En finir avec la stratégie américaine du Regime Change en Bolivie et ailleurs

par Medea Benjamin et Nicolas J. S. Davies (*)

02.11.2020

Source : https://www.les-crises.fr/

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

[Le « Regime Change » trop souvent traduit par changement de régime est en fait une pratique des États-Unis qui consiste à susciter la révolution et/ou le coup d’Etat visant à mettre en place un gouvernement local favorable à leurs intérêts, NdT]

Medea Benjamin et Nicolas J. S. Davies abordent les utilisations illégales et destructrices de la coercition militaire, diplomatique et financière américaine depuis le 11 septembre.

Moins d’un an après que les États-Unis et l’Organization of American States (OAS, Organisation des États américains, en français OEA), appuyée par les États-Unis, ont soutenu un coup d’État militaire violent visant à renverser le gouvernement de Bolivie, le peuple bolivien a réélu le Mouvement pour le socialisme (MAS) et l’a rétabli au pouvoir.

Dans la longue histoire des « renversements de régime » appuyés par les États-Unis dans les pays du monde entier, rarement un peuple et un pays n’ont rejeté aussi fermement et démocratiquement les efforts des États-Unis pour leur dicter la manière dont ils seront gouvernés. La présidente intérimaire Jeanine Añez a demandé 350 personnes ayant des visas américains pour elle-même et pour d’autres qui pourraient être poursuivis en Bolivie pour leur rôle dans le coup d’État.

Le récit d’une élection truquée en 2019 que les États-Unis et l’OEA ont colporté pour soutenir le coup d’État en Bolivie a été complètement démenti. Le soutien du MAS provient principalement des Boliviens indigènes des campagnes, de sorte qu’il faut plus de temps pour recueillir et compter leurs bulletins de vote que ceux des citadins plus aisés qui soutiennent les opposants néolibéraux de droite du MAS.

Comme les votes proviennent des zones rurales, leur comptage se fait de plus en plus selon le système MAS. En prétendant que ce schéma prévisible et normal dans les résultats des élections boliviennes était la preuve d’une fraude électorale en 2019, l’OEA porte la responsabilité d’avoir déclenché une vague de violence contre les partisans indigènes du MAS qui, en fin de compte, n’a fait que délégitimer l’OEA elle-même.

Tweet d’Evo Morales, ancien président de la Bolivie, appelant à l’unité pour soutenir le président élu Luis Arce, montré en photo, et à la restauration de la démocratie.

Il est instructif de constater que l’échec du coup d’État soutenu par les États-Unis en Bolivie a conduit à un résultat plus démocratique encore que les opérations de changement de régime américaines qui ont réussi à écarter un gouvernement du pouvoir. Les débats internes sur la politique étrangère américaine supposent systématiquement que les États-Unis ont le droit, voire l’obligation, de déployer un arsenal d’armes militaires, économiques et politiques pour forcer un changement politique dans les pays qui résistent à leurs diktats impériaux.

Dans la pratique, cela signifie soit une guerre totale (comme en Irak et en Afghanistan), un coup d’État (comme en Haïti en 2004, au Honduras en 2009 et en Ukraine en 2014), des guerres secrètes et par procuration (comme en Somalie, en Libye, en Syrie et au Yémen) ou des sanctions économiques punitives (comme contre Cuba, l’Iran et le Venezuela) – qui violent toutes la souveraineté des pays visés et sont donc illégales en vertu du droit international.

Quel que soit l’instrument de changement de régime utilisé par les États-Unis, ces interventions américaines n’ont amélioré la vie des habitants d’aucun de ces pays, ni d’innombrables autres dans le passé. Le brillant ouvrage de William Blum, Killing Hope : U.S. Military and CIA Interventions Since World War II, publié en 1995 [paru en France en 2004: Les Guerres scélérates. Tuer l’espoir: l’armée américaine et le C.I.A. Interventions depuis la Seconde Guerre mondiale, NdT] , répertorie 55 opérations de changement de régime américaines en 50 ans, entre 1945 et 1995. Comme le montrent clairement les comptes-rendus détaillés de Blum, la plupart de ces opérations ont impliqué des initiatives américaines visant à écarter du pouvoir des gouvernements élus par le peuple, comme en Bolivie, et les ont souvent remplacées par des dictatures soutenues par les États-Unis : comme le Shah d’Iran, Mobutu au Congo, Suharto en Indonésie et le général Pinochet au Chili.

Même lorsque le gouvernement visé est un gouvernement violent et répressif, l’intervention américaine conduit généralement à une violence encore plus grande. Dix-neuf ans après la chute du gouvernement taliban en Afghanistan, les États-Unis ont largué 80 000 bombes et missiles sur les combattants et les civils afghans, mené des dizaines de milliers de raids nocturnes « tuer ou capturer », et la guerre a tué des centaines de milliers d’Afghans.

En décembre 2019, le Washington Post a publié une foule de documents du Pentagone révélant qu’aucune de ces violences ne repose sur une véritable stratégie visant à apporter la paix ou la stabilité en Afghanistan – il s’agit simplement d’une sorte d’ « embrouillamini » sauvage, comme l’a dit le général américain McChrystal. Aujourd’hui, le gouvernement afghan soutenu par les États-Unis est enfin en pourparlers de paix avec les talibans sur un projet de partage du pouvoir politique pour mettre fin à cette guerre « sans fin », car seule une solution politique peut offrir à l’Afghanistan et à son peuple un avenir viable et pacifique que des décennies de guerre leur ont refusés.

En Libye, cela fait neuf ans que les États-Unis, leurs alliés de l’OTAN et les monarchies arabes ont lancé une guerre par procuration soutenue par une invasion secrète et une campagne de bombardement de l’OTAN qui a conduit à l’horrible sodomie et à l’assassinat du leader libyen anticolonialiste de longue date, Mouammar Kadhafi. Cela a plongé la Libye dans le chaos et la guerre civile entre les différentes forces par procuration que les États-Unis et leurs alliés ont armées, entraînées et avec lesquelles ils ont travaillé pour renverser Kadhafi.

Une enquête parlementaire au Royaume-Uni a révélé qu’ « une intervention limitée pour protéger les civils a dérivé vers une politique opportuniste de changement de régime par des moyens militaires, qui a conduit à l’effondrement politique et économique, à des guerres inter-milices et intertribales, à des crises humanitaires et de migration, à des violations généralisées des droits de l’homme, à la propagation des armes du régime Kadhafi dans la région et à la croissance de l’État islamique en Afrique du Nord. »

Les différentes factions belligérantes libyennes sont maintenant engagées dans des pourparlers de paix visant à un cessez-le-feu permanent et, selon l’envoyé de l’ONU, à « tenir des élections nationales dans les plus brefs délais possibles pour restaurer la souveraineté de la Libye », la souveraineté même que l’intervention de l’OTAN a détruite.

Le conseiller en politique étrangère du sénateur Bernie Sanders, Matthew Duss, a demandé à la prochaine administration américaine de procéder à un examen complet de la « guerre contre le terrorisme » de l’après-11 septembre, afin que nous puissions enfin tourner la page de ce chapitre sanglant de notre histoire.

Duss veut une commission indépendante pour juger ces deux décennies de guerre sur la base des « normes du droit international humanitaire que les États-Unis ont contribué à établir après la Seconde Guerre mondiale », qui sont énoncées dans la Charte des Nations Unies et les Conventions de Genève. Il espère que cette révision « stimulera un débat public vigoureux sur les conditions et les règles juridiques au sein desquelles les États-Unis utilisent la violence militaire. »

Une telle révision est attendue depuis longtemps et nécessaire, mais elle doit faire face à la réalité qui est que, dès le début, la « guerre contre le terrorisme » a été conçue pour couvrir une escalade massive des opérations américaines de « changement de régime » contre de nombreux pays, dont la plupart étaient gouvernés par des régimes laïques qui n’avaient rien à voir avec la montée d’Al-Qaïda ou les crimes du 11 septembre.

Des notes prises par le haut responsable politique Stephen Cambone lors d’une réunion au Pentagone, toujours endommagé et fumant, dans l’après-midi du 11 septembre 2001, résument les ordres du secrétaire à la Défense Rumsfeld d’obtenir « rapidement les meilleures informations. Jugez s’il est possible de frapper S.H. [Saddam Hussein] en même temps – et pas seulement UBL [Oussama Ben Laden]. Balayez tout. Que les choses soient liées ou pas. »

Au prix d’une violence militaire terrible et de pertes massives en vies humaines, le règne mondial de la terreur qui en a résulté a installé des pseudo-gouvernements dans des pays du monde entier qui se sont avérés plus corrompus, moins légitimes et moins capables de protéger leur territoire et leur population que les gouvernements que les actions américaines ont supprimés.

Au lieu de consolider et d’étendre la puissance impériale américaine comme prévu, ces utilisations illégales et destructrices de la contrainte militaire, diplomatique et financière ont eu l’effet inverse, laissant les États-Unis toujours plus isolés et impuissants dans un monde multipolaire en évolution.

Aujourd’hui, les États-Unis, la Chine et l’Union européenne sont à peu près égaux en termes de taille de leurs économies et de commerce international, mais même leur activité combinée représente moins de la moitié de l’activité économique mondiale et du commerce extérieur. Aucune puissance impériale ne domine économiquement le monde d’aujourd’hui comme les dirigeants américains trop confiants l’espéraient à la fin de la guerre froide, ni n’est divisée par une lutte binaire entre des empires rivaux comme pendant la guerre froide. C’est le monde multipolaire dans lequel nous vivons déjà, et non celui qui pourrait émerger à un moment donné dans l’avenir.

Ce monde multipolaire a progressé, forgeant de nouveaux accords sur nos problèmes communs les plus critiques, des armes nucléaires et conventionnelles à la crise climatique en passant par les droits des femmes et des enfants. Les violations systématiques du droit international et le rejet des traités multilatéraux par les États-Unis en ont fait une exception et un problème, et certainement pas un leader, comme le prétendent les politiciens américains.

Joe Biden parle de restaurer le leadership international américain s’il est élu, mais cela sera plus facile à dire qu’à faire. L’empire américain s’est hissé au rang de leader international en mettant sa puissance économique et militaire au service d’un ordre international fondé sur des règles dans la première moitié du XXe siècle, qui a culminé avec les règles de droit international de l’après-guerre. Mais les États-Unis se sont progressivement détériorés au cours de la guerre froide et du triomphalisme de l’après-guerre froide pour devenir un empire fragile et décadent qui menace maintenant le monde avec des doctrines comme « je suis puissant donc je fais le bien », ou « à prendre ou à laisser »

Lorsque Barack Obama a été élu président en 2008, une grande partie du monde considérait encore l’ancien président George W. Bush, le vice-président Dick Cheney et la « guerre contre le terrorisme » comme exceptionnels, plutôt que comme une nouvelle norme de la politique américaine. Obama a reçu le prix Nobel de la paix sur la base de quelques discours et des espoirs désespérés du monde pour un « président de la paix ». Mais huit années d’Obama, de Biden, de Mardis de la terreur et de listes de victimes [Allusion aux assassinats par drone de la victime et de ses proches, NdT], suivies de quatre années de président Donald Trump, de vice-président Mike Pence, d’enfants en cage et de la nouvelle guerre froide avec la Chine ont confirmé les pires craintes du monde, à savoir que le côté sombre de l’impérialisme américain vu sous Bush et Cheney n’était pas une aberration.

Au milieu des changements de régime bâclés et des guerres perdues par l’Amérique, la preuve la plus concrète de son attachement apparemment inébranlable pour l’agression et le militarisme est que le complexe militaro-industriel américain dépasse encore les dix plus grandes puissances militaires du monde réunies, ce qui est totalement hors de proportion avec les besoins de défense légitimes de l’Amérique.

Concrètement si nous voulons la paix nous devons donc : cesser de bombarder et de sanctionner nos voisins et d’essayer de renverser leurs gouvernements ; retirer la plupart des troupes américaines et fermer les bases militaires dans le monde entier ; et réduire nos forces armées et notre budget militaire à ce dont nous avons vraiment besoin pour défendre notre pays, et non pour mener des guerres d’agression illégales à l’autre bout du monde.

