La destruction de la Libye. L’Occident criminel.

Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France, interviewé par Lawrence Desforges
25 novembre 2017
Source : https://globalepresse.net/2017/11/25/interview-de-michel-raimbaud-ancien-ambassadeur-de-france-sur-le-cas-de-la-libye/

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Michel Raimbaud est un vétéran français du milieu diplomatique, ayant servi comme Ambassadeur de France en Mauritanie, en Somalie et au Zimbabwe pendant des années. Désormais retiré du corps diplomatique il se consacre à des travaux académiques en lien avec son domaine d’expertise, nommément le monde arabo-musulman en général. Auteur du livre remarqué « Tempête sur le Grand Moyen-Orient » paru en 2015 qui traite des menées néo-impérialistes occidentales dans cette région du monde, il a accepté de nous recevoir à son domicile dans la campagne française pour évoquer le drame libyen où l’Occident est entré comme un voleur et un boucher en 2011, pour n’y laisser que des ruines et des abîmes de malheur.
La Libye du « Guide », le Colonel Mouammar Kadhafi, était le pays d’Afrique doté du revenu par habitant le plus élevé grâce à la gestion saine de la manne pétrolière libyenne par le gouvernement institué par Kadhafi en 1969, à la suite du renversement du Roi Idriss Ier qui vampirisait les ressources du pays au profit des cartels pétroliers européens. L’éducation scolaire y était gratuite pour tous comme les soins médicaux, l’essence largement abordable (non surtaxée) et le pays connaissait un taux de développement humain inédit depuis très longtemps dans cette portion de l’Afrique du Nord.
Le Colonel Kadhafi avait refondu l’OUA en « Union Africaine » tout court, qui devait être étayée par l’introduction d’un « dinar or » appuyé sur les réserves d’or libyennes que Kadhafi avait sagement amassées au fil des ans grâce aux énormes bénéfices issus de la vente des produits pétroliers dont le pays était, et demeure si riche. Ayant prévu le besoin de diversification de l’économie libyenne il l’avait préparée par une diplomatie de coopération de type « gagnant-gagnant » idoine à celle dont se vante la Chine par l’investissement direct dans les économies vivantes de ses voisins, faisant de lui l’un des hommes les plus populaires de l’histoire africaine récente, et à juste titre.
Ce fut une telle aventure de réussites et de succès que vint fracasser la cabale occidentale emmenée par les USA, les bras serviles de l’OTAN, la politique étrangère israélienne profonde et les chiens de guerre takfiris déchaînés par le régime wahhabite aliéné d’Arabie Saoudite et ses complices du Golfe Persique. Comme si les maîtres dégénérés et consanguins des anciennes cours européennes, recyclés outre-Atlantique et outre-Méditerranée (en Palestine…) en « démocraties d’apparat », jaloux de voir la réussite sur le lit de leurs échecs, n’avaient pu, su et/ou voulu se retenir d’y déverser leur haine atavique par un flot de bombes, de meurtres et de rapines.
Heureusement la vie est résiliente et l’esprit humain aussi et, malgré six ans de tortures quotidiennes la nation libyenne oeuvre à se relever de ses cendres, par de nouvelle évolutions politiques encore aujourd’hui axées autour de plusieurs autorités distinctes, un gouvernement militaire dirigé par le Maréchal Haftar, un gouvernement civil issu du « CNT » libyen dirigé par Fayez el-Sarraj et, dans les zones désertiques du sud avec il est vrai, beaucoup moins de visibilité politique et diplomatique, le conseil des tribus libyennes dont la tête de proue n’est nul autre que le fils du Colonel Mouammar Kadhafi, Saïf al-Islam.
Depuis l’enregistrement de cette interview, de nombreuses révélations ont atteint le grand public concernant les immondes trafics d’êtres humains qui ont eu cours en Libye depuis 2011, dont la majorité des victimes ont été des Africains sub-sahariens que le Guide avait conviés en Libye, alors qu’il était encore au pouvoir, pour participer à l’essor de son pays et par rebond à celui de leurs pays voisins d’origine. Ces ignominies sont également à mettre à la charge des faiseurs de guerre occidentaux qui ont détruit la Libye voici six ans pour en faire une terre sans foi ni loi.
Il convient de donner son soutien au peuple libyen qui se débat dans les affres des douleurs où l’Occident criminel l’a plongé, et d’en faire écho à nos gouvernements.
Lawrence Desforges, le 25 novembre 2017

 

 

Reporters sans frontières contre la liberté de la presse ?

par Ivo Rens

Le Club suisse de la presse dirigé par Guy Mettan, qui organise chaque année quantité de débats, en a prévu un le mardi 28 novembre au sujet des “Casques blancs” qui se sont manifestés à Alep avant sa reprise par l’Armée arabe syrienne à la fin de l’an dernier.
Rendus populaires par un film britannique “oscarisé”sorti en 2016, les Casques blancs ont été couverts d’éloges par les médias occidentaux, ce qui leur a valu des distinctions et même d’être présentés comme candidats au Prix Nobel de la Paix.
Toutefois, des témoins et plusieurs auteurs ont mis en cause leur rôle au service, non point de la protection civile des habitants d’Alep, mais de la respectabilité des insurgés terroristes soutenus notamment par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France.
Le Club suisse de la Presse a invité à animer ce débat trois personnalités dont une, Vanessa Beeley, est une journaliste connue pour avoir dénoncé l’imposture des “Casques blancs” et deux autres dont les avis sur la question nous sont inconnus.
Curieusement, l’ONG Reporters sans frontière a adressé une lettre au vitriol à Guy Mettan, mettant en cause la “soi-disant journaliste” Vanessa Beeley et l’un des deux autres participants au débat. Ce qui frappe dans la lettre de Reporters sans frontières, c’est non seulement sa virulence – il demande l’annulation du débat – mais aussi le style “novlangue” qui reprend la terminologie des médias français lesquels parlent constamment du “régime syrien” en lieu et place du Gouvernement syrien.
Nous reproduisons ci-après la lettre de Reporters sans frontière et la réponse de Guy Mettan qui maintient l’organisation de ce débat, au nom de la liberté de la presse.

Ivo Rens 24 novembre 2017

 

The Geneva Press Club – Club suisse de la Presse,
has the pleasure to invite the international press, the Swiss press
and its members to a film projection and a conference entitled :

« They don’t care about us”.
White Helmets true agenda

With

Vanessa Beeley
Independent investigative journalist and photographer
from Great Britain specializing in the Middle East.
Associate editor at 21st Century Wire.

Richard Labévière
French journalist specializing in the Middle East and international terrorism,
editor of the internet portal “Proche et Moyen Orient”

Prof. Marcello Ferrada De Noli
Chairman of the NGO Swedish Doctors for Human Rights,
editor of the online magazine The Indicter

Tuesday, November 28th 2017 at 3 p.m.
« La Pastorale » Route de Ferney 106, 1202 Genève
(Bus 5 – Direction : Aéroport – Arrêt : Intercontinental)
The “White Helmets” organization acting in Syria is hailed as heroes in some countries, and the West provides millions of dollars to these so-called saviors. However, residents of Aleppo (Syria) claim that “White Helmets” care only about money and saving rebels, but not civilians. People from Fua and Kafraya confirm allegiance of “White Helmets” to world recognized terrorist organizations like Jabhat an-Nusra or Al-Qiada and testimony “White Helmets” participation in public executions. The videos that this organization produces are astounding Internet-users all over the world.

The briefing, according to the speakers, is designed to give « a clear view on what is the real agenda of these Hollywood so called “first responders” who received an Oscar for their performance ».

 

La lettre de RSF adressée à Guy Mettan
Genève, le 23 novembre 2017,
Monsieur le Directeur, cher Monsieur,
Nous avons eu connaissance de l’événement organisé par le Club suisse de la Presse le 28 novembre prochain: «They don’t care about us». About white helmets true agenda.» Nous avons également été interpellés sur notre «soutien» à cette conférence, le nom de notre organisation apparaissant dans la liste des membres médias.
Nous nous dissocions totalement de cet événement et ne souhaitons en aucune manière être associés à une conférence qui accueille une soi-disant journaliste, Madame Vanessa Beeley,qui justifie l’utilisation de la torture par le régime syrien afin de le préserver. Quand bien même elle n’a jamais été publiée dans un média indépendant, il est étonnant qu’elle soit référencée au moins deux cents fois dans les médias russes de propagande (SputnikNews, Russia Today).
De plus, il est pour le moins inacceptable d’inviter Monsieur Marcello Ferranda De Noli, président de Swedish Doctors for Human Rights, une association qui, selon nos informations, agit comme un outil de propagande russe. Il est probable que vous n’avez pas eu connaissance de ces éléments d’information, nous tenons le cas échéant les liens utiles à cet effet.
Quoi qu’il en soit, nous vous invitons à renoncer à ce projet qui portera atteinte à l’image du Club suisse de la Presse. Selon votre décision, nous nous réservons l’opportunité d’étudier de conserver notre carte de membre.
Dans l’attente de vos nouvelles, nous vous adressons, Monsieur le Directeur, cher Monsieur, nos salutations les meilleures,
Gérard Tschopp et Christiane Dubois

Réponse de Guy Mettan
La réponse de Guy Mettan à Reporters sans frontières
Chère Madame,
Cher Monsieur,
J’ai bien reçu votre courrier qui a retenu toute mon attention.
En ma qualité de membre fondateur de Reporters sans frontières aux côtés de François Gross dans les années 1980, je dois avouer que j’ai été atterré par sa teneur. Je peux comprendre que le fait de donner la parole à des voix dissidentes puisse susciter de la réprobation. Mais de là à exiger l’annulation de cette conférence de presse, il y a un pas dont je n’aurais jamais pensé que vous puissiez le franchir.
D’une part, cela me semble une atteinte grave à la liberté d’expression et en totale contradiction avec la «liberté d’informer et d’être informé partout dans le monde» que RSF prétend défendre dans sa charte et qui figure en toutes lettres sur votre papier à en-tête. Cela reviendrait ensuite à prendre les journalistes et les rédacteurs en chef pour des imbéciles incapables d’analyser les faits et les arguments qu’on leur présente et de se forger une opinion par eux-mêmes.
Par ailleurs, depuis 20 ans que j’exerce mes fonctions au Club suisse de la presse, j’ai toujours été soumis à des pressions afin d’empêcher des gens de s’exprimer. Mais jusqu’ici ces pressions sont toujours venues de régimes autoritaires ou dictatoriaux, tels que la Chine, l’Arabie saoudite, l’Egypte ou le Bahrein. C’est la première fois qu’une organisation de défense des journalistes d’un pays démocratique m’adresse une telle demande. Il va sans dire que je ne peux y donner suite. Ce serait déshonorer un métier qui, je l’espère, est toujours le vôtre.
Plutôt que de pratiquer la censure, je ne peux donc que vous proposer de participer à cette conférence de presse, comme je l’ai d’ailleurs suggéré aux partisans des Casques blancs, et de poser les questions que vous jugerez utiles aux intervenants. Pour ma part, fidèle à l’esprit d’ouverture et de recherche de la vérité qui caractérise le Club suisse de la presse depuis sa fondation, je suis naturellement prêt à accueillir une rencontre de presse avec les organisations qui soutiennent les Casques blancs afin qu’ils puissent faire valoir leur point de vue. Mais ils n’y ont pas donné suite pour l’instant.
Vous me permettrez de ne pas vous répondre en ce qui concerne les attaques personnelles que vous avez adressées à notre consœur Vanessa Beeley et à M. De Noli. Elles sont indignes du journalisme.
Enfin, je vous transmets par courrier séparé quelques-uns des innombrables messages de soutien que je reçois d’un peu partout dans le monde et qui me confortent dans la conviction que la liberté d’expression est désormais davantage menacée chez nous que chez les «autocrates» que vous prétendez dénoncer.
Avec mes messages confraternels
Guy Mettan

Phoenix 2.0 – Après le Vietnam, c’est le tour de l’Afghanistan

par Moon of Alabama

24 octobre 2017

Traduction : Dominique Muselet

Source : http://lesakerfrancophone.fr/phoenix-2-0-apres-le-vietnam-cest-le-tour-de-lafghanistan

Source originaire : http://www.moonofalabama.org/2017/10/phoenix-20-the-cias-vietnam-war-terror-campaign-comes-to-afghanistan.html#more

 

La semaine dernière, le nouveau chef de la CIA, Mike Pompeo, a émis en public la menace de faire de la CIA une « agence beaucoup plus féroce ». Son premier pas dans cette direction a été de libérer les gangs de tueurs parrainés par la CIA contre le peuple afghan.
La C.I.A. étend ses opérations secrètes en Afghanistan, en envoyant de petites équipes d’officiers et de mercenaires bien entraînés soutenir les forces afghanes pour poursuivre et éliminer les militants talibans dans tout le pays (…)

(…)

Cette initiative de la C.I.A. permettra d’augmenter le nombre des missions effectuées par les unités militaires, ce qui signifie qu’une plus grande partie du rôle des États-Unis dans les combats en Afghanistan sera cachée au public.

