Ce que Poutine n’est pas

Diaboliser à tort le leader de la Russie rend la nouvelle guerre froide encore plus dangereuse.

par Stephen F. Cohen (*)

20 septembre 2018

Source : http://lesakerfrancophone.fr/ce-que-poutine-nest-pas

Source originaire : The Nation

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

StephenFCohen_small1

Depuis une bonne dizaine d’années, l’attitude des USA à l’égard de la Russie a été dominée et empoisonnée par le spectre du méchant Poutine. De tous les politiciens américains d’envergure, Henry Kissinger a eu le mérite de mettre en garde contre cette image très déformée de celui qui dirige la Russie depuis l’an 2000 : « La diabolisation de Vladimir Poutine ne constitue pas une politique. Elle n’est qu’un alibi pour justifier une absence de politique. »

Mais Kissinger se trompait lui aussi. Washington a mis en œuvre de nombreuses politiques fortement imprégnées par la diabolisation de Poutine – un dénigrement de la personne qui va bien au-delà de tout ce qui a été pratiqué à l’égard des derniers dirigeants de la Russie soviétique. Ces politiques vont des critiques croissantes du début des années 2000 aux guerres par procuration qui ont eu pour théâtre la Géorgie, l’Ukraine, la Syrie, pour inclure finalement, dans notre pays, les allégations portant sur l’affaire du Russiagate. En fait, les maîtres de notre politique ont adopté l’ancienne formule du défunt sénateur John McCain, comme élément central d’une nouvelle guerre froide, qui est encore plus dangereuse que l’ancienne : « Apparatchik du KGB, Poutine est une réincarnation de l’impérialisme russe… Son univers est brutal et cynique… Nous devons empêcher que la noirceur du monde de Monsieur Poutine ne s’étende à une plus grande partie du monde. »

« Poutine est un méchant, et il n’a en tête que de faire le mal.» – Sénateur John McCain

« [Poutine] a été un agent du KGB. Par définition, il n’a pas d’âme. » « Si cela vous rappelle des souvenirs, c’est ce que Hitler a fait dans les années 1930 », [allusion au fait d’accorder la nationalité russe à des citoyens de pays limitrophes d’origine russe, NdT] – Hillary Clinton, candidate à l’élection présidentielle de 2016

 

Dans cette entreprise de diabolisation, les médias de grande diffusion ont joué un rôle diffamateur essentiel. Loin d’être un cas atypique, un éditorialiste du Washington Post a pu ainsi écrire : « Poutine aime faire rouler les têtes… Le règne de la peur est de nature soviétique, mais cette fois il n’y a pas d’idéologie – seulement un mélange de glorification personnelle, de xénophobie, d’homophobie et d’anti-américanisme primaire. » Des publications et des auteurs renommés en viennent maintenant de façon routinière à s’abaisser eux-mêmes à aller plus loin dans le dénigrement en usant de formules telles que « les muscles avachis » du « petit ogre gris nommé Vladimir Poutine ». On peut donner des centaines d’exemples de la sorte tout au long des années. Dénigrer le dirigeant de la Russie est devenu un canon de la bien-pensance étasunienne dans le discours de la nouvelle Guerre froide.

Comme toute institution, la diabolisation de Poutine a aussi sa propre histoire. Lorsqu’il est apparu pour la première fois sur la scène mondiale au tournant de l’an 2000 comme le successeur désigné par Boris Eltsine, Poutine a été salué par les principaux représentants de l’establishment politico-médiatique des États-Unis. Le correspondant en chef du New York Times à Moscou et d’autres enquêteurs ont écrit que le nouveau dirigeant de la Russie manifestait un « vif engagement à vouloir construire une démocratie forte ». Deux ans plus tard, le Président George W. Bush faisait l’éloge de sa rencontre au sommet avec Poutine et du « début d’une relation très constructive ». Mais le discours favorable à Poutine a bientôt cédé la place à un dénigrement incessant. En 2004, l’éditorialiste du Times, Nicholas Kristof a donné sans le vouloir une explication à ce retournement, même si elle n’est que partielle.

Kristof s’est plaint amèrement d’avoir été « embobiné par M. Poutine. Celui-ci n’est pas une version sobre de Boris Eltsine ». En 2006, un rédacteur du Wall Street Journal, exprimant la nouvelle opinion de l’establishment, déclare « qu’il est temps de penser à la Russie de Vladimir Poutine comme à l’ennemie des États-Unis ». La suite est entrée dans l’histoire.

Quelle a été en réalité la personnalité de Poutine, pendant ses nombreuses années passées au pouvoir ? Nous pouvons laisser aux futurs historiens le soin de répondre à cette vaste et complexe question, lorsque toute la documentation nécessaire à une étude biographique complète – mémoires, archives et autres documents – sera disponible. Les lecteurs seront peut-être surpris d’apprendre que les historiens, les politologues et les journalistes de Russie en débattent publiquement et affichent des opinions très divergentes sur « les plus et les moins » de la politique de Poutine. (Personnellement, je me situe quelque part au milieu.)

En Amérique et ailleurs en Occident, toutefois, seuls les points jugés négatifs sont pris en considération dans le dénigrement exacerbé – une sorte d’anti-culte – de Poutine. Très souvent, ces appréciations ne s’appuient sur aucune information substantielle et sont basées sur des sources très sélectives ou non vérifiées, quand elles ne sont pas motivées par des griefs politiques, notamment ceux émanant de plusieurs oligarques de l’ère Eltsine et de leurs agents à l’Ouest.

En identifiant et en examinant, même rapidement, ce qui figure en première ligne des points négatifs qui sous-tendent la diabolisation de Poutine, nous pouvons au moins comprendre ce qu’il n’est pas.

Poutine n’est pas l’homme qui, après son arrivée au pouvoir en 2000, aurait « dé-démocratisé » le régime démocratique russe établi par Boris Eltsine dans les années 1990 et qui aurait restauré un système apparenté  au « totalitarisme » soviétique. La démocratisation a commencé et s’est développée en Russie soviétique sous l’égide de son dernier dirigeant, Mikhaïl Gorbatchev, dans les années 1987 à 1991.

À plusieurs reprises, Eltsine a porté des coups sérieux à cette expérience historique de la démocratie russe, coups qui lui ont peut-être été fatals. Au nombre de ceux-ci, le recours à des tanks en octobre 1993, pour détruire le parlement russe librement élu et avec lui l’ensemble de l’ordre constitutionnel par lequel Eltsine était devenu président. Les deux guerres sanglantes contre la minuscule province sécessionniste de Tchétchénie. La possibilité donnée à un petit groupe d’oligarques liés au Kremlin de faire une razzia sur les plus grandes richesses du pays et d’avoir entraîné ainsi les deux tiers de la population dans la pauvreté et la misère, y compris les classes moyennes de la période soviétique, à la fois nombreuses et bien éduquées. Le trucage de sa propre élection en 1996. Et la promulgation d’une Constitution « super présidentielle », au détriment des pouvoirs législatif et judiciaire, mais au bénéfice de son successeur. Poutine a peut-être poursuivi ce processus de déconstruction de la démocratie entamé dans les années 1990 sous Eltsine, mais ce n’est pas lui qui l’a lancé.

Il n’est pas vrai non plus que Poutine se soit érigé en tsar ou en « autocrate » façon soviétique, pour devenir un despote doté d’un pouvoir absolu lui permettant de dicter sa volonté en politique.  Le dernier dirigeant du Kremlin doté de ce genre de pouvoir a été Staline, disparu en 1953, et avec lui vingt ans de terreur de masse. En raison d’une routinisation bureaucratique toujours plus forte du système politico-administratif, chacun des dirigeants soviétiques qui lui ont succédé s’est retrouvé avec encore moins de pouvoir personnel que son prédécesseur. Poutine peut avoir renversé la tendance, mais s’il était vraiment cet autocrate « impitoyable et cruel » – ou encore le « pire des dictateurs de la planète » – on n’aurait pas vu à plusieurs reprises des dizaines de milliers de protestataires manifester dans les rues de Moscou, quelquefois avec une autorisation officielle. Ni vu à la télévision d’État leurs protestations (et dans certains cas, leur arrestation).

Les politologues s’accordent en général pour dire que Poutine reste un dirigeant « autoritaire, version soft » à la tête d’un système qui a des composantes à la fois autoritaires et démocratiques héritées du passé. Ils ne s’entendent pas sur la manière de définir, préciser et faire la part de ces différents éléments, mais pourraient certainement tomber d’accord avec cette brève notice mise en ligne sur Facebook le 7 septembre 2018 par l’éminent diplomate et universitaire Jack Matlock : « Poutine … n’est pas le dictateur absolu que certains ont voulu faire de lui. Son pouvoir semble être basé sur un équilibre entre divers réseaux d’intérêt, certains d’entre eux ayant encore un caractère criminel. (Dans les années 1990, la plupart des réseaux étaient de nature criminelle et personne n’en avait le contrôle.) Par conséquent, il ne peut pas admettre publiquement que [des actes criminels] puissent être commis sans son approbation, car ce serait avouer qu’il n’est pas complètement maître de la situation ».

