L’addiction américaine au commerce des armes

par William Hartung

Source : https://www.les-crises.fr/l-addiction-americaine-au-commerce-des-armes-par-william-hartung/

Source originaire : Consortium News, William Hartung, 20-11-2019

 

William Hartung passe en revue 50 ans d’histoire de la domination américaine sur le commerce des armes au Moyen-Orient.

 

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Visite du président Donald Trump au roi Salman bin Abdulaziz Al Saud d’Arabie saoudite, en mai 2017, à Riyad, en Arabie saoudite. (Maison Blanche/Shealah Craighead)

Ce n’est un secret pour personne, Donald Trump est l’un des représentants de commerce les plus agressifs de l’histoire concernant le marché des armes. Comment le savons-nous ? Parce qu’il nous le dit dès qu’il en a l’occasion. Tout a commencé avec son « contrat de 110 milliards de dollars d’armes » avec l’Arabie saoudite, bien surévalué, annoncé lors de son premier voyage présidentiel à l’étranger. Cela s’est poursuivi par une séance de photos à la Maison-Blanche avec le prince héritier Mohammed ben Salmane, où on le voit brandir une carte [des USA] avec un récapitulatif état par état des emplois américains censés être liés aux ventes d’armes au royaume. Et on n’en a jamais vu la fin. Au cours de ces années au pouvoir, en fait, le président a été un ardent défenseur de ses bons amis de chez Boeing, Lockheed Martin, Raytheon et General Dynamics – les principaux bénéficiaires privés des ventes d’armes américaines aux saoudiens – à la différence des milliers de soldats américains que le président a récemment envoyés dans les déserts de ce pays pour y défendre les installations pétrolières).

Toutes les ventes d’armes américaines au Moyen-Orient ont eu des conséquences graves et durables dans la région, à commencer par la violente guerre menée par les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite au Yémen, qui a tué des milliers de civils au cours de frappes aériennes au moyen d’armes américaines et conduit des millions de Yéménites au bord de la famine. Et n’oublions pas la récente invasion turque de la Syrie, où tant les forces turques que les milices Kurdes qu’elles ont attaquées dépendaient largement des fournitures d’armes depuis les États-Unis.

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11 octobre 2019 La ville syrienne de Ras al-Ayn après les frappes aériennes turques. (A. Lourie, Wikimedia Commons)

Trump a été très clair : il se soucie beaucoup plus de conclure des contrats d’armement que de savoir qui les utilise et contre qui. Il est important de noter cependant que, historiquement parlant, il n’a jamais été obsédé par la promotion de ces exportations d’armes (bien qu’il soit fort en gueule sur le sujet)

Malgré ses relations prétendument tendues avec le régime saoudien, l’administration Obama, par exemple, a quand même réussi à faire des offres d’armes américaines aux souverains de ce royaume pour un montant record de 136 milliards de dollars entre 2009 et 2017. Toutes ces offres n’ont pas débouchées sur des ventes, cependant le nombre de celles-ci est impressionnant. Parmi les équipements vendus on comptait des avions de combat Boeing F-15 et des hélicoptères d’attaque Apache, des chars General Dynamics M-1, des bombes intelligentes Raytheon, des bombes Lockheed Martin, des navires de combat et des systèmes de défense antimissile. Beaucoup de ces armes ont depuis été utilisées dans la guerre au Yémen.

Il faut mettre au crédit de l’administration Obama un débat interne sur l’opportunité de poursuivre un tel commerce. En décembre 2016, à la fin de son second mandat, le président a finalement suspendu la vente de bombes intelligentes à l’armée de l’Air royale saoudienne en raison du nombre croissant de victimes civiles yéménites lors de frappes aériennes avec des munitions américaines. Mais la décision a été bien tardive, dans la mesure où c’est en mars 2015 que le régime saoudien est intervenu pour la première fois au Yémen et que le massacre des civils a commencé peu après.

Bien entendu, la domination de Washington sur le commerce des armes au Moyen-Orient était alors considérée comme acquise, malgré d’importants contrats occasionnel de la Grande-Bretagne ou la France. Les contrats dits « Al Yamamah » – la vente par le Royaume-Uni d’avions de chasse et autres équipements aux Saoudiens – ont fait grand bruit et restent à ce jour la plus importante opération du genre de l’histoire du Royaume-Uni. Selon l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm, de 2014 à 2018, les États-Unis ont à eux seuls effectué plus de 54 % des livraisons connues d’armes au Moyen-Orient. La Russie est loin derrière avec 9,5 % du total, suivie de la France (8,6 %), de l’Angleterre (7,2 %) et de l’Allemagne (4,6 %). La Chine, souvent citée comme fournisseur de remplacement possible, dans le cas où les États-Unis décideraient de cesser d’armer des régimes répressifs comme l’Arabie saoudite, figure à moins de 1 %.

Les raisons invoquées par le gouvernement américain pour déverser des armes dans cette région de plus en plus meurtrie par la guerre sont les suivantes : établir des partenariats avec des pays susceptibles, en cas de crise, d’aligner des combattants aux côtés des forces américaines ; fournir des armes en échange de bases militaires au Koweït, aux Émirats arabes unis, au Qatar et dans d’autres États du golfe Persique ; instaurer la « stabilité » en développant les forces alliées pour en faire des armées plus performantes que celles d’ennemis potentiels, comme l’Iran ; et enfin générer des revenus pour les entreprises américaines d’armement ainsi que des emplois pour des travailleurs américains. Bien sûr, de telles ventes ont effectivement profité à ces entrepreneurs et assuré l’accès à des bases dans la région, mais lorsqu’il s’agit de promouvoir la stabilité et la sécurité, l’histoire démontre que ça a été une toute autre affaire.

DESERT SHIELD

Militaires près d’un hélicoptère Sikorsky S-70 de l’armée de Terre saoudienne pendant l’opération Bouclier du désert. (USAF/H.H. Deffner, Wikimedia Commons) [L’opération Bouclier du désert est une opération des États-Unis épaulés ensuite de leurs alliés, déclenchée le 6 août 1990 après l’invasion du Koweït par l’Irak le 2 août pour protéger l’Arabie saoudite d’une éventuelle attaque irakienne lors de la guerre du Golfe NdT]

La doctrine Nixon

C’est dans les propos tenus par Richard Nixon il y a un demi-siècle sur l’île de Guam qu’on trouve les racines du rôle de Washington en tant que premier fournisseur d’armes du Moyen-Orient. C’était à l’époque de la guerre du Vietnam et le président était en route pour le Sud Vietnam. Le nombre de victimes augmentait rapidement, sans qu’aucune fin de conflit ne soit en vue. Lors de cette escale à Guam, Nixon a assuré aux journalistes qui l’accompagnaient qu’il était grand temps de mettre fin à la pratique consistant à envoyer un grand nombre de soldats américains sur les théâtres d’opération extérieurs. Pour « éviter une autre guerre comme celle du Vietnam n’importe où dans le monde », il était en train de mettre en place une nouvelle politique qui serait plus tard décrite par un fonctionnaire du Pentagone en ces mots : « envoyer des armes au lieu d’envoyer des troupes ».

L’élément central de ce qu’on a fini par appeler la doctrine Nixon était le fait d’armer des supplétifs régionaux – des pays ayant des dirigeants ou des gouvernements amicaux qui pouvaient favoriser les intérêts des États-Unis en l’absence d’importants contingents de l’armée américaine sur place. Parmi les supplétifs potentiels de cette époque là, le plus important était le Shah d’Iran qui, avec l’aide des services de renseignement de la CIA et de la Grande-Bretagne, avait à l’issue d’un coup d’État renversé le gouvernement civil en 1953, pour ensuite révéler un appétit insatiable pour des armes de pointe américaines.

 

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Le Shah d’Iran, à gauche, avec le président Richard Nixon, dans le Bureau ovale, en 1973. (Maison Blanche/Wikimedia Commons)

Pour le Shah d’Iran, passer un bon moment, cela voulait dire se blottir avec le dernier numéro de la revue Aviation Week and Space Technology et parcourir les pages de papier glacé de photos d’avions de combat. Encouragé par l’administration Nixon, son pays a été le premier et le seul à acquérir le coûteux avion de combat F-14 Tomcat de Grumman, à un moment où cette société avait désespérément besoin de vendre à l’étranger pour conforter ce programme. Et le Shah a également utilisé les armes fournies par les États-Unis pour aider, par exemple, à réprimer un soulèvement anti-gouvernemental dans le proche sultanat d’Oman (juste de l’autre côté du golfe Persique), tout en opprimant sa propre population.

