Réflexions sur quelques particularités de la neutralité suisse

 Ivo Rens

Professeur honoraire

Faculté de droit, Université de Genève

Source : Horizons et débats

Zurich, 2 mars 2021

La neutralité de la Suisse ne se résout nullement à sa non-participation aux deux conflits mondiaux du XXe siècle. Elle est bien antérieure à cette période puisqu’elle s’affirme au XVIIe siècle et qu’elle a été reconnue par les Traités de Westphalie.

Cette neutralité a certes été violée par la France révolutionnaire puis napoléonienne, ce qui signale sa fragilité, mais elle a été réaffirmée et imposée par le Traité de Vienne en 1815. Peut-être est-il bon de préciser que la neutralité suisse a toujours été une neutralité armée, même si cette précision n’a plus l’importance qui fut la sienne jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale.

Dans une première période qui va de 1815 à 1918, cette neutralité a été essentiellement passive. La Suisse s’abstenait de prendre part aux affaires internationales mais, bien sûr, s’efforçait de maintenir des relations de bon voisinage avec ses voisins immédiats, voire avec les autres Etats.

“Dans [cette phase] qui va de 1872 (date du célèbre arbitrage de l’Alabama prononcé à Genève entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni) au début de la Première Guerre mondiale, l’arbitrage international connut un âge d’or qu’illustrent également les conférences de la paix tenues à La Haye en 1899 et 1907 (conventions de La Haye). Grâce à l’expérience qu’elle avait acquise sous l’ancienne Confédération, la Suisse fut alors chargée presque sans interruption de mandats d’arbitrage.” (1)

Parallèlement à cette évolution, deux premières organisations intergouvernementales à vocation universelle sont créées en Suisse au XIXe siècle, l’Union internationale du télégraphe s’installe à Genève en 1865 et l’Union générale des postes, actuellement Union postale universelle, à Berne en 1874. Mais, plus significative sans doute, le Comité international de la Croix-Rouge (inversion délibérée du drapeau suisse) est créé à Genève en 1863, à l’initiative du Genevois Henri Dunant, auteur du livre Un souvenir de Solferino, paru en 1862, consacré au désastre humanitaire de la bataille éponyme qui eut lieu en 1959. Lorsque la Confédération suisse accepta, le 26 janvier 1871 d’accorder le refuge aux 87’ooo hommes épuisés et démunis de l’armée du général Bourbaki, après la défaite française dans le conflit avec la Prusse, elle paraît avoir donné de sa neutralité une interprétation humanitaire conforme à celle qui avait présidé à la naissance à la Croix rouge et qui allait s’affirmer dans des périodes plus récentes de la neutralité suisse.

Dans une seconde période qui va de 1914 à 1945, la neutralité de la Suisse est profondément marquée par les aspirations qui donnèrent lieu au Traité de Versailles en 1919 et à la Société des Nations (SdN) à laquelle la Suisse adhéra d’emblée. D’ailleurs l’article 435 du Traité de Versailles, en 1919, reconnaissait la neutralité de la Suisse “pour le maintien de la paix”. Ce n’est pas par hasard que Genève fut choisie comme siège de la SdN, de l’OIT, de l’OMS et de plusieurs autres organisations internationales, telle la doyenne des organisations politiques internationales, l’Union interparlementaire, créée en 1889, qui s’y établit en 1921 (2). A la demande des parties en cause, la Suisse, des Suisses ou la Croix rouge internationale intervinrent dans de nombreux différends internationaux. Au surplus, c’est dans deux villes suisses, Lausanne en 1923 et Montreux en 1936 que furent réglés entre Grecs et Turcs les différends relatifs notamment à la navigation dans les Dardanelles et le Bosphore.

Dans une troisième période qui s’ouvre au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, bien que la Suisse n’adhérât à l’ONU qu’en 2002, le siège européen de l’ONU fut fixé à Genève, dans le palais qui avait été construit pour la SDN et donc dans la ville où se trouvait le siège de plusieurs organisations du système des nations Unies et de plusieurs autres.

Le Conseil fédéral, donc le Gouvernement suisse, s’efforça de donner un cours nettement plus proactif à la neutralité suisse, non point en suscitant des médiations ou des arbitrages dans les différends internationaux, mais en offrant ses bons offices, en facilitant la prise de contact entre parties en conflits, voire en s’improvisant “facilitateur” de pareils contacts. C’est ce qui explique qu’une ville suisse, Genève, fut choisi comme siège de plusieurs conférences internationales importantes.

Citons-en deux : C’est à Genève qu’eut lieu en 1954, en pleine guerre froide, la Conférence dite asiatique avec, pour la première fois, la participation de la République populaire de Chine avec laquelle la Suisse avait noué des relations diplomatiques depuis 1950. Cette Conférence donna lieu aux Accords de Genève où fut scellé le sort de la Corée et celui du Viêtnam, mettant fin à des années de guerre dans ces deux contrées. C’est à Genève aussi que se tint en 1955 la Conférence dite de l’atome pour la paix qui offrit un exutoire pacifique à une activité jusqu’alors purement militaire, mais hélas sans mesurer les risques catastrophiques et les conséquences écologiques délétères de l’industrie électronucléaire. C’est également sur territoire suisse qu’eurent lieu en 1961 et 1962 les rencontres entre les insurgés algériens et les dirigeants français qui scellèrent leur Accord de l’autre côté du Léman à Evian en 1962. (3)

“ Autre domaine taillé sur mesure : la représentation d’intérêts étrangers. La Suisse cherche ici à maintenir dans toute la mesure du possible des contacts entre deux Etats ayant rompu leurs relations diplomatiques. Ses premières expériences en la matière datent de la guerre franco-allemande de 1870-1871; elles devaient s’étoffer au cours de la Première Guerre mondiale et atteindre une ampleur insurpassée durant la Deuxième avec une représentation réciproque de 35 Etats entraînant 200 mandats. Si le nombre de ces derniers fondit rapidement dès la cessation des hostilités, il devait connaître une recrudescence avec la montée de nouvelles tensions internationales (46 mandats de 1946 à 1964). Etaient encore en vigueur en 1998 la représentation des intérêts américains à Cuba (depuis 1961) et sa réciproque (depuis 1991). Le mandat exercé de 1982 (guerre des Malouines) à 1990 pour la Grande-Bretagne (délégation de ses intérêts en Argentine) fut particulièrement important, tout comme celui exercé pour les Etats-Unis en Iran depuis 1980, après la prise en otages des membres de l’ambassade américaine à Téhéran.”(4)

Dans les relations internationales, de par sa neutralité permanente et son engagement permanent au service de la paix, la Suisse occupe dans le monde un rôle à nul autre semblable. Cette singularité tient à l’intransigeance qu’elle a fait montre dans son histoire quant à sa souveraineté. Dans la mesure où la Suisse accepterait de soumettre ses litiges éventuels avec son imposant voisin du moment dans laquelle est enclavée, à la Cour de justice de l’Union européenne, comme cette dernière l’y invite avec insistance, (5) c’en serait fait de sa neutralité comme de sa souveraineté. Car en pareil cas son autonomie vis-à-vis de Bruxelles serait comparable à celle de Hong-Kong vis-à-vis de Pékin.

  • Dictionnaire historique de la Suisse, entrée “Bons offices”, version 01.07.2014.
  • L’Union interparlementaire a œuvré à la création de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye en 1899. Cette Cour coexiste donc, à La Haye, avec la Cour internationale de justice, établie par la Charte des Nations Unies en 1945 pour remplacer la Cour permanente de justice internationale de la SdN qui ségeait aussi à La Haye.
  • Guy Mettan, Genève, Ville de paix. De la conférence de 1954 sur l’Indochne à la coopération internationale, Editions Slatkine, Genève 2004.
  • Dictionnaire historique de la Suisse, op. cit.
  • Cf en particulier l’article 10 du Projet d’accord-cadre UE-Confédération suisse ainsi que l’article 9 du Protocole III sur le Tribunal arbitral qui font de la Cour de justice de l’Union européenne l’arbitre ultime de tout différend. https://suisse-en-europe.ch/wp-content/uploads/2019/02/Acccord-inst-Projet-de-texte_fr.pdf

Pompeo Escapes Without a Scratch

Caitlin Johnstone

January 19, 2021

Source : https://consortiumnews.com/2021/01/19/pompeo-escapes-without-a-scratch/

Original source : https://caitlinjohnstone.com/

My eclectic news feed looks odd as the hours count down to the end of the Trump administration. Westerners are largely celebrating the exit of President Donald Trump himself, whereas among those I follow who are in areas targeted by U.S. imperialism, the man they’re happiest to see go is Secretary of State Mike Pompeo.

It looks very bizarre, as this part of our weird collective adventure comes to an end, how Pompeo’s tenure, first as CIA director and then secretary of state, was almost entirely unmarred by criticism from the political/media class. This is after all a man whose word and deed have been easily more depraved than Trump’s during this profoundly corrupt administration, yet both rank-and-file Democrats and rank-and-file Republicans have been kept only dimly aware of his existence amidst the nonstop scandalous shrieking about the president and his other goons.

This is the man who has spearheaded all of this administration’s most depraved initiatives, like its latest Yemen sanctions which the UN World Food Programme executive director says is “literally is going to be a death sentence to hundreds of thousands, if not millions of innocent people”, its Venezuela regime change ops which have starved untold tens of thousands of civilians to death, its murderous brinkmanship with Iran, and its world-threatening cold war escalations against Russia and China.

The man who openly boasted about lying, cheating and stealing in the CIA. The man who privately said the U.S. would intervene to prevent Jeremy Corbyn from becoming prime Minister in the UK. The man who admitted the U.S. is slamming Iranians with starvation sanctions to force them to rise up against their government. 

The man who designated WikiLeaks a “non-state hostile intelligence service” as Julian Assange’s imprisonment was being orchestrated.

This person is disgusting. You could hardly find a worse specimen of human life than Mike Pompeo. Yet amid all the mainstream news media’s relentless histrionics about the Trump administration, criticism of Trump’s own secretary of state has remained a rare sight there, and shrill vitriol like that to which we’ve become accustomed against the rest of Trump’s inner circle has never existed.

After all this time and after all his depraved actions, he is walking away with nary a scratch of media criticism on him.

Normal Depravity

This is because Mike Pompeo’s depravity is the “normal” kind. The kind we’re all meant to be used to. The psychotic, mass murdering American exceptionalist imperialism that the billionaire news media exists to protect and facilitate.

You don’t bite the hand that feeds you, and you don’t attack the man who serves the same empire as you. Gotta maintain that access journalism. This could be your next president, after all.

Pompeo’s exit provides a very short respite between the time he leaves for whatever lucrative neocon think tank gigs he winds up with and the time he re-emerges from the sea like Cthulhu to once again try to devour the world.

He will be replaced as secretary of state in that interim by Tony Blinken, who is another psychopath because that is a job requirement.

The U.S. Department of Defense used to be called the Department of War, which would be a much more honest label today for a military which virtually never operates in any way that could be described as defensive. An even more suitable name would be the Department of Eternal War.

The State Department was meant to be the counterpart to the War Department, focusing on diplomacy and peace. What ended up happening as the U.S. government morphed into a globe-spanning empire dependent on endless violence and aggression is that the State Department wound up focusing more and more on manufacturing interventionist narratives on the world stage to gin up international support for starvation sanctions, proxy wars and war coalitions.

So in practice the U.S. ended up with two war departments: the DoD and the State Department. Which is why you’ve seen the nation’s secretaries of state becoming more and more jingoistic and psychopathic, to the point where some sort of antisocial personality disorder is really a job requirement for the position. Hence Psycho Mike.

I wish humanity a pleasant sigh of relief on Pompeo’s exit. Please enjoy it as much as possible until the Biden administration does whatever horrifying things it’s going to do, and until the eldritch monster re-emerges from the sea.

