La priorité immédiate, c’est de sauver des vies. Ensuite il faudra passer à la condamnation des sanctions

Alfred de Zayas *
Source : Horizons et débats,
Zurich, 14 avril 2020

Horizons et Débats: Depuis des années déjà, vous vous êtes opposé à l’application des sanctions. D’aucuns affirment à présent que les sanctions, dans les pays où elles sont appliquées, seraient également un obstacle de taille à la lutte contre la pandémie de coronavirus. Qu’en dites-vous?
Alfred de Zayas: Bien sûr, la guerre économique qui prévaut contre le Cuba, le Nicaragua, le Venezuela, la Syrie, l’Iran, la Corée du Nord, ainsi que le blocus financier et les sanctions économiques asphyxiantes allant à l’en- contre de la Charte des Nations Unies et la Charte de l’Organisation des Etats Américains, enfreignent de nombreux traités internationaux, en particulier les accords relatifs aux droits de l’homme tels que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), le Pacte international relatif aux droits économiques (PIDESC), sociaux et culturels et la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE). Elles vont également à l’encontre de l’interdiction mise par le droit international à l’interférence dans les affaires intérieures d’autres Etats et l’interdiction d’intervention (qui ne s’applique non seulement aux interventions militaires mais également aux guerres non conventionnelles et hybrides).
On a démontré que les sanctions tuaient – non seulement les mesures coercitives unilatérales, mais même les sanctions mal avisées de l’ONU, telles celles prises à l’encontre de l’Irak entre 1991 et 2003, et qui ont entraîné la mort de plus d’ un million d’ Irakiens, mort par malnutrition, par manque d’ accès à l’eau potable, aux médicaments, aux équipements médicaux, etc. Dès 1995, l’ Unicef estimait que les sanctions avaient causé la mort d’ environ 500 000 enfants irakiens – mais l’avertissement n’a pas été entendu. Ou pire encore, il a été rejeté par les tout-puissants Etats-Unis. Interrogée sur l’ utilité du maintien des sanctions contre l’ Irak malgré la mort de tant d’enfants, la secrétaire d’Etat américaine de l’époque, Madeleine Albright, a répondu par l’affirmative – comme on peut le voir sur YouTube. Denis Halliday, coordinateur humanitaire 1996-1998 de l’ONU pour l’Irak, a quand même démissionné en signe de protestation, qualifiant les sanctions de l’ONU comme «une forme de génocide». Son successeur Hans-Christof Graf von Sponeck (1998-2000), a également démissionné en signe de protestation et publié sur ce sujet un livre intitulé Ein anderer Krieg (Un autre genre de guerre).
L’Assemblée générale a adopté 27 résolutions demandant la levée de l’embargo américain contre Cuba, non seulement parce qu’il est contraire au droit international, mais aussi parce qu’ il a considérablement affaibli les infrastructures sanitaires cubaines et rendu presque impossible l’obtention de pièces de rechange pour les équipements médicaux, tels que les scanners et les appareils de dialyse. En 2019, les professeurs Jeffrey Sachs et Mark Weisbrot ont rédigé un rapport estimant que les sanctions contre le Venezuela étaient responsables de la mort de 40 000 Vénézuéliens en 2018. Depuis lors, la situation n’a cessé de se détériorer. Au fil des ans, les infrastructures sanitaires de nombreux pays visés par les sanctions ont été affaiblies, les laissant encore moins préparés à faire face à la pandémie de Covid-19.
Le 31 mars 2020, le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, la professeur à l’Université de Californie, Hilal Elver, a demandé la levée immédiate des sanctions en raison de la pandémie. D’autres rapporteurs, comme le rapporteur sur les effets négatifs des mesures coercitives unilatérales, l’ Ambassadeur Idriss Jazairy, avaient déjà documenté le lien entre les sanctions et les décès. Hélàs, l’ Ambassadeur Jazaire est succombé le 27 février à un cancer. Nommé le 2 avril, la nouvelle rapporteur en charge de l’étude sur les mesures coercitives unilatérales, la Professeur Alena Douha, a plaidé pour la levée des sanctions et va probablement publier prochainement un rapport sur la question – mais le temps presse !
Le 1er avril 2020, le gouvernement cubain a protesté contre le «blocus criminel» des Etats-Unis après que l’ embargo américain ait bloqué la livraison des kits de tests de dépistage du Covid-19 et de respirateurs donnés par Jack Ma, le milliardaire chinois de l’ e-commerce et propriétaire d’ A libaba. Diaz-Canel, le président cubain, a tweeté: «Le blocus criminel du gouvernement impérialiste porte atteinte aux droits fondamentaux du peuple cubain». Le délégué de Cuba à Pékin, Carlos Miguel Pereira, a déclaré qu’une entreprise privée avait été engagée pour livrer les fournitures médicales nécessaires à la lutte contre le Covid-19. Cependant «à la dernière minute», cette société a refusé d’effectuer la livraison. Selon l’agence de presse Xinhua, la société avait expressé- ment invoqué le risque d’être pénalisée par le Département du Trésor des Nations unies pour avoir enfreint la loi américaine Helms- Burton de 1995.
Encore une fois, et il faut le répéter: les sanctions tuent. La responsabilité civile et pénale en incombe non seulement aux Etats- Unis, mais aussi à tous les Etats ayant imposé ou appliqué des sanctions.
Dans quelle mesure l’ONU préconise-t-elle la levée des sanctions ?
 En ce qui concerne les sanctions contre le Cuba, l’Assemblée générale a demandé leur levée à plusieurs reprises, mais les Etats-Unis considèrent qu’ils sont au-dessus du droit international imposant des sanctions illégales contre le Cuba depuis six décennies.
Tant que cela n’entraînera pas de conséquences pour l’ économie américaine, les choses ne changeront probablement pas. Mais, bien sûr, d’autres pays comme le Canada, le Royaume-Uni, etc. imposent également des sanctions ou appliquent les sanctions américaines contre le Cuba, le Venezuela, l’Iran, etc., fait qui relève de l’application extraterritoriale du droit américain et de l’imposition de pénalités pour «violation des sanctions». La responsabilité civile et pénale de l’imposition ou de la mise en œuvre des sanctions incombe en premier lieu aux Etats-Unis, mais aussi à tous les Etats qui ont imposé ou mis en œuvre des sanctions, même aux entreprises privées qui placent le profit au-dessus de la vie humaine.
Quelle est la position de la communauté internationale sur ce point? Comment, dans ce contexte, évaluez-vous l’International Solidarity Report (Rapport sur la solidarité internationale) ?
La «communauté internationale» n’agit pas en conformité avec la Charte des Nations unies, ni avec l’obligation de pratiquer la solidarité internationale. En 2017, Virginia Dandan, experte indépendante des Nations unies sur les droits de l’homme et la solidarité internationale, a publié la Draft Declaration on the Right to International Solidarity (Projet de déclaration sur le droit à la solidarité internationale) que l’Assemblée générale n’a toutefois jamais adoptée. Il est temps que le Secrétaire général rappelle au Conseil de sécurité, à l’Assemblée générale et au Conseil économique et social leurs responsabilités respectives et plaide pour l’adoption formelle de cette déclaration – et sa mise en œuvre concrète.
La semaine dernière, Michelle Bachelet, la Haut-commissaire aux droits de l’homme, a appelé à un assouplissement des sanctions afin de lutter contre la pandémie et de limiter ainsi sa propagation mondiale. Dans quelle mesure ses revendications sont-elles porteuses de promesses?
La Haut-commissaire aurait dû condamner les sanctions en raison de leur violation directe des droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux des populations qu’elles visent. Navi Pillay, qui a précédé Michelle Bachelet dans ses fonctions de Haut-commissaire, avait déjà condamné les
Alfred de Zayas: Bien sûr, la guerre économique qui prévaut contre le Cuba, le Nicaragua, le Venezuela, la Syrie, l’Iran, la Corée du Nord, ainsi que le blocus financier et les sanctions économiques asphyxiantes allant à l’en- contre de la Charte des Nations Unies et la Charte de l’Organisation des Etats Américains, enfreignent de nombreux traités internationaux, en particulier les accords relatifs aux droits de l’homme tels que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), le Pacte international relatif aux droits économiques (PIDESC), sociaux et culturels et la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE). Elles vont également à l’encontre de l’interdiction mise par le droit international à l’interférence dans les affaires intérieures
* Alfred de Zayas (USA, citoyen suisse depuis 2017) est un écrivain, historien et spécialiste des droits de l’homme et du droit international. En 2012, il a été nommé par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies en tant que premier Expert indé- pendant des Nations unies pour la promotion d’un ordre international démocratique et juste, haute fonction qu’il a accomplie jusqu’en 2018.

