L’Iran a décidé d’exercer une pression maximale sur Trump

Voici comment il va s’y prendre

par Moon of Alabama

14 juin 2019

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

Source : https://lesakerfrancophone.fr/liran-a-decide-dexercer-une-pression-maximale-sur-trump

 

Il y a treize mois, les États-Unis lançaient une guerre économique totale contre l’Iran. Ils voulaient la capitulation du pays. Maintenant, l’Iran a décidé de répondre de la même manière. Il mènera une campagne de pression maximale sur les intérêts économiques américains jusqu’à ce que l’administration Trump admette sa défaite. Le transport maritime au Moyen-Orient deviendra bientôt très dangereux. Le prix du pétrole va grimper en flèche. Trump sera piégé entre deux alternatives, mais il n’aimera ni l’une ni l’autre.

Début mai 2018, le président américain Trump a rompu l’accord nucléaire avec l’Iran et sanctionné tout commerce avec ce pays. L’Iran a d’abord réagi avec prudence. Il espérait que les autres signataires de l’accord nucléaire continuent à tenir leurs promesses et à commercer avec elle. L’année écoulée a prouvé que de telles attentes étaient erronées.

Sous la menace de sanctions américaines, les partenaires européens ont cessé d’acheter du pétrole iranien et ont également mis fin à leurs exportations vers ce pays. Le nouvel instrument financier qui devait permettre les paiements entre les pays européens et l’Iran n’a toujours pas été mis en œuvre. Il s’agit d’un montage peu efficace qui aura trop peu de capacité pour permettre des échanges commerciaux importants. La Russie et la Chine ont chacune leurs propres problèmes avec les États-Unis. Ils n’appuient pas le commerce avec l’Iran lorsque cela met en danger leurs autres intérêts.

Pendant ce temps, l’administration Trump a augmenté la pression sur l’Iran. Elle a supprimé les dérogations qu’elle avait accordées à certains pays pour acheter du pétrole iranien. Elle a étiqueté une partie des forces armées iraniennes, le Corps des Gardes de la Révolution (CGR), entité terroriste. Vendredi dernier, elle sanctionnait le plus grand producteur iranien de produits pétrochimiques parce que cette société aurait des relations avec le CGR.

La patience stratégique dont l’Iran a fait preuve tout au long de l’année, depuis que Trump a saboté l’accord, n’a donné aucun résultat. Trump restera au pouvoir, probablement pendant encore cinq ans et demi, tandis que la situation économique de l’Iran continuera de se détériorer. La situation exige une réorientation stratégique et l’adoption d’un nouveau plan pour contrer les pressions américaines.

Sur le plan stratégique, une réorientation à long terme dans quatre domaines différents permettra de contrer les effets de la guerre économique contre l’Iran. Les importations étrangères seront réduites au minimum en augmentant la production nationale. L’Iran ne s’alliera à personne, pas même à la Chine et à la Russie, car il reconnaît que compter sur des partenaires n’apporte aucun avantage lorsque ces partenaires ont leurs propres intérêts supérieurs. La troisième étape consiste à relâcher la pression intérieure sur les « réformistes » qui plaidaient pour une orientation plus « occidentale ». Trump, et la lâcheté des Européens, ont prouvé que leurs arguments ne sont pas valables. La dernière mesure consiste à réorienter les exportations du commerce mondial du pétrole vers d’autres produits, probablement des dérivés du pétrole, et vers les pays voisins.

Ces quatre étapes prendront un certain temps à mettre en place. Il s’agit de la réorientation générale d’une stratégie de mondialisation vers une stratégie nationale plus isolationniste. Les premières étapes de ce nouveau plan sont déjà visibles. Une banque commune va être créée entre la Syrie, l’Irak et l’Iran pour faciliter les échanges entre ces pays.

La réorientation économique ne sera pas suffisante. Pour contrer directement la campagne de pression maximale de Trump, il faudra une réorientation tactique.
Trump continue de demander à l’Iran de négocier, mais il ne peut accepter qu’une capitulation totale. Trump a également prouvé que les États-Unis ne respectent pas les accords qu’ils ont conclus. Il n’y a donc aucun espoir que l’Iran parvienne à quoi que ce soit par la négociation. Il n’y a qu’une seule façon de contrer la campagne de pression maximale de Trump, c’est de lui renvoyer cette pression maximale.

Ni Washington, ni les pays anti-iraniens du Moyen-Orient, ni les autres signataires de l’accord nucléaire n’ont jusqu’ici payé le prix de leurs actes hostiles contre l’Iran. Cela va maintenant changer.

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Trafic en cours des pétroliers chargés au Moyen-Orient
via Tanker TrackersAgrandir

L’Iran va agir contre les intérêts des États-Unis, d’Israël, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Il le fera sous une forme qu’il pourra nier pour ne pas donner aux États-Unis et à d’autres pays l’occasion de rétorquer militairement. L’Iran a des amis dans divers pays du Moyen-Orient qui le soutiendront avec leurs propres capacités. La campagne que l’Iran lance aujourd’hui causera également de graves dommages à d’autres pays.

Mi-2018, après que Trump a commencé à sanctionner les exportations de pétrole de l’Iran, les dirigeants de ce pays ont expliqué comment ils allaient contrer cette décision :

« Si l’Iran ne peut pas exporter son pétrole, personne au Moyen-Orient ne le pourra », a prévenu Téhéran.

En décembre dernier, le président iranien Rouhani réitérait cette position :

« Si un jour ils veulent empêcher l’exportation du pétrole iranien, alors aucun pétrole ne sera exporté du golfe Persique », a expliqué Rouhani.

Mi-mai 2019, un an après que Trump a détruit l’accord nucléaire, une démonstration de forces a endommagé quatre pétroliers qui mouillaient près de Fujairah dans les EAU. Aucune preuve n’a été trouvée pour accuser l’Iran de l’attaque.

L’incident était un avertissement. Mais les États-Unis l’ont ignoré et ont augmenté leur pression.

Hier, deux pétroliers transportant des produits pétrochimiques ont été attaqués alors qu’ils traversaient le golfe d’Oman. Comme cet incident est survenu quelques jours seulement après que Trump a sanctionné les exportations pétrochimiques de l’Iran, l’implication de l’Iran semble une évidence. Mais encore une fois, aucune preuve n’a été trouvée pour accuser l’Iran de l’incident.

Les États-Unis ont publié une vidéo granuleuse en noir et blanc montrant une équipe iranienne de recherche et de sauvetage en train d’enlever une mine non explosée d’un des pétroliers. Aucune mine n’est visible dans la vidéo. L’équipage iranien semble seulement inspecter les dégâts sur le pétrolier.

Les États-Unis eux-mêmes admettent que la vidéo a été prise plusieurs heures après l’incident. Les États-Unis disent aussi qu’un de leurs navires se trouvait à proximité. Pourquoi n’a-t-il pris aucune mesure pour enlever lui-même la mine revendiquée ?

Entre-temps, le propriétaire du Kokuka Courageous, l’un des navires sinistrés, a déclaré que les dommages causés à son navire n’étaient pas causés par des mines mais par des drones :

Deux « objets volants » ont endommagé un pétrolier japonais appartenant à Kokuka Sangyo Co lors d’une attaque jeudi dans le golfe d’Oman, mais la cargaison de méthanol n’a pas été endommagée, a déclaré le président de la compagnie vendredi. … « L’équipage nous a dit que quelque chose est venu vers le navire en volant, et ils ont trouvé un trou, » dit Katada. « Puis d’autres membres de l’équipage ont été témoins de la seconde attaque. »

Katada a également rejeté l’hypothèse selon laquelle le pétrolier, qui naviguait sous pavillon panaméen, aurait été attaqué parce qu’il s’agissait d’un navire appartenant à des Japonais :

« À moins d’un examen minutieux, il était difficile de dire si le pétrolier était exploité ou appartenait à des Japonais », a-t-il dit.

Malgré l’ignorance évidente de qui, ou de ce qui, a causé l’incident, les États-Unis ont immédiatement accusé l’Iran :

Secrétaire Pompeo @SecPompeo – 18:27 UTC – 13 juin 2019 Selon l’évaluation du gouvernement américain, l’Iran est responsable des attaques d’aujourd’hui dans le golfe d’Oman. Ces attaques constituent une menace pour la paix et la sécurité internationales, une atteinte flagrante à la liberté de navigation et une escalade inacceptable de la tension par l’Iran.

L’Iran a rétorqué :

Javad Zarif @JZarif – 12:11 UTC – 14 Jun 2019 Le fait que les États-Unis aient immédiatement sauté sur l’occasion pour accuser l’Iran – sans la moindre preuve factuelle ou circonstancielle – ne fait qu’indiquer très clairement que #l’équipeB est en train de passer à un #PlanB : Saboter la diplomatie – y compris celle de @AbeShinzo- et couvrir son #Terrorisméconomique contre l’Iran.

J’ai averti de ce même scénario il y a quelques mois, non pas parce que je suis clairvoyant, mais parce que je sais d’où vient #l’équipeB.

« L’équipeB » comprend John Bolton, conseiller à la sécurité nationale de Trump, Bibi Netanyahoo, Premier ministre israélien, Mohammad bin Salman d’Arabie Saoudite et Mohammed bin Zayed des EAU.

Dire que les attaques étaient des provocations de la part des États-Unis ou de leurs alliés du Moyen-Orient est rendu plus facile par leur caractère manifestement impitoyable. Toute accusation de culpabilité iranienne de la part de l’administration Trump sera facilement rejetée parce que tout le monde sait que Trump et son équipe sont des menteurs notoires.

Ce jeu du chat et de la souris va maintenant se poursuivre et s’accélérer avec régularité. Plus de pétroliers seront endommagés ou même coulés. Des raffineries saoudiennes vont commencer à exploser. Les ports des Émirats Arabes Unis connaîtront des difficultés. L’Iran niera de façon plausible qu’il soit impliqué dans tout cela. Les États-Unis continueront d’accuser l’Iran, sans avoir aucune preuve à l’appui.

L’assurance pour le transport des marchandises au Moyen-Orient deviendra très coûteuse. Les prix à la consommation des produits pétroliers augmenteront encore et encore. Les dommages collatéraux seront immenses.

