Pour la dénonciation par la France du traité de l’Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré

Appel pluraliste (pétition)

Comité Valmy

mercredi 21 juin 2017

 

Le 21 mai 2015 à l’Assemblée Nationale, lors du colloque intitulé « La France peut-elle retrouver une diplomatie indépendante », un ancien ambassadeur de France et ancien secrétaire général du Quai d’Orsay a déclaré que l’OTAN n’aurait pas dû survivre à la disparition de l’URSS et à la dissolution du Pacte de Varsovie.

Les initiateurs du présent appel de sensibilités républicaines et patriotiques diverses, ayant dans le passé, approuvé ou non l’existence de l’OTAN affirment unanimement, qu’en effet aujourd’hui, cette organisation n’a plus de raison d’être.

L’OTAN s’est en réalité élargie en intégrant, contrairement aux engagements pris envers Gorbatchev, nombre de pays anciennement socialistes, avançant ainsi méthodiquement dans un processus d’encerclement de la Russie en multipliant les bases militaires étasuniennes dans ces pays.

Cette politique ouvertement agressive s’est accompagnée de l’installation d’un bouclier de missiles anti-missiles à proximité de la Russie éventuellement destiné à permettre une première frappe nucléaire sur ce pays, en stérilisant ou en limitant de façon drastique ses possibilités de réplique.

C’est dans ce contexte géopolitique que l’Ukraine a vécu la « révolution orange », téléguidée par les États-Unis et soutenue par l’UE, qui a permis la mise en place par la force d’un gouvernement hostile à la Russie avec la participation de néonazis notoires. Il est temps que la France se dissocie de cette politique antirusse provocatrice qui risque de déboucher sur une troisième guerre mondiale éventuellement nucléaire.

Organisation politique et militaire, l’OTAN est tout à la fois l’instrument diplomatique et le bras armé qu’utilisent les Etats-Unis avec la complicité des Etats vassaux au premier rang desquels se trouvent la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne.

Le gouvernement américain, fort d’une doctrine militaire incluant la guerre préventive et l’usage d’armement nucléaire en premier, doté de plus de 700 bases militaires réparties sur tout le globe, et décidé à combattre la menace terroriste sans la volonté d’en rechercher les causes, conduit l’OTAN et donc la France à participer, dans un chaos organisé, à une guerre permanente au mépris de nos intérêts et de notre propre sécurité. De la Yougoslavie à l’Irak, de la Syrie à la Libye, la France use son potentiel militaire et son crédit diplomatique et oublie les valeurs de son peuple, au profit d’une politique définie à Washington.

En réalité, les États-Unis mènent avec l’OTAN une politique d’agression et de guerre généralisée qui ne saurait demeurer plus longtemps celle de notre nation. Il est grand temps que la France recouvre la souveraineté de ses décisions et la liberté de choisir ses partenaires en conformité avec sa philosophie et les intérêts du peuple français.

Nous appelons à la dénonciation par la France de son appartenance au traité de l’Atlantique Nord et au retrait de ses armées du commandement intégré. La France en redevenant libre devra exiger la dissolution de l’OTAN qui n’a plus de raison d’être !

Paris le 1er juin 2015

***

Cet appel est ouvert à la signature des citoyens et organisations qui souhaitent contribuer à cette initiative. Il est initié par le Comité Valmy ainsi que par des militants, des personnalités et des organisations de sensibilités diverses de l’arc républicain.

Note Importante :

Le forum interactif de notre site est l’objet d’une attaque permanente et invasive de spams. En conséquence, il est souvent fermé et inaccessible afin de limiter les dégats. 
Utiliser pour signer, l’adresse courriel ci-dessous ainsi que pour les messages : merci de spécifier vos nom, prénom, lieu de résidence et si vous le souhaitez, votre sensibilité politique..

Contact et signatures :

Utiliser provisoirement cette adresse :

info@comite-valmy.org

Uranium appauvri en Serbie en 1999 : une équipe internationale d’avocats poursuit l’OTAN en justice

Encore une information que les médias occidentaux

passent sous silence

Nous étions alors désespérément seuls contre cette guerre criminelle qui frappait la Yougoslavie. Tous les journalistes, toutes les rédactions, étaient résolument pour. Tous nos amis de gauche étaient fanatiquement pour. Toutes les grosses ONG étaient pour. Tous les partis écologistes européens étaient fanatiquement pour. Ils n’ont  pas protesté quand il s’est avéré que les bombardiers des pays de l’OTAN pilonnaient un pays, un peuple qui ne se battait pas, avec des armes contenant de l’uranium appauvri, aux conséquences terribles…Il n’y avait pas internet. Il nous était alors impossible de publier un point de vue autre. Un seul journaliste, Jacques Merlino, parmi les journalistes envoyés sur le terrain [1], a résisté, en ne relayant pas la propagande de l’OTAN. Silvia Cattori

 

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Source : https://francais.rt.com/international/39714-serbie-uranium-appauvri-plainte-avocats-otan

14 juin 2017

 

18 ans après les opérations militaires en ex-Yougoslavie, la Serbie a décidé de poursuivre les pays de la coalition menée par les Etats-Unis. La population continue de souffrir des conséquences de l’utilisation de munitions à l’uranium appauvri.

La Serbie a annoncé son intention de poursuivre en justice les pays de l’OTAN pour l’intervention de 1999 en ex-Yougoslavie. A l’initiative de l’Académie serbe des sciences et des arts, une équipe de juristes internationale se prépare à saisir les autorités judiciaires de chacun de ces pays, parmi lesquels les Etats-Unis et le Royaume-Uni. «Entre dix et 15 tonnes d’uranium appauvri ont été utilisés lors des bombardements de l’OTAN en Serbie en 1999», rappelle Srdjan Aleksic, l’un des avocats qui supervise la procédure légale. «A cause de cela, chaque année, 33 000 personnes tombent malades en Serbie. Cela représente un enfant par jour», a-t-il ajouté.

Interrogé sur l’opportunité d’intenter des procès 18 ans après les faits, le juriste a mis en avant les conséquences terribles sur la population des opérations militaires de l’OTAN. «Il n’est jamais trop tard pour poursuivre les responsables d’une catastrophe environnementale, [ceux] qui ont bombardé la Serbie avec des armes quasi nucléaires, c’est-à-dire contenant de l’uranium appauvri.» Toujours selon l’avocat, l’utilisation d’armes interdite par la coalition en Serbie en 1999 constitue une violation de toutes les conventions internationales et des lois qui protègent les populations.

