L’Otan en armes pour «combattre le coronavirus»

par Manlio Dinucci

 traduit par Marie-Ange Patrizio

Source : Horizons et débats,

Zurich, 12 mai 2020

Source originaire : Voltairenet

 

Les trente ministres des Affaires étrangères de l’OTAN (Luigi Di Maio pour l’Italie), réunis le 2 avril en vidéoconférence, ont chargé le général américain Tod Wolters, commandant suprême des forces alliées en Europe, de «coordonner l’appui militaire nécessaire pour combattre la crise du coronavirus». C’est ce même général qui, au Sénat des Etats-Unis, le 25 février, a déclaré: «Les forces nucléaires soutiennent toute opération militaire des Etats-Unis en Europe.» Lui-même «soutient une politique flexible de la première frappe» des armes nucléaires, c’est-à-dire de l’attaque nucléaire par surprise.1

Le général Wolters est commandant suprême de l’OTAN en tant que chef du Commandement européen des Etats-Unis. Il fait donc partie de la chaîne de commandement du Pentagone, disposant de la priorité absolue. Un récent épisode confirme quelles en sont ses rigides règles: le capitaine du porte-avions Roosevelt, Brett Crozier, a été démis de son commandement parce que, face à la diffusion du coronavirus à bord, il a violé le secret militaire en sollicitant l’envoi d’aides.

Pour «combattre la crise du coronavirus» le général Wolters dispose de «couloirs préférentiels pour des vols militaires à travers l’espace aérien européen» d’où ont quasiment disparu les vols civils. Des couloirs préférentiels sont aussi utilisés par les bombardiers US d’attaque nucléaire B2-Spirit: le 20 mars, ayant décollé de Fairford en Angleterre, ils ont survolé, avec des chasseurs norvégiens F-16, l’Arctique vers le territoire russe. De cette façon – explique le général Basham des Forces aériennes US  en Europe – «nous pouvons répondre avec rapidité et efficience aux menaces dans la région, en montrant notre détermination à porter n’importe où dans le monde notre puissance de combat».

Pendant que l’OTAN est engagée à «combattre le coronavirus» en Europe, deux des plus grands alliés européens, la France et la Grande-Bretagne, envoient leurs navires de guerre dans les Caraïbes. Le navire d’assaut amphibie Dixmude a levé l’ancre le 3 avril à Toulon vers la Guyane française pour ce que le président Macron définit comme «une opération militaire sans précédent» nommée «Résilience», dans le cadre de la «guerre au coronavirus».2

Le Dixmude peut jouer le rôle secondaire de navire hôpital avec 69 lits, dont 7 pour thérapies intensives. Le rôle premier de ce grand navire, long de 200 m et avec un pont de vol de 5000 m2, est celui de l’assaut amphibie : une fois proche de la côte ennemie, il attaque avec des dizaines d’hélicoptères et véhicules de débarquement qui transportent des troupes et des véhicules blindés. Caractéristiques analogues, bien qu’à la moindre échelle, concernant le navire britannique RFA Argus qui a pris la mer, le 2 avril, vers la Guyane britannique.3

Les deux navires européens se positionneront dans les mêmes eaux caribéennes à proximité du Vénézuéla : c’est là qu’arrive la flotte de guerre – avec les plus modernes navires de combat de littoral (construites par la compagnie italienne Leonardo pour l’US Navy) et des milliers de marines – envoyée par le président Trump officiellement pour bloquer le trafic de drogue.

Trump accuse le président vénézuélien Maduro de «profiter de la crise du coronavirus pour accroître le trafic de drogue par lequel il finance son narco-Etat». L’objectif de l’opération, appuyée par l’OTAN, est de renforcer l’étau de l’embargo en vue d’étrangler économiquement le Vénézuéla (pays qui a les plus grandes réserves pétrolières du monde) dont la situation s’est aggravée par le coronavirus ayant commencé à se propager.

L’objectif est de renverser le président Maduro régulièrement élu (dont la tête a été mise à prix pour 15 millions de dollars) et d’instaurer un gouvernement qui amène le pays dans la sphère de domination états-unienne.4

Il n’est pas exclu qu’un incident soit provoqué servant de prétexte pour l’invasion du Vénézuéla. La crise du coronavirus crée des conditions internationales favorables à une opération de ce type, éventuellement présentée comme «humanitaire».  •

 

1 «Le Docteur Folamour veille sur notre santé», par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie), Réseau Voltaire, 27 mars 2020.
2 «Départ du porte-hélicoptères Dixmude vers la zone Antilles-Guyane», AFP, 3 avril 2020.
3 «RFA Argus sails for the Caribbean today ready to provide medical support if needed», Save the Royal Navy, 2 avril 2020.
4 «Le Pentagone refuse d’enlever le président Nicolás Maduro», Réseau Voltaire, 6 avril 2020.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s