Tout cela va progressivement mettre plus de pression sur Trump. Les États-Unis voudront négocier avec l’Iran, mais cela sera rejeté à moins que Trump ne rejoigne l’accord nucléaire et lève toutes ses sanctions. Il ne peut le faire sans perdre la face, et ses alliés. D’ici mi-2020, la campagne de pression maximale atteindra son apogée. Les prix du pétrole vont exploser et les États-Unis vont entrer en récession. L’économie mondiale va s’effondrer et tout le monde saura qui a causé le problème sous-jacent. La réélection de Trump sera mise en question.

Il y aura également des pressions sur lui pour qu’il adopte des mesures militaires contre l’Iran. Mais il sait qu’une guerre serait tout aussi désastreuse pour ses chances de réélection que pour les États-Unis eux-mêmes. Une guerre contre l’Iran mettrait tout le Moyen-Orient à feu et à sang.

La pression maximale que Trump espérait exercer contre l’Iran se retournera en pression maximale sur lui et ses alliés. Il sera piégé et n’aura pas d’issue.

 

Les États-Unis demandent à ce que plus de pays occupent le nord-est syrien

par Moon of Alabama

6 février 2019

Source : http://lesakerfrancophone.fr/les-etats-unis-demandent-a-ce-que-plus-de-pays-occupent-le-nord-est-syrien

Source originaire : https://www.moonofalabama.org/2019/02/us-asks-more-countries-to-occupy-northeast-syria.html#more

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone.

 

L’article de lundi (*)sur la situation en Syrie émettait un jugement qui semble maintenant erroné. L’administration Trump prévoit de remplacer les troupes américaines dans le nord-est de la Syrie par celles de divers alliés.

 

James Jeffrey, l’envoyé spécial des États-Unis auprès de la coalition anti-EI et néoconservateur, a imaginé un plan élaboré pour “protéger les Kurdes” et sécuriser les frontières proches de la Turquie, avec l’aide de troupes fournies par des alliées.

Aaron Stein @aaronstein1 – 17:33 utc – 24 jan 2019

Le plan Jeffrey amené à Ankara/Rojava est très complexe, nécessite des                      engagements illimités de la part de la France et de la Grande Bretagne, des patrouilles turques dans les zones rurales, l’accord de la SDF, des forces tierces et une couverture aérienne américaine, incluant peut-être une zone d’interdiction aérienne imposée par les États-Unis (on ne sait pas si POTUS est d’accord avec tout cela)

Une semaine plus tard, le Wall Street Journal rapportait que ce plan dingue n’avait pas réussi à obtenir le soutien de l’une ou l’autre des parties concernées. Les Kurdes l’ont rejetée et la Grande-Bretagne et la France ont refusé d’envoyer des troupes pour une mission sans fin entre des turcs et des kurdes en guerre.

Ces affirmations selon lesquelles le plan avait échoué étaient peut-être prématurées. Il y a des signes montrant qu’il est toujours en cours d’élaboration.

Aujourd’hui, le secrétaire d’État Mike Pompeo s’est entretenu avec des ministres des affaires étrangères et des responsables de la coalition américaine contre EI. Il a fait une remarque semblant annoncer qu’il allait demander à ces alliés d’envoyer leurs troupes pour remplacer les forces américaines dans le nord-est de la Syrie :

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a rassuré mercredi ses alliés en leur disant que le retrait des troupes américaines de Syrie ne marquait pas “la fin de la lutte américaine” et leur a demandé de s’engager à nouveau à vaincre définitivement État islamique en Syrie et en Irak. …

“Notre mission est inébranlable, mais nous avons besoin de votre aide pour l’accomplir, comme nous l’avons fait au cours des derniers mois et des dernières années”, a déclaré Pompeo, “À cette fin, nous demandons à nos partenaires de la coalition de considérer sérieusement et rapidement les demandes qui permettront à nos efforts de continuer.»

“Ces demandes devraient arriver très bientôt “, a-t-il ajouté, sans plus de précisions.

Pompeo veut aussi (vidéo) que la coalition “renvoie toutes les forces iraniennes de Syrie». Il a également demandé des centaines de millions de dollars pour l’Irak.

L’un des participants à la réunion était le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, un membre plutôt bête de l’ancien parti social-démocrate. Alors qu’il se rendait à Washington DC, il se plaignait (en allemand) du “vide” provoqué par le retrait des forces états-uniennes (ma traduction de l’allemand) :

Avant son départ pour Washington, le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas (SPD) a déclaré : “En Syrie, nous ne savons toujours pas comment éviter un vide après le retrait annoncé des troupes américaines, afin d’éviter une nouvelle escalade des anciens conflits et une résurgence de État islamique. Il espère recevoir davantage d’informations sur la question au cours des pourparlers qui se tiendront à Washington. Le danger posé par État islamique en Syrie et en Irak “n’est pas terminé“.

Pourquoi ces politiciens n’ont-ils jamais appris la physique ? Le nord-est de la Syrie n’est pas isolé de l’atmosphère ou des terres environnantes. Cela rend un vide là-bas impossible.

L’ancien ambassadeur britannique en Syrie, Peter Ford, propose un guide utile pour décoder le double langage au sujet de la Syrie, dont cette introduction :

Terme : vide. Les États-Unis laisseront un vide lorsqu’ils retireront leurs troupes.

Ce qui veut dire : Rétablissement de l’ordre public. Une fois que les États-Unis auront cessé de l’en empêcher, le gouvernement syrien retournera dans ce territoire actuellement contrôlé par les États-Unis et en virera EI, comme il l’a fait dans le reste de la Syrie. Il virera aussi la Turquie.

Les remarques de Maas semblent destinées à préparer le public allemand à une mission d’ordre militaire dans le nord-est de la Syrie.

La Turquie avait déjà rejeté l’idée de troupes étrangères à sa frontière sud. Hier, Erdogan a ressenti le besoin de le souligner à nouveau :

Pendant que la Turquie se préparait à un sommet sur la Syrie avec la Russie et l’Iran, le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré que son pays voulait le contrôle exclusif d’une zone tampon dans le nord de la Syrie, rejetant le plan des États-Unis proposant une force multinationale chargée de contrôler la région. …

Le Wall Street Journal indiquait, en janvier dernier, que Washington essayait d’obtenir de ses partenaires occidentaux, dont l’Australie, la France et le Royaume-Uni, qu’ils patrouillent la partie du territoire syrien le long de la frontière turque après le départ des troupes américaines. Washington craint que la Turquie n’attaque le YPG une fois que les soldats américains se sont retirés.

Dans son discours, Erdogan déclarait que le plan américain n’était pas une option. “Je répète : toute proposition, à l’exception d’un modèle de zone de sécurité sous contrôle turc avec d’autres pays fournissant simplement une aide logistique, est inacceptable.”

Il a dit qu’il n’existait pas d’exemple de zone de sécurité administrée avec succès par des “puissances internationales”. Le président turc a déclaré que les troupes turques seraient bien accueillies par la population syrienne locale : “Ils nous font confiance.”

Presque tous les centres de population près des frontières turques dans le nord-est de la Syrie ont une majorité kurde. Les Kurdes ne font certainement pas confiance à la Turquie. Erdogan veut éloigner les Kurdes de la frontière turque. Ensuite, il “réinstallerait” dans ces régions les syriens réfugiés en Turquie. La plupart des réfugiés sont les parents des “rebelles” soutenus par la Turquie et alignés sur l’idéologie islamiste d’Erdogan.

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Carte des majorités ethniques d’avant-guerre, par ville
Vert : Kurde, Violet : Arabe, Rouge : Turkmène, etc.

sourceAgrandir

L’idée américaine de faire venir d’autres troupes étrangères pour remplacer le contingent américain n’est malheureusement pas éteinte. Pompeo fait de nouvelles “demandes”, Maas joue avec le “vide” et Erdogan ressent le besoin d’insister sur l’opposition turque à ce plan.

Tout État étranger serait fou de s’engager dans un tel projet. Un déploiement de troupes là-bas serait :

  • Illégal au regard du droit international,
  • contre la volonté du pays hôte, la Syrie,
  • contre la volonté d’un voisin, membre de l’OTAN,
  • En plein milieu de conflits ethnico-religieux,
  • sans voies de communication sécurisées et
  • sans aboutissement clair.

Les personnes bénéficiant d’un tel déploiement seraient les Kurdes du PKK/YPK qui ont aidé à vaincre EI. Mais ils sont eux-mêmes une organisation terroriste reconnue à l’échelle internationale qui ne devrait pas être soutenue. L’autre partie bénéficiaire est Israël qui, historiquement, utilise les Kurdes pour miner la souveraineté des pays arabes. Un déploiement de troupes étrangères dans le nord-est de la Syrie aiderait Israël à maintenir Damas faible.

Le plan de J. Jeffrey est un gâchis et n’aurait pas dû faire l’objet d’une quelconque réflexion. Il est inquiétant que des discussions à ce sujet se poursuivent encore.

 Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone.

 

(*) http://lesakerfrancophone.fr/trump-dit-quil-va-quitter-la-syrie-alors-que-le-pentagone-continue-dy-envoyer-des-hommes-et-du-materiel

 

Le Président américain veut le retrait des troupes … … mais l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne insistent sur la continuation de la guerre

par Karl Müller

Source : Horizons et débats, Zurich,

https://www.zeit-fragen.ch/fr/ausgaben/2019/nr-1-3-januar-2019/us-praesident-will-truppen-abziehen.html

7 janvier 2019

Le gouvernement américain a décidé le retrait de ses troupes de Syrie et la réduction de moitié des troupes présentes en Afghanistan. Des politiciens responsables en Allemagne, en France et en Grande-Bretagne profèrent de violentes critiques, ce dont il ne faut pas s’étonner. Car, visiblement, leur but n’est toujours pas la paix. – Croient-ils vraiment à la victoire finale?

