Escalade du risque de confrontation entre les États-Unis et la Russie en Syrie

par Bill Van Auken

20 juin 2017

Source : http://arretsurinfo.ch/escalade-du-risque-de-confrontation-entre-les-etats-unis-et-la-russie-en-syrie/

Source originaire : https://www.wsws.org/fr/articles/2017/jui2017/syri-j21.shtml

 

Évoquant le spectre d’un conflit syrien qui évoluerait en une confrontation entre les deux puissances nucléaires majeures du monde, le ministère russe de la défense a émis lundi un avertissement selon lequel il traiterait comme une cible hostile tout avion américain ou allié opérant dans l’ouest de la Syrie, où sont installées les propres forces de Moscou, ainsi que celles du gouvernement.

L’avertissement russe était une réponse à la destruction en vol d’un avion de la force aérienne syrienne dimanche par un avion de chasse de la Marine américaine au-dessus du nord de la Syrie, où les forces de l’armée américaines soutenues par des milices kurdes avancent vers la ville de Raqqa tenue par l’ÉI.

L’incident de dimanche marque la première fois qu’un avion de guerre américain abat un avion syrien sur son propre territoire et représente une escalade majeure dans la guerre de six ans pour le changement de régime, orchestrée par les États-Unis. Le pilote syrien, qu’on a vu descendre en parachute dans une zone contrôlée par l’État islamique (ÉI), manque toujours.

« Dans les régions où la Force aérienne russe effectue des opérations au-dessus de la Syrie, tous les objets volants – y compris les avions et les drones de la coalition internationale – découverts à l’ouest du fleuve Euphrate seront traités comme des cibles aériennes et traqués par les systèmes de défense terrestres ou aériens », a averti le ministère russe de la défense.

Le vice-ministre des Affaires étrangères de Russie, Sergei Ryabkov, a qualifié l’attaque des États-Unis contre l’avion syrien d’« acte d’agression et une violation directe du droit international ».

Moscou a également indiqué qu’il avait coupé un téléphone rouge de « déconflixion » avec le Pentagone, utilisé pour prévenir les affrontements involontaires entre les avions de chasse américains et russes au-dessus de la Syrie.

Washington a émis une série de réponses contradictoires aux avertissements de la Russie. Le président des Chefs d’état-major de l’armée américaine, Joseph Dunford, a déclaré aux médias que le Pentagone œuvrerait « diplomatiquement et militairement dans les prochaines heures pour rétablir la déconflixion ». Quand on lui a demandé s’il était préoccupé pour la sécurité des pilotes américains volant au-dessus de la Syrie après l’avertissement russe, le général a répondu qu’il était confiant que « nos forces ont la capacité de se défendre ».

Lors d’une bizarre conférence de presse à la Maison Blanche lundi où les journalistes ont été empêchés de filmer ou d’enregistrer les réponses à leurs questions, le secrétaire de la Maison Blanche à la presse, Sean Spicer, a déclaré que Washington « fera tout [son] possible pour protéger [ses] intérêts » en Syrie, ajoutant : « Nous conserverons toujours le droit de légitime défense. »

Seule la logique perverse de la poussée impérialiste des États-Unis pour l’hégémonie au Moyen-Orient et dans le monde entier peut expliquer l’invocation de la « légitime défense » pour les actions prises par les forces militaires américaines en abattant un avion volant au-dessus de son propre territoire.

La destruction de l’avion syrien fait suite à une série d’actes d’agression américains contre les forces gouvernementales syriennes. En septembre dernier, les raids aériens menés par les États-Unis ont tué ou blessé jusqu’à 200 soldats syriens dans la province orientale de Deir el-Zour. Alors que le Pentagone a ensuite affirmé que l’attaque était une « erreur regrettable », il fournissait un soutien aérien aux combattants de l’ÉI pour envahir un poste du gouvernement syrien.

Puis, en avril, les États-Unis ont fait pleuvoir 50 missiles de croisière sur la base aérienne al-Shayrat de la Syrie, apparemment en réponse à une prétendue attaque au gaz qui avait toutes les marques d’une provocation de la CIA.

Au cours du mois dernier, le Pentagone a mené trois attaques aériennes distinctes sur des forces pro-gouvernementales qui se seraient approchées d’une base désertique près du passage frontalier syrien d’al-Tanf au sud-est avec l’Irak, où 150 soldats des forces spéciales américaines entraînent les soi-disant « rebelles » pour poursuivre la guerre pour un changement de régime contre le gouvernement à Damas.

À chaque nouvelle attaque, il devient de plus en plus clair que la prétendue campagne anti-ÉI menée par les forces dirigées par les États-Unis est une couverture pour une intervention militaire américaine visant à garantir les objectifs de la guerre qui dure depuis six ans pour obtenir le changement de régime en Syrie, le renversement du gouvernement Assad et l’imposition d’un régime fantoche américain. À cette fin, le Pentagone est déterminé à ce que le territoire arraché à l’ÉI reste sous son contrôle plutôt que sous celui du gouvernement syrien. Les affrontements qui ont mené à la destruction de l’avion syrien sont liés à cette ruée sur les territoires.

La campagne en Syrie fait partie d’une poussée des États-Unis vers la guerre avec l’Iran qui a été expliquée par le président américain Donald Trump lors de son voyage le mois dernier dans les deux principaux ennemis régionaux de Téhéran, l’Arabie Saoudite et Israël. Le tournant de l’administration Trump vers une attitude ouvertement agressive envers Téhéran a permis de déstabiliser davantage toute la région, où la monarchie saoudienne, soutenue par l’Égypte et les Émirats arabes unis, impose un blocus total qui équivaut à une guerre contre le Qatar. Ce dernier pays, abrite le siège du Commandement central avancé des États-Unis, alors qu’il dépend en même temps des recettes provenant d’un énorme champ gazier qu’il partage avec l’Iran.

La menace d’une guerre plus large a été soulignée par une attaque iranienne de missiles dirigée contre des cibles de l’ÉI dans la ville syrienne orientale de Deir el-Zour. Les missiles ont été lancés depuis l’ouest de l’Iran, à environ 595 kilomètres de là, sur le territoire de l’Irak, dont le gouvernement a autorisé l’attaque.

Alors que Téhéran a justifié les frappes des missiles comme des représailles aux attentats terroristes au début de ce mois, revendiqués par l’ÉI, où 18 Iraniens ont été tués et plus de 50 blessés, les autorités iraniennes ont clairement indiqué qu’elles avaient pour but d’envoyer un avertissement plus large.

« Les Saoudiens et les Américains sont en particulier les destinataires de ce message », a déclaré le général Ramazan Sharif, du Corps de la Garde révolutionnaire iranienne. « C’est évident et clair, certains pays réactionnaires de la région, en particulier l’Arabie saoudite, avaient annoncé qu’ils essayaient d’introduire de l’insécurité en Iran ». Téhéran a déclaré que les Saoudiens étaient derrière les attentats terroristes. La Maison-Blanche de Trump, quant à elle, a publié une déclaration accusant essentiellement le gouvernement iranien d’avoir attiré la terreur contre lui-même.

La menace que l’intervention des États-Unis en Syrie puisse éclater en une guerre régionale et même mondiale est exacerbée par le fait que l’administration de Trump cède aux huiles de l’armée américaine pratiquement toutes les décisions concernant les multiples guerres de Washington, de l’Irak et la Syrie à l’Afghanistan et au-delà. Le nombre de soldats impliqués, les règles d’engagement et d’autres politiques essentielles sont fixés par une cabale de généraux en service actif et récemment retraités, y compris le secrétaire de la Défense James Mad Dog (chien enragé) Mattis et le conseiller de Trump à la sécurité nationale, le général H.R. McMaster, ainsi que les commandants sur le terrain.

