Poutine: « Je ne suis pas sûr que le ton de mon discours sera très optimiste »

par Vladimir Poutine

24 octobre 2017

Réunion du Club de discussion international de Valdaï

Sources : http://arretsurinfo.ch/poutine-je-ne-suis-pas-sur-que-le-ton-de-mon-discours-sera-tres-optimiste/

Sources originaires : http://versouvaton.blogspot.fr/2017/10/reunion-du-club-de-discussion.html

http://en.kremlin.ru/events/president/transcripts/55882

Le matraquage russophobe et anti-Poutine de nos médias « officiels » fini par nous donner la nausée. Pour rétablir un peu d’équilibre il nous parait indispensable de donner un large écho à ce que les Russes – ou leurs médias – expriment eux-mêmes. ASI

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Je ne suis pas sûr que le ton de mon discours sera très optimiste, mais je sais que vous avez eu des discussions très animées au cours de ces trois derniers jours. Je vais essayer, comme c’est maintenant devenu habituel, de partager avec vous ce que je pense de certaines questions. S’il vous plaît, ne le prenez pas mal si je dis quelque chose qui a déjà été dit car je n’ai pas suivi toutes les discussions.

Pour commencer, je voudrais souhaiter la bienvenue à M. Karzaï, M. Ma, M. Toje, à nos collègues et à tous nos amis. Je peux voir beaucoup de visages familiers dans le public. Bienvenue à tous à la réunion du Club Valdaï.

Par tradition, ce forum se concentre sur les questions politiques et économiques mondiales les plus urgentes. Cette fois-ci, les organisateurs, comme on vient de le mentionner, ont relevé un défi assez difficile en demandant aux participants d’essayer de regarder au-delà de l’horizon, de réfléchir aux prochaines décennies pour la Russie et la communauté internationale.

Bien sûr, il est impossible de tout prévoir et de prendre en compte toutes les chances et tous les risques auxquels nous serons confrontés. Cependant, nous devons comprendre et ressentir les principales tendances, chercher des réponses en dehors du cadre aux questions que le futur nous pose pour le moment et il en posera sûrement d’autres plus tard. Le rythme des développements est tel que nous devons y réagir constamment et rapidement.

Le monde est entré dans une ère de changement rapide. Des choses que l’on a qualifiées de fantastiques ou qui étaient inaccessibles sont devenues une réalité et une partie de notre vie quotidienne.

Des processus qualitativement nouveaux se déroulent simultanément dans toutes les sphères. La vie publique trépidante dans divers pays et la révolution technologique sont étroitement liées aux changements sur la scène internationale. La concurrence pour une place dans la hiérarchie mondiale est exacerbée. Cependant, de nombreuses recettes du passé pour la gouvernance mondiale, pour le dépassement des conflits ainsi que pour résoudre les contradictions naturelles ne sont plus applicables. Elles échouent trop souvent, et de nouvelles n’ont pas encore été élaborées.

Naturellement, les intérêts des États ne coïncident pas toujours, loin de là. C’est normal et naturel. Cela a toujours été le cas. Les puissances dirigeantes ont différentes stratégies géopolitiques et perceptions du monde. C’est l’essence immuable des relations internationales, qui reposent sur l’équilibre entre la coopération et la compétition.

Certes, lorsque cet équilibre est rompu, lorsque l’observance et même l’existence de règles de conduite universelles sont mises en question, lorsque les intérêts sont bousculés à n’importe quel prix, les disputes deviennent imprévisibles et dangereuses et conduisent à des conflits violents.
Pas un seul problème international réel ne peut être résolu dans de telles circonstances et dans un tel cadre, et donc les relations entre les pays se dégradent, simplement. Le monde devient moins sûr. Au lieu du progrès et de la démocratie, carte blanche est donnée aux éléments radicaux et aux groupes extrémistes qui rejettent la civilisation elle-même et cherchent à la plonger dans un passé ancien, dans le chaos et la barbarie.

L’histoire de ces dernières années illustre graphiquement tout cela. Il suffit de voir ce qui s’est passé au Moyen-Orient, que certains acteurs ont tenté de remodeler et de reformater à leur goût et de lui imposer un modèle de développement étranger par des coups d’État orchestrés extérieurement ou simplement par la force des armes.

Au lieu de travailler ensemble pour redresser la situation et porter un véritable coup au terrorisme plutôt que de simuler une lutte contre celui-ci, certains de nos collègues font tout leur possible pour que le chaos dans cette région soit permanent. Certains pensent encore qu’il est possible de gérer ce chaos.

En attendant, il y a quelques exemples positifs dans l’expérience récente. Comme vous l’avez probablement deviné, je fais référence à l’expérience de la Syrie. Cela montre qu’il existe une alternative à ce genre de politique arrogante et destructrice. La Russie s’oppose aux terroristes avec le gouvernement syrien légitime et les autres États de la région et agit sur la base du droit international. Je dois dire que ces actions et ce progrès n’ont pas été faciles. Il y a beaucoup de dissensions dans la région. Mais nous nous sommes fortifiés avec patience et, pesant nos moindres gestes et paroles, nous travaillons avec tous les participants à ce processus avec le respect dû à leurs intérêts.

Nos efforts, dont les résultats n’ont pas été remis en question jusqu’à récemment par nos collègues, nous laissent maintenant – laissez-moi le dire avec prudence – entrevoir un peu d’espoir. Ils se sont révélés très importants, corrects, professionnels et opportuns.

Ou, prenez un autre exemple : le bras de fer autour de la péninsule coréenne. Je suis sûr que vous avez également traité de cette question de façon approfondie aujourd’hui. Oui, nous condamnons sans équivoque les essais nucléaires menés par la RPDC et nous nous conformons pleinement aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU concernant la Corée du Nord. Chers collègues, je tiens à le souligner pour qu’il n’y ait pas d’interprétation discrétionnaire. Nous respectons toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.

Cependant, ce problème ne peut, bien sûr, être résolu que par le dialogue. Nous ne devrions pas bloquer la Corée du Nord dans un coin, la menacer de représailles musclées, nous abaisser à la grossièreté ou à l’invective. Que quelqu’un aime ou n’aime pas le régime nord-coréen, nous ne devons pas oublier que la République populaire démocratique de Corée est un État souverain.
Tous les différends doivent être résolus de manière civilisée. La Russie a toujours favorisé une telle approche. Nous sommes fermement convaincus que même les nœuds les plus complexes – que ce soit la crise en Syrie ou en Libye, dans la péninsule coréenne ou, disons, en Ukraine – doivent être démêlés plutôt que coupés.

La situation en Espagne montre clairement à quel point la stabilité peut être fragile même dans un État prospère et établi. Qui aurait pu s’attendre, même tout récemment, à ce que la discussion sur le statut de la Catalogne, qui a une longue histoire, aboutisse à une crise politique aiguë ?

La position de la Russie est connue ici. Tout ce qui se passe est une affaire interne à l’Espagne et doit être réglé sur la base de la loi espagnole conformément aux traditions démocratiques. Nous sommes conscients que le leadership du pays prend des mesures à cette fin.

Dans le cas de la Catalogne, nous avons vu l’Union européenne et un certain nombre d’autres États condamner à l’unanimité les partisans de l’indépendance.

Vous savez, à cet égard, je ne peux pas m’empêcher de noter que plus de réflexion aurait dû avoir lieu plus tôt. Quoi, personne n’était au courant de ces désaccords séculaires en Europe ? Ils l’étaient, n’est-ce pas ? Bien sûr, qu’ils l’étaient. Cependant, à un moment donné, ils se sont félicités de la désintégration d’un certain nombre d’États en Europe sans cacher leur joie.

Pourquoi étaient-ils si irréfléchis, motivés par des considérations politiques éphémères et leur désir de plaire – je le dis sans détour – à leur grand frère à Washington, en apportant leur soutien inconditionnel à la sécession du Kosovo, provoquant ainsi des processus similaires dans d’autres régions d’Europe et dans le monde ?

Vous vous souvenez peut-être que lorsque la Crimée a également déclaré son indépendance, puis – suite au référendum – sa décision de faire partie de la Russie, cela n’a pas été bien accueilli pour différentes raisons. Nous avons maintenant la Catalogne. Il y a un problème similaire dans une autre région, le Kurdistan. Peut-être que cette liste est loin d’être exhaustive. Mais nous devons nous demander : qu’allons-nous faire ? Que devrions-nous penser à ce sujet ?

Il se trouve que certains de nos collègues pensent qu’il y a de « bons » combattants pour l’indépendance et la liberté et qu’il y a des « séparatistes » qui n’ont pas le droit de défendre leurs droits, même avec l’utilisation de mécanismes démocratiques.

Comme nous le disons toujours dans des cas similaires, de tels doubles standards – et c’est un exemple flagrant de double standard – constituent un grave danger pour le développement stable de l’Europe et des autres continents et pour l’avancement des processus d’intégration à travers le monde.
À un moment donné, les défenseurs de la mondialisation essayaient de nous convaincre que l’interdépendance économique universelle était une garantie contre les conflits et la rivalité géopolitique. Hélas, cela ne s’est pas produit. De plus, la nature des contradictions s’est complexifiée, devenant multicouche et non linéaire.

En effet, alors que l’interdépendance est un facteur restrictif et stabilisateur, nous assistons également à un nombre croissant d’exemples de politiques qui interfèrent grossièrement avec les relations économiques et le marché. Tout récemment, il y a eu des avertissements que c’était inacceptable, contre-productif et qu’il fallait l’éviter. Maintenant, ceux qui ont fait de telles déclarations font aussi cela eux-mêmes. Certains ne cachent même pas qu’ils utilisent des prétextes politiques pour promouvoir leurs intérêts strictement commerciaux. Par exemple, le récent paquet de sanctions adopté par le Congrès américain vise ouvertement à évincer la Russie des marchés européens de l’énergie et à obliger l’Europe à acheter du GNL américain plus coûteux, bien que l’ampleur de sa production soit encore trop faible.