Principale lacune des mesures anti-pandémiques prises par la France et la Suisse

Ivo Rens

Professeur honoraire

Faculté de droit

Université de Genève

J’ai écouté hier soir 16 mars 2020 les propos du Conseiller fédéral Berset, puis le discours du Président Macron énonçant des mesures vigoureuses pour tenter de ralentir puis de tarir la progression de la pandémie. Qui contesterait pareil objectif ?

Les mesures françaises sont particulièrement attentatoires à la liberté de déplacement qui n’est autorisée que pour cinq motifs jugés légitimes. Je trouve ces restrictions drastiques indument limitatives et mal rédigées. Pourquoi ne pas avoir tenu pour légitime le retour d’une personne à son domicile à l’étranger ?

Plus grave socialement : tant le Conseiller fédéral que le Président français n’ont pas décidé, ni même envisagé, semble-t-il, l’instauration du rationnement.

Or, les supermarchés et autres magasins d’alimentation des deux pays sont quotidiennement vidés de victuailles, laissant vides les étals et étagères de nourriture depuis plusieurs jours. Je crains qu’en affirmant que ces commerces seront toujours réapprovisionnés, les autorités des deux pays ne sous-estiment les risques de pénurie alimentaire et ne favorisent la constitution de stocks destinés au marché noir.

La seule façon de garantir l’absence de pénurie alimentaire des catégories sociales défavorisées est d’instaurer le rationnement des principaux nutriments. C’est là une leçon de la IIème Guerre mondiale en Europe et en Afrique du nord. Or, dans son discours, le Président Macron a pesamment insisté sur le fait que la France était en guerre…

Le cas de Julian Assange constitue une inquiétante violation de la liberté de la presse

Extrait de la Résolution 2317 (2020) adoptée par l’Assemblée du Conseil de l’Europe le 28 janvier 2020

…………………………………………………………………

  1. L’Assemblée appelle les États membres à créer un environnement favorable et propice pour les médias et à revoir leur législation en ce sens, afin de prévenir le recours abusif à différentes lois ou dispositions susceptibles d’avoir une incidence sur la liberté des médias, notamment celles sur la diffamation, la lutte contre le terrorisme, la sécurité nationale, l’ordre public, le discours de haine, le blasphème et la mémoire, qui sont bien trop souvent appliquées pour intimider les journalistes et pour les réduire au silence. À ce titre, les États membres doivent notamment:

6.1. ne pas prévoir de sanctions pénales pour des infractions commises par les médias – en particulier des peines d’emprisonnement, la fermeture d’organes de presse ou le blocage de sites internet et de réseaux sociaux – sauf en cas d’atteinte grave à d’autres droits fondamentaux, par exemple de propos haineux ou d’incitation à la violence ou au terrorisme; veiller à ce que ces sanctions ne soient pas appliquées de manière discriminatoire ni arbitraire contre des journalistes;

6.2. consacrer et garantir le respect du droit des journalistes de protéger leurs sources et concevoir un cadre normatif, judiciaire et institutionnelle adéquat pour protéger les lanceurs d’alerte et les facilitateurs d’alerte, conformément à la Résolution 2300 (2019) de l’Assemblée «Améliorer la protection des lanceurs d’alerte partout en Europe»; à cet égard, considérer que la détention et les poursuites pénales contre M. Julian Assange constituent un dangereux précédent pour les journalistes, en outre, et joindre à la recommandation du Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants qui a déclaré, le 1 novembre 2019, que l’extradition de M. Assange vers les Etats-Unis doit être interdite et qu’il doit être libéré sans délai

………………………………………………………………………….

Le rêve des uns et le cauchemar des autres

Michel Raimbaud

20 janvier 2020

Source : http://www.afrique-asie.fr/le-reve-des-uns-et-le-cauchemar-des-autres/

 

Il est dans l’air du temps de considérer les épisodes troubles que nous vivons aujourd’hui comme une réplique à ce que furent hier les « années folles » de l’entre-deux guerres. Ce n’est pas une perspective encourageante, car cet entracte convulsif de vingt ans tout juste (1919/1939), loin d’être seulement une explosion des libertés, un foisonnement des innovations, une envolée du progrès, allait déboucher sur le festival de boucherie et d’horreur que nous savons, suite logique de son échec. Peut-on recréer un ordre universel, alors que la moitié de la planète reste sous le joug colonial ? Rétablir la stabilité alors que quatre empires viennent de disparaître, deux d’entre eux, Russie et Allemagne, ne se voyant nullement comme des vaincus, et que le statut des deux « superpuissances » coloniales est ébranlé par l’ascension de l’Amérique ? Quand cette dernière refuse d’adhérer à la Société des Nations qu’elle a patronnée, comment donc garantir la paix ?

 

*

1-democratie-bombes1

La démocratie américaine à l’œuvre

Folles ou non, les présentes années sont écervelées, ou décervelées. Mais en 2020, l’heure n’est plus à renifler un séisme attendu, car celui-ci gronde déjà de toutes parts. Pourtant, si le monde revisité est bien devenu universel, l’Occident préfère s’identifier à une « communauté internationale » qui ne l’est pas. Le refus de prendre en compte cette « fracture » est à l’origine de la rage et/ou de la démence de ses élites pensantes, dirigeantes et rugissantes.

Pour ne parler que de nos bons maîtres, nous dispensant ainsi de parler de ses vassaux, aimeriez-vous rencontrer au fond d’une ruelle John Bolton, le schtroumpf grognon, partir en croisière avec Pompeo, le père fouettard de la diplomatie étatsunienne, discuter des droits de l’homme avec Nikkie Halley, la harpie du Conseil de Sécurité ? Que feriez-vous si Trump vous proposait de parler dans un coin tranquille de la gestion de votre plan d’épargne ? Ou d’écrire l’histoire du Moyen-Orient avec Wolfowitz ? Auriez-vous envie d’évoquer l’Irak avec Mme Albright ou Dick Cheney, ou la Palestine avec Jared Kushner ?

