Moscou détient des «preuves irréfutables» de la mise en scène de l’attaque chimique de la Ghouta

Source : Arrêt sur info du 13 avril 2108

Source originaire : RT com 13 avril https://francais.rt.com/international/49727-moscou-detient-preuves-irrefutables-que-attaque-chimique-ghouta-mise-en-scene

 

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a accusé les services spéciaux d’un Etat «en première ligne dans la campagne russophobe» d’être impliqués dans la mise en scène de l’attaque chimique présumée dans la Ghouta.

«Nous avons des preuves irréfutables qu’il s’agissait d’une autre mise en scène, et que les services spéciaux d’un Etat qui est en première ligne de la campagne russophobe ont participé à la mise en scène», a déclaré Sergueï Lavrov lors d’une conférence de presse avec son homologue hollandais Stef Blok, le 13 avril.

Le chef de la diplomatie russe a ainsi adressé un message fort aux occidentaux, qui envisagent depuis plusieurs jours de «riposter» à l’attaque chimique présumée dans la Ghouta, qu’ils attribuent au gouvernement syrien. Des menaces et ultimatums qui créent une atmosphère «très alarmante» autour de la Syrie, selon Sergueï Lavrov, qui a réitéré que les canaux de communication avec les Etats-Unis étaient actifs.

«Dieu nous garde d’une nouvelle aventure à la libyenne», a en outre lancé le diplomate en référence aux conséquences désastreuses de l’intervention occidentale dans la Libye de Mouammar Kadhafi. Le ministre des Affaires étrangères russe a d’ailleurs noté que la plus petite erreur de calcul en Syrie pourrait mener à une nouvelle vague de migrants, comme se fut le cas après la guerre en Libye.

Si la France se place en première ligne aux côtés des Etats-unis en faveur d’une intervention en Syrie, de nombreux autres pays, même occidentaux, ont fait part de leurs réserves. Tiraillée entre son soutien indéfectible à Washington et la pression que lui mettent ses députés, le Premier ministre britannique Theresa May souhaiterait disposer de davantage de preuves de la culpabilité de Bachar el-Assad avant de s’engager. L’Allemagne d’Angela Merkel a de son côté d’ores et déjà annoncé qu’elle ne participerait pas à une opération militaire, tout comme le Canada et l’Italie.

L’armée russe prévient qu’une guerre majeure en Syrie est imminente

par Arkady Savitsky *

Source : Arrêt sur info du 11 avril 2018

Source originaire :

Strategic Culture du 21 mars 2018

https://www.strategic-culture.org/news/2018/03/21/russian-military-warns-major-war-in-syria-imminent.html

Traduit d’anglais en français par

La gazette du citoyen

 

 

On comprend, à la lecture du récit d’Arkady Savitsky, qu’une attaque contre la Syrie était en préparation plusieurs semaines avant l’attaque chimique attribuée à Damas; donc avant la demande par la France d’une réunion urgente du Conseil de sécurité des Nations unies. Ceci explique cela… SC

 

 

Le 17 mars, l’état-major russe a mis en garde contre une attaque imminente contre la Syrie. La déclaration n’a pas élaboré. Bien sûr, certaines informations sont classées, mais une analyse indépendante et impartiale des informations accessibles au public mène à la même conclusion. Regardons les faits.

 

Il y a des navires de guerre déployés par la marine américaine dans la mer Rouge, la Méditerranée et le golfe Persique. Ils sont prêts à lancer, n’importe quel jour, environ 400 Tomahawks à longue portée contre une cible au Moyen-Orient. Des missiles de croisière lancés en mer ont été utilisés pour frapper la Syrie en avril. Tout ce qui est en rapport avec les opérations militaires sur l’île de Diego Garcia dans l’océan Indien est une information secrète, mais on sait que les bombardiers stratégiques basés à cet endroit peuvent lancer au moins une centaine de missiles de croisière et utiliser d’autres munitions de précision dans une attaque de suivi. En moyenne, un bombardier transporte 20 AGM-86 ALCM. Cinq bombardiers seraient normalement stationnés sur cette île inaccessible aux étrangers curieux. Cela signifie qu’au moins 500 missiles de croisière peuvent être tirés dans un court délai.

Face à face en Méditerranée orientale entre la flotte russe et les navires de l’OTAN

Le 17 mars, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré que, outre les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et quelques autres pays avaient des forces spéciales en Syrie opérant directement contre l’armée syrienne. Mais ce ne sont pas seulement des commandos.

