Danemark : un projet de loi prévoirait des peines de prison pour les positions prorusses

Source : Sputnik France 13.10.2108

https://fr.sputniknews.com/international/201810131038487867-danemark-projet-prison-positions/

 

Un projet de loi publié sur le site du parlement danois prévoit jusqu’à 12 ans de prison pour les tentatives d’influencer l’opinion publique ou pour des prises de position différant de la position officielle. Ainsi, dire que les sanctions antirusses nuisent au pays pourrait être puni d’une peine de prison, selon une tribune du journal Berlingske.

 

Le quotidien danois Berlingske a publié dans ses colonnes un commentaire concernant le projet de loi sur les mesures à prendre pour renforcer les efforts contre les influences illégales des services de renseignement étrangers. Selon ce texte mis en ligne récemment sur le site du parlement danois, une peine maximale de 12 ans de prison est prévue si un tel crime est commis pendant une campagne électorale.

L’auteur de l’article signale que les Danois pourraient être emprisonnés pour des propos différant de la position officielle des autorités. Selon lui, sont notamment passibles de peines de prison l’ingérence dans les débats publics ou les tentatives pour influer sur le processus de prise de décision.

Le projet vise plus concrètement les tentatives d’influencer la formation de l’opinion publique au Danemark et la prise de décisions concrètes dans les secteurs privé et public.

«La loi prévoit, en puissance, la situation dans laquelle un agent d’un service de renseignement étranger dit qu’il faudrait remplacer une ampoule dans les WC d’une entreprise et qu’un directeur danois suit son conseil», constate l’auteur de la tribune.

Selon lui, dans cet ordre d’idée, un habitant du royaume encourt une peine de prison s’il déclare que les sanctions antirusses nuisent au Danemark, fait part de son opinion dans les médias, ou bien s’il tente d’influer en faveur de la réalisation du Nord Stream 2.

De l’avis de l’auteur de la tribune, ce projet de loi pourrait être qualifié de tentative d’intimider la société danoise car des opinions tout à fait légales exposées pendant des discussions publiques pourraient être considérées comme de la propagande.

Pour rappel, l’enquête sur la présumée ingérence de Moscou dans l’élection présidentielle américaine de 2016 et les prétendus liens entre la campagne de Trump et la Russie est menée depuis plus d’un an par le procureur spécial Robert Mueller et le Congrès américain.

Les renseignements américains ont accusé la Russie d’«ingérence» dans l’élection présidentielle de 2016. La Russie a plusieurs fois démenti toutes les allégations selon lesquelles elle aurait influencé la présidentielle américaine ou les élections dans d’autres pays. Le porte-parole du Président russe, Dmitri Peskov, les a qualifiées d’«absolument infondées». Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a aussi noté qu’il n’existait aucune preuve qui pourrait confirmer cette hypothèse.

 

Pourquoi la Russie est l’ennemi parfait

par Arnaud Dotézac

24 heures, Lausanne,

5 octobre 2018

ANALYSE L’Otan et ses «partenaires pour la paix» se mobilisent militairement contre un pays qui n’a ni les moyens ni l’intention de nous envahir. A qui profite vraiment la menace russe?

Il ne se passe pas une semaine sans qu’une information menaçante ne parvienne de Russie. Après la réunification prétendument illicite de la Crimée, voici le feuilleton de la liquidation ratée du traître Skripal, la subversion des choix démocratiques grâce à Sputnik et au site Russia Today, le soutien aux eurosceptiques, l’empoisonnement suspect du mentor des Pussy Riot, ou encore l’interférence, réussie et d’autant plus inadmissible, contre le renversement du président syrien.

Méga-entraînement en Norvège

Avec tout cela, il n’est pas étonnant que l’Otan et ses «partenaires pour la paix» soient sommés de réarmer, de se prépositionner et d’additionner les exercices militaires en continu, aux frontières de la Russie. Le prochain méga- entraînement réunira près de 40’000 soldats du 25 octobre au 7 novembre en Norvège, avec des missions aériennes dans le ciel d’une Finlande qui s’«otanise» à grands pas, outre une présence maritime en mer Baltique, juste en face de l’enclave russe de Kaliningrad. Rien d’étonnant non plus à ce que la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et d’autres à venir fassent voter des lois destinées à censurer les chaînes russes précitées.