Des tentatives sont faites pour créer des obstacles à nos efforts pour forger de nouvelles voies énergétiques – South Stream et Nord Stream – même si la diversification de la logistique est économiquement efficace, bénéfique pour l’Europe et favorise sa sécurité.

Je le répète : il est naturel que chaque État ait ses propres intérêts politiques, économiques et autres. La question est le moyen par lequel ils sont protégés et promus.

Dans le monde moderne, il est impossible d’obtenir un gain stratégique au détriment des autres. Une telle politique fondée sur l’auto-suffisance, l’égoïsme et les prétentions à l’exceptionnalisme n’apportera aucun respect ou véritable grandeur. Cela suscitera un rejet et des résistances naturelles et justifiées. En conséquence, nous verrons la croissance continue des tensions et de la discorde au lieu d’essayer d’établir ensemble un ordre international sérieux et stable, et de relever les défis technologiques, environnementaux, climatiques et humanitaires auxquels est confrontée toute l’espèce humaine aujourd’hui.

Collègues, le progrès scientifique et technologique, l’automatisation robotisée et la numérisation entraînent déjà de profonds changements économiques, sociaux et culturels ainsi que des changements de valeurs. Nous sommes maintenant devant des perspectives et des chances jusqu’alors inconcevables. Mais en même temps, nous devrons trouver des réponses à beaucoup de questions. Quelle place occuperont les gens dans le triangle « humains-machines-nature » ? Quelles mesures seront prises par les États qui ne parviennent pas à offrir des conditions de vie normales en raison des changements climatiques et environnementaux ? Comment l’emploi sera-t-il maintenu à l’ère de l’automatisation ? Comment le serment d’Hippocrate sera-t-il interprété une fois que les médecins auront des capacités semblables à celles de sorciers tout-puissants ? Et l’intelligence humaine va-t-elle finalement perdre la capacité de contrôler l’intelligence artificielle ? L’intelligence artificielle deviendra-t-elle une entité séparée, indépendante de nous ?

Auparavant, en évaluant le rôle et l’influence des pays, nous parlions de l’importance du facteur géopolitique, de la taille du territoire d’un pays, de sa puissance militaire et de ses ressources naturelles. Bien sûr, ces facteurs sont toujours d’une importance majeure aujourd’hui. Mais il y a maintenant un autre facteur : le facteur scientifique et technologique qui, sans aucun doute, a aussi une grande importance, et celle-ci ne fera qu’augmenter avec le temps.

En fait, ce facteur a toujours été important, mais maintenant il aura le potentiel de transformer le jeu, et très bientôt, il aura un impact majeur dans les domaines de la politique et de la sécurité. Ainsi, le facteur scientifique et technologique deviendra un facteur d’importance universelle et politique.
Il est également évident que même les toutes dernières technologies ne seront pas en mesure d’assurer un développement durable par elles-mêmes. Un avenir harmonieux est impossible sans responsabilité sociale, sans liberté et sans justice, sans respect des valeurs éthiques traditionnelles et de la dignité humaine. Autrement, au lieu de devenir un monde de prospérité et de nouvelles opportunités, ce « meilleur des mondes » se transformera en un monde de totalitarisme, de castes, de conflits et de plus grandes divisions.

Aujourd’hui, les inégalités croissantes se traduisent déjà par des sentiments d’injustice et de privation chez des millions de personnes et des nations entières avec pour résultat la radicalisation, le désir de changer les choses de toutes les façons possibles, jusqu’à inclure la violence.

En passant, cela s’est déjà produit dans de nombreux pays, et également en Russie, notre pays. Les percées technologiques et industrielles réussies ont été suivies de bouleversements dramatiques et de perturbations révolutionnaires. Tout cela est arrivé parce que le pays n’a pas réussi à résoudre les discordes sociales et à surmonter à temps les anachronismes clairs dans la société.

La révolution est toujours le résultat d’un déficit de responsabilité à la fois pour ceux qui souhaitent conserver, geler sur place un ordre des choses désuet, et ceux qui aspirent à accélérer les changements, en recourant à des conflits civils et à une résistance destructive.

Aujourd’hui, alors que nous nous tournons vers les leçons du siècle dernier, à savoir la Révolution russe de 1917, nous voyons combien ses résultats ont été ambigus, à quel point les conséquences négatives et, nous devons aussi le reconnaître, positives de ces événements sont entrelacées. Demandons-nous : n’était-il pas possible de suivre un chemin évolutif plutôt que de passer par une révolution ? Ne pourrions-nous pas avoir évolué par un mouvement progressif et cohérent plutôt que de détruire notre État et de briser impitoyablement des millions de vies humaines ?

Cependant, le modèle social et l’idéologie, en grande partie utopique, que l’État nouvellement formé a essayé de mettre en œuvre à la suite de la révolution de 1917, a été un puissant moteur de transformations à travers le monde (ceci est clair et doit être reconnu), provoquant une réévaluation majeure des modèles de développement. Mais cela a donné lieu à la rivalité et la concurrence, dont les avantages, je dirais, ont été engrangés la plupart du temps par l’Occident.

Je ne parle pas seulement des victoires géopolitiques qui ont suivi la guerre froide. Beaucoup de réalisations occidentales du XXe siècle l’ont été en réponse au défi posé par l’Union Soviétique. Je parle d’élever le niveau de vie, de former une classe moyenne forte, de réformer le marché du travail et la sphère sociale, de promouvoir l’enseignement, de garantir les droits des femmes et des minorités, de surmonter la ségrégation raciale qui, vous vous en souvenez sûrement, était une pratique honteuse dans de nombreux pays, y compris aux États-Unis, il y a encore quelques décennies.

À la suite des changements radicaux qui ont eu lieu dans notre pays et dans le monde au tournant des années 1990, une occasion vraiment unique s’est présentée d’ouvrir un chapitre vraiment nouveau dans l’histoire. Je veux dire la période après que l’Union Soviétique a cessé d’exister.

Malheureusement, après s’être partagé l’héritage géopolitique de l’Union soviétique, nos partenaires occidentaux se sont convaincus de la justesse de leur cause et se sont déclarés vainqueurs de la guerre froide, comme je viens de le dire, ont ouvertement interféré dans les affaires des États souverains et ont exporté la démocratie tout comme les dirigeants soviétiques avaient essayé d’exporter la révolution socialiste vers le reste du monde à leur époque.

Nous avons été confrontés à la redistribution des sphères d’influence et à l’expansion de l’OTAN. L’excès de confiance conduit invariablement à des erreurs. Le résultat est malheureux. Deux décennies et demi ont été perdues, beaucoup d’occasions manquées et un lourd fardeau de méfiance réciproque. Le déséquilibre mondial n’a fait que s’intensifier.

Nous entendons des déclarations sur l’engagement à résoudre des problèmes mondiaux, mais en fait, ce que nous voyons, c’est de plus en plus d’exemples d’égoïsme. Toutes les institutions internationales destinées à harmoniser les intérêts et à formuler un programme commun s’érodent. Les traités de base internationaux multilatéraux et les accords bilatéraux d’une importance cruciale sont dévalués.

On m’a répété, il y a quelques heures à peine, que le président américain avait dit quelque chose sur les médias sociaux au sujet de la coopération russo-américaine dans le domaine important de la coopération nucléaire. Il est vrai que c’est la sphère d’interaction la plus importante entre la Russie et les États-Unis, sachant que la Russie et les États-Unis ont une responsabilité particulière envers le monde en tant que les deux plus grandes puissances nucléaires.
Cependant, j’aimerais profiter de cette occasion pour parler plus en détail de ce qui s’est passé au cours des dernières décennies dans ce domaine crucial, pour donner une image plus complète. Cela prendra au maximum deux minutes.

Plusieurs accords bilatéraux historiques ont été signés dans les années 1990. Le premier, le programme Nunn-Lugar, a été signé le 17 juin 1992. Le second, le programme HEU-LEU, a été signé le 18 février 1993. L’uranium hautement enrichi a été transformé en uranium faiblement enrichi, d’où HEU-LEU.

Les projets relevant du premier accord ont porté sur l’amélioration des systèmes de contrôle, la comptabilité et la protection physique des matières nucléaires, le démantèlement et la mise au rebut des sous-marins et des générateurs thermoélectriques de radio-isotopes. Les Américains ont procédé – et s’il vous plaît prêtez bien attention ici, ce n’est pas une information secrète, simplement peu de gens sont au courant – à 620 visites de contrôle en Russie pour vérifier notre conformité avec les accords. Ils ont visité les lieux saints les plus saints du complexe nucléaire russe, à savoir les entreprises engagées dans le développement d’ogives nucléaires et de munitions, ainsi que du plutonium et de l’uranium de qualité militaire. Les États-Unis ont eu accès à toutes les installations top-secrètes en Russie. En outre, l’accord était de nature presque unilatérale.

Dans le cadre du deuxième accord, les Américains ont effectué 170 visites supplémentaires dans nos usines d’enrichissement, entrant dans leurs zones les plus restreintes, telles que les unités de mélange et les installations de stockage. L’usine d’enrichissement nucléaire la plus puissante du monde – le Complexe électrochimique de l’Oural – disposait même d’un poste d’observation américain permanent. Des emplois permanents ont été créés directement dans les ateliers de ce complexe où les spécialistes américains allaient travailler tous les jours. Les pièces où ils étaient assis dans ces installations russes top-secrètes avaient des drapeaux américains, comme c’est toujours le cas.
En outre, une liste de 100 spécialistes américains provenant de 10 organisations américaines différentes a été dressée et autorisée à effectuer des inspections supplémentaires à tout moment et sans avertissement. Tout cela a duré 10 ans. En vertu de cet accord, 500 tonnes d’uranium de qualité militaire ont été retirées de la circulation militaire en Russie, ce qui équivaut à environ 20 000 têtes nucléaires.

