Les frappes militaires contre la Syrie doivent être jugées par la Cour pénale internationale

par Eva Maria Barki*

Horizons et débats (Zeit Fragen)

Zurich, 23 mai 2108

 

«Seul le ministre des Affaires étrangères de la Suisse Ignazio Cassis a critiqué les Etats-Unis dans une interview accordée à la ‹Neue Zürcher Zeitung›. Il a souligné que l’on a déjà déclenché des guerres sous faux prétexte, comme par exemple contre l’Irak.»

 

Les frappes militaires des Etats-Unis, perpétrées de commun accord avec la France et la Grande-Bretagne, illustrent avec une clarté effarante l’obstination des Etats-Unis – depuis la chute de l’Union soviétique la seule superpuissance restante – à imposer leurs intérêts par la politique de force de manière conséquente et sans entraves aucunes. Cela est en complète contradiction avec l’article 2 de la Charte des Nations Unies exigeant l’obligation de respecter la souveraineté d’un Etat et l’interdiction de la menace et de l’application de la force.
Basée sur la nouvelle doctrine de l’OTAN de 1999 – l’usurpation du droit de conduire des opérations militaires en guise de «prévention» aux conflits et aux dangers même en dehors du territoire de l’OTAN et sans mandat des Nations Unies –, on déclare des interventions militaires contre des Etats souverains comme politiquement légitimes (R2P – Responsibility to Protect). La Yougoslavie en fut le précédent, puis suivirent l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, et actuellement la Syrie.
L’ancien commandant en chef de l’OTAN Wesley Clark informa en 2003 que la Syrie était déjà prévue comme cible d’une action militaire américaine, depuis la guerre contre l’Irak. Le président George W. Bush déclara en 2003: «En Irak, il ne s’agit pas que de l’Irak. Ce n’est qu’une partie du modèle». James Steinberg, expert des Affaires extérieures à Washington, le précisa: La Syrie cause des soucis aux USA, parce qu’elle est capable de déranger l’ordre d’après-guerre.
Alors voilà la vraie raison des frappes militaires: faire revivre l’accord de Sykes-Picot (répartition du Proche-Orient pendant la Première Guerre mondiale, par analogie de l’Allemagne et de la monarchie austro-hongroise, ndlr.), cette fois-ci sous la houlette des Etats-Unis. L’influence dans la région, mise en cause par la Russie, doit être rétablie. Les Américains semblent avoir oublié que l’objectif de guerre formulé par leur président de l’époque Wilson d’accorder aux peuples leur droit à l’autodétermination fut manqué, et demeure bafoué par la plupart des gouvernements – bien qu’entretemps, a eu lieu son inscription dans les deux pactes de l’ONU sur les droits de l’homme.
Ce bombardement par des missiles était visiblement un test – Gorbatchev appelait cela un «entrainement préparatoire». Les Etats-Unis se sont explicitement réservé le droit d’effectuer d’autres opérations militaires. Ils ont déjà menacé le président Assad de nouvelles frappes, car selon les dires du gouvernement français, l’arsenal d’armes chimiques «n’a pas entièrement été détruit». Il semble qu’on voulait tester la réaction de la communauté internationale des Etats. Seul le ministre des Affaires étrangères de la Suisse Ignazio Cassis a critiqué les Etats-Unis dans une interview accordée à la «Neue Zürcher Zeitung». Il a souligné que l’on a déjà déclenché des guerres sous faux prétexte, comme par exemple contre l’Irak. Auparavant, Cassis s’était déjà prononcé à l’ONU contre le droit du plus fort dans les relations internationales. L’Autriche, également neutre, rechigna devant la critique. Le droit international est l’arme des petits pays. En Autriche, Felix Ermacora avait encore utilisé cette arme avec succès et avait ainsi procuré à son pays un grand prestige. Maintenant, l’Autriche a déposé cette arme de manière inconsidérée.
Cependant, le vrai scandale est que l’Union européenne s’est déclarée «solidaire avec ses alliés» et a salué l’action militaire comme «plein succès». La chancelière allemande a caractérisé les frappes comme «nécessaires et équilibrées». Et ceci alors qu’on reproche à la Hongrie un manque démocratique sur la base de faits erronés et de fausses informations, qu’on réprimande le pays parce qu’il respecte les normes européennes, que l’UE ignore le droit à l’autodétermination du peuple des Catalans et que les agissements brutaux de l’Espagne en Catalogne sont tolérés, que le droit à l’autodétermination du peuple de la Crimée n’est pas respecté et que la Fédération de Russie est soumise à des sanctions illégales sur la base de la fausse accusation d’annexion. En même temps donc, le fait que les Etats-Unis soient coupables – à plusieurs reprises – d’agressions contraires au droit international n’est pas condamné, mais plus encore avalisé et loué!
Tant l’aide fournie aux milices terroristes en Syrie avec le but de renverser le gouvernement légitime ainsi que les frappes militaires répétées contre la Syrie représentent un crime d’agression qui devrait être soumis à la compétence de la Cour pénale internationale. Dans le droit international, il n’y a que deux normes correspondant au droit coercitif (ius cogens): l’interdiction de la violence et le droit des peuples à l’autodétermination. L’Union européenne a ignoré et donc violé les deux normes. Cela correspond à l’abrogation complète du droit international, à la fin de la sécurité juridique internationale et donc à un sérieux danger pour la paix mondiale!