Dans l’intérêt des gens du monde entier qui organisent des mouvements de masse pour renverser des régimes répressifs et qui luttent pour construire de nouveaux modèles de gouvernement qui ne soient pas des répliques des régimes néolibéraux en faillite, nous devons empêcher notre gouvernement – quel que soit le responsable de la Maison Blanche – d’imposer sa volonté.

Le triomphe de la Bolivie sur le changement de régime soutenu par les États-Unis est une affirmation du pouvoir populaire émergeant de notre nouveau monde multipolaire, et la lutte pour faire avancer les États-Unis vers un avenir post-impérial est également dans l’intérêt du peuple américain. Comme l’a dit un jour le défunt leader du Venezuela Hugo Chavez à une délégation américaine en visite, « Si nous travaillons ensemble avec les peuples opprimés au sein des États-Unis pour surmonter l’empire, nous ne nous libérerons pas seulement nous-mêmes, mais aussi le peuple de Martin Luther King. »

(*) Medea Benjamin est cofondatrice de CODEPINK : Women for Peace et auteur de nombreux livres dont Kingdom of the Unjust : Behind the US-Saudi Connection et Inside Iran : the Real History and Politics of the Islamic Republic of Iran.

Nicolas J. S. Davies est journaliste indépendant, chercheur au CODEPINK et auteur de Blood On Our Hands : the American Invasion and Destruction of Iraq.

Reposez en paix, Monsieur le Ministre, et veillez sur la Syrie….

Publié par: Michel Raimbaud

écrivain, ancien ambassadeur de France

le 16 novembre, 2020

dans: ActualitéActualité_Moyen_Orient

Source : https://www.afrique-asie.fr/reposez-en-paix-monsieur-le-ministre-et-veillez-sur-la-syrie/

Le Dr Walid al Moallem (*) n’est plus. C’est une immense perte pour la Syrie, confrontée depuis dix ans à une agression dont on ne voit pas la fin.

Walid Al Moallem, un diplomate et un homme politique hors pair. La force tranquille et la sérénité qui émanaient en toute circonstance de sa personne et de son comportement donnait l’impression qu’il ne serait jamais pris au dépourvu face à toute l’adversité du monde, et Dieu sait à quel point la Syrie avait besoin d’un homme intelligent, expert et loyal comme Walid Al Moallem.

Rarement on aura vu un ministre des affaires étrangères mériter à tel point son nom. D’un calme olympien, toujours maître de lui-même, ayant le sens de la répartie brève mais incisive, il était par excellence le professeur, le maître, celui qui enseigne. Courtois et ferme, c’était également un diplomate né, et bien né.
La force tranquille et la sérénité qui émanaient en toute circonstance de sa personne et de son comportement donnait l’impression qu’il ne serait jamais pris au dépourvu face à toute l’adversité du monde, et Dieu sait à quel point la Syrie avait besoin d’un homme intelligent, expert et loyal comme Walid Al Moallem.
Il a certes eu la chance, au milieu de tout le malheur ambiant, d’avoir à défendre, non pas une cause pourrie comme tant et tant de ses homologues ou collègues, mais une cause juste entre toutes : défendre son pays victime d’une agression criminelle organisée par une bonne moitié de la « communauté internationale », et confronté à la sauvagerie, au cynisme des pays occidentaux, de leurs clients et affinitaires, sans oublier certains « pays frères ». Du jamais vu.

Il y aurait beaucoup à dire et à retenir de la longue carrière de cet homme fidèle, ce qui n’est pas si courant par les temps qui courent. Parmi les fioretti qu’il a laissés en héritage, on pourra se rappeler, à titre d’exemple, un épisode légendaire. Nous sommes en Suisse à Montreux, en janvier 2014, lors d’une conférence sur le conflit syrien, et le Secrétaire d’État d’Obama, John Kerry, vient de déclarer sur un ton péremptoire que « Bashar Al Assad ne prendra pas part au gouvernement de transition en Syrie. C’est inimaginable ». On voit encore le placide ministre Al Moallem pointant du doigt son collègue américain, le doigt levé comme un maître d’école fustigeant un cancre : « Monsieur Kerry, personne au monde n’a le droit de conférer ou de retirer la légitimité à un président, à une constitution ou à une loi, sauf les Syriens eux-mêmes. ». Et le dit Monsieur Kerry de se frotter le nez pour masquer son embarras….
Le courageux ministre n’aura pas eu la joie de voir de son vivant le retour de la paix. Serait venu, paraît-il, le temps « des guerres sans fin, silencieuses et/ou invisibles » sur lesquelles les experts occidentaux sont capables de disserter jusqu’à plus soif, ne voyant pas péché dans les crimes qu’ils cautionnent. Mais là où il est, le regretté disparu, n’en doutons pas, veille sur le pays qu’il a si bien servi, comme il veille sur une diplomatie résistante, loyale et sereine, malgré les pressions, les intimidations, voire les tentatives de débauchage, une diplomatie de qualité et de grande classe, formée à la meilleure des écoles, celle de Walid al Moallem.
Qu’il repose en paix et que la Syrie trouve enfin le repos dans la paix.

(*) Vice-Premier ministre de 2012 à 2020 et ministre des Affaires étrangères de la Syrie de 2006 à 2020. IR

Comprendre l’issue de la guerre pour le Haut-Karabagh

par The Saker – Le 11 novembre 2020 – Source The Saker Blog

https://lesakerfrancophone.fr/comprendre-lissue-de-la-guerre-pour-le-haut-karabagh

Beaucoup de choses se sont passées, et très rapidement, ces deux derniers jours et je commencerai cette analyse par quelques points résumant les événements – sans ordre particulier, y compris chronologique :

  • La guerre qui vient de se terminer a été un véritable bain de sang et elle a fait plus de victimes – en comptant les deux camps – que ce que l’Union soviétique a perdu en dix ans de guerre en Afghanistan.
  • Cette guerre est maintenant terminée, les soldats de la paix russes ont déjà été déployés le long de la ligne de contact. Jusqu’à présent, aucune des deux parties n’a osé reprendre les hostilités – voir ci-dessous.
  • Il y a eu deux jours de célébrations à Bakou où le président Aliev a déclaré que la guerre était un triomphe pour les forces azéries et que les pro-Pashinian n’avaient rien obtenu. Il a raison.
  • Les Azéris déclarent maintenant qu’ils veulent des compensations de la part de l’Arménie.
  • Il y a maintenant des forces turques en Azerbaïdjan et les forces russes et turques ont créé un comité conjoint pour coordonner leurs actions.
    Erdogan a insisté sur le fait qu’il voulait que la Turquie envoie des soldats de la paix, mais Poutine a catégoriquement rejeté cette demande : comme tout autre État, l’Azerbaïdjan a le droit incontesté d’inviter des forces étrangères sur son territoire, mais ces forces n’auront pas le statut et les droits d’une force de maintien de la paix.
  • De violentes émeutes ont éclaté à Erevan où des foules violentes ont pris d’assaut les bâtiments du gouvernement, frappé des fonctionnaires et saccagé le Parlement.
  • Dix-sept partis d’opposition arméniens ont déclaré qu’ils voulaient un comité de salut national et la démission de Pashinian.
  • Personne ne sait où se cache Pashinian, mais il semble toujours être quelque part en Arménie.
  • Ces émeutiers ont également détruit les bureaux de Soros à Erevan et ils recherchent maintenant « Pashinian le traître » pour le lyncher.
  • Pashinian s’est plaint sur Twitter que ses bureaux ont été mis à sac, qu’un ordinateur, son permis de conduire et, je ne plaisante pas, un flacon de parfum – le pauvre bébé parfumé ! – ont été volés.
  • La force de maintien de la paix russe sera constituée de sous-unités de la 15e Brigade indépendante de fusiliers motorisés qui fait elle-même partie de la 2e Armée d’armes combinées de la Garde du District militaire central. Elle comprendra environ 2 000 soldats armés, des véhicules blindés de transport de troupes et des véhicules blindés légers, des véhicules spécialisés (EW, C3I, etc.), des drones et des systèmes de défense aérienne.
  • Les soldats de la paix russes resteront déployés dans cette zone pendant au moins cinq ans.
  • La Russie contrôlera désormais à la fois le couloir du Haut-Karabakh (NK) et le couloir du Nakhitchevan.

Examinons maintenant la position des parties à la fin de cette guerre et comparons-les.

Arménie : il ne fait aucun doute que l’Arménie est le grand perdant de cette guerre. Pashinian et sa bande de pro-Soros russophobes ont été une véritable calamité pour le peuple arménien. Depuis son arrivée au pouvoir, ses actions anti-russes ont consisté à éliminer presque totalement toute participation arménienne à l’OTSC, il a complètement cessé toute collaboration avec la Russie, y compris dans les domaines du renseignement et de la sécurité, il a purgé les forces militaires et de sécurité arméniennes de tous les éléments supposés « pro-russes », il a interdit les écoles de langue russe. En revanche, l’Arménie possède une ambassade américaine absolument énorme avec environ 2 000 personnes – autant que la totalité de la force de maintien de la paix russe – et lorsque les Azéris ont attaqué, Pashinian a refusé de demander de l’aide à Russie pendant un mois entier. A la place, il a demandé de l’aide à Trump, Merkel et Macron. Il va sans dire qu’ils n’ont pas bougé le petit doigt.

À vrai dire, les Arméniens n’avaient absolument pas d’autre choix que d’accepter les conditions azéries. Les Arméniens ont subi d’énormes pertes tandis que les Azéris ont pris Chouchi, la ville stratégique clé qui contrôle à la fois la capitale du Nagorno-Karabagh (NK), Stepanakert, et le couloir entre le NK et l’Arménie. Si Pashinian n’avait pas signé, les Arméniens, encerclés, auraient été massacrés par les Azéris – dans cette guerre, les deux parties ont déclaré n’avoir presque pas de prisonniers. Pourquoi ? Parce que presque tous ont été exécutés, souvent après des tortures horribles, par les deux parties. Les analystes russes disent également que l’Arménie a été très rapidement à court de fournitures, un fait également mentionné par Pashinian.

Pour dire les choses simplement : le plan d’Aliev a fonctionné, l’arrogance aveugle des dirigeants arméniens, ainsi que leurs politiques suicidaires ont presque coûté à l’Arménie la perte complète du NK et, peut-être même, l’existence de leur propre pays. Une fois tous les meilleurs officiers arméniens éliminés, y compris les héros de la première guerre du Karabakh, que l’Arménie avait gagnée, il ne restait plus que des clowns délirants qui promettaient que l’Arménie, sans aucune aide, y compris celle des Russes, pourrait gagner la guerre et conduire ses forces à Bakou et oui, ils semblaient tout aussi délirants que certains dirigeants ukrainiens.

Turquie : l’autre grand perdant de cette guerre est la Turquie dont les objectifs de rassembler toutes les nations turques sous une seule bannière néo-ottomane se sont, comme on pouvait s’y attendre, effondrés. Encore une fois. Erdogan est un mégalomane et un fauteur de troubles de classe mondiale, et il a impliqué la Turquie dans des guerres, ou quasi guerres, avec la Syrie, Israël, l’Irak, la Grèce, la Libye, l’Iran, la Russie et même, dans une certaine mesure, l’OTAN. Et n’oublions pas les opérations sanglantes contre les Kurdes partout dans le monde. C’est un véritable psychopathe et cela le rend très, très dangereux. La Russie est intervenue militairement en Syrie, en Libye et maintenant en Azerbaïdjan pour refuser à la Turquie son statut d’empire en puissance et à chaque fois nous avons vu que la Turquie, en tant que pays, n’a tout simplement pas les ressources pour essayer de construire un empire, d’autant plus qu’Erdogan ne comprend tout simplement pas qu’ouvrir simultanément des conflits sur plusieurs fronts est une recette pour le désastre.

Il est également très probable que ce sont les Turcs qui ont abattu le Mi-24 russe en plein dans l’espace aérien arménien : leur but était de forcer la Russie à cesser de chercher une solution négociée et d’imposer la poursuite des hostilités. Dieu merci, les superbes compétences stratégiques d’Aliev lui ont permis de faire quelque chose de très intelligent : il s’est excusé pour ce qu’il a appelé une erreur tragique et a offert toutes sortes de compensations et d’excuses. La décision d’Aliev de s’excuser est probablement venue après que lui et Poutine – qui sont des amis proches – ont eu ce que les diplomates appellent un « franc dialogue« .

