Moyen-Orient :

Les bombardements de Biden

ne profitent qu’à l’industrie de l’armement

par Glenn Greenwald

Source : Les crises, 23.07.2021

https://www.les-crises.fr/les-bombardements-de-biden-au-moyen-orient-profitent-uniquement-a-l-industrie-de-l-armement-par-glenn-greenwald/

(Traduit par les lecteurs du site Les crises)

Source originaire : 28.06.2021

https://greenwald.substack.com/p/bidens-lawless-bombing-of-iraq-and

Pour la deuxième fois en cinq mois depuis son investiture, le président Joe Biden a ordonné dimanche un bombardement américain sur la Syrie, et pour la première fois, il a également bombardé l’Irak. La justification offerte était la même que celle de la première attaque aérienne de Biden en février : les États-Unis, selon les termes du porte-parole du Pentagone John Kirby, « ont mené des frappes aériennes défensives de précision contre des installations utilisées par des milices soutenues par l’Iran dans la région frontalière entre l’Irak et la Syrie. » Il a ajouté que « les États-Unis ont agi conformément à leur droit de légitime défense. »

Cette déclaration formelle du Pentagone contient tant de propagande et d’euphémismes qu’elle révèle à elle seule la nature frauduleuse de ce qui a été fait. Pour commencer, comment les frappes aériennes américaines menées en Irak et en Syrie peuvent-elles être de nature « défensive » ? Comment peuvent-elles être un « acte d’autodéfense ?» Personne ne suggère que les cibles de la campagne de bombardement ont l’intention ou la capacité de frapper la « patrie » américaine elle-même. Ni la Syrie ni l’Irak ne sont des colonies américaines ou des propriétés américaines, et les États-Unis n’ont aucun droit légal de faire la guerre dans ces pays, ce qui rend l’affirmation selon laquelle les frappes aériennes sont « défensives » et constituent un « acte d’autodéfense » intrinsèquement trompeuse.

La description que fait le Pentagone des personnes bombardées par les États-Unis – « des milices soutenues par l’Iran » – vise à masquer la réalité. Biden n’a pas bombardé l’Iran ni ordonné que des Iraniens soient bombardés ou tués. Les cibles de l’agression américaine étaient les Irakiens dans leur propre pays, et les Syriens dans leur propre pays. Seule la machine de guerre américaine et ses médias serviles peuvent prendre au sérieux l’affirmation de l’administration Biden selon laquelle les bombes larguées sur des personnes dans leur propre pays étaient de nature « défensive ». L’invocation de l’Iran n’a d’autre but que de stimuler l’opposition émotionnelle au gouvernement de ce pays chez de nombreux Américains, dans l’espoir que l’aversion viscérale pour les dirigeants iraniens l’emporte sur les facultés rationnelles qui reconnaîtraient immédiatement la tromperie et l’illégalité inhérentes aux arguments du Pentagone.

Au-delà de la justification propagandiste se pose la question de la légalité, bien que le fait même de l’appeler une question la rende plus digne qu’elle ne le mérite. Il n’y a aucune autorisation concevable du Congrès – aucune, zéro – pour le largage de bombes en Syrie par Biden. Le déploiement par Obama d’agents de la CIA en Syrie et les années de recours à la force pour renverser le dirigeant syrien Bachar el-Assad n’ont jamais reçu la moindre approbation du Congrès, pas plus que le bombardement par Trump des forces d’Assad (encouragé par Hillary Clinton, qui en voulait plus), pas plus que la campagne de bombardement de Biden en Syrie aujourd’hui. C’était et c’est purement anarchique, illégal. Et il en va de même pour le bombardement de l’Irak. L’autorisation de 2002 de recourir à la force militaire (AUMF) en Irak, dont l’abrogation a été votée par la Chambre des représentants la semaine dernière, ne fournit plus depuis longtemps de justification légale à la présence des troupes américaines et aux campagnes de bombardement dans ce pays.

Dans sa déclaration justifiant les raids de bombardement, le Pentagone de Biden s’est à peine donné la peine de prétendre que tout cela est légal. Il n’a cité ni l’AUMF de 2002 pour l’Irak ni l’AUMF de 2001 autorisant le recours à la force contre les responsables du 11 Septembre (une catégorie qui, manifestement, n’incluait pas l’Iran, l’Irak ou la Syrie). Au lieu de cela, comme à l’époque de John Yoo et de Dick Cheney, le ministère de la Défense de Biden a prétendu « qu’en vertu du droit international, les États-Unis ont agi conformément à leur droit de légitime défense » et a affirmé avec désinvolture « qu’en vertu du droit national, le président a pris cette mesure conformément à l’article II de son autorité pour protéger le personnel américain en Irak. »

Ces affirmations ne sont rien de moins qu’une blague. Personne ne croit sérieusement que Joe Biden a l’autorité du Congrès pour bombarder la Syrie et l’Irak, ni pour bombarder les forces « soutenues par l’Iran » de quelque nature que ce soit. Comme l’a dit Spencer Ackerman, journaliste de longue date du Daily Beast sur la guerre contre la terreur, dimanche soir, les discussions sur la légalité à ce stade sont « parodiques » parce qu’en ce qui concerne les guerres sans fin des États-Unis au nom de la guerre contre la terreur, « nous avons dépassé la légalité il y a de nombreuses années. Les citations d’autorisation ne sont que des prétextes écrits par des avocats qui ont besoin de pantomimer la légalité. La présence américaine en Syrie est manifestement illégale. De telles choses n’arrêtent jamais les États-Unis. »

C’est exactement cela. Le gouvernement américain est une entité sans loi. Il viole la loi, y compris sa propre Constitution, quand il le veut. L’exigence selon laquelle aucune guerre ne peut être menée sans l’autorisation du Congrès n’est pas un ennui bureaucratique accessoire, mais était complètement centrale dans la conception du pays. L’article I, section 8 ne pourrait être plus clair : « Le Congrès aura le pouvoir […] de déclarer la guerre. » Deux mois après avoir commencé à écrire sur la politique – en décembre 2005 – j’ai écrit un long article compilant les arguments des Federalist Papers qui insistaient sur le fait que permettre au président de disposer de pouvoirs incontrôlés pour faire la guerre sans l’approbation du public – par l’intermédiaire de ses représentants au Congrès – était un danger unique pour l’avènement du type de tyrannie dont ils venaient de se libérer, et un autre article en 2007 qui faisait de même :

La Constitution – tout en faisant du président le général le plus haut placé pour diriger la manière dont les guerres approuvées par les citoyens sont menées – lie l’utilisation de la force militaire à l’approbation des citoyens américains de multiples façons, non seulement en interdisant les guerres en l’absence d’une déclaration du Congrès (bien qu’elle impose cette exigence très ignorée), mais aussi en exigeant l’approbation du Congrès tous les deux ans simplement pour avoir une armée. Dans le Fédéraliste 26, voici ce que dit Alexander Hamilton pour expliquer le raisonnement qui sous-tend cette dernière exigence (l’accent est mis dans l’original) :

La législature des États-Unis sera obligée par cette disposition, une fois au moins tous les deux ans, de délibérer sur l’opportunité de maintenir une force militaire sur pied ; d’arriver à une nouvelle résolution sur le point ; et de déclarer leur sens de la question par un vote formel devant leurs électeurs. Ils n’ont pas la liberté de confier au département exécutif des fonds permanents pour le soutien d’une armée, s’ils étaient même assez imprudents pour être disposés à lui accorder une confiance aussi inappropriée.

L’opposition publique est le principal frein à l’utilisation malavisée de la force militaire. Dans le Fédéraliste 24, Hamilton explique que l’exigence d’une délibération démocratique constante sur l’armée américaine est « une grande et réelle sécurité contre les établissements militaires sans nécessité évidente » […]

Trouver un moyen d’imposer des contrôles sur les capacités du président à faire la guerre était un objectif clé des fondateurs. Dans le Fédéraliste 4, John Jay a identifié comme une menace principale pour la République le fait que des dirigeants insuffisamment contrôlés « feront souvent la guerre alors que leurs nations n’ont rien à y gagner, mais pour des buts et des objets purement personnels, tels que la soif de gloire militaire, la vengeance pour des affronts personnels, l’ambition, ou des accords privés pour agrandir ou soutenir leurs familles ou partisans particuliers. Ces motifs et une variété d’autres, qui n’affectent que l’esprit du souverain, le conduisent souvent à s’engager dans des guerres non sanctifiées par la justice ou la voix et les intérêts de son peuple. »

Mais comme le dit Ackerman, discuter de la légalité à ce stade n’a aucun sens, c’est un geste vide, une blague. Cela donne beaucoup trop de crédit à la classe dirigeante américaine, car cela implique qu’elle se soucie de savoir si sa posture de guerre sans fin est légale. Ils savent qu’elle est illégale et ne s’en soucient pas du tout. Beaucoup ont oublié que le président Obama a non seulement impliqué les États-Unis dans une guerre dévastatrice de changement de régime en Libye sans l’approbation du Congrès, mais, pire encore, qu’il a continué à le faire même après que la Chambre des représentants ait voté contre l’autorisation de recourir à la force en Libye. Obama a ignoré le vote de la Chambre et a tout de même maintenu des troupes en Libye dans le cadre d’une mission de l’OTAN, prétendant que l’autorisation de l’OTAN et de l’ONU l’autorisait d’une certaine manière à agir de la sorte malgré le vote négatif du Congrès de son propre pays, reflétant une opposition écrasante de la part des citoyens. (L’autorisation de l’ONU – même si elle pouvait d’une manière ou d’une autre supplanter la Constitution américaine – ne permettait l’usage de la force que pour protéger les civils, et non pour renverser le gouvernement libyen, ce qui est devenu rapidement et de manière prévisible la mission de l’OTAN, la rendant clairement illégale).

C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai trouvé le discours de l’ère Trump si suffocant de malhonnêteté et de fraude. J’ai commencé à écrire sur la politique en 2005 afin de documenter l’anarchie systémique qui était devenue la guerre Bush/Cheney contre le terrorisme, entièrement bipartisane. Les théories du pouvoir exécutif qui ont été adoptées – selon lesquelles le président a le droit de faire tout ce qu’il veut en vertu de l’article II, indépendamment des lois du Congrès ou de toute autre action des tribunaux ou des citoyens, y compris l’espionnage des citoyens américains sans mandat – étaient l’expression pure de l’autoritarisme et de l’anarchie. Cette anarchie a non seulement continué, mais s’est gravement aggravée sous l’administration Obama, avec la guerre en Libye, le droit revendiqué d’assassiner n’importe qui dans le monde sans procédure régulière, y compris des citoyens américains, et la guerre secrète de la CIA pour le changement de régime en Syrie.

Avoir à regarder les agents de Bush/Cheney et d’Obama/Biden qui ont inauguré cet état permanent d’illégalité et de guerres sans loi se pavaner pendant les années Trump comme de nobles défenseurs de l’État de droit sacré – tout en étant célébrés et en profitant largement – était nauséabond dans le meilleur des cas. Les élites américaines ne se soucient pas de l’état de droit ou de la Constitution. C’est en l’ignorant qu’elles se donnent du pouvoir aux dépens des citoyens. C’est pourquoi très peu de gens se soucieront du fait que Biden (en admettant pour un instant que ce soit lui) a ordonné le bombardement de deux pays sans le moindre soupçon d’autorité légale pour le faire.

S’il semble frivole de soulever des questions de légalité – puisque si peu de gens à Washington se soucient de ces questions – la vraie question primordiale est la plus simple. Pourquoi les États-Unis maintiennent-ils une présence militaire en Irak et en Syrie ? Quels avantages concevables les citoyens américains retirent-ils des dépenses massives nécessaires pour maintenir les troupes américaines stationnées dans ces deux pays, des risques encourus par ces troupes, de l’acquisition sans fin de bombes et d’autres armes pour combattre là-bas, et des dangers évidents mais graves que représente le déclenchement d’une escalade avec des armées puissantes qui – contrairement aux États-Unis – ont en fait un intérêt vital dans ce qui se passe dans leurs pays limitrophes ?

