Non, Israël n’est pas une démocratie

Israël n’est pas la seule démocratie au Moyen-Orient. En fait, ce n’est pas une démocratie du tout

par Ilan Pappé

Le 14 juin 2018

Source katehon

Traduit par jj, relu par Cat, vérifié par Diane pour le Saker Francophone

Aux yeux de nombreux Israéliens et de leurs partisans dans le monde entier – même ceux qui pourraient critiquer certaines de ses politiques – Israël est, au bout du compte, un État démocratique bienveillant, cherchant la paix avec ses voisins et garantissant l’égalité à tous ses citoyens.

 

Ceux qui critiquent Israël supposent que si quelque chose tournait mal dans cette démocratie, c’était dû à la guerre de 1967. Dans cette optique, la guerre a corrompu une société honnête et travailleuse en offrant de l’argent facile dans les territoires occupés, en permettant aux groupes messianiques d’entrer dans la politique israélienne et surtout en transformant Israël en une entité occupante et oppressive dans les nouveaux territoires.

Le mythe selon lequel un Israël démocratique aurait connu des difficultés en 1967 mais serait toujours resté démocratique est même propagé par certains savants palestiniens et pro-palestiniens notables – mais il n’a aucun fondement historique.

 

Avant 1967 Israël n’était pas une démocratie

Avant 1967, Israël n’aurait certainement pas pu être dépeint comme une démocratie. Comme nous l’avons vu dans les chapitres précédents, l’État a soumis un cinquième de ses citoyens à un régime militaire fondé sur des règlements d’urgence britanniques draconiens et obligatoires qui privaient les Palestiniens de tous les droits humains ou civils fondamentaux.

Les gouverneurs militaires locaux étaient les dirigeants absolus de la vie de ces citoyens : ils pouvaient concevoir des lois spéciales pour eux, détruire leurs maisons et leurs moyens de subsistance, et les envoyer en prison quand ils le voulaient. Ce n’est qu’à la fin des années 1950 qu’une forte opposition juive à ces abus a émergé, ce qui a finalement allégé la pression sur les citoyens palestiniens.

Pour les Palestiniens qui vivaient dans l’Israël d’avant-guerre et ceux qui vivaient dans la Cisjordanie et la bande de Gaza après 1967, ce régime permettait même au plus simple soldat de diriger et de ruiner leur vie. Ils étaient sans défense si un tel soldat, ou son unité ou commandant, décidait de démolir leurs maisons, ou de les détenir pendant des heures à un point de contrôle, ou de les incarcérer sans procès. Il n’y avait rien qu’ils puissent faire contre.

À tout moment, de 1948 à aujourd’hui, il y a eu certains groupes de Palestiniens qui ont vécu une telle expérience.

Le premier groupe à souffrir sous un tel joug était la minorité palestinienne en Israël même. Cela a commencé dans les deux premières années d’existence de l’État durant lesquelles ils ont été poussés dans des ghettos, comme la communauté palestinienne de Haïfa vivant sur la montagne du Carmel, ou expulsés des villes qu’ils avaient habitées pendant des décennies, comme Safad. Dans le cas d’Isdud, toute la population a été expulsée vers la bande de Gaza.

À la campagne, la situation était encore pire. Les différents mouvements du Kibboutz convoitaient les villages palestiniens installés sur des terres fertiles. Parmi eux figurait le kibboutzim socialiste, Hashomer Ha-Zair, qui se serait soi-disant engagé dans la solidarité binationale.

Longtemps après la fin des combats de 1948, les villageois de Ghabsiyyeh, Iqrit, Birim, Qaidta, Zaytun et beaucoup d’autres ont quitté leurs maisons pour une période de deux semaines – après avoir été trompés par l’armée qui affirmait avoir besoin de leurs terres pour s’entraîner – seulement pour constater à leur retour que leurs villages avaient été anéantis ou remis à quelqu’un d’autre.

Cet état de terreur militaire est illustré par le massacre de Kafr Qasim en octobre 1956, lorsque, à la veille de l’opération du Sinaï, quarante-neuf citoyens palestiniens ont été tués par l’armée israélienne. Les autorités ont affirmé qu’ils étaient rentrés tard chez eux après avoir travaillé dans les champs alors qu’un couvre-feu avait été imposé au village. Mais ce n’était pas la vraie raison.

Des preuves ultérieures montrent qu’Israël avait sérieusement envisagé l’expulsion des Palestiniens de toute la zone appelée le Wadi Ara et le Triangle dans lequel le village se trouvait. Ces deux zones : la première une vallée reliant Afula à l’est et Hadera sur la côte méditerranéenne, la seconde étendant l’arrière-pays oriental de Jérusalem, ont été annexées par Israël en vertu de l’accord d’armistice de 1949 avec la Jordanie.

Comme nous l’avons vu, un territoire supplémentaire était toujours bien accueilli par Israël, mais une augmentation de la population palestinienne ne l’était pas. Ainsi, à tout moment, lorsque l’État d’Israël s’est développé, il a cherché des moyens pour restreindre la population palestinienne dans les zones récemment annexées.

L’opération « Hafarfert » (« taupe ») était le nom de code d’une série de propositions pour l’expulsion des Palestiniens lorsqu’une nouvelle guerre éclata avec le monde arabe. De nombreux chercheurs pensent aujourd’hui que le massacre de 1956 était un exercice pour voir si les gens dans la région pouvaient être intimidés pour partir.

Les auteurs du massacre ont été jugés grâce à la diligence et à la ténacité de deux membres de la Knesset : Tawaq Tubi du Parti communiste et Latif Dori du Parti sioniste de gauche Mapam. Cependant, les commandants responsables de la zone, et l’unité elle-même qui a commis le crime, s’en sont sortis sans beaucoup de dégâts, écopant seulement de petites amendes. C’était une preuve supplémentaire que l’impunité était garantie à l’armée pour les meurtres dans les territoires occupés.

La cruauté systématique ne s’affichait pas seulement lors d’un événement majeur comme un massacre. Les pires atrocités pouvaient également résider dans la présence quotidienne et banale du régime.

Les Palestiniens en Israël ne parlent toujours pas beaucoup de cette période d’avant 1967, et les documents de cette époque ne révèlent pas l’image complète. Étonnamment, c’est dans la poésie que nous trouvons une indication de ce que c’était que de vivre sous le régime militaire.

Natan Alterman était l’un des poètes les plus célèbres et les plus importants de sa génération. Il avait une chronique hebdomadaire, intitulée « La septième colonne », dans laquelle il commentait les événements qu’il avait lus ou entendus. Parfois, il omettait des détails sur la date ou même le lieu de l’événement, mais donnait au lecteur juste assez d’informations pour comprendre à quoi il faisait allusion. Il a souvent exprimé ses attaques sous forme poétique :

« La nouvelle est apparue brièvement pendant deux jours, et a disparu
Personne ne semble s’en soucier, et personne ne semble le savoir
Dans le village lointain d’Um al-Fahem, des enfants – devrais-je dire des citoyens de l’État – jouaient dans la boue
Et l’un d’eux a semblé suspect à l’un de nos braves soldats qui lui a crié :
Arrête !
Un ordre, est un ordre,mais le garçon stupide ne s’est pas arrêté,
Il s’est enfui.
Donc, notre brave soldat a tiré, pas étonnant
Il a touché et tué le garçon
Et personne n’en a parlé. »

Dans une autre occasion il a écrit un poème au sujet de deux citoyens palestiniens de Wadi Ara. Dans un autre cas, il a raconté l’histoire d’une Palestinienne très malade qui a été expulsée avec ses deux enfants, âgés de trois et six ans, sans explication, et envoyée de l’autre côté du Jourdain. Quand elle a essayé de revenir, elle et ses enfants ont été arrêtés et mis dans une prison de Nazareth.

Altman espérait que son poème sur la mère remuerait les cœurs et les esprits, ou du moins susciterait une réponse officielle. Mais il a écrit une semaine plus tard :

« Et cet auteur a supposé, à tort, que l’histoire serait niée ou expliquée
Mais rien, pas un mot. » 

Il y a d’autres preuves qu’Israël n’était pas une démocratie avant 1967. L’État a poursuivi une politique de tirer pour tuer à l’encontre des réfugiés qui tentaient de récupérer leurs terres, leurs récoltes et leurs élevages. Il organisait une guerre coloniale pour renverser le régime de Nasser en Égypte. Ses forces de sécurité avaient également la gâchette facile, tuant plus de cinquante citoyens palestiniens pendant la période de 1948-1967.

 

L’assujettissement des minorités en Israël n’est pas démocratique

Le test décisif de toute démocratie est le niveau de tolérance qu’elle est prête à accorder aux minorités qui y vivent. À cet égard, Israël est loin d’être une véritable démocratie.

Par exemple, après les nouveaux acquis territoriaux, plusieurs lois ont été adoptées assurant une position supérieure à la majorité : les lois régissant la citoyenneté, les lois sur la propriété foncière, et le plus important, la loi du retour.

Cette dernière accorde la citoyenneté automatique à tous les juifs dans le monde, où qu’il soient nés. Cette loi est particulièrement antidémocratique car elle s’accompagne d’un rejet total du droit au retour des Palestiniens – reconnu internationalement par la Résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations Unies de 1948. Ce refus interdit aux citoyens palestiniens d’Israël de s’unir avec leurs familles proches, ou avec ceux qui ont été expulsés en 1948.

