Les tensions américano-russes sont à leur paroxysme sur plusieurs fronts

par M. K. Bhadrakumar*

Source : Horizons et débats,

Zurich, 15 septembre 2020.

M. K. Bhadrakumar (Photo mad)

En pleine escalade des tensions avec la Chine, les Etats-Unis auraient dû contenir leurs relations perturbées avec la Russie. Toutefois, c’est le contraire qui se produit. Pour la première fois depuis les élections présidentielles du 9 août en Biélorussie, Washington s’est ouvertement rangé du côté des protestations de Minsk et a mis la Russie au défi d’intervenir. 

Au même moment, Berlin a annoncé que le leader de l’opposition russe Alexeï Navalny avait été empoisonné par du gaz neurotoxique Novitchok.Il n’est pas anodin de souligner que les Allemands ont rendu publiques ces informations sensibles sans même en informer Moscou au préalable. Compte tenu de l’importance de M. Alexeï Navalny pour la politique russe, les Etats-Unis étaient probablement au courant.

Tout porte à croire qu’au sujet de la Biélorussie et de M. Navalny, Washington et Berlin ont agi en commun. Une sérieuse confrontation se prépare. L’avertissement concernant la Biélorussie est venu par le biais du secrétaire d’Etat adjoint américain Stephen Biegun, qui a envoyé un message fort au Kremlin via Radio Liberty, le canal utilisé jadis, à l’époque de la guerre froide: 

«Les quatre dernières années ont été un sérieux défi pour les relations américano-russes, mais il est possible que les choses empirent encore. Et l’un des éléments qui limiterait la capacité de tout président [quelle que soit l’issue de l’élection présidentielle américaine de novembre] à développer une relation plus coopérative avec la Russie, tous domaines confondus, serait l’intervention directe de la Russie en Biélorussie.»2

En quelques heures, le ministre des affaires étrangères Mike Pompeo, d’un commun accord avec les partenaires transatlantiques de Washington, a appelé à un «arrêt immédiat» des mesures prises par le gouvernement biélorusse pour freiner les protestations et a mis en garde contre d’«importantes sanctions ciblées».3

Le président Vladimir Poutine se voit ainsi directement mis au défi, lui qui avait déclaré la semaine dernière qu’en vertu de l’Accord de 1998 entre la Russie et la Biélorussie et du Traité de sécurité collective, la Russie serait obligée d’intervenir chez son voisin (voir mon article de blogue du 30 août 2020 sur l’anatomie de la tentative de coup d’Etat en Biélorussie).4

Les Etats-Unis ont l’intention de mettre la Russie au banc des accusés en lançant simultanément des offensives diplomatiques sur deux fronts. L’ambassadeur de Russie en Allemagne a été convoqué au ministère des affaires étrangères à Berlin il y a quelques heures [le 2 septembre],5  et les manifestations de Minsk reprennent de plus belle.

Le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a condamné aujourd’hui les «tentatives de plusieurs Etats étrangers» d’alimenter les protestations à Minsk, notant «une augmentation des activités de l’OTAN à proximité des frontières biélorusses».Les services secrets russes et biélorusses sont en contact. 

Le ministre biélorusse des affaires étrangères, Vladimir Makei, s’est aujourd’hui rendu à Moscou pour s’entretenir avec son homologue Lavrov. Les chefs d’état-major général de Russie et de Biélorussie ont discuté aujourd’hui au téléphone «de l’état et des perspectives de la coopération militaire bilatérale ainsi que de l’état d’avancement des préparatifs des manoeuvres communs de la Fraternité slave».7 La visite du président biélorusse Alexandre Loukachenko à Moscou devrait avoir lieu prochainement. 

Alors que l’affaire Navalny sert à alimenter une propagandevisant à salir la réputation de la Russie dans l’opinion publique occidentale, Moscou va se concentrer sur la situation en Biélorussie. Poutine a souligné la semaine dernière que parmi les anciennes républiques soviétiques, la Biélorussie «est peut-être la plus proche, tant d’un point de vue ethnique que de la langue, de la culture, pour des aspects spirituels et d’autres aspects encore. Nous avons des dizaines ou probablement des centaines de milliers, voire des millions de liens familiaux directs avec la Biélorussie et collaborons étroitement sur le plan économique».9

Lavrov n’a pas mâché ses mots lorsqu’il a riposté aujourd’hui: «Moscou donnera une réponse appropriée et déterminée, fondée sur des faits, à ceux qui tentent de faire dérailler la situation en Biélorussie, d’écarter la République de la Russie et de saper les fondements de l’Etat de l’Union».10

Quel est le plan de bataille de Washington? Un gouvernement américain perçu comme intransigeant envers la Russie est un élément porteur dans la campagne électorale du président Donald Trump.En termes de contenu, si l’on considère que les services secrets russes se sont concentrés sur le plan de la CIA de mener une révolution de couleur en Biélorussie, tout porte à penser que Washington a décidé de passer à l’offensive.

Car ces derniers jours, la Russie a été impliquée dans un nombre étourdissant de blocages, tel qu’il y a six jours, lors d’un accrochage entre militaires américains et russes, lorsqu’un véhicule faisant partie d’un convoi russe dans le nord-est de la Syrie a percuté un véhicule blindé américain, blessant quatre soldats américains.11 Cet épisode incita Joe Biden à se moquer de M. Trump: «Avez-vous entendu le président dire un seul mot? A-t-il levé le petit doigt? Jamais auparavant un président américain ne s’est montré aussi soumis face à un chef d’Etat russe.»

Le 31 août, l’armée américaine a annoncé qu’elle effectuerait au cours des 10 jours suivants des exercices de tir de précision à seulement 70 miles [113 km] de la frontière russe. Le 28 août, lors d’une énorme démonstration de force, les Etats-Unis ont survolé 30 Etats de l’OTAN avec six bombardiers nucléaires B-52. Deux d’entre eux ont survolé la mer Noire et ont été interceptés par deux avions de chasse russes qui se sont croisés à moins de 30,5 mètres du nez de l’un des bombardiers, ce qui aurait affecté sa capacité à maintenir sa trajectoire de vol.

Le 27 août, le sous-marin russe lance-missiles Omsk est apparu au large des côtes de l’Alaska et a participé à des exercices à munitions réelles dans la mer de Béring. Le même jour, NORAD, le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord, a envoyé deux F-22 pour intercepter trois groupes d’avions militaires russes de patrouille maritime au large des côtes de l’Alaska.

Face aux signes croissants d’ingérence russe, le plan B pour la Biélorussie prend forme. Autant la Biélorussie que l’infanterie de marine sont des motifs rêvés qui viennent à point nommé pour que Washington mobilise l’Europe et rétablisse son leadership transatlantique, qui avait été rompu récemment lorsque l’UE, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne se sont jointes à la Russie et à la Chine pour bloquer la tentative de l’administration Trump d’imposer des «sanctions rapides» à l’Iran.12

Mais Washington est avant tout frustrée que ses tentatives maladroites de semer la zizanie entre la Russie et la Chine se soient enlisées. La Chine a exprimé son soutien à Loukachenko; le géant sino-russe est donc en train de percer de toutes parts la stratégie de M. Trump consistant à exercer une pression maximale sur l’Iran.

Dans un article intitulé «La Chine et la Russie approfondissent leurs relations en pleine pandémie et conflit avec l’Occident»,13 Radio Libertya récemment énuméré plusieurs nouveaux projets économiques russo-chinois destinés à renforcer les relations entre les deux pays:

–Construction de l’une des plus grandes usines de polymères au monde par la Russie pour 11 milliards de dollars dans la région Amour, près de la frontière chinoise, en collaboration avec le géant chinois Sinopec.

– Lancemement de l’approvisionnement de la Chine en gaz naturel par le gazoduc «Power of Siberia», long de 2900 kilomètres.14

– Des plans pour un second gazoduc, «Power of Siberia2»,15en vue de tripler les fournitures de gaz russe à la Chine.

– D’une nouvelle collaboration scientifique pour tester des vaccins contre le Covid-19.

D’un plan concerté d’«affranchissement du dollar» visant à restreindre son utilisation dans les transactions bilatérales, etc.•

1 https://www.rt.com/russia/499702-Nowichok-nerve-agent-used-to/

2 https://www.rferl.org/a/deputy-state-secretary-vows-continued-u-s-support-for-freedom-in-belarus/30816585.html

 https://www.rferl.org/a/30817270.html

4 https://indianpunchline.com/anatomy-of-coup-attempt-in-belarus/

5 https://tass.com/world/1196619

6 https://tass.com/politics/1196463

7 https://tass.com/defense/1196551

8  https://uk.reuters.com/article/uk-russia-politics-navalny-statements/russia-says-germanys-statements-about-navalny-are-unsubstantiated-ria-idUKKBN25T2ML

9 http://en.kremlin.ru/events/president/news/63966

10 https://tass.com/politics/1196451

11 https://www.voanews.com/archive/russia-blames-us-military-vehicles-collision-syria

12 https://en.isna.ir/news/99061208968/Joint-statement-of-Joint-Commission-of-JCPOA

13 https://www.rferl.org/a/china-russia-deepen-their-ties-amid-pandemic-conflicts-with-west/30814684.html

14«Power of Siberia» est un gazoduc en construction depuis 2014 entre la République russe de Iakoutie/oblast d’Irkoutsk et la côte pacifique. Le 2 décembre 2019, la première section de 2157 km de long, du gisement de Chayandinskoye (Iakoutie) à Blagoveshchensk, est entrée en service, permettant les premiers acheminements de gaz vers la Chine. (Wikipédia) [Note du traducteur]

15En mai de cette année, le géant gazier russe Gazprom a annoncé qu’il débutait une étude de faisabilité pour son projet de gazoduc «Power of Siberia 2», qui doit acheminer jusqu’à 50 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an à travers la Mongolie vers la Chine. (https://pgjonline.com/news/2020/05-may/gazprom-begins-preparation-for-power-of-siberia-2) [Note du traducteur]

Source: https://indianpunchline.com/us-russia-tensions-flare-up-on-multiple-fronts/ du 2.9.2020

(Traduction Horizons et débats)


* M. K. Bhadrakumara servi pendant environ trois décennies comme diplomate de carrière au ministère indien des affaires étrangères. Il a été ambassadeur dans l’ancienne Union soviétique, au Pakistan, en Iran et en Afghanistan, ainsi qu’en Corée du Sud, au Sri Lanka, en Allemagne et en Turquie. Ses textes traitent principalement de la politique étrangère indienne et des événements au Moyen-Orient, en Eurasie, en Asie centrale, en Asie du Sud et en Asie du Pacifique. Son blog s’appelle «Indian Punchline».