 

 

Durant les années Nixon, l’Arabie saoudite est, elle aussi, devenue l’un des principaux clients de Washington en matière d’armement, non pas tant parce qu’elle craignait ses voisins dans la région, mais parce qu’elle disposait d’un financement quasi illimité venant du pétrole afin de financer les fabricants d’armes américains à un moment où le budget du Pentagone commençait à être réduit. En outre, les ventes à l’Arabie Saoudite ont permis de récupérer une partie des capitaux provenant des Etats Unis pour faire face à la hausse des prix de l’énergie imposée par le nouveau cartel du pétrole qu’était l’OPEP. C’était un procédé alors curieusement connu sous le nom de « recyclage des pétrodollars».

La recherche de modération de Carter

Le commerce débridé des armes pendant les années Nixon a fini par provoquer un contrecoup. En 1976, pour la première (et dernière) fois, un candidat à la présidence – Jimmy Carter – a fait du contrôle du commerce des armes un thème central de sa campagne à la Maison Blanche. Il a réclamé que les droits humains soient davantage pris en compte dans le cadre des exportations d’armes, il a appelé à réduire le volume total de celles-ci et à entamer des pourparlers avec l’Union Soviétique dans le but de réduire les ventes dans des régions sous tension comme le Proche-Orient.

Pendant ce temps, les membres du Congrès, sous la houlette des sénateurs Démocrates Gaylord Nelson et Hubert Humphrey, estimaient qu’il était grand temps pour le Capitole de prendre part aux décisions en matière de vente d’armes. Trop souvent, les représentants au Congrès n’apprenaient l’existence de contrats importants qu’au détour de la lecture de la presse, longtemps après que tout ait été ficelé. Parmi les principales préoccupations ayant motivé leurs interventions, on trouve : l’envolée, sous Nixon,des ventes d’armes à l’Arabie Saoudite – à l’époque adversaire déclaré d’Israël – ; l’utilisation, par les deux camps, d’armes fournies par les États-Unis dans le conflit gréco-turc sur l’île de Chypre ; les ventes clandestines aux groupes d’extrême-droite en Afrique du Sud, notamment à l’Union pour l’Indépendance Totale de l’Angola soutenue par les Sud-Africains [L’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola, plus connue sous le nom d’UNITA, est un mouvement anti-colonial angolais qui est devenu un parti politique après l’indépendance du pays, NdT]. La réponse a alors été l’adoption de la loi de 1978 sur le contrôle des exportations d’armes, qui exigeait que le Congrès soit informé à l’avance de toute vente importante et lui donnait un droit de veto sur toute vente considérée comme dangereuse ou inutile.

Or, ni l’initiative du président Carter ni la nouvelle législation n’ont significativement freiné ce trafic d’armes. En fin de compte, par exemple, Carter a décidé d’exempter l’Iran du Shah des sanctions pour les atteintes aux Droits Humains et Zbigniew Brzezinski, son conseiller à la sécurité nationale, tenant d’une ligne dure, a sapé les pourparlers prévus avec l’Union soviétique au sujet de la réduction des ventes d’armes.

Carter voulait également que la nouvelle force de déploiement rapide (RDF) qu’il avait mise sur pied – finalement transformée en Commandement central des États-Unis – ait accès aux bases militaires de la région du golfe Persique et, pour ce faire, il était prêt à recourir à des contrats d’armement. La Force de Déploiement Rapide devait être la pièce maîtresse de la doctrine Carter, une réponse à l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979 et à la chute du Shah d’Iran. Comme le président l’avait clairement exprimé dans son discours de 1980 sur l’état de l’Union : « Toute tentative par des forces extérieures de prendre le contrôle de la région du golfe Persique sera considérée comme une attaque contre les intérêts vitaux des États-Unis. Elle sera repoussée par tous les moyens nécessaires, y compris l’usage de la force ». La vente d’armes dans la région serait dès lors un pilier central de sa nouvelle doctrine.

Pendant ce temps, la plupart des ventes importantes ont continué à passer devant le Congrès, suscitant tout au plus une réprobation verbale.

Qui a armé Saddam Hussein ?

 

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Le président Ronald Reagan avec, de droite à gauche : Caspar Weinberger, George Shultz, Ed Meese et Don Regan, discutant des remarques du président sur l’affaire Iran-Contra, Bureau ovale, novembre 1986. (Maison Blanche/Wikimedia Commons)

Si le volume de ces ventes d’armes n’a pas augmenté de manière spectaculaire sous le président Ronald Reagan, sa détermination à militariser les « combattants de la liberté » anticommunistes de l’Afghanistan au Nicaragua a déclenché le scandale Iran-Contra. Au cœur de l’opération se trouve un curieux et complexe projet secret, dirigé par Oliver North, membre du personnel du Conseil National de Sécurité, et une poignée d’intermédiaires fantômes qui ont fourni des armes américaines au régime hostile de l’ayatollah Khomeiny en Iran. L’espoir était d’obtenir l’aide de Téhéran pour libérer les otages américains au Liban. North et ses comparses ont ensuite utilisé le produit de ces ventes pour armer les rebelles Contra, opposés au gouvernement au Nicaragua, en violation d’une interdiction explicite de cette aide par le Congrès.

Pire encore, l’administration Reagan a livré des armes et formé des factions moudjahidin extrémistes en Afghanistan, ce qui, en fin de compte, a aidé des groupes armés et des individus qui ont par la suite formé Al-Qaïda (ainsi que des groupes similaires). Cela se révélerait bien sûr être un exemple colossal du style de retour de flamme que le commerce sans restriction des armes génère trop souvent.

Même si la dénonciation de l’opération de North a mis en lumière les transferts d’armes des États-Unis vers l’Iran, l’administration Reagan, puis celle de George H.W. Bush qui lui a succédé, ont fourni directement et indirectement pour près d’un demi-milliard de dollars en armes et en technologie de fabrication à l’ennemi juré de l’Iran, Saddam Hussein, l’autocrate irakien. Ces armes viendront renforcer le régime de Saddam tant dans sa guerre contre l’Iran dans les années 1980 que lors de l’invasion du Koweït, en 1991, qui a conduit Washington à la première guerre du Golfe. Il est vrai que les États-Unis n’ont pas été les seuls à alimenter la montée en puissance de l’armée irakienne. Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies (les États-Unis, l’Union soviétique, la France, le Royaume-Uni et la Chine) ont tous fourni des armes ou des technologies d’armement à ce pays pendant la période qui a précédé son intervention au Koweït.

L’embarras et les critiques publiques suscités par la révélation que les États-Unis et d’autres importants fournisseurs avaient aidé à armer l’armée irakienne ont ouvert la voie à une nouvelle possibilité de de restrictions. Les dirigeants des États-Unis, de la Grande-Bretagne et d’autres pays vendeurs d’armes se sont engagés à faire mieux à l’avenir en améliorant l’information sur leurs ventes dans la région et en les examinant de près. Cela s’est traduit par deux initiatives principales : la création du registre du commerce des armes des Nations Unies, dans lequel les États membres ont été instamment priés de déclarer volontairement leurs importations et exportations d’armes, et des pourparlers entre ces cinq membres du Conseil de Sécurité (principaux fournisseurs d’armes au Moyen-Orient) sur la limitation des ventes d’armes dans la région.

Toutefois, les pourparlers des 5P, comme on les appelait, se sont rapidement enlisés quand la Chine a décidé de vendre à l’Arabie Saoudite des batteries de missiles à moyenne portée et que l’administration du Président Bill Clinton a commencé à conclure de nouveaux contrats d’armement dans la région à une cadence de plus d’un milliard de dollars par mois, alors même que les négociations [entre les 5P] étaient en cours. Les autres fournisseurs ont considéré que la vague de livraison d’armes de Clinton constituait une violation de l’esprit des pourparlers. Ces derniers ont tourné court, ce qui a débouché, sous la présidence de George W. Bush à un nouveau fiasco total en Irak.