Refuser aux gens le droit de retourner dans leur patrie et, en même temps, offrir ce droit à d’autres qui n’ont aucun lien avec la terre, est un modèle de pratique antidémocratique.

Ajouté à cela il y avait une nouvelle strate au déni des droits du peuple palestinien. Presque chaque discrimination contre les citoyens palestiniens d’Israël est justifiée par le fait qu’ils ne servent pas dans l’armée. L’association entre les droits démocratiques et les devoirs militaires est mieux comprise si nous revenons sur les années formatrices au cours desquelles les décideurs israéliens ont essayé de réfléchir à la façon de traiter un cinquième de la population.

Leur hypothèse était que les citoyens palestiniens ne voulaient pas rejoindre l’armée de toute façon, et ce refus supposé, à son tour, a justifié la politique discriminatoire contre eux. Cet a priori  a été mis à l’épreuve en 1954 lorsque le ministère israélien de la Défense a décidé d’appeler ces citoyens palestiniens éligibles à la conscription pour servir dans l’armée.

À leur grande surprise, tous les convoqués se rendirent au bureau de recrutement, avec la bénédiction du Parti communiste, la force politique la plus nombreuse et la plus importante du pays à l’époque. Les services secrets ont expliqué plus tard que la raison principale était l’ennui des adolescents dans leur vie à la campagne et leur désir d’action et d’aventure.

Malgré cet épisode, le ministère de la Défense a continué à colporter un récit décrivant la communauté palestinienne comme rétive au service militaire.

Inévitablement, avec le temps, les Palestiniens se sont effectivement retournés contre l’armée israélienne, qui était devenue leur oppresseur perpétuel, mais l’exploitation par le gouvernement de ce prétexte de discrimination jette un grand doute sur les prétentions à être une démocratie.

Si vous êtes un citoyen palestinien et que vous n’avez pas servi dans l’armée, vos droits à l’aide gouvernementale en tant que travailleur, étudiant, parent, ou en tant que couple, sont sévèrement restreints. Cela affecte en particulier le logement, ainsi que l’emploi – où 70% de l’industrie israélienne est considérée comme sensible à la sécurité et donc fermée à ces citoyens en tant que lieu d’embauche.

L’hypothèse sous-jacente du ministère de la défense était non seulement que les Palestiniens ne veulent pas servir, mais qu’ils sont potentiellement un ennemi intérieur auquel on ne peut pas faire confiance. Le problème avec cet argument est que dans toutes les grandes guerres entre Israël et le monde arabe, la minorité palestinienne ne s’est pas comportée comme cela. Elle n’a pas formé une cinquième colonne et ne s’est pas dressée contre le régime.

Cela ne les a pourtant pas aidés : à ce jour, ils sont considérés comme un problème « démographique » qui doit être résolu. La seule consolation est que, de nos jours, la plupart des hommes politiques israéliens ne croient pas que la solution du « problème » passe par le transfert ou l’expulsion des Palestiniens – du moins pas en temps de paix.

 

La politique foncière israélienne n’est pas démocratique 

La revendication du titre de démocratie est également discutable quand on examine la politique budgétaire entourant la question foncière. Depuis 1948, les conseils locaux et les municipalités palestiniennes ont reçu beaucoup moins de financement que leurs homologues juifs. La pénurie de terres et la rareté des possibilités d’emploi créent une réalité socioéconomique anormale.

Par exemple, la communauté palestinienne la plus prospère, le village de Meilya en Haute-Galilée, est encore moins bien lotie que la ville juive la plus pauvre du Néguev. En 2011, le Jerusalem Postrapportait que « le revenu juif moyen était de 40% à 60% supérieur au revenu moyen arabe entre les années 1997 et 2009. »

Aujourd’hui, plus de 90% des terres appartiennent au Fonds national juif (FNJ). Les propriétaires fonciers ne sont pas autorisés à effectuer des transactions avec des citoyens non juifs, et les terres publiques sont prioritaires pour l’utilisation de projets nationaux, ce qui signifie que de nouvelles colonies juives sont construites alors qu’il n’y a pratiquement pas de nouvelles colonies palestiniennes. Ainsi, la plus grande ville palestinienne, Nazareth, malgré le triplement de sa population depuis 1948, n’a pas augmenté d’un kilomètre carré, tandis que la ville de développement construite au-dessus, Haut-Nazareth, a triplé sur les terres expropriées des propriétaires palestiniens.

D’autres exemples de cette politique peuvent être constatés dans les villages palestiniens à travers la Galilée, révélant la même histoire : comment ils ont été réduits de 40%, parfois même 60%, depuis 1948, et comment de nouvelles colonies juives ont été construites sur des terres expropriées. Après 1967, le gouvernement israélien s’est inquiété de l’absence de Juifs vivant dans le nord et le sud de l’État et a donc prévu d’augmenter la population dans ces régions. Un tel changement démographique nécessitait la confiscation de terres palestiniennes pour la construction de colonies juives.

Le pire était l’exclusion des citoyens palestiniens de ces colonies. Cette violation brutale du droit du citoyen à vivre où il veut se poursuit aujourd’hui, et tous les efforts déployés par les ONG de défense des droits de l’homme en Israël pour contester cet apartheid se sont soldés par un échec total.

La Cour suprême israélienne n’a pu que remettre en question la légalité de cette politique dans quelques cas individuels, mais pas en principe. Imaginez si au Royaume-Uni ou aux États-Unis, les citoyens juifs, ou les catholiques d’ailleurs, étaient interdits, par la loi, de vivre dans certains villages, quartiers, ou même des villes entières ? Comment une telle situation peut-elle se concilier avec la notion de démocratie ?

 

L’occupation n’est pas démocratique 

Ainsi, compte tenu de son attitude envers deux groupes palestiniens – les réfugiés et la communauté présente en Israël – l’État juif ne peut, malgré tous les efforts d’imagination, être considéré comme une démocratie.

Mais le défi le plus évident à cette hypothèse est l’attitude israélienne impitoyable envers un troisième groupe palestinien : ceux qui ont vécu sous sa domination directe et indirecte depuis 1967, à Jérusalem-Est, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Depuis l’infrastructure juridique mise en place au début de la guerre, jusqu’au pouvoir absolu incontesté de l’armée en Cisjordanie et à l’extérieur de la bande de Gaza, en passant par l’humiliation de millions de Palestiniens dans la routine quotidienne, la « seule démocratie » du Moyen-Orient se comporte comme une dictature de la pire espèce.

La principale réponse israélienne, diplomatique et académique, à cette dernière accusation est que toutes ces mesures sont temporaires – elles changeront si les Palestiniens, où qu’ils soient, se comportent « mieux ». Mais si on fait des recherches dans les territoires occupés, sans même parler d’y habiter, on comprendra à quel point ces arguments sont ridicules.

Les décideurs politiques israéliens, comme nous l’avons vu, sont déterminés à maintenir l’occupation aussi longtemps que l’État juif existera. Cela fait partie de ce que le système politique israélien considère comme le statu quo, ce qui est toujours mieux que tout changement. Israël contrôlera la plus grande partie de la Palestine et, comme elle contiendra toujours une importante population palestinienne, cela ne peut se faire que par des moyens non démocratiques.

En outre, malgré toutes les preuves du contraire, l’État israélien affirme que l’occupation est éclairée. Le mythe, ici, veut qu’Israël est venu avec de bonnes intentions pour mener une occupation bienveillante mais a été forcé de prendre une attitude plus dure à cause de la violence palestinienne.

En 1967, le gouvernement a traité la Cisjordanie et la bande de Gaza comme une partie naturelle d’« Eretz Israël », la terre d’Israël, et cette attitude a continué depuis. Quand vous regardez le débat entre les partis de droite et de gauche en Israël sur cette question, leurs désaccords portent sur la façon d’atteindre cet objectif, pas sur sa validité.

Cependant, parmi le grand public, il y avait un véritable débat entre ce que l’on pourrait appeler les « rédempteurs » et les « gardiens ». Les « rédempteurs » croyaient qu’Israël avait récupéré l’ancien cœur de sa patrie et ne pourrait pas survivre à l’avenir sans lui. En revanche, les « gardiens » ont fait valoir que les territoires devraient être négociés en échange de la paix avec la Jordanie, dans le cas de la Cisjordanie, et avec l’Égypte dans le cas de la bande de Gaza. Cependant, ce débat public a eu peu d’impact sur la façon dont les principaux décideurs ont gouverné les territoires occupés.

Le pire de cette supposée « occupation éclairée » a été la méthode de gestion des territoires par le gouvernement. Au début, la zone était divisée en espaces « arabes » et potentiellement « juifs ». Les zones densément peuplées par les Palestiniens sont devenues autonomes, gérées par des collaborateurs locaux sous un régime militaire. Ce régime n’a été remplacé par une administration civile qu’en 1981.

Les autres zones, les espaces « juifs », ont été colonisées par des installations juives et des bases militaires. Cette politique visait à parquer la population, aussi bien de la Cisjordanie que de la bande de Gaza, dans des enclaves déconnectées sans espaces verts ni possibilité d’expansion urbaine.

Les choses n’ont fait qu’empirer, tout de suite après l’occupation, lorsque le mouvement politique juif Gush Emunim a commencé à s’installer en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, prétendant suivre la carte biblique de la colonisation plutôt que celle du gouvernement. Alors qu’il pénétrait dans les zones palestiniennes densément peuplées, l’espace laissé aux locaux se rétrécissait encore davantage.