Si l’Américain ordinaire ne fait que souffrir de tout cela, certains secteurs de la société américaine en profitent incontestablement. La société que le secrétaire à la Défense de Biden, Lloyd Austin, a quitté pour diriger le Pentagone – Raytheon – a besoin d’un déploiement continu de troupes et d’une guerre permanente pour être rentable. Selon le New York Times, c’est « le secrétaire à la défense Lloyd J. Austin III et le général Mark A. Milley, le président des chefs d’état-major interarmées, qui ont informé Biden des options d’attaque au début de la semaine dernière «, après quoi « Biden a approuvé l’attaque des trois cibles ». Les collègues du général Austin au conseil d’administration de Raytheon, ainsi que ses camarades aux conseils d’administration de General Dynamics et de Boeing, sont donc certainement ravis de cette attaque.

En effet, quiconque investit dans une guerre sans fin au Moyen-Orient – y compris l’ensemble de la communauté du renseignement américaine et l’industrie de l’armement qui s’en nourrissent – doit être ravi par tout cela. Chaque fois que les États-Unis « ripostent » contre l’Iran, les milices irakiennes ou les combattants syriens, ils les poussent à « riposter » à leur tour, ce qui est cité comme la raison pour laquelle les États-Unis ne peuvent jamais partir mais doivent au contraire continuer à riposter, assurant ainsi que ce cycle ne se termine jamais. Cela crée également une réserve sans fin de personnes en colère dans cette région qui détestent les États-Unis pour avoir apporté la mort et la destruction dans leurs pays avec des bombes qui ne cessent de tomber et qui veulent donc riposter : ce que nous sommes tous censés appeler le « terrorisme ». Voilà ce que signifie une guerre sans fin : une guerre conçue pour ne jamais se terminer, une guerre aussi éloignée que possible des questions réelles d’autodéfense et qui fabrique sa propre justification interne pour la poursuivre.

Mais ce qui ne fait aucun doute, c’est que cette guerre illégale et sans fin au Moyen-Orient ne fait que nuire aux citoyens américains. Alors qu’on leur dit qu’ils ne peuvent pas jouir d’un niveau de vie durable, sans parler de qualité, sans cumuler deux ou trois salaires misérables et sans avantages sociaux dans des entreprises géantes, et alors que plus d’Américains que jamais continuent à vivre chez leurs parents et restent financièrement incapables de fonder une famille, les États-Unis continuent à dépenser plus pour leur armée que les treize pays suivants réunis. Cela se poursuit depuis près de deux décennies maintenant parce que les ailes de l’establishment des deux partis le soutiennent. Ni l’un ni l’autre ne croit en la Constitution ou en l’État de droit, et ils ne se soucient pas le moins du monde des intérêts de qui que ce soit d’autre que les grandes entreprises qui financent les ailes de l’establishment des deux partis. Les bombes qui sont tombées sur la Syrie et l’Irak la nuit dernière étaient pour eux et eux seuls.

Lettre à un ami haut-fonctionnaire de l’Union européenne

 Ivo Rens

Professeur honoraire

Faculté de droit, Université de Genève

Horizons et débats, Zurich, 22 juin 2021

Cher ami,

J’ai bien reçu ta lettre du 3 juin dans laquelle tu exprimes la surprise que t’a causée l’abandon par la Suisse du projet d’Accord-cadre qui avait été négocié des années durant entre elle et l’Union européenne. En tant que lecteur fidèle du journal suisse Le Temps, tu inclines à penser, avec lui, que le Conseil fédéral a fait une énorme gaffe en désavouant de facto ses négociateurs depuis 2013 et en se désavouant lui-même pour cette même période.

Sans doute, y a-t-il eu des erreurs commises par les négociateurs suisses au cours de ces négociations et, il faudra bien que, un jour, la lumière soit faite sur les vrais responsables de ces erreurs, probablement parmi les conseillers fédéraux qui se sont succédés à Berne aux Affaires étrangères. Mais il y a aussi, me semble-t-il, des erreurs commises par les négociateurs de l’UE qui, par une escobarderie juridique, ont obtenu que la Cour de justice de l’Union européenne devienne l’arbitre ultime des différends susceptibles de survenir entre les parties. Ce faisant, le projet d’Accord-cadre faisait disparaître dans une trappe la souveraineté suisse.

Les négociateurs de l’Union européenne semblent n’avoir pas mesuré toutes les conséquences de cette disparition. Je ne pense pas seulement à la marginalisation programmée des institutions de la démocratie semi-directe pratiquées en Suisse mais surtout aux conséquences internationales de la disparition d’une pratique de la neutralité, unique en droit international, qui fait que la Suisse a été choisie par Joe Biden et Vladimir Poutine pour se rencontrer sur son sol le 16 juin, comme tant d’autres représentants d’Etats en conflits ou en délicatesses l’ont fait depuis la IIe Guerre mondiale. Or, le statut international de cette neutralité est solidaire de la souveraineté de la Confédération suisse.

Il est une conséquence de ce projet qui n’a pratiquement jamais été portée devant l’opinion publique, à savoir le progressif démembrement de la Genève internationale qu’implique à terme la disparition programmée de la neutralité suisse tributaire de la souveraineté suisse. Bien sûr, toutes les institutions internationales ne disparaîtraient pas de Genève du jour au lendemain et peut-être quelques-unes, comme le CICR, y sont-elles à demeure. Mais, d’autres villes de par le monde ne tarderaient pas à faire valoir leurs prétentions internationales, voire leurs avantages, par exemple Singapour.

Singapour présente l’avantage d’être située dans une région du monde en plein essor économique et politique, en osmose culturelle avec le géant chinois auquel elle n’est pas inféodée. Fût-ce dans l’ordre culturel et géopolitique, est-il indifférent à l’Union européenne que Singapour, par exemple, remplace la Genève internationale ? Il me semble que la question mérite à tout le moins d’être posée et débattue par les organes dirigeants de l’Union européenne, ce qui, n’a pas été le cas, autant que je sache.

Voilà, cher ami, quelques réflexions que m’inspire la sage décision prise par Berne d’abandonner le projet d’Accord-cadre avec l’Union européenne. Bien entendu, il importe à la Suisse et à l’Union européenne de sauvegarder leurs innombrables relations économiques et sociales en trouvant un nouveau modus vivendi, mutuellement acceptable, et donc dénué d’escobarderie !

Amitiés,

Ivo.

Pompeo Escapes Without a Scratch

Caitlin Johnstone

January 19, 2021

Source : https://consortiumnews.com/2021/01/19/pompeo-escapes-without-a-scratch/

Original source : https://caitlinjohnstone.com/

My eclectic news feed looks odd as the hours count down to the end of the Trump administration. Westerners are largely celebrating the exit of President Donald Trump himself, whereas among those I follow who are in areas targeted by U.S. imperialism, the man they’re happiest to see go is Secretary of State Mike Pompeo.

It looks very bizarre, as this part of our weird collective adventure comes to an end, how Pompeo’s tenure, first as CIA director and then secretary of state, was almost entirely unmarred by criticism from the political/media class. This is after all a man whose word and deed have been easily more depraved than Trump’s during this profoundly corrupt administration, yet both rank-and-file Democrats and rank-and-file Republicans have been kept only dimly aware of his existence amidst the nonstop scandalous shrieking about the president and his other goons.

This is the man who has spearheaded all of this administration’s most depraved initiatives, like its latest Yemen sanctions which the UN World Food Programme executive director says is “literally is going to be a death sentence to hundreds of thousands, if not millions of innocent people”, its Venezuela regime change ops which have starved untold tens of thousands of civilians to death, its murderous brinkmanship with Iran, and its world-threatening cold war escalations against Russia and China.

The man who openly boasted about lying, cheating and stealing in the CIA. The man who privately said the U.S. would intervene to prevent Jeremy Corbyn from becoming prime Minister in the UK. The man who admitted the U.S. is slamming Iranians with starvation sanctions to force them to rise up against their government. 

The man who designated WikiLeaks a “non-state hostile intelligence service” as Julian Assange’s imprisonment was being orchestrated.

This person is disgusting. You could hardly find a worse specimen of human life than Mike Pompeo. Yet amid all the mainstream news media’s relentless histrionics about the Trump administration, criticism of Trump’s own secretary of state has remained a rare sight there, and shrill vitriol like that to which we’ve become accustomed against the rest of Trump’s inner circle has never existed.

After all this time and after all his depraved actions, he is walking away with nary a scratch of media criticism on him.

Normal Depravity

This is because Mike Pompeo’s depravity is the “normal” kind. The kind we’re all meant to be used to. The psychotic, mass murdering American exceptionalist imperialism that the billionaire news media exists to protect and facilitate.

You don’t bite the hand that feeds you, and you don’t attack the man who serves the same empire as you. Gotta maintain that access journalism. This could be your next president, after all.

Pompeo’s exit provides a very short respite between the time he leaves for whatever lucrative neocon think tank gigs he winds up with and the time he re-emerges from the sea like Cthulhu to once again try to devour the world.

He will be replaced as secretary of state in that interim by Tony Blinken, who is another psychopath because that is a job requirement.

The U.S. Department of Defense used to be called the Department of War, which would be a much more honest label today for a military which virtually never operates in any way that could be described as defensive. An even more suitable name would be the Department of Eternal War.

The State Department was meant to be the counterpart to the War Department, focusing on diplomacy and peace. What ended up happening as the U.S. government morphed into a globe-spanning empire dependent on endless violence and aggression is that the State Department wound up focusing more and more on manufacturing interventionist narratives on the world stage to gin up international support for starvation sanctions, proxy wars and war coalitions.

So in practice the U.S. ended up with two war departments: the DoD and the State Department. Which is why you’ve seen the nation’s secretaries of state becoming more and more jingoistic and psychopathic, to the point where some sort of antisocial personality disorder is really a job requirement for the position. Hence Psycho Mike.

I wish humanity a pleasant sigh of relief on Pompeo’s exit. Please enjoy it as much as possible until the Biden administration does whatever horrifying things it’s going to do, and until the eldritch monster re-emerges from the sea.

Caitlin Johnstone is a rogue journalist, poet, and utopia prepper who publishes regularly at Medium.   Her work is entirely reader-supported, so if you enjoyed this piece please consider sharing it around, liking her on Facebook, following her antics on Twitter, checking out her podcast on either YoutubesoundcloudApple podcasts or Spotify, following her on Steemit, throwing some money into her tip jar on Patreon or Paypal, purchasing some of her sweet merchandise, buying her books Rogue Nation: Psychonautical Adventures With Caitlin Johnstone and Woke: A Field Guide for Utopia Preppers.

Au Yémen, nous sommes les terroristes

par Caitlin Johnstone
17 décembre 2020
Source : Investig’Action
Source originaire : Le blog de Caitlin Johnstone
Traduit de l’anglais par JL pour Investig’Action

La guerre du Yémen est sans doute la pire chose qui se passe actuellement dans le monde. Et la situation ne devrait pas s’améliorer alors que les États-Unis veulent inscrire les rebelles Houtis sur leur liste des organisations terroristes. La guerre a pourtant déjà fait des centaines de milliers de morts. Pouvons-nous y faire quelque chose ou sommes-nous condamnés à la complicité, en regardant ailleurs pendant que des enfants meurent de faim et du choléra? (IGA)

L’administration Trump serait sur le point de placer les rebelles Houthis du Yémen sur sa liste officielle des organisations terroristes dans le but de les priver d’argent et de ressources. Le chef du Programme alimentaire mondial des Nations Unies, ainsi que de nombreux autres experts, prévient que cette désignation prolongera l’horrible guerre qui a coûté la vie à plus d’un quart de millions de personnes et créera une barrière impénétrable de paperasserie empêchant l’aide humanitaire de parvenir au peuple yéménite.

Les Nations Unies estiment prudemment qu’environ 233 000 Yéménites ont été tués, surtout par des « causes indirectes », dans la guerre entre les Houthis et la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, soutenue par les États-Unis. Ces causes indirectes seraient la maladie et la famine résultant de ce que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, appelle «la pire famine que le monde ait connue depuis des décennies».