 

Le 16 mars, le Royaume-Uni aurait déployé un nombre important de troupes sur la base militaire d’Al-Tanf, contrôlée par les États-Unis, à proximité de la frontière irakienne. Cette installation est largement utilisée dans la planification de la guerre de l’OTAN en Syrie. Elle bloque le corridor reliant l’Iran au Liban via la Syrie et l’Irak. L’ampleur du déploiement – environ 2 300 soldats accompagnés de chars et d’hélicoptères – est trop importante pour être destinée à combattre les militants de l’État islamique qui sont déjà en fuite.

 

Avant cela, les États-Unis avaient déjà envoyé 600 soldats avec des véhicules blindés à la base. Des renforts américains ont également été envoyés sur le champ pétrolifère d’Omar.

 

Le 12 mars, l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU, Nikki Haley, a menacé de mener une action militaire contre la Syrie. L’expérience a montré que les États-Unis frapperaient en premier et réfléchiraient aux explications plus tard. Ils vont sans doute « inventer » un prétexte pour justifier leurs actions.

 

Les tensions ont augmenté depuis la semaine dernière. Par exemple, certains médias traditionnels ont raconté une histoire sur une soi-disant grande base militaire nord-coréenne cachée en Syrie! Cette légende sur Pyongyang aidant la Syrie à reconstruire ses stocks de produits chimiques et d’autres histoires imaginaires sont largement diffusées.

 

L’escalade a coïncidé avec la réunion du 16 mars entre les ministres des Affaires étrangères russe, iranien et turc à Astana pour discuter de nouveaux projets visant à ramener la paix en Syrie, notamment en élargissant le concept des zones de désescalade. Cette réunion a préparé le terrain pour un sommet à Istanbul le 4 avril. Il reste environ deux semaines à attendre. Cet événement de haut niveau risquerait de prendre des décisions historiques qui pourraient contrecarrer les plans de l’Occident en Syrie. Il ne reste pas beaucoup de temps. Du point de vue américain, cela nécessite une action urgente pour saboter ce processus.

 

Le plan de Washington inclut l’objectif de partitionner la Syrie de telle sorte qu’une grande partie de celle-ci reste sous le contrôle de la coalition dirigée par les Etats-Unis. Les Américains mettent déjà en place des conseils municipaux sur les terres à l’est de l’Euphrate. Cette zone doit être conservée à tout prix afin de garantir que Washington ait son mot à dire dans le futur règlement de ce pays déchiré par la guerre, sinon tout le dur labeur mis en place jusqu’ici s’épuiserait, compromettant la position mondiale de l’Amérique et diminuant son influence au Moyen-Orient. Perdre la Syrie équivaudrait à subir une défaite majeure dans sa confrontation avec l’Iran, qu’elle considère comme son ennemi juré. Les plans comprennent un recul des forces russes. La Syrie est le bon endroit pour le faire. Si les militaires russes alertent ouvertement le monde sur les risques d’une frappe imminente, c’est une menace sérieuse. Et ça ne ressemble pas à une opération ne comprenant qu’une seule frappe. Cette fois-ci, nous aurons quelque chose de beaucoup plus sérieux – une opération à grande échelle pour « contenir » la Russie, repousser l’Iran, gagner le soutien des riches pays arabes exportateurs de pétrole et leur faire payer des sommes énormes pour des achats d’armes américaines et montrer au monde que l’Amérique est omniprésente et inflexible dans son désir de dicter sa volonté.

*   Arkady Savitsky est un analyste militaire basé à Saint-Pétersbourg, en Russie.

Article original en anglais: https://www.strategic-culture.org/news/2018/03/21/russian-military-warns-major-war-in-syria-imminent.html

Traduit par La gazette du citoyen

 

 

Why the UK, EU and US Gang-Up on Russia

James Petras
March 25, 2018
Source : Russia Insider
https://russia-insider.com/en/why-uk-eu-and-us-gang-russia/ri22869?ct=t(Russia_Insider_Daily_Headlines11_21_2014)&mc_cid=3792ec704c&mc_eid=db7da584e6
Original Source : The Unz Review

« As the entire US unipolar fantasy dissolved it provoked deep resentment, animosity and a systematic counter-attack. The US’s costly and failed war on terror became a dress rehearsal for the economic and ideological war against the Kremlin. »

 

Introduction
For the greater part of a decade the US, the UK and the EU have been carrying out a campaign to undermine and overthrow the Russia government and in particular to oust President Putin. Fundamental issues are at stake including the real possibility of a nuclear war.
The most recent western propaganda campaign and one of the most virulent is the charge launched by the UK regime of Prime Minister Theresa May. The Brits have claimed that Russian secret agents conspired to poison a former Russian double-agent and his daughter in England , threatening the sovereignty and safety of the British people. No evidence has ever been presented. Instead the UK expelled Russian diplomats and demands harsher sanctions, to increase tensions. The UK and its US and EU patrons are moving toward a break in relations and a military build-up.