Quid de«l’empoisonnement» de Navalny ?

par Moon of Alabama

Source : Le Saker francophone

https://lesakerfrancophone.fr/quen-est-il-de-lempoisonnement-de-navalny

25 août 2020

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

Note liminaire sur cet article

L’opposant russe Navalny dans le coma,

empoisonnement ou enfumage ?

Nous n’avons pas de lumière particulière sur cette affaire qui défraie la chronique dans nos médias depuis plusieurs jours. Mais, dans leur quasi-unanimité, ces médias pointent un doigt accusateur vers le Kremlin soupçonné d’avoir commandité l’empoisonnement de Navalny. Malgré la disparition de l’Union soviétique, voici presque trois décennies, dans nos médias, le Kremlin est toujours présumé coupable de quantité de turpitudes.

C’est pour se démarquer de ce tropisme que nous publions ci-après un article bien documenté qui fait du coma de Navalny une lecture bien différente.

                                                                                IR

L’affaire du prétendu « empoisonnement » d’Alexey Navalny, un histrion russe, devient de plus en plus curieuse.

Navalny est tombé malade, le 20 août dernier, lors d’un vol entre Tomsk, en Sibérie, et Moscou. L’avion a fait un atterrissage d’urgence à Omsk et Navalny a été transféré dans un hôpital. Il est tombé dans le coma. Les médecins ont diagnostiqué une forte baisse de sa glycémie. Navalny est diabétique et ses symptômes, tels que décrits, correspondaient à un choc diabétique. Nous avions donc conclu – un peu prématurément – que Navalny n’avait pas été empoisonné.

Après un jour et demi à l’hôpital d’Omsk, le patient s’est stabilisé. À la demande de sa famille, il a été transporté par avion à Berlin et admis à l’hôpital de la Charité. La Charité est une très grande clinique universitaire, avec 14 000 employés, gérée par l’État, qui est leader dans de nombreux domaines médicaux. Ses laboratoires ont constaté des effets compatibles avec l’ingestion ou le contact d’un inhibiteur de la cholinestérase :

Après son admission, M. Navalny a été soumis à un examen approfondi par une équipe de médecins de la Charité. Les résultats cliniques indiquent un empoisonnement par une substance du groupe des inhibiteurs de la cholinestérase. La substance spécifique impliquée reste inconnue, et une nouvelle série de tests complets a été lancée. L’effet du poison – à savoir l’inhibition de la cholinestérase dans l’organisme – a été confirmé par de multiples tests effectués dans des laboratoires indépendants.

À la suite de ce diagnostic, le patient est maintenant traité avec l’antidote atropine.

La cholinestérase est nécessaire dans le système nerveux humain pour décomposer l’acétylcholine, qui est une substance pour la communication entre les synapses. Les inhibiteurs de la cholinestérase sont utilisés dans le traitement de la maladie d’Alzheimer, de la maladie de Parkinson, des troubles anxieux et d’autres maladies. Les inhibiteurs de la cholinestérase peuvent être trouvés dans certains extraits de plantes ou synthétisés. Il existe deux types d’inhibiteurs de la cholinestérase, les carbamates et les organophosphates. Les deux types sont également largement utilisés comme pesticides. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les organophosphates ont été développés comme armes chimiques  – tabun, sarin, soman – mais n’ont pas été largement utilisés.

Le contenu de la déclaration de la Charité semble impliquer que les résultats de laboratoire indiquent les effets potentiels d’un inhibiteur de la cholinestérase, et non une substance spécifique elle-même. Ceci est conforme à une déclaration de la clinique d’Omsk qui insiste sur le fait qu’aucun inhibiteur de la cholinestérase, c’est-à-dire un « poison », n’a été trouvé :

« Lorsque Alexey Navalny a été admis à la clinique, il a été examiné pour un large éventail de narcotiques, de substances synthétiques, de drogues psychédéliques et de substances médicales, y compris les inhibiteurs de la cholinestérase. Le résultat a été négatif », a déclaré Sabayev, chef de l’unité d’empoisonnement aigu à l’hôpital de soins d’urgence d’Omsk où Navalny a été traité avant d’être transporté par avion en Allemagne.

« En outre, il n’avait pas de tableau clinique, spécifique à l’empoisonnement par des substances du groupe des inhibiteurs de la cholinestérase », a ajouté M. Sabayev, qui est également le meilleur toxicologue de la région d’Omsk et du district fédéral de Sibérie.

Nous pouvons être sûrs qu’un toxicologue qualifié reconnaîtrait une crise cholinergique. Il existe cependant un cas documenté en Inde dans lequel un empoisonnement aux organophosphates a été faussement interprété comme une acidocétose diabétique – merci à Bernd Neuner :

Nous présentons une jeune fille de 15 ans qui a été traitée initialement pour une « acidocétose diabétique » entraînant une aggravation de son état général. Ce problème, associé à des investigations ciblées, nous a finalement conduits à un diagnostic et à la gestion appropriée d’une surdose intentionnelle de pesticide organophosphoré (OP), prenant la forme d’une acidocétose diabétique.

Mais selon le porte-parole du Kremlin, Dimitry Peskov, les médecins russes ont fait le bon diagnostic et appliqué la thérapie appropriée – traduction automatique :

La déclaration des médecins allemands sur le diagnostic du fondateur du FBK, Alexei Navalny, n’est pas nouvelle pour les spécialistes russes, a déclaré aux journalistes Dmitri Peskov, secrétaire de presse du président russe.

« Nous n’avons encore rien appris de nouveau de cette déclaration. Nous avons donc contacté nos médecins et leur avons demandé comment, d’un point de vue professionnel, pouvions nous comprendre ce qui a été écrit. Le fait est que cette baisse de cholinestérase a été établie dès les premières heures par nos médecins de l’hôpital d’Omsk. Et l’atropine, dont les Allemands parlent et qui est maintenant donnée au patient, a commencé à être administrée pendant la première heure du séjour du patient en soins intensifs », a déclaré M. Peskov.

Le porte-parole présidentiel a souligné que le niveau de cholinestérase peut diminuer pour diverses raisons, notamment à cause de la prise de plusieurs médicaments. En même temps, les médecins allemands n’ont pas identifié de substance toxique dans les analyses de Navalny.

« Il est donc très important ici de trouver ce qui a causé la baisse des niveaux de cholinestérase. Et ni nos médecins, ni les Allemands n’ont encore pu en établir la cause. Du moins, c’est ce qui découle de la déclaration de nos collègues médecins allemands. Il n’y a pas de substance, malheureusement, elle ne peut pas être établie, les analyses ne le montrent pas », a expliqué M. Peskov.

Il a souligné que les données analytiques des médecins russes et allemands sont les mêmes, mais que les conclusions sont différentes.

« Nous ne comprenons pas pourquoi nos collègues allemands sont si pressés d’utiliser le mot empoisonnement. Vous savez, cette version était parmi les premières que nos médecins ont examinées, mais je le répète encore une fois : la substance n’a pas encore été établie. Peut-être que les Allemands ont des données », a déclaré M. Peskov, notant que les médecins russes sont prêts à fournir des échantillons des premiers tests.

Si Navalny a été empoisonné – ce qui n’est pas établi – la question suivante est de savoir comment Navalny est entré en contact avec un inhibiteur de la cholinestérase. Le contact a-t-il été causé par lui-même ou par quelqu’un d’autre ? Était-ce intentionnel ou non ?

Les porte-parole de Navalny ont insisté sur le fait que la seule substance que Navalny a ingérée ce matin-là était un thé provenant d’un bar de l’aéroport. Une vidéo de la télévision en circuit fermé de l’aéroport montre que le thé a été apporté du bar par une personne qui s’est ensuite assise avec Navalny. Ils ont vraisemblablement voyagé ensemble. Comment le barman de l’aéroport, s’il a soi-disant empoisonné Navalny, aurait-il pu savoir pour qui était le thé ?

Alors que les médias « occidentaux » poursuivent leur absurde « Poutine a empoisonné Navalny », il est important d’insister sur le fait que d’autres personnes ont plus de raisons de nuire à Navalny que le Kremlin :

Au cours des dernières années, Navalny s’est fait des ennemis en révélant des affaires de corruption. Sa dernière affaire concernait le gouverneur local de Tomsk. C’est aussi la raison pour laquelle il s’y était rendu en avion. Si Navalny est victime d’un crime, les suspects devraient être recherchés là-bas.

Escalade entre la Chine et l’Inde ?

Escalade entre la Chine et l’Inde

Coexistence pacifique ou enfer nucléaire dans l’Himalaya ?

par Matin Baraki*, Marburg

Source : Horizons et débats

Zurich, 21 jullet 2020

A l’abri des regards en raison du coronavirus, les tensions s’exacerbent de manière dangereuse dans l’Himalaya. Voilà comment pourrait être résumée la situation actuelle entre les deux puissances nucléaires que sont la République populaire de Chine et la République de l’Inde. Depuis le début du mois de mai, la Chine et l’Inde ont déployé des troupes supplémentaires le long de leur frontière commune. La région concernée se situe à une altitude de 4000 mètres au Ladakh, que l’Inde considère comme faisant partie du Cachemire. La Chine quant à elle a occupé le territoire indien à l’est du Ladakh et l’a simplement rebaptisé «Aksai Chin» 1. Comme en de nombreux points de l’Himalaya, le tracé de la frontière, hérité de la puissance coloniale britannique, est ici contesté. Toléré bon gré mal gré des deux côtés, il est d’ailleurs appelé simplement «Line of Actual Control», LAC (ligne de contrôle effectif). 2

L’Inde et la Chine se sont reproché à maintes reprises des provocations réciproques par le biais de patrouilles et de passages de frontière inappropriés. En 1962, la zone frontière avait déjà été le théâtre d’une guerre brève mais violente entre les deux pays 3, conduisant à la défaite de l’Inde. La honte de cette guerre frontalière perdue est profondément gravée dans la mémoire collective de l’élite indienne.