Pour comprendre comment on en est arrivé à cette folie, il est essentiel de répondre, quitte à enfoncer les portes ouvertes, à l’interrogation historique du génie qui savait poser les bonnes questions, ce George W. Bush, qui allait imprimer sa marque indélébile à la Maison-Blanche, de 2001 à 2009.

Tandis que Bill, son frivole prédécesseur, avait fait du bureau ovale un jardin secret, et que Barack allait en faire une chaire d’où il prêcherait la paix des Nobel tout en faisant la guerre – par derrière – mieux que quiconque, notre Debeliou (c’est le nom de scène de Bush fils) transformera les lieux en oratoire où l’on marmonne entre bigots de pieuses oraisons avant de prendre les décisions mettant à sac la planète. Bien qu’il n’ait ni découvert l’Amérique ni inventé la poudre, il endossera la géostratégie néoconservatrice du début de millénaire, et le rôle de chef de file des « grandes démocraties ».

Rattrapé sur ses vieux jours par Alzheimer, Ronald Reagan, premier à déclarer « la guerre contre la terreur », ne se souvenait plus avoir été Président. Retiré dans son ranch, Debeliou, lui, consacre ses loisirs à peindre de blancs moutons. C’est un sain divertissement, dont le choix témoigne d’une heureuse nature. Ce « good guy » a manifestement la conscience tranquille : n’a-t-il pas accompli la mission qui lui avait été confiée par le Ciel de guider l’Axe du Bien au milieu de la cohorte des « parias » ? Dans son cocon paisible, comment aurait-il pris la mesure des crimes qu’il a ordonnés et couverts, à l’abri de toute poursuite de la Cour Pénale Internationale ou de ses avatars, le « monde civilisé » et ses succursales n’étant pas de leur compétence. ? Il n’aura jamais soupçonné, même en cauchemar, la haine dont son Amérique est l’objet, de l’arrière-cour latino-américaine à l’Asie éternelle, en passant par la complaisante Europe et ce Grand-Moyen-Orient qui s’étend désormais de la Mauritanie au Pacifique et du sud de la Moscovie à l’équateur africain ? Il mourra sans savoir que l’Amérique est devenue sous son règne l’Etat-voyou par excellence avant de sombrer dans le banditisme « from behind » d’Obama, puis carrément dans le gangstérisme international de l’oncle Donald.

Notre propos d’aujourd’hui n’est pas de faire, comme le veut la mode, une lettre ouverte qu’ils ne liront pas à G. W. Bush et ses ex-acolytes, ses prédécesseurs ou ses successeurs. Il n’est même pas de passer en revue les fioretti du pape de l’Axe du Bien et les florilèges de ses conseillers neocons, dont le cynisme et l’arrogance dépassent l’entendement. Laissant Debeliou à ses petits moutons, on essaiera de répondre in absentia à l’angoisse métaphysique qui le tenaille en 2001 alors qu’il s’apprête à venger les attentats du 11 septembre en semant mort, destruction et chaos dans les sept pays programmés : l’Irak ; la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, l’Afghanistan, le Soudan.

C’est durant cette phase particulièrement fébrile de sa vie intellectuelle, le 20 septembre 2001, que Debeliou, s’adressant au Congrès sérieux comme un Pape, lance à la ville et au monde la question « des Américains » : « Pourquoi des gens peuvent-ils nous haïr, alors que nous sommes si bons ? ». Il fallait y penser et aussi l’oser, mais l’on sait depuis Audiard que c’est à cela que l’on reconnaît les gens que rien n’arrête. Puisqu’aux Etats-Unis on est démocrate même quand on est républicain, car c’est à peu près la même chose, notre tribun répond, sûr de son fait : « Ils haïssent ce qu’ils voient dans cette salle : un gouvernement élu démocratiquement. Leurs chefs sont auto-désignés. Ils haïssent nos libertés, de religion, d’expression, notre droit de voter, de nous rassembler et d’exprimer nos désaccords ».

Sans queue ni tête, cet amalgame entre les « terroristes » du 11 septembre (saoudiens pour la plupart) et les sept pays précédemment mentionnés, est évidemment arbitraire, visant à justifier la « pensée stratégique » qui va inspirer Debeliou dans sa « guerre contre la terreur ». On peut toutefois se demander si, visant les « Etats préoccupants », il n’est pas en train de dénoncer ses propres impostures : « Nous ne sommes pas dupes de leur feinte piété (…). Ce sont les héritiers de toutes les idéologies sanglantes du XXème siècle. (…) Ils marchent dans la foulée du fascisme, du nazisme et du totalitarisme. Ils suivront ce chemin jusqu’à sa fin, dans la tombe anonyme des mensonges répudiés de l’Histoire ». Ne dirait-on pas une condamnation des menées néoconservatrices, dont la ceinture verte arabo-musulmane est le théâtre privilégié depuis un quart de siècle ? Signe des temps et du ciel, des Israéliens se poseront la même question, comme Rishon Lezion dans le Yediot Aharonot du 26 juillet 2006 : Pourquoi nous haïssent-ils tant ?

On ne peut s’empêcher de rappeler l’anecdote rapportée en 2007 à la revue Democracy Now par le Général Wesley Clark, ex-commandant en chef des troupes de l’Otan en 1999 en Yougoslavie, lors de la dislocation de celle-ci par les Occidentaux. Quelques jours après le 11 septembre, ce haut responsable se rend au Pentagone, où sévissent alors Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz. Il rapporte un intéressant et surprenant dialogue :
– Nous avons décidé de partir en guerre contre l’Irak, lui dit-on.
– En guerre contre l’Irak, mais pourquoi ? demande W. Clark
– Je ne sais pas. Je pense qu’ils ne savent pas quoi faire d’autre.
– A-t-on trouvé un lien entre Saddam et Al Qaeda ?
– Non…Rien de neuf…Ils ont juste pris la décision de faire la guerre contre l’Irak. Sans doute parce qu’on ne sait pas quoi faire des terroristes. Mais nous avons de bons militaires et nous pouvons renverser des gouvernements…

Trois semaines après, on bombarde l’Afghanistan, et le dialogue reprend : Toujours une guerre en Irak ? Réplique : C’est bien pire que ça. Voici un papier expliquant comment nous allons nous emparer de sept pays en cinq ans, l’Irak d’abord, puis la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan et, pour finir, l’Iran. C’est ce programme qui est suivi depuis vingt ans.