Les Turcs font tout un plat du fait que les Azéris ont invité les forces turques en Azerbaïdjan. Mais soyons honnêtes : les Azéris et les Turcs ont toujours été proches et aucune issue n’aurait pu empêcher les Azéris d’inviter légalement les forces turques en Azerbaïdjan. La vraie question est de savoir ce que ces forces peuvent faire. Je pense que si nous ne devons jamais écarter le potentiel toxique d’une force turque, cette force ne pourra pas faire grand-chose d’autre que surveiller la situation et se coordonner avec les Russes pour rester à l’écart d’eux. Mais ce que ces forces ne pourront pas faire, c’est attaquer, ou même menacer d’attaquer, les forces arméniennes et/ou russes – voir ci-dessous pourquoi.

La Russie : la Russie est le seul vrai vainqueur de cette guerre. Je sais, il y a un puissant lobby arménien aux États-Unis, en Europe et en Russie, et ils essaient de présenter leur défaite comme une défaite pour la Russie. Franchement, je comprends leur amertume et je les plains, mais ils ont absolument tort. Voici pourquoi :

Premièrement, la Russie s’est maintenant imposée comme la seule puissance dans le Caucase qui peut apporter la paix. Les deux mille membres du personnel américain à Erevan n’ont absolument rien fait pendant des années pour vraiment aider l’Arménie, tout ce qu’ils ont fait c’est lui imposer des politiques russophobes suicidaires, c’est à peu près tout. Le même nombre de soldats russes a littéralement apporté la paix du jour au lendemain. Je dois ici expliquer un peu les unités qui ont été envoyées en Azerbaïdjan : la 15e Brigade indépendante de fusiliers motorisés (15IMRB).

La 15IMRB n’est pas une force de maintien de la paix au sens occidental du terme. Il s’agit d’une force de combat d’élite spécialisée dans les missions de maintien et de rétablissement de la paix – « coercition pour la paix » dans la terminologie russe. Son personnel est composé à 100% de professionnels, dont la plupart ont une grande expérience du combat : ils ont participé à l’opération de coercition pour la paix en Géorgie en août 2008 et en Syrie. Ce sont des forces de haut niveau, bien entraînées et superbement équipées qui, en plus de leurs propres capacités, peuvent compter sur le soutien des forces russes en Arménie et sur le soutien de toute l’armée russe. Ceux qui disent que cette force est une force symbolique légèrement armée ne comprennent tout simplement pas ces questions.

L’ensemble du théâtre d’opérations de cette guerre se trouve dans la zone (virtuelle) à moins de 1 000 kilomètres de la frontière russe que l’armée russe veut être capable de dominer en cas d’escalade si une guerre éclate. Je répète que l’armée russe n’est pas organisée comme l’armée américaine : la doctrine militaire russe est purement défensive, ce n’est pas de la propagande, et elle s’appuie pour cette défense sur sa capacité à déployer très rapidement des forces mécanisées à haut niveau de préparation partout en Russie, à moins de 1 000 km de la frontière russe, et sur sa capacité à détruire toute force entrant dans cette zone. La Russie s’appuie également sur des systèmes d’armes avancés capables de libérer une grande puissance de feu pour défendre les forces déployées. En d’autres termes, bien que la 15IMRB ne soit qu’une force expéditionnaire de la taille d’une brigade, elle est entraînée à se replier et à tenir une position jusqu’à ce que les renforts en personnel et/ou en puissance de feu soient envoyées de Russie. Vous pouvez considérer cela comme quelque chose de similaire à la force opérationnelle russe en Syrie, mais beaucoup plus proche de la Russie et, par conséquent, beaucoup plus facile à soutenir en cas de besoin.

Pour en revenir au Mi-24 russe abattu, cette action ne passera pas inaperçue ni ne sera oubliée, vous pouvez en être sûr. Le fait que Poutine et l’armée russe n’agissent pas comme le feraient les États-Unis en déclenchant immédiatement des représailles ne signifie pas que les Russes s’en moquent, qu’ils ont oublié ou qu’ils ont peur. Il existe un proverbe juif qui dit qu’« une bonne vie est la meilleure des vengeances ». Je paraphrase cela en disant que la devise de Poutine pourrait être « un résultat avantageux est la meilleure des représailles » : c’est ce que nous avons vu en Syrie et c’est ce qui se passera en Azerbaïdjan.

Un autre point positif pour la Russie est qu’elle peut maintenant déclarer, en toute honnêteté, que les révolutions de couleur entraînent inévitablement des pertes territoriales, voir l’Ukraine, la Géorgie et maintenant l’Arménie, et le chaos politique partout.

Ensuite, veuillez regarder la carte suivante, en russe, mais cela ne pose pas de problème :


Regardez les deux lignes bleues épaisses : elles montrent les couloirs entre l’Azerbaïdjan, la province azérie du Nakhitchevan et le couloir entre l’Arménie et le Haut-Karabakh. Ces deux couloirs sont absolument vitaux pour ces deux pays et ils seront désormais sous le contrôle des gardes-frontières du FSB, les gardes-frontières russes sont des unités légères, mobiles et d’élite comparables en termes d’entraînement et de capacités à leurs collègues des forces aéroportées. Encore une fois, ne supposez pas qu’ils ressemblent aux agents des douanes ou des frontières des États-Unis ou de l’Union européenne. Ce sont des unités d’élite très robustes, entraînées à combattre une force bien supérieure jusqu’à l’arrivée des renforts.

En termes stratégiques, cela signifie que la Russie a désormais une main de fer sur ce qui est une artère stratégique vitale pour l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Aucune des parties n’est prête à faire de grands commentaires à ce sujet, pas besoin d’humilier qui que ce soit, mais les personnes averties se rendent compte de la fantastique capacité de pression que Poutine vient d’ajouter à la Russie dans le Caucase. Vous pouvez considérer ces deux couloirs comme une ligne de vie pour les deux États tant que vous réalisez également que ces couloirs sont aussi des poignards stratégiques dans les mains des Russes pointant vers les organes vitaux des deux États.

L’habituelle chorale qui déteste Poutine et qui a chanté le slogan « Poutine a perdu le contrôle de son environnement proche » devrait maintenant avoir honte de son manque d’intelligence, et être atterrée par ce que « Poutine » a fait à ses espoirs, mais ce genre de pensée magique ne changera pas la réalité sur le terrain : loin de perdre quoi que ce soit, Poutine a assuré une immense victoire stratégique de la Russie au prix de deux soldats morts, un blessé et un hélicoptère perdu.

Dorénavant, la Russie disposera de forces militaires permanentes en Arménie et en Azerbaïdjan. La Géorgie a été effectivement neutralisée. Le Caucase russe est pour l’essentiel pacifique et prospère, la mer Noire et la mer Caspienne sont de facto des « lacs russes » et le « ventre » russe est maintenant beaucoup plus protégé qu’il ne l’a jamais été.

Voyons quand une puissance occidentale parviendra à un résultat similaire

Conclusion

Cette guerre n’a été que gelée et, comme en Syrie, il y aura des provocations, des attaques sous fausse bannière, des revers et des innocents assassinés. Mais, comme en Syrie, Poutine préférera toujours une stratégie tranquille avec des pertes minimales à une stratégie de menaces, de démagogie et de représailles instantanées. Il y a aussi ce que j’appelle les « règles de Poutine sur l’usage de la force » : ne jamais utiliser la force là où on l’attend, toujours l’utiliser quand on s’y attend le moins et toujours d’une manière que vos ennemis ne prévoient pas. Mais ne voyons pas tout cela seulement sous un jour favorable, il y aura certainement des revers, Erdogan est en colère et il veut toujours jouer un rôle. Poutine, d’une manière typiquement russe, lui laissera exactement ce « rôle », mais celui-ci sera minime et principalement destiné à la consommation interne des relations publiques turques. Erdogan, loin d’être un nouveau Mehmed le conquérant et « Le Grand Aigle », passera à la postérité comme Erdogan le perdant et le « Poulet Vaincu ». La mégalomanie est peut-être une condition préalable à la construction d’un empire, mais cela ne suffit manifestement pas.

Quelle est la prochaine étape ?

Pashinian sera renversé, c’est certain. Ce qui importe le plus pour l’Arménie, c’est de savoir qui le remplacera. Hélas, il existe des nationalistes anti-pashinian qui sont tout aussi russophobes que la bande à Pashinian. De plus, compte tenu des hystériques qui font parler d’eux en Arménie, il est possible qu’un nouveau gouvernement rompe le cessez-le-feu et exige un « combat jusqu’au bout ». Cela pourrait être un problème majeur, y compris pour les forces russes en Arménie et les soldats de la paix, mais il est également probable que, d’ici là, le peuple arménien aura compris réellement qu’on lui a menti et qu’il a subi une défaite écrasante, ces appels seront finalement noyés par des voix plus saines, y compris celles des dirigeants d’avant 2018 actuellement emprisonnés.

Il y a aussi une énorme immigration arménienne en Russie qui écoutera tous les rapports et analyses produits en Russie et sera pleinement consciente de la réalité sur place. Ces immigrants représentent une ressource énorme pour l’Arménie car ce sont eux qui vont pousser à une collaboration forte avec la Russie dont, franchement, l’Arménie a maintenant besoin plus que tout autre chose. En ce moment, à en juger par ce que disent les analystes russes pro-Arméniens, les Arméniens et leurs partisans sont absolument horrifiés par ce résultat et ils pensent que les Turcs ont maintenant pénétré profondément dans la sphère d’influence russe. Des voix sensées leur répondent que cette soi-disant « pénétration » dans la sphère d’influence russe est surtout de la relation publique et qu’il est de loin préférable que certaines forces turques se déplacent à l’intérieur de la sphère d’influence russe plutôt qu’une force russe soit déployée à l’intérieur de la sphère d’influence turque. En d’autres termes, lorsque ces partisans de l’Arménie disent qu’Erdogan s’est profondément enfoncé dans la sphère d’influence russe, ils admettent évidemment qu’il s’agit d’une sphère d’influence russe et non turque. Ils ne se rendent pas compte de ce qu’ils disent, c’est tout.

Franchement, les diasporas arméniennes en Russie, dans l’UE et aux États-Unis sont superbement organisées, elles ont beaucoup d’argent et elles contrôlent actuellement le récit dans l’UE et aux États-Unis, en Russie, elles ont essayé mais ont échoué misérablement. Ajoutez à cela le fait que c’est Aliev qui a commencé cette guerre et qu’il est profondément lié à la Turquie d’Erdogan et vous verrez pourquoi l’ampleur de la défaite arménienne est systématiquement sous-estimée dans les médias occidentaux. C’est bien, laissez passer quelques mois et la réalité de la situation finira par convaincre ceux qui sont actuellement dans le déni.
En ce moment, c’est exactement le processus qui se déroule – violemment – à Erevan. Mais tôt ou tard, les pillards seront remplacés par une sorte de gouvernement d’union nationale et si ce gouvernement veut mettre fin aux pertes horribles et veut reconstruire ce qui reste, il devra appeler le Kremlin et proposer à la Russie une sorte d’accord. Inutile de dire que l’immense ambassade américaine et la centaine d’« ONG » parrainées par Soros s’y opposeront de toutes leurs forces. Mais avec les États-Unis eux-mêmes qui se battent pour leur survie, l’UE en plein désarroi et les Turcs qui échouent dans tout ce qu’ils entreprennent, ce n’est tout simplement pas une option viable.

Les Russes plaisantent en disant qu’il faut deux Juifs pour tromper un Arménien, ce qui signifie que les Arméniens sont peut-être même plus intelligents que les Juifs – qui, en toute justice, ne sont pas plus intelligents que les autres, [pourquoi le seraient-ils ?, NdSF] c’est surtout de la propagande intéressée et égoïste. J’ai tendance à partager cette admiration du peuple arménien. Il s’agit d’une nation et d’une culture anciennes, vraiment nobles et belles, qui méritent de vivre en paix et en sécurité et qui ont subi de nombreuses horreurs dans leur histoire. Elles méritent bien plus que ce pantin de la CIA/MI6 ! En ce moment, la nation arménienne est définitivement au plus bas dans son histoire, comparable aux années 90 « démocratiques » en Russie ou à l’horreur « libérale » actuelle qui se déroule aux États-Unis. Mais, comme Dostoïevski aimait à le dire, « on ne doit jamais juger une nation par le niveau jusqu’au quel elle peut s’enfoncer mais par le niveau auquel elle peut s’élever ».