Le 5 mai 2020, sur les rives du lac Pangong au Ladakh, une échauffourée a eu lieu entre gardes-frontières chinois et indiens, au cours de laquelle ces derniers se sont battus à poings nus. Le 25 mai, les tensions entre les deux pays se sont intensifiées. Une grave bagarre s’ensuivit, au cours de laquelle jusqu’à 250 soldats furent blessés. Il s’agit de la plus grave crise frontalière depuis 2017, lorsque des troupes chinoises et indiennes s’étaient affrontées durant 73 jours à Doklam, près du Royaume du Bhoutan. Des pourparlers politiques entre le chef de l’État et du parti chinois Xi Jinping et le premier ministre indien Narendra Modi avaient alors permis de sortir de l’ornière.4

Une fois de plus, la situation semble très explosive. Le 26 mai, le premier ministre indien Modi a convoqué une réunion de crise des généraux avec son conseiller à la sécurité Ajit Doval, au cours de laquelle «l’état de préparation militaire de l’Inde» a été le sujet principal. L’agence de presse PTI note que «la stratégie chinoise de vouloir exercer une pression militaire sur l’Inde ne fonctionnera pas».5 La réaction du leader et chef du parti chinois, Xi Jinping, ne s’est pas fait attendre: son pays serait en train d’intensifier les préparatifs à une lutte armée. Peu avant la déclaration de Xi, le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères avait souligné que la Chine maintenait une «position cohérente et claire» 6 dans le conflit frontalier avec l’Inde et qu’il est du devoir de l’Armée populaire de libération chinoise de vouloir défendre le territoire et la souveraineté nationale de la Chine. Actuellement, le ton se durcit. Le quotidien d’État chinois Global Times a fait état de plusieurs «infrastructures défensives illégales» 7 du côté indien, depuis lesquelles pouvait être atteint le territoire chinois. C’est alors que la République populaire de Chine aurait réagi avec des déplacements de troupes. Par conséquent, une éventuelle escalade serait de l’unique responsabilité de la République indienne.

A la mi-mai déjà, des analystes militaires indiens soulignaient pour leur part des questions de calendrier. Le général indien à la retraite Ajay a parlé de «manœuvres de nature agressive» 8 de l’armée chinoise dans l’Himalaya, qui rappelaient le comportement de la flotte chinoise dans la mer de Chine du Sud. Le journal Financial Express a fait référence à l’expert indien en sécurité Ajey Lele en ces termes: «Pourquoi cela se produit-il maintenant, au milieu de la crise du Covid 19?» Selon Lele, il se peut que la Chine veuille tester la détermination de l’armée indienne au moment où le gouvernement de Delhi est très occupé avec le coronavirus. L’ancien diplomate indien Phunchok Stobdan a également averti dans l’«Indian Express» que la Chine veut pousser les forces indiennes plus à l’ouest, afin de se rapprocher du point stratégique que représente le glacier Siachen, où se font face troupes indiennes et pakistanaises.9 Alliés militaires et stratégiques, le Pakistan et la République populaire de Chine tentent d’exercer une double pression sur l’Inde.

Par le passé, le gouvernement de Pékin avait critiqué la construction d’une route indienne près du lac, et avait à son tour triplé le nombre de patrouilles sur le lac glaciaire. Dans le cadre de ces projets, 66 nouvelles routes doivent être construites le long de la frontière d’ici fin 2020, en réponse aux nombreux projets d’infrastructures de la Chine dans le cadre de son initiative de «Nouvelle route de la soie». Cela fait plusieurs années que la République populaire de Chine étend son influence dans la région de l’Asie du Sud et du Sud-Est, notamment dans des zones que l’Inde a longtemps considérées comme sa sphère d’intérêts stratégiques. Dans ces régions éloignées, l’Inde et la République populaire de Chine sont séparées par la «ligne de contrôle effectif» (LAC) longue de 3’488 kilomètres. 10

Comme ces dernières années les gouvernements chinois et indien ont tous deux utilisé la carte nationaliste à des fins de politique intérieure, il leur est maintenant difficile de se libérer du piège qu’ils se sont eux-mêmes tendu sans perdre la face et montrer des signes de faiblesse. Selon des sources indiennes, dans la vallée de Galwan les Chinois auraient avancé jusqu’à trois kilomètres en territoire indien. India Today a fait état le 27 mai dernier d’un transfert au Ladakh de 5000 soldats de l’Armée populaire de libération. Une augmentation des troupes chinoises aurait des conséquences correspondantes du côté indien. Selon l’agence de presse Reuters, les deux parties construisent des installations de défense dans la région, et le gouvernement chinois y fait également acheminer divers équipements. Cela prête à penser que le gouvernement de Pékin se prépare à un conflit plus long avec l’Inde. 11

Le Global Times a publié un rapport ou il est question de plusieurs «infrastructures de défense illégales» construites par l’Inde et qui s’étendraient jusque sur le territoire chinois. Les forces de défense n’auraient alors pas eu d’autre choix que de répondre par des mouvements de troupes. Ainsi l’Inde porterait l’entière responsabilité du risque d’une escalade de la violence. 12

Les observateurs politiques en Inde parlent d’une «situation sans précédent». Le 26 mai, le gouvernement de Pékin annonçait qu’il commencerait début juin à évacuer du territoire indien les citoyens chinois, y compris les étudiants, les touristes et les hommes d’affaires.

Sur place, des stratèges mettent en garde contre une nouvelle intensification du conflit, qui semble s’être produite en juin avec la mort de 20 soldats indiens à la frontière indo-chinoise.

Selon les informations indiennes, il y eut également des victimes du côté chinois. Si le gouvernement de Pékin ne l’a pas confirmé, le rédacteur en chef du Global Times a toutefois twitté que des Chinois avaient également été tués.13 Brahma Chellaney, expert en études stratégiques au Centre for Policy Research de Delhi, a parlé d’un tournant dans les relations entre les deux pays. «Après cet incident, les relations entre la Chine et l’Inde ne seront plus jamais les mêmes», 13 a-t-il déclaré à la télévision indienne. Des paroles qui présagent le pire, car aujourd’hui déjà on observe une grande méfiance de part et d’autre. Cependant, les ministres des affaires étrangères des deux puissances nucléaires souhaitent un «apaisement» immédiat du conflit à la frontière entre les deux pays. Les deux parties se sont parlé lors d’une conférence téléphonique. Elles ont convenu de «traiter équitablement» les événements de la vallée de Galwan et de s’efforcer de trouver une solution au conflit.14

Il reste à mentionner que l’administration américaine tente depuis des années de gagner l’Inde comme partenaire stratégique contre la République populaire de Chine et d’instrumentaliser le pays contre la Chine. 15 Déjà le président américain Bill Clinton avait reconnu comme unique puissance nucléaire en Asie du Sud non pas le Pakistan, pourtant allié de longue date et le plus proche des Etats-Unis, mais l’Inde. Aussi le gouvernement de Pékin a-t-il prévenu le gouvernement indien de ne pas se laisser instrumentaliser par l’administration Trump dans les différends qui opposent la Chine et les États-Unis à Taïwan et à Hong Kong. Il faut espérer que l’élite politique et militaire indienne soit suffisamment sûre d’elle et lucide pour ne pas se faire réduire au simple rôle de tâcheron des États-Unis.

* Matin Baraki, docteur en philosophie, est né en 1947 en Afghanistan où il fut enseignant avant de s’installer en Allemagne. Spéialiste en matière de sa patrie, conseiller du domaine de la politique du développement, il est membre du « Zentrum für Konfliktforschung » (Centre d’études de conflits) ainsi que professeur adjoint de politique internationale à la Philipps-Universität Marburg.

 

1.- V. Baraki, Matin: Kachmire – le génèse du conflit, dans: Horizons et débats, Zurich, no. 19, 27/08/2019, p. 4.

2.- V. Fähnders, Till/Böge, Friederike: Tote, aber keine Schüsse, dans: Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), 17/06/20, p. 6.

3.- V. Ib.

4.- V. Perras, Arne/Deuber, Lea: Grenzkonflikt im Himalaja: Die Unruhe zwischen China und Indien wächst, dans : Süddeutsche Zeitung, 27/05/2020.

5.- Ib.

6.- Ib.

7.- Ib.

8.- Ib.

9.- Ib.

10.- V. Fähnders, Till/Böge, Friederike: Tote, aber keine Schüsse, dans: FAZ , 17/06/20, p. 6.

11.- Vgl. Perras, Arne/Deuber, Lea: Grenzkonflikt im Himalaja, loc. cit.

12.- Vgl. Fähnders, Till/Böge, Friederike: Tote, aber keine Schüsse, loc. cit, p. 6.

13.- Perras, Arne/Deuber, Lea: Grenzkonflikt im Hima-laja, loc. cit., 27/05/20.

14.- Vgl. Fähnders, Till: Entspannung im Himalaja, dans: FAZ, 07/07/20, p. 5.

15.- Vgl. Fähnders, Till: Gegen Chinas Salamitaktik, in: FAZ, 23/06/20, p. 8.

 

 

 

 

 

 

 

Kosovo, la chute du Serpent

par Slobodan Despot

Source : Antipresse du 28 juin 2020

Alors que l’administration américaine lance une nouvelle initiative sur le Kosovo, l’inculpation de Hashim Thaçi vient faire capoter le processus. Mais elle rappelle aussi le désastre absolu qu’a été la confiscation, par l’OTAN, de la province sud de la Serbie. Punition tardive d’un bourreau ou règlement de comptes interne au camp occidental?

L'église de la Sainte-Trinité de Petrič, dynamitée en juillet 1999 dans un Kosovo sous administration otanienne.

«Les Albanais se sont joués de nous comme on joue sur un Stradivarius.» (Général Lewis MacKenzie)

C’est un événement qu’on commémore peu à l’ouest, et qu’on se rappelle à peine: de mars à juin 1999, pendant 78 jours l’OTAN a intensément bombardé la Serbie à cause d’une prétendue «répression» de la population albanaise de sa province méridionale, le Kosovo. Après la signature des accords de Kumanovo, le 12 juin 1999, le Kosovo est passé sous le contrôle de la communauté internationale (lisez l’OTAN), tout en restant, soi-disant, partie intégrante de la Serbie. La tentative d’occupation militaire de la province à partir de l’Albanie ayant échoué, on avait amadoué les Serbes à la table de négociation.