Le site allemand Nachdenkseiten (www.nachdenkseiten.de/?p=47919) du 18 décembre 2018 nous a de nouveau rendus attentifs aux sources de tels phantasmes de la victoire finale. Ils ont publié des extraits de deux discours américains en traduction allemande. Le premier, du 3 octobre 2007, tenu à San Francisco, provient de l’ancien général américain Wesley Clark, commandant en chef des forces de l’OTAN dans la guerre du Kosovo en 1999. Le deuxième est de George Friedman, ancien chef du service privé de renseignement Stratfor, du 4 février 2015, tenu à Chicago. Les deux discours sont connus de longue date – mais on oublie vite. 
Nous ne parlerons ici que du discours de l’ancien général américain. Il y a plus de 10 ans, Wesley Clark a parlé de ses expériences faites lors de visites au Pentagone, alors qu’il était encore général en service. Il a expliqué qu’après le 11-Septembre, il y eut un «coup d’Etat politique» aux Etats Unis: «Un petit groupe de personnes extrêmement dur et sans scrupules ont usurpé la politique étrangère américaine». Il illustra ses propos avec les plans de guerre ayant été concoctés au Pentagone en 2001 et cita un officier qui y travaillait et lui ayant dit: «Je viens de recevoir cette fiche-ci du bureau du ministère de la défense. Il y est écrit: nous attaquerons sept pays et renverserons leurs gouvernements au cours de cinq années. Nous commencerons par l’Irak, puis nous nous en prendrons à la Syrie, au Liban, à la Libye, à la Somalie, au Soudan et à l’Iran, sept pays au cours de cinq ans.»

Paul Wolfowitz: «Les Soviétiques ne nous arrêteront plus.»

Clark comprit que ces plans nécessitaient une longue durée de préparation. Il se souvint d’un entretien avec Paul Wolfowitz en 1991 après la deuxième guerre du Golfe. Wolfowitz aurait bien voulu, déjà à cette époque, l’élimination de Saddam Hussein. Néanmoins, il était content du résultat de la guerre: «Nous avons appris que nous pouvons engager nos troupes au Proche-Orient et les Soviétiques ne nous arrêteront plus.»
Puis, Clark se répéta en précisant: «Notre pays a été usurpé par un groupe de personnes lors d’un coup d’Etat politique. C’étaient Wolfowitz, Cheney et Rumsfeld. On pourrait nommer encore une demi-douzaine de collaborateurs autour du ‹Projet pour un nouveau siècle américain›. Ils voulaient déstabiliser le Proche-Orient, le bouleverser et le soumettre à leur contrôle.»

La guerre en Syrie

Nombreux sont ceux connaissant la promulgation de la guerre par les Etats-Unis contre le gouvernement et l’Etat syrien depuis le début, donc depuis 2012, par des moyens très variés. En effet, depuis belle lurette, il y a des troupes américaines officiellement déployées en Syrie. Cependant, le narratif officiel parlant de la lutte d’une coalition internationale contre l’Etat islamique (EI), ne correspond que très peu, voire pas du tout, à la vérité. Wesley Clark a déjà parlé des véritables plans il y a plus de 10 ans. Aujourd’hui, il faut ajouter: malheureusement, le parti belliciste américain ne se limite pas aux néoconservateurs. Le narratif de la «lutte contre le terrorisme» devait tromper les gens. Il devait empêcher une interprétation de la présence de toutes les forces militaires et non militaires actives en Syrie sans y être invitées par le gouvernement syrien comme une violation du droit international et l’obligation du retrait de toutes ces forces comme une évidence juridique – sans parler de la poursuite pénale de ces activités et des demandes justifiées de dédommagement. La guerre en Syrie a couté la vie à des centaines de milliers de personnes et elle a détruit le pays: ce fait est également la conséquence de cette intervention étrangère, jamais approuvée par le gouvernement syrien. 

Le plan américain n’a pas fonctionné

Mais le plan américain n’a pas fonctionné. L’appui russe et iranien au gouvernement syrien et à la Syrie a fait échouer les plans des Etats-Unis. On peut longuement discuter des tentatives du président américain de justifier l’actuel retrait des troupes. Mais c’est un fait que la décision du gouvernement américain de retirer les troupes de la Syrie n’est pas seulement la conséquence d’une défaite militaire, mais également un premier pas vers la reconstitution d’une situation de droit. La réaction plutôt modérée du ministre russe des Affaires étrangères Lavrov est compréhensible: «Tout retrait de troupes se trouvant illégalement dans un pays, est un pas dans la bonne direction». Il faut faire preuve de patience pour savoir si la remise de la responsabilité par les Etats-Unis au gouvernement turc est une voie correspondante au droit international. La condition minimale pour cela est un accord entre le gouvernement turc et le gouvernement syrien. Les responsables américains démissionnaires, tout en protestant bruyamment, devront accepter qu’on leur demande d’assumer leurs responsabilités. 
James Mattis, ministre américain de la Défense sur le départ, l’a, d’une certaine façon, déjà fait. Pour lui le retrait américain est une défaite subie envers «les pays dont les intérêts stratégiques sont en discordance croissante avec ceux des Etats-Unis». Basler Zeitung du 21/12/18 Dans ce contexte, il pensait explicitement à la Russie et à la Chine. Intéressant qu’on ait entendu exactement la même musique de la part de Allemagne. S’agit-il de se soucier du bien-être de la Syrie et des Syriens? Cela n’est guère probable!

L’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne font preuve de bellicisme

Oui, les réactions officielles de l’Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne renversent complètement les relations transatlantiques. Vu la violation du droit international toujours en cours en Syrie, l’«argument» avancé par le président français Macron contre le retrait des troupes américaines est grave: «Un allié se doit d’être fiable.» M. Macron n’exige-t-il pas ainsi l’«honneur des voyous»? Dans la Neue Zürcher Zeitung du 21 décembre, on lit: «Paris et Londres veulent continuer la guerre en Syrie». Est-ce autre chose que le «Retour des hasardeurs»? Les partis allemands au Bundestag – à l’exception de «Die Linke» et de l’Alternative für Deutschland – ont formé une grande coalition en faveur de l’engagement de la Bundeswehr en Syrie et prennent à nouveau Donald Trump en ligne de mire. Mais de toute évidence, il ne s’agit pas seulement de s’opposer à une personne, mais également à un programme politique refusant de continuer sur la voie de l’impérialisme globalisé.
Et de se demander atterré: où est la contribution allemande au droit et à la paix? Où est le respect de la loi fondamentale? – A nouveau, les médias traditionnels de langue allemande sont tous alignés …     

Le retrait américain de la Syrie est tardif

«Le retrait des troupes américaines de Syrie est juste et nécessaire. La mission anti-EI menée par les Etats-Unis avec la participation de la Bundeswehr en Syrie est contraire au droit international, que ce soit dans l’espace aérien syrien ou au sol. C’est également l’avis du service scientifique du Bundestag allemand dans un rapport que j’ai commandé avec d’autres. Le retrait ne doit pas être salué uniquement d’un point de vue juridique, mais aussi d’un point de vue politique», a déclaré Alexander Neu, président de la Commission de défense, pour le groupe parlementaire Die Linke
Et de continuer: «Quiconque regrette le retrait des Etats-Unis de la Syrie ou considère qu’il s’agit d’une erreur néglige le fait que le chaos dans la région du Proche-Orient a été essentiellement créé par les Etats-Unis et leurs alliés. Les Etats-Unis poursuivent ouvertement leurs intérêts géopolitiques et géoéconomiques – parfois plus, parfois moins. Le EI est le résultat de la guerre d’agression illégale menée par les Etats-Unis contre l’Irak en 2003 dans le but de renverser le gouvernement. Le fait que l’Etat islamique ait pu également s’étendre à la Syrie est également lié aux fantasmes occidentaux de changement de régime. Aujourd’hui encore, les capitales occidentales souhaitent ardemment installer un régime pro-occidental en Syrie. L’‹engagement› occidental en Syrie n’a à aucun moment résolu les problèmes, mais a aggravé les conflits et s’est fait au détriment des populations syriennes. […]»

Source: Extrait d’un communiqué de presse d’Alexander S. Neu, 21/12/18; https://www.linksfraktion.de/presse/pressemitteilungen/detail/us-abzug-aus-syrien-ist-ueberfaellig

Syrie : La très sage décision de Donald Trump…


Richard Labévière
24 décembre 2018

Source : Proche&Moyen-Orient.ch

Il l’avait promis, il l’a fait : Donald Trump ramène la troupe à la maison, soit les quelques deux mille soldats des forces spéciales engagées en Syrie et la moitié du contingent d’Afghanistan, environ 7000 hommes. Ce faisant, le président américain confirme ses deux obsessions récurrentes : se faire réélire pour un prochain mandat en respectant à la lettre la liste de ses promesses électorales et faire tout le contraire de ce qu’a essayé de réaliser son prédécesseur Barack Obama. 

Sur le dossier syrien, la précédente administration démocrate visait clairement deux objectifs : renverser et changer le régime de Damas en supprimant Bachar al-Assad comme ce fut fait de Saddam Hussein et de Mouammar Kadhafi, tout en démolissant l’Etat-nation syrien comme ce fut fait de ceux d’Irak et de Libye. Sur ces deux points le bilan s’avère proprement désastreux – d’autant qu’en matière militaire – l’administration Obama s’est particulièrement illustrée par une augmentation exponentielle des attaques de drones, des opérations clandestines, des enlèvements et des assassinats ciblés. 

En prenant ainsi la décision d’un retrait « sec » de Syrie, le nouveau président américain interrompt brusquement la séquence d’un échec pourtant annoncé et ne faisant que s’aggraver au fil des semaines. Certes comme à son habitude, il n’y met pas les formes et prend de vitesse l’ensemble de ses partenaires étrangers et américains, n’hésitant pas à provoquer la démission de son ministre de la défense. Comme à son habitude aussi, c’est d’abord l’homme d’affaires qui réagit : Donald Trump ne veut plus continuer à investir dans des opérations de plus en plus coûteuses ne rapportant rien, si ce n’est la mort des « boys » et le retour de leurs cercueils au pays. En Syrie, la Russie, l’Iran et la Turquie ont remporté la partie. En Afghanistan, les Talibans ont repris le contrôle de 70% du pays. 

Par conséquent, à quoi servirait-il de continuer à engouffrer des milliards de dollars dans des affaires qui tournent au désastre depuis plusieurs années. Dans cette perspective purement comptable, la décision de Donald Trump est logique et conforme à son programme, sinon à son idéologie politique : l’argent d’abord pour me faire réélire ! 