La meilleure chose pour l’Arménie, objectivement, serait de faire partie de la Russie, ce qui était le cas dans un passé récent. Mais cela n’arrivera pas : premièrement, le nationalisme arménien est aussi aveugle et obtus que jamais et, de plus, la Russie n’accepterait jamais l’Arménie dans la Fédération de Russie, et pourquoi le ferait-elle ? L’Arménie n’a exactement rien à offrir à la Russie, si ce n’est un territoire difficile à protéger avec des voisins potentiellement dangereux. Non, la Russie n’a jamais perdu l’Arménie – c’est l’Arménie qui a perdu la Russie. Maintenant, le maximum que le Kremlin offrira à l’Arménie est une protection contre tous les voisins et une aide économique.

Pour le reste, voyons si le prochain gouvernement arménien rejoindra l’OTSC non seulement en paroles, comme ce fut le cas ces deux dernières années, mais aussi en actes, avec la reprise des échanges d’informations, la collaboration militaire, les opérations de sécurité conjointes, etc. Ce serait un premier pas important pour ce pays.

The Saker

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

The Malevolent Encirclement of Russia

By F. William Engdahl
Global Research, October 14, 2020

Url of this article:
https://www.globalresearch.ca/rand-encirclement-russia/5726528

Over recent weeks a series of events in the states surrounding the Russian Federation has erupted that certainly are not being greeted with joy in the Kremlin. Each crisis center of itself is not a definitive game-changer for future Russian security. Taken together they suggest something far more ominous is unfolding against Moscow. A recent RAND study prepared for the US Army suggests with remarkable accuracy who might be behind what will undoubtedly become a major threat to Russian security in coming months.
The Turkish-backed attacks by Azerbaijan against Nagorno-Karabakh, igniting a territory after almost three decades of relative stalemate and ceasefire, the ongoing destabilization of Lukashenko in Belarus, the bizarre EU and UK behavior surrounding the alleged poisoning of Russian dissident Navalny and most recently, the mass protests in Kyrgyzstan, a former part of the Soviet Union in Central Asia, bear the fingerprints of the MI6 of Britain, the CIA and an array of regime-change private NGOs.


Nagorno-Karabakh
On September 27 military forces from Azerbaijan broke the 1994 ceasefire with Armenia over the conflict in predominantly ethnic- Armenian Nagorno-Karabakh. The heaviest fighting in years ensued on both sides as confrontation escalated. Turkey’s Erdogan came out openly in support of Baku against Armenia and Armenian-populated Nagorno-Karabakh, leading Nikol Pashinyan, the Prime Minister of Armenia, to accuse Turkey of “continuing a genocidal policy as a pragmatic task.” It was a clear reference to the 1915-23 Armenian charge of genocide of more than a million Armenian Christians by the Ottoman Empire. Turkey to this day refuses to acknowledge responsibility.
While Armenia blames Erdogan for backing Azerbaijan in the present conflict in the Caucasus, Russian oligarch Yevgeny Prigozhin, sometimes called “Putin’s chef” for his catering empire as well as his close ties to the Russian President, has said in an interview with a Turkish paper that the Armenia-Azeri conflict was provoked by “the Americans,” and that the Pashinyan regime is essentially in the service of the USA. Here it gets interesting.
In 2018 Pashinyan came to power via mass protests called the “Velvet Revolution.” He was openly and heavily supported by the Soros Open Society Foundation-Armenia which since 1997 has been active funding numerous “democracy” NGOs in the country. As Prime Minister, Pashinyan has named recipients of Soros money to most key cabinet positions including state security and defense.
At the same time it is unthinkable that Erdogan’s Turkey, still in NATO, would so openly support Azerbaijan in a conflict that potentially could lead to a Turkish confrontation with Russia, without prior backing in some form Washington. Armenia is a member of the economic and defense association Eurasian Economic Union together with Russia. This makes the comments of Prigozhin especially interesting.
It is also worth noting that the head of the CIA, Gina Haspel, and the recently-named head of Britain’s MI-6, Richard Moore, are both seasoned Turkey hands. Moore was UK Ambassador to Ankara until 2017. Haspel was CIA Station Chief in Azerbaijan at the end of the 1990’s. Before that, in 1990 Haspel was a CIA officer in Turkey, fluent in Turkish. Notably, although it has been scrubbed from her official CIA bio, she was also CIA Station Chief in London just prior to being named Trump Administration CIA head. She was also specialized in operations against Russia when she was in Langley at the CIA Directorate of Operations.
This raises the question whether the dark hands of an Anglo-American intelligence operation are behind the current Azeri-Armenia conflict over Nagorno-Karabakh. Adding further gunpowder to the Caucasus unrest, on October 5 NATO Secretary-General Jens Stoltenberg said that NATO’s security interests are synonymous with those of Turkey, despite Turkish purchase of Russian advanced air defense systems. Washington until now has been conspicuously silent on the Caucasus conflict or Turkey’s alleged role.


And Belarus…
The eruption of the simmering Nagorno-Karabakh conflict near Russia’s southern border is not the only state where Washington is actively promoting destabilization of vital Russian neighbors these days. Since August elections, Belarus has been filled with orchestrated protests accusing President Lukashenko of election fraud. The opposition has been active in exile from neighboring NATO Baltic countries.

In 2019, the US government-funded National Endowment for Democracy (NED) listed on its website some 34 NED project grants in Belarus. All of them were directed to nurture and train an anti-Lukashenko series of opposition groups and build domestic NGOs. The grants went for such projects as, “NGO Strengthening: To increase local and regional civic engagement… to identify local problems and develop advocacy strategies.” Another was to “expand an online depository of publications not readily accessible in the country, including works on politics, civil society, history, human rights, and independent culture.” Then another NED grant went, “To defend and support independent journalists and media.” And another, “NGO Strengthening: To foster youth civic engagement.” Another large NED grant went to, “training democratic parties and movements in effective advocacy campaigns.” Behind the innocent-sounding NED projects is a pattern of creating a specially-trained opposition on the lines of the CIA’s NED model “Color Revolutions” template.
As if the unrest in the Caucasus and Belarus were not enough to give Moscow migraine headaches, on September 29 in Brussels, Georgian Prime Minister Giorgi Gakharia met with NATO Secretary-General Jens Stoltenberg. Stoltenberg told him that, “NATO supports Georgia’s territorial integrity and sovereignty within its internationally recognized borders. We call on Russia to end its recognition of [Georgia’s breakaway] regions of Abkhazia and South Ossetia and to withdraw its forces.” Stoltenberg then told Gakharia, “And I encourage you to continue making full use of all the opportunities for coming closer to NATO. And to prepare for membership.” Of course NATO membership for Russian neighbor Georgia would amount to a strategic challenge for Russia as would that of Ukraine. The NATO comments add to the tensions facing the Kremlin recently.


Kyrgystan’s Third Color Revolution?
Then former Soviet Union Central Asian republic, Kyrgyzstan, has also just erupted in mass protests that have brought down the government for the third time since 2005, over opposition allegations of election fraud. USAID, a known cover often for CIA operations, is active in the country as is the Soros Foundation which has created a university in Biskek and funds the usual array of projects, “to promote justice, democratic governance, and human rights.” It should be noted that Kyrgyzstan is also a member of the Russia-led Eurasian Economic Union along with Armenia and Belarus.
Then to increase the heat on Russia we have the bizarre charges by the German Bundeswehr intelligence and now the OPCW that Russian dissident Alexei Navalny was poisoned in Russia using “a Soviet-era nerve agent,” said by the Germans to be Novichok. While Navalny since has evidently emerged quite alive and out of hospital, the German officials as well as British, do not bother to explain such a miraculous recovery from what is reputed to be the most deadly nerve agent ever. Following the OPCW statement that the substance was Novichok, the German Foreign Minister is threatening severe sanctions against Russia. Many are calling for Germany to cancel the Russian NordStream-2 gas pipeline as response, a blow that would hit Russia at a time of severe economic weakness from low oil prices and corona lockdown effects.
Nor does Germany bother to investigate the mysterious Russian companion of Navalny, Maria Pevchikh, who claims to have rescued the “Novichok-poisoned” empty water bottle from Navalny’s hotel room in Tomsk Russia before he was flown to Berlin on the personal invitation of Angela Merkel. After delivering the poisoned bottle to Berlin in person, she apparently swiftly flew to London where she lives, and no German or other authorities apparently tried to interview her as a potential material witness.
Pevchikh has a long association with London where she works with the Navalny foundation and is in reported close contact with Jacob Rothschild’s friend, Mikhail Khodorkovsky, the convicted fraudster and Putin foe. Khodorkovsky is also a major funder of the Navalny Anti-Corruption Foundation (FBK in Russian). There are credible reports that the mysterious Pevchikh is an asset of MI-6, the same MI-6 that ran another ludicrous Novichok drama in 2018 claiming that Russian defector Sergei Skripal and his daughter Yulia Skripal were poisoned in England by Russian intelligence using the deadly Novichok. Again there, both Skripals miraculously recovered from the deadliest nerve agent and officially were discharged from hospital whereupon they “disappeared.”


A RAND Blueprint?
While more research will undoubtedly turn up more evidence, the pattern of NATO or Anglo-American active measures against key Russian periphery countries or against strategic Russian economic interests all within the same timespan suggests some kind of coordinated attack.
And it so happens that the targets of the attacks fit precisely to the outline of a major US military think tank report. In a 2019 research report to the US Army, the RAND corporation published a set of policy recommendations under the title, “Extending Russia: Competing from Advantageous Ground.” They note that by extending Russia they mean “nonviolent measures that could stress Russia’s military or economy or the regime’s political standing at home and abroad.” All of the above stress points certainly fill that description. More striking is the specific elaboration of possible stress points to “extend Russia,” that is to over-extend her.
The report specifically discusses what they call “Geopolitical Measures” to over-extend Russia. These include providing lethal aid to Ukraine; promoting regime change in Belarus; exploiting tensions in the South Caucasus; reduce Russian influence in Central Asia. It also includes proposals to weaken the Russian economy by challenging its gas and oil sectors.
Notably, these are the same areas of geopolitical turbulence within Russia’s strategic sphere of influence today. Specifically, on the Caucasus, RAND states, “Georgia, Azerbaijan, and Armenia were part of the Soviet Union, and Russia still maintains significant sway over the region today…” They note that, “Today, Russia recognizes both South Ossetia and Abkhazia as separate countries (one of the few governments to do so) and is committed to their defense…. The United States might also renew efforts to bring Georgia into NATO. Georgia has long sought NATO membership;…” ix Recall the cited remarks of NATO’s Stoltenberg to encourage Georgia joining NATO and demanding Russia give up recognition of South Ossetia and Abkhazia.
The RAND report also highlights the tensions between Armenia and Azerbaijan:
”Russia also plays a key role with Azerbaijan and Armenia, particularly over the disputed territory of Nagorno-Karabakh… the United States could push for a closer NATO relationship with Georgia and Azerbaijan, likely leading Russia to strengthen its military presence in South Ossetia, Abkhazia, Armenia, and southern Russia. Alternatively, the United States could try to induce Armenia to break with Russia.”
In relation to current massive protests in Kyrgyzstan in Central Asia, RAND notes, “Russia is part of two economic ventures related to Central Asia: the EEU and the Belt and Road Initiative.” A pro-NATO regime change could throw a big barrier between Russia and China as well as within its EEU. As to economic pressures, the RAND report cites the possibility of pressuring the EU to abandon the NordStream-2 gas pipeline from Russia direct to Germany. The recent Navalny incident is creating growing pressure within the EU and even Germany to stop NordStream-2 as sanction for the Navalny affair. RAND notes,
“In terms of extending Russia economically, the main benefit of creating supply alternatives to Russian gas is that it would lower Russian export revenues. The federal Russian budget is already stressed, leading to planned cuts in defense spending, and lowering gas revenues would stress the budget further.”
If we examine the growing pressures on Russia from the examples cited here and compare with the language of the 2019 RAND report it is clear that many of Russia’s current strategic problems are being deliberately engineered and orchestrated from the West, specifically from Washington and London. How Russia deals with this as well as certain future escalation of NATO pressures clearly presents a major geopolitical challenge.