Promesses de papier et fake news en cascade

Mais cette concession diplomatique n’était qu’un chiffon de papier: en dépit d’une résolution des Nations Unies (n° 1244) affirmant la souveraineté de la Serbie, les alliés et «partenaires» des séparatistes albanais — lisez l’OTAN — se sont mis à reconnaître l’État «indépendant» du Kosovo sitôt que M. Thaçi et son clan eurent unilatéralement proclamé leur indépendance. Étrangement, la Suisse supposée vertueuse et neutre, au temps de sa ministre des affaires étrangères Micheline Calmy-Rey, fut parmi les États les plus empressés à reconnaître cette entité issue d’un arrachage territorial. Peut-être était-ce une manière de relâcher la pression des Américains au temps de l’affaire dite des fonds en déshérence en servant de poisson-pilote?(1)

Pour faire avaler à l’opinion mondiale une telle série de violations du droit, il aura fallu littéralement lui laver le cerveau en peignant les Serbes comme des nazis et tous les Albanais, indistinctement, comme leurs victimes. Ce qui faisait passer à la trappe tout à la fois les crimes des Albanais contre les Serbes et le sort ultérieur de toutes les minorités ainsi que des Albanais loyaux à l’État serbe.

La suite est un long cauchemar pour les Serbes, mais aussi pour les Monténégrins, les Tziganes et autres minorités présentes au Kosovo. Le pogrom antiserbe de mars 2004, sous le nez des «soldats de la paix» occidentaux, fut particulièrement massif et brutal. Au total, quelque 250 000 Serbes ont été exilés de la province, tandis que mille ont disparu sans traces ou ont été assassinés. Sans l’intervention des parachutistes français commandés par le colonel Jacques Hogard, la région à majorité serbe de Mitrovica (nord de la rivière Ibar) eût été ethniquement nettoyée dès les premiers jours du cesser-le-feu. Au sud de cette ligne, les quelque 100 000 Serbes restants vivent dans des poches précaires, victimes d’un harcèlement perpétuel (qui ces dernières semaines a connu une recrudescence).

Sur le plan culturel, 150 églises ont été détruites, cependant que l’on construisait ou reconstruisait à leur place 800 mosquées. Cerise sur le gâteau, le nouvel État albanais s’est proposé de s’approprier les monuments chrétiens encore restés debout en les rattachant à son héritage national.

La promesse de rétablissement de la sécurité et de la justice — principal argument de l’occupation occidentale — n’était elle aussi que du papier. Enlèvements, intimidations et expropriations se poursuivent. L’enquête menée en 2010 par le magistrat suisse Dick Marty sur le trafic d’organes humains (souvent prélevés à vif) au Kosovo a abouti à des conclusions accablantes pour le pouvoir local — mais non surprenantes, puisque l’ancienne Procureure du Tribunal international pour l’Ex-Yougoslavie (TPIY), Carla del Ponte, mentionnait ce trafic dès 2008 dans ses mémoires. Étrangement, comme dans la Belle au Bois dormant, le Conseil de l’Europe, à qui il était destiné, s’est endormi dessus.

Par ailleurs, les quelques tentatives entreprises pour juger de hauts responsables kosovars et ex-terroristes comme le «premier ministre» et ancien videur de boîte de nuit en Suisse, Ramush Haradinaj, ont tourné court — par disparition physique des témoins! Peu étonnant lorsqu’on sait que Haradinaj était physiquement protégé par l’armée U. S.!

Le seul État qu’on «dé-reconnaît»

Une telle caricature d’État, qui est aussi une plaque tournante du trafic de drogue et d’armes en Europe, n’avait aucun avenir et ne pouvait qu’être un casse-tête diplomatique. La reconnaissance internationale du Kosovo a été très partielle, et même régressive: fait rarissime, une quinzaine de pays ont retiré leur reconnaissance. En ce moment, 92 États du monde reconnaissent le Kosovo, 96 ne le reconnaissent pas. Parmi ces derniers, l’ensemble des puissances échappant à la tutelle de l’empire atlantique: Russie, Chine, Inde, Brésil, Algérie, Iran… Soit les cinq septièmes de l’humanité. Une proportion qui, à elle seule, démontre l’irréalité de la «communauté internationale», concept imposé par l’OTAN lorsqu’elle prétendait prendre des décisions au nom et à la place de la Terre entière.

Le seul pays dont la reconnaissance du Kosovo soit encore intéressante et nécessaire aujourd’hui, reste… la Serbie! Seule cette reconnaissance pourrait légaliser le viol flagrant du droit international que constitue l’existence de l’État du Kosovo. Elle est donc une condition préalable à l’adhésion de la Serbie à l’UE.

Le protagoniste le plus «méritant» pour cette situation grotesque, dans l’équipe locale, n’est autre que Hashim Thaçi, ex-chef de l’organisation UÇK (labellée terroriste en 1998 par les USA eux-mêmes), ex-Premier ministre et actuel président de l’entité hypothétique. Son inculpation soudaine par le TPI, le 24 juin, pour «crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, y compris meurtre, disparition forcée de personnes, persécution et torture» est une surprise qui aura des ramifications intéressantes. Si, comme l’annonce la presse, Thaçi est «rattrapé par son passé», c’est un passé riche d’amitiés et de protections au cœur des démocraties. N’a-t-il pas assisté aux célébrations de la Victoire, le 11 novembre 2018, au deuxième rang des invités d’honneur d’Emmanuel Macron, alors que le président serbe (pourtant représentant d’un peuple ami qui eut une contribution importante à la victoire) était relégué dans une tribune latérale?

On est loin de son arrestation, et plus loin encore d’une condamnation, mais la décision même d’émettre cette inculpation à quelques jours d’une négociation «historique» serbo-kosovare initiée par l’administration Trump force à s’interroger sur le but réel de ce coup de théâtre.

Pourquoi maintenant?

Le TPI est dès ses origines une organisation voulue et sponsorisée par les États-Unis, qui par ailleurs ne reconnaissent pas son autorité sur leurs propres soldats. Le TPI n’a par exemple même pas envisagé d’inculper des aviateurs de l’OTAN pour les meurtres délibérés de civils (y compris albanais) commis durant les bombardements de 1999. Lorsqu’elle accepta le poste de procureur, la Suissesse Carla del Ponte déclara dans la NZZ qu’elle n’avait «rien à refuser» aux Américains.

On sait qu’aux yeux des Américains, les alliés ne sont que des consommables. Cent potentats parmi lesquels Noriega, Saddam Hussein ou même Milošević, en savent quelque chose. (Ce dernier, que j’ai connu, avait travaillé comme banquier aux USA et avait reçu des «assurances» de Washington, notamment au temps des accords de Dayton, quant à son rôle de pivot et de pacificateur dans les Balkans. Il fut balayé en 2000 par le mouvement Otpor, prototype des révolutions colorées.)

Pour l’Empire, ou en tout cas son aile «deep state», l’inculpation de Thaçi pourrait être une double aubaine. D’un côté, on se débarrasse d’un fort à bras qui ne sert plus. De l’autre, on saborde une initiative venant de l’équipe Trump — et l’on prive ainsi le rouquin d’une éventuelle victoire diplomatique façon Corée du Nord. A quelques mois des élections US, on l’a vu ces derniers jours, tous les coups sont permis.

Hashim Thaçi, bien évidemment, ne se laissera pas faire si facilement. Il ne tombera pas sans combattre — et il le claironne: sur son profil Facebook, il vient d’étaler les armes de l’UÇK, rouge sur fond noir. Avec qui ne s’est-il pas fait prendre en photo, dans son treillis de terroriste ou, plus tard, son costume anthracite de la bonne maison? Madeleine Albright, Bernard Kouchner, Alain Juppé, sans compter la crème des généraux de l’OTAN. Et puis, bien sûr, le président Macron® qui n’en rate pas une — mais qu’on peut en l’occurrence créditer d’ignorance. Il n’avait que 22 ans au temps de la guerre du Kosovo.

Les Yankees sont immunisés contre ce genre de compromissions. Ils ne reconnaissent même pas les cours qu’ils instrumentent. Les Européens, eux, y sont plus sensibles. Depuis dix ans, le terrible rapport Marty au conseil de l’Europe pointe du doigt leur inaction. Depuis vingt ans, leurs déclarations dans la presse, leurs embrassades avec les criminels et leurs tribunes — de même que leur propagande antiserbe effrénée, véritable anthologie de fake news, ont construit la carrière de celui qui est désormais pointé du doigt pour «meurtre, disparition forcée de personnes, persécution et torture». Le 7 mai 1999, en plein bombardement de la Serbie, la brochette d’«humanitaires» usuels — dont le professeur Paul Garde, auteur d’un ouvrage considéré «de référence» sur la Yougoslavie — publiaient dans Le Monde une pétition exhortant l’Occident à soutenir encore mieux l’UÇK. Donc, à déverser encore plus de bombes sur les populations concernées. «L’UCK a le mérite d’exister», écrivaient-ils. Dévoilant par la même une échelle du mérite sur laquelle les tribunaux pourraient une fois les interroger. Soyons assurés que M. Thaçi n’oubliera pas de convier ses vieux amis à la cérémonie. A moins, évidemment, qu’il ne soit «epsteinisé» dans sa cellule.

NOTE
  1. En tout cas, il y a des coups de main qui ne s’oublient pas. Mme Calmy-Rey préside aujourd’hui une fondation humanitaire créée par la famille d’origine kosovare Orllati, groupe de travaux publics connu pour sa croissance fulgurante en Suisse romande.

Un peu de lectures

À propos de ce «cas d’école» de désinformation (selon le regretté connaisseur Vladimir Volkoff), que fut la guerre civile yougoslave et en particulier la phase «Kosovo», quelques lectures utiles, sinon indispensables:

* * *

Deux questions au colonel Jacques Hogard

Dans un livre bref et captivant, Jacques Hogard a raconté ses douze jours fatidiques au Kosovo «pacifié» par l’OTAN en juin 1999. Il ne mâche pas ses mots sur le «Serpent» de l’UÇK et ses alliés.