Caitlin Johnstone is a rogue journalist, poet, and utopia prepper who publishes regularly at Medium.   Her work is entirely reader-supported, so if you enjoyed this piece please consider sharing it around, liking her on Facebook, following her antics on Twitter, checking out her podcast on either YoutubesoundcloudApple podcasts or Spotify, following her on Steemit, throwing some money into her tip jar on Patreon or Paypal, purchasing some of her sweet merchandise, buying her books Rogue Nation: Psychonautical Adventures With Caitlin Johnstone and Woke: A Field Guide for Utopia Preppers.

Au Yémen, nous sommes les terroristes

par Caitlin Johnstone
17 décembre 2020
Source : Investig’Action
Source originaire : Le blog de Caitlin Johnstone
Traduit de l’anglais par JL pour Investig’Action

La guerre du Yémen est sans doute la pire chose qui se passe actuellement dans le monde. Et la situation ne devrait pas s’améliorer alors que les États-Unis veulent inscrire les rebelles Houtis sur leur liste des organisations terroristes. La guerre a pourtant déjà fait des centaines de milliers de morts. Pouvons-nous y faire quelque chose ou sommes-nous condamnés à la complicité, en regardant ailleurs pendant que des enfants meurent de faim et du choléra? (IGA)

L’administration Trump serait sur le point de placer les rebelles Houthis du Yémen sur sa liste officielle des organisations terroristes dans le but de les priver d’argent et de ressources. Le chef du Programme alimentaire mondial des Nations Unies, ainsi que de nombreux autres experts, prévient que cette désignation prolongera l’horrible guerre qui a coûté la vie à plus d’un quart de millions de personnes et créera une barrière impénétrable de paperasserie empêchant l’aide humanitaire de parvenir au peuple yéménite.

Les Nations Unies estiment prudemment qu’environ 233 000 Yéménites ont été tués, surtout par des « causes indirectes », dans la guerre entre les Houthis et la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, soutenue par les États-Unis. Ces causes indirectes seraient la maladie et la famine résultant de ce que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, appelle «la pire famine que le monde ait connue depuis des décennies».

Lorsque les gens entendent le mot «famine», ils pensent généralement à la faim de masse causée par des sécheresses ou d’autres phénomènes naturels. Mais en réalité, les décès par la famine que nous voyons au Yémen (dont un énorme pourcentage sont des enfants de moins de cinq ans) sont causés par quelque chose qui n’est pas plus naturel que les morts de famine que vous verriez dans un siège médiéval. Ils sont le résultat de l’application d’un blocus par la coalition saoudienne et de ses bombardements ciblés sur des fermes, des bateaux de pêche, des marchés, des sites de stockage de nourriture et des centres de traitement du choléra. L’objectif est de rendre les régions contrôlées par les Houthis du Yémen si faibles et misérables qu’elles se brisent.

En d’autres termes, les États-Unis et leurs alliés ont aidé l’Arabie saoudite à tuer délibérément des enfants et d’autres civils à grande échelle afin d’atteindre un objectif politique. Ce qui serait bien entendu un exemple parfait de toute définition standard du terrorisme.

Nous sommes les terroristes. L’Arabie saoudite, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada, la France et tous les autres pays qui ont facilité les horribles atrocités de masse au Yémen – cette alliance étroite de puissances mondiales constitue une organisation terroriste comme le monde n’en a jamais vu auparavant. Et l’empire US, terriblement sauvage et sanguinaire, désigne à présent les Houthis comme une organisation terroriste. C’est la blague la moins drôle qui ait jamais été racontée.

Nous sommes les terroristes. Je dis «nous» au lieu de nos gouvernements, parce que si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous, en tant que population civile, sommes complices de ce massacre. Les horreurs au Yémen sont sans aucun doute la pire chose qui se passe dans le monde en ce moment, mais elles constituent à peine une tâche sur notre conscience sociale. L’écrasante majorité d’entre nous a vu les photos et les vidéos d’enfants yéménites affamés, a pensé à quelque chose du genre «Oh une famine, c’est si triste» puis est retournée à ses réflexions sur le sport ou toute autre absurdité insipide qui occupent la plus grande partie de notre attention.

Nous sommes les terroristes. Oui, il est vrai que nous avons été conditionnés dans notre complicité avec ce terrorisme. Et si les médias faisaient leur prétendu travail, le Yémen serait au centre de notre attention. Mais nous sommes toujours complices, nous y participons toujours, vivant dans une société où le massacre et la brutalité n’amènent pas à se lever ni à utiliser la force du nombre pour exiger un changement. Ce n’est pas parce que vous l’ignorez que vous ne dormez pas sur un lit d’enfants massacrés.

Nous sommes les terroristes. Mais nous n’avons pas à l’être.

Nous pouvons commencer à nous réveiller ensemble. Réveiller nos amis et voisins, répandre la conscience de ce qui se passe, sensibiliser aux horreurs que nos gouvernements sont en train de commettre au Yémen et dans d’autres pays au nom de la domination impérialiste, s’entraider pour voir à travers les voiles de la propagande à quel point des vies et des ressources sont sacrifiées pour infliger une terreur indicible au lieu de profiter à l’humanité.

Le gouvernement étasunien pourrait presqu’immédiatement mettre fin aux horreurs du Yémen s’il le voulait vraiment. Si le maintien de l’hégémonie unipolaire reposait soudainement sur la victoire des Houtis plutôt que sur la poursuit de combats visant à préserver un régime aligné sur Washington, les Saoudiens se retireraient et la guerre serait terminée en quelques jours. Nous pourrions y arriver si nous parvenions à sensibiliser suffisamment sur la réalité de ce qui se passe au Yémen.

Brisez le silence sur le Yémen. Faites pression sur Biden pour qu’il tienne sa promesse électorale de mettre fin à la guerre initiée sous l’administration Obama-Biden. Opposez-vous à l’impérialisme US. Dénoncez les médias de masse qui refusent de nous donner une image claire de ce qui se passe dans le monde. Aidez les gens à réaliser que leur perception de la réalité est continuellement déformée par les puissants.

Nous mettrons fin à notre complicité dans le terrorisme de l’Empire en réveillant les citoyens de cet empire et en leur ouvrant les yeux sur les actes de terreur qu’il commet.

Les articles de Caitlin sont entièrement pris en charge par les lecteurs, donc si vous avez apprécié cette pièce, pensez à la partager, à l’aimer sur Facebook, à suivre ses singeries sur Twitter, à consulter son podcast, à jeter de l’argent dans son chapeau sur Patreon ou Paypal, ou à acheter son livre Woke: A Field Guide for Utopia Preppers. https://caitlinjohnstone.com

Paix sur Terre …

Réflexions sur la nature de la neutralité Suisse

par Werner Wüthrich

Horizons et débats

No 28/29, 22 décembre 2020

Zeit-Fragen, Zurich

https://www.zeit-fragen.ch/fr/archives/2020/n-2829-22-decembre-2020/paix-sur-terre.html

L’ONU à Genève. (Photo UN Photo/Jean-Marc Ferré)

Le 30 octobre 2020, les conseillers fédéraux Simonetta Sommaruga et Ignazio Cassis ont présenté la candidature de la Suisse à un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Ce dernier a besoin de membres qui savent «construire des ponts», a déclaré Mme Simonetta Sommaruga. En même temps, l’ancienne conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey vient de publier un livre intitulé «Neutralité. Entre mythe et modèle» (ISBN 978-3-03810-493-3). C’est un livre ambitieux dont la lecture est à conseiller mais cependant, cet ouvrage n’est pas libre de contradictions. L’auteure y donne un aperçu approfondi de la neutralité tout en préparant le terrain pour l’obtention par la Suisse d’un siège au Conseil de sécurité. J’avance par contre quelques réflexions allant dans le sens qu’il existe bien davantage de façons d’œuvrer en faveur de la paix qu’au travers de l’obtention d’un siège au Conseil de sécurité.

La neutralité est profondément ancrée dans la société suisse. Chaque année, l’ETH Zurich mène des enquêtes démontrant que bien plus de 90 % de la population soutient et adhère à la neutralité, la démocratie directe, le fédéralisme et la neutralité sont au cœur de la compréhension que la Suisse a d’elle-même en tant qu’Etat. 

Il importe de distinguer le droit de la neutralité de la politique de neutralité. Le droitde la neutralité est basé sur un nombre restreint d’accords, comme l’accord de La Haye de 1907, et s’applique principalement en cas de guerre (l’accord de la Haye défend à tout pays neutre d’accorder des droits de passage ou de survol aux parties en conflit puisqu’il ne peut, lui-même, prendre parti aux guerres. Le commerce, toutefois, est autorisé avec toutes les parties). En ce qui concerne la politiquede neutralité, en revanche, elle détermine la politique au sens général. Au cours de l’histoire, la politique suisse de neutralité a pris des formes et des visages très différents. Après la Première Guerre mondiale, la Suisse a participé à la Société des Nations et a soutenu les sanctions économiques contre les pays qui ne respectaient pas le droit international, ce qui conduisit à des situations difficiles – notamment dans les relations avec l’Italie lorsque celle-ci attaqua l’Abyssinie. Après la Seconde Guerre mondiale, le Conseil fédéral s’est engagé en faveur de la «neutralité intégrale». La Suisse s’est efforcée de ne pas prendre parti dans les conflits, que ce soit sur le plan politique ou économique, position qui explique pourquoi elle n’a adhéré à l’ONU qu’en 2002. La Suisse s’est mise un «corset serré», écrit Mme Calmy-Rey, ayant limité sa capacité d’action. 

Est-ce vraiment le cas? L’ONU avait établi son deuxième siège le plus important à Genève, en Suisse, un pays non membre. Cela a créé une multitude de possibilités. Avant de rejoindre l’ONU, la Suisse avait déjà participé activement à toutes les sous-organisations de l’ONU contribuant à leur financement de manière considérablement au-dessus de la moyenne. Ce type de neutralité s’est avéré être un avantage dans de nombreux cas et a été apprécié. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est également basé en Suisse. Ses activités s’inscrivent dans une démarche de neutralité. Toutefois, cette attitude a également suscité des critiques – par exemple lorsqu’elle n’a pas soutenu les sanctions contre l’Afrique du Sud en raison de l’apartheid. 

«Une politique de 
neutralité active et pragmatique»

Dans les années 90 – parallèlement au désir d’adhérer à l’UE – l’attitude du Conseil fédéral a changé. Mme Calmy-Rey parle de neutralité active et pragmatique. La Suisse a été et, encore aujourd’hui, est souvent impliquée dans des sanctions internationales et se montre favorable aux mesures coercitives décidées par les Etats occidentaux – par exemple, récemment contre la Russie. Mme Calmy-Rey mentionne le Kosovo à plusieurs reprises. En tant que ministre des affaires étrangères, elle a contribué à ce que la Suisse soit l’un des premiers pays à reconnaître le Kosovo, qui s’est séparé de la Serbie après la guerre de bombardement de l’OTAN contre la Yougoslavie (bien que d’importantes conditions préalables à la formation d’un Etat furent et demeurent toujours absentes). La situation reste instable et le Kosovo est loin d’être un pays prospère. Près de 20 ans après la guerre, des soldats de différents pays, dont la Suisse, sont toujours sur place pour empêcher un nouvel éclatement du conflit. La situationexceptionnelle des droits de l’homme aurait justifié la reconnaissance rapide du pays, écrit Mme Calmy-Rey. 