Ce dont tout projet de colonisation a surtout besoin, c’est de la terre. Dans les territoires occupés, ce but a été atteint seulement par l’expropriation massive des habitants, expulsant les gens de lieux où ils vivaient depuis des générations, et les confinant dans des enclaves difficilement habitables.

Lorsque vous survolez la Cisjordanie, vous pouvez voir clairement les résultats cartographiques de cette politique : des ceintures de colonies qui divisent la terre et découpent les communautés palestiniennes en petites communautés isolées et déconnectées. Les ceintures de judaïsation séparent les villages entre-eux, les villages des villes, et parfois divisent un seul village.

C’est ce que les spécialistes appellent une géographie du désastre, notamment parce que ces politiques se sont avérées être une catastrophe écologique, asséchant les sources d’eau et ruinant certaines des plus belles régions de la campagne palestinienne.

De plus, les colonies sont devenues des foyers dans lesquels l’extrémisme juif s’est développé de façon incontrôlable – dont les principales victimes étaient les Palestiniens. Ainsi, la colonie d’Efrat a détruit le site du patrimoine mondial de la vallée de Wallajah près de Bethléem, et le village de Jafneh près de Ramallah, célèbre pour ses canaux d’eau douce, a perdu son identité en tant qu’attraction touristique. Ce ne sont que deux petits exemples sur des centaines de cas similaires.

 

Détruire les maisons des Palestiniens n’est pas démocratique

La démolition des maisons n’est pas un phénomène nouveau en Palestine. Comme beaucoup des méthodes de punition collective les plus barbares utilisées par Israël depuis 1948, elles ont d’abord été conçues et exercées par le gouvernement mandataire britannique pendant la grande révolte arabe de 1936-1939.

C’était le premier soulèvement palestinien contre la politique pro-sioniste du mandat britannique, et il a fallu trois ans à l’armée britannique pour le réprimer. Dans le processus, ils ont démoli environ deux mille maisons au cours de diverses punitions collectives infligées à la population locale.

Israël a démoli des maisons à partir du premier jour de son occupation militaire de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. L’armée a fait sauter des centaines de maisons chaque année en réponse à divers actes commis par des membres individuels de la famille.

Lors de violations mineures du régime militaire, jusqu’à la participation à des actes violents contre l’occupation, les Israéliens ont rapidement envoyé leurs bulldozers pour éliminer non seulement des bâtiments physiques mais aussi des foyers de vie. Dans la région du Grand Jérusalem (comme à l’intérieur d’Israël), la démolition était aussi une punition pour l’extension non autorisée d’une maison existante ou le non-paiement des factures.

Une autre forme de punition collective qui est récemment revenue dans le répertoire israélien est celui du blocage des maisons. Imaginez que toutes les portes et fenêtres de votre maison soient bloquées par du ciment, du mortier et des pierres, de sorte que vous ne pouvez pas rentrer ni récupérer tout ce que vous n’avez pas réussi à sortir à temps. J’ai regardé attentivement dans mes livres d’histoire pour trouver un autre exemple de ce comportement, mais je n’ai trouvé aucune preuve d’une mesure si dure pratiquée ailleurs.

 

L’écrasement de la résistance palestinienne n’est pas démocratique 

Finalement, sous « l’occupation éclairée », les colons ont été autorisés à former des bandes de vigiles pour harceler les gens et détruire leurs biens. Ces gangs ont changé leur approche au cours des années. Au cours des années 1980, ils ont utilisé la terreur réelle – blessant les dirigeants palestiniens (l’un d’eux a perdu l’usage de ses jambes dans une telle attaque), ou ​​envisageant de faire exploser les mosquées de Haram al-Sharif à Jérusalem.

Au cours de ce siècle, ils se sont livrés au harcèlement quotidien des Palestiniens : déracinant leurs arbres, détruisant leurs récoltes et tirant au hasard sur leurs maisons et leurs véhicules. Depuis 2000, au moins une centaine d’attaques de ce type ont été signalées chaque mois dans certaines régions, telles qu’Hébron, où les cinq cents colons, avec la collaboration silencieuse de l’armée israélienne, ont harcelé les habitants vivant à proximité d’une manière encore plus brutale.

Dès le début de l’occupation, les Palestiniens ont eu deux options : accepter la réalité de l’incarcération permanente dans une méga-prison pendant très longtemps, ou affronter les risques face à l’armée la plus forte du Moyen-Orient. Lorsque les Palestiniens ont résisté – comme ils l’ont fait en 1987, 2000, 2006, 2012, 2014 et 2016 – ils ont été ciblés en tant que soldats et unités d’une armée conventionnelle. Ainsi, les villages et les villes ont été bombardés comme s’ils étaient des bases militaires et la population civile désarmée était ciblée comme une armée sur le champ de bataille.

Aujourd’hui, nous en savons trop sur la vie sous occupation, avant et après Oslo, pour prendre au sérieux les arguments prétendant que la non-résistance assurera moins d’oppression. Les arrestations sans procès, telles qu’elles ont été vécues par tant de personnes au cours des années ; la démolition de milliers de maisons ; le meurtre et la mutilation des innocents ; le drainage des puits – tout cela témoigne de l’un des régimes les plus sévères de notre époque.

Amnesty International documente chaque année de manière très complète la nature de l’occupation. Voici ce qui ressort de leur rapport de 2015 :

« En Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, les forces israéliennes ont commis des homicides illégaux de civils palestiniens, y compris des enfants, et détenu des milliers de Palestiniens qui protestaient ou s’opposaient à l’occupation militaire continue d’Israël. La torture et les mauvais traitements sont fréquents et impunis.

Les autorités ont continué de promouvoir les colonies illégales en Cisjordanie et ont sévèrement restreint la liberté de mouvement des Palestiniens, renforçant encore les restrictions imposées par l’escalade de la violence à partir d’octobre, impliquant des attaques contre des civils israéliens et apparemment des exécutions extrajudiciaires pratiquées par les forces israéliennes. Les colons israéliens en Cisjordanie ont attaqué les Palestiniens et leurs biens en toute impunité. La bande de Gaza est restée sous le blocus militaire israélien qui a imposé une punition collective à ses habitants. Les autorités ont continué à démolir des maisons palestiniennes en Cisjordanie et à l’intérieur d’Israël, en particulier dans les villages bédouins de la région du Néguev/Naqab, en expulsant de force leurs résidents. » 

Prenons ceci par étape. Premièrement, les assassinats – ce que le rapport d’Amnesty appelle les « exécutions illégales » : environ quinze mille Palestiniens ont été tués « illégalement » par Israël depuis 1967. Parmi eux se trouvaient deux mille enfants.

 

L’emprisonnement des Palestiniens sans procès n’est pas démocratique

Une autre caractéristique de « l’occupation éclairée » est l’emprisonnement sans jugement. Un Palestinien sur cinq, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza a vécu une telle expérience.

Il est intéressant de comparer cette pratique israélienne avec des politiques américaines similaires dans le passé et le présent. Le mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) prétend que les pratiques américaines sont bien pires. En fait, le pire exemple américain fut l’emprisonnement sans jugement de cent mille citoyens japonais pendant la Seconde Guerre mondiale, et trente mille plus tard détenus sous la soi-disant « guerre contre la terreur ».

Aucun de ces chiffres ne se rapproche du nombre de Palestiniens qui ont connu un tel processus, y compris les très jeunes, les vieux, ainsi que les incarcérés à long terme.

L’arrestation sans jugement est une expérience traumatisante. Ne pas connaître les accusations portées contre vous, n’avoir aucun contact avec un avocat et pratiquement aucun contact avec votre famille ne sont que quelques-unes des préoccupations qui vous affecteront en tant que prisonnier. Plus brutalement, nombre de ces arrestations servent de moyen de pression sur les gens pour qu’ils collaborent. Répandre des rumeurs ou humilier les gens pour leur orientation sexuelle présumée ou réelle sont aussi fréquemment utilisées comme méthodes pour forcer la collaboration.

Quant à la torture, le site web fiable Middle East Monitor a publié un article déchirant décrivant les deux cents méthodes utilisées par les Israéliens pour torturer les Palestiniens. La liste est basée sur un rapport de l’ONU et un rapport de l’organisation israélienne des droits de l’homme B’Tselem. Entre autres méthodes, elle comprend des passages à tabac, l’enchaînement de prisonniers à des portes ou des chaises pendant des heures, en leur versant de l’eau froide et chaude, en écartelant les doigts et en tordant les testicules.

 

Israël n’est pas une démocratie 

Ce que nous devons contester ici, par conséquent, ce n’est pas seulement la prétention d’Israël à maintenir une occupation éclairée, mais aussi sa prétention à être une démocratie. Un tel comportement envers des millions de personnes sous son règne contrevient à de telles chicanes politiques.

Cependant, bien que de vastes parties de la société civile dans le monde nient à Israël sa prétention à la démocratie, leurs élites politiques, pour diverses raisons, la traitent toujours comme une membre du club exclusif des États démocratiques. À bien des égards, la popularité du mouvement BDS reflète les frustrations de ces sociétés avec les politiques de leur gouvernement à l’égard d’Israël.

Pour la plupart des Israéliens, ces contre-arguments sont au mieux inappropriés et au pire malveillants. L’État israélien s’accroche à l’idée qu’il est un occupant bienveillant. L’argument de « l’occupation éclairée » suggère que, selon le citoyen juif moyen en Israël, les Palestiniens sont bien mieux lotis sous l’occupation et qu’ils n’ont aucune raison d’y résister, encore moins de force. Si vous êtes un partisan non critique d’Israël à l’étranger, vous accepterez également ces hypothèses.