Que pèse un budget militaire de 50 milliards de dollars face aux 716 milliards du Pentagone?

Pourtant, à y regarder de près, certaines choses clochent. Certes, la Russie dispose du plus important stock d’armes nucléaires de la planète, ne cesse d’innover (cyberguerre, vecteurs hypersoniques, etc.) et de moderniser ses capacités conventionnelles. Mais tout de même, avec son budget militaire qui se maintient autour des 50 milliards de dollars, que pèse-t-elle face à un Pentagone qui vient de se faire allouer 716 milliards pour 2019? Un pays quia supporté 5600 milliards de dépenses de guerre depuis les attentats du 11 septembre! Et si on y ajoute les budgets des pays membres de l’Otan, qui cumulent près de 220 milliards supplémentaires et dont Trump exige qu’ils mettent encore la main à la poche? D’où vient cette nécessité absolue de se mobiliser militairement contre une Russie qui n’a ni les moyens ni l’intention de nous envahir?

Le tabou chinois

Ceux qui brandissent la menace russe sont évidemment les mêmes qui réclament des crédits faramineux et qui justifient l’un par l’autre. Malheureusement pour la Russie, elle est le parfait client car les Etats-Unis n’ont rien à perdre avec elle, compte tenu notamment du bas niveau de leurs échanges commerciaux, de la dépendance de la Russie au dollar et de la sociologie d’une russophobie toujours facile à ranimer, comme l’a démontré le journaliste Guy Mettan dans son dernier ouvrage (Russie-Occident, une guerre de mille ans, 2015).

Tel ne serait pas le cas pour la Chine, non pas tant au regard de sa renaissance militaire évidente, mais du fait de sa participation au financement du Pentagone. Car les milliers de milliards qui sont versés au complexe militaro industriel américain ne sont pas financés par l’impôt, mais par la dette et notamment les bons du Trésor souscrits en masse par la Chine. La Chine, grand argentier du Pentagone, voilà bien un sujet tabou.

Ceux qui brandissent la menace russe sont évidemment les mêmes qui réclament des crédits faramineux.

En tout cas, ce ne fut pas le lauréat d’un Prix Nobel de la paix anticipé qui changea les choses. Barack Obama se contenta de quelques réallocations budgétaires dès sa prise de fonction en 2009, lesquelles n’allèrent toutefois pas sans créer de lourdes frustrations, notamment au sein de l’armée de terre. L’arrêt brutal du faramineux plan de modernisation de l’infanterie à 340 milliards de dollars et qui avait déjà coûté plusieurs dizaines de milliards avant même de commencer, passa ainsi très mal. Il s’agissait d’un métasystème si complexe pour le Pentagone que même la conception du cahier des charges fut confiée aux fournisseurs eux-mêmes, lesquels bouclaient ainsi la boucle de leur propre rente structurelle. Pour contrer Obama, le Pentagone se chercha donc un nouveau «gap» à rattraper. Il fut conventionnel et informationnel, puis baptisé «guerre hybride». Et c’est ainsi qu’on réactualisa la menace russe.

Simple concurrente

Dès le début du second mandat Obama, à l’été 2012, un premier conflit annonciateur de la suite éclata en Ukraine, lorsque le parlement adopta une loi protégeant la langue russe comme langue régionale. Un an et demi plus tard, le président pro-russe Ianoukovitch était renversé et la Russie commençait à voir les troupes otaniennes se déployer à ses frontières, tandis que son économie subissait les sanctions unilatérales américaines, illégales en droit international mais loyalement relayées par celles de l’Union européenne, de la Suisse et de quelques autres clients américains, le tout au nom des valeurs de la démocratie libérale.

Il en est une pourtant, de ces valeurs, qui est constitutive de la «construction européenne»: celle de la libre et loyale concurrence. Pour la garantir, le droit de la concurrence, aussi bien européen qu’américain, prohibe strictement l’abus de position dominante, c’est-à-dire l’utilisation de moyens qui permettent au leader du marché de ne jamais être rattrapé dans son hégémonie. Quant à l’usage de la contrainte ou des campagnes de délégitimation, elles sont autant de circonstances aggravantes.

Lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine en juillet dernier à Helsinki, Donald Trump s’interdisait de pointer la Russie comme «ennemi» mais la désigna comme simple «concurrente». Si ce n’est pas lui qui ordonna la poursuite de l’abus militaire de position dominante des Etats-Unis contre la Russie, ce ne peut donc être que le Pentagone. Ce dernier ne fait alors que démontrer, une fois de plus, l’étendue de son autonomie et de sa puissance privée.

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LA CPI EST MORTE : BOLTON L’A TUER…

par Guillaume Berlat
17 septembre 2018

Source : https://prochetmoyen-orient.ch

 

On savait la Cour pénale internationale (CPI) (dont le siège est à La Haye) moribonde1 mais on ne savait pas que l’heure de lui administrer l’extrême-onction2 par la très célèbre « communauté internationale » était proche. C’était sans compter sur frère Bolton, John de son prénom, surnommé l’homme à la moustache, qui est venu près du malade (par la parole sacrée prononcée sur les bords du Potomak) pour lui faire ingurgiter un poison mortel avant de lui administrer les saints sacrements.

Il est vrai que le prédicateur John a plus d’un tour dans son sac lorsqu’il s’agit de mettre à bas le dogme du multilatéralisme, de jeter dans les poubelles de l’Histoire les saintes écritures de la juridiction internationale, surtout lorsqu’elle se pare des plumes du « pénal ».

Il est vrai que le peuple à la « destinée manifeste » – l’Amérique pour ceux qui ne le sauraient pas encore – n’a jamais trop porté dans son cœur tous les machins et bidules multilatéraux qui entendaient, de près ou de loin, le soumettre à la loi commune, comme le vulgum pecusHorresco referens clament d’une même voix tous les néo-conservateurs aux quatre coins de la planète.

Au cas où la communauté internationale et ses principaux thuriféraires l’auraient perdu de vue, John Bolton vient de se rappeler à leur bon souvenir avec les formules choc dont il a le secret3. Au diable, la prudence du langage diplomatique. Le lance-flamme est de sortie, Washington menaçant purement et simplement les magistrats de la Cour pénale internationale des foudres trumpiennes s’il leur venait l’idée de s’en prendre à leurs alliés (ou à l’Amérique, cela va sans dire) via la CPI4. Une sorte de fatwa à l’Iranienne de la grande époque des Ayatollahs (Cf. celle lancée contre Salman Rushdie) lancée contre la prestigieuse juridiction pénale internationale. Ceci ne constitue qu’une énième manifestation de la volonté américaine affirmée et assumée de détricoter le système multilatéral qu’ils ont porté sur les fonts baptismaux après la Seconde Guerre mondiale. Après avoir examiné la fatwa de John Bolton contre les juges de La Haye qui constitue une nouvelle manifestation de l’ire américaine contre le multilatéralisme, nous rappellerons que la Cour pénale souffre de nombreux maux. Force est de constater que la saillie de John Bolton constitue le meilleur révélateur de la morale à géométrie variable des donneurs de leçons.

 

LA FATWA DE JOHN BOLTON CONTRE LES PETITS JUGES DE LA HAYE

La formulation explicite de graves menaces contre la CPI, et fait plus rare et plus grave encore contre ses magistrats, doit être replacée dans le contexte des risques d’implication des États-Unis (en relation avec la guerre en Afghanistan) et d’Israël (en relation avec la Palestine) devant la Cour pénale internationale.

La formulation explicite de menaces contre la CPI et ses magistrats

Intervenant le 10 septembre 2018 à Washington devant la très conservatrice « Federalist Society », le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump s’est livré à un réquisitoire d’une virulence extrême contre la Cour pénale internationale. Rappelons, pour mémoire, que les États-Unis ont refusé, dès l’origine d’être partie au Statut de la Cour, pour éviter que ses ressortissants y soient un jour traduits. Aux yeux de l’hyperpuissance, on ne traduit devant la Cour que les autocrates africains (tel Laurent Gbagbo), des Balkans (les Milosevic, Mladic, Karadzic), du Proche et du Moyen-Orient (ils verraient bien, comme du reste Jupiter, Bachar Al assad faire un tour par la case rafraîchissante de La Haye).5 Pour ce qui est des crimes de guerre perpétrés par l’Arabie saoudite au Yémen ou des poursuites éventuelles d’Israël, voire des États-Unis en Afghanistan, on préfère détourner pudiquement le regard ailleurs.