Quant à l’OTAN, elle avait justifié sa guerre contre la Serbie en invoquant des violations des droits de l’homme et un «génocide». L’organisation en question a construit sa propagande de guerre principalement sur ces arguments. Les guerres en Irak, en Syrie et en Libye ont également été justifiées par des violations des droits de l’homme. Cela a conduit à des situations équivoques. Sur le fond de tels événements, une partie à un conflit (en Syrie, par exemple) peut facilement être tentée de simuler des violations des droits de l’homme, par exemple en forme d’utilisation de gaz toxiques et de rejeter la faute sur l’ennemi (opérations sous fausse bannière) dans le but d’attirer les bombardiers américains ou de l’OTAN à l’aide. 

Les reproches de violations des droits de l’homme comme motif de guerre sont problématiques. En général, les guerres entraînent des violations des droits de l’homme bien plus importantes qu’elles ne le prétendent. La cause profonde des violations des droits de l’homme réside généralement dans le fait que les solutions politiques font défaut et ne sont souvent même pas recherchées. C’est précisément là que la politique de neutralité de la Suisse pourrait entrer en jeu et que la Suisse pourrait construire des ponts. A mon avis toutefois, il existe de bien meilleures façons de contribuer à la paix tout en restant en dehors du Conseil de sécurité des Nations unies. Les bons offices de la Suisse, par exemple, ont rendu possible la paix d’Evian en 1962. Il est surprenant que Mme Calmy-Rey cite de nombreux exemples de l’histoire remontant au XIXe siècle tandis que le pont construit par la Suisse entre la France et l’Algérie en 1962, pont solide rendant finalement possible la paix d’Evian, reste absent dans le livre de Mme Calmy-Rey. Cette paix a mis fin à l’une des pires guerres de l’Après-guerre, comparable d’une certaine manière à la guerre du Viêt Nam. Cet acte remarquable de hauts fonctionnaires duDépartement politique (aujourd’hui DFAE) est si important que l’épisode riche d’enseignement doit s’intégrer à ces réflexions.

Mettre fin à la guerre d’Algérie – un défi majeur pour les Bons offices de la Suisse

L’Algérie était la plus grande et la plus ancienne colonie de France, officiellement considérée comme faisant partie de la France. Plus d’un million de colons français s’y étaient installés. En 1954, la guerre d’indépendance a commencé. Le FLN (Front de Libération Nationale) algérien était soutenu par la Tunisie et le Maroc, tous deux déjà indépendants. La France avait en permanence environ un demi-million de soldats en Algérie en service de guerre. En 1962, environ 1,7 million de militaires y combattaient – des militaires professionnels et la légion étrangère, ainsi que de nombreux conscrits. Cette grande guerre a été controversée, surtout en France. 

En décembre 1958, le général Charles de Gaulle est élu pour la deuxième fois Président du Conseil sous la IVe République et Président de la Ve République en 1959 parce qu’il veut mettre fin à la guerre et donner l’indépendance à l’Algérie. Le 8 janvier 1961, M. de Gaulle avait organisé un référendum et obtenu 75 % des votes en faveur de sa politique. Cependant, le référendum n’avait pas atteint son objectif et le processus de paix avait massivement été perturbé. Quelques jours plus tard effectivement, le 20 janvier, l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS) est fondée à Madrid, à laquelle appartiennent de nombreux colons français et avec laquelle les officiers supérieurs de l’armée sympathisent également. L’OAS a mené des attaques en tant qu’organisation clandestine pour perturber le processus de paix. Le 21 avril 1961, l’OAS a tenté un coup d’Etat à Alger impliquant quatre généraux de l’armée française qui s’opposaient à l’indépendance algérienne et à la politique de paix de Charles de Gaulle. Le coup d’Etat a échoué, mais la situation resta très dangereuse. De véritables négociations de paix n’étaient guère possibles. De Gaulle et le FLN se sont tous deux tournés vers la Suisse pour obtenir de l’aide dans le cadre de ses bons offices. La première étape a consisté à organiser des entretiens directs en face à face.

Ces discussions ont eu lieu – compte tenu de la situation dangereuse – dans le plus grand secret. Aujourd’hui, les rapports les concernant peuvent être consultés avec tous leurs détails sur dodis.ch (http://www.dodis.ch/9709 et 10392; 10413 et 10389; 10307 et 398). Le rapport de 50 pages du ministre Olivier Long est particulièrement remarquable: deux hauts fonctionnaires du Département politique de la Confédération, Olivier Long et Gianrico Bucher, avaient préparé et organisé les réunions dans la plus grande discrétion. Pour l’instant, les adversaires devaient se rencontrer dans un cadre non officiel et privé à Lucerne. De Gaulle avait nommé Georges Pompidou (futur président de la République), un proche confident, pour diriger les négociations. M. Pompidou travaillait à l’époque dans le secteur privé.Les entretiens ont eu lieu à l’hôtel Schweizerhof. Algériens et Français se sont rencontrés après le petit déjeuner, ont passé toute la journée ensemble et ont discuté jusqu’au plus profond de la nuit. M. Long et M. Bucher se sont assis dans la salle voisine et se sont assuré qu’il n’y avait aucune fuite manifeste qui pourrait amener l’OAS à utiliser la force pour perturber les négociations de paix en cours. M. Long et M. Bucher ont cependant jugé la situation si dangereuse qu’ils ont déplacé les pourparlers à Neuchâtel au bout de quelques jours. C’est évident: les bons offices consistent souvent à faciliter les discussions en un lieu neutre. 

Accord de paix 
à Evian – l’objectif a été atteint

Après la deuxième série de pourparlers, on mit en place des négociations de paix officielles: celles-ci devaient avoir lieu à Evian – sur la rive française du Léman. La première phase des négociations officielles – qui était encore secrète – portait sur un cessez-le-feu. Les négociations de paix officielles ne devaient commencer qu’après le silence des armes en Algérie. Ce n’est qu’à ce moment-là que les médias ont été impliqués – un vaste programme. 

Pour des raisons compréhensibles, la délégation de négociation algérienne n’a pas voulu rester sur le sol français. Elle était cantonnée en Suisse dans la région de Lausanne et transportée chaque jour à travers le lac par des hélicoptères militaires ou, par mauvais temps, par des vedettes rapides. Mais même sur la rive suisse du lac, les Algériens ne se sentaient pas en sécurité. L’armée a déployé un bataillon de soldats pour les protéger. En outre, les Algériens changeaient chaque jour de lieu de résidence, également pour être protégés des médias. Les coûts de cette opération de grande envergure ont été entièrement pris en charge par la Confédération suisse. 

La conférence d’Evian a été un succès et s’est terminée par l’accord de paix d’Evian. L’Algérie a été libérée et a accédé à l’indépendance. M. Bucher et M. Long ont rédigé un rapport à l’attention du Département politique (qui peut être consulté aujourd’hui sur dodis.ch). Rétrospectivement, il est apparu que le travail préliminaire extrêmement prudent et hautement professionnel des deux diplomates du Département politique avait été judicieux. Car seulement quelques semaines après l’accord de paix, des balles ont transpercé la DS 19 Citroën de Charles de Gaulle, le ratant de peu. Les bons offices de la Suisse ont contribué à mettre fin à l’une des guerres les plus brutales des temps modernes et ont conduit à une véritable paix. Cela n’aurait pas été possible sans le maintien d’une stricte neutralité. 

La Paix d’Evian soutient 
la Suisse dans sa politique européenne

Les bons offices et l’accord d’Evian ont renforcé la position de la Suisse au sein de la communauté internationale, qui a dû s’étonner qu’une telle chose fût possible. A l’époque, la Suisse avait reçu une invitation de l’Elysée. C’est le conseiller fédéral Friedrich Wahlen, le chef du Département politique, qui a rendu visite à de Gaulle et ce dernier l’a chaleureusement remercié pour les bons offices de la Suisse (compte rendu de la conversation dans: dodis.ch 30270). 

M. Wahlen en profite pour parler à M. de Gaulle des problèmes pesant sur les relations avec la CEE. La Suisse avait reçu la visite du sous-secrétaire d’Etat américain George Ball. Ball a fait un compte-rendu de la rencontre entre le président américain M. Kennedy et le Premier ministre britannique M. McMillan.  Ball avait confronté les conseillers fédéraux M. Wahlen et M. Schaffner au «souhait»des Etats-Unis de dissoudre à nouveau l’AELE. Un mémo, également disponible aujourd’hui sur dodis, rapporte la visite de Ball (dodis.ch 15113). Les membres de l’OTAN de l’AELE nouvellement fondée – en particulier la Grande-Bretagne – devaient rejoindre la Communauté économique européenne (CEE). Les pays neutres comme la Suisse devaient conclure un traité d’association avec la CEE. L’idée de base de ce traité aurait été d’intégrer le pays politiquement, de manière similaire à l’accord-cadre prévu aujourd’hui. Le conseiller fédéral M. Wahlen a fait part à de Gaulle des préoccupations de la Suisse: «Une autre raison qui nous empêche d’adhérer à la Communauté européenne […] sont les problèmes constitutionnels. Nous ne pouvons pas, dans notre démocratie référendaire, céder à une autre Communauté des compétences réservées au peuple, qui est le souverain au plein sens du terme.» M. de Gaulle a répondu: «La France comprend votre désir d’une forme d’entente avec la Communauté européenne qui ne sera pas facile à trouver. Mais soyez assuré qu’aucune difficulté ne vous sera imposée par la France.» 

Perspectives

La politique de neutralité a donc joué un rôle central dans la politique européenne de la Suisse. La performance des deux secrétaires d’Etat M. Bucher et M. Long, qui ont très professionnellement tout organisé, sans que leurs noms n’apparaissent dans les médias, a été excellente. Ils auraient mérité en fait le prix Nobel de la paix bien plus que des lauréats plus récents. Nous vivons aujourd’hui une époque troublée où la paix dans le monde s’éloigne de plus en plus. Les véritables traités de paix sont devenus rares. La contribution du Conseil fédéral et des deux diplomates aurait sa place dans n’importe quel manuel d’instruction civique. Leur type de politique de neutralité était une réelle contribution à la paix mondiale.•

Pourquoi la guerre au Yémen est aussi la nôtre

C’est un cri d’alarme que lance l’ancienne ministre Jeannette Bougrab.(*) Le Yémen est le théâtre d’un carnage. Mais l’Occident a tort de fermer les yeux.

par Laurance N’Kaoua

Source : Les Echos, 27 novembre 2020

https://www.lesechos.fr/idees-debats/livres/pourquoi-la-guerre-au-yemen-est-aussi-la-notre-1268856

Elle n’a rien perdu de son ardeur. Cette fois encore, Jeannette Bougrab se dresse, d’un trait de plume, contre l’obscurantisme, désormais à l’oeuvre dans les désordres du monde. 

Courageuse, d’une écriture acérée et émouvante, l’ancienne secrétaire d’Etat de Nicolas Sarkozy raconte les ravages, au Yémen, d’un conflit oublié. Elle dénonce une bataille par procuration, à coups de frappes aériennes, entre l’Iran et l’Arabie saoudite, dans un pays morcelé, déchiré, tandis que l’Occident détourne le regard, silencieux, parfois complice. Et Jeannette Bougrab de démontrer, implacablement, combien ce désastre humanitaire, pourtant lointain, ébranle, insidieusement, les valeurs de la République. 