Cela ne va pas être une simple campagne contre-insurrectionnelle, même si certains ne manqueront pas de l’affirmer. Une campagne anti-insurrectionnelle doit intégrer plusieurs éléments : la politique, la sécurité, l’économie et l’information. Elle ne peut réussir que si elle soutient une autorité légitime.

Le gouvernement afghan actuel a peu de légitimité. Il a été soudoyé par l’ambassade des États-Unis après qu’une immense fraude électorale, connue de tous, a menacé de se transformer en chaos total. En août, le directeur de la CIA, Pompeo, a rencontré le président afghan Ashraf Ghani pour discuter probablement du nouveau plan. Mais la campagne annoncée aujourd’hui n’a pas de composante politique ni économique. Une campagne centrée uniquement sur la « sécurité » aboutira à une hasardeuse expédition de tortures et de meurtres hors-sol, qui n’aura pas de résultat positif.

La campagne sera une aubaine pour les talibans. Elle tuera probablement quelques insurgés alignés sur les talibans ici et là, mais elle aliènera beaucoup d’Afghans. La plupart des combattants talibans sont des locaux. Les tuer crée de nouvelles recrues locales pour l’insurrection. Et cela lui apportera également une meilleure couverture de la population pour les opérations futures.

Une campagne similaire a eu lieu pendant la guerre du Vietnam sous le nom d’Opération Phoenix. À l’époque, quelque 50 000 Sud-Vietnamiens, tous « soupçonnés de communisme », ont été tués par les gangs de la CIA qui écumaient le pays :

L’Opération [Phoenix] a été conçue pour identifier et « neutraliser » (via l’infiltration, la capture, le contre-terrorisme, l’interrogatoire et l’assassinat) l’infrastructure du Front de Libération Nationale du Vietnam du Sud (FLN ou Viet Cong). La CIA l’a décrite comme « un ensemble de programmes qui visaient à attaquer et détruire l’infrastructure politique vietcong ». Les deux principales composantes du programme étaient les Unités de reconnaissance provinciales (UPR) et les centres d’interrogation régionaux. Les UPR devaient tuer ou capturer des membres présumés du FLN, ainsi que des civils censés avoir des informations sur les activités du FLN. Beaucoup de ces personnes ont ensuite été emmenées dans des centres d’interrogatoire où la plupart auraient été torturées dans le but d’obtenir des renseignements sur les activités des Viet Cong dans la région. L’information obtenue dans ces centres était ensuite transmise aux commandants militaires qui l’utilisaient pour envoyer les UPR dans de nouvelles missions d’enlèvements et d’assassinats.

Le programme Phoenix avait été intégré dans un programme de développement politique et économique civil plus large appelé CORDS. Les historiens sont largement arrivés à la conclusion que Phoenix n’avait pas atteint ses objectifs malgré le souci de l’intégrer à un contexte plus large. Le soutien passif de la population pour les Viet Cong a augmenté à cause de la campagne. Depuis quelques années, la RAND Corporation du Pentagone déploie des efforts révisionnistes pour modifier la vision de cette opération.

La campagne qui vient d’être annoncée ressemble à Phoenix mais n’a aucune composante politique. Elle n’est pas conçue pour pacifier les insurgés mais pour éliminer la résistance une bonne fois pour toutes :

La nouvelle opération sera dirigée par de petites unités connues sous le nom d’équipes de poursuite antiterroriste. Elles sont gérées par des officiers paramilitaires de la C.I.A. appartenant à la Division des activités spéciales de l’Agence et par des agents de la Direction nationale de la sécurité, le service de renseignement afghan ; elles incluent des troupes américaines d’élite du Commandement des opérations spéciales interarmées. La majorité des forces appartiennent cependant à la milice afghane.

Il y a seulement quelques douzaines d’officiers dans la division des activités spéciales de la CIA qui peuvent participer activement à une telle campagne. Le début de l’article laisse penser que les « sociétés paramilitaires privées » joueront un rôle important. Au mois d’août, Eric Prince, l’ancien chef de la société privée de mercenaires Blackwater, a fait du lobbying auprès de l’administration Trump pour que la guerre en Afghanistan soit menée par des entreprises paramilitaires. On peut donc penser que Prince et d’autres rejetons de Blackwater seront impliqués dans la nouvelle campagne de la CIA. C’est la Direction Nationale afghane de la Sécurité (DNS) qui sera chargée de faire l’essentiel du travail de renseignement sur le terrain.

La DNS a été créée par la CIA à partir d’éléments de l’ancienne Alliance du Nord, les opposants aux Talibans d’origine. À la fin des années 1990, l’Alliance du Nord dirigée par Ahmed Shah Massoud était financée par la CIA. Le chef des renseignements de Shah Massoud, Amrullah Saleh, qui a la double nationalité, a été formé par la CIA. Après l’invasion américaine en Afghanistan, Saleh a dirigé le nouveau service de renseignement, la DNS. Puis, le président Hamid Karzaï a limogé Saleh en 2010 parce qu’il s’opposait à ses efforts pour se réconcilier avec les talibans. En mars 2017, le président actuel, Ashraf Ghani, a nommé M. Saleh au poste de ministre d’État à la réforme de la sécurité. Saleh a démissionné (?) en juin après que Ghani a conclu un accord de paix avec Gulbuddin Hekmatyar, un chef de guerre opposé au gouvernement et ancien allié des talibans.

Saleh est un Tadjik pur et dur, et un extrémiste impitoyable. Il se méfie des Pachtounes, le principal groupe ethnique d’Afghanistan et la base populaire des talibans. Saleh a récemment fondé son propre parti politique. Il a évidemment de plus larges ambitions. Il a toujours eu d’excellentes relations avec la CIA, et tout particulièrement avec son centre anti-terroriste radical. Il est fort probable qu’il a participé à la planification de cette nouvelle campagne.

Dans le Nord de l’Afghanistan où il y a une certaine mixité ethnique, les milices locales dirigées par la Direction Nationale afghane de la Sécurité (DNS) se livreront probablement à un nettoyage ethnique à grande échelle. Dans le sud et l’est pachtoune, elles n’auront aucun soutien local car ces milices terrorisent le pays depuis pas mal de temps :

Cela fait des années que le principal travail des officiers paramilitaires de la C.I.A. dans le pays est la formation des milices afghanes. Le C.I.A. a également utilisé des membres de ces milices indigènes pour développer des réseaux d’informateurs et recueillir des renseignements.

(…)

Les commandos américains – qui font partie du programme Omega du Pentagone qui prête des forces d’opérations spéciales à la C.I.A. – permettent aux troupes conventionnelles de collaborer avec les milices afghanes lorsqu’elles ont besoin de soutien aérien ou d’évacuations médicales. […]

Les milices écument le pays depuis longtemps et ont été accusées de tuer aveuglément les civils afghans lors de raids et de frappes aériennes.

On sait déjà comment finira cette campagne. La CIA elle-même a peu ou pas de source d’information indépendante dans le pays. Elle dépendra de la Direction Nationale afghane de la Sécurité (DNS) truffée de proches tadjik de Saleh, et de membres des milices ethniques et tribales. Chacune de ces entités a son propre agenda. Une campagne de « sécurité » comme celle qui est planifiée dépend d’un bon renseignement. Qui, dans tel ou tel hameau, est membre des Talibans ? Faute de sources locales sûres, la milice, sous la direction de la CIA ou d’une société privée, aura recours à une torture extrêmement brutale. Ils vont supplicier les « informateurs » et les « suspects » jusqu’à ce qu’ils leur donnent les noms d’une nouvelle série de « suspects ». Répétez l’opération autant de fois que nécessaire 1 – à la fin, tous les « suspects » seront tués.

Le nouveau plan a été intentionnellement « fuité » au New York Times par « deux hauts fonctionnaires américains » qui présentent l’opération sous un jour positif :

La mission a été planifiée parce que nous savons tous que pour amener les talibans à la table des négociations – un élément clé de la stratégie de M. Trump pour le pays – les États-Unis doivent combattre les insurgés de manière offensive.

Cette affirmation n’a bien sûr aucun sens. Les États-Unis « combattent les insurgés de manière offensive » depuis des années déjà. Les talibans ont toujours été prêts à négocier. Leur principale condition pour un accord de paix est que les forces américaines mettent fin à leur occupation et quittent le pays. Les États-Unis ne veulent tout simplement pas le faire. Tuer plus de « suspects » d’être des sympathisants des talibans ne changera pas la position des talibans et ne rendra pas de sérieuses négociations plus probables.

Dans cinq ans, quand la brutalité indicible et la vanité de cette campagne seront sous les feux de la rampe, le NYT sera choqué, CHOQUÉ, qu’une telle campagne ait jamais pu avoir lieu.

Note

  1. En anglais : Rinse-repeat. C’est la formule qu’on trouve dans les notices des bouteilles de shampoing.

 

Assad devrait prévaloir La Russie, l’Iran et la Chine en profiteront également

par Geoffrey Aronson

4 octobre 2017

Source :  hervek@yandex.com

Source originaire : http://www.theamericanconservative.com/articles/our-enemies-are-winning-syrias-future/

Le président syrien Bachar al-Assad est bien engagé sur la voie d’une victoire militaire sur ses nombreux ennemis. Une coalition du gouvernement syrien, des forces iraniennes, libanaises et russes contrôle maintenant plus de 80% du pays, signalant une fin prochaine de la guerre de six ans.

La victoire militaire, durement gagnée par Assad, sur une coalition hétéroclite d’ex-baathistes, de forces islamistes et d’État islamique [soutenue par les États-Unis, NdT], n’apportera pas la paix nécessaire à la Syrie. La compétition permanente pour le contrôle de la destinée de la Syrie est sur le point d’entrer dans une nouvelle phase – la bataille pour la reconstruction du pays.

La guerre a causé des ravages dans tout le pays, tuant près d’un demi-million de personnes, déplaçant de force plus de la moitié de la population qui était, avant-guerre, de 21 millions. Deux Syriens sur trois vivent dans l’extrême pauvreté, dans une économie de guerre qui, en 2016, n’a généré qu’un tiers de sa richesse d’avant-guerre, en 2010. La Banque mondiale et d’autres ont estimé que la reconstruction de la Syrie exigerait plus de 200 milliards de dollars.