Il existe toutefois une partie de la société israélienne qui reconnait la validité de certaines des affirmations faites ici. Dans les années 1990, avec une certaine conviction, un nombre important d’universitaires, de journalistes et d’artistes juifs ont exprimé leurs doutes quant à la définition d’Israël comme démocratie.

Il faut du courage pour défier les mythes fondateurs de sa propre société et de son État. C’est pourquoi plusieurs d’entre eux abandonnèrent plus tard cette position courageuse et retournèrent à la ligne générale.

Néanmoins, pendant un certain temps durant la dernière décennie du siècle précédent, ils produisirent des œuvres qui remirent en question l’hypothèse d’un Israël démocratique. Ils ont dépeint Israël comme appartenant à une communauté différente, celle des nations non-démocratiques. L’un d’entre eux, le géographe Oren Yiftachel de l’Université Ben Gourion, a décrit Israël comme une ethnocratie, un régime qui régit un État ethnique mixte avec une préférence légale et formelle pour un groupe ethnique par rapport à tous les autres. D’autres sont allés plus loin, qualifiant Israël d’État d’apartheid ou d’État colonisateur.

Bref, quelle que soit la description de ces chercheurs critiques, la « démocratie » n’en faisait pas partie.

 

Ilan Pappé est un historien israélien et un activiste socialiste. Il est professeur au Collège des sciences sociales et des études internationales de l’Université d’Exeter, directeur du Centre européen d’études palestiniennes de l’université et co-directeur du Centre d’études ethno-politiques d’Exeter. Plus récemment, il est l’auteur de Ten Myths About Israel. Cet article a été publié pour le première fois par Jacobin

 

Histoire d’une campagne médiatique: l’affaire des Casques blancs syriens à Genève

par Guy Mettan,* directeur exécutif du Club de la presse de Genève et président de l’Association internationale des Press Clubs

Source : Horizons et débats, Zurich, 11 juin 2018

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2018/n-13-11-juin-2018/histoire-dune-campagne-mediatique-laffaire-des-casques-blancs-syriens-a-geneve.html

Les récents conflits qui ensanglantent la planète, du Donbass à la Syrie, de l’Afghanistan à la Libye, ont popularisé la notion de guerre hybride. Désormais les guerres ne se limitent plus à un «banal» combat militaire mais se livrent sur tous les plans, militaire, civil, médiatique, économique, social et religieux. La guerre classique, avec hélicoptères, drones téléguidés et kalachnikovs, se double toujours d’une guerre de l’information auprès des opinions publiques par les pays qui télécommandent ces conflits à distance, très loin du front, soit, avant tout, nos démocraties occidentales.

Le conflit syrien, qui dure depuis sept ans et qui recourt à toutes les formes de guerre hybride moderne, est un modèle du genre. En décembre dernier, il a brusquement fait irruption sur la scène suisse, à travers un événement d’apparence banal, à savoir une conférence de presse sur l’organisation syrienne des «Casques blancs», une ONG [Organisation non gouvernementale] fondée en 2013 par un ancien officier britannique et censée secourir les blessés et les victimes civiles des bombardements dans les zones rebelles, candidate au Prix Nobel de la paix, couronnée par un Oscar à Hollywood et habituellement présentée par les médias occidentaux comme un modèle de vertu humanitaire.
Largement financée, à hauteur de plusieurs douzaines de millions de dollars par an par les gouvernements américain, britannique et par les membres de l’OTAN, cette organisation, basée à Londres, jouit d’une forte présence médiatique en Occident et sur la chaîne qatarie Al-Jazeera grâce aux professionnels de la communication qui la conseillent.
Il est certain que les rebelles, islamistes ou non, ont le droit et même le devoir de secourir les blessés et les victimes civiles des combats et que dans ce cadre une organisation telle que les «Casques blancs» est légitime. Toutefois, leur impartialité est fortement contestée par nombre d’observateurs sur le terrain, divers analystes du conflit syrien aux Etats-Unis et, naturellement, par les médias officiels syriens et russes, leur reprochant de venir en aide exclusivement aux organisations rebelles et de servir d’instrument de relations publiques et de promotion de la cause rebelle en Occident. Puis, ils serviraient également de paravent aux combattants armés qui n’hésiteraient pas
à troquer leurs kalachnikov et leurs grenades contre leurs casques blancs dès que le besoin s’en fait sentir et que les caméras tournent.
D’autres arguments, comme l’absence totale de femmes dans leurs rang, et l’impossibilité pratique pour les organisations reconnues de secours aux blessés, telles que Médecins sans frontières et le CICR, d’intervenir dans leurs zones d’activité, jettent également un doute sur leur impartialité, leur indépendance et leur neutralité, qualités qui sont pourtant exigées de la part des ONG humanitaires en Occident.

Conférence de presse avec des intervenants critiques sur le rôle des Casques blancs 

C’est sur cette toile de fond que fin novembre dernier a surgi la polémique qui a plongé le Club suisse de la presse (CSP) que je dirige à Genève dans la tourmente et qu’il me paraît intéressante d’évoquer dans le cadre de cet article. Car, malgré son caractère anecdotique et ses enjeux limités, cette affaire est emblématique du fonctionnement des médias, en particulier lorsqu’ils se placent sur la ligne de démarcation de puissants intérêts internationaux divergents.
Mi-novembre, la Mission permanente de Russie prend contact avec le Club suisse de la presse afin d’organiser une conférence de presse avec trois intervenants critiques sur le rôle effectif des «Casques blancs» dans le conflit syrien. Après discussion, il est prévu d’organiser cette rencontre de presse l’après-midi du mardi 28 novembre, jour de la reprise des négociations sur la Syrie à l’ONU, et de donner la parole à trois personnes: Richard Labévière, ancien journaliste à la SSR, ancien rédacteur en chef à RFI [Radio France internationale], arabisant et spécialiste reconnu du Proche-Orient; Vanessa Beeley, journaliste d’investigation britannique, fille d’un ancien ambassadeur anglais au Moyen-Orient et reporter en Syrie pour le compte de la chaîne russe Russia Today (RT); et le président d’une petite ONG suédoise de médecins pour l’éthique humanitaire.

«Il faut en effet savoir que les médias, comme lors d’une chasse à courre, chassent en meute, chacun cherchant à être le premier à porter le coup fatal. Cet effet de panurgisme est caractéristique du fonctionnement médiatique, chaque média copiant l’autre de peur d’être accusé de complaisance avec la cible ou qu’un concurrent s’empare du trophée.»

Campagne d’intimidation de l’organisation faîtière des Casques blancs

Dès le 21 novembre, alors même que l’invitation publique à la conférence n’avait pas encore été envoyée aux médias, un tweet de la Syria Civil Defence (SCD ou Syrian Campaign), l’organisation faîtière des Casques blancs basée à Londres, me somme de m’expliquer sur cet événement, d’indiquer qui l’organise et pourquoi. Après plusieurs échanges et une fin de non-recevoir (nous n’avons pas à justifier nos choix puisque notre plate-forme est ouverte à tous, y compris aux Casques blancs s’ils le souhaitent) et une proposition de venir s’exprimer à Genève, le SCD étend sa campagne d’intimidation à l’ensemble des membres du comité du Club suisse de la presse. Pendant plusieurs jours, des dizaines de tweets exigeant l’annulation de cette conférence sont envoyés sur les comptes twitter du comité en provenance des membres du SCD et de leur cercle proche. Comment la Syrian Campaign a-t-elle été informée de la tenue de cette conférence alors qu’aucune information publique n’a été publié? Mystère!

Pressions de la part des «Reporters sans frontières»

Finalement, la pression augmentant, le Club de la presse diffuse l’invitation aux médias jeudi 23 novembre dans l’après-midi. Deux heures après, Reporters sans frontières Suisse (RSF) publie un communiqué indiquant qu’elle ne veut pas être associée à cette manifestation (RSF est membre du CSP) qu’elle juge inappropriée et demande son annulation pure et simple, avec copie à l’ensemble des membres du comité du CSP et à la presse locale.
En début de soirée, l’information est publiée sur le site de la «Tribune de Genève» et reprise par quelques médias. Dans le courant de la soirée, j’envoie une réponse pour m’étonner de cette initiative de la part d’une association de journalistes qui revendique «le droit d’informer et d’être informé librement partout dans le monde» et pour indiquer qu’une telle demande émane en principe de gouvernements dictatoriaux et non de défenseurs de la liberté d’opinion et qu’accepter d’annuler l’événement équivaudrait à une censure incompatible avec notre mission de plate-forme neutre et ouverte à l’ensemble des acteurs internationaux.

Campagne internationale de soutien pour la liberté d’expression

La «Tribune de Genève» publie cette réponse. La controverse devient publique et gagne en intensité. Des contrefeux s’allument et une campagne internationale de soutien à la conférence se met en place. Des dizaines et des dizaines de mails et de tweets sont envoyés au Club suisse de la presse pour l’enjoindre à ne pas céder aux pressions et à maintenir l’événement, en provenance d’universitaires, de chercheurs et de défenseurs de la liberté d’expression aux Etats-Unis, en Suède, en Grande-Bretagne, au Canada et même d’Australie et de Nouvelle-Zélande, et de Suisse bien sûr. Même un éminent membre du comité de parrainage de RSF Suisse m’envoie un message de soutien pour dénoncer les pressions de sa propre association!