Lorsque les gens entendent le mot «famine», ils pensent généralement à la faim de masse causée par des sécheresses ou d’autres phénomènes naturels. Mais en réalité, les décès par la famine que nous voyons au Yémen (dont un énorme pourcentage sont des enfants de moins de cinq ans) sont causés par quelque chose qui n’est pas plus naturel que les morts de famine que vous verriez dans un siège médiéval. Ils sont le résultat de l’application d’un blocus par la coalition saoudienne et de ses bombardements ciblés sur des fermes, des bateaux de pêche, des marchés, des sites de stockage de nourriture et des centres de traitement du choléra. L’objectif est de rendre les régions contrôlées par les Houthis du Yémen si faibles et misérables qu’elles se brisent.

En d’autres termes, les États-Unis et leurs alliés ont aidé l’Arabie saoudite à tuer délibérément des enfants et d’autres civils à grande échelle afin d’atteindre un objectif politique. Ce qui serait bien entendu un exemple parfait de toute définition standard du terrorisme.

Nous sommes les terroristes. L’Arabie saoudite, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada, la France et tous les autres pays qui ont facilité les horribles atrocités de masse au Yémen – cette alliance étroite de puissances mondiales constitue une organisation terroriste comme le monde n’en a jamais vu auparavant. Et l’empire US, terriblement sauvage et sanguinaire, désigne à présent les Houthis comme une organisation terroriste. C’est la blague la moins drôle qui ait jamais été racontée.

Nous sommes les terroristes. Je dis «nous» au lieu de nos gouvernements, parce que si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous, en tant que population civile, sommes complices de ce massacre. Les horreurs au Yémen sont sans aucun doute la pire chose qui se passe dans le monde en ce moment, mais elles constituent à peine une tâche sur notre conscience sociale. L’écrasante majorité d’entre nous a vu les photos et les vidéos d’enfants yéménites affamés, a pensé à quelque chose du genre «Oh une famine, c’est si triste» puis est retournée à ses réflexions sur le sport ou toute autre absurdité insipide qui occupent la plus grande partie de notre attention.

Nous sommes les terroristes. Oui, il est vrai que nous avons été conditionnés dans notre complicité avec ce terrorisme. Et si les médias faisaient leur prétendu travail, le Yémen serait au centre de notre attention. Mais nous sommes toujours complices, nous y participons toujours, vivant dans une société où le massacre et la brutalité n’amènent pas à se lever ni à utiliser la force du nombre pour exiger un changement. Ce n’est pas parce que vous l’ignorez que vous ne dormez pas sur un lit d’enfants massacrés.

Nous sommes les terroristes. Mais nous n’avons pas à l’être.

Nous pouvons commencer à nous réveiller ensemble. Réveiller nos amis et voisins, répandre la conscience de ce qui se passe, sensibiliser aux horreurs que nos gouvernements sont en train de commettre au Yémen et dans d’autres pays au nom de la domination impérialiste, s’entraider pour voir à travers les voiles de la propagande à quel point des vies et des ressources sont sacrifiées pour infliger une terreur indicible au lieu de profiter à l’humanité.

Le gouvernement étasunien pourrait presqu’immédiatement mettre fin aux horreurs du Yémen s’il le voulait vraiment. Si le maintien de l’hégémonie unipolaire reposait soudainement sur la victoire des Houtis plutôt que sur la poursuit de combats visant à préserver un régime aligné sur Washington, les Saoudiens se retireraient et la guerre serait terminée en quelques jours. Nous pourrions y arriver si nous parvenions à sensibiliser suffisamment sur la réalité de ce qui se passe au Yémen.

Brisez le silence sur le Yémen. Faites pression sur Biden pour qu’il tienne sa promesse électorale de mettre fin à la guerre initiée sous l’administration Obama-Biden. Opposez-vous à l’impérialisme US. Dénoncez les médias de masse qui refusent de nous donner une image claire de ce qui se passe dans le monde. Aidez les gens à réaliser que leur perception de la réalité est continuellement déformée par les puissants.

Nous mettrons fin à notre complicité dans le terrorisme de l’Empire en réveillant les citoyens de cet empire et en leur ouvrant les yeux sur les actes de terreur qu’il commet.

Les articles de Caitlin sont entièrement pris en charge par les lecteurs, donc si vous avez apprécié cette pièce, pensez à la partager, à l’aimer sur Facebook, à suivre ses singeries sur Twitter, à consulter son podcast, à jeter de l’argent dans son chapeau sur Patreon ou Paypal, ou à acheter son livre Woke: A Field Guide for Utopia Preppers. https://caitlinjohnstone.com

Paix sur Terre …

Réflexions sur la nature de la neutralité Suisse

par Werner Wüthrich

Horizons et débats

No 28/29, 22 décembre 2020

Zeit-Fragen, Zurich

https://www.zeit-fragen.ch/fr/archives/2020/n-2829-22-decembre-2020/paix-sur-terre.html

L’ONU à Genève. (Photo UN Photo/Jean-Marc Ferré)

Le 30 octobre 2020, les conseillers fédéraux Simonetta Sommaruga et Ignazio Cassis ont présenté la candidature de la Suisse à un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Ce dernier a besoin de membres qui savent «construire des ponts», a déclaré Mme Simonetta Sommaruga. En même temps, l’ancienne conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey vient de publier un livre intitulé «Neutralité. Entre mythe et modèle» (ISBN 978-3-03810-493-3). C’est un livre ambitieux dont la lecture est à conseiller mais cependant, cet ouvrage n’est pas libre de contradictions. L’auteure y donne un aperçu approfondi de la neutralité tout en préparant le terrain pour l’obtention par la Suisse d’un siège au Conseil de sécurité. J’avance par contre quelques réflexions allant dans le sens qu’il existe bien davantage de façons d’œuvrer en faveur de la paix qu’au travers de l’obtention d’un siège au Conseil de sécurité.

La neutralité est profondément ancrée dans la société suisse. Chaque année, l’ETH Zurich mène des enquêtes démontrant que bien plus de 90 % de la population soutient et adhère à la neutralité, la démocratie directe, le fédéralisme et la neutralité sont au cœur de la compréhension que la Suisse a d’elle-même en tant qu’Etat. 

Il importe de distinguer le droit de la neutralité de la politique de neutralité. Le droitde la neutralité est basé sur un nombre restreint d’accords, comme l’accord de La Haye de 1907, et s’applique principalement en cas de guerre (l’accord de la Haye défend à tout pays neutre d’accorder des droits de passage ou de survol aux parties en conflit puisqu’il ne peut, lui-même, prendre parti aux guerres. Le commerce, toutefois, est autorisé avec toutes les parties). En ce qui concerne la politiquede neutralité, en revanche, elle détermine la politique au sens général. Au cours de l’histoire, la politique suisse de neutralité a pris des formes et des visages très différents. Après la Première Guerre mondiale, la Suisse a participé à la Société des Nations et a soutenu les sanctions économiques contre les pays qui ne respectaient pas le droit international, ce qui conduisit à des situations difficiles – notamment dans les relations avec l’Italie lorsque celle-ci attaqua l’Abyssinie. Après la Seconde Guerre mondiale, le Conseil fédéral s’est engagé en faveur de la «neutralité intégrale». La Suisse s’est efforcée de ne pas prendre parti dans les conflits, que ce soit sur le plan politique ou économique, position qui explique pourquoi elle n’a adhéré à l’ONU qu’en 2002. La Suisse s’est mise un «corset serré», écrit Mme Calmy-Rey, ayant limité sa capacité d’action. 

Est-ce vraiment le cas? L’ONU avait établi son deuxième siège le plus important à Genève, en Suisse, un pays non membre. Cela a créé une multitude de possibilités. Avant de rejoindre l’ONU, la Suisse avait déjà participé activement à toutes les sous-organisations de l’ONU contribuant à leur financement de manière considérablement au-dessus de la moyenne. Ce type de neutralité s’est avéré être un avantage dans de nombreux cas et a été apprécié. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est également basé en Suisse. Ses activités s’inscrivent dans une démarche de neutralité. Toutefois, cette attitude a également suscité des critiques – par exemple lorsqu’elle n’a pas soutenu les sanctions contre l’Afrique du Sud en raison de l’apartheid. 

«Une politique de 
neutralité active et pragmatique»

Dans les années 90 – parallèlement au désir d’adhérer à l’UE – l’attitude du Conseil fédéral a changé. Mme Calmy-Rey parle de neutralité active et pragmatique. La Suisse a été et, encore aujourd’hui, est souvent impliquée dans des sanctions internationales et se montre favorable aux mesures coercitives décidées par les Etats occidentaux – par exemple, récemment contre la Russie. Mme Calmy-Rey mentionne le Kosovo à plusieurs reprises. En tant que ministre des affaires étrangères, elle a contribué à ce que la Suisse soit l’un des premiers pays à reconnaître le Kosovo, qui s’est séparé de la Serbie après la guerre de bombardement de l’OTAN contre la Yougoslavie (bien que d’importantes conditions préalables à la formation d’un Etat furent et demeurent toujours absentes). La situation reste instable et le Kosovo est loin d’être un pays prospère. Près de 20 ans après la guerre, des soldats de différents pays, dont la Suisse, sont toujours sur place pour empêcher un nouvel éclatement du conflit. La situationexceptionnelle des droits de l’homme aurait justifié la reconnaissance rapide du pays, écrit Mme Calmy-Rey. 

Quant à l’OTAN, elle avait justifié sa guerre contre la Serbie en invoquant des violations des droits de l’homme et un «génocide». L’organisation en question a construit sa propagande de guerre principalement sur ces arguments. Les guerres en Irak, en Syrie et en Libye ont également été justifiées par des violations des droits de l’homme. Cela a conduit à des situations équivoques. Sur le fond de tels événements, une partie à un conflit (en Syrie, par exemple) peut facilement être tentée de simuler des violations des droits de l’homme, par exemple en forme d’utilisation de gaz toxiques et de rejeter la faute sur l’ennemi (opérations sous fausse bannière) dans le but d’attirer les bombardiers américains ou de l’OTAN à l’aide. 

Les reproches de violations des droits de l’homme comme motif de guerre sont problématiques. En général, les guerres entraînent des violations des droits de l’homme bien plus importantes qu’elles ne le prétendent. La cause profonde des violations des droits de l’homme réside généralement dans le fait que les solutions politiques font défaut et ne sont souvent même pas recherchées. C’est précisément là que la politique de neutralité de la Suisse pourrait entrer en jeu et que la Suisse pourrait construire des ponts. A mon avis toutefois, il existe de bien meilleures façons de contribuer à la paix tout en restant en dehors du Conseil de sécurité des Nations unies. Les bons offices de la Suisse, par exemple, ont rendu possible la paix d’Evian en 1962. Il est surprenant que Mme Calmy-Rey cite de nombreux exemples de l’histoire remontant au XIXe siècle tandis que le pont construit par la Suisse entre la France et l’Algérie en 1962, pont solide rendant finalement possible la paix d’Evian, reste absent dans le livre de Mme Calmy-Rey. Cette paix a mis fin à l’une des pires guerres de l’Après-guerre, comparable d’une certaine manière à la guerre du Viêt Nam. Cet acte remarquable de hauts fonctionnaires duDépartement politique (aujourd’hui DFAE) est si important que l’épisode riche d’enseignement doit s’intégrer à ces réflexions.

Mettre fin à la guerre d’Algérie – un défi majeur pour les Bons offices de la Suisse

L’Algérie était la plus grande et la plus ancienne colonie de France, officiellement considérée comme faisant partie de la France. Plus d’un million de colons français s’y étaient installés. En 1954, la guerre d’indépendance a commencé. Le FLN (Front de Libération Nationale) algérien était soutenu par la Tunisie et le Maroc, tous deux déjà indépendants. La France avait en permanence environ un demi-million de soldats en Algérie en service de guerre. En 1962, environ 1,7 million de militaires y combattaient – des militaires professionnels et la légion étrangère, ainsi que de nombreux conscrits. Cette grande guerre a été controversée, surtout en France. 