Dialectiquement, la décision de Donald Trump fait aussi tomber nombre de malentendus et de contresens qui depuis mars 2011 empêchent une bonne compréhension de la guerre civilo-globale de Syrie. En dernière instance, le retrait militaire américain de Syrie pourrait s’avérer très positif en permettant d’accélérer la sortie de crise afin de lancer la reconstruction économique et politique du pays. Enfin, pour mieux apprécier la décision de la Maison Blanche, il s’agit d’abord de rappeler l’historique d’une ingérence américaine en Syrie qui a commencé bien avant le lancement officiel de la Coalition anti-terroriste d’août 2014…

L’INGERENCE AMERICAIN DATE DE 2011

L’engagement militaire américain en Syrie n’a pas attendu la proclamation du Califat par l’organisation « Etat islamique »/Dae’ch le 29 juin 2014. En fait, Washington préparait depuis longtemps des alternatives aux dictatures militaires arabes de moins en moins fréquentables. Dans le contexte des mal nommées «  révolutions arabes » , en Tunisie, en Egypte, en Libye, comme en Syrie la solution était déjà sur la table de la Maison blanche : favoriser l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en les aidant à constituer des pouvoirs exécutifs alternatifs. Ainsi, avant les troubles de Deraa en mars 2011, les services spéciaux américains sont déjà à pied d’œuvre au Liban, en Jordanie et en Turquie pour appuyer des ONGs et les startupers d’une contestation qui va s’organiser à partir des « réseaux numériques » dits « sociaux ». 

Dès les premières manifestations populaires de Deraa, des officines américaines et britanniques vont introduire quantités de fusils M-16 dans le pays, avec l’aide des Frères musulmans jordaniens et des tribus sunnites dont les nombreux trafics se jouent des postes frontières de la région. Durant les premières protestations – qui dès le début n’ont pas été pacifiques comme continuent à le prétendre les médias occidentaux absents du terrain -, des snipers cagoulés ont systématiquement pris pour cible les forces de l’ordre depuis les toits en terrasse des quartiers jouxtant les bâtiments officiels du gouvernorat de Deraa. Selon un rapport confidentiel du BND allemand, dès les premiers jours du « printemps syrien », plusieurs dizaines de « contractors » américains et britanniques sont à l’œuvre non seulement à Deraa, mais aussi dans la banlieue de Damas, ainsi que dans plusieurs localités côtières entre Tartous et Lattaquié. 

A proximité des frontières syriennes, l’installation de deux M.O.C – Military Operation Center – a commencé dès janvier 2011 : le premier se situe dans une caserne de la banlieue nord de Amman, la capitale jordanienne. Le deuxième s’est installé dans la vieille Antioche, jouxtant la ville turque d’Antakya, le départ de la Route de la soie. Les activités de ces deux structures d’états-majors illustrent la première séquence de l’engagement militaire américain en Syrie du printemps 2011 à l’été 2014, avant l’apparition de Dae’ch

A partir de ces deux plateformes interarmées se déploient trois programmes. Sous la responsabilité du Pentagone, le premier consiste à fournir différents points d’approvisionnements en armes afin d’équiper et de former des combattants susceptibles de rejoindre l’Armée syrienne libre (ASL), dont les premières unités ont vu le jour fin juillet 2011. Aux mains de la CIA, le deuxième programme consiste à recruter le plus grand nombre possible d’activistes afin de démultiplier les groupes armés locaux chargés de rejoindre l’ASL. Enfin, directement supervisé par le Secrétariat d’Etat, le troisième programme cherche à créer – avec l’aide des services spéciaux britanniques – des ONGs présentables à l’opinion publique internationale. Les fameux « Casques blancs » qui défraieront la chronique durant la bataille d’Alep en décembre 2016, sont l’une des créations du Progamm-3 !

Du printemps 2011 à l’été 2014, ces trois programmes vont engloutir plusieurs milliards de dollars sans beaucoup de résultats. Dans le sillage de l’ASL, les groupes armés dits « modérés », « laïcs » ou même « démocratiques » ont le plus grand mal à s’imposer. Ces groupes, qui parfois ne survivent que quelques jours, sont vite supplantés et absorbés par les katiba (unités) de Jabhat al-Nosra, c’est-à-dire Al-Qaïda en Syrie. Entre l’hiver 2011/2012 et l’été 2014, les analystes d’un service européen de renseignement n’en dénombrent pas moins de 400 qui se forment, se décomposent et se reconfigurent au gré d’alliances familiales, claniques, tribales et d’enjeux financiers plus ou moins clivants.

Toujours est-il que plusieurs de ces groupes, hâtivement montés sur le modèle de la sinistre UCK du Kosovo vont, la plupart du temps, tourner au fiasco comme le mort-né Front de libération de la Syrie (FLS) qui sera absorbé par Nosra quelques jours seulement après sa création. La dissidence armée en Syrie ne réussira jamais à se fédérer. Aucun de ces groupes ne va parvenir à s’implanter durablement à l’Est de l’Euphrate jusqu’à ce que la CIA conseille au Pentagone de jouer la carte… kurde. 

L’ALIBI DE LA LUTTE ANTI-TERRORISTE

La prise de Mossoul – deuxième ville d’Irak – et la proclamation du Califat par Dae’ch fin juin 2014 ouvre la deuxième séquence de l’engagement militaire américain en Syrie. L’alibi de la lutte anti-terroriste va permettre à Washington de poursuivre son objectif initial : le renversement du gouvernement de Damas et le démantèlement de la Syrie.

Tétanisé par l’émergence d’un « arc chi’ite », le petit roi Abdallah de Jordanie va vendre aux Américains la formation d’une « Fédération des tribus arabes ». Cette nouvelle initiative qui aura coûté plusieurs centaines de millions de dollars va, elle-aussi, très vite se transformer en échec cuisant, les supplétifs de cette fédération fantôme rejoignant avec armes et bagages leurs tribus d’origine. 

Dès 2011, l’objectif était non seulement de renverser le « régime de Damas » et son « sanglant dictateur » Bachar al-Assad – pour reprendre la rhétorique de la presse occidentale – mais aussi d’endiguer le déploiement de l’Iran en Syrie et celui de son allié historique le Hezbollah libanais. Ce dernier, qui s’est officiellement engagé en Syrie à partir de juillet 2013, a empêché les jihadistes de Nosra de s’emparer du port de Tripoli (nord du Liban), de s’implanter durablement dans la Bekaa, notamment dans la localité d’Ersal, ainsi que dans le sud du pays.

Peu de temps après la proclamation du Califat, Dae’ch attaque une école militaire en Jordanie : plusieurs conseillers américains sont tués. Pour s’assurer le contrôle du triangle syro-jordano-irakien, les forces spéciales américaines installent une base interarmées à Tanaf. Il s’agit principalement de couper la route aux Iraniens dans le désert d’Al-Ambar qui surplombe la frontière syro-jordanienne. A partir des infrastructures de Tanaf est créée la « Nouvelle armée syrienne » sous les ordres de Mohammad Talaa. Nouveau fiasco, cette force est décimée par Dae’ch aux abords de l’aéroport d’Al Hamadan durant l’été 2015. 

A partir de Tanaf, la CIA et ses groupes supplétifs vont faire mouvement pour empêcher la libération de Boukmal par l’armée syrienne après celle de Palmyre. Les forces américaines permettent alors à Dae’ch de s’installer près de Tanaf et bombardent une colonne irakienne qui cherche à opérer sa jonction avec l’armée gouvernementale syrienne. Après plusieurs années d’âpres combats, les forces loyales de Damas font finalement la jonction tant attendue avec leurs homologues irakiennes et investissent Tanaf en décembre 2017, ouvrant ainsi la route Bagdad-Damas. 

Au sud de l’Euphrate, les Américains ont empêché les Russes de traverser le fleuve, permettant ainsi à Dae’ch de développer un sanctuaire dans la poche d’Hajin depuis décembre 2017. « L’ordre de protéger cette poche a été prise au plus haut niveau du Pentagone », explique un officier européen de renseignement en poste à Amman. Finalement, ce n’est qu’un an plus tard – le 17 décembre 2018 – que les combattant kurdes investissent Hajin mettant en fuite plusieurs milliers de jihadistes de Dae’ch.

La deuxième séquence de l’engagement américain en Syrie est dominée par un choix stratégique clair : appuyer les groupes kurdes engagés dans la lutte contre Daec’h et contre l’armée gouvernementale syrienne. Il s’agissait aussi d’occuper durablement les régions pétrolières et gazières du Nord-Est de la Syrie et d’empêcher la formation du fameux couloir chi’ite Bagdad-Damas-Téhéran tant redouté par le roi de Jordanie. 

La majorité des Arabes chassés par les Kurdes vont se réfugier en Turquie au nord de Raqqa. La ville de Tal-Abyad (la colline blanche) a été « purifiée » ethniquement – dékurdifiée – ouvrant ainsi un couloir destiné à séparer les deux grandes agglomérations kurdes de Kobané et Hassaké. Depuis un an et demi, les services spéciaux turcs organisent une force de 4000 hommes – Le Bouclier de Raqqa – chargée de la reconquête. C’est principalement pour contrer cette initiative que les forces spéciales américaines vont équiper plusieurs points d’appuis aériens afin d’épauler le dispositif kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS), majoritairement composées de combattants kurdes.

TRUMP A TIRE LES LECONS DE LA LIBERATION D’ALEP

Depuis plusieurs années aussi, l’armée turque prépare la bataille d’Afrine1 et de Manbij (autre ville verrou) aux mains des milices pro-kurdes dont plus d’un tiers de combattants du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). Ankara craint, plus que tout, la création d’une entité autonome kurde sur ses marches sud. Pour Recep Erdogan, il s’agit de briser coûte que coûte une possible jonction entre les milices YPG et celles de la maison mère du PKK susceptible de fournir la profondeur stratégique nécessaire aux Kurdes de Turquie. 

C’est principalement pour évoquer cette question que Donald Trump et son homologue turc Recep Erdogan ont eu une très longue conversation téléphonique le 17 décembre dernier. 