La conférence de presse se tient comme prévu

Le mardi 28 novembre, la conférence de presse se tient comme prévu, en présence d’une soixantaine de personnes. Après lecture d’une mise au point sur les tentatives de censure et la campagne de soutien, les trois intervenants présentent leurs arguments, suivies de questions des journalistes présents, portant essentiellement sur la crédibilité et la légitimité des intervenants.

Certains médias lancent de nouvelles attaques contre le Club de la presse et son directeur

Le lendemain matin, la Radio romande rapporte l’affaire en titrant «Guy Mettan à nouveau accusé de servir de relais à la propagande russe» tandis que «Le Temps» titre sur 5 colonnes «Le Club suisse de la presse dans la tourmente syrienne. Son directeur est de plus en plus critiqué pour son manque de transparence». Les Casques blancs ne sont à peine ou pas du tout mentionnés. Les autorités genevoises sont interpelées et sommées de s’expliquer sur leur soutien au Club de la presse et les «doubles casquettes» de son directeur qui donne la parole à des intervenants «plus que douteux» sans indiquer les commanditaires de ses conférences de presse. A noter cependant que les médias genevois – «Tribune de Genève», «Le Courier» et Léman Bleu – restent factuels et s’abstiennent de prendre position.

Tentative de suppression de la subvention cantonale pour le Club de la presse

En fin d’après-midi, rebondissant sur la polémique, un député de la Commission des finances du Grand Conseil, appelée à voter le projet de budget cantonal 2018, propose un amendement pour supprimer la subvention cantonale au Club suisse de la presse (100 000 francs). Sa proposition est acceptée à une courte majorité.
Le lendemain, la polémique rebondit sur la RSR et dans «Le Temps», qui reprennent l’annonce de la suppression de la subvention en réitérant les critiques contre le directeur du Club et sa décision d’organiser la conférence sur les Casques blancs.
Les pressions sur le comité et contre ma personne enflent mais la majorité tient bon. La campagne internationale de soutien et de dénigrement repart également de plus belle car ces nouvelles péripéties sont immédiatement reprises sur les réseaux sociaux et traduites en anglais.
La situation devenant délicate suite à la suppression de la subvention, un ami spécialiste de la gestion de crise et des campagnes de dénigrement médiatique me conseille d’adopter la stratégie américaine du «stay behind» en évitant de monter en première ligne au risque de m’isoler et de servir de cible. Le président et la vice-présidente du comité répondent donc aux questions des journalistes. «Le Temps» refuse de publier ma mise au point sous prétexte que tout a déjà été dit …
La semaine suivante, le comité écrit au président du Conseil d’Etat François Longchamp pour lui demander la restitution de la subvention en séance plénière du Grand Conseil. Constatant que le Club a rempli sa mission conformément au contrat de prestation signé avec le canton, sans l’outrepasser, le président du Conseil d’Etat confirme qu’il déposera un amendement au budget dans ce sens.

Rencontres avec les représentants des médias et le Club de la presse

Deux jours après, une rencontre a lieu avec les représentants du «Temps» et des Editions Ringier afin que chacun puisse s’expliquer calmement, et non par médias interposés. Elle permet de faire baisser la tension, de mieux comprendre les intentions et les convictions réciproques. Et surtout elle permet de rétablir le contact, «Le Temps» décidant, quelques jours plus tard au terme d’un débat intense avec les autres membres du comité, de rester membre du Club de presse et de participer aux réflexions stratégiques sur son avenir devant prendre place en 2018. Une décision importante car, malgré les divergences et la vivacité de la controverse, il est essentiel de maintenir un pluralisme actif et un débat ouvert entre les divers membres du Club suisse de la presse.

Restitution de la subvention cantonale

Enfin, le vendredi 15 décembre, après d’intenses tractations et l’inévitable cortège d’attaques non étayées sur le prétendu manque de transparence, le népotisme (?), le «poutinisme» supposé de son directeur, etc., le Grand Conseil finit par voter la restitution de la subvention par 49 voix contre 17 et une trentaine d’abstentions. Une majorité très claire qui permet de ramener un peu de sérénité. Les médias rapportent la nouvelle, «Le Temps» saisissant à nouveau l’occasion d’énumérer la liste des reproches adressés au Club et à son directeur.

Démission de «Reporters sans frontières»

Dernier rebondissement le mercredi 20 décembre: à l’occasion d’une rencontre initiée par le président de Reporters sans frontières, Gérard Tschopp, ancien directeur de la Radio romande, vient remettre au Club de la presse une lettre annonçant la démission de RSF du CSP avec effet immédiat, avec copie aux membres du comité et aux médias. En soirée, l’émission Forum de la Radio suisse romande consacre un débat RSF-CSP sur le sujet et le lendemain matin «Le Temps» titre «Première défection au Club suisse de la presse», laissant entendre qu’elle pourrait être suivie de nombreuses autres… Le même journal refuse toujours de publier ma mise au point.
Les autres médias ignorent la nouvelle qui n’est reprise que sur le site du journal des journalistes, Edito, sur un mode plutôt équitable. De son côté, le site des Casques blancs publie un rapport de 46 pages pour dénoncer les journalistes qui les dénoncent, dont moi-même évidemment.
Voilà pour le déroulement de l’histoire, qu’on pourra examiner plus en détail en se référant aux articles et émissions consacrées à ce sujet.

«Un des problèmes majeurs des journalistes qui couvrent la politique internationale est le manque de diversité, le manque de moyens, l’absence de présence sur le terrain et, par-dessus tout, le fait qu’ils adoptent des postures morales plutôt que de chercher à vérifier l’information et confronter les faits et les opinions. La culture du doute a laissé la place à la culture de la certitude, fondée sur une division du monde entre le camp du Bien et celui du Mal.»

Trois leçons à retenir

A ce stade, deux questions se posent: pourquoi cette controverse a-t-elle éclaté alors que d’innombrables autres sujets controversés avec des intervenants beaucoup plus contestables ont été abordés au CSP sans susciter la moindre réaction de RSF ou des médias? Et qu’en est-il des reproches adressés au CSP? Sont-ils fondés? Fallait-il maintenir la conférence de presse? Quels enseignements tirer de cette expérience? Trois leçons me semblent pouvoir être retenues.

  1. A aucun moment, les médias ne se sont intéressés au sujet même de la conférence de presse, à savoir le rôle des Casques blancs et la vidéo, les faits et les arguments avancés par les conférenciers à leur encontre. La radio romande par exemple n’a pas dit un mot sur les Casques blancs: le sujet, pour ce média, a porté exclusivement sur ma personne et ma légitimité en tant que directeur présumé «pro-russe» du Club de la presse ainsi que sur la légitimité/crédibilité des conférenciers à s’exprimer sur ce sujet.
    Au lieu de s’interroger sur les éventuels dysfonctionnements des Casques blancs dénoncés exemples à l’appui par les intervenants, l’attention des médias s’est concentrée exclusivement sur les supposés «dysfonctionnements» du Club de la presse. Seule la «Tribune de Genève» a résumé ce qui s’était dit lors de la conférence de presse (tout en gardant une certaine réserve, ce qui n’est pas gênant). Faute de pouvoir s’attaquer aux faits et aux arguments, les attaques ont donc porté sur les personnes, afin de saper leur crédibilité auprès du public et par là réduire à néant leur possible impact.
  2. Le tir groupé de l’empire médiatique s’avère d’une efficacité destructrice redoutable lorsqu’il est coordonné. En l’occurrence, la campagne d’intimidation a mobilisé la société civile (Syrian Campaign et Reporters sans frontières); les réseaux sociaux, saturés par les tweets et mails; la presse écrite à travers le journal «Le Temps», prescripteur d’opinion en Suisse romande; et la Radio romande, organisme public de forte audience
    en matinale. Cet assaut concerté représentait un risque majeur de déstabilisation pour le Club de la presse, modeste plate-forme sans accès direct au public, et pour ma position de directeur de cette institution.
    Il faut en effet savoir que les médias, comme lors d’une chasse à courre, chassent en meute, chacun cherchant à être le premier à porter le coup fatal. Cet effet de panurgisme est caractéristique du fonctionnement médiatique, chaque média copiant l’autre de peur d’être accusé de complaisance avec la cible ou qu’un concurrent s’empare du trophée. Dans le cas présent, le risque d’emballement était considérable, comme on a pu le constater au même moment à l’occasion de la tourmente qui a fini par emporter le conseiller national Yannick Buttet, soupçonné de harcèlement envers ses collègues femmes. Une fois l’emballement créé, il est pratiquement impossible de l’arrêter.
  3. Dans notre cas, certains médias ont essayé plusieurs fois d’allumer la mèche et de propager le feu. Mais l’incendie n’a pas pris pour trois raisons:
    •    la cause était juste car le Club de la presse était dans son rôle en luttant contre la censure et en défendant la liberté d’expression contre ceux-là mêmes qui étaient censés en être les garants. En principe, constatant que les Casques blancs jouissaient d’un soutien gouvernemental et médiatique très large, RSF aurait dû prendre le parti des voix critiques et défendre le droit des minoritaires à s’exprimer, comme elle le fait quand elle défend les journalistes menacés par des régimes autoritaires. En demandant l’annulation d’une conférence de presse réservée aux journalistes, censés faire le travail d’information, elle s’est de fait mise en porte à faux avec ses propres valeurs, réduisant l’impact de ses arguments.
    •    l’ampleur des soutiens externes (campagne de soutien internationale) et internes (majorité du comité, médias locaux genevois, soutien du Conseil d’Etat et neutralité du DFAE [Département fédéral des Affaires étrangères] du fait que le Club de la presse avait respecté son mandat d’être au service des acteurs de la Genève internationale) ainsi que celui, très important psychologiquement, de mes amis et de ma famille. Etre isolé face à une campagne de harcèlement médiatique, c’est la garantie de finir lynché.
    •    en tenant cette conférence de presse, le Club suisse de la presse respectait son mandat, qui consiste notamment à être à disposition des acteurs de la Genève internationale – ambassades, ONG, organisations internationales – qui souhaitent s’exprimer devant les médias, sans distinction de races, de religion, de position sociale, de pays ou de parti politique. Il était donc inattaquable de ce point de vue, quelle que soit l’opinion qu’on puisse avoir sur le sujet évoqué ou les intervenants pressentis.

