Les frappes militaires contre la Syrie doivent être jugées par la Cour pénale internationale

par Eva Maria Barki*

Horizons et débats (Zeit Fragen)

Zurich, 23 mai 2108

 

«Seul le ministre des Affaires étrangères de la Suisse Ignazio Cassis a critiqué les Etats-Unis dans une interview accordée à la ‹Neue Zürcher Zeitung›. Il a souligné que l’on a déjà déclenché des guerres sous faux prétexte, comme par exemple contre l’Irak.»

 

Les frappes militaires des Etats-Unis, perpétrées de commun accord avec la France et la Grande-Bretagne, illustrent avec une clarté effarante l’obstination des Etats-Unis – depuis la chute de l’Union soviétique la seule superpuissance restante – à imposer leurs intérêts par la politique de force de manière conséquente et sans entraves aucunes. Cela est en complète contradiction avec l’article 2 de la Charte des Nations Unies exigeant l’obligation de respecter la souveraineté d’un Etat et l’interdiction de la menace et de l’application de la force.
Basée sur la nouvelle doctrine de l’OTAN de 1999 – l’usurpation du droit de conduire des opérations militaires en guise de «prévention» aux conflits et aux dangers même en dehors du territoire de l’OTAN et sans mandat des Nations Unies –, on déclare des interventions militaires contre des Etats souverains comme politiquement légitimes (R2P – Responsibility to Protect). La Yougoslavie en fut le précédent, puis suivirent l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, et actuellement la Syrie.
L’ancien commandant en chef de l’OTAN Wesley Clark informa en 2003 que la Syrie était déjà prévue comme cible d’une action militaire américaine, depuis la guerre contre l’Irak. Le président George W. Bush déclara en 2003: «En Irak, il ne s’agit pas que de l’Irak. Ce n’est qu’une partie du modèle». James Steinberg, expert des Affaires extérieures à Washington, le précisa: La Syrie cause des soucis aux USA, parce qu’elle est capable de déranger l’ordre d’après-guerre.
Alors voilà la vraie raison des frappes militaires: faire revivre l’accord de Sykes-Picot (répartition du Proche-Orient pendant la Première Guerre mondiale, par analogie de l’Allemagne et de la monarchie austro-hongroise, ndlr.), cette fois-ci sous la houlette des Etats-Unis. L’influence dans la région, mise en cause par la Russie, doit être rétablie. Les Américains semblent avoir oublié que l’objectif de guerre formulé par leur président de l’époque Wilson d’accorder aux peuples leur droit à l’autodétermination fut manqué, et demeure bafoué par la plupart des gouvernements – bien qu’entretemps, a eu lieu son inscription dans les deux pactes de l’ONU sur les droits de l’homme.
Ce bombardement par des missiles était visiblement un test – Gorbatchev appelait cela un «entrainement préparatoire». Les Etats-Unis se sont explicitement réservé le droit d’effectuer d’autres opérations militaires. Ils ont déjà menacé le président Assad de nouvelles frappes, car selon les dires du gouvernement français, l’arsenal d’armes chimiques «n’a pas entièrement été détruit». Il semble qu’on voulait tester la réaction de la communauté internationale des Etats. Seul le ministre des Affaires étrangères de la Suisse Ignazio Cassis a critiqué les Etats-Unis dans une interview accordée à la «Neue Zürcher Zeitung». Il a souligné que l’on a déjà déclenché des guerres sous faux prétexte, comme par exemple contre l’Irak. Auparavant, Cassis s’était déjà prononcé à l’ONU contre le droit du plus fort dans les relations internationales. L’Autriche, également neutre, rechigna devant la critique. Le droit international est l’arme des petits pays. En Autriche, Felix Ermacora avait encore utilisé cette arme avec succès et avait ainsi procuré à son pays un grand prestige. Maintenant, l’Autriche a déposé cette arme de manière inconsidérée.
Cependant, le vrai scandale est que l’Union européenne s’est déclarée «solidaire avec ses alliés» et a salué l’action militaire comme «plein succès». La chancelière allemande a caractérisé les frappes comme «nécessaires et équilibrées». Et ceci alors qu’on reproche à la Hongrie un manque démocratique sur la base de faits erronés et de fausses informations, qu’on réprimande le pays parce qu’il respecte les normes européennes, que l’UE ignore le droit à l’autodétermination du peuple des Catalans et que les agissements brutaux de l’Espagne en Catalogne sont tolérés, que le droit à l’autodétermination du peuple de la Crimée n’est pas respecté et que la Fédération de Russie est soumise à des sanctions illégales sur la base de la fausse accusation d’annexion. En même temps donc, le fait que les Etats-Unis soient coupables – à plusieurs reprises – d’agressions contraires au droit international n’est pas condamné, mais plus encore avalisé et loué!
Tant l’aide fournie aux milices terroristes en Syrie avec le but de renverser le gouvernement légitime ainsi que les frappes militaires répétées contre la Syrie représentent un crime d’agression qui devrait être soumis à la compétence de la Cour pénale internationale. Dans le droit international, il n’y a que deux normes correspondant au droit coercitif (ius cogens): l’interdiction de la violence et le droit des peuples à l’autodétermination. L’Union européenne a ignoré et donc violé les deux normes. Cela correspond à l’abrogation complète du droit international, à la fin de la sécurité juridique internationale et donc à un sérieux danger pour la paix mondiale!

 

*    Eva Maria Barki, docteur en droit et avocate, est née à Nikitsch (Autriche) en 1943. Elle a des origines hongroises, italiennes et croates. Après ses études de droit à Vienne, Mme Barki a acquis son diplôme d’avocat et dirige depuis son propre cabinet juridique à Vienne. Elle est spécialiste internationale pour les droits des nationalités et des communautés ethniques.

 

Source: Wegwarte. Folge 2, Mai 2018, Mitteilungen der Initiative Heimat & Umwelt, ihu(at)a1.net

 

Article 2 al. 4 de la Charte de l’ONU

[…]
4. Les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.

Le Temps insolite !

par Ivo Rens

 

Le Temps, titre de référence de la presse suisse, et de révérence coite face aux violations systématiques de la Charte des Nations Unies par les Puissances occidentales, publie, dans une rubrique prudemment libellée OPINION, un article dénonçant ces violations en Syrie. Il est intitulé : “Frappes illégales contre la Syrie.”

Ce article paru dans l’édition du 25 avril 2018, en page 10, est dû à un certain Etienne Henry, probablement un chercheur en droit international public. Certes, cet auteur ne se démarque pas entièrement de la doxa dominante lorsqu’il affirme que la Syrie aurait violé à plusieurs reprises la résolution du Conseil de sécurité lui interdisant les armes chimiques. C’est là, me semble-t-il, une accusation contestée et controversée dont le bien fondé est loin d’avoir été démontré. A plusieurs reprises, en effet, certains groupes d’insurgés pourraient bien avoir fait usage de ces armes contre le Gouvernement syrien, avec l’appui des services de l’une ou l’autre des Puissances occidentales désireuses d’opérer un changement de régime en Syrie.

Cette réserve étant posée, il est remarquable que Le Temps s’avise enfin que subsistent encore la Charte des Nations Unies et un système juridique de sécurité collective, nonobstant leur constante violation par les Etats membres de l’OTAN.

 

Ivo Rens

28 avril 2018.

 

Bombardement de la Syrie: le droit international bafoué

par Etienne Henry,

Source : Le Temps, Lausanne, 25 avril 2018

https://www.letemps.ch/opinions/bombardement-syrie-droit-international-bafoue

 

 

OPINION. Les frappes des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni sur la Syrie sont illégales en regard du droit international, écrit le chercheur Etienne Henry. Elles ouvriraient même un droit de riposte de Damas et ses alliés.

 

Certains se sont prononcés en faveur des récentes frappes aériennes contre des sites présumés de production et de stockage d’armes chimiques en Syrie. Ceci sans s’appesantir sur les aspects juridiques. Quel que soit l’avis que l’on se fasse de leur utilité immédiate et de leur légitimité politique ou morale, on ne saurait ignorer que ces attaques constituent une violation manifeste de l’interdiction de la menace et de l’usage de la force, ancrée à l’article 2 de la Charte des Nations unies. Elles ne pourraient se justifier qu’en cas de légitime défense ou d’autorisation par le Conseil de sécurité – ce qui n’est ici pas le cas.