La plus importante série de ventes d’armes au cours des années George W. Bush a concerné la formation et l’équipement de l’armée irakienne suite à l’invasion du pays [par les USA] et au renversement de Saddam Hussein. Mais 25 milliards de dollars d’armes et formations américaines n’ont pas suffi à créer une force capable de vaincre les combattants modestement armés de Daech, lorsqu’ils ont envahi le nord de l’Irak en 2014 et qu’ils ont conquis de vastes territoire et des grandes villes, dont Mossoul. Les forces de sécurité irakiennes, à court de nourriture et d’équipement pour cause de corruption et d’incompétence, étaient démoralisées et, dans certains cas, elles ont pratiquement abandonné leur poste (et l’armement américain) face à aux offensives de Daech.

L’addiction continue

Donald Trump a continué sur sa lancée en proposant des armes en quantité à ses alliés au Moyen-Orient, en particulier aux Saoudiens, même si la principale raison d’être en était de générer des emplois et des revenus pour les entreprises américaines de l’armement. En réalité, investir capitaux et énergie dans presque tout le reste, depuis l’infrastructure jusqu’aux technologies des renouvelables, créerait plus d’emplois aux États-Unis. Mais peu importe, on continue sur le même rythme.[en référence à la chanson de Sonny and Cher ‘And the beat goes on !’ NdT].

L’un des faits marquants des années Trump a été le regain d’intérêt du Congrès pour endiguer des ventes d’armes, avec un accent particulier pour mettre fin au soutien à la guerre menée par l’Arabie Saoudite au Yémen. (Le spectacle du face-à-face entre les forces turques et kurdes, toutes deux largement armées par les États-Unis, devrait sans aucun doute renforcer cette volonté). Sous la houlette des sénateurs Chris Murphy (Démocrate-Connecticut), Bernie Sanders (Independant-Vermont), Mike Lee (Républicain-Utah), des représentants Démocrates californiens Ro Khanna et Ted Lieu, le Congrès a voté le blocus des ventes de bombes et des autres formes de soutien militaire à l’Arabie saoudite, mais leurs efforts se sont heurtés au veto de Trump, principal défenseur de ce pays à Washington. Pourtant, l’action du Congrès concernant les ventes à l’Arabie Saoudite a été sans précédent par son opiniâtreté et son étendue. Il y a encore une chance qu’elle porte ses fruits si c’est un Démocrate qui l’emporte en 2020. Après tout, chacun des principaux candidats à la présidence s’est engagé à mettre fin aux ventes d’armes qui soutiennent l’effort de guerre des saoudiens au Yémen.

De tels contrats, tant avec l’Arabie saoudite qu’avec d’autres États du Moyen-Orient, sont peut-être très appréciés par les entreprises qui tirent profit de ce commerce, cependant la grande majorité des américains s’opposent à cette fuite en avant pour la simple raison que cela fait peser de graves menaces sur le monde. La question est désormais la suivante : le Congrès va-t-il jouer un rôle plus important pour tenter de bloquer de tels contrats d’armement avec les Saoudiens et les auteurs de violations des Droits Humains, ou bien l’addiction des États-Unis et son monopole dans le commerce des armes au Moyen-Orient vont-ils simplement perdurer et ouvrir la voie à de futures tragédies de toutes sortes ?

William D. Hartung, contributeur régulier de TomDispatch, est le directeur du projet sur les armes et la sécurité au Center for International Policy et l’auteur de « Prophets of War : Lockheed Martin and the Making of the Military-Industrial Complex » [Livre non traduit : Prophètes de guerre : Lockheed Martin et la fabrique du complexe militaro-industriel, NdT]

Source : Consortium News, William Hartung, 20-11-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

4.janvier.2020 // Les Crises

 

Two Puny Nations Subjecting World to Risk of Nuclear Holocaust

Polish and Romanian politicians are fine with hosting US missiles, leaving Moscow no margin of error

Paul Craig Roberts

Source : Russia Insider, 2 septembre 2019

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Source originaire :

PaulCraigRoberts.org

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After falsely accusing Russia of violating the Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty (INF), Washington unilaterally repudiated the treaty. Thus did the US military/security complex rid itself of the landmark agreement achieved by Ronald Reagan and Mikhail Gorbachev that defused the Cold War.

The INF Treaty was perhaps the most important of all of the arms control agreements achieved by American 20th century presidents and now abandoned in the 21st century by US neoconservative governments. The treaty removed the threat of Russian missiles against Europe and the threat of European-based US missiles to Russia. The importance of the treaty is due to its reduction of the chance of accidental nuclear war. Warning systems have a history of false alarms. The problem of US missiles on Russia’s border is that they leave no time for reflection or contact with Washington when Moscow receives a false alarm. Considering the extreme irresponsibility of US governments since the Clinton regime in elevating tensions with Russia, missiles on Russia’s border leaves Russia’s leadership with little choice but to push the button when an alarm sounds. That Washington intends to put missiles on Russia’s border and pulled out of the INF Treaty for this sole purpose is now obvious. Only two weeks after Washington pulled out of the treaty, Washington tested a missile whose research and development, not merely deployment, were banned under the treaty. If you think Washington designed and produced a new missile in two weeks you are not intelligent enough to be reading this column. While Washington was accusing Russia, it was Washington who was violating the treaty. Perhaps this additional act of betrayal will teach the Russian leadership that it is stupid and self-destructive to trust Washington about anything. Every country must know by now that agreements with Washington are meaningless.

Surely the Russian government understands that there are only two reasons for Washington to put missiles on Russia’s border: (1) to enable Washington to launch a pre-emptive nuclear strike that leaves Russia no response time, or (2) to enable Washington to threaten such a strike, thus coercing Russia to Washington’s will. Clearly, one or the other of these reasons is of sufficient importance to Washington for Washington to risk a false alarm setting off a nuclear war.

Military analysts can talk all they want about “rational players,” but if a demonized and threatened country with hostile missiles on its border receives a warning with near zero response time, counting on it to be a false alarm is no longer rational.

The 1988 treaty achieved by Reagan and Gorbachev eliminated this threat. What purpose is served by resurrecting such a threat? Why is Congress silent? Why is Europe silent? Why is the US and European media silent? Why do Romania and Poland enable this threat by permitting US missiles to be stationed on their territory?

Little doubt the Romanian and Polish governments have been given bagfulls of money by the US military/security complex, which wants the multi-billion dollar contracts to produce the new missiles. Here we see the extreme irresponsibility of small countries. Without the corrupt and idiotic governments of Romania and Poland, Washington could not resurrect a threat that was buried 31 years ago by Reagan and Gorbachev.

Even the American puppet state of occupied Germany has refused to host the missiles. But two insignificant states of no importance in the world are subjecting the entire world to the risk of nuclear war so that a few Romanian and Polish politicians can pocket a few million dollars.

Missiles on Russia’s borders that provide no response time are a serious problem for Russia. I keep waiting for Moscow to announce publicly that on the first sign of a missile launching from Romania or Poland, the countries will immediately cease to exist. That might wake up the Romanian and Polish populations to the danger that their corrupt governments are bringing to them.

Why aren’t the Romanian and Polish provocations sufficient justification for Russia to pre-emptively occupy both countries? Is it more provocative for Russia to occupy the two countries than it is for the two countries to host US missiles against Russia? Why only consider the former provocative and not the latter?

No one is capable of coming to Romania and Poland’s aid even if anyone was so inclined. NATO is a joke. It wouldn’t last one day in a battle with Russia. Does anyone think the United States is going to commit suicide for Romania and Poland?

Where are the UN resolutions condemning Romania and Poland for resurrecting the specter of nuclear war by hosting the deployment of US missiles on their borders with Russia? Is the entire world so insouciant that the likely consequences of this act of insanity are not comprehended?

It does seem that human intelligence is not up to the requirements of human survival.