En conclusion, il est pratiquement impossible de faire bouger un média ou des journalistes quand ils privilégient la posture morale sur le devoir d’informer. Un des problèmes majeurs des journalistes qui couvrent la politique internationale est le manque de diversité, le manque de moyens, l’absence de présence sur le terrain et, par-dessus tout, le fait qu’ils adoptent des postures morales plutôt que de chercher à vérifier l’information et confronter les faits et les opinions. La culture du doute a laissé la place à la culture de la certitude, fondée sur une division du monde entre le camp du Bien et celui du Mal. En l’occurrence, la grande majorité des médias a très tôt adopté une lecture manichéenne du conflit syrien de type «Bachar-le-Boucher-de-son-peuple et criminel de guerre» contre «héroïques rebelles défenseurs de la liberté». Dès lors, tout fait, tout argument, tout récit qui viendraient contredire cette thèse sont écartés et toute voix critique se trouve immédiatement discréditée comme «agent de Poutine», «suppôt du régime», «ennemi des droits de l’Homme et du peuple syrien».
Comment fonctionne la désinformation?
Le canevas du mensonge d’Etat ou de la désinformation suit des règles précises et fonctionne toujours de la même manière. En se fondant sur les principes élémentaires de la propagande définis par la chercheuse de gauche belge Anne Morelli, on peut les synthétiser en sept points comme suit:

  1. nous n’avons pas voulu la guerre et ce n’est pas nous qui avons commencé: seul notre adversaire/ennemi est responsable du conflit. C’est ce que j’appelle la phase de mise en accusation.
  2. les dirigeants ou partisans de l’ennemi sont inhumains et ont le visage du diable, soit la phase de diffamation/diabolisation. Cf. Serbie 1999, Saddam Hussein 2003, Syrie et Libye 2011, Venezuela dès 2013.
  3. nous défendons une noble cause, tandis que l’adversaire ne défend que ses intérêts particuliers ou pire, ses intérêts nationaux. La cause de l’adversaire est vile, indigne, égoïste tandis que nous défendons un idéal, les Droits humains, la démocratie, la liberté, la libre entreprise. Nous incarnons le Bien, ils incarnent le Mal. C’est la phase de moralisation.
  4. l’ennemi nous a sciemment provoqué. Si nous commettons des bavures ou des erreurs, c’est involontairement et parce que l’ennemi nous trompe ou nous provoque. Dans son combat, l’ennemi est prêt à tout y compris à utiliser des armes non autorisées (attaques au gaz ou attaque contre un avion civil dans le cas du MH 17 en Ukraine). Il est aussi le seul à user et abuser des «fake news», des attaques de trolls et du hacking électoral tandis que nous, nous respectons le droit de la guerre, les Conventions de Genève, la déontologie des journalistes et le souci d’impartialité. Jamais nous ne serions capables de participer à une guerre de l’information ou à de la propagande: c’est la phase du bourrage de crâne ou du conditionnement de l’opinion publique.
  5. nous ne subissons pas ou très peu de pertes, en revanche celles de l’ennemi sont très lourdes (phase de minimisation).
  6. les artistes, les scientifiques, les universitaires, les experts, les intellectuels et les philosophes, les ONG et la société civile nous soutiennent alors que l’ennemi est isolé dans sa tour d’ivoire et coupé de la société (phase d’extension du domaine de la guerre douce).
  7. otre cause revêt un caractère sacré et celles et ceux qui la remettent en question sont des vendus à l’ennemi (phase de sacralisation).

C’est ainsi qu’on finit par aboutir à une représentation totalitaire du monde, qui proscrit toute vision dissidente comme traître à la mission noble et sacrée que l’on s’est donnée: l’asile psychiatrique, l’ostracisme social et l’interdiction de travail ne sont plus très loin… Quand elle a cessé d’être pluraliste, la démocratie n’est pas moins liberticide que l’autocratie: après tout, ce sont des «démocrates» athéniens qui ont condamné à mort Socrate pour avoir corrompu la jeunesse avec sa «propagande» philosophique …    •

 

Casques blancs

jpv. Début 2013, cette prétendue organisation de protection civile privée a été créée par un ancien officier britannique et expert de sécurité et de renseignement. Il est frappant qu’elle ne soit présente que dans les parties de la Syrie occupées par les djihadistes. Selon diverses sources, les Casques blancs sont une création de gouvernements occidentaux. Une agence de communication s’est occupée à en faire des «héros». Ils s’engagent pour une intervention militaire des Etats-Unis et un changement de régime en Syrie. Les plus gros donateurs sont USAID, le gouvernement britannique, le Japon et divers Etats européens, ayant déboursé depuis 2014 au total au moins 50–80 millions de dollars.

 

Club suisse de la presse

jpv. Le Club suisse de la presse dirigé par Guy Mettan a une excellente réputation: depuis 1997, il a organisé plus de 2000 rencontres avec des intervenants allant de Fidel Castro à Henry Kissinger et de Jean Ziegler à Klaus Schwab. Pour novembre 2017 était prévue une conférence de presse avec des intervenants critiques face aux Casques blancs actifs en Syrie et très populaires parmi les médias occidentaux. C’est alors que débuta une chasse aux sorcières politiques.
L’organisation britannique The Syria Campaign exigea l’annulation immédiate de cette rencontre. Ont suivi les interventions de la directrice du Syria Institute washingtonien, d’un Senior Fellow bien connu de l’Atlantic Council, de la responsable pour la Syrie de la fondation allemande Heinrich-Böll-Stiftung, d’un diplomate britannique spécialiste du Proche-Orient ainsi que d’autres acteurs provenant des deux côtés de l’Atlantique.
Finalement, la section suisse de Reporters sans frontières fut activée. En tant que membre du Club de la presse, elle s’est distanciée de cette réunion planifiée en demandant son annulation, notamment parce que certains intervenants du Club de la presse se seraient déjà exprimés dans les médias étatiques russes, ce qui en aurait fait des «outils de la propagande russe».
Guy Mettan, en tant que directeur du Club suisse de la presse a maintenu la réunion prévue – à plus forte raison parce que le Club de la presse avait auparavant déjà invité des éminentes personnalités critiques face au Kremlin.
Le fait que ce soit précisément l’ONG «Reporters sans frontières» qui ait exigé l’annulation d’une rencontre journalistique a suscité un grand étonnement auprès de nombreuses personnes. Cependant, il faut prendre en compte que Reporters sans frontières est cofinancé par le National Endowment for Democracy (NED), lui-même financé par des agences gouvernementales des Etats-Unis, et a déjà à plusieurs reprises utilisé son influence présumée dans le passé pour attaquer des opposants géopolitiques et des dissidents à des moments cruciaux.
Mais surtout, cet incident montre une fois de plus les limites très étroites auxquelles les journalistes des pays de l’OTAN et même de la Suisse neutre sont confrontés quand il s’agit de questions géopolitiques. Dans les rapports annuels de Reporters sans frontières, on n’en apprend pratiquement rien.
La fermeté de Guy Mettan et son engagement en faveur des droits protégés par la Constitution, tels que la liberté de réunion et la liberté de la presse dans le contexte actuel de l’histoire contemporaine, sont des raisons suffisantes pour remercier ce courageux compatriote romand.


Ce texte est la version révisée d’une conférence donnée par Guy Mettan sur invitation de la Coopérative Zeit-Fragen.

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* Guy Mettan, né en 1956, vit à Genève et est double-national helvético-russe. Après des études de sciences politiques, il est journaliste auprès des publications suisses romandes Temps stratégique, Bilan et «Nouveau Quotidien». De 1993 à 1998, il est directeur et rédacteur en chef de la «Tribune de Genève». En 2001, il est élu au Grand Conseil genevois sous les couleurs du PDC et préside le Conseil en 2009/2010. Plus tard, il est nommé président de la Chambre de commerce Suisse romande-Russie et vice-président de la Chambre de commerce Suisse-Afrique de l’Ouest. Depuis 2006, il préside la Croix-Rouge genevoise. Il est directeur exécutif du «Club suisse de la Presse» depuis 1998. Guy Mettan a publié en 2015 le livre «Russie-Occident, une guerre de mille ans: de la russophobie de Charlemagne à la crise ukrainienne» (Editions des Syrtes).

 

Grâce à la protection américaine, Israël viole délibérément le droit international

par Michel Raimbaud

Source : RT France 3 juin 2018

https://francais.rt.com/international/51278-gaza-ex-ambassadeur-francais-michel-raimbaud-tolerance-israel-infinie

Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France au Soudan et en Mauritanie, estime qu’Israël viole délibérément le droit international car il bénéficie de la protection américaine. Selon lui, tant que cette permissivité subsistera, rien ne changera. 