Le «président» de la très fantoche «république du Kosovo» va-t-il vraiment finir en prison? Et quels cadavres risqueraient, à cette occasion, de sortir du placard?

JH: Des esprits chagrins veulent parier que ses puissants protecteurs, les réseaux liés à l’administration Clinton, le sortiront de ce mauvais pas, tant espéré pourtant depuis 21 ans par les Serbes, les Roms, les Goranis et même les Albanais du Kosovo, victimes de sa sauvagerie et de celle de ses complices de l’UCK: les Ramush Haradinaj, Agim Ceku, Fatmir Limaj, Rexhep Rexhepi, Samir Lushtaku… etc.

Pourtant, ce pourrait bien être cette fois la chute finale de ce gangster impitoyable qui, issu d’un clan mafieux kosovar à la triste réputation, émerge subitement en 1999 lors des «négociations de Rambouillet», propulsé sur la scène politique par la vieille sorcière Madeleine Albright, cette égérie maléfique de la tribu Clinton, qui se prend d’amour pour ce petit voyou et lui voit alors un destin «national». Le chef de l’UCK, le parrain du crime organisé au Kosovo et de l’abominable trafic d’organes, déjà surnommé «le serpent», éliminant sans pitié les Albanais du Kosovo loyaux à Belgrade ou tout simplement pacifistes, tels ses rivaux de la LDK, va jouer un rôle éminent en 1999 et dans les années qui vont suivre, alternant les fonctions de «premier ministre», de «chef de la diplomatie» (!) et de «président» à la tête du ramassis de voyous qui s’intitule «gouvernement de la république du Kosovo».

Cette fois pourtant, ce pourrait bien être la chute finale du «Serpent», car le dossier est ficelé, complet, avec toutes les preuves, tous les témoignages: oui, Hashim Thaçi est bien un criminel barbare auteur de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, perpétrés sans distinction contre tous ceux qui s’opposaient à ses plans. 

Il y a quatre ans, j’ai su par un magistrat français que le dossier était bouclé. Celui de Thaçi, mais aussi celui de l’UÇK ainsi que de leurs soutiens étrangers.

Il ne me surprendrait pas que le temps écoulé depuis, ces quatre ans précisément, qui m’ont semblé long et parfois fait douter, je l’avoue, n’ait été en fait celui de la réflexion pour ces derniers et qu’ils aient en conséquence décider de le lâcher enfin, pour en quelque sorte se dédouaner eux-mêmes. 

J’en fais le pari: tous ceux qui comme le Pape François, le président Macron, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Bernard Kouchner et bien d’autres responsables officiels, notamment de l’OTAN et de l’Union Européenne, lui ont réservé dans un passé récent un chaleureux accueil, préféreront dans les mois et années à venir lui tourner le dos avec superbe!

  • Article de Slobodan Despot paru dans la rubrique «Le Bruit du Temps»de l’Antipresse n° 239 du 28/06/2020.

L’Otan en armes pour «combattre le coronavirus»

par Manlio Dinucci

 traduit par Marie-Ange Patrizio

Source : Horizons et débats,

Zurich, 12 mai 2020

Source originaire : Voltairenet

 

Les trente ministres des Affaires étrangères de l’OTAN (Luigi Di Maio pour l’Italie), réunis le 2 avril en vidéoconférence, ont chargé le général américain Tod Wolters, commandant suprême des forces alliées en Europe, de «coordonner l’appui militaire nécessaire pour combattre la crise du coronavirus». C’est ce même général qui, au Sénat des Etats-Unis, le 25 février, a déclaré: «Les forces nucléaires soutiennent toute opération militaire des Etats-Unis en Europe.» Lui-même «soutient une politique flexible de la première frappe» des armes nucléaires, c’est-à-dire de l’attaque nucléaire par surprise.1

Le général Wolters est commandant suprême de l’OTAN en tant que chef du Commandement européen des Etats-Unis. Il fait donc partie de la chaîne de commandement du Pentagone, disposant de la priorité absolue. Un récent épisode confirme quelles en sont ses rigides règles: le capitaine du porte-avions Roosevelt, Brett Crozier, a été démis de son commandement parce que, face à la diffusion du coronavirus à bord, il a violé le secret militaire en sollicitant l’envoi d’aides.

Pour «combattre la crise du coronavirus» le général Wolters dispose de «couloirs préférentiels pour des vols militaires à travers l’espace aérien européen» d’où ont quasiment disparu les vols civils. Des couloirs préférentiels sont aussi utilisés par les bombardiers US d’attaque nucléaire B2-Spirit: le 20 mars, ayant décollé de Fairford en Angleterre, ils ont survolé, avec des chasseurs norvégiens F-16, l’Arctique vers le territoire russe. De cette façon – explique le général Basham des Forces aériennes US  en Europe – «nous pouvons répondre avec rapidité et efficience aux menaces dans la région, en montrant notre détermination à porter n’importe où dans le monde notre puissance de combat».

Pendant que l’OTAN est engagée à «combattre le coronavirus» en Europe, deux des plus grands alliés européens, la France et la Grande-Bretagne, envoient leurs navires de guerre dans les Caraïbes. Le navire d’assaut amphibie Dixmude a levé l’ancre le 3 avril à Toulon vers la Guyane française pour ce que le président Macron définit comme «une opération militaire sans précédent» nommée «Résilience», dans le cadre de la «guerre au coronavirus».2

Le Dixmude peut jouer le rôle secondaire de navire hôpital avec 69 lits, dont 7 pour thérapies intensives. Le rôle premier de ce grand navire, long de 200 m et avec un pont de vol de 5000 m2, est celui de l’assaut amphibie : une fois proche de la côte ennemie, il attaque avec des dizaines d’hélicoptères et véhicules de débarquement qui transportent des troupes et des véhicules blindés. Caractéristiques analogues, bien qu’à la moindre échelle, concernant le navire britannique RFA Argus qui a pris la mer, le 2 avril, vers la Guyane britannique.3

Les deux navires européens se positionneront dans les mêmes eaux caribéennes à proximité du Vénézuéla : c’est là qu’arrive la flotte de guerre – avec les plus modernes navires de combat de littoral (construites par la compagnie italienne Leonardo pour l’US Navy) et des milliers de marines – envoyée par le président Trump officiellement pour bloquer le trafic de drogue.

Trump accuse le président vénézuélien Maduro de «profiter de la crise du coronavirus pour accroître le trafic de drogue par lequel il finance son narco-Etat». L’objectif de l’opération, appuyée par l’OTAN, est de renforcer l’étau de l’embargo en vue d’étrangler économiquement le Vénézuéla (pays qui a les plus grandes réserves pétrolières du monde) dont la situation s’est aggravée par le coronavirus ayant commencé à se propager.

L’objectif est de renverser le président Maduro régulièrement élu (dont la tête a été mise à prix pour 15 millions de dollars) et d’instaurer un gouvernement qui amène le pays dans la sphère de domination états-unienne.4

Il n’est pas exclu qu’un incident soit provoqué servant de prétexte pour l’invasion du Vénézuéla. La crise du coronavirus crée des conditions internationales favorables à une opération de ce type, éventuellement présentée comme «humanitaire».  •

 

1 «Le Docteur Folamour veille sur notre santé», par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie), Réseau Voltaire, 27 mars 2020.
2 «Départ du porte-hélicoptères Dixmude vers la zone Antilles-Guyane», AFP, 3 avril 2020.
3 «RFA Argus sails for the Caribbean today ready to provide medical support if needed», Save the Royal Navy, 2 avril 2020.
4 «Le Pentagone refuse d’enlever le président Nicolás Maduro», Réseau Voltaire, 6 avril 2020.

Principale lacune des mesures anti-pandémiques prises par la France et la Suisse

Ivo Rens

Professeur honoraire

Faculté de droit

Université de Genève

J’ai écouté hier soir 16 mars 2020 les propos du Conseiller fédéral Berset, puis le discours du Président Macron énonçant des mesures vigoureuses pour tenter de ralentir puis de tarir la progression de la pandémie. Qui contesterait pareil objectif ?

Les mesures françaises sont particulièrement attentatoires à la liberté de déplacement qui n’est autorisée que pour cinq motifs jugés légitimes. Je trouve ces restrictions drastiques indument limitatives et mal rédigées. Pourquoi ne pas avoir tenu pour légitime le retour d’une personne à son domicile à l’étranger ?

Plus grave socialement : tant le Conseiller fédéral que le Président français n’ont pas décidé, ni même envisagé, semble-t-il, l’instauration du rationnement.

Or, les supermarchés et autres magasins d’alimentation des deux pays sont quotidiennement vidés de victuailles, laissant vides les étals et étagères de nourriture depuis plusieurs jours. Je crains qu’en affirmant que ces commerces seront toujours réapprovisionnés, les autorités des deux pays ne sous-estiment les risques de pénurie alimentaire et ne favorisent la constitution de stocks destinés au marché noir.

La seule façon de garantir l’absence de pénurie alimentaire des catégories sociales défavorisées est d’instaurer le rationnement des principaux nutriments. C’est là une leçon de la IIème Guerre mondiale en Europe et en Afrique du nord. Or, dans son discours, le Président Macron a pesamment insisté sur le fait que la France était en guerre…

Sur la libération d’Idlib et la guerre du régime Erdogan

par Vanessa Beeley et Robin Philpot

Source : Mondailisation. Ca 4mars 2020

Vanessa Beeley sur la libération d’Idlib et guerre du régime Erdogan

Alors que l’Armée arabe syrienne réussit à libérer la région d’Idlib des forces d’occupation composées de groupes terroristes (Front Al Nosra, notamment) et de troupes turques, dans les grands médias on présente cette libération comme une catastrophe humanitaire. Vanessa Beeley, grand journaliste qui était sur le front à Idlib, rétablit la vérité.

Cette guerre livrée à la Syrie depuis 2011, rappelle Vanessa Beeley, est une invasion et une occupation menées par des groupes terroristes financés et soutenus notamment par Washington, Londres, Paris mais aussi par la Turquie et Israël. Libérer le territoire syrien n’est ni plus ni moins la seule façon de faire respecter le droit international et de rétablir la paix.