En décembre 1958, le général Charles de Gaulle est élu pour la deuxième fois Président du Conseil sous la IVe République et Président de la Ve République en 1959 parce qu’il veut mettre fin à la guerre et donner l’indépendance à l’Algérie. Le 8 janvier 1961, M. de Gaulle avait organisé un référendum et obtenu 75 % des votes en faveur de sa politique. Cependant, le référendum n’avait pas atteint son objectif et le processus de paix avait massivement été perturbé. Quelques jours plus tard effectivement, le 20 janvier, l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS) est fondée à Madrid, à laquelle appartiennent de nombreux colons français et avec laquelle les officiers supérieurs de l’armée sympathisent également. L’OAS a mené des attaques en tant qu’organisation clandestine pour perturber le processus de paix. Le 21 avril 1961, l’OAS a tenté un coup d’Etat à Alger impliquant quatre généraux de l’armée française qui s’opposaient à l’indépendance algérienne et à la politique de paix de Charles de Gaulle. Le coup d’Etat a échoué, mais la situation resta très dangereuse. De véritables négociations de paix n’étaient guère possibles. De Gaulle et le FLN se sont tous deux tournés vers la Suisse pour obtenir de l’aide dans le cadre de ses bons offices. La première étape a consisté à organiser des entretiens directs en face à face.

Ces discussions ont eu lieu – compte tenu de la situation dangereuse – dans le plus grand secret. Aujourd’hui, les rapports les concernant peuvent être consultés avec tous leurs détails sur dodis.ch (http://www.dodis.ch/9709 et 10392; 10413 et 10389; 10307 et 398). Le rapport de 50 pages du ministre Olivier Long est particulièrement remarquable: deux hauts fonctionnaires du Département politique de la Confédération, Olivier Long et Gianrico Bucher, avaient préparé et organisé les réunions dans la plus grande discrétion. Pour l’instant, les adversaires devaient se rencontrer dans un cadre non officiel et privé à Lucerne. De Gaulle avait nommé Georges Pompidou (futur président de la République), un proche confident, pour diriger les négociations. M. Pompidou travaillait à l’époque dans le secteur privé.Les entretiens ont eu lieu à l’hôtel Schweizerhof. Algériens et Français se sont rencontrés après le petit déjeuner, ont passé toute la journée ensemble et ont discuté jusqu’au plus profond de la nuit. M. Long et M. Bucher se sont assis dans la salle voisine et se sont assuré qu’il n’y avait aucune fuite manifeste qui pourrait amener l’OAS à utiliser la force pour perturber les négociations de paix en cours. M. Long et M. Bucher ont cependant jugé la situation si dangereuse qu’ils ont déplacé les pourparlers à Neuchâtel au bout de quelques jours. C’est évident: les bons offices consistent souvent à faciliter les discussions en un lieu neutre. 

Accord de paix 
à Evian – l’objectif a été atteint

Après la deuxième série de pourparlers, on mit en place des négociations de paix officielles: celles-ci devaient avoir lieu à Evian – sur la rive française du Léman. La première phase des négociations officielles – qui était encore secrète – portait sur un cessez-le-feu. Les négociations de paix officielles ne devaient commencer qu’après le silence des armes en Algérie. Ce n’est qu’à ce moment-là que les médias ont été impliqués – un vaste programme. 

Pour des raisons compréhensibles, la délégation de négociation algérienne n’a pas voulu rester sur le sol français. Elle était cantonnée en Suisse dans la région de Lausanne et transportée chaque jour à travers le lac par des hélicoptères militaires ou, par mauvais temps, par des vedettes rapides. Mais même sur la rive suisse du lac, les Algériens ne se sentaient pas en sécurité. L’armée a déployé un bataillon de soldats pour les protéger. En outre, les Algériens changeaient chaque jour de lieu de résidence, également pour être protégés des médias. Les coûts de cette opération de grande envergure ont été entièrement pris en charge par la Confédération suisse. 

La conférence d’Evian a été un succès et s’est terminée par l’accord de paix d’Evian. L’Algérie a été libérée et a accédé à l’indépendance. M. Bucher et M. Long ont rédigé un rapport à l’attention du Département politique (qui peut être consulté aujourd’hui sur dodis.ch). Rétrospectivement, il est apparu que le travail préliminaire extrêmement prudent et hautement professionnel des deux diplomates du Département politique avait été judicieux. Car seulement quelques semaines après l’accord de paix, des balles ont transpercé la DS 19 Citroën de Charles de Gaulle, le ratant de peu. Les bons offices de la Suisse ont contribué à mettre fin à l’une des guerres les plus brutales des temps modernes et ont conduit à une véritable paix. Cela n’aurait pas été possible sans le maintien d’une stricte neutralité. 

La Paix d’Evian soutient 
la Suisse dans sa politique européenne

Les bons offices et l’accord d’Evian ont renforcé la position de la Suisse au sein de la communauté internationale, qui a dû s’étonner qu’une telle chose fût possible. A l’époque, la Suisse avait reçu une invitation de l’Elysée. C’est le conseiller fédéral Friedrich Wahlen, le chef du Département politique, qui a rendu visite à de Gaulle et ce dernier l’a chaleureusement remercié pour les bons offices de la Suisse (compte rendu de la conversation dans: dodis.ch 30270). 

M. Wahlen en profite pour parler à M. de Gaulle des problèmes pesant sur les relations avec la CEE. La Suisse avait reçu la visite du sous-secrétaire d’Etat américain George Ball. Ball a fait un compte-rendu de la rencontre entre le président américain M. Kennedy et le Premier ministre britannique M. McMillan.  Ball avait confronté les conseillers fédéraux M. Wahlen et M. Schaffner au «souhait»des Etats-Unis de dissoudre à nouveau l’AELE. Un mémo, également disponible aujourd’hui sur dodis, rapporte la visite de Ball (dodis.ch 15113). Les membres de l’OTAN de l’AELE nouvellement fondée – en particulier la Grande-Bretagne – devaient rejoindre la Communauté économique européenne (CEE). Les pays neutres comme la Suisse devaient conclure un traité d’association avec la CEE. L’idée de base de ce traité aurait été d’intégrer le pays politiquement, de manière similaire à l’accord-cadre prévu aujourd’hui. Le conseiller fédéral M. Wahlen a fait part à de Gaulle des préoccupations de la Suisse: «Une autre raison qui nous empêche d’adhérer à la Communauté européenne […] sont les problèmes constitutionnels. Nous ne pouvons pas, dans notre démocratie référendaire, céder à une autre Communauté des compétences réservées au peuple, qui est le souverain au plein sens du terme.» M. de Gaulle a répondu: «La France comprend votre désir d’une forme d’entente avec la Communauté européenne qui ne sera pas facile à trouver. Mais soyez assuré qu’aucune difficulté ne vous sera imposée par la France.» 

Perspectives

La politique de neutralité a donc joué un rôle central dans la politique européenne de la Suisse. La performance des deux secrétaires d’Etat M. Bucher et M. Long, qui ont très professionnellement tout organisé, sans que leurs noms n’apparaissent dans les médias, a été excellente. Ils auraient mérité en fait le prix Nobel de la paix bien plus que des lauréats plus récents. Nous vivons aujourd’hui une époque troublée où la paix dans le monde s’éloigne de plus en plus. Les véritables traités de paix sont devenus rares. La contribution du Conseil fédéral et des deux diplomates aurait sa place dans n’importe quel manuel d’instruction civique. Leur type de politique de neutralité était une réelle contribution à la paix mondiale.•

Pourquoi la guerre au Yémen est aussi la nôtre

C’est un cri d’alarme que lance l’ancienne ministre Jeannette Bougrab.(*) Le Yémen est le théâtre d’un carnage. Mais l’Occident a tort de fermer les yeux.

par Laurance N’Kaoua

Source : Les Echos, 27 novembre 2020

https://www.lesechos.fr/idees-debats/livres/pourquoi-la-guerre-au-yemen-est-aussi-la-notre-1268856

Elle n’a rien perdu de son ardeur. Cette fois encore, Jeannette Bougrab se dresse, d’un trait de plume, contre l’obscurantisme, désormais à l’oeuvre dans les désordres du monde. 

Courageuse, d’une écriture acérée et émouvante, l’ancienne secrétaire d’Etat de Nicolas Sarkozy raconte les ravages, au Yémen, d’un conflit oublié. Elle dénonce une bataille par procuration, à coups de frappes aériennes, entre l’Iran et l’Arabie saoudite, dans un pays morcelé, déchiré, tandis que l’Occident détourne le regard, silencieux, parfois complice. Et Jeannette Bougrab de démontrer, implacablement, combien ce désastre humanitaire, pourtant lointain, ébranle, insidieusement, les valeurs de la République. 

A travers les méandres de l’histoire, l’avocate retrace les calculs de Riyad, notre allié, pour ancrer sa puissance sur l’échiquier international. Sous le joug du prince Mohammed ben Salmane, ce royaume, sans racines, abîme jusqu’à le dissoudre le berceau de l’humanité pour asseoir son pouvoir : « Le jeune prince joue à la guerre. Les Yéménites en meurent. » Ce sont 19.278 frappes – un déluge de bombes – de l’Arabie saoudite et de ses alliés qui ont semé la désolation entre 2015 et 2019. La France aurait, pourtant, montre-t-elle, son mot à dire…Extraits

LE SILENCE. « Ainsi va le Yémen occupé, où les cadavres s’empilent sur les ruines, et où les ruines recouvrent les cadavres. De temps à autre, un photographe, un journaliste réussit à briser le mur du silence… Si les millions de Yéménites qui fuient les combats venaient en Europe, sans doute nous intéresserions-nous davantage à ce drame. Mais voilà, les Yéménites meurent chez eux […] Les purges ont lancé l’alerte. La mort du journaliste Jamal Khashoggi sonne l’alarme. Pourtant, un simple examen de l’actualité depuis 2015 aurait suffi à constater l’abîme toujours plus profond, au royaume saoudien, entre les mirages de l’image et la réalité des faits. »

LA LOGIQUE. « La catastrophe qui frappe le Yémen est double, elle est humanitaire et patrimoniale […] On n’abaisse jamais autant un peuple qu’en abolissant son histoire. Trois mille ans d’une civilisation qui nous relie aux origines sont ainsi en train de voler en éclats sous les bombes larguées par les avions saoudiens […] Cette volonté de destruction ne se réduit pas à la démolition physique de sites anciens, elle contribue à progressivement effacer une mémoire collective, ferment d’une identité commune. Là est la vraie cible des Saoudiens […] c’est une constante des islamismes de toute sorte que de vouloir éradiquer l’humanité historique, à commencer par son expression musulmane. Il n’y va, en aucun cas, d’un vandalisme irrationnel mais d’une logique politico-religieuse… »

LES ARMES. « Il n’y a pas lieu de céder à un illusoire angélisme – je n’en ai jamais été partisane, étant convaincue que la tentation de la pureté sert de masque à la sacralisation de la violence […] Mais sur 2017 […] Paris livre à Riyad pour 1,381 milliard d’équipement militaire. En quelques exercices de ce singulier commerce, le royaume wahhabite est devenu le deuxième client de la République française. »

Laurance N’Kaoua

Jeannette Bougrab, Un silence de mort, Editions du Cerf, 238 pages, 20 euros, paru le 7 novembre 2020.

En finir avec la stratégie américaine du Regime Change en Bolivie et ailleurs

par Medea Benjamin et Nicolas J. S. Davies (*)

02.11.2020

Source : https://www.les-crises.fr/

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

[Le « Regime Change » trop souvent traduit par changement de régime est en fait une pratique des États-Unis qui consiste à susciter la révolution et/ou le coup d’Etat visant à mettre en place un gouvernement local favorable à leurs intérêts, NdT]

Medea Benjamin et Nicolas J. S. Davies abordent les utilisations illégales et destructrices de la coercition militaire, diplomatique et financière américaine depuis le 11 septembre.

Moins d’un an après que les États-Unis et l’Organization of American States (OAS, Organisation des États américains, en français OEA), appuyée par les États-Unis, ont soutenu un coup d’État militaire violent visant à renverser le gouvernement de Bolivie, le peuple bolivien a réélu le Mouvement pour le socialisme (MAS) et l’a rétabli au pouvoir.