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F. William Engdahl is strategic risk consultant and lecturer, he holds a degree in politics from Princeton University and is a best-selling author on oil and geopolitics, exclusively for the online magazine “New Eastern Outlook” where this article was originally published. He is a Research Associate of the Centre for Research on Globalization. 

Les tensions américano-russes sont à leur paroxysme sur plusieurs fronts

par M. K. Bhadrakumar*

Source : Horizons et débats,

Zurich, 15 septembre 2020.

M. K. Bhadrakumar (Photo mad)

En pleine escalade des tensions avec la Chine, les Etats-Unis auraient dû contenir leurs relations perturbées avec la Russie. Toutefois, c’est le contraire qui se produit. Pour la première fois depuis les élections présidentielles du 9 août en Biélorussie, Washington s’est ouvertement rangé du côté des protestations de Minsk et a mis la Russie au défi d’intervenir. 

Au même moment, Berlin a annoncé que le leader de l’opposition russe Alexeï Navalny avait été empoisonné par du gaz neurotoxique Novitchok.Il n’est pas anodin de souligner que les Allemands ont rendu publiques ces informations sensibles sans même en informer Moscou au préalable. Compte tenu de l’importance de M. Alexeï Navalny pour la politique russe, les Etats-Unis étaient probablement au courant.

Tout porte à croire qu’au sujet de la Biélorussie et de M. Navalny, Washington et Berlin ont agi en commun. Une sérieuse confrontation se prépare. L’avertissement concernant la Biélorussie est venu par le biais du secrétaire d’Etat adjoint américain Stephen Biegun, qui a envoyé un message fort au Kremlin via Radio Liberty, le canal utilisé jadis, à l’époque de la guerre froide: 

«Les quatre dernières années ont été un sérieux défi pour les relations américano-russes, mais il est possible que les choses empirent encore. Et l’un des éléments qui limiterait la capacité de tout président [quelle que soit l’issue de l’élection présidentielle américaine de novembre] à développer une relation plus coopérative avec la Russie, tous domaines confondus, serait l’intervention directe de la Russie en Biélorussie.»2

En quelques heures, le ministre des affaires étrangères Mike Pompeo, d’un commun accord avec les partenaires transatlantiques de Washington, a appelé à un «arrêt immédiat» des mesures prises par le gouvernement biélorusse pour freiner les protestations et a mis en garde contre d’«importantes sanctions ciblées».3

Le président Vladimir Poutine se voit ainsi directement mis au défi, lui qui avait déclaré la semaine dernière qu’en vertu de l’Accord de 1998 entre la Russie et la Biélorussie et du Traité de sécurité collective, la Russie serait obligée d’intervenir chez son voisin (voir mon article de blogue du 30 août 2020 sur l’anatomie de la tentative de coup d’Etat en Biélorussie).4

Les Etats-Unis ont l’intention de mettre la Russie au banc des accusés en lançant simultanément des offensives diplomatiques sur deux fronts. L’ambassadeur de Russie en Allemagne a été convoqué au ministère des affaires étrangères à Berlin il y a quelques heures [le 2 septembre],5  et les manifestations de Minsk reprennent de plus belle.

Le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a condamné aujourd’hui les «tentatives de plusieurs Etats étrangers» d’alimenter les protestations à Minsk, notant «une augmentation des activités de l’OTAN à proximité des frontières biélorusses».Les services secrets russes et biélorusses sont en contact. 

Le ministre biélorusse des affaires étrangères, Vladimir Makei, s’est aujourd’hui rendu à Moscou pour s’entretenir avec son homologue Lavrov. Les chefs d’état-major général de Russie et de Biélorussie ont discuté aujourd’hui au téléphone «de l’état et des perspectives de la coopération militaire bilatérale ainsi que de l’état d’avancement des préparatifs des manoeuvres communs de la Fraternité slave».7 La visite du président biélorusse Alexandre Loukachenko à Moscou devrait avoir lieu prochainement. 

Alors que l’affaire Navalny sert à alimenter une propagandevisant à salir la réputation de la Russie dans l’opinion publique occidentale, Moscou va se concentrer sur la situation en Biélorussie. Poutine a souligné la semaine dernière que parmi les anciennes républiques soviétiques, la Biélorussie «est peut-être la plus proche, tant d’un point de vue ethnique que de la langue, de la culture, pour des aspects spirituels et d’autres aspects encore. Nous avons des dizaines ou probablement des centaines de milliers, voire des millions de liens familiaux directs avec la Biélorussie et collaborons étroitement sur le plan économique».9

Lavrov n’a pas mâché ses mots lorsqu’il a riposté aujourd’hui: «Moscou donnera une réponse appropriée et déterminée, fondée sur des faits, à ceux qui tentent de faire dérailler la situation en Biélorussie, d’écarter la République de la Russie et de saper les fondements de l’Etat de l’Union».10

Quel est le plan de bataille de Washington? Un gouvernement américain perçu comme intransigeant envers la Russie est un élément porteur dans la campagne électorale du président Donald Trump.En termes de contenu, si l’on considère que les services secrets russes se sont concentrés sur le plan de la CIA de mener une révolution de couleur en Biélorussie, tout porte à penser que Washington a décidé de passer à l’offensive.

Car ces derniers jours, la Russie a été impliquée dans un nombre étourdissant de blocages, tel qu’il y a six jours, lors d’un accrochage entre militaires américains et russes, lorsqu’un véhicule faisant partie d’un convoi russe dans le nord-est de la Syrie a percuté un véhicule blindé américain, blessant quatre soldats américains.11 Cet épisode incita Joe Biden à se moquer de M. Trump: «Avez-vous entendu le président dire un seul mot? A-t-il levé le petit doigt? Jamais auparavant un président américain ne s’est montré aussi soumis face à un chef d’Etat russe.»

Le 31 août, l’armée américaine a annoncé qu’elle effectuerait au cours des 10 jours suivants des exercices de tir de précision à seulement 70 miles [113 km] de la frontière russe. Le 28 août, lors d’une énorme démonstration de force, les Etats-Unis ont survolé 30 Etats de l’OTAN avec six bombardiers nucléaires B-52. Deux d’entre eux ont survolé la mer Noire et ont été interceptés par deux avions de chasse russes qui se sont croisés à moins de 30,5 mètres du nez de l’un des bombardiers, ce qui aurait affecté sa capacité à maintenir sa trajectoire de vol.

Le 27 août, le sous-marin russe lance-missiles Omsk est apparu au large des côtes de l’Alaska et a participé à des exercices à munitions réelles dans la mer de Béring. Le même jour, NORAD, le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord, a envoyé deux F-22 pour intercepter trois groupes d’avions militaires russes de patrouille maritime au large des côtes de l’Alaska.

Face aux signes croissants d’ingérence russe, le plan B pour la Biélorussie prend forme. Autant la Biélorussie que l’infanterie de marine sont des motifs rêvés qui viennent à point nommé pour que Washington mobilise l’Europe et rétablisse son leadership transatlantique, qui avait été rompu récemment lorsque l’UE, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne se sont jointes à la Russie et à la Chine pour bloquer la tentative de l’administration Trump d’imposer des «sanctions rapides» à l’Iran.12

Mais Washington est avant tout frustrée que ses tentatives maladroites de semer la zizanie entre la Russie et la Chine se soient enlisées. La Chine a exprimé son soutien à Loukachenko; le géant sino-russe est donc en train de percer de toutes parts la stratégie de M. Trump consistant à exercer une pression maximale sur l’Iran.

Dans un article intitulé «La Chine et la Russie approfondissent leurs relations en pleine pandémie et conflit avec l’Occident»,13 Radio Libertya récemment énuméré plusieurs nouveaux projets économiques russo-chinois destinés à renforcer les relations entre les deux pays:

–Construction de l’une des plus grandes usines de polymères au monde par la Russie pour 11 milliards de dollars dans la région Amour, près de la frontière chinoise, en collaboration avec le géant chinois Sinopec.

– Lancemement de l’approvisionnement de la Chine en gaz naturel par le gazoduc «Power of Siberia», long de 2900 kilomètres.14

– Des plans pour un second gazoduc, «Power of Siberia2»,15en vue de tripler les fournitures de gaz russe à la Chine.

– D’une nouvelle collaboration scientifique pour tester des vaccins contre le Covid-19.

D’un plan concerté d’«affranchissement du dollar» visant à restreindre son utilisation dans les transactions bilatérales, etc.•

1 https://www.rt.com/russia/499702-Nowichok-nerve-agent-used-to/

2 https://www.rferl.org/a/deputy-state-secretary-vows-continued-u-s-support-for-freedom-in-belarus/30816585.html

 https://www.rferl.org/a/30817270.html

4 https://indianpunchline.com/anatomy-of-coup-attempt-in-belarus/

5 https://tass.com/world/1196619

6 https://tass.com/politics/1196463

7 https://tass.com/defense/1196551

8  https://uk.reuters.com/article/uk-russia-politics-navalny-statements/russia-says-germanys-statements-about-navalny-are-unsubstantiated-ria-idUKKBN25T2ML

9 http://en.kremlin.ru/events/president/news/63966

10 https://tass.com/politics/1196451

11 https://www.voanews.com/archive/russia-blames-us-military-vehicles-collision-syria

12 https://en.isna.ir/news/99061208968/Joint-statement-of-Joint-Commission-of-JCPOA

13 https://www.rferl.org/a/china-russia-deepen-their-ties-amid-pandemic-conflicts-with-west/30814684.html

14«Power of Siberia» est un gazoduc en construction depuis 2014 entre la République russe de Iakoutie/oblast d’Irkoutsk et la côte pacifique. Le 2 décembre 2019, la première section de 2157 km de long, du gisement de Chayandinskoye (Iakoutie) à Blagoveshchensk, est entrée en service, permettant les premiers acheminements de gaz vers la Chine. (Wikipédia) [Note du traducteur]

15En mai de cette année, le géant gazier russe Gazprom a annoncé qu’il débutait une étude de faisabilité pour son projet de gazoduc «Power of Siberia 2», qui doit acheminer jusqu’à 50 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an à travers la Mongolie vers la Chine. (https://pgjonline.com/news/2020/05-may/gazprom-begins-preparation-for-power-of-siberia-2) [Note du traducteur]

Source: https://indianpunchline.com/us-russia-tensions-flare-up-on-multiple-fronts/ du 2.9.2020

(Traduction Horizons et débats)


* M. K. Bhadrakumara servi pendant environ trois décennies comme diplomate de carrière au ministère indien des affaires étrangères. Il a été ambassadeur dans l’ancienne Union soviétique, au Pakistan, en Iran et en Afghanistan, ainsi qu’en Corée du Sud, au Sri Lanka, en Allemagne et en Turquie. Ses textes traitent principalement de la politique étrangère indienne et des événements au Moyen-Orient, en Eurasie, en Asie centrale, en Asie du Sud et en Asie du Pacifique. Son blog s’appelle «Indian Punchline».

Quid de«l’empoisonnement» de Navalny ?

par Moon of Alabama

Source : Le Saker francophone

https://lesakerfrancophone.fr/quen-est-il-de-lempoisonnement-de-navalny

25 août 2020

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

Note liminaire sur cet article

L’opposant russe Navalny dans le coma,

empoisonnement ou enfumage ?

Nous n’avons pas de lumière particulière sur cette affaire qui défraie la chronique dans nos médias depuis plusieurs jours. Mais, dans leur quasi-unanimité, ces médias pointent un doigt accusateur vers le Kremlin soupçonné d’avoir commandité l’empoisonnement de Navalny. Malgré la disparition de l’Union soviétique, voici presque trois décennies, dans nos médias, le Kremlin est toujours présumé coupable de quantité de turpitudes.

C’est pour se démarquer de ce tropisme que nous publions ci-après un article bien documenté qui fait du coma de Navalny une lecture bien différente.

                                                                                IR

L’affaire du prétendu « empoisonnement » d’Alexey Navalny, un histrion russe, devient de plus en plus curieuse.