 

Invité sur le plateau de RT France le 3 juin pour commenter le récent veto des Etats-Unis à une résolution de l’ONU visant à protéger les Palestiniens dans la bande de Gaza et en Cisjordanie occupée, l’ancien ambassadeur de France au Soudan et en Mauritanie, Michel Raimbaud, a estimé que l’Etat hébreu était exempté de toute condamnation grâce à l’appui de Washington.

«Je pense qu’on supporte des comportements de la part d’Israël qu’on ne supporterait probablement pas de la part d’autres Etats. Il y a une tolérance presqu’infinie […] envers toutes les violations multiples du droit international, y compris du droit humanitaire, de la part d’Israël […] Il n y a pas beaucoup d’Etats dans le monde qui pourraient se permettre un tel comportement à part [les Etats-Unis d’]Amérique», a-t-il déploré.

Interrogé sur la proposition de résolution américaine à l’ONU, visant à condamner les agissements du Hamas comme étant responsable de la récente vague de violences, Michel Raimbaud a estimé que l’attitude des Etats-Unis dans le conflit israélo-palestinien défiait tout «sens commun et toute intelligence diplomatique».

«On dit que la pensée néoconservatrice qui est à l’œuvre en Amérique, en Israël et ailleurs dans le monde […] est le degré zéro de la pensée politique […] La vision qu’a Benjamin Netanyahou de l’avenir de la région et de ses dangers, c’est vraiment un degré zéro de la vision», a-t-il par ailleurs ajouté.

Pour l’ancien ambassadeur, il n’est pas nécessaire de chercher une logique dans le comportement d’Israël, qui selon lui, a décidé que «le droit [international] était fait pour les autres mais qu’il n’était pas fait pour [lui]».

Enfin, il s’est étonné que les appels à la retenue d’une partie de la communauté internationale soient également adressés aux Palestiniens : «C’est comme si l’on demandait, lorsqu’il y a une situation de crime, la même retenue à celui qui tue et à celui qui se fait tuer.»

 

Les frappes militaires contre la Syrie doivent être jugées par la Cour pénale internationale

par Eva Maria Barki*

Horizons et débats (Zeit Fragen)

Zurich, 23 mai 2108

 

«Seul le ministre des Affaires étrangères de la Suisse Ignazio Cassis a critiqué les Etats-Unis dans une interview accordée à la ‹Neue Zürcher Zeitung›. Il a souligné que l’on a déjà déclenché des guerres sous faux prétexte, comme par exemple contre l’Irak.»

 

Les frappes militaires des Etats-Unis, perpétrées de commun accord avec la France et la Grande-Bretagne, illustrent avec une clarté effarante l’obstination des Etats-Unis – depuis la chute de l’Union soviétique la seule superpuissance restante – à imposer leurs intérêts par la politique de force de manière conséquente et sans entraves aucunes. Cela est en complète contradiction avec l’article 2 de la Charte des Nations Unies exigeant l’obligation de respecter la souveraineté d’un Etat et l’interdiction de la menace et de l’application de la force.
Basée sur la nouvelle doctrine de l’OTAN de 1999 – l’usurpation du droit de conduire des opérations militaires en guise de «prévention» aux conflits et aux dangers même en dehors du territoire de l’OTAN et sans mandat des Nations Unies –, on déclare des interventions militaires contre des Etats souverains comme politiquement légitimes (R2P – Responsibility to Protect). La Yougoslavie en fut le précédent, puis suivirent l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, et actuellement la Syrie.
L’ancien commandant en chef de l’OTAN Wesley Clark informa en 2003 que la Syrie était déjà prévue comme cible d’une action militaire américaine, depuis la guerre contre l’Irak. Le président George W. Bush déclara en 2003: «En Irak, il ne s’agit pas que de l’Irak. Ce n’est qu’une partie du modèle». James Steinberg, expert des Affaires extérieures à Washington, le précisa: La Syrie cause des soucis aux USA, parce qu’elle est capable de déranger l’ordre d’après-guerre.
Alors voilà la vraie raison des frappes militaires: faire revivre l’accord de Sykes-Picot (répartition du Proche-Orient pendant la Première Guerre mondiale, par analogie de l’Allemagne et de la monarchie austro-hongroise, ndlr.), cette fois-ci sous la houlette des Etats-Unis. L’influence dans la région, mise en cause par la Russie, doit être rétablie. Les Américains semblent avoir oublié que l’objectif de guerre formulé par leur président de l’époque Wilson d’accorder aux peuples leur droit à l’autodétermination fut manqué, et demeure bafoué par la plupart des gouvernements – bien qu’entretemps, a eu lieu son inscription dans les deux pactes de l’ONU sur les droits de l’homme.
Ce bombardement par des missiles était visiblement un test – Gorbatchev appelait cela un «entrainement préparatoire». Les Etats-Unis se sont explicitement réservé le droit d’effectuer d’autres opérations militaires. Ils ont déjà menacé le président Assad de nouvelles frappes, car selon les dires du gouvernement français, l’arsenal d’armes chimiques «n’a pas entièrement été détruit». Il semble qu’on voulait tester la réaction de la communauté internationale des Etats. Seul le ministre des Affaires étrangères de la Suisse Ignazio Cassis a critiqué les Etats-Unis dans une interview accordée à la «Neue Zürcher Zeitung». Il a souligné que l’on a déjà déclenché des guerres sous faux prétexte, comme par exemple contre l’Irak. Auparavant, Cassis s’était déjà prononcé à l’ONU contre le droit du plus fort dans les relations internationales. L’Autriche, également neutre, rechigna devant la critique. Le droit international est l’arme des petits pays. En Autriche, Felix Ermacora avait encore utilisé cette arme avec succès et avait ainsi procuré à son pays un grand prestige. Maintenant, l’Autriche a déposé cette arme de manière inconsidérée.
Cependant, le vrai scandale est que l’Union européenne s’est déclarée «solidaire avec ses alliés» et a salué l’action militaire comme «plein succès». La chancelière allemande a caractérisé les frappes comme «nécessaires et équilibrées». Et ceci alors qu’on reproche à la Hongrie un manque démocratique sur la base de faits erronés et de fausses informations, qu’on réprimande le pays parce qu’il respecte les normes européennes, que l’UE ignore le droit à l’autodétermination du peuple des Catalans et que les agissements brutaux de l’Espagne en Catalogne sont tolérés, que le droit à l’autodétermination du peuple de la Crimée n’est pas respecté et que la Fédération de Russie est soumise à des sanctions illégales sur la base de la fausse accusation d’annexion. En même temps donc, le fait que les Etats-Unis soient coupables – à plusieurs reprises – d’agressions contraires au droit international n’est pas condamné, mais plus encore avalisé et loué!
Tant l’aide fournie aux milices terroristes en Syrie avec le but de renverser le gouvernement légitime ainsi que les frappes militaires répétées contre la Syrie représentent un crime d’agression qui devrait être soumis à la compétence de la Cour pénale internationale. Dans le droit international, il n’y a que deux normes correspondant au droit coercitif (ius cogens): l’interdiction de la violence et le droit des peuples à l’autodétermination. L’Union européenne a ignoré et donc violé les deux normes. Cela correspond à l’abrogation complète du droit international, à la fin de la sécurité juridique internationale et donc à un sérieux danger pour la paix mondiale!

 

*    Eva Maria Barki, docteur en droit et avocate, est née à Nikitsch (Autriche) en 1943. Elle a des origines hongroises, italiennes et croates. Après ses études de droit à Vienne, Mme Barki a acquis son diplôme d’avocat et dirige depuis son propre cabinet juridique à Vienne. Elle est spécialiste internationale pour les droits des nationalités et des communautés ethniques.

 

Source: Wegwarte. Folge 2, Mai 2018, Mitteilungen der Initiative Heimat & Umwelt, ihu(at)a1.net

 

Article 2 al. 4 de la Charte de l’ONU

[…]
4. Les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.

Il n’y a pas de quoi être fier de la participation de la France au bombardement de la Syrie

Les Français veulent des chefs, c’est vrai, mais des chefs libres

 par Roland Hureaux*, essayiste, France

Horizons et débats

Zurich

4 mai 2018

 