Dans la longue histoire des « renversements de régime » appuyés par les États-Unis dans les pays du monde entier, rarement un peuple et un pays n’ont rejeté aussi fermement et démocratiquement les efforts des États-Unis pour leur dicter la manière dont ils seront gouvernés. La présidente intérimaire Jeanine Añez a demandé 350 personnes ayant des visas américains pour elle-même et pour d’autres qui pourraient être poursuivis en Bolivie pour leur rôle dans le coup d’État.

Le récit d’une élection truquée en 2019 que les États-Unis et l’OEA ont colporté pour soutenir le coup d’État en Bolivie a été complètement démenti. Le soutien du MAS provient principalement des Boliviens indigènes des campagnes, de sorte qu’il faut plus de temps pour recueillir et compter leurs bulletins de vote que ceux des citadins plus aisés qui soutiennent les opposants néolibéraux de droite du MAS.

Comme les votes proviennent des zones rurales, leur comptage se fait de plus en plus selon le système MAS. En prétendant que ce schéma prévisible et normal dans les résultats des élections boliviennes était la preuve d’une fraude électorale en 2019, l’OEA porte la responsabilité d’avoir déclenché une vague de violence contre les partisans indigènes du MAS qui, en fin de compte, n’a fait que délégitimer l’OEA elle-même.

Tweet d’Evo Morales, ancien président de la Bolivie, appelant à l’unité pour soutenir le président élu Luis Arce, montré en photo, et à la restauration de la démocratie.

Il est instructif de constater que l’échec du coup d’État soutenu par les États-Unis en Bolivie a conduit à un résultat plus démocratique encore que les opérations de changement de régime américaines qui ont réussi à écarter un gouvernement du pouvoir. Les débats internes sur la politique étrangère américaine supposent systématiquement que les États-Unis ont le droit, voire l’obligation, de déployer un arsenal d’armes militaires, économiques et politiques pour forcer un changement politique dans les pays qui résistent à leurs diktats impériaux.

Dans la pratique, cela signifie soit une guerre totale (comme en Irak et en Afghanistan), un coup d’État (comme en Haïti en 2004, au Honduras en 2009 et en Ukraine en 2014), des guerres secrètes et par procuration (comme en Somalie, en Libye, en Syrie et au Yémen) ou des sanctions économiques punitives (comme contre Cuba, l’Iran et le Venezuela) – qui violent toutes la souveraineté des pays visés et sont donc illégales en vertu du droit international.

Quel que soit l’instrument de changement de régime utilisé par les États-Unis, ces interventions américaines n’ont amélioré la vie des habitants d’aucun de ces pays, ni d’innombrables autres dans le passé. Le brillant ouvrage de William Blum, Killing Hope : U.S. Military and CIA Interventions Since World War II, publié en 1995 [paru en France en 2004: Les Guerres scélérates. Tuer l’espoir: l’armée américaine et le C.I.A. Interventions depuis la Seconde Guerre mondiale, NdT] , répertorie 55 opérations de changement de régime américaines en 50 ans, entre 1945 et 1995. Comme le montrent clairement les comptes-rendus détaillés de Blum, la plupart de ces opérations ont impliqué des initiatives américaines visant à écarter du pouvoir des gouvernements élus par le peuple, comme en Bolivie, et les ont souvent remplacées par des dictatures soutenues par les États-Unis : comme le Shah d’Iran, Mobutu au Congo, Suharto en Indonésie et le général Pinochet au Chili.

Même lorsque le gouvernement visé est un gouvernement violent et répressif, l’intervention américaine conduit généralement à une violence encore plus grande. Dix-neuf ans après la chute du gouvernement taliban en Afghanistan, les États-Unis ont largué 80 000 bombes et missiles sur les combattants et les civils afghans, mené des dizaines de milliers de raids nocturnes « tuer ou capturer », et la guerre a tué des centaines de milliers d’Afghans.

En décembre 2019, le Washington Post a publié une foule de documents du Pentagone révélant qu’aucune de ces violences ne repose sur une véritable stratégie visant à apporter la paix ou la stabilité en Afghanistan – il s’agit simplement d’une sorte d’ « embrouillamini » sauvage, comme l’a dit le général américain McChrystal. Aujourd’hui, le gouvernement afghan soutenu par les États-Unis est enfin en pourparlers de paix avec les talibans sur un projet de partage du pouvoir politique pour mettre fin à cette guerre « sans fin », car seule une solution politique peut offrir à l’Afghanistan et à son peuple un avenir viable et pacifique que des décennies de guerre leur ont refusés.

En Libye, cela fait neuf ans que les États-Unis, leurs alliés de l’OTAN et les monarchies arabes ont lancé une guerre par procuration soutenue par une invasion secrète et une campagne de bombardement de l’OTAN qui a conduit à l’horrible sodomie et à l’assassinat du leader libyen anticolonialiste de longue date, Mouammar Kadhafi. Cela a plongé la Libye dans le chaos et la guerre civile entre les différentes forces par procuration que les États-Unis et leurs alliés ont armées, entraînées et avec lesquelles ils ont travaillé pour renverser Kadhafi.

Une enquête parlementaire au Royaume-Uni a révélé qu’ « une intervention limitée pour protéger les civils a dérivé vers une politique opportuniste de changement de régime par des moyens militaires, qui a conduit à l’effondrement politique et économique, à des guerres inter-milices et intertribales, à des crises humanitaires et de migration, à des violations généralisées des droits de l’homme, à la propagation des armes du régime Kadhafi dans la région et à la croissance de l’État islamique en Afrique du Nord. »

Les différentes factions belligérantes libyennes sont maintenant engagées dans des pourparlers de paix visant à un cessez-le-feu permanent et, selon l’envoyé de l’ONU, à « tenir des élections nationales dans les plus brefs délais possibles pour restaurer la souveraineté de la Libye », la souveraineté même que l’intervention de l’OTAN a détruite.

Le conseiller en politique étrangère du sénateur Bernie Sanders, Matthew Duss, a demandé à la prochaine administration américaine de procéder à un examen complet de la « guerre contre le terrorisme » de l’après-11 septembre, afin que nous puissions enfin tourner la page de ce chapitre sanglant de notre histoire.

Duss veut une commission indépendante pour juger ces deux décennies de guerre sur la base des « normes du droit international humanitaire que les États-Unis ont contribué à établir après la Seconde Guerre mondiale », qui sont énoncées dans la Charte des Nations Unies et les Conventions de Genève. Il espère que cette révision « stimulera un débat public vigoureux sur les conditions et les règles juridiques au sein desquelles les États-Unis utilisent la violence militaire. »

Une telle révision est attendue depuis longtemps et nécessaire, mais elle doit faire face à la réalité qui est que, dès le début, la « guerre contre le terrorisme » a été conçue pour couvrir une escalade massive des opérations américaines de « changement de régime » contre de nombreux pays, dont la plupart étaient gouvernés par des régimes laïques qui n’avaient rien à voir avec la montée d’Al-Qaïda ou les crimes du 11 septembre.

Des notes prises par le haut responsable politique Stephen Cambone lors d’une réunion au Pentagone, toujours endommagé et fumant, dans l’après-midi du 11 septembre 2001, résument les ordres du secrétaire à la Défense Rumsfeld d’obtenir « rapidement les meilleures informations. Jugez s’il est possible de frapper S.H. [Saddam Hussein] en même temps – et pas seulement UBL [Oussama Ben Laden]. Balayez tout. Que les choses soient liées ou pas. »

Au prix d’une violence militaire terrible et de pertes massives en vies humaines, le règne mondial de la terreur qui en a résulté a installé des pseudo-gouvernements dans des pays du monde entier qui se sont avérés plus corrompus, moins légitimes et moins capables de protéger leur territoire et leur population que les gouvernements que les actions américaines ont supprimés.

Au lieu de consolider et d’étendre la puissance impériale américaine comme prévu, ces utilisations illégales et destructrices de la contrainte militaire, diplomatique et financière ont eu l’effet inverse, laissant les États-Unis toujours plus isolés et impuissants dans un monde multipolaire en évolution.

Aujourd’hui, les États-Unis, la Chine et l’Union européenne sont à peu près égaux en termes de taille de leurs économies et de commerce international, mais même leur activité combinée représente moins de la moitié de l’activité économique mondiale et du commerce extérieur. Aucune puissance impériale ne domine économiquement le monde d’aujourd’hui comme les dirigeants américains trop confiants l’espéraient à la fin de la guerre froide, ni n’est divisée par une lutte binaire entre des empires rivaux comme pendant la guerre froide. C’est le monde multipolaire dans lequel nous vivons déjà, et non celui qui pourrait émerger à un moment donné dans l’avenir.

Ce monde multipolaire a progressé, forgeant de nouveaux accords sur nos problèmes communs les plus critiques, des armes nucléaires et conventionnelles à la crise climatique en passant par les droits des femmes et des enfants. Les violations systématiques du droit international et le rejet des traités multilatéraux par les États-Unis en ont fait une exception et un problème, et certainement pas un leader, comme le prétendent les politiciens américains.

Joe Biden parle de restaurer le leadership international américain s’il est élu, mais cela sera plus facile à dire qu’à faire. L’empire américain s’est hissé au rang de leader international en mettant sa puissance économique et militaire au service d’un ordre international fondé sur des règles dans la première moitié du XXe siècle, qui a culminé avec les règles de droit international de l’après-guerre. Mais les États-Unis se sont progressivement détériorés au cours de la guerre froide et du triomphalisme de l’après-guerre froide pour devenir un empire fragile et décadent qui menace maintenant le monde avec des doctrines comme « je suis puissant donc je fais le bien », ou « à prendre ou à laisser »

Lorsque Barack Obama a été élu président en 2008, une grande partie du monde considérait encore l’ancien président George W. Bush, le vice-président Dick Cheney et la « guerre contre le terrorisme » comme exceptionnels, plutôt que comme une nouvelle norme de la politique américaine. Obama a reçu le prix Nobel de la paix sur la base de quelques discours et des espoirs désespérés du monde pour un « président de la paix ». Mais huit années d’Obama, de Biden, de Mardis de la terreur et de listes de victimes [Allusion aux assassinats par drone de la victime et de ses proches, NdT], suivies de quatre années de président Donald Trump, de vice-président Mike Pence, d’enfants en cage et de la nouvelle guerre froide avec la Chine ont confirmé les pires craintes du monde, à savoir que le côté sombre de l’impérialisme américain vu sous Bush et Cheney n’était pas une aberration.

Au milieu des changements de régime bâclés et des guerres perdues par l’Amérique, la preuve la plus concrète de son attachement apparemment inébranlable pour l’agression et le militarisme est que le complexe militaro-industriel américain dépasse encore les dix plus grandes puissances militaires du monde réunies, ce qui est totalement hors de proportion avec les besoins de défense légitimes de l’Amérique.

Concrètement si nous voulons la paix nous devons donc : cesser de bombarder et de sanctionner nos voisins et d’essayer de renverser leurs gouvernements ; retirer la plupart des troupes américaines et fermer les bases militaires dans le monde entier ; et réduire nos forces armées et notre budget militaire à ce dont nous avons vraiment besoin pour défendre notre pays, et non pour mener des guerres d’agression illégales à l’autre bout du monde.

Dans l’intérêt des gens du monde entier qui organisent des mouvements de masse pour renverser des régimes répressifs et qui luttent pour construire de nouveaux modèles de gouvernement qui ne soient pas des répliques des régimes néolibéraux en faillite, nous devons empêcher notre gouvernement – quel que soit le responsable de la Maison Blanche – d’imposer sa volonté.

Le triomphe de la Bolivie sur le changement de régime soutenu par les États-Unis est une affirmation du pouvoir populaire émergeant de notre nouveau monde multipolaire, et la lutte pour faire avancer les États-Unis vers un avenir post-impérial est également dans l’intérêt du peuple américain. Comme l’a dit un jour le défunt leader du Venezuela Hugo Chavez à une délégation américaine en visite, « Si nous travaillons ensemble avec les peuples opprimés au sein des États-Unis pour surmonter l’empire, nous ne nous libérerons pas seulement nous-mêmes, mais aussi le peuple de Martin Luther King. »

(*) Medea Benjamin est cofondatrice de CODEPINK : Women for Peace et auteur de nombreux livres dont Kingdom of the Unjust : Behind the US-Saudi Connection et Inside Iran : the Real History and Politics of the Islamic Republic of Iran.