Plus précisément, Recep Erdogan menace depuis plusieurs semaines d’envahir et d’occuper une bande d’au moins 15 kilomètres de profondeur dans le nord-est de la Syrie. L’armée turque a placé des armes lourdes le long des zones frontalières adjacentes. Quelque 15 000 « rebelles » étrangers et syriens, payés par la Turquie, sont censés être à l’avant-garde de cette invasion. Au cours du mois dernier, ils ont été transférés d’Idlib et d’autres zones contrôlées par la Turquie au nord-ouest de la Syrie vers le côté turc de la frontière orientale. De plus, le président turc aurait aussi menacé de finaliser l’acquisition de systèmes anti-aériens russes S-400, ce qui serait une première pour l’un des principaux membres de l’OTAN. En définitive Ankara aurait finalement opté pour l’achat des systèmes avancés de défense antimissile Patriot!

Toujours est-il qu’après le départ américain, il y aura une course pour occuper le vide – même si la Turquie risque de s’en tenir à son plan d’invasion. Le gouvernement syrien doit maintenant se dépêcher de reprendre le barrage de Raqqa, les riches terres agricoles au nord de l’Euphrate et, surtout, le champ pétrolier et gazier près de la frontière irakienne, qui sont nécessaires pour financer la reconstruction à venir.

Dans ce contexte et compte-tenu de l’échec patent des deux séquences successives de l’ingérence militaire américaine en Syrie, « Donald Trump aurait surtout raccroché les gants pour ne pas être tenu responsable d’une possible sortie turque de l’OTAN, hypothèse parfaitement apocalyptique pour l’Alliance occidentale », explique un officier général européen en poste à Bruxelles-OTAN ; « en fait, la question du retrait américain se pose depuis la libération d’Alep en décembre 2016. Washington a compris que la partie était perdue et qu’il fallait limiter la casse en retenant la Turquie, par la peau du cou et de toutes les manières possibles ». Evidemment, les Israéliens sont furieux, craignant de voir les Iraniens et le Hezbollah libanais s’installer durablement sur leur frontière nord. D’ores et déjà, Donald Trump aurait promis à Tel-Aviv de nouvelles livraisons d’armes en expliquant que le véritable endiguement de l’Iran se jouait désormais en Irak. 

NOUVELLE CARABISTOUILLE FRANCAISE

Comme toujours dès qu’il est question de la Syrie, la réaction française est d’une confondante absurdité. Les deux principaux responsables politiques des zones sous contrôle kurde en Syrie – les deux co-présidents du Conseil démocratique Syrien Ilham Ahmed et Riad Darar – ont été immédiatement reçus à Paris. L’Elysée a confirmé cette visite, des sources militaires autorisées laissant entendre que Paris s’engagerait à de nouvelles livraisons d’armes et à maintenir plusieurs centaines de membres des forces spéciales aux côtés des factions kurdes.

Les communicants de l’Elysée et du Quai d’Orsay ont aussitôt lancé une campagne médiatique visant à expliquer que la France poursuivrait son engagement militaire au nom de la lutte contre le terrorisme et – bien-sûr – de la défense des droits de l’homme. La ministre de la Défense Florence Parly a eu bien du mal à légitimer une opération que des militaires français de haut rang considèrent comme vouée à l’échec, d’autant qu’Emmanuel Macron avait annoncé la défaite de Dae’ch dès le lendemain de son élection. 

« Soyons sérieux », avertissent plusieurs officiers supérieurs français, « quels sont les intérêts de la France dans cette affaire extrêmement budgétivore ? Avons-nous intérêt à nous maintenir dans un dispositif dont l’échec est d’ores et déjà inscrit dans la réalité des rapports de force sur le terrain ? Comme les Américains, nous ferions mieux de diminuer aussi le format de nos opérations extérieurs afin de nous concentrer sur nos besoins de défense les plus essentiels comme – par exemple – la mise en chantier de deux porte-avions nucléaires pour remplacer le Charles-de-Gaulle qui arrivera en fin de mission en 2038 ».

Plusieurs diplomates français expriment aussi leur incompréhension : « une fois de plus, nous allons travailler d’abord pour les intérêts d’Israël qui nous crachera dessus à la première occasion… » Et dès qu’il est question des priorités de Tel-Aviv, Bernard Kouchner ressurgit de son outre-tombe affairiste pour nous rejouer (notamment sur Europe-1 et dans le dernier JDD) la scène de « la honte » et de la trahison des Kurdes au nom des droits de l’homme et de sa fameuse ingérence humanoïde dont on connaît maintenant les vraies motivations néo-coloniales.

En définitive, que Washington trahisse de nouveau les Kurdes correspond à une vieille tradition récurrente depuis les traités de 1920 ayant présidé au démantèlement de l’empire ottoman. A l’issue de la Première guerre mondiale, l’ensemble des puissances occidentales avaient promis aux Kurdes la création à venir d’un Etat souverain… qui n’est jamais venu. Mais, de crainte que cette malédiction se répéte, les Kurdes auraient mieux fait de poursuivre les négociations qu’ils avaient ouvertes en 2013 avec Damas pour négocier un statut d’autonomie interne au sein de la République arabe syrienne.


1 Afrine et sa région, comprenant 360 villes et villages dans le nord-ouest du gouvernorat d’Alep, est contrôlée depuis le 11 juillet 2012 par le PYD et sa branche armée, les YPG. La population de la région est en très grande majorité kurde, mais elle comprend aussi des Arabes, des Assyriens, des Turkmènes et 20 000 réfugiés yézidis rescapés des massacres de Sinjar. Depuis janvier 2018, entre 500 000 et un million de personnes y vivent, dont des milliers de réfugiés. 

Va-t-on vers un changement de régime en Iran?

par Matin Baraki*

Source : Horizons et débats, Zurich,

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2018/n-23-15-octobre-2018/va-t-on-vers-un-changement-de-regime-en-iran.html

15 octobre 2018

 

 

Si les Etats-Unis entraient en guerre contre l’Iran, cela entraînerait le chaos et la destruction dans ce pays du Golfe stratégiquement important, mais également en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie. En outre, une guerre contre l’Iran non seulement déstabiliserait, mais très probablement aussi mettrait le feu à toute la région.

 

Stratégie impérialiste des USA pour l’Eurasie

La région de l’Iran est sans aucun doute l’un des plus importants foyers de tensions du XXIe siècle. La guerre froide menée par les Etats-Unis contre l’Iran trouve son explication première dans la signification géostratégique de ce pays. En ce lieu, ce qui est en jeu, avant tout, ce sont les matières premières, le pétrole et le gaz naturel. En outre, l’Iran donne accès à l’ensemble des pays de la région: l’Asie centrale, le Caucase, le Proche- et le Moyen-Orient et même la Russie.
Depuis la fin de l’Union soviétique, les Etats-Unis suivent avec beaucoup d’attention les développements dans le secteur des matières premières dans et autour de l’Iran, au Caucase et en Asie centrale. En 1997, Stuart Eizenstat, Secrétaire d’Etat à l’US State Department, a souligné devant le Congrès «le potentiel de la mer Caspienne est l’un des plus importants parmi les nouvelles régions productrices d’énergie du monde».1 Zbigniew Brzezinski, stratège mondial, a clairement formulé l’intérêt économique porté par les Etats Unis à cette zone: nous voulons avoir «librement accès à cette région jusqu’alors fermée à l’Occident»!2 Il a décrit cette région du monde comme «l’échiquier sur lequel à l’avenir se jouera aussi la lutte pour la prédominance mondiale».3 Sans scrupule, Brzezinski se réfère à Hitler et à son estimation selon laquelle «l’Eurasie est le centre du monde et par conséquent celui qui domine l’Eurasie, domine le monde».4 Selon son point de vue, «la domination de l’ensemble du continent eurasiatique est la condition de la prédominance mondiale»5 des Etats-Unis. Brzezinski en vient à la conclusion que le but premier de la politique extérieure américaine est «qu’aucun Etat ou aucun groupe d’Etats ne puisse réussir à chasser les Etats-Unis de l’Eurasie ni même à perturber de façon décisive leur rôle d’arbitre».6 Dès 1997, à l’appui de ce droit, toute la région de l’Asie centrale et du Sud-Caucase a été désignée par Madeleine Albright comme «zone d’intérêts géostratégiques des Etats-Unis».7 L’Iran a toujours fait partie de cette stratégie, développée sous la présidence du démocrate américain Bill Clinton et concrétisée par les néoconservateurs Cheney et Bush.
Ainsi, les attentats du 11 septembre 2001 sont devenus la raison d’abord de la guerre contre l’Afghanistan, bien que celle-ci ait déjà été planifiée 18 mois plus tôt sous la présidence de Bill Clinton. Fin septembre 2006, il a reconnu avoir d’abord planifié une guerre contre l’Afghanistan.8 Ce n’est qu’en juin 2001 que l’administration Bush avait informé de ses plans son allié régional, le Pakistan, comme l’a reconnu le ministre des Affaires étrangères pakistanais de l’époque, Naïz Naïk.9
La guerre contre l’Afghanistan a été l’entrée du cycle de conquêtes militaires des Etats-Unis dans une nouvelle dimension. Cette guerre, tout comme celle contre l’Irak, faisaient partie de la «Greater Middle East Initiative» [GME], la stratégie revendiquée des néoconservateurs aux USA. Si les Etats-Unis avaient remporté en Irak un succès – même deux fois moindre qu’au début en Afghanistan, ils auraient depuis longtemps attaqué l’Iran, la Syrie, le Yémen et d’autres pays de la région.