Poutine n’est pas ce maître du Kremlin qui « vénère Staline » et dont la « Russie serait l’ombre damnée de l’Union soviétique de Staline ». Ces affirmations sont tellement tirées par les cheveux et témoignent d’une telle méconnaissance du régime de terreur stalinien, de Poutine et de la Russie actuelle, qu’elles se passent de commentaires. La Russie de Staline a été plus loin dans le déni de liberté que tout ce qu’on peut imaginer. Dans la Russie d’aujourd’hui, en dehors de certaines libertés politiques, la plupart des citoyens sont plus libres de vivre, d’étudier, d’écrire, de s’exprimer et de voyager qu’ils ne l’ont jamais été. (Lorsque des dénigreurs professionnels comme David Kramer évoquent une « situation des droits de l’homme catastrophique dans la Russie de Poutine », ils devraient se poser la question : en comparant avec quelle période de l’histoire russe ou avec quelle autre région du monde aujourd’hui ?)

Sans aucun doute, Poutine a conscience que des millions de Russes ont souvent des sentiments pro-staliniens, qu’ils expriment ouvertement. Néanmoins, son rôle dans les controverses qui continuent d’avoir cours sur la réputation du despote historique, a été, d’une façon inégalée, celui d’un dirigeant anti-stalinien. En bref, si Poutine vénérait la mémoire de Staline, comment expliquer que grâce à son soutien personnel deux mémoriaux dédiés aux millions de victimes du tyran ont pris place dans le centre de Moscou (l’excellent musée d’État de l’histoire du goulag et le très évocateur « Mur du chagrin »). Ce dernier a été proposé pour la première fois en 1961 par le maître du Kremlin d’alors, Nikita Krouchtchev. Il n’a pu être réalisé sous aucun de ses successeurs avant Poutine en 2017.

Poutine n’est pas non plus l’homme à l’origine du système économique kleptocrate de la Russie post-soviétique, qui se caractérise par une corruption liée à l’oligarchie et à d’autres formes largement répandues. Ce phénomène a aussi pris naissance du temps d’Eltsine pendant les plans de privatisation  thérapie de choc des années 1990, à l’époque où les « escrocs et les voleurs », que l’opposition actuelle continue de dénoncer, sont réellement apparus.

Poutine a adopté tout un nombre de politiques « anti-corruption » au cours des ans. On peut légitimement se poser la question de savoir dans quelle mesure elles ont été couronnées de succès. Tout comme celle de savoir jusqu’où il est parvenu à limiter le pouvoir des oligarques du cercle d’Eltsine et du sien propre, et dans quelle mesure ces politiques étaient sincèrement motivées. Mais de qualifier Poutine de « kleptocrate » manque de fondement et n’est guère plus qu’une forme de diabolisation.

Une récente étude académique montre par exemple que bien qu’on les dise corrompus, Poutine et « l’équipe de technocrates libéraux sur lesquels il s’appuie ont aussi géré avec savoir faire les fortunes économiques de la Russie ». Un ancien directeur du FMI va même plus loin, en concluant que l’équipe actuelle d’économistes ne « tolère pas la corruption » et que « la Russie se range maintenant à la 35e place sur 190 dans le classement de la Banque mondiale sur les pratiques d’affaires. En 2010, elle était au 124e rang ».

Si l’on se place sur un plan humain, lorsque Poutine a accédé au pouvoir en 2000, environ 75% des Russes vivaient dans la pauvreté. La plupart d’entre eux avaient même perdu les modestes acquis de l’ère soviétique, que ce soient leurs économies accumulées une vie durant ; leur couverture santé entre autres prestations sociales, ou encore un réel salaire, une retraite, un emploi et pour les hommes une espérance de vie qui était tombée bien en dessous de 60 ans. En l’espace de quelques années, le « kleptocrate » Poutine a pu mobiliser une fortune suffisante pour mettre un terme à ces catastrophes humaines et rétablir la situation en investissant des milliards de dollars dans des fonds « jours de pluie » destinés à protéger la nation contre le retour de temps plus durs. Nous pouvons émettre le jugement que l’on voudra sur cette prouesse historique, mais c’est la raison pour laquelle les Russes sont nombreux à appeler Poutine « Vladimir le Sauveur ».

Ce qui nous amène à l’accusation la plus grave portée contre lui : Poutine, formé à devenir un « gangster du KGB », donne régulièrement l’ordre de tuer des journalistes et des ennemis personnels, comme peut le faire un « parrain de la mafia d’État ». C’est probablement la façon la plus facile de le diaboliser, parce qu’il n’existe toujours aucune preuve réelle, ni même aucune espèce de logique, derrière cette accusation. Et pourtant, on la retrouve partout : les chroniqueurs et éditorialistes du Times – et bien d’autres avec eux – qualifient Poutine de « gangster » et ses politiques de « brutales », en usant quelquefois de la double qualification de « voyou autocratique ». Cette formule revient si souvent qu’elle semble avoir été spécifiée dans quelque manuel à usage interne. Il ne faut pas s’étonner par conséquent que tant de politiciens l’utilisent couramment, comme récemment le sénateur Ben Sasse : « Nous devrions dire au peuple américain et au monde entier que nous savons que Poutine est un gangster. Cet ancien agent du KGB est un assassin. »

Peu de dirigeants dans le monde moderne ont été autant dénigrés et de façon aussi permanente. En réalité, Sasse ignore tout du sujet. Comme d’autres avec lui, il s’est imprégné de ce qui ressort des pages des médias influents, qui ont jeté l’opprobre sur Poutine, en escamotant le petit « mais » absolutoire, lorsqu’il s’agit de donner des preuves évidentes de culpabilité. Voici encore un autre chroniqueur du Times : « Je réalise que ce fait n’est pas avéré et est loin de constituer une preuve. Mais c’est un parmi de nombreux éléments autorisant le soupçon. » C’est devenu de la sorte une « manière de penser » parmi les journalistes, lorsqu’il est fait allusion à Poutine. Contrairement à d’autres dirigeants d’envergure mondiale qui ont fait une carrière plus ou moins importante dans le renseignement, les années où Poutine a été officier du renseignement dans ce qui était alors l’Allemagne de l’Est, ont eu un caractère clairement formateur. De nombreuses années plus tard, à l’âge de 65 ans, il en parle encore avec fierté. Cette expérience a pu lui apporter d’autres bénéfices, mais elle a fait de Poutine un Russe européanisé, qui parle couramment l’allemand et un dirigeant politique qui fait preuve d’une capacité remarquable à retenir et analyser froidement une masse énorme d’informations. (Il faut lire ou regarder l’une ou l’autre de ses longues interviews.) Voilà qui n’est pas un mauvais atout pour un dirigeant, dans nos temps lourds de menaces.

De plus, aucun biographe sérieux ne traiterait une seule période de sa vie comme étant déterminante dans une longue carrière publique, ainsi que le font les détracteurs de Poutine. Pourquoi ne pas aborder aussi la période qui a suivi son départ du KGB en 1991, lorsqu’il a été l’assistant du maire de Saint-Pétersbourg, qui était alors considéré comme l’un des deux ou trois dirigeants les plus démocratiques de Russie ? Ou les années qui ont suivi immédiatement à Moscou, où il a été un témoin direct de toute l’ampleur de la corruption de l’ère Eltsine ? Ou plus tard, lorsqu’il est devenu président, à un âge relativement jeune ?

Quant à la qualification d’« assassin » de journalistes et d’autres « ennemis », la liste des Russes qui sont morts au pays ou à l’étranger, pour des causes troubles ou naturelles, s’est enrichie de dizaines de victimes, qui toutes ont été portées sur le compte de Poutine. Dans notre vénérable tradition, le fardeau de la preuve revient à l’accusation. Les accusateurs de Poutine n’ont produit aucune preuve, seulement des suppositions, des insinuations et des déclarations de Poutine mal traduites sur le sort des « traîtres ». Les deux cas qui ont clairement établi cette pratique diffamatoire sont ceux de la journaliste d’enquête Anna Politkovskaïa, qui a été abattue à Moscou en 2006, et d’Alexandre Litvinenko, un ancien transfuge du KGB au passé trouble, lié à des oligarques dépités de l’ère de Boris Eltsine, qui a succombé à un empoisonnement par radiations à Londres, en 2006 également.

Il n’y a pas le moindre élément de preuve fondée qui mette en cause Poutine dans l’un et l’autre cas. L’éditeur du journal de Politkovskaïa, la très indépendante Novaya Gazeta, estime toujours que l’assassinat a été commandé par des dirigeants tchétchènes, sur lesquels la journaliste était en train d’enquêter à propos d’atteintes aux droits de l’homme. En ce qui concerne Litvinenko, malgré les affirmations délirantes des médias et un procès bidon suggérant que Poutine était « probablement » responsable, il n’existe toujours aucune preuve définitive permettant de déterminer si l’empoisonnement de Litvinenko était intentionnel ou accidentel. La même indigence de preuves s’applique à de nombreux autres cas, et en particulier au meurtre du politicien d’opposition Boris Nemtsov, qui a été abattu en 2015 « alors qu’il était en vue [distante] du Kremlin ».