Nicolas J. S. Davies est journaliste indépendant, chercheur au CODEPINK et auteur de Blood On Our Hands : the American Invasion and Destruction of Iraq.

Reposez en paix, Monsieur le Ministre, et veillez sur la Syrie….

Publié par: Michel Raimbaud

écrivain, ancien ambassadeur de France

le 16 novembre, 2020

dans: ActualitéActualité_Moyen_Orient

Source : https://www.afrique-asie.fr/reposez-en-paix-monsieur-le-ministre-et-veillez-sur-la-syrie/

Le Dr Walid al Moallem (*) n’est plus. C’est une immense perte pour la Syrie, confrontée depuis dix ans à une agression dont on ne voit pas la fin.

Walid Al Moallem, un diplomate et un homme politique hors pair. La force tranquille et la sérénité qui émanaient en toute circonstance de sa personne et de son comportement donnait l’impression qu’il ne serait jamais pris au dépourvu face à toute l’adversité du monde, et Dieu sait à quel point la Syrie avait besoin d’un homme intelligent, expert et loyal comme Walid Al Moallem.

Rarement on aura vu un ministre des affaires étrangères mériter à tel point son nom. D’un calme olympien, toujours maître de lui-même, ayant le sens de la répartie brève mais incisive, il était par excellence le professeur, le maître, celui qui enseigne. Courtois et ferme, c’était également un diplomate né, et bien né.
La force tranquille et la sérénité qui émanaient en toute circonstance de sa personne et de son comportement donnait l’impression qu’il ne serait jamais pris au dépourvu face à toute l’adversité du monde, et Dieu sait à quel point la Syrie avait besoin d’un homme intelligent, expert et loyal comme Walid Al Moallem.
Il a certes eu la chance, au milieu de tout le malheur ambiant, d’avoir à défendre, non pas une cause pourrie comme tant et tant de ses homologues ou collègues, mais une cause juste entre toutes : défendre son pays victime d’une agression criminelle organisée par une bonne moitié de la « communauté internationale », et confronté à la sauvagerie, au cynisme des pays occidentaux, de leurs clients et affinitaires, sans oublier certains « pays frères ». Du jamais vu.

Il y aurait beaucoup à dire et à retenir de la longue carrière de cet homme fidèle, ce qui n’est pas si courant par les temps qui courent. Parmi les fioretti qu’il a laissés en héritage, on pourra se rappeler, à titre d’exemple, un épisode légendaire. Nous sommes en Suisse à Montreux, en janvier 2014, lors d’une conférence sur le conflit syrien, et le Secrétaire d’État d’Obama, John Kerry, vient de déclarer sur un ton péremptoire que « Bashar Al Assad ne prendra pas part au gouvernement de transition en Syrie. C’est inimaginable ». On voit encore le placide ministre Al Moallem pointant du doigt son collègue américain, le doigt levé comme un maître d’école fustigeant un cancre : « Monsieur Kerry, personne au monde n’a le droit de conférer ou de retirer la légitimité à un président, à une constitution ou à une loi, sauf les Syriens eux-mêmes. ». Et le dit Monsieur Kerry de se frotter le nez pour masquer son embarras….
Le courageux ministre n’aura pas eu la joie de voir de son vivant le retour de la paix. Serait venu, paraît-il, le temps « des guerres sans fin, silencieuses et/ou invisibles » sur lesquelles les experts occidentaux sont capables de disserter jusqu’à plus soif, ne voyant pas péché dans les crimes qu’ils cautionnent. Mais là où il est, le regretté disparu, n’en doutons pas, veille sur le pays qu’il a si bien servi, comme il veille sur une diplomatie résistante, loyale et sereine, malgré les pressions, les intimidations, voire les tentatives de débauchage, une diplomatie de qualité et de grande classe, formée à la meilleure des écoles, celle de Walid al Moallem.
Qu’il repose en paix et que la Syrie trouve enfin le repos dans la paix.

(*) Vice-Premier ministre de 2012 à 2020 et ministre des Affaires étrangères de la Syrie de 2006 à 2020. IR

Comprendre l’issue de la guerre pour le Haut-Karabagh

par The Saker – Le 11 novembre 2020 – Source The Saker Blog

https://lesakerfrancophone.fr/comprendre-lissue-de-la-guerre-pour-le-haut-karabagh

Beaucoup de choses se sont passées, et très rapidement, ces deux derniers jours et je commencerai cette analyse par quelques points résumant les événements – sans ordre particulier, y compris chronologique :

  • La guerre qui vient de se terminer a été un véritable bain de sang et elle a fait plus de victimes – en comptant les deux camps – que ce que l’Union soviétique a perdu en dix ans de guerre en Afghanistan.
  • Cette guerre est maintenant terminée, les soldats de la paix russes ont déjà été déployés le long de la ligne de contact. Jusqu’à présent, aucune des deux parties n’a osé reprendre les hostilités – voir ci-dessous.
  • Il y a eu deux jours de célébrations à Bakou où le président Aliev a déclaré que la guerre était un triomphe pour les forces azéries et que les pro-Pashinian n’avaient rien obtenu. Il a raison.
  • Les Azéris déclarent maintenant qu’ils veulent des compensations de la part de l’Arménie.
  • Il y a maintenant des forces turques en Azerbaïdjan et les forces russes et turques ont créé un comité conjoint pour coordonner leurs actions.
    Erdogan a insisté sur le fait qu’il voulait que la Turquie envoie des soldats de la paix, mais Poutine a catégoriquement rejeté cette demande : comme tout autre État, l’Azerbaïdjan a le droit incontesté d’inviter des forces étrangères sur son territoire, mais ces forces n’auront pas le statut et les droits d’une force de maintien de la paix.
  • De violentes émeutes ont éclaté à Erevan où des foules violentes ont pris d’assaut les bâtiments du gouvernement, frappé des fonctionnaires et saccagé le Parlement.
  • Dix-sept partis d’opposition arméniens ont déclaré qu’ils voulaient un comité de salut national et la démission de Pashinian.
  • Personne ne sait où se cache Pashinian, mais il semble toujours être quelque part en Arménie.
  • Ces émeutiers ont également détruit les bureaux de Soros à Erevan et ils recherchent maintenant « Pashinian le traître » pour le lyncher.
  • Pashinian s’est plaint sur Twitter que ses bureaux ont été mis à sac, qu’un ordinateur, son permis de conduire et, je ne plaisante pas, un flacon de parfum – le pauvre bébé parfumé ! – ont été volés.
  • La force de maintien de la paix russe sera constituée de sous-unités de la 15e Brigade indépendante de fusiliers motorisés qui fait elle-même partie de la 2e Armée d’armes combinées de la Garde du District militaire central. Elle comprendra environ 2 000 soldats armés, des véhicules blindés de transport de troupes et des véhicules blindés légers, des véhicules spécialisés (EW, C3I, etc.), des drones et des systèmes de défense aérienne.
  • Les soldats de la paix russes resteront déployés dans cette zone pendant au moins cinq ans.
  • La Russie contrôlera désormais à la fois le couloir du Haut-Karabakh (NK) et le couloir du Nakhitchevan.

Examinons maintenant la position des parties à la fin de cette guerre et comparons-les.

Arménie : il ne fait aucun doute que l’Arménie est le grand perdant de cette guerre. Pashinian et sa bande de pro-Soros russophobes ont été une véritable calamité pour le peuple arménien. Depuis son arrivée au pouvoir, ses actions anti-russes ont consisté à éliminer presque totalement toute participation arménienne à l’OTSC, il a complètement cessé toute collaboration avec la Russie, y compris dans les domaines du renseignement et de la sécurité, il a purgé les forces militaires et de sécurité arméniennes de tous les éléments supposés « pro-russes », il a interdit les écoles de langue russe. En revanche, l’Arménie possède une ambassade américaine absolument énorme avec environ 2 000 personnes – autant que la totalité de la force de maintien de la paix russe – et lorsque les Azéris ont attaqué, Pashinian a refusé de demander de l’aide à Russie pendant un mois entier. A la place, il a demandé de l’aide à Trump, Merkel et Macron. Il va sans dire qu’ils n’ont pas bougé le petit doigt.

À vrai dire, les Arméniens n’avaient absolument pas d’autre choix que d’accepter les conditions azéries. Les Arméniens ont subi d’énormes pertes tandis que les Azéris ont pris Chouchi, la ville stratégique clé qui contrôle à la fois la capitale du Nagorno-Karabagh (NK), Stepanakert, et le couloir entre le NK et l’Arménie. Si Pashinian n’avait pas signé, les Arméniens, encerclés, auraient été massacrés par les Azéris – dans cette guerre, les deux parties ont déclaré n’avoir presque pas de prisonniers. Pourquoi ? Parce que presque tous ont été exécutés, souvent après des tortures horribles, par les deux parties. Les analystes russes disent également que l’Arménie a été très rapidement à court de fournitures, un fait également mentionné par Pashinian.

Pour dire les choses simplement : le plan d’Aliev a fonctionné, l’arrogance aveugle des dirigeants arméniens, ainsi que leurs politiques suicidaires ont presque coûté à l’Arménie la perte complète du NK et, peut-être même, l’existence de leur propre pays. Une fois tous les meilleurs officiers arméniens éliminés, y compris les héros de la première guerre du Karabakh, que l’Arménie avait gagnée, il ne restait plus que des clowns délirants qui promettaient que l’Arménie, sans aucune aide, y compris celle des Russes, pourrait gagner la guerre et conduire ses forces à Bakou et oui, ils semblaient tout aussi délirants que certains dirigeants ukrainiens.

Turquie : l’autre grand perdant de cette guerre est la Turquie dont les objectifs de rassembler toutes les nations turques sous une seule bannière néo-ottomane se sont, comme on pouvait s’y attendre, effondrés. Encore une fois. Erdogan est un mégalomane et un fauteur de troubles de classe mondiale, et il a impliqué la Turquie dans des guerres, ou quasi guerres, avec la Syrie, Israël, l’Irak, la Grèce, la Libye, l’Iran, la Russie et même, dans une certaine mesure, l’OTAN. Et n’oublions pas les opérations sanglantes contre les Kurdes partout dans le monde. C’est un véritable psychopathe et cela le rend très, très dangereux. La Russie est intervenue militairement en Syrie, en Libye et maintenant en Azerbaïdjan pour refuser à la Turquie son statut d’empire en puissance et à chaque fois nous avons vu que la Turquie, en tant que pays, n’a tout simplement pas les ressources pour essayer de construire un empire, d’autant plus qu’Erdogan ne comprend tout simplement pas qu’ouvrir simultanément des conflits sur plusieurs fronts est une recette pour le désastre.

Il est également très probable que ce sont les Turcs qui ont abattu le Mi-24 russe en plein dans l’espace aérien arménien : leur but était de forcer la Russie à cesser de chercher une solution négociée et d’imposer la poursuite des hostilités. Dieu merci, les superbes compétences stratégiques d’Aliev lui ont permis de faire quelque chose de très intelligent : il s’est excusé pour ce qu’il a appelé une erreur tragique et a offert toutes sortes de compensations et d’excuses. La décision d’Aliev de s’excuser est probablement venue après que lui et Poutine – qui sont des amis proches – ont eu ce que les diplomates appellent un « franc dialogue« .

Les Turcs font tout un plat du fait que les Azéris ont invité les forces turques en Azerbaïdjan. Mais soyons honnêtes : les Azéris et les Turcs ont toujours été proches et aucune issue n’aurait pu empêcher les Azéris d’inviter légalement les forces turques en Azerbaïdjan. La vraie question est de savoir ce que ces forces peuvent faire. Je pense que si nous ne devons jamais écarter le potentiel toxique d’une force turque, cette force ne pourra pas faire grand-chose d’autre que surveiller la situation et se coordonner avec les Russes pour rester à l’écart d’eux. Mais ce que ces forces ne pourront pas faire, c’est attaquer, ou même menacer d’attaquer, les forces arméniennes et/ou russes – voir ci-dessous pourquoi.