Il fut une époque où la guerre était l’arbitre ultime. La coalition rejointe par Washington et ses alliés a échoué, au prix fort, à vaincre Assad sur le champ de bataille. Mais alors que rien de ce qu’elle a fait prévaloir n’a fonctionné, ses membres ne sont pas prêts à concéder la défaite. Au lieu de cela, ces soi-disant « Amis de la Syrie » sont prêts à utiliser l’aide à la reconstruction comme une arme dans la prochaine étape de ce qui se profile : une bataille sans fin pour saper l’effort du régime victorieux, après-guerre pour consolider son pouvoir.

L’aide à la reconstruction est considérée par ces promoteurs comme offrant le meilleur moyen pour provoquer un changement de régime. Moyen qui se substituera à la politique, maintenant discréditée, mais certainement pas abandonnée, d’armement de l’opposition. Le consensus qui émerge, entre les gouvernements de l’Ouest et leurs institutions internationales, est que l’aide à la reconstruction syrienne ne se fera pas tant que Assad dirigera la Syrie. Une déclarationconjointe de CARE International, du Comité international de secours, du Conseil norvégien pour les réfugiés, d’Oxfam et de Save the Children soutient que l’aide à la reconstruction de la Syrie dans les conditions actuelles renforcera le régime et « risque de faire plus de mal que de bien ».

À la fin d’une réunion du 18 septembre des « Amis de la Syrie » dirigée par les États-Unis, le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, a déclaré :

« Nous croyons que la seule voie à suivre est de faire progresser le processus politique et d’annoncer clairement aux Iraniens, aux Russes et au régime d’Assad que nous, le groupe solidaire, ne soutiendrons pas la reconstruction de la Syrie tant qu’il n’y aura pas un tel processus politique et cela signifie, comme le résume la résolution 2254, une transition à Assad. »

Les partisans de cette stratégie croient apparemment que le régime victorieux de Assad va maintenant abandonner la paix [qu’il a restaurée, NdT] afin d’avoir accès aux coffres-forts de l’Ouest et bénéficier du privilège d’être attiré et écartelé à La Haye.

Malgré les meilleurs efforts des « amis » de la Syrie, la Russie, l’Iran et même le Hezbollah sont aujourd’hui bien mieux placés que Washington pour décider du genre de gouvernement à asseoir à Damas. Qu’est-ce-que cela dit de la politique des États-Unis ? Eh bien, qu’elle continue d’être enracinée dans les hypothèses qui ont produit un tel résultat.

La volonté de maintenir une misère persistante en Syrie tant qu’Assad et sa cohorte restent en place est le non-dit de cette stratégie, qui ressemble à la politique draconienne adoptée par le Quatuor dirigé par les États-Unis envers le Parti Hamas en Palestine il y a une décennie. L’opposition généralisée à une aide pour l’économie palestinienne à la suite d’une victoire électorale du Hamas en janvier 2006, et l’effort international visant à maintenir « à la diète » la bande de Gaza dirigée par le Hamas après une défaite du Fatah à Gaza en juin 2007, offre un précédent utile et instructif sur la façon dont un boycott dirigé par les États-Unis contre une Syrie d’après-guerre sous Assad pourrait se dérouler.

Le fonctionnaire du Département d’État, David Satterfield, un haut diplomate du Moyen-Orient, a expliqué le 18 septembre que les États-Unis continueraient à fournir des aides humanitaires, mais pas d’aide à la reconstruction – totalisant plus de 4 milliards de dollars depuis 2001 – aux Syriens assiégés.

Une telle politique montrera que les Syriens, comme les Palestiniens à Gaza, ne meurent pas de faim ou de maladie. Ils survivront – tout juste – mais l’engagement des États-Unis envers leur bien-être n’ira pas jusqu’à leur fournir les outils nécessaires pour reconstruire leur pays et leurs vies brisées.

Gaza continue de souffrir d’une politique similaire. La Banque mondiale a noté que la poursuite de la privation d’infrastructure pour les deux millions de Palestiniens de Gaza pourrait rendre l’enclave isolée « inhabitable » d’ici à 2020.

La campagne dirigée par les États-Unis contre les efforts de reconstruction actuels vise à maintenir la Syrie dans le même état que Gaza. Cela retardera, mais n’empêchera pas, la reconstruction de la Syrie, ni ne forcera le retrait d’Assad.

Mais dans ce cas, Washington ne joue pas aux échecs avec lui-même. Aussi instructif que puisse être le précédent de Gaza, il existe des différences substantielles et qualitatives qui militent contre le succès des politiques anti-Assad – et risquent également de miner les alliés américains (Liban, Jordanie).

Cette approche perpétuera les tourments des réfugiés syriens apatrides et renforcera le pouvoir régional de la Russie, de l’Iran et de la Chine. Peut-être que cela ne nous plait pas, mais la victoire en temps de guerre du système de gouvernance mis en œuvre par Hafez al-Assad, et poursuivie par son fils, équivaut à un référendum sur l’équilibre historique des forces au sein de la société syrienne.

Le régime d’Assad est beaucoup mieux placé que Gaza et le Hamas après 2007 pour réussir : premièrement, Assad a des bienfaiteurs puissants, l’Iran, la Russie et la Chine, qui l’ont aidé à gagner la guerre, et ont un enjeu dans la paix de l’après-guerre. Ces alliés se mobilisent déjà pour la reconstruction, l’envoi de délégations et la réalisation de contrats pour reconstruire les infrastructures critiques, peu importe la volonté de Washington de financer de tels efforts. Assad lui-même a déclaré que les partisans de ses opposants en temps de guerre, dont certains ont des raisons impérieuses de s’inquiéter d’un rapprochement, ne sont pas les bienvenus pour participer à la reconstruction.

Certains à l’Ouest peuvent ne pas aimer le fait, mais les Syriens sont de plus en plus assurés que les armes se sont tues – relativement – et votent déjà avec leurs pieds, revenant de plus en plus nombreux dans leur pays et leurs maisons. « Le nombre de nouveaux déplacés intérieurs s’est considérablement réduit, et tout aussi important, les personnes déplacées à l’extérieur des frontières de la Syrie ont commencé à revenir en grand nombre », a expliqué Satterfield.

Le Liban et la Jordanie, qui ont accueilli à grands frais financiers et politiques des millions de Syriens déplacés, sont impatients de mettre fin au séjour amer des réfugiés. Le retour de ceux-ci en Syrie, ainsi que le désir de saisir une partie des bénéfices de la reconstruction du pays, sont des incitations puissantes pour Beyrouth et Amman à se réconcilier avec Damas, processus qui est en cours.

L’aide humanitaire fournie par les États-Unis et d’autres a de l’importance. Mais les pays engagés dans la reconstruction de la Syrie poursuivent une stratégie politiquement et économiquement plus agréable et efficace. Organiser la pénurie en Syrie, qui souffre depuis longtemps – et consolider une diaspora syrienne énorme et perturbatrice en Jordanie, au Liban et en Turquie – n’est pas une recette pour le succès.

 

Gregory Aronson est président et cofondateur de The Mortons Group et universitaire non résident à l’Institut du Moyen-Orient. http://www.mei.edu/profile/geoffrey-aronson

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone.

 

 

Qatarstrophes en série

par Benito Perez
Editorial de Le Courrier des 7-9 juillet 2017

C’est une histoire de grenouilles qui se voyaient aussi grosses qu’un chameau. Depuis un mois, le torchon brûle entre le Qatar et l’Arabie saoudite et quelques autres pays arabes qui soumettent l’ambitieux petit émirat gazier à un embargo inédit. Mercredi, les espoirs d’un armistice se sont envolés, avec le refus de Doha de se plier à la tutelle de ses voisins. Le conflit, entre les deux principaux sponsors de l’islamisme, ferait presque sourire, s’il ne soulignait pas l’instabilité croissante d’une région, où les conflits se multiplient depuis l’aventure insensée de George W. Bush contre l’Irak.

Avec ses gigantesques réserves gazières, le minuscule Qatar s’est rêvé durant deux décennies en puissance régionale. Pour le meilleur – comme les débuts de la chaîne Al-Jazeera, qui fit souler un vent frais sur les médias arabes – mais aussi pour le pire, lorsqu’il contri- bua à transformer le Printemps arabe en champ de bataille géopolitique.
En Libye puis en Syrie, l’émir Hamad ben Khalifa s’est voulu défaiseur de rois, envoyant ses forces spéciales dès le printemps 2011. Retournant les tribus à coups de pétrodollars ou parrainant les milices qui plongeront ces pays dans la guerre et le chaos. Ou encore – péché véniel – en arrosant les partis islamistes, à Tunis et au Caire.
La plus grande retenue, depuis 2013, du nouvel émir Tamim ben Hamad n’y changera rien. Avec la chute des Frères musulmans égyptiens, l’affaiblissement d’Ennahdha en Tunisie, le chaos libyen et le maintien de Bachar al-Assad, le retour de manivelle était inévitable.
D’autant que l’Arabie saoudite et sa politique de conquête wahhabite du monde musulman ne se portent guère mieux. Au moment où les cours du brut plombent ses finances, Ryad est enlisé au Bahreïn et surtout au Yémen. Deux interventions mal maîtrisées mettant en lumière les limites d’une puissance régionale aux pieds d’argile, dictature paranoïaque obnubilée par sa haine de la minorité chiite et de l’Iran.
En pleine bataille dynastique, le régime avait besoin de montrer les dents. L’entrée en jeu de Donald Trump, sensible à l’influence du capital saoudien aux USA, lui en a donné l’occasion. Car après avoir critiqué l’interventionnisme d’Obama, le républicain joue à son tour la carte de l’ennemi extérieur, apprenti sorcier dans la poudrière du Moyen-Orient. Digne héritier de «W», autre grenouille qui s’imaginait, elle aussi, dans le rôle du chameau dominant. Les peuples de la région en paient encore le prix.

Une guerre majeure au Moyen-Orient est désormais plus probable que jamais

Shahir Shahidsaless

28 juin 2017

Source : http://arretsurinfo.ch/une-guerre-majeure-au-moyen-orient-est-desormais-plus-probable-que-jamais/

Source originaire : http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/une-guerre-majeure-au-moyen-orient-est-d-sormais-plus-probable-que-jamais-754289859?hash=21938f91-6bb4-43ab-8e45-0bdd77f15512&utm_medium=social&utm_source=facebook

 

La confrontation croissante entre les États-Unis et la Russie dans l’est de la Syrie, à laquelle s’ajoute l’escalade des tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran, pourrait déborder et se transformer en conflit

La situation en Syrie et dans la région du golfe Persique menace de dégénérer en un conflit régional et peut-être même mondial.

Suite à l’épisode de l’avion militaire syrien abattu par un avion de chasse de l’US Navy le 18 juin, les tensions entre les États-Unis et la Russie se sont considérablement intensifiées.

En réponse, le ministère russe de la Défense a publié une déclaration dans laquelle il a averti qu’il traquerait comme des cibles les avions et les drones de la coalition internationale trouvés en mission à l’ouest de l’Euphrate. Les Russes ont également suspendu brusquement une ligne directe établie avec Washington dans le but d’éviter les collisions entre les forces russes et américaines en Syrie, bien que les responsables américains aient déclaré depuis que la ligne directe était toujours utilisée.

En l’absence de collaboration entre les États-Unis et la Russie et dans un environnement hostile entre les deux puissances, le Moyen-Orient pourrait sombrer dans un véritable enfer

Le 19 juin, un avion de reconnaissance américain a été intercepté par un chasseur russe au-dessus de la mer Baltique. Selon des responsables américains du Commandement des forces des États-Unis en Europe, les deux avions ne se trouvaient qu’à quelques dizaines de centimètres de distance à certains moments.