Navalny est tombé malade, le 20 août dernier, lors d’un vol entre Tomsk, en Sibérie, et Moscou. L’avion a fait un atterrissage d’urgence à Omsk et Navalny a été transféré dans un hôpital. Il est tombé dans le coma. Les médecins ont diagnostiqué une forte baisse de sa glycémie. Navalny est diabétique et ses symptômes, tels que décrits, correspondaient à un choc diabétique. Nous avions donc conclu – un peu prématurément – que Navalny n’avait pas été empoisonné.

Après un jour et demi à l’hôpital d’Omsk, le patient s’est stabilisé. À la demande de sa famille, il a été transporté par avion à Berlin et admis à l’hôpital de la Charité. La Charité est une très grande clinique universitaire, avec 14 000 employés, gérée par l’État, qui est leader dans de nombreux domaines médicaux. Ses laboratoires ont constaté des effets compatibles avec l’ingestion ou le contact d’un inhibiteur de la cholinestérase :

Après son admission, M. Navalny a été soumis à un examen approfondi par une équipe de médecins de la Charité. Les résultats cliniques indiquent un empoisonnement par une substance du groupe des inhibiteurs de la cholinestérase. La substance spécifique impliquée reste inconnue, et une nouvelle série de tests complets a été lancée. L’effet du poison – à savoir l’inhibition de la cholinestérase dans l’organisme – a été confirmé par de multiples tests effectués dans des laboratoires indépendants.

À la suite de ce diagnostic, le patient est maintenant traité avec l’antidote atropine.

La cholinestérase est nécessaire dans le système nerveux humain pour décomposer l’acétylcholine, qui est une substance pour la communication entre les synapses. Les inhibiteurs de la cholinestérase sont utilisés dans le traitement de la maladie d’Alzheimer, de la maladie de Parkinson, des troubles anxieux et d’autres maladies. Les inhibiteurs de la cholinestérase peuvent être trouvés dans certains extraits de plantes ou synthétisés. Il existe deux types d’inhibiteurs de la cholinestérase, les carbamates et les organophosphates. Les deux types sont également largement utilisés comme pesticides. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les organophosphates ont été développés comme armes chimiques  – tabun, sarin, soman – mais n’ont pas été largement utilisés.

Le contenu de la déclaration de la Charité semble impliquer que les résultats de laboratoire indiquent les effets potentiels d’un inhibiteur de la cholinestérase, et non une substance spécifique elle-même. Ceci est conforme à une déclaration de la clinique d’Omsk qui insiste sur le fait qu’aucun inhibiteur de la cholinestérase, c’est-à-dire un « poison », n’a été trouvé :

« Lorsque Alexey Navalny a été admis à la clinique, il a été examiné pour un large éventail de narcotiques, de substances synthétiques, de drogues psychédéliques et de substances médicales, y compris les inhibiteurs de la cholinestérase. Le résultat a été négatif », a déclaré Sabayev, chef de l’unité d’empoisonnement aigu à l’hôpital de soins d’urgence d’Omsk où Navalny a été traité avant d’être transporté par avion en Allemagne.

« En outre, il n’avait pas de tableau clinique, spécifique à l’empoisonnement par des substances du groupe des inhibiteurs de la cholinestérase », a ajouté M. Sabayev, qui est également le meilleur toxicologue de la région d’Omsk et du district fédéral de Sibérie.

Nous pouvons être sûrs qu’un toxicologue qualifié reconnaîtrait une crise cholinergique. Il existe cependant un cas documenté en Inde dans lequel un empoisonnement aux organophosphates a été faussement interprété comme une acidocétose diabétique – merci à Bernd Neuner :

Nous présentons une jeune fille de 15 ans qui a été traitée initialement pour une « acidocétose diabétique » entraînant une aggravation de son état général. Ce problème, associé à des investigations ciblées, nous a finalement conduits à un diagnostic et à la gestion appropriée d’une surdose intentionnelle de pesticide organophosphoré (OP), prenant la forme d’une acidocétose diabétique.

Mais selon le porte-parole du Kremlin, Dimitry Peskov, les médecins russes ont fait le bon diagnostic et appliqué la thérapie appropriée – traduction automatique :

La déclaration des médecins allemands sur le diagnostic du fondateur du FBK, Alexei Navalny, n’est pas nouvelle pour les spécialistes russes, a déclaré aux journalistes Dmitri Peskov, secrétaire de presse du président russe.

« Nous n’avons encore rien appris de nouveau de cette déclaration. Nous avons donc contacté nos médecins et leur avons demandé comment, d’un point de vue professionnel, pouvions nous comprendre ce qui a été écrit. Le fait est que cette baisse de cholinestérase a été établie dès les premières heures par nos médecins de l’hôpital d’Omsk. Et l’atropine, dont les Allemands parlent et qui est maintenant donnée au patient, a commencé à être administrée pendant la première heure du séjour du patient en soins intensifs », a déclaré M. Peskov.

Le porte-parole présidentiel a souligné que le niveau de cholinestérase peut diminuer pour diverses raisons, notamment à cause de la prise de plusieurs médicaments. En même temps, les médecins allemands n’ont pas identifié de substance toxique dans les analyses de Navalny.

« Il est donc très important ici de trouver ce qui a causé la baisse des niveaux de cholinestérase. Et ni nos médecins, ni les Allemands n’ont encore pu en établir la cause. Du moins, c’est ce qui découle de la déclaration de nos collègues médecins allemands. Il n’y a pas de substance, malheureusement, elle ne peut pas être établie, les analyses ne le montrent pas », a expliqué M. Peskov.

Il a souligné que les données analytiques des médecins russes et allemands sont les mêmes, mais que les conclusions sont différentes.

« Nous ne comprenons pas pourquoi nos collègues allemands sont si pressés d’utiliser le mot empoisonnement. Vous savez, cette version était parmi les premières que nos médecins ont examinées, mais je le répète encore une fois : la substance n’a pas encore été établie. Peut-être que les Allemands ont des données », a déclaré M. Peskov, notant que les médecins russes sont prêts à fournir des échantillons des premiers tests.

Si Navalny a été empoisonné – ce qui n’est pas établi – la question suivante est de savoir comment Navalny est entré en contact avec un inhibiteur de la cholinestérase. Le contact a-t-il été causé par lui-même ou par quelqu’un d’autre ? Était-ce intentionnel ou non ?

Les porte-parole de Navalny ont insisté sur le fait que la seule substance que Navalny a ingérée ce matin-là était un thé provenant d’un bar de l’aéroport. Une vidéo de la télévision en circuit fermé de l’aéroport montre que le thé a été apporté du bar par une personne qui s’est ensuite assise avec Navalny. Ils ont vraisemblablement voyagé ensemble. Comment le barman de l’aéroport, s’il a soi-disant empoisonné Navalny, aurait-il pu savoir pour qui était le thé ?

Alors que les médias « occidentaux » poursuivent leur absurde « Poutine a empoisonné Navalny », il est important d’insister sur le fait que d’autres personnes ont plus de raisons de nuire à Navalny que le Kremlin :

Au cours des dernières années, Navalny s’est fait des ennemis en révélant des affaires de corruption. Sa dernière affaire concernait le gouverneur local de Tomsk. C’est aussi la raison pour laquelle il s’y était rendu en avion. Si Navalny est victime d’un crime, les suspects devraient être recherchés là-bas.

Escalade entre la Chine et l’Inde ?

Escalade entre la Chine et l’Inde

Coexistence pacifique ou enfer nucléaire dans l’Himalaya ?

par Matin Baraki*, Marburg

Source : Horizons et débats

Zurich, 21 jullet 2020

A l’abri des regards en raison du coronavirus, les tensions s’exacerbent de manière dangereuse dans l’Himalaya. Voilà comment pourrait être résumée la situation actuelle entre les deux puissances nucléaires que sont la République populaire de Chine et la République de l’Inde. Depuis le début du mois de mai, la Chine et l’Inde ont déployé des troupes supplémentaires le long de leur frontière commune. La région concernée se situe à une altitude de 4000 mètres au Ladakh, que l’Inde considère comme faisant partie du Cachemire. La Chine quant à elle a occupé le territoire indien à l’est du Ladakh et l’a simplement rebaptisé «Aksai Chin» 1. Comme en de nombreux points de l’Himalaya, le tracé de la frontière, hérité de la puissance coloniale britannique, est ici contesté. Toléré bon gré mal gré des deux côtés, il est d’ailleurs appelé simplement «Line of Actual Control», LAC (ligne de contrôle effectif). 2

L’Inde et la Chine se sont reproché à maintes reprises des provocations réciproques par le biais de patrouilles et de passages de frontière inappropriés. En 1962, la zone frontière avait déjà été le théâtre d’une guerre brève mais violente entre les deux pays 3, conduisant à la défaite de l’Inde. La honte de cette guerre frontalière perdue est profondément gravée dans la mémoire collective de l’élite indienne.

Le 5 mai 2020, sur les rives du lac Pangong au Ladakh, une échauffourée a eu lieu entre gardes-frontières chinois et indiens, au cours de laquelle ces derniers se sont battus à poings nus. Le 25 mai, les tensions entre les deux pays se sont intensifiées. Une grave bagarre s’ensuivit, au cours de laquelle jusqu’à 250 soldats furent blessés. Il s’agit de la plus grave crise frontalière depuis 2017, lorsque des troupes chinoises et indiennes s’étaient affrontées durant 73 jours à Doklam, près du Royaume du Bhoutan. Des pourparlers politiques entre le chef de l’État et du parti chinois Xi Jinping et le premier ministre indien Narendra Modi avaient alors permis de sortir de l’ornière.4

Une fois de plus, la situation semble très explosive. Le 26 mai, le premier ministre indien Modi a convoqué une réunion de crise des généraux avec son conseiller à la sécurité Ajit Doval, au cours de laquelle «l’état de préparation militaire de l’Inde» a été le sujet principal. L’agence de presse PTI note que «la stratégie chinoise de vouloir exercer une pression militaire sur l’Inde ne fonctionnera pas».5 La réaction du leader et chef du parti chinois, Xi Jinping, ne s’est pas fait attendre: son pays serait en train d’intensifier les préparatifs à une lutte armée. Peu avant la déclaration de Xi, le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères avait souligné que la Chine maintenait une «position cohérente et claire» 6 dans le conflit frontalier avec l’Inde et qu’il est du devoir de l’Armée populaire de libération chinoise de vouloir défendre le territoire et la souveraineté nationale de la Chine. Actuellement, le ton se durcit. Le quotidien d’État chinois Global Times a fait état de plusieurs «infrastructures défensives illégales» 7 du côté indien, depuis lesquelles pouvait être atteint le territoire chinois. C’est alors que la République populaire de Chine aurait réagi avec des déplacements de troupes. Par conséquent, une éventuelle escalade serait de l’unique responsabilité de la République indienne.

A la mi-mai déjà, des analystes militaires indiens soulignaient pour leur part des questions de calendrier. Le général indien à la retraite Ajay a parlé de «manœuvres de nature agressive» 8 de l’armée chinoise dans l’Himalaya, qui rappelaient le comportement de la flotte chinoise dans la mer de Chine du Sud. Le journal Financial Express a fait référence à l’expert indien en sécurité Ajey Lele en ces termes: «Pourquoi cela se produit-il maintenant, au milieu de la crise du Covid 19?» Selon Lele, il se peut que la Chine veuille tester la détermination de l’armée indienne au moment où le gouvernement de Delhi est très occupé avec le coronavirus. L’ancien diplomate indien Phunchok Stobdan a également averti dans l’«Indian Express» que la Chine veut pousser les forces indiennes plus à l’ouest, afin de se rapprocher du point stratégique que représente le glacier Siachen, où se font face troupes indiennes et pakistanaises.9 Alliés militaires et stratégiques, le Pakistan et la République populaire de Chine tentent d’exercer une double pression sur l’Inde.