La Russie : la Russie est le seul vrai vainqueur de cette guerre. Je sais, il y a un puissant lobby arménien aux États-Unis, en Europe et en Russie, et ils essaient de présenter leur défaite comme une défaite pour la Russie. Franchement, je comprends leur amertume et je les plains, mais ils ont absolument tort. Voici pourquoi :

Premièrement, la Russie s’est maintenant imposée comme la seule puissance dans le Caucase qui peut apporter la paix. Les deux mille membres du personnel américain à Erevan n’ont absolument rien fait pendant des années pour vraiment aider l’Arménie, tout ce qu’ils ont fait c’est lui imposer des politiques russophobes suicidaires, c’est à peu près tout. Le même nombre de soldats russes a littéralement apporté la paix du jour au lendemain. Je dois ici expliquer un peu les unités qui ont été envoyées en Azerbaïdjan : la 15e Brigade indépendante de fusiliers motorisés (15IMRB).

La 15IMRB n’est pas une force de maintien de la paix au sens occidental du terme. Il s’agit d’une force de combat d’élite spécialisée dans les missions de maintien et de rétablissement de la paix – « coercition pour la paix » dans la terminologie russe. Son personnel est composé à 100% de professionnels, dont la plupart ont une grande expérience du combat : ils ont participé à l’opération de coercition pour la paix en Géorgie en août 2008 et en Syrie. Ce sont des forces de haut niveau, bien entraînées et superbement équipées qui, en plus de leurs propres capacités, peuvent compter sur le soutien des forces russes en Arménie et sur le soutien de toute l’armée russe. Ceux qui disent que cette force est une force symbolique légèrement armée ne comprennent tout simplement pas ces questions.

L’ensemble du théâtre d’opérations de cette guerre se trouve dans la zone (virtuelle) à moins de 1 000 kilomètres de la frontière russe que l’armée russe veut être capable de dominer en cas d’escalade si une guerre éclate. Je répète que l’armée russe n’est pas organisée comme l’armée américaine : la doctrine militaire russe est purement défensive, ce n’est pas de la propagande, et elle s’appuie pour cette défense sur sa capacité à déployer très rapidement des forces mécanisées à haut niveau de préparation partout en Russie, à moins de 1 000 km de la frontière russe, et sur sa capacité à détruire toute force entrant dans cette zone. La Russie s’appuie également sur des systèmes d’armes avancés capables de libérer une grande puissance de feu pour défendre les forces déployées. En d’autres termes, bien que la 15IMRB ne soit qu’une force expéditionnaire de la taille d’une brigade, elle est entraînée à se replier et à tenir une position jusqu’à ce que les renforts en personnel et/ou en puissance de feu soient envoyées de Russie. Vous pouvez considérer cela comme quelque chose de similaire à la force opérationnelle russe en Syrie, mais beaucoup plus proche de la Russie et, par conséquent, beaucoup plus facile à soutenir en cas de besoin.

Pour en revenir au Mi-24 russe abattu, cette action ne passera pas inaperçue ni ne sera oubliée, vous pouvez en être sûr. Le fait que Poutine et l’armée russe n’agissent pas comme le feraient les États-Unis en déclenchant immédiatement des représailles ne signifie pas que les Russes s’en moquent, qu’ils ont oublié ou qu’ils ont peur. Il existe un proverbe juif qui dit qu’« une bonne vie est la meilleure des vengeances ». Je paraphrase cela en disant que la devise de Poutine pourrait être « un résultat avantageux est la meilleure des représailles » : c’est ce que nous avons vu en Syrie et c’est ce qui se passera en Azerbaïdjan.

Un autre point positif pour la Russie est qu’elle peut maintenant déclarer, en toute honnêteté, que les révolutions de couleur entraînent inévitablement des pertes territoriales, voir l’Ukraine, la Géorgie et maintenant l’Arménie, et le chaos politique partout.

Ensuite, veuillez regarder la carte suivante, en russe, mais cela ne pose pas de problème :


Regardez les deux lignes bleues épaisses : elles montrent les couloirs entre l’Azerbaïdjan, la province azérie du Nakhitchevan et le couloir entre l’Arménie et le Haut-Karabakh. Ces deux couloirs sont absolument vitaux pour ces deux pays et ils seront désormais sous le contrôle des gardes-frontières du FSB, les gardes-frontières russes sont des unités légères, mobiles et d’élite comparables en termes d’entraînement et de capacités à leurs collègues des forces aéroportées. Encore une fois, ne supposez pas qu’ils ressemblent aux agents des douanes ou des frontières des États-Unis ou de l’Union européenne. Ce sont des unités d’élite très robustes, entraînées à combattre une force bien supérieure jusqu’à l’arrivée des renforts.

En termes stratégiques, cela signifie que la Russie a désormais une main de fer sur ce qui est une artère stratégique vitale pour l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Aucune des parties n’est prête à faire de grands commentaires à ce sujet, pas besoin d’humilier qui que ce soit, mais les personnes averties se rendent compte de la fantastique capacité de pression que Poutine vient d’ajouter à la Russie dans le Caucase. Vous pouvez considérer ces deux couloirs comme une ligne de vie pour les deux États tant que vous réalisez également que ces couloirs sont aussi des poignards stratégiques dans les mains des Russes pointant vers les organes vitaux des deux États.

L’habituelle chorale qui déteste Poutine et qui a chanté le slogan « Poutine a perdu le contrôle de son environnement proche » devrait maintenant avoir honte de son manque d’intelligence, et être atterrée par ce que « Poutine » a fait à ses espoirs, mais ce genre de pensée magique ne changera pas la réalité sur le terrain : loin de perdre quoi que ce soit, Poutine a assuré une immense victoire stratégique de la Russie au prix de deux soldats morts, un blessé et un hélicoptère perdu.

Dorénavant, la Russie disposera de forces militaires permanentes en Arménie et en Azerbaïdjan. La Géorgie a été effectivement neutralisée. Le Caucase russe est pour l’essentiel pacifique et prospère, la mer Noire et la mer Caspienne sont de facto des « lacs russes » et le « ventre » russe est maintenant beaucoup plus protégé qu’il ne l’a jamais été.

Voyons quand une puissance occidentale parviendra à un résultat similaire

Conclusion

Cette guerre n’a été que gelée et, comme en Syrie, il y aura des provocations, des attaques sous fausse bannière, des revers et des innocents assassinés. Mais, comme en Syrie, Poutine préférera toujours une stratégie tranquille avec des pertes minimales à une stratégie de menaces, de démagogie et de représailles instantanées. Il y a aussi ce que j’appelle les « règles de Poutine sur l’usage de la force » : ne jamais utiliser la force là où on l’attend, toujours l’utiliser quand on s’y attend le moins et toujours d’une manière que vos ennemis ne prévoient pas. Mais ne voyons pas tout cela seulement sous un jour favorable, il y aura certainement des revers, Erdogan est en colère et il veut toujours jouer un rôle. Poutine, d’une manière typiquement russe, lui laissera exactement ce « rôle », mais celui-ci sera minime et principalement destiné à la consommation interne des relations publiques turques. Erdogan, loin d’être un nouveau Mehmed le conquérant et « Le Grand Aigle », passera à la postérité comme Erdogan le perdant et le « Poulet Vaincu ». La mégalomanie est peut-être une condition préalable à la construction d’un empire, mais cela ne suffit manifestement pas.

Quelle est la prochaine étape ?

Pashinian sera renversé, c’est certain. Ce qui importe le plus pour l’Arménie, c’est de savoir qui le remplacera. Hélas, il existe des nationalistes anti-pashinian qui sont tout aussi russophobes que la bande à Pashinian. De plus, compte tenu des hystériques qui font parler d’eux en Arménie, il est possible qu’un nouveau gouvernement rompe le cessez-le-feu et exige un « combat jusqu’au bout ». Cela pourrait être un problème majeur, y compris pour les forces russes en Arménie et les soldats de la paix, mais il est également probable que, d’ici là, le peuple arménien aura compris réellement qu’on lui a menti et qu’il a subi une défaite écrasante, ces appels seront finalement noyés par des voix plus saines, y compris celles des dirigeants d’avant 2018 actuellement emprisonnés.

Il y a aussi une énorme immigration arménienne en Russie qui écoutera tous les rapports et analyses produits en Russie et sera pleinement consciente de la réalité sur place. Ces immigrants représentent une ressource énorme pour l’Arménie car ce sont eux qui vont pousser à une collaboration forte avec la Russie dont, franchement, l’Arménie a maintenant besoin plus que tout autre chose. En ce moment, à en juger par ce que disent les analystes russes pro-Arméniens, les Arméniens et leurs partisans sont absolument horrifiés par ce résultat et ils pensent que les Turcs ont maintenant pénétré profondément dans la sphère d’influence russe. Des voix sensées leur répondent que cette soi-disant « pénétration » dans la sphère d’influence russe est surtout de la relation publique et qu’il est de loin préférable que certaines forces turques se déplacent à l’intérieur de la sphère d’influence russe plutôt qu’une force russe soit déployée à l’intérieur de la sphère d’influence turque. En d’autres termes, lorsque ces partisans de l’Arménie disent qu’Erdogan s’est profondément enfoncé dans la sphère d’influence russe, ils admettent évidemment qu’il s’agit d’une sphère d’influence russe et non turque. Ils ne se rendent pas compte de ce qu’ils disent, c’est tout.

Franchement, les diasporas arméniennes en Russie, dans l’UE et aux États-Unis sont superbement organisées, elles ont beaucoup d’argent et elles contrôlent actuellement le récit dans l’UE et aux États-Unis, en Russie, elles ont essayé mais ont échoué misérablement. Ajoutez à cela le fait que c’est Aliev qui a commencé cette guerre et qu’il est profondément lié à la Turquie d’Erdogan et vous verrez pourquoi l’ampleur de la défaite arménienne est systématiquement sous-estimée dans les médias occidentaux. C’est bien, laissez passer quelques mois et la réalité de la situation finira par convaincre ceux qui sont actuellement dans le déni.
En ce moment, c’est exactement le processus qui se déroule – violemment – à Erevan. Mais tôt ou tard, les pillards seront remplacés par une sorte de gouvernement d’union nationale et si ce gouvernement veut mettre fin aux pertes horribles et veut reconstruire ce qui reste, il devra appeler le Kremlin et proposer à la Russie une sorte d’accord. Inutile de dire que l’immense ambassade américaine et la centaine d’« ONG » parrainées par Soros s’y opposeront de toutes leurs forces. Mais avec les États-Unis eux-mêmes qui se battent pour leur survie, l’UE en plein désarroi et les Turcs qui échouent dans tout ce qu’ils entreprennent, ce n’est tout simplement pas une option viable.

Les Russes plaisantent en disant qu’il faut deux Juifs pour tromper un Arménien, ce qui signifie que les Arméniens sont peut-être même plus intelligents que les Juifs – qui, en toute justice, ne sont pas plus intelligents que les autres, [pourquoi le seraient-ils ?, NdSF] c’est surtout de la propagande intéressée et égoïste. J’ai tendance à partager cette admiration du peuple arménien. Il s’agit d’une nation et d’une culture anciennes, vraiment nobles et belles, qui méritent de vivre en paix et en sécurité et qui ont subi de nombreuses horreurs dans leur histoire. Elles méritent bien plus que ce pantin de la CIA/MI6 ! En ce moment, la nation arménienne est définitivement au plus bas dans son histoire, comparable aux années 90 « démocratiques » en Russie ou à l’horreur « libérale » actuelle qui se déroule aux États-Unis. Mais, comme Dostoïevski aimait à le dire, « on ne doit jamais juger une nation par le niveau jusqu’au quel elle peut s’enfoncer mais par le niveau auquel elle peut s’élever ».