 

Le Traité FNI enterré, les nouveaux euromissiles arrivent. L’Europe complice.

par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 3 août 2019

ilmanifesto.it

https://www.mondialisation.ca/le-traite-fni-enterre-les-nouveaux-euromissiles-arrivent/5635871

 

 

Le secrétaire d’état Mike Pompeo a annoncé le 2 août 2019, après six mois de suspension, le retrait définitif des États-Unis du Traité sur les Forces nucléaires intermédiaires (INF ou FNI), accusant la Russie de l’avoir “délibérément violé, mettant en danger les intérêts suprêmes USA”. À cette nouvelle n’a été donné en Italie que très peu d’écho politique et médiatique (l’Ansa –agence de presse nationale italienne– ne lui a consacré que quelques lignes). Et pourtant nous sommes devant une décision qui a de dramatiques implications pour l’Italie, exposée comme d’autres pays européens à se tenir en premières lignes dans une nouvelle confrontation nucléaire USA-Russie non moins dangereuse que celle de la guerre froide.

Le Traité FNI, signé en 1987 par les présidents Gorbachev et Reagan, élimina tous les missiles nucléaires à courte portée et à portée intermédiaire (entre 500 et 5 500 Km) avec base au sol, avant tout les missiles balistiques Pershing 2, déployés par les États-Unis en Grande-Bretagne, Italie, Allemagne de l’Ouest, Belgique et Pays-Bas, et en même temps les missiles balistiques SS-20 (appellation occidentale) basés par l’Union Soviétique sur son propre territoire.

En 2014 l’administration Obama accusait la Russie, sans apporter aucune preuve, d’avoir expérimenté un missile de croisière (sigle 9M729) de la catégorie interdite par le Traité et, en 2015, annonçait que “face à la violation du Traité FNI par la Russie, les États-Unis sont en train de considérer le déploiement en Europe de missiles avec base au sol”. Le plan a été confirmé par l’administration Trump : en 2018 le Congrès a autorisé le financement d’”un programme de recherche et développement d’un missile de croisière lancé du sol par plate-forme mobile sur route”.

De son côté, Moscou niait que son missile de croisière violât le Traité et, à son tour, accusait Washington d’avoir installé en Pologne et Roumanie des rampes de lancement de missiles intercepteurs (ceux du “bouclier”), qui peuvent être utilisées pour lancer des missiles de croisière à tête nucléaire. Dans ce cadre il convient de garder à l’esprit le facteur géographique : tandis qu’un missile nucléaire USA à portée intermédiaire, basé en Europe, peut frapper Moscou, un missile analogue basé par la Russie sur son propre territoire peut frapper les capitales européennes, mais pas Washington. Si l’on inverse le scénario, c’est comme si la Russie déployait des missiles nucléaires à portée intermédiaire au Mexique.

“Les États-Unis -souligne Mike Pompeo dans sa déclaration- apprécient grandement la constante coopération et détermination des alliés OTAN dans leur réponse à la violation russe du Traité”. Appréciation méritée : les alliés, Italie comprise, ont déclaré la Russie coupable d’avoir violé le Traité en acceptant les yeux fermés l’accusation faite par les USA sans aucune preuve réelle.

L’effacement du Traité FNI, suspendu aussi par la Russie le 3 juillet, s’insère dans une nouvelle course aux armements désormais basée non tant sur la quantité mais sur la qualité des armes nucléaires et de leurs vecteurs, et sur leur localisation. Des sources militaires informent que les États-Unis sont en train de mettre au point de nouveaux missiles nucléaires à portée intermédiaire avec base au sol, aussi bien de croisière que balistiques (ceux-ci capables de frapper leurs objectifs à 6-8 minutes du lancement). La Russie a prévenu que, s’ils sont basés en Europe, elle pointera ses missiles nucléaires sur les territoires où les missiles USA seront installés.

L’enterrement du Traité FNI a un objectif stratégique ultérieur. C’est ce qu’a révélé Pompeo lui-même, en accusant la Chine de déployer (sur son propre territoire) des missiles nucléaires à portée intermédiaire avec base au sol avec lesquels “elle menace les États-Unis et leurs alliés en Asie”. Le secrétaire d’état Pompeo prévient ensuite : “Il n’y a pas de raison que les États-Unis continuent à concéder cet avantage militaire crucial à des puissances comme la Chine”. Les USA donc se préparent à déployer de nouveaux missiles nucléaires à portée intermédiaire non seulement contre la Russie mais aussi contre la Chine. Toutes les deux en mesure de répondre en déployant de nouvelles armes nucléaires.

Significative la position de la Commission Européenne, qui a déclaré hier : “Nous encourageons à préserver les résultats du Traité FNI, nous devons être attentifs à ne pas prendre la voie d’une nouvelle course aux armements qui réduirait les résultats significatifs atteints après la fin de la Guerre froide”. Il faut un sacré toupet pour déclarer cela, après que cette même Union européenne a contribué à l’enterrement du Traité FNI : à l’Assemblée Générale de l’ONU (21 décembre 2018), l’Union européenne compacte a rejeté la résolution par laquelle la Russie proposait de préserver le Traité en établissant des mécanismes de vérification et des négociations. L’Union européenne a donné ainsi de fait le feu vert à l’installation de nouveaux missiles nucléaires USA en Europe, Italie comprise.

 

Article original en italien :

Affossato il Trattato Inf, in arrivo nuovi euromissili 

Édition de samedi 3 août 2019 de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange  Patrizio

La source originale de cet article est ilmanifesto.it

Copyright © Manlio Dinucciilmanifesto.it, 2019

 

Comment l’UE et l’OTAN créent des crises et préparent des guerres

Interview d’Ullrich Mies* accordé à Nicolas Riedl (rubikon)

Source : Horizons et débats,

Zurich, 24 juin 2019

 

«Prêter à la Russie l’intention d’attaquer n’importe quel pays est une propagande diabolique du complexe occidental de renseignement et de communication. Ce n’est pas la Russie qui s’est rapprochée du continent américain ou de l’UE avec sa puissance militaire, mais c’est l’OTAN qui étouffe la Russie. Un coup d’œil sur la carte géographique suffit pour démasquer la propagande comme un mensonge.»

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  1. Ullrich Mies, entrepreneur et auteur, a publié un nouveau livre intitulé «Der Tiefe Staat schlägt zu. Wie die westliche Welt Krisen erzeugt und Kriege vorbereitet» [Le pouvoir de l’ombre attaque. Comment le monde occidental produit des crises et prépare des guerres]. Cet ouvrage est une suite de son premier livre intitulé «Fassadendemokratie und Tiefer Staat. Auf dem Weg in ein autoritäres Zeitalter» [Démocratie de façade et pouvoir de l’ombre. En route vers une époque autoritaire]. Son nouveau livre donne la parole à des auteurs analysant avant tout les dangers de guerre émanant du pouvoir de l’ombre [Deep State].

Nicolas Riedl: Pour quelles raisons avez-vous publié un second livre? 

Ullrich Mies: Lors des présentations du livre, j’ai remarqué que nous avions atteint un point névralgique en 2017 avec le titre «Démocratie de façade et pouvoir de l’ombre». Le public a toujours été d’accord avec l’affirmation que nous vivons dans une démocratie de façade. Cependant, les forces se cachant derrière ce gouvernement occulte n’étaient pas reconnaissables pour la plupart des lecteurs. Le premier livre a fourni la réponse à cette question.
Le nouveau livre «Le pouvoir de l’ombre attaque» explique comment les élites au pouvoir ont réussi à détruire les dividendes de la paix de 1990 et comment elles ont réussi à conduire le monde dans un nouvel Etat d’avant-guerre. J’adopte également une approche beaucoup plus globale du terme anglais «Deep State» que celle généralement admise: je le décris comme l’espace sombre du pouvoir. Certaines parties sont visibles, les parties essentielles ne le sont pas. Dans cette espace sombre, la lutte des classes est organisée d’en haut. Les acteurs du pouvoir de l’ombre ne sont ni élus ni ne peuvent être destitués. Ces derniers sont les représentants du modèle radical de marché du capitalisme occidental. Les idéologues néoconservateurs y jouent un rôle décisif. Le pouvoir de l’ombre et les acteurs néoconservateurs ne peuvent être séparés.
Dans le livre «La démocratie de façade et le pouvoir de l’ombre» la perspective internationale du pouvoir de l’ombre manquait. Dans «Le pouvoir de l’ombre attaque. Comment le monde occidental produit des crises et prépare des guerres», je présente un recueil de contributions dont les 16 auteurs montrent comment les élites occidentales au pouvoir ont érodé l’ordre international dans un processus commencé depuis d’environ 25 ans.

Quels auteurs avez-vous trouvés pour le nouveau livre?