 

*    Eva Maria Barki, docteur en droit et avocate, est née à Nikitsch (Autriche) en 1943. Elle a des origines hongroises, italiennes et croates. Après ses études de droit à Vienne, Mme Barki a acquis son diplôme d’avocat et dirige depuis son propre cabinet juridique à Vienne. Elle est spécialiste internationale pour les droits des nationalités et des communautés ethniques.

 

Source: Wegwarte. Folge 2, Mai 2018, Mitteilungen der Initiative Heimat & Umwelt, ihu(at)a1.net

 

Article 2 al. 4 de la Charte de l’ONU

[…]
4. Les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.

Il n’y a pas de quoi être fier de la participation de la France au bombardement de la Syrie

Les Français veulent des chefs, c’est vrai, mais des chefs libres

 par Roland Hureaux*, essayiste, France

Horizons et débats

Zurich

4 mai 2018

 

J’ai trois fois honte de la France après que ses forces aient, dit-on, participé aux «frappes» (admirable euphémisme signifiant simplement bombardement) en Syrie.
D’abord, parce que le point de départ de ces supposées actions punitives est un mensonge. Tous ceux qui suivent les affaires syriennes depuis plusieurs années savent qu’on n’a jamais pu imputer avec certitude l’usage d’armes chimiques à Bachar el-Assad: le général James Mattis, secrétaire d’Etat américain à la Défense, l’a reconnu récemment. Ce fut le cas, en particulier, dans la même Ghouta (qui fait parler d’elle aujourd’hui), le 21 août 2013, où, après un tollé international semblable à celui que nous venons de connaître, il s’est avéré, en fin de compte, qu’il s’agissait d’une provocation du groupe islamiste Al-Nosra (Al-Qaïda). En interdisant à son gouvernement d’intervenir, le Parlement britannique avait alors évité une escalade très dangereuse. Comment Assad serait-il assez fou pour utiliser des armes chimiques, au demeurant peu opérantes, alors qu’il vient de gagner la partie? Il n’est pas de la vocation de la France de risquer la vie de ses soldats pour des mensonges.
Ensuite, parce que notre pays donne, dans cette affaire, le sentiment de s’être totalement inféodé à l’OTAN, et donc aux Etats-Unis. Il est comme le roquet qui suit le gros chien – et parfois tente de le précéder. Indigne rôle que le Président Macron lui fait jouer. Il espère, sans doute, qu’une action militaire le rendra populaire; sûrement pas dans ces conditions. Les Français veulent des chefs, c’est vrai, mais des chefs libres. Il y a peu de chances qu’ils lui sachent gré de cette lamentable expédition.
Enfin, parce que l’entreprise, quel qu’en soit le résultat, est vue par le reste du monde pour ce qu’elle est: les riches et les puissants bombardent les pauvres et les faibles, et cela, circonstance qui rend la chose plus abjecte, au nom de la morale. Est-il vraiment dans la mission de la France de s’associer à ce genre d’action?
La France du général de Gaulle fut aimée dans le monde précisément parce qu’elle avait su échapper à cette logique en prenant ses distances avec les Etats-Unis, tout en demeurant son allié sur l’essentiel. De même, on sait combien Chirac se rendit populaire en refusant de participer, en 2003, à l’expédition contre l’Irak, dont on connaît les suites désastreuses.
Ajoutons qu’en Syrie, le sort des chrétiens d’Orient est en jeu. En conférant du crédit aux djihadistes, qui ont probablement organisé le simulacre d’attaque à l’arme chimique pour l’imputer au gouvernement Assad, et en bombardant la Syrie, les Occidentaux continuent de faire indirectement la guerre aux chrétiens d’Orient, qui sont une des cibles majeures des Frères musulmans que nous soutenons.
Cette position est particulièrement déshonorante pour la France qui avait, depuis François Ier, la mission de les protéger. Il est un peu scabreux d’avoir compati sur leur sort devant les évêques de France pour les combattre immédiatement après sur le terrain.
Non il n’y a pas de quoi être fier de la participation des forces françaises aux «frappes» sur la Syrie.    •

