de la Banque centrale de Russie, de Norvège, du Mexique, du Chili, du Pérou, du Brésil, de l’Afrique du sud, etc. La Réserve fédérale, la Banque centrale européenne et la Banque du Japon n’ont pas relevé le leur mais accélèrent leur sortie de l’assouplissement quantitatif (politique monétaire de soutien à l’économie). Une remontée généralisée des taux d’intérêt provoquerait une récession mondiale qui se traduirait par une augmentation du chômage et des troubles sociaux. Ces situations instables ont parfois une incidence sur les relations internationales – les gouvernements cherchant un exutoire à leurs problèmes internes. Aux États-Unis, la chute de popularité de Joe Biden pourrait le conduire à adopter une politique intransigeante à l’égard de la Russie pour ne pas paraître « faible » aux yeux des électeurs, accusation déjà proférée dans les rangs républicains.

Lors de sa conférence de presse du 23 décembre, Vladimir Poutine a fait savoir que des négociations auront lieu à Genève en janvier, laissant entendre qu’il avait été entendu. Un accord sur ses propositions sonnerait le glas des prétentions hégémoniques néoconservatrices. Joe Biden qui fut longtemps président du comité des affaires étrangères du sénat le sait. Alors qu’il sera confronté à une situation économique difficile, sera-t-il en mesure de résister aux pressions qui s’exerceront sur lui pour éviter l’instauration d’un nouvel ordre mondial multipolaire ?

Jean-Luc Baslé est un ancien vice-président de Citigroup, et diplômé de l’Université de Columbia et de l’Université de Princeton. Il est l’auteur de « Le système monétaire international : Enjeux et perspectives ».

La source originale de cet article est Le saker francophone

Copyright © Jean-Luc BasléLe saker francophone, 2021

Ce que Poutine veut vraiment en Ukraine

La Russie cherche à stopper l’expansion de l’OTAN et non pas à annexer des territoires

par Dmitri Trenin, directeur du Carnegie Moscow Center*

Source : Horizons et débats

Zurich, 18 janvier 2022

Alors que l’année 2021 touchait à sa fin, la Russie a présenté aux Etats-Unis une liste d’exigences qu’elle jugeait nécessaires pour écarter l’éventualité d’un conflit militaire de grande ampleur en Ukraine. Dans un projet de traité remis à un diplomate américain à Moscou, le gouvernement russe a demandé un arrêt officiel de l’élargissement de l’OTAN à l’Est, une fin de toute nouvelle expansion de l’infrastructure militaire de l’alliance (comme les bases et les systèmes d’armes) sur l’ancien territoire soviétique, la fin de l’assistance militaire occidentale à l’Ukraine et une interdiction des missiles de portée intermédiaire en Europe. Le message était sans équivoque: si ces menaces ne peuvent être traitées par la voie diplomatique, le Kremlin devra recourir à l’action militaire.

Ces sujets étaient familiers aux yeux des décideurs occidentaux qui, pendant des années ont répondu en argumentant que Moscou n’avait pas de droit de veto sur les décisions de l’OTAN et ne pouvait en aucun cas exiger de l’Occident un arrêt de fourniture d’armes à Ukraine. Jusqu’à récemment, Moscou acceptait ces conditions à contrecœur. Aujourd’hui, cependant, elle semble déterminée à prendre des contre-mesures si elle n’obtient pas ce qu’elle veut. Cette détermination s’est reflétée dans la manière dont elle a présenté le traité proposé avec les Etats-Unis et un accord séparé avec l’OTAN. Le ton des deux missives était incisif. L’Occident n’a eu qu’un mois pour répondre, ce qui a permis d’éviter des discussions prolongées et peu concluantes. En outre, les deux projets ont été publiés presque immédiatement après leur remise, afin d’en empêcher la divulgation et le détournement par Washington, de la proposition.
    Si le Président russe Vladimir Poutine agit comme s’il avait le dessus dans cette impasse, c’est parce qu’il l’a. Selon les services de renseignement américains, la Russie a près de 100 000 soldats et une grande quantité d’armes lourdes stationnées à la frontière ukrainienne. Les Etats-Unis et d’autres pays de l’OTAN ont condamné les actions de la Russie mais ont simultanément laissé entendre qu’ils ne défendront pas l’Ukraine, qui n’est pas membre de l’OTAN, et ont limité leurs menaces de représailles à des sanctions.
    Mais les exigences de Moscou sont probablement une première offre, et non un ultimatum. Malgré son insistance à vouloir un traité officiel avec les Etats-Unis, le gouvernement russe comprend sans doute qu’en raison de la polarisation et de l’impasse, la ratification de tout traité par le Sénat américain sera pratiquement impossible. Un accord exécutif – essentiellement un accord entre deux gouvernements qui ne doit pas être ratifié et n’a donc pas le statut d’une loi – pourrait donc être une solution plus réaliste. Il est également probable qu’en vertu d’un tel accord, la Russie assumerait des engagements réciproques répondant à certaines préoccupations des Etats-Unis, de manière à créer ce qu’elle appelle un «équilibre des intérêts».
    Plus précisément, le Kremlin pourrait être satisfait si le gouvernement américain acceptait un moratoire officiel à long terme sur l’élargissement de l’OTAN et s’engageait à ne pas stationner de missiles à portée intermédiaire en Europe. Il pourrait également être apaisé par un accord séparé entre la Russie et l’OTAN qui limiterait les forces et les activités militaires là où leurs territoires se rencontrent, de la Baltique à la mer Noire.
    Bien entendu, la question de savoir si l’administration Biden est prête à s’engager sérieusement avec la Russie reste ouverte. L’opposition à tout accord sera forte aux Etats-Unis en raison de la polarisation de la politique intérieure et du fait que la conclusion d’un accord avec M. Poutine expose l’administration Biden aux critiques selon lesquelles elle cède à un autocrate. L’opposition sera également forte en Europe, où les dirigeants auront le sentiment qu’un accord négocié entre Washington et Moscou les laisse sur la touche.
    Toutes ces questions sont graves. Mais il est crucial de noter que M. Poutine a présidé à quatre vagues d’élargissement de l’OTAN et a dû accepter le retrait de Washington des traités régissant les missiles antibalistiques, les forces nucléaires à portée intermédiaire et les avions d’observation non armés. Pour lui, l’Ukraine est le dernier rempart. Le commandant en chef russe est soutenu par ses institutions sécuritaires et militaires et, malgré la crainte de la population russe d’une guerre, il ne rencontre aucune opposition intérieure à sa politique étrangère. Plus important encore, il ne peut se permettre d’être perçu comme un bluffeur. M. Biden a eu raison de ne pas rejeter d’emblée les demandes de la Russie et de privilégier l’engagement.

Les lignes rouges de Poutine

Il existe une asymétrie importante dans l’importance que l’Occident et la Russie accordent à l’Ukraine. L’Occident a certes ouvert la perspective d’une adhésion à l’OTAN au pays en 2008, mais sans calendrier officiel d’admission. Après 2014, lorsque la Russie a repris la Crimée à l’Ukraine et a commencé à soutenir les militants pro-russes dans la région de Donbass, il est devenu difficile d’imaginer comment le gouvernement américain pourrait permettre à l’Ukraine de rejoindre l’OTAN. Après tout, l’opinion publique américaine ne soutiendrait guère le déploiement de troupes pour combattre pour l’Ukraine. Washington a fait à Kiev une promesse que les deux parties savent impossible à tenir. La Russie, en revanche, considère l’Ukraine comme un intérêt vital pour sa sécurité nationale et s’est déclarée prête à recourir à la force militaire si cet intérêt est menacé. Cette ouverture à engager des troupes et la proximité géographique de l’Ukraine donnent à Moscou un avantage sur les Etats-Unis et ses alliés.
    Cela ne signifie pas qu’une invasion russe de l’Ukraine est imminente. Malgré la prédilection des médias occidentaux à dépeindre Poutine comme un homme sans scrupules, il est en fait prudent et calculateur, en particulier lorsqu’il s’agit de recourir à la force. Poutine n’a pas peur du risque – les opérations en Tchétchénie, en Crimée et en Syrie en sont la preuve – mais dans son esprit, le bénéfice doit être supérieur au coût. Il n’envahira pas l’Ukraine simplement en raison des orientations occidentales de ses dirigeants.
    Cela dit, certains scénarios pourraient inciter le Kremlin à envoyer des troupes en Ukraine. En 2018, M. Poutine a déclaré publiquement qu’une tentative ukrainienne de reconquête du territoire dans la région de Donbass par la force déclencherait une réponse militaire. Il y a un précédent historique à cela: en 2008, la Russie a répondu militairement à une attaque géorgienne contre l’Entité provisoire d’Ossétie du Sud. Une autre ligne rouge russe est l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN ou l’installation de bases militaires occidentales et de systèmes d’armes à longue portée sur son territoire. M. Poutine ne cédera jamais sur ce point. Pour l’instant, cependant, les Etats-Unis et les autres membres de l’OTAN ne soutiennent pratiquement pas l’idée de laisser l’Ukraine rejoindre l’Alliance atlantique. Début décembre 2021, des responsables du département d’Etat américain ont déclaré à l’Ukraine qu’il était peu probable que l’adhésion de ce pays à l’OTAN soit approuvée au cours de la prochaine décennie.
    Si l’OTAN devait renforcer ses forces dans les Etats membres de l’Est, cela pourrait militariser davantage la nouvelle ligne de démarcation en Europe, qui longe les frontières occidentales de la Russie et du Belarus. La Russie pourrait être incitée à placer davantage de missiles à courte portée à Kaliningrad, la partie non contiguë de la Russie située le plus à l’ouest, coincée entre la Pologne et la Lituanie. Une alliance militaire plus étroite avec le Belarus pourrait accroître la pression sur l’Ukraine. Moscou pourrait également reconnaître les «Républiques populaires» autoproclamées de Donetsk et de Louhansk et les intégrer dans une nouvelle entité géopolitique avec la Russie et le Belarus.
   Les implications géopolitiques de ces développements pourraient se répercuter au-delà de l’Europe. Pour contrer des sanctions économiques et financières occidentales plus drastiques, que ce soit en prévision d’une incursion russe en Ukraine ou en conséquence de celle-ci, Moscou pourrait devoir s’appuyer sur Pékin, qui se trouve également sous la pression croissante des Etats-Unis. Les présidents Vladimir Poutine etXi Jinping discutent déjà de mécanismes financiers pour protéger leurs pays des sanctions américaines. Dans ce cas, la visite prévue de M. Poutine en Chine pour les Jeux olympiques d’hiver de février 2022 pourrait s’avérer être plus qu’une simple visite de courtoisie. Les Etats-Unis pourraient alors voir l’actuelle entente sino-russe se transformer en une alliance plus étroite. La coopération économique, technologique, financière et militaire entre les deux puissances atteindrait de nouveaux sommets.

Le «jeu du blâme» 

La menace de M. Poutine de recourir à la force vient de sa déception face à un processus diplomatique au point mort. Les efforts du Kremlin pour inciter le Président ukrainien Volodymyr Zelensky à conclure un accord sur le Donbass – qui semblaient prometteurs pas plus tard que fin 2019 – n’ont pas abouti. M. Zelensky, qui a remporté la présidence lors d’un raz-de-marée en se présentant comme un candidat de la paix, est un dirigeant exceptionnellement erratique. Sa décision d’utiliser des drones armés dans le Donbass en 2021 a fait monter les tensions avec Moscou à un moment où l’Ukraine ne pouvait pas se permettre de provoquer son voisin.
    Ce ne sont pas seulement les dirigeants ukrainiens que Moscou considère comme problématiques. La France et l’Allemagne ont fait échouer les efforts visant à trouver une solution diplomatique à l’impasse Russie-Ukraine. Les Européens, qui étaient les garants des accords de Minsk de 2014 et 2015 censés apporter la paix dans la région, n’ont guère réussi à pousser les Ukrainiens à conclure un accord. Le Président allemand Frank-Walter Steinmeier, alors ministre des affaires étrangères, n’a même pas pu faire accepter à Kiev un compromis qui aurait permis la tenue d’élections dans la région de Donbass. En novembre dernier, les Russes sont allés jusqu’à publier une correspondance diplomatique privée entre leur Ministre des affaires étrangères,Sergueï Lavrov, et ses homologues français et allemand, afin de démontrer que les puissances occidentales se rangeaient entièrement du côté de la position du gouvernement ukrainien.
    Et bien que l’Occident se soit concentré sur le renforcement des troupes russes près de la frontière ukrainienne, cela s’est produit alors que les pays de l’OTAN étendaient leurs activités militaires dans la région de la mer Noire et en Ukraine. En juin, un destroyer britannique a navigué dans les eaux territoriales de la Crimée, que Londres ne reconnaît pas comme appartenant à la Russie, provoquant les Russes à tirer dans sa direction. En novembre, un bombardier stratégique américain a volé à moins de 13 miles [21 km] de la frontière russe dans la région de la mer Noire, ce qui a rendu M. Poutine furieux. A mesure que les tensions augmentaient, les conseillers militaires, les instructeurs, les armes et les munitions occidentaux ont afflué en Ukraine. Les Russes soupçonnent également qu’un centre d’entraînement construit par le Royaume-Uni en Ukraine soit en fait une base militaire étrangère. M. Poutine est particulièrement inflexible sur le fait que le déploiement en Ukraine de missiles américains pouvant atteindre Moscou en cinq à sept minutes ne peut être et ne sera pas toléré. 
    Pour la Russie, l’escalade des menaces militaires est sans équivoque. Dans ses articles et ses discours, M. Poutine peut souligner l’unité des peuples russe et ukrainien, mais ce qui lui importe le plus est d’empêcher l’expansion de l’OTAN en Ukraine. Considérez ce qu’il a dit en mars 2014 après avoir envoyé des forces en Crimée en réponse au renversement du Président ukrainien, Viktor Ianoukovytch.«Je ne peux tout simplement imaginer que nous nous rendions à Sébastopol pour rendre visite aux marins de l’OTAN», avait-t-il déclaré à propos de la célèbre base navale russe en Crimée. «Bien sûr, la plupart d’entre eux sont des gars merveilleux, mais il serait préférable qu’ils viennent nous rendre visite, qu’ils soient nos invités, plutôt que l’inverse.»
    Les actions de M. Poutine suggèrent que son véritable objectif n’est pas de conquérir l’Ukraine et de l’absorber dans la Russie, mais de changer la configuration de l’après-guerre froide dans l’est de l’Europe. Cette configuration a fait de la Russie une puissance dominante qui n’a pas vraiment son mot à dire sur la sécurité européenne, qui était centrée sur l’OTAN. S’il parvient à maintenir l’OTAN hors de l’Ukraine, de la Géorgie et de la Moldavie, et les missiles américains à portée intermédiaire hors de l’Europe, il pense pouvoir réparer une partie des dommages subis par la sécurité de la Russie après la fin de la guerre froide. Ce n’est pas une coïncidence, mais cela pourrait constituer un bilan utile pour se présenter en 2024, lorsque Poutine sera candidat à sa propre réélection.•

Source: https://www.foreignaffairs.com/articles/russia-fsu/2021-12-28/what-putin-really-wants-ukraine 

© 2021 Council on Foreign Relations, publisher of Foreign Affaiers. All rights reserved. Distributed by Tribune Content Agency

(Traduction Horizons et débats)


*Dmitri Trenin, directeur du Carnegie Moscow Center, y travaille depuis la création du centre. Il est également président du conseil de recherche et du programme de politique étrangère et de sécurité. De 1972 à 1993, il a servi dans les forces armées soviétiques et russes, où il a notamment été officier de liaison au sein du département des relations extérieures du groupe des forces armées soviétiques (stationné à Potsdam) et, de 1985 à 1991, collaborateur de la délégation lors des pourparlers américano-soviétiques sur les armes nucléaires à Genève. Il a également enseigné au département d’études de guerre de l’Institut militaire de 1986 à 1993. De 1993 à 1997, M. Trenin a travaillé comme Senior Research Fellow à l’Institute of Europe à Moscou. En 1993, il a été Senior Research Fellow au Nato Defense College à Rome.