A travers les méandres de l’histoire, l’avocate retrace les calculs de Riyad, notre allié, pour ancrer sa puissance sur l’échiquier international. Sous le joug du prince Mohammed ben Salmane, ce royaume, sans racines, abîme jusqu’à le dissoudre le berceau de l’humanité pour asseoir son pouvoir : « Le jeune prince joue à la guerre. Les Yéménites en meurent. » Ce sont 19.278 frappes – un déluge de bombes – de l’Arabie saoudite et de ses alliés qui ont semé la désolation entre 2015 et 2019. La France aurait, pourtant, montre-t-elle, son mot à dire…Extraits

LE SILENCE. « Ainsi va le Yémen occupé, où les cadavres s’empilent sur les ruines, et où les ruines recouvrent les cadavres. De temps à autre, un photographe, un journaliste réussit à briser le mur du silence… Si les millions de Yéménites qui fuient les combats venaient en Europe, sans doute nous intéresserions-nous davantage à ce drame. Mais voilà, les Yéménites meurent chez eux […] Les purges ont lancé l’alerte. La mort du journaliste Jamal Khashoggi sonne l’alarme. Pourtant, un simple examen de l’actualité depuis 2015 aurait suffi à constater l’abîme toujours plus profond, au royaume saoudien, entre les mirages de l’image et la réalité des faits. »

LA LOGIQUE. « La catastrophe qui frappe le Yémen est double, elle est humanitaire et patrimoniale […] On n’abaisse jamais autant un peuple qu’en abolissant son histoire. Trois mille ans d’une civilisation qui nous relie aux origines sont ainsi en train de voler en éclats sous les bombes larguées par les avions saoudiens […] Cette volonté de destruction ne se réduit pas à la démolition physique de sites anciens, elle contribue à progressivement effacer une mémoire collective, ferment d’une identité commune. Là est la vraie cible des Saoudiens […] c’est une constante des islamismes de toute sorte que de vouloir éradiquer l’humanité historique, à commencer par son expression musulmane. Il n’y va, en aucun cas, d’un vandalisme irrationnel mais d’une logique politico-religieuse… »

LES ARMES. « Il n’y a pas lieu de céder à un illusoire angélisme – je n’en ai jamais été partisane, étant convaincue que la tentation de la pureté sert de masque à la sacralisation de la violence […] Mais sur 2017 […] Paris livre à Riyad pour 1,381 milliard d’équipement militaire. En quelques exercices de ce singulier commerce, le royaume wahhabite est devenu le deuxième client de la République française. »

Laurance N’Kaoua

Jeannette Bougrab, Un silence de mort, Editions du Cerf, 238 pages, 20 euros, paru le 7 novembre 2020.

En finir avec la stratégie américaine du Regime Change en Bolivie et ailleurs

par Medea Benjamin et Nicolas J. S. Davies (*)

02.11.2020

Source : https://www.les-crises.fr/

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

[Le « Regime Change » trop souvent traduit par changement de régime est en fait une pratique des États-Unis qui consiste à susciter la révolution et/ou le coup d’Etat visant à mettre en place un gouvernement local favorable à leurs intérêts, NdT]

Medea Benjamin et Nicolas J. S. Davies abordent les utilisations illégales et destructrices de la coercition militaire, diplomatique et financière américaine depuis le 11 septembre.

Moins d’un an après que les États-Unis et l’Organization of American States (OAS, Organisation des États américains, en français OEA), appuyée par les États-Unis, ont soutenu un coup d’État militaire violent visant à renverser le gouvernement de Bolivie, le peuple bolivien a réélu le Mouvement pour le socialisme (MAS) et l’a rétabli au pouvoir.

Dans la longue histoire des « renversements de régime » appuyés par les États-Unis dans les pays du monde entier, rarement un peuple et un pays n’ont rejeté aussi fermement et démocratiquement les efforts des États-Unis pour leur dicter la manière dont ils seront gouvernés. La présidente intérimaire Jeanine Añez a demandé 350 personnes ayant des visas américains pour elle-même et pour d’autres qui pourraient être poursuivis en Bolivie pour leur rôle dans le coup d’État.

Le récit d’une élection truquée en 2019 que les États-Unis et l’OEA ont colporté pour soutenir le coup d’État en Bolivie a été complètement démenti. Le soutien du MAS provient principalement des Boliviens indigènes des campagnes, de sorte qu’il faut plus de temps pour recueillir et compter leurs bulletins de vote que ceux des citadins plus aisés qui soutiennent les opposants néolibéraux de droite du MAS.

Comme les votes proviennent des zones rurales, leur comptage se fait de plus en plus selon le système MAS. En prétendant que ce schéma prévisible et normal dans les résultats des élections boliviennes était la preuve d’une fraude électorale en 2019, l’OEA porte la responsabilité d’avoir déclenché une vague de violence contre les partisans indigènes du MAS qui, en fin de compte, n’a fait que délégitimer l’OEA elle-même.

Tweet d’Evo Morales, ancien président de la Bolivie, appelant à l’unité pour soutenir le président élu Luis Arce, montré en photo, et à la restauration de la démocratie.

Il est instructif de constater que l’échec du coup d’État soutenu par les États-Unis en Bolivie a conduit à un résultat plus démocratique encore que les opérations de changement de régime américaines qui ont réussi à écarter un gouvernement du pouvoir. Les débats internes sur la politique étrangère américaine supposent systématiquement que les États-Unis ont le droit, voire l’obligation, de déployer un arsenal d’armes militaires, économiques et politiques pour forcer un changement politique dans les pays qui résistent à leurs diktats impériaux.

Dans la pratique, cela signifie soit une guerre totale (comme en Irak et en Afghanistan), un coup d’État (comme en Haïti en 2004, au Honduras en 2009 et en Ukraine en 2014), des guerres secrètes et par procuration (comme en Somalie, en Libye, en Syrie et au Yémen) ou des sanctions économiques punitives (comme contre Cuba, l’Iran et le Venezuela) – qui violent toutes la souveraineté des pays visés et sont donc illégales en vertu du droit international.

Quel que soit l’instrument de changement de régime utilisé par les États-Unis, ces interventions américaines n’ont amélioré la vie des habitants d’aucun de ces pays, ni d’innombrables autres dans le passé. Le brillant ouvrage de William Blum, Killing Hope : U.S. Military and CIA Interventions Since World War II, publié en 1995 [paru en France en 2004: Les Guerres scélérates. Tuer l’espoir: l’armée américaine et le C.I.A. Interventions depuis la Seconde Guerre mondiale, NdT] , répertorie 55 opérations de changement de régime américaines en 50 ans, entre 1945 et 1995. Comme le montrent clairement les comptes-rendus détaillés de Blum, la plupart de ces opérations ont impliqué des initiatives américaines visant à écarter du pouvoir des gouvernements élus par le peuple, comme en Bolivie, et les ont souvent remplacées par des dictatures soutenues par les États-Unis : comme le Shah d’Iran, Mobutu au Congo, Suharto en Indonésie et le général Pinochet au Chili.

Même lorsque le gouvernement visé est un gouvernement violent et répressif, l’intervention américaine conduit généralement à une violence encore plus grande. Dix-neuf ans après la chute du gouvernement taliban en Afghanistan, les États-Unis ont largué 80 000 bombes et missiles sur les combattants et les civils afghans, mené des dizaines de milliers de raids nocturnes « tuer ou capturer », et la guerre a tué des centaines de milliers d’Afghans.

En décembre 2019, le Washington Post a publié une foule de documents du Pentagone révélant qu’aucune de ces violences ne repose sur une véritable stratégie visant à apporter la paix ou la stabilité en Afghanistan – il s’agit simplement d’une sorte d’ « embrouillamini » sauvage, comme l’a dit le général américain McChrystal. Aujourd’hui, le gouvernement afghan soutenu par les États-Unis est enfin en pourparlers de paix avec les talibans sur un projet de partage du pouvoir politique pour mettre fin à cette guerre « sans fin », car seule une solution politique peut offrir à l’Afghanistan et à son peuple un avenir viable et pacifique que des décennies de guerre leur ont refusés.

En Libye, cela fait neuf ans que les États-Unis, leurs alliés de l’OTAN et les monarchies arabes ont lancé une guerre par procuration soutenue par une invasion secrète et une campagne de bombardement de l’OTAN qui a conduit à l’horrible sodomie et à l’assassinat du leader libyen anticolonialiste de longue date, Mouammar Kadhafi. Cela a plongé la Libye dans le chaos et la guerre civile entre les différentes forces par procuration que les États-Unis et leurs alliés ont armées, entraînées et avec lesquelles ils ont travaillé pour renverser Kadhafi.

Une enquête parlementaire au Royaume-Uni a révélé qu’ « une intervention limitée pour protéger les civils a dérivé vers une politique opportuniste de changement de régime par des moyens militaires, qui a conduit à l’effondrement politique et économique, à des guerres inter-milices et intertribales, à des crises humanitaires et de migration, à des violations généralisées des droits de l’homme, à la propagation des armes du régime Kadhafi dans la région et à la croissance de l’État islamique en Afrique du Nord. »

Les différentes factions belligérantes libyennes sont maintenant engagées dans des pourparlers de paix visant à un cessez-le-feu permanent et, selon l’envoyé de l’ONU, à « tenir des élections nationales dans les plus brefs délais possibles pour restaurer la souveraineté de la Libye », la souveraineté même que l’intervention de l’OTAN a détruite.

Le conseiller en politique étrangère du sénateur Bernie Sanders, Matthew Duss, a demandé à la prochaine administration américaine de procéder à un examen complet de la « guerre contre le terrorisme » de l’après-11 septembre, afin que nous puissions enfin tourner la page de ce chapitre sanglant de notre histoire.

Duss veut une commission indépendante pour juger ces deux décennies de guerre sur la base des « normes du droit international humanitaire que les États-Unis ont contribué à établir après la Seconde Guerre mondiale », qui sont énoncées dans la Charte des Nations Unies et les Conventions de Genève. Il espère que cette révision « stimulera un débat public vigoureux sur les conditions et les règles juridiques au sein desquelles les États-Unis utilisent la violence militaire. »

Une telle révision est attendue depuis longtemps et nécessaire, mais elle doit faire face à la réalité qui est que, dès le début, la « guerre contre le terrorisme » a été conçue pour couvrir une escalade massive des opérations américaines de « changement de régime » contre de nombreux pays, dont la plupart étaient gouvernés par des régimes laïques qui n’avaient rien à voir avec la montée d’Al-Qaïda ou les crimes du 11 septembre.

Des notes prises par le haut responsable politique Stephen Cambone lors d’une réunion au Pentagone, toujours endommagé et fumant, dans l’après-midi du 11 septembre 2001, résument les ordres du secrétaire à la Défense Rumsfeld d’obtenir « rapidement les meilleures informations. Jugez s’il est possible de frapper S.H. [Saddam Hussein] en même temps – et pas seulement UBL [Oussama Ben Laden]. Balayez tout. Que les choses soient liées ou pas. »

Au prix d’une violence militaire terrible et de pertes massives en vies humaines, le règne mondial de la terreur qui en a résulté a installé des pseudo-gouvernements dans des pays du monde entier qui se sont avérés plus corrompus, moins légitimes et moins capables de protéger leur territoire et leur population que les gouvernements que les actions américaines ont supprimés.

Au lieu de consolider et d’étendre la puissance impériale américaine comme prévu, ces utilisations illégales et destructrices de la contrainte militaire, diplomatique et financière ont eu l’effet inverse, laissant les États-Unis toujours plus isolés et impuissants dans un monde multipolaire en évolution.

Aujourd’hui, les États-Unis, la Chine et l’Union européenne sont à peu près égaux en termes de taille de leurs économies et de commerce international, mais même leur activité combinée représente moins de la moitié de l’activité économique mondiale et du commerce extérieur. Aucune puissance impériale ne domine économiquement le monde d’aujourd’hui comme les dirigeants américains trop confiants l’espéraient à la fin de la guerre froide, ni n’est divisée par une lutte binaire entre des empires rivaux comme pendant la guerre froide. C’est le monde multipolaire dans lequel nous vivons déjà, et non celui qui pourrait émerger à un moment donné dans l’avenir.

Ce monde multipolaire a progressé, forgeant de nouveaux accords sur nos problèmes communs les plus critiques, des armes nucléaires et conventionnelles à la crise climatique en passant par les droits des femmes et des enfants. Les violations systématiques du droit international et le rejet des traités multilatéraux par les États-Unis en ont fait une exception et un problème, et certainement pas un leader, comme le prétendent les politiciens américains.