 

* Roland Hureaux, né en 1948, est historien et essayiste français avec une carrière universitaire, administrative et politique. Dans les années 1990, il était conseiller de Philippe Séguin, lors de sa présidence de l’Assemblée nationale. Actuellement, il est président de l’association «Mouvance France», hors des partis politiques. Au cours des 20 dernières années, il a publié d’un point de vue souverainiste et gaulliste une douzaine de livres et un grand nombre d’articles, d’essais et d’analyses sur des sujets politiques et sociétaux.

 

Le Temps insolite !

par Ivo Rens

 

Le Temps, titre de référence de la presse suisse, et de révérence coite face aux violations systématiques de la Charte des Nations Unies par les Puissances occidentales, publie, dans une rubrique prudemment libellée OPINION, un article dénonçant ces violations en Syrie. Il est intitulé : “Frappes illégales contre la Syrie.”

Ce article paru dans l’édition du 25 avril 2018, en page 10, est dû à un certain Etienne Henry, probablement un chercheur en droit international public. Certes, cet auteur ne se démarque pas entièrement de la doxa dominante lorsqu’il affirme que la Syrie aurait violé à plusieurs reprises la résolution du Conseil de sécurité lui interdisant les armes chimiques. C’est là, me semble-t-il, une accusation contestée et controversée dont le bien fondé est loin d’avoir été démontré. A plusieurs reprises, en effet, certains groupes d’insurgés pourraient bien avoir fait usage de ces armes contre le Gouvernement syrien, avec l’appui des services de l’une ou l’autre des Puissances occidentales désireuses d’opérer un changement de régime en Syrie.

Cette réserve étant posée, il est remarquable que Le Temps s’avise enfin que subsistent encore la Charte des Nations Unies et un système juridique de sécurité collective, nonobstant leur constante violation par les Etats membres de l’OTAN.

 

Ivo Rens

28 avril 2018.

 

Bombardement de la Syrie: le droit international bafoué

par Etienne Henry,

Source : Le Temps, Lausanne, 25 avril 2018

https://www.letemps.ch/opinions/bombardement-syrie-droit-international-bafoue

 

 

OPINION. Les frappes des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni sur la Syrie sont illégales en regard du droit international, écrit le chercheur Etienne Henry. Elles ouvriraient même un droit de riposte de Damas et ses alliés.

 

Certains se sont prononcés en faveur des récentes frappes aériennes contre des sites présumés de production et de stockage d’armes chimiques en Syrie. Ceci sans s’appesantir sur les aspects juridiques. Quel que soit l’avis que l’on se fasse de leur utilité immédiate et de leur légitimité politique ou morale, on ne saurait ignorer que ces attaques constituent une violation manifeste de l’interdiction de la menace et de l’usage de la force, ancrée à l’article 2 de la Charte des Nations unies. Elles ne pourraient se justifier qu’en cas de légitime défense ou d’autorisation par le Conseil de sécurité – ce qui n’est ici pas le cas.

Lors de frappes similaires menées en avril 2017, Donald Trump n’avait pas même tenté de se justifier, confirmant le peu de cas qu’il fait du droit international. Cette fois, les Etats intervenants n’ont pas fait front commun sur ce plan et chacun y est allé de son grain de sel, trahissant ainsi la faiblesse de leur position.

La France soutient que la résolution 2118 lui permet d’agir, en quelque sorte par substitution du Conseil de sécurité. Pour rappel, ladite résolution a été adoptée le 27 septembre 2013 dans le contexte de l’engagement pris par Bachar el-Assad de ne pas utiliser d’armes chimiques et de détruire les stocks existants. Le Conseil menaçait alors de prendre d’autres mesures en cas de non-respect par la Syrie. On sait que celle-ci a plusieurs fois violé la résolution et que le Conseil s’est avéré incapable de remédier à la situation – ce que l’on ne peut que déplorer. Mais cela ne saurait conférer à un Etat agissant seul le droit de contourner les procédures onusiennes. De tels arguments avaient d’ailleurs été rejetés avec fermeté par la France lors de l’invasion de l’Irak en 2003.