A number of fundamental questions arise regarding the origins and growing intensity of this anti-Russian animus.

Why do the Western regimes now feel Russia is a greater threat then in the past? Do they believe Russia is more vulnerable to Western threats or attacks? Why do the Western military leaders seek to undermine Russia’s defenses? Do the US economic elites believe it is possible to provoke an economic crisis and the demise of President Putin’s government? What is the strategic goal of Western policymakers? Why has the UK regime taken the lead in the anti-Russian crusade via the fake toxin accusations at this time?
This paper is directed at providing key elements to address these questions.

The Historical Context for Western Aggression
Several fundamental historical factors dating back to the 1990’s account for the current surge in Western hostility to Russia.
First and foremost, during the 1990’s the US degraded Russia, reducing it to a vassal state, and imposing itself as a unipolar state.

Secondly, Western elites pillaged the Russian economy, seizing and laundering hundreds of billions of dollars. Wall Street and City of London banks and overseas tax havens were the main beneficiaries
Thirdly, the US seized and took control of the Russian electoral process, and secured the fraudulent “election” of Yeltsin.
Fourthly, the West degraded Russia’s military and scientific institutions and advanced their armed forces to Russia’s borders.
Fifthly, the West insured that Russia was unable to support its allies and independent governments throughout Europe, Asia, Africa and Latin America. Russia was unable to aid its allies in the Ukraine, Cuba, North Korea, Libya etc.

With the collapse of the Yeltsin regime and the election of President Putin, Russia regained its sovereignty, its economy recovered, its armed forces and scientific institutes were rebuilt and strengthened. Poverty was sharply reduced and Western backed gangster capitalists were constrained, jailed or fled mostly to the UK and the US.

Russia’s historic recovery under President Putin and its gradual international influence shattered US pretense to rule over unipolar world. Russia’s recovery and control of its economic resources lessened US dominance, especially of its oil and gas fields.
As Russia consolidated its sovereignty and advanced economically, socially, politically and militarily, the West increased its hostility in an effort to roll-back Russia to the Dark Ages of the 1990’s.
The US launched numerous coups and military interventions and fraudulent elections to surround and isolate Russia . The Ukraine, Iraq, Syria, Libya, Yemen and Russian allies in Central Asia were targeted. NATO military bases proliferated.
Russia’s economy was targeted: sanctions were directed at its imports and exports. President Putin was subject to a virulent Western media propaganda campaign. US NGO’s funded opposition parties and politicians.

The US-EU rollback campaign failed.

The encirclement campaign failed.
The Ukraine fragmented – Russia allies took control of the East; Crimea voted for unification with Russia. Syria joined with Russia to defeat armed US vassals. Russia turned to China’s multi-lateral trade, transport and financial networks.
As the entire US unipolar fantasy dissolved it provoked deep resentment, animosity and a systematic counter-attack. The US’s costly and failed war on terror became a dress rehearsal for the economic and ideological war against the Kremlin. Russia’s historical recovery and defeat of Western rollback intensified the ideological and economic war.
The UK poison plot was concocted to heighten economic tensions and prepare the western public for heightened military confrontations.

Russia is not a threat to the West: it is recovering its sovereignty in order to further a multi-polar world. President Putin is not an “aggressor” but he refuses to allow Russia to return to vassalage.

President Putin is immensely popular in Russia and is hated by the US precisely because he is the opposite of Yeltsin – he has created a flourishing economy; he resists sanctions and defends Russia’s borders and allies.

Conclusion
In a summary response to the opening questions.

1) The Western regimes recognize that Russia is a threat to their global dominance; they know that Russia is no threat to invade the EU, North America or their vassals.

2) Western regimes believe they can topple Russia via economic warfare including sanctions. In fact Russia has become more self-reliant and has diversified its trading partners, especially China, and even including Saudi Arabia and other Western allies.