Joe Biden parle de restaurer le leadership international américain s’il est élu, mais cela sera plus facile à dire qu’à faire. L’empire américain s’est hissé au rang de leader international en mettant sa puissance économique et militaire au service d’un ordre international fondé sur des règles dans la première moitié du XXe siècle, qui a culminé avec les règles de droit international de l’après-guerre. Mais les États-Unis se sont progressivement détériorés au cours de la guerre froide et du triomphalisme de l’après-guerre froide pour devenir un empire fragile et décadent qui menace maintenant le monde avec des doctrines comme « je suis puissant donc je fais le bien », ou « à prendre ou à laisser »

Lorsque Barack Obama a été élu président en 2008, une grande partie du monde considérait encore l’ancien président George W. Bush, le vice-président Dick Cheney et la « guerre contre le terrorisme » comme exceptionnels, plutôt que comme une nouvelle norme de la politique américaine. Obama a reçu le prix Nobel de la paix sur la base de quelques discours et des espoirs désespérés du monde pour un « président de la paix ». Mais huit années d’Obama, de Biden, de Mardis de la terreur et de listes de victimes [Allusion aux assassinats par drone de la victime et de ses proches, NdT], suivies de quatre années de président Donald Trump, de vice-président Mike Pence, d’enfants en cage et de la nouvelle guerre froide avec la Chine ont confirmé les pires craintes du monde, à savoir que le côté sombre de l’impérialisme américain vu sous Bush et Cheney n’était pas une aberration.

Au milieu des changements de régime bâclés et des guerres perdues par l’Amérique, la preuve la plus concrète de son attachement apparemment inébranlable pour l’agression et le militarisme est que le complexe militaro-industriel américain dépasse encore les dix plus grandes puissances militaires du monde réunies, ce qui est totalement hors de proportion avec les besoins de défense légitimes de l’Amérique.

Concrètement si nous voulons la paix nous devons donc : cesser de bombarder et de sanctionner nos voisins et d’essayer de renverser leurs gouvernements ; retirer la plupart des troupes américaines et fermer les bases militaires dans le monde entier ; et réduire nos forces armées et notre budget militaire à ce dont nous avons vraiment besoin pour défendre notre pays, et non pour mener des guerres d’agression illégales à l’autre bout du monde.

Dans l’intérêt des gens du monde entier qui organisent des mouvements de masse pour renverser des régimes répressifs et qui luttent pour construire de nouveaux modèles de gouvernement qui ne soient pas des répliques des régimes néolibéraux en faillite, nous devons empêcher notre gouvernement – quel que soit le responsable de la Maison Blanche – d’imposer sa volonté.

Le triomphe de la Bolivie sur le changement de régime soutenu par les États-Unis est une affirmation du pouvoir populaire émergeant de notre nouveau monde multipolaire, et la lutte pour faire avancer les États-Unis vers un avenir post-impérial est également dans l’intérêt du peuple américain. Comme l’a dit un jour le défunt leader du Venezuela Hugo Chavez à une délégation américaine en visite, « Si nous travaillons ensemble avec les peuples opprimés au sein des États-Unis pour surmonter l’empire, nous ne nous libérerons pas seulement nous-mêmes, mais aussi le peuple de Martin Luther King. »

(*) Medea Benjamin est cofondatrice de CODEPINK : Women for Peace et auteur de nombreux livres dont Kingdom of the Unjust : Behind the US-Saudi Connection et Inside Iran : the Real History and Politics of the Islamic Republic of Iran.

Nicolas J. S. Davies est journaliste indépendant, chercheur au CODEPINK et auteur de Blood On Our Hands : the American Invasion and Destruction of Iraq.

Reposez en paix, Monsieur le Ministre, et veillez sur la Syrie….

Publié par: Michel Raimbaud

écrivain, ancien ambassadeur de France

le 16 novembre, 2020

dans: ActualitéActualité_Moyen_Orient

Source : https://www.afrique-asie.fr/reposez-en-paix-monsieur-le-ministre-et-veillez-sur-la-syrie/

Le Dr Walid al Moallem (*) n’est plus. C’est une immense perte pour la Syrie, confrontée depuis dix ans à une agression dont on ne voit pas la fin.

Walid Al Moallem, un diplomate et un homme politique hors pair. La force tranquille et la sérénité qui émanaient en toute circonstance de sa personne et de son comportement donnait l’impression qu’il ne serait jamais pris au dépourvu face à toute l’adversité du monde, et Dieu sait à quel point la Syrie avait besoin d’un homme intelligent, expert et loyal comme Walid Al Moallem.

Rarement on aura vu un ministre des affaires étrangères mériter à tel point son nom. D’un calme olympien, toujours maître de lui-même, ayant le sens de la répartie brève mais incisive, il était par excellence le professeur, le maître, celui qui enseigne. Courtois et ferme, c’était également un diplomate né, et bien né.
La force tranquille et la sérénité qui émanaient en toute circonstance de sa personne et de son comportement donnait l’impression qu’il ne serait jamais pris au dépourvu face à toute l’adversité du monde, et Dieu sait à quel point la Syrie avait besoin d’un homme intelligent, expert et loyal comme Walid Al Moallem.
Il a certes eu la chance, au milieu de tout le malheur ambiant, d’avoir à défendre, non pas une cause pourrie comme tant et tant de ses homologues ou collègues, mais une cause juste entre toutes : défendre son pays victime d’une agression criminelle organisée par une bonne moitié de la « communauté internationale », et confronté à la sauvagerie, au cynisme des pays occidentaux, de leurs clients et affinitaires, sans oublier certains « pays frères ». Du jamais vu.

Il y aurait beaucoup à dire et à retenir de la longue carrière de cet homme fidèle, ce qui n’est pas si courant par les temps qui courent. Parmi les fioretti qu’il a laissés en héritage, on pourra se rappeler, à titre d’exemple, un épisode légendaire. Nous sommes en Suisse à Montreux, en janvier 2014, lors d’une conférence sur le conflit syrien, et le Secrétaire d’État d’Obama, John Kerry, vient de déclarer sur un ton péremptoire que « Bashar Al Assad ne prendra pas part au gouvernement de transition en Syrie. C’est inimaginable ». On voit encore le placide ministre Al Moallem pointant du doigt son collègue américain, le doigt levé comme un maître d’école fustigeant un cancre : « Monsieur Kerry, personne au monde n’a le droit de conférer ou de retirer la légitimité à un président, à une constitution ou à une loi, sauf les Syriens eux-mêmes. ». Et le dit Monsieur Kerry de se frotter le nez pour masquer son embarras….
Le courageux ministre n’aura pas eu la joie de voir de son vivant le retour de la paix. Serait venu, paraît-il, le temps « des guerres sans fin, silencieuses et/ou invisibles » sur lesquelles les experts occidentaux sont capables de disserter jusqu’à plus soif, ne voyant pas péché dans les crimes qu’ils cautionnent. Mais là où il est, le regretté disparu, n’en doutons pas, veille sur le pays qu’il a si bien servi, comme il veille sur une diplomatie résistante, loyale et sereine, malgré les pressions, les intimidations, voire les tentatives de débauchage, une diplomatie de qualité et de grande classe, formée à la meilleure des écoles, celle de Walid al Moallem.
Qu’il repose en paix et que la Syrie trouve enfin le repos dans la paix.

(*) Vice-Premier ministre de 2012 à 2020 et ministre des Affaires étrangères de la Syrie de 2006 à 2020. IR

Comprendre l’issue de la guerre pour le Haut-Karabagh

par The Saker – Le 11 novembre 2020 – Source The Saker Blog

https://lesakerfrancophone.fr/comprendre-lissue-de-la-guerre-pour-le-haut-karabagh

Beaucoup de choses se sont passées, et très rapidement, ces deux derniers jours et je commencerai cette analyse par quelques points résumant les événements – sans ordre particulier, y compris chronologique :

  • La guerre qui vient de se terminer a été un véritable bain de sang et elle a fait plus de victimes – en comptant les deux camps – que ce que l’Union soviétique a perdu en dix ans de guerre en Afghanistan.
  • Cette guerre est maintenant terminée, les soldats de la paix russes ont déjà été déployés le long de la ligne de contact. Jusqu’à présent, aucune des deux parties n’a osé reprendre les hostilités – voir ci-dessous.
  • Il y a eu deux jours de célébrations à Bakou où le président Aliev a déclaré que la guerre était un triomphe pour les forces azéries et que les pro-Pashinian n’avaient rien obtenu. Il a raison.
  • Les Azéris déclarent maintenant qu’ils veulent des compensations de la part de l’Arménie.
  • Il y a maintenant des forces turques en Azerbaïdjan et les forces russes et turques ont créé un comité conjoint pour coordonner leurs actions.
    Erdogan a insisté sur le fait qu’il voulait que la Turquie envoie des soldats de la paix, mais Poutine a catégoriquement rejeté cette demande : comme tout autre État, l’Azerbaïdjan a le droit incontesté d’inviter des forces étrangères sur son territoire, mais ces forces n’auront pas le statut et les droits d’une force de maintien de la paix.
  • De violentes émeutes ont éclaté à Erevan où des foules violentes ont pris d’assaut les bâtiments du gouvernement, frappé des fonctionnaires et saccagé le Parlement.
  • Dix-sept partis d’opposition arméniens ont déclaré qu’ils voulaient un comité de salut national et la démission de Pashinian.
  • Personne ne sait où se cache Pashinian, mais il semble toujours être quelque part en Arménie.
  • Ces émeutiers ont également détruit les bureaux de Soros à Erevan et ils recherchent maintenant « Pashinian le traître » pour le lyncher.
  • Pashinian s’est plaint sur Twitter que ses bureaux ont été mis à sac, qu’un ordinateur, son permis de conduire et, je ne plaisante pas, un flacon de parfum – le pauvre bébé parfumé ! – ont été volés.
  • La force de maintien de la paix russe sera constituée de sous-unités de la 15e Brigade indépendante de fusiliers motorisés qui fait elle-même partie de la 2e Armée d’armes combinées de la Garde du District militaire central. Elle comprendra environ 2 000 soldats armés, des véhicules blindés de transport de troupes et des véhicules blindés légers, des véhicules spécialisés (EW, C3I, etc.), des drones et des systèmes de défense aérienne.
  • Les soldats de la paix russes resteront déployés dans cette zone pendant au moins cinq ans.
  • La Russie contrôlera désormais à la fois le couloir du Haut-Karabakh (NK) et le couloir du Nakhitchevan.

Examinons maintenant la position des parties à la fin de cette guerre et comparons-les.

Arménie : il ne fait aucun doute que l’Arménie est le grand perdant de cette guerre. Pashinian et sa bande de pro-Soros russophobes ont été une véritable calamité pour le peuple arménien. Depuis son arrivée au pouvoir, ses actions anti-russes ont consisté à éliminer presque totalement toute participation arménienne à l’OTSC, il a complètement cessé toute collaboration avec la Russie, y compris dans les domaines du renseignement et de la sécurité, il a purgé les forces militaires et de sécurité arméniennes de tous les éléments supposés « pro-russes », il a interdit les écoles de langue russe. En revanche, l’Arménie possède une ambassade américaine absolument énorme avec environ 2 000 personnes – autant que la totalité de la force de maintien de la paix russe – et lorsque les Azéris ont attaqué, Pashinian a refusé de demander de l’aide à Russie pendant un mois entier. A la place, il a demandé de l’aide à Trump, Merkel et Macron. Il va sans dire qu’ils n’ont pas bougé le petit doigt.