Lors de frappes similaires menées en avril 2017, Donald Trump n’avait pas même tenté de se justifier, confirmant le peu de cas qu’il fait du droit international. Cette fois, les Etats intervenants n’ont pas fait front commun sur ce plan et chacun y est allé de son grain de sel, trahissant ainsi la faiblesse de leur position.

La France soutient que la résolution 2118 lui permet d’agir, en quelque sorte par substitution du Conseil de sécurité. Pour rappel, ladite résolution a été adoptée le 27 septembre 2013 dans le contexte de l’engagement pris par Bachar el-Assad de ne pas utiliser d’armes chimiques et de détruire les stocks existants. Le Conseil menaçait alors de prendre d’autres mesures en cas de non-respect par la Syrie. On sait que celle-ci a plusieurs fois violé la résolution et que le Conseil s’est avéré incapable de remédier à la situation – ce que l’on ne peut que déplorer. Mais cela ne saurait conférer à un Etat agissant seul le droit de contourner les procédures onusiennes. De tels arguments avaient d’ailleurs été rejetés avec fermeté par la France lors de l’invasion de l’Irak en 2003.

Au nom de l’intérêt national

Quant au Royaume-Uni, il se prévaut d’un prétendu droit d’intervention humanitaire. Or un tel droit, reconnu par une poignée d’Etats, n’est pas compatible avec la Charte. Il a été clairement rejeté par l’Assemblée générale. Selon Dapo Akande, professeur à l’Université d’Oxford, l’argument ne convainc guère, même si l’on acceptait l’existence d’un tel droit. En effet, les frappes ont eu lieu après les faits et dénotent ainsi une intention punitive plutôt que préventive – malgré les déclarations d’intention à cet effet. Après avoir tracé une «ligne rouge» et proféré des menaces, le président Emmanuel Macron et ses alliés sont avant tout soucieux de leur crédibilité. En outre, la décision ne repose pas sur le constat d’une «détresse humanitaire extrême» par la communauté internationale. Au contraire, elle a eu lieu avant le déploiement des enquêteurs internationaux, alors que les faits restent controversés. Finalement, on peut s’interroger sur le choix de l’inaction face aux bombardements indiscriminés par le biais d’armes conventionnelles, et de l’intervention en cas d’emploi d’armes chimiques. La raison est sans doute à chercher dans la vulnérabilité des Etats occidentaux face aux armes chimiques; ceux-ci ont donc un intérêt à éviter leur prolifération.

Les frappes ont eu lieu après les faits et dénotent ainsi une intention punitive plutôt que préventive

Or c’est bien au nom de l’intérêt national que la première ministre Theresa May et le président Donald Trump prétendent justifier les frappes. Selon la représentante des Etats-Unis au Conseil de sécurité, la diplomatie ayant échoué, il devenait légitime de recourir à la force militaire. Il y aurait donc épuisement de l’obligation de régler les différends pacifiquement, ce qui ouvrirait la voie à l’usage de la force militaire: après le temps des palabres, le temps des missiles… Un tel argument ne saurait être admis sans rendre totalement inopérants l’interdiction du recours à la force et le système de sécurité collective.

Violation de la Charte

Cette indigeste bouillabaisse d’arguments, dont certains s’avèrent mutuellement contradictoires, ne rend que plus évidente l’illégalité des frappes, qui peuvent être qualifiées de représailles armées, en violation du droit international. Cet acte d’agression caractérisé ouvre le droit pour la Syrie de riposter par la force de manière proportionnée, au besoin avec l’assistance de ses alliés dans le cadre du droit de légitime défense collective.

Toutes ces tentatives de justification ont en commun leur caractère unilatéraliste. Comme le remarque Olivier Corten, professeur à l’Université libre de Bruxelles, elles s’apparentent à la pratique du XIXe siècle: «On revient à l’idée que les grandes puissances peuvent unilatéralement faire de la justice privée au nom de leur propre conception de ce qu’il faut faire ou pas.» Il ne fait aucun doute que les rivaux des Etats occidentaux ont pris note de ce précédent et qu’ils n’hésiteront pas à l’invoquer, si l’occasion se présente.

Les efforts en vue de substituer un système de sécurité collective à l’anarchie belliqueuse seraient-ils sur le point d’être balayés? Pour éviter une telle dérive, il serait temps que la majorité silencieuse des Etats, à commencer par la Suisse, dénonce fermement et de manière non sélective les violations de la Charte. Il ne s’agit pas de prendre fait et cause pour l’un ou l’autre camp, mais de s’engager pour le maintien d’un système qui, malgré ses évidentes faiblesses, a le mérite d’exister et qui vaut sans doute encore mille fois mieux que l’anarchie totale et la loi du plus for

Frappes françaises en Syrie : « Elles contribuent à retarder le processus de paix. »

Interview de Caroline Galacteros

mardi 17 avril 2018

Source : Association de soutien à l’Armée française

https://www.asafrance.fr/item/frappes-francaises-en-syrie-elles-contribuent-a-retarder-le-processus-de-paix-interview-de-caroline-galacteros.html

Source originaire : http://www.asafrance.fr

http://www.google.com/http://www.facebook.com/http://twitter.com/https://www.asafrance.fr/

 

Caroline Galactéros, docteur en science politique, ancien auditeur de l’IHEDN (*) et colonel au sein de la réserve opérationnelle des armées, revient pour Aleteia sur les frappes effectuées par l’armée française en Syrie dans la nuit de vendredi à samedi. Éclairage.

 

Dans la nuit du vendredi au samedi 14 avril, une centaine de missiles ont été tirés sur des installations chimiques syriennes par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni. L’armée française, qui en a lancé douze, a mobilisé six navires et dix-sept avions pour cette opération. Docteur en science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des armées, Caroline Galactéros, également présidente du think tank Geopragma, détaille pour Aleteia les conséquences d’une telle action sur la situation du pays et le processus de paix.

  

Aleteia : Le pape François et le patriarche Kirill, qui ont échangé par téléphone après les bombardements en Syrie, ont réaffirmé « que les chrétiens ne peuvent pas rester à l’écart de ce qui se passe en Syrie » et ont appelé « tous les responsables politiques » à s’entendre, « afin que la justice et la paix l’emportent ». Que pensez-vous d’une telle déclaration ?

Caroline Galactéros : Sur le fond, on ne peut que se réjouir que ces hautes autorités spirituelles et religieuses s’entendent sur une prise de position commune. Et les communautés chrétiennes d’Orient ne sont pas les moindres victimes des bouleversements actuels au Moyen-Orient.
Mais que signifie au stade actuel faire en sorte que la justice et la paix l’emportent ? Ces frappes y contribuent-elles ? Je pense plutôt qu’elles ont été décidées et exécutées pour de toutes autres raisons.
Concernant l’utilisation d’armes chimiques, il est extrêmement difficile de vérifier ce genre d’information. En revanche, la situation militaire en Syrie évoluait rapidement puisque le gouvernement légal était en train de reprendre le contrôle des dernières poches islamistes violentes du territoire. En frappant, la coalition n’a fait qu’interrompre un processus d’apaisement conditionné (paradoxalement en apparence) par la reconquête totale de la souveraineté sur l’ensemble de la Syrie par son gouvernement légal, celui que l’on cherche précisément à diaboliser par tous les moyens en Occident…. J’ajoute que ces bombardements militaires ont été décidés sans mandat de l’ONU.

 

Selon vous, ces frappes n’ont donc pas contribué à accélérer le processus de paix en Syrie ?