La meilleure chose pour l’Arménie, objectivement, serait de faire partie de la Russie, ce qui était le cas dans un passé récent. Mais cela n’arrivera pas : premièrement, le nationalisme arménien est aussi aveugle et obtus que jamais et, de plus, la Russie n’accepterait jamais l’Arménie dans la Fédération de Russie, et pourquoi le ferait-elle ? L’Arménie n’a exactement rien à offrir à la Russie, si ce n’est un territoire difficile à protéger avec des voisins potentiellement dangereux. Non, la Russie n’a jamais perdu l’Arménie – c’est l’Arménie qui a perdu la Russie. Maintenant, le maximum que le Kremlin offrira à l’Arménie est une protection contre tous les voisins et une aide économique.

Pour le reste, voyons si le prochain gouvernement arménien rejoindra l’OTSC non seulement en paroles, comme ce fut le cas ces deux dernières années, mais aussi en actes, avec la reprise des échanges d’informations, la collaboration militaire, les opérations de sécurité conjointes, etc. Ce serait un premier pas important pour ce pays.

The Saker

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

The Malevolent Encirclement of Russia

By F. William Engdahl
Global Research, October 14, 2020

Url of this article:
https://www.globalresearch.ca/rand-encirclement-russia/5726528

Over recent weeks a series of events in the states surrounding the Russian Federation has erupted that certainly are not being greeted with joy in the Kremlin. Each crisis center of itself is not a definitive game-changer for future Russian security. Taken together they suggest something far more ominous is unfolding against Moscow. A recent RAND study prepared for the US Army suggests with remarkable accuracy who might be behind what will undoubtedly become a major threat to Russian security in coming months.
The Turkish-backed attacks by Azerbaijan against Nagorno-Karabakh, igniting a territory after almost three decades of relative stalemate and ceasefire, the ongoing destabilization of Lukashenko in Belarus, the bizarre EU and UK behavior surrounding the alleged poisoning of Russian dissident Navalny and most recently, the mass protests in Kyrgyzstan, a former part of the Soviet Union in Central Asia, bear the fingerprints of the MI6 of Britain, the CIA and an array of regime-change private NGOs.


Nagorno-Karabakh
On September 27 military forces from Azerbaijan broke the 1994 ceasefire with Armenia over the conflict in predominantly ethnic- Armenian Nagorno-Karabakh. The heaviest fighting in years ensued on both sides as confrontation escalated. Turkey’s Erdogan came out openly in support of Baku against Armenia and Armenian-populated Nagorno-Karabakh, leading Nikol Pashinyan, the Prime Minister of Armenia, to accuse Turkey of “continuing a genocidal policy as a pragmatic task.” It was a clear reference to the 1915-23 Armenian charge of genocide of more than a million Armenian Christians by the Ottoman Empire. Turkey to this day refuses to acknowledge responsibility.
While Armenia blames Erdogan for backing Azerbaijan in the present conflict in the Caucasus, Russian oligarch Yevgeny Prigozhin, sometimes called “Putin’s chef” for his catering empire as well as his close ties to the Russian President, has said in an interview with a Turkish paper that the Armenia-Azeri conflict was provoked by “the Americans,” and that the Pashinyan regime is essentially in the service of the USA. Here it gets interesting.
In 2018 Pashinyan came to power via mass protests called the “Velvet Revolution.” He was openly and heavily supported by the Soros Open Society Foundation-Armenia which since 1997 has been active funding numerous “democracy” NGOs in the country. As Prime Minister, Pashinyan has named recipients of Soros money to most key cabinet positions including state security and defense.
At the same time it is unthinkable that Erdogan’s Turkey, still in NATO, would so openly support Azerbaijan in a conflict that potentially could lead to a Turkish confrontation with Russia, without prior backing in some form Washington. Armenia is a member of the economic and defense association Eurasian Economic Union together with Russia. This makes the comments of Prigozhin especially interesting.
It is also worth noting that the head of the CIA, Gina Haspel, and the recently-named head of Britain’s MI-6, Richard Moore, are both seasoned Turkey hands. Moore was UK Ambassador to Ankara until 2017. Haspel was CIA Station Chief in Azerbaijan at the end of the 1990’s. Before that, in 1990 Haspel was a CIA officer in Turkey, fluent in Turkish. Notably, although it has been scrubbed from her official CIA bio, she was also CIA Station Chief in London just prior to being named Trump Administration CIA head. She was also specialized in operations against Russia when she was in Langley at the CIA Directorate of Operations.
This raises the question whether the dark hands of an Anglo-American intelligence operation are behind the current Azeri-Armenia conflict over Nagorno-Karabakh. Adding further gunpowder to the Caucasus unrest, on October 5 NATO Secretary-General Jens Stoltenberg said that NATO’s security interests are synonymous with those of Turkey, despite Turkish purchase of Russian advanced air defense systems. Washington until now has been conspicuously silent on the Caucasus conflict or Turkey’s alleged role.


And Belarus…
The eruption of the simmering Nagorno-Karabakh conflict near Russia’s southern border is not the only state where Washington is actively promoting destabilization of vital Russian neighbors these days. Since August elections, Belarus has been filled with orchestrated protests accusing President Lukashenko of election fraud. The opposition has been active in exile from neighboring NATO Baltic countries.

In 2019, the US government-funded National Endowment for Democracy (NED) listed on its website some 34 NED project grants in Belarus. All of them were directed to nurture and train an anti-Lukashenko series of opposition groups and build domestic NGOs. The grants went for such projects as, “NGO Strengthening: To increase local and regional civic engagement… to identify local problems and develop advocacy strategies.” Another was to “expand an online depository of publications not readily accessible in the country, including works on politics, civil society, history, human rights, and independent culture.” Then another NED grant went, “To defend and support independent journalists and media.” And another, “NGO Strengthening: To foster youth civic engagement.” Another large NED grant went to, “training democratic parties and movements in effective advocacy campaigns.” Behind the innocent-sounding NED projects is a pattern of creating a specially-trained opposition on the lines of the CIA’s NED model “Color Revolutions” template.
As if the unrest in the Caucasus and Belarus were not enough to give Moscow migraine headaches, on September 29 in Brussels, Georgian Prime Minister Giorgi Gakharia met with NATO Secretary-General Jens Stoltenberg. Stoltenberg told him that, “NATO supports Georgia’s territorial integrity and sovereignty within its internationally recognized borders. We call on Russia to end its recognition of [Georgia’s breakaway] regions of Abkhazia and South Ossetia and to withdraw its forces.” Stoltenberg then told Gakharia, “And I encourage you to continue making full use of all the opportunities for coming closer to NATO. And to prepare for membership.” Of course NATO membership for Russian neighbor Georgia would amount to a strategic challenge for Russia as would that of Ukraine. The NATO comments add to the tensions facing the Kremlin recently.


Kyrgystan’s Third Color Revolution?
Then former Soviet Union Central Asian republic, Kyrgyzstan, has also just erupted in mass protests that have brought down the government for the third time since 2005, over opposition allegations of election fraud. USAID, a known cover often for CIA operations, is active in the country as is the Soros Foundation which has created a university in Biskek and funds the usual array of projects, “to promote justice, democratic governance, and human rights.” It should be noted that Kyrgyzstan is also a member of the Russia-led Eurasian Economic Union along with Armenia and Belarus.
Then to increase the heat on Russia we have the bizarre charges by the German Bundeswehr intelligence and now the OPCW that Russian dissident Alexei Navalny was poisoned in Russia using “a Soviet-era nerve agent,” said by the Germans to be Novichok. While Navalny since has evidently emerged quite alive and out of hospital, the German officials as well as British, do not bother to explain such a miraculous recovery from what is reputed to be the most deadly nerve agent ever. Following the OPCW statement that the substance was Novichok, the German Foreign Minister is threatening severe sanctions against Russia. Many are calling for Germany to cancel the Russian NordStream-2 gas pipeline as response, a blow that would hit Russia at a time of severe economic weakness from low oil prices and corona lockdown effects.
Nor does Germany bother to investigate the mysterious Russian companion of Navalny, Maria Pevchikh, who claims to have rescued the “Novichok-poisoned” empty water bottle from Navalny’s hotel room in Tomsk Russia before he was flown to Berlin on the personal invitation of Angela Merkel. After delivering the poisoned bottle to Berlin in person, she apparently swiftly flew to London where she lives, and no German or other authorities apparently tried to interview her as a potential material witness.
Pevchikh has a long association with London where she works with the Navalny foundation and is in reported close contact with Jacob Rothschild’s friend, Mikhail Khodorkovsky, the convicted fraudster and Putin foe. Khodorkovsky is also a major funder of the Navalny Anti-Corruption Foundation (FBK in Russian). There are credible reports that the mysterious Pevchikh is an asset of MI-6, the same MI-6 that ran another ludicrous Novichok drama in 2018 claiming that Russian defector Sergei Skripal and his daughter Yulia Skripal were poisoned in England by Russian intelligence using the deadly Novichok. Again there, both Skripals miraculously recovered from the deadliest nerve agent and officially were discharged from hospital whereupon they “disappeared.”


A RAND Blueprint?
While more research will undoubtedly turn up more evidence, the pattern of NATO or Anglo-American active measures against key Russian periphery countries or against strategic Russian economic interests all within the same timespan suggests some kind of coordinated attack.
And it so happens that the targets of the attacks fit precisely to the outline of a major US military think tank report. In a 2019 research report to the US Army, the RAND corporation published a set of policy recommendations under the title, “Extending Russia: Competing from Advantageous Ground.” They note that by extending Russia they mean “nonviolent measures that could stress Russia’s military or economy or the regime’s political standing at home and abroad.” All of the above stress points certainly fill that description. More striking is the specific elaboration of possible stress points to “extend Russia,” that is to over-extend her.
The report specifically discusses what they call “Geopolitical Measures” to over-extend Russia. These include providing lethal aid to Ukraine; promoting regime change in Belarus; exploiting tensions in the South Caucasus; reduce Russian influence in Central Asia. It also includes proposals to weaken the Russian economy by challenging its gas and oil sectors.
Notably, these are the same areas of geopolitical turbulence within Russia’s strategic sphere of influence today. Specifically, on the Caucasus, RAND states, “Georgia, Azerbaijan, and Armenia were part of the Soviet Union, and Russia still maintains significant sway over the region today…” They note that, “Today, Russia recognizes both South Ossetia and Abkhazia as separate countries (one of the few governments to do so) and is committed to their defense…. The United States might also renew efforts to bring Georgia into NATO. Georgia has long sought NATO membership;…” ix Recall the cited remarks of NATO’s Stoltenberg to encourage Georgia joining NATO and demanding Russia give up recognition of South Ossetia and Abkhazia.
The RAND report also highlights the tensions between Armenia and Azerbaijan:
”Russia also plays a key role with Azerbaijan and Armenia, particularly over the disputed territory of Nagorno-Karabakh… the United States could push for a closer NATO relationship with Georgia and Azerbaijan, likely leading Russia to strengthen its military presence in South Ossetia, Abkhazia, Armenia, and southern Russia. Alternatively, the United States could try to induce Armenia to break with Russia.”
In relation to current massive protests in Kyrgyzstan in Central Asia, RAND notes, “Russia is part of two economic ventures related to Central Asia: the EEU and the Belt and Road Initiative.” A pro-NATO regime change could throw a big barrier between Russia and China as well as within its EEU. As to economic pressures, the RAND report cites the possibility of pressuring the EU to abandon the NordStream-2 gas pipeline from Russia direct to Germany. The recent Navalny incident is creating growing pressure within the EU and even Germany to stop NordStream-2 as sanction for the Navalny affair. RAND notes,
“In terms of extending Russia economically, the main benefit of creating supply alternatives to Russian gas is that it would lower Russian export revenues. The federal Russian budget is already stressed, leading to planned cuts in defense spending, and lowering gas revenues would stress the budget further.”
If we examine the growing pressures on Russia from the examples cited here and compare with the language of the 2019 RAND report it is clear that many of Russia’s current strategic problems are being deliberately engineered and orchestrated from the West, specifically from Washington and London. How Russia deals with this as well as certain future escalation of NATO pressures clearly presents a major geopolitical challenge.

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F. William Engdahl is strategic risk consultant and lecturer, he holds a degree in politics from Princeton University and is a best-selling author on oil and geopolitics, exclusively for the online magazine “New Eastern Outlook” where this article was originally published. He is a Research Associate of the Centre for Research on Globalization.