Au sujet des journalistes russes, il existe toutefois une statistique frappante, que l’on ignore. Selon le Comité américain de protection des journalistes, jusqu’en 2012, 77 journalistes ont été assassinés, dont 41 pendant les années Eltsine, 36 pendant le règne de Poutine. Ces chiffres donnent fortement à penser que c’est le système économique post-soviétique encore partiellement corrompu qui a été à l’origine de tant d’assassinats de journalistes à partir de 1991, la plupart d’entre eux étant des journalistes d’enquête. L’épouse d’un de ces journalistes, victime probable d’un empoisonnement, arrive à la conclusion suivante : « De nombreux observateurs occidentaux imputent ces crimes à Poutine. Mais la cause en est plus probablement le système complice de couverture mutuelle et de culture de l’impunité qui s’est mis en place avant Poutine, à la fin des années 1990. »

Plus récemment, on a vu apparaître encore une nouvelle allégation : Poutine serait un fasciste et un suprématiste blanc. L’accusation émane en grande partie, semble-t-il, de personnes qui souhaitent détourner l’attention du rôle joué par les néo-nazis en Ukraine, laquelle est soutenue par les États-Unis. Sans nul doute, Poutine y voit une calomnie, et même si on reste à la surface des choses, c’est au mieux une affirmation totalement infondée. Sinon, comment expliquer les avertissements solennels lancés par le Sénateur Ron Wyden le 1er novembre 2017 lors d’une audition, où il a dénoncé « la direction fasciste actuelle de Russie » ? Récemment, un jeune universitaire a mis en pièces une version quasiment insoutenable de cette thèse qui était défendue par un professeur de Yale. Mon approche rejoint la sienne, même si elle est différente.

Quelles que soient les fautes imputables à Poutine, l’accuser de « fascisme » est une absurdité. Rien dans les déclarations qu’il a faites au cours de ces vingt dernières années au pouvoir ne s’apparente à une forme de fascisme, régime dont l’essence tient dans un culte du sang basé sur une prétendue supériorité d’une ethnie sur toutes les autres. En tant que chef d’un vaste État multiethnique – réunissant de multiples groupes différents avec une très large palette de couleurs de peau – Poutine ne pourrait tenir de tels propos ou prendre des décisions allant dans ce sens sans commettre un suicide politique. Raison pour laquelle il invoque inlassablement une harmonie  dans laquelle « notre nation multi-ethnique toute entière » vit avec « sa culture multi-ethnique », comme il l’a encore déclaré dans son discours d’investiture de 2018.

Bien sûr, la Russie a ses penseurs et ses activistes, tenants d’un suprématisme fasciste blanc, bien que nombre d’entre eux soient en prison. Mais un mouvement de masse fasciste est difficilement concevable dans un pays où tant de millions de victimes sont morts dans la guerre contre l’Allemagne nazie, une guerre qui a affecté Poutine directement et a clairement laissé sur lui une empreinte déterminante. Bien qu’il soit né après la guerre, sa mère et son père ont de justesse survécu à des blessures et à la maladie, tandis que son frère aîné est mort dans le long siège allemand de Leningrad, où plusieurs de ses oncles ont laissé leur vie. Seules des personnes qui n’ont jamais enduré une telle expérience, et qui sont incapables de s’en faire une idée, peuvent imaginer un Poutine fasciste.

Il y encore un autre fait significatif, facile à comprendre. Il n’y a pas la moindre trace d’anti-sémitisme chez Poutine. Un point que l’on relève rarement ici (aux États-Unis), mais qui est largement publié tant en Russie qu’en Israël : la condition des Juifs de Russie est meilleure sous Poutine qu’elle ne l’a jamais été dans la longue histoire de ce pays.

Finalement, tout au moins à ce jour, il y a l’allégation à tiroirs qui discrédite Poutine en tant que maître de la politique étrangère et selon laquelle il se montrerait excessivement « agressif » à l’égard de l’étranger. Dans le meilleur des cas, il s’agit d’une affirmation très subjective et borgne. Dans le pire des cas, elle justifie ce que même un ministre allemand des affaires étrangères a qualifié d’attitude belliqueuse de l’Occident à l’égard de la Russie.

Dans les trois cas qui sont le plus souvent donnés comme exemple d’ « agression » venues de Poutine, les faits, que j’ai moi-même mis en évidence en même temps que beaucoup d’autres auteurs, pointent en direction d’initiatives menées par les USA. Il s’agit en premier lieu de l’expansion de l’alliance militaire de l’OTAN entamée à la fin des années 1990 et qui va de l’Allemagne jusqu’aux frontières de la Russie aujourd’hui. Il y a ensuite la guerre par procuration entre les États-Unis et la Russie en Géorgie en 2008. Ce conflit a été provoqué par le président géorgien qui, avec l’appui des États-Unis, avait été encouragé à demander son admission dans l’OTAN. Il y a enfin l’intervention militaire de Poutine en Syrie en 2015, qui a été lancée sur la base de prémisses valables. De deux choses l’une : soit c’était le Président syrien qui avait pied à Damas, soit État Islamique, l’organisation terroriste. Il faut citer aussi le refus du Président Obama de se joindre à la Russie dans une alliance contre Daesh. Finalement, Poutine est souvent considéré en Russie comme un chef réagissant avec retard en politique étrangère, et comme n’étant pas suffisamment agressif.

L’axiome du Poutine agressif en renferme deux autres. L’un veut que Poutine soit un chef néo-soviétique qui cherche à restaurer l’Union soviétique au détriment des voisins de la Russie. Jusqu’à l’obsession, on l’a souvent cité à tort pour avoir déclaré en 2005 : « La débâcle de l’Union soviétique a été la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle » en la rangeant apparemment au-dessus des deux guerres mondiales. Ce qu’il a voulu dire en fait était qu’il s’agissait « d’une catastrophe géopolitique majeure du XXe siècle », comme cela a été le cas pour la plupart des Russes.

Bien qu’il soit souvent critique à l’égard du système soviétique et de ses deux chefs fondateurs, Lénine et Staline, Poutine, comme nombre de ses contemporains, reste naturellement en partie une personne soviétique. Mais ce qu’il a dit en 2010 reflète son véritable sentiment et celui de beaucoup d’autres Russes : « Ceux qui ne regrettent pas la débâcle de l’Union soviétique n’ont pas de cœur, et ceux qui la regrettent n’ont pas de cervelle ».

L’autre axiome subsidiaire fallacieux veut que Poutine ait toujours été « anti-occidental », plus précisément « anti-américain » et ait toujours vu les États-Unis avec un regard « d’une ardente suspicion ». Une simple lecture de ses années au pouvoir donne la preuve du contraire. Russe occidentalisé, Poutine a accédé à la présidence en 2000 dans la tradition de Gorbatchev et d’Eltsine qui était encore dominante à l’époque, dans l’espoir d’une « amitié et d’un partenariat stratégique » avec les États-Unis. De là, son assistance massive, à la suite de l’attentat du 11 septembre, à la guerre américaine en Afghanistan. De là aussi, jusqu’à ce qu’il soit amené à croire que la Russie ne peut pas être traitée d’égal à égal, son entière participation aux clubs des principaux dirigeants américano-européens.

Compte tenu de tout ce qui s’est passé au cours des presque deux dernières décennies – et en particulier de la perception que Poutine et les autres dirigeants russes ont eu de ces événements – il serait étonnant si sa manière de voir l’Occident, et particulièrement l’Amérique, n’ait pas changé. Comme il l’a fait remarquer en 2018, « Nous tous évoluons ». Quelques années plus tôt, Poutine a admis de façon remarquable qu’à l’origine il avait eu des illusions en matière de politique étrangère, sans préciser lesquelles. Peut-être entendait-il ce qu’il avait déclaré fin 2017 : « Notre plus grande erreur dans nos relations avec l’Occident est que nous lui avons trop fait confiance. Et votre erreur a été de prendre cette confiance pour de la faiblesse et d’en abuser. »

Si ma réfutation des axiomes de la diabolisation de Poutine est juste, quelles conclusions en tirer ? Certainement, pas une apologie de Poutine. À la question « Qui est Poutine ? » les Russes aiment à répondre « Laissons l’histoire juger », mais compte tenu des périls de la nouvelle guerre froide, nous ne pouvons pas attendre. Nous pouvons au moins commencer par  quelques vérités historiques. En 2000, un homme jeune et de peu d’expérience a accédé à la tête d’un vaste État qui s’était désintégré de façon fulgurante à deux reprises, victime d’un « effondrement » – une fois en 1917 et de nouveau en 1991 – avec des conséquences désastreuses pour son peuple. Et dans les deux cas, il avait perdu sa souveraineté et par là sa sécurité de façon fondamentale.

Il y a eu des thèmes récurrents dans le discours et les actes de Poutine. C’est par là que commence le travail de compréhension. Personne ne peut douter qu’il est déjà l’« homme d’État » le plus conséquent du XXIe siècle, bien que ce terme soit rarement, voire jamais, utilisé pour le désigner aux États-Unis. Et qu’entend-on par « conséquent » ? Même si parmi les points négatifs qui ont été détaillés plus haut, on exclut ceux qui sont fallacieux, une évaluation équilibrée doit inclure ceux qui sont justifiés.

Par exemple, au plan national, était-il nécessaire de renforcer et développer la « verticale » du pouvoir du Kremlin dans l’ensemble du pays pour permettre à la Russie de se reconstituer ? N’aurait-il pas fallu accorder une égale importance à l’expérience historique de la démocratie ? Sur le plan international, n’y avait-il pas d’autres alternatives à l’annexion de la Crimée, même en tenant compte des menaces telles qu’elles ont été perçues (par la Russie)? Et la politique de Poutine n’a-t-elle en rien contribué à réveiller les craintes des petits États d’Europe de l’Est, qui pendant des siècles se voient les victimes de la Russie? Telles sont les questions qui peuvent aussi dégager des points négatifs en regard des points positifs de Poutine.