Des sections de l’armée ont amèrement ressenti le fait que l’administration Obama se soit retirée d’une guerre planifiée contre la Syrie en 2013, alors que face à une hostilité populaire accablante à une autre guerre au Moyen-Orient et à des divisions profondes dans l’establishment de la politique étrangère, Washington s’est limité a un accord négocié par la Russie pour détruire les armes chimiques de la Syrie. Depuis lors, le soutien de la Russie et de l’Iran a permis au gouvernement syrien de repousser les milices islamistes soutenues par la CIA et de reprendre la quasi-totalité des principaux centres de population du pays.

Inverser ces avancées est essentiel pour que les États-Unis affirment sa position dominante sur le Moyen-Orient riche en pétrole. Il ne fait aucun doute qu’il y a des huiles de l’armée des États-Unis qui souhaiteraient une confrontation avec l’Iran et même la Russie pour atteindre cet objectif, quelle que soit la menace d’une guerre plus large et potentiellement catastrophique dans le monde.

Fait significatif, lorsque les journalistes ont demandé au général Dunford lundi qui avait donné l’autorisation à l’armée américaine de mener des actions armées contre le gouvernement de la Syrie, le président des Chefs d’état-major de l’armée américaine a cité la Loi sur l’autorisation de l’utilisation de la force militaire adoptée par le Congrès à la suite des attaques du onze septembre 2001, il y a près de 16 ans.

Il n’y a pas eu de débat, et encore moins de vote, au sein du Congrès des États-Unis autorisant une guerre contre la Syrie. Les démocrates n’ont pas soulevé d’opposition à Trump en donnant toute latitude aux généraux et ont poussé politiquement la campagne de propagande anti-Russie hystérique qui ouvre la voie à la confrontation militaire.

The World Is Going Down With Trump

Paul Craig Roberts

June 23, 2017

Source :

http://www.paulcraigroberts.org/2017/06/23/world-going-trump/

On June 21 the editorial board of the Washington Post, long a propaganda instrument believed to be in cahoots with the CIA and the deep state, called for more sanctions and more pressure on Russia.

One second’s thought is sufficient to realize how bad this advice is. The orchestrated demonization of Russia and its president began in the late summer of 2013 when the British Parliament and Russian diplomacy blocked the neoconned Obama regime’s planned invasion of Syria. An example had to be made of Russia before other countries began standing up to Washington. While the Russians were focused on the Sochi Olympic Games, Washington staged a coup in Ukraine, replacing the elected democratic government with a gang of Banderite neo-nazi thugs whose forebears fought for Hitler in World War II. Washington claimed it had brought democracy to Ukraine by putting neo-nazi thugs in control of the government.

Washington’s thugs immediately began violent attacks on the Russian population in Ukraine. Soviet war memorials were destroyed. The Russian language was declared banned from official use. Instantly, separatist movements began in the Russian parts of Ukraine that had been administratively attached to Ukraine by Soviet leaders. Crimea, a Russian province since the 1700s, voted overwhelmingly to seperate from Ukraine and requested to be reunited with Russia. The same occurred in the Luhansk and Donetsk regions.

These independent actions were misrepresented by Washington and the presstitutes who whore for Washington as a “Russian invasion.” Despite all facts to the contrary, this misrepresentation continues today. In US foreign policy, facts are not part of the analysis.

The most important fact that is overlooked by the Washington Post and the Russophobic members of the US government is that it is an act of insanity to call for more punishment and more pressure on a country with a powerful military and strategic nuclear capability whose military high command and government have already concluded that Washington is preparing a surprise nuclear attack.

Are the Washington Post editors trying to bring on nuclear armageddon? If there was any intelligence present in the Washington Post, the newspaper would be urging that President Trump immediately call President Putin with reassurances and arrange the necessary meetings to defuse the situation. Instead the utterly stupid editors urge actions that can only raise the level of tension. It should be obvious even to the Washington Post morons that Russia is not going to sit there, shaking in its boots, and wait for Washington’s attack. Putin has issued many warnings about the West’s rising threat to Russian security. He has said that Russia “will never again fight a war on its own territory.” He has said that the lesson he has learned is that “if a fight is unavoidable, strike first.” He has also said that the fact that no one hears his warnings makes the situation even more dangerous.

What explains the deafness of the West? The answer is arrogance and hubris.

As the presstitute media is incapable of reason, I will do their job for them. I call for an immediate face-to-face meeting between Trump and Putin at Reykjavik. Cold War II, begun by Clinton, George W. Bush, and Obama, must be ended now.

So, where is President Trump? Why is the President of the United States unable to rise to the challenge? Why isn’t he the man Ronald Reagan was? Is it, as David Stockman says, that Trump is incapable of anything except tweeting?  http://www.informationclearinghouse.info/47310.htm 

Why hasn’t President Trump long ago ordered all intercepts of Russian chatter gathered, declassified, and made public? Why hasn’t Trump launched a criminal prosecution against John Brennan, Susan Rice, Comey, and the rest of the hit squad that is trying to destroy him?

Why has Trump disarmed himself with an administration chosen by Russiaphobes and Israel?

As David Stockman writes, Trump “is up against a Deep State/Dem/Neocon/mainstream media prosecution” and “has no chance of survival short of an aggressive offensive” against those working to destroy him. But there is no Trump offensive, “because the man is clueless about what he is doing in the White House and is being advised by a cacophonous coterie of amateurs and nincompoops. So he has no action plan except to impulsively reach for his Twitter account.”

Our president twitters while he and Earth itself are pushed toward destruction.

 

Ever Closer to War

BRIAN CLOUGHLEY

21.06.2017

Source :

https://www.strategic-culture.org/news/2017/06/21/ever-closer-war.html

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The Science and Security Board of the Bulletin of the Atomic Scientists has warned that the likelihood of a catastrophic nuclear war is closer than since 1953. As explained by the Bulletin, in 1947 it devised the Doomsday Clock «using the imagery of apocalypse (midnight) and the contemporary idiom of nuclear explosion (countdown to zero) to convey threats to humanity and the planet».

Each year «the decision to move (or to leave in place) the minute hand of the Doomsday Clock is made by the Bulletin’s Science and Security Board in consultation with its Board of Sponsors, which includes 15 Nobel laureates». In 1953 the Clock was at two minutes to midnight. In the worst years of the cold war it was at 3 minutes to midnight when, in 1984 it was recorded that «US-Soviet relations reach their iciest point in decades. Dialogue between the two superpowers virtually stops. Every channel of communications has been constricted or shut down; every form of contact has been attenuated or cut off…»

And now, in 2017, it is apparent that channels of communication with Russia are being deliberately cut off — and the hands of the Doomsday Clock have been placed at just two-and-a-half minutes from midnight. Disaster looms.

And as it looms, the United States Senate is heightening its global confrontational approach and announced that it intends to penalise Russia for a number of supposed misdemeanours.

Senator Lindsey Graham told CBS News that the Senate will «punish Russia for interfering in our elections» — concerning which allegation there has not been one shred of proof provided by anyone. All-embracing inquiries are under way, of course, but be assured that if there were the slightest, tiniest, most microscopic morsel of actual proof of any interference, it would by now have been leaked to the media and made headline news.

Senator Graham excelled himself by telling President Trump, via CBS News, that «You’re the commander in chief. You need to stand up to Russia. We’re never going to reset our relationship with Russia until we punish them for trying to destroy democracy. And that starts with more sanctions».