Absolument pas. Nous sommes encore très éloignés de la paix et ces actions extérieures illégales contre un État membre des Nations unies ne peuvent que la retarder. L’armée gouvernementale syrienne, aidée par la Russie et l’Iran, est en train de gagner la guerre militairement : la Ghouta orientale en est le dernier exemple, repassant sous contrôle gouvernemental syrien en approfondissant la déroute des groupuscules « rebelles » djihadistes souvent rivaux.
Les frappes sont à cet égard parfaitement contreproductives… sauf si l’on souhaite faire durer le conflit et modifier le rapport de force dans la négociation politique que contrôle Moscou au grand dam de Washington et de Paris. On peut qualifier Bachar al-Assad de tous les noms d’oiseau et le juger coupable de tout dans le martyr que vit son pays depuis plus de sept ans — il s’agit bien évidemment d’un régime autoritaire — mais il est difficile d’en faire le seul fauteur de guerre alors qu’il est parvenu à résister aussi longtemps par les armes à la déstabilisation ultra-violente dont son pouvoir et son État ont fait l’objet à l’intérieur comme de l’extérieur.
Aucun apaisement ni sérieuse évolution politique ne seront envisageables tant que la Syrie n’aura pas recouvré son intégrité territoriale. Alors, il faudra rechercher sérieusement une formule politique crédible tenant compte du pouvoir actuel en place ainsi que des autres composantes acceptables et respectables de l’échiquier politique syrien. On en est loin. C’est l’Otan et l’impérium américain que l’on veut sauver. Mais martialité et morale ne font presque jamais bon ménage. Agir de la sorte est une impasse pour la paix.

 

Que retenir de cette action militaire ?

Ce n’est pas en agissant ainsi que la France peut et va remettre en marche un processus négociatoire et diplomatique. Il est illusoire de le croire. La France essaye de revenir dans un jeu duquel elle a été exclue, car elle a pris une position violemment opposée au pouvoir syrien à un moment critique de la guerre où se jouait sa survie. Elle a joué un jeu qu’elle a perdu et il est illusoire de croire qu’en suivant la position des États-Unis, elle va restaurer sa crédibilité et rentrer à nouveau dans le jeu syrien.
Avec ces frappes, la France ne reprend aucune place dans la résolution du conflit syrien. Le processus diplomatique dominant est celui de la Russie et, depuis des mois, la coalition cherche à le torpiller. Ce n’est certainement pas après ces frappes que la France va être invitée de manière crédible à la table des négociations. Paris s’est complètement repolarisé vers les États-Unis et le monde anglo-saxon. Notre président a peut-être cru qu’il gagnerait en crédibilité militaire et en crédit moral. Finalement, il est « juste » rentré dans le rang.

Concernant les relations franco-russes, le président Macron a affirmé que cette action militaire n’était en rien dirigée contre la Russie. Le dialogue devrait reprendre car les Russes sont trop intelligents pour couper tous les canaux. Mais cette opération est regrettable sur le fond, car la France vient de perdre une occasion d’affirmer son indépendance et de retrouver une place singulière de médiatrice au Proche-Orient où elle a une responsabilité historique vis-à-vis des minorités chrétiennes d’Orient. Nous avons pour vocation d’être la voix du non alignement et de refuser manichéisme comme dogmatisme moralisateurs qui sont les principaux moteurs de la confrontation et de l’incompréhension.

(*) Institut des hautes études de Défense nationale.

 

 

Halte à la guerre infâme contre la Syrie !

par Michel Raimbaud

13 avril, 2018

Source : Les Crises.fr

https://www.les-crises.fr/michel-raimbaud-la-nouvelle-guerre-froide-se-transforme-progressivement-en-une-guerre-ouverte/

Michel-Raimbaud-768x512

Excellente synthèse de Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France au Soudan et en Mauritanie. Il est l’un de nos grands spécialistes du Moyen-Orient, et nous vous renvoyons vers son excellent livre Tempête sur le Grand Moyen-Orient 

 

Halte à la guerre infâme !

Une guerre implacable, sauvage, meurtrière et destructrice, fait rage en Syrie depuis mars 2011. Devenue universelle grâce au renfort venu de 120 pays que l’Empire Atlantique a pu attirer dans sa galère, elle menace ces jours-ci de dégénérer en un conflit mondial au sens plein et entier du terme.

Beaucoup parmi les plus optimistes n’en sont plus à se demander si la guerre des Trois (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne) aura lieu ou non, mais si elle s’allumera demain ou après-demain. On a beau en refuser la perspective tant elle heurte la raison, les réalités sont là. Il est évident que la nouvelle guerre froide que l’on a vu apparaître depuis une décennie entre l’Occident et ses complices d’une part, la Russie et ses alliés d’autre part, vire peu à peu à la guerre ouverte. Si le monde arabo-musulman est le théâtre privilégié et l’enjeu géopolitique de cet affrontement global entre l’Empire Atlantique déclinant et l’Eurasie renaissante ou émergente, la Syrie en est l’épicentre, pour diverses raisons, géopolitiques et stratégiques notamment.

Dans nos « démocraties » occidentales qui unilatéralement se disent grandes, les « élites » qui ont soumis les populations à un lessivage de cerveau sans précédent font semblant de croire encore à la narrative mensongère, immorale et imbécile injectée depuis sept ans dans les méninges ramollies par le « mainstream » médiatique, universitaire et politique. Il serait étonnant que ces esprits pleins de morgue et de suffisance y croient vraiment : ce serait d’ailleurs inquiétant pour leur santé mentale. Ecartant donc l’hypothèse, on retiendra plutôt qu’ils ont trouvé un fonds de commerce gratifiant dans cette gigantesque escroquerie intellectuelle et qu’ils ont réussi à l’acclimater sous nos latitudes où l’on se dit cartésien, puisqu’elle provoque si peu de réactions… Pour l’instant !

Si elles avaient une mémoire collective, les opinions se souviendraient du sort de l’Irak, de la Somalie, de la Libye…peut-être de l’ex-Yougoslavie, voire du Yémen où destructions et massacres se poursuivent sous l’égide de l’ami stratégique imprévu qu’est le jeune Mohammed Ben Salman, étreint avec effusion par notre ministre des affaires étrangères lorsqu’il débarque tel le Messie. Elles reverraient Colin Powell brandissant ses fioles venimeuses et chimiques pour justifier une invasion de l’Irak et son démantèlement. Pas de sa faute : il était, dira-t-il la bouche en cœur, mal informé par ses « services ». Mais les opinions « civilisées » (que l’on appellerait dédaigneusement « rues » si elles étaient « arabes ») sont anesthésiées par le flot de désinfo et de désintox, hébétées par les débats de société qui leur sont proposés ou imposés, toujours anecdotiques et marginaux. La guerre ou la paix ? Bof. Quant aux élus, ils sont superbement ignorés : à quoi pourraient-ils servir ?

Frétillant comme son prédécesseur Hollande à l’idée de participer aux frappes contre la Syrie et le « régime de Bachar », Macron, qui réserve ses pensées complexes à son ami Trump, esprit bien connu pour sa subtilité, ose qualifier cette nouvelle attaque illégitime, arrogante et dépravée de « devoir moral ». Devons-nous nous habituer à voir par les nuits sans lune nos dirigeants se tortiller sur leur fauteuil, le doigt sur le bouton et le petit doigt sur la couture du pantalon, attendant le feu vert des fous du Pentagone ou de la Maison-Blanche pour lancer leurs engins meurtriers sur la Syrie qui ne les a jamais agressés ? Quelle sinistre comédie ! Comme si 400 000 morts, 13 ou 14 millions de réfugiés, exilés ou déplacés, un pays ravagé, ne suffisaient pas à combler le sens moral de ces hautes consciences. Après sept ans de mensonges éhontés, de destructions systématiques, de méfaits innommables, peut-on vraiment dire que « le respect de l’autre » est une « valeur de l’Occident » ?

A la vue des séances consacrées à la Syrie et à l’audition des échanges qui les agrémentent, on peut dire que la prestation – navrante – du Conseil de Sécurité témoigne de la ruine globale du système international. Adieu aux vagues espoirs que l’on pouvait nourrir quant aux capacités des Nations-Unies et à son instance suprême en matière de paix et de sécurité à imposer un ordre pacifique. Les principes fondateurs du droit onusien, tels que les énonce la Charte fondatrice de San Francisco, ne sont plus ni respectés ni admis comme références par l’ensemble des Etats représentés à l’Assemblée Générale et certains des membres permanents du Conseil de Sécurité les bafouent sans même s’en cacher, ou les ignorent superbement. Les Trois Occidentaux, qui osent s’identifier sans complexe à la « communauté internationale » alors qu’ils représentent 7 à 8% de la population mondiale, constituent en effet le corps de bataille du parti de la guerre et du chaos, leurs adversaires – Russie, Chine, Iran, Syrie, etc…– représentant sans ambigüité le camp de la légalité et du droit.