Quelle que soit son approche, toute personne qui entreprend une évaluation équilibrée devrait, pour paraphraser Spinoza, le faire ni pour dénigrer, ni pour moquer, ni pour haïr, mais pour comprendre.

 

Stephen F. Cohen, professeur émérite d’études des politiques russes à l’Université de New York et à l’Université de Princeton, et John Batchelor poursuivent leurs discussions sur la nouvelle guerre froide entre les États-Unis et la Russie. (Les contributions précédentes, maintenant dans leur cinquième année, sont sur The Nation)

 

Le lecteur trouvera une bio-bibliographie intéressante de Stephen F. Cohen dans la notice que lui consacre Wikipedia :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Stephen_F._Cohen

Ivo Rens

 

Russia and China Are Apparently Both Under the Impression That War With the US Is Coming…

Michael Snyder

Oct 29, 2018

Source : https://russia-insider.com/en/russia-and-china-are-apparently-both-under-impression-war-us-coming/ri25215

 

We didn’t get to this point overnight but the vast majority of the US population is sadly utterly clueless about these things.

 

Could it be possible that the U.S. is heading for a major war?  If you ask most Americans that question, they will look at you like you are crazy.  For most people in this country, war with either Russia or China is not something to even be remotely concerned about.  But the Russians and the Chinese both see things very differently.  As you will see below, Russia and China both seem to be under the impression that war with the United States is coming, and they are both rapidly preparing for such a conflict.

Let’s start with Russia.  After repeatedly slapping them with sanctions, endlessly demonizing their leaders and blaming them for just about every problem that you can imagine, our relationship with Russia is about the worst that it has ever been.

 

And when the Trump administration announced that it was withdrawing from the Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty, that pushed things to a new low.  In the aftermath of that announcement, Russian official Andrei Belousov boldly declared that “Russia is preparing for war”

He said: “Here recently at the meeting, the United States said that Russia is preparing for war.

Yes, Russia is preparing for war, I have confirmed it.

“We are preparing to defend our homeland, our territorial integrity, our principles, our values, our people – we are preparing for such a war.”

Here in the United States, there is very little talk of a potential war with Russia in the mainstream media, but in Russia things are very different.  Russian news outlets are constantly addressing escalating tensions with the United States, and the Russian government has been adding fuel to that fire.  For example, the Russian government recently released a video of a mock nuclear strike against their “enemies”

Russian submarines have recently carried out a mock nuclear attack against their “enemies.” The Russian government has released footage of the atomic strike and it is sparking fears that the third world war is quickly approaching.

The Russian Ministry of Defense (MoD) has published shocking videos that show a range of nuclear missile drills including a submarine carrying out a mock atomic strike. These videos are the latest in a series of escalating war-games ordered by Russian President Vladimir Putin, according toThe Express UK.

I’ll give you just one guess as to who the primary enemy in that drill was.

And what Russian President Vladimir Putin recently told the press about a potential nuclear war was extremely chilling

If any nation decides to attack Russia with nuclear weapons, it may end life on Earth; but unlike the aggressors, the Russians are sure to go to heaven, President Vladimir Putin has said.

“Any aggressor should know that retribution will be inevitable and he will be destroyed. And since we will be the victims of his aggression, we will be going to heaven as martyrs. They will simply drop dead, won’t even have time to repent,” Putin said during a session of the Valdai Club in Sochi.

Under normal circumstances, Putin would never talk like that.

But these are not normal times.

Meanwhile, Chinese President Xi Jinping is ordering his military to focus on “preparations for fighting a war”

China’s President Xi Jinping ordered the military region responsible for monitoring the South China Sea and Taiwan to “assess the situation it is facing and boost its capabilities so it can handle any emergency” as tensions continue to mount over the future of the South China Sea and Taiwan, while diplomatic relations between Washington and Beijing hit rock bottom.

The Southern Theatre Command has had to bear a “heavy military responsibility” in recent years, state broadcaster CCTV quoted Xi as saying during an inspection tour made on Thursday as part of his visit to Guangdong province.

“It’s necessary to strengthen the mission … and concentrate preparations for fighting a war,” Xi said. “We need to take all complex situations into consideration and make emergency plans accordingly. “We have to step up combat readiness exercises, joint exercises and confrontational exercises to enhance servicemen’s capabilities and preparation for war” the president-for-life added.

So who are the Chinese concerned that they may be fighting against?

Needless to say, the United States is at the top of the list

The president instructed the military to ramp-up opposition to ‘freedom of navigation’ exercises being undertaken by the US, Australia, France, the UK, Japan and others through the waterway through which arterial shipping lanes have grown since the end of World War II.

Tensions over the South China Sea have been increasing for several years, and starting a trade war with China in 2018 has certainly not helped things.

At this point, even many U.S. analysts can see the writing on the wall.  For instance, just consider what Harvard Professor Graham Allison recently told Steve LeVine

He said, if history holds, the U.S. and China appeared headed toward war.

Over the weekend, I asked him for an update — specifically whether the danger of the two going to war seems to have risen.

“Yes,” he responded. The chance of war is still less than 50%, but “is real — and much more likely than is generally recognized.”

Of course we didn’t get to this point overnight.  Tensions with Russia and China have been simmering for quite a while, and both of those nations have been rapidly modernizing their military forces.  For much more on this, please see my recent article entitled “Russia And China Are Developing Impressive New Weapons Systems As They Prepare For War Against The United States”.

Sadly, the vast majority of the U.S. population is utterly clueless about these things.

But those that are serving in the military have a much better understanding, and one recent survey found that about half of them expect the U.S. to be “drawn into a new war within the next year”…

Nearly half of all current military troops believe the United States will be drawn into a major war soon, a jarring rise in anxiety among service members worried about global instability in general and Russia and China in particular, according to a new Military Times poll of active-duty troops.

About 46 percent of troops who responded to the anonymous survey of currently serving Military Times readers said they believe the U.S. will be drawn into a new war within the next year. That’s a jarring increase from only about 5 percent who said the same thing in a similar poll conducted in September 2017.

Those numbers are jarring.

Some major stuff must be going on behind the scenes in order to go from 5 percent to 46 percent in a single year.

We truly are living in apocalyptic times, and our world seems to be getting more unstable with each passing day.

We should hope for peace, but throughout human history peace has never lasted for long.  Major global powers continue to edge closer and closer to conflict, and that is a very dangerous game to be playing.

Source: End of the American Dream.

 

Pourquoi la Russie est l’ennemi parfait

par Arnaud Dotézac

24 heures, Lausanne,

5 octobre 2018

ANALYSE L’Otan et ses «partenaires pour la paix» se mobilisent militairement contre un pays qui n’a ni les moyens ni l’intention de nous envahir. A qui profite vraiment la menace russe?

Il ne se passe pas une semaine sans qu’une information menaçante ne parvienne de Russie. Après la réunification prétendument illicite de la Crimée, voici le feuilleton de la liquidation ratée du traître Skripal, la subversion des choix démocratiques grâce à Sputnik et au site Russia Today, le soutien aux eurosceptiques, l’empoisonnement suspect du mentor des Pussy Riot, ou encore l’interférence, réussie et d’autant plus inadmissible, contre le renversement du président syrien.

Méga-entraînement en Norvège

Avec tout cela, il n’est pas étonnant que l’Otan et ses «partenaires pour la paix» soient sommés de réarmer, de se prépositionner et d’additionner les exercices militaires en continu, aux frontières de la Russie. Le prochain méga- entraînement réunira près de 40’000 soldats du 25 octobre au 7 novembre en Norvège, avec des missions aériennes dans le ciel d’une Finlande qui s’«otanise» à grands pas, outre une présence maritime en mer Baltique, juste en face de l’enclave russe de Kaliningrad. Rien d’étonnant non plus à ce que la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et d’autres à venir fassent voter des lois destinées à censurer les chaînes russes précitées.

Que pèse un budget militaire de 50 milliards de dollars face aux 716 milliards du Pentagone?

Pourtant, à y regarder de près, certaines choses clochent. Certes, la Russie dispose du plus important stock d’armes nucléaires de la planète, ne cesse d’innover (cyberguerre, vecteurs hypersoniques, etc.) et de moderniser ses capacités conventionnelles. Mais tout de même, avec son budget militaire qui se maintient autour des 50 milliards de dollars, que pèse-t-elle face à un Pentagone qui vient de se faire allouer 716 milliards pour 2019? Un pays quia supporté 5600 milliards de dépenses de guerre depuis les attentats du 11 septembre! Et si on y ajoute les budgets des pays membres de l’Otan, qui cumulent près de 220 milliards supplémentaires et dont Trump exige qu’ils mettent encore la main à la poche? D’où vient cette nécessité absolue de se mobiliser militairement contre une Russie qui n’a ni les moyens ni l’intention de nous envahir?

Le tabou chinois

Ceux qui brandissent la menace russe sont évidemment les mêmes qui réclament des crédits faramineux et qui justifient l’un par l’autre. Malheureusement pour la Russie, elle est le parfait client car les Etats-Unis n’ont rien à perdre avec elle, compte tenu notamment du bas niveau de leurs échanges commerciaux, de la dépendance de la Russie au dollar et de la sociologie d’une russophobie toujours facile à ranimer, comme l’a démontré le journaliste Guy Mettan dans son dernier ouvrage (Russie-Occident, une guerre de mille ans, 2015).