John Bolton a dénoncé la possibilité d’une enquête contre des militaires américains ayant servi en Afghanistan, mais aussi d’éventuelles enquêtes contre Israël à l’instigation de l’Autorité palestinienne. « Si la Cour s’en prend à nous, à Israël ou à d’autres alliés des Américains, nous n’allons pas rester silencieux », a averti le conseiller à la sécurité nationale annonçant une série de mesures de rétorsion possibles, dont les sanctions contre le personnel de la CPI. « Nous allons interdire à ces juges et procureurs l’entrée aux États-Unis. Nous allons prendre des sanctions contre leurs avoirs dans le système financier américain, et nous allons engager des poursuites contre eux dans notre système judiciaire », a mis en garde le conseiller du président Donald Trump. La juridiction qui siège à La Haye, aux Pays-Bas, a répondu « agir strictement dans le cadre légal défini par le Statut de Rome », et être « attachée à l’exercice indépendant et impartial de son mandat ».

« À tout moment, la CPI pourrait annoncer l’ouverture d’une enquête formelle contre ces patriotes américains », a explicité John Bolton. « Aujourd’hui, à la veille du 11 Septembre » et de l’anniversaire des attentats de 2001 qui avaient déclenché l’opération en Afghanistan, « je veux adresser un message clair et sans ambiguïté de la part du président des États-Unis : les États-Unis utiliseront tous les moyens nécessaires pour protéger nos concitoyens et ceux de nos alliés de poursuites injustes de la part de cette cour illégitime », a-t-il martelé. Il a qualifié la juridiction pénale internationale de « d’inefficace, irresponsable et carrément dangereuse ». 

« Le but non avoué mais central des partisans les plus vigoureux » de la CPI « a toujours été de corseter les Etats-Unis ». Un dessein d’autant plus néfaste que cette institution est incapable, selon lui, du moindre effet de dissuasion sur les Etats voyous et les dictateurs. « L’histoire a prouvé que le seul moyen de dissuasion est (…) la puissance juste des Etats-Unis et de leurs alliés », a assuré le conseiller à la sécurité nationale. « Nous n’allons pas coopérer avec la CPI, nous n’allons pas lui fournir d’assistance, nous n’allons pas adhérer à la CPI. Nous allons laisser la CPI mourir de sa belle mort », car « pour nous, la CPI est déjà morte », a-t-il insisté. Le message est on ne peut plus clair.

L’anticipation de risques contre Washington et Tel Aviv 

Pour tenter de comprendre les raisons de la colère de John Bolton, souvenons-nous qu’en novembre 2017, la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, avait annoncé qu’elle allait demander aux juges l’autorisation d’ouvrir une enquête sur des crimes de guerre présumés commis dans le cadre du conflit afghan, notamment par l’armée américaine. En Afghanistan, les États-Unis sont toujours à la tête d’une coalition militaire qui a renversé le régime des talibans fin 2001. Et nombreux sont les exemples d’action contraires au droit de la guerre conduites par les militaires américains dans ce pays. Un classique du genre dans tous les États où l’Amérique a conduit des guerres le plus souvent illégales (Cf. l’exemple de la guerre de 2003 en Irak). Tout ceci ne manque pas de sel lorsque l’on sait que Washington tente par tous les moyens de se sortir du bourbier afghan (« le cimetière des empires »). Nous venons d’apprendre que Washington vient de nommer le général Scott Miller, spécialiste des opérations militaires au poste de commandant des forces de l’OTAN à Kaboul pour tenter de prolonger un cessez-le-feu avec les Talibans et de lancer des négociations de paix directes et sans conditions avec ces derniers6.