Au-delà du droit, c’est la diplomatie qui est en danger. Bien plus que le clivage Est/Ouest nouveau modèle, il faut incriminer la perte des us et coutumes, des pratiques, des normes et du langage de la diplomatie. Comment justifier le honteux spectacle des représentants occidentaux maniant la menace, l’injure, le mensonge et les propos aberrants dans l’enceinte du Conseil, transformé en parterre d’enragés et de falsificateurs ? Comment qualifier le grossier personnage élu par l’Amérique profonde et soutenu par son Etat profond dès lors qu’il bombarde ? Elephantman dans un magasin de porcelaine, il incarne mieux que tout autre avant lui le système que suggéraient, il y a quasiment un demi-siècle, Nixon et Kissinger dans la théorie du Mad Man : l’Amérique doit compter parmi ses dirigeants des cinglés dont l’imprévisibilité sera de nature à terroriser ses ennemis. M. Trump tweete parmi nous.

La France ne vaut guère mieux. Elle fait partie de ces pays qui « prétendent dire le droit » tout en le violant à l’occasion, comme le reconnaissait implicitement son président en décembre dernier dans une interview à France 2. La voilà qui se joint au régime trumpiste criminel pour clamer qu’elle procédera à des frappes contre la Syrie, avec ou sans résolution du Conseil de Sécurité. Alors que son siège permanent est lorgné par de grands amis comme l’Allemagne, ne risque-t-elle pas de perdre à jamais son statut « privilégié » en s’affichant ainsi prête à bombarder sans mandat un Etat-membre, après avoir contribué à sa destruction et tenté de renverser son président légitime ?

Ne scie-t-elle pas la branche sur laquelle elle est majestueusement assise, cette France qui naguère tenait la Charte onusienne pour une Bible et fondait sa diplomatie sur la légalité internationale, et qui désormais en bafoue régulièrement les principes majeurs : égalité souveraine des Etats, non-ingérence, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et droit des Etats à choisir leur régime politique sans ingérence étrangère ? Cette France que l’on écoutait souvent, la « trouvant juste même lorsqu’elle se montrait injuste ».

Revenons aux fondamentaux. Malgré la phrase sacro-sainte qui, en Occident et dans notre Hexagone, sert de gilet pare-balle aux mieux intentionnés, rappelons que Bachar Al Assad, président légitime d’un pays en guerre, sans qui la Syrie ne serait plus qu’un souvenir, fait seulement son devoir. On servirait moins souvent la rengaine qu’il n’est « pas irréprochable » si l’on posait la question de l’honorabilité de ses ennemis ou détracteurs, qu’ils soient sauvages ou mal dégrossis, ou délicats et donneurs de leçons. Irréprochables, les dirigeants des « grandes démocraties » ? Irréprochables, ceux qui soutiennent l’insoutenable et en masquent l’horreur ? Irréprochables ces retraités aveugles, sourds et muets quant aux crimes inscrits à leur palmarès ?

Nos présomptueux dirigeants qui n’ont cessé de jouer avec le feu et sont responsables de l’embrasement, ne s’émeuvent pas pour autant, sûrs de leur bon droit et de leur aptitude à gérer les évènements entre affinitaires de belles manières. Si nous l’ordonnons, pensent ces va-t-en guerre qui adorent les ordonnances, il faudra bien que la piétaille des braves gens se mette en marche, au pas cadencé, avec tambour et trompette. C’est le métier de la France d’en bas d’obéir sans broncher à celle d’en haut, pensent-ils. Eh bien non ! Il faut leur donner tort. La France est partie prenante dans la nouvelle agression qui se prépare. Si par grand malheur elle est lancée, nul n’en connaît les suites. Il y aura des représailles et nous ne serons pas épargnés. « Pourquoi nous ? » ou « nous ne savions pas » seront de piètre utilité.

Réveillons-nous car il se fait tard.

Michel Raimbaud

 

Quel prix l’humanité devra-t-elle payer pour l’effondrement de l’Empire ?

par le Saker

13 avril 2018

Source : http://lesakerfrancophone.fr/quel-prix-lhumanite-devra-t-elle-payer-pour-leffondrement-de-lempire

Cette analyse a été écrite pour Unz Review. Elle a été traduite par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker fancophone

 

ядерный-взрыв-над-NY-680x496_c

 

« Je suis encerclé, ils sont dehors, je ne veux pas qu’ils me prennent et me fassent défiler, lancez la frappe aérienne, ils se moqueront de moi et de cet uniforme. Je veux mourir dignement et emmener tous ces salauds avec moi. S’il vous plaît, conduisez l’attaque aérienne, ils me tueront de toute façon. C’est la fin mon commandant, merci, dites à ma famille et à mon pays que je les aime. Dites-leur que j’ai été courageux et que je me suis battu jusqu’à la fin. S’il vous plaît, prenez soin de ma famille, vengez ma mort, au revoir, commandant, dites à ma famille que je les aime. »

Alexandre Prokhorenko (*)

« C’est pour nos gars »

Roman Filipov

 

 

Nous vivons actuellement les jours les plus dangereux dans l’histoire humaine. Vous pensez que c’est une hyperbole ?

Réfléchissez encore.

 

Nous risquons un Armageddon nucléaire

La premier chose à comprendre, c’est que cela ne concerne pas, je répète, ne concerne pas la Syrie ou les armes chimiques, ni à Salisburyni à Douma. Ce genre de non-sens n’est que « du foin mental pour les prolétaires » à destination des drones idéologiques débiles mentaux, politiquement aveugles ou autrement zombifiés qui, du Maine au golfe du Tonkin, à l’attentat de la gare de Bologne perpétré par le Gladio de l’OTAN  et jusqu’au meilleur et au plus grand d’entre eux – le 9/11 bien sur – croiront tout ce que « leur » camp (comme ils le pensent) leur dit. La vérité est que les Anglosionistes sont les principaux multiplicateurs d’armes chimiques dans l’histoire (et les premiers assassins d’Arabes et de musulmans aussi !). Donc leurs larmes de crocodile ne sont que ça – des larmes de crocodile, même si leur machine de propagande dit autre chose.

Quelqu’un croit-il sérieusement que Trump, May, Macron ou Netanyahou seraient prêts à risquer une guerre thermonucléaire apocalyptique qui pourrait tuer plusieurs centaines de millions de gens en quelques heures seulement uniquement parce que Assad a utilisé des armes chimiques contre des dizaines, des centaines ou même des milliers de civils syriens innocents ? (en supposant, pour les besoins de l’argumentation, que cette accusation est fondée). Depuis quand les Anglosionistes se soucient-ils des Arabes ? Ça n’a aucun sens !

À ceux qui diraient que parler de « plusieurs centaines de millions de gens » tués est une hyperbole, je recommanderais de regarder les précédents plans occidentaux pour « résoudre le problème russe » dont :

  • LePlan Totality (1945) destinait 20 villes soviétiques à l’anéantissement dans une première frappe : Moscou ; Gorki ; Kouïbychev ; Sverdlovsk ; Novossibirsk ;  Omsk ; Saratov ; Kazan ; Leningrad ; Bakou ; Tachkent ; Tchelyabinsk ; Nijny Taguil ; Magnitogorsk ; Molotov ; Tbilissi ; Stalinsk ; Grozny ; Irkoutsk et Iaroslavl.
  • Operation Unthinkable(1945) prévoyait une attaque surprise par plus de 47 divisions britanniques et américaines dans la région de Dresde, au milieu des lignes soviétiques. Cela représentait presque la moitié de 100 divisions (environ 2.5 millions d’hommes) dont disposaient à l’époque les quartiers généraux britannique, américain et canadien. (…) La plus grande partie des opérations offensives aurait été entreprise par les forces américaines et britanniques ainsi que par des forces polonaises et plus de 100 000 soldats allemands de la Wehrmacht.
  • Operation Dropshot(1949) comprenait des profils de mission qui auraient utilisé 300 bombes nucléaires et 29 000 bombes hautement explosives sur 200 cibles dans 100 villes et villages pour anéantir 85% du potentiel industriel de l’Union soviétique d’un seul coup. Entre 75 et 100 des 300 armes nucléaires étaient destinées à détruire les avions de combat soviétiques au sol.

Des articles comme celui-cicelui-ci, et celui-là sont également de bons indicateurs (ce sont tous des estimations, bien sûr, personne ne sait rien avec certitude : tout ce qui compte, c’est un ordre de grandeur approximatif).