À vrai dire, les Arméniens n’avaient absolument pas d’autre choix que d’accepter les conditions azéries. Les Arméniens ont subi d’énormes pertes tandis que les Azéris ont pris Chouchi, la ville stratégique clé qui contrôle à la fois la capitale du Nagorno-Karabagh (NK), Stepanakert, et le couloir entre le NK et l’Arménie. Si Pashinian n’avait pas signé, les Arméniens, encerclés, auraient été massacrés par les Azéris – dans cette guerre, les deux parties ont déclaré n’avoir presque pas de prisonniers. Pourquoi ? Parce que presque tous ont été exécutés, souvent après des tortures horribles, par les deux parties. Les analystes russes disent également que l’Arménie a été très rapidement à court de fournitures, un fait également mentionné par Pashinian.

Pour dire les choses simplement : le plan d’Aliev a fonctionné, l’arrogance aveugle des dirigeants arméniens, ainsi que leurs politiques suicidaires ont presque coûté à l’Arménie la perte complète du NK et, peut-être même, l’existence de leur propre pays. Une fois tous les meilleurs officiers arméniens éliminés, y compris les héros de la première guerre du Karabakh, que l’Arménie avait gagnée, il ne restait plus que des clowns délirants qui promettaient que l’Arménie, sans aucune aide, y compris celle des Russes, pourrait gagner la guerre et conduire ses forces à Bakou et oui, ils semblaient tout aussi délirants que certains dirigeants ukrainiens.

Turquie : l’autre grand perdant de cette guerre est la Turquie dont les objectifs de rassembler toutes les nations turques sous une seule bannière néo-ottomane se sont, comme on pouvait s’y attendre, effondrés. Encore une fois. Erdogan est un mégalomane et un fauteur de troubles de classe mondiale, et il a impliqué la Turquie dans des guerres, ou quasi guerres, avec la Syrie, Israël, l’Irak, la Grèce, la Libye, l’Iran, la Russie et même, dans une certaine mesure, l’OTAN. Et n’oublions pas les opérations sanglantes contre les Kurdes partout dans le monde. C’est un véritable psychopathe et cela le rend très, très dangereux. La Russie est intervenue militairement en Syrie, en Libye et maintenant en Azerbaïdjan pour refuser à la Turquie son statut d’empire en puissance et à chaque fois nous avons vu que la Turquie, en tant que pays, n’a tout simplement pas les ressources pour essayer de construire un empire, d’autant plus qu’Erdogan ne comprend tout simplement pas qu’ouvrir simultanément des conflits sur plusieurs fronts est une recette pour le désastre.

Il est également très probable que ce sont les Turcs qui ont abattu le Mi-24 russe en plein dans l’espace aérien arménien : leur but était de forcer la Russie à cesser de chercher une solution négociée et d’imposer la poursuite des hostilités. Dieu merci, les superbes compétences stratégiques d’Aliev lui ont permis de faire quelque chose de très intelligent : il s’est excusé pour ce qu’il a appelé une erreur tragique et a offert toutes sortes de compensations et d’excuses. La décision d’Aliev de s’excuser est probablement venue après que lui et Poutine – qui sont des amis proches – ont eu ce que les diplomates appellent un « franc dialogue« .

Les Turcs font tout un plat du fait que les Azéris ont invité les forces turques en Azerbaïdjan. Mais soyons honnêtes : les Azéris et les Turcs ont toujours été proches et aucune issue n’aurait pu empêcher les Azéris d’inviter légalement les forces turques en Azerbaïdjan. La vraie question est de savoir ce que ces forces peuvent faire. Je pense que si nous ne devons jamais écarter le potentiel toxique d’une force turque, cette force ne pourra pas faire grand-chose d’autre que surveiller la situation et se coordonner avec les Russes pour rester à l’écart d’eux. Mais ce que ces forces ne pourront pas faire, c’est attaquer, ou même menacer d’attaquer, les forces arméniennes et/ou russes – voir ci-dessous pourquoi.

La Russie : la Russie est le seul vrai vainqueur de cette guerre. Je sais, il y a un puissant lobby arménien aux États-Unis, en Europe et en Russie, et ils essaient de présenter leur défaite comme une défaite pour la Russie. Franchement, je comprends leur amertume et je les plains, mais ils ont absolument tort. Voici pourquoi :

Premièrement, la Russie s’est maintenant imposée comme la seule puissance dans le Caucase qui peut apporter la paix. Les deux mille membres du personnel américain à Erevan n’ont absolument rien fait pendant des années pour vraiment aider l’Arménie, tout ce qu’ils ont fait c’est lui imposer des politiques russophobes suicidaires, c’est à peu près tout. Le même nombre de soldats russes a littéralement apporté la paix du jour au lendemain. Je dois ici expliquer un peu les unités qui ont été envoyées en Azerbaïdjan : la 15e Brigade indépendante de fusiliers motorisés (15IMRB).

La 15IMRB n’est pas une force de maintien de la paix au sens occidental du terme. Il s’agit d’une force de combat d’élite spécialisée dans les missions de maintien et de rétablissement de la paix – « coercition pour la paix » dans la terminologie russe. Son personnel est composé à 100% de professionnels, dont la plupart ont une grande expérience du combat : ils ont participé à l’opération de coercition pour la paix en Géorgie en août 2008 et en Syrie. Ce sont des forces de haut niveau, bien entraînées et superbement équipées qui, en plus de leurs propres capacités, peuvent compter sur le soutien des forces russes en Arménie et sur le soutien de toute l’armée russe. Ceux qui disent que cette force est une force symbolique légèrement armée ne comprennent tout simplement pas ces questions.

L’ensemble du théâtre d’opérations de cette guerre se trouve dans la zone (virtuelle) à moins de 1 000 kilomètres de la frontière russe que l’armée russe veut être capable de dominer en cas d’escalade si une guerre éclate. Je répète que l’armée russe n’est pas organisée comme l’armée américaine : la doctrine militaire russe est purement défensive, ce n’est pas de la propagande, et elle s’appuie pour cette défense sur sa capacité à déployer très rapidement des forces mécanisées à haut niveau de préparation partout en Russie, à moins de 1 000 km de la frontière russe, et sur sa capacité à détruire toute force entrant dans cette zone. La Russie s’appuie également sur des systèmes d’armes avancés capables de libérer une grande puissance de feu pour défendre les forces déployées. En d’autres termes, bien que la 15IMRB ne soit qu’une force expéditionnaire de la taille d’une brigade, elle est entraînée à se replier et à tenir une position jusqu’à ce que les renforts en personnel et/ou en puissance de feu soient envoyées de Russie. Vous pouvez considérer cela comme quelque chose de similaire à la force opérationnelle russe en Syrie, mais beaucoup plus proche de la Russie et, par conséquent, beaucoup plus facile à soutenir en cas de besoin.

Pour en revenir au Mi-24 russe abattu, cette action ne passera pas inaperçue ni ne sera oubliée, vous pouvez en être sûr. Le fait que Poutine et l’armée russe n’agissent pas comme le feraient les États-Unis en déclenchant immédiatement des représailles ne signifie pas que les Russes s’en moquent, qu’ils ont oublié ou qu’ils ont peur. Il existe un proverbe juif qui dit qu’« une bonne vie est la meilleure des vengeances ». Je paraphrase cela en disant que la devise de Poutine pourrait être « un résultat avantageux est la meilleure des représailles » : c’est ce que nous avons vu en Syrie et c’est ce qui se passera en Azerbaïdjan.

Un autre point positif pour la Russie est qu’elle peut maintenant déclarer, en toute honnêteté, que les révolutions de couleur entraînent inévitablement des pertes territoriales, voir l’Ukraine, la Géorgie et maintenant l’Arménie, et le chaos politique partout.

Ensuite, veuillez regarder la carte suivante, en russe, mais cela ne pose pas de problème :


Regardez les deux lignes bleues épaisses : elles montrent les couloirs entre l’Azerbaïdjan, la province azérie du Nakhitchevan et le couloir entre l’Arménie et le Haut-Karabakh. Ces deux couloirs sont absolument vitaux pour ces deux pays et ils seront désormais sous le contrôle des gardes-frontières du FSB, les gardes-frontières russes sont des unités légères, mobiles et d’élite comparables en termes d’entraînement et de capacités à leurs collègues des forces aéroportées. Encore une fois, ne supposez pas qu’ils ressemblent aux agents des douanes ou des frontières des États-Unis ou de l’Union européenne. Ce sont des unités d’élite très robustes, entraînées à combattre une force bien supérieure jusqu’à l’arrivée des renforts.

En termes stratégiques, cela signifie que la Russie a désormais une main de fer sur ce qui est une artère stratégique vitale pour l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Aucune des parties n’est prête à faire de grands commentaires à ce sujet, pas besoin d’humilier qui que ce soit, mais les personnes averties se rendent compte de la fantastique capacité de pression que Poutine vient d’ajouter à la Russie dans le Caucase. Vous pouvez considérer ces deux couloirs comme une ligne de vie pour les deux États tant que vous réalisez également que ces couloirs sont aussi des poignards stratégiques dans les mains des Russes pointant vers les organes vitaux des deux États.

L’habituelle chorale qui déteste Poutine et qui a chanté le slogan « Poutine a perdu le contrôle de son environnement proche » devrait maintenant avoir honte de son manque d’intelligence, et être atterrée par ce que « Poutine » a fait à ses espoirs, mais ce genre de pensée magique ne changera pas la réalité sur le terrain : loin de perdre quoi que ce soit, Poutine a assuré une immense victoire stratégique de la Russie au prix de deux soldats morts, un blessé et un hélicoptère perdu.

Dorénavant, la Russie disposera de forces militaires permanentes en Arménie et en Azerbaïdjan. La Géorgie a été effectivement neutralisée. Le Caucase russe est pour l’essentiel pacifique et prospère, la mer Noire et la mer Caspienne sont de facto des « lacs russes » et le « ventre » russe est maintenant beaucoup plus protégé qu’il ne l’a jamais été.

Voyons quand une puissance occidentale parviendra à un résultat similaire

Conclusion

Cette guerre n’a été que gelée et, comme en Syrie, il y aura des provocations, des attaques sous fausse bannière, des revers et des innocents assassinés. Mais, comme en Syrie, Poutine préférera toujours une stratégie tranquille avec des pertes minimales à une stratégie de menaces, de démagogie et de représailles instantanées. Il y a aussi ce que j’appelle les « règles de Poutine sur l’usage de la force » : ne jamais utiliser la force là où on l’attend, toujours l’utiliser quand on s’y attend le moins et toujours d’une manière que vos ennemis ne prévoient pas. Mais ne voyons pas tout cela seulement sous un jour favorable, il y aura certainement des revers, Erdogan est en colère et il veut toujours jouer un rôle. Poutine, d’une manière typiquement russe, lui laissera exactement ce « rôle », mais celui-ci sera minime et principalement destiné à la consommation interne des relations publiques turques. Erdogan, loin d’être un nouveau Mehmed le conquérant et « Le Grand Aigle », passera à la postérité comme Erdogan le perdant et le « Poulet Vaincu ». La mégalomanie est peut-être une condition préalable à la construction d’un empire, mais cela ne suffit manifestement pas.

Quelle est la prochaine étape ?

Pashinian sera renversé, c’est certain. Ce qui importe le plus pour l’Arménie, c’est de savoir qui le remplacera. Hélas, il existe des nationalistes anti-pashinian qui sont tout aussi russophobes que la bande à Pashinian. De plus, compte tenu des hystériques qui font parler d’eux en Arménie, il est possible qu’un nouveau gouvernement rompe le cessez-le-feu et exige un « combat jusqu’au bout ». Cela pourrait être un problème majeur, y compris pour les forces russes en Arménie et les soldats de la paix, mais il est également probable que, d’ici là, le peuple arménien aura compris réellement qu’on lui a menti et qu’il a subi une défaite écrasante, ces appels seront finalement noyés par des voix plus saines, y compris celles des dirigeants d’avant 2018 actuellement emprisonnés.