Silence : on tue !

par Ivo Rens

Professeur honoraire

Faculté de droit

Université de Genève

6 janvier 2022

Quiconque, en Occident, se préoccupe des conflits politiques qui opposent de nos jours encore certains peuples trouve facilement des informations sur les points de vue des protagonistes en présence dans les différends par exemple entre les EEUU (*) et la Chine, les EEUU et la Russie, la Chine et Taïwan, Israël et la Palestine. C’est là, me semble-t-il, une constatation plutôt rassurante car sans la connaissance des positions des uns et des autres la recherche de solutions pacifiques est tout simplement impossible.

Mais il n’en va pas de même pour les conflits qui ont débouché sur des opérations militaires, même et surtout sur des opérations qui ont fait, ou font encore, des morts par milliers, voire des réfugiés par millions. Je pense en particulier à la guerre qui sévit au Yémen où l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis, puissamment aidés par les EEUU et plusieurs pays membres de l’OTAN, combattent, avec des armes modernes sophistiquées, les prétendus rebelles houthis pour des raisons qui sont tout sauf évidentes. Sur cette guerre et ses enjeux, immense est notre ignorance. L’une des rares informations indiscutables disponibles sur ce conflit armé est qu’il oppose depuis 2015 quelques-uns des Etats les plus opulents aux “rebelles” d’un des pays les plus pauvres au monde. Quant aux médias, ils font étrangement silence sur le sujet.

Cette situation me paraît fort préoccupante pour les citoyens des démocraties occidentales dont plusieurs, parmi les plus puissantes, sont impliquées dans le massacre yéménite. Mais pareille observation peut être faite aussi, quoiqu’avec un moindre degré d’ignorance ambiante, mais un degré supérieur de manipulations multiples, au sujet de la guerre civile en Syrie qui sévit depuis 2011. Sur cette guerre les médias occidentaux propagent, à l’unisson, l’image simpliste d’un dictateur sanguinaire épaulé par la Russie de Poutine, ce qui est une autre manière de faire silence.

Il est frappant de constater que dans ces deux conflits et plusieurs autres, les puissances occidentales et Israël violent allègrement les normes fondamentales du droit international public visant au maintien de la paix tout en proclamant hautement leur attachement indéfectible aux droits de l’homme.

Il y a là, à tout le moins, matière à réflexion pour les citoyens des démocraties occidentales car ces dernières paraissent s’accommoder tacitement de la complicité de leurs dirigeants avec certains responsables des massacres en cours. Pourtant, à l’ère informatique, la première exigence civique en politique étrangère devrait consister pour tout citoyen à voter pour des représentants cherchant des informations contradictoires sur les positions des parties engagées dans des conflits armés et contrôlant ce que leur gouvernement en fait. Toute fourniture d’armes aux belligérants devrait être sévèrement sanctionnée. Encore faudrait-il que les parlements concernés ne se bornent pas à être des chambres d’enregistrement.(**) Car, est-il besoin de le rappeler : à l’instar des incendies, les guerres n’ont que trop tendance à se propager…

(*) Etats-Unis d’Amérique.

(**) Chambre parlementaire sans influence notable sur la vie politique. 

Israël-Palestine

Résolution sur les victimes palestiniennes adoptée les 23 mars 2021 par le Conseil ces droits de l’Homme des Nations Unies à Genève

Source : https://undocs.org/fr/A/HRC/46/L.31

Résolution adoptée avec 32 votes pour, 6 contre et 8 abstentions

Résumé officiel de cette résolution.

Durant les derniers jours de sa session annuelle à Genève, le Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies a adopté la résolution (A/HRC/46/L.31) intitulée « Situation des droits de l’homme dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et obligation de garantir les principes de responsabilité et de justice » (voir le texte intégral).

Il s’agit, comme chaque année, d’un rappel concernant les diverses obligations en matière de droits de l’homme et de droit international humanitaire qu’Israël viole en toute impunité, et ce depuis de nombreuses années.

Le contenu de la résolution de 2021 en bref

Dans cette résolution adoptée le 23 mars 2021, on y lit que le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies:

« 4. Déplore qu’Israël persiste dans son refus de coopérer avec les titulaires de mandat au titre des procédures spéciales et les autres mécanismes des Nations Unies cherchant à enquêter sur les violations présumées du droit international dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et lui demande de coopérer pleinement avec lui et à toutes ses procédures spéciales, mécanismes pertinents et enquêtes, ainsi qu’avec le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme ; 

5. Exige qu’Israël, Puissance occupante, mette fin à toutes les actions menées illégalement dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, notamment la construction de colonies, la démolition d’habitations, y compris les démolitions à titre punitif, l’expulsion d’habitants palestiniens et le retrait, en vertu de plusieurs lois discriminatoires, des permis de résidence de Palestiniens vivant à Jérusalem-Est, les travaux d’excavation réalisés sur des sites religieux et historiques et à proximité, et toutes les autres mesures unilatérales tendant à modifier le caractère, le statut et la composition démographique du territoire dans son ensemble, qui toutes ont, notamment, des conséquences graves pour les droits de l’homme du peuple palestinien et pour les perspectives d’un règlement juste et pacifique ; »

Parmi les paragraphes ajoutés à ceux habituellement réunis dans cette résolution annuelle, on peut lire que le Conseil des Droits de l’Homme pour cette session de 2021 :

« 18. Engage Israël, Puissance occupante, à respecter immédiatement les obligations qui lui incombent au regard du droit international à l’égard de population occupée protégée, et à garantir l’accès, sans discrimination aucune, aux vaccins contre la maladie à coronavirus (COVID-19) dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, notamment en coordination avec le Gouvernement de l’État de Palestine ».

Nous reproduisons ci-après la version française de cette résolution, après avoir rectifié une part importante des anomalies éditoriales telles que l’absence de séparation entre les mots, mais non point toutes. Nous avons renoncé, en effet, à corriger l’apparition inopinée d’espaces insolites entre les lettres de plusieurs mots sur plusieurs lignes, mais nous sommes efforcés de rendre le texte compréhensible en introduisant alors un espace supplémentaire entre les mots ! Ces anomalies concernant un texte important émanant d’un organe des Nations Unies dans une des langues officielles des Nations Unies nous paraissent difficilement justifiables. IR

Source : https://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/G21/077/96/PDF/G2107796.pdf?OpenElement

Conseil des droits de l’homme Quarante-sixième session
22 février-23 mars 2021

Colonies de peuplement israéliennes dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et le Golan syrien occupé

Le Conseil des droits de l’homme,
Guidé par les principes énoncés dans la Charte des Nations Unies, et affirmant que

l’acquisition de territoires par la force est inadmissible,

RéaffirmantquetouslesÉtatsontl’obligationdepromouvoiretdeprotégerlesdroits de l’homme et les libertés fondamentales consacrés par la Charte et énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, les Pactes internationaux relatifs aux droits de l’homme et les autres instruments applicables,

Rappelant toutes les résolutions pertinentes de la Commission des droits del’homme, du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale, ainsi que ses propres résolutions réaffirmant, notamment, le aractère illégal des colonies de peuplement israéliennes dans les territoires occupés, y compris Jérusalem-Est,

Rappelant également tous les rapports pertinents de l’Orga nisation des Nations Unies, y compris ceux de ses mécanismes, et demandant à tous les débiteurs d’obligations et organismesdesNationsUniesd’appliquerlesrecommandationsquiysontformulées,

Sachant que l’État de Palestine a adhéré à plusieurs instruments relatifs aux droits de l’homme et aux principales conventions relatives au droit humanitaire, et a également adhéré, le 2 janvier 2015, au Statut de Rome de la Cour pénale internationale,

Réaffirmant que la Convention de Genève relative à la protection des personnes civilesentempsdeguerredu12août1949 (quatrième Convention de Genève) est applicable au Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et au Golan syrien occupé,

RappelantlesdéclarationsadoptéesauxconférencesdesHautesPartiescontractantes à la quatrième Convention de Genève, tenues à Genève le 5 décembre 2001 et le 17 décembre 2014, et réaffirmant que les États ne devraient pas reconnaître comme licite une situation découlant de violations de normes impératives du droit international,

Affirmant que le transfert par la Puissance occupante d’une partie de sa propre population civile dans le territoire qu’elle occupe constitue une infraction à la quatrième Convention de Genève et aux dispositions pertinentes du droit coutumier, y compris à celles qui sont codifiées dans le Protocole additionnel I aux quatre Conventions de Genève,

Rappelant l’a vis consultatif de la Cour internationale de Justice du 9 juillet 2004 sur les conséquencesjuridiquesdel’édificationd’unmurdansleTerritoirepalestinienoccupé, et rappelant également les résolutions ES-10/15 et ES-10/17 de l’Assemblée générale, endate respectivement du 20 juillet 2004 et du 15 décembre 2006,

Se déclarant gravement préoccupé par la poursuite de la construction du mur par Israël dans le Territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et sur le pourtour de Jérusa lem-Est, en violation du droit international, et s’inquiétant en particulier du tracé de ce mur, qui s’écarte de la ligne d’armistice de 1949 et a été conçu de manière à englober la grande majorité des colonies de peuplement israéliennes dans le Territoire palestinien occupé, ce qui entraîne de graves difficultés humanitaires et une forte détérioration des conditions socioéconomiques pour les Palestiniens, fragmente la continuité géographique du Territoire palestinien et en compromet la viabilité, crée sur le terrain un fait accompli qui pourrait s’apparenter à une annexion de facto, le tracé du mur s’écartant de la ligne d’armisticede1949,et rend la solution des deux États matériellement  impossible à appliquer,

Sachant que la Cour internationale de Justice a conclu, notamment, que les colonies de peuplement israéliennes dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, a vaient été établies en violation du droit international,

Exprimant sa vive inquiétude devant toute mesure prise par une entité gouvernementale ou non gouvernementale, quelle qu’elle soit, en violation des résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale relatives à Jérusalem,

Exprimantégalementsaviveinquiétudedevantlesappelslancéspardesresponsables israéliens en faveur de l’annexion de terres palestiniennes,

Sachant que, depuis 1967, Israël a planifié, mis en œuvre, soutenu et encouragé la création et l’extension de colonies dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, notamment en prévoyant des avantages et des mesures d’incitation en faveur des colonies et des colons,

Affirmant que les politiques et pratiques israéliennes d’implantation dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, mettent sérieusement en dangerla viabilitéde la solution des deux États en compromettant la possibilité matérielle de sa réalisation et en consolidant la réalité d’un État unique, fondé sur l’inégalité des droits,

Sachantà cet égard que les colonies israéliennes morcellentla Cisjordanie, ycompris Jérusalem-Est, en enclaves isolées, compromettant gravement l’exercice par le peuple palestinien de son droit à l’autodétermination, etprofondément préoccupé par l’ampleur, la persistance et la nature du processus de colonisation, qui donnent à penser que l’intention est de pérenniser cette occupation, en violation de l’interdiction de toute acquisition de territoire résultantde l’emploide la force,

Sachant également que l’entreprise de colonisationet l’impunité liée à sa persistance, à son expansion et à la violence qui y est associée continuent d’être la cause profonde d’un grand nombre de violations des droits humains des Palestiniens et constituent les principaux facteurs de perpétuation de l’occupation militaire israélienne du Territoire palestinien, y compris Jérusalem-Est, depuis 1967,

Déplorant en particulier la construction et l’extension par Israël de colonies dans Jérusalem-Est occupée et alentour, y compris le pla n isra élien dit « E-1 », qui vise à relier les colonies illégales implantées autour de Jérusalem-Est occupée et à isolercelle-cidavantage, la poursuite de la démolition d’habitations palestiniennes et de l’expulsion de familles palestiniennes de la ville, le retrait du droit de résidence dans la ville aux Palestiniens et les activités de colonisation en cours en Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, qui ont pour effet demorceler encore plus le Territoire palestinien occupé et de compromettre sa continuité,

Gravement préoccupé par tous les actes de terrorisme, de violence, de destruction, de harcèlement, de provocation et d’incitation commis par des colons israéliens extrémistes et des groupes de colons armés dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, contre des civils palestiniens, dont des enfants, et leurs biens, sachant qu’il s’agit là d’un phénomène de longue date, qui vise notamment à déplacer la population occupée et à faciliter l’extension des colonies de peuplement, et insistant sur la nécessité pour Israël d’enquêter sur tous ces actes et de faire en sorte que leurs auteurs rendent des comptes,