Lors d’un autre incident potentiellement dangereux, le 21 juin, un avion de guerre de l’OTAN s’est approché de l’avion russe qui transportait le ministre de la Défense Sergueï Choïgou au-dessus la mer Baltique. Un chasseur d’escorte Su-27 russe est apparu et a incliné ses ailes pour montrer ses armes, suite à quoi l’avion intrus de l’OTAN s’est éloigné.

La veille, le 20 juin, un chasseur américain avait abattu un drone de fabrication iranienne dans le ciel syrien.

À la suite de l’évolution récente des relations entre les États-Unis et l’Iran, les tirs contre l’avion de guerre syrien et le drone iranien ont considérablement accru les tensions entre les États-Unis et l’Iran, des tensions susceptibles d’engendrer un conflit plus large.

Une guerre des mots

La rhétorique des dirigeants américains et iraniens est également montée d’un cran. Tout d’abord, le 14 juin, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson a appelé à un changement de régime en Iran. Il a déclaré à la Commission des relations extérieures de la Chambre des représentants que l’Iran déstabilisait la région et il a promis que les États-Unis soutiendraient « ces éléments au sein de la République islamique qui provoqueraient une transition gouvernementale pacifique ».

En réponse, le dirigeant iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a fustigé le gouvernement américain dans un discours enflammé : « Les dirigeants américains ne connaissent pas la nation iranienne […] Les nouveaux dirigeants de la Maison-Blanche sont comme des hooligans naissants qui font peur aux gens en brandissant leur couteau jusqu’à ce que quelqu’un les frappe au visage et les remette à leur place. »

Se référant à la déclaration de Tillerson, Khamenei a noté : « Ils disent qu’ils veulent changer l’establishment de la République islamique. Eh bien, à quel moment ne l’avez-vous pas voulu ? Vous l’avez toujours voulu et vous avez toujours échoué et mordu la poussière ; et ce sera comme cela à partir de maintenant. »

« Chaque fois que nous avons de multiples forces armées travaillant sur le même champ de bataille sans désescalade, il existe un danger de voir les choses échapper à tout contrôle »

– Douglas E. Lute, général américain à la retraite

Il y a aussi un nouveau front, entre les intermédiaires iraniens et russes en Syrie d’un côté et les États-Unis et leurs forces alliées de l’autre, portant sur le contrôle du sud-est de la Syrie, une zone proche de la frontière irakienne où se situe la route principale entre Damas et Bagdad. Cet itinéraire est d’une importance stratégique pour l’Iran dans la mesure où il relie la Syrie à l’Irak mais aussi à l’Iran, plus à l’est. Le contrôle de cette route permettrait à Téhéran de se connecter à son principal allié dans la région, le Hezbollah libanais, via la Syrie.

Les Américains ont l’intention de prendre le contrôle de l’est de la Syrie puisque, comme l’a expliqué le New York Times, « les questions qui seront vraiment en jeu [après la défaite de l’État islamique] seront encore plus importantes. Le gouvernement syrien rétablira-t-il son contrôle sur le pays jusqu’à ses frontières orientales ? Le désert à cheval sur la frontière syro-irakienne restera-t-il un no man’s land prêt à finir sous le contrôle de milices ? Autrement, qui dominera cette zone ? Des forces alignées avec l’Iran, la Russie ou les États-Unis ? Quelles factions syriennes exerceront le plus d’influence ? »

Le New York Times note qu’« avec toutes ces forces sur une trajectoire de collision, plusieurs escalades récentes ont soulevé des craintes quant à une confrontation directe entre les États-Unis et l’Iran ou même la Russie ».

Cette situation mène tout droit à la guerre. Selon Douglas E. Lute, général trois étoiles à la retraite qui était le représentant américain à l’OTAN jusqu’en janvier, « chaque fois que nous avons de multiples forces armées travaillant sur le même champ de bataille sans désescalade, il existe un danger de voir les choses échapper à tout contrôle. […] Les incidents tactiques sur le terrain ou dans l’air au-dessus de la Syrie peuvent être mal interprétés et entraîner des erreurs de calcul. » Comme le soutient un expert en relations internationales, « des guerres peuvent se produire sans erreur de perception, mais cela est rare ».

 

Le discours de guerre du prince héritier

Ce qui aggrave la situation, c’est l’hostilité toujours croissante entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Le 7 juin, des terroristes ont lancé des attaques contre le parlement iranien et le mausolée de l’ancien guide suprême du pays, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, suite à des menaces explicites prononcées début mai par le prince saoudien Mohammed ben Salmane.

« Nous n’attendrons pas que les combats arrivent en Arabie saoudite. Nous ferons plutôt en sorte que la bataille soit dans leur camp, en Iran », a déclaré Mohammed ben Salmane. Les responsables du gouvernement iranien, leur dirigeant en tête, n’ont pas exprimé de doute quant au fait que les Saoudiens étaient à l’origine des attentats terroristes.

Le 9 juin 2017, des funérailles sont organisées en l’honneur des victimes des attentats du 7 juin à Téhéran (AFP)

Mohammed ben Salmane est l’architecte de la nouvelle politique étrangère saoudienne ouvertement agressive envers Téhéran. Le 21 juin, il a été nommé nouveau prince héritier d’Arabie saoudite, ce qui le place en première position dans l’ordre de succession au trône. Ce novice de la politique, qui fêtera ses 32 ans en août, mène la barque de la politique étrangère du royaume. Il conservera son poste de ministre de la Défense et supervisera les réformes économiques saoudiennes, notamment dans le secteur pétrolier.

Alors que les Israéliens ont salué cette nomination, parlant de « bonne nouvelle pour Israël et les États-Unis », Daniel B. Shapiro, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël, l’a jugée « dangereuse » par rapport à l’Iran. La nomination de Mohammed ben Salmane au poste de prince héritier renforce encore plus la probabilité d’un conflit irano-saoudien.

Mohammed ben Salmane est l’architecte de la nouvelle politique étrangère saoudienne ouvertement agressive envers Téhéran

La liste des conditions présentées au Qatar le 23 juin afin de lever les sanctions imposées par le bloc dirigé par l’Arabie saoudite offre au monde extérieur un premier aperçu de la politique étrangère dangereuse du dirigeant de facto nouvellement élu de l’Arabie saoudite.

Selon Associated Press, la liste énonce treize conditions, dont la fermeture du diffuseur Al Jazeera financé par le Qatar et d’une base militaire turque, ainsi que la restriction de toutes les relations diplomatiques avec l’Iran.

De nombreux observateurs soutiennent que la réduction des liens avec l’Iran est un point essentiel de la liste. Ces exigences constituent une violation complète des normes internationales, en premier lieu de la souveraineté des États. Des demandes de cette nature n’ont même pas été imposées au dictateur irakien Saddam Hussein après la défaite de l’Irak lors de la guerre du Golfe en 1991.

La promesse oubliée de Trump

Dans ce contexte périlleux, aucune partie n’affiche une intention d’apaiser les tensions, en particulier les deux superpuissances nucléaires. Au cours de la campagne électorale de Donald Trump, le candidat républicain a fait naître l’espoir d’une recherche par les États-Unis d’une coopération avec Moscou sur des questions d’ordre mondial.

À LIRE : Le bûcher des vanités : les injonctions saoudiennes exposent la peur et la haine du Qatar

Beaucoup espéraient la formation d’une alliance entre les deux puissances pour déloger l’État islamique en Syrie et mettre un terme à la catastrophe humanitaire qui se poursuit dans le pays. Avec la coopération entre les États-Unis et la Russie, on espérait voir l’état hobbesien de « guerre de tous contre tous » en Syrie prendre fin et les deux principaux rivaux dans la région, l’Iran et l’Arabie saoudite, se réconcilier.

Lors de sa première conférence de presse après son élection, Trump avait déclaré à plusieurs reprises que ce serait « positif », « bien » et même « génial » si « [son pays pouvait s’]entendre avec la Russie ».

En l’absence de collaboration entre les États-Unis et la Russie et dans un environnement hostile entre les deux puissances, le Moyen-Orient pourrait sombrer dans un véritable enfer à la suite d’une guerre de grande ampleur.

 

– Shahir Shahidsaless est un analyste politique et journaliste indépendant irano-canadien qui écrit sur les affaires intérieures et étrangères de l’Iran, le Moyen-Orient et la politique étrangère américaine dans la région. Il est coauteur de l’ouvrage Iran and the United States: An Insider’s View on the Failed Past and the Road to Peace. Il contribue à plusieurs sites consacrés au Moyen-Orient ainsi qu’au Huffington Post. Il écrit également de façon régulière pour BBC Persian. Vous pouvez le contacter à l’adresse shahir.shahidsaless@gmail.com ou le suivre sur Twitter : @SShahisaless.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

 

Cheikhoun est une fabrication, nous n’avons pas d’armes chimiques

Interview de Bachar el-Assad

13 avril 2017

Source : http://lesakerfrancophone.fr/bachar-al-assad-khan-cheikhoun-est-une-fabrication-nous-navons-pas-darmes-chimiques

Source originale Agence Sana via sayed7asan

 

Interview de Bachar al-Assad, Président de la République Arabe Syrienne, par l’AFP

Transcription :

Journaliste : Monsieur le Président, je voudrais d’abord vous remercier de me recevoir pour cette interview. Monsieur le Président, avez-vous donné l’ordre d’attaquer Khan Cheikhoun avec des armes chimiques mardi dernier ?

Bachar al-Assad : En fait, personne n’a enquêté sur ce qui s’est passé ce jour-là à Khan Cheikhoun jusqu’à présent. Comme vous le savez, Khan Cheikhoun est sous le contrôle du Front al-Nosra qui est une branche d’al-Qaïda. Donc les seules informations dont a disposé le monde jusqu’à présent sont celles publiées par la branche d’al-Qaïda. Personne n’a d’autres informations. Nous ne savons pas si toutes les photos ou les images vidéos que nous avons vues sont vraies ou truquées. C’est la raison pour laquelle nous  demandons qu’une enquête soit menée à Khan Cheikhoun. Voilà pour le premier point.

Deuxièmement, selon les sources d’al-Qaïda, l’attaque a eu lieu entre 6h et 6h30 du matin, alors que l’attaque syrienne sur cette même zone a eu lieu vers midi, entre 11h30 et 12h. Ils parlent donc de deux événements différents. Aucun ordre n’a donc été donné de déclencher une attaque.

 

D’ailleurs nous ne possédons pas d’armes chimiques, nous avons renoncé à notre arsenal il y a quelques années. Et même si nous possédions de telles armes, nous ne les utiliserions pas. Tout au long de notre histoire, nous n’avons jamais utilisé notre arsenal chimique.

Alors, qu’est-ce qui s’est passé ce jour-là ? Comme je viens de le dire, l’unique source de ces informations c’est al-Qaïda. Nous ne pouvons pas les prendre au sérieux.

Notre impression est que l’Occident, surtout les États-Unis, sont main dans la main avec les terroristes, et qu’ils ont monté toute cette histoire pour avoir un prétexte pour l’attaque. L’attaque n’a pas eu lieu à cause de ce qui s’est passé à Khan Cheikhoun. Nous sommes face à un seul et même événement : la première étape était le spectacle auquel nous avons assisté sur les réseaux sociaux et les chaînes de télévision, et la propagande (médiatique). La seconde étape était l’agression militaire.

C’est bien ce qui s’est produit à notre sens. Car, quelques jours seulement, 48 heures à peine ont séparé la campagne médiatique de l’attaque américaine, sans la moindre enquête, sans les moindres preuves tangibles de quoi que ce soit. Rien que des allégations et de la propagande (médiatique), puis les frappes ont eu lieu.

Journaliste : Donc, d’après vous, qui serait responsable de cette attaque chimique présumée ?

Bachar al-Assad : Les allégations elles-mêmes viennent d’al-Qaïda, du Front al-Nosra. Nous n’avons donc pas besoin de mener une enquête pour en savoir l’origine, ils les ont eux-mêmes annoncées. La région est sous leur contrôle, et il n’y a personne d’autre.