Il y a aussi une énorme immigration arménienne en Russie qui écoutera tous les rapports et analyses produits en Russie et sera pleinement consciente de la réalité sur place. Ces immigrants représentent une ressource énorme pour l’Arménie car ce sont eux qui vont pousser à une collaboration forte avec la Russie dont, franchement, l’Arménie a maintenant besoin plus que tout autre chose. En ce moment, à en juger par ce que disent les analystes russes pro-Arméniens, les Arméniens et leurs partisans sont absolument horrifiés par ce résultat et ils pensent que les Turcs ont maintenant pénétré profondément dans la sphère d’influence russe. Des voix sensées leur répondent que cette soi-disant « pénétration » dans la sphère d’influence russe est surtout de la relation publique et qu’il est de loin préférable que certaines forces turques se déplacent à l’intérieur de la sphère d’influence russe plutôt qu’une force russe soit déployée à l’intérieur de la sphère d’influence turque. En d’autres termes, lorsque ces partisans de l’Arménie disent qu’Erdogan s’est profondément enfoncé dans la sphère d’influence russe, ils admettent évidemment qu’il s’agit d’une sphère d’influence russe et non turque. Ils ne se rendent pas compte de ce qu’ils disent, c’est tout.

Franchement, les diasporas arméniennes en Russie, dans l’UE et aux États-Unis sont superbement organisées, elles ont beaucoup d’argent et elles contrôlent actuellement le récit dans l’UE et aux États-Unis, en Russie, elles ont essayé mais ont échoué misérablement. Ajoutez à cela le fait que c’est Aliev qui a commencé cette guerre et qu’il est profondément lié à la Turquie d’Erdogan et vous verrez pourquoi l’ampleur de la défaite arménienne est systématiquement sous-estimée dans les médias occidentaux. C’est bien, laissez passer quelques mois et la réalité de la situation finira par convaincre ceux qui sont actuellement dans le déni.
En ce moment, c’est exactement le processus qui se déroule – violemment – à Erevan. Mais tôt ou tard, les pillards seront remplacés par une sorte de gouvernement d’union nationale et si ce gouvernement veut mettre fin aux pertes horribles et veut reconstruire ce qui reste, il devra appeler le Kremlin et proposer à la Russie une sorte d’accord. Inutile de dire que l’immense ambassade américaine et la centaine d’« ONG » parrainées par Soros s’y opposeront de toutes leurs forces. Mais avec les États-Unis eux-mêmes qui se battent pour leur survie, l’UE en plein désarroi et les Turcs qui échouent dans tout ce qu’ils entreprennent, ce n’est tout simplement pas une option viable.

Les Russes plaisantent en disant qu’il faut deux Juifs pour tromper un Arménien, ce qui signifie que les Arméniens sont peut-être même plus intelligents que les Juifs – qui, en toute justice, ne sont pas plus intelligents que les autres, [pourquoi le seraient-ils ?, NdSF] c’est surtout de la propagande intéressée et égoïste. J’ai tendance à partager cette admiration du peuple arménien. Il s’agit d’une nation et d’une culture anciennes, vraiment nobles et belles, qui méritent de vivre en paix et en sécurité et qui ont subi de nombreuses horreurs dans leur histoire. Elles méritent bien plus que ce pantin de la CIA/MI6 ! En ce moment, la nation arménienne est définitivement au plus bas dans son histoire, comparable aux années 90 « démocratiques » en Russie ou à l’horreur « libérale » actuelle qui se déroule aux États-Unis. Mais, comme Dostoïevski aimait à le dire, « on ne doit jamais juger une nation par le niveau jusqu’au quel elle peut s’enfoncer mais par le niveau auquel elle peut s’élever ».

La meilleure chose pour l’Arménie, objectivement, serait de faire partie de la Russie, ce qui était le cas dans un passé récent. Mais cela n’arrivera pas : premièrement, le nationalisme arménien est aussi aveugle et obtus que jamais et, de plus, la Russie n’accepterait jamais l’Arménie dans la Fédération de Russie, et pourquoi le ferait-elle ? L’Arménie n’a exactement rien à offrir à la Russie, si ce n’est un territoire difficile à protéger avec des voisins potentiellement dangereux. Non, la Russie n’a jamais perdu l’Arménie – c’est l’Arménie qui a perdu la Russie. Maintenant, le maximum que le Kremlin offrira à l’Arménie est une protection contre tous les voisins et une aide économique.

Pour le reste, voyons si le prochain gouvernement arménien rejoindra l’OTSC non seulement en paroles, comme ce fut le cas ces deux dernières années, mais aussi en actes, avec la reprise des échanges d’informations, la collaboration militaire, les opérations de sécurité conjointes, etc. Ce serait un premier pas important pour ce pays.

The Saker

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

Les tensions américano-russes sont à leur paroxysme sur plusieurs fronts

par M. K. Bhadrakumar*

Source : Horizons et débats,

Zurich, 15 septembre 2020.

M. K. Bhadrakumar (Photo mad)

En pleine escalade des tensions avec la Chine, les Etats-Unis auraient dû contenir leurs relations perturbées avec la Russie. Toutefois, c’est le contraire qui se produit. Pour la première fois depuis les élections présidentielles du 9 août en Biélorussie, Washington s’est ouvertement rangé du côté des protestations de Minsk et a mis la Russie au défi d’intervenir. 

Au même moment, Berlin a annoncé que le leader de l’opposition russe Alexeï Navalny avait été empoisonné par du gaz neurotoxique Novitchok.Il n’est pas anodin de souligner que les Allemands ont rendu publiques ces informations sensibles sans même en informer Moscou au préalable. Compte tenu de l’importance de M. Alexeï Navalny pour la politique russe, les Etats-Unis étaient probablement au courant.

Tout porte à croire qu’au sujet de la Biélorussie et de M. Navalny, Washington et Berlin ont agi en commun. Une sérieuse confrontation se prépare. L’avertissement concernant la Biélorussie est venu par le biais du secrétaire d’Etat adjoint américain Stephen Biegun, qui a envoyé un message fort au Kremlin via Radio Liberty, le canal utilisé jadis, à l’époque de la guerre froide: 

«Les quatre dernières années ont été un sérieux défi pour les relations américano-russes, mais il est possible que les choses empirent encore. Et l’un des éléments qui limiterait la capacité de tout président [quelle que soit l’issue de l’élection présidentielle américaine de novembre] à développer une relation plus coopérative avec la Russie, tous domaines confondus, serait l’intervention directe de la Russie en Biélorussie.»2

En quelques heures, le ministre des affaires étrangères Mike Pompeo, d’un commun accord avec les partenaires transatlantiques de Washington, a appelé à un «arrêt immédiat» des mesures prises par le gouvernement biélorusse pour freiner les protestations et a mis en garde contre d’«importantes sanctions ciblées».3

Le président Vladimir Poutine se voit ainsi directement mis au défi, lui qui avait déclaré la semaine dernière qu’en vertu de l’Accord de 1998 entre la Russie et la Biélorussie et du Traité de sécurité collective, la Russie serait obligée d’intervenir chez son voisin (voir mon article de blogue du 30 août 2020 sur l’anatomie de la tentative de coup d’Etat en Biélorussie).4

Les Etats-Unis ont l’intention de mettre la Russie au banc des accusés en lançant simultanément des offensives diplomatiques sur deux fronts. L’ambassadeur de Russie en Allemagne a été convoqué au ministère des affaires étrangères à Berlin il y a quelques heures [le 2 septembre],5  et les manifestations de Minsk reprennent de plus belle.

Le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a condamné aujourd’hui les «tentatives de plusieurs Etats étrangers» d’alimenter les protestations à Minsk, notant «une augmentation des activités de l’OTAN à proximité des frontières biélorusses».Les services secrets russes et biélorusses sont en contact. 

Le ministre biélorusse des affaires étrangères, Vladimir Makei, s’est aujourd’hui rendu à Moscou pour s’entretenir avec son homologue Lavrov. Les chefs d’état-major général de Russie et de Biélorussie ont discuté aujourd’hui au téléphone «de l’état et des perspectives de la coopération militaire bilatérale ainsi que de l’état d’avancement des préparatifs des manoeuvres communs de la Fraternité slave».7 La visite du président biélorusse Alexandre Loukachenko à Moscou devrait avoir lieu prochainement. 

Alors que l’affaire Navalny sert à alimenter une propagandevisant à salir la réputation de la Russie dans l’opinion publique occidentale, Moscou va se concentrer sur la situation en Biélorussie. Poutine a souligné la semaine dernière que parmi les anciennes républiques soviétiques, la Biélorussie «est peut-être la plus proche, tant d’un point de vue ethnique que de la langue, de la culture, pour des aspects spirituels et d’autres aspects encore. Nous avons des dizaines ou probablement des centaines de milliers, voire des millions de liens familiaux directs avec la Biélorussie et collaborons étroitement sur le plan économique».9

Lavrov n’a pas mâché ses mots lorsqu’il a riposté aujourd’hui: «Moscou donnera une réponse appropriée et déterminée, fondée sur des faits, à ceux qui tentent de faire dérailler la situation en Biélorussie, d’écarter la République de la Russie et de saper les fondements de l’Etat de l’Union».10

Quel est le plan de bataille de Washington? Un gouvernement américain perçu comme intransigeant envers la Russie est un élément porteur dans la campagne électorale du président Donald Trump.En termes de contenu, si l’on considère que les services secrets russes se sont concentrés sur le plan de la CIA de mener une révolution de couleur en Biélorussie, tout porte à penser que Washington a décidé de passer à l’offensive.

Car ces derniers jours, la Russie a été impliquée dans un nombre étourdissant de blocages, tel qu’il y a six jours, lors d’un accrochage entre militaires américains et russes, lorsqu’un véhicule faisant partie d’un convoi russe dans le nord-est de la Syrie a percuté un véhicule blindé américain, blessant quatre soldats américains.11 Cet épisode incita Joe Biden à se moquer de M. Trump: «Avez-vous entendu le président dire un seul mot? A-t-il levé le petit doigt? Jamais auparavant un président américain ne s’est montré aussi soumis face à un chef d’Etat russe.»

Le 31 août, l’armée américaine a annoncé qu’elle effectuerait au cours des 10 jours suivants des exercices de tir de précision à seulement 70 miles [113 km] de la frontière russe. Le 28 août, lors d’une énorme démonstration de force, les Etats-Unis ont survolé 30 Etats de l’OTAN avec six bombardiers nucléaires B-52. Deux d’entre eux ont survolé la mer Noire et ont été interceptés par deux avions de chasse russes qui se sont croisés à moins de 30,5 mètres du nez de l’un des bombardiers, ce qui aurait affecté sa capacité à maintenir sa trajectoire de vol.

Le 27 août, le sous-marin russe lance-missiles Omsk est apparu au large des côtes de l’Alaska et a participé à des exercices à munitions réelles dans la mer de Béring. Le même jour, NORAD, le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord, a envoyé deux F-22 pour intercepter trois groupes d’avions militaires russes de patrouille maritime au large des côtes de l’Alaska.

Face aux signes croissants d’ingérence russe, le plan B pour la Biélorussie prend forme. Autant la Biélorussie que l’infanterie de marine sont des motifs rêvés qui viennent à point nommé pour que Washington mobilise l’Europe et rétablisse son leadership transatlantique, qui avait été rompu récemment lorsque l’UE, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne se sont jointes à la Russie et à la Chine pour bloquer la tentative de l’administration Trump d’imposer des «sanctions rapides» à l’Iran.12

Mais Washington est avant tout frustrée que ses tentatives maladroites de semer la zizanie entre la Russie et la Chine se soient enlisées. La Chine a exprimé son soutien à Loukachenko; le géant sino-russe est donc en train de percer de toutes parts la stratégie de M. Trump consistant à exercer une pression maximale sur l’Iran.