Le programme HEU-LEU est devenu l’une des mesures les plus efficaces de véritable désarmement dans l’histoire de l’humanité – je le dis en toute confiance. Chaque étape du côté russe a été suivie de près par des spécialistes américains, à une époque où les États-Unis se limitaient à des réductions beaucoup plus modestes de leur arsenal nucléaire, et ce, sur une base purement commerciale.
Nos spécialistes ont également visité des entreprises du complexe nucléaire américain, mais seulement à leur invitation et dans des conditions définies par la partie américaine.

Comme vous le voyez, la partie russe a fait preuve d’une ouverture et d’une confiance absolument sans précédent. Incidemment – et nous en reparlerons probablement plus tard – nous savons aussi ce que nous en avons reçu en retour : négligence totale de nos intérêts nationaux, soutien au séparatisme dans le Caucase, opérations militaires qui ont contourné le Conseil de sécurité de l’ONU, comme le bombardement de la Yougoslavie et de Belgrade, introduction de troupes en Irak et ainsi de suite. Eh bien, c’est facile à comprendre : une fois que l’état du complexe nucléaire, des forces armées et de l’économie a été inspecté, le droit international ne semblait plus nécessaire.

Dans les années 2000, notre coopération avec les États-Unis est entrée dans une nouvelle phase de partenariat véritablement équitable. Elle a été marquée par la signature d’un certain nombre de traités et d’accords stratégiques sur les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire, connu aux États-Unis sous le nom d’Accord 123. Mais à toutes fins utiles, la partie américaine a unilatéralement interrompu le travail dans ce cadre en 2014.

La situation entourant l’Accord sur la gestion et l’élimination du plutonium (PMDA) du 20 août 2000 (signé à Moscou) et du 1er septembre suivant (à Washington) nous laisse perplexes et alarmés. Conformément au protocole de cet accord, les parties devaient prendre des mesures réciproques pour convertir irréversiblement le plutonium de qualité militaire en combustible à oxyde mixte (MOX) et le brûler dans des centrales nucléaires, afin qu’il ne puisse plus être utilisé à des fins militaires. Tout changement dans cette méthode n’était autorisé qu’avec le consentement des deux parties. Ceci est écrit dans l’accord et les protocoles.

Qu’a fait la Russie ? Nous avons développé ce combustible, construit une usine pour la production de masse et, comme nous l’avions promis dans l’accord, construit une usine BN-800 qui nous a permis de brûler ce carburant en toute sécurité. Je voudrais souligner que la Russie a rempli tous ses engagements.

Qu’ont fait nos partenaires américains ? Ils ont commencé à construire une usine sur le site de Savannah River. Son coût initial était de 4,86 milliards de dollars, mais ils ont dépensé près de 8 milliards de dollars, ont avancé la construction à 70% et ont ensuite gelé le projet. Mais, à notre connaissance, la demande de budget pour 2018 comprend 270 millions de dollars pour la fermeture et la mise sous cocon de cette installation. Comme d’habitude, une question se pose : où est l’argent ? Probablement volé. Ou ils ont mal calculé quelque chose lors de la planification de sa construction. De telles choses arrivent. Elles arrivent ici trop souvent. Mais cela ne nous intéresse pas, ce n’est pas notre affaire. Nous sommes intéressés par ce qui se passe avec l’uranium et le plutonium. Qu’en est-il de l’élimination du plutonium ? La dilution et le stockage géologique du plutonium sont suggérés. Mais cela contredit totalement l’esprit et la lettre de l’accord et, surtout, ne garantit pas que la dilution ne soit pas reconvertie plus tard en plutonium de qualité militaire. Tout cela est très regrettable et déroutant.

Ensuite, la Russie a ratifié le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires il y a plus de 17 ans. Les États-Unis ne l’ont pas encore fait.

Une masse critique de problèmes finissent pas s’accumuler et affecter la sécurité globale. Comme on le sait, en 2002, les États-Unis se sont retirés du Traité sur les missiles anti-balistiques. Et bien qu’ils aient été les initiateurs de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques et sur la sécurité internationale, ils ont eux-mêmes pris l’initiative de cet accord, ils ne respectent pas leurs engagements. Ils restent à ce jour le seul et le plus grand détenteur de cette forme d’arme de destruction massive. De plus, les États-Unis ont repoussé la date butoir pour l’élimination de leurs armes chimiques de 2007 à 2023. Cela ne semble pas approprié pour une nation qui prétend être une championne de la non-prolifération et du contrôle.

En Russie, au contraire, le processus s’est achevé le 27 septembre de cette année. Ce faisant, notre pays a contribué de manière significative au renforcement de la sécurité internationale. À ce propos, les médias occidentaux ont préféré garder le silence, ne pas le faire remarquer, bien qu’il y ait eu une brève mention quelque part au Canada, mais c’est tout, et depuis c’est le silence. Pendant ce temps, l’arsenal d’armes chimiques stocké par l’Union soviétique aurait suffi à détruire la vie sur la planète plusieurs fois.

Je crois qu’il est temps d’abandonner cet agenda obsolète. Je parle de ce qui a été. Sans aucun doute, nous devrions regarder vers l’avenir. Nous devons arrêter de regarder en arrière. Je parle de cela pour comprendre les origines de la situation actuelle qui se dessine.

Il est grand temps d’engager une discussion franche au sein de la communauté mondiale plutôt que de se limiter à un groupe de personnes choisies, prétendument les plus dignes et les plus avancées. Je veux parler des représentants de différents continents, traditions culturelles et historiques, de différents systèmes politiques et économiques. Dans un monde en évolution, nous ne pouvons pas nous permettre d’être inflexibles, fermés ou incapables de réagir clairement et rapidement. C’est notre responsabilité pour l’avenir – c’est ce qui devrait nous unir, surtout dans les moments actuels où tout change rapidement.

Jamais auparavant l’humanité n’a possédé un tel pouvoir comme elle l’a maintenant. Le pouvoir sur la nature, l’espace, les communications et sa propre existence. Cependant, ce pouvoir est diffus : ses éléments sont entre les mains d’États, d’entreprises, d’associations publiques et religieuses, et même de particuliers. Clairement, exploiter tous ces éléments dans une architecture unique, efficace et gérable n’est pas une tâche facile. Il faudra un travail dur et laborieux pour y parvenir. Et la Russie, je le ferai remarquer, est prête à y participer avec tous les partenaires intéressés.

Chers collègues, comment voyons-nous l’avenir de l’ordre international et du système de gouvernance mondiale ? Par exemple, en 2045, quand l’ONU marquera son centenaire ? Sa création est devenue un symbole du fait que l’humanité, malgré tout, est capable de développer des règles communes de conduite et de les suivre. Chaque fois que ces règles n’ont pas été respectées, cela a entraîné inévitablement des crises et d’autres conséquences négatives.

Cependant, au cours des dernières décennies, plusieurs tentatives ont été faites pour minimiser le rôle de cette organisation, la discréditer ou simplement en prendre le contrôle. Toutes ces tentatives ont échoué, ou ont atteint une impasse. À notre avis, l’ONU, avec sa légitimité universelle, doit rester le centre du système international. Notre objectif commun est d’accroître son autorité et son efficacité. Il n’y a pas d’alternative à l’ONU aujourd’hui.

En ce qui concerne le droit de veto au Conseil de sécurité, qui est parfois contesté, vous pouvez vous rappeler que ce mécanisme a été conçu et créé pour éviter la confrontation directe des États les plus puissants, en tant que garantie contre l’arbitraire et l’insouciance. Aucun pays, même le plus influent, ne pouvait plus donner une apparence de légitimité à ses actions agressives.

Des réformes sont nécessaires, le système des Nations Unies doit être amélioré, mais les réformes ne peuvent être que progressives et évolutives et, bien sûr, elles doivent être soutenues par l’écrasante majorité des participants au processus international au sein même de l’organisation, par un large consensus.

La garantie de l’efficacité de l’ONU réside dans sa nature représentative. La majorité absolue des États souverains du monde y est représentée. Les principes fondamentaux de l’ONU devraient être préservés pendant des années et même des décennies, car il n’existe aucune autre entité capable de refléter toute la palette de la politique internationale.

Aujourd’hui, de nouveaux centres d’influence et de nouveaux modèles de croissance émergent, des alliances civilisationnelles et des associations politiques et économiques prennent forme. Cette diversité ne se prête pas à l’unification. Nous devons donc nous efforcer d’harmoniser la coopération. Les organisations régionales d’Eurasie, d’Amérique, d’Afrique et de la région Asie-Pacifique devraient agir sous les auspices des Nations Unies et coordonner leurs travaux.

Cependant, chaque association a le droit de fonctionner selon ses propres idées et principes qui correspondent à ses spécificités culturelles, historiques et géographiques. Il est important de combiner l’interdépendance mondiale et l’ouverture avec la préservation de l’identité unique de chaque nation et de chaque région. Nous devons respecter la souveraineté comme base de tout le système des relations internationales.

Chers collègues, peu importe les hauteurs extraordinaires que la technologie peut atteindre, l’histoire est, bien sûr, faite par les humains. L’histoire est faite par les gens, avec toutes leurs forces et leurs faiblesses, leurs grandes réalisations et leurs erreurs. Nous ne pouvons qu’avoir un avenir partagé. Il ne peut pas y avoir d’avenir séparé pour nous, au moins, pas dans le monde moderne. Ainsi, la responsabilité de faire en sorte que ce monde soit libre de conflits et prospère incombe à l’ensemble de la communauté internationale.