Dans un rapport rendu public en 2000, l’OTAN a reconnu avoir utilisé des munitions contenant de l’uranium appauvri non seulement dans les Balkans mais aussi lors de la guerre en Irak de 1991. «A proximité des impacts de munitions à uranium appauvri, il n’est pas exclu que des personnes ignorant les risques de contamination […] puissent avoir été exposées à des radiations ou absorbé des quantités d’uranium excédant les normes internationales», concède le document. Le tout, en cas de guerre avec l’OTAN, c’est en définitive d’être bien informé.

[1] Jacques Merlino – Les vérités yougoslaves ne sont pas …

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Michel Raimbaud : « En France, l’atlantisme et le sionisme sont les deux mamelles des néocons »

par Tigrane Yégavian

9 juin 2017

Source : http://arretsurinfo.ch/michel-raimbaud-en-france-latlantisme-et-le-sionisme-sont-les-deux-mamelles-des-neocons/

 Source originaire : http://www.afrique-asie.fr/michel-raimbaud-en-france-latlantisme-et-le-sionisme-sont-les-deux-mamelles-des-neocons/

 

 

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À l’occasion de la réédition actualisée de « Tempête sur le Grand Moyen-Orient » (1), nous avons rencontré Michel Raimbaud. L’ancien diplomate, qui écrit avec des convictions en s’appuyant sur des faits bien documentés, insiste sur le façonnement en cours du Moyen-Orient, et plus vastement du monde, entrepris par les néoconservateurs américains, avec la complicité des élites occidentales.

Propos recueillis par Tigrane Yégavian | 9 juin 2017

Pourquoi crier au « conspirationnisme » lorsque l’on est saisi par la clarté du grand dessein annoncé urbi et orbi par ses propres promoteurs ? Cela fait longtemps que Michel Raimbaud, écrivain habité par la passion de l’État, sincère, engagé et aux accents volontiers gaulliens, ne prête plus d’attention aux chiens de garde de l’establishment qui le snobent. Ancien ambassadeur de France en Mauritanie, au Soudan et au Zimbabwe, et bien connu des lecteurs d’Afrique Asie, ce fin connaisseur du monde arabe et de l’Afrique a servi comme diplomate dans de nombreux pays (avec un long passage au Brésil), avant de diriger l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Tout reste d’actualité dans Tempête au Moyen-Orient, ouvrage dans lequel il dénonce les funestes « policides » orchestrés par les néoconservateurs américains et occidentaux ayant débouché sur le démantèlement du Soudan, de la Somalie, de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Libye et, aujourd’hui, de la Syrie.

Revenons sur l’affaire des « bombardements chimiques » d’Idlib, en Syrie, en avril dernier. Pourquoi ne criez-vous pas avec les loups sur la responsabilité du régime syrien ?
Nous nous trouvons face à une redite de l’affaire Colin Powell de 2003 en Irak et de la séquence de l’été 2013 en Syrie (attaque de la Ghouta). Je n’entrevois que deux explications possibles : ou bien ce sont les rebelles qui ont utilisé les armes chimiques en appliquant la technique familière du false flag (faux pavillon), maquillant par la suite les photos des enfants. Ces enfants n’auraient-ils pas été tués puis « soignés » par ces escrocs de l’humanitaire que l’on nomme les « casques blancs », autrement dit des associés du Front Al-Nosra, la franchise syrienne d’Al-Qaïda ? Sinon, comment expliquer que les injections, à en croire certaines vidéos, semblent factices, le niveau du liquide demeurant inchangé du début à la fin de la piqûre de « réanimation » ? Si ces cadavres d’enfants morts, soigneusement alignés comme à une parade pour les besoins de la propagande, avaient été gazés, il eût été bien imprudent de s’exposer avec eux sans précaution.

Ou bien, s’il s’agit d’un bombardement de l’armée syrienne sur ce dépôt, cela veut dire que le gaz appartenait aux rebelles. Car on sait qu’en Syrie le démantèlement de l’arsenal des armes chimiques et bactériologiques a eu lieu sous contrôle de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), après les inspections onusiennes.

Un mensonge de plus donc ?
La ficelle est bien grosse. Les mensonges sont légion dans le cas syrien, tellement nombreux qu’il s’avère difficile de les « traiter » tous. C’est une conséquence typique des théories que j’ai étudiées dans mon livre, à savoir les stratégies mises en œuvre par Washington : le chaos innovateur, la théorie du fou et le false flag, autant d’intox dont les mécanismes ont été démontés, notamment par Michel Collon. En définitive, si « complotisme » il y a, ce sont les comploteurs eux-mêmes qui aiment les complots puisqu’ils en sont les auteurs, et non pas ceux qui les dénoncent, systématiquement qualifiés de « complotistes » afin de les discréditer par avance. Dans un ordre d’idées proche, les régimes takfiristes qui financent les « révolutions » chez leurs voisins espèrent ainsi faire oublier leur nature profondément réactionnaire.

Il y avait déjà un certain cynisme de la part des intellectuels américains au temps où l’on pérorait sur le contenu de la fiole qu’avait brandie Colin Powell au Conseil de sécurité de l’Onu en 2003. Ils disaient : « L’Amérique est le plus grand empire qui ait jamais existé sur Terre, discutez et critiquez telle ou telle de nos actions si vous voulez, nous, pendant ce temps, nous créons des réalités nouvelles et nous faisons l’Histoire ! » Effectivement, pendant que tout le monde disserte : les idiots utiles, les médias, les universitaires et la classe politique rivalisant en bêtise tout en maintenant une omerta faramineuse sur les faits, les neocons façonnent effectivement cette Histoire dont nous sommes les témoins. Cela participe à un enfumage qui ne nous donne pas le loisir d’anticiper les mauvais coups que préparent ces néocons.
Que répondez-vous aux accusations de connivence entre Moscou et Washington ?

Il n’y a pas de connivence entre la Russie et les États-Unis. Si les Russes jouent la carte de la diplomatie, c’est pour trouver une solution politique. Je m’étonne également que le communiqué tripartite publié par Damas, Moscou et Téhéran au lendemain de l’attaque américaine du 4 avril sur la base aérienne de Shayrat, en Syrie, n’ait pas été divulgué dans les médias mainstream. Ce communiqué se voulait un cinglant avertissement adressé à l’administration Trump, rappelant les fondamentaux : respect de la souveraineté, de l’indépendance, de l’intégrité de la Syrie, et son droit de reprendre le contrôle de l’ensemble de son territoire.
Concernant l’hésitation du président Obama en 2013 qui, finalement n’a pas donné l’ordre d’attaquer, je me souviens avoir été parmi les rares personnes à être persuadées qu’il n’y aurait pas de frappes…

Qu’est-ce qui a freiné Obama ?
Obama n’est pas un personnage limpide. C’était sa façon à lui de s’affirmer en ne bombardant pas. Non pas qu’il soit revenu à de meilleurs sentiments, car il était suffisamment bien informé par ses renseignements pour connaître la vérité, mais parce qu’il voulait marquer son pouvoir présidentiel face au think tank collectif qui l’entourait – c’est ce qu’il affirme dans une interview en forme de testament.