Then the CBS interviewer brought up the subject of the many inquiries into allegations of Trump-Russia plotting and mentioned that a Democrat had said the investigations were a «fishing expedition… What’s your response to that?»

The Senator replied «That’s not your, none of your business. We’re going to do what we think is best. The Russians interfered in our election. They’re doing it all over the world. No evidence yet that the Trump campaign colluded with the Russians. I don’t believe the president colluded with the Russians, just because of the way he behaves. There’s zero evidence that President Trump did anything wrong with the Russians. There’s overwhelming evidence that Russia is trying to destroy democracy here and abroad. And if you forgive and forget with Putin, you’re going to get more of the same and you’re going to entice Iran and China to come in 2018 and 2020».

The US Senate believes there is «zero evidence» that President Trump had help from Russia in his election campaign — which is true — but also thinks there is «overwhelming evidence» that Russia is trying to influence voting in America, although there is not a shred of proof to that effect.

The Senator spoke with the authority, force and majesty of the US Senate, and the world has to accept that his pronouncements represent the wishes of the legislators of his mighty nation which is intent on imposing harsher sanctions on Russia. As observed by Forbes, the new Bill «punishes Russian oil and gas firms even more than the current sanctions regime… Russia has no friends on Capitol Hill».

It is intriguing that the sanctions focus on oil and gas production, and Bloomberg reported that Germany and Austria consider «the measures sought to bolster US economic interests and included an unacceptable intervention in the region’s energy sector». In an unprecedented expression — indeed, explosion — of disapproval, Germany’s Foreign Minister Sigmar Gabriel and Austria’s Chancellor Christian Kern said in a joint statement that «Europe’s energy supply is a matter for Europe, not the United States of America… instruments for political sanctions should not be tied to economic interests» and that the Senate’s amendment heralded a »new and very negative quality in European-American relations».

As London’s Financial Times reported, «the Russia sanctions outline opposition to Nord Stream 2, a pipeline that will double capacity for Gazprom… to supply gas to Europe under the Baltic Sea. The measures could affect European energy companies, including Shell, Engie and OMV, which are financing the pipeline. Shares in all four companies tumbled on Thursday».

Washington’s mission of lucrative destruction was partly achieved, but that’s where we come to the essence of the matter. The part of the Sanctions Bill involving Russia was an add-on to a series of vindictive measures against Iran, but it seemed a good idea to also sanction Russia’s oil and gas production, because nobody would benefit more than the oil and gas companies of the United States.

Bloomberg explained that the Nord Stream pipeline «would compete with US exports of liquefied natural gas to Europe». And the Senate made it plain that the US government «should prioritize the export of United States energy resources in order to create American jobs, help United States allies and partners, and strengthen United States foreign policy».

It’s difficult to see how the Senate’s arrogant dabbling might «help allies and partners,» but those in America who own energy resources and want to continue making vast profits continue to help their allies and partners in the Senate and the House. Without their financial support, many legislators would never have got to Washington.

As recorded by Open Secrets, companies closely associated with oil and gas production gave US politicians over fifty million dollars in 2015-2016 to help their democratic election:

Top Contributors, 2015-2016

Contributor Amount
Koch Industries $9,501,803
Chevron Corp $5,116,216
Ariel Corp $4,809,612
Stewart & Stevenson $4,127,231
Western Refining $4,067,802
Petrodome Energy $3,000,000
Chief Oil & Gas $2,977,493
Hunt Companies $2,709,917
Marathon Petroleum $2,398,781
Edison Chouest Offshore $2,198,872
Energy Transfer Equity $2,164,853
Kinder Morgan Inc $2,112,160
American Petroleum Institute $2,085,345
Exxon Mobil $2,065,787
Occidental Petroleum $1,855,908
Devon Energy $1,811,364
Otis Eastern $1,733,017
Honeywell International $1,461,284
Anadarko Petroleum $1,343,741
Red Apple Group $1,218,312

Source: By kind permission of the Center for Responsive Politics

And Senator Lindsay Graham was given a bundle by many commercial organisations, headed by Nelson, Mullins, whose $254,247 in 1993-2016 no doubt helped him along the way. Nelson Mullins, incidentally, has attorneys who «have experience in advising electrical and pipeline providers on legal matters». Then he got $175,605 from SCANA, which is «a $9 billion energy-based holding company, based in Cayce, South Carolina… Its businesses include… natural gas utility operations and other energy-related businesses». Another of Senator Graham’s generous sponsors is the Fluor Corporation ($94,801) which «understands the critical success factors driving onshore oil and gas production and terminal businesses, providing practical solutions to maximize project investment».

It doesn’t matter to these people, or to the legislators they’ve bought with their donations, that the Doomsday Clock has ticked closer to the midnight of Armageddon, and that the hostile approach of the United States is alienating a proud nation that can take only so much before it reacts against Washington’s aggressive confrontation. The sleazy hypocrisy of US legislators is legendary, but it is their ignorance greed and arrogance that are worrying.

While Senator Graham was dancing to the tune of his oil angels, the Washington Post reported that seven percent of American adults believe chocolate milk comes from brown cows. That is «16.4 million misinformed, milk-drinking people». The representative of FoodCorps which encourages sensible nourishment said this was unfortunate, and «We still get kids who are surprised that a French fry comes from a potato, or that a pickle is a cucumber. Knowledge is power. Without it, we can’t make informed decisions».

Just like the US Senate.

Tags: Doomsday Clock

A propos de la prétendue ingérence de la Russie dans la campagne électorale américaine

par Nicola Ferronato, politologue
Source : Horizons et Débats, Zurich,
http://www.zeit-fragen.ch/fr/ausgaben/2017/nr-34-31-januar-2017/angebliche-einmischung-russlands-in-den-us-wahlkampf.html
12 février 2017