Comme vous le savez peut-être, le 19e Festival mondial de la jeunesse et des étudiants a lieu à Sotchi. Des jeunes de dizaines de pays interagissent avec leurs pairs et discutent de sujets qui les concernent. Ils ne sont pas entravés par des différences culturelles, nationales ou politiques, et ils rêvent tous de l’avenir. Ils croient que leur vie, la vie des jeunes générations, sera meilleure, plus juste et plus sûre. Notre responsabilité aujourd’hui est de faire de notre mieux pour nous assurer que ces espoirs se réalisent.

Merci beaucoup pour votre attention.

 

Vladimir Poutine

 

D’autres discours de Vladimir Poutine: http://arretsurinfo.ch/authors/poutine-vladimir/

Note du traducteur
La fin du discours sur l’ONU est particulièrement intéressante. Vladimir Poutine parle explicitement des tentatives de prises de contrôle de cet organisme par les USA. Il parle aussi de refondre le nouvel ordre mondial, un ordre discuté par les « représentants de différents continents, traditions culturelles et historiques, systèmes politiques et économiques ». C’est l’assemblée des peuples à laquelle beaucoup aspirent et qui est tant combattue par les élites transnationales. Mais il passe aussi sous silence les tentatives de prise de contrôle plus discrètes des mondialistes comme Soros, du rôle du FMI et de ces DTS comme nouvelle monnaie de réserve mondiale. Il ne faut pas non plus perdre de vue que la Russie a, dans une certaine mesure, réussi à reprendre le contrôle d’une bonne partie de sa souveraineté et reste un exemple pour montrer que c’est possible et qu’il n’y a jamais rien d’acquis mais que c’est en même temps un processus difficile et dangereux. Dans le cadre du recouvrement de leur souveraineté par les populations occidentales et notamment européennes, la Russie et la Chine pourraient avoir leur mot à dire en refusant de collaborer avec nos élites-traîtres, les obligeant à faire monter dans l’infrastructure de décisions des leaders issus du peuple réel.

Source: http://versouvaton.blogspot.ch/2017/10/reunion-du-club-de-discussion.html

 

Que peut faire Trump ?

par Paul Craig Roberts

4 août 2017

Source : http://lesakerfrancophone.fr/que-peut-faire-trump

Source originaire : katehon

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Donald Trump, en tant que président des États-Unis, était l’espoir de l’humanité, ou bien, devrais-je dire, l’espoir de cette partie de l’humanité consciente du danger inhérent à la provocation de conflits entre puissances nucléaires.

 

Pendant deux décennies, les régimes Clinton, George W. Bush et Obama ont jeté des bâtons, des pierres et des injures à l’ours russe. Les États-Unis ont rompu l’accord de sécurité en aggravant la menace que la Russie perçoit, en menant des jeux de guerre aux frontières de ce pays, en organisant un coup d’État en Ukraine – une province qui a appartenu à la Russie pendant des siècles – et en entretenant un flot ininterrompu d’accusations fallacieuses.

Le résultat de cette politique irresponsable, inconsidérée et imprudente envers la Russie a été l’annonce par le haut commandement russe, il y a quelques semaines – ignorée par les médias américains – qu’il avait conclu que Washington préparait une attaque nucléaire surprise contre la Russie.

C’est l’événement le plus alarmant de ma vie. Maintenant que les criminels insensés de Washington ont convaincu la Russie que celle-ci est dans les plans de guerre de Washington, la Russie n’a d’autre alternative que de se préparer à frapper la première.

Pendant la Guerre froide, les deux côtés ont reçu de nombreuses fausses alarmes sur des missiles balistiques ICBM entrants, mais parce que les deux parties travaillaient à réduire les tensions, les alarmes sont restées lettres mortes. Mais aujourd’hui, alors que Washington a élevé les tensions à un tel niveau, les deux parties risquent de croire à la fausse alarme. La prochaine fausse alarme pourrait entraîner la fin de la vie sur terre, et pour cela il n’y a personne d’autre à blâmer que Washington.

L’accent que Trump a mis sur la normalisation des relations avec la Russie a été un grand soulagement pour les personnes suffisamment intelligentes pour comprendre les conséquences de la guerre nucléaire. Mais aucune de ces personnes n’est à Washington, au Parti démocrate, au Parti républicain, dans le complexe militaro-sécuritaire, ou parmi les organes de presse prostitués qui se font passer pour des médias en Amérique. Toutes ces personnes veulent détruire Trump parce qu’il veut faire la paix avec la Russie.

Sur les 535 membres de la Chambre des représentants et du Sénat, 530 ont voté à l’appui d’un projet de loi qui viole la séparation des pouvoirs et empêche le président Trump de mettre son veto aux sanctions contre la Russie. Comme le vote est tellement massif qu’il se protège du veto de la Maison Blanche [par plus des deux-tiers des votants], celle-ci a annoncé que Trump signera le projet de loi, renonçant ainsi à son objectif de restaurer des relations normales avec la Russie.

La Maison Blanche croit que, dans la mesure où le projet de loi est immunisé contre un veto, tout ce que Trump pourrait attendre, suite à un veto, est de se voir accusé d’être un agent russe qui exploite sa position pour protéger la Russie, ce qui pourrait facilement le conduire vers une procédure de destitution.

Cependant, il y a des choses que Trump pourrait faire, dans la mesure où le désamorçage de la menace que la Russie perçoit est essentiel pour éviter la guerre, il est impératif qu’il fasse tout son possible pour empêcher le complexe militaro-sécuritaire et ses larbins au Congrès et dans les médias de bloquer l’Amérique dans une impasse mortelle avec la Russie.

Comme je l’ai écrit hier, Trump pourrait porter sa cause devant le peuple américain dans un discours majeur en soulignant que le Congrès viole la séparation des pouvoirs, isole la présidence et lui interdit de réduire les tensions dangereuses que les administrations précédentes ont créées avec une puissance nucléaire de premier rang.

Trump pourrait également dire au Congrès que sa loi est inconstitutionnelle, qu’il ne signera pas et ne mettra pas son veto et, si le Congrès persiste, il le conduira à la Cour suprême.

Trump pourrait également téléphoner aux politiciens allemands et aux PDG des  entreprises qui ont dénoncé les sanctions comme illégales et destinées à servir les intérêts commerciaux américains au détriment de l’Allemagne. Il devrait leur dire de forcer Merkel à annoncer que l’Allemagne n’acceptera pas les sanctions. Les dirigeants de l’UE dénoncent également les sanctions. Trump, avec un peu d’effort, peut organiser l’opposition européenne jusqu’au point où il pourrait dire au Congrès que, en tant que président des États-Unis, il ne peut pas permettre à une collection d’imbéciles stupides – ce qu’est le Congrès – de détruire l’empire de Washington en expulsant les Européens. Si Trump peut amener les Européens à agir, il peut défaire le projet de loi, qui n’est réellement rien d’autre que le service rendu par le Congrès aux contributeurs du complexe militaro-sécuritaire et du lobby industriel de l’énergie à ses campagnes politiques.

Trump est un lutteur. Et c’est là le combat de Trump. Il a tout à gagner en relevant le défi, de même que le reste d’entre nous. Le monde entier devrait être derrière Trump car il n’y a personne d’autre pour désamorcer les tensions qui menacent d’une guerre nucléaire.

J’ai été émerveillé par la bêtise et les mensonges éhontés de la gauche progressiste libérale américaine, qui s’est rangée en bon ordre derrière les efforts du complexe militaro-sécuritaire pour abattre Trump, parce que la paix avec la Russie supprime la justification essentielle si nécessaire au gargantuesque budget et au pouvoir du complexe militaro-sécuritaire. Bien sûr, l’Amérique n’a plus de gauche. Elle a été remplacée par la politique identitaire, une création sioniste, comme l’explique Gilad Atzmon dans ses livres, qui s’avère efficace pour détruire les goyims en leur apprenant à se haïr les uns les autres. Dans la politique identitaire, tout le monde est victime des mâles hétérosexuels blancs, que les identitaires définissent comme un groupe de tarés accrocs aux armes à feu, misogynes, racistes et homophobes. Alors que les « déplorables » de Hillary ont voté pour Trump, la gauche libérale-progressiste hait Trump et apporte son aide au complexe militaro-sécuritaire pour le détruire, même au prix d’une guerre nucléaire.

Comme je l’avais prévu, Trump n’avait aucune idée de la façon de former un gouvernement qui serait à ses côtés et a évidemment complètement échoué. Il est continuellement contredit par son ambassadrice à l’ONU, son secrétaire au Département d’État, son conseiller de sécurité nationale, et son secrétaire à la Défense. Trump est seul dans son gouvernement.

Mais, il pourrait quand même se battre. S’adresser au peuple américain. Organiser les Européens en colère. Attaquer les criminels de Washington avant qu’ils ne détruisent le monde par la guerre.

Déjà au XXIe siècle, Washington a détruit tout ou partie de sept pays, envoyant des millions de réfugiés sur les routes qui, avec les immigrants revendiquant le statut de réfugié, modifient la population de l’Europe en l’effaçant de la surface du globe.

Voilà la récompense de l’Europe pour sa soumission à Washington.

Trump devrait dire à l’Europe : « Il est temps de faire savoir à Washington que vous en avez assez ! »

S’il ne se bat pas et se trouve éconduit par les imbéciles qui le conseillent dans le camp des oligarques dirigeants, Trump, afin de jouer son rôle de leadership, mènera les guerres américaines contre le monde. En tant que chef de guerre, il sera soutenu par l’oligarchie dirigeante, et la racaille des libéraux progressistes – qui auront aidé le complexe militaro-sécuritaire à vaincre l’initiative de Trump pour faire la paix avec la Russie – mais ne pourra plus s’appuyer sur rien.

Voici ma prédiction. La personnalité de Trump le pousse à être un leader. Après avoir été vaincu dans son initiative de paix par le complexe militaro-sécuritaire, les libéraux-progressistes, les démocrates corrompus, les républicains corrompus et les prostitués qui se font passer pour des médias, reprendront leur leadership par des guerres et des agressions contre des ennemis étrangers.