A plusieurs reprises, M. Bolton a évoqué les risques que la CPI ferait également peser sur Israël, compte tenu de la volonté régulièrement affichée par l’Autorité palestinienne de la saisir pour enquêter sur les « crimes de guerre » perpétrés selon elle par l’armée israélienne dans les territoires occupés. Sous les applaudissements de l’assistance, lundi, il a d’ailleurs confirmé la décision du département d’Etat de fermer le bureau de la délégation palestinienne à Washington. Moins de deux semaines après la suppression de la quasi-totalité de l’aide américaine aux Palestiniens, cette mesure, mise sur le compte du refus palestinien de négocier avec Israël, constitue un signe supplémentaire de l’alignement de l’administration de Donald Trump sur les positions israéliennes, et d’une agressivité redoublée contre les Palestiniens. John Bolton s’est indigné que ces derniers aient envisagé de saisir la CPI à propos de la poursuite de la colonisation en Cisjordanie. Depuis l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump, Washington s’abstient de critiquer les constructions de logements supplémentaires. Contraires au droit international, elles ne font pourtant que compliquer le « processus de paix direct et solide » que John Bolton a appelé de ses vœux. Nous sommes impatients de découvrir le plan Kushner (le gendre de Donald) à ne pas confondre avec Bernard, notre Thénardier national, président et docteur honoris causad’Affaires sans frontières.

UNE NOUVELLE MANIFESTATION DE L’IRE AMÉRICAINE CONTRE LE MULTILATÉRALISME

Du général au particulier : de l’ONU à la CPI

La Cour pénale internationale est régie par le Statut de Rome, un traité entré en vigueur le 1er juillet 2002 et ratifié depuis par 123 pays. Son procureur peut déclencher ses propres enquêtes sans permission des juges à la condition qu’elles impliquent au moins un pays membre, c’est le cas de l’Afghanistan. Les relations entre Washington et la juridiction ont toujours été tumultueuses. Les États-Unis ont toujours refusé d’y adhérer et ont tout fait, notamment par la conclusion d’accords bilatéraux avec de nombreux pays, pour éviter que des Américains puissent être visés par ses enquêtes. Mais John Bolton a déploré que certains pays, notamment membres de l’Union européenne, aient jusqu’ici refusé de tels accords. Selon lui, « l’objectif tacite, mais toujours central », des « plus fervents partisans » de la CPI « était de limiter l’action des États-Unis », en ciblant avant tout « ses dirigeants politiques ». Il a qualifié la Cour d’instance partisane, menant une « attaque contre les droits constitutionnels du peuple américain et la souveraineté des États-Unis ». Cette attaque en règle s’inscrit dans le programme « America First » (L’Amérique d’abord) de Donald Trump, qui a déjà mené au retrait des États-Unis de plusieurs organisations ou accords internationaux. Comme l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, qui avait promis dès son arrivée à New York de « prendre les noms » des Etats jugés hostiles, John Bolton a assuré que Washington se souviendrait « de cette coopération lors de l’établissement des niveaux d’assistance, d’assistance militaire et de partage des renseignements avec les Etats-Unis ». 

Rappelons que John Bolton est coutumier des méthodes brutales et des menaces personnelles. Les mêmes qu’il avait formulées contre la famille (vivant aux États-Unis) du premier directeur général de l’Organisation internationale des armes chimiques ou OIAC (elle aussi basée à La Haye), le brésilien Jose Bustani dont il a fini par avoir la peau. Et tout cela, parce que ce brillant diplomate brésilien avait eu l’outrecuidance d’être indépendant et de ne pas répondre aux injonctions réitérées de l’homme à la moustache7. Avec John Bolton, l’histoire n’est qu’un éternel recommencement, faut-il le reconnaître !
1 Qui est prêt de mourir
2 Sacrement de l’Église destiné aux fidèles en péril de mort.
3 Jean Daspry, De quoi John Bolton est-il le nom ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 16 avril 2018.
4 Attaque sans précédent de Washington contre la Cour pénale internationalewww.lepoint.fr , 10 septembre 2018.
5 Gilles Paris, Pour les États-Unis, la Cour pénale est « illégitime » et « déjà morte », le Monde, 12 septembre 2018, p. 4..
6 Rémy Ourdan, Un général des forces spéciales pour parvenir à la paix en Afghanistan, Le Monde, 5 septembre 2018, p. 4.
7 Richard Labévière, Jose Bustani : l’homme qui a dit non aux Américains !, www.prochetmoyen-orient.ch, septembre 2017.