Au nom de l’intérêt national

Quant au Royaume-Uni, il se prévaut d’un prétendu droit d’intervention humanitaire. Or un tel droit, reconnu par une poignée d’Etats, n’est pas compatible avec la Charte. Il a été clairement rejeté par l’Assemblée générale. Selon Dapo Akande, professeur à l’Université d’Oxford, l’argument ne convainc guère, même si l’on acceptait l’existence d’un tel droit. En effet, les frappes ont eu lieu après les faits et dénotent ainsi une intention punitive plutôt que préventive – malgré les déclarations d’intention à cet effet. Après avoir tracé une «ligne rouge» et proféré des menaces, le président Emmanuel Macron et ses alliés sont avant tout soucieux de leur crédibilité. En outre, la décision ne repose pas sur le constat d’une «détresse humanitaire extrême» par la communauté internationale. Au contraire, elle a eu lieu avant le déploiement des enquêteurs internationaux, alors que les faits restent controversés. Finalement, on peut s’interroger sur le choix de l’inaction face aux bombardements indiscriminés par le biais d’armes conventionnelles, et de l’intervention en cas d’emploi d’armes chimiques. La raison est sans doute à chercher dans la vulnérabilité des Etats occidentaux face aux armes chimiques; ceux-ci ont donc un intérêt à éviter leur prolifération.

Les frappes ont eu lieu après les faits et dénotent ainsi une intention punitive plutôt que préventive

Or c’est bien au nom de l’intérêt national que la première ministre Theresa May et le président Donald Trump prétendent justifier les frappes. Selon la représentante des Etats-Unis au Conseil de sécurité, la diplomatie ayant échoué, il devenait légitime de recourir à la force militaire. Il y aurait donc épuisement de l’obligation de régler les différends pacifiquement, ce qui ouvrirait la voie à l’usage de la force militaire: après le temps des palabres, le temps des missiles… Un tel argument ne saurait être admis sans rendre totalement inopérants l’interdiction du recours à la force et le système de sécurité collective.

Violation de la Charte

Cette indigeste bouillabaisse d’arguments, dont certains s’avèrent mutuellement contradictoires, ne rend que plus évidente l’illégalité des frappes, qui peuvent être qualifiées de représailles armées, en violation du droit international. Cet acte d’agression caractérisé ouvre le droit pour la Syrie de riposter par la force de manière proportionnée, au besoin avec l’assistance de ses alliés dans le cadre du droit de légitime défense collective.

Toutes ces tentatives de justification ont en commun leur caractère unilatéraliste. Comme le remarque Olivier Corten, professeur à l’Université libre de Bruxelles, elles s’apparentent à la pratique du XIXe siècle: «On revient à l’idée que les grandes puissances peuvent unilatéralement faire de la justice privée au nom de leur propre conception de ce qu’il faut faire ou pas.» Il ne fait aucun doute que les rivaux des Etats occidentaux ont pris note de ce précédent et qu’ils n’hésiteront pas à l’invoquer, si l’occasion se présente.

Les efforts en vue de substituer un système de sécurité collective à l’anarchie belliqueuse seraient-ils sur le point d’être balayés? Pour éviter une telle dérive, il serait temps que la majorité silencieuse des Etats, à commencer par la Suisse, dénonce fermement et de manière non sélective les violations de la Charte. Il ne s’agit pas de prendre fait et cause pour l’un ou l’autre camp, mais de s’engager pour le maintien d’un système qui, malgré ses évidentes faiblesses, a le mérite d’exister et qui vaut sans doute encore mille fois mieux que l’anarchie totale et la loi du plus for

L’agression tripartite contre la Syrie revue et corrigée par les Chinois : Ce ne serait pas un simple raté, ni même un fiasco, mais bien pire…

Source : https://reseauinternational.net/lagression-tripartite-contre-la-syrie-revue-et-corrigee-par-les-chinois-ce-ne-serait-pas-un-simple-rate-ni-meme-un-fiasco-mais-bien-pire/   28 avril 2018

Source originaire : source:https://strategika51.wordpress.com/2018/04/25/les-donnees-chinoises-revelent-detranges-incoherences-dans-le-deroulement-de-lagression-tripartite-contre-la-syrie-des-missiles-nauraient-jamais-ete-tires/

Tout porte à croire que la débâcle de l’attaque tripartite contre la Syrie est l’œuvre directe de la Russie. On imagine sans peine la confusion qui doit régner au sein des armées occidentales et de l’OTAN, car il s’agit bien d’une cuisante défaite, avec l’humiliation en moins, face à la Russie qui joue fairplay en gardant le silence sur les déboires des trois va-t-en-guerre occidentaux. La troisième guerre mondiale semble être terminée avant d’avoir commencé.   RI  

Les analystes militaires chinois sont perplexes. L’exploitation des images fournies par leurs satellites-espion au dessus du Levant et de la Méditerranée orientale leur a donné du tournis.