Quant à l’attaque, je viens de le dire, il n’est pas encore clair si elle a eu lieu ou non. Car, comment peut-on vérifier une vidéo ? Il y a tellement de vidéos truquées en ce moment, et il y a des preuves qu’elles étaient fausses, comme celles des Casques blancs par exemple. Ce sont des membres d’al-Qaïda, des membres du Front al-Nosra. Ils ont rasé leurs barbes, porté des casques blancs, et sont apparus comme des héros humanitaires. Ce qui n’est pas vrai, car ces mêmes personnes tuaient les soldats syriens, et les preuves se trouvent d’ailleurs sur Internet.

La même chose s’applique à cette attaque chimique. Nous ne savons pas si ces enfants ont été tués à Khan Cheikhoun. Nous ne savons même pas s’ils étaient vraiment morts. Et s’il y a eu une attaque, qui l’a lancée ? Et avec quel matériel ? Nous n’avons absolument aucune information, rien du tout, personne n’a enquêté.

Journaliste : Vous pensez donc que c’est une fabrication ?

Bachar al-Assad : Bien sûr, il s’agit pour nous d’une fabrication à 100%. Nous ne possédons pas d’arsenal (chimique), et nous n’allons donc pas l’utiliser.

Plusieurs indices le montrent, même avec l’absence de preuve, car personne ne possède d’informations ni de preuves tangibles, mais vous avez des indices. Par exemple, moins de deux semaines ou environ dix jours avant l’attaque, les terroristes avançaient sur plusieurs fronts, y compris dans la banlieue de Damas, et (dans la campagne de) Hama non loin de Khan Cheikhoun.

Supposons que nous disposions d’un tel arsenal, supposons que nous ayons la volonté de l’utiliser : pourquoi n’y avons-nous pas eu recours au moment où nos troupes reculaient et les terroristes gagnaient du terrain ? En fait, cette prétendue attaque coïncide avec la période durant laquelle l’armée syrienne progressait très rapidement, et où on assistait à la débâcle des terroristes qui s’effondraient. Pourquoi donc utiliser de telles armes, si d’ailleurs nous les possédions vraiment et avions la volonté de les utiliser, pourquoi les utiliser à ce moment précis et non au moment où on traversait une situation difficile ? En toute logique. Voilà pour le premier point.

Deuxièmement, à supposer encore une fois que vous possédiez de telles armes et que vous vouliez les utiliser, dans cette hypothèse, pourquoi les utiliser contre des civils et non contre les terroristes que nous combattons ?

Troisièmement, l’armée syrienne n’est pas présente dans cette zone, nous n’y menons pas de bataille, et nous n’avons aucun objectif à Khan Cheikhoun, qui n’est pas une zone stratégique. Pourquoi l’attaquer, d’un point de vue militaire ?! Pour quelle raison ? Je parle d’un point de vue militaire.

Évidemment, il s’agit essentiellement pour nous d’une question d’éthique, c’est-à-dire que nous n’aurions pas utilisé l’arme chimique même si nous la possédions. Nous n’aurions aucune volonté de l’utiliser, car ce serait intolérable sur le plan moral, et nous perdrions alors le soutien du peuple.

Tous les indices vont donc à l’encontre de toute cette histoire. Vous pouvez donc dire que cette pièce (de théâtre) qu’ils ont montée ne tient pas la route. L’histoire n’est pas convaincante, en aucune manière.

Journaliste : Avec la frappe aérienne américaine, Trump semble avoir changé dramatiquement de position à votre égard et à l’égard de la Syrie. Avez-vous le sentiment d’avoir perdu celui que vous avez auparavant qualifié d’éventuel partenaire ?

Bachar al-Assad : J’avais bien dit « si », je parlais au conditionnel : s’ils sont sérieux dans la lutte contre les terroristes, nous serons des partenaires. J’ai dit que cela ne concernait pas seulement les États-Unis, car nous sommes les partenaires de tous ceux qui veulent combattre les terroristes. C’est là pour nous un principe de base.

Mais il s’est avéré dernièrement, comme je l’ai dit tout à l’heure, qu’ils sont main dans la main avec ces terroristes, je veux dire les États-Unis et l’Occident, ils ne sont pas sérieux dans la lutte contre les terroristes. Hier encore certains de leurs responsables défendaient Daech, disant que Daech ne possédait pas d’armes chimiques. Ils défendent Daech contre le gouvernement syrien et contre l’armée syrienne. Donc en fait, vous ne pouvez pas parler de partenariat entre nous, nous qui luttons contre le terrorisme et combattons les terroristes, et les autres, qui les soutiennent ouvertement.

Journaliste : Pouvons-nous donc dire que la frappe américaine vous a fait changer d’avis au sujet de Trump ?

Bachar al-Assad : De toute manière, j’étais très prudent à exprimer toute opinion à son sujet auparavant, avant et après qu’il ne devienne Président. Je disais toujours : « Attendons de voir ce qu’il va faire. » Nous ne commentions pas les déclarations.

En effet, cette attaque est la première preuve qu’il ne s’agit pas tant du Président des États-Unis que du régime, de « l’État profond » des États-Unis. Il est toujours le même. Il ne change pas. Le Président n’est que l’un des acteurs sur la scène (américaine). S’il veut être un leader, il ne peut pas, car comme certains le disaient, Trump a voulu être un leader, mais tout Président US qui veut devenir un vrai leader va finalement ravaler ses mots, passer outre sa fierté au cas ou il en a, et faire un revirement à 180 degrés, sinon il en payera le prix politiquement.

Journaliste : Mais pensez-vous qu’il y aura une autre attaque ?

Bachar al-Assad : Tant que les États-Unis seront gouvernés par ce complexe militaro-industriel, ces entreprises financières et bancaires, ce qu’on peut appeler l’État profond qui œuvre aux intérêts de ces groupes, bien sûr que cela peut se reproduire n’importe quand et n’importe où, et pas seulement en Syrie.

Journaliste : Et votre armée et les Russes riposteront-ils si cela se reproduit ?

Bachar al-Assad : En fait, si vous voulez parler de représailles, nous parlons de missiles qui viennent de centaines de kilomètres, ce qui est hors de notre portée. Mais de fait, la vraie guerre en Syrie ne dépend pas de ces missiles, mais du soutien apporté aux terroristes.

C’est la partie la plus dangereuse dans cette guerre.

Notre riposte sera la même qu’au premier jour : écraser les terroristes partout en Syrie. Lorsque nous nous débarrasserons des terroristes, rien ne nous inquiétera plus. Telle est donc notre riposte, c’est une réponse (globale), et non une réaction (à un événement précis).

Journaliste : Vous dites donc qu’une riposte par l’armée syrienne ou par les Russes sera très difficile car les navires sont très éloignés.

Bachar al-Assad : C’est tout à fait vrai pour nous qui sommes un petit pays, tout le monde le sait d’ailleurs. C’est hors de notre portée. Je veux dire qu’ils peuvent lancer des missiles à partir d’un autre continent, tout le monde le sait. Les États-Unis sont une grande puissance, nous ne le sommes pas.

Quant aux Russes, c’est une autre affaire.

Journaliste : Accepteriez-vous les résultats d’une enquête menée par l’OIAC [Organisation pour l’interdiction des armes chimiques] ?

Bachar al-Assad : Dès 2013, lorsque les terroristes ont lancé leurs premières attaques contre l’armée syrienne en utilisant des missiles chimiques, nous avons réclamé une enquête. C’est nous qui avons demandé que des enquêtes soient menées. Chaque fois qu’il y a eu des attaques chimiques ou des allégations d’attaques chimiques, c’est nous qui avons demandé (une enquête).

Cette fois-ci, nous avons discuté hier avec les Russes, et durant les quelques derniers jours qui suivirent les frappes, et nous allons œuvrer avons œuvré ensemble en vue d’une enquête internationale.

Mais cette enquête doit être impartiale. Nous ne pouvons permettre d’enquête que si elle est impartiale, et en s’assurant que des pays impartiaux y prendront part, pour être sûrs qu’elle ne sera pas utilisée à des fins politisées.

Journaliste : Et s’ils accusaient le gouvernement, renonceriez-vous au pouvoir ?

Bachar al-Assad : S’ils accusent ou s’ils prouvent ? Il y a une grande différence. Car ils accusent déjà le gouvernement. Et si par « ils » vous voulez dire l’Occident, non, l’Occident ne nous intéresse pas.

Si vous parlez de l’OIAC, s’ils arrivent à prouver qu’une attaque a eu lieu, il faudra enquêter pour savoir qui a donné l’ordre de lancer une telle attaque.

Mais pour ce qui est de l’armée syrienne, une chose est à 100% certaine : nous ne possédons pas de telles armes, et nous ne pouvons pas, même si on le voulait, nous ne pouvons pas et nous n’avons pas les moyens nécessaires pour lancer une telle attaque, ni la volonté de le faire.

Journaliste : Vous voulez dire que vous ne possédez pas d’armes chimiques ?

Bachar al-Assad : Non, absolument pas. Il y a plusieurs années, en 2013, nous avons renoncé à tout notre arsenal. L’OIAC a déclaré que la Syrie est vide de toute matière chimique.

Journaliste : Je pose la question parce que les Américains ont dit qu’il y avait des armes chimiques dans la base aérienne, le niez-vous ?

Bachar al-Assad : Ils ont attaqué la base aérienne et détruit les dépôts qui contenaient différents matériels, mais il n’y avait pas de gaz sarin. Comment donc ? S’ils disent que nous avons lancé l’attaque au sarin à partir de cette même base aérienne, qu’est-il arrivé au sarin quand ils ont attaqué les dépôts ? A-t-on entendu parler de sarin ? Notre chef d’État-major est arrivé dans la base quelques heures seulement après l’attaque. Comment a-t-il pu y aller s’il y avait du sarin ? Comment a-t-on pu avoir seulement six martyrs, sur des centaines de soldats et d’officiers présents sur les lieux ? S’il y avait du sarin dans la base, comment se fait-il que les autres n’en sont pas morts ?

Dans ces mêmes vidéos truquées que nous avons vues sur Khan Cheikhoun, lorsque les secouristes essayaient de venir en aide aux victimes ou aux personnes supposées affectées, ils ne portaient ni masques ni gants de protection. Comment donc ? Où est donc le sarin ? Ils auraient dû en être immédiatement affectés.

Tout cela n’est donc qu’allégations. Je veux dire que cette attaque américaine et ces allégations constituent une preuve supplémentaire sur la fabrication et le fait qu’il n’y avait de sarin nulle part.

Journaliste : Si vous dites ne pas avoir donné l’ordre, est-il possible que des éléments indisciplinés de l’armée aient lancé cette attaque chimique ?

Bachar al-Assad : Même s’il y a un élément incontrôlé, l’armée ne possède pas de matières chimiques. Voilà pour le premier point.

Deuxièmement, un élément indiscipliné ne peut pas envoyer un avion de son propre chef, même s’il le veut. C’est un avion et non pas un petit véhicule aisément déplaçable ou une petite mitrailleuse qu’il peut utiliser à son gré. Ce serait  possible si on parlait d’un pistolet que quelqu’un utilise à sa guise et utilise pour violer la loi, chose qui peut arriver partout dans le monde, mais c’est impossible lorsqu’il s’agit d’un avion. Voilà pour le deuxième point.

Et troisièmement, l’armée syrienne est une armée régulière et non pas une milice. Elle est structurée et hiérarchisée, avec des mécanismes très clairs pour donner des ordres. Il n’est donc jamais arrivé durant les six dernières années de guerre en Syrie qu’un élément rebelle ait tenté d’agir contre la volonté de ses supérieurs.