Par le passé, le gouvernement de Pékin avait critiqué la construction d’une route indienne près du lac, et avait à son tour triplé le nombre de patrouilles sur le lac glaciaire. Dans le cadre de ces projets, 66 nouvelles routes doivent être construites le long de la frontière d’ici fin 2020, en réponse aux nombreux projets d’infrastructures de la Chine dans le cadre de son initiative de «Nouvelle route de la soie». Cela fait plusieurs années que la République populaire de Chine étend son influence dans la région de l’Asie du Sud et du Sud-Est, notamment dans des zones que l’Inde a longtemps considérées comme sa sphère d’intérêts stratégiques. Dans ces régions éloignées, l’Inde et la République populaire de Chine sont séparées par la «ligne de contrôle effectif» (LAC) longue de 3’488 kilomètres. 10

Comme ces dernières années les gouvernements chinois et indien ont tous deux utilisé la carte nationaliste à des fins de politique intérieure, il leur est maintenant difficile de se libérer du piège qu’ils se sont eux-mêmes tendu sans perdre la face et montrer des signes de faiblesse. Selon des sources indiennes, dans la vallée de Galwan les Chinois auraient avancé jusqu’à trois kilomètres en territoire indien. India Today a fait état le 27 mai dernier d’un transfert au Ladakh de 5000 soldats de l’Armée populaire de libération. Une augmentation des troupes chinoises aurait des conséquences correspondantes du côté indien. Selon l’agence de presse Reuters, les deux parties construisent des installations de défense dans la région, et le gouvernement chinois y fait également acheminer divers équipements. Cela prête à penser que le gouvernement de Pékin se prépare à un conflit plus long avec l’Inde. 11

Le Global Times a publié un rapport ou il est question de plusieurs «infrastructures de défense illégales» construites par l’Inde et qui s’étendraient jusque sur le territoire chinois. Les forces de défense n’auraient alors pas eu d’autre choix que de répondre par des mouvements de troupes. Ainsi l’Inde porterait l’entière responsabilité du risque d’une escalade de la violence. 12

Les observateurs politiques en Inde parlent d’une «situation sans précédent». Le 26 mai, le gouvernement de Pékin annonçait qu’il commencerait début juin à évacuer du territoire indien les citoyens chinois, y compris les étudiants, les touristes et les hommes d’affaires.

Sur place, des stratèges mettent en garde contre une nouvelle intensification du conflit, qui semble s’être produite en juin avec la mort de 20 soldats indiens à la frontière indo-chinoise.

Selon les informations indiennes, il y eut également des victimes du côté chinois. Si le gouvernement de Pékin ne l’a pas confirmé, le rédacteur en chef du Global Times a toutefois twitté que des Chinois avaient également été tués.13 Brahma Chellaney, expert en études stratégiques au Centre for Policy Research de Delhi, a parlé d’un tournant dans les relations entre les deux pays. «Après cet incident, les relations entre la Chine et l’Inde ne seront plus jamais les mêmes», 13 a-t-il déclaré à la télévision indienne. Des paroles qui présagent le pire, car aujourd’hui déjà on observe une grande méfiance de part et d’autre. Cependant, les ministres des affaires étrangères des deux puissances nucléaires souhaitent un «apaisement» immédiat du conflit à la frontière entre les deux pays. Les deux parties se sont parlé lors d’une conférence téléphonique. Elles ont convenu de «traiter équitablement» les événements de la vallée de Galwan et de s’efforcer de trouver une solution au conflit.14

Il reste à mentionner que l’administration américaine tente depuis des années de gagner l’Inde comme partenaire stratégique contre la République populaire de Chine et d’instrumentaliser le pays contre la Chine. 15 Déjà le président américain Bill Clinton avait reconnu comme unique puissance nucléaire en Asie du Sud non pas le Pakistan, pourtant allié de longue date et le plus proche des Etats-Unis, mais l’Inde. Aussi le gouvernement de Pékin a-t-il prévenu le gouvernement indien de ne pas se laisser instrumentaliser par l’administration Trump dans les différends qui opposent la Chine et les États-Unis à Taïwan et à Hong Kong. Il faut espérer que l’élite politique et militaire indienne soit suffisamment sûre d’elle et lucide pour ne pas se faire réduire au simple rôle de tâcheron des États-Unis.

* Matin Baraki, docteur en philosophie, est né en 1947 en Afghanistan où il fut enseignant avant de s’installer en Allemagne. Spéialiste en matière de sa patrie, conseiller du domaine de la politique du développement, il est membre du « Zentrum für Konfliktforschung » (Centre d’études de conflits) ainsi que professeur adjoint de politique internationale à la Philipps-Universität Marburg.

 

1.- V. Baraki, Matin: Kachmire – le génèse du conflit, dans: Horizons et débats, Zurich, no. 19, 27/08/2019, p. 4.

2.- V. Fähnders, Till/Böge, Friederike: Tote, aber keine Schüsse, dans: Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), 17/06/20, p. 6.

3.- V. Ib.

4.- V. Perras, Arne/Deuber, Lea: Grenzkonflikt im Himalaja: Die Unruhe zwischen China und Indien wächst, dans : Süddeutsche Zeitung, 27/05/2020.

5.- Ib.

6.- Ib.

7.- Ib.

8.- Ib.

9.- Ib.

10.- V. Fähnders, Till/Böge, Friederike: Tote, aber keine Schüsse, dans: FAZ , 17/06/20, p. 6.

11.- Vgl. Perras, Arne/Deuber, Lea: Grenzkonflikt im Himalaja, loc. cit.

12.- Vgl. Fähnders, Till/Böge, Friederike: Tote, aber keine Schüsse, loc. cit, p. 6.

13.- Perras, Arne/Deuber, Lea: Grenzkonflikt im Hima-laja, loc. cit., 27/05/20.

14.- Vgl. Fähnders, Till: Entspannung im Himalaja, dans: FAZ, 07/07/20, p. 5.

15.- Vgl. Fähnders, Till: Gegen Chinas Salamitaktik, in: FAZ, 23/06/20, p. 8.

 

 

 

 

 

 

 

Kosovo, la chute du Serpent

par Slobodan Despot

Source : Antipresse du 28 juin 2020

Alors que l’administration américaine lance une nouvelle initiative sur le Kosovo, l’inculpation de Hashim Thaçi vient faire capoter le processus. Mais elle rappelle aussi le désastre absolu qu’a été la confiscation, par l’OTAN, de la province sud de la Serbie. Punition tardive d’un bourreau ou règlement de comptes interne au camp occidental?

L'église de la Sainte-Trinité de Petrič, dynamitée en juillet 1999 dans un Kosovo sous administration otanienne.

«Les Albanais se sont joués de nous comme on joue sur un Stradivarius.» (Général Lewis MacKenzie)

C’est un événement qu’on commémore peu à l’ouest, et qu’on se rappelle à peine: de mars à juin 1999, pendant 78 jours l’OTAN a intensément bombardé la Serbie à cause d’une prétendue «répression» de la population albanaise de sa province méridionale, le Kosovo. Après la signature des accords de Kumanovo, le 12 juin 1999, le Kosovo est passé sous le contrôle de la communauté internationale (lisez l’OTAN), tout en restant, soi-disant, partie intégrante de la Serbie. La tentative d’occupation militaire de la province à partir de l’Albanie ayant échoué, on avait amadoué les Serbes à la table de négociation.

Promesses de papier et fake news en cascade

Mais cette concession diplomatique n’était qu’un chiffon de papier: en dépit d’une résolution des Nations Unies (n° 1244) affirmant la souveraineté de la Serbie, les alliés et «partenaires» des séparatistes albanais — lisez l’OTAN — se sont mis à reconnaître l’État «indépendant» du Kosovo sitôt que M. Thaçi et son clan eurent unilatéralement proclamé leur indépendance. Étrangement, la Suisse supposée vertueuse et neutre, au temps de sa ministre des affaires étrangères Micheline Calmy-Rey, fut parmi les États les plus empressés à reconnaître cette entité issue d’un arrachage territorial. Peut-être était-ce une manière de relâcher la pression des Américains au temps de l’affaire dite des fonds en déshérence en servant de poisson-pilote?(1)

Pour faire avaler à l’opinion mondiale une telle série de violations du droit, il aura fallu littéralement lui laver le cerveau en peignant les Serbes comme des nazis et tous les Albanais, indistinctement, comme leurs victimes. Ce qui faisait passer à la trappe tout à la fois les crimes des Albanais contre les Serbes et le sort ultérieur de toutes les minorités ainsi que des Albanais loyaux à l’État serbe.

La suite est un long cauchemar pour les Serbes, mais aussi pour les Monténégrins, les Tziganes et autres minorités présentes au Kosovo. Le pogrom antiserbe de mars 2004, sous le nez des «soldats de la paix» occidentaux, fut particulièrement massif et brutal. Au total, quelque 250 000 Serbes ont été exilés de la province, tandis que mille ont disparu sans traces ou ont été assassinés. Sans l’intervention des parachutistes français commandés par le colonel Jacques Hogard, la région à majorité serbe de Mitrovica (nord de la rivière Ibar) eût été ethniquement nettoyée dès les premiers jours du cesser-le-feu. Au sud de cette ligne, les quelque 100 000 Serbes restants vivent dans des poches précaires, victimes d’un harcèlement perpétuel (qui ces dernières semaines a connu une recrudescence).

Sur le plan culturel, 150 églises ont été détruites, cependant que l’on construisait ou reconstruisait à leur place 800 mosquées. Cerise sur le gâteau, le nouvel État albanais s’est proposé de s’approprier les monuments chrétiens encore restés debout en les rattachant à son héritage national.

La promesse de rétablissement de la sécurité et de la justice — principal argument de l’occupation occidentale — n’était elle aussi que du papier. Enlèvements, intimidations et expropriations se poursuivent. L’enquête menée en 2010 par le magistrat suisse Dick Marty sur le trafic d’organes humains (souvent prélevés à vif) au Kosovo a abouti à des conclusions accablantes pour le pouvoir local — mais non surprenantes, puisque l’ancienne Procureure du Tribunal international pour l’Ex-Yougoslavie (TPIY), Carla del Ponte, mentionnait ce trafic dès 2008 dans ses mémoires. Étrangement, comme dans la Belle au Bois dormant, le Conseil de l’Europe, à qui il était destiné, s’est endormi dessus.

Par ailleurs, les quelques tentatives entreprises pour juger de hauts responsables kosovars et ex-terroristes comme le «premier ministre» et ancien videur de boîte de nuit en Suisse, Ramush Haradinaj, ont tourné court — par disparition physique des témoins! Peu étonnant lorsqu’on sait que Haradinaj était physiquement protégé par l’armée U. S.!

Le seul État qu’on «dé-reconnaît»

Une telle caricature d’État, qui est aussi une plaque tournante du trafic de drogue et d’armes en Europe, n’avait aucun avenir et ne pouvait qu’être un casse-tête diplomatique. La reconnaissance internationale du Kosovo a été très partielle, et même régressive: fait rarissime, une quinzaine de pays ont retiré leur reconnaissance. En ce moment, 92 États du monde reconnaissent le Kosovo, 96 ne le reconnaissent pas. Parmi ces derniers, l’ensemble des puissances échappant à la tutelle de l’empire atlantique: Russie, Chine, Inde, Brésil, Algérie, Iran… Soit les cinq septièmes de l’humanité. Une proportion qui, à elle seule, démontre l’irréalité de la «communauté internationale», concept imposé par l’OTAN lorsqu’elle prétendait prendre des décisions au nom et à la place de la Terre entière.

Le seul pays dont la reconnaissance du Kosovo soit encore intéressante et nécessaire aujourd’hui, reste… la Serbie! Seule cette reconnaissance pourrait légaliser le viol flagrant du droit international que constitue l’existence de l’État du Kosovo. Elle est donc une condition préalable à l’adhésion de la Serbie à l’UE.

Le protagoniste le plus «méritant» pour cette situation grotesque, dans l’équipe locale, n’est autre que Hashim Thaçi, ex-chef de l’organisation UÇK (labellée terroriste en 1998 par les USA eux-mêmes), ex-Premier ministre et actuel président de l’entité hypothétique. Son inculpation soudaine par le TPI, le 24 juin, pour «crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, y compris meurtre, disparition forcée de personnes, persécution et torture» est une surprise qui aura des ramifications intéressantes. Si, comme l’annonce la presse, Thaçi est «rattrapé par son passé», c’est un passé riche d’amitiés et de protections au cœur des démocraties. N’a-t-il pas assisté aux célébrations de la Victoire, le 11 novembre 2018, au deuxième rang des invités d’honneur d’Emmanuel Macron, alors que le président serbe (pourtant représentant d’un peuple ami qui eut une contribution importante à la victoire) était relégué dans une tribune latérale?