Les personnes ayant contribué à cet ouvrage sont, dans l’ordre de la table des matières, Rainer Rupp, Eugen Drewermann, Jochen Scholz, Hannes Hofbauer, Tilo Gräser, Annette Groth, Kees van der Pijl, Chris Hedges, Nicolas J.S. Davies, John Pilger, Ullrich Mies, Vladimir Kozin, Wolfgang Jung, Aktham Suliman, Mohssen Massarrat et Ernst Wolff. Comme vous le reconnaissez aux noms, j’ai pu attirer un certain nombre d’auteurs étrangers, notamment des Etats-Unis. Avec Vladimir P. Kozin, il y a également un éminent expert russe s’occupant des questions du contrôle des armements depuis de nombreuses décennies.

Que souhaiteriez-vous transmettre à vos lecteurs?

A travers l’analyse des événements politiques internationaux, l’ouvrage vise à contribuer à une meilleure compréhension des bouleversements actuels sur la scène internationale. Après l’avoir lu, le lecteur comprendra mieux certains développements politiques, notamment les relations de l’Occident avec la Russie. J’explique, par exemple, pourquoi l’affirmation propagandiste de l’Occident selon laquelle la crise de Crimée était un acte arbitraire de la Russie n’est pas correcte. Ce n’était rien de plus que le résultat du processus d’élargissement vers l’Est entrepris par l’OTAN et l’UE depuis 25 ans. La prétendue politique étrangère de l’Occident et son industrie de la désinformation détourne délibérément les événements de l’époque récente ayant conduit au désaccord avec la Russie.
Cependant, celui qui ne comprend pas l’histoire contemporaine comme une chaîne de décisions et d’événements et ne tient compte que du dernier chaînon – comme la sécession de la Crimée – ne comprend rien du tout. Les élites dirigeantes occidentales sont les initiatrices principales des conflits et des guerres sur notre terre.
De nombreux hommes politiques honorables ayant, après la chute du mur de Berlin, joué un rôle décisif comme architectes de la Maison commune d’une Europe pacifique et unie, sont décontenancés face à la politique actuelle du gouvernement fédéral allemand à l’égard de la Russie.
Je ne nie pas l’existence, aujourd’hui comme dans le passé, de politiciens honnêtes. Cependant, il est fort rare de trouver de tels politiciens dans les instances dirigeantes. Majoritairement, ce sont avant tout des opportunistes et des apparatchiks corrompus ayant uni leurs forces à celles du pouvoir économique et financier. Ils ne s’occupent en rien de la population en général, de l’environnement et de la paix dans le monde. La Conférence de Munich sur la sécurité et l’une de ces scènes ou se retrouvent les bellicistes occidentaux. L’auteur Tilo Gräser se concentre dans son article sur la conférence de l’année 2018.
Revenons à l’occasion historiquement unique suite aux événements de 1989: la destruction des dites dividendes de la paix après 1990/91 a suivi un scénario écrit par les cadres néoconservateurs de l’Etat profond des Etats-Unis. Après la disparition de la concurrence des systèmes USA/URSS, les néoconservateurs américains avaient carte blanche, notamment sous le président Bush junior. Après une phase d’orientation, ils ont vu leur chance de revitaliser l’entière domination mondiale par les Etats-Unis, un concept existant depuis environ 100 ans.

Comment le monde occidental a-t-il pu retomber dans une spirale de méfiance, de course aux armements et de dissuasion mutuelle après les expériences de la guerre froide? Quelle est la probabilité d’une escalade de tensions entre l’Ouest et l’Est?

La raison première des distorsions sur la scène internationale est la prétention des Etats-Unis à dominer le monde. Les Etats-Unis définissent le monde entier, en particulier l’espace eurasien, comme leur intérêt sécuritaire. Mais cela va bien au-delà. La prétention américaine à la domination du monde s’appuie sur l’idéologie de la «full-spectrum-dominance» et comprend désormais, outre les trois armées traditionnelles armée de terre, armée de l’air et marine, d’autres armes: «space», «cyberspace», «guerre de l’information» ainsi que la surveillance totale.
De même, l’admission continuelle de nouveaux pays dans l’alliance de l’OTAN sert l’expansion de l’idéologie et des domaines de pouvoir des Etats-Unis jusqu’aux fins fonds de la zone eurasiatique. De 1990 à aujourd’hui, les impérialistes transatlantiques ont procédé en plusieurs phases.
Il y a d’abord eu une phase d’orientation de l’alliance et de recherche de nouvelles tâches de 1990 à 1993, suivie de la revitalisation de la revendication américaine au leadership mondial, du maintien de du renforcement de cette domination et de la consolidation des plans d’expansion de l’OTAN de 1994 à 1998, puis de 1999 à 2001, la première phase d’agression, notamment la guerre en Yougoslavie, le 11-Septembre, la «guerre contre le terrorisme», la guerre contre l’Afghanistan et la première phase de l’expansion de l’OTAN avec la Pologne, la République tchèque et la Hongrie.
La deuxième phase de l’agression est selon mon point de vue, la période 2002–2010. C’est la consolidation de la domination mondiale revendiquée par les Etats-Unis, l’annulation du traité ABM, les guerres contre l’Irak, la Libye, la Géorgie, les deux phases d’élargissement de l’OTAN avec l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Bulgarie, la Slovénie, la Slovaquie, puis l’Albanie et la Croatie.
La troisième phase de l’agression est à mon avis la période allant de 2011 à 2013 avec le début de la guerre en Syrie et l’hostilité ouverte contre la Russie. Au cours de ces années, ont lieu divers manœuvres militaires et le déploiement d’armes lourdes aux frontières russes.
La quatrième phase commence selon moi en 2014 avec le coup d’Etat en Ukraine, l’escalade de la guerre en Syrie, les guerres de propagande, le régime des sanctions et de la guerre économique, la russophobie, les manœuvres militaires excessifs, l’armement, la dénonciation du traité nucléaire avec l’Iran et du traité FNI. La quatrième phase de l’élargissement de l’OTAN avec le Monténégro en 2017 s’inscrit également dans cette perspective.
Nicolas S. Davies présente dans sa contribution les traces de sang laissées par les Etats-Unis dans leurs guerres depuis le 11-Septembre. Son résultat est le suivant: les guerres menées par les Etats-Unis depuis 2001 ont coûté la vie à entre 5 et 7 millions de personnes.
A mon avis, les élites néoconservatrices de la politique étrangère américaine ainsi que leurs vassaux transatlantiques en Allemagne et dans d’importants Etats membres de l’UE ont conduit les peuples dans d’innombrables pays – même en Europe – à cette tragédie. Kees van der Pijl a préparé une contribution intéressante sur ces liens intitulée: «L’axe du mal – la NeoCon-Connection US/Israël».

La Suède a récemment publié une série télévisée sur une invasion de la Norvège par la Russie. Est-ce une coïncidence ou pensez-vous qu’on veut ainsi renforcer le climat russophobe? 

Franklin D. Roosevelt, président des Etats-Unis de 1933 à 1945, a dit un jour: «Rien n’arrive par hasard en politique. Si quelque chose se passe, vous pouvez être certain que cela a été planifié ainsi.» En clair: tout est intentionnel. La Norvège, la Suède et la Finlande sont d’une grande importance pour les stratèges de l’OTAN et une potentielle guerre contre la Russie. Le fait que deux secrétaires généraux de l’OTAN d’affilée soient des Scandinaves, Jens Stoltenberg et son prédécesseur Fogh Rasmussen, n’est pas non plus un hasard. Cela sert à lier ces pays à l’OTAN.
Le climat russophobe a été et est toujours créé avec toutes les techniques de propagande disponibles. L’infiltration culturelle et militariste du public à l’aide de films, de séries télévisées, de publicité, d’affiches grand-format, etc. est très importante. Ce sont des techniques subtiles ne manquant pas d’avoir un effet dans le subconscient des masses. Ainsi, le mauvais Russe est de manière subliminale ancré dans la conscience des masses. La plupart des gens ne reconnaissent pas les techniques perfides du pouvoir, car ils ne peuvent même pas penser aussi malicieusement que les élites. Le climat russophobe fait partie de l’installation de la «guerre froide 2.0».