Journaliste : Les Russes vous ont-ils mis en garde avant la frappe américaine ? Étaient-ils présents sur la base aérienne ?

Bachar al-Assad : Non, ils ne nous ont pas avertis parce qu’ils n’en ont pas eu le temps. Les Américains les avaient avertis quelques minutes seulement avant l’attaque, ou comme certains le disent après l’attaque, car les missiles prennent quelque temps pour arriver jusqu’à la base.

Mais en fait nous disposions de quelques indices que quelque chose allait se passer, et nous avons pris plusieurs mesures à cet égard.

Journaliste : Est-ce que vous confirmez que 20% de votre force aérienne a été détruite dans cette attaque, comme le disent les Américains ?

Bachar al-Assad : Je ne connais pas le cadre référentiel de ces 20%. C’est quoi les 100% pour eux ? Est-ce que ça correspond au nombre (total) des avions ? Ou à la qualité ? Ce taux renvoie-t-il aux appareils opérationnels ou en réserve ? Je ne sais pas ce qu’ils veulent dire par là.

Non, en fait, comme nous et les Russes l’avons déclaré, quelques appareils ont été détruits, la plupart de vieux appareils, dont certains n’étaient pas opérationnels de toute manière. C’est la vérité. Et la preuve est que depuis cette attaque, nous n’avons pas arrêté d’attaquer les terroristes partout en Syrie. Donc nous n’avons pas eu l’impression d’avoir été réellement affectés par cette frappe dans notre puissance de feu et notre capacité à attaquer les terroristes.

Journaliste : Votre gouvernement a déclaré au début que vous aviez frappé un dépôt d’armes chimiques. Est-ce vrai ?

Bachar al-Assad : C’était une possibilité car lorsque vous attaquez une cible liée aux terroristes, vous ne savez pas ce qu’il y a dedans. Vous savez que c’est une cible, ça peut être un dépôt, un entrepôt, un camp, un siège, vous n’en savez rien. Mais vous savez que les terroristes l’utilisent, et vous l’attaquez, comme toute autre cible. C’est ce que nous faisons quotidiennement, et parfois au fil des heures, depuis le début de la guerre. Mais vous ne pouvez pas savoir ce qu’il y a dedans. Que les frappes aériennes aient visé un dépôt de matériaux chimiques était donc une possibilité parmi d’autres.

Mais encore une fois, cela ne correspond pas au timing de l’annonce, non seulement parce que seuls les terroristes l’ont annoncé le matin, mais aussi parce que leurs organes d’information, et leurs pages sur Twitter et sur Internet ont annoncé l’attaque quelques heures avant l’attaque présumée, c’est-à-dire à 4h du matin. A 4h du matin, ils ont annoncé qu’il y aurait une attaque chimique, et qu’il fallait s’y préparer. Comment pouvaient-ils le savoir ?

Journaliste : Ne pensez-vous pas que Khan Cheikhoun représente un énorme revers pour vous ? Pour la première fois depuis six ans, les États-Unis attaquent votre armée. Hier, après une courte lune de miel, Tillerson a dit que le règne de la famille al-Assad va bientôt prendre fin. Ne pensez-vous pas que Khan Cheikhoun constitue pour vous un grand revers ?

Bachar al-Assad : Il n’y a pas de règne de la famille al-Assad en Syrie de toute façon. Il rêve. Ou disons qu’il hallucine. Nous ne perdons pas notre temps avec sa déclaration.

En réalité, non : durant les six dernières années, les États-Unis étaient directement impliqués dans le soutien des terroristes partout en Syrie, y compris Daech et al-Nosra, ainsi que toutes les factions qui partagent la même mentalité en Syrie. C’est une chose claire et prouvée en Syrie.

Mais si vous voulez parler des attaques directes, il y a quelques mois à peine, une attaque plus dangereuse que cette dernière avait eu lieu, juste avant qu’Obama ait quitté ses fonctions, quelques semaines avant je pense. Cela a eu lieu à Deir Ezzor à l’Est de la Syrie, lorsqu’ils ont attaqué une montagne qui revêt une grande importance stratégique. Ils ont attaqué une base de l’armée syrienne régulière, ce qui a aidé Daech à s’emparer de cette montagne. Et si l’armée syrienne n’avait pas été assez forte pour repousser Daech, la ville de Deir Ezzor serait aujourd’hui entre les mains de Daech, et Deir Ezzor aurait alors été directement relié avec Mossoul en Irak. Cela aurait constitué une victoire très stratégique pour Daech. Donc en fait non, le gouvernement américain était directement impliqué.

Mais pourquoi ont-ils attaqué directement cette fois-ci ? Parce que, comme je viens de le dire, les terroristes dans cette région étaient en pleine débâcle. Les États-Unis n’avaient donc aucun autre choix pour soutenir leurs proxys, à savoir les terroristes, si ce n’est en attaquant directement l’armée syrienne. Car ils leur avaient fourni toutes sortes d’armes, mais ça n’avait pas réussi.

Journaliste : Vous ne pensez donc pas que ce soit un grand revers pour vous ?

Bachar al-Assad : Non, non, cela fait partie du même contexte qui dure depuis six ans. Il a pris différentes formes, mais le fond de la politique américaine et occidentale vis-à-vis de la situation en Syrie n’a aucunement changé. Laissons de côté les déclarations : certaines ont un ton élevé, d’autres sont moins fortes, mais la politique reste la même.

Journaliste : Vous avez repoussé la plupart des rebelles à Idlib. Prévoyez-vous de l’attaquer prochainement ?

Bachar al-Assad : Nous attaquerons les groupes armés partout en Syrie, à Idlib, ou n’importe où ailleurs. Quant à l’heure et à la priorité, c’est une question militaire qui doit être discutée au niveau militaire.

Journaliste : Vous avez dit auparavant que Raqqa était pour votre gouvernement une priorité. Cependant, les forces qui avancent vers la ville se constituent dans leur majorité de Kurdes appuyés par les États-Unis. Ne craignez-vous pas qu’on vous écarte de la libération de Raqqa ?

Bachar al-Assad : Non, car nous soutenons quiconque veut libérer n’importe quelle ville des terroristes. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut la libérer des terroristes pour qu’elle soit occupée par les forces américaines, par exemple, ou par un autre proxy, ou un autre terroriste. L’identité de ceux qui vont libérer Raqqa n’est donc pas claire : est-ce que ce sera vraiment des forces syriennes qui la remettront ensuite à l’armée syrienne ? Est-ce que ce sera en collaboration avec l’armée syrienne ? Ce n’est pas encore clair.

Ce que nous entendons, ce ne sont que des allégations sur la libération de Raqqa. C’est ce que nous entendons depuis un an environ, ou un peu moins, mais rien ne s’est produit sur le terrain. Tout reste donc hypothétique, car il n’y a rien de tangible sur le terrain.

Journaliste : Les États-Unis et la Russie sont les parrains du processus de Genève. Étant donnée la tension entre les deux pays, pensez-vous que ce processus puisse se poursuivre ?

Bachar al-Assad : Il y a une grande différence entre le fait que le processus soit actif, ce qui pourrait se produire à tout moment, la réactivation de ce processus, et le fait qu’il soit efficace. Jusqu’à présent le processus n’est pas efficace. Pourquoi ? Parce que les États-Unis ne sont pas sérieux dans la recherche d’une solution politique quelconque. Ils veulent utiliser le processus politique comme un parapluie pour les terroristes, ou ils cherchent à obtenir à travers cette tribune ce qu’ils n’ont pas pu réaliser sur le terrain, sur le champ de bataille. Voilà pourquoi le processus n’était pas du tout efficace.

Nous nous retrouvons maintenant dans la même situation. Nous ne voyons pas que cette administration est sérieuse sur ce plan, car ils soutiennent les mêmes terroristes. Nous pouvons donc dire : oui, nous pouvons réactiver le processus, mais nous ne pouvons pas dire que nous nous attendons à ce qu’il soit efficace ou fructueux, non.

Journaliste : Après six ans, Monsieur le Président, n’êtes-vous pas fatigué ?

Bachar al-Assad : À vrai dire, la seule chose qui peut faire pression sur vous nous, ce n’est ni la situation politique, ni la situation militaire, mais c’est la situation humanitaire en Syrie, l’effusion quotidienne du sang, les souffrances et les difficultés infligées à chaque foyer en Syrie. C’est la seule chose pénible et fatigante, si on peut parler de « fatigue ».

Mais si vous vouliez parler de la guerre, de la politique, des rapports avec l’Occident, non, je ne me sens pas du tout fatigué, car nous défendons notre pays, et on ne se lassera jamais de le défendre.

Journaliste : Qu’est-ce qui vous empêche de dormir ?

Bachar al-Assad : Encore une fois, la souffrance du peuple syrien, (que je ressens au niveau de) la relation humanitaire entre moi et chaque famille syrienne, directement ou indirectement. C’est la seule chose qui peut m’empêcher de dormir de temps en temps. Mais en aucun cas les déclarations occidentales ou leurs menaces de soutenir les terroristes.

Journaliste : Aujourd’hui, des gens de Foua et de Kafraya vont être déplacés de leurs villages vers Damas et Alep. Ne craignez-vous pas que cela puisse représenter un déplacement de la population, et que la Syrie d’après la guerre ne sera plus comme celle qui existait avant ?

Bachar al-Assad : Le déplacement réalisé dans ce contexte est obligatoire. Nous ne l’avons pas choisi, et nous souhaitons que toute personne puisse rester dans son village et sa ville. Mais ces gens-là, comme beaucoup d’autres civils dans diverses régions, étaient entourés et assiégés par les terroristes. Ils ont été tués de manière quotidienne. Ils devaient donc partir.

Ils rentreront bien sûr chez eux après la libération. C’est ce qui s’est produit dans plusieurs autres régions où les gens rentrent chez eux.

C’est donc une situation provisoire. Parler de changements démographiques n’est pas dans l’intérêt de la société syrienne si c’est permanent, mais tant que c’est temporaire, ça ne nous inquiète pas.

Journaliste : Monsieur le Président, merci beaucoup de nous avoir accordé cet entretien.

Bachar al-Assad : Merci à vous.

Journaliste : C’était très intéressant, merci beaucoup d’avoir échangé avec moi.

Bachar al-Assad : Merci à vous.

Traduction : sayed7asan

Interview de Bachar al-Assad, Président de la République Arabe Syrienne, par l’AFP

Transcription :

Journaliste : Monsieur le Président, je voudrais d’abord vous remercier de me recevoir pour cette interview. Monsieur le Président, avez-vous donné l’ordre d’attaquer Khan Cheikhoun avec des armes chimiques mardi dernier ?

Bachar al-Assad : En fait, personne n’a enquêté sur ce qui s’est passé ce jour-là à Khan Cheikhoun jusqu’à présent. Comme vous le savez, Khan Cheikhoun est sous le contrôle du Front al-Nosra qui est une branche d’al-Qaïda. Donc les seules informations dont a disposé le monde jusqu’à présent sont celles publiées par la branche d’al-Qaïda. Personne n’a d’autres informations. Nous ne savons pas si toutes les photos ou les images vidéos que nous avons vues sont vraies ou truquées. C’est la raison pour laquelle nous  demandons qu’une enquête soit menée à Khan Cheikhoun. Voilà pour le premier point.

Deuxièmement, selon les sources d’al-Qaïda, l’attaque a eu lieu entre 6h et 6h30 du matin, alors que l’attaque syrienne sur cette même zone a eu lieu vers midi, entre 11h30 et 12h. Ils parlent donc de deux événements différents. Aucun ordre n’a donc été donné de déclencher une attaque.