Elle signale la présence sur le territoire syrien de l’Ambassadrice américaine Kelly Croft ainsi que d’autres diplomates américains, tous en train de saluer les groupes de soi-disant rebelles. Il s’agit là d’une violation flagrante du droit international car les autorités syriennes n’ont pas été consultés.

Si, au sujet d’Idlib, les médias sont en train de diffuser le même film qu’il y a quelques années à Alep — tragédie humanitaire causée par « le régime syrien »– la réalité est tout autre. La libération a provoqué de la joie au sein du peuple syrien, où la vie a repris et les routes ont été ouvertes.

Ayant visité Idlib, elle a noté à quel point les fameux « Casques blancs » collaboraient étroitement avec les terroristes. Les bureaux et quartiers généraux étaient souvent dans les mêmes immeubles.

Vanessa Beeley termine l’entrevue en soulignant l’étroite alliance militaire dans les événements actuels entre la Turquie et Israël.

 

L’addiction américaine au commerce des armes

par William Hartung

Source : https://www.les-crises.fr/l-addiction-americaine-au-commerce-des-armes-par-william-hartung/

Source originaire : Consortium News, William Hartung, 20-11-2019

 

William Hartung passe en revue 50 ans d’histoire de la domination américaine sur le commerce des armes au Moyen-Orient.

 

1

Visite du président Donald Trump au roi Salman bin Abdulaziz Al Saud d’Arabie saoudite, en mai 2017, à Riyad, en Arabie saoudite. (Maison Blanche/Shealah Craighead)

Ce n’est un secret pour personne, Donald Trump est l’un des représentants de commerce les plus agressifs de l’histoire concernant le marché des armes. Comment le savons-nous ? Parce qu’il nous le dit dès qu’il en a l’occasion. Tout a commencé avec son « contrat de 110 milliards de dollars d’armes » avec l’Arabie saoudite, bien surévalué, annoncé lors de son premier voyage présidentiel à l’étranger. Cela s’est poursuivi par une séance de photos à la Maison-Blanche avec le prince héritier Mohammed ben Salmane, où on le voit brandir une carte [des USA] avec un récapitulatif état par état des emplois américains censés être liés aux ventes d’armes au royaume. Et on n’en a jamais vu la fin. Au cours de ces années au pouvoir, en fait, le président a été un ardent défenseur de ses bons amis de chez Boeing, Lockheed Martin, Raytheon et General Dynamics – les principaux bénéficiaires privés des ventes d’armes américaines aux saoudiens – à la différence des milliers de soldats américains que le président a récemment envoyés dans les déserts de ce pays pour y défendre les installations pétrolières).

Toutes les ventes d’armes américaines au Moyen-Orient ont eu des conséquences graves et durables dans la région, à commencer par la violente guerre menée par les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite au Yémen, qui a tué des milliers de civils au cours de frappes aériennes au moyen d’armes américaines et conduit des millions de Yéménites au bord de la famine. Et n’oublions pas la récente invasion turque de la Syrie, où tant les forces turques que les milices Kurdes qu’elles ont attaquées dépendaient largement des fournitures d’armes depuis les États-Unis.

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11 octobre 2019 La ville syrienne de Ras al-Ayn après les frappes aériennes turques. (A. Lourie, Wikimedia Commons)

Trump a été très clair : il se soucie beaucoup plus de conclure des contrats d’armement que de savoir qui les utilise et contre qui. Il est important de noter cependant que, historiquement parlant, il n’a jamais été obsédé par la promotion de ces exportations d’armes (bien qu’il soit fort en gueule sur le sujet)

Malgré ses relations prétendument tendues avec le régime saoudien, l’administration Obama, par exemple, a quand même réussi à faire des offres d’armes américaines aux souverains de ce royaume pour un montant record de 136 milliards de dollars entre 2009 et 2017. Toutes ces offres n’ont pas débouchées sur des ventes, cependant le nombre de celles-ci est impressionnant. Parmi les équipements vendus on comptait des avions de combat Boeing F-15 et des hélicoptères d’attaque Apache, des chars General Dynamics M-1, des bombes intelligentes Raytheon, des bombes Lockheed Martin, des navires de combat et des systèmes de défense antimissile. Beaucoup de ces armes ont depuis été utilisées dans la guerre au Yémen.

Il faut mettre au crédit de l’administration Obama un débat interne sur l’opportunité de poursuivre un tel commerce. En décembre 2016, à la fin de son second mandat, le président a finalement suspendu la vente de bombes intelligentes à l’armée de l’Air royale saoudienne en raison du nombre croissant de victimes civiles yéménites lors de frappes aériennes avec des munitions américaines. Mais la décision a été bien tardive, dans la mesure où c’est en mars 2015 que le régime saoudien est intervenu pour la première fois au Yémen et que le massacre des civils a commencé peu après.

Bien entendu, la domination de Washington sur le commerce des armes au Moyen-Orient était alors considérée comme acquise, malgré d’importants contrats occasionnel de la Grande-Bretagne ou la France. Les contrats dits « Al Yamamah » – la vente par le Royaume-Uni d’avions de chasse et autres équipements aux Saoudiens – ont fait grand bruit et restent à ce jour la plus importante opération du genre de l’histoire du Royaume-Uni. Selon l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm, de 2014 à 2018, les États-Unis ont à eux seuls effectué plus de 54 % des livraisons connues d’armes au Moyen-Orient. La Russie est loin derrière avec 9,5 % du total, suivie de la France (8,6 %), de l’Angleterre (7,2 %) et de l’Allemagne (4,6 %). La Chine, souvent citée comme fournisseur de remplacement possible, dans le cas où les États-Unis décideraient de cesser d’armer des régimes répressifs comme l’Arabie saoudite, figure à moins de 1 %.

Les raisons invoquées par le gouvernement américain pour déverser des armes dans cette région de plus en plus meurtrie par la guerre sont les suivantes : établir des partenariats avec des pays susceptibles, en cas de crise, d’aligner des combattants aux côtés des forces américaines ; fournir des armes en échange de bases militaires au Koweït, aux Émirats arabes unis, au Qatar et dans d’autres États du golfe Persique ; instaurer la « stabilité » en développant les forces alliées pour en faire des armées plus performantes que celles d’ennemis potentiels, comme l’Iran ; et enfin générer des revenus pour les entreprises américaines d’armement ainsi que des emplois pour des travailleurs américains. Bien sûr, de telles ventes ont effectivement profité à ces entrepreneurs et assuré l’accès à des bases dans la région, mais lorsqu’il s’agit de promouvoir la stabilité et la sécurité, l’histoire démontre que ça a été une toute autre affaire.

DESERT SHIELD

Militaires près d’un hélicoptère Sikorsky S-70 de l’armée de Terre saoudienne pendant l’opération Bouclier du désert. (USAF/H.H. Deffner, Wikimedia Commons) [L’opération Bouclier du désert est une opération des États-Unis épaulés ensuite de leurs alliés, déclenchée le 6 août 1990 après l’invasion du Koweït par l’Irak le 2 août pour protéger l’Arabie saoudite d’une éventuelle attaque irakienne lors de la guerre du Golfe NdT]

La doctrine Nixon

C’est dans les propos tenus par Richard Nixon il y a un demi-siècle sur l’île de Guam qu’on trouve les racines du rôle de Washington en tant que premier fournisseur d’armes du Moyen-Orient. C’était à l’époque de la guerre du Vietnam et le président était en route pour le Sud Vietnam. Le nombre de victimes augmentait rapidement, sans qu’aucune fin de conflit ne soit en vue. Lors de cette escale à Guam, Nixon a assuré aux journalistes qui l’accompagnaient qu’il était grand temps de mettre fin à la pratique consistant à envoyer un grand nombre de soldats américains sur les théâtres d’opération extérieurs. Pour « éviter une autre guerre comme celle du Vietnam n’importe où dans le monde », il était en train de mettre en place une nouvelle politique qui serait plus tard décrite par un fonctionnaire du Pentagone en ces mots : « envoyer des armes au lieu d’envoyer des troupes ».

L’élément central de ce qu’on a fini par appeler la doctrine Nixon était le fait d’armer des supplétifs régionaux – des pays ayant des dirigeants ou des gouvernements amicaux qui pouvaient favoriser les intérêts des États-Unis en l’absence d’importants contingents de l’armée américaine sur place. Parmi les supplétifs potentiels de cette époque là, le plus important était le Shah d’Iran qui, avec l’aide des services de renseignement de la CIA et de la Grande-Bretagne, avait à l’issue d’un coup d’État renversé le gouvernement civil en 1953, pour ensuite révéler un appétit insatiable pour des armes de pointe américaines.

 

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Le Shah d’Iran, à gauche, avec le président Richard Nixon, dans le Bureau ovale, en 1973. (Maison Blanche/Wikimedia Commons)

Pour le Shah d’Iran, passer un bon moment, cela voulait dire se blottir avec le dernier numéro de la revue Aviation Week and Space Technology et parcourir les pages de papier glacé de photos d’avions de combat. Encouragé par l’administration Nixon, son pays a été le premier et le seul à acquérir le coûteux avion de combat F-14 Tomcat de Grumman, à un moment où cette société avait désespérément besoin de vendre à l’étranger pour conforter ce programme. Et le Shah a également utilisé les armes fournies par les États-Unis pour aider, par exemple, à réprimer un soulèvement anti-gouvernemental dans le proche sultanat d’Oman (juste de l’autre côté du golfe Persique), tout en opprimant sa propre population.

 

 

Durant les années Nixon, l’Arabie saoudite est, elle aussi, devenue l’un des principaux clients de Washington en matière d’armement, non pas tant parce qu’elle craignait ses voisins dans la région, mais parce qu’elle disposait d’un financement quasi illimité venant du pétrole afin de financer les fabricants d’armes américains à un moment où le budget du Pentagone commençait à être réduit. En outre, les ventes à l’Arabie Saoudite ont permis de récupérer une partie des capitaux provenant des Etats Unis pour faire face à la hausse des prix de l’énergie imposée par le nouveau cartel du pétrole qu’était l’OPEP. C’était un procédé alors curieusement connu sous le nom de « recyclage des pétrodollars».