Conscient des effets préjudiciables que les colonies de peuplement israéliennes ont sur les ressources naturelles du Territoire palestinien et des autres territoires arabes, particulièrement du fait de la confiscation de terres, de l’interdiction faite aux agriculteurs palestiniens d’accéder aux terres agricoles, de la dépossession de leurs terres et de leurs cultures, du détournement forcé de ressources en eau, de la destruction de vergers et de cultures, et de la saisie de puits par des colons israéliens, ainsi que des conséquences socioéconomiques dramatiques de cette colonisation, dontla perte demoyens de subsistance dans le secteur agricole, qui empêche les Palestiniens d’exercer une souveraineté permanente sur leurs ressources naturelles,

Conscient également que nombre de politiques et pratiques israéliennes liées aux activités de colonisation dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, c o n s t i t u e n t  u n e  d i s c r i m i n a t i o n  f l a g r a n t e, n o t a m m e n t  p a r  l a  c r é a t i o n  d ’ u n s y s t è m e  p r i v i l é gia n t  les colonies de peuplement et les colons israéliens au détriment des Palestiniens et en violation de leurs droits humains,

Rappelant les Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, qui énoncent les responsabilités incombant à toutes les entreprises en matière de respect des droits de l’homme, notamment celle de s’abstenir de contribuer à des atteintes aux droits de l’homme liées à un conflit, et demandent aux États d’aider comme il convient les entreprises à  é v a l u e r  e t  à  p a l l i e r  l e s  r i s q u e s  a c c r u s  d e  v i o l a t i o n s  d a n s  l e s  z o n e s  t o u c h é e s  p a r  u n c o n f lit , notamment en veillant à ce que leurs politiques, lois, règlements et mesures d’application permettent de parer efficacement au risque d’implication d’entreprises dans des violations flagrantes des droits de l’homme,

Sachant que les entreprises doivent respecter les normes du droit international humanitaire dans les situations de conflit armé, et préoccupé par le fait que des entreprises ont permis et facilité, directement et indirectement, la création et l’extension de colonies israéliennes dans le Territoire palestinien occupé, et en ont tiré profit,

Soulignant l’importance pour les États d’agir conformément à leur législation na tionale sur la promotion du respect du droit international humanitaire lorsque les a ctivités d’entreprises entraînent des violations des droits de l’homme,

Préoccupéparlesactivitéséconomiquesquifacilitentl’extensionetla consolidation des colonies, conscient que les conditions de culture et de production des produits provenant des colonies supposent notamment l’exploitation des ressources naturelles du Territoire pa lestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et demandant à tous les États de respecter leurs obligations juridiques à cet égard, y compris celle d’assurer le respect de la quatrième Convention de Genève,

Conscient que des produits entièrement ou partiellement produits dans des colonies de peuplement ont été étiquetés comme provenant d’Israël, et préoccupé par le fait que la p r o d u c t i o n  e t  l e  c o m m e r c e  d e ces p r o d u i t s  c o n t r i b u e n t  g r a n d e m e n t  à  p é r e n n i s e rm l e s c o l o n ie s de peuplement,

Conscientégalementquedesparticuliers,desassociationsetdesorganismescaritatifs d’États tiers financent des colonies de peuplement israéliennes et des entités qui y sont insta llées, contribuant au maintien et à l’extension de ces colonies,

Sachantqu’uncertainnombred’entreprisesontdécidédesedésengagerderelations ou d’activités associées aux colonies de peuplement israéliennes en raison des risques encourus,

Exprimant son inquiétude face au refus d’Israël, Puissance occupante, de collaborer pleinement avec les mécanismes compétents de l’Organisation des Nations Unies, en particulier avec le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967,

1. Réaffirmequelescoloniesdepeuplementisraéliennesimplantéesdepuis1967 dansleTerritoirepalestinienoccupé,ycomprisJérusalem-Est,etdansleGolansyrienoccupé sont illéga les en droit interna tional et constituent un obstacle majeur à la réalisa tion de la solution des deux États, à l’établissement d’une paix globale, juste et durable, ainsi qu’au développement économique et social ;

2. Demande à Israël de reconnaître l’applicabilité de jure de la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, adoptée le 12 août 1949, a u Territoire pa lestinien occupé, y compris Jérusa lem-Est, et a u Gola n syrien occupé, d’en respecter scrupuleusement les dispositions, en pa rticulier l’a rticle 49, de s’a cquitter de la totalité des obligations lui incombant en application du droit international et de mettre immédiatement fin à toute intervention entraînant la modification du caractère, du statut ou dela compositiondémographiqueduTerritoirepalestinienoccupé,ycomprisJérusalem-Est, et du Gola n syrien occupé ;

3. Exige qu’Israël, Puissance occupante, mette fin immédiatement à toutes ses activités de colonisation dans l’ensemble du Territoire palestinien occupé, y compris Jérusa lem-Est, et dans le Gola n syrien occupé, et demande à cet égard l’a pplica tion intégrale de toutes les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, notamment des résolutions 446 (1979) du 22 mars 1979, 452 (1979) du 20 juillet 1979, 465 (1980) du 1er mars 1980, 476 (1980) du 30 juin 1980, 497 (1981) du 17 décembre 1981, 1515 (2003) du 19 novembre 2003 et 2334 (2016) du 23 décembre 2016 ;

4. Exigeégalementqu’Israël,Puissanceoccupante,s’acquittepleinementdeses o b l i g a t i o n s j u r i d i q u e s , t e l l e s q u ’ é n o n c é e s d a n s l ’ a v i s c o n s u l t a t i f r e n d u l e 9 j u i l l e t 2 0 0 4 p a r la Cour internationale de Justice, notamment en cessant immédiatement les travaux d’édificationdumurencoursdeconstructiondansleTerritoirepalestinienoccupé,ycompris à l’intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est, en démantelant immédiatement l’ouvrage situé dans ce territoire, en abrogeant ou en privant d’effet immédiatement l’ensemble des texteslégislatifsetréglementairesyrelatifs,etenaccordantréparationdesdommagescausés à touteslespersonnesphysiquesetmoralestouchéesparla constructiondumur;

5. Condamne la poursuite des a ctivités de colonisation et des a ctivités connexes parIsraël,notammentletransfertdesesressortissantsdansleTerritoirepalestinienoccupé, la constructionetl’extensiondecolonies,l’expropriationetl’annexiondefactodeterres,la démolition d’habitations et d’équipements collectifs, la perturbation des activités de subsistancedepersonnesprotégées,la confiscationetla destructiondebiens,ycomprisdes envoisdesecourshumanitaires,ledéplacementforcéoula menacedudéplacementforcéde civils Palestiniens, y compris de communautés entières, et la construction de routes de contournement, qui modifient le caractère physique et la composition démographique des territoiresoccupés,ycomprisJérusalem-EstetleGolansyrien,constituentuneviolationdu droit international humanitaire, en particulier de l’a rticle 49 de la quatrième Convention de Genève, a insi que du droit international des droits de l’homme, et compromettent la viabilité de la solution des deux États ;

6. Se déclare profondément préoccupé par les faits suivants, dont il demande la cessation:

a) La conduite d’activités économiques dans le Territoire palestinien occupé, ycomprisJérusalem-Est,auprofitdel’entreprisedecolonisationetdesactivitésconnexes;

b) L’expropriation de terres palestiniennes, la démolition d’habitations palestiniennes, les ordres de démolition, les expulsions forcées et les projets de «réinstallation»,l’obstructionà l’aidehumanitaire,notammentà desprojetsfinancésparla communauté internationale, et la destruction de cette aide, ainsi que l’instauration d’un environnement coercitif et de conditions de vie insupportables par Israël dans des zones destinées à l’extension et à la construction de colonies, et d’autres pratiques ayant pour objectif le déplacement forcé de la population civile palestinienne, y compris de communautésbédouinesetd’éleveurs,etlesnouvellesactivitésdecolonisation,notamment le refus d’Israël d’autoriser l’accès des Palestiniens à l’eau et à d’autres services essentiels dansleTerritoirepalestinienoccupé,ycomprisJérusalem-Est,enparticulierdansleszones retenues pour l’extension de colonies, et notamment l’appropriation de biens palestiniens, entre autres en déclarant ceux-ci «biens fonciers publics », « zones militaires » fermées, «parcsnationaux»et sites «archéologiques»,et ce afindefaciliteret de faireavancer l’extension ou la construction de colonies et des infrastructures correspondantes, en violation d e s ob l i g a t i o n s  d ’ I s r a ë l  a u  r e g a r d  d u  d r o i t  i n t e r n a t i o n a l  h u m a n i t a i r e  e t  d u

d r o i t  i n t e rn a t io n a l  des droits de l’homme ;

c) Les mesures qu’Israël a prises, sous la forme de politiques, de lois ou de pratiques, pour empêcher les Palestiniens de prendre pleinement part à la vie politique, sociale, économique et culturelle du Territoire palestinien occupé, ycompris Jérusalem-Est, et faire obstacle à leur plein développement en Cisjordanie et dans la bande de Gaza ;

7. Demand eà Israël, Puissance occupante :

a) De mettre fin sans délai à son occupation des territoires occupés depuis 1967, qui peut être contraire au droit international, de renoncer à sa politiq ue de colonisation dans l e s  t e r r i t o i r e s  o c c u p é s , y c o m p r i s Jé r u s a l e m – E s t  e t  l e  G o l a n  s y r i e n , e t , à  t i t r e  d e p r e m ie r  p a s  sur la voie du démantèlement de l’entreprise de colonisation, de mettre immédiatement un terme à l’extension des colonies existantes, notamment à leur croissance dite «naturelle» ,et auxactivités connexes,d’empêcher toute nouvelle installation de colons dans les territoires occupés, y compris Jérusalem-Est, et d’abandonner son plan « E-1 » ;

b) De mettre un terme à toutes les violations des droits de l’homme qu’entraîne la présence de colonies de peuplement, en particulier aux violations du droit à l’autodétermination, et de s’acquitter de son obligation internationale d’assurer un recours effectif aux victimes;

c) De prendre immédiatement des mesures pour interdire et abolir toutes les politiques et pratiques qui sont discriminatoires à l’égard de la population palestinienne du Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et touchent de façon disproportionnée cette population, notamment en mettant un terme au système de routes séparées à l’usage exclusif des colons israéliens, qui résident illéga lement dans ledit territoire, à la combinaison complexe de restrictions à la liberté de circulation, à savoir le mur, les barrages routiers et le régime de permis qui ne s’applique qu’à la population palestinienne, à l’application de deux systèmes juridiques distincts, qui a facilité la création et la consolidation des colonies, et à d’autres violations et formes de discrimination institutionnalisée;

d) De cesser la réquisition et toutes les autres formes d’appropriation illicite des terres palestiniennes, y compris les « biens fonciers publics », et leur affectation à l’implantation ou à l’extension de colonies de peuplement, et de ne plus prévoir d’avantages et de mesures d’incitation en faveur des colonies et des colons;

e) De mettre fin à toutes les pratiques et politiques qui ont pour effet de fragmenter la continuité géographique du Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, d’isoler les communautés palestiniennes dans des enclaves et de modifier délibérément la composition démographique du Territoire palestinien occupé ;

f) De prendre et d’appliquer des mesures strictes pour prévenir et réprimer pleinement la commission d’actes de violence par des colons israéliens, notamment la confiscation des armes et l’imposition de sanctions pénales, ainsi que d’autres mesures propres à garantir la sécurité et la protection des civils palestiniens et des biens palestiniens dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est ;

g) De faire cesser, dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et dans le Golan syrien occupé, toutes les activités nuisibles à l’environnement, notamment celles que mènent les colons israéliens et en particulier le déversement de déchets de toutes sortes, qui fait peser une grave menace sur les ressources naturelles de ces territoires, à savoir les ressources en eau et les terres, et est susceptible de nuire à l’environnement, à l’a ssa inissement et à la santé des populations civiles ;

h) De cesser d’exploiter, d’altérer,de détruire,d’épuiser et de mettre en péril les ressources naturelles du Territoire palestinien occupé,y compris Jérusalem-Est, et du Golan syrien occupé;

8. Salue l’adoption par l’Union européenne des Lignes directrices relatives à l’éligibilité desentitésisraéliennesétabliesdanslesterritoiresoccupésparIsraëldepuisjuin 1967 et des activités qu’elles y déploient aux subventions, prix et instruments financiers financésparl’Unioneuropéenneàpartirde2014;

9. Prie instamment tous les États et toutes les organisations internationales de veiller à ne prendre aucune disposition de nature à reconnaître, à aider ou à favoriser l’extension des colonies de peuplement ou la construction du mur dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et de continuer d’appliquer activement des politiques garantissant le respect de leurs obligations au regard du droit international en ce quiconcernelespratiquessusmentionnéesettouteslesautrespratiquesetmesuresillégales auxquelles Israël a recours dans le Territoire palestinien occupé, ycompris Jérusalem-Est;

10. Rappelle à tous les États leursobligations juridiques, telles qu’énoncées dans l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice du 9 juillet 2004 sur les conséquences juridiques de l’édification d’un mur dans le Territoire palestinien occupé, notamment celles de ne pas reconnaître la situation illicite résultant de la construction du mur, de ne pas prêter aide ou assistance au maintien de cette situation, et de veiller au respect par Israël du droit international humanitaire tel que consacré par la quatrième Convention de Genève ;

11. Demande à tous les États :

a) De faire une distinction, dans leurs échanges en la matière, entre le territoire de l’État d’Israël et les territoires occupés depuis 1967, en particulier de ne fournir à Israël aucuneassistancequiseraitutiliséespécifiquementpourlescoloniesdepeuplementdansces territoires en ce qui concerne, notamment, la question du commerce avec les colonies de peuplement, conformément à leurs obliga tions a u rega rd du droit international ;

b) D’appliquer les Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’hommeencequiconcerneleTerritoirepalestinienoccupé,ycomprisJérusalem-Est,etde prendredesmesurespropresàfaireensortequelesentreprisesdomiciliéessurleurterritoire et/ou relevant de leur juridiction, y compris celles qu’ils détiennent ou contrôlent, s’abstiennent de commettre des atteintes graves aux droits humains des Palestiniens ou d’y contribuer, de les permettre ou d’en tirer profit, conformément à la norme de conduite préconisée dans les Principes directeurs et aux dispositions juridiques et normes internationales pertinentes, en prenant les mesures appropriées compte tenu du caractère irréductible des répercussions néfastes que les activités de ces entreprises ont sur les droits del’homme;

c ) D e  f o u r n i r   a u x   p a r t i c u l i e r s  e t  a u x  e n t r e p r i s e s  d e s  i n f o rm a t i o n s  s u r  l e s   risques financiers, réputationnels et juridiques qu’implique la participation à des activités de colonisation, y compris la possibilité que soit engagée la responsabilité des personnes morales impliquées dans des violations flagrantes des droits de l’hommeet dans des atteintes aux droits de la personne, que cette participation prenne la forme de transactions financières, d’investissements, d’achats, d’importations de produits venant des colonies, d’activités de passation de marchés publics, de prêts, de la prestation de services ou d’autres activités économiques et financières menées dans les colonies de peuplement israéliennes ou au bénéfice de celles-ci, d’informer les entreprises de ces risques dans l’élaboration de leurs plans d’action nationaux aux fins de l’application des Principes directeurs relatifs aux entreprises et a ux droits de l’homme, et de veiller à ce que leurs politiques, lois, règlements et mesures d’application tiennent effectivement compte des risques accrus que suppose la gestion d’une entreprise dans le Territoire pa lestinien occupé, y compris Jérusalem-Est ;

d ) D e  r e n f o r c e r  l a  s u r v e i l l a n c e  d e s  a c t e s  d e  v i o l e n c e  c o m m i s  p a r  d e s  c o lo n s p o u r favoriser l’établissement de la responsabilité des auteurs de ces actes;