Tel ne serait pas le cas pour la Chine, non pas tant au regard de sa renaissance militaire évidente, mais du fait de sa participation au financement du Pentagone. Car les milliers de milliards qui sont versés au complexe militaro industriel américain ne sont pas financés par l’impôt, mais par la dette et notamment les bons du Trésor souscrits en masse par la Chine. La Chine, grand argentier du Pentagone, voilà bien un sujet tabou.

Ceux qui brandissent la menace russe sont évidemment les mêmes qui réclament des crédits faramineux.

En tout cas, ce ne fut pas le lauréat d’un Prix Nobel de la paix anticipé qui changea les choses. Barack Obama se contenta de quelques réallocations budgétaires dès sa prise de fonction en 2009, lesquelles n’allèrent toutefois pas sans créer de lourdes frustrations, notamment au sein de l’armée de terre. L’arrêt brutal du faramineux plan de modernisation de l’infanterie à 340 milliards de dollars et qui avait déjà coûté plusieurs dizaines de milliards avant même de commencer, passa ainsi très mal. Il s’agissait d’un métasystème si complexe pour le Pentagone que même la conception du cahier des charges fut confiée aux fournisseurs eux-mêmes, lesquels bouclaient ainsi la boucle de leur propre rente structurelle. Pour contrer Obama, le Pentagone se chercha donc un nouveau «gap» à rattraper. Il fut conventionnel et informationnel, puis baptisé «guerre hybride». Et c’est ainsi qu’on réactualisa la menace russe.

Simple concurrente

Dès le début du second mandat Obama, à l’été 2012, un premier conflit annonciateur de la suite éclata en Ukraine, lorsque le parlement adopta une loi protégeant la langue russe comme langue régionale. Un an et demi plus tard, le président pro-russe Ianoukovitch était renversé et la Russie commençait à voir les troupes otaniennes se déployer à ses frontières, tandis que son économie subissait les sanctions unilatérales américaines, illégales en droit international mais loyalement relayées par celles de l’Union européenne, de la Suisse et de quelques autres clients américains, le tout au nom des valeurs de la démocratie libérale.

Il en est une pourtant, de ces valeurs, qui est constitutive de la «construction européenne»: celle de la libre et loyale concurrence. Pour la garantir, le droit de la concurrence, aussi bien européen qu’américain, prohibe strictement l’abus de position dominante, c’est-à-dire l’utilisation de moyens qui permettent au leader du marché de ne jamais être rattrapé dans son hégémonie. Quant à l’usage de la contrainte ou des campagnes de délégitimation, elles sont autant de circonstances aggravantes.

Lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine en juillet dernier à Helsinki, Donald Trump s’interdisait de pointer la Russie comme «ennemi» mais la désigna comme simple «concurrente». Si ce n’est pas lui qui ordonna la poursuite de l’abus militaire de position dominante des Etats-Unis contre la Russie, ce ne peut donc être que le Pentagone. Ce dernier ne fait alors que démontrer, une fois de plus, l’étendue de son autonomie et de sa puissance privée.

Retrouvez plus de contenus Bilan sur http://www.bilan.ch (Bilan)

La prochaine agression étasunienne contre la Syrie est-elle déjà programmée ?

 

HaleyGasAttack-600x337

L’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies Nikki Haley montre des photos de victimes de l’attaque syrienne au gaz lors de son intervention au Conseil de sécurité de l’ONU en avril 2017.

par le Saker

Source : http://lesakerfrancophone.fr/la-prochaine-agression-etasunienne-contre-la-syrie-est-elle-deja-programmee

31 août 2018 Source originaire :  The Saker

 

Les choses qui plaisent sont celles que l’on demande encore et encore 
Horace

Bombarder, bombarder, bombarder, bombarder, bombarder l’Iran
John McCain

Le président Poutine, la Russie et l’Iran sont responsables de soutenir cet animal d’Assad. Grosse mise à prix…
Donald Trump

Il est difficile de dialoguer avec des gens qui confondent l’Autriche et l’Australie
Vladimir Poutine

Bis repetita

Il semble que nous ayons accompli un tour complet : les Anglosionistes se préparent à nouveau, apparemment, à utiliser les mêmes Casques blancs (donc les « bons terroristes ») pour exécuter une nouvelle attaque chimique sous faux drapeau en Syrie et de nouveau en accuser les forces gouvernementales. De nouveau, les Russes avertissent le monde à l’avance et, comme la dernière fois, (presque) tout le monde s’en fout. Il y a même des rapports selon lesquels les États-Unis envisagent, une fois de plus, d’imposer une zone d’exclusion aérienne (totalement illégale) au-dessus de la Syrie. Et, exactement comme la dernière fois, il semble que le but des États-Unis soit de sauver les « bons terroristes » d’une victoire gouvernementale majeure.

Il semble malheureusement que ma prédiction que « chaque « clic » nous rapproche d’un pas du « bang » se réalise et alors que l’Empire semble avoir abandonné l’idée d’une reconquête totale de la Syrie, les néocons poussent clairement à ce qui pourrait se révéler une frappe de missiles majeure sur la Syrie. Tirer un grand nombre de missiles près des/sur les forces russes pourrait déclencher une contre-attaque russe qui, à son tour, pourrait mener à une guerre majeure, peut-être nucléaire, mais ce fait ne semble pas pris en compte dans les calculs des néocons. Il est vrai qu’ils sont pour la plupart des gens assez stupides (comme « focalisés sur le court-terme »), avec un fort sentiment de supériorité et une vision messianique de notre monde. Pourtant, cela me déconcerte que si peu de gens aux États-Unis et dans l’Union européenne s’en soucient. D’une certaine manière, une guerre nucléaire est devenue si inconcevable que beaucoup ont conclu qu’elle ne pourra jamais se produire.

L’autre chose que les néocons semblent oublier est qu’on ne peut pas changer la situation sur le terrain en Syrie au moyen de frappes de missiles ou de bombes. D’une part, la dernière attaque américaine a définitivement montré que les Tomahawks sont une cible facile pour les défenses aériennes syriennes (pour la plupart désuètes). Bien sûr, les Américains pourraient compter sur plus d’AGM-158 JASSM, beaucoup plus difficiles à intercepter, mais peu importe les missiles utilisés, ils n’affecteront pas efficacement les capacités militaires syriennes tout simplement parce que ce sont des cibles peu lucratives pour des frappes de missiles de croisière. Si on considère que les Étasuniens savent fort bien qu’il n’y aura pas d’attaque chimique (ni même qu’elle pourrait se produire, d’ailleurs, puisque même les États-Unis ont déclaré que la Syrie n’avait pas d’armes chimiques en 2013), la Maison Blanche pourrait décider de faire sauter quelques bâtiments vides et déclarer que « l’animal Assad » a été puni, je suppose. Mais même totalement sans opposition, une attaque de missile n’aurait aucun sens militaire. Cela pose donc la question de savoir à quoi servirait une attaque contre la Syrie. Malheureusement, la réponse évidente est que la frappe de missiles à venir a moins à voir avec la guerre en Syrie qu’avec la politique intérieure américaine.

Les options russes et syriennes

Il y a aussi quelques différences. La plus grande est que cette fois-ci, la force d’intervention navale russe en Méditerranée orientale est beaucoup plus grande que la dernière fois : 15 navires y compris deux frégates de pointe, l’Amiral Grigorovitch et l’Admiral Essen (ici, un article détaillé) et deux sous-marins d’attaque diesel évolués de classe 636.3. Cela représente beaucoup de puissance de feu anti-navire, anti-aérienne et anti-sous-marine et, plus important encore, beaucoup de capacités avancées d’alerte rapide. Comme les réseaux de défense aérienne russes et syriens ont été intégrés par un seul système de feu automatisé, cela signifie que les Syriens « verront » très précisément ce qui se passe dans l’espace aérien syrien et autour (c’est particulièrement vrai avec les Russes dont les Iliouchines A-50U patrouillent 24 h sur 24).

Ce qui m’inquiète le plus, ce sont les différents rapports (comme celui-ci) qui affirment que le secrétaire d’État Mike Pompeo a dit la semaine dernière au ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov que « Moscou serait tenu pour responsable » si une attaque chimique avait lieu. Si, par « Moscou sera responsable », les fous à Washington DC veulent dire « moralement responsable », ce n’est que le non-sens habituel. Mais je crains qu’avec des cinglés certifiés comme Bolton et Pompeo aux commandes, les Américains puissent envisager d’attaquer le personnel russe en Syrie (pas nécessairement dans les bases bien défendues de Khmeimin ou Tartous).  Ces types pourraient facilement viser diverses installations ou des unités militaires syriennes où on sait que du personnel russe est déployé et déclarer qu’ils ne visaient pas délibérément les Russes et que les Russes touchés étaient « clairement impliqués » avec les forces syriennes maniant les armes chimiques. Les États-Unis ont déjà pris pour cible des ressortissants russes pour les enlever et les mettre en détention, ils pourraient commencer à tuer bientôt des Russes puis faire porter la responsabilité de ces morts au Kremlin. Vous n’y croyez pas ? Pensez seulement « Skripal » et vous verrez que cette idée n’est pas si farfelue.