D’ailleurs, je ne suggère pas qu’à ce stade les Anglosionistes voudraient délibérément déclencher une guerre thermonucléaire avec la Russie. Ce que je suggère, c’est qu’il y a une asymétrie très simple et de base entre les forces russes et anglosionistes au Moyen-Orient qui pourrait conduire à un tel résultat, indépendamment des intentions de départ. Voici comment :

 

Comment risquons-nous un Armageddon nucléaire ?

Première étape : les Anglosionistes frappent la Syrie assez fort pour forcer les Russes à riposter.
Deuxième étape : outragés par la réponse russe, les Anglosionistes ripostent contre les forces russes en Syrie.

À ce stade, il est essentiel de se rappeler que si les Russes ont un meilleur équipement et de bien meilleurs soldats que leurs adversaires « occidentaux » (les exemples d’ Alexander Prokhorenko ou Roman Filipov vous diront tout ce que vous devez savoir sur la façon dont les Russes combattent en Syrie, en particulier comparé au genre de personnel déployé par les États-Unis et l’OTAN)  les CENTCOM + NATO + Israël + Arabie saoudite ont un avantage numérique énorme. Peu importe l’efficacité des défenses aériennes russes ou leur (minuscule) supériorité aérienne lorsqu’elles sont tout simplement submergées par le nombre. Tout ce que l’Empire doit faire, c’est de tirer en premier un grand nombre de vieux missiles de croisière Tomahawk, de laisser les Russes utiliser leurs stocks de missiles de défense aérienne puis de suivre avec leurs armes plus avancées. La vérité est que si l’Empire le voulait, il pourrait même instaurer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie et complétement anéantir la force d’intervention russe. Bien sûr, il y aurait des pertes des deux côtés, les Russes combattraient héroïquement mais ils perdraient. À moins, bien sûr, qu’ils n’aient reçu de l’aide de la Mère patrie, en particulier sous la forme d’attaques de missiles de croisière depuis la Flotte de la mer Noire, de la flottille de la Caspienne, des avions stationnés au sud de la Russie (en Crimée) ou même de l’Iran. La Russie frappe aussi avec des missiles basés au sol et en mer. Donc elle a la capacité d’atteindre de nombreuses cibles importantes (et plus ou moins sans défense) des États-Unis et de la « coalition » dans tout le Moyen-Orient. Mais quelles seraient les conséquences ?

Troisième étape : les frappes russes sur des cibles du CENTCOM obligeraient l’Empire à riposter et à attaquer des navires de la Marine russe et, encore pire, des installations militaires en Russie même.
Quatrième étape : les attaques des US/OTAN sur le territoire russe déclencheraient inévitablement une réponse russe sur les États-Unis eux-mêmes.

Cette réponse serait d’abord conventionnelle mais comme les pertes des deux côtés augmenteraient, l’utilisation d’armes nucléaires serait presque inévitable.

Oui, en théorie, à n’importe quel moment de ce cycle d’escalade, les deux camps pourraient décider de faire baisser les enchères. En théorie. Mais dans le monde réel, je ne vois pas cela se produire ni n’ai jamais vu aucun modèle qui expliquerait de manière convaincante comment une telle désescalade pourrait arriver (en particulier avec le genre d’individus narcissiques et psychopathes de qualité exceptionnellement mauvaise aux commandes aux États-Unis – pensez à Trump ou à Bolton ici – et leur pseudo-patriotisme insensé « nous sommes les meilleurs et les plus grands et les plus géniaux »).

Je ne suis pas en train de prédire que c’est ce qui se passera effectivement, mais je dis que c’est le risque que l’Empire anglosioniste est prêt à prendre afin de réaliser… Quoi, exactement ? Qu’est-ce qui vaut la peine de prendre un tel risque ?

Je pense que c’est le ministre britannique de la Défense qui l’a le mieux exprimé : les Anglosionistes veulent que la Russie « s’en aille et se taise ».

 

Pourquoi nous risquons un Armageddon nucléaire (va-t-en et tais-toi !)

« Va-t-en et tais-toi » a été le rêve de tous les dirigeants occidentaux depuis au moins un millénaire (entrecoupé et renforcé par des tentatives régulières (et ratées) de conquérir et/ou de convertir les Russes). Pensez seulement combien il a été frustrant pour une civilisation qui a établi des colonies dans le monde entier, y compris dans les régions les plus reculées de notre planète, d’avoir cette nation irréductible juste à côté et qui non seulement refusait de se soumettre  mais qui les vainquait régulièrement sur le champ de bataille même s’ils unissaient tous leurs forces, dirigées par leurs chefs « les meilleurs et les plus brillants » (Napoléon, Hitler et… Trump ?). Imaginez seulement comment une civilisation centrée et dirigée par des banquiers deviendrait folle en réalisant que ces immenses richesses étaient littéralement « juste à côté » mais que ceux qui vivaient sur ce territoire refuseraient, pour des raisons incompréhensibles, de leur permettre de les exploiter ! L’existence même d’une « Russie russe » est un affront à toutes les véritables valeurs (par opposition aux valeurs officielles) occidentales et ce n’est tout simplement pas quelque chose que les dirigeants de l’Empire sont prêts à tolérer. D’où la Syrie, d’où l’Ukraine, d’où toutes les accusations idiotes d’attaques au « Novitchok ». Ce sont toutes les expressions de la même politique :

 

  1. Dépeindre la Russie comme une sorte de Mordor et créer une autre« grande coalition »contre elle ;
  2. Forcer la Russie à se soumettre à l’hégémonie anglosioniste ;
  3. Vaincre la Russie politiquement, économiquement ou militairement.

Ce sont des objectifs pour lesquels il vaut la peine de tout risquer, en particulier lorsque votre propre Empire s’effondre et que le temps ne joue pas en votre faveur. Ce à quoi nous assistons depuis au moins 2015, c’est à une nouvelle Croisade occidentale contre la Russie, une sorte de guerre sainte menée au nom de tout ce que l’Occident tient pour sacré (l’argent, le pouvoir, l’hégémonie mondiale, la laïcité, etc.) contre tout ce qu’il abhorre (la souveraineté, l’indépendance, la spiritualité, les traditions).

La vérité est simple : sans les capacités militaires de la Russie, l’Occident aurait « rayé la Russie de la carte » il y a longtemps et l’aurait remplacée par quelque chose de similaire à un certain nombre de « mini-Polognes » gouvernées par une élite compradore libérale exactement comme celle actuellement chargée de l’Union européenne. Le cri désespéré « va-t-en et tais-toi » n’est que l’expression de ce « rêve occidental » frustré par la puissance des forces armées russes et par l’unité du peuple russe derrière son actuel dirigeant. Mais même l’existence  certes frustrante, de la Russie n’est pas une raison suffisante pour tout risquer ; beaucoup plus de choses sont en jeu ici.

 

La Russie comme la partie émergée d’un iceberg beaucoup plus grand

Pour des facteurs géographiques, historiques, culturels, religieux et militaires, la Russie est aujourd’hui le chef de file objectif de la résistance mondiale à l’Empire, au moins en termes moraux, psychologiques et politiques. Mais cela ne signifie pas qu’elle soit « anti-USA » pas du tout. D’une part, la Russie ne mène ni ne contrôle la résistance mondiale à l’Empire. En fait, selon une analyse superficielle, la Russie semble souvent assez seule dans sa position (comme l’a montré la récente attitude chinoise au Conseil de sécurité de l’ONU). En vérité, d’autres pays qui veulent mettre fin à l’hégémonie anglosioniste ne sont absolument pas incités à rejoindre la Russie au haut de la « liste de merde » américaine et à s’exposer au courroux de l’hégémon et notamment pas lorsque la Russie semble plus que disposée à supporter le poids de la haine de l’Empire. En outre, comme tous les pays grands et puissants, la Russie manque de vrais amis et la plupart des pays sont plus qu’heureux de demander qu’elle règle tous leurs problèmes (comme le montre le flot constant d’accusations que la Russie n’a pas fait assez pour cet endroit ou cet autre de la planète). Et pourtant tous ces pays ne font pas vraiment la queue pour montrer leur solidarité avec la Russie lorsqu’elle en aurait besoin. Donc lorsque je dis que la Russie mène la résistance, je ne suggère pas qu’elle doit le faire à la manière dont les États-Unis dirigent l’OTAN ou quelque « coalition de la bonne volonté ». Elle la dirige simplement par le fait qu’elle ne « s’en va » pas ou, mieux encore, qu’elle ne « se tait » pas.