Le 6 janvier 2017, les services de renseignement américains CIA, FBI et NSA ont publié un rapport de 25 pages («Contexte de l’‹évaluation des activités et des intentions russes lors des récentes élections américaines›: processus analytique et attribution des cyber-incidents»*) dénonçant l’ingérence de la Russie dans le processus des élections américaines. La Russie, et son président en personne, seraient coupables d’avoir piraté les serveurs du Comité national du parti démocrate (DNC) et du camp de Hillary Rodham Clinton (HRC), afin de favoriser Donald J. Trump dans la course à la présidentielle. Cet article offre une brève analyse du rapport en question et le critique pour son manque d’arguments et de preuves.
Le rapport accuse la Russie sans présenter de preuves
Les services de renseignement américains sont catégoriques: toute une nation est coupable. En effet, il est prouvé, déclare-t-on dans l’introduction du rapport, que «la Russie a mis en œuvre une campagne de cyber-attaques afin d’influencer les récentes élections aux Etats-Unis» (p. II). Et il serait évident pour les agents du renseignement américain que Poutine prévoit «d’appliquer son savoir-faire, aguerri durant les élections […] ailleurs dans le monde pour y influencer des élections futures» (p. III). Ce rapport publié par le directeur du Renseignement national (appelé «rapport» ci-après), ayant rassemblé les analyses de la CIA, du FBI et de la NSA, ne laisse aucun doute quant à la culpabilité de la Russie et encore moins quant à celle du président Poutine en personne. «Nous concluons que le président russe Vladimir Poutine a ordonné la mise en œuvre d’une campagne d’influence en 2016 visant les élections présidentielles américaines» (p. II), lit-on dans l’introduction du rapport. Ceci est la première accusation directe qui reste, hélas, non-prouvée. Il semblerait, malheureusement, que les arguments du rapport se fondent largement sur des estimations émotives et des opinions. Les agences de renseignement sont explicites: «La plupart des arguments-clés de ce rapport sont […] conformes à notre appréciation du comportement de la Russie». Mais aucune précision technique concrète n’est avancée! Comme c’est embarrassant pour trois agences de renseignement pourtant si respectées à travers le monde! Le rapport accuse la Russie, et sans preuve! – à l’instar du rapport de la CIA de 2002 affirmant que l’Irak possédait des armes de destruction massive. C’est sur ce rapport de 2002, d’ailleurs, que l’administration Bush a principalement fondé et légitimé sa politique de guerre au Moyen-Orient dans les années qui ont suivi. Ne sous-estimons donc pas l’importance et l’influence que peut avoir ce genre de document sur la politique étrangère américaine. A l’heure actuelle déjà, le rapport du 6 janvier a des répercussions. Suite à sa publication, l’ancien président américain Barack Obama a de nouveau renforcé les sanctions contre la Russie. Plusieurs nouvelles entités gouvernementales sont à présent listées sur les protocoles de sanctions économiques, ainsi que 6 citoyens russes. Plus encore, deux résidences à disposition de l’ambassade russe aux Etats-Unis (à Long Island et Maryland’s Eastern Shore) ont été retirées à la représentation diplomatique, les diplomates ne disposant que de 24 heures pour quitter les lieux. Et par dessus tout, 35 diplomates et leurs familles ont été expulsés du territoire américain suite à des «soupçons d’espionnage».
Les accusations des services de renseignement américains contre Moscou semblent infondées
Beaucoup d’autres accusations des services de renseignement américains contre Moscou semblent, à cette heure, infondées. Par exemple, lit-on dans le rapport que «la campagne de Moscou à l’encontre des élections américaines reflète des années d’investissement et de préparation dans les moyens d’action». Les Russes savaient-ils donc déjà que Donald Trump allait affronter Hillary Clinton plusieurs années avant l’élection? Une autre accusation affirme qu’«en juillet 2015, les services secrets russes ont eu accès au serveur du Comité national du parti démocrate (DNC) et auraient maintenu cet accès au moins jusqu’en juin 2016». Il est difficile de penser, et peu plausible, qu’un cyber-pirate aurait pu conserver un accès illimité au serveur du DNC aussi longtemps puisque le piratage n’est pas un moyen de cyber-intrusion très discret, et il est encore mois plausible que le Kremlin soit ce pirate. La seule information plus ou moins technique du rapport est la suivante: «Nous concluons que le GRU (services secrets russes) s’est servi de ‹Guccifer 2.0›, ‹DCLeaks.com› et ‹Wiki-leaks›» (p. 2) pour publier des informations susceptibles d’endommager l’image du gouvernement américain et celle du Parti démocrate. Là encore, aucune preuve n’est présentée.
Ce rapport pourrait être le travail d’un étudiant de première année
En outre, dans ce rapport sur les prétendues cyber-attaques russes, publié par les meilleures agences de renseignement du monde, environ 7 pages sur 25 sont exclusivement consacrées à la chaîne de télévision russe RT (Russia Today). Cette chaîne, subventionnée par l’Etat, aurait, elle aussi, participé à cette campagne criminelle contre la démocratie aux Etats-Unis. On peut se demander pourquoi les services de renseignement américains évaluent l’influence de RT et celle des prétendus hacks sur l’élection dans un même document, comme s’il s’agissait de la même chose. Ce sont deux thèmes très différents devant être étudiés séparément. En mélangeant des sujets si hétérogènes et éloignés, le rapport ne fait que brouiller les pistes, offusquer la pertinence du texte et enténébrer la compréhension des lecteurs. On pourrait presque croire que c’est intentionnel. Enfin, il est dur de comprendre le lien entre RT et le rapport qui, ne l’oublions pas, a pour titre: «Evaluation des activités et intentions russes lors des récentes élections américaines: processus analytique et attribution des cyber-incidents»?
Mais, au fait, quel crime la chaîne RT a-t-elle commis? Les agences de renseignement lui reprochent d’avoir soutenu Trump plutôt que Clinton. Certes, il semble que Trump soit le candidat de prédilection de la direction de RT, mais qu’importe? Les directions de CNN, du «New York Times», de la BBC et la plupart des autres médias «mainstream» internationaux favorisaient, eux, Mme Clinton. D’ailleurs, n’est-il pas normal que les médias russes puissent préférer Trump à Clinton. En effet, Trump, dans sa campagne, avait émis le souhait de développer de meilleures relations avec la Russie alors que Mme Clinton appelait ouvertement et agressivement à davantage de confrontation directe et de sanctions à l’égard de la Russie? Il est ironique, presque drôle, de constater la prétention des services de renseignement à s’étonner du fait que les Russes puissent avoir une préférence.
Il est décevant de lire des pages entières d’accusations contre une chaîne de télévision dans un rapport censé être des plus professionnels et du plus haut niveau. Si l’on scrute attentivement le rapport, force est de constater qu’il y est fait référence 106 fois au mot «RT» dans ces 25 pages consacrées au «cyber-incident» en question. Considérant les nombreuses pages-titre quasiment vides, la place prépondérante que prend cette chaîne de télévision aux yeux des services de renseignement est surprenante. Faites le calcul vous-même: 106 divisé par 25. Vous trouverez le nombre de fois que RT est mentionné sur chaque page. Par effet de contraste, il est intéressant de noter que le mot «cyber» apparaît une quinzaine de fois dans le document; et le mot «Poutine» apparaît une trentaine de fois. Le moins qu’on puisse dire est que ce rapport pourrait être le travail d’un étudiant de première année: parsemé de jolies photos, de graphiques simplifiés, d’un vocabulaire simple, exempt de toute velléité technique, etc. On peut légitimement se demander s’il s’agit réellement d’un rapport de renseignement, ou plutôt «d’une déclaration de presse conçue pour la recherche du sensationnel en politique», selon les termes de Julien Assange.
Violation manifeste de la présomption d’innocence
Par ailleurs, il est regrettable de constater que certains médias de masse (notamment CNN, «The New York Times», BBC, «The Guardian») se soient aveuglément basés sur le rapport décrit ci-dessus, sans esprit critique, pour frapper la Russie à leur tour. Beaucoup de médias européens cependant, notamment français («Le Monde», «Le Figaro») et allemands («Frankfurter Allgemeine Zeitung», Der Spiegel, «Süddeutsche Zeitung»), ont étudié le rapport de manière un plus critique et refusent de suivre la trajectoire hyperbolique des médias britanniques et américains. Aussi, malgré les tensions accrues qu’inspire le rapport entre les Etats-Unis et la Russie, il semblerait que le président Donald Trump refuse de se laisser entraîner par les allégations des trois agences à l’origine du rapport. Il semble se baser sur le principe de la présomption d’innocence, ce qui est honorable. Il s’agit d’un principe qui est reconnu dans la plupart des démocraties et se trouve dans l’article 11 de la Déclaration universelle des droits de l’homme: «Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées». La Russie n’est pas une personne physique, certes, mais une personne morale et mérite qu’on la présume, jusqu’à preuve du contraire, innocente. Il est probable que les agences de renseignement américaines aient des indices davantage probants que ceux présentés dans leur rapport, mais qu’elles ne veulent pas les rendre publiques. Il est possible aussi que des cyber-attaques dilettantes aient eues lieu depuis la Russie à l’encontre d’institutions américaines avant ou durant la période des élections. Que des hackers américains pénètrent des institutions russes est chose très envisageable aussi, surtout dans un monde ou l’insécurité informatique s’aggrave rapidement. Bref, ce qui n’est pas probable, toutefois, c’est que le Kremlin et Poutine en personne aient commandité de telles attaques. Peut-être connaîtrons-nous un jour la vérité sur ces histoires de hacks et de leaks. Pour l’instant toutefois, on ne peut que spéculer. Par conséquent, il est impossible de tirer des conclusions certaines à partir de ces arguments émotifs émanant de discours politiques.
Il se pourrait que les trois agences de renseignement se soient tirées une balle dans le pied. Laisser entendre que les Russes puissent influencer le résultat d’une élection présidentielle aux Etats-Unis et suggérer que Trump, par conséquent, ne soit pas légitimement élu, est contre-productif. Trump est le président, et elles doivent maintenant travailler avec et pour lui, quoi qu’il arrive. Les accusations injustifiées du rapport illustrent donc un certain manque de respect, ou tout du moins du mépris, envers le système démocratique américain et envers le peuple qui l’a créé.     •
*    Intelligence Community Assessment (ICA), «Background to ‹Assessing Russian Activities and Intentions in Recent US Elections›: The Analytic Process and Cyber Incident Attribution», 6 January 2017