The Western propaganda campaign has failed to turn Russian voters against Putin. In the March 19, 2018 Presidential election voter participation increased to 67%. Vladimir Putin secured a record 77% majority. President Putin is politically stronger than ever.
Russia’s display of advanced nuclear and other advanced weaponry has had a major deterrent effect especially among US military leaders, making it clear that Russia is not vulnerable to attack.
The UK has attempted to unify and gain importance with the EU and the US via the launch of its anti-Russia toxic conspiracy. Prime Minister May has failed. Brexit will force the UK to break with the EU.
President Trump will not replace the EU as a substitute trading partner. While the EU and Washington may back the UK crusade against Russia they will pursue their own trade agenda; which do not include the UK.
In a word, the UK, the EU and the US are ganging-up on Russia, for diverse historic and contemporary reasons. The UK exploitation of the anti-Russian conspiracy is a temporary ploy to join the gang but will not change its inevitable global decline and the break-up of the UK.
Russia will remain a global power. It will continue under the leadership of President Putin . The Western powers will divide and bugger their neighbors – and decide it is their better judgment to accept and work within a multi-polar world.

Of A Type Developed By Liars

 

by Craig Murray
16 March, 2018
Source : https://www.craigmurray.org.uk/archives/2018/03/of-a-type-developed-by-liars/

(Craig Murray is a Former British Ambassador, Historian and Human Rights Activist)

I have now received confirmation from a well placed FCO(*) source that Porton Down scientists are not able to identify the nerve gas as being of Russian manufacture, and have been resentful of the pressure being placed on them to do so. Porton Down would only sign up to the formulation “of a type developed by Russia” after a rather difficult meeting where this was agreed as a compromise formulation. The Russians were allegedly researching, in the “Novichok” programme a generation of nerve agents which could be produced from commercially available precursors such as insecticides and fertilisers. This substance is a “novichok” in that sense. It is of that type. Just as I am typing on a laptop of a type developed by the United States, though this one was made in China.
To anybody with a Whitehall background this has been obvious for several days. The government has never said the nerve agent was made in Russia, or that it can only be made in Russia. The exact formulation “of a type developed by Russia” was used by Theresa May in parliament, used by the UK at the UN Security Council, used by Boris Johnson on the BBC yesterday and, most tellingly of all, “of a type developed by Russia” is the precise phrase used in the joint communique issued by the UK, USA, France and Germany yesterday:
This use of a military-grade nerve agent, of a type developed by Russia, constitutes the first offensive use of a nerve agent in Europe since the Second World War.
When the same extremely careful phrasing is never deviated from, you know it is the result of a very delicate Whitehall compromise. My FCO source, like me, remembers the extreme pressure put on FCO staff and other civil servants to sign off the dirty dossier on Iraqi WMD, some of which pressure I recount in my memoir Murder in Samarkand. She volunteered the comparison to what is happening now, particularly at Porton Down, with no prompting from me.
Separately I have written to the media office at OPCW (**) to ask them to confirm that there has never been any physical evidence of the existence of Russian Novichoks, and the programme of inspection and destruction of Russian chemical weapons was completed last year.
Did you know these interesting facts?
OPCW inspectors have had full access to all known Russian chemical weapons facilities for over a decade – including those identified by the “Novichok” alleged whistleblower Mirzayanov – and last year OPCW inspectors completed the destruction of the last of 40,000 tonnes of Russian chemical weapons
By contrast the programme of destruction of US chemical weapons stocks still has five years to run
Israel has extensive stocks of chemical weapons but has always refused to declare any of them to the OPCW. Israel is not a state party to the Chemical Weapons Convention nor a member of the OPCW. Israel signed in 1993 but refused to ratify as this would mean inspection and destruction of its chemical weapons. Israel undoubtedly has as much technical capacity as any state to synthesise “Novichoks”.
Until this week, the near universal belief among chemical weapons experts, and the official position of the OPCW, was that “Novichoks” were at most a theoretical research programme which the Russians had never succeeded in actually synthesising and manufacturing. That is why they are not on the OPCW list of banned chemical weapons.
Porton Down is still not certain it is the Russians who have apparently synthesised a “Novichok”. Hence “Of a type developed by Russia”. Note developed, not made, produced or manufactured.
It is very carefully worded propaganda. Of a type developed by liars.
UPDATE
This post prompted another old colleague to get in touch. On the bright side, the FCO have persuaded Boris he has to let the OPCW investigate a sample. But not just yet. The expectation is the inquiry committee will be chaired by a Chinese delegate. The Boris plan is to get the OPCW also to sign up to the “as developed by Russia” formula, and diplomacy to this end is being undertaken in Beijing right now.
I don’t suppose there is any sign of the BBC doing any actual journalism on this?