12. Demande aux entreprises de prendre toutes les mesures nécessaires pour s’acquitter des responsabilités que leur imposent les Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme et les autres dispositions juridiques et normes internationalespertinentesencequiconcerneleursactivitésdanslescoloniesisraéliennesou

en rapport avec celles-ci et avec le mur dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusa lem-Est, d’éviter que leurs activités aient des conséquences néfastes pour les droits de l’homme et de ne pas contribuer à l’implantation, au maintien, au développement ou à la consolidation de colonies israéliennes ou à l’exploitation des ressources naturelles du Territoire palestinien occupé ;

13. Demande auxorganismes des Nations Unies compétents de prendre toutes les mesures et initiatives nécessaires, dans le cadre de leurs mandats respectifs, pour garantir le plein respect et l’application de sa résolution 17/4, du 16 juin 2011, sur les Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme,  ainsi que des autres dispositions juridiques et normes internationales pertinentes, et de veiller à la mise en œuvre du cadre de  r é f é r e n c e  « p r o t é g e r , r e s p e c t e r  e t  r é p a r e r »  d e s N a t i o n s U n i e s , q u i  constitue une norme de conduite générale pour le respect des droits de l’homme dans le contexte des activités économiques en rapport avec les colonies de peuplement israéliennes dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est ;

14. Prie la Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme de lui rendre compte, à sa quarante-neuvième session, de l’application des dispositions de la présente résolution ;

15. Décide de rester saisi de la question.

Détail du vote de la Résolution A/HRC/46/L.31 intitulée Situation des droits de l’homme dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et obligation de garantir les principes de responsabilité et de justice, vote intervenu le 23 mars 2021. (en anglais)

Source : Nicolas Boeglin https://www.pressenza.com/fr/2021/04/palestine-conseil-des-droits-de-lhomme-de-lonu-a-propos-dun-vote-recent-exigeant-la-justice-pour-les-victimes-palestiniennes/

Yes    Argentina

Yes    Armenia

N       Austria

A        Bahamas

           Bahrain

Yes    Bangladesh

Yes    Bolivia

N       Brazil

N       Bulgaria

Yes    Burkina Faso

N       Cameroon

Yes    China

Yes    Côte d’ivoire

Yes    Cuba

A        Czech Republic

Yes    Denmark

Yes    Eritrea

Yes    Fiji

Yes    France

Yes    Gabon

Yes    Germany

A        India

Yes    Indonesia

Yes    Italy

Yes    Japan

Yes    Libya

N       Malawi

A        Marshall Islands

Yes    Mauritania

Yes    Mexico

Yes    Namibia

A        Nepal

Yes    Netherlands

Yes    Pakistan

A        Philippines

Yes    Poland

Yes    Republic of Korea

Yes    Russian Federation

Yes    Senegal

Yes    Somalia

Yes    Sudan

N       Togo

A        Ukraine

A        UK Great Britain & NI

Yes    Uruguay

Yes    Uzbekistan

Yes    Venezuela

Le dévoiement de l’OTAN

Lettre ouverte à Monsieur Stoltenberg, Secrétaire général de l’OTAN

par le Cercle de Réflexion Interarmées (1)

Source : https://geopragma.fr/lettre-ouverte-a-monsieur-stoltenberg-secretaire-general-de-lotan/

12 mars 2021

Geopragma. Pôle français de géopolitique réaliste

Le plan « OTAN 2030 », présenté en février au secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, s’il devait être approuvé par les membres de l’Alliance, marquerait un seuil quasi irrattrapable dans la subordination stratégique de l’Europe et de la France à l’hégémonisme américain. L’argumentaire proposé dans ce document a pour leitmotiv la lutte nécessaire contre deux « ennemis » naturels, la Russie et la Chine, qui justifierait une totale solidarité otanienne et une prise de décision plus concentrée encore dans les mains américaines.

En réponse à ce plan, le Cercle de Réflexion Interarmées (1) a publié cette lettre ouverte au secrétaire général de l’Otan, à laquelle Geopragma s’associe pleinement. Il est grand temps d’ouvrir les yeux et de faire pièce à des manoeuvres qui ne correspondent nullement à nos intérêts nationaux et donneront le coup de grâce à toute ambition d’autonomie stratégique européenne.

Lettre ouverte à Monsieur Stoltenberg, Secrétaire général de l’OTAN :

« Le jeudi 18 février 2021 l’étude « OTAN 2030 », produite à votre demande, vous a été présentée. Elle indique ce que doivent être les missions de l’OTAN pour les dix prochaines années. D’entrée, il apparaît que toute l’orientation de l’OTAN repose sur le paradigme d’une double menace, l’une russe, présentée comme à l’œuvre aujourd’hui, l’autre chinoise, potentielle et à venir.

Deux lignes de force majeures se dégagent de cette étude.

La première, c’est l’embrigadement des Européens contre une entreprise de domination planétaire de la Chine, en échange de la protection américaine de l’Europe contre la menace russe qui pèserait sur elle.

La deuxième, c’est le contournement de la règle du consensus, de plusieurs manières : opérations en coalitions de volontaires ; mise en oeuvre des décisions ne requérant plus de consensus ; et surtout la délégation d’autorité au SACEUR (Commandant Suprême des Forces Alliées en Europe, officier général américain) au motif de l’efficacité et de l’accélération de la prise de décision.

Mais la lecture de ce projet « OTAN 2030 » fait clairement ressortir un monument de paisible mauvaise foi, de tranquille désinformation et d’instrumentalisation de cette « menace Russe », « menace » patiemment créée puis entretenue, de façon à « mettre au pas » les alliés européens derrière les États-Unis, en vue de la lutte qui s’annonce avec la Chine pour l’hégémonie mondiale.

C’est pourquoi, Monsieur le Secrétaire général, avant toute autre considération sur l’avenir tel qu’il est proposé dans le projet OTAN 2030, il est important de faire le point sur les causes et la réalité de cette menace russe, par les quelques rappels historiques ci-dessous.

En effet, l’histoire ne commence pas en 2014, et c’est faire preuve d’une inébranlable mauvaise foi historique concernant les relations euro et américano-russes, que de passer en une seule phrase (au tout début du paragraphe « Russie ») directement du « partenariat constructif » lancé par l’OTAN au début des années 90 à l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, comme s’il ne s’était rien passé entre 1991 et 2014, entre « la gentille Russie » de l’époque, et le méchant « ours russe » d’aujourd’hui.

C’est bien l’OTAN qui, dès les années 1990, s’est lancée à marche forcée dans son élargissement vers l’Est, certes à la demande des pays concernés, mais malgré les assurances données à la Russie en 1991 lors de la signature du traité de Moscou[2], et qui d’année en année a rapproché ses armées des frontières de la Russie, profitant de la décomposition de l’ex-URSS.

C’est bien l’OTAN qui , sans aucun mandat de l’ONU, a bombardé la Serbie[3] pendant 78 jours, avec plus de 58 000 sorties aériennes, et ceci sur la base d’une vaste opération de manipulation et d’intoxication de certains services secrets de membres importants de l’Alliance, (le prétendu plan serbe « Potkova » et l’affaire de Racak ), initiant ainsi, contre toute légitimité internationale, la création d’un Kosovo indépendant en arrachant une partie de son territoire à un État souverain, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, humiliant ainsi la Russie à travers son allié serbe.

Ce principe serait-il à géométrie variable, lorsqu’il s’agit de la Crimée composée à plus de 90% de Russes, et rejoignant la Russie sans un coup de feu ?

C’est bien l’OTAN qui en 2008, forte de sa dynamique « conquête de l’Est », refusa la main tendue par la Russie pour un nouveau « Pacte de sécurité européen » qui visait à régler les conflits non résolus à l’Est de l’Europe (Transnistrie, Abkhazie, Ossétie du Sud), en échange d’une certaine neutralité de la Géorgie, de l’Ukraine, de la Moldavie – c’est-à-dire de l’immédiat « hinterland » russe – vis-à-vis de l’OTAN.

Et c’est toujours avec ce même esprit conquérant, perçu comme un réel étranglement par la Russie, qu’il a été choisi, en 2010, d’encourager les graves troubles de l’« Euromaïdan », véritable coup d’État qui a abouti à l’élimination du président ukrainien légalement élu, jugé trop pro-russe, en vue de continuer la politique de rapprochement de l’Ukraine avec l’OTAN.

On connaît la suite, avec les sécessions de la Crimée et du Donbass.

C’est bien l’OTAN qui au début des années 2000, après avoir associé la Russie à une défense anti-missiles de théâtre censée « protéger les États-Unis et ses alliés, dont la Russie » , d’une attaque de missiles tirés par des « États voyous », notamment l’Iran et la Corée du Nord (sic), transforma de facto en 2010 lors du sommet de Lisbonne, ce système en une architecture globale de défense antimissile balistique en Europe (BMDE), non plus de théâtre, mais en un véritable bouclier tourné cette fois-ci contre la Russie et non pas la protégeant.

C’est encore l’OTAN qui donna l’assurance à la Russie que les sites de lancement des missiles antimissiles balistiques (ABM) ainsi déployés devant sa porte ne pourraient jamais être retournés en sites offensifs contre son territoire tout proche, « oubliant de préciser » qu’en réalité ces lanceurs (MK-41) de missiles ABM pouvaient tout aussi bien servir à tirer des missiles offensifs Tomahawk contre son territoire (nucléaires ou conventionnels de portées supérieures à 2000 km selon les versions) en contradiction flagrante avec le traité INF toujours en vigueur à l’époque de leur déploiement ; on dépassait là, et de loin la question de savoir si le 9M729 russe portait à 480 km ou à 520 !

La menace potentielle ainsi exercée sur la capacité de frappe en second de la Russie, base de sa dissuasion nucléaire, a sérieusement remis en cause l’équilibre stratégique américano-russe, poussant alors la Russie à suspendre toute coopération au sein du COR (Conseil OTAN-Russie) fin 2013, donc dès avant l’affaire de la Crimée de 2014,  laquelle sera ensuite utilisée par l’OTAN pour justifier – a posteriori – la protection BMDE de l’Europe face à la nouvelle « menace russe » !

Alors oui, Monsieur le Secrétaire général, au terme de ces vingt années d’efforts soutenus de la part de l’OTAN pour recréer « l’ennemi russe », indispensable à la survie d’une organisation théoriquement purement défensive, oui, la Russie a fini par se raidir, et par chercher à l’Est la coopération que l’Ouest lui refusait.

L’entreprise de séparation de la Russie d’avec l’Europe, patiemment menée au fil des années, par vos prédécesseurs et par vous-même sous l’autorité constante des États-Unis, est aujourd’hui en bonne voie, puisque la Russie, enfin redevenue « la menace russe », justifie les exercices les plus provocateurs comme Defender 2020, reporté à 2021, de plus en plus proches de ses frontières, de même que les nouveaux concepts d’emploi mini-nucléaires les plus fous sur le théâtre européen sous l’autorité de… l’allié américain qui seul en possède la clef.

Mais non, Monsieur le Secrétaire général, aujourd’hui, et malgré tous vos efforts, la Russie avec son budget militaire de 70 milliards d’euros (à peine le double de celui de la France), ne constitue pas une menace pour l’OTAN avec ses 1000 milliards d’euros, dont 250 pour l’ensemble des pays européens de l’Alliance ! Mais là n’est pas votre souci car ce qui est visé désormais à travers ce nouveau concept OTAN 2030, est un projet beaucoup plus vaste : à savoir impliquer l’Alliance atlantique dans la lutte pour l’hégémonie mondiale qui s’annonce entre la Chine et les États-Unis.

La vraie menace, elle réelle, est celle du terrorisme. L’étude y consacre bien un développement, mais sans jamais se départir du mot « terrorisme », ni en caractériser les sources, les ressorts, les fondements idéologiques et politiques.

Autrement dit, on n’aurait comme menace, en l’occurrence, qu’un mode d’action, puisque telle est la nature du « terrorisme ». On élude donc une réalité dérangeante, celle de l’islamisme radical et de son messianisme qui n’a rien à envier à celui du communisme d’antan. Le problème est que ce même messianisme est alimenté par l’immense chaos généré par les initiatives américaines post Guerre froide , et qu’il est même porté au plan idéologique tant par la Turquie d’Erdogan, membre de l’Otan, que par l’Arabie Saoudite, allié indéfectible des États-Unis.

Comme on pouvait s’y attendre, il apparaît dès les premières lignes que ce document n’augure rien de bon pour l’indépendance stratégique de l’Europe, son but étant clairement de reprendre en mains les alliés européens qui auraient seulement pu imaginer avoir une once d’un début d’éveil à une autonomie européenne.

Ce n’est pas tout, car non seulement vous projetez de transformer l’OTAN, initialement alliance défensive bâtie pour protéger l’Europe face à un ennemi qui n’existe plus, en une alliance offensive contre un ennemi qui n’existe pas pour l’Europe, (même si nous ne sommes pas dupes des ambitions territoriales de la Chine, de l’impact de sa puissance économique et du caractère totalitaire de son régime), mais ce rapport va plus loin, carrément vers une organisation à vocation politique mondiale, ayant barre sur toute autre organisation internationale.

Ainsi, selon ce rapport :

–  L’OTAN devrait instaurer une pratique de concertation entre Alliés avant les réunions d’autres organisations internationales (ONU, G20, etc..), ce qui signifie en clair « venir prendre les instructions la veille » pour les imposer le lendemain massivement en plénière !