Le Temps dans la guerre contre la “désinformation russe”

par

Ivo Rens

5 janvier 2017

 

L’OTAN et l’Union européenne s’inquiètent toujours plus de l’influence croissante de la Russie dans le monde de l’information. Mais jusqu’ici, ces instances ont été impuissantes à remédier à ce que les dirigeants occidentaux tiennent pour une fâcheuse dégradation de l’opinion publique.

 

“Tandis que le modèle journalistique traditionnel des pays d’Europe occidentale traverse de graves difficultés économiques, les médias russes gagnent toujours plus de terrain. A la botte du Kremlin et régis par une organisation verticale quasi militaire, ils proposent un nouveau type de journalisme qui s’inscrit dans une stratégie générale de désinformation de l’opinion publique.” C’est par cette mise en contexte que débute un article intitulé “la nouvelle désinformation russe” paru dans Le Temps du 17 juin 2016, et dû au talent de Luc Maffre, politologue.

Pour cet auteur, il est évident que l’ennemi russe a succédé à l’ennemi soviétique auquel il emprunte ses méthodes de désinformation, mutatis mutandis. Le succès des nouveaux médias russes s’expliquerait par leur habile utilisation de fausses rumeurs, par la dérégulation du marché de l’information due à la Toile et par le recours à des personnalités charismatiques comme Julian Assange et Edward Snowden.

Dans un Editorial et un article de fond parus dans Le Temps du 28 décembre 2016, Frédéric Koller surenchérit sur cette thématique. Citant un responsable de l’OTAN, il affirme que, “avec des médias traditionnels, les réseaux sociaux, des SMS et des trolls, la Russie, comme l’Etat islamique, tente de décrédibiliser les processus démocratiques.” Selon Frédéricc Koller, il ne s’agirait pas seulement de désinformation, mais d’une guerre hybride, “mélange d’opérations de terrain, de piratage informatique et de désinformation” en partie pilotée par le Kremlin, dans le but d’affaiblir l’Union européenne et l’OTAN en divisant leurs membres afin d’avantager les intérêts de la Russie. On serait donc bien en présence d’une stratégie militaire.

Les médias russes nommément visés sont Russia Today (RT) et Sputnik. Selon Koller et Maffre le Kremlin miserait, en Occident, sur le concours des partis et mouvances d’extrême droite et pourrait être intervenu aux Etats-Unis dans l’élection inattendue de Donald Trump. L’OTAN et l’Union européenne auraient bien tenté d’amorcer des stratégies de résistance, mais sans grand succès en raison des pièges inhérents à la contre-propagande. En définitive, conclut Frédéric Koller, “face à la propagande pilotée par le Kremlin avec de très gros moyens, on doit s’en remettre à la presse libre. C’est notre force et notre faiblesse”…

 

La faiblesse à laquelle songe l’auteur serait due à la crise du “modèle journalistique traditionnel” pour reprendre l’expression de Luc Maffre. Mais en réalité, elle est autrement plus profonde qu’il le croit car elle réside dans la servilité des Etats membres tant de l’UE que de l’OTAN et de nombre de journalistes occidentaux envers la ligne du politiquement correct que définissent les Etats-Unis et que propagent notamment les grandes agences de presse occidentales.

Frédéric Koller et Le Temps en sont des exemples frappants. Voilà un journaliste suisse s’exprimant dans un quotidien suisse qui, à aucun moment, ne songe à tirer avantage de sa situation de ressortissant d’un pays neutre n’appartenant ni à l’OTAN, ni à l’UE, bien qu’enclavé dans l’une et l’autre, pour prendre du champ par rapport au politiquement correct de ces deux instances.

Comme Luc Maffre, Frédéric Koller identifie implicitement la Russie à la défunte Union soviétique et fait l’impasse sur l’histoire des relations internationales intervenue depuis 1991. Or, n’est-ce pas les Etats-Unis et l’OTAN qui ont violé la Charte des Nations Unies et le droit international en entrant en guerre contre la Yougoslavie en 1999 ? Les Etats-Unis n’ont-il pas violé le droit international dans pratiquement tous les conflits qu’ils ont déclenchés depuis lors, notamment contre l’Irak en 2003 et contre la Lybie en 2011 ? Avec d’autres Etats membres de l’OTAN et du Golfe persique, n’ont-ils pas contrevenu au droit international dans les événements de Syrie en appuyant les “rebelles” et en les armant ? N’ont-ils pas fomenté le coup d’Etat en Ukraine en février 2014 ? N’ont-ils pas invoqué leur vocation exceptionnelle à diriger un monde unipolaire ? Pourquoi donc faire de la Russie le bouc émissaire ?

Quand des journaux se permettent, dans toutes circonstances, de ne présenter à leurs lecteurs qu’une version des événements, celle des puissances dominantes du moment, et de la ressasser nonobstant les témoignages concordants qui la contredisent, il n’est pas étonnant que leurs lecteurs les abandonnent progressivement. Et l’on ne prend pas grand risque en pronostiquant que leurs annonceurs les suivront tôt ou tard !

Au surplus, il y a, nous semble-t-il, à tout le moins une coupable légèreté à invoquer la stratégie militaire et la guerre de la désinformation prétendument menée par la Russie dans un contexte de relations internationales tendues au point que, depuis les présidences de G.W Bush et de Barack Obama, un conflit nucléaire apparaît malheureusement de moins en moins “impensable”.

 

 

 

 

 

 

 

Le cas de la partition de l’Ukraine

par The Saker

1er septembre 2016

Article original paru sur The Unz Review

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par nadine pour le Saker francophone

Le cas de la partition de l’Ukraine

 

De même que la presse-système ne rapporte pas que les États-Unis et la Russie sont sur une trajectoire de collision qui peut déboucher sur une guerre nucléaire, elle ne parle pas non plus de l’Ukraine en train de s’effondrer. Cela ne signifie pas, pour autant, que l’Ukraine ne s’effondre pas ; elle s’effondre. En fait, cela fait déjà un long moment, mais puisque cet effondrement passe inaperçu par manque d’action militaire et grâce au soutien politique de l’Empire, il ne paraît pas catastrophique – au sens où il causerait un changement spectaculaire subit.