(*) Foreign & Commonwealth Office.
(**) Organisation for the Prohibition of Chemical Weapons.

C’est confirmé: avec son expansion à l’Est, l’OTAN a bafoué toutes ses promesses. Les pires craintes de la Russie se réalisent

par Eric Margolis*

Horizons et débats

Zurich, 5 février 2018

Au moment où les Etats-Unis convulsent d’hystérie antirusse et de diabolisation de Vladimir Poutine, un recueil de documents récemment déclassifié de la guerre froide révèle l’étendue stupéfiante des mensonges, de la duplicité et du double jeu pratiqués par les puissances occidentales lors de l’effondrement de l’Union soviétique en 1990.
Je couvrais Moscou ces jours-là et j’ai rencontré certains des acteurs essentiels dans ce drame sordide. Depuis, j’ai écrit que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et leur appendice, l’OTAN, ont scandaleusement menti et au dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, et au ministre des Affaires étrangères Edouard Chevardnadze et les ont trompés.
Toutes les puissances occidentales ont promis à Gorbatchev et à Chevardnadze que l’OTAN ne s’étendrait pas «d’un pouce» à l’Est si Moscou retirait l’Armée rouge de l’Allemagne de l’Est et autorisait cette dernière à se réunir pacifiquement à l’Allemagne de l’Ouest. C’était une concession immense de Gorbatchev: elle a mené à un coup d’Etat manqué des communistes purs et durs contre lui en 1991.
Les documents publiés par l’Université George Washington de Washington DC, que j’ai fréquentée pendant un semestre, sont d’une lecture écœurante.1 Toutes les puissances et les hommes d’Etat occidentaux ont certifié aux Russes que l’OTAN ne profiterait pas du retrait soviétique et qu’une nouvelle ère d’amitié et de coopération se lèverait sur l’Europe d’après la guerre froide. Le secrétaire d’Etat américain James Baker a assuré des «garanties absolues» qu’il n’y aurait pas d’expansion de l’OTAN. Mensonges, que des mensonges!
Gorbatchev était un humaniste, un homme très correct et intelligent espérant pouvoir mettre fin à la guerre froide et à la course aux armes nucléaires. Il a ordonné à l’Armée rouge de se retirer d’Europe de l’Est. J’étais à Wunsdorf − en Allemagne de l’Est, quartier général du groupe des forces soviétiques en Allemagne − et au quartier de la Stasi, la police secrète, à Berlin-Est juste après que l’ordre de retrait eût été donné. Les Soviétiques retirèrent leurs 338 000 soldats et leurs 4200 chars et les expédièrent chez eux à la vitesse de l’éclair.
Les promesses occidentales faites aux dirigeants soviétiques par le président George W. H. Bush et James Baker ont rapidement révélé leur vacuité. C’étaient des hommes honorables mais leurs successeurs ne l’étaient pas. Les présidents Bill Clinton et George W. Bush ont rapidement commencé à déplacer l’OTAN en Europe de l’Est, bafouant ainsi toutes les promesses faites à Moscou.
Les Polonais, les Hongrois et les Tchèques ont été intégrés à l’OTAN, puis la Roumanie et la Bulgarie, les Etats baltes, l’Albanie et le Monténégro. Washington a essayé de faire entrer les anciennes républiques soviétiques de Géorgie et d’Ukraine dans l’OTAN. Le gouvernement ukrainien aligné sur Moscou a été renversé par un coup d’Etat fomenté par les Etats-Unis. La route vers Moscou était ouverte.
Tout ce que les Russes désorientés et en faillite ont pu faire a été de dénoncer ces mouvements vers l’Est des Etats-Unis et de l’OTAN. La meilleure réponse formulée par l’OTAN et les Etats-Unis a été la suivante: «Eh bien, il n’y a pas eu de promesse écrite». Cela est digne d’un camelot vendant des montres contrefaites dans la rue! Les dirigeants des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France, de la Belgique et de l’Italie ont tous menti. L’Allemagne était prise entre son honneur et sa réunification imminente. Donc même son chancelier Helmut Kohl a dû se rallier aux prévarications de l’Occident.