 

 

La nouvelle politique étrangère allemande va mettre du temps à porter ses fruits

L’Allemagne se prépare à déployer une nouvelle politique étrangère envers les USA.

par Andrew Korybko,

Le 5 septembre 2018

Source : http://lesakerfrancophone.fr/la-nouvelle-politique-etrangere-allemande-va-mettre-du-temps-a-porter-ses-fruits

Source originaire : orientalreview.org

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

Meiko Maas, ministre des affaires étrangères, a annoncé que son pays allait dévoiler sous peu une nouvelle approche, qu’il a décrite comme « équilibrée » et visant à « renforcer l’autonomie et la souveraineté de l’Europe en matière de politiques commerciales, économiques et financières ». Cette annonce fait suite aux préoccupations que les politiques de sanctions financières de l’administration Trump ont levées outre-Rhin, où l’on craint que ne soient soumis à des risques les intérêts allemands dans les partenariats du pays avec la Russie, la Chine et la Turquie.

Il a également publié la semaine dernière un article dans lequel il écrivait que l’Union européenne doit envisager la création d’un système de paiement indépendant, s’affranchissant ainsi des restrictions économiques décidées unilatéralement par les USA ; en pratique, une initiative de ce genre, menée à son terme, contribuerait fortement à la dé-dollarisation. On pourrait croire que l’Allemagne se prépare bravement à défier les USA et à défendre une position de principe teintée de multipolarité, mais la réalité est bien plus nuancée.

Si Berlin peut réaliser ce qu’elle esquisse, l’ordre mondial multipolaire émergent en sortira sans nul doute gagnant, mais nul ne devrait se faire d’illusions sur les raisons qui poussent l’Allemagne dans cette voie. Le bras de fer idéologique qu’entame le pays avec les USA a pour cause le changement de cap radical décidé par Trump par rapport à celui fixé par ses prédécesseurs libéro-mondialistes, et la réorientation du pays vers un modèle de relations internationales centré sur la nation, considéré par son équipe comme la meilleure méthode pour les USA de s’adapter aux manifestation irréversibles de la multipolarité, comme l’émergence de grandes puissances d’influence. Trump pilote cette réorientation aussi bien qu’il le peut ; plutôt que de subventionner les pays vassaux des USA au travers d’accords de commerce et militaires asymétriques, sa position est de les contraindre à partager la charge du maintien d’un ordre international quelque peu réformé mais toujours mené par l’Amérique.

La transition systémique en cours produit des changements de paradigmes sans équivalent dans tous les domaines observables, ce qui fait monter les niveaux de compétition pour l’influence mondiale, même entre des pays en apparence alliés comme les USA et l’Allemagne. On peut porter au crédit de Berlin sa position engagée pour le projet Nord Stream II, qui fera du pays l’un des acteurs du succès des initiatives multipolaires de Moscou, même si dans le même temps, l’Allemagne est en compétition avec la Russie sur d’autres aspects, comme notablement observé en Ukraine. En regard de l’utilisation que fait Maas de la personnalité clivante du président américain pour poser son pays en victime, le même ministre allemand constituait un collaborateur zélé au sujet de l’EuroMaidan et a apporté un soutien ininterrompu au gouvernement de Kiev.

Certains des facteurs géopolitiques qui déterminent la politique étrangère allemande, à l’instar de ceux qui décident de sa stratégie vis à vis de l’Ukraine, peuvent rester inchangés, ou en tous cas changer moins vite que d’autres, mais cela n’empêche pas Berlin de rompre avec Washington sur d’autres sphères comme le commerce interconnecté, les sujets économiques et financiers, si bien que l’Allemagne progresse en partageant certains des objectifs structurels de ses partenaires russes, chinois et turcs. Ceci étant dit, il faut pondérer l’optimisme que certains observateurs pourraient être tentés d’afficher à la vue de ces changements, il ne faut pas prendre leur réussite comme acquise, au vu des nombreux vecteurs dont disposent les USA pour pousser l’Allemagne à ralentir, prendre le contrôle, ou saboter ces initiatives. En résumé, la nouvelle politique étrangère allemande envers les USA devrait être accueillie comme un signal d’intention pragmatique, mais pas encore interprétée comme un facteur de changement significatif concret.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le 31 août 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.