 

D’ailleurs nous ne possédons pas d’armes chimiques, nous avons renoncé à notre arsenal il y a quelques années. Et même si nous possédions de telles armes, nous ne les utiliserions pas. Tout au long de notre histoire, nous n’avons jamais utilisé notre arsenal chimique.

Alors, qu’est-ce qui s’est passé ce jour-là ? Comme je viens de le dire, l’unique source de ces informations c’est al-Qaïda. Nous ne pouvons pas les prendre au sérieux.

Notre impression est que l’Occident, surtout les États-Unis, sont main dans la main avec les terroristes, et qu’ils ont monté toute cette histoire pour avoir un prétexte pour l’attaque. L’attaque n’a pas eu lieu à cause de ce qui s’est passé à Khan Cheikhoun. Nous sommes face à un seul et même événement : la première étape était le spectacle auquel nous avons assisté sur les réseaux sociaux et les chaînes de télévision, et la propagande (médiatique). La seconde étape était l’agression militaire.

C’est bien ce qui s’est produit à notre sens. Car, quelques jours seulement, 48 heures à peine ont séparé la campagne médiatique de l’attaque américaine, sans la moindre enquête, sans les moindres preuves tangibles de quoi que ce soit. Rien que des allégations et de la propagande (médiatique), puis les frappes ont eu lieu.

Journaliste : Donc, d’après vous, qui serait responsable de cette attaque chimique présumée ?

Bachar al-Assad : Les allégations elles-mêmes viennent d’al-Qaïda, du Front al-Nosra. Nous n’avons donc pas besoin de mener une enquête pour en savoir l’origine, ils les ont eux-mêmes annoncées. La région est sous leur contrôle, et il n’y a personne d’autre.

Quant à l’attaque, je viens de le dire, il n’est pas encore clair si elle a eu lieu ou non. Car, comment peut-on vérifier une vidéo ? Il y a tellement de vidéos truquées en ce moment, et il y a des preuves qu’elles étaient fausses, comme celles des Casques blancs par exemple. Ce sont des membres d’al-Qaïda, des membres du Front al-Nosra. Ils ont rasé leurs barbes, porté des casques blancs, et sont apparus comme des héros humanitaires. Ce qui n’est pas vrai, car ces mêmes personnes tuaient les soldats syriens, et les preuves se trouvent d’ailleurs sur Internet.

La même chose s’applique à cette attaque chimique. Nous ne savons pas si ces enfants ont été tués à Khan Cheikhoun. Nous ne savons même pas s’ils étaient vraiment morts. Et s’il y a eu une attaque, qui l’a lancée ? Et avec quel matériel ? Nous n’avons absolument aucune information, rien du tout, personne n’a enquêté.

Journaliste : Vous pensez donc que c’est une fabrication ?

Bachar al-Assad : Bien sûr, il s’agit pour nous d’une fabrication à 100%. Nous ne possédons pas d’arsenal (chimique), et nous n’allons donc pas l’utiliser.

Plusieurs indices le montrent, même avec l’absence de preuve, car personne ne possède d’informations ni de preuves tangibles, mais vous avez des indices. Par exemple, moins de deux semaines ou environ dix jours avant l’attaque, les terroristes avançaient sur plusieurs fronts, y compris dans la banlieue de Damas, et (dans la campagne de) Hama non loin de Khan Cheikhoun.

Supposons que nous disposions d’un tel arsenal, supposons que nous ayons la volonté de l’utiliser : pourquoi n’y avons-nous pas eu recours au moment où nos troupes reculaient et les terroristes gagnaient du terrain ? En fait, cette prétendue attaque coïncide avec la période durant laquelle l’armée syrienne progressait très rapidement, et où on assistait à la débâcle des terroristes qui s’effondraient. Pourquoi donc utiliser de telles armes, si d’ailleurs nous les possédions vraiment et avions la volonté de les utiliser, pourquoi les utiliser à ce moment précis et non au moment où on traversait une situation difficile ? En toute logique. Voilà pour le premier point.

Deuxièmement, à supposer encore une fois que vous possédiez de telles armes et que vous vouliez les utiliser, dans cette hypothèse, pourquoi les utiliser contre des civils et non contre les terroristes que nous combattons ?

Troisièmement, l’armée syrienne n’est pas présente dans cette zone, nous n’y menons pas de bataille, et nous n’avons aucun objectif à Khan Cheikhoun, qui n’est pas une zone stratégique. Pourquoi l’attaquer, d’un point de vue militaire ?! Pour quelle raison ? Je parle d’un point de vue militaire.

Évidemment, il s’agit essentiellement pour nous d’une question d’éthique, c’est-à-dire que nous n’aurions pas utilisé l’arme chimique même si nous la possédions. Nous n’aurions aucune volonté de l’utiliser, car ce serait intolérable sur le plan moral, et nous perdrions alors le soutien du peuple.

Tous les indices vont donc à l’encontre de toute cette histoire. Vous pouvez donc dire que cette pièce (de théâtre) qu’ils ont montée ne tient pas la route. L’histoire n’est pas convaincante, en aucune manière.

Journaliste : Avec la frappe aérienne américaine, Trump semble avoir changé dramatiquement de position à votre égard et à l’égard de la Syrie. Avez-vous le sentiment d’avoir perdu celui que vous avez auparavant qualifié d’éventuel partenaire ?

Bachar al-Assad : J’avais bien dit « si », je parlais au conditionnel : s’ils sont sérieux dans la lutte contre les terroristes, nous serons des partenaires. J’ai dit que cela ne concernait pas seulement les États-Unis, car nous sommes les partenaires de tous ceux qui veulent combattre les terroristes. C’est là pour nous un principe de base.

Mais il s’est avéré dernièrement, comme je l’ai dit tout à l’heure, qu’ils sont main dans la main avec ces terroristes, je veux dire les États-Unis et l’Occident, ils ne sont pas sérieux dans la lutte contre les terroristes. Hier encore certains de leurs responsables défendaient Daech, disant que Daech ne possédait pas d’armes chimiques. Ils défendent Daech contre le gouvernement syrien et contre l’armée syrienne. Donc en fait, vous ne pouvez pas parler de partenariat entre nous, nous qui luttons contre le terrorisme et combattons les terroristes, et les autres, qui les soutiennent ouvertement.

Journaliste : Pouvons-nous donc dire que la frappe américaine vous a fait changer d’avis au sujet de Trump ?

Bachar al-Assad : De toute manière, j’étais très prudent à exprimer toute opinion à son sujet auparavant, avant et après qu’il ne devienne Président. Je disais toujours : « Attendons de voir ce qu’il va faire. » Nous ne commentions pas les déclarations.

En effet, cette attaque est la première preuve qu’il ne s’agit pas tant du Président des États-Unis que du régime, de « l’État profond » des États-Unis. Il est toujours le même. Il ne change pas. Le Président n’est que l’un des acteurs sur la scène (américaine). S’il veut être un leader, il ne peut pas, car comme certains le disaient, Trump a voulu être un leader, mais tout Président US qui veut devenir un vrai leader va finalement ravaler ses mots, passer outre sa fierté au cas ou il en a, et faire un revirement à 180 degrés, sinon il en payera le prix politiquement.

Journaliste : Mais pensez-vous qu’il y aura une autre attaque ?

Bachar al-Assad : Tant que les États-Unis seront gouvernés par ce complexe militaro-industriel, ces entreprises financières et bancaires, ce qu’on peut appeler l’État profond qui œuvre aux intérêts de ces groupes, bien sûr que cela peut se reproduire n’importe quand et n’importe où, et pas seulement en Syrie.

Journaliste : Et votre armée et les Russes riposteront-ils si cela se reproduit ?

Bachar al-Assad : En fait, si vous voulez parler de représailles, nous parlons de missiles qui viennent de centaines de kilomètres, ce qui est hors de notre portée. Mais de fait, la vraie guerre en Syrie ne dépend pas de ces missiles, mais du soutien apporté aux terroristes.

C’est la partie la plus dangereuse dans cette guerre.

Notre riposte sera la même qu’au premier jour : écraser les terroristes partout en Syrie. Lorsque nous nous débarrasserons des terroristes, rien ne nous inquiétera plus. Telle est donc notre riposte, c’est une réponse (globale), et non une réaction (à un événement précis).

Journaliste : Vous dites donc qu’une riposte par l’armée syrienne ou par les Russes sera très difficile car les navires sont très éloignés.

Bachar al-Assad : C’est tout à fait vrai pour nous qui sommes un petit pays, tout le monde le sait d’ailleurs. C’est hors de notre portée. Je veux dire qu’ils peuvent lancer des missiles à partir d’un autre continent, tout le monde le sait. Les États-Unis sont une grande puissance, nous ne le sommes pas.

Quant aux Russes, c’est une autre affaire.

Journaliste : Accepteriez-vous les résultats d’une enquête menée par l’OIAC [Organisation pour l’interdiction des armes chimiques] ?

Bachar al-Assad : Dès 2013, lorsque les terroristes ont lancé leurs premières attaques contre l’armée syrienne en utilisant des missiles chimiques, nous avons réclamé une enquête. C’est nous qui avons demandé que des enquêtes soient menées. Chaque fois qu’il y a eu des attaques chimiques ou des allégations d’attaques chimiques, c’est nous qui avons demandé (une enquête).

Cette fois-ci, nous avons discuté hier avec les Russes, et durant les quelques derniers jours qui suivirent les frappes, et nous allons œuvrer avons œuvré ensemble en vue d’une enquête internationale.

Mais cette enquête doit être impartiale. Nous ne pouvons permettre d’enquête que si elle est impartiale, et en s’assurant que des pays impartiaux y prendront part, pour être sûrs qu’elle ne sera pas utilisée à des fins politisées.

Journaliste : Et s’ils accusaient le gouvernement, renonceriez-vous au pouvoir ?

Bachar al-Assad : S’ils accusent ou s’ils prouvent ? Il y a une grande différence. Car ils accusent déjà le gouvernement. Et si par « ils » vous voulez dire l’Occident, non, l’Occident ne nous intéresse pas.

Si vous parlez de l’OIAC, s’ils arrivent à prouver qu’une attaque a eu lieu, il faudra enquêter pour savoir qui a donné l’ordre de lancer une telle attaque.

Mais pour ce qui est de l’armée syrienne, une chose est à 100% certaine : nous ne possédons pas de telles armes, et nous ne pouvons pas, même si on le voulait, nous ne pouvons pas et nous n’avons pas les moyens nécessaires pour lancer une telle attaque, ni la volonté de le faire.

Journaliste : Vous voulez dire que vous ne possédez pas d’armes chimiques ?

Bachar al-Assad : Non, absolument pas. Il y a plusieurs années, en 2013, nous avons renoncé à tout notre arsenal. L’OIAC a déclaré que la Syrie est vide de toute matière chimique.

Journaliste : Je pose la question parce que les Américains ont dit qu’il y avait des armes chimiques dans la base aérienne, le niez-vous ?

Bachar al-Assad : Ils ont attaqué la base aérienne et détruit les dépôts qui contenaient différents matériels, mais il n’y avait pas de gaz sarin. Comment donc ? S’ils disent que nous avons lancé l’attaque au sarin à partir de cette même base aérienne, qu’est-il arrivé au sarin quand ils ont attaqué les dépôts ? A-t-on entendu parler de sarin ? Notre chef d’État-major est arrivé dans la base quelques heures seulement après l’attaque. Comment a-t-il pu y aller s’il y avait du sarin ? Comment a-t-on pu avoir seulement six martyrs, sur des centaines de soldats et d’officiers présents sur les lieux ? S’il y avait du sarin dans la base, comment se fait-il que les autres n’en sont pas morts ?

Dans ces mêmes vidéos truquées que nous avons vues sur Khan Cheikhoun, lorsque les secouristes essayaient de venir en aide aux victimes ou aux personnes supposées affectées, ils ne portaient ni masques ni gants de protection. Comment donc ? Où est donc le sarin ? Ils auraient dû en être immédiatement affectés.