A l’époque, j’avais écrit que la meilleure solution serait la démilitarisation de l’ancienne Europe de l’Est sous contrôle soviétique. L’OTAN n’avait ni besoin ni raison de s’étendre à l’Est. Le faire serait une provocation permanente à l’égard de la Russie, qui considérait l’Europe de l’Est comme un glacis défensif essentiel contre les invasions de l’Ouest.
Maintenant, avec les forces de l’OTAN sur ses frontières occidentales, les pires craintes de la Russie se réalisent.
Aujourd’hui, des avions militaires américains basés sur les côtes de Roumanie et de Bulgarie, des anciens membres du Pacte de Varsovie, sondent l’espace aérien russe au-dessus de la mer Noire et le port de Sébastopol, stratégiquement vital. Washington parle d’armer l’Ukraine plongée dans le chaos. Les troupes américaines et de l’OTAN sont dans les Pays baltes, aux frontières nord-ouest de la Russie. Des Polonais d’extrême-droite battent les tambours de guerre contre la Russie.
En 1990, le KGB et la CIA s’étaient mis d’accord sur le principe de «pas un pouce» à l’Est pour l’OTAN. L’ancien ambassadeur américain à Moscou Jack Matlock confirme le même accord. Gorbatchev, dénoncé comme un idéaliste stupide par de nombreux Russes, a fait confiance aux puissances occidentales. Il aurait dû avoir un bataillon d’avocats véreux couvrant le district de New York pour prouver ses accords en 1990. Il a pensé qu’il avait à faire à des hommes honnêtes, honorables, comme lui.
Faut-il s’étonner, après ce leurre et ce changement de diplomatie, de la méfiance de la Russie envers les puissances occidentales? Moscou observe que l’OTAN dirigée par les Etats-Unis s’insinue toujours vers l’Est. Aujourd’hui, les dirigeants russes croient fermement que le dernier plan de Washington est de mettre en pièces la Russie et de la réduire à un pays impuissant et pauvre. Deux anciens dirigeants occidentaux, Napoléon et Hitler, ont eu des plans semblables.
Au lieu de gloser sur la duplicité d’Hitler après Munich, nous devrions examiner notre propre comportement éhonté après 1990.    •
*    Eric S. Margolis est un chroniqueur primé internationalement. Ses articles sont parus dans le «New York Times», l’«International Herald Tribune», le «Los Angeles Times», le «London Times», le «Gulf Times», le «Khaleej Times», le «Nation» du Pakistan, le «Hurriyet» de Turquie, le «Sun Times» de Malaisie, et d’autres sites d’information en Asie. Il publie régulièrement des contributions dans le Huffington Post, chez Lew Rockwell. Il s’exprime sur CNN, BBC, France 2, France 24, Fox News, CTV et CBC en tant expert de politique étrangère. Ses chroniques sur http://www.ericmargolis.com sont lues quotidiennement par des personnes dans le monde entier. En tant que correspondant de guerre, Eric Margolis a couvert les conflits en Angola, en Namibie, en Afrique du Sud, au Mozambique, au Sinaï, en Afghanistan, au Cachemire, en Inde, au Pakistan, en El Salvador et au Nicaragua. Il a été l’un des premiers journalistes ayant interviewé Mouammar Kadhafi et à avoir obtenu l’accès aux quartiers généraux du KGB à Moscou. Né à New York, il vit à Toronto et New York et se rend souvent à Paris.
Source: ericmargolis.com, 16/12/17
(Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour «Le Saker francophone»)
1    https://nsarchive.gwu.edu/briefing-book/russia-programs/2017-12-12/nato-expansion-what-gorbachev-heard-western-leaders-early