On est loin de son arrestation, et plus loin encore d’une condamnation, mais la décision même d’émettre cette inculpation à quelques jours d’une négociation «historique» serbo-kosovare initiée par l’administration Trump force à s’interroger sur le but réel de ce coup de théâtre.

Pourquoi maintenant?

Le TPI est dès ses origines une organisation voulue et sponsorisée par les États-Unis, qui par ailleurs ne reconnaissent pas son autorité sur leurs propres soldats. Le TPI n’a par exemple même pas envisagé d’inculper des aviateurs de l’OTAN pour les meurtres délibérés de civils (y compris albanais) commis durant les bombardements de 1999. Lorsqu’elle accepta le poste de procureur, la Suissesse Carla del Ponte déclara dans la NZZ qu’elle n’avait «rien à refuser» aux Américains.

On sait qu’aux yeux des Américains, les alliés ne sont que des consommables. Cent potentats parmi lesquels Noriega, Saddam Hussein ou même Milošević, en savent quelque chose. (Ce dernier, que j’ai connu, avait travaillé comme banquier aux USA et avait reçu des «assurances» de Washington, notamment au temps des accords de Dayton, quant à son rôle de pivot et de pacificateur dans les Balkans. Il fut balayé en 2000 par le mouvement Otpor, prototype des révolutions colorées.)

Pour l’Empire, ou en tout cas son aile «deep state», l’inculpation de Thaçi pourrait être une double aubaine. D’un côté, on se débarrasse d’un fort à bras qui ne sert plus. De l’autre, on saborde une initiative venant de l’équipe Trump — et l’on prive ainsi le rouquin d’une éventuelle victoire diplomatique façon Corée du Nord. A quelques mois des élections US, on l’a vu ces derniers jours, tous les coups sont permis.

Hashim Thaçi, bien évidemment, ne se laissera pas faire si facilement. Il ne tombera pas sans combattre — et il le claironne: sur son profil Facebook, il vient d’étaler les armes de l’UÇK, rouge sur fond noir. Avec qui ne s’est-il pas fait prendre en photo, dans son treillis de terroriste ou, plus tard, son costume anthracite de la bonne maison? Madeleine Albright, Bernard Kouchner, Alain Juppé, sans compter la crème des généraux de l’OTAN. Et puis, bien sûr, le président Macron® qui n’en rate pas une — mais qu’on peut en l’occurrence créditer d’ignorance. Il n’avait que 22 ans au temps de la guerre du Kosovo.

Les Yankees sont immunisés contre ce genre de compromissions. Ils ne reconnaissent même pas les cours qu’ils instrumentent. Les Européens, eux, y sont plus sensibles. Depuis dix ans, le terrible rapport Marty au conseil de l’Europe pointe du doigt leur inaction. Depuis vingt ans, leurs déclarations dans la presse, leurs embrassades avec les criminels et leurs tribunes — de même que leur propagande antiserbe effrénée, véritable anthologie de fake news, ont construit la carrière de celui qui est désormais pointé du doigt pour «meurtre, disparition forcée de personnes, persécution et torture». Le 7 mai 1999, en plein bombardement de la Serbie, la brochette d’«humanitaires» usuels — dont le professeur Paul Garde, auteur d’un ouvrage considéré «de référence» sur la Yougoslavie — publiaient dans Le Monde une pétition exhortant l’Occident à soutenir encore mieux l’UÇK. Donc, à déverser encore plus de bombes sur les populations concernées. «L’UCK a le mérite d’exister», écrivaient-ils. Dévoilant par la même une échelle du mérite sur laquelle les tribunaux pourraient une fois les interroger. Soyons assurés que M. Thaçi n’oubliera pas de convier ses vieux amis à la cérémonie. A moins, évidemment, qu’il ne soit «epsteinisé» dans sa cellule.

NOTE
  1. En tout cas, il y a des coups de main qui ne s’oublient pas. Mme Calmy-Rey préside aujourd’hui une fondation humanitaire créée par la famille d’origine kosovare Orllati, groupe de travaux publics connu pour sa croissance fulgurante en Suisse romande.

Un peu de lectures

À propos de ce «cas d’école» de désinformation (selon le regretté connaisseur Vladimir Volkoff), que fut la guerre civile yougoslave et en particulier la phase «Kosovo», quelques lectures utiles, sinon indispensables:

* * *

Deux questions au colonel Jacques Hogard

Dans un livre bref et captivant, Jacques Hogard a raconté ses douze jours fatidiques au Kosovo «pacifié» par l’OTAN en juin 1999. Il ne mâche pas ses mots sur le «Serpent» de l’UÇK et ses alliés.

Le «président» de la très fantoche «république du Kosovo» va-t-il vraiment finir en prison? Et quels cadavres risqueraient, à cette occasion, de sortir du placard?

JH: Des esprits chagrins veulent parier que ses puissants protecteurs, les réseaux liés à l’administration Clinton, le sortiront de ce mauvais pas, tant espéré pourtant depuis 21 ans par les Serbes, les Roms, les Goranis et même les Albanais du Kosovo, victimes de sa sauvagerie et de celle de ses complices de l’UCK: les Ramush Haradinaj, Agim Ceku, Fatmir Limaj, Rexhep Rexhepi, Samir Lushtaku… etc.

Pourtant, ce pourrait bien être cette fois la chute finale de ce gangster impitoyable qui, issu d’un clan mafieux kosovar à la triste réputation, émerge subitement en 1999 lors des «négociations de Rambouillet», propulsé sur la scène politique par la vieille sorcière Madeleine Albright, cette égérie maléfique de la tribu Clinton, qui se prend d’amour pour ce petit voyou et lui voit alors un destin «national». Le chef de l’UCK, le parrain du crime organisé au Kosovo et de l’abominable trafic d’organes, déjà surnommé «le serpent», éliminant sans pitié les Albanais du Kosovo loyaux à Belgrade ou tout simplement pacifistes, tels ses rivaux de la LDK, va jouer un rôle éminent en 1999 et dans les années qui vont suivre, alternant les fonctions de «premier ministre», de «chef de la diplomatie» (!) et de «président» à la tête du ramassis de voyous qui s’intitule «gouvernement de la république du Kosovo».

Cette fois pourtant, ce pourrait bien être la chute finale du «Serpent», car le dossier est ficelé, complet, avec toutes les preuves, tous les témoignages: oui, Hashim Thaçi est bien un criminel barbare auteur de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, perpétrés sans distinction contre tous ceux qui s’opposaient à ses plans. 

Il y a quatre ans, j’ai su par un magistrat français que le dossier était bouclé. Celui de Thaçi, mais aussi celui de l’UÇK ainsi que de leurs soutiens étrangers.

Il ne me surprendrait pas que le temps écoulé depuis, ces quatre ans précisément, qui m’ont semblé long et parfois fait douter, je l’avoue, n’ait été en fait celui de la réflexion pour ces derniers et qu’ils aient en conséquence décider de le lâcher enfin, pour en quelque sorte se dédouaner eux-mêmes. 

J’en fais le pari: tous ceux qui comme le Pape François, le président Macron, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Bernard Kouchner et bien d’autres responsables officiels, notamment de l’OTAN et de l’Union Européenne, lui ont réservé dans un passé récent un chaleureux accueil, préféreront dans les mois et années à venir lui tourner le dos avec superbe!

  • Article de Slobodan Despot paru dans la rubrique «Le Bruit du Temps»de l’Antipresse n° 239 du 28/06/2020.

Venezuela: tests de missiles en attendant les pétroliers iraniens

Source : Le Figaro avec AFP

22 mai 2010

https://www.lefigaro.fr/flash-eco/venezuela-tests-de-missiles-en-attendant-les-petroliers-iraniens-20200522

Le Venezuela a testé jeudi des missiles sur une île, a annoncé le président Nicolas Maduro, en attendant l’arrivée de pétroliers iraniens censés approvisionner le pays sud-américain en brut, au milieu de tensions avec les Etats-Unis. «Nous avons été les témoins d’exercices militaires (…) sur l’île de La Orchila, avec l’essai de missiles de précision maximale pour la défense de nos eaux et de nos côtes», a dit le chef de l’Etat lors d’une rencontre avec le haut commandement militaire retransmise sur la télévision étatique, sans mention directe des navires iraniens. Les essais sont effectués dans le cadre de l’opération «Bouclier bolivarien», un déploiement permanent ordonné en février.

L’opposant Juan Guaido, reconnu comme président par intérim par une cinquantaine de pays dont les Etats-Unis, a qualifié cette opération d’«exercice de propagande». Dans un communiqué, Juan Guaido a estimé jeudi que les navires «ne serviront qu’à enrichir la mafia dictatoriale», évoquant un marché noir qui fleurit avec la pénurie d’essence.

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Le gouvernement vénézuélien a annoncé mercredi l’arrivée prochaine de pétroliers iraniens, pour une livraison de brut que Téhéran a sommé les Etats-Unis de ne pas entraver par des mouvements de leur marine dans les Caraïbes. «Nous sommes prêts à tout et à tout moment», a déclaré Nicolas Maduro mercredi dans une allocution sur la chaîne de télévision gouvernementale, remerciant son allié iranien pour son soutien face à l’hostilité ouverte de Washington.

Selon des informations de presse, cinq pétroliers ont quitté l’Iran ces derniers jours et font route vers les Caraïbes vénézuéliennes. Les Etats-Unis ont annoncé début avril une plus grande surveillance du crime organisé dans cette région, y déployant entre autres des navires de combat.

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Le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole au monde mais sa production est en chute libre. Caracas estime que les sanctions américaines sont responsables de cet effondrement. Des experts l’attribuent à des choix politiques erronés, au manque d’investissement et à la corruption.

Cinq pétroliers iraniens traversent l’Atlantique pour livrer 1,5 millions de barils du carburant au Venezuela. La marine américaine qui effectue des exercices dans les Caraïbes, est prête à une possible confrontation avec les pétroliers iraniens et perturber la livraison de pétrole au Venezuela.

Source : Caroline Popovic

Journaliste à France Télévision.

Publié le 22 mai 2020 à 15h31, mis à jour le 22 mai 2020 à 15h38

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À cause des sanctions américains, le Venezuela ne peut pas acheter les produits pour raffiner son pétrole. Le carburant manque et pourtant ce pays est doté des plus grandes réserves de brut au monde. Une commande a été passée à l’Iran et cinq pétroliers iraniens traversent l’Atlantique pour livrer 1,5 millions de barils du carburant.

Le premier pétrolier iranien, La Fortune, est attendu au Venezuela le 25 mai 2020. Le navire-citerne accostera à la raffinerie El Palito, située à 200 kms à l’ouest de la capitale, Caracas.

Quatre autres pétroliers, le Forest, le Petunia, le Faxon et le Clavel, vont arriver à des dates ultérieures.
Au total, ils transportent 1,5 millions de barils de carburant, d’une valeur estimée à 41 millions d’euros.  La facture aurait été reglée en or en provenance des réserves vénézuéliennes. Le président Nicolas Maduro nie cette information sans préciser comment ces livraisons ont été payées.

Pénurie de carburant au Venezuela •©wikimediacommons

Le Venezuela ne peut plus raffiner son propre pétrole à cause de sanctions américaines. Il y a un embargo sur la vente des produits chimiques utilisés dans le processus de raffinage.

Depuis des mois, les Vénézuéliens font des files d’attentes devant les stations-service, le carburant étant de plus en plus rare. L’attente peut durer plusieurs jours.


Le Venezuela promet un accueil militaire

Un acceuil militaire sera accordé aux pétroliers et à ses équipages dès lors qu’ils pénètreront dans les eaux territoriales du Venezuela.

Ils seront accueillis et escortés par les navires et les avions des forces armées nationales Bolivariennes. On veut leurs souhaiter la bienvenue et remercier le peuple iranien pour sa solidarité,’’ a déclaré Vladimir Padrina, ministre de la Défense du Venezuela.

Les Américains entendent intercepter les pétroliers iraniens
Depuis le premier mars 2020, les Etats-Unis ont déployé une vaste opération militaire dans le sud de la mer des Caraïbes et dans l’ouest de l’Océan pacifique pour lutter contre le narcotrafic.

L’amiral Craig Faller du US Southern Command n’exclut pas la possibilité de contrôler ces pétroliers iraniens avant qu’ils n’accostent au Venezuela.