Paul Craig Roberts, journaliste, ancien Secrétaire-adjoint au Trésor de Ronald Reagan, économiste inventeur de la Reaganomics, l’affirme en janvier 2016 : « Le gouvernement des Etats-Unis est l’organisation criminelle la plus achevée de l’histoire humaine ». Robert Mac Namara parlera d’un « Etat voyou »…Par leur présence militaire (de 750 à 1200 bases dans tous les recoins du monde), leurs implications officielles passées (en Corée, au Vietnam, en Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak) ou présentes (Irak, Afghanistan, Pakistan, Somalie, Yémen, Syrie), par leurs ingérences et leurs intimidations secrètes ou avouées (au Moyen-Orient, en Amérique Latine, en Europe, en Asie), ils constituent la plus grande menace contre la paix et la sécurité. Sous la présidence de G. W. Bush, les forces d’opérations spéciales sévissaient dans 66 pays. En 2010, ce nombre était passé à 75 selon le Washington Post, et à 120 en 2011, selon le Commandement de ces forces. En 2013, on en comptait 134, hormis les guerres conventionnelles et les opérations par drones (de plus en plus fréquentes), le pacifique Obama ayant à son actif une progression de 123%. En 2019/2020, les dépenses militaires US devraient friser les 750 milliards de dollars, soit environ 37 % du total mondial : énorme mais, comme dirait Picsou, « des cacahuètes » pour un pays qui imprime lui-même ses billets !

Les opérations ne sont pas forcément défensives (face à des menaces contre la présence et les intérêts de l’Amérique), ou ponctuellement offensives (pour le contrôle du pouvoir et l’accès gratuit ou bon marché aux ressources, pétrole en premier). Il s’agit de plus en plus souvent, au Grand Moyen-Orient notamment, de plans d’action préventive, mis en œuvre avec la couverture de médias aux ordres qui se chargent de justifier des crimes de guerre dûment programmés en servant des narratives ad hoc et des infos truquées. Ajoutons à ce bilan les « sanctions » qui arrosent tous les « régimes » qui déplaisent à Washington, soit environ 120 pays de la « communauté internationale ». C’est beaucoup pour un axe du Bien.

Des millions de victimes, de blessés, de réfugiés et déplacés, des trillions de dollars dépensés pour tuer ou détruire, le résultat est accablant, mais il permet de répondre à la question surréaliste de Debeliou. Voilà pourquoi ils vous haïssent tant, Mr Bush and Co.

L’invention de l’Amérique

C’est par hasard que Christophe Colomb débarque le 12 octobre 1492 sur une plage des Caraïbes (dans les actuelles Bahamas, paradis fiscal et centre de blanchiments divers). Il pense être aux Indes, mais on dira après coup qu’il a découvert l’Amérique. Or, c’est déjà fait, des Vikings ayant abordé et exploré ses marges nordiques sept ou huit siècles plus tôt. Et ce « nouveau monde » est loin d’avoir une population clairsemée ou d’implantation récente. Les Amérindiens ont pour ancêtres des vagues de migrants venus d’Asie… quelques dizaines de millénaires plus tôt. Il faudra attendre le 20ème siècle pour que l’on admette qu’à la fin du 15ème les Amériques comptent entre 45 et 80 millions d’habitants, autant que l’Europe (environ 15% du total mondial). Les autochtones seront moins de cinq millions un siècle plus tard, rhume de cerveau et varicelle ayant le dos très large. Qu’est-ce donc si ce n’est pas un génocide, le plus grand de l’histoire ? Centre et sud confondus, c’est mal parti pour les Amérindiens. Avant de n’y voir qu’une lointaine réminiscence, il faudrait interroger les descendants des survivants, là où ils sont encore en nombres conséquents, demander par exemple à Evo Morales ce qu’il en pense…

Les-guerres-de-Syrie1-1

L’Ambassadeur Michel Raimbaud

On dira « oui mais le Nord, ce n’est pas pareil ». En fait un bon siècle plus tard, ce sera le même scénario. Lorsque le « Mayflower » et 120 colons guidés par les « Pères pèlerins » venus d’Europe y touchent terre en novembre 1620, le territoire est habité. Si la prise de contact est pacifique, la prise de possession ressemblera assez vite à un western grandeur nature, où le tir à l’indien sera le sport favori des « gardiens de vaches », pour la distraction des générations futures. Qui d’entre nous, tapi dans l’anonymat des salles obscures, n’a pas applaudi frénétiquement les courageux cow-boys quand ils abattaient à la chaîne des Indiens emplumés tournicotant autour de leurs chariots ?

Indomptables ou denrée rare, les aborigènes seront bientôt remplacés par des esclaves venus d’Afrique. Pour ces derniers, les décennies de supplice seront oubliées sinon absoutes, grâce à la case de l’Oncle Tom et au rêve de Martin Luther King. La ségrégation est-elle pourtant si ancienne qu’il faille l’oublier ?

Bref, le « rêve américain » des immigrants européens se traduira par un cauchemar pour les Amérindiens comme pour les Africains asservis.

L’Amérique n’existerait pas sans ce double cauchemar.

Le rêve américain et le mythe de l’Amérique si bonne

Intervenue dans le cadre du rezzou de l’Occident sur la planète, l’ascension irrésistible de l’Amérique, dont le nom usuel illustre l’annexion intellectuelle de deux continents, a fait oublier qu’elle devait son existence au génocide et à la spoliation des Amérindiens, sa prospérité en partie à l’esclavage, puis au pillage des ressources d’autrui. Qu’ils remontent à quatre siècles ou à quarante ans, ces « souvenirs » ne sont plus guère rappelés. Classés parmi les faits accomplis selon la volonté divine ou les miracles de la civilisation européenne, il ne fait pas bon les mentionner, sous peine d’être tenu pour un redoutable pisse-vinaigre.

La diffusion invasive du « rêve américain », génération après génération, est l’un des résultats de l’accession de cette fille de l’Europe au rang de puissance dès la grande guerre. Dans la mythologie, sinon dans la réalité, et à en croire certains historiens, l’intervention de l’Amérique aurait été décisive dans la victoire de 1918, puis dans l’organisation de la paix, avec la création en 1920 de la Société des Nations, ancêtre de l’ONU, grâce au Président Woodrow Wilson.

Mais c’est surtout à la faveur du second conflit mondial que les Etats-Unis sont promus au rang de superpuissance, libératrice, amicale, ouverte et généreuse. Ce cliché aura la vie dure, jusqu’à aujourd’hui, bien qu’il soit battu en brèche. Il fera oublier ce qui doit l’être :
-L’Amérique bonne et pacifique reste le seul pays à avoir trucidé à l’arme atomique trois centaines de milliers de civils, japonais en l’occurrence.
-Elle a une tendance fâcheuse à bombarder avant de libérer ou vice-versa, qu’il s’agisse de l’Allemagne nazie ou des pays amis comme la France.
-Elle est impitoyable pour les vaincus ou ceux tenus comme tels, voués à devenir des AMGOT (Territoires Occupés par le Gouvernement Américain). Notre pays devra au Général De Gaulle d’avoir échappé à ce statut peu flatteur.
-Elle est volontiers hégémonique : après l’Amérique (de l’Alaska à la Terre de Feu) aux Américains de Monroe, ce sera bientôt le Plan Marshall de l’après-guerre, qui impose la suzeraineté de Washington sur l’Europe occidentale. Au prétexte d’aider à la reconstruction, des armées de fonctionnaires US établiront une tutelle de facto sur l’ensemble des administrations du vieux continent. L’euphorie de l’époque et la crainte du communisme feront gober cette sujétion à notre Quatrième République…

Bien qu’elle se soit présentée comme vertueuse et protectrice face à l’URSS et au bloc communiste, l’Amérique de la guerre froide avait pourtant dévoilé certains faux-semblants, une démocratie en trompe-l’œil malgré les alternances, blanc bonnet et bonnet blanc, autoritaire, oppressive et répressive, n’ayant pas d’amis mais des intérêts, pas de partenaires mais des vassaux, une Amérique qui considère le monde comme son arrière-cour. Mais elle préservait l’essentiel de son aura, ses défaillances restant des tabous.