La Russie est le seul pays sur la terre, à l’exception peut-être de l’Iran, qui ose dénoncer ouvertement et sans complaisance l’hypocrisie de l’Empire et qui est prête à soutenir ses paroles par sa puissance militaire si nécessaire. La RPDC est un cas unique et local. Quant aux divers pays bolivariens en Amérique latine, ils sont maintenant vaincus par l’Empire. En théorie, le monde musulman a certainement le potentiel de jouer un rôle plus grand dans la résistance à l’Empire mais le virus wahhabite injecté chez lui par les USA + Arabie saoudite + Israël a, au moins jusqu’à présent, empêché l’émergence d’un modèle réussi et véritablement islamique en plus de celui de la République islamique d’Iran (d’où la diabolisation de cette dernière par les Anglosionistes).

Et pourtant…

L’Empire est en train de perdre tout le Moyen-Orient. Pas tant à cause de certaines politiques russes et iraniennes brillantes et machiavéliques, mais plutôt grâce à sa politique infiniment arrogante, stupide et suicidaire. Le renversement de Saddam Hussein entrera probablement dans l’Histoire comme l’une des décisions politiques les plus idiotes jamais prises (Bolton était derrière aussi, d’ailleurs). C’était une catastrophe totalement auto-infligée. Comme l’a été l’invasion presque tout aussi désastreuse de l’Afghanistan. Un autre désastre auto-infligé pour les Anglosionistes était leur soutien au coup d’État mené par les États-Unis/Union européenne en Ukraine, qui a non seulement débouché sur une calamité que les Européens devront payer pendant les décennies à venir (pensez-y comme à une grande Somalie aux portes de l’UE) mais a également fait un boulot incroyable pour réunir le peuple russe derrière ses dirigeants et a diminué les sentiments pro-occidentaux dans l’opinion publique russe à quelque chose de l’ordre de 2% à 5% au plus. « Avoir » l’Ukraine ne valait sûrement pas la peine de « perdre » la Russie.

Et puis il y a la Chine, que les États-Unis ont grossièrement mal gérée depuis la prétendue Troisième crise du détroit de Taïwan en 1996, lorsque Clinton a menacé militairement la Chine (voir ici pour les détails) et avec qui Trump a maintenant lancé une guerre commerciale pour MAGA (Make America Great Again) (bonne chance !).

En revanche, toute « action » réelle est maintenant centrée sur le projet de Nouvelle route de la soie, ou OBOR, dans lequel la Chine et la Russie jouent les rôles principaux et dans lequel l’anglosphère ne jouera pas de rôle du tout. Ajoutez le petro-yuan à l’équation et vous avez l’émergence d’un nouveau modèle eurasiatique qui menace de rendre l’Empire tout entier simplement insignifiant.

Et puis il y a la Turquie (le deuxième État membre de l’OTAN le plus puissant). Et le Pakistan, d’ailleurs. Ou l’Afghanistan. Ou l’Irak. Ou le Yémen. Partout, l’Empire est en pleine retraite, ne laissant derrière lui que le chaos.

La vérité, c’est que la Russie ne serait jamais une menace crédible pour l’hégémonie anglosioniste s’il n’y avait pas les innombrables désastres auto-infligés que l’Empire a absorbés année après année. En réalité, la Russie n’est une menace pour personne. Et même la Chine ne serait pas une menace pour l’Empire si celui-ci n’était pas si arrogant, si tendu, si ignorant, imprudent et incompétent dans ses actes. Permettez-moi de ne donner qu’un simple exemple, mais puissant : non seulement les États-Unis n’ont pas ce qui pourrait ressembler, de près ou de loin, à une politique étrangère cohérente, mais ils n’ont même pas de ministre des Affaires étrangères. Le département d’État ne s’occupe pas de diplomatie simplement parce que les dirigeants américains ne croient pas à la diplomatie comme concept. Tout ce que fait le département d’État, c’est d’émettre des menaces, des sanctions, des ultimatums, d’avancer des revendications, de publier des tableaux de records (sur les droits de l’homme et autres !) et expliquer au public pourquoi les États-Unis sont presque constamment en guerre avec quelqu’un. Ce n’est pas de la « diplomatie » et les gens comme Nikki Haley ne sont pas des diplomates. En fait, le droit international n’a pas non plus d’utilité pour les États-Unis, d’où la déclaration publique de la même Nikki Haley à une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU que les États-Unis sont prêts à ignorer les décisions de ce Conseil et à agir en complète violation de la Charte des Nations unies. Bref : les voyous n’ont pas besoin de diplomatie. Ils ne comprennent pas le concept.

Tout comme leurs maîtres et mentors israéliens, les Américains se sont convaincus eux-mêmes que tout ce dont ils ont besoin pour réussir sur la scène internationale est soit de menacer de recourir à la force soit d’y recourir effectivement. Ce qui marche bien (ou du moins semble bien marcher) à Gaza ou à Grenade, mais lorsqu’on fait face à la Chine, à la Russie ou à l’Iran, cette approche monomaniaque montre rapidement ses limites, en particulier lorsque votre force se réduit à tirer des missiles de loin ou à assassiner des civils (ni les États-Unis ni Israël, ni d’ailleurs l’Arabie saoudite n’ont une capacité crédible d’envoyer des « bottes sur le terrain » d’où leur dépendance à l’égard des mercenaires).

L’Empire est en train d’échouer rapidement et malgré tous les discours sur l’ « animal Assad » ou « Rocket Man » qui ont besoin d’une punition anglosioniste, les enjeux sont la survie de l’hégémonie imposée à l’humanité à la fin de la Seconde Guerre mondiale et, de nouveau, à la fin de la Guerre froide, ainsi que l’avenir de notre planète. Il ne peut y avoir un seul hégémon mondial et un monde multipolaire régi par le droit international. C’est une situation ou bien ou bien. Et dans ce sens, c’est beaucoup plus grand que la Syrie ou même la Russie.

 

De Douma à Donetsk ?

Il y a encore une chance que les Anglosionistes décident de frapper symboliquement la Syrie, comme ils l’ont fait l’an dernier après la précédente attaque chimique sous fausse bannière à Khan Cheikhoun (Trump s’est probablement envoyé un tweet à lui-même dans un coin ce qui rend une attaque presque inévitable). Si cela devait se produire, nous ne devrions pas nous réjouir trop tôt car ce ne sera qu’un changement de direction mineur, la croisade anti-russe version XXIe siècle continuera, très probablement sous la forme d’une attaque ukronazie contre le Donbass.

Rappel rapide : le but d’une telle attaque ne sera pas de reconquérir puis de nettoyer ethniquement le Donbass mais de forcer la Fédération de Russie à empêcher ce résultat en intervenant ouvertement. Une telle intervention russe arrêtera bien sûr rapidement la guerre et écrasera les forces ukronazies mais à ce stade, les tensions en Europe crèveront le plafond, signifiant que l’OTAN se trouvera (enfin !) une mission à peu près crédible, que les Allemands devront renoncer au North Stream II, que la Pologne et les mini-États baltes gagneront de l’argent en devenant la version est-européenne d’Okinawa et que les puissances anglos (États-Unis et Royaume-Uni) rétabliront fermement leur contrôle sur l’UE, malgré le Brexit. En outre, la Russie deviendra la cible d’une guerre économique totale, comprenant un blocus énergétique (les États-Unis seront plus qu’heureux d’imposer leur gaz atrocement cher aux Européens) une déconnexion de SWIFT, la saisie des avoirs russes, une interdiction des opérations financières russes dans l’UE, etc. Ce pourrait être risqué, bien sûr, en particulier s’il y a une guerre commerciale avec la Chine, mais ce ne sont que des options. Ce qui est certain, c’est que tant que Poutine ou quelqu’un comme lui reste au pouvoir en Russie, le Congrès continuera à d’imposer sanctions après sanctions à la Russie. En fait, pendant la plus grande partie de son histoire, même avant la Révolution, la Russie a été sous un genre ou un autre de sanctions occidentales. Ce n’est absolument pas nouveau et, comme j’aime à le rappeler aux gens ces jours ci, le meilleur prédicteur d’un comportement futur est le comportement passé, en particulier pour des régimes et des dirigeants psychopathes.