Trump a déjà imposé des sanctions illégales au Venezuela, dans l’espoir de renverser la démocratie vénézuélienne et de restaurer le règne de Washington à travers le petit groupe d’Espagnols de droite qui a traditionnellement dominé le pays.

La Russie et la Chine auraient eu la possibilité de venir en aide au Venezuela et empêcher le renversement du gouvernement démocratiquement élu par Washington, mais les deux pays manquaient de la vision nécessaire. Une fois que Washington aura renversé le gouvernement vénézuélien, il renversera le gouvernement en Équateur et retirera l’asile diplomatique à Julian Assange. Après que Assange, sous la torture, prétendra que WikiLeaks est une organisation russo-américaine financée par Donald Trump et Vladimir Poutine, il sera mis à mort, et la racaille américaine jubilera. Ensuite, Washington renversera la Bolivie et purgera le Brésil de tous ses dirigeants politiques qui n’émargent pas sur les fiches de paies de la CIA.

Ensuite, Washington va stigmatiser la Russie et la Chine comme des « nations hors-la-loi » et, entourées comme elles le sont par les sites de missiles nucléaires américains, Washington exigera la capitulation ou la destruction.

Tout cela semble être un fantasme, n’est-ce pas ? Mais c’est bien réel.

 

Trump’s Choices

Paul Craig Roberts

040817

Source : Katehon 040817

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Donald Trump as President of the United States was humanity’s hope, or, I should say, the hope of that part of humanity aware of the danger inherent in provoking conflict between nuclear powers. For two decades, the Clinton, George W. Bush, and Obama regimes have thrown sticks, stones, and nasty words at the Russian bear. The US has broken and withdrawn from security agreement after security agreement and has compounded the threat that Russia sees by conducting war games on Russia’s borders, staging a coup in Ukraine, a province of Russia for centuries, and by a continuous stream of false accusations against Russia.

The result of this irresponsible, thoughtless, and reckless policy toward Russia was the announcement a few weeks ago (ignored by the US media) by the Russian high command that Russian military planners have concluded that Washington is preparing a surprise nuclear attack on Russia

This is the most alarming event of my lifetime. Now that Washington’s criminally insane have convinced Russia that Russia is in Washington’s war plans, Russia has no alternative but to prepare to strike first.

During the Cold War both sides received numerous false alarms of incoming ICBMs, but because both sides were working to reduce tensions, the alarms were disbelieved. But today with Washington having raised tensions so high, both sides are likely to believe the false alarm. The next false alarm could bring the end of life on earth, and for this there is no one to be blamed but Washington.

Trump’s emphasis on normalizing relations with Russia was a great relief to people sufficiently intelligent to understand the consequences of nuclear war. But none of these people are in Washington, the Democratic Party, the Republian Party, the military/security complex, or among the presstitutes that pass for a media in America. All of these people want to destroy Trump because he wants to make peace with Russia.

Of the 535 members of the House and Senate, 530 voted in support of a bill that violates the separation of powers and prevents President Trump from removing sanctions on Russia. As the vote is so over-whelming that it is veto proof, the White House has announced that Trump will sign the bill, thus surrendering and giving up on his goal of restoring normal relations with Russia.

The White House believes that as the bill is veto proof, all that Trump could achieve by a veto is to prove the charges that he is a Russian agent and is using his office to protect Russia, and this could easily be turned into an impeachment proceeding.

However, there are things Trump could do, and since defusing the threat that Russia sees is essential to the avoidance of war, it is imperative that Trump do everything he can to prevent the military/security complex and its servants in Congress and the media from locking America into deadly conflict with Russia.

As I wrote yesterday (http://www.paulcraigroberts.org/2017/07/31/witch-hunt-donald-trump-surpasses-salem-witch-trials-1692-93/), Trump could take his case to the American people in a major speech and point out that Congress is violating the separation of powers, hamstringing the power of the presidency, and making it illegal for him to reduce the dangerous tensions that previous administrations have created with a major nuclear power.

Trump could also tell Congress that their law is unconstitutional and that he won’t sign or veto the bill, and if Congress persists he will take it to the Supreme Court.

Trump could also get on the telephone with the German politicians and corporate CEOs who have denounced the sanctions as illegal and intended to serve US business interests at the expense of Germany. He should tell them to force Merkel to announce that Germany will not accept the sanctions. The EU leadership also denounces the sanctions. Trump, with a little effort, can organize so much European opposition that he can tell Congress that as the President of the United States he cannot permit a collection of mindless morons, which is what Congres is, to destroy Washington’s empire by driving Europeans out of it. If Trump can get the Europeans to act, he can defeat the bill, which is really nothing but Congress’ service to its political campaign contributors in the military/security complex and the US energy industry.

Trump is a fighter. And this is Trump’s fight. He has everything to gain by rising to the challenge, and so do the rest of us. The entire world should get behind Trump as there is no one else to defuse the tensions that are leading to nuclear war.

I have been amazed at the stupidity and mendacity of the American liberal-progressive-left, who have fallen in line with the military/security complex’s effort to destroy Trump, because peace with Russia takes away the orchestrated enemy so essential to the budget and power of the military/security complex. Of course, America no longer has a left. The left has been displaced by Identity Politics, a Zionist creation, as Gilad Atzmon explains in his books, that is proving effective in destroying the goyim by teaching them to hate one another. In Identity Politics, everyone is the victim of white heterosexual males, whom Identity Politics defines as misogynist, racist, homophobic gun nuts—Hillary’s “Trump deplorables.” As the “deplorables” voted for Trump, the liberal-progressive-left hate Trump and are helping the military/security complex destroy him even it it means nuclear war.

As I predicted would be the case, Trump had no idea how to appoint a government that would be on his side, and obviously failed completely. He is continually contradicted by his UN ambassador, his Seretary of State, his National Security Advisor, his Secretary of Defense. Trump is alone in his government.

So, he might as well fight. Address the American people. Organize the angry Europeans. Take the fight to criminally insane Washington before the criminals destroy the world in war.

Already in the 21st century Washington has destroyed in whole or part seven countries, producing millions of refugees who, together with immigrants claiming refugee status, are altering the populations of European countries and wipng Europe off of the face of the earth. http://www.paulcraigroberts.org/2017/07/30/europe-is-history/

This is Europe’s reward for being Washington’s vassal.

Trump should say to Europe: “It is time to tell Washington that you have had enough!”

If Trump doesn’t fight and is led away by the morons advising him into the camp of the ruling oligarchs, Trump, in order to perform in a leadership role will lead American wars against the world. As a war leader he will be supported by the ruling oligarchy, and the dumbshit liberal-progressives, having helped the military/security complex defeat Trump’s initiative for peace with Russia, will have not a leg to stand on.

Here is my prediction. Trump’s personality compells him to be a leader. Trump, having been defeated in his peace initiative by the military/security complex, the liberal-progressive-left, the corrupt Democrats, the corrupt Republicans, and the whores who pass for a media will regain leadership via wars and aggression against foreign enemies.

Trump has already put illegal sanctions on Venezuela, hoping to overthrow Venezuelian democracy and restore Washington’s rule through the small group of right-wing Spanish who have traditionally dominated Venezuela.

Russia and China had a chance to come to Venezuela’s aid and to prevent the coming overthrow of the democratically elected government by Washington, but both countries lacked the necessary vision. Once Washington overthrows the Venezuelan government, Washington will overthrow the government in Ecuador and have Julian Assange’s diplomatic asylum revoked. Once Assange is tortured into claiming that Wikileaks is a Russian/American oganization financed by Donald Trump and Vladimir Putin, Assange will be put to death, and the dumbshit Americans will cheer. Then Washington will overthrow Bolivia and have a purge conducted in Brazil against all political leaders who are not on the CIA’s payroll.

Then Washington will brand Russia and China “outlaw nations” and surrounded as they will be with US nuclear missiles and ABM sites, Washington will demand surrender or destruction.

It all seems a fantasy, doesn’t it. But it is very real.

 

L’application extraterritoriale de lois américaines est incontestablement une violation du droit international

par Alfred de Zayas*

Horizons et débats

Edition française du journal Zeit-Fragen

Zurich

7 août 2017

 

Il est compréhensible que l’Allemagne et la France s’indignent des sanctions des Etats-Unis à l’égard de la Russie, car cette fois, il ne s’agit pas seulement de «morale», c’est-à-dire de la morale néolibérale, ou de l’intégrité territoriale de l’Ukraine ou de l’«autodétermination» du peuple de la Crimée mais de l’industrie américaine, du commerce et donc de beaucoup d’argent. Si les sanctions américaines entrent en vigueur en tant que telles, elles violent bien évidemment le droit international et sont incompatibles avec le droit international coutumier, le libre-échange, la Charte des Nations Unies, les dispositions de l’Organisation mondiale du commerce et plusieurs résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies, notamment la Résolution 2625.

 

Hélas, le président américain vient de signer la loi du Congrès américain et n’a pas osé opposer son veto. En effet, le Congrès américain l’a humilié avec un vote qui, concrètement, lui enlève sa compétence constitutionnelle pour gérer la politique extérieure des Etats-Unis. C’est pourquoi les responsables politiques européens doivent se mettre d’accord sur un «plan B», et prendre des mesures de rétorsion.

 

On se rend compte que les sanctions sont très bénéfiques aux sociétés américaines et très préjudiciables aux sociétés européennes, notamment aux entreprises allemandes et européennes en relation avec les réseaux de gazoduc, etc. A ces préoccupations économiques et commerciales, s’ajoute le fait que l’application extraterritoriale de lois américaines viole incontestablement le droit international ce qu’une juridiction internationale constaterait rapidement. Il faut s’adresser aux diverses instances de l’ONU – entre autres à la Cour internationale de justice de La Haye – tant dans le domaine de sa compétence à trouver des réponses aux litiges internationaux que dans celui relevant de sa fonction d’établir des expertises juridiques. Il est également possible de s’adresser à la Cour d’arbitrage permanente aussi à La Haye, à l’Organisation mondiale du commerce à Genève, etc.