L’accession à l’hyper-puissance en 1991, à la fin de la guerre froide, allait tétaniser la planète, contraignant peuples et Etats à un « choix » lapidaire entre la soumission ou la destruction, la prétention à l’hégémonie globale débouchant sur un cauchemar pour ceux qui refuseraient l’ordre imposé par Washington et ses alliés…Voici donc le « moment unipolaire américain » qui durant vingt ans repoussera les limites de l’arrogance et du cynisme.

 

LesGuerres-de-Syrie2

Les guerres de Syrie de Michel Raimbaud

Dès la chute de l’URSS, on ne peut que noter ce mépris croissant des institutions internationales, du multilatéralisme, des compromis, et cette tendance à peine voilée à faire prévaloir la constitution et les lois étatsuniennes sur la légalité onusienne, des comportements tels qu’on les dénonce sur les rives du Potomac. Le vocabulaire travestissant les mots et les concepts, les narratives contrefaisant systématiquement faits et réalités achèveront de rendre tout dialogue insensé et toute diplomatie illusoire. Simple exemple parmi d’autres, la notion de Rogue State qui, selon Avraham Shlaim, l’un des « nouveaux historiens » israéliens, professeur à l’Université d’Oxford, se définit par les trois critères suivants : (1) Violer régulièrement la légalité internationale, (2) Détenir des armes de destruction massive, (3) Utiliser le terrorisme pour terroriser les populations civiles. Destiné à cibler Moscou ou Téhéran ou Damas, ce logiciel dévoyé ne conduirait-il pas à Washington, à Tel-Aviv, ou à telle capitale « civilisée » ?

Dès la seconde guerre d’Irak, les « grandes démocraties » entameront leur longue dérive vers une diplomatie du mensonge de plus en plus insolente, prenant des libertés avec règles et principes, en osmose avec leur idole américaine et son cœur battant israélien. Merci pour ce moment, dirait un auteur contemporain.

Pourtant, à ce stade, la pétulance de Bill, la pieuse candeur de Debeliou, l’élégance nobélienne de Barack ont un effet anesthésiant sur les partenaires occidentaux ou autres, réticents à voir de la vilénie dans les postures de leur bon suzerain. L’Amérique, Etat mafieux, comploteur, peu fiable ? Tout mais pas ça…On a pu se leurrer quant à l’ADN du système américain, où se côtoient l’esprit pionnier, la culture cow-boy, le messianisme militant, le culte de la réussite, les néoconservateurs américano-israéliens étant les gâte-sauces de ce cocktail détonnant, degré zéro de la politique et de la diplomatie. L’arrivée de l’oncle Picsou aux affaires a eu le mérite de lever le masque.

Pour l’Amérique first, tout se vend tout s’achète, rien n’est gratuit. Plus de désinvolture, plus de discours bien balancés, plus d’invocations célestes. Mais des décisions brutales, un mépris total de ce qui est autre, une ignorance crasse des réalités du monde, une approche éléphantesque, plus de circonlocutions diplomatiques, plus d’engagements internationaux, plus de traités, mais des tweets provocateurs, des pluies de menaces, des sanctions à tous vents, des insultes à tout va.

Plus rien à attendre de bon de l’Amérique si bonne. Nixon doit se retourner dans sa tombe : la théorie du fou est mise en pratique, non plus comme un leurre, mais comme une politique en soi, imprévisible, insensée, violente, brutale. Ce n’est plus un simple Etat sans-gêne, avec des manières de mauvais garçons, mais un Etat gangster, d’autant plus brutal et menaçant qu’il n’a plus la maitrise des situations. Chahuté et contesté, le maître du monde ne sait plus où donner de la tête, de la Syrie à l’Irak et l’Iran et à la Russie, à la Chine, du Venezuela à la Corée du Nord, de la Turquie à l’Arabie et au Yémen.

Sommes-nous tous des Américains ?

Raison de plus pour apostropher les innombrables propagandistes du « rêve américain », pour interpeller les multiples adeptes et apôtres de cette « dame bêtise », Mère des gens sans inquiétude, Mère de ceux que l’on dit forts, Mère des saintes habitudes, Princesse des gens sans remords, que stigmatise Jacques Brel : Salut à toi Dame bêtise, toi dont le règne est méconnu, Mais dis-le moi, comment fais-tu, Pour avoir tant d’amants, et tant de fiancés, Tant de représentants et tant de prisonniers, Pour tisser de tes mains tant de malentendus, et faire croire aux crétins que nous sommes vaincus.

On n’arrête pas ce qui est en marche, qu’il s’agisse de la république ou de la civilisation. Cinq siècles et des poussières après la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, un certain Colombani allait découvrir que « nous sommes tous des Américains », assertion relevant de la méthode Coué, aurait-on dit jadis. Il n’en est rien. Malgré les efforts ardents des beautiful people qui gouvernent notre vieux pays, c’est toujours du wishful thinking…

D’ailleurs, serait-il vraiment sage pour un pays aussi cartésien que la France de faire comme si nous étions tous des compatriotes de Debeliou, de Donald Trump, John Bolton, Rumsfeld, Pence ou Pompeo ? Si tel n’est pas le cas, quoi qu’en pensent nos élites vol-au-vent, de quel droit un gouvernement s’engage-t-il au nom du peuple français, mais sans son accord, dans des aventures dangereuses. Pourquoi s’enferre-t-il sur des positions injustes et illégales, au mépris du droit international, des principes de la charte onusienne, violant les principes dont notre pays, membre permanent du Conseil de Sécurité, est censé être le gardien ?

Est-il nécessaire de manifester une solidarité sans faille aux pays agresseurs, l’Amérique et ses complices orientaux, adeptes des « frappes punitives », des crimes de guerre, des occupations illégales de territoires (syriens, irakiens ou autres), des sanctions inhumaines ? Est-il compréhensible que, dans l’affrontement actuel entre Washington et Téhéran, l’on choisisse d’appeler à la retenue et au retour à la négociation la partie, déjà sous blocus et sous sanctions, dont un officiel vient d’être assassiné ? Est-il honorable que l’on marque sa solidarité avec un Etat qui viole systématiquement lois internationales et souverainetés, vole ouvertement le pétrole syrien et pratique l’assassinat ciblé au nom d’une « doctrine Bethlehem d’autodéfense préventive » ?

Non, décidément, face aux évènements dramatiques qui menacent à tout instant de faire exploser la poudrière du Moyen-Orient, mettant en péril une paix mondiale plus fragile que jamais, la France n’a rien à gagner à s’aligner systématiquement sur des gouvernements sans foi ni loi ni vergogne. Vingt ans après la question idiote de Debeliou, dans nos pays où l’on s’arroge « le droit de dire le droit », tout se passe comme si penseurs et décideurs n’avaient pas encore saisi « pourquoi ils nous haïssent tant ». A l’heure de tous les dangers, ne serait-il pas urgent d’accélérer la réflexion et surtout d’en tirer les leçons ?