La recherche de modération de Carter

Le commerce débridé des armes pendant les années Nixon a fini par provoquer un contrecoup. En 1976, pour la première (et dernière) fois, un candidat à la présidence – Jimmy Carter – a fait du contrôle du commerce des armes un thème central de sa campagne à la Maison Blanche. Il a réclamé que les droits humains soient davantage pris en compte dans le cadre des exportations d’armes, il a appelé à réduire le volume total de celles-ci et à entamer des pourparlers avec l’Union Soviétique dans le but de réduire les ventes dans des régions sous tension comme le Proche-Orient.

Pendant ce temps, les membres du Congrès, sous la houlette des sénateurs Démocrates Gaylord Nelson et Hubert Humphrey, estimaient qu’il était grand temps pour le Capitole de prendre part aux décisions en matière de vente d’armes. Trop souvent, les représentants au Congrès n’apprenaient l’existence de contrats importants qu’au détour de la lecture de la presse, longtemps après que tout ait été ficelé. Parmi les principales préoccupations ayant motivé leurs interventions, on trouve : l’envolée, sous Nixon,des ventes d’armes à l’Arabie Saoudite – à l’époque adversaire déclaré d’Israël – ; l’utilisation, par les deux camps, d’armes fournies par les États-Unis dans le conflit gréco-turc sur l’île de Chypre ; les ventes clandestines aux groupes d’extrême-droite en Afrique du Sud, notamment à l’Union pour l’Indépendance Totale de l’Angola soutenue par les Sud-Africains [L’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola, plus connue sous le nom d’UNITA, est un mouvement anti-colonial angolais qui est devenu un parti politique après l’indépendance du pays, NdT]. La réponse a alors été l’adoption de la loi de 1978 sur le contrôle des exportations d’armes, qui exigeait que le Congrès soit informé à l’avance de toute vente importante et lui donnait un droit de veto sur toute vente considérée comme dangereuse ou inutile.

Or, ni l’initiative du président Carter ni la nouvelle législation n’ont significativement freiné ce trafic d’armes. En fin de compte, par exemple, Carter a décidé d’exempter l’Iran du Shah des sanctions pour les atteintes aux Droits Humains et Zbigniew Brzezinski, son conseiller à la sécurité nationale, tenant d’une ligne dure, a sapé les pourparlers prévus avec l’Union soviétique au sujet de la réduction des ventes d’armes.

Carter voulait également que la nouvelle force de déploiement rapide (RDF) qu’il avait mise sur pied – finalement transformée en Commandement central des États-Unis – ait accès aux bases militaires de la région du golfe Persique et, pour ce faire, il était prêt à recourir à des contrats d’armement. La Force de Déploiement Rapide devait être la pièce maîtresse de la doctrine Carter, une réponse à l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979 et à la chute du Shah d’Iran. Comme le président l’avait clairement exprimé dans son discours de 1980 sur l’état de l’Union : « Toute tentative par des forces extérieures de prendre le contrôle de la région du golfe Persique sera considérée comme une attaque contre les intérêts vitaux des États-Unis. Elle sera repoussée par tous les moyens nécessaires, y compris l’usage de la force ». La vente d’armes dans la région serait dès lors un pilier central de sa nouvelle doctrine.

Pendant ce temps, la plupart des ventes importantes ont continué à passer devant le Congrès, suscitant tout au plus une réprobation verbale.

Qui a armé Saddam Hussein ?

 

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Le président Ronald Reagan avec, de droite à gauche : Caspar Weinberger, George Shultz, Ed Meese et Don Regan, discutant des remarques du président sur l’affaire Iran-Contra, Bureau ovale, novembre 1986. (Maison Blanche/Wikimedia Commons)

Si le volume de ces ventes d’armes n’a pas augmenté de manière spectaculaire sous le président Ronald Reagan, sa détermination à militariser les « combattants de la liberté » anticommunistes de l’Afghanistan au Nicaragua a déclenché le scandale Iran-Contra. Au cœur de l’opération se trouve un curieux et complexe projet secret, dirigé par Oliver North, membre du personnel du Conseil National de Sécurité, et une poignée d’intermédiaires fantômes qui ont fourni des armes américaines au régime hostile de l’ayatollah Khomeiny en Iran. L’espoir était d’obtenir l’aide de Téhéran pour libérer les otages américains au Liban. North et ses comparses ont ensuite utilisé le produit de ces ventes pour armer les rebelles Contra, opposés au gouvernement au Nicaragua, en violation d’une interdiction explicite de cette aide par le Congrès.

Pire encore, l’administration Reagan a livré des armes et formé des factions moudjahidin extrémistes en Afghanistan, ce qui, en fin de compte, a aidé des groupes armés et des individus qui ont par la suite formé Al-Qaïda (ainsi que des groupes similaires). Cela se révélerait bien sûr être un exemple colossal du style de retour de flamme que le commerce sans restriction des armes génère trop souvent.

Même si la dénonciation de l’opération de North a mis en lumière les transferts d’armes des États-Unis vers l’Iran, l’administration Reagan, puis celle de George H.W. Bush qui lui a succédé, ont fourni directement et indirectement pour près d’un demi-milliard de dollars en armes et en technologie de fabrication à l’ennemi juré de l’Iran, Saddam Hussein, l’autocrate irakien. Ces armes viendront renforcer le régime de Saddam tant dans sa guerre contre l’Iran dans les années 1980 que lors de l’invasion du Koweït, en 1991, qui a conduit Washington à la première guerre du Golfe. Il est vrai que les États-Unis n’ont pas été les seuls à alimenter la montée en puissance de l’armée irakienne. Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies (les États-Unis, l’Union soviétique, la France, le Royaume-Uni et la Chine) ont tous fourni des armes ou des technologies d’armement à ce pays pendant la période qui a précédé son intervention au Koweït.

L’embarras et les critiques publiques suscités par la révélation que les États-Unis et d’autres importants fournisseurs avaient aidé à armer l’armée irakienne ont ouvert la voie à une nouvelle possibilité de de restrictions. Les dirigeants des États-Unis, de la Grande-Bretagne et d’autres pays vendeurs d’armes se sont engagés à faire mieux à l’avenir en améliorant l’information sur leurs ventes dans la région et en les examinant de près. Cela s’est traduit par deux initiatives principales : la création du registre du commerce des armes des Nations Unies, dans lequel les États membres ont été instamment priés de déclarer volontairement leurs importations et exportations d’armes, et des pourparlers entre ces cinq membres du Conseil de Sécurité (principaux fournisseurs d’armes au Moyen-Orient) sur la limitation des ventes d’armes dans la région.

Toutefois, les pourparlers des 5P, comme on les appelait, se sont rapidement enlisés quand la Chine a décidé de vendre à l’Arabie Saoudite des batteries de missiles à moyenne portée et que l’administration du Président Bill Clinton a commencé à conclure de nouveaux contrats d’armement dans la région à une cadence de plus d’un milliard de dollars par mois, alors même que les négociations [entre les 5P] étaient en cours. Les autres fournisseurs ont considéré que la vague de livraison d’armes de Clinton constituait une violation de l’esprit des pourparlers. Ces derniers ont tourné court, ce qui a débouché, sous la présidence de George W. Bush à un nouveau fiasco total en Irak.

La plus importante série de ventes d’armes au cours des années George W. Bush a concerné la formation et l’équipement de l’armée irakienne suite à l’invasion du pays [par les USA] et au renversement de Saddam Hussein. Mais 25 milliards de dollars d’armes et formations américaines n’ont pas suffi à créer une force capable de vaincre les combattants modestement armés de Daech, lorsqu’ils ont envahi le nord de l’Irak en 2014 et qu’ils ont conquis de vastes territoire et des grandes villes, dont Mossoul. Les forces de sécurité irakiennes, à court de nourriture et d’équipement pour cause de corruption et d’incompétence, étaient démoralisées et, dans certains cas, elles ont pratiquement abandonné leur poste (et l’armement américain) face à aux offensives de Daech.

L’addiction continue

Donald Trump a continué sur sa lancée en proposant des armes en quantité à ses alliés au Moyen-Orient, en particulier aux Saoudiens, même si la principale raison d’être en était de générer des emplois et des revenus pour les entreprises américaines de l’armement. En réalité, investir capitaux et énergie dans presque tout le reste, depuis l’infrastructure jusqu’aux technologies des renouvelables, créerait plus d’emplois aux États-Unis. Mais peu importe, on continue sur le même rythme.[en référence à la chanson de Sonny and Cher ‘And the beat goes on !’ NdT].

L’un des faits marquants des années Trump a été le regain d’intérêt du Congrès pour endiguer des ventes d’armes, avec un accent particulier pour mettre fin au soutien à la guerre menée par l’Arabie Saoudite au Yémen. (Le spectacle du face-à-face entre les forces turques et kurdes, toutes deux largement armées par les États-Unis, devrait sans aucun doute renforcer cette volonté). Sous la houlette des sénateurs Chris Murphy (Démocrate-Connecticut), Bernie Sanders (Independant-Vermont), Mike Lee (Républicain-Utah), des représentants Démocrates californiens Ro Khanna et Ted Lieu, le Congrès a voté le blocus des ventes de bombes et des autres formes de soutien militaire à l’Arabie saoudite, mais leurs efforts se sont heurtés au veto de Trump, principal défenseur de ce pays à Washington. Pourtant, l’action du Congrès concernant les ventes à l’Arabie Saoudite a été sans précédent par son opiniâtreté et son étendue. Il y a encore une chance qu’elle porte ses fruits si c’est un Démocrate qui l’emporte en 2020. Après tout, chacun des principaux candidats à la présidence s’est engagé à mettre fin aux ventes d’armes qui soutiennent l’effort de guerre des saoudiens au Yémen.

De tels contrats, tant avec l’Arabie saoudite qu’avec d’autres États du Moyen-Orient, sont peut-être très appréciés par les entreprises qui tirent profit de ce commerce, cependant la grande majorité des américains s’opposent à cette fuite en avant pour la simple raison que cela fait peser de graves menaces sur le monde. La question est désormais la suivante : le Congrès va-t-il jouer un rôle plus important pour tenter de bloquer de tels contrats d’armement avec les Saoudiens et les auteurs de violations des Droits Humains, ou bien l’addiction des États-Unis et son monopole dans le commerce des armes au Moyen-Orient vont-ils simplement perdurer et ouvrir la voie à de futures tragédies de toutes sortes ?