 

En outre, s’y ajoutent de sérieux problèmes relevant des principes des droits de l’homme. En 2000 déjà, l’ONU a condamné toutes sanctions unilatérales dans un long rapport de l’ancienne Commission des droits de l’homme. Depuis 2014, il existe un Rapporteur spécial des Nations Unies pour les sanctions unilatérales, M. Idriss Jazairy, ayant mis en évidence les conséquences relevant des droits de l’homme dans plusieurs rapports. Il ne s’agit non seulement de violations du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, mais aussi d’articles de la Convention européenne des droits de l’homme.

 

Par ailleurs, les sanctions américaines n’ont aucune légitimité. Où sont les «preuves» de la violation du droit international par la Russie pouvant justifier ce type de sanctions? En réalité, les sanctions constituent un prétexte, une mascarade pour imposer les intérêts économiques des Etats-Unis. Il ne suffit pas d’affirmer la souveraineté et l’autodétermination des Etats européens, il faut également les défendre activement.

 

*    Alfred de Zayas est Expert indépendant des Nations Unies pour la promotion d’un ordre international démocratique et équitable.

Les nouvelles sanctions américaines contre la Russie : Une erreur stratégique

par Moon of Alabama

6 août 2017

Source: http://arretsurinfo.ch/les-nouvelles-sanctions-americaines-contre-la-russie-une-erreur-strategique/

Source originaire : http://www.moonofalabama.org/2017/08/sanctions-against-russia-are-a-failure-of-us-strategy.html

 

 

Récemment, le congrès américain a voté des sanctions contre la Fédération de Russie au motif de son ingérence présumée, mais absolument pas prouvée, dans les élections présidentielles américaines. Le vote a été quasi unanime.

Le président Trump a signé le décret. C’est une grossière erreur. Il aurait dû opposer son veto, même si cela n’aurait probablement rien changé. En signant la loi, Trump a renoncé à sa position de relative neutralité envers la Russie. Sans aucun bénéfice.

Les sanctions du Congrès sont presque toujours éternelles. L’amendement de Jackson-Vanik de 1974 a limité le commerce avec le « bloc communiste ». Il était censé favoriser l’émigration des Juifs d’Union Soviétique vers Israël. Mais la loi et ses sanctions économiques ont été maintenues après l’effondrement de l’Union soviétique début 1990, après la disparition du « bloc communiste », et longtemps après la levée de toutes les limitations à l’émigration. L’amendement n’a été abrogé qu’en 2012 et seulement pour être immédiatement remplacé par la ridicule loi Magnitsky qui a immédiatement établi une nouvelle série de sanctions contre la Fédération de Russie et ses intérêts.

C’est pour des raisons de politique intérieure que des sanctions comme l’amendement Jackson-Vanik et la loi Magnitsky ont été votées. La Russie n’aurait rien pu faire pour les éviter, ni pour les faire lever.

Les nouvelles sanctions américaines ne sont pas seulement dirigées contre la Russie, mais contre toutesles entreprises et les nations qui coopèrent avec la Russie en matière d’énergie. C’est une tentative cousue de fil blanc pour obliger les pays européens à acheter le gaz naturel liquéfié américain, qui coûte cher, à la place du gaz russe bon marché livré par pipelines. L’objectif immédiat est le pipeline Nord Stream 2, entre la Russie et l’Allemagne, qui traverse la mer Baltique pour éviter les points de potentiels conflits en Europe de l’Est. Les sanctions constituent une menace pour l’indépendance de la politique énergétique allemande. (Les autres partenaires du pipeline sont l’Autriche, la France et les Pays-Bas.) En conséquence, pour 35% des Allemands les États-Unis sont devenus la « principale menace pour le pays ». La Russie est considérée comme telle par seulement 33% des Allemands. Cette vision correspond à la perception générale dans le monde.

Ces sanctions façonneront la relation entre les États-Unis et la Russie pour les 30 prochaines années et plus. Le 2 août, le Premier ministre russe Medvedev a dit que la faiblesse du président Trump était la principale cause de ces sanctions :

Le fait que le Président des États-Unis ait signé cette série de nouvelles sanctions contre la Russie ne sera pas sans conséquences. D’abord, il met fin à l’espoir d’améliorer nos relations avec la nouvelle administration américaine. Deuxièmement, c’est une déclaration de guerre économique totale contre la Russie. Troisièmement, l’administration Trump a montré sa grande faiblesse en remettant le pouvoir exécutif au Congrès de cette manière très humiliante. Cela modifie l’équilibre du pouvoir dans les milieux politiques américains.

Qu’est-ce que tout cela signifie pour eux ? L’établissement américain a complètement triomphé de Trump ; Le président ne voulait pas des nouvelles sanctions, mais il a été obligé de signer la loi. Les nouvelles sanctions ont pour objet principal de fragiliser Trump. Ce n’est qu’une étape, le but est de l’éliminer du pouvoir. Tout acteur qui ne joue pas le jeu du système doit être supprimé. Les intérêts du monde des affaires américain sont passés à la trappe, la politique prend le pas sur le pragmatisme. L’hystérie anti-russe est devenue un élément clé de la politique étrangère des États-Unis (ce n’est pas nouveau) et de la politique intérieure (ça, c’est nouveau).

Rappelez-vous que Medvedev, en tant que leader russe, était depuis longtemps l’espoir de l’élite américaine qui le croyait plus influençable que le président russe Poutine. Medvedev pourrait bien redevenir à nouveau président. Mais aucun média américain, sauf le New York Post, n’a fait attention à sa déclaration. Cela est en soi étonnant et inquiétant. Personne aux États-Unis n’est-il capable de voir où tout cela mène ? Voilà les prédictions de Medvedev :

Le régime des sanctions a été codifié et restera en vigueur pendant des décennies, à moins d’un miracle. […] [Les relations entre la Russie et les États-Unis seront extrêmement tendues, indépendamment de la couleur politique du Congrès et quel que soit le président. Il va y avoir d’interminables arguties dans les organes et tribunaux internationaux, ainsi qu’une augmentation des tensions internationales et un refus de régler de graves problèmes internationaux.

Sur le plan économique et politique, la Russie a les capacités de faire face à ces sanctions, a dit Medvedev. Mais les États-Unis l’ont-ils ?

Pour maintenir leur suprématie sur la planète, les États-Unis doivent empêcher une alliance euro-asiatique, notamment entre la Russie et la Chine. Dans sa dernière contribution au « grand échiquier », Vers un réalignement mondial, le stratège américain Zbigniew Brzezinski – impitoyable, amoral et talentueux – affirme :

Il appartient aux États-Unis de mettre en place une politique dans laquelle au moins l’un des deux États potentiellement menaçants deviendrait un partenaire dans la quête d’une stabilité mondiale d’abord régionale puis plus large ; cela permettrait de contenir le rival le moins prévisible mais sans doute aussi le plus important à maîtriser. Actuellement le rival le plus important à contenir est la Russie, mais à plus long terme, ce pourrait être la Chine.

L’élite de la politique étrangère des États-Unis a déclaré la guerre à la Russie. La position de confrontation envers la Chine, qui était en vogue sous Obama, a clairement évolué. On ne parle plus du « pivot vers l’Asie » de Hillary Clinton / Barack Obama. L’accord anti-chinois de partenariat Trans Pacific a été annulé. Les provocations militaires contre la Chine au sud de la mer de la Chine ont été réduites et remplacées par des provocations continuelles contre la Russie en Europe de l’Est. Ces mesures sont conformes à la stratégie élaborée par Brzezinski.

La Russie a prouvé au cours de l’histoire qu’elle savait faire preuve d’imagination dans sa politique. Elle est extrêmement résistante à la pression. Avec les États-Unis dans une position moins hostile contre la Chine, Béhémoth va poursuivre sans relâche ses propres objectifs. La Russie sera bientôt l’une des principales sources chinoises d’énergie fossile et d’autres produits de base. Dans un tel contexte, il n’y a aucune raison majeure pour que la Chine et la Russie ne s’accordent pas. Il n’y aura pas de rupture russo-chinoise. Les principaux pays européens résisteront aux pressions qui mettent en danger leurs économies.

Brzezinski est aveuglé par sa haine de la Russie. (Il vient d’une famille galicio-polonaise de la petite noblesse). Sa stratégie est erronée car elle permet à la Chine d’établir sa suprématie. Même dans le cadre de la stratégie de Brzezinski, une alliance russo-européo-étatsunienne contre la poursuite chinoise de l’hégémonie aurait été ce qu’il y a de plus logique.

La stratégie d’Hillary Clinton d’accuser la Russie du fait qu’elle n’était pas populaire et qu’elle a échoué aux élections, aboutit maintenant à un échec majeur de la stratégie globale américaine. Si la Maison Blanche avait eu une vision et un projet politique, cela ne se serait pas passé comme ça, mais ce n’est pas le cas (pour l’instant) sous l’ère Trump.

Je ne vois pas comment cette stratégie, maintenant scellée dans le marbre par les sanctions du Congrès, pourra jamais apporter le moindre bénéfice aux États-Unis, au niveau mondial.

 

Une guerre majeure au Moyen-Orient est désormais plus probable que jamais

Shahir Shahidsaless

28 juin 2017

Source : http://arretsurinfo.ch/une-guerre-majeure-au-moyen-orient-est-desormais-plus-probable-que-jamais/

Source originaire : http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/une-guerre-majeure-au-moyen-orient-est-d-sormais-plus-probable-que-jamais-754289859?hash=21938f91-6bb4-43ab-8e45-0bdd77f15512&utm_medium=social&utm_source=facebook

 

La confrontation croissante entre les États-Unis et la Russie dans l’est de la Syrie, à laquelle s’ajoute l’escalade des tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran, pourrait déborder et se transformer en conflit

La situation en Syrie et dans la région du golfe Persique menace de dégénérer en un conflit régional et peut-être même mondial.