Les Russes ont des possibilités de choix, soit dit en passant. Une chose qu’ils pourraient faire est de placer 6 MiG-31 (modernisés) en alerte rapide dans le sud de la Russie (ou, mieux encore, en Iran) et en garder une paire en patrouille aérienne de combat au-dessus de la Syrie (ou de l’Iran). Combinée avec les « yeux » des A-50U, ces MiG-31 pourrait procurer aux russes une formidable capacité d’action en Syrie, spécialement contre les B-1B étasuniens basés au Qatar ou à Diego Garcia. Jusqu’à maintenant, on a vu peu de MiG-31 en action en Syrie mais si l’interception d’un grand nombre de missiles de croisière devenait leur mission, ils offriraient une force beaucoup plus souple et efficace que la très petite quantité de Su-35 et de Su-30 actuellement basée à Khmeimim.

Mais la clé pour protéger la Syrie est de renforcer les défenses aériennes syriennes et leurs capacités d’alerte précoce, en particulier avec des systèmes mobiles de défense aérienne, notamment beaucoup de systèmes à courte et moyenne portée comme le Tor-M2 et le Pantsir-S2.  Jusqu’à ce que cet objectif soit atteint, les États-Unis et la Russie resteront dans une très dangereuse « impasse mexicaine » où les deux parties sont engagées dans ce que j’appelle un « jeu de la poule mouillée nucléaire », chaque partie menaçant l’autre tout en comptant sur ses propres capacités nucléaires pour dissuader une contre-attaque significative ou des représailles. C’est extrêmement dangereux, mais il y a très peu que la Russie puisse faire pour arrêter les dirigeants étasuniens de revenir encore et encore à cette même stratégie. Jusqu’à présent, les Russes ont manifesté un degré de retenue vraiment remarquable, mais s’ils sont poussés trop loin, la prochaine étape pour eux sera de riposter aux Américains d’une manière qui leur fournisse ce que la CIA appelle « un déni plausible »(j’ai analysé cette option il y a plus d’un an dans cet article).  S’ils sont attaqués directement et ouvertement, les Russes n’auront évidemment pas d’autre choix que de frapper en retour. Et s’il est vrai que les forces russes en Syrie et à proximité sont largement inférieures en nombre par rapport aux forces US/OTAN/CENTCOM, les Russes ont un avantage massif sur les États-Unis en termes de missiles de croisière à longue portée (voir l’analyse d’Andrei Martyanov « Russia’s Stand-Off Capability: The 800 Pound Gorilla in Syria » pour une analyse détaillée à ce sujet).

Rien de ce qui précède n’est nouveau, le monde est bloqué dans cette situation depuis plus d’un an maintenant, et il ne semble toujours pas y avoir de fin en vue. Malheureusement, je ne peux qu’être d’accord avec Rouslan Ostachko : seule une défaite militaire massive ou un effondrement économique non moins massif arrêtera les gens qui « confondent l’Autriche et l’Australie » dans leur quête démente d’hégémonie mondiale par la violence.

 

The Saker

Cet article a été rédigé pour Unz Review

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Diane pour le Saker francophone 367.

 

«Ne pas jouer avec le feu» en Syrie : Moscou annonce des manœuvres militaires en Méditerranée

Source : https://francais.rt.com/international/53632-ne-pas-jouer-avec-feu-moscou-annonce-manoeuvres-militaires-mediterranee

30 août 2018, 19:19

5b88240809fac288598b4567

La frégate russe Pytlivy dans le Bosphore en août 2018 (image d’illustration).

La Russie a annoncé de vastes manœuvres navales en Méditerranée, redoutant une provocation occidentale en Syrie, alors que l’armée syrienne s’apprête à reconquérir la province d’Idlib. Damas se dit prêt à «aller jusqu’au bout».

La Russie a annoncé ce 30 août des manœuvres militaires en Méditerranée, alors que l’offensive de Damas sur Idlib, ultime grand bastion syrien encore aux mains des rebelles et djihadistes, semble imminente et soulève les réticences de l’ONU et des Occidentaux.

«Nous prévoyons de déployer plus de 25 navires sous le commandement du croiseur lance-missiles Amiral Oustinov. Près de 30 avions participeront à ces exercices, dont des bombardiers stratégiques Tu-160», a fait savoir le ministère de la Défense russe dans un communiqué de presse. Les manœuvres devraient avoir lieu du 1er au 8 septembre.

Alors que l’ONU évoque la présence de quelque «10 000 terroristes» dans la province d’Idlib, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré : «Le foyer de terroristes qui s’est formé là-bas n’annonce rien de bon si l’inaction actuelle se prolonge.»

Les manœuvres navales engagées par la Russie, principale alliée de la Syrie, constituent donc selon lui une «hausse des mesures de précaution tout à fait fondée et justifiée.»

Cette annonce intervient alors que les médias russes rapportaient plus tôt cette semaine un renforcement de la présence militaire russe au large de la Syrie par crainte de frappes des Occidentaux contre l’armée syrienne. Moscou redoute en effet une fausse attaque chimique perpétrée par des rebelles afin de servir de prétexte à de nouvelles frappes occidentales contre la Syrie. Le porte-parole du ministère russe de la Défense Igor Konachenkov s’était d’ailleurs inquiété que l’USS Ross, un destroyer américain, soit entré en Méditerranée le 25 août dernier, armé de 28 missiles de croisière Tomahawk capables de frapper n’importe quelle cible en Syrie.

 

Moscou met l’Occident en garde de ne pas «jouer avec le feu»

 Ces craintes ont conduit Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, à rappeler, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue syrien tenue ce 30 août, la détermination de la Russie à aider la Syrie à mener à bien la reconquête intégrale de son territoire. «Nous avons des faits sous les yeux, et nous avons adressé une mise en garde forte à nos partenaires occidentaux de ne pas jouer avec le feu», a-t-il annoncé.

De son côté, le ministre des Affaires étrangères syrien, Walid al-Moualem, a annoncé que Damas était déterminé à «aller jusqu’au bout» dans sa lutte pour libérer la province d’Idlib, dont il estime qu’elle est principalement tenue par les djihadistes du Front al-Nosra (branche syrienne d’Al-Qaïda désormais connue sous le nom de Front Fatah al-Cham).

Alors que l’envoyé de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, s’inquiétait d’un usage d’armes chimiques par l’armée syrienne ainsi que par les combattants rebelles, le ministre syrien a martelé que son pays ne possédait pas d’armes chimiques. Il a en outre assuré que l’armée syrienne tenterait autant que possible d’éviter les pertes civiles lors de l’offensive à venir.

Alors que l’envoyé de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, s’inquiétait d’un usage d’armes chimiques par l’armée syrienne ainsi que par les combattants rebelles, le ministre syrien a martelé que son pays ne possédait pas d’armes chimiques. Il a en outre assuré que l’armée syrienne tenterait autant que possible d’éviter les pertes civiles lors de l’offensive à venir.

Empoisonnement au Novitchok: Nouvelles sanctions américaines contre la Russie

Washington a déterminé que Moscou était derrière l’attaque…

Source : 20 Minutes avec AFP

https://www.20minutes.fr/monde/2319135-20180809-empoisonnement-novitchok-nouvelles-sanctions-americaines-contre-russie

Publié le 09/08/18 à 02h19 — Mis à jour le 09/08/18 à 02h19

 

Les Etats-Unis ont annoncé mercredi leur intention d’imposer de nouvelles sanctions économiques à la Russie, après avoir déterminé que Moscou était derrière l’attaque à l’agent Novitchok au Royaume-Uni.

Après l’empoisonnement début mars à Salisbury de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia, « les Etats-Unis ont déterminé le 6 août (…) que le gouvernement russe avait utilisé des armes chimiques ou biologiques en violation des lois internationales », a indiqué la porte-parole du département d’Etat, Heather Nauert, dans un communiqué.

 

Sanctions obligatoires

La loi américaine de 1991 sur l’élimination de l’usage des armes chimiques et biologiques oblige le président américain à imposer des sanctions contre toute personne étrangère s’il « détermine qu’elle a sciemment contribué aux efforts d’un pays pour acquérir ou faire l’usage d’armes chimiques ou biologiques ».

L’empoisonnement confirmé de l’ex-agent double et de sa fille par leur exposition au Novitchok, un agent neurotoxique mis au point par l’Union soviétique à la fin de la Guerre froide, avait été attribué par Londres au gouvernement russe, qui avait nié toute implication et demandé des preuves. Une Britannique de 44 ans, mère de trois enfants, est ensuite morte le 8 juillet après avoir été exposée à un poison contenu dans un flacon de parfum.

La police britannique a établi qu’elle avait été exposée au Novitchok et le Royaume-Uni a demandé à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) de « déterminer de manière indépendante la nature » de la substance. L’enquête de l’OIAC se poursuit. Dès mars, par solidarité avec les Britanniques, Washington avait expulsé 60 diplomates russes accusés d’être des « espions » et la Russie en a aussitôt fait autant.

 

Deuxième salve possible

« Nous avons toujours dit très clairement que nous étions d’accord avec la conclusion qu’il s’agissait de l’agent Novitchok et que le coupable était en fin de compte la Fédération de Russie », a déclaré mercredi à la presse un haut responsable du département d’Etat.