 

Mais les signes sont partout présents, allant de l’attaque tout à fait bizarre de saboteurs ukronazis contre la Crimée (qui, en plus du groupe qui a été arrêté, impliquait également au moins deux autres groupes opérant une reconnaissance de diversion en tirant sur le nord-est de la péninsule) jusqu’aux rapports quasi quotidiens sur une attaque ukronazie imminente, mais qui apparemment n’arrive jamais, contre le Donbass. Sur le front politique, la Jeanne d’Arc ukrainienne, Nadejda Savchenko, est maintenant accusée d’être un agent de Poutine, parce qu’elle prône des négociations avec les Républiques populaires de Donetsk et Lugansk, alors que le régime de Kiev tente de préserver sa pertinence auprès des faucons de l’OTAN, en offrant de leur enseigner «comment combattre les Russes». La réalité, bien sûr, est que le soutien financier de l’Empire à l’Ukraine s’est maintenant presque complètement asséché parce que, entre autres choses, il réalise que les Ukies peuvent voler presque tout l’argent qu’ils reçoivent et que plus personne ne gobe le bobard «les Russkofs arrivent !». Franchement, le projet ukronazi a fait son temps et plus personne ne se préoccupe de ce qui arrivera au peuple ukrainien.

Et c’est une immense erreur.

La Somalie dans l’Union européenne

Il est impossible d’estimer combien de gens vivent encore en Ukraine aujourd’hui, mais la plupart des experts pensent que leur chiffre se situe quelque part entre 35 et 40 millions. La grande majorité d’entre eux se battent pour gagner leur vie et leur avenir paraît très, très sombre. Vous vous rappelez Les cinq stades de l’effondrement de Dmitri Orlov ? Ce sont :

Stade 1 : Effondrement financier. La foi dans le business as usual est perdue.

Stade 2 : Effondrement commercial. La foi dans «le marché y pourvoira» est perdue.

Stade 3 : Effondrement politique. La foi dans «le gouvernement prendra soin de vous» est perdue.

Stade 4 : Effondrement social. La fois dans «vos concitoyens prendront soin de vous» est perdue.

Stade 5 : Effondrement culturel. La foi dans «la bonté de l’humanité» est perdue.

 

Même un coup d’œil rapide sur ce qui se passe en Ukraine montre clairement que le stade 5 a déjà été atteint il y a un bon moment, vraiment. Ce qui vient ensuite, c’est essentiellement la Somalie. Mais une grande, vraiment grande Somalie, avec des millions de fusils d’assaut circulant dans la population, avec d’importants sites industriels capables de provoquer un autre désastre style Tchernobyl, avec divers escadrons de la mort (privés ou semi-officiels) arpentant le pays et imposant leur loi grâce a des véhicules blindés et des mitrailleuses lourdes. Donc si l’Occident, toujours eurocentrique, pouvait se permettre d’ignorer une Somalie en Somalie, il ne peut en aucune manière ignorer une Somalie à la frontière de l’Union européenne et de l’OTAN. Pour le dire simplement : il n’y a absolument aucun rempart entre la Somalie en Ukraine et l’UE. Une fois que cet effondrement final inévitable et cette fois, catastrophique, se produira, l’explosion qui en résultera prendra simplement le chemin de la plus grande facilité.

À l’est, nous avons la Russie, avec ses agences de sécurité superbement capables, la Garde nationale nouvellement créée, de grandes formations militaires déployées le long de ses frontières, et le plus important, une excellente compréhension de se qui se déroule en Ukraine. À l’ouest, nous avons essentiellement l’Europe de Conchita Wurst, incapable de concevoir la moindre politique (puisque tous les ordres viennent d’Oncle Sam), avec des forces militaires pour la parade, principalement hallucinées par la menace russe, avec des services de sécurité qui ne peuvent même pas faire face à l’actuel flux d’immigrants et, c’est le plus important, avec une classe dirigeante et une population qui n’ont pas la moindre idée ou compréhension de ce qui se passe en Ukraine.

La Russie a un autre immense avantage : elle contrôle déjà la Crimée et la Novorussie et a déjà développé les compétences nécessaires pour traiter des millions de réfugiés. Eh oui, alors que les dirigeants occidentaux étaient occupés à accuser la Russie de tout et à faire des promesses totalement folles aux Ukrainiens, la Russie a déjà dû absorber 1,5 million de réfugiés qui ne devaient pas seulement être filtrés contre les saboteurs et terroristes nazis, mais ensuite transférés intelligemment. Le service d’immigration a très bien travaillé aussi en transférant, par exemple, des médecins dans des régions où ils étaient nécessaires (y compris la Tchétchénie).

Tout cela pour dire que lorsque l’inévitable explosion se produira, les Européens seront les plus durement touchés et devront se démener pour faire face à la situation. À voir à quel point les élites compradores de l’UE sont incompétentes et sans idées, nous pouvons parfaitement nous attendre à ce qu’elles fassent de la situation un bordel total, comme elles font toujours, et finissent par se soucier avant tout des retombées politiques résultant du désastre.

Les Américains, protégés par l’océan Atlantique, feront comme d’habitude : fournir du leadership et du soutien, mais ne sortiront pas un seul dollar pour répondre aux mesures effectivement nécessaires pour affronter la situation. Politiquement, ils feront en Ukraine ce qu’ils ont toujours fait dans de telles situations : clamer victoire et s’en aller.

À ce stade, la situation deviendra si indéniablement mauvaise, que même les politiciens occidentaux devront sortir de leur délire confortable : ils s’envoleront pour Moscou pour obtenir des Russes qu’ils réparent ce gâchis.

Les Russes n’arrivent pas (encore une fois)

Je ne cesserai jamais de répéter que la Russie est beaucoup plus faible que la plupart des gens ne le pensent. Son territoire est immense et son armée sans doute la meilleure de la planète, mais sa population est relativement petite et son économie a du mal. Oui, l’avenir paraît brillant pour la Russie, mais actuellement elle n’a tout simplement pas les moyens de sauver (de ressusciter, réellement) l’Ukraine de ses propres mains. Même pas de le tenter.

La réalité est que même la Crimée a confronté la Russie à des défis importants. Après vingt-cinq ans de négligence totale, la Crimée a fondamentalement besoin de reconstruire la plus grande partie de son infrastructure. Le Kremlin a déversé des milliards de roubles dans de nombreux grands programmes de modernisation, comprenant un pont sur le détroit de Kertch, atrocement cher mais d’une nécessité vitale, et elle continuera à reconstruire la Crimée, en dépit des coûts énormes que cela implique. Pour finir, bien sûr, la Crimée finira par être très riche, grâce à un immense potentiel touristique, la présence d’une Flotte de la mer Noire très développée et en raison de sa situation stratégique. Mais pour l’avenir prévisible, la Crimée restera un fardeau important avec lequel la Russie devra se débattre.

La situation dans le Donbass est encore plus sombre. Si les Criméens ont été négligés, le Donbass a été presque totalement détruit. En ce moment, les Russes paient les pensions de retraite de la population locale, parce que les Ukronazis les ont volées, en violation directe des Accords de Minsk. La Russie est aussi seule à soutenir les républiques novorusses avec des programmes humanitaires, médicaux, techniques, administratifs et militaires. Tandis que les Novorusses ont fait un boulot extraordinaire en reconstruisant la plus grande partie de Donetsk et quelques autres villes, la plupart de ce qui se trouve à portée de l’artillerie des forces ukronazies est toujours en ruine et l’économie est plus ou moins paralysée. Cela ne changera pas jusqu’à ce que la paix revienne vraiment dans la région.