Michel Raimbaud, le 20 janvier 2020
Michel Raimbaud est ancien ambassadeur de France, professeur au Centre d’études diplomatiques et stratégiques, officier de l’ordre national du Mérite, chevalier de la Légion d’honneur.
Derniers livres parus : Tempête sur le Grand Moyen-Orient aux éditions Ellipse et Les guerres de Syrie aux éditions Glyphe.

 

Bolivie, la bête immonde est de retour – un coup d’Etat occulté dans les médias

Maïté Pinero

Ex correspondante de l’Humanité à La Havane

Source : Le Grand soir, 25 novembre 2019

https://www.legrandsoir.info/bolivie-la-bete-immonde-est-de-retour-un-coup-d-etat-occulte-dans-les-medias.html

 

Jamais, dans sa carrière de journaliste, Tom Phillips n’avait vécu cela. Arrivé à El Alto, près de La Paz, le lendemain du massacre devant la raffinerie de Senkata, le correspondant du Guardian en Amérique latine a été accueilli par les applaudissements d’une haie d’honneur. L’image circule sur les réseaux sociaux. Elle cloue au pilori les grands médias.

Deux jours après le coup d’État, le nouveau ministre du Gouvernement, Arturo Murillo, et sa ministre des Communications annonçaient que les journalistes « séditieux » seraient arrêtés, leur nom publié. Le jour même, tous les journalistes et techniciens argentins étaient agressés par les comités civiques de Santa Cruz, les milices fascistes. Ils étaient contraints de se regrouper, puis de se réfugier à l’hôtel, avant d’être exfiltrés par leur ambassade.

Telesur a pu émettre pendant quelques jours, ses reporters sur le terrain (Marco Teruggi et Willy Morales) multipliant les précautions, parlant de « gouvernement de facto », tandis que, dans les studios, le présentateur évoquait clairement « le coup d’État ». La chaîne a informé sur les massacres à Cochabamba puis à Senkata. Après les derniers reportages, celui à l’hôpital d’El Alto, où l’on entend des cris de douleur, où l’on voit des cadavres, où un médecin désespéré, Aiver Guarana, arrêté depuis, pleure devant la caméra, les transmissions ont été coupées.

À Senkata, en direct de la tuerie, un journaliste latino-américain se désolait : « Nous sommes deux. Où est la presse internationale ? » Il filmait le massacre. Depuis, il se cache parmi la population d’El Alto.

De nouveaux « journalistes » sont apparus. Ils portent des masques et des casques estampillés « prensa ». Sur une vidéo, ils agressent un étudiant en cinéma et documentaire, qui leur lance : « Je fais le travail que la presse ne fait pas ! » Les prétendus « journalistes » le désignent aux policiers, qui l’arrêtent aussitôt.

Les médias français et européens sont absents. Un rideau de fer médiatique s’est abattu sur le pays. La Fédération internationale des journalistes, le SNJ et le SNJ-CGT ont eu beau dénoncer le coup d’État, silence !

À l’exception de l’Humanité, la presse censure la tragédie : pas un mot ou presque sur la maire indigène enduite de peinture rouge et tondue, pas un mot sur les paysans conduits au bord d’une lagune, forcés de s’agenouiller puis emmenés vers une destination inconnue, pas un mot ou presque sur l’incendie et le pillage des maisons d’Evo Morales, de sa sœur, des élus et responsables du Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti politique du président, pas un mot ou presque sur la répression des manifestants, partis jeudi d’El Alto avec leurs martyrs dont les cercueils ont été abandonnés dans les rues, sous les tirs.

Les riches blancs donnent libre cours au racisme et à leur soif de vengeance : ils ne supportaient pas qu’un Indien, un Aymara, nationalise les richesses du pays pour créer des écoles et des universités, rendre la santé gratuite, donner des pensions de retraite, réduire de moitié la pauvreté, le chômage et l’analphabétisme. Et donne à la majorité du pays, les « peuples premiers », leur place dans la société et au pouvoir. À commencer par leur drapeau, le Wiphala, dont le nom signifie la victoire qui ondoie, qui était le second drapeau du pays. Du jamais-vu.

Français et Européens, vous ne saurez rien de la tragédie. Éditorialistes et « experts » patentés sont de sortie. Au mieux, vous aurez un débat : c’est un coup d’État ou de la barbe à papa ?

La vérité, obstinée et sanglante, fait son chemin. Ce coup d’État a suivi le scénario du Golpe Blando (Lawfare), élaboré par Gene Sharp, théoricien de la CIA.

La vérité ? Les accusations de fraude aux élections sont un montage de la droite et de la CIA.

La vérité ? L’Organisation des États américains (OEA), « ministère des Colonies » financé à 60 % par les États-Unis, a joué le rôle déclencheur du coup d’État. Deux centres d’études, dont le Center For Economic And Policy Research de Washington, ont critiqué le rapport de l’OEA, affirmant que, même si les votes contestés étaient reportés sur la liste de l’opposition, Evo Morales arrivait largement en tête.

La censure prolonge l’implication de l’Union européenne et de la France. Le Parlement européen a refusé d’inscrire le terme de « coup d’État » à l’ordre du jour du débat sur la situation en Bolivie. Federica Mogherini, responsable de la politique étrangère de l’UE a reconnu le putsch en arguant de la nécessité d’éviter « le vide du pouvoir ».

Depuis, le représentant de l’UE, Léon de la Torre se trouve au chevet de la dictature. André Chassaigne, député communiste, a adressé une question écrite au gouvernement, lui demandant si les interventions de l’UE et de la France ont pour but de « participer et aider au rétablissement d’un État de droit ou de faire pression sur les élus majoritaires pour qu’ils se soumettent ». Il lui réclame « d’informer immédiatement la représentation nationale sur le sens réel, le contenu et les démarches effectuées par la France et l’Union européenne en Bolivie ».

Quant à l’administration Trump, organisatrice en coulisse du coup d’État, elle laisse ses complices faire le sale boulot.

Dénigrés et menacés, les députés et sénateurs du MAS, majoritaires à 70 % à l’Assemblée plurinationale, ont voté pour de nouvelles élections que l’UE, compromise dans la reconnaissance du coup d’État, était pressée de pouvoir annoncer. Quelles garanties alors que l’armée ratisse les campagnes pour y semer la terreur ? Que les arrestations et les disparitions se multiplient ?

L’intervention de la porte-parole MAS de l’Assemblée, Sonia Brito, dont la gestuelle traduit la véhémence, a été censurée sur Twitter. Au Sénat, sa collègue, dans une déclaration alambiquée et précipitée, souligne : « Des médias annoncent que le groupe radical aurait pacté avec l’opposition. C’est faux. Cela n’est pas un pacte… Je ne vais pas contredire la couverture du gouvernement de transition. (…) Je ne pense pas qu’un gouvernement de transition expulse ses concitoyens, cause 32 morts, plus de 780 blessés, arrête plus de 1 000 personnes, accuse les journalistes de sédition. »

Les putschistes menaçaient de promulguer, lundi, un décret pour annoncer le nouveau scrutin, si le Parlement n’acceptait pas leurs conditions.