Suite à l’épisode de l’avion militaire syrien abattu par un avion de chasse de l’US Navy le 18 juin, les tensions entre les États-Unis et la Russie se sont considérablement intensifiées.

En réponse, le ministère russe de la Défense a publié une déclaration dans laquelle il a averti qu’il traquerait comme des cibles les avions et les drones de la coalition internationale trouvés en mission à l’ouest de l’Euphrate. Les Russes ont également suspendu brusquement une ligne directe établie avec Washington dans le but d’éviter les collisions entre les forces russes et américaines en Syrie, bien que les responsables américains aient déclaré depuis que la ligne directe était toujours utilisée.

En l’absence de collaboration entre les États-Unis et la Russie et dans un environnement hostile entre les deux puissances, le Moyen-Orient pourrait sombrer dans un véritable enfer

Le 19 juin, un avion de reconnaissance américain a été intercepté par un chasseur russe au-dessus de la mer Baltique. Selon des responsables américains du Commandement des forces des États-Unis en Europe, les deux avions ne se trouvaient qu’à quelques dizaines de centimètres de distance à certains moments.

Lors d’un autre incident potentiellement dangereux, le 21 juin, un avion de guerre de l’OTAN s’est approché de l’avion russe qui transportait le ministre de la Défense Sergueï Choïgou au-dessus la mer Baltique. Un chasseur d’escorte Su-27 russe est apparu et a incliné ses ailes pour montrer ses armes, suite à quoi l’avion intrus de l’OTAN s’est éloigné.

La veille, le 20 juin, un chasseur américain avait abattu un drone de fabrication iranienne dans le ciel syrien.

À la suite de l’évolution récente des relations entre les États-Unis et l’Iran, les tirs contre l’avion de guerre syrien et le drone iranien ont considérablement accru les tensions entre les États-Unis et l’Iran, des tensions susceptibles d’engendrer un conflit plus large.

Une guerre des mots

La rhétorique des dirigeants américains et iraniens est également montée d’un cran. Tout d’abord, le 14 juin, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson a appelé à un changement de régime en Iran. Il a déclaré à la Commission des relations extérieures de la Chambre des représentants que l’Iran déstabilisait la région et il a promis que les États-Unis soutiendraient « ces éléments au sein de la République islamique qui provoqueraient une transition gouvernementale pacifique ».

En réponse, le dirigeant iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a fustigé le gouvernement américain dans un discours enflammé : « Les dirigeants américains ne connaissent pas la nation iranienne […] Les nouveaux dirigeants de la Maison-Blanche sont comme des hooligans naissants qui font peur aux gens en brandissant leur couteau jusqu’à ce que quelqu’un les frappe au visage et les remette à leur place. »

Se référant à la déclaration de Tillerson, Khamenei a noté : « Ils disent qu’ils veulent changer l’establishment de la République islamique. Eh bien, à quel moment ne l’avez-vous pas voulu ? Vous l’avez toujours voulu et vous avez toujours échoué et mordu la poussière ; et ce sera comme cela à partir de maintenant. »

« Chaque fois que nous avons de multiples forces armées travaillant sur le même champ de bataille sans désescalade, il existe un danger de voir les choses échapper à tout contrôle »

– Douglas E. Lute, général américain à la retraite

Il y a aussi un nouveau front, entre les intermédiaires iraniens et russes en Syrie d’un côté et les États-Unis et leurs forces alliées de l’autre, portant sur le contrôle du sud-est de la Syrie, une zone proche de la frontière irakienne où se situe la route principale entre Damas et Bagdad. Cet itinéraire est d’une importance stratégique pour l’Iran dans la mesure où il relie la Syrie à l’Irak mais aussi à l’Iran, plus à l’est. Le contrôle de cette route permettrait à Téhéran de se connecter à son principal allié dans la région, le Hezbollah libanais, via la Syrie.

Les Américains ont l’intention de prendre le contrôle de l’est de la Syrie puisque, comme l’a expliqué le New York Times, « les questions qui seront vraiment en jeu [après la défaite de l’État islamique] seront encore plus importantes. Le gouvernement syrien rétablira-t-il son contrôle sur le pays jusqu’à ses frontières orientales ? Le désert à cheval sur la frontière syro-irakienne restera-t-il un no man’s land prêt à finir sous le contrôle de milices ? Autrement, qui dominera cette zone ? Des forces alignées avec l’Iran, la Russie ou les États-Unis ? Quelles factions syriennes exerceront le plus d’influence ? »

Le New York Times note qu’« avec toutes ces forces sur une trajectoire de collision, plusieurs escalades récentes ont soulevé des craintes quant à une confrontation directe entre les États-Unis et l’Iran ou même la Russie ».

Cette situation mène tout droit à la guerre. Selon Douglas E. Lute, général trois étoiles à la retraite qui était le représentant américain à l’OTAN jusqu’en janvier, « chaque fois que nous avons de multiples forces armées travaillant sur le même champ de bataille sans désescalade, il existe un danger de voir les choses échapper à tout contrôle. […] Les incidents tactiques sur le terrain ou dans l’air au-dessus de la Syrie peuvent être mal interprétés et entraîner des erreurs de calcul. » Comme le soutient un expert en relations internationales, « des guerres peuvent se produire sans erreur de perception, mais cela est rare ».

 

Le discours de guerre du prince héritier

Ce qui aggrave la situation, c’est l’hostilité toujours croissante entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Le 7 juin, des terroristes ont lancé des attaques contre le parlement iranien et le mausolée de l’ancien guide suprême du pays, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, suite à des menaces explicites prononcées début mai par le prince saoudien Mohammed ben Salmane.

« Nous n’attendrons pas que les combats arrivent en Arabie saoudite. Nous ferons plutôt en sorte que la bataille soit dans leur camp, en Iran », a déclaré Mohammed ben Salmane. Les responsables du gouvernement iranien, leur dirigeant en tête, n’ont pas exprimé de doute quant au fait que les Saoudiens étaient à l’origine des attentats terroristes.

Le 9 juin 2017, des funérailles sont organisées en l’honneur des victimes des attentats du 7 juin à Téhéran (AFP)

Mohammed ben Salmane est l’architecte de la nouvelle politique étrangère saoudienne ouvertement agressive envers Téhéran. Le 21 juin, il a été nommé nouveau prince héritier d’Arabie saoudite, ce qui le place en première position dans l’ordre de succession au trône. Ce novice de la politique, qui fêtera ses 32 ans en août, mène la barque de la politique étrangère du royaume. Il conservera son poste de ministre de la Défense et supervisera les réformes économiques saoudiennes, notamment dans le secteur pétrolier.

Alors que les Israéliens ont salué cette nomination, parlant de « bonne nouvelle pour Israël et les États-Unis », Daniel B. Shapiro, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël, l’a jugée « dangereuse » par rapport à l’Iran. La nomination de Mohammed ben Salmane au poste de prince héritier renforce encore plus la probabilité d’un conflit irano-saoudien.

Mohammed ben Salmane est l’architecte de la nouvelle politique étrangère saoudienne ouvertement agressive envers Téhéran

La liste des conditions présentées au Qatar le 23 juin afin de lever les sanctions imposées par le bloc dirigé par l’Arabie saoudite offre au monde extérieur un premier aperçu de la politique étrangère dangereuse du dirigeant de facto nouvellement élu de l’Arabie saoudite.

Selon Associated Press, la liste énonce treize conditions, dont la fermeture du diffuseur Al Jazeera financé par le Qatar et d’une base militaire turque, ainsi que la restriction de toutes les relations diplomatiques avec l’Iran.

De nombreux observateurs soutiennent que la réduction des liens avec l’Iran est un point essentiel de la liste. Ces exigences constituent une violation complète des normes internationales, en premier lieu de la souveraineté des États. Des demandes de cette nature n’ont même pas été imposées au dictateur irakien Saddam Hussein après la défaite de l’Irak lors de la guerre du Golfe en 1991.

La promesse oubliée de Trump

Dans ce contexte périlleux, aucune partie n’affiche une intention d’apaiser les tensions, en particulier les deux superpuissances nucléaires. Au cours de la campagne électorale de Donald Trump, le candidat républicain a fait naître l’espoir d’une recherche par les États-Unis d’une coopération avec Moscou sur des questions d’ordre mondial.

À LIRE : Le bûcher des vanités : les injonctions saoudiennes exposent la peur et la haine du Qatar

Beaucoup espéraient la formation d’une alliance entre les deux puissances pour déloger l’État islamique en Syrie et mettre un terme à la catastrophe humanitaire qui se poursuit dans le pays. Avec la coopération entre les États-Unis et la Russie, on espérait voir l’état hobbesien de « guerre de tous contre tous » en Syrie prendre fin et les deux principaux rivaux dans la région, l’Iran et l’Arabie saoudite, se réconcilier.

Lors de sa première conférence de presse après son élection, Trump avait déclaré à plusieurs reprises que ce serait « positif », « bien » et même « génial » si « [son pays pouvait s’]entendre avec la Russie ».

En l’absence de collaboration entre les États-Unis et la Russie et dans un environnement hostile entre les deux puissances, le Moyen-Orient pourrait sombrer dans un véritable enfer à la suite d’une guerre de grande ampleur.