 

Ce qui est déjà tout à fait évident, indépendamment du locataire du Kremlin, de l’ampleur de la bonne volonté et du sens du sacrifice des Russes, c’est que la Russie n’a tout simplement pas les moyens de sauver l’Ukraine. Cela n’arrivera pas. En outre, les sondages montrent que la plupart des Russes sont catégoriquement opposés à une pleine réintégration de toute l’Ukraine dans la Russie. Qui pourrait les en blâmer ? Ils ne sont pas seulement profondément conscients que l’Ukraine s’est transformée en un désordre infernal et sanglant, mais que toute une génération d’Ukrainiens ont été maintenant incurablement endoctrinés avec la haine russophobe. Et franchement, la Russie n’a que faire des nazis de toute nature, même si ce sont des frères slaves ou même s’ils font partie de la même nation qu’eux.

Donc, même si demain Petro Porochenko et sa bande décidaient d’inviter les Russes à venir pour réparer ce désordre sanglant, les Russes refuseraient (voilà pour les mises en garde contre une invasion russe !). Bien sûr, il y a beaucoup d’Ukrainiens qui se font des illusions et pensent que «les Russes viendront et remettront de l’ordre», mais c’est une chimère : les Russes ne viendront pas. Au mieux, la Russie laissera la DNR et la LNR récupérer les territoires qui appartenaient à leurs régions et Marioupol serait libérée. Mais c’est à peu près tout. Et même si par miracle les chers novorusses parviennent jusqu’à Kiev, je ne les vois pas y rester très longtemps, parce que le Kremlin comprend tout à fait que s’ils prennent le reste du pays, ils devront le redresser. Finalement, la Russie sera tout simplement forcée, bien sûr, d’absorber le Donbass et d’en faire une partie de la Russie, principalement parce qu’il n’y a aucun moyen pour que le Donbass retourne jamais à l’Ukraine, mais même ce processus prendra du temps. A ce moment-là, avec la Crimée et le Donbass sous sa responsabilité, la Russie sera tout simplement débordée, incapable économiquement d’absorber tous les autres territoires (désolé, les Baltes, pas d’invasion russe pour vous non plus !).

Le problème principal

Donc les Russes ne peuvent pas se le permettre, les Européens ne peuvent rien faire et les Américains sont partis. Qu’est-ce qui se passe ensuite ?

Ce qui se passe ensuite, est que plus la situation empire, plus le besoin évident d’un effort international se manifestera. Une fois que les Russes diront aux Européens en termes sans équivoque «oubliez notre invasion, nous ne la ferons pas» (alors les Européens supplieront les Russes d’envahir !), les Européens devront retourner vers leurs maîtres américains et leur dire que l’UE connaîtra un changement de régime, à moins que quelque chose ne soit entrepris de toute urgence. À ce stade, Oncle Sam devra ouvrir sa bourse et offrir un peu d’argent réel (en supposant que le dollar soit toujours une devise viable lorsque ça arrivera). Mais même si cela arrive, je ne vois pas les principaux donateurs se mettre d’accord sur un projet ukrainien.

En termes strictement politiques, la situation la plus probable serait d’avoir une (Con)Fédération ukrainienne neutre, en quelque sorte. Vous savez – personne ne gagne, personne ne perd et nous restons tous amis. Ça sonne bien, évidemment, mais cela ne résout pas le problème principal de l’Ukraine : c’est un pays complètement artificiel et il est tout simplement trop vaste. Ajoutez à cela un niveau de corruption et une expertise dans le détournement de fonds que les Somaliens ne peuvent même pas commencer à imaginer, et vous avez un pays qui peut absorber même l’effort d’aide d’un important donateur et rester en ruine. Enfin, il y a la réalité que les gens vivant en Ukraine occidentale sont complètement différents de ceux du sud ou de l’est et que même si nous retirons les bandéristes nazis de l’équation, il n’y a pas quelque chose comme une «nation ukrainienne» avec un projet commun.

Small is beautiful

Mais imaginez que l’Ukraine unitaire soit autorisée à se diviser, sous contrôle international et, si nécessaire, sous protection militaire internationale, en plusieurs petits États. D’une part, cela impliquerait immédiatement la question de la neutralité : même si l’Ukraine occidentale rejoignait l’OTAN, la Russie ne s’en soucierait pas beaucoup. Cela résoudrait aussi le problème de la langue : non seulement chaque région pourrait choisir une, ou plusieurs, langues officielles, mais puisque ces États nouvellement indépendants seraient beaucoup plus homogènes, ils auraient beaucoup moins de problèmes à accepter une seconde langue officielle parlée par une relativement petite minorité (les grandes minorités sont habituellement vues comme des menaces, pas les petites). Un éclatement de l’Ukraine en plusieurs États indépendants pourrait aussi rendre plus facile à chaque État nouvellement créé de signer des accords bilatéraux avec ses voisins, sans avoir à obtenir l’accord de gens vivant à des centaines de kilomètres et intéressés à une série totalement différente d’accords avec leurs propres voisins. Enfin, de petits États sont beaucoup plus faciles à intégrer dans des unions plus larges (Union européenne ou Union économique eurasiatique) que des très grands.

Diviser l’Ukraine présente aussi un grand nombre d’avantages pour tous les efforts de mise en place et de maintien de la paix. Par exemple, alors que je ne crois pas que les Russes voudraient envahir ou annexer la plus grande partie de l’Ukraine, même à l’est du Dniepr, je crois que les Russes seraient d’accord pour envoyer une force de mise en place et de maintien de la paix pour assurer la sécurité pendant une phase de stabilisation et de transition, à condition que cette opération soit sanctionnée par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU et qu’elle ait le soutien de tous les acteurs importants. De même, l’OTAN pourrait finalement se trouver un rôle utile en faisant la même chose à l’ouest du Dniepr (et puisque les pays de l’OTAN sont ceux qui ont armé les nazis, il ne serait que juste de leur demander de les désarmer maintenant).

Problèmes, mises en garde et risques

Bien sûr, comme pour toute autre division d’un pays, ce plan a des défauts important et crée autant de risques qu’il offre de chances. Tout d’abord, diviser un pays, peu importe à quel point il est artificiel, ne fait que créer plus de frontières artificielles, du moins temporairement. Cela, à son tour, augmente fortement les risques de violence. Mais soyons honnêtes : l’Ukraine a déjà été divisée au moins en trois parties (le Banderastan occupé, la Novorussie et la Crimée) et une guerre civile a déjà éclaté. Ce qui reste de l’Ukraine aujourd’hui est déjà extrêmement violent et il est tout à fait clair que les choses ne vont pas s’arranger de sitôt. Nous devons donc comparer ce qui est comparable et non comparer une situation, certes mauvaise, à une autre idéalement inventée. Ceux qui s’opposent maintenant à l’éclatement de l’Ukraine auraient dû agir avant 2014 et ne pas soutenir un coup d’État destiné à se transformer en une guerre civile : Humpty Dumpty est cassé maintenant, et tout ce qui peut encore être sauvé, ce sont ses différents morceaux.

 

En outre, nous devons garder à l’esprit que l’Ukraine est un pays totalement artificiel, dont les frontières actuelles sont une création de Vladimir Lénine et Joseph Staline (quelque chose dont les Ukronazis évitent soigneusement de se souvenir). Donc ce n’est pas comme si nous discutions de la partition de, disons, le Japon ou la France. Enfin, je ne vois pas pourquoi certains pays sont considérés comme des candidats de choix pour une partition (la Yougoslavie par exemple), tandis que d’autres frontières de la Seconde Guerre mondiale seraient sacrosaintes.