Quelles conditions ? Il suffit de voir le cabinet fantoche faisant le signe du WP (White Power) de la « suprématie blanche » lors de leur prestation de « serment » pour comprendre son objectif : installer durablement un régime raciste et fasciste.

« Si nous laissons passer ce qui se passe en Bolivie, cela risque de se passer partout », a déclaré José Luis Zapatero, l’ex-président du gouvernement espagnol. L’avertissement rappelle celui lancé par les antifascistes, les artistes et intellectuels des années 1930. Le voile noir médiatique, le silence des élites, le rôle de l’UE nous préparent des lendemains cauchemardesques, car c’est de nous qu’il s’agit aussi. La bête immonde est de retour. L’histoire enseigne qu’il est impossible de l’apprivoiser.

Libérez Julian Assange !

Eva-Maria Föllmer-Müller

Source : Horizons et débats (Zeit Fragen) Zurich, 25 novembre 2019

 

Depuis le 11 avril 2019, Julian Assange est emprisonné à la prison de haute sécurité de Belmarsh dans l’est de Londres. Tout d’abord parce qu’il n’a pas respecté les conditions de sa libération sous caution et s’est enfuit à l’ambassade. Actuellement, il est également détenu en raison de la demande d’extradition des Etats-Unis. Ceci après neuf ans de poursuites, parce qu’il a osé révéler les crimes de guerre des Etats-Unis. Julian Assange a été arrêté il y a sept mois à l’ambassade de l’Equateur à Londres, où il s’était enfui il y a sept ans. Il a été inculpé aux Etats-Unis pour avoir publié des documents secrets sur les guerres en Afghanistan et en Irak et pour avoir violé la loi anti-espionnage. S’il est extradé vers les Etats-Unis, il risque jusqu’à 175 ans d’emprisonnement en cas de condamnation (cf. «Horizons et débats» n° 12 du 27 main° 13 du 10 juinn° 14 du 24 juin et n° 15 du 8 juillet 2019).
Le 21 octobre 2019, une audience publique s’est tenue devant le Tribunal de Première instance [Magistrates’ Court] de Westminster à Londres. Clairement marqué par les conditions de détention misérables, Julian Assange a comparu devant le tribunal. Il avait demandé un report de l’audience, mais le tribunal avait refusé. L’audience principale de la procédure d’extradition est prévue pour la fin février de l’année prochaine. Assange et ses avocats avaient demandé davantage de temps pour se préparer au procès. La juge Vanessa Baraitser leur a accordé seulement deux mois. Elle décidera dans le procès principal si Assange sera extradé vers les Etats-Unis. Quiconque désire se faire une idée du déroulement révoltant de l’audience du 21 octobre peut prendre connaissance des rapports de deux observateurs éminents ayant participé à l’audience (John Pilger sur www.nachdenkseiten.de/?p=56074 et Craig Murray sur www.nachdenkseiten.de/?p=55887).
Dans sa déclaration (cf. ci-dessous), le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, le Suisse Nils Melzer, appelle une fois de plus la communauté internationale à se réveiller et à prendre connaissance de l’état dangereux et potentiellement mortel dans lequel se trouve Julian Assange. Le récit de la journaliste britannique Sara Chessa (cf. ci-dessous) décrit l’action courageuse de l’ancien ministre islandais de l’Intérieur Ögmundur Jónasson. Il a expulsé du pays les agents du FBI venus sur l’île en 2011 pour piéger Julian Assange. Kristinn Hrafnsson, l’ancienne porte-parole et actuelle rédactrice en chef de Wikileaks, vit actuellement en Islande, à Reykjavik. M. Jónasson est donc un modèle prouvant que les politiciens disposent de nombreux moyens lorsqu’ils se sentent responsables pour la protection de la démocratie et des droits de l’homme, pour des engagements éthiques et la dignité humaine.
* * *
Pro memoria février 2012: Publication de 5 millions de courriels de la «société de sécurité» texane Stratfor, un service secret privé travaillant en étroite collaboration avec les services américains et israéliens. Dans un courriel, le vice-président de Stratfor, Fred Burton, affirme: «Nous avons une ‹plainte secrète› [sealed complaint] contre Assange.» («Horizons et débats» n° 12 du 27 mai 2019)

 

Garder le silence, c’est se faire complice.

«Le silence, c’est la participation»

Source : Horizons et débats (Zeit Fragen) Zurich, 25 novembre 2019
ISBN 978-3-86489-276-9
 

Le FBI a essayé de faire de l’Islande un allié complice dans l’arrestation de Julian Assange

par Sara Chessa* 

L’ancien ministre de l’Intérieur islandais raconte à l’«Independent Australia» comment il a bloqué l’ingérence américaine en 2011 afin de défendre WikiLeaks et son éditeur Julian Assange.