Première constatation assez surprenante, les bâtiments de surface de la marine française supposés avoir pris part à l’attaque tripartite de la Syrie dans la nuit du 13 au 14 avril n’auraient lancé aucun missile de croisière. Les trois frégates multimissions « Aquitaine », « Auvergne » et « Languedoc », traqués au mètre près par les satellites chinois et russes, apparaissent n’avoir tiré aucun projectile lors de la fenêtre de tir spécifique de l’opération.

Cela a laissé incrédules nombre d’analystes chinois, mais l’analyse des signaux électroniques et un échange limité de données avec la Russie a confirmé les premières déductions.

La marine de guerre française n’a tiré aucun missile sur la Syrie dans la nuit du 13 au 14 avril 2018.

Politique délibérée? Brouillage russe? Panne informatique des systèmes de contrôle et de commandement?

Dans un premier temps, Paris a annoncé que tous les missiles MBDA Scalp EG auraient atteint leurs objectifs puis des sources militaires anonymes ont commencé à répandre l’information selon laquelle seuls trois missiles sur douze auraient été lancés suite à une série de dysfonctionnements. Il s’avère maintenant que nous n’en savons rien.

Plus surprenant est le comportement des aéronefs de combat britanniques Tornado GR-4. Les trajectoires suivies par les appareils britanniques sont totalement incompréhensibles au regard de l’objectif supposé de la mission consistant à approcher l’espace aérien syrien pour y lancer dans des conditions optimales des missiles MBDA Storm Shadow. Selon les données chinoises, les pilotes britanniques n’ont pas lésiné sur les moyens pour faire échouer leur mission.

Enfin, les tirs de BGM-109 Tomahawk US à partir de navires de guerre en Méditerranée orientale ou en Mer Rouge ont connu quelques anomalies et pas des moindres: certains missiles se sont abattus avant d’atteindre l’espace aérien syrien et d’autres, ayant pénétré cet espace, semblaient suivre des trajectoires aléatoires avant de disparaître.

Les analystes chinois ne confirment pas le tir de 103, 105, 110 ou 120 missiles tirés mais estiment que le nombre de missiles devant être lancés devait dépasser les 200 unités.

Bref, on a connu la drôle de guerre en 1940. Maintenant on assiste à de drôles d’attaques où l’on ne sait même pas si les missiles ont été tirés ou non. Décidément, les dessous de cette affaire sont loin d’être connus.

source:https://strategika51.wordpress.com/2018/04/25/les-donnees-chinoises-revelent-detranges-incoherences-dans-le-deroulement-de-lagression-tripartite-contre-la-syrie-des-missiles-nauraient-jamais-ete-tires/

 

La libération de la Ghouta, un coup dur pour l’Otan et sa Coalition

par Claudine Pôlet

4 avril 2018

Source : Alerte OTAN, Bulletin trimestriel du Comité de Surveillance OTAN

Belgique – Belgïe P.P. 1050 Bruxelles 5

N°68 – 1er trimestre 2018

 

 

La Ghouta Orientale n’est pas un « quartier rebelle » de Damas. Depuis 2012, cette région, aux alentours de la capitale Damas était sous le joug de plusieurs bandes fascistes islamistes, armées, conseillées et financées par la Coalition Internationale Contre le terrorisme », laquelle est composée par la plupart des Etats membres de l’Otan et de ses partenaires en Afrique du Nord, au Proche et Moyen Orient.

 

Il n’y a pas de groupes rebelles, ni de « rebelles modérés », mais diverses milices privées terroristes, dont le mouvement Jaych al-Islam, l’Armée syrienne libre, le Front Al-Nosra.

Il n’y a pas de Régime , comme le disent avec arrogance les medias, mais bien le Gouvernement de la République syrienne, pas de Tyran, mais bien un Président élu, Bachar Al Assad. Et des élections en 2016 dans les parties de la Syrie non envahies par la Coalition Internationale et ses exécutants

Il n’y a pas de Forces Armées du Régime, mais bien une armée régulière gouvernementale, qui a d’ailleurs payé très cher (au moins 80.000 morts entre 2011 et 2016) sa loyauté à la République syrienne et à l’intégrité de son pays.

Les media occidentaux se sont déchainés, une fois de plus, pour répercuter les habituelles accusations « d’usage d’armes chimiques » par les forces militaires gouvernementales, »de massacre de milliers de civils ». Ils n’ont pas manqué d’additionner sans scrupules les mensonges les plus grossiers.