– L’OTAN doit avoir une forte dimension politique, qui soit à la mesure de son adaptation militaire. L’Organisation devrait envisager de renforcer les pouvoirs délégués au secrétaire général, pour que celui-ci puisse prendre des décisions concrètes concernant le personnel et certaines questions budgétaires.

– L’OTAN devrait créer, au sein des structures existantes de l’Alliance, un mécanisme plus structuré pour la formation de coalitions. L’objectif serait que les Alliés puissent placer de nouvelles opérations sous la bannière OTAN même si tous ne souhaitaient pas participer à une éventuelle mission.

– L’OTAN devrait réfléchir à l’opportunité de faire en sorte que le blocage d’un dossier par un unique pays ne soit possible qu’au niveau ministériel.

– L’OTAN devrait approfondir les consultations et la coopération avec les partenaires de l’Indo-Pacifique : l’Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande et la République de Corée.

– L’OTAN devrait commencer à réfléchir en interne, à la possibilité d’établir un partenariat avec l’Inde.

Monsieur le Secrétaire général,

C’est parce que cette organisation lorsqu’elle a perdu son ennemi, n’a eu de cesse que de se lancer à corps perdu dans la justification politique de la préservation de son outil militaire, en se reforgeant son nouvel ennemi russe, qu’elle tend aujourd’hui à devenir un danger pour l’Europe.

Car, non contente d’avoir fait manquer à l’Europe l’occasion d’une véritable paix durable souhaitée par tous, y compris par la Russie, l’OTAN animée du seul souci de sa survie, et de sa justification par son extension, n’a fait que provoquer un vaste réarmement de part et d’autre des frontières de la Russie, de la Baltique à la Mer Noire, mettant en danger la paix dans cette Europe, qu’elle ne considère plus désormais que comme son futur champ de bataille.

Et maintenant, à travers ce document OTAN 2030, et contre la logique la plus élémentaire qui veut que ce soit la mission qui justifie l’outil et non l’inverse – les Romains ne disaient-ils pas déjà « Cedant arma togae » ? – vous voudriez, pour l’avenir, justifier l’outil militaire de cette alliance en le transformant en un instrument politique, incontournable, de gestion de vastes coalitions internationales, au profit d’une véritable gouvernance planétaire, allant même jusqu’à passer outre les décisions de l’ONU et écrasant les souverainetés nationales !

Alors non, Monsieur le Secrétaire général ! Il faut stopper ce train fou, avant qu’il ne soit trop tard ! La France, quant à elle, dans le droit fil des principes énoncés voici plus d’un demi-siècle par le général de Gaulle, ne saurait, sans faillir gravement, se prêter à cette entreprise d’une acceptation aventureuse de la tutelle américaine sur l’Europe. »

Pour le Cercle de Réflexion Interarmées, le général de brigade aérienne (2S) Grégoire Diamantidis.


[1] Le Cercle de Réflexion Interarmées (CRI), est un organisme indépendant des instances gouvernementales et de la hiérarchie militaire. Il regroupe des officiers généraux et supérieurs des trois armées ayant quitté le service et quelques civils et a pour objectif de mobiliser les énergies, afin de mieux se faire entendre des décideurs politiques, de l’opinion publique et contribuer ainsi à replacer l’Armée au cœur de la Nation dont elle est l’émanation.

[2] Traité de Moscou : ou « traité deux plus quatre », signé le 12 septembre 1990 à Moscou, entre les représentants des deux Allemagne et ceux des quatre puissances alliées de la Seconde guerre mondiale, est le « traité portant règlement définitif concernant l’Allemagne » qui a ouvert la voie à la réunification allemande et fixé le statut international de l’Allemagne unie.

[3] Opération « Force Alliée ». Cette opération, décidée par l’OTAN, après l’échec des négociations entre les indépendantistes kosovars et la Serbie sous l’égide de l’OSCE (Conférence de Rambouillet 6 février-19 mars 1999), fut déclenchée sans mandat de l’ONU, le 24 mars sur la base d’une vaste campagne dans les médias occidentaux, concernant un plan d’épuration ethnique (plan Potkova) mené à grande échelle au Kosovo par la Serbie. Plan qui se révéla par la suite, avoir été fabriqué de toutes pièces par les services secrets bulgares et allemands.

Les 10 premières erreurs de Joe Biden en politique étrangère

par Medea BenjaminNicolas J.S. Davies

Source : https://www.les-crises.fr/les-10-premieres-erreurs-de-joe-biden-en-politique-etrangere/

Source originaire :

https://www.commondreams.org/views/2021/03/12/10-problems-bidens-foreign-policy-and-one-solution

 Traduit par les lecteurs du site Les Crises

Biden marche dans les pas d’Obama et de Trump, qui avaient tous deux promis des approches nouvelles en matière de politique étrangère, mais ont pour l’essentiel livré davantage de guerres sans fin.

La présidence Biden n’en est qu’à ses débuts, mais il n’est pas trop tôt pour pointer du doigt les domaines de la politique étrangère dans lesquels nous, progressistes, avons été déçus, voire exaspérés.

On trouve une ou deux évolutions positives, comme le renouvellement du traité New START d’Obama avec la Russie et l’initiative du secrétaire d’État Blinken pour un processus de paix mené par l’ONU en Afghanistan, où les États-Unis optent enfin pour la paix en dernier recours, après 20 ans perdus dans le cimetière des empires.

Dans l’ensemble, cependant, la politique étrangère de Biden semble déjà engluée dans le bourbier militariste des vingt dernières années, bien loin de sa promesse électorale de revitaliser la diplomatie comme principal outil de la politique étrangère américaine.

À cet égard, Biden suit les traces d’Obama et de Trump, qui ont tous deux promis de nouvelles approches en matière de politique étrangère, mais qui, pour l’essentiel, ont livré davantage de guerres sans fin.

À la fin de son second mandat, Obama avait obtenu deux résultats diplomatiques significatifs avec la signature de l’accord sur le programme nucléaire iranien et la normalisation des relations avec Cuba. Les Américains progressistes, qui ont voté pour Biden, avaient donc quelques raisons d’espérer que son expérience en tant que vice-président d’Obama l’amènerait à rétablir et à développer rapidement les acquis d’Obama avec l’Iran et Cuba comme base de la diplomatie plus ambitieuse qu’il avait promise.

Au lieu de cela, l’administration Biden semble fermement retranchée derrière les remparts hostiles que Trump a construits entre l’Amérique et nos voisins, allant de sa nouvelle Guerre froide contre la Chine et la Russie jusqu’aux sanctions brutales contre Cuba, l’Iran, le Venezuela, la Syrie et des dizaines de pays dans le monde, et il n’y a toujours pas de message quant à des réductions d’un budget militaire qui a augmenté de 15% depuis l’exercice fiscal 2015 (ajusté à l’inflation).

Malgré les condamnations sans fin de Trump par les démocrates, la politique étrangère de Biden ne montre jusqu’à présent aucun changement notable par rapport aux politiques des quatre dernières années. Voici dix de ses points faibles :

1. Se révéler incapable de rejoindre rapidement l’accord sur le nucléaire iranien. L’échec de l’administration Biden à rejoindre immédiatement le PAGC, comme Bernie Sanders avait promis de le faire dès son premier jour en tant que président, a transformé une victoire facile qui aurait satisfait à l’engagement de Biden en faveur de la diplomatie en une crise diplomatique totalement évitable.

Le retrait de Trump du PAGC et sa décision d’imposer des sanctions brutales de « pression maximale » à l’Iran ont été largement condamnés par les démocrates et les alliés des États-Unis. Mais aujourd’hui, Biden impose de nouvelles exigences à l’Iran pour apaiser les faucons qui se sont toujours opposés à l’accord, risquant ainsi de ne pas réussir à rétablir le PAGC et de voir la politique de Trump devenir sa propre politique. L’administration Biden devrait réintégrer l’accord immédiatement, sans conditions préalables.

2. Poursuivre la guerre des bombardements américains – même si désormais en secret. En se mettant également dans les pas de Trump, Biden a aggravé les tensions avec l’Iran et l’Irak en attaquant et en tuant les forces irakiennes soutenues par l’Iran qui jouent un rôle essentiel dans la guerre contre l’Etat Islamique en Irak et en Syrie. La frappe aérienne américaine du 25 février de Biden n’a, comme on pouvait s’y attendre, pas réussi à mettre fin aux tirs de roquette contre les bases américaines extrêmement impopulaires en Irak, alors qu’une résolution visant à les fermer a été adoptée il y a plus d’un an par l’Assemblée nationale irakienne.

L’attaque américaine en Syrie a été condamnée comme illégale par de propres membres du parti de Biden, ce qui a relancé les efforts visant à abroger les autorisations de 2001 et 2002 pour l’utilisation de la force militaire que les présidents utilisent à mauvais escient depuis 20 ans. D’autres frappes aériennes menées par l’administration Biden en Afghanistan, en Irak et en Syrie sont entourées de secret, car celle-ci n’a pas repris la publication des synthèses mensuelles sur les opérations aériennes que toutes les autres administrations ont publiées depuis 2004, mais que Trump a abandonnées il y a un an.

3. Refuser de tenir MBS pour responsable du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Les militants des Droits humains ont été reconnaissants envers le président Biden pour avoir publié le rapport des services de renseignement sur le meurtre macabre du chroniqueur du Washington Post, Jamal Khashoggi, rapport qui a confirmé ce que nous savions déjà : le prince héritier saoudien Mohammad Bin Salman (MBS) a approuvé le meurtre. Pourtant, lorsqu’il s’est agi de tenir MBS pour responsable, Biden s’est dégonflé.

À tout le moins, l’administration aurait dû imposer à l’encontre de MBS les mêmes sanctions, y compris le gel des avoirs et l’interdiction de voyager, que celles imposées par les États-Unis aux personnalités de rang inférieur impliquées dans le meurtre. Au lieu de cela, tout comme Trump, Biden apparait asservi à la dictature saoudienne et à son diabolique prince héritier.

4. S’accrocher à la politique absurde de Trump consistant à reconnaître Juan Guaidó comme président du Venezuela. L’administration Biden a raté l’occasion d’établir une nouvelle approche à l’égard du Vénézuéla lorsqu’elle a décidé de continuer de reconnaître Juan Guaidó comme « président par intérim », d’exclure tout dialogue avec le gouvernement Maduro et de sembler vouloir bloquer l’opposition modérée qui participe aux élections.

L’administration a également déclaré qu’elle n’était « pas pressée » de lever les sanctions de Trump malgré une étude récente du Government Accountability Office détaillant leur impact négatif sur l’économie, et un rapport préliminaire cinglant d’un rapporteur spécial de l’ONU, qui a noté leur « effet dévastateur sur la population entière du Vénézuéla. » L’absence de dialogue avec tous les acteurs politiques du Vénézuéla risque de conforter une politique de changement de régime et de guerre économique pour les années à venir, à l’instar de la politique américaine défaillante envers Cuba qui dure depuis 60 ans.

5. Suivre Trump plutôt qu’Obama au sujet de Cuba. L’administration Trump a mis un terme à tous les progrès obtenus par le président Obama en faveur de relations normales, en sanctionnant les industries du tourisme et de l’énergie de Cuba, en bloquant les envois d’aide liée au coronavirus, en restreignant les envois de fonds aux membres des familles, en plaçant Cuba sur une liste des « États soutenant le terrorisme » et en sabotant les missions médicales internationales de Cuba, qui étaient une source importante de revenus pour son système de santé.

Nous nous attendions à ce que Biden commence immédiatement à démanteler les politiques de confrontation de Trump, mais la complaisance envers les exilés cubains en Floride à des fins électorales intérieures prend de toute évidence, pour Biden comme pour Trump, le pas sur une politique humaine et rationnelle vis à vis de Cuba.

Biden devrait plutôt commencer à travailler avec le gouvernement cubain pour permettre le retour des diplomates dans leurs ambassades respectives, lever toutes les restrictions sur les envois de fonds, faciliter les voyages et travailler avec le système de santé cubain dans la lutte contre la COVID-19, entre autres mesures.

6. Relancer la Guerre froide avec la Chine. Biden semble, comme Trump, s’engager avec la Chine dans une Guerre froide vouée à l’échec et la course aux armements, en tenant un discours musclé et en augmentant les tensions qui ont conduit à des crimes de haine racistes contre les personnes originaires d’Asie de l’Est aux États-Unis. Mais ce sont les États-Unis qui encerclent et menacent militairement la Chine, et non l’inverse. Comme l’ancien président Jimmy Carter l’a patiemment expliqué à Trump, alors que les États-Unis sont en guerre depuis 20 ans, la Chine a plutôt investi dans les infrastructures du XXIe siècle et dans sa propre population, sortant 800 millions d’entre eux de la pauvreté.

Le plus grand danger de ce moment de l’histoire, à moins d’une guerre nucléaire totale, est que cette posture militaire agressive des États-Unis justifie non seulement des budgets militaires américains illimités, mais qu’elle forcera progressivement la Chine à convertir son succès économique en puissance militaire et à suivre les États-Unis sur la voie tragique de l’impérialisme militaire.

7. Ne pas lever des sanctions douloureuses et illégales pendant une pandémie. L’un des héritages de l’administration Trump est la pratique dévastatrice de sanctions américaines à l’encontre de pays du monde entier, notamment l’Iran, le Venezuela, Cuba, le Nicaragua, la Corée du Nord et la Syrie. Les rapporteurs spéciaux de l’ONU les ont condamnées, les qualifiant de crimes contre l’humanité et les ont comparées à des sièges médiévaux. La plupart de ces sanctions ayant été imposées par décret, le président Biden pourrait facilement les lever. Avant même de parvenir au pouvoir, son équipe en avait annoncé un examen approfondi, mais, trois mois plus tard, elle n’a toujours pas bougé.

Les sanctions unilatérales qui affectent des populations entières sont une forme illégale de coercition, au même titre que les interventions militaires, les coups d’État et les opérations secrètes, qui n’ont pas leur place dans une politique étrangère légitime fondée sur la diplomatie, l’État de droit et la résolution non violente des conflits. Elles sont particulièrement cruelles et criminelles en temps de pandémie et l’administration Biden devrait prendre des mesures immédiates en levant les sanctions sectorielles générales afin de garantir que chaque pays puisse répondre de manière adéquate à la pandémie.