Les habitants du nord et de l’est de l’Allemagne vivent le réarmement et le déplacement de matériel militaire lourd vers l’Est dans la vie quotidienne, par exemple les camions militaires dans les rues. Les wagons de marchandises chargés de blindés ont désormais la priorité face aux transports de voyageurs de la Deutsche Bahn. L’UE veut investir 6,5 milliards d’euros pour rendre les routes et les voies ferrées appropriées au déplacement de chars vers l’Est. Pouvez-vous comprendre que les pays de l’ancien bloc de l’Est se félicitent de ces développements? Certes, les habitants des pays de l’ancien bloc de l’Est sont encore conscients de l’aversion pour tout ce qui est russe. Selon moi, ce qui est plus déterminant c’est l’alignement mental des élites politiques d’Europe de l’Est sur l’idéologie transatlantique américaine, suite à des investissements à long terme et une multitude de programmes de soutien, de bourses d’études, de séjours de recherche, de connexions et de réseaux.

L’Allemagne joue un rôle particulier en étant devenu un pays de transit pour les armes lourdes. C’est aussi un dépôt d’armes nucléaires, une plate-forme logistique, un site pour quelque 40 000 militaires américains, un centre de contrôle pour les assassinats par drones dans le monde entier, un site pour Africom et Eucom. Dans son nouveau livre, Wolfgang Jung explique que l’Allemagne sera avant tout un futur champ de bataille. Je trouve extrêmement troublant, voire insidieux, que le dit establishment de politique étrangère de l’Allemagne ne tienne pas compte de ces faits.

Ne devrait-il pas être clair pour tous les citoyens de l’ancien bloc de l’Est pensant logiquement que, du point de vue de la Russie, il serait totalement suicidaire d’attaquer un de ces pays ou même de l’annexer? Prêter à la Russie l’intention d’attaquer n’importe quel pays est une propagande diabolique du complexe occidental de renseignement et de communication. Ce n’est pas la Russie qui s’est rapprochée du continent américain ou de l’UE avec sa puissance militaire, mais c’est l’OTAN qui étouffe la Russie. Un coup d’œil sur la carte géographique suffit pour démasquer la propagande comme un mensonge.

Jusqu’en 1977, il était prévu de détruire l’URSS avec 10 000 armes nucléaires. Cet esprit de folie existe-t-il encore aujourd’hui? Bien sûr, cet esprit de folie persiste, et les fous, pour rester dans l’image, disposent du pouvoir de faire de leurs idées une réalité. Ou bien pensez-vous que les peuples seraient si fous au point de s’anéantir mutuellement ou de menacer la planète d’extinction nucléaire?

Cet esprit maléfique continue d’exister. Pour exercer la pleine terreur nucléaire, les Etats-Unis veulent mettre à disposition plus de 1200 milliards de dollars dans les 30 prochaines années. Les sociopathes et les psychopathes se perdant dans les jeux de stratégie d’extermination représentent un énorme danger pour l’humanité. La population ne devrait jamais oublier: les responsables politiques de toute cette folie se trouvent dans les gouvernements. Ceux-ci extorquent l’argent du peuple par des propos alarmistes et la production d’ennemis pour l’investir dans cet appareil d’extermination. Vladimir P. Kozin nous offre des informations à ce sujet dans sa contribution intitulée «La nouvelle guerre froide et l’escalade planifiée USA/Europe contre la Russie». Afin de comprendre toute cette folie, je fournis moi-même quelques aspects dans ma contribution intitulée «Comment la communauté de valeurs occidentale a installé la guerre froide 2.0».

Si l’empire américain, ou plutôt les élites trans­atlantiques, est intéressé par l’ouverture forcée de la Russie en tant que nouveau marché, n’est-ce alors pas totalement irrationnel de rendre d’immenses surfaces inhabitables pour les siècles à venir par des bombardements nucléaires? Pouvez-vous expliquer cela? 

Oui, ces diaboliques moteurs du génocide dans les appareils militaires américains et les think tanks transatlantiques pensent que la guerre nucléaire limitée est effectivement gérable, voire souhaitable sous certaines conditions, pour devancer par une frappe préventive l’ennemi qu’ils accusent toujours des pires intentions.
Le plus grand scandale se situe au niveau de la caste dirigeante de l’Allemagne préparant ou participant actuellement à la troisième tentative d’attaquer la Russie au cours du siècle écoulé. Si les cliques dirigeantes de Berlin entraient réellement en guerre contre la Russie, beaucoup d’Allemands refuseraient de suivre le régime attaquant. J’en suis certain. A mon avis, une guerre contre la Russie n’est possible qu’au prix d’une guerre civile. Mais qui sait quels développements se produiront réellement dans un tel cas? La guerre d’agression contre la Russie ne peut se faire qu’au prix de l’achèvement complet des droits civils par la mise en œuvre de l’état d’urgence et donc au prix d’une éventuelle guerre civile et/ou partisane dans son propre pays.    •

 

Bibliographie:
Mies, Ullrich; Wernicke, Jens (éd.). Fassadendemokratie und Tiefer Staat. Auf dem Weg in ein autoritäres Zeitalter. Vienne 2017
Mies, Ullrich (éd.). Der Tiefe Staat schlägt zu. Wie die westliche Welt Krisen erzeugt und Kriege vorbereitet. Vienne 2019

(Traduction Horizons et débats)

Gravissime provocation occidentale contre l’Iran.

Des commandos britanniques ont arraisonné un superpétrolier iranien au large de Gibraltar au tout début de juillet.

par Ivo Rens

 

Le 4 juillet, le Grace 1, un pétrolier iranien géant long de 330 mètres contenant 2,1 millions de barils de brut a été arraisonné par la police et les doaunes de Gibraltar, en réalité par un commando de Royal marines britanniques. La Cour suprême de Gibraltar s’empressa d’avaliser cet arraisonnement en autorisant la détention du navire, d’abord pour 72 heures, puis pour une période de 14 jours, renouvelable. (1)

Le ministre espagnol des affaires étrangères, Joseph Borrell affirma que cet arraisonnement avait eu lieu après “une demande adressée par les Etats-Unis au Royaume Uni”.(2) De fait, John Bolton, Conseiller à la sécurité nationale du Président Donald Trump, accueillit cet événement comme une “excellente nouvelle”.

Le ministre des affaires étrangères du Royaume Uni déclara que le navire avait été intercepté en application des sanctions prise par l’Union Européenne contre la Syrie et il déclara à son homologue iranien que le pétrolier serait libéré si le Royaume Uni recevait des garanties que la cargaison n’était pas destinée à la Syrie.(3)

L’Iran protesta immédiatement auprès du Royaume Uni. L’arraisonnement du pétrolier « crée un dangereux précédent et doit cesser immédiatement », a pour sa part affirmé sur Twitter le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif. Contestant la légalité de l’arraisonnement, il a rappelé que « l’Iran n’est pas un membre de l’UE et ne fait l’objet d’aucun embargo pétrolier européen ».(4)

De prime abord, on est surpris de voir le Royaume Uni appliquer avec intransigeance des sanctions de l’Union Européenne qu’il s’efforce de quitter, alors même que la validité juridique des ces sanctions est à tout le moins sujette à caution et que cet arraisonnement s’apparente à un acte de piraterie.

Ces événements ont fait monter la tension déjà considérable entre l’Iran le Royaume Uni et les Etats-Unis, au moment où les Etats européens, dont le Royaume Uni, prétendaient s’efforcer de sauver l’accord sur le nucléaire dénoncé par les Etats-Unis en mai de l’an dernier.

Il y a tout lieu de penser que l’Iran ne restera pas sans répliquer à cet arraisonnement par des contre-mesures lésant les intérêts britanniques, par exemple en coulant un pétrolier britannique dans le golfe. Mais ne serait-ce pas là précisément le prétexte recherché par les faucons américains ?

 

 

(1) Rivieramm.com 11.07.2019

(2) Figaro et AFP 05.07.2019.

(3) The Gardian, 13.07.2019.

(4) Connaissance des énergies,

https://www.connaissancedesenergies.org

 

La cause ouïghoure, coqueluche de l’Occident

par

Bruno Guigue

21 mars 2019,

Source : https://oumma.com/la-cause-ouighoure-coqueluche-de-loccident/

(Nous regrettons de n’avoir pas repéré cet article au printemps dernier.