Les juifs russes en Amérique et les relations russo-américaines

par Dmitry Orlov
1er février 2018
Source Club Orlov
http://lesakerfrancophone.fr/les-juifs-russes-en-amerique-et-les-relations-russo-americaines

 

En essayant de démêler l’état tendu actuel des relations entre les États-Unis et la Russie, un groupe mérite un niveau d’attention plus élevé, ce sont les juifs américains. C’est le groupe de population le plus important que les deux pays ont en commun : sur les 5 ou 6 millions de juifs vivant actuellement aux États-Unis (les chiffres varient selon la façon dont on mesure la « judéité »), environ un million a immigré aux États-Unis depuis l’ancienne Union soviétique, soit directement, soit après un séjour en Israël. Le gouvernement des États-Unis les a acceptés volontiers, leur accordant le statut de réfugiés ; ainsi, ils sont entrés dans la société américaine avec une identité politisée, nettement anti-russe, et leurs attitudes anti-russes ont eu un effet sur l’opinion de nombreux juifs non-russes et aussi d’autres Américains.

Les juifs russes sont de loin le groupe le plus éduqué qui a immigré aux États-Unis. Ils se sont très bien intégrés dans la société américaine et beaucoup d’entre eux, ainsi que leurs enfants, ont pu commencer une carrière professionnelle. Leur expérience directe de la vie en Russie leur a permis de se positionner en tant qu’experts sur tout ce qui concerne le russe et, dans une large mesure, a permis à ce groupe relativement restreint d’influer négativement sur l’attitude de 322 millions d’Américains envers 144 millions de Russes au sein de la Fédération de Russie ainsi que sur la trentaine de millions de Russes résidant à l’extérieur. C’est un accident malheureux de l’histoire qu’un groupe d’environ un million de personnes ait, plus ou moins par inadvertance, aigri les relations entre un demi-milliard de personnes.
Il y a beaucoup de morceaux compliqués dans cette histoire. Une partie de cet héritage est l’héritage de la guerre froide, qui a généré beaucoup d’inertie institutionnelle aux États-Unis, ce qui a amené ceux-ci à continuer à traiter la Russie comme un ennemi. Une partie de cette influence, spécifiquement des juifs israéliens, et des juifs en général, sur la politique américaine est étrangement disproportionnée. Une autre partie de l’énigme a trait aux avantages que les juifs russes émigrés aux États-Unis ont retiré en disant qu’ils ont été victimes du gouvernement soviétique ou de l’antisémitisme russe. Un dernier aspect, particulièrement délicat, a trait à la nature de l’identité juive et à la façon dont elle s’est historiquement heurtée et continue de se heurter à ce que signifie être un juif russe.
Je parlerai de chacun d’eux à tour de rôle, mais je veux d’abord divulguer ce qui me permet d’écrire sur ce sujet. Je suis né et j’ai grandi en Russie dans les années 1960 et 1970, puis j’ai émigré dans le cadre d’une vague d’émigration principalement juive, je suis entré aux États-Unis en tant que réfugié et j’ai été naturalisé cinq ans plus tard. Un parent israélien fictif ou deux ont figuré dans notre demande de visa de sortie, même si nous n’avions aucune intention de nous rendre en Israël. J’ai beaucoup de parents juifs, mais pas assez pour faire de moi un juif. Nous sommes tous des chrétiens orthodoxes russes, et nous le sommes depuis longtemps, de 3 à 40 générations (selon la branche généalogique). Chez nous, nous n’avons jamais rien parlé d’autre que le russe. Nous sommes retournés en Russie le plus tôt possible – en 1989, dès que les émigrés ont commencé à obtenir des visas – et nous faisons la navette depuis. Tout cela fait de moi un expert sur ce sujet.
Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur le sujet de l’inertie de la guerre froide américaine, alors je vais résumer cela en quelques phrases. Les États-Unis sont pris en otage par une bureaucratie militaire hypertrophiée, inefficace et généralement incompétente dont la seule supériorité écrasante est d’extorquer des sommes d’argent exorbitantes pour ses projets, dont beaucoup sont des échecs. Pour que cette extorsion fonctionne, il faut pouvoir argumenter qu’il y a un ennemi pour justifier la défense du pays. Pendant la guerre froide, l’ennemi était, très commodément, l’URSS. Après l’effondrement de l’URSS, il y eut une période d’hésitation, au cours de laquelle la « mafia russe » a été fortement mise en lumière, juste pour garder à jour une image de l’ennemi. Mais une nouvelle et « heureuse » occasion s’est présentée après les attentats terroristes du 11 septembre (qui, selon beaucoup, ont été perpétrés uniquement dans ce but) pour présenter le terrorisme international comme le nouvel ennemi. Cette ruse a maintenant perdu son utilité parce que les terroristes sont maintenant plus efficaces que