J’évoque souvent « l’État profond néoconservateur » pour « expliquer » ce qui, sinon, pourrait paraître inexplicable. À mes yeux, ce concept est d’une importance fondamentale. Devenu populaire, il est une réalité visible, voire très voyante, depuis la fin de la guerre froide. Il se réfère à la doctrine dominante qui crée une symbiose idéologique entre les décideurs, les acteurs, les faiseurs d’opinions dans tous les secteurs de la vie publique et tous les cercles de pouvoir (politiques, diplomates, hiérarchie judiciaire, élites intellectuelles, journalistes, milieux d’affaires, communautés diverses, lobbies, etc.).

Né dans le camp républicain qui est son berceau et ancré sur le double messianisme religieux du judaïsme et des Églises protestantes dites « Églises d’éveil », l’État profond néoconservateur s’est solidement implanté dans les rangs démocrates, avant de trouver des terreaux favorables dans toutes les terres d’Occident et dans les États les plus improbables. La France est loin d’échapper à la règle, tant est grande l’idolâtrie des élites vis-à-vis de tout ce qui vient d’Amérique et le lien de vassalité que celles-ci ont intériorisé durant les décennies passées.

À Paris, les quartiers généraux et/ou les bastions de cet « État profond » sont divers et variés : non seulement au Quai d’Orsay où sévit la « secte » ou la « meute » néocon, mais aussi à Matignon, à l’Élysée et dans les rouages de la société et les arcanes du pouvoir. Les élites parisiennes sont depuis des années cooptées dans le fameux programme des « Young Leaders » de la fondation franco-américaine. On chercherait en vain un clivage entre droite et gauche « de gouvernement ».

Comment avez-vous observé l’évolution de la trajectoire des néoconservateurs français depuis le Quai d’Orsay ? Comment et quand ont-ils essaimé ?
Historiquement, les origines du néoconservatisme remontent à la création des États-Unis, à l’arrivée des « Pilgrim Fathers », ces Pères fondateurs, pour l’essentiel des protestants fuyant l’Europe pour des raisons religieuses et se référant à la Bible plutôt qu’au Nouveau Testament. En vertu du messianisme qui les inspirait, ils pensaient que Dieu les avait guidés vers l’Amérique afin qu’ils deviennent le nouveau peuple élu. Notez le parallèle avec le sionisme… Du reste, les groupes ou lobbies chrétiens sionistes s’inscrivent dans cette tradition. Les premiers migrants en Amérique se référaient à la pensée de Cromwell, imprégnée de mystique sioniste. Mais il faut attendre l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan dans les années 1980 pour que cette mystique trouve sa traduction politique dans le néoconservatisme, une traduction associée à la promotion du néolibéralisme et à la fin de la détente.

C’est sous le mandat de Reagan que l’on assiste au retour de la confrontation contre l’URSS, encouragé par la Britannique Margareth Thatcher et le pape Jean-Paul II. Si l’équilibre de la terreur les empêche alors d’agir en transgressant les règles du jeu, les neocons (on ne les connaît pas encore sous cette appellation) ont les coudées franches à partir des années 1990-1991, après l’implosion de l’URSS et la disparition du « bloc communiste ». À noter que Donald Trump est le produit plus ou moins inavoué de cet establishment (malgré ses affirmations) puisqu’il semble considérer Reagan comme un père spirituel et se réfère volontiers aux Pères fondateurs de l’Amérique.

Trump a pourtant fondé son discours de campagne en s’opposant aux élites de Wall Street afin d’engranger des soutiens dans l’Amérique profonde…
S’il a été élu par le « petit peuple » et par « l’Amérique profonde » contre l’establishment, il ne pourra pas résister longtemps aux pulsions de l’État profond. Très isolé face aux élites, il en a bien eu besoin sitôt élu. Au passage, le fait qu’il bombarde la Syrie dès son début de mandat fait de lui un « président normal », et cela deux jours à peine après avoir fait une proposition de reprise de contact à Bachar al-Assad par l’intermédiaire d’une congressiste américaine (démocrate) chargée par Trump lui-même de transmettre un message en ce sens au président syrien. Voilà la théorie du chaos remise en application : elle correspond à dire tout et son contraire.

Il n’est pas évident pour les Américains de gérer cette théorie du chaos, qui paraît très anglo-saxonne, en ce sens qu’elle permet d’associer toutes les ambiguïtés, selon une méthode que l’on retrouve dans le langage des ONG, dans les discours du FMI, dans le style des politiques et diplomates américains : mélanger le passé et le présent, les affaires importantes et les détails, la réalité et la fiction. Cela ouvre beaucoup de possibilités aux prestidigitateurs du droit, aux manipulateurs de valeurs, aux magiciens maîtres de l’Univers. C’est également une illustration de la « théorie du fou » inventée par Kissinger au temps de Nixon : les États-Unis ont vocation à être les maîtres du monde et entendent le rester ; pour effrayer leurs ennemis, ils doivent projeter l’impression que l’Amérique est, en partie du moins, gouvernée par des dirigeants cinglés ou imprévisibles.

La ligne Trump représente un archétype de la « théorie du chaos innovateur » mise en œuvre selon les normes de la théorie du fou. Le président « flexible » est un pur produit de l’école néoconservatrice, fondée sur le double messianisme protestant et juif, évoqué précédemment. Dans ce contexte, notons que l’alliance avec les islamistes djihadistes n’est pas circonstancielle, mais naturelle, les islamistes radicaux se réclamant également d’une mission divine, afin d’éradiquer tout ce qui s’écarte de leur conception de l’islam et recréer in fine un califat, un État islamique fondé sur la charia (la loi coranique interprétée à leur façon).