8. Ne pas en faire assez pour soutenir la paix et l’aide humanitaire au Yémen. Biden a semblé remplir partiellement sa promesse de mettre fin au soutien américain à la guerre au Yémen lorsqu’il a annoncé que les États-Unis cesseraient de vendre des armes « offensives » aux Saoudiens. Mais il n’a pas encore expliqué ce que cela signifie. Quelles ventes d’armes a-t-il annulées ?

Nous pensons qu’il devrait arrêter TOUTES les ventes d’armes à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, en appliquant la loi Leahy qui interdit toute assistance militaire à des forces qui commettent des violations flagrantes des Droits humains, et la loi sur le contrôle des exportations d’armes (Arms Export Control Act), selon laquelle les armes américaines importées ne peuvent être utilisées que pour la légitime défense. Il ne devrait y avoir aucune exception à ces lois américaines pour l’Arabie saoudite, les EAU, Israël, l’Égypte ou d’autres alliés des États-Unis dans le monde.

Les États-Unis devraient également accepter leur part de responsabilité dans ce que beaucoup ont appelé la plus grande crise humanitaire du monde aujourd’hui, et fournir au Yémen les fonds nécessaires pour nourrir son peuple, restaurer son système de santé et reconstruire son pays dévasté. Une récente conférence des donateurs n’a permis de recueillir que 1,7 milliards de dollars de promesses, soit moins de la moitié des 3,85 milliards de dollars nécessaires.

Biden devrait rétablir et étendre le financement de l’USAID [L’Agence des États-Unis pour le développement international est l’agence du gouvernement des États-Unis chargée du développement économique et de l’assistance humanitaire dans le monde. L’agence travaille sous la supervision du Président, du Département d’État et du Conseil de sécurité nationale, NdT] et le soutien financier des États-Unis aux opérations de secours de l’ONU, de l’OMS et du Programme alimentaire mondial au Yémen. Il devrait également faire pression sur les Saoudiens afin qu’ils ré-ouvrent les lignes aériennes et les ports maritimes et renforcer le poids diplomatique des États-Unis pour soutenir les efforts de l’envoyé spécial de l’ONU, Martin Griffiths, pour négocier un cessez-le-feu.

9. Ne pas soutenir la diplomatie du président Moon Jae-in avec la Corée du Nord. L’échec de Trump à assurer un allègement des sanctions et des garanties de sécurité explicites à la Corée du Nord a condamné sa diplomatie et est devenu un obstacle au processus diplomatique en cours entre les présidents des deux Corées Kim Jong-un et Moon Jae-in, qui est lui-même un enfant de réfugiés nord-coréens. Jusqu’à présent, Biden poursuit cette politique de sanctions et de menaces draconiennes.

L’administration Biden devrait relancer le processus diplomatique avec des mesures pouvant restaurer la confiance telles que l’ouverture de bureaux de liaison, l’assouplissement des sanctions, la simplification pour réunir les familles coréo-américaines et nord-coréennes, l’autorisation pour les organisations humanitaires américaines de reprendre leur travail lorsque les conditions de la COVID le permettront, et l’arrêt des exercices militaires entre les États-Unis et la Corée du Sud ainsi que des vols de B-2 porteurs de la bombe nucléaire.

Les négociations doivent amener à des engagements concrets de non-agression du côté des États-Unis et à un engagement à négocier un accord de paix pour mettre officiellement fin à la guerre de Corée. Cela ouvrirait la voie à une péninsule coréenne dénucléarisée et à la réconciliation que tant de Coréens souhaitent – et méritent.

10. Ne prendre aucune initiative pour réduire les dépenses militaires américaines. À la fin de la Guerre froide, d’anciens hauts responsables du Pentagone ont déclaré à la Commission du budget du Sénat que les dépenses militaires américaines pouvaient, sans aucun risque, être diminuées de moitié au cours des dix années suivantes. Cet objectif n’a jamais été atteint et, au lieu des « dividendes de la paix » de l’après-Guerre froide, le complexe militaro-industriel a exploité les crimes du 11 Septembre 2001 pour justifier une extraordinaire course unilatérale aux armements. Entre 2003 et 2011, les États-Unis ont engagé 45 % des dépenses militaires mondiales, dépassant de loin leur propre pic de dépenses militaires du temps de la Guerre froide.

Aujourd’hui, le complexe militaro-industriel compte sur Biden pour relancer une nouvelle Guerre froide avec la Russie et la Chine, seul prétexte plausible pour justifier de nouveaux budgets militaires record qui préparent le terrain pour une troisième guerre mondiale.

Biden doit mettre un terme aux conflits des États-Unis avec la Chine et la Russie, et s’atteler à la tâche essentielle de transférer l’argent du Pentagone vers les besoins nationaux urgents. Il devrait commencer au moins par la réduction du budget de 10 % que 93 représentants et 23 sénateurs ont déjà votée. À plus long terme, Biden devrait travailler à des réductions plus importantes des dépenses du Pentagone, comme dans le projet de loi de la députée Barbara Lee visant à réduire de 350 milliards de dollars par an le budget militaire américain, afin de libérer des ressources dont nous avons cruellement besoin pour investir dans les soins de santé, l’éducation, les énergies propres et des infrastructures modernes.

Une approche progressiste pour aller de l’avant

Ces politiques, communes aux administrations démocrates et républicaines, non seulement infligent douleur et souffrance à des millions de nos voisins dans d’autres pays, mais provoquent aussi délibérément une instabilité qui peut à tout moment dégénérer en guerre, plonger dans le chaos un État qui était fonctionnel ou engendrer une crise secondaire dont les conséquences humaines seront encore pires que la crise initiale.

Toutes ces politiques entraînent des efforts délibérés pour imposer unilatéralement la volonté politique des dirigeants américains à d’autres personnes et pays, par des méthodes qui ne font que causer plus de dommages et de souffrances aux personnes qu’ils proclament – ou prétendent – vouloir aider.

Biden devrait se débarrasser des pires politiques d’Obama et de Trump, et tout au contraire choisir les meilleures d’entre elles. Trump, reconnaissant la nature impopulaire des interventions militaires américaines, a entamé le processus de rapatriement des troupes américaines d’Afghanistan et d’Irak, ce à quoi Biden devrait donner suite.

Les succès diplomatiques d’Obama concernant Cuba, l’Iran et la Russie ont démontré que négocier avec les ennemis des États-Unis pour faire la paix, améliorer les relations et rendre le monde plus sûr, est une alternative parfaitement viable plutôt que d’essayer de les forcer à obéir à la volonté des États-Unis en bombardant, affamant et assiégeant leurs populations. C’est en fait le principe fondamental de la Charte des Nations Unies, et ce devrait être le principe fondamental de la politique étrangère de Biden.

Medea Benjamin, cofondatrice de Global Exchange et de CODEPINK : Women for Peace, est l’auteure du livre « Inside Iran: The Real History and Politics of the Islamic Republic of Iran » ( L’Iran de l’intérieur : véritable histoire et politique de la République islamique d’Iran). Ses précédents ouvrages comptent : « Kingdom of the Unjust: Behind the U.S.-Saudi Connection » (Le Royaume de l’injustice : derrière la connexion USA-Arabie saoudite) (2016) ; « Drone Warfare: Killing by Remote Control » (La guerre par drones : tuer à distance) (2013) ; « Don’t Be Afraid Gringo: A Honduran Woman Speaks from the Heart »(N’aie pas peur gringo : une femme hondurienne parle avec son coeur) (1989), et (avec Jodie Evans) « Stop the Next War Now (Inner Ocean Action Guide) » ( Arrêtons la prochaine guerre dès maintenant ) (2005). On peut la suivre sur Twitter : @medeabenjamin

Nicolas J. S. Davies est l’auteur de « Blood On Our Hands: the American Invasion and Destruction of Iraq » (Du sang sur nos mains : l’invasion américaine et la destruction de l’Irak) (2010). Il a également écrit les chapitres concernant « Obama at War » (Obama en guerre) dans « Grading the 44th President: a Report Card on Barack Obama’s First Term as a Progressive Leader » ( Evaluation du 44e président : un bilan du premier mandat de Barack Obama en tant que leader progressiste ) (2012).

Les leçons de la Syrie

La vérité sur la crise syrienne – Richard H. Black

Extrait de la troisième table ronde de la visio-conférence de l’Institut Schiller à Washington des 20-21 mars 2021

Source : https://www.mondialisation.ca/les-lecons-de-la-syrie-la-verite-sur-la-crise-syrienne-richard-h-black/5655012

Par le colonel Richard H. Black (cr), ancien sénateur de l’État de Virginie
Ancien chef de la Division du droit pénal de l’armée au Pentagone

***

J’aime mon pays. Je suis un colonel à la retraite qui a servi en uniforme pendant 32 ans. J’ai effectué 269 missions de combat au Vietnam en tant que pilote d’hélicoptère chez les Marines. J’ai atterri en catastrophe après la destruction de mes commandes de vol par des tirs de mitrailleuses. J’ai effectué 70 patrouilles de combat en tant que contrôleur aérien au sol pour la 1ère division des Marines. J’ai été blessé et mes opérateurs radio sont morts au combat à mes côtés.

Cependant, je suis consterné par l’indécence de l’agression américaine envers la Syrie.

Le 17 mars, le secrétaire d’État (américain) Tony Blinken a réprimandé nos invités chinois à Anchorage, en Alaska, en déclarant qu’ils n’avaient pas respecté « l’ordre [international] fondé sur des règles », sans lequel le monde serait « beaucoup plus violent ».

Mais quel est donc cet « ordre fondé sur des règles » que nous vantons sans cesse ? Il semble que ces règles soient celles que les États-Unis décident de suivre à tel ou tel moment.

De quel droit saisissons-nous les navires d’autres nations en haute mer ? Selon les règles, c’est un acte de guerre. Mais nous ne sommes pas en guerre, alors les règles disent que ce sont des actes de piraterie.

Quelles règles nous permettent d’imposer des blocus navals à la Syrie, à l’Iran, au Venezuela ? Ne s’agit-il pas d’actes de guerre ?

Quel « ordre fondé sur des règles » nous permet de dire à l’Allemagne que nous la punirons si elle construit un gazoduc pour s’approvisionner en Russie ? Quelles « règles » nous permettent de dicter le commerce de toute nation souveraine ?

La marche de conquête américaine s’étend sur toute la planète. Nous avons envahi des pays souverains comme la Serbie, l’Irak, la Libye, le Yémen et la Syrie, les laissant tous dans des ruines fumantes.

L’« ordre fondé sur des règles » n’interdit-il pas les guerres d’agression ? N’avons-nous pas poursuivi les nazis à Nuremberg pour de tels actes ? Quelles « règles » font des guerres d’agression des crimes pour les nazis, mais pas pour nous ?

On nous dit que nous menons une « guerre contre le terrorisme », mais ce n’est pas le cas. Nous sommes alliés à des terroristes, comme Al-Qaïda, dans une quête sans remords pour détruire les civilisations arabes dans tout le Moyen-Orient.

Peu d’Américains peuvent seulement donner un nom à nos guerres : Serbie, Irak, Libye, Syrie, Yémen, Somalie, Ukraine. Aucun de ces pays ne nous a attaqués, c’est nous qui les avons tous attaqués.

Prenons simplement le cas de la Syrie. Rappelez-vous ce qu’était la Syrie autrefois. Elle avait une économie bien équilibrée ; elle produisait la plupart de ses biens industriels, son carburant et ses produits agricoles. Il y avait peu de pauvreté et le commerce était florissant. Elle était financièrement fiable.

Elle était en paix avec Israël depuis 40 ans. La Constitution rédigée sous le président Assad garantit aux femmes l’égalité des droits. Elle garantit la liberté de religion en trois passages différents de son texte. La Syrie est un modèle pour d’autres États arabes, notamment pour l’Arabie saoudite, qui n’a pas de Constitution du tout.

Nous qualifions le président syrien de dictateur, mais en 2014, il a été élu à une écrasante majorité lors d’une élection juste et libre. L’Amérique prétend que les élections n’ont jamais eu lieu, mais de nombreux Syriens ont été tués par des rebelles soutenus par les États-Unis alors qu’ils tentaient de voter.

Après dix ans de guerre, aucun chef rebelle ne s’est imposé comme une figure populaire auprès du peuple syrien. L’Occident aime les terroristes que le peuple syrien méprise. On nous apprend à détester le président Assad parce qu’il a réprimé les émeutiers en 2011 et parce qu’il a « gazé son peuple ». Mais ce n’est pas vrai, car nous avions déjà pris la décision d’attaquer la Syrie dix ans auparavant.

En 2001, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a ordonné au Pentagone de rédiger des plans pour renverser les gouvernements de sept pays du Moyen-Orient, en commençant par l’Irak, puis la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan et pour finir, l’Iran [1] .

Aucun d’entre eux n’avait fait de mal aux États-Unis.

En 2006, l’ambassade des États-Unis à Damas a exposé des plans détaillés pour déstabiliser et renverser la Syrie.

C’était bien avant les manifestations en Syrie de 2011, dont nous avons toujours prétendu qu’elles étaient la raison de notre opposition au président Assad.

En mars 2011, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France ont attaqué et renversé le gouvernement libyen, et ont exécuté brutalement le colonel Kadhafi [2].

Note 2 : []

Les États-Unis ont doté la Turquie d’un aérodrome pour transporter les armes libyennes capturées à l’aide d’avions qataris. Ces armes ont été livrées aux terroristes en Syrie.

En 2011, pendant le « printemps arabe », le très secret « Centre d’activités spéciales » de la CIA a envoyé des équipes paramilitaires en Syrie pour identifier, former, équiper et diriger des terroristes contre le gouvernement syrien.

Note 3 : https://en.wikipedia.org/wiki/Special_Activities_Center#Syria

En 2013, Barak Obama a officialisé notre soutien de longue date aux terroristes anti-syriens, en autorisant secrètement le programme « Timber Sycamore » de la CIA [3].

Dans le cadre de ce programme, la division des opérations spéciales de la CIA a entraîné, armé et payé des milliers de terroristes pour combattre la Syrie.

L’OTAN et les États-Unis ont entretenu une intense campagne de propagande contre la Syrie. Les attaques au gaz sarin qui ont tué des civils ont été imputées au président Assad. Mais pas un seul journaliste n’a demandé pourquoi Assad utilisait du gaz contre des enfants et pas contre des brigades blindées de terroristes qui fonçaient sur Damas.