 

Différend nucléaire entre les USA et l’Iran

On a presque totalement oublié que les bases du programme nucléaire iranien ont été posées avec l’aide des Américains. En 1959, dans le cadre de l’Atoms for Peace-Program du président américain Dwight D. Eisenhower, un réacteur expérimental avait été offert à l’Université de Téhéran. En 1967, un autre réacteur expérimental (Réacteur à eau légère) de 5 mégawatts fut livré depuis les Etats-Unis et mis en service dans le Teheran Nuclear Research Center (TNRC). Henry Kissinger, ancien Secrétaire d’Etat américain, déclara en 1973, qu’il serait bon que l’Iran utilise l’énergie nucléaire, afin que les Etats-Unis puissent obtenir du pétrole bon marché de là-bas.
Le 1 juillet 1968, le gouvernement iranien signa le Traité de non-prolifération nucléaire qui entra en vigueur pour l’Iran le 5 mars 1970, après le dépôt de sa ratification par les Etats signataires.10 D’après le Traité, les Etats signataires ont le droit d’utiliser l’énergie nucléaire exclusivement à des fins civiles. L’Iran s’en est strictement tenu à ces règlementations. En 1975 Henry Kissinger, Secrétaire d’Etat américain a signé le National Security Decision Memorandum 292 sur la coopération irano-américaine dans le domaine de la technologie nucléaire. Ce texte prévoyait la vente de technique nucléaire des Etats-Unis à l’Iran pour un montant de plus de 6 milliards de dollars. Jusque dans les années 1970, plusieurs conventions ont été conclues à ce sujet entre les Etats-Unis et l’Iran. En 1976, on proposa à l’Iran d’acheter une usine d’extraction de plutonium des Etats-Unis et de la faire fonctionner. L’accord portait sur un cycle nucléaire complet. En octobre 1976, cette offre fut annulée par le président Gerald Ford. Les pourparlers avec les Etats-Unis ne pouvant aboutir, ce fut alors au tour d’entreprises d’Allemagne de l’Ouest, notamment Kraftwerk-Union AG, de conclure en 1974 un contrat pour la construction de la première centrale nucléaire iranienne près de la ville de Buschehr.11
Déjà du temps du président Bill Clinton, la Corée du Nord, l’Iran et l’Irak étaient considérées comme des «Etats-voyous». En janvier 2002, son successeur George W. Bush, les désigna sous le nom de «l’axe du mal» menaçant la «paix universelle».12 C’est après cette «classification», l’Iran débuta avec la recherche pour l’utilisation militaire de l’énergie nucléaire. Quand on demanda, lors d’une interview accordée au Spiegel, au Premier ministre indien de l’époque Atal Bihari Vajpayee pourquoi l’Inde avait construit la bombe atomique, il demanda au journaliste: «L’OTAN aurait-elle attaqué la Yougoslavie, si le pays avait eu la bombe atomique?»
De la guerre contre la Yougoslavie, l’Iran tira la conclusion que l’armement nucléaire de ses forces armées était nécessaire à sa propre protection.
Des experts partent du principe que, si les recherches pouvaient être poursuivies dans le calme, l’Iran aurait besoin d’au moins 13 ans pour mettre au point une bombe nucléaire.

 

Négociations internationales sur le nucléaire avec l’Iran

En juillet 2016, a été conclu à Vienne un important accord global mettant fin au contentieux nucléaire larvé qui traînait depuis 13 ans avec l’Iran. Federica Mogherini, chargée des relations extérieures de l’Union européenne, et Jawad Zarif, ministre iranien des Affaires étrangères, l’ont annoncé lors d’une conférence de presse au Centre des Nations Unies de Vienne. Il s’agissait là d’un signe d’espoir pour le monde entier, déclara Mogherini juste avant l’adoption de l’accord par les Etats participants. «Nous initions un nouveau chapitre de l’espoir», a souligné Zarif en parlant d’un moment historique. Pendant 13 ans les négociations avec l’Iran ont été dirigées par un groupe international de 6 participants, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne. L’accord devait poser des restrictions au programme atomique iranien de façon à ce que le pays ne puisse se procurer le matériel nécessaire à la construction des armes nucléaires, ni de façon dissimulée, ni rapidement. En retour les sanctions économiques dirigées contre l’Iran devaient être levées.13 Comme on le sait, c’est le contraire qui s’est produit. De la part des Etats-Unis, les sanctions ont même été renforcées, bien que l’Iran s’en soit tenu au strict respect de l’accord. Ceci fut confirmé par l’Agence internationale de l’énergie atomique (IAEA) «onze fois en tout, depuis la mi-2015, à la signature de l’accord nucléaire».14 L’IAEA a pu visiter les installations en tout temps et sans prévenir au préalable les autorités iraniennes. Les services secrets américains eux-mêmes ont plusieurs fois certifié que l’Iran se conformait à toutes les obligations.
Les sanctions touchent non seulement l’Iran et l’Europe, mais le monde entier. «Les Etats-Unis ont assuré par la violence la domination de l’injustice sur l’Europe [et le monde]. Car les sanctions sont évidemment illégales»15 parce que les entreprises internationales et européennes ne sont pas soumises à la jurisprudence américaine. Le ministre fédéral de l’Economie Peter Altmaier est donc «notoirement docile».16 Il aurait dû protéger les sociétés allemandes. A Bruxelles, les politiciens, bien que «d’habitude notoirement bavards» se taisent. «Ils se sont inclinés»,17 a commenté Hans-Ulrich Jörges, rédacteur en chef du Stern.

 

Changement de régime en Iran?

L’accord nucléaire international est une épine dans le pied des gouvernements israélien et saoudien. Si l’ancien président américain Barack Obama avait donné le feu vert, l’armée de l’air israélienne aurait depuis longtemps détruit les unités de recherche nucléaire de l’Iran. Mohammed ben Salman, prince héritier saoudien, jeune, inexpérimenté et agissant de manière très émotionnelle, a ouvertement appelé les Etats-Unis à trancher «la tête du serpent» c’est-à-dire l’Iran. Le président américain Donald Trump a donc trouvé, avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le prince héritier saoudien Salman, d’autres partisans d’un changement de régime. Avec John Bolton comme conseiller à la sécurité et Mike Pompeo comme ministre des Affaires étrangères, les partisans de la radicalité occupent des positions-clés à la Maison Blanche en faveur d’un changement de régime en Iran. L’hypothèse soutenue par l’administration Trump selon laquelle des sanctions économiques augmenteraient la pression sur la population iranienne dont il en résulterait un changement de régime venu de l’intérieur, est non seulement naïve, mais également dangereuse. Dans les années 1980, la guerre entreprise par Saddam Hussein avec le soutien des Etats-Unis contre l’Iran, avait stabilisé le régime des mollahs qui traversait alors une crise profonde. En cas d’intervention extérieure, les populations iraniennes s’uniraient. En outre, les Iraniens savent parfaitement que les guerres menées par les Etats-Unis amènent le chaos et la destruction dans le pays, comme cela a été le cas pour l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et la Syrie. En outre, une guerre contre l’Iran déstabiliserait non seulement toute la région, mais pourrait également l’enflammer.
En Syrie, la destruction prochaine et définitive des islamistes alliés des Etats-Unis, de l’Arabie saoudite et d’autres émirats arabes est la plus grande défaite de l’impérialisme américain depuis la guerre du Viêt-Nam. Cela, l’administration Trump ne l’a pas pardonné à l’Iran, qui, aux côtés la Russie comme acteur principal du conflit, l’Iran a également joué un rôle déterminant lors de la destruction des adversaires d’inspiration islamiste du gouvernement syrien.
Puisqu’à la Maison Blanche l’irrationalité prédomine, il se pourrait que le président américain Donald Trump fasse bombarder l’Iran pour gagner les prochaines élections du Congrès, comme le pense Josef Braml, spécialiste des Etats-Unis de la Deutschen Gesellschaft für Auswärtige Politik (DGPA).18

 

Une solution est possible, mais est-elle souhaitée?

Le gouvernement iranien et le guide spirituel de l’Iran, l’ayatollah Chatami, ont de nouveau soumis aux Etats-Unis et à Israël des propositions de paix, que ces deux parties refusent jusqu’à maintenant catégoriquement.
La communauté internationale doit contraindre les fauteurs-de-guerre à accepter les propositions de paix de l’Iran et à s’assoir à la table des négociations afin de résoudre les conflits.    •

 

* Matin Baraki est né en 1947 en Afghanistan, où il a travaillé comme professeur avant de venir en Allemagne. Il est aujourd’hui spécialiste de l’Afghanistan, expert en politique du développement et chargé de cours en politique internationale à l’Université Philipps de Marburg.

(Traduction Horizons et débats)

 

1    Eizenstat, Stuart. Discours devant le sous-comité pour la politique économique internationale, export et promotion économique du Foreign Relations Committee du Sénat, le 23/10/97, cité selon: Garnett, Sherman W. et al. Der Kaspische Raum vor den Herausforderungen der Globalisierung. [La zone de la Caspienne confrontée aux défis de la globalisation] Opladen 2001, p. 54
2    Brzezinski, Zbigniew. Die einzige Weltmacht. Weinheim 1997, p. 203 [Le grand échiquier. L’Amérique et le reste du monde. Bayard 1997]
3    idem, p. 16
4    idem, p. 16
5    idem, p. 64
6    idem, p. 283
7    Barth, Peter. Der Kaspische Raum zwischen Machtpolitik und Ölinteressen. [La zone de la Caspienne entre politique de force et intérêts pétroliers] Munich 1998, p. 5
8    cf. Leyendecker, Hans. «Ich habe es versucht»,
in: Süddeutsche Zeitung du 25/9/06, p. 2; Schmitt, Uwe. Bush veröffentlicht Teile des Geheimberichtes über Terror. In: Die Welt du 28/9/06, p. 7
9    cf. Hahn, Dorothea. Vergebliche Suche nach der «goldenen Brücke», in: TAZ, le 3-4/11/01. Après le 11-Septembre, l’adjoint de Colin Powell, Secrétaire d’Etat américain de l’époque, Richard Armitage a menacé le chef des services secrets pakistanais, de «renvoyer son pays à l’âge de pierre sous les bombardements», si le gouvernement d’Islamabad ne collaborait pas avec les Etats-Unis. Matthias Rüb, Karzai et Musharraf streiten weiter. In: Frankfurter Allgemeine Zeitung du 28/9/06, p. 9
10    cf. PT (Iran (Islamic Republic of)) un.org: Iran (Memento du 8 juillet 2012 – Archives du web – archive.is).
11    cf. Gholam Reza Afkhami. The life and times of the Shah. University of California Press, 2009, p. 354
12    Von «Schurkenstaaten» zur «Achse des Bösen»,
in: Stern, 30/1/02. www.stern.de/politik/ausland/george-w–bush-von–schurkenstaaten–zur–achse-des-boesen–3376168.html.
13    cf. Löwenstein, Stephan. «Ein Zeichen der Hoffnung für die ganze Welt», in: Frankfurter Allgemeine Zeitung du 14/7/16. www.faz.net/aktuell/politik/ausland/atomverhandlungen-im-iran-historisches-abkommen-13701607.html.
14    Lüders, Michael. «USA wollen den Iran wirtschaftlich in die Kapitulation zwingen», Deutschlandfunk, 1/8/18, (Interview)
15    Jörges, Hans-Ulrich. Die Unterwerfung, in: Stern, 23/8/18, p. 16
16    idem
17    idem
18     cf. Braml, Josef. Politikum, WDR5, 17/9/18 (Interview)