Vous ne m’avez toujours pas dit à quand remonte la pénétration du néoconservatisme dans les arcanes du pouvoir français.
La première manifestation de leur apparition en France remonte, me semble-t-il, au lendemain de la chute de l’URSS et à la signature du traité de Maastricht en 1992. François Mitterrand n’était pas néoconservateur, mais son entourage l’était en bonne partie, ou faisait du néoconservatisme sans le savoir, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir.
La seconde manifestation intervient à mon sens avec la crise affectant les relations franco-africaines en 1994, marquée par la dévaluation inopinée du franc CFA de 50 % sous la pression conjointe de la Banque Mondiale et du FMI. L’héritage gaullien, déjà ébréché, va dès lors être dilapidé de plus en plus ouvertement, la France renonçant de facto – en le niant – aux attributs de sa souveraineté. Dans la foulée du baroud d’honneur du duo Chirac-Villepin en 2003 concernant l’opposition de la France à la guerre en Irak, le président Chirac va s’affoler et multiplier des concessions inutiles, allant au-devant des sollicitations de Washington. Le retour au commandement intégré de l’Otan se fera en douce ; il ne restera plus qu’à l’afficher politiquement, ce qui sera chose faite dès le début du mandat de Sarkozy.

Paris appuiera ainsi les sanctions contre la Syrie promulguées par le Congrès américain par le biais du Syrian Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act en décembre 2003. La France sera en quelque sorte chargée de « gérer » pour le compte de Washington le dossier de la détérioration programmée des relations avec Damas. Le levier libanais (à la suite à l’assassinat du premier ministre Rafiq Hariri, ami de Chirac) sera utilisé pour convaincre Paris d’assurer cette mission : jusque-là assez bonnes, les relations franco-syriennes vont dès lors se dégrader brutalement. Elles ne s’en remettront pas, malgré une brève embellie sous l’ère Sarkozy.

La pénétration du courant néocon s’accompagne d’une opération de casse menée contre les diplomates du Quai d’Orsay, tenu pour pro-arabe : le cadre d’Orient, les arabisants et les islamisants en premier lieu sont ciblés. Cette offensive qui ne dit pas son nom emprunte deux biais : on disperse les experts de la région dans des zones géographiques éloignées du monde arabe, et on recrute pour les postes clés des énarques et technocrates formatés. À cela s’ajoute les saignées budgétaires consécutives et incessantes, le recours à des contractuels, l’ubérisation, autant d’éléments qui ont définitivement sapé notre action diplomatique et notre rayonnement à l’international. Au vu de l’ampleur des missions d’un « Département » (comme on l’appelle), régalien par excellence, le budget du ministère des Affaires étrangères a toujours été relativement modeste, ne dépassant pas 1 % du PIB. Depuis un quart de siècle, on ne parle plus que d’austérité !

Qu’est-ce qui motive les diplomates néocons de la « secte » du Quai d’Orsay à poursuivre cette politique, selon vous ?
Le suivisme, l’atlantisme et le sionisme, qui sont pour ainsi dire synonymes.

Dans le cas du dossier nucléaire iranien, l’équipe de Laurent Fabius n’était-elle pas motivée par la défense de l’intérêt national en freinant des quatre fers l’acquisition de la bombe par Téhéran qui affaiblirait les positions de la France dans la région ?
Non. Cela faisait partie des rôles délégués à la France et aux Européens par Washington. Le dossier du nucléaire iranien, dont le programme remonte à l’époque du chah, a été fabriqué par les ancêtres des neocons américains dans le cadre du projet « Atome pour la paix ». Il avait toujours fait l’objet de l’unanimité nationale en Iran ; tout le monde trouve ça très bien et personne en Occident n’y a trouvé à redire jusqu’à la révolution islamique. Le dossier a ressurgi dans la foulée de l’occupation de l’Irak. Après la guerre irano-irakienne (politique du double endiguement), puis la première et la seconde guerre d’Irak qui ont mis ce pays à terre, les États-Unis ont délégué à la France, au Royaume-Uni et à l’Allemagne la gestion du dossier. En cela, il me semble que l’ancien président Khatami s’est engouffré dans un piège, d’où la rupture actée par son successeur Ahmadjinehad.

En 2006, le dossier est transféré de l’Agence internationale de l’énergie atomique au Conseil de sécurité des Nations unies, dont les cinq membres permanents sont des « puissances nucléaires légales ». Ce qui va accentuer la pression sur Téhéran et dévoiler les objectifs cachés de la « négociation nucléaire ». La signature de l’accord « historique » en juillet 2014 n’a pas réglé le différend de fond entre l’Iran et ses quatre interlocuteurs occidentaux (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Allemagne).

Les néoconservateurs sortent-ils fragilisés par l’élection de Donald Trump ?
Non, au contraire, car il est leur meilleur représentant. Trump s’est fait élire sans le soutien des élites. Mais une fois au pouvoir, il ne peut se contenter de l’appui des cowboys ou des mormons. Or, depuis des lustres, les élites américaines, tous partis confondus, sont néoconservatrices. Trump a dû aller puiser dans le même réservoir où aurait pioché Hillary Clinton (État profond, Goldman Sachs…) si elle avait été élue. Trump n’a pas d’autres choix que d’obtempérer aux desiderata de l’État profond américain. Il suffit de voir ses choix en ce qui concerne ses ministres et collaborateurs (au sein de l’establishment) et ses décisions, notamment en politique étrangère. En Syrie et Russie, par exemple.

En France, l’atlantisme et le sionisme sont désormais les deux mamelles des néocons. Cette adhésion a commencé avec Chirac, puis s’est finalisée avec Sarkozy qui parlait de « retour au bercail » pour justifier la réintégration pleine et entière de nos forces au sein du commandement intégré de l’Otan. Pour ce qui est de Hollande, je ne vous apprends rien en vous disant que les socialistes ont un ADN européiste, sioniste et colonialiste qui remonte au minimum à Guy Mollet (sous la IVe République). Ce n’est nullement une légende. Durant son deuxième mandat, Mitterrand aura cette déclaration de fossoyeur : « La France est notre patrie, l’Europe est notre avenir. » Petit à petit, cette idée a gagné du terrain au Quai d’Orsay et dans « l’État profond », y compris à l’Université, sensible aux sirènes de l’Amérique, de l’Europe, de l’Otan, de la globalisation et de ses succursales diverses.

On a bien vu dans la campagne présidentielle française que l’Europe était relayée à un rang subalterne. Un grand nombre de candidats ont rivalisé dans leurs discours prosouverainistes. Cet idéal vend-il encore ?
L’Europe n’est pas une idée populaire, contrairement à ce qu’affirment les illusionnistes du « rêve européen ». Les candidats ont souvent promis de « renégocier » les traités européens, ce qui est un leurre à usage électoral. À toutes les élections, on nous a fait la même promesse. De mon point de vue, l’Europe est la prison de la France. Ce n’est pas nous qui décidons. Allons même plus loin : nous nous indignons que les décisions nous concernant soient prises à Bruxelles, alors qu’en réalité c’est en Amérique que tout se décide. Nos élites du mainstream se satisfont de ce statut de « territoire » à la Massachusetts, auquel la France a été réduite. Mais alors, à quoi bon payer et entretenir cette administration bruxelloise tentaculaire et si onéreuse qui prend ses ordres à Washington ?