 

– Shahir Shahidsaless est un analyste politique et journaliste indépendant irano-canadien qui écrit sur les affaires intérieures et étrangères de l’Iran, le Moyen-Orient et la politique étrangère américaine dans la région. Il est coauteur de l’ouvrage Iran and the United States: An Insider’s View on the Failed Past and the Road to Peace. Il contribue à plusieurs sites consacrés au Moyen-Orient ainsi qu’au Huffington Post. Il écrit également de façon régulière pour BBC Persian. Vous pouvez le contacter à l’adresse shahir.shahidsaless@gmail.com ou le suivre sur Twitter : @SShahisaless.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

 

Escalade du risque de confrontation entre les États-Unis et la Russie en Syrie

par Bill Van Auken

20 juin 2017

Source : http://arretsurinfo.ch/escalade-du-risque-de-confrontation-entre-les-etats-unis-et-la-russie-en-syrie/

Source originaire : https://www.wsws.org/fr/articles/2017/jui2017/syri-j21.shtml

 

Évoquant le spectre d’un conflit syrien qui évoluerait en une confrontation entre les deux puissances nucléaires majeures du monde, le ministère russe de la défense a émis lundi un avertissement selon lequel il traiterait comme une cible hostile tout avion américain ou allié opérant dans l’ouest de la Syrie, où sont installées les propres forces de Moscou, ainsi que celles du gouvernement.

L’avertissement russe était une réponse à la destruction en vol d’un avion de la force aérienne syrienne dimanche par un avion de chasse de la Marine américaine au-dessus du nord de la Syrie, où les forces de l’armée américaines soutenues par des milices kurdes avancent vers la ville de Raqqa tenue par l’ÉI.

L’incident de dimanche marque la première fois qu’un avion de guerre américain abat un avion syrien sur son propre territoire et représente une escalade majeure dans la guerre de six ans pour le changement de régime, orchestrée par les États-Unis. Le pilote syrien, qu’on a vu descendre en parachute dans une zone contrôlée par l’État islamique (ÉI), manque toujours.

« Dans les régions où la Force aérienne russe effectue des opérations au-dessus de la Syrie, tous les objets volants – y compris les avions et les drones de la coalition internationale – découverts à l’ouest du fleuve Euphrate seront traités comme des cibles aériennes et traqués par les systèmes de défense terrestres ou aériens », a averti le ministère russe de la défense.

Le vice-ministre des Affaires étrangères de Russie, Sergei Ryabkov, a qualifié l’attaque des États-Unis contre l’avion syrien d’« acte d’agression et une violation directe du droit international ».

Moscou a également indiqué qu’il avait coupé un téléphone rouge de « déconflixion » avec le Pentagone, utilisé pour prévenir les affrontements involontaires entre les avions de chasse américains et russes au-dessus de la Syrie.

Washington a émis une série de réponses contradictoires aux avertissements de la Russie. Le président des Chefs d’état-major de l’armée américaine, Joseph Dunford, a déclaré aux médias que le Pentagone œuvrerait « diplomatiquement et militairement dans les prochaines heures pour rétablir la déconflixion ». Quand on lui a demandé s’il était préoccupé pour la sécurité des pilotes américains volant au-dessus de la Syrie après l’avertissement russe, le général a répondu qu’il était confiant que « nos forces ont la capacité de se défendre ».

Lors d’une bizarre conférence de presse à la Maison Blanche lundi où les journalistes ont été empêchés de filmer ou d’enregistrer les réponses à leurs questions, le secrétaire de la Maison Blanche à la presse, Sean Spicer, a déclaré que Washington « fera tout [son] possible pour protéger [ses] intérêts » en Syrie, ajoutant : « Nous conserverons toujours le droit de légitime défense. »

Seule la logique perverse de la poussée impérialiste des États-Unis pour l’hégémonie au Moyen-Orient et dans le monde entier peut expliquer l’invocation de la « légitime défense » pour les actions prises par les forces militaires américaines en abattant un avion volant au-dessus de son propre territoire.

La destruction de l’avion syrien fait suite à une série d’actes d’agression américains contre les forces gouvernementales syriennes. En septembre dernier, les raids aériens menés par les États-Unis ont tué ou blessé jusqu’à 200 soldats syriens dans la province orientale de Deir el-Zour. Alors que le Pentagone a ensuite affirmé que l’attaque était une « erreur regrettable », il fournissait un soutien aérien aux combattants de l’ÉI pour envahir un poste du gouvernement syrien.

Puis, en avril, les États-Unis ont fait pleuvoir 50 missiles de croisière sur la base aérienne al-Shayrat de la Syrie, apparemment en réponse à une prétendue attaque au gaz qui avait toutes les marques d’une provocation de la CIA.

Au cours du mois dernier, le Pentagone a mené trois attaques aériennes distinctes sur des forces pro-gouvernementales qui se seraient approchées d’une base désertique près du passage frontalier syrien d’al-Tanf au sud-est avec l’Irak, où 150 soldats des forces spéciales américaines entraînent les soi-disant « rebelles » pour poursuivre la guerre pour un changement de régime contre le gouvernement à Damas.

À chaque nouvelle attaque, il devient de plus en plus clair que la prétendue campagne anti-ÉI menée par les forces dirigées par les États-Unis est une couverture pour une intervention militaire américaine visant à garantir les objectifs de la guerre qui dure depuis six ans pour obtenir le changement de régime en Syrie, le renversement du gouvernement Assad et l’imposition d’un régime fantoche américain. À cette fin, le Pentagone est déterminé à ce que le territoire arraché à l’ÉI reste sous son contrôle plutôt que sous celui du gouvernement syrien. Les affrontements qui ont mené à la destruction de l’avion syrien sont liés à cette ruée sur les territoires.

La campagne en Syrie fait partie d’une poussée des États-Unis vers la guerre avec l’Iran qui a été expliquée par le président américain Donald Trump lors de son voyage le mois dernier dans les deux principaux ennemis régionaux de Téhéran, l’Arabie Saoudite et Israël. Le tournant de l’administration Trump vers une attitude ouvertement agressive envers Téhéran a permis de déstabiliser davantage toute la région, où la monarchie saoudienne, soutenue par l’Égypte et les Émirats arabes unis, impose un blocus total qui équivaut à une guerre contre le Qatar. Ce dernier pays, abrite le siège du Commandement central avancé des États-Unis, alors qu’il dépend en même temps des recettes provenant d’un énorme champ gazier qu’il partage avec l’Iran.

La menace d’une guerre plus large a été soulignée par une attaque iranienne de missiles dirigée contre des cibles de l’ÉI dans la ville syrienne orientale de Deir el-Zour. Les missiles ont été lancés depuis l’ouest de l’Iran, à environ 595 kilomètres de là, sur le territoire de l’Irak, dont le gouvernement a autorisé l’attaque.

Alors que Téhéran a justifié les frappes des missiles comme des représailles aux attentats terroristes au début de ce mois, revendiqués par l’ÉI, où 18 Iraniens ont été tués et plus de 50 blessés, les autorités iraniennes ont clairement indiqué qu’elles avaient pour but d’envoyer un avertissement plus large.

« Les Saoudiens et les Américains sont en particulier les destinataires de ce message », a déclaré le général Ramazan Sharif, du Corps de la Garde révolutionnaire iranienne. « C’est évident et clair, certains pays réactionnaires de la région, en particulier l’Arabie saoudite, avaient annoncé qu’ils essayaient d’introduire de l’insécurité en Iran ». Téhéran a déclaré que les Saoudiens étaient derrière les attentats terroristes. La Maison-Blanche de Trump, quant à elle, a publié une déclaration accusant essentiellement le gouvernement iranien d’avoir attiré la terreur contre lui-même.

La menace que l’intervention des États-Unis en Syrie puisse éclater en une guerre régionale et même mondiale est exacerbée par le fait que l’administration de Trump cède aux huiles de l’armée américaine pratiquement toutes les décisions concernant les multiples guerres de Washington, de l’Irak et la Syrie à l’Afghanistan et au-delà. Le nombre de soldats impliqués, les règles d’engagement et d’autres politiques essentielles sont fixés par une cabale de généraux en service actif et récemment retraités, y compris le secrétaire de la Défense James Mad Dog (chien enragé) Mattis et le conseiller de Trump à la sécurité nationale, le général H.R. McMaster, ainsi que les commandants sur le terrain.

Des sections de l’armée ont amèrement ressenti le fait que l’administration Obama se soit retirée d’une guerre planifiée contre la Syrie en 2013, alors que face à une hostilité populaire accablante à une autre guerre au Moyen-Orient et à des divisions profondes dans l’establishment de la politique étrangère, Washington s’est limité a un accord négocié par la Russie pour détruire les armes chimiques de la Syrie. Depuis lors, le soutien de la Russie et de l’Iran a permis au gouvernement syrien de repousser les milices islamistes soutenues par la CIA et de reprendre la quasi-totalité des principaux centres de population du pays.

Inverser ces avancées est essentiel pour que les États-Unis affirment sa position dominante sur le Moyen-Orient riche en pétrole. Il ne fait aucun doute qu’il y a des huiles de l’armée des États-Unis qui souhaiteraient une confrontation avec l’Iran et même la Russie pour atteindre cet objectif, quelle que soit la menace d’une guerre plus large et potentiellement catastrophique dans le monde.

Fait significatif, lorsque les journalistes ont demandé au général Dunford lundi qui avait donné l’autorisation à l’armée américaine de mener des actions armées contre le gouvernement de la Syrie, le président des Chefs d’état-major de l’armée américaine a cité la Loi sur l’autorisation de l’utilisation de la force militaire adoptée par le Congrès à la suite des attaques du onze septembre 2001, il y a près de 16 ans.

Il n’y a pas eu de débat, et encore moins de vote, au sein du Congrès des États-Unis autorisant une guerre contre la Syrie. Les démocrates n’ont pas soulevé d’opposition à Trump en donnant toute latitude aux généraux et ont poussé politiquement la campagne de propagande anti-Russie hystérique qui ouvre la voie à la confrontation militaire.