Dans un article intitulé «La Chine et la Russie approfondissent leurs relations en pleine pandémie et conflit avec l’Occident»,13 Radio Libertya récemment énuméré plusieurs nouveaux projets économiques russo-chinois destinés à renforcer les relations entre les deux pays:

–Construction de l’une des plus grandes usines de polymères au monde par la Russie pour 11 milliards de dollars dans la région Amour, près de la frontière chinoise, en collaboration avec le géant chinois Sinopec.

– Lancemement de l’approvisionnement de la Chine en gaz naturel par le gazoduc «Power of Siberia», long de 2900 kilomètres.14

– Des plans pour un second gazoduc, «Power of Siberia2»,15en vue de tripler les fournitures de gaz russe à la Chine.

– D’une nouvelle collaboration scientifique pour tester des vaccins contre le Covid-19.

D’un plan concerté d’«affranchissement du dollar» visant à restreindre son utilisation dans les transactions bilatérales, etc.•

1 https://www.rt.com/russia/499702-Nowichok-nerve-agent-used-to/

2 https://www.rferl.org/a/deputy-state-secretary-vows-continued-u-s-support-for-freedom-in-belarus/30816585.html

 https://www.rferl.org/a/30817270.html

4 https://indianpunchline.com/anatomy-of-coup-attempt-in-belarus/

5 https://tass.com/world/1196619

6 https://tass.com/politics/1196463

7 https://tass.com/defense/1196551

8  https://uk.reuters.com/article/uk-russia-politics-navalny-statements/russia-says-germanys-statements-about-navalny-are-unsubstantiated-ria-idUKKBN25T2ML

9 http://en.kremlin.ru/events/president/news/63966

10 https://tass.com/politics/1196451

11 https://www.voanews.com/archive/russia-blames-us-military-vehicles-collision-syria

12 https://en.isna.ir/news/99061208968/Joint-statement-of-Joint-Commission-of-JCPOA

13 https://www.rferl.org/a/china-russia-deepen-their-ties-amid-pandemic-conflicts-with-west/30814684.html

14«Power of Siberia» est un gazoduc en construction depuis 2014 entre la République russe de Iakoutie/oblast d’Irkoutsk et la côte pacifique. Le 2 décembre 2019, la première section de 2157 km de long, du gisement de Chayandinskoye (Iakoutie) à Blagoveshchensk, est entrée en service, permettant les premiers acheminements de gaz vers la Chine. (Wikipédia) [Note du traducteur]

15En mai de cette année, le géant gazier russe Gazprom a annoncé qu’il débutait une étude de faisabilité pour son projet de gazoduc «Power of Siberia 2», qui doit acheminer jusqu’à 50 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an à travers la Mongolie vers la Chine. (https://pgjonline.com/news/2020/05-may/gazprom-begins-preparation-for-power-of-siberia-2) [Note du traducteur]

Source: https://indianpunchline.com/us-russia-tensions-flare-up-on-multiple-fronts/ du 2.9.2020

(Traduction Horizons et débats)


* M. K. Bhadrakumara servi pendant environ trois décennies comme diplomate de carrière au ministère indien des affaires étrangères. Il a été ambassadeur dans l’ancienne Union soviétique, au Pakistan, en Iran et en Afghanistan, ainsi qu’en Corée du Sud, au Sri Lanka, en Allemagne et en Turquie. Ses textes traitent principalement de la politique étrangère indienne et des événements au Moyen-Orient, en Eurasie, en Asie centrale, en Asie du Sud et en Asie du Pacifique. Son blog s’appelle «Indian Punchline».

Quid de«l’empoisonnement» de Navalny ?

par Moon of Alabama

Source : Le Saker francophone

https://lesakerfrancophone.fr/quen-est-il-de-lempoisonnement-de-navalny

25 août 2020

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

Note liminaire sur cet article

L’opposant russe Navalny dans le coma,

empoisonnement ou enfumage ?

Nous n’avons pas de lumière particulière sur cette affaire qui défraie la chronique dans nos médias depuis plusieurs jours. Mais, dans leur quasi-unanimité, ces médias pointent un doigt accusateur vers le Kremlin soupçonné d’avoir commandité l’empoisonnement de Navalny. Malgré la disparition de l’Union soviétique, voici presque trois décennies, dans nos médias, le Kremlin est toujours présumé coupable de quantité de turpitudes.

C’est pour se démarquer de ce tropisme que nous publions ci-après un article bien documenté qui fait du coma de Navalny une lecture bien différente.

                                                                                IR

L’affaire du prétendu « empoisonnement » d’Alexey Navalny, un histrion russe, devient de plus en plus curieuse.

Navalny est tombé malade, le 20 août dernier, lors d’un vol entre Tomsk, en Sibérie, et Moscou. L’avion a fait un atterrissage d’urgence à Omsk et Navalny a été transféré dans un hôpital. Il est tombé dans le coma. Les médecins ont diagnostiqué une forte baisse de sa glycémie. Navalny est diabétique et ses symptômes, tels que décrits, correspondaient à un choc diabétique. Nous avions donc conclu – un peu prématurément – que Navalny n’avait pas été empoisonné.

Après un jour et demi à l’hôpital d’Omsk, le patient s’est stabilisé. À la demande de sa famille, il a été transporté par avion à Berlin et admis à l’hôpital de la Charité. La Charité est une très grande clinique universitaire, avec 14 000 employés, gérée par l’État, qui est leader dans de nombreux domaines médicaux. Ses laboratoires ont constaté des effets compatibles avec l’ingestion ou le contact d’un inhibiteur de la cholinestérase :

Après son admission, M. Navalny a été soumis à un examen approfondi par une équipe de médecins de la Charité. Les résultats cliniques indiquent un empoisonnement par une substance du groupe des inhibiteurs de la cholinestérase. La substance spécifique impliquée reste inconnue, et une nouvelle série de tests complets a été lancée. L’effet du poison – à savoir l’inhibition de la cholinestérase dans l’organisme – a été confirmé par de multiples tests effectués dans des laboratoires indépendants.

À la suite de ce diagnostic, le patient est maintenant traité avec l’antidote atropine.

La cholinestérase est nécessaire dans le système nerveux humain pour décomposer l’acétylcholine, qui est une substance pour la communication entre les synapses. Les inhibiteurs de la cholinestérase sont utilisés dans le traitement de la maladie d’Alzheimer, de la maladie de Parkinson, des troubles anxieux et d’autres maladies. Les inhibiteurs de la cholinestérase peuvent être trouvés dans certains extraits de plantes ou synthétisés. Il existe deux types d’inhibiteurs de la cholinestérase, les carbamates et les organophosphates. Les deux types sont également largement utilisés comme pesticides. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les organophosphates ont été développés comme armes chimiques  – tabun, sarin, soman – mais n’ont pas été largement utilisés.

Le contenu de la déclaration de la Charité semble impliquer que les résultats de laboratoire indiquent les effets potentiels d’un inhibiteur de la cholinestérase, et non une substance spécifique elle-même. Ceci est conforme à une déclaration de la clinique d’Omsk qui insiste sur le fait qu’aucun inhibiteur de la cholinestérase, c’est-à-dire un « poison », n’a été trouvé :

« Lorsque Alexey Navalny a été admis à la clinique, il a été examiné pour un large éventail de narcotiques, de substances synthétiques, de drogues psychédéliques et de substances médicales, y compris les inhibiteurs de la cholinestérase. Le résultat a été négatif », a déclaré Sabayev, chef de l’unité d’empoisonnement aigu à l’hôpital de soins d’urgence d’Omsk où Navalny a été traité avant d’être transporté par avion en Allemagne.

« En outre, il n’avait pas de tableau clinique, spécifique à l’empoisonnement par des substances du groupe des inhibiteurs de la cholinestérase », a ajouté M. Sabayev, qui est également le meilleur toxicologue de la région d’Omsk et du district fédéral de Sibérie.

Nous pouvons être sûrs qu’un toxicologue qualifié reconnaîtrait une crise cholinergique. Il existe cependant un cas documenté en Inde dans lequel un empoisonnement aux organophosphates a été faussement interprété comme une acidocétose diabétique – merci à Bernd Neuner :

Nous présentons une jeune fille de 15 ans qui a été traitée initialement pour une « acidocétose diabétique » entraînant une aggravation de son état général. Ce problème, associé à des investigations ciblées, nous a finalement conduits à un diagnostic et à la gestion appropriée d’une surdose intentionnelle de pesticide organophosphoré (OP), prenant la forme d’une acidocétose diabétique.

Mais selon le porte-parole du Kremlin, Dimitry Peskov, les médecins russes ont fait le bon diagnostic et appliqué la thérapie appropriée – traduction automatique :

La déclaration des médecins allemands sur le diagnostic du fondateur du FBK, Alexei Navalny, n’est pas nouvelle pour les spécialistes russes, a déclaré aux journalistes Dmitri Peskov, secrétaire de presse du président russe.

« Nous n’avons encore rien appris de nouveau de cette déclaration. Nous avons donc contacté nos médecins et leur avons demandé comment, d’un point de vue professionnel, pouvions nous comprendre ce qui a été écrit. Le fait est que cette baisse de cholinestérase a été établie dès les premières heures par nos médecins de l’hôpital d’Omsk. Et l’atropine, dont les Allemands parlent et qui est maintenant donnée au patient, a commencé à être administrée pendant la première heure du séjour du patient en soins intensifs », a déclaré M. Peskov.

Le porte-parole présidentiel a souligné que le niveau de cholinestérase peut diminuer pour diverses raisons, notamment à cause de la prise de plusieurs médicaments. En même temps, les médecins allemands n’ont pas identifié de substance toxique dans les analyses de Navalny.

« Il est donc très important ici de trouver ce qui a causé la baisse des niveaux de cholinestérase. Et ni nos médecins, ni les Allemands n’ont encore pu en établir la cause. Du moins, c’est ce qui découle de la déclaration de nos collègues médecins allemands. Il n’y a pas de substance, malheureusement, elle ne peut pas être établie, les analyses ne le montrent pas », a expliqué M. Peskov.

Il a souligné que les données analytiques des médecins russes et allemands sont les mêmes, mais que les conclusions sont différentes.

« Nous ne comprenons pas pourquoi nos collègues allemands sont si pressés d’utiliser le mot empoisonnement. Vous savez, cette version était parmi les premières que nos médecins ont examinées, mais je le répète encore une fois : la substance n’a pas encore été établie. Peut-être que les Allemands ont des données », a déclaré M. Peskov, notant que les médecins russes sont prêts à fournir des échantillons des premiers tests.

Si Navalny a été empoisonné – ce qui n’est pas établi – la question suivante est de savoir comment Navalny est entré en contact avec un inhibiteur de la cholinestérase. Le contact a-t-il été causé par lui-même ou par quelqu’un d’autre ? Était-ce intentionnel ou non ?

Les porte-parole de Navalny ont insisté sur le fait que la seule substance que Navalny a ingérée ce matin-là était un thé provenant d’un bar de l’aéroport. Une vidéo de la télévision en circuit fermé de l’aéroport montre que le thé a été apporté du bar par une personne qui s’est ensuite assise avec Navalny. Ils ont vraisemblablement voyagé ensemble. Comment le barman de l’aéroport, s’il a soi-disant empoisonné Navalny, aurait-il pu savoir pour qui était le thé ?

Alors que les médias « occidentaux » poursuivent leur absurde « Poutine a empoisonné Navalny », il est important d’insister sur le fait que d’autres personnes ont plus de raisons de nuire à Navalny que le Kremlin :

Au cours des dernières années, Navalny s’est fait des ennemis en révélant des affaires de corruption. Sa dernière affaire concernait le gouverneur local de Tomsk. C’est aussi la raison pour laquelle il s’y était rendu en avion. Si Navalny est victime d’un crime, les suspects devraient être recherchés là-bas.