La réédition de votre livre connaît un vif succès. Pourtant, vos détracteurs ne vous épargnent pas dans la véhémence de leurs attaques…
Je reprends à mon compte ce proverbe chinois : « Quand le sage montre la Lune, l’imbécile montre le doigt. » J’écris en fonction de mes convictions. La thèse que je développe est bien documentée et rend compte des réalités, de l’enchaînement d’événements qui autrement resteraient incompréhensibles. Elle me semble beaucoup mieux acceptée et comprise en cet an VII de la « tempête sur le Grand Moyen-Orient » qu’il y a deux ans. En effet, rien dans les évolutions constatées n’est venu démentir ce qui était inscrit dans la première édition, au niveau du Moyen-Orient, du Grand Moyen-Orient de George W. Bush, au sein de l’islam et en ce qui concerne l’ordre du monde dont la mutation se dessine sous nos yeux. Autant de sujets qui font l’objet de mon ouvrage.

 

(1) Tempête sur le Grand Moyen-Orient, Michel Raimbaud, 2e édition enrichie et remise à jour, Éd. Ellipses, 716 p., 28 euros.

 

Le Royaume-Uni prêt à employer l’arme nucléaire en frappe préemptive, selon la Défense britannique

Source RT en français

24 mai 2017

https://francais.rt.com/international/37553-royaume-uni-pret-employer-arme-nucleaire-preemptive-selon-defense-britannique

 

Note liminaire du responsable du blog

La paix mondiale menacée

 

L’équilibre de la terreur a régné pendant la plus grande partie de la Guerre froide entre l’OTAN et le Pacte de Varsovie, en tout cas de 1962 à 1989. Il a été théorisé par les stratèges américains et baptisé MAD (Mutual Assured Destruction) par John von Neumann, mathématicien et physicien américano-hongrois qui aimait inventer des acronymes polysémiques. En effet, en anglais mad veut dire “fou”.

Dès l’origine, certains stratèges du Pentagone ont entrepris d’interminables simulations sur ordinateurs pour, sinon dépasser, du moins contourner cet équilibre de la terreur et pour conjurer le MAD qu’ils tenaient pour une malédiction. Après l’effondrement de l’URSS, ou plus précisément, depuis le  début des années 2000, les stratèges américains considèrent désormais le MAD comme dépassé car ils estiment qu’une attaque nucléaire préemptive (donc préventive) des sites nucléaires ennemis permettrait de “neutraliser” ce dernier. Cette perspective est au centre des prétentions hégémoniques mondiales chères aux néo-conservateurs américains tant démocrates que républicains. L’article ci-dessous montre que la démangeaison nucléaire n’affecte pas que les stratèges et les néo-cons américains.

               Ivo Rens

 

 

D’après Michael Fallon, le feu nucléaire pourrait être employé sans attendre que le Royaume-Uni ne soit attaqué. Le ministre de la Défense a tenu ces propos au moment où les travaillistes discutaient du maintien de la dissuasion nucléaire.

 

Le Royaume-Uni est prêt à effectuer une frappe nucléaire préemptive, a rapporté le 24 avril le journal The Independent, citant le ministre britannique de la Défense, Michael Fallon.

«Nous avons clairement exprimé qu’il n’était pas envisageable d’écarter l’utilisation des armes nucléaires en tant que frappe initiale dans les cas de figure les plus extrêmes», a également expliqué le ministre de la Défense à la BBC. Il a néanmoins refusé d’expliciter ce qu’il entendait par situations «extrêmes».

Le porte-parole du Premier ministre britannique a, par la suite, souligné, qu’il n’y avait «pas lieu d’être en désaccord avec ce que le ministre de la Défense avait déclaré». Une opération préemptive consiste en une action immédiate sur la base de preuves indiquant qu’un ennemi est sur le point de vous frapper.

Les propos de Michael Fallon ont été tenus alors qu’au même moment le  Parti travailliste britannique, l’opposition au sein de la Chambre de communes, se divisait sur l’avenir du système britannique de dissuasion nucléaire. Son leader, Jeremy Corbin, a par exemple déclaré le 23 avril qu’il n’autoriserait jamais l’utilisation des armes nucléaires, raison pour laquelle il ne souhaite pas inclure le renouvellement du système de dissuasion Trident dans le programme électoral du parti.

 

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Lire aussi : Londres aurait couvert l’échec d’un essai de missile balistique Trident près de la côte américaine

 

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La prise de position de Jeremy Corbynn a immédiatement suscité une levée de boucliers de la part de certains responsables travaillistes, à quelques semaines des élections législatives anticipées.

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Lire aussi : Deux tiers des Britanniques prêts au lancement d’une frappe nucléaire qui tuerait 100 000 civils

 

 

 

 

 

Investir dans la paix, pas dans la guerre

(Communiqué de STOPNATO.ORG )

Toute la semaine du 21 au 26 mai 2017, le mouvement de la paix organise

son contre-sommet de l’OTAN

Ce 25 mai 2017, les dirigeants de l’OTAN seront à Bruxelles pour le sommet de l’OTAN et l’inauguration du nouveau siège de l’alliance. Le mouvement de la paix national et international organise un contre-sommet toute cette semaine. Il appelle à participer à la manifestation #TrumpNotWelcome du 24 mai, à la conférence internationale pour la paix le 25 mai, aux différentes actions directes non-violentes et aux activités organisées en marge du « Peace camp ».
Le président américain Donald Trump a annoncé des investissements publics à hauteur de 54 milliards $ dans l’équipement militaire américain. Il met les États européens sous pression pour qu’ils fassent de même. L’augmentation du budget de la défense à 2% du produit intérieur brut sera sans aucun doute l’un des principaux points à l’ordre du jour du sommet. Des dépenses qui représentent environ 130 milliards d’euros pour les années à venir.

Le mouvement de la paix veut montrer son opposition à cette militarisation sans cesse grandissante. Il veut rappeler que la paix se construit en investissant massivement dans l’éducation, les soins de santé, la justice, la solidarité, la préservation de l’environnement.