En plus, comme je l’ai déjà mentionné dans le passé, et contrairement à l’actuelle confrontation en Syrie, une guerre en Ukraine est un pari très sûr pour l’Empire. Premièrement, lorsque le but est la défaite de « votre » camp, presque toute l’aventure militaire est assez sûre. Deuxièmement, une fois que les Russes sont en Novorussie, ils en seront « propriétaires » ce qui signifie qu’ils devront porter l’immense fardeau financier de sa reconstruction. Troisièmement, une telle présence russe consoliderait et même encouragerait les nationalistes ukies qui, soit dit en passant, auront une occasion en or d’accuser les Russes de ce qu’eux-mêmes ont fait de mal au cours de ces quatre dernières années. Quatrièmement, toute opération de ce genre entraînera la mort d’un grand nombre des pires et des plus enragés Ukronazis et cela éliminera un problème potentiel pour ceux du genre Porochenko que les États-Unis préfèrent, et de loin. Enfin, comme je l’ai dit, cela donnera à l’OTAN la mission sacrée de « défendre l’Europe contre un État voyou russe revanchard » écrasant ainsi tout espoir européen d’indépendance, à un degré même modeste, à l’égard de l’anglosphère. Et le cas le pire ? Le cas le pire serait si les Novorusses peuvent bloquer l’attaque ukronazie sans intervention russe patente. Mais même si cela se produisait et même si les Novorusses lançaient une sorte de contre-offensive libérant Marioupol ou Slaviansk, ce sont des pertes sans importance du point de vue de l’Empire qui voit tant les Russes que les Ukrainiens comme de la chair à canon. Tout comme l’Empire veut que les Arabes et les musulmans s’entretuent au nom d’Israël au Moyen-Orient, l’Empire ne veut rien de plus que de voir les Ukrainiens et les Russes s’entretuer le plus possible et aussi longtemps que possible.

 

Aparté

Certains pourraient suggérer que les Novorusses pourraient non seulement battre les forces ukronazies mais aussi libérer le reste de l’Ukraine, y compris Kiev. Je pense que c’est extrêmement peu probable. Voici pourquoi : premièrement, malgré tout le non-sens patriotard, il y a de bonnes raisons, objectives, pour lesquelles les Novorusses n’ont pas pu libérer Marioupol la première fois (il y avait un risque majeur pour la force novorusse d’être encerclée par les Ukrainiens) ou pourquoi il leur a fallu si longtemps pour reprendre le contrôle de l’aéroport de Donetsk : au cours de la plus grande partie de leur existence, les forces novorusses étaient composées d’un mélange de différentes sortes d’unités qui, malgré tout leur courage personnel, n’étaient pas capables d’offensives au niveau opérationnel. Elles étaient limitées à des engagements tactiques qui, même réussis, ne conduisent pas nécessairement à des développements au niveau opérationnel. Il semble y avoir eu de grands changements dans la structure de commandement des forces novorusses. La libération de l’aéroport de Donetsk et, plus encore, du « chaudron de Debaltsevo » était due aux efforts conjoints de la RPD et de la RPL, mais même si, comme je le soupçonne, les Novorusses sont maintenant capables de contre-offensives au niveau opérationnel, ce n’est encore pas ce qu’il faudrait pour libérer Kiev, En outre, comme un commandant novorusse l’a dit : « Plus nous poussons à l’Ouest, moins nous sommes vus comme des libérateurs et plus nous sommes considérés comme des occupants. » Enfin, la Russie ne permettra pas aux Novorusses de libérer la plus grande partie de l’Ukraine même s’ils le pouvaient, parce qu’ensuite la Russie devrait assumer les coûts faramineux de la réparation de cette « Somalie européenne » et c’est une tâche bien au-dessus de ses moyens actuels. Pour toutes les hallucinations est-européennes sur une invasion russe, la Russie n’a ni le désir ni même les moyens d’envahir qui que ce soit. La douloureuse réalité est celle-ci : les Ukrainiens paieront le prix fort pour leurs délires russophobes et la plus grande partie de la facture pour réparer ces dégâts devra être payée par le reste de l’Europe. Ils ont créé ce cauchemar, qu’ils le réparent maintenant.

 

Conclusion : retour à la Syrie

Rien de ce qui précède ne devrait nous distraire de ce qui est de loin le plus grand danger auquel nous sommes tous confrontés aujourd’hui – les risques d’une guerre russo-américaine en Syrie. En fait, cette réalité semble apparaître même aux plus obtus des presstituésqui s’inquiètent maintenant d’un effet d’entraînement. Non, pas en Europe ou aux États-Unis, mais en Israël, bien sûr. Pourtant, le fait qu’il y ait des gens qui comprennent qu’Israël pourrait ne pas survivre à un affrontement entre superpuissances sur le pas de sa porte est une bonne chose. Peut-être que le lobby israélien aux États-Unis, ou au moins sa partie qui se soucie d’Israël (beaucoup/la plupart font seulement semblant) sera beaucoup plus bruyante que tous les silencieux shabbos-goyim anglos qui ne semblent pas capables de manifester même un minimum d’instinct de conservation ? Bibi Netanyahou a ressenti le besoin d’appeler Poutine après que l’ambassadeur israélien en Russie s’est fait faire la morale par des officiels russes à la suite de la frappe aérienne israélienne (certes assez faible) contre la base aérienne syrienne T-4. Pas beaucoup d’espoir, je le concède…

Il ne s’agit plus d’opposer les bons et les méchants. Il s’agit de l’opposition entre la raison et la folie. Je pense que nous pouvons placer Trump, Bolton, Haley et tous les autres dans le camp des « incurablement délirants ». Mais qu’en est-il des grands généraux américains ? J’ai posé la question à deux amis bien informés et tous deux m’ont dit qu’il n’y a probablement personne au-dessus du grade de colonel avec assez de courage pour s’opposer à la folie des néocons, même si cela signifie la Troisième Guerre mondiale. De nouveau, il n’y a pas beaucoup d’espoir ici non plus…

Il y a une sourate (Al-Anfal 8:30) du Coran que Sheikh Imran Hosein évoque souvent et que je veux citer ici : « Et [rappelle-toi, ô Mohamed, le moment où les mécréants complotaient contre toi pour t’emprisonner ou t’assassiner ou te bannir [de la Mecque]. Mais ils ont des plans et Allah a des plans. Et Allah est le meilleur en stratagèmes ». Et puisque nous parlons de la Syrie, où l’Iran et le Hezbollah sont tout autant (ou plus) des cibles que les Russes, il convient ici de citer un slogan chiite très populaire qui appelle à se rappeler que la lutte contre l’oppression doit se mener sans cesse et partout : « Chaque jour est Achoura et chaque terre est Karbala. » et bien sûr, il y a les mots du Christ lui-même : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps mais ne peuvent tuer l’âme : craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne. » (Mathieu 10:28).

De telles références religieuses vont sans doute irriter les nombreux Occidentaux « éclairés » pour qui ce langage pue l’obscurantisme, le fanatisme et le sectarisme. Mais en Russie ou au Moyen-Orient, de telles références font partie intégrante de l’éthos national ou religieux. Pour illustrer mon propos, je citerai le Discours de la divine victoire prononcé par Sayyed Hassan Nasrallah en 2006 après la victoire écrasante de la relativement petite force du Hezbollah contre la puissance combinée des forces terrestres, aériennes et navales d’Israël :

« Nous célébrons aujourd’hui une grande victoire stratégique, historique, et divine. Comment l’esprit humain peut-il imaginer que quelques milliers de fils de notre résistance libanaise – si je voulais, je vous donnerais leur nombre exact – ont tenu 23 jours sur un terrain exposé au ciel contre la plus puissante force aérienne du Moyen-Orient, qui avait un pont aérien transportant des bombes intelligentes depuis l’Amérique, par la Grande-Bretagne, jusqu’à Israël ; contre 40 000 officiers et soldats – quatre brigades de forces d’élite, divisions de l’armée de réserve ; contre les plus puissants blindés au monde ; et contre l’armée la plus puissante dans la région ? Comment quelques milliers de personnes ont-elles pu tenir et combattre dans des conditions si difficiles, et [comment] leur combat a-t-il pu forcer les navires de guerre à sortir de nos eaux territoriales ? D’ailleurs l’armée et la résistance sont capables de protéger les eaux territoriales contre la profanation par n’importe quel sioniste. [Applaudissements.] [Et comment leur combat] a-t-il aussi pu conduire à la destruction des chars Merkava, qui sont un objet de fierté pour l’industrie israélienne ; endommager les hélicoptères israéliens jour et nuit ; et transformer les brigades d’élite – je n’exagère pas et vous pouvez regarder et lire les médias israéliens – en rats effrayés par nos fils [Comment est-ce arrivé] alors que vous étiez abandonnés par les Arabes et le monde à la lumière de la division politique (la solidarité humaine était cependant profonde) autour de vous ?