Un matin d’été, un ministre de l’Intérieur se réveille et découvre qu’un avion plein d’agents du United States Federal Bureau of Investigation (FBI) a atterri dans son pays, dans le but de mener des enquêtes policières sans autorisation des autorités.
Combien d’hommes d’Etat auraient le courage de dire aux Etats-Unis: «Non, vous ne pouvez pas faire cela»? L’ancien ministre islandais de l’Intérieur Ögmundur Jónasson l’a fait, dans l’intérêt du journalisme d’investigation. Il a compris ce qui n’allait pas dans la mission soudaine du FBI à Reykjavik, en lien avec le site lanceur d’alertes WikiLeaks et son éditeur Julian Assange.
Au départ, il s’agissait d’une simple collaboration contre les cybers attaques.
Jónasson raconte à Independent Australia: «En juin 2011, on m’a dit que les services de renseignements américains avaient découvert la préparation d’une attaque des hackers contre des institutions gouvernementales islandaises. On m’a demandé si nous voulions coopérer avec les Américains.»
Bien sûr, l’Islande était intéressée de les entendre, puis la question était d’évaluer s’il fallait coopérer et dans quelle mesure. Des policiers islandais se sont rendus à Washington et des policiers américains se sont rendus en Islande pour évaluer la situation, mais aucune preuve d’attaques possibles n’a été fournie.
Cependant, en août 2011, un avion rempli d’agents du FBI accompagnés de procureurs a atterri à Reykjavik.
Jónasson poursuit: «Quand j’en ai entendu parler, j’ai demandé à mes collègues du ministère si, sans que je ne le sache, le FBI avait reçu l’autorisation d’enquêter en Islande. Je n’avais certainement pas donné une telle permission et la décision, de toute façon, aurait dû être sur mon bureau.»
Il s’est ensuite entretenu avec le chef de la police islandaise lui affirmant qu’une réunion était prévue.
Jónasson affirme: «Je savais que le FBI était en route pour le quartier général de la police avec l’intention d’organiser une coopération concernant WikiLeaks. J’ai demandé qu’aucune réunion de ce genre n’ait lieu et qu’il n’y ait plus aucun contact.»
Les agents du FBI n’étaient pas autorisés à effectuer un travail de police en Islande.
Mais il ne s’agissait pas seulement de défendre la souveraineté de l’Islande. Selon M. Jónasson, par ce biais, il avait été informé que le FBI s’était présenté à Reykjavik dans le but de calomnier Julian Assange.
Bien qu’il aille de soit de demander des preuves documentaires de cette affaire, Jónasson répond sans équivoque: «J’en suis la preuve. Quand je dis qu’ils sont venus ici pour diffamer Julian Assange et WikiLeaks, je ne le dis pas à la légère, je choisis mes mots très soigneusement. Je sais de quoi je parle. Je le dis, conformément à ma parole d’honneur, car c’était le cas.
J’ai témoigné à ce sujet devant un comité parlementaire et devant l’Assemblée parlementaire, et mes propos n’ont pas été contestés.»
En fait, cela ce fait ainsi dans la plupart des pays. Il est difficile de trouver quelqu’un d’aussi bien informé que le ministre de l’Intérieur.
Au-delà de sa certitude concernant la tentative du FBI de rendre la vie difficile à WikiLeaks, M. Jónasson a également une théorie sur un autre objectif possible poursuivi par les Etats-Unis: «D’une certaine manière, on pourrait dire qu’ils voulaient nous piéger aussi, en faisant de l’Islande non plus l’allié complaisant (comme la plupart des partenaires de l’OTAN), mais le complice dans la guerre contre WikiLeaks.»
Toute l’histoire de WikiLeaks met en évidence comment le mot «empire» peut encore être utilisé de nos jours en relation avec la super machine construite par le Département d’Etat des Etats-Unis dans le monde entier. Que nous soyons d’accord ou non avec l’utilisation de ce terme, il est encore rare qu’un membre de l’OTAN dise «non» à une demande de coopération des Etats-Unis.
Cependant, les agents du FBI sont partis. «Ils n’avaient pas le choix», explique l’ancien ministre de l’Intérieur. «En fin de compte, tout ce qu’ils espéraient, c’était notre silence. Ils sont dans l’impunité tant qu’ils peuvent nous garder silencieux, sans critique, complaisants, mais une fois que nous parlons, ils sont tout nus, comme l’empereur dans la fable.»
De l’avis de M. Jónasson, la responsabilité des Etats et des individus joue un rôle décisif. Pour M. Jónasson, refuser la présence des agents américains était une étape cruciale dans la défense du journalisme d’investigation.
Il dit: «Informé de leurs intentions réelles, j’ai compris que leurs communications de juin 2011 étaient un camouflage. Ils avaient établi un contact, mais dès le début, ils voulaient être pleinement opérationnels à un stade ultérieur et être en mesure de dire: ‹C‘est juste dans le prolongement de notre bonne coopération›.»
Mais même si l’on demande au FBI de quitter l’Islande faute de procédure légale, M. Jónasson souligne qu’il y a aussi la dimension de prendre parti dans un jeu de pouvoir vicieux, et devant ce choix, il préférerait de loin s’allier avec WikiLeaks plutôt qu’avec le FBI.
Ensuite, la question se pose de savoir si l’Islande peut être considérée comme un pays sûr pour les journalistes et les lanceurs d’alertes, y compris le rédacteur en chef de WikiLeaks, Kristinn Hrafnsson, qui vit actuellement à Reykjavik.
Ögmundur Jónasson dit: «Kristinn Hrafnsson est très respectée en Islande. Mais pour WikiLeaks et les lanceurs d’alertes en général, je pense que cela dépendra – comme partout ailleurs – du public, qui est finalement le gardien de la liberté, y compris la liberté de la presse. Vous pouvez avoir
d’excellentes lois et constitutions, et elles sont, bien sûr, nécessaires, mais elles n’ont guère d’impact si la société dort. Il faut suffisamment de personnes osant prendre la parole.»
Cela constitue pour M. Jónasson le point principal également dans le cas d’Assange: «WikiLeaks faisait éclater la vérité, révélant des crimes qui auraient dû être traduits en justice. Cela a été empêché. Les accusations portées contre l’éditeur sont donc, en réalité, des accusations contre la liberté d’expression et la liberté de la presse. La police et les services secrets américains tentent de créer un climat d’impunité, où ils peuvent tout faire. En atterrissant ici, ils illustrent déjà leur mépris de la démocratie.»
Ce qu’ils font à Assange est contraire à la Constitution américaine et aux principes des droits de l’homme qu’ils prétendent protéger.»
Compte tenu de ce que Nils Melzer, le rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, a dit il y a quelques mois au sujet d’Assange, prouve que l’ancien ministre de l’Intérieur n’est pas seul avec ses réflexions
Il en est conscient et cite la déclaration de M. Melzer: «En 20 ans de travail avec des victimes de la guerre, de la violence et de la persécution politique, je n’ai jamais vu un groupe d’Etats démocratiques s’unir pour isoler, diaboliser et maltraiter délibérément un seul individu depuis si longtemps et avec si peu de respect pour la dignité humaine et l’Etat de droit … La persécution collective de Julian Assange doit cesser ici et maintenant!»
«Ce sont des mots durs», dit M. Jónasson, mais à son avis, la responsabilité n’incombe pas seulement aux Etats directement concernés: «Que fait l’Australie? Julian Assange n’est-il pas citoyen australien? Cependant, je ne vois pas les autorités australiennes assumer la responsabilité de protéger leurs citoyens. L’Australie montre, à mon avis, la même indifférence et donc la même complicité avec les Etats-Unis, comme c’est le cas dans la plupart des autres pays. Et puis-je ajouter, où est la presse mondiale, la même presse qui a publié avec reconnaissance le matériel fourni par WikiLeaks? Pourquoi sont-ils silencieux? En fin de compte, nous sommes tous responsables. Un individu et une organisation sont traduits en justice, avec 18 chefs d’accusation qui pourraient mener à 175 ans de prison. Tout cela pour faire du journalisme d’investigation.»
En 2016, le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire a également déclaré qu’Assange devait être libéré. Cependant, il se trouve dans une prison londonienne, en attente de l’audience d’extradition des Etats-Unis prévue pour février 2020. Entre-temps, les allégations d’inconduite sexuelle en Suède (qui n’ont jamais donné lieu à des accusations) ne sont pas liées à son incarcération actuelle.
Lorsqu’on demande à M. Jónasson qui peut faire quelque chose pour que les gouvernements s’alignent sur la demande de l’ONU, il évoque à nouveau les populations: «Tout dépend de nous. Les spectateurs n’existent pas. Tout le monde est participant – le silence, c’est la participation!»
On croit que les agents du FBI se sont rendus au Danemark, après avoir été chassés d’Islande. On ne sait pas s’ils y ont demandé la même coopération qu’en Islande. Contrairement à l’Islande, le Danemark a gardé le silence sur la visite du FBI. Il en va de même pour la plupart des pays, qu’ils soient complaisants ou complices, pour reprendre les termes de M. Jónasson.
M. Jónasson ne veut pas spéculer sur ce qui s’est passé au Danemark ou dans d’autres pays. Il dit: «Je présume toutefois que le FBI s’est félicité du silence du Danemark à ce stade. De leur point de vue, je suppose, quand il s’agit de travail sous couvert, la règle est que le silence est d’or.» Et, peut-être, d’autres partenaires complices ont été trouvés, ailleurs en Europe.    •

* Sara Chessa est une journaliste indépendante vivant au Royaume-Uni.

Source: Independent Australia, 5/11/19 

(Traduction de l’anglais Céline Wagner. https://blogs.mediapart.fr/celine-wagner/blog)