Le texte de l’appel du mouvement de la paix, est consultable ici.
Manifestation #TrumpNotWelcome – #NatoNotWelcome – mercredi 24 mai à 17h
Ce mercredi 24 mai à 17h, une large plateforme d’organisations appelle à manifester pour la paix, contre la guerre et la militarisation, contre l’OTAN, pour la préservation de notre planète et de notre environnement, pour la défense des droits des 99%, pour la lutte contre le sexisme, le racisme et les discriminations.
Le « bloc » StopNAT02017 pour la paix se rassemblera à 17 h au coin de la Tour Proximus (angle bd Simon Bolivar et bd Albert II)
Conférence internationale pour la paix: Stop NATO – jeudi 25 mai à partir de 09h
Ce 25 mai, parallèlement au sommet de l’OTAN qui aura lieu à Bruxelles, une journée de conférence est organisée au cours de laquelle des experts et militants nous immergeront dans les problématiques et les enjeux charriés par l’alliance transatlantique.

Ce « contre-sommet » débutera par une session plénière dans laquelle cinq experts aborderont certaines thématiques essentielles des agissements de l’OTAN : ses interventions militaires, les dépenses en armement, les tensions avec la Russie, les armes nucléaires et la lutte contre le terrorisme.

Différents ateliers seront proposés ensuite. Ceux-ci permettront des échanges plus fournis entre participants autour de thématiques comme les médias et la guerre, l’élargissement de l’OTAN à l’Est, le commerce des armes et l’industrie militaire ou encore la militarisation de la Méditerranée. Deux « sessions spéciales » approfondiront deux thématiques particulières : les armes nucléaires en Europe et la norme OTAN des 2% du PIB dans la défense et l’armement. Une troisième « session spéciale » proposera la diffusion du film « Shadow world » sur le commerce des armes, suivie d’un débat avec le réalisateur et l’auteur du livre à la base du documentaire.

La conférence aura lieu à l’Institut Libre Marie Haps, rue d’Arlon 11, 1050 Bruxelles.

 

« Peace Camp », « Peace rally », actions directes non-violentes et activités culturelles – 21 au 26 mai
Le sommet de l’OTAN représente une occasion unique d’échanges et d’actions. Du dimanche 21 au vendredi 26 mai, des infrastructures sont mises à la disposition des participants nationaux et internationaux au contre-sommet pour séjourner, se rencontrer, participer à des échanges et débats (notamment avec des représentants du mouvement américain « Standing Rock »), se former à la désobéissance civile et prendre part à des actions directes non-violentes (des informations sont disponibles ici, pour le peace camp. Et ici, pour l’appel à actions).

En outre, le jeudi 25 mai dès 11h, un « Peace Rally » (rassemblement pacifique), sera organisé rue de la Fusée, à deux pas des nouveaux bâtiments de l’OTAN. Celui-ci se veut un espace de libre expression sur le refus de l’OTAN, des guerres, des armes nucléaires, du commerce des armes, des conséquences désastreuses qu’ils occasionnent sur les populations, l’environnement,… Au programme : ateliers informatifs, concert du groupe « Comme un Lundi », nouvelles en direct, workshops,…

Contact presse Samuel Legros (CNAPD)

Samuel.legros@cnapd.be

0484/64.57.92

 

 

Escalade nucléaire en Europe : la bombe B61-12 est testée

par Manlio Dinucci

18 avril 2017

Réseau Voltaire

http://www.voltairenet.org/article196050.html

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Les États-Unis viennent de tester chez eux les composantes non-nucléaires de la super-bombe atomique B61-12. Celle-ci peut donc désormais être fabriquée en série. Au sein de l’Union européenne, prétendument facteur de paix, elle équipera l’armée de l’Air italienne, en violation à la fois du Traité de non-prolifération nucléaire et de la Constitution italienne.

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Les réflecteurs politico-médiatiques, pointés sur l’escalade nucléaire dans la péninsule coréenne, laissent dans l’ombre celle qui est en train de se préparer dans la péninsule italienne. L’Air Force Nuclear Weapons Center communique le 13 avril 2017 que, dans le polygone de Nellis au Nevada, « un chasseur F-16 de l’U.S. Air Force a largué une bombe nucléaire B61-12 inerte, démontrant la capacité de l’avion d’utiliser cette arme et testant le fonctionnement des composants non-nucléaires de la bombe, y compris l’armement et activation du système de contrôle, le radar altimétrique, les moteurs des fusées de rotation et l’ordinateur de contrôle ».

Cela indique que la B61-12, la nouvelle bombe nucléaire états-unienne destinée à remplacer la B61 stockée en Italie et dans d’autres pays européens, est désormais dans la phase d’ingéniérisation qui prépare la production en série. Les nombreux composants de la B61-12 sont projetés et testés dans les laboratoires nationaux de Los Alamos et Albuquerque (Nouveau Mexique), de Livermore (Californie), et produits dans une série de sites au Missouri, Texas, Caroline du sud, Tennessee. S’ajoutent à ceux-ci la section de queue pour le guidage de précision, fournie par Boeing.

La B61-12 n’est pas une simple mise à jour de la version précédente, mais une nouvelle arme : elle a une tête nucléaire à quatre options de puissance sélectionnables en fonction de l’objectif à frapper ; un système de guidage qui permet de la larguer non pas à la verticale, mais à distance de l’objectif ; la capacité de pénétrer dans le terrain pour détruire les bunkers des centres de commandement dans une première frappe nucléaire.

Le test confirme que la nouvelle bombe nucléaire peut être larguée par des chasseurs F-16 (modèle C/D) de la 31st Fighter Wing, l’escadrille de chasseurs-bombardiers US basée à Aviano (Pordenone), prête à l’attaque actuellement avec 50 bombes B61 (nombre estimé par la Fas, la Fédération des scientifiques américains). La B61-12, spécifie le communiqué, peut être larguée aussi par des chasseurs-bombardiers Tornado PA-200, comme ceux du 6ème Escadron de l’Aéronautique italienne basés à Ghedi (Brescia), prêts à l’attaque nucléaire actuellement avec 20 bombes B61. En attendant qu’arrivent aussi à l’aéronautique italienne les chasseurs F-35 dans lesquels, annonce l’U.S. Air Force, « sera intégrée la B61-12 ».

Que des pilotes italiens soient entraînés à l’attaque nucléaire sous commandement US —écrit la Fas [1]— est démontré par la présence à Ghedi du 704th Munitions Support Squadron, une des quatre unités de l’U.S. Air Force déployées dans les bases européennes (outre l’Italie, en Allemagne, Belgique et Hollande) « où les armes nucléaires US sont destinées au lancement par des avions du pays hôte ». Les pilotes des quatre pays européens et de Turquie sont entraînés à l’utilisation des B-61, et maintenant des B61-12, dans le Steadfast Noon, l’exercice annuel Otan de guerre nucléaire. En 2013 il s’est déroulé à Aviano, en 2014 à Ghedi.