 

Mesures conservatoires de la CIJ concernant les sanctions américaines contre l’Iran

  1. hd. De nouvelles sanctions américaines sont en vigueur contre l’Iran depuis le mois d’août 2018. La Cour internationale de Justice (CIJ), la Cour suprême des Nations Unies, a statué le 3 octobre dans une décision provisoire que les sanctions étaient partiellement irrecevables et a demandé leur levée immédiate. Sous le titre:

«III. Le risque de préjudices irréparables et l’urgence»,

la Cour déclare que «[…] de son point de vue, les mesures adoptées par les Etats-Unis sont susceptibles de mettre en danger la sécurité de l’aviation civile iranienne et la vie des passagers […]. La Cour estime en outre que les restrictions aux importations et aux achats nécessaires à des fins humanitaires, tels que les denrées alimentaires et médicaments, y compris les médicaments vitaux, les traitements à long terme ou préventifs et les équipements médicaux, risquent de nuire gravement à la santé et à la vie de personnes se trouvant sur le territoire iranien.»

«IV. Dispositif»

«Au terme de son ordonnance,
1)    la Cour indique, à l’unanimité, que les Etats-Unis d’Amérique, conformément à leurs obligations au titre du Traité d’amitié, de commerce et de droits consulaires conclu en 1955, doivent, par les moyens de leur choix, supprimer toute entrave aux mesures annoncées le 8 mai 2018 mises à la libre exportation vers le territoire de la République islamique d’Iran
i)    de médicaments et de matériel médical;
ii)    de denrées alimentaires et de produits agricoles; et
iii)    des pièces détachées, des équipements et des services connexes (notamment le service après-vente, l’entretien, les réparations et les inspections) nécessaires à la sécurité de l’aviation civile;
2)    la Cour indique, à l’unanimité, que les Etats-Unis d’Amérique doivent veiller à ce que les permis et autorisations nécessaires soient accordés et à ce que les paiements et autres transferts de fonds ne soient soumis à aucune restriction dès lors qu’il s’agit de l’un des biens et services visés au point 1);
3)    la Cour indique, à l’unanimité, que les deux Parties doivent s’abstenir de tout acte risquant d’aggraver ou d’étendre le différend dont la Cour est saisie ou d’en rendre la solution plus difficile.»

Source: Communiqué de presse de la Cour internationale de justice du 3/10/18

 

Syrie : une fois de plus les États Unis font semblant de combattre État Islamique

par Moon of Alabama

19 octobre 2018

Source : Le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/syrie-une-fois-de-plus-les-etats-unis-pretendent-combattre-etat-islamique

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

Source originaire :

https://www.moonofalabama.org/2018/10/syria-us-again-only-pretends-to-fight-isis.html#more

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Rouge = Armée arabe syrienne/Jaune = États-Unis/SDF/Gris = EI

La force d’occupation américaine et son mandataire kurde, les SDF [Syrian Democratic Forces], sont censés combattre les derniers résistants d’État islamique (EI) localisés au nord-est de l’Euphrate, dans le nord-est de la Syrie. Mais les opérations contre la poignée de villes qu’EI (gris) tient toujours – lancées seulement après de longs retards inexpliqués – ne génèrent que peu de progrès. La semaine dernière, elles ont même subi un sérieux revers.

 

Après plusieurs jours de tempêtes de sable (video) qui ont entravé le soutien aérien américain, EI a contre-attaqué, le 11 octobre, contre les SDF dirigées par les États-Unis. Des kamikazes ont fait sauter les points de contrôle tenus par les SDF et EI a réussi à percer la ligne de front. Le groupe islamiste a repris plusieurs villages et, le 12 octobre, a fait une descente dans un camp de réfugiés pour les civils locaux, que la coalition américaine avait établi près d’Al Bahrah (dans le coin supérieur gauche de la carte). Quelque 130 familles de réfugiés comptant environ 700 personnes ont été faites prisonnières et conduites à Hajin, une petite ville située à l’extrémité nord de la zone détenue par EI.

Par l’intermédiaire d’anciens des tribus locales, EI a demandé à négocier avec la coalition américaine un échange de prisonniers. Il a également exigé des fournitures médicales et alimentaires en échange de 90 femmes capturées qu’il avait isolées de leurs familles. Leur demande a été rejetée. EI menace maintenant de tuer dix des personnes enlevées chaque jour si ses exigences ne sont pas satisfaites.

Dans son discours lors du sommet de Valdai, hier, le président russe Poutine a parlé de la situation à l’est de l’Euphrate :

Nous voyons maintenant ce qui se passe sur la rive gauche de l’Euphrate. Probablement, nos collègues le savent : ce territoire est sous le patronage de nos partenaires américains. Ils comptent sur les forces armées kurdes.

Mais il est évident qu’ils leur ont laissé une marge de manœuvre : EI est toujours présent sur plusieurs sites et a récemment commencé à étendre sa zone d’influence. Ils ont pris en otage 130 familles, soit près de 700 personnes.

Je pense que peu de gens ici présents savent qu’ils ont lancé des ultimatums, qu’ils ont prolongé leurs demandes et qu’ils ont averti que si ces ultimatums n’étaient pas respectés, ils tueraient 10 personnes chaque jour. Avant-hier, 10 personnes ont été tuées. Exécutées. Ils ont commencé à mettre leurs menaces en actes.

C’est tout simplement horrible. Je pense que c’est une tragédie. Nous devons faire quelque chose à ce sujet. Pourquoi nos collègues gardent-ils le silence ? Selon nos informations, plusieurs citoyens américains et européens figurent parmi les otages.

Tout le monde est silencieux, il y a un silence comme si rien ne se passait.

Il y a trois jours, il y a eu aussi un incident du genre tir ami suivi de défections dans les rangs des forces locales par procuration :

Deux avions de combat F-15 de la coalition dirigée par les États-Unis ont ciblé à tort des unités kurdes dans leur offensive contre les forces terroristes restantes d’État islamique en Syrie, a rapporté RIA, citant une “source militaire et diplomatique”. Six personnes auraient été tuées et 15 blessées du côté kurde.

L’incident, qui s’est produit près de la ville de Hajin, dans la province syrienne orientale de Deir ez-Zor, a non seulement perturbé l’opération, mais aurait également entraîné de nombreuses défections dans les rangs des Forces démocratiques syriennes (FDS). Pire encore, les terroristes ont réussi à s’emparer de certains territoires de la région, a ajouté la source.

EI a publié aujourd’hui des photos d’une exécution de cinq hommes locaux accusés d’espionner pour le compte des SDF.

Les troupes américaines et françaises fournissent un soutien d’artillerie aux SDF et les forces aériennes américaines et britanniques bombardent les positions d’EI. Mais les troupes terrestres du SDF semblent incapables ou réticentes à aller de l’avant contre EI. Les frontières de la zone tenue par EI, telles que fournies par liveuamap, n’ont pratiquement pas bougé.

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1er mai

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19 octobre

Pendant cinq mois et demi, EI n’a perdu qu’environ 7 km de territoire aux extrémités nord et sud de la petite zone qu’elle occupe. Comment se fait-il que des forces kurdes bien approvisionnées, sous la direction des forces spéciales américaines et dotées d’une artillerie et d’un soutien aérien puissants, ne soient pas en mesure d’en faire plus contre quelque 1 à 2 000 djihadistes qui manquent d’armes lourdes et n’ont aucun moyen de se ravitailler ?

Des sources russes accusent les États-Unis de ne pas combattre sérieusement leur adversaire :

“Le simulacre de lutte contre les terroristes dans cette région de Syrie dure depuis plus de six mois et est utilisé par Washington pour justifier sa présence illégale dans ce pays “,souligne notre source.

L’Observatoire syrien fait également état d’un flux constant d’assassinats ciblés et d’attaques mineures contre les forces des SDF, y compris par des cellules dormantes de EI agissant dans la zone contrôlée par les SDF. De nombreux engins explosifs improvisés sont enterrés dans la zone et entravent le déplacement des troupes ainsi que la reconstruction.

En général, EI ne semble pas confiné aux lignes de front nettes indiquées sur la carte, mais possède de petites unités et des cellules dormantes qui se déplacent bien au-delà de cette zone. Cela indique un manque de troupes motivées pour tenir la ligne de front et à confiner les forces de EI.

Le Weekly Strike Summary fait état de nombreuses attaques aériennes, mais les résultats sont minces :

Entre le 7 et le 13 octobre, les forces militaires de la coalition CJTF-OIR ont mené 137 frappes, soit 225 engagements en Irak et en Syrie.

Après une baisse les 7, 8 et 9 octobre en raison des tempêtes de sable, le nombre de vols américains dans la région atteint à nouveau une vingtaine par jour.

Presque toutes ces attaques sont dirigées contre la petite zone tenue par EI au nord-est de l’Euphrate. Le rapport fait état de résultats positifs sur les “zones de stationnement ou de rassemblement”. Mais qu’est-ce que cela signifie réellement ? Un espace vide n’est-il pas une zone de stationnement ou de rassemblement potentiel ? Et que signifie l’engagement contre une “unité tactique” ? Un largage de bombe près d’un mec seul sur sa moto ?

Les quatre derniers résumés hebdomadaires font état d’un total de 349 frappes et 546 “engagements”, mais aucun d’entre eux ne semble avoir eu d’effet sur le nombre de combattant d’EI ou leurs capacités. Malgré ce nombre élevé de frappes, il n’y a aucun progrès sur le terrain.