Le secrétaire à la Défense James Mattis a admis, en 2018, que les États-Unis n’avaient aucune preuve qu’Assad avait utilisé du gaz sarin [4].

Deux députés turcs ont été accusés de trahison pour avoir révélé comment une cellule d’Al-Qaïda avait fait entrer dans le pays 2,2 kilos de gaz sarin pour l’utiliser contre la Syrie.

Pourquoi attaquons-nous la Syrie ? Les États-Unis cherchent à s’emparer des routes du pétrole et du gaz qui desservent l’Arabie saoudite et le Qatar. En plus de l’accès aux pipelines, l’Arabie saoudite veut imposer un islam wahhabite à des Syriens qui vivent dans l’harmonie religieuse.

De nombreux groupes terroristes ont juré de décapiter tous les chrétiens et les alaouites et de faire de leurs femmes et de leurs filles des esclaves sexuelles. Un djihadiste a conduit au combat son véhicule blindé de fabrication américaine, avec une esclave nue attachée à son pare-brise, sachant que les soldats syriens ne lui tireraient pas dessus pendant qu’il attaquait.

Les marchands d’armes américains profitent immensément de contrats lucratifs tels que les 600 missiles antichars BMP-71 que la CIA a envoyés en urgence à Al-Qaïda en 2014, juste à temps pour qu’ils attaquent à travers la frontière turque, franchissant les lignes syriennes pour décapiter les chrétiens arméniens dans l’ancienne ville de Kessab.

En 2015, les troupes américaines ont envahi illégalement le nord de la Syrie et se sont emparées illégalement du pétrole syrien. Nous avons autorisé une compagnie pétrolière américaine à construire une raffinerie et à forer pour trouver davantage de pétrole sur des terres syriennes souveraines.

Avant la guerre, la Syrie n’a jamais eu besoin d’importer du carburant, car elle était autosuffisante en pétrole et en gaz naturel. Mais maintenant, l’héritage de la nation a été volé, laissant les Syriens mourir de froid en hiver, alors que nous volons leur carburant.

Cette région est aussi le grenier à blé de la Syrie. Elle en produisait suffisamment pour nourrir la nation. Ce blé a également été volé, et les Kurdes l’expédient aux marchands turcs, tandis que les paysans syriens meurent de faim.

Pour resserrer l’étau sur la Syrie, le secrétaire d’État Mike Pompeo s’est vanté de couper la Syrie de ses sources de devises et de bloquer les pétroliers en provenance d’Iran. Nous avons ainsi causé un grand nombre de morts, de maladies et de souffrances aux pauvres Syriens.

On rappelle régulièrement aux citoyens Américains qu’en Syrie, « nous ne visons pas le peuple, seulement les dirigeants ». Balivernes !

Nous volons la nourriture, le carburant et les médicaments aux pauvres. Nous bloquons les fournitures pour la reconstruction, de sorte que les jeunes Syriens doivent se battre pour vivre, ou mourir de faim.

Notes

[1« Seven countries in five years »

[2French secret service killed Gaddafi on Sarkozy’s orders, says report

[3Timber Sycamore

[4US has no evidence of Syrian use of sarin gas, Mattis says

Dix ans après…

Ne me parlez plus de jasmin ! (*)

par Michel Raimbaud

29 janvier 2021

Source : Institut Tunisien des Relations Internationales (ITRI)

https://tunisitri.wordpress.com/2021/01/30/dix-ans-apres-ne-me-parlez-plus-de-jasmin-29-janv-2021-par-michel-raimbaud/

(publié par Candide le 30 janvier 2021 dans Chroniques)

  Ancien diplomate et essayiste, Michel Raimbaud a publié plusieurs ouvrages, notamment Tempête sur le Grand Moyen-Orient (2e édition 2017) et Les guerres de Syrie (2019). 

 
Une décennie après les événements du dit «printemps arabe» qui ont bouleversé plusieurs pays du Maghreb, du Moyen-Orient et du péninsule arabique, l’ancien diplomate français et essayiste Michel Raimbaud nous livre son opinion sur ses conséquences.


 Lorsqu’au cœur de l’hiver 2010-2011 apparaissent à Tunis puis au Caire les premières «révolutions arabes» qu’à la hâte on baptise «printemps», elles jouissent d’un préjugé favorable, fleurant la liberté et le renouveau. Expéditives, elles dégagent illico presto des «tyrans» indéracinables et font forte impression : leur victoire est inéluctable et l’épidémie semble vouée à gagner tous les pays arabes. 


Tous ? Pas tout à fait. Les Etats touchés − Tunisie, Egypte, Libye, Yémen, Syrie, et à partir de janvier 2011 l’Algérie et la Mauritanie − ont en commun d’être républicains, modernistes, sensibles au nationalisme arabe, à une laïcité tolérante, et une question viendra à l’esprit : «Pourquoi nous et pas eux ?». L’avenir le dira, le «eux» désignant les rois, roitelets ou émirs qui échappent miraculeusement au printemps et semblent promis à un éternel été bien climatisé : l’Arabie de Salman et Ben Salman, les Emirats de Zayed et Ben Zayed, le Qatar de la famille Al Thani, etc. Invitons Maroc et Jordanie et voilà toutes les monarchies, de l’Atlantique au Golfe, à l’abri pour prêcher la «révolution»…Dans la bouche d’un cheikh wahhabite ou d’un émir, le mot semble cocasse mais il suffit de lui donner son sens étymologique (mouvement astronomique qui ramène au point de départ) pour trouver qu’il sied bien à un mouvement conduit par les fondamentalistes avec l’appui de l’Occident afin de briser la rhétorique du mouvement national arabe : ce que les experts de «nos grandes démocraties» auto-claironnantes refuseront d’admettre.


 En revanche, dans les pays arabes et ailleurs, beaucoup auront compris très vite ce que ces printemps en hiver n’étaient pas, c’est-à-dire des révolutions «spontanées, pacifiques et populaires». Bien que fleurissent les promesses de lendemains qui chantent, il ne faudra pas longtemps pour déchanter : dans le vide créé par le dégagement des «tyrans», c’est le désordre qui va s’installer plutôt que la démocratie attendue. La sidération fera place à la désillusion, le «chaos créateur» des néoconservateurs et la barbarie des extrémistes faisant mauvais ménage avec la douce musique des promesses.


 Le hasard fait parfois bien les choses, l’actualité de décembre 2020 – janvier 2021 ayant inscrit à sa une un retour de flamme spectaculaire de la «révolution» tunisienne, première de la saga, lancée le 10 décembre 2010 lorsque le jeune Bouazizi s’immole par le feu, protestant contre la corruption et la violence policière. Après le désordre initial lié au «dégagement» de Ben Ali, la patrie de Bourguiba, foyer du nationalisme arabe, avait connu élections et phases de stabilisation, voire des percées de la démocratisation avec le parti Nahda de Ghannouchi ou malgré lui, avant de dégénérer en une guérilla civile entre Frères Musulmans et réformistes laïcs. Dix ans après, le chaos reprend le dessus. Les acquis seraient-ils enterrés ?


 En Egypte, le «printemps du papyrus» n’a pas tenu les promesses que faisaient miroiter ses prophètes. A part le «dégagement» du vieux Moubarak, son jugement et sa mort en prison, le succès (temporaire) des Frères Musulmans et la présidence rustique de Mohammad Morsi, il a débouché sur une démocratie problématique et un pouvoir autoritaire soumis à forte pression. Le général al-Sissi ne semble pas maître de ses choix. Dans un pays divisé, au prestige écorné, il est tiraillé entre les vestiges du nassérisme et la quête éperdue de financement auprès de l’Arabie et des riches émirats : l’Egypte a passé le cap des 100 millions d’habitants et croule sous les dettes, les problèmes, les menaces (Ethiopie, Soudan et eaux du Nil). Le slogan «pas de guerre au Moyen-Orient sans l’Egypte» est d’actualité, mais on ne craint plus les Pharaons du Caire…


 Au bout de dix ans de guerre contre des agresseurs aux multiples visages (pays atlantiques, Israël, les forces islamistes, Turquie, Qatar et Arabie en tête, les terroristes de Daesh à Al Qaida), la Syrie est dans une situation tragique, payant pour sa fermeté sur les principes, sa fidélité aux alliances, et la charge symbolique dont elle est porteuse : n’aura-t-elle pas eu la primeur d’un appel au Djihad ? L’Amérique et ses alliés refusent «l’impensable victoire de Bachar el-Assad» et leur «impensable défaite». En raison des sanctions, des mesures punitives de l’Occident, de l’occupation américaine ou des menées turques, des vols et pillages, la Syrie ne peut se reconstruire. La «stratégie du chaos» a fait son œuvre. Le temps est venu des guerres invisibles et sans fin que préconisait Obama. Pourtant, l’avenir du monde arabe tient quelque part, et en bonne part, à la solidité de son «cœur battant». N’en déplaise à ceux qui feignent de l’avoir enterrée, évitant même de prononcer son nom, la Syrie est indispensable jusqu’à cristalliser les obsessions : pas de paix sans elle au Moyen-Orient.


 Passé à travers la révolution du Cèdre en 2005, ayant essuyé le printemps automnal de 2019, les tragédies de 2020 et le chaos de 2021, le Liban aura eu sa révolution. Sanctionné, affamé, asphyxié, menacé par ses «amis», il partage bon gré mal gré le sort du pays frère qu’est la Syrie. Le tiers de sa population est composé de réfugiés syriens et palestiniens. Son sort serait-il en train de basculer, après cent ans de «solitude» dans le Grand Liban des Français ? 
En Palestine, c’est le «printemps» perpétuel. «Transaction du siècle», trahisons entre amis et Covid obligent, la question palestinienne semble désertée, sauf par la Syrie qui paie cher son attachement à la «cause sacrée». Martyrisés, enfermés à vie, humiliés et victimes d’un ethnocide, les Palestiniens sauront-ils choisir leurs alliés sans trahir ceux qui ne les ont pas trahis ? Entre l’anglais et le français, il faut se méfier des faux amis, mais ceux-ci parlent parfois turc ou arabe. Le roi du Maroc, Commandeur des Croyants et descendant du Prophète, Président du comité al-Qods, vient de normaliser avec Israël, remettant l’Ordre de Mohammad à Donald Trump. Il est le quatrième à rejoindre le camp des liquidateurs, après les ineffables Emirats Arabes Unis, le Bahrein rescapé d’un printemps hors normes et le ci-devant Soudan. Celui-ci a mis au frais Omar al-Béchir, mais il a également renié ses principes, y compris celui des « trois non à Israël ». Il fait ami-ami avec l’oncle Sam et meurt d’amour pour Israël, mais les deux n’ont pas d’amis, surtout pas parmi les Arabes. 


L’Irak n’a pas eu besoin de «printemps arabe» pour savoir ce que «démocratisation» à l’américaine et pax americana signifient. Le pays de Saddam, martyrisé depuis trente ans, et semi-partitionné en trois entités, peine à se dégager de l’étreinte des Etats-Unis dont ses dirigeants sont pourtant l’émanation. Il a servi de test aux néoconservateurs de Washington et Tel-Aviv en matière de «stratégie du chaos», et il le paie.


 Envahie illégalement par l’OTAN en mars 2011 au nom de la «Responsabilité de Protéger», la Libye a versé un lourd tribut aux ambitions occidentales. Kadhafi y a laissé la vie dans un épisode dont Hillary Clinton, la harpie du Potomac, s’était réjouie indécemment. En fait de démocratisation, la Jamahiriya, dont les indices de développement étaient exemplaires, avait hérité dès l’été 2011 d’un chaos qui suscitait l’admiration de M. Juppé. Derrière les ruines libyennes et les débris du Grand Fleuve, souvenirs des bombardements humanitaires de la coalition arabo-occidentale, gisaient les coffres délestés par l’Axe du Bien de centaines de milliards de dollars de la Jamahiriya, pas perdus pour tout le monde. Le rêve de Kadhafi − une Afrique monétaire indépendante de l’euro et du dollar − a été volé. Ceux qui aimaient trop la Libye peuvent se réjouir : il y en a désormais plusieurs, de deux à cinq selon les épisodes. 

On pourrait alourdir le bilan en parlant de la tenace Algérie, du Yémen martyrisé par la Saoudie et l’Occident), de l’Iran, etc.. : les «printemps» auront été la pire des catastrophes que pouvaient connaître les Arabes. Pourtant, même pris en tenaille entre l’empire américain et le bloc eurasien russo-chinois, la mutation du contexte géopolitique joue en leur faveur. 
S’ils n’ont rien à attendre des Etats-Unis qui, d’Obama à Biden via Trump, ne voient le monde arabe qu’à travers les yeux d’Israël et dans une vapeur de pétrole, ils seraient sages de miser sur le retour de la Russie comme référence politique et sur l’arrivée de la Chine par les Routes de la Soie. A charge pour eux de choisir entre les guerres sans fin que leur offre la «puissance indispensable» ou le chemin de la renaissance que l’alternative stratégique leur ouvrirait. Rien n’est joué. 


Michel Raimbaud

https://tunisitri.wordpress.com/2019/01/29/livre-michel-raimbaud-ces-annees-syriennes-ou-se-dessine-un-nouvel-ordre-mondial/

(*) Il nous paraît judicieux de faire suivre cet article de deux autres articles publiés par Michel Raimbaud voici quelques années qui explicitent sa pensée sur les relations internationales. IR)

Pompiers et incendiaires

Michel Raimbaud

26 mai, 2019

Tribune libre
Institut de Veille et d’Etudes des Relations Internationales et Stratégiques (IVERIS)

https://www.iveris.eu/list/tribunes_libres/429-pompiers-et-incendiaires-

C’était hier, en décembre 1991. En deux ans, le monde a changé de base. L’ordre bipolaire Est-Ouest vient de s’écrouler suite à la disparition de l’URSS. L’Occident sort vainqueur d’une compétition qui à vrai dire n’a pas duré plus de 45 ans, un temps plutôt court à l’échelle de l’Histoire. Enivrée par un triomphe inattendu qui est avant tout le sien, l’Amérique pavoise sans trop savoir que faire. En 1992, l’un de ses politologues, Francis Fukuyama, décrète que l’Histoire est finie faute de protagoniste à la mesure de la seule superpuissance survivante.