jamais, et il est donc temps de se taire au sujet du terrorisme et de revenir au plan A : cultiver la russophobie (avec la Chine maintenant jetée en pâture pour faire bonne mesure). Il est vrai que la Russie, après s’être rétablie de la dévastation de l’effondrement soviétique, est un ennemi un peu plus redoutable qu’elle ne l’était à l’époque de la « mafia russe », mais la russophobie est toujours essentielle et nécessite un flux constant de nouvelles histoires et de commentaires négatifs sur la Russie. C’est ici que les juifs russes, certains vivant aux États-Unis, certains allant et venant entre les États-Unis et la Russie, sont heureux de donner un coup de main, puisqu’ils sont, sans aucun doute, des experts en la matière sur tout ce qui concerne le Russe.
L’influence étrangement disproportionnée des juifs israéliens, et des juifs en général, sur la politique américaine est aussi un sujet brûlant de discussion, et donc ici, je vais encore une fois résumer brièvement. D’abord l’évidence : Israël ne fait pas partie des États-Unis ; c’est une nation souveraine séparée et un membre de l’ONU. Et pourtant, les politiciens américains peuvent prêter allégeance à Israël sans être arrêtés et jugés pour trahison. Beaucoup de doubles citoyens américains et israéliens circulent à travers les institutions américaines et israéliennes, et personne ne s’inquiète jamais de savoir lesquels d’entre eux espionnent au nom de qui. Aux États-Unis, Israël et les juifs en général reçoivent un traitement spécial : quiconque ose critiquer Israël est plus ou moins automatiquement accusé d’antisémitisme et ostracisé. En outre, il a été interdit de boycotter des produits ou des entreprises israéliens, ce que certaines personnes veulent faire pour soutenir la cause palestinienne. Certains analystes vont même jusqu’à dire qu’Israël a colonisé les États-Unis, tout comme la Grande-Bretagne avait colonisé l’Inde, avec quelques milliers de Britanniques contrôlant tout le sous-continent à leur propre avantage.
Israël est le destinataire de plusieurs milliards d’aide militaire américaine, ce qui en fait une partie intégrante du racket militaro-industriel américain. Cela signifie que les juifs et/ou les Israéliens aux États-Unis (la distinction entre juifs et Israéliens n’est pas particulièrement utile, puisqu’il est facile pour un juif d’obtenir un passeport israélien) doivent parler de la « menace russe » pour s’en mettre plein les poches aux côtés de l’armée américaine, et c’est ce qu’ils font. Mais en Israël, la situation est un peu différente. Environ un tiers de la population juive d’Israël est composée de juifs russes. Beaucoup d’entre eux sont de véritables citoyens de la Fédération de Russie ; la plupart des autres peuvent revendiquer la citoyenneté russe comme droit de naissance. Beaucoup d’entre eux vont et viennent entre la Russie et Israël, pour travailler, pour des traitements médicaux, pour rendre visite à des parents, en vacances, etc. Un flux constant d’Israéliens retourne en Russie, principalement parce que la Russie est en quelque sorte plus prospère qu’Israël, où les possibilités de promotion sociale sont de plus en plus limitées. Les relations entre la Russie et Israël sont très amicales et coopératives. Quand le ministre de la Défense israélien s’envole vers Moscou pour des entretiens, il ne prend pas de traducteur parce qu’en fait, il est russe.
À l’heure actuelle, les relations entre les États-Unis et la Russie sont dans un état lamentable. Dans le même temps, les relations entre la Russie et Israël sont plus chaudes qu’elles ne l’ont jamais été. « La Russie et Israël peuvent être fiers de notre haut niveau de partenariat, de coopération fructueuse et de contacts commerciaux de grande envergure » a déclaré Vladimir Poutine en emmenant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou au Ballet du Bolchoï. Malgré toutes les complexités du Moyen-Orient – le conflit israélo-palestinien, la guerre en Syrie, l’influence grandissante de l’Iran, la trahison traditionnelle de la Turquie, les étranges événements en Arabie saoudite – les relations russo-israéliennes ne font que s’amplifier.
Si vous vouliez faire un tout petit peu dans la conspiration, vous pourriez peut-être imaginer qu’Israël est le cheval de Troie de la Russie aux États-Unis. Quel est son but ? Que les États-Unis continuent de gaspiller de l’argent emprunté dans des aventures militaires pourries ? Bien sûr, et jusqu’à ce que tout soit parti ! Pousser les États-Unis vers la même falaise où l’URSS a basculé en 1990 ? Évidemment ! Mais ne nous laissons pas tomber dans la théorie du complot et disons simplement que l’asymétrie entre les relations américano-russes, américano-israéliennes et israélo-russes est extrêmement importante et demande une explication. C’est un tabouret