William D. Hartung, contributeur régulier de TomDispatch, est le directeur du projet sur les armes et la sécurité au Center for International Policy et l’auteur de « Prophets of War : Lockheed Martin and the Making of the Military-Industrial Complex » [Livre non traduit : Prophètes de guerre : Lockheed Martin et la fabrique du complexe militaro-industriel, NdT]

Source : Consortium News, William Hartung, 20-11-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

4.janvier.2020 // Les Crises

 

Two Puny Nations Subjecting World to Risk of Nuclear Holocaust

Polish and Romanian politicians are fine with hosting US missiles, leaving Moscow no margin of error

Paul Craig Roberts

Source : Russia Insider, 2 septembre 2019

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Source originaire :

PaulCraigRoberts.org

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After falsely accusing Russia of violating the Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty (INF), Washington unilaterally repudiated the treaty. Thus did the US military/security complex rid itself of the landmark agreement achieved by Ronald Reagan and Mikhail Gorbachev that defused the Cold War.

The INF Treaty was perhaps the most important of all of the arms control agreements achieved by American 20th century presidents and now abandoned in the 21st century by US neoconservative governments. The treaty removed the threat of Russian missiles against Europe and the threat of European-based US missiles to Russia. The importance of the treaty is due to its reduction of the chance of accidental nuclear war. Warning systems have a history of false alarms. The problem of US missiles on Russia’s border is that they leave no time for reflection or contact with Washington when Moscow receives a false alarm. Considering the extreme irresponsibility of US governments since the Clinton regime in elevating tensions with Russia, missiles on Russia’s border leaves Russia’s leadership with little choice but to push the button when an alarm sounds. That Washington intends to put missiles on Russia’s border and pulled out of the INF Treaty for this sole purpose is now obvious. Only two weeks after Washington pulled out of the treaty, Washington tested a missile whose research and development, not merely deployment, were banned under the treaty. If you think Washington designed and produced a new missile in two weeks you are not intelligent enough to be reading this column. While Washington was accusing Russia, it was Washington who was violating the treaty. Perhaps this additional act of betrayal will teach the Russian leadership that it is stupid and self-destructive to trust Washington about anything. Every country must know by now that agreements with Washington are meaningless.

Surely the Russian government understands that there are only two reasons for Washington to put missiles on Russia’s border: (1) to enable Washington to launch a pre-emptive nuclear strike that leaves Russia no response time, or (2) to enable Washington to threaten such a strike, thus coercing Russia to Washington’s will. Clearly, one or the other of these reasons is of sufficient importance to Washington for Washington to risk a false alarm setting off a nuclear war.

Military analysts can talk all they want about “rational players,” but if a demonized and threatened country with hostile missiles on its border receives a warning with near zero response time, counting on it to be a false alarm is no longer rational.

The 1988 treaty achieved by Reagan and Gorbachev eliminated this threat. What purpose is served by resurrecting such a threat? Why is Congress silent? Why is Europe silent? Why is the US and European media silent? Why do Romania and Poland enable this threat by permitting US missiles to be stationed on their territory?

Little doubt the Romanian and Polish governments have been given bagfulls of money by the US military/security complex, which wants the multi-billion dollar contracts to produce the new missiles. Here we see the extreme irresponsibility of small countries. Without the corrupt and idiotic governments of Romania and Poland, Washington could not resurrect a threat that was buried 31 years ago by Reagan and Gorbachev.

Even the American puppet state of occupied Germany has refused to host the missiles. But two insignificant states of no importance in the world are subjecting the entire world to the risk of nuclear war so that a few Romanian and Polish politicians can pocket a few million dollars.

Missiles on Russia’s borders that provide no response time are a serious problem for Russia. I keep waiting for Moscow to announce publicly that on the first sign of a missile launching from Romania or Poland, the countries will immediately cease to exist. That might wake up the Romanian and Polish populations to the danger that their corrupt governments are bringing to them.

Why aren’t the Romanian and Polish provocations sufficient justification for Russia to pre-emptively occupy both countries? Is it more provocative for Russia to occupy the two countries than it is for the two countries to host US missiles against Russia? Why only consider the former provocative and not the latter?

No one is capable of coming to Romania and Poland’s aid even if anyone was so inclined. NATO is a joke. It wouldn’t last one day in a battle with Russia. Does anyone think the United States is going to commit suicide for Romania and Poland?

Where are the UN resolutions condemning Romania and Poland for resurrecting the specter of nuclear war by hosting the deployment of US missiles on their borders with Russia? Is the entire world so insouciant that the likely consequences of this act of insanity are not comprehended?

It does seem that human intelligence is not up to the requirements of human survival.

 

Le Traité FNI enterré, les nouveaux euromissiles arrivent. L’Europe complice.

par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 3 août 2019

ilmanifesto.it

https://www.mondialisation.ca/le-traite-fni-enterre-les-nouveaux-euromissiles-arrivent/5635871

 

 

Le secrétaire d’état Mike Pompeo a annoncé le 2 août 2019, après six mois de suspension, le retrait définitif des États-Unis du Traité sur les Forces nucléaires intermédiaires (INF ou FNI), accusant la Russie de l’avoir “délibérément violé, mettant en danger les intérêts suprêmes USA”. À cette nouvelle n’a été donné en Italie que très peu d’écho politique et médiatique (l’Ansa –agence de presse nationale italienne– ne lui a consacré que quelques lignes). Et pourtant nous sommes devant une décision qui a de dramatiques implications pour l’Italie, exposée comme d’autres pays européens à se tenir en premières lignes dans une nouvelle confrontation nucléaire USA-Russie non moins dangereuse que celle de la guerre froide.

Le Traité FNI, signé en 1987 par les présidents Gorbachev et Reagan, élimina tous les missiles nucléaires à courte portée et à portée intermédiaire (entre 500 et 5 500 Km) avec base au sol, avant tout les missiles balistiques Pershing 2, déployés par les États-Unis en Grande-Bretagne, Italie, Allemagne de l’Ouest, Belgique et Pays-Bas, et en même temps les missiles balistiques SS-20 (appellation occidentale) basés par l’Union Soviétique sur son propre territoire.

En 2014 l’administration Obama accusait la Russie, sans apporter aucune preuve, d’avoir expérimenté un missile de croisière (sigle 9M729) de la catégorie interdite par le Traité et, en 2015, annonçait que “face à la violation du Traité FNI par la Russie, les États-Unis sont en train de considérer le déploiement en Europe de missiles avec base au sol”. Le plan a été confirmé par l’administration Trump : en 2018 le Congrès a autorisé le financement d’”un programme de recherche et développement d’un missile de croisière lancé du sol par plate-forme mobile sur route”.

De son côté, Moscou niait que son missile de croisière violât le Traité et, à son tour, accusait Washington d’avoir installé en Pologne et Roumanie des rampes de lancement de missiles intercepteurs (ceux du “bouclier”), qui peuvent être utilisées pour lancer des missiles de croisière à tête nucléaire. Dans ce cadre il convient de garder à l’esprit le facteur géographique : tandis qu’un missile nucléaire USA à portée intermédiaire, basé en Europe, peut frapper Moscou, un missile analogue basé par la Russie sur son propre territoire peut frapper les capitales européennes, mais pas Washington. Si l’on inverse le scénario, c’est comme si la Russie déployait des missiles nucléaires à portée intermédiaire au Mexique.

“Les États-Unis -souligne Mike Pompeo dans sa déclaration- apprécient grandement la constante coopération et détermination des alliés OTAN dans leur réponse à la violation russe du Traité”. Appréciation méritée : les alliés, Italie comprise, ont déclaré la Russie coupable d’avoir violé le Traité en acceptant les yeux fermés l’accusation faite par les USA sans aucune preuve réelle.

L’effacement du Traité FNI, suspendu aussi par la Russie le 3 juillet, s’insère dans une nouvelle course aux armements désormais basée non tant sur la quantité mais sur la qualité des armes nucléaires et de leurs vecteurs, et sur leur localisation. Des sources militaires informent que les États-Unis sont en train de mettre au point de nouveaux missiles nucléaires à portée intermédiaire avec base au sol, aussi bien de croisière que balistiques (ceux-ci capables de frapper leurs objectifs à 6-8 minutes du lancement). La Russie a prévenu que, s’ils sont basés en Europe, elle pointera ses missiles nucléaires sur les territoires où les missiles USA seront installés.

L’enterrement du Traité FNI a un objectif stratégique ultérieur. C’est ce qu’a révélé Pompeo lui-même, en accusant la Chine de déployer (sur son propre territoire) des missiles nucléaires à portée intermédiaire avec base au sol avec lesquels “elle menace les États-Unis et leurs alliés en Asie”. Le secrétaire d’état Pompeo prévient ensuite : “Il n’y a pas de raison que les États-Unis continuent à concéder cet avantage militaire crucial à des puissances comme la Chine”. Les USA donc se préparent à déployer de nouveaux missiles nucléaires à portée intermédiaire non seulement contre la Russie mais aussi contre la Chine. Toutes les deux en mesure de répondre en déployant de nouvelles armes nucléaires.

Significative la position de la Commission Européenne, qui a déclaré hier : “Nous encourageons à préserver les résultats du Traité FNI, nous devons être attentifs à ne pas prendre la voie d’une nouvelle course aux armements qui réduirait les résultats significatifs atteints après la fin de la Guerre froide”. Il faut un sacré toupet pour déclarer cela, après que cette même Union européenne a contribué à l’enterrement du Traité FNI : à l’Assemblée Générale de l’ONU (21 décembre 2018), l’Union européenne compacte a rejeté la résolution par laquelle la Russie proposait de préserver le Traité en établissant des mécanismes de vérification et des négociations. L’Union européenne a donné ainsi de fait le feu vert à l’installation de nouveaux missiles nucléaires USA en Europe, Italie comprise.

 

Article original en italien :

Affossato il Trattato Inf, in arrivo nuovi euromissili 

Édition de samedi 3 août 2019 de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange  Patrizio

La source originale de cet article est ilmanifesto.it

Copyright © Manlio Dinucciilmanifesto.it, 2019