Et le chœur occidental abasourdi gobe avec délices cette ânerie : selon ce prophète trop pressé, le monde se serait figé sans autre choix que le ralliement au nouveau maître. Pour les refuzniks en puissance, il s’agit de se soumettre ou de se démettre : prenant la succession du « monde civilisé » de l’ère coloniale et du « monde libre » de la guerre froide, la « communauté internationale » is born, comme on dit dans le volapuk globish. Les Etats qui osent refuser la nouvelle règle du jeu américain sont relégués dans la géhenne des Etats hors-la-loi, faillis, voyous, parias, « préoccupants », comme on dira bientôt. Et les pays « libérés » du communisme doivent entreprendre une reconversion expresse sans concessions, sans fioritures… Se débarrasser des faucilles, des marteaux, de l’Internationale prolétarienne et, pour beaucoup de leurs élites, de tout un passé devenu encombrant.

On ne l’appelle pas encore ainsi, mais le « moment unipolaire américain » est en marche et n’aime pas ceux qui traînent les pieds. Pourtant, l’éternité que prévoit implicitement l’ouvrage de Fukuyama (La fin de l’Histoire et le dernier homme) finira trop vite pour paraître longue. Elle ne dépassera pas la vingtième année. C’est en 2011, après vingt ans de méfaits, que le moment unipolaire battra de l’aile. L’Histoire reprendra sa marche vers un ordre mondial plus équilibré : en mars 2011, Russie et Chine se font forcer la main et rejoignent une dernière fois la « communauté internationale » pour laisser implicitement le champ libre à l’intervention de l’OTAN en Libye, mais en octobre de la même année, un double véto de Moscou et Pékin met un terme à l’omnipotence de Washington et de ses supplétifs en interdisant toute intervention de regime change à Damas.

En 2019, l’ordre imposé par l’Amérique, injuste, tyrannique et chaotique, est agonisant. L’Occident, qui répugne à l’admettre, croît toujours dur comme fer à sa primauté naturelle, au nom d’une universalité clamée et revendiquée. Il préfère ne pas voir que sa prétention est remise en cause par l’immense cohorte des peuples. Plus question au troisième millénaire d’admettre ce droit de cuissage tenu comme allant de soi par les maîtres de la planète. Durant ces quelques années, la géographie politique et la carte du tendre ont beaucoup changé, dans le monde arabo-musulman certes, mais également partout ailleurs.

Deux « camps » polarisent ce monde nouveau qui accouche dans la douleur. Le premier mise sur la légalité et le droit international pour parvenir coûte que coûte à un monde multipolaire équilibré, capable de vivre en paix. Le second, successeur du « monde libre » de jadis, n’a rien trouvé de mieux que l’instauration du chaos (« constructeur » ou « innovateur ») pour assurer la pérennité d’une hégémonie contestée. De part et d’autre, les hommes au pouvoir affichent un style en harmonie avec ces options de fond.

Sans négliger la compétition de jour en jour plus serrée entre l’Amérique et la Chine, et l’inéluctable choc des ambitions entre Trump, promoteur spontané du « chaos créateur », et Xi-Jinping, l’adepte méthodique de la « détente constructive », le duo russo-étatsunien reste pour l’instant au cœur de l’affrontement. Chefs de file des deux camps – Eurasie, Occident – qui ont pris la relève des protagonistes de feu le conflit Est/Ouest, Poutine et Trump sont des acteurs majeurs de la vie internationale et doivent coexister, qu’ils le veuillent ou non…

Il n’est pas nécessaire d’être un observateur très pointu pour deviner que les deux hommes n’ont guère d’atomes crochus. Loin d’être une simple affaire de style, c’est une question d’univers mental et intellectuel. Le hasard, par nature souvent fantasque, aurait décidé de rendre le monde invivable qu’il n’aurait pas agi autrement en permettant qu’à ce moment précis et décisif de l’Histoire deux personnalités aussi dissemblables soient chargées d’incarner et de « gérer » les retrouvailles au Sommet, sous forme de la confrontation directe que nous savons, entre les Etats-Unis et la Russie.

Si Vladimir Poutine est un chef d’Etat à la fois populaire chez lui et respecté à l’étranger, c’est qu’il est l’artisan incontesté de la renaissance de la Russie. Ce prestige enviable ne doit rien à un quelconque populisme de mauvais aloi ou à une posture démagogique, il est lié à l’ensemble de son œuvre. Le locataire du Kremlin communique volontiers. A son discours sans emphase on devine un homme confiant en son pouvoir, mais assurément peu porté aux familiarités. Pourtant, derrière ce visage placide se cache un pince-sans-rire qui de temps à autre surprendra avec une boutade inattendue, ravissant ses partisans et permettant aux néo-kremlinologues d’étoffer leur attirail de préjugés « occidentalistes ».

C’est pourquoi la petite phrase lâchée à Sotchi le 15 mai par le président russe, à l’issue de la rencontre avec son homologue autrichien Alexander Van der Bellen, ne sera pas tombée dans l’oreille de sourds. Interrogé lors d’une conférence de presse sur ce que son pays pouvait faire pour « sauver » l’accord sur le nucléaire iranien, Poutine a expliqué mi-figue mi-raisin : « La Russie n’est pas une équipe de pompiers, nous ne pouvons pas tout sauver ». On ne saurait mieux dire que de nombreux incendiaires se glissent parmi les « partenaires » auxquels Moscou aime à se référer avec un inlassable optimisme. Sans doute en son for intérieur considère-t-il Trump comme le plus dangereux d’entre eux.

Au feu les pompiers, v’là maison qui brule ! La comptine est à l’ordre du jour. « Pompiers et incendiaires » ? On dirait un jeu de société comme on les aimait hier, un peu ennuyeux et poussiéreux, mais efficaces pour distraire les enfants par temps de pluie, entre nain jaune et petits chevaux. Toutefois, on l’aura deviné, les pyromanes auxquels pense Poutine se situent dans un autre registre. Il ne s’agit pas des casseurs qui enflamment poubelles, voitures ou magasins dans les « rues » occidentales au nom d’une « militance » dévoyée… Le président russe songe sûrement à une catégorie de malfaiteurs qui échappe totalement aux accusations, poursuites et châtiments, celle des pyromanes d’Etat en costume cravate, perchés au sommet du pouvoir dans les « grandes démocraties » autoproclamées, relevant de l’Axe du bien ou de sa mouvance. Dans les « Etats de droit », on trouve légitime d’enflammer la planète afin d’écraser toute résistance à l’hégémonie de l’Empire Atlantique.

Dans ces mêmes pays, les professionnels de la pensée, de l’écriture, de l’analyse, de la diplomatie ou de la politique pérorent à loisir sur « le grand dessein », « la stratégie planétaire », les « ambitions géopolitiques », ou autres fariboles. Ils ne voient manifestement pas l’ombre d’une injustice, le soupçon d’une illégalité dans les équipées visant à dévaster des pays, des peuples, souvent des régions entières, restant de marbre à l’évocation du bilan effrayant des guerres meurtrières allumées par leurs dirigeants malfrats.

Nos modernes pyromanes sont insatiables : non contents de n’éprouver ni honte ni remords pour les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les génocides ou politicides déjà commis, ils menacent et sanctionnent à tour de bras, annonçant au grand jour leurs intentions agressives : Syrie, Libye, Ukraine, Iran, Venezuela, Russie, Chine, bref, tous les pays qui oseraient passer outre leurs oukazes.

Adieu le droit international, au revoir les accords internationaux, au diable la Charte des Nations-Unies, foin de la diplomatie et de sa langue désuète, de ses mièvres pratiques. En fait, avec près de 700 bases répertoriées par le Pentagone un peu partout, notamment en Europe, en Asie-Pacifique, au Moyen-Orient et en Afrique et plus de 200 000 militaires stationnés à l’étranger (dont 50 000 en Allemagne, des dizaines de milliers sur le reste du continent, 40 000 au Japon et 28 000 en Corée du Sud), les Etats-Unis d’Amérique et leurs sbires sont seuls face au monde.

Sous couvert de décisions erratiques, d’ordres et de contre-ordres, de dissensions au sein de son administration, Trump et sa fine équipe – le sinistre John Bolton, le doucereux Mike Pompeo, l’élégant Mike Pence, sans compter le gendre mirliflore Jared Kushner – sèment le chaos et allument l’incendie sur tous les continents, ce qui est précisément au coeur du grand dessein permettant à l’Amérique d’imposer sa loi au monde.

Washington avait réussi dans les années Reagan à entraîner l’URSS dans une course aux armements puis à l’enliser dans une guerre sans issue en Afghanistan, ce qui avait provoqué sa chute. L’équipe Trump cherche sans doute à répéter l’expérience en multipliant les foyers d’incendie un peu partout, en espérant que la Russie de Poutine se laissera entraîner à jouer au pompier universel. Au Venezuela l’engagement de Moscou rappelle celui de l’URSS à Cuba, l’effort pour enflammer les Etats Baltes et l’ex-glacis d’Europe de l’Est, la Géorgie, puis l’Ukraine, sont autant de provocations dans l’antichambre de la Russie.

Reste le Grand Moyen-Orient de Debeliou, qui reste au coeur du nouveau conflit Orient/Occident, de son épicentre (Syrie, Liban, Palestine, Jordanie, Irak) à ses extensions (Iran et Turquie, Yémen et péninsule arabe) y compris vers l’Afrique (du Nord, du Sahel, de la Corne, du Golfe de Guinée…). Il y a enfin la « transaction du siècle » inventée par Trump afin de « dissoudre » le peuple palestinien pour les beaux yeux d’Israël : les milliards payés et les sourires béats des autocrates pourraient bien embraser la poudrière…

Cette multiplication des foyers dans un monde où les fondements du droit et de la vie internationale sont violés sans scrupule, où les mots sont systématiquement utilisés à contre-sens vise à décourager les pompiers éventuels. Qu’ils se laissent prendre au piège et ils ne sauront plus où donner de la tête, s’épuisant à démentir de fausses nouvelles (infox) ou des accusations mensongères, à dénoncer des opérations sous faux pavillon, à maintenir un semblant de raison dans un monde de plus en plus chaotique, à respecter unilatéralement des principes dont les incendiaires se moquent.

Deux exemples illustreront l’hypocrisie de la situation :

Alors que tant d’experts et d’observateurs la déclarent finie et gagnée par Damas, la guerre se poursuit en Syrie dans un contexte confus et un brouillage des cartes impressionnant décourageant toute analyse crédible.

Le Dr Wafik Ibrahim, spécialiste en affaires régionales, note que, pour la seule libération d’Idlib, symbolique et spécifique dans cette neuvième année de guerre, « l’armée syrienne fait face à dix adversaires » qui conjuguent leurs efforts pour entraver le retour à la paix. Les masques sont tombés.

Erdogan est perdu dans un louvoiement acrobatique entre les Etats-Unis et la Russie, et dans une stratégie inextricable entre Moscou, Téhéran, les groupes terroristes qu’il parraine, les milices kurdes qu’il combat, tout en cherchant un hypothétique « chemin de Damas ». La Turquie est engagée militairement et sans réserve, par l’envoi direct de renforts et d’armement lourd aux organisations terroristes, en premier lieu le Jabhat al-Nosra (enseigne syrienne d’Al Qaida), rebaptisé Hay’et li Tahrir al Cham.

Pour l’Amérique, il s’agit de retarder, sinon d’empêcher le retour de l’Etat syrien dans le Nord du pays, dans le gouvernorat d’Idlib et/ou vers la rive est de l’Euphrate, en maintenant quelques éléments terrestres à titre dissuasif, au prétexte de combattre Da’esh, une création de facto de notre oncle Sam. On ajoutera les « soutiens automatiques » de l’Amérique :

Les Nations Unies et la Ligue Arabe, dans un rôle de paravents légaux et d’auxiliaires utiles de Washington; la Grande-Bretagne et la France, les supplétifs; l’Arabie Saoudite, qui continue de financer le terrorisme à l’est de l’Euphrate contre les Turcs, mais se joint à eux dans le gouvernorat d’Idlib; les Émirats, atout maître de l’Amérique, en Syrie notamment; tous ces protagonistes soutiennent les forces résilientes du terrorisme (encore 30.000 djihadistes de toutes nationalités).

Dans le même temps, l’étau des sanctions – armes de destruction massive dont l’usage est un véritable crime de guerre – vise à empêcher la reconstruction du pays et à provoquer le cas échéant un soulèvement contre « le régime ». Dans cette conjoncture, le lancement fin mai d’une énième affaire d’attaque chimique « attribuée comme il se doit au « régime de Bachar Al Assad » (du côté de Lattaquié) serait presque une bonne nouvelle, signifiant que la libération d’Idlib, gelée depuis septembre 2018 ( suite à la création d’une zone de désescalade sous l’égide des Russes et de la Turquie ), est enfin entamée par l’armée syrienne appuyée par l’aviation russe, malgré les manœuvres du nouveau Grand Turc. Le scénario est bien connu, et l’on y retrouve le « Hay’et li Tahrir al Cham » (ex-Jabhat al Nosra). Les intimidations pleuvent, sans doute en vain, les histoires sous « faux pavillon » faisant de moins en moins recette.

L’offensive lancée contre l’Iran par l’Amérique suite au retrait de cette même Amérique du « Traité nucléaire » de 2015 a fait monter la tension au Moyen-Orient de plusieurs crans. Les échanges de menaces tiennent surtout de la gesticulation, mais la sagesse est une qualité rare dans l’entourage du Picsou de la Maison-Blanche. Les pompiers s’affairent pour éteindre l’incendie toujours prêt à éclater dans les champs de gaz et pétrole de la région : entre Suisse, Oman et Russie, c’est à qui jettera son seau d’eau sur les flammèches. Le Kremlin veille à ne pas se laisser déborder : il a soutenu l’accord nucléaire et a encouragé Téhéran à y rester fidèle. Mais « les Américains sont les premiers responsables », « l’Iran étant aujourd’hui le pays le plus contrôlé et le plus transparent au monde sur le plan nucléaire ». « La Russie est prête à continuer de jouer un rôle positif », mais l’avenir du traité « dépend de tous les partenaires, les Etats-Unis, les Européens et …l’Iran ».

Aide-toi, la Russie t’aidera…Le discours est si raisonnable que l’on se demande parfois si la diplomatie russe, « insupportablement patiente » ne se trompe pas d’époque, face au phénomène Trump, à son Schtroumpf grognon, aux Européens résignés et aux cinglés, leurs alliés… Le temps est-il encore aux discours ?

Michel Raimbaud