Le gouvernement de Bachar et le parlement syrien sont allés au pouvoir après des élections. Les dernières élections législatives syriennes, organisées le 13 avril 2016, ont été remportées par le parti Baas de Bachar al-Assad et ses alliés, qui ont eu 200 parlementaires sur 250 sièges. Elles ont eu lieu en pleine guerre dans la partie de la Syrie qui n’était pas envahie par la Coalition Internationale et les bandes terroristes islamistes. Un front s’est constitué pour défendre la Constitution syrienne, entre le Baas et une partie des mouvements d’opposition qui manifestaient contre le gouvernement de 2011.

Le gouvernement de Bachar Al Asad a pleinement le droit et la légitimité de constituer les alliances qu’il estimait nécessaire pour se défendre. L’Alliance avec la Russie ne date d’ailleurs pas d’aujourd’hui, mais déjà de l’époque de l’URSS et elle a représenté un facteur essentiel pour faire face à l’invasion occidentale et de ses alliés les plus réactionnaires au Moyen et Proche Orient, comme l’Arabie Saoudite, le Qatar, les Emirats Arabes Unis, Israël.

En 1967, Israël a envahi, et ensuite annexé une partie de la Syrie, le plateau du Golan, à partir duquel il harcèle en permanence le territoire syrien et n’hésite pas à s’allier et soutenir matériellement les milices terroristes islamistes. Sa domination du plateau du Golan lui donne le contrôle de très grandes réserves d’eau de la Syrie.

En intervenant aux côtés du gouvernement syrien, la Russie, sous la présidence de Poutine, et grâce à son armée et forte du soutien de la majorité de sa population, a renoué avec la tradition de solidarité internationale de l’époque soviétique, et n’a pas seulement défendu des intérêts économiques immédiats. Lors des dernières élections présidentielles en Russie, c’est important de voir que les groupes d’opposition qui faisaient campagne pour que la Russie retire son soutien à la Syrie, n’ont reçu aucun appui.

L’accaparement du pétrole ou du gaz syrien ne présente aucun intérêt pour la Russie. Par contre, c’est très important d’avoir fait face aux puissances occidentales, dont principalement, mais pas seulement, les Etats-Unis, qui croyaient pouvoir continuer en toute impunité leurs invasions, leur domination économique et militaire sur le monde, fragmenter et détruire des pays entiers, comme en Yougoslavie, en Afghanistan, en Libye, en Irak, au Yémen, en Palestine, provoquer le chaos et la misère absolue partout où ils portaient leurs guerres « humanitaires ».

Les puissances capitalistes doivent recourir chaque fois plus à des moyens technologiques ultra sophistiqués, à la cyber-guerre, aux drones, aux bombardiers chargés d’armes nucléaires très puissantes, pour compenser le refus des gens de faire la guerre. Elles ont aussi recours à l’organisation mondiale de bandes fascistes, peu importe que ces terroristes se nomment « Etat islamique », fous de Dieu, Daesh ou Al Nosra, pour former des milices privées. Ce sont ceux-là que les media et les « experts » en tout genre nomment « les radicalises ». Il faut aussi se rappeler que les premiers contingents de ces terroristes étaient des Afghans qui ont servi de « légion étrangère » dans l’invasion de l’Afghanistan en 2001, et les plus nombreux parmi ces soi-disant djihadistes sont des Tchétchènes, qui combattaient l’Union Soviétique, et non pas des musulmans arabes, ni des « rebelles modérés » libyens, syriens ou irakiens.

Mais la guerre en Syrie n’est pas pour autant sur sa fin. En Afghanistan, après 17 ans d’occupation par les puissances impérialistes, organisées parl’Otan, celles-ci ne sont pas parvenues às’imposer ni àapporter le moindre progrès économique ou social dans ce pays. Mais elles ne se retirent pas de ce pays même si cela leur coûte des milliards de dollars de soutenir à bout de bras une armée afghane qui est la seule source d’emploi pour le peuple afghan. Chaque conflit armédans le monde actuellement devient très vite une guerre « mondiale » et cette guerre est loin d’être « une « Guerre Froide ». En Syrie, c’est aussi une confrontation mondiale qui se joue.

 

 

Halte à la guerre infâme contre la Syrie !

par Michel Raimbaud

13 avril, 2018

Source : Les Crises.fr

https://www.les-crises.fr/michel-raimbaud-la-nouvelle-guerre-froide-se-transforme-progressivement-en-une-guerre-ouverte/

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Excellente synthèse de Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France au Soudan et en Mauritanie. Il est l’un de nos grands spécialistes du Moyen-Orient, et nous vous renvoyons vers son excellent livre Tempête sur le Grand Moyen-Orient 

 

Halte à la guerre infâme !