La campagne de bombardement actuelle rappelle la fausse campagne aérienne américaine contre EI en 2014 et 2015 (voir tableau en bas de ce lien). À l’époque, les  pelleteuses de EI étaient les cibles les plus sérieuses mentionnées dans les rapports américains. À l’époque, c’était déjà la Russie qui avait dénoncé les faux combats et montré comment il fallait faire pour vraiment vaincre EI.

Le fait que les SDF affirment maintenant qu’éliminer EI de la zone prendra encore plus de temps renforce le soupçon du manque d’intention réelle de le combattre :

“Les opérations militaires à Hajin prendront beaucoup plus de temps que prévu“, a déclaré Redur Khalil, l’un des principaux commandants des SDF.

“Daesh profite beaucoup de facteurs météorologiques, y compris des tempêtes de sable. Elles l’ont aidé à se mettre à l’abri des avions de reconnaissance et d’autres mécanismes de surveillance “, a-t-il déclaré à l’AFP, en utilisant l’acronyme arabe pour EI.

Pour mémoire, la récente série de tempêtes de sable dans la région s’est terminée il y a quelques jours.

Comme en 2014/2015, les États-Unis semblent à nouveau très intéressés à maintenir EI en vie aussi longtemps que possible et à utiliser sa présence comme prétexte pour d’autres objectifs.

 

 

 

La prochaine agression étasunienne contre la Syrie est-elle déjà programmée ?

 

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L’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies Nikki Haley montre des photos de victimes de l’attaque syrienne au gaz lors de son intervention au Conseil de sécurité de l’ONU en avril 2017.

par le Saker

Source : http://lesakerfrancophone.fr/la-prochaine-agression-etasunienne-contre-la-syrie-est-elle-deja-programmee

31 août 2018 Source originaire :  The Saker

 

Les choses qui plaisent sont celles que l’on demande encore et encore 
Horace

Bombarder, bombarder, bombarder, bombarder, bombarder l’Iran
John McCain

Le président Poutine, la Russie et l’Iran sont responsables de soutenir cet animal d’Assad. Grosse mise à prix…
Donald Trump

Il est difficile de dialoguer avec des gens qui confondent l’Autriche et l’Australie
Vladimir Poutine

Bis repetita

Il semble que nous ayons accompli un tour complet : les Anglosionistes se préparent à nouveau, apparemment, à utiliser les mêmes Casques blancs (donc les « bons terroristes ») pour exécuter une nouvelle attaque chimique sous faux drapeau en Syrie et de nouveau en accuser les forces gouvernementales. De nouveau, les Russes avertissent le monde à l’avance et, comme la dernière fois, (presque) tout le monde s’en fout. Il y a même des rapports selon lesquels les États-Unis envisagent, une fois de plus, d’imposer une zone d’exclusion aérienne (totalement illégale) au-dessus de la Syrie. Et, exactement comme la dernière fois, il semble que le but des États-Unis soit de sauver les « bons terroristes » d’une victoire gouvernementale majeure.

Il semble malheureusement que ma prédiction que « chaque « clic » nous rapproche d’un pas du « bang » se réalise et alors que l’Empire semble avoir abandonné l’idée d’une reconquête totale de la Syrie, les néocons poussent clairement à ce qui pourrait se révéler une frappe de missiles majeure sur la Syrie. Tirer un grand nombre de missiles près des/sur les forces russes pourrait déclencher une contre-attaque russe qui, à son tour, pourrait mener à une guerre majeure, peut-être nucléaire, mais ce fait ne semble pas pris en compte dans les calculs des néocons. Il est vrai qu’ils sont pour la plupart des gens assez stupides (comme « focalisés sur le court-terme »), avec un fort sentiment de supériorité et une vision messianique de notre monde. Pourtant, cela me déconcerte que si peu de gens aux États-Unis et dans l’Union européenne s’en soucient. D’une certaine manière, une guerre nucléaire est devenue si inconcevable que beaucoup ont conclu qu’elle ne pourra jamais se produire.

L’autre chose que les néocons semblent oublier est qu’on ne peut pas changer la situation sur le terrain en Syrie au moyen de frappes de missiles ou de bombes. D’une part, la dernière attaque américaine a définitivement montré que les Tomahawks sont une cible facile pour les défenses aériennes syriennes (pour la plupart désuètes). Bien sûr, les Américains pourraient compter sur plus d’AGM-158 JASSM, beaucoup plus difficiles à intercepter, mais peu importe les missiles utilisés, ils n’affecteront pas efficacement les capacités militaires syriennes tout simplement parce que ce sont des cibles peu lucratives pour des frappes de missiles de croisière. Si on considère que les Étasuniens savent fort bien qu’il n’y aura pas d’attaque chimique (ni même qu’elle pourrait se produire, d’ailleurs, puisque même les États-Unis ont déclaré que la Syrie n’avait pas d’armes chimiques en 2013), la Maison Blanche pourrait décider de faire sauter quelques bâtiments vides et déclarer que « l’animal Assad » a été puni, je suppose. Mais même totalement sans opposition, une attaque de missile n’aurait aucun sens militaire. Cela pose donc la question de savoir à quoi servirait une attaque contre la Syrie. Malheureusement, la réponse évidente est que la frappe de missiles à venir a moins à voir avec la guerre en Syrie qu’avec la politique intérieure américaine.

Les options russes et syriennes

Il y a aussi quelques différences. La plus grande est que cette fois-ci, la force d’intervention navale russe en Méditerranée orientale est beaucoup plus grande que la dernière fois : 15 navires y compris deux frégates de pointe, l’Amiral Grigorovitch et l’Admiral Essen (ici, un article détaillé) et deux sous-marins d’attaque diesel évolués de classe 636.3. Cela représente beaucoup de puissance de feu anti-navire, anti-aérienne et anti-sous-marine et, plus important encore, beaucoup de capacités avancées d’alerte rapide. Comme les réseaux de défense aérienne russes et syriens ont été intégrés par un seul système de feu automatisé, cela signifie que les Syriens « verront » très précisément ce qui se passe dans l’espace aérien syrien et autour (c’est particulièrement vrai avec les Russes dont les Iliouchines A-50U patrouillent 24 h sur 24).

Ce qui m’inquiète le plus, ce sont les différents rapports (comme celui-ci) qui affirment que le secrétaire d’État Mike Pompeo a dit la semaine dernière au ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov que « Moscou serait tenu pour responsable » si une attaque chimique avait lieu. Si, par « Moscou sera responsable », les fous à Washington DC veulent dire « moralement responsable », ce n’est que le non-sens habituel. Mais je crains qu’avec des cinglés certifiés comme Bolton et Pompeo aux commandes, les Américains puissent envisager d’attaquer le personnel russe en Syrie (pas nécessairement dans les bases bien défendues de Khmeimin ou Tartous).  Ces types pourraient facilement viser diverses installations ou des unités militaires syriennes où on sait que du personnel russe est déployé et déclarer qu’ils ne visaient pas délibérément les Russes et que les Russes touchés étaient « clairement impliqués » avec les forces syriennes maniant les armes chimiques. Les États-Unis ont déjà pris pour cible des ressortissants russes pour les enlever et les mettre en détention, ils pourraient commencer à tuer bientôt des Russes puis faire porter la responsabilité de ces morts au Kremlin. Vous n’y croyez pas ? Pensez seulement « Skripal » et vous verrez que cette idée n’est pas si farfelue.

Les Russes ont des possibilités de choix, soit dit en passant. Une chose qu’ils pourraient faire est de placer 6 MiG-31 (modernisés) en alerte rapide dans le sud de la Russie (ou, mieux encore, en Iran) et en garder une paire en patrouille aérienne de combat au-dessus de la Syrie (ou de l’Iran). Combinée avec les « yeux » des A-50U, ces MiG-31 pourrait procurer aux russes une formidable capacité d’action en Syrie, spécialement contre les B-1B étasuniens basés au Qatar ou à Diego Garcia. Jusqu’à maintenant, on a vu peu de MiG-31 en action en Syrie mais si l’interception d’un grand nombre de missiles de croisière devenait leur mission, ils offriraient une force beaucoup plus souple et efficace que la très petite quantité de Su-35 et de Su-30 actuellement basée à Khmeimim.

Mais la clé pour protéger la Syrie est de renforcer les défenses aériennes syriennes et leurs capacités d’alerte précoce, en particulier avec des systèmes mobiles de défense aérienne, notamment beaucoup de systèmes à courte et moyenne portée comme le Tor-M2 et le Pantsir-S2.  Jusqu’à ce que cet objectif soit atteint, les États-Unis et la Russie resteront dans une très dangereuse « impasse mexicaine » où les deux parties sont engagées dans ce que j’appelle un « jeu de la poule mouillée nucléaire », chaque partie menaçant l’autre tout en comptant sur ses propres capacités nucléaires pour dissuader une contre-attaque significative ou des représailles. C’est extrêmement dangereux, mais il y a très peu que la Russie puisse faire pour arrêter les dirigeants étasuniens de revenir encore et encore à cette même stratégie. Jusqu’à présent, les Russes ont manifesté un degré de retenue vraiment remarquable, mais s’ils sont poussés trop loin, la prochaine étape pour eux sera de riposter aux Américains d’une manière qui leur fournisse ce que la CIA appelle « un déni plausible »(j’ai analysé cette option il y a plus d’un an dans cet article).  S’ils sont attaqués directement et ouvertement, les Russes n’auront évidemment pas d’autre choix que de frapper en retour. Et s’il est vrai que les forces russes en Syrie et à proximité sont largement inférieures en nombre par rapport aux forces US/OTAN/CENTCOM, les Russes ont un avantage massif sur les États-Unis en termes de missiles de croisière à longue portée (voir l’analyse d’Andrei Martyanov « Russia’s Stand-Off Capability: The 800 Pound Gorilla in Syria » pour une analyse détaillée à ce sujet).

Rien de ce qui précède n’est nouveau, le monde est bloqué dans cette situation depuis plus d’un an maintenant, et il ne semble toujours pas y avoir de fin en vue. Malheureusement, je ne peux qu’être d’accord avec Rouslan Ostachko : seule une défaite militaire massive ou un effondrement économique non moins massif arrêtera les gens qui « confondent l’Autriche et l’Australie » dans leur quête démente d’hégémonie mondiale par la violence.

 

The Saker

Cet article a été rédigé pour Unz Review

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Diane pour le Saker francophone 367.