Les sanctions envisagées, qui portent sur l’exportation de certains produits technologiques, comme des appareils ou de l’équipement électroniques, pourraient coûter « des centaines de millions de dollars » à l’économie russe, a indiqué un autre haut responsable américain ayant requis l’anonymat.

A partir du moment où les sanctions entreront en vigueur, la Russie aura 90 jours pour déclarer qu’elle n’utilise plus d’armes chimiques ou biologiques, s’engager à ne plus le faire à l’avenir et permettre des inspections pour s’assurer de leur élimination, a-t-il ajouté.

En cas de non respect de ces exigences, une deuxième salve de sanctions « draconiennes » serait décrétée, a poursuivi le haut responsable américain, notant qu’elles pourraient aller jusqu’à interdire les aéroports américains aux compagnies aériennes russes ou même suspendre les relations diplomatiques entre les deux pays. Le Kremlin a été notifié de cette décision mercredi.

 

Commentaire critique.

Voici le genre d’actes d’hostilité fondés sur des accusations infondées que distillent les services secrets américains et ceux des pays de l’OTAN et que propage fidèlement une grande partie de la presse occidentale pour entretenir l’idée que la Fédération de Russie serait encore et toujours l’adversaire sinon l’ennemie que fut jadis l’URSS. On notera que les sanctions et les menaces de sanctions draconiennes à venir sont exemptes de toute trace de preuve de la culpabilité de la Russie et même de tout souci de plausibilité. S’il est vrai que le Novitchok a été inventé en URSS, sa formule a été depuis lors décryptée en Occident. Quel intérêt aurait eu Moscou à tenter d’éliminer en Angleterre un de ses anciens espions qu’elle avait démasqué comme agent double travaillant pour Londres et emprisonné en Russie puis échangé avec Londres contre un agent russe détenu par le Royaume-Uni ? Aucun ! Il n’y avait pour elle, dans pareille tentative de meurtre, que des risques diplomatiques et d’opprobre public.

Cela rappelle de nombreux précédents propagés par le bellicisme étatsunien et propagé servilement par la presse occidentale quasi-unanime, comme les armes de destruction massive de Sadam Hussein en 2003 et les intentions meurtrières de Mohamad Khadafi envers un groupe d’insurgés libyens en 2011. On apprit, par la suite seulement, que ces insurgés avaient été secrètement armés par la France. Et c’est cette dernière qui, avec le Royaume uni, fut chargée des opérations militaires qui aboutirent à la dislocation de l’Etat libyen, en violation flagrante d’une décision d’exclusion aérienne prise par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 17 mars 2011.

IR 10.08.2018.

Pourquoi la Russie ne réplique-t-elle pas ?

par Dmitry Orlov

Le 24 mai 2018

Source Club Orlov

http://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-la-russie-ne-repond-pas

Beaucoup de commentateurs ont remarqué un fait curieux : lors du défilé du 9 mai sur la Place Rouge à Moscou, Poutine est apparu en présence du Premier ministre israélien Netanyahou. À cette même époque, l’armée de l’air israélienne tirait des missiles sur des cibles syriennes et iraniennes en Syrie (Une grande partie des défenses aériennes syriennes ont été détruites [avec quelques réserves, NdT]) et les Syriens ont tiré sur des positions israéliennes sur les hauteurs du Golan (territoire syrien occupé, aussi cela n’a donc pas compté comme une attaque contre Israël à proprement dit). Pourquoi la Russie n’a-t-elle pas pris la défense de son allié syrien ? De plus, on parlait de vendre le très puissant système de défense antiaérien S-300 de la Russie à la Syrie, mais cette offre a été retirée par la suite. Est-ce vraiment là le comportement d’un allié ?

 

Ou prenons un autre exemple : les relations entre la Russie et l’Ukraine sont dans une spirale descendante depuis le putsch de Kiev en 2014 qui a renversé le gouvernement constitutionnel. La région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, souffre d’un affrontement militaire, et elle est en proie à des provocations ukrainiennes contre la Russie et des sanctions économiques et politiques de la part des États-Unis et de l’UE en réponse à l’annexion de la Crimée et au conflit instable dans le Donbass qui a fait près de dix mille morts. Et pourtant, le principal partenaire commercial de l’Ukraine reste… la Russie. Non seulement la Russie continue-t-elle à commercer avec l’Ukraine, mais elle a également absorbé un exode de réfugiés économiques, exportés par une économie ukrainienne effondrée, un exode qui se compte en millions de personnes. La Russie a réinstallé ces réfugiés, leur a permis de trouver du travail et leur permet d’envoyer de l’argent à leurs proches en Ukraine. En outre, la Russie a refusé de reconnaître politiquement les deux républiques séparatistes de l’Est de l’Ukraine. La seule réponse réelle de la Russie vis-à-vis de l’Ukraine a été de revendiquer la Crimée. Mais cela coule plus ou moins de source : la Crimée faisait partie de la Russie depuis 1783, et le transfert de la Crimée à la République socialiste soviétique d’Ukraine, sous Nikita Khrouchtchev en 1954, violait la Constitution de l’URSS qui était en vigueur en ce temps.

Encore un autre exemple : les États-Unis, avec l’Union européenne agissant comme un serviteur obéissant, ont imposé diverses sortes de sanctions à la Russie depuis la loi Magnitski en 2012 qui a été poussée par l’oligarque incroyablement corrompu William Browder. Ces sanctions ont parfois été quelque peu dommageables, parfois utiles (stimulant le remplacement des importations en Russie) et parfois tout simplement sans intérêt. La Russie est trop grande, trop importante et trop puissante pour quiconque, même une entité aussi grande que les États-Unis et l’UE réunis, pour l’isoler ou la faire plier en imposant des sanctions. Dans certains cas, il y a eu un puissant effet boomerang qui a causé plus de souffrances aux sanctionneurs qu’aux sanctionnés. Mais la Russie n’a pas vraiment fait grand-chose pour y remédier, si ce n’est de travailler au remplacement des importations et d’établir des relations commerciales avec d’autres nations plus amicales. Elle aurait pu nuire aux États-Unis, par exemple, en bloquant la vente de pièces en titane sans lesquelles Boeing ne serait plus en mesure de construire ses avions. Ou elle pourrait interdire la vente de moteurs de fusée aux États-Unis, et les États-Unis seraient alors incapables de lancer des satellites. Mais la Russie n’a rien fait de tout cela. Au lieu de cela, elle n’a cessé de répéter que ces sanctions sont improductives et inutiles.

Un autre : en violation des accords conclus entre la Russie et les pays de l’OTAN, l’OTAN s’est étendue jusqu’à la frontière russe et a récemment transformé les petits États baltes d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie en une sorte de parc militarisé juste à côté de la frontière russe. L’OTAN y stationne des milliers de soldats et les entraîne à… attaquer la Russie. La Russie s’est plainte de cela, mais a continué à commercer avec tous les pays concernés. En particulier, elle a continué à fournir de l’électricité aux pays baltes et à utiliser les ports de la Baltique pour expédier ses produits. Lorsque la Lettonie a récemment interdit l’utilisation du russe dans les écoles (un tiers de la population est russe) et a commencé à violer les droits des Russes lituaniens qui tentaient de lutter contre cet affront, les Russes eux-mêmes ont avalé cet acte flagrant de discrimination anti-russe sans broncher. En Lettonie, les lumières sont toujours allumées et les trains de marchandises russes chargés roulent encore de l’autre côté de la frontière.

« Pourquoi cela ? », pourriez-vous me demander. « Pourquoi une telle attitude passive contre ces nombreux délits, magouilles et blessures ? » On ne peut pas dire que la Russie est trop grande pour être touchée. Les sanctions en 2012 ont été un fléau, puis en 2014 l’économie russe a pris un sérieux coup (mais la plupart du temps à cause des prix plus bas de l’énergie, pas de sanctions). Le rouble a perdu la moitié de sa valeur et le taux de pauvreté de la Russie a grimpé. Que se passe-t-il alors ?

Pour comprendre cela, vous devez prendre du recul et regarder le contexte global.

  • La Russie est le plus grand pays du monde en taille, mais certainement pas en termes de population. Ses frontières sont très bien défendues, mais elles s’étendent sur 61 000 kilomètres.
  • La Fédération de Russie est russe de nom, mais elle comprend plus d’une centaine de nations différentes, les Russes ethniques représentant un peu plus de 80% et six autres nations ayant plus d’un million de membres.
  • Elle est bordée par 16 États souverains, plus que tout autre pays, y compris deux frontières maritimes (avec le Japon et les États-Unis) et deux autres États non reconnus à l’échelle internationale (Abkhazie et Ossétie du Sud).
  • Elle a la plus grande diaspora au monde, avec entre 20 et 40 millions de Russes (selon la façon dont vous les comptez) vivant en dehors de la Russie proprement dite. La plus grande communauté russe à l’étranger est aux États-Unis et compte environ 3 millions de personnes.
  • Les troupes de maintien de la paix russes ont servi dans de nombreux pays autour de la Russie et dans le monde entier − Abkhazie ; Ossétie du Sud ; Arménie ; Transnistrie ; Tadjikistan ; Bosnie ; Kosovo ; Angola ; Tchad ; Sierra Leone ; Soudan − et continuent d’empêcher les conflits latents de se transformer en guerre ouverte.
  • L’immensité de la Russie et sa richesse en ressources naturelles en font l’un des principaux fournisseurs de produits économiquement essentiels dans le monde, notamment le pétrole, le gaz, l’uranium et le charbon qui empêchent les lampes de geler dans des dizaines de pays. Peu importe ce qui ne va pas dans les relations internationales, elle doit rester un fournisseur stable et fiable.