Tout cela n’est donc qu’allégations. Je veux dire que cette attaque américaine et ces allégations constituent une preuve supplémentaire sur la fabrication et le fait qu’il n’y avait de sarin nulle part.

Journaliste : Si vous dites ne pas avoir donné l’ordre, est-il possible que des éléments indisciplinés de l’armée aient lancé cette attaque chimique ?

Bachar al-Assad : Même s’il y a un élément incontrôlé, l’armée ne possède pas de matières chimiques. Voilà pour le premier point.

Deuxièmement, un élément indiscipliné ne peut pas envoyer un avion de son propre chef, même s’il le veut. C’est un avion et non pas un petit véhicule aisément déplaçable ou une petite mitrailleuse qu’il peut utiliser à son gré. Ce serait  possible si on parlait d’un pistolet que quelqu’un utilise à sa guise et utilise pour violer la loi, chose qui peut arriver partout dans le monde, mais c’est impossible lorsqu’il s’agit d’un avion. Voilà pour le deuxième point.

Et troisièmement, l’armée syrienne est une armée régulière et non pas une milice. Elle est structurée et hiérarchisée, avec des mécanismes très clairs pour donner des ordres. Il n’est donc jamais arrivé durant les six dernières années de guerre en Syrie qu’un élément rebelle ait tenté d’agir contre la volonté de ses supérieurs.

Journaliste : Les Russes vous ont-ils mis en garde avant la frappe américaine ? Étaient-ils présents sur la base aérienne ?

Bachar al-Assad : Non, ils ne nous ont pas avertis parce qu’ils n’en ont pas eu le temps. Les Américains les avaient avertis quelques minutes seulement avant l’attaque, ou comme certains le disent après l’attaque, car les missiles prennent quelque temps pour arriver jusqu’à la base.

Mais en fait nous disposions de quelques indices que quelque chose allait se passer, et nous avons pris plusieurs mesures à cet égard.

Journaliste : Est-ce que vous confirmez que 20% de votre force aérienne a été détruite dans cette attaque, comme le disent les Américains ?

Bachar al-Assad : Je ne connais pas le cadre référentiel de ces 20%. C’est quoi les 100% pour eux ? Est-ce que ça correspond au nombre (total) des avions ? Ou à la qualité ? Ce taux renvoie-t-il aux appareils opérationnels ou en réserve ? Je ne sais pas ce qu’ils veulent dire par là.

Non, en fait, comme nous et les Russes l’avons déclaré, quelques appareils ont été détruits, la plupart de vieux appareils, dont certains n’étaient pas opérationnels de toute manière. C’est la vérité. Et la preuve est que depuis cette attaque, nous n’avons pas arrêté d’attaquer les terroristes partout en Syrie. Donc nous n’avons pas eu l’impression d’avoir été réellement affectés par cette frappe dans notre puissance de feu et notre capacité à attaquer les terroristes.

Journaliste : Votre gouvernement a déclaré au début que vous aviez frappé un dépôt d’armes chimiques. Est-ce vrai ?

Bachar al-Assad : C’était une possibilité car lorsque vous attaquez une cible liée aux terroristes, vous ne savez pas ce qu’il y a dedans. Vous savez que c’est une cible, ça peut être un dépôt, un entrepôt, un camp, un siège, vous n’en savez rien. Mais vous savez que les terroristes l’utilisent, et vous l’attaquez, comme toute autre cible. C’est ce que nous faisons quotidiennement, et parfois au fil des heures, depuis le début de la guerre. Mais vous ne pouvez pas savoir ce qu’il y a dedans. Que les frappes aériennes aient visé un dépôt de matériaux chimiques était donc une possibilité parmi d’autres.

Mais encore une fois, cela ne correspond pas au timing de l’annonce, non seulement parce que seuls les terroristes l’ont annoncé le matin, mais aussi parce que leurs organes d’information, et leurs pages sur Twitter et sur Internet ont annoncé l’attaque quelques heures avant l’attaque présumée, c’est-à-dire à 4h du matin. A 4h du matin, ils ont annoncé qu’il y aurait une attaque chimique, et qu’il fallait s’y préparer. Comment pouvaient-ils le savoir ?

Journaliste : Ne pensez-vous pas que Khan Cheikhoun représente un énorme revers pour vous ? Pour la première fois depuis six ans, les États-Unis attaquent votre armée. Hier, après une courte lune de miel, Tillerson a dit que le règne de la famille al-Assad va bientôt prendre fin. Ne pensez-vous pas que Khan Cheikhoun constitue pour vous un grand revers ?

Bachar al-Assad : Il n’y a pas de règne de la famille al-Assad en Syrie de toute façon. Il rêve. Ou disons qu’il hallucine. Nous ne perdons pas notre temps avec sa déclaration.

En réalité, non : durant les six dernières années, les États-Unis étaient directement impliqués dans le soutien des terroristes partout en Syrie, y compris Daech et al-Nosra, ainsi que toutes les factions qui partagent la même mentalité en Syrie. C’est une chose claire et prouvée en Syrie.

Mais si vous voulez parler des attaques directes, il y a quelques mois à peine, une attaque plus dangereuse que cette dernière avait eu lieu, juste avant qu’Obama ait quitté ses fonctions, quelques semaines avant je pense. Cela a eu lieu à Deir Ezzor à l’Est de la Syrie, lorsqu’ils ont attaqué une montagne qui revêt une grande importance stratégique. Ils ont attaqué une base de l’armée syrienne régulière, ce qui a aidé Daech à s’emparer de cette montagne. Et si l’armée syrienne n’avait pas été assez forte pour repousser Daech, la ville de Deir Ezzor serait aujourd’hui entre les mains de Daech, et Deir Ezzor aurait alors été directement relié avec Mossoul en Irak. Cela aurait constitué une victoire très stratégique pour Daech. Donc en fait non, le gouvernement américain était directement impliqué.

Mais pourquoi ont-ils attaqué directement cette fois-ci ? Parce que, comme je viens de le dire, les terroristes dans cette région étaient en pleine débâcle. Les États-Unis n’avaient donc aucun autre choix pour soutenir leurs proxys, à savoir les terroristes, si ce n’est en attaquant directement l’armée syrienne. Car ils leur avaient fourni toutes sortes d’armes, mais ça n’avait pas réussi.

Journaliste : Vous ne pensez donc pas que ce soit un grand revers pour vous ?

Bachar al-Assad : Non, non, cela fait partie du même contexte qui dure depuis six ans. Il a pris différentes formes, mais le fond de la politique américaine et occidentale vis-à-vis de la situation en Syrie n’a aucunement changé. Laissons de côté les déclarations : certaines ont un ton élevé, d’autres sont moins fortes, mais la politique reste la même.

Journaliste : Vous avez repoussé la plupart des rebelles à Idlib. Prévoyez-vous de l’attaquer prochainement ?

Bachar al-Assad : Nous attaquerons les groupes armés partout en Syrie, à Idlib, ou n’importe où ailleurs. Quant à l’heure et à la priorité, c’est une question militaire qui doit être discutée au niveau militaire.

Journaliste : Vous avez dit auparavant que Raqqa était pour votre gouvernement une priorité. Cependant, les forces qui avancent vers la ville se constituent dans leur majorité de Kurdes appuyés par les États-Unis. Ne craignez-vous pas qu’on vous écarte de la libération de Raqqa ?

Bachar al-Assad : Non, car nous soutenons quiconque veut libérer n’importe quelle ville des terroristes. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut la libérer des terroristes pour qu’elle soit occupée par les forces américaines, par exemple, ou par un autre proxy, ou un autre terroriste. L’identité de ceux qui vont libérer Raqqa n’est donc pas claire : est-ce que ce sera vraiment des forces syriennes qui la remettront ensuite à l’armée syrienne ? Est-ce que ce sera en collaboration avec l’armée syrienne ? Ce n’est pas encore clair.

Ce que nous entendons, ce ne sont que des allégations sur la libération de Raqqa. C’est ce que nous entendons depuis un an environ, ou un peu moins, mais rien ne s’est produit sur le terrain. Tout reste donc hypothétique, car il n’y a rien de tangible sur le terrain.

Journaliste : Les États-Unis et la Russie sont les parrains du processus de Genève. Étant donnée la tension entre les deux pays, pensez-vous que ce processus puisse se poursuivre ?

Bachar al-Assad : Il y a une grande différence entre le fait que le processus soit actif, ce qui pourrait se produire à tout moment, la réactivation de ce processus, et le fait qu’il soit efficace. Jusqu’à présent le processus n’est pas efficace. Pourquoi ? Parce que les États-Unis ne sont pas sérieux dans la recherche d’une solution politique quelconque. Ils veulent utiliser le processus politique comme un parapluie pour les terroristes, ou ils cherchent à obtenir à travers cette tribune ce qu’ils n’ont pas pu réaliser sur le terrain, sur le champ de bataille. Voilà pourquoi le processus n’était pas du tout efficace.

Nous nous retrouvons maintenant dans la même situation. Nous ne voyons pas que cette administration est sérieuse sur ce plan, car ils soutiennent les mêmes terroristes. Nous pouvons donc dire : oui, nous pouvons réactiver le processus, mais nous ne pouvons pas dire que nous nous attendons à ce qu’il soit efficace ou fructueux, non.

Journaliste : Après six ans, Monsieur le Président, n’êtes-vous pas fatigué ?

Bachar al-Assad : À vrai dire, la seule chose qui peut faire pression sur nous, ce n’est ni la situation politique, ni la situation militaire, mais c’est la situation humanitaire en Syrie, l’effusion quotidienne du sang, les souffrances et les difficultés infligées à chaque foyer en Syrie. C’est la seule chose pénible et fatigante, si on peut parler de « fatigue ».

Mais si vous vouliez parler de la guerre, de la politique, des rapports avec l’Occident, non, je ne me sens pas du tout fatigué, car nous défendons notre pays, et on ne se lassera jamais de le défendre.

Journaliste : Qu’est-ce qui vous empêche de dormir ?

Bachar al-Assad : Encore une fois, la souffrance du peuple syrien, (que je ressens au niveau de) la relation humanitaire entre moi et chaque famille syrienne, directement ou indirectement. C’est la seule chose qui peut m’empêcher de dormir de temps en temps. Mais en aucun cas les déclarations occidentales ou leurs menaces de soutenir les terroristes.

Journaliste : Aujourd’hui, des gens de Foua et de Kafraya vont être déplacés de leurs villages vers Damas et Alep. Ne craignez-vous pas que cela puisse représenter un déplacement de la population, et que la Syrie d’après la guerre ne sera plus comme celle qui existait avant ?

Bachar al-Assad : Le déplacement réalisé dans ce contexte est obligatoire. Nous ne l’avons pas choisi, et nous souhaitons que toute personne puisse rester dans son village et sa ville. Mais ces gens-là, comme beaucoup d’autres civils dans diverses régions, étaient entourés et assiégés par les terroristes. Ils ont été tués de manière quotidienne. Ils devaient donc partir.

Ils rentreront bien sûr chez eux après la libération. C’est ce qui s’est produit dans plusieurs autres régions où les gens rentrent chez eux.

C’est donc une situation provisoire. Parler de changements démographiques n’est pas dans l’intérêt de la société syrienne si c’est permanent, mais tant que c’est temporaire, ça ne nous inquiète pas.

Journaliste : Monsieur le Président, merci beaucoup de nous avoir accordé cet entretien.

Bachar al-Assad : Merci à vous.

Journaliste : C’était très intéressant, merci beaucoup d’avoir échangé avec moi.

Bachar al-Assad : Merci à vous.

Traduction : sayed7asan