Certains, sans doute, m’accuseront d’être un «agent de Poutine», parce que je suggère que l’Ukraine pourrait être divisée. D’autres m’accuseront d’être un agent CIA/Mossad, parce que suggère que l’OTAN pourrait effectivement avoir une mission légitime à l’ouest du Dniepr. Ce genre d’arguments ad hominem font partie du métier et j’ai appris depuis longtemps à les ignorer. Tout ce que je répondrai à ces accusations, est que tandis que je mets 100% du blâme pour le désastre en Ukraine sur l’Empire anglosioniste, je vois aussi que c’est devenu aujourd’hui un problème commun, qui se transformera bientôt en une menace commune qui exigera une solution commune. Je ne vois personne capable de ramener la loi et l’ordre à l’est du Dniepr, à part la Russie. De même, puisque la Russie n’acceptera pas de porter la totalité du fardeau ukrainien tout seule, je ne vois tout simplement pas d’autre force militaire à part l’OTAN, qui soit capable de ramener la loi et l’ordre à l’ouest du Dniepr (en passant – j’utilise le Dniepr comme une frontière abstraite pratique, mais en réalité cette séparation devra être acceptée par toutes les parties).

Donc l’idée d’une partition contrôlée de l’Ukraine est-elle mauvaise ?

Oui, tout à fait. C’est une idée terrible.

Mais je n’en vois pas de meilleure.

Et vous ?

The Saker

Article original paru sur The Unz Review

Note du Saker Francophone

 

Vous pouvez retrouvez des informations sur la situation en Ukraine avec des mises à jour régulière sur le site d’Erwan Castel, un volontaire pour le Donbass et ancien militaire français, alawata-rebellion.blogspot.frhttp://alawata-rebellion.blogspot.fr

Dernier article : http://alawata-rebellion.blogspot.fr/2016/09/et-cest-reparti.html

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par nadine pour le Saker francophone

Ukraine, deux ans après

par Guy Mettan

30/08/2016

Source : guymettan.blog.tdg.ch

http://guymettan.blog.tdg.ch/archive/2016/08/30/ukraine-deux-ans-apres-278485.html#more

 

Deux ans après le début du conflit en Ukraine, le moment est venu de faire un bilan provisoire. La poussière des événements est suffisamment retombée pour qu’on puisse en reconstituer la trame. Peu à peu, grâce aux enquêtes réalisées par des observateurs avisés comme le dénonciateur de l’Irangate et Prix Pulitzer Robert Parry, la vérité commence à se faire jour.

Et comme d’habitude, elle n’est pas très reluisante. La belle histoire de la révolution populaire qui jette à bas un régime honni et corrompu apparaît dans sa réalité crue: ce n’était qu’une fiction, une fable habilement tissée pour tromper un public avide de contes qui finissent bien.

Souvenez-vous du crash du vol MH 17 qui a fait près de 300 morts en juillet 2014 et semé l’effroi dans le monde entier, dont John Kerry déclara qu’il était dû à un missile « probablement russe » et qui servit de prétexte au second train de sanctions économiques contre la Russie. Deux ans après, toujours aucune preuve malgré les promesses. Les résultats de l’enquête ne sont toujours pas publiés et les Etats-Unis, dont les satellites espions arrivent pourtant à lire les plaques de nos voitures, refusent de livrer leurs images aux enquêteurs alors que le SBU, le service secret ukrainien, multiplie les cajoleries envers les experts occidentaux chargés du dossier.

Souvenez-vous des fameux tirs de la police qui avaient décimé les manifestants « pacifiques » de la place Maidan en février 2014. Ici aussi, on nous a promis une enquête. Toujours sans résultat. Les arbres et le mobilier de rue qui avaient reçu des impacts de balle et auraient permis de repérer l’origine des tirs ont été détruits par le nouveau régime alors que les vidéos montrent que ces tirs visaient aussi bien les manifestants que les policiers qui les combattaient, dans le but de pousser ces derniers à réagir et à tirer sur la foule qui leur faisait face. À l’examen, il ressort que le procureur et les responsables de service de police chargés de l’enquête sont des agents zélés du nouveau pouvoir et d’anciens militants des mouvements d’extrême droite actifs dans le service d’ordre de Maidan. Qui sait que Andriy Paruby, aujourd’hui chef du Conseil de sécurité d’Ukraine et qui paradait comme un grand démocrate devant les télévisions occidentales en sa qualité de chef du « service d’auto-défense » de Maidan, est le cofondateur du parti national-social d’Ukraine qui a donné naissance au parti d’extrême-droite Svoboda en 2004? Et que son organisation de jeunesse, « Patriote ukrainien » est une composante du mouvement paramilitaire Secteur Droit?

 

De fait, il apparaît désormais que le mouvement de Maidan, loin d’être l’expression démocratique et spontanée d’un peuple en colère, a été encadré, géré et organisé par les leaders des réseaux ultra-nationalistes originaires de l’ouest de l’Ukraine. La plupart de ses membres ont été formés dans les camps de jeunesse d’extrême droite qui ont proliféré dans les années 2000 et transportés par cars jusqu’à Kiev. Les photos et films non censurés des manifestations de Maidan montrent une abondance d’insignes, de symboles et de portraits de nationalistes héritiers des partis qui ont dirigé l’Etat ukrainien mis en place par les nazis. Quant aux références antisémites, encore nombreuses au début du mouvement, elles ont été soigneusement expurgées afin de ne pas braquer les néoconservateurs américains proches d’Israël et les médias occidentaux.

De même, le passé compromettant des nouvelles autorités a été gommé afin de leur redonner une nouvelle virginité. Qui se souvient que le président Porochenko, présenté comme un simple homme d’affaires à succès, a été ministre aussi bien dans le gouvernement corrompu du tandem Yushchenko-Timoshenko que dans celui du président Yanukovitch? Il n’y a décidément pas que Staline qui retouchait les photos…

De fait, la formation idéologique des « héros » de Maidan qui occupent aujourd’hui les postes les plus en vue du gouvernement s’inspire directement des ultra-nationalistes des années 1920-1940 et des collaborateurs du régime ukrainien qui a exterminé les juifs et les Polonais de Volhynie en 1941-1944 – armée insurrectionnelle d’Ukraine (UPA), organisation des nationalistes ukrainiens de Stepan Bandera (OUN-B) – et de théoriciens racistes comme Yaroslav Stetsko, ancien premier ministre de l’Etat ukrainien en 1941 et partisan des « méthodes allemandes de dépopulation juive excluant leur assimilation ».

Les recherches montrent que nombre de ces dirigeants nationalistes ont émigré en Europe et aux Etats-Unis à la fin de la Deuxième Guerre mondiale et qu’ils ont ensuite servi de relais avec les groupes de pression occidentaux jusqu’à leur prise du pouvoir en 2014. On peut citer comme exemples la femme de l’ancien président orange Yushchenko et Nadia Diuk, vice-présidente de National Endowment for Democracy et proche de l’actuelle secrétaire d’Etat américaine Victoria Nuland, celle qui a mis au pouvoir l’ex-premier ministre Iatseniuk après Maidan.

Mais arrêtons-là. Le plus déplaisant de toute cette affaire, ce n’est ni d’avoir été trompé ni qu’on nous ait vendu des manifestants fascisants comme de bons démocrates – après tout chacun peut évoluer – mais que rien n’ait changé dans le pays. Jusqu’à quand supporterons-nous que les oligarques et la corruption continuent à sévir, que l’actuel président renie sa promesse de vendre ses entreprises, que des obus continuent à être tirés sur les populations civiles du Donbass sous prétexte de « provocations rebelles »? Il serait temps que les médias et les dirigeants européens mettent fin à cette stupéfiante hypocrisie.