Selon le programme, les B61-12, dont le coût est prévu de 8 à 10 milliards de dollars pour 480 bombes, commenceront à être fabriquées en série en 2020. Dès lors elles remplaceront les B-61 en Italie et dans les autres pays européens. Des photos satellite, diffusées par la Fas, montrent que dans les bases d’Aviano et Ghedi, et dans les autres en Europe et Turquie, des modifications ont déjà été effectuées dans cet objectif. On ne sait pas combien de B61-12 sont destinées à l’Italie, mais il n’est pas exclu, étant donné la croissante tension avec la Russie, que leur nombre soit plus grand que celui des actuelles B61. Il n’est pas exclu non plus que, en plus d’Aviano et Ghedi, elles se trouvent déployées dans d’autres bases, type celle de Camp Darby où sont stockées les bombes de l’U.S. Air Force.

Le fait que, à l’exercice Otan de guerre nucléaire qui s’est déroulé à Ghedi en 2014, aient pris part aussi pour la première fois des pilotes polonais avec des chasseurs-bombardiers F-16C/D, indique que selon toute probabilité les B61-12 seront déployées aussi en Pologne et dans d’autres pays de l’Est. Des chasseurs F-16 et autres avions Otan à double capacité conventionnelle et nucléaire sont déployés, par roulement, dans les républiques baltes au bord de la Russie.

Une fois initié en 2020 (mais sans exclure avant aussi) le déploiement en Europe de la B61-12, définie par le Pentagone comme « élément fondamental de la triade nucléaire USA » (terrestre, navale et aérienne), l’Italie, officiellement pays non-nucléaire, se trouvera transformée en première ligne d’une encore plus dangereuse confrontation entre USA/Otan et Russie. Le général James Cartwright lui-même, ancien chef du Commandement stratégique des Etats-Unis, prévient que « des armes nucléaires comme les B61-12 de plus petite puissance (entre 0,3 et 50 kilotonnes) et plus précises augmentent la tentation de les utiliser, et même de les utiliser en premier plutôt qu’en représailles ». Dans ce cas il est certain que l’Italie serait la première cible de l’inévitable représaille nucléaire.

Manlio Dinucci

Traduction

Marie-Ange Patrizio

Source

Il Manifesto (Italie)

 

La tragédie syrienne : droit international ou loi de la jungle ?

par Michel Raimbaud *

10/04/17

Source : Afrique Asie .fr   http://www.afrique-asie.fr/component/content/article/75-a-la-une/10964-la-tragedie-syrienne-droit-international-ou-loi-de-la-jungle

 

Cet atroce conflit s’inscrira en énormes lettres rouges dans le guinness de la honte et les porte-étendards de la soi-disant « communauté internationale » de ce début de millénaire figureront au palmarès de l’indignité, entre deux Nobels de la Paix. Ces gens sans foi ni loi ni vergogne, qui n’ont d’autre horizon que celui de leur improbable élection, s’en moquent éperdument, mais c’est dans les poubelles de l’Histoire que l’on retrouvera trace de leur mémoire.

 

La tragédie de Syrie est entrée dans sa septième année. Incrustée dans l’actualité, elle fait partie du paysage. Mais ses 400 000 morts, ses 2 millions de blessés ou d’handicapés, ses 14 ou 15 millions de réfugiés, déplacés ou exilés, son territoire dévasté à plus de 60% et son économie ruinée par les pillages, les sanctions, les embargos, ne suscitent pas d’émotion permanente.

En effet, vus de nos « grandes démocraties » dont les langues sont mondiales, les valeurs universelles, la vocation planétaire et les deuils transnationaux, et qui se considèrent comme l’essence de l’humanité ou le nec plus ultra de sa conscience, les conflits de l’Orient compliqué sont lassants quand ils ne sont pas franchement hermétiques.

Pour aviver la flamme de la compassion, il faut l’un de ces énormes mensonges dont se gavent intellectuels, médias et politiques de l’Occident bien-pensant. Quinze ans après l’Irak, le truc des gaz chimiques marche toujours très fort : Colin Powell, l’entubeur de 2003, doit être content…Le camp de la guerre et ses fourriers, y compris les escrocs de l’humanitaire, sont en tout cas ravis. Jamais deux sans trois : 2003, 2013, 2017. La manipulation, le « false flag » paraissent encore efficaces…

Nos « élites » délitées ont réussi ce tour de force d’ancrer notre pays en première ligne en Libye, puis en Syrie, aux côtés des islamistes, des terroristes et des faucons atlantistes du parti de la guerre, sans demander l’avis des Français, parvenant même, à force de matraquage médiatique, à recueillir l’adhésion de certains pans de l’opinion. La douce France est repartie de plus belle dans ses tristes épopées coloniales. Vive le Père Bugeaud, vive François Georges Picot et ses accords en douce, vive Jules Ferry et la foutue mission civilisatrice, vive le Mollet à la triste figure, et les va-t-en-guerre actuels. Nos intellectuels qui rêvent d’en découdre avec la Syrie légale, cet Etat rebelle qui ose tenir tête à l’Occident, nos médias qui dissertent jusqu’à plus soif sur l’urgence de bombarder Damas ou « Bachar », nos politiques suspendus comme des désespérés aux mamelles de l’atlantisme et de ses succursales, peuvent se rassurer. En se donnant un Président « imprévisible » qui se disait non-interventionniste, sinon pacifiste, leur maître américain leur avait donné des frayeurs. Elu du « pays profond », Trump n’aura pas résisté longtemps aux pulsions de « l’Etat profond »: voilà un président qui bombarde comme les autres…Ouf…

Cet atroce conflit s’inscrira en énormes lettres rouges dans le guinness de la honte et les porte-étendards de la soi-disant « communauté internationale » de ce début de millénaire figureront au palmarès de l’indignité, entre deux Nobels de la Paix. Ces gens sans foi ni loi ni vergogne, qui n’ont d’autre horizon que celui de leur improbable élection, s’en moquent éperdument, mais c’est dans les poubelles de l’Histoire que l’on retrouvera trace de leur mémoire.

La tragédie syrienne est l’épicentre de la confrontation qui menace la paix du monde. Au lieu de disserter sur les subtilités de la politique US, les angoisses de l’Occident hypocrite et les martiales déclarations de nos piètres dirigeants, il serait sage de chercher les racines du mal là où elles sont de toute évidence : c’est la débâcle du droit international sous les coups de boutoir prodigués depuis un quart de siècle par l’Occident arrogant, dominateur et sûr de lui, qui a débouché sur ce monde chaotique, immoral et dangereux dans lequel nous vivons désormais, ce monde que nous risquons de léguer à nos enfants.