Mieux vaut tard que jamais ! IR)

 

Reprise en boucle par les médias occidentaux, l’accusation portée contre la Chine s’est répandue comme une traînée de poudre : dans sa province stratégique du Xinjiang, Pékin aurait « emprisonné un million de Ouïghours dans des camps d’internement et contraint deux millions d’entre eux à suivre des cours de rééducation ». Les Ouïghours sont l’une des 54 nationalités minoritaires reconnues par la Constitution de la République populaire de Chine. Située à l’extrémité occidentale de la Chine, la Région autonome ouïghoure du Xinjiang a une population composite de 24 millions d’habitants, dont 46% de Ouïghours et 39% de Han.

Si les allégations de la presse occidentale sont exactes, la population ouïghoure, qui est estimée à 10 millions de personnes, aurait donc subi un monstrueux coup de filet ! Pour interner un million de personnes, en effet, il faudrait capturer pratiquement la moitié de la population adulte masculine de cette malheureuse ethnie. Curieusement, aucun témoignage ne mentionne cette disparition massive dans les rues d’Urumqi, de Kashgar et des autres cités de la province autonome.

Outre cette invraisemblance factuelle, le procès fait à Pékin souffre aussi de la partialité et de l’unilatéralité des sources d’information mentionnées. Croire sur parole le discours officiel est complètement naïf, mais tomber dans l’excès inverse en épousant aveuglément le discours oppositionnel ne vaut guère mieux. Or la narration médiatique relative à cette incarcération massive s’appuie sur un rapport rédigé par une organisation composée d’opposants au gouvernement chinois et financée par le gouvernement des Etats-Unis.1

Cette organisation qui a pignon sur rue à Washington, le « réseau des défenseurs chinois des droits de l’homme » (CHRD en anglais), est présidée par une fervente admiratrice du dissident chinois nobélisé Liu Xiaobo. Condamné à 11 ans de prison en 2009, puis décédé d’un cancer en 2017 peu après sa libération, ce dernier approuvait avec enthousiasme les interventions militaires US et appelait à la colonisation de son pays par les puissances occidentales afin de le « civiliser ». C’est ce réseau d’opposants en exil aux USA qui orchestre la campagne médiatique contre Pékin en présentant sa politique au Xinjiang comme une entreprise d’asservissement totalitaire.

Comme par hasard, l’une des principales sources citées dans le « rapport accablant » du CHRD n’est autre que « Radio Free Asia », une station de radio gérée par le « Broadcasting Board of Governors », agence fédérale supervisée par le Département d’État et destinée à promouvoir les objectifs de la politique étrangère des Etats-Unis. Une autre source importante est le Congrès mondial des Ouïghours. Organisation séparatiste créée en 2004, elle est considérée comme terroriste par les autorités chinoises qui l’accusent d’être à l’origine des sanglantes émeutes d’Urumqi qui, en 2009, donnèrent le signal d’une déstabilisation de toute la région. Installée aux USA, sa présidente avait obtenu le soutien officiel de George W. Bush en 2007.

Naturellement, cette organisation est financée par le « National Endowment of democracy », une émanation du Congrès des Etats-Unis qui constitue la cheville ouvrière des politiques de « changement de régime » et sur laquelle plane le soupçon d’une proximité douteuse avec la CIA. Comme le notent Ben Norton et Ajit Singh dans une étude récente, « la dépendance quasi totale à l’égard de sources liées à Washington est caractéristique des reportages occidentaux sur les musulmans ouïghours en Chine, comme sur ce pays en général, et ils présentent régulièrement des allégations sensationnelles ».2

En publiant un « Livre Blanc sur la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme et la protection des droits humains au Xinjiang », le 18 mars 2019, le gouvernement chinois a répondu à ces allégations.3 Peu commenté en Occident – et pour cause – , le terrorisme djihadiste qui a frappé durement la Chine dans les années 2009-2014 a créé dans ce pays un véritable traumatisme. Depuis le carnage qui fit 197 morts à Urumqi en mai 2009, les attentats commis par les séparatistes se sont multipliés : Kashgar en mai 2011 (15 morts), Hotan en juillet 2011 (4 morts), Pékin (sur la place Tiananmen) en octobre 2013 (5 morts), Kunming en mars 2014 (31 morts), puis à nouveau Urumqi en avril (3 morts) et en mai 2014 (39 morts). Encore cette énumération ne mentionne-t-elle que les attentats les plus sanglants sur le sol chinois.

Confrontées à un phénomène semblable à la terreur importée en Syrie, les autorités chinoises ont réagi sans mollir. Dans le « Livre blanc » précité, Pékin affirme que, depuis 2014, 2 955 terroristes ont été arrêtés, 2 052 explosifs saisis et 30 645 personnes sanctionnées pour 4 858 activités religieuses illégales. Le document indique aussi que 345 229 copies de textes religieux illégaux ont été confisquées. Contrairement à ce qu’affirme la presse occidentale, il ne s’agit pas du Coran, mais d’une littérature wahabite takfiriste qui transpire la haine à l’égard des musulmans n’appartenant pas à cette obédience sectaire. Dans un pays où le pouvoir politique est jugé sur sa capacité à garantir la stabilité, il va de soi que toute tentative de déstabilisation – a fortiori par le terrorisme aveugle – est combattue sans pitié.

On peut juger cette politique particulièrement répressive. Elle l’est, et les autorités chinoises ne s’en cachent pas. Un cap a sans doute été franchi lorsque la terreur s’est répandue hors de la province du Xinjiang. La perspective d’un embrasement général du pays a fait planer le spectre d’un scénario à la syrienne. Cette crainte était d’autant plus justifiée que la principale organisation séparatiste ouïghoure, le parti islamique du Turkestan, sévit en Chine comme en Syrie, où les Ouïghours (qui seraient encore au nombre de 15 000, familles incluses) sont particulièrement appréciés au sein de la mouvance djihadiste.4 Mais les défenseurs de cette noble cause oublient généralement de mentionner que cette organisation – qu’ils considèrent sans doute comme une association philanthropique – est la branche locale d’Al-Qaida.

Frappant à l’aveugle, ses attentats ont fait des centaines de morts. Devant cette vague de violence, que devait faire le gouvernement chinois ? Contrairement aux Etats occidentaux, la Chine n’expédie pas ses extrémistes chez les autres. Elle combat vraiment le terrorisme, elle ne fait pas semblant. La surveillance est généralisée, la répression sévère, la prévention systématique. La presse occidentale fustige les camps de rééducation chinois, mais elle observe un mutisme complice lorsque la CIA offre des camps d’entraînement aux terroristes. En Chine, la répression des activités extrémistes est massivement approuvée par la population, et cette politique a eu pour résultat de faire cesser la violence armée.

Mais les adversaires irréductibles du régime chinois font feu de tout bois : ils vont désormais jusqu’à incriminer son hostilité présumée à l’égard de l’islam. Or cette accusation repose sur du vent. La presse occidentale a cité des internautes qui auraient stigmatisé la religion musulmane et dénoncé la pratique du « halal ». Dans un pays où 300 millions de personnes tiennent un blog sur Internet et où la liberté de parole est beaucoup plus grande qu’on ne croit, des propos de toute nature sont tenus. Malheureusement, il y a des islamophobes en Chine comme ailleurs. Mais contrairement aux affirmations de la presse occidentale, le gouvernement chinois, de son côté, n’a jamais lancé de campagne contre la religion musulmane.

Car l’islam fait partie des cinq religions officiellement reconnues par la République populaire de Chine au côté du taoïsme, du bouddhisme, du catholicisme et du protestantisme. Les mosquées sont innombrables (35 000), et elles constituent parfois des joyaux du patrimoine national attestant l’ancienneté de la présence musulmane. Aucune discrimination légale ne frappe les musulmans, qui sont libres de pratiquer leur religion dans le respect des lois. Comme les Ouïghours, les musulmans Hui disposent également d’une région autonome, le Ningxia. Les femmes Hui portent souvent le hijab, et rien ne l’interdit. On trouve des restaurants halal à peu près partout, notamment dans les gares et les aéroports. A l’intérieur de la Chine, l’islam fait partie du paysage. A l’extérieur de ses frontières, la RPC coopère avec des dizaines de pays musulmans dans le cadre de la Nouvelle Route de la Soie.