J’ai trois fois honte de la France après que ses forces aient, dit-on, participé aux «frappes» (admirable euphémisme signifiant simplement bombardement) en Syrie.
D’abord, parce que le point de départ de ces supposées actions punitives est un mensonge. Tous ceux qui suivent les affaires syriennes depuis plusieurs années savent qu’on n’a jamais pu imputer avec certitude l’usage d’armes chimiques à Bachar el-Assad: le général James Mattis, secrétaire d’Etat américain à la Défense, l’a reconnu récemment. Ce fut le cas, en particulier, dans la même Ghouta (qui fait parler d’elle aujourd’hui), le 21 août 2013, où, après un tollé international semblable à celui que nous venons de connaître, il s’est avéré, en fin de compte, qu’il s’agissait d’une provocation du groupe islamiste Al-Nosra (Al-Qaïda). En interdisant à son gouvernement d’intervenir, le Parlement britannique avait alors évité une escalade très dangereuse. Comment Assad serait-il assez fou pour utiliser des armes chimiques, au demeurant peu opérantes, alors qu’il vient de gagner la partie? Il n’est pas de la vocation de la France de risquer la vie de ses soldats pour des mensonges.
Ensuite, parce que notre pays donne, dans cette affaire, le sentiment de s’être totalement inféodé à l’OTAN, et donc aux Etats-Unis. Il est comme le roquet qui suit le gros chien – et parfois tente de le précéder. Indigne rôle que le Président Macron lui fait jouer. Il espère, sans doute, qu’une action militaire le rendra populaire; sûrement pas dans ces conditions. Les Français veulent des chefs, c’est vrai, mais des chefs libres. Il y a peu de chances qu’ils lui sachent gré de cette lamentable expédition.
Enfin, parce que l’entreprise, quel qu’en soit le résultat, est vue par le reste du monde pour ce qu’elle est: les riches et les puissants bombardent les pauvres et les faibles, et cela, circonstance qui rend la chose plus abjecte, au nom de la morale. Est-il vraiment dans la mission de la France de s’associer à ce genre d’action?
La France du général de Gaulle fut aimée dans le monde précisément parce qu’elle avait su échapper à cette logique en prenant ses distances avec les Etats-Unis, tout en demeurant son allié sur l’essentiel. De même, on sait combien Chirac se rendit populaire en refusant de participer, en 2003, à l’expédition contre l’Irak, dont on connaît les suites désastreuses.
Ajoutons qu’en Syrie, le sort des chrétiens d’Orient est en jeu. En conférant du crédit aux djihadistes, qui ont probablement organisé le simulacre d’attaque à l’arme chimique pour l’imputer au gouvernement Assad, et en bombardant la Syrie, les Occidentaux continuent de faire indirectement la guerre aux chrétiens d’Orient, qui sont une des cibles majeures des Frères musulmans que nous soutenons.
Cette position est particulièrement déshonorante pour la France qui avait, depuis François Ier, la mission de les protéger. Il est un peu scabreux d’avoir compati sur leur sort devant les évêques de France pour les combattre immédiatement après sur le terrain.
Non il n’y a pas de quoi être fier de la participation des forces françaises aux «frappes» sur la Syrie.    •

 

* Roland Hureaux, né en 1948, est historien et essayiste français avec une carrière universitaire, administrative et politique. Dans les années 1990, il était conseiller de Philippe Séguin, lors de sa présidence de l’Assemblée nationale. Actuellement, il est président de l’association «Mouvance France», hors des partis politiques. Au cours des 20 dernières années, il a publié d’un point de vue souverainiste et gaulliste une douzaine de livres et un grand nombre d’articles, d’essais et d’analyses sur des sujets politiques et sociétaux.

 

Le Temps insolite !

par Ivo Rens

 

Le Temps, titre de référence de la presse suisse, et de révérence coite face aux violations systématiques de la Charte des Nations Unies par les Puissances occidentales, publie, dans une rubrique prudemment libellée OPINION, un article dénonçant ces violations en Syrie. Il est intitulé : “Frappes illégales contre la Syrie.”

Ce article paru dans l’édition du 25 avril 2018, en page 10, est dû à un certain Etienne Henry, probablement un chercheur en droit international public. Certes, cet auteur ne se démarque pas entièrement de la doxa dominante lorsqu’il affirme que la Syrie aurait violé à plusieurs reprises la résolution du Conseil de sécurité lui interdisant les armes chimiques. C’est là, me semble-t-il, une accusation contestée et controversée dont le bien fondé est loin d’avoir été démontré. A plusieurs reprises, en effet, certains groupes d’insurgés pourraient bien avoir fait usage de ces armes contre le Gouvernement syrien, avec l’appui des services de l’une ou l’autre des Puissances occidentales désireuses d’opérer un changement de régime en Syrie.

Cette réserve étant posée, il est remarquable que Le Temps s’avise enfin que subsistent encore la Charte des Nations Unies et un système juridique de sécurité collective, nonobstant leur constante violation par les Etats membres de l’OTAN.

 

Ivo Rens

28 avril 2018.

 

Bombardement de la Syrie: le droit international bafoué

par Etienne Henry,

Source : Le Temps, Lausanne, 25 avril 2018

https://www.letemps.ch/opinions/bombardement-syrie-droit-international-bafoue

 

 

OPINION. Les frappes des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni sur la Syrie sont illégales en regard du droit international, écrit le chercheur Etienne Henry. Elles ouvriraient même un droit de riposte de Damas et ses alliés.

 

Certains se sont prononcés en faveur des récentes frappes aériennes contre des sites présumés de production et de stockage d’armes chimiques en Syrie. Ceci sans s’appesantir sur les aspects juridiques. Quel que soit l’avis que l’on se fasse de leur utilité immédiate et de leur légitimité politique ou morale, on ne saurait ignorer que ces attaques constituent une violation manifeste de l’interdiction de la menace et de l’usage de la force, ancrée à l’article 2 de la Charte des Nations unies. Elles ne pourraient se justifier qu’en cas de légitime défense ou d’autorisation par le Conseil de sécurité – ce qui n’est ici pas le cas.

Lors de frappes similaires menées en avril 2017, Donald Trump n’avait pas même tenté de se justifier, confirmant le peu de cas qu’il fait du droit international. Cette fois, les Etats intervenants n’ont pas fait front commun sur ce plan et chacun y est allé de son grain de sel, trahissant ainsi la faiblesse de leur position.

La France soutient que la résolution 2118 lui permet d’agir, en quelque sorte par substitution du Conseil de sécurité. Pour rappel, ladite résolution a été adoptée le 27 septembre 2013 dans le contexte de l’engagement pris par Bachar el-Assad de ne pas utiliser d’armes chimiques et de détruire les stocks existants. Le Conseil menaçait alors de prendre d’autres mesures en cas de non-respect par la Syrie. On sait que celle-ci a plusieurs fois violé la résolution et que le Conseil s’est avéré incapable de remédier à la situation – ce que l’on ne peut que déplorer. Mais cela ne saurait conférer à un Etat agissant seul le droit de contourner les procédures onusiennes. De tels arguments avaient d’ailleurs été rejetés avec fermeté par la France lors de l’invasion de l’Irak en 2003.

Au nom de l’intérêt national

Quant au Royaume-Uni, il se prévaut d’un prétendu droit d’intervention humanitaire. Or un tel droit, reconnu par une poignée d’Etats, n’est pas compatible avec la Charte. Il a été clairement rejeté par l’Assemblée générale. Selon Dapo Akande, professeur à l’Université d’Oxford, l’argument ne convainc guère, même si l’on acceptait l’existence d’un tel droit. En effet, les frappes ont eu lieu après les faits et dénotent ainsi une intention punitive plutôt que préventive – malgré les déclarations d’intention à cet effet. Après avoir tracé une «ligne rouge» et proféré des menaces, le président Emmanuel Macron et ses alliés sont avant tout soucieux de leur crédibilité. En outre, la décision ne repose pas sur le constat d’une «détresse humanitaire extrême» par la communauté internationale. Au contraire, elle a eu lieu avant le déploiement des enquêteurs internationaux, alors que les faits restent controversés. Finalement, on peut s’interroger sur le choix de l’inaction face aux bombardements indiscriminés par le biais d’armes conventionnelles, et de l’intervention en cas d’emploi d’armes chimiques. La raison est sans doute à chercher dans la vulnérabilité des Etats occidentaux face aux armes chimiques; ceux-ci ont donc un intérêt à éviter leur prolifération.

Les frappes ont eu lieu après les faits et dénotent ainsi une intention punitive plutôt que préventive

Or c’est bien au nom de l’intérêt national que la première ministre Theresa May et le président Donald Trump prétendent justifier les frappes. Selon la représentante des Etats-Unis au Conseil de sécurité, la diplomatie ayant échoué, il devenait légitime de recourir à la force militaire. Il y aurait donc épuisement de l’obligation de régler les différends pacifiquement, ce qui ouvrirait la voie à l’usage de la force militaire: après le temps des palabres, le temps des missiles… Un tel argument ne saurait être admis sans rendre totalement inopérants l’interdiction du recours à la force et le système de sécurité collective.

Violation de la Charte

Cette indigeste bouillabaisse d’arguments, dont certains s’avèrent mutuellement contradictoires, ne rend que plus évidente l’illégalité des frappes, qui peuvent être qualifiées de représailles armées, en violation du droit international. Cet acte d’agression caractérisé ouvre le droit pour la Syrie de riposter par la force de manière proportionnée, au besoin avec l’assistance de ses alliés dans le cadre du droit de légitime défense collective.

Toutes ces tentatives de justification ont en commun leur caractère unilatéraliste. Comme le remarque Olivier Corten, professeur à l’Université libre de Bruxelles, elles s’apparentent à la pratique du XIXe siècle: «On revient à l’idée que les grandes puissances peuvent unilatéralement faire de la justice privée au nom de leur propre conception de ce qu’il faut faire ou pas.» Il ne fait aucun doute que les rivaux des Etats occidentaux ont pris note de ce précédent et qu’ils n’hésiteront pas à l’invoquer, si l’occasion se présente.

Les efforts en vue de substituer un système de sécurité collective à l’anarchie belliqueuse seraient-ils sur le point d’être balayés? Pour éviter une telle dérive, il serait temps que la majorité silencieuse des Etats, à commencer par la Suisse, dénonce fermement et de manière non sélective les violations de la Charte. Il ne s’agit pas de prendre fait et cause pour l’un ou l’autre camp, mais de s’engager pour le maintien d’un système qui, malgré ses évidentes faiblesses, a le mérite d’exister et qui vaut sans doute encore mille fois mieux que l’anarchie totale et la loi du plus for