Le moment unipolaire américain (1991/2011) a permis à« l’Empire le plus puissant ayant jamais existé à la surface de la Terre » de détruire les bases de la légalité internationale en établissant le nouvel ordre mondial voulu par les faucons de Washington. Ce qui se traduira en un temps record par l’abandon des principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies : souveraineté, non-ingérence, droit des peuples à l’autodétermination, droit de tout Etat à choisir librement son régime politique hors de toute ingérence étrangère, obligation de négocier en cas de conflit avant de recourir à l’usage ou à la menace d’usage de la force. La « communauté internationale » atlantique trouvera sa lampe d’Aladin dans un concept miraculeux, la Responsabilité de Protéger (R2P), version relookée du droit d’ingérence à connotation trop colonialiste. Les Nations-Unies seront instrumentalisées, voire ignorées lorsque le moteur unipolaire connaîtra ses premiers ratés : on fera grand cas des délibérations du Conseil de Sécurité lorsqu’il dit « oui-oui-oui », mais on passera outre lorsqu’il dit non.

Confrontés à des Etats qualifiés de « voyous », souvent arabo-musulmans, ou perçus comme crypto-voyous comme la Chine et la Russie, l’Amérique et ses alliés s’érigeront en « communauté internationale », centre « civilisé » du nouvel ordre mondial. En fait, c’est la loi de la jungle qui s’installera sur les ruines de la légalité internationale, le monde extra-atlantique voyant son statut réduit à celui d’une zone de non-droit. Sur leur vaste terrain d’aventure, les neocons joueront au « chaos créateur » et s’amuseront à terroriser les « ennemis » selon les recettes de la « théorie du fou » de Nixon (l’Amérique doit projeter l’impression que ses dirigeants sont imprévisibles). Les résultats seront impressionnants, non pas bien sûr en termes de « démocratisation », mais en ce qui concerne la mise au pas voire la destruction des Etats républicains, séculiers (« laïcs ») et nationalistes.

La guerre qui fait rage actuellement en Syrie est bien universelle, tant sont nombreux et divers les acteurs, les enjeux, les arrière-pensées, les intérêts. Pourtant, ce n’est pas une confrontation classique : officiellement on ne peut parler d’un état de guerre, puisque personne n’a déclaré la guerre à la Syrie,  comme le voudraient les normes des lois de la guerre et/ou les pratiques diplomatiques.

A Moscou, on évoque « les Etats qui se sont fourvoyés dans le soutien du terrorisme, continuent de le faire et méritent d’être jugés par un tribunal international similaire à celui qui a jugé le nazisme ». Or la Syrie est depuis le printemps 2011 la victime d’une « guerre d’agression », la sorte de guerre qualifiée dans un autrefois de nuit et de brouillard par le Tribunal de Nuremberg de « crime international suprême » :« lancer une guerre d’agression n’est pas seulement un crime international ; c’est le crime international suprême, ne différant des autres crimes de guerre que parce qu’il contient en lui-même le mal accumulé de tous les autres» C’est le crime par excellence. Et dans le cas d’espèce, un crime avec préméditation, planifié par les « stratèges ».

Comme l’Irak, la Libye, la Somalie, la Palestine, etc…la Syrie est l’objet d’une tentative de « politicide », qui est à l’égard d’un Etat ce qu’un meurtre est à l’encontre d’un être humain, les institutions, l’administration, la souveraineté, l’intégrité, les autorités politiques, les marques emblématiques ou régaliennes, les forces armées, les ressources, les bases, les infrastructures de l’économie, l’identité du dit Etat étant ciblées individuellement et dans leur ensemble.

 

Les opérations peuvent se décliner en démantèlement, partition, dépeçage de l’Etat-nation. Les attaques s’exercent tous azimuts : politiques (déstabilisation, changement de régime),humanitaires(Responsabilité de Protéger, projets de zone d’exclusion, de corridors), militaires (frappes, bombardements, provocations, agressions, coups de main),psychologiques et médiatiques (mensonge, manipulation, « faux pavillon », intoxication, lavage de cerveaux).

Dans le même temps, le peuple syrien est la cible d’un« ethnocide », terme qualifiant l’entreprise de déconstruction et de désintégration qui le vise. L’objectif global est de briser sa cohésion, qui n’est pas le produit des trente ans de mandat français, ni même des quatre siècles d’Empire ottoman, mais le résultat d’une histoire plurimillénaire, par-delà même la venue du christianisme et de l’islam.

Les sanctions sont autant d’armes de destruction massive qui visent à ébranler une société civilisée et industrieuse. Tous les moyens sont d’ailleurs utilisés : il faut pousser les Syriens à fuir leur pays, contraindre les minorités à l’exode, provoquer une hémorragie des élites, afin d’empêcher toute reconstruction ultérieure du tissu national.

La« mise à mort du peuple syrien » et la destruction de la Syrie, « mère de notre civilisation » et « seconde patrie de tout homme civilisé » sont bien partie intégrante du crime par excellence.

Finalement, il convient d’appeler les choses par leur nom : les agresseurs de la Syrie légale, qui agissent en violation du droit international sont des voyous et des criminels. Ce sont en outre des menteurs effrontés, indignes de gouverner ou de prétendre gouverner. Les frappes sur la base d’Al Chuairat ne constituent pas un « message fort » de Washington, comme le dit tel ou tel esthète, mais un crime supplémentaire.

Il est temps que la « Grande Nation » se réveille et que des dirigeants plus dignes reprennent en main son destin politique, son indépendance, que la France renoue avec l’exception qui faisait notre fierté. Il est temps que ses intellectuels renouent avec la tradition de leurs grands ancêtres. Il est temps, il est même urgent de redresser la barre de cette embarcation folle et déboussolée qu’est devenue la France, tant sont grands et impitoyables les périls de notre monde.

J’allais dire, il est temps que les diplomates, dont le droit international devrait être la Bible, et dont le métier est de faire la paix, renoncent à squatter comme des coucous le nid des faucons.

Il faut dire non et non et non à la guerre que des petits grands de ce monde présentent comme une option banale, blottis bien au chaud dans leurs privilèges, leurs certitudes et leur arrogance ordinaire. Il faut que la France retrouve le chemin de la légalité internationale et du droit onusien…Notre paix est à ce prix.

 

* Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France en Mauritanie, au Soudan, et au Zimbabwe. Ancien directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). On lui doit de nombreux ouvrages notamment sur le Soudan. Il vient de publier chez Ellipses une réédition de son ouvrage de référence intitulé «Tempête sur le Grand Moyen-Orient».