Une guerre implacable, sauvage, meurtrière et destructrice, fait rage en Syrie depuis mars 2011. Devenue universelle grâce au renfort venu de 120 pays que l’Empire Atlantique a pu attirer dans sa galère, elle menace ces jours-ci de dégénérer en un conflit mondial au sens plein et entier du terme.

Beaucoup parmi les plus optimistes n’en sont plus à se demander si la guerre des Trois (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne) aura lieu ou non, mais si elle s’allumera demain ou après-demain. On a beau en refuser la perspective tant elle heurte la raison, les réalités sont là. Il est évident que la nouvelle guerre froide que l’on a vu apparaître depuis une décennie entre l’Occident et ses complices d’une part, la Russie et ses alliés d’autre part, vire peu à peu à la guerre ouverte. Si le monde arabo-musulman est le théâtre privilégié et l’enjeu géopolitique de cet affrontement global entre l’Empire Atlantique déclinant et l’Eurasie renaissante ou émergente, la Syrie en est l’épicentre, pour diverses raisons, géopolitiques et stratégiques notamment.

Dans nos « démocraties » occidentales qui unilatéralement se disent grandes, les « élites » qui ont soumis les populations à un lessivage de cerveau sans précédent font semblant de croire encore à la narrative mensongère, immorale et imbécile injectée depuis sept ans dans les méninges ramollies par le « mainstream » médiatique, universitaire et politique. Il serait étonnant que ces esprits pleins de morgue et de suffisance y croient vraiment : ce serait d’ailleurs inquiétant pour leur santé mentale. Ecartant donc l’hypothèse, on retiendra plutôt qu’ils ont trouvé un fonds de commerce gratifiant dans cette gigantesque escroquerie intellectuelle et qu’ils ont réussi à l’acclimater sous nos latitudes où l’on se dit cartésien, puisqu’elle provoque si peu de réactions… Pour l’instant !

Si elles avaient une mémoire collective, les opinions se souviendraient du sort de l’Irak, de la Somalie, de la Libye…peut-être de l’ex-Yougoslavie, voire du Yémen où destructions et massacres se poursuivent sous l’égide de l’ami stratégique imprévu qu’est le jeune Mohammed Ben Salman, étreint avec effusion par notre ministre des affaires étrangères lorsqu’il débarque tel le Messie. Elles reverraient Colin Powell brandissant ses fioles venimeuses et chimiques pour justifier une invasion de l’Irak et son démantèlement. Pas de sa faute : il était, dira-t-il la bouche en cœur, mal informé par ses « services ». Mais les opinions « civilisées » (que l’on appellerait dédaigneusement « rues » si elles étaient « arabes ») sont anesthésiées par le flot de désinfo et de désintox, hébétées par les débats de société qui leur sont proposés ou imposés, toujours anecdotiques et marginaux. La guerre ou la paix ? Bof. Quant aux élus, ils sont superbement ignorés : à quoi pourraient-ils servir ?

Frétillant comme son prédécesseur Hollande à l’idée de participer aux frappes contre la Syrie et le « régime de Bachar », Macron, qui réserve ses pensées complexes à son ami Trump, esprit bien connu pour sa subtilité, ose qualifier cette nouvelle attaque illégitime, arrogante et dépravée de « devoir moral ». Devons-nous nous habituer à voir par les nuits sans lune nos dirigeants se tortiller sur leur fauteuil, le doigt sur le bouton et le petit doigt sur la couture du pantalon, attendant le feu vert des fous du Pentagone ou de la Maison-Blanche pour lancer leurs engins meurtriers sur la Syrie qui ne les a jamais agressés ? Quelle sinistre comédie ! Comme si 400 000 morts, 13 ou 14 millions de réfugiés, exilés ou déplacés, un pays ravagé, ne suffisaient pas à combler le sens moral de ces hautes consciences. Après sept ans de mensonges éhontés, de destructions systématiques, de méfaits innommables, peut-on vraiment dire que « le respect de l’autre » est une « valeur de l’Occident » ?