Dans cet environnement, contrer les gestes hostiles (et surtout futiles) émanant de l’autre côté de l’océan avec d’autres gestes hostiles (et généralement futiles) serait contre-productif : certaines personnes seraient touchées, et il est probable qu’elles seraient Russes.

Ainsi, une partie de l’approche gagnante consiste à se débrouiller, en maintenant les meilleures relations possibles avec autant de pays que possible, les voisins en particulier, parlant à tous dans chaque conflit et essayant de désamorcer et d’équilibrer soigneusement les intérêts disparates de tous. La Russie entretient de bonnes relations avec l’Iran et l’Arabie saoudite, qui sont des ennemis jurés, et avec la Syrie et Israël, qui se tirent dessus.

L’autre partie de l’approche gagnante pour affronter un monde extérieur de plus en plus hostile est de s’organiser doucement pour une autarcie limitée ; ne pas se fermer au monde, mais prendre des mesures pondérées pour devenir relativement invulnérable à ses vicissitudes. La Russie est déjà autosuffisante en énergie, fait des progrès dans son autosuffisance alimentaire, et le prochain défi est d’atteindre l’autosuffisance en matière de technologie et de finance.

Vu dans ce contexte, les échecs apparents de la Russie à agir avec force se révèlent être des étapes d’un équilibre prudent :

  • Les Israéliens bombardent la Syrie tandis que Netanyahou est à une place d’honneur lors du défilé à Moscou. La Syrie riposte en bombardant son propre territoire sur les hauteurs du Golan. Puis la Russie décide de ne pas vendre le système S-300 à la Syrie. Qu’est-ce qui vient de se passer ? Eh bien, Israël vient de reconnaître le Jour de la Victoire, le 9 mai, comme sa propre fête nationale. Un tiers des Israéliens sont en fait russes, et beaucoup d’entre eux se sont sentis très fiers d’être Russes ce jour-là, et ont participé à de grandes parades qui ont été diffusées à la télévision russe. Face à la montée de l’antisémitisme en Europe et aux néo-nazis incontrôlables en Ukraine, la Russie et Israël sont unis. Ensuite, il y a le fait qu’Israël n’aime pas qu’il y ait des Iraniens en Syrie. Ils ont certainement le droit de le faire, étant donné que les Iraniens continuent de parler de la façon dont Israël devrait être détruit[C’est l’avis de l’auteur, NdT]. Mais la présence iranienne en Syrie est sur invitation, ce n’est donc pas la préoccupation de la Russie. Voir Israël bombarder la Syrie n’aide pas la Russie, mais ce n’était pas la première fois et ce ne sera pas la dernière. La Syrie a réussi à abattre des missiles israéliens et à tirer sur des Israéliens sur les hauteurs du Golan. C’était une nouvelle évolution, une escalade et les escalades sont toujours mauvaises. Vendre le système S-300 aux Syriens aurait permis à la Syrie d’abattre n’importe quoi en l’air venant d’Israël, et comme la situation vient juste de s’envenimer, leur donner la possibilité d’augmenter le niveau d’escalade pouvait sembler une mauvaise idée.
  • L’Ukraine provoque continuellement la Russie et viole les droits des huit millions de Russes qui y vivent, et pourtant la Russie reste le plus grand partenaire commercial de l’Ukraine. Qu’est-ce que cela donne ? Eh bien, il y a le fait désagréable que l’Ukraine est actuellement gouvernée par des gens qui, pour employer un terme russe très spécifique, sont« inadéquats ». C’est un régime illégal, immensément corrompu, soutenu par un autre régime qui par delà l’océan est, en passant, aussi plutôt « inadéquat », dirigé par un bouffon ridicule qui est à son tour contrarié à tout instant par un « État profond » immensément corrompu. Mais ce sont des faits temporaires, et en aucun cas, ils ne l’emportent sur le fait intemporel que les Russes et les Ukrainiens sont essentiellement les mêmes personnes (à l’exception de quelques tribus qui habitent principalement à l’ouest du pays qui fut pendant des siècles un no man’s land au cœur de l’Europe centrale, juste à côté de la Transylvanie, d’où viennent les vampires). Les Russes et les Ukrainiens sont génétiquement indissociables, et il y a de nombreuses nations en Russie qui sont beaucoup plus différentes culturellement des Russes que les Ukrainiens. La stratégie gagnante dans ce cas est d’éviter de faire du mal à l’Ukraine, car elle se blesse déjà assez elle-même et parce que cela ne ferait que blesser d’autres Russes. Au lieu de cela, il est plus logique d’être patient et d’attendre. En fin de compte, les Ukrainiens en auront assez et prendront les choses en main, se débarrasseront de ces bons-à-rien et de leurs donneurs d’ordre outre-mer et la relation deviendra finalement plus normale
  • En ce qui concerne les sanctions occidentales, la Russie a imposé des contre-sanctions et elles étaient intelligentes. La Russie a interdit diverses catégories d’importations alimentaires en provenance de l’UE. Cela a permis d’augmenter la production alimentaire en Russie et d’amener la Russie vers l’autosuffisance. Étant donné que les agriculteurs dans l’UE sont politiquement assez puissants, cela a rendu les sanctions américaines impopulaires en Europe. Ajoutez à cela le fait que les États-Unis veulent maintenant sanctionner les importations d’énergie russe en Europe, forçant les Européens à acheter cette énergie aux États-Unis, dont les approvisionnements sont beaucoup plus chers et moins fiables, et vous pouvez voir pourquoi les Européens en ont déjà assez de l’ingérence de Washington. Bien sûr, après avoir abandonné une grande partie de leur souveraineté, il y a longtemps, les Européens font face à de grandes difficultés pour essayer de la récupérer, mais au moins ils commencent à y penser. C’est déjà une victoire pour la Russie : elle a besoin de pays indépendants et souverains comme voisins, et non pas d’une bande de vassaux irresponsables aux ordres de Washington. En ce qui concerne l’imposition de contre-mesures envers les États-Unis eux-mêmes, cela causerait plus de dommages économiques sans obtenir d’avantages politiques.
  • Sur l’empiètement de l’OTAN sur les frontières russes, les slogans anti-russes des milices baltes et les troupes de l’OTAN s’entraînant à« attaquer la Russie », pour être franc, les Russes se sentent un peu insultés, mais ils n’ont pas vraiment peur. Tout le monde sait que l’OTAN fait partie du racket des institutions de défense américaines. Son but est de voler des cargaisons d’argent, pas de faire des armes qui fonctionnent ou de former des armées qui peuvent se battre. Il y a maintenant un peu de blindage et de main-d’œuvre de l’OTAN prépositionnés dans les pays baltes, mais pas assez pour envahir réellement la Russie d’une manière significative. Et s’ils le font, ils se sentiront très vite très seuls. Vous voyez, les blindés de l’OTAN ne passent pas sous la plupart des ponts et ne peuvent pas parcourir de grandes distances sur des terrains accidentés comme les blindés russes. Ils doivent être transportés sur le champ de bataille en train ou sur des camions à plate-forme sur les routes fédérales. Ou ils doivent être expédiés via des ports en eau profonde. Donc, tout ce que la Russie a à faire, c’est de frapper des ponts et des installations portuaires en lançant des missiles d’à peu près n’importe où, puis de détruire le relativement petit contingent d’envahisseurs, et ce sera fini. L’OTAN le sait, et donc toute cette activité dans les pays baltes n’est qu’un moyen d’acheminer de l’argent vers les États baltes économiquement anémiques et en cours rapide de dépeuplement. Ils souffrent déjà; pourquoi les blesser plus. En ce qui concerne les droits des Russes en Lettonie, on pourrait penser qu’ils ne voient pas d’inconvénient à ce qu’ils soient violés, sinon ils déménageraient en Russie où il y a beaucoup de place pour eux. Ils méritent un fort soutien moral, bien sûr, mais c’est vraiment leur combat, pas celui de la Russie.

Cela ne fait pas de cet article la lecture la plus excitante au monde, mais qu’il en soit ainsi. Les gens recherchent sur Internet des histoires sur des tournants dramatiques, surtout parce qu’ils s’ennuient. Il arrive souvent que les développements les plus importants manquent de sensations, mais cela ne les rend pas moins importants. Par exemple, la Russie réduit ses dépenses de défense, car elle sera bientôt complètement réarmée. Les États-Unis et l’OTAN peuvent-ils faire de même ? Non ! Si jamais ils essayaient, l’establishment américain de la Défense corromprait une nouvelle série de membres du Congrès et de sénateurs, et les dépenses prodigues reprendraient immédiatement. Les Russes peuvent donc rester tranquillement assis, les bras croisés, et regarder la faillite des États-Unis. Ce sera certainement un tournant dramatique des événements ; vous devrez juste attendre.

Dmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Lien

Retrouvez Dmitry Orlov sur Arte TV pour quelques jours (à partir de 14′), une interview assez honnête, juste un peu caricaturale avec un peu de pub pour le Salon de la Collapsologie.

Traduit par Hervé, relu par Catherine pour le Saker Francophone