Ceux qui soutiennent les séparatistes ouïghours et accusent Pékin de persécuter les musulmans commettent une triple erreur. Ils calomnient un pays qui n’a aucun contentieux avec le monde musulman et dont la politique a été saluée par l’Organisation de la Conférence islamique. Ils prennent parti pour des extrémistes affiliés à une organisation criminelle (Al-Qaida) dont la majorité des victimes sont de confession musulmane. Enfin, ils croient défendre les musulmans alors qu’ils servent les intérêts de Washington, qui est leur pire ennemi. Le problème du Xinjiang, ce n’est pas l’islam et sa prétendue persécution par les autorités chinoises. L’origine des troubles qui agitent cette partie du territoire chinois n’est pas religieuse, mais géopolitique : c’est l’instrumentalisation du religieux par des organisations sectaires qui doivent l’essentiel de leur nocivité à des complicités étrangères.

Le problème du Xinjiang n’est pas davantage celui de la nation ouïghoure, intégrée dans la République populaire de Chine depuis sa fondation en 1949. Le Xinjiang faisait déjà partie de l’empire des Qing (1644-1912) et la présence chinoise y remonte à la dynastie Tang, il y a 1300 ans. Qu’il y ait des difficultés de cohabitation entre les uns et les autres n’est guère étonnant, s’agissant d’un problème auquel n’échappe aucun pays au monde. L’accroissement du peuplement han a sans doute nourri un sentiment de frustration chez certains Ouïghours. Mais cette situation paraît difficilement réversible. Le brassage multi-séculaire des populations et la fixation progressive des frontières ont uni une multitude de nationalités au sein de la République populaire de Chine. Elle a hérité de son prédécesseur impérial sino-mandchou l’essentiel de son assise territoriale. Il se trouve que les Ouïghours en font partie, et cet héritage historique ne saurait être balayé d’un trait de plume.

Les détracteurs de la Chine affirment que les Han (90% de la population) sont dominateurs. Mais s’ils avaient voulu dominer les nationalités minoritaires, Pékin ne les aurait pas exemptées de la politique de l’enfant unique infligée à l’ethnie han de 1978 à 2015. Ce traitement de faveur a stimulé l’essor démographique des minorités, et notamment des Ouïghours. Utiliser le langage servant à décoder les pratiques coloniales pour expliquer la situation des nationalités en Chine n’a aucun sens. Depuis Mao, aucune discrimination ne frappe les minorités, bien au contraire. Malgré son éloignement et son aridité, le Xinjiang se développe au bénéfice d’une population multiethnique. Encouragé par des opposants inféodés à l’étranger et des droits-de-l’hommistes sans cervelle, le séparatisme ouïghour est une folie que vient redoubler une autre folie : celle du djihadisme planétaire parrainé par Washington depuis quarante ans.

De même que le gouvernement des Etats-Unis a poussé les feux du djihad contre l’Union soviétique en Afghanistan, puis armé ses « proxys » du Moyen-Orient contre la Syrie, il instrumentalise aujourd’hui la cause ouïghoure pour déstabiliser la Chine sur son flanc occidental. Ce n’est pas un hasard si le Département d’État a annoncé en septembre 2018 qu’il étudiait la possibilité de sanctions contre la Chine pour sa politique au Xinjiang. Comme d’habitude, le discours humanitaire des chancelleries occidentales et de leurs ONG satellisées est la face émergée de l’action clandestine visant à organiser la subversion par la terreur. Loi du genre, les pays visés sont toujours ceux dont l’indépendance et le dynamisme constituent une menace systémique pour l’hégémonie occidentale.

La propagande djihadiste ouïghoure, aujourd’hui plus que jamais, cible la République populaire de Chine. Pour ses prédicateurs, la « nation du Turkestan » (c’est sous ce nom qu’ils désignent la majeure partie de l’Asie centrale turcophone) subit une oppression insupportable sur son versant oriental (Chine) comme sur son versant occidental (Russie). Lançant un appel au boycott de la Chine, ils fustigent les sévices historiques qui auraient été infligés par les Chinois aux Ouïghours, mentionnant des choses aussi absurdes que « le viol des musulmanes » ou « l’obligation de manger du porc ». Désenchanté par la tournure des événements au Proche-Orient, poussé par les services de renseignements turcs, le mouvement djihadiste du Turkestan a réorienté son combat : désormais, il entend frapper à nouveau l’ennemi proche (la Chine) plutôt que l’ennemi lointain (la Syrie).5

Il faudrait être naïf pour croire que la coïncidence entre cette propagande djihadiste, la fébrilité des opposants chinois et la stigmatisation de la Chine par les médias occidentaux est fortuite. Si l’on fait pleurer dans les chaumières sur le peuple ouïghour opprimé, ce n’est pas pour rien. Le moment est bien choisi. Alliée de la Russie, la Chine a fourni une aide précieuse à la Syrie dans son combat contre les mercenaires de l’Occident. Marginalisant les USA, elle participe activement à la reconstruction du pays. En Amérique du sud, elle soutient le Venezuela en lui achetant son pétrole, mettant en échec l’embargo occidental. La guerre commerciale avec Pékin est au mieux un jeu à somme nulle, et Washington en perçoit les limites. La réalité, c’est que la Chine est la puissance montante, les USA la puissance déclinante. Lorsque les deux courbes se croisent, tout est bon, du point de vue des perdants, pour tenter d’enrayer le cours des choses.

Notes: 

1https://tbinternet.ohchr.org/Treaties/CERD/Shared%20Documents/CHN/INT_CERD_NGO_CHN_31915_E.pdf

2https://www.legrandsoir.info/non-l-onu-n-a-pas-accuse-la-chine-de-detenir-des-musulmans-ouighours-dans-des-camps-the-grayzone-project.html

3http://www.ecns.cn/news/politics/2019-03-18/detail-ifzfmzhu2192664.shtml

4https://asialyst.com/fr/2019/02/08/remi-castets-syirie-ouighours-respectes-jihadistes-chine-xinjiang/

5https://www.madaniya.info/2018/12/03/ouighour-le-parti-islamiste-du-turkestan-en-route-vers-la-mondialisation-de-son-combat-avec-un-ciblage-prioritaire-la-chine-et-les-bouddhistes

 

Commémoration de vingtième anniversaire de la guerre de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie

Curieusement baptisée “Opération Force alliée”, la guerre de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie, certes en voie de dislocation, a duré 78 jours, du 23 mars au 10 juin 1999.

Décidée à la suite de l’échec des pourparlers entre les indépendantistes kosovars et la Yougoslavie, cette guerre se traduisit par le bombardement de la Serbie, principalement par les forces aériennes des EEUU, mais avec la participation active de la plupart des Etats membres de l’OTAN, à commencer par la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, l’Espagne, le Canada, la Turquie, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark ainsi que l’Allemagne dont ce fut la première opération militaire à l’étranger depuis la IIe Guerre mondiale.

Pour les juristes indépendants, il ne fait guère de doute que cette guerre constitue une violation flagrante de la Charte des Nations unies, du droit international et même du ius in bello, car y furent utilisées des bombes à uranium appauvri qui continuent, vingt ans après, de causer souffrances et morts.

Cette guerre déboucha sur la proclamation de l’indépendance du Kossovo reconnue par un grand nombre d’Etats mais contestée par beaucoup d’autres. On en ignore souvent une autre conséquence, à savoir l’implantation au Kossovo par les EEUU d’une base militaire gigantesque puisqu’elle occupe une superficie de 3,865 km2, soit nettement plus que celle du Grand duché de Luxembourg (2’586 km2).

Pour commémorer ce vingtième anniversaire d’une guerre qui fut la première d’une série d’entreprises similaires déclenchées ailleurs dans le monde par le EEUU, une Conférence internationale pacifiste intitulée “Ne jamais oublier : favoriser la paix et la prospérité au lieu de la guerre et la pauvreté”, s’est tenue à Belgrade sous la présidence de Zivadin Jovanovic qui fut ministre des affaires étrangères de Yougoslavie de 1998 à 2000. Cette conférence rassembla plus de deux cents personnalités issues d’une trentaine de pays.

Le journal suisse Horizons et débats consacre, dans son numéro du 15 avril 2019, plusieurs articles à cette manifestation et à cet anniversaire. Nous en reproduisons trois ci-après.

  IR