A la vue des séances consacrées à la Syrie et à l’audition des échanges qui les agrémentent, on peut dire que la prestation – navrante – du Conseil de Sécurité témoigne de la ruine globale du système international. Adieu aux vagues espoirs que l’on pouvait nourrir quant aux capacités des Nations-Unies et à son instance suprême en matière de paix et de sécurité à imposer un ordre pacifique. Les principes fondateurs du droit onusien, tels que les énonce la Charte fondatrice de San Francisco, ne sont plus ni respectés ni admis comme références par l’ensemble des Etats représentés à l’Assemblée Générale et certains des membres permanents du Conseil de Sécurité les bafouent sans même s’en cacher, ou les ignorent superbement. Les Trois Occidentaux, qui osent s’identifier sans complexe à la « communauté internationale » alors qu’ils représentent 7 à 8% de la population mondiale, constituent en effet le corps de bataille du parti de la guerre et du chaos, leurs adversaires – Russie, Chine, Iran, Syrie, etc…– représentant sans ambigüité le camp de la légalité et du droit.

Au-delà du droit, c’est la diplomatie qui est en danger. Bien plus que le clivage Est/Ouest nouveau modèle, il faut incriminer la perte des us et coutumes, des pratiques, des normes et du langage de la diplomatie. Comment justifier le honteux spectacle des représentants occidentaux maniant la menace, l’injure, le mensonge et les propos aberrants dans l’enceinte du Conseil, transformé en parterre d’enragés et de falsificateurs ? Comment qualifier le grossier personnage élu par l’Amérique profonde et soutenu par son Etat profond dès lors qu’il bombarde ? Elephantman dans un magasin de porcelaine, il incarne mieux que tout autre avant lui le système que suggéraient, il y a quasiment un demi-siècle, Nixon et Kissinger dans la théorie du Mad Man : l’Amérique doit compter parmi ses dirigeants des cinglés dont l’imprévisibilité sera de nature à terroriser ses ennemis. M. Trump tweete parmi nous.

La France ne vaut guère mieux. Elle fait partie de ces pays qui « prétendent dire le droit » tout en le violant à l’occasion, comme le reconnaissait implicitement son président en décembre dernier dans une interview à France 2. La voilà qui se joint au régime trumpiste criminel pour clamer qu’elle procédera à des frappes contre la Syrie, avec ou sans résolution du Conseil de Sécurité. Alors que son siège permanent est lorgné par de grands amis comme l’Allemagne, ne risque-t-elle pas de perdre à jamais son statut « privilégié » en s’affichant ainsi prête à bombarder sans mandat un Etat-membre, après avoir contribué à sa destruction et tenté de renverser son président légitime ?

Ne scie-t-elle pas la branche sur laquelle elle est majestueusement assise, cette France qui naguère tenait la Charte onusienne pour une Bible et fondait sa diplomatie sur la légalité internationale, et qui désormais en bafoue régulièrement les principes majeurs : égalité souveraine des Etats, non-ingérence, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et droit des Etats à choisir leur régime politique sans ingérence étrangère ? Cette France que l’on écoutait souvent, la « trouvant juste même lorsqu’elle se montrait injuste ».

Revenons aux fondamentaux. Malgré la phrase sacro-sainte qui, en Occident et dans notre Hexagone, sert de gilet pare-balle aux mieux intentionnés, rappelons que Bachar Al Assad, président légitime d’un pays en guerre, sans qui la Syrie ne serait plus qu’un souvenir, fait seulement son devoir. On servirait moins souvent la rengaine qu’il n’est « pas irréprochable » si l’on posait la question de l’honorabilité de ses ennemis ou détracteurs, qu’ils soient sauvages ou mal dégrossis, ou délicats et donneurs de leçons. Irréprochables, les dirigeants des « grandes démocraties » ? Irréprochables, ceux qui soutiennent l’insoutenable et en masquent l’horreur ? Irréprochables ces retraités aveugles, sourds et muets quant aux crimes inscrits à leur palmarès ?

Nos présomptueux dirigeants qui n’ont cessé de jouer avec le feu et sont responsables de l’embrasement, ne s’émeuvent pas pour autant, sûrs de leur bon droit et de leur aptitude à gérer les évènements entre affinitaires de belles manières. Si nous l’ordonnons, pensent ces va-t-en guerre qui adorent les ordonnances, il faudra bien que la piétaille des braves gens se mette en marche, au pas cadencé, avec tambour et trompette. C’est le métier de la France d’en bas d’obéir sans broncher à celle d’en haut, pensent-ils. Eh bien non ! Il faut leur donner tort. La France est partie prenante dans la nouvelle agression qui se prépare. Si par grand malheur elle est lancée, nul n’en connaît les suites. Il y aura des représailles et nous ne serons pas épargnés. « Pourquoi nous ? » ou « nous ne savions pas » seront de piètre utilité.

Réveillons-nous car il se fait tard.

Michel Raimbaud