Comment ce groupe de moudjahidines a-t-il pu vaincre cette armée sans le soutien et l’aide de Dieu tout-puissant ? Cette expérience de résistance, qui doit être transmise au monde, dépend – sur le plan moral et spirituel – de la foi, de la certitude, de la confiance [en Dieu] et du désir de faire des sacrifices. Elle dépend aussi de la raison, de la planification, de l’organisation, de l’armement et, comme on l’a dit, de toutes les mesures de protection possibles. Nous ne sommes ni une résistance désorganisée et sophiste, ni une résistance clouée au sol et qui ne voit que ce sol devant elle, ni une résistance dans le chaos. La résistance pieuse, qui dépend de Dieu, aimante et compétente est aussi la résistance consciente, sage, formée et équipée qui a des plans. C’est le secret de la victoire que nous célébrons aujourd’hui, mes frères et sœurs. » 

Ces mots pourraient aussi être utilisés pour décrire la relativement petite force d’intervention russe en Syrie. En fait, on pourrait faire de nombreux parallèles entre le rôle du Hezbollah et sa position au Moyen-Orient et le rôle et la position de la Russie dans le monde. Et bien que tous deux soient bien entraînés, bien armés et bien commandés, c’est leur puissance spirituelle qui décidera du résultat des guerres menées contre eux par l’hégémon. Les laïques anglosionistes ne le comprendront jamais – ils ne peuvent pas – et cela entraînera leur chute inévitable. La seule question est celle du prix que l’humanité devra payer pour que le dernier Empire finisse par mordre la poussière.

 

(*) Alexandre Prokhorenko

Source : https://francais.rt.com/international/18017-soldat-forces-speciales-russes-meurt-en-héros-en-syrie (25 mars 2016)

L’armée russe peut être fière. Chargé de marquer l es cibles terroristes au sol pour aiguiller les avions de chasse, un officier russe s’est retrouvé encerclé par les soldats du califat à côté de la ville stratégique de Palmyre. Se sachant condamné, il a alors pris une décision dont la funeste issue n’a eu d’égal que sa bravoure. Il a indiqué sa propre position à l’aviation qui s’est chargée de larguer ses bombes. «L’officier est mort en héros, appelant une frappe sur sa propre position après que sa mission ait été compromise», a confié le 24 mars, une source militaire à l’agence Interfax.

Salve de missiles dans le ciel de Damas

Bruno Guigue

15 avril 2018-04-15

Source : Agoravox

https://mobile.agoravox.fr/tribune-libre/article/salve-de-missiles-dans-le-ciel-de-203409

 

C’est fait. Le gang Washington-Paris-Londres vient de bombarder la Syrie. Abdiquant toute pudeur, l’habituel trio expert en coups tordus a expédié ses engins de mort sur un Etat-membre des Nations Unies. A grand renfort de missiles, un Occident déclinant a joué les durs à distance, se gardant bien d’affronter sur le terrain un adversaire qui lui mettrait une bonne fessée. En attaquant l’appareil militaire syrien, cette coalition étriquée conduite par des pantins vaniteux a cru que sa quincaillerie de luxe lui permettrait de s’imposer. Mais c’était oublier que la donne stratégique change à toute vitesse. En matière militaire, il y a loin de la coupe aux lèvres, surtout lorsque l’objectif à atteindre est fantasmatique. Expérimentée sous la présidence de Bill Clinton, la technique des frappes chirurgicales vient de connaître un nouvel avatar, dont il n’est pas sûr qu’il soit le plus réussi.

N’en déplaise à des dirigeants auto-satisfaits, cette opération-éclair a brillé par sa nullité, et sa fourberie politique n’a eu d’égale que son inanité militaire. En réalité, le bilan est proche de zéro. Aucun résultat opérationnel, aucun impact psychologique, aucun intérêt politique. Ce fut tout juste une pluie de pétards mouillés sur Damas, un exercice d’entraînement grandeur nature pour la défense anti-aérienne syrienne, un tir au pigeon où le missile occidental, ce joujou prétentieux, a fini par jouer le rôle du pigeon. Les « beaux missiles » de Trump ont fini en morceaux, pitoyables tas de ferraille destinés au futur musée de l’impérialisme à Damas. Ce résultat est d’autant plus significatif que la DCA syrienne a combattu seule l’agresseur étranger, sans l’aide de ses alliés, même si l’appui technique russe a sans doute joué un rôle décisif.

Même désastre sur le plan de la guerre psychologique. On ne s’imaginait quand même pas, à Washington, Londres et Paris, que le peuple syrien serait tétanisé par cette lâche agression. Elle a plutôt produit l’effet inverse, car la couardise de l’adversaire, en général, consolide le moral des troupes. Les premières images en provenance de Damas furent celles d’une population souriante, brandissant fièrement le drapeau national et le portrait du président Bachar Al-Assad. Les trois pieds nickelés de la géopolitique n’impressionnent pas les Syriens. En détruisant les trois quarts des missiles ennemis, la défense anti-aérienne syrienne a résumé à sa façon la réponse de ce peuple courageux à l’agresseur néo-colonial. La DCA de l’armée arabe syrienne est comme la métaphore d’un peuple qui résiste victorieusement, depuis 2011, à une tentative de destruction multiforme.

Bien entendu, les fauteurs de guerre occidentaux ont fait tourner les rotatives d’une propagande mensongère pour tenter de justifier leur entreprise destructrice. Mais la supercherie a fait long feu. Il s’agissait, dit-on, de punir le régime syrien pour l’emploi de l’arme chimique contre les civils de la Ghouta. Mais où sont les preuves détenues par les trois agresseurs ? On nous répond qu’elles sont accablantes, mais qu’il est impossible de les communiquer, car elles sont « classifiées ». Un enfant de quatre ans comprendrait le stratagème. S’il y a des « preuves », au demeurant, on pourrait les trouver sur place, et c’est pourquoi l’Organisation internationale pour l’interdiction des armes chimiques a accepté l’invitation du gouvernement syrien. Mais le jour même de l’arrivée de ces experts, le trio occidental a bombardé Damas. Inutile de faire un dessin : quand on accuse sans preuves un coupable désigné d’avance, on n’a pas besoin d’enquête.

En réalité, la politique belliciste d’un Occident en mal d’hégémonie pourrit tout ce qu’elle touche. Elle brandit les droits de l’homme, mais c’est pour soutenir les terroristes. Elle chante les louanges du droit international, mais c’est pour mieux l’anéantir. Elle parle de démocratie, mais elle la viole à domicile tout en déniant aux autres nations le droit à l’autodétermination. Quand Macron annonce qu’il va « punir » le président syrien lors d’une conférence conjointe avec le prince héritier d’Arabie saoudite, il se moque du peuple français. La triplette belliciste USA/France/Grande-Bretagne est comme la grenouille qui veut être plus grosse que le bœuf. Elle s’imagine qu’elle est le centre du monde alors qu’elle en est l’appendice. Elle est seulement le club de l’oligarchie occidentale, mais elle se prend pour la « communauté internationale ». Et lorsque le monde assiste médusé à une fanfaronnade où le criminel le dispute au grotesque, elle s’imagine qu’elle a remporté une victoire. Cette salve de missiles sur la Syrie ne changera rien au cours des événements. La Ghouta est libérée, et les autres provinces le seront bientôt. La guerre à distance menée par les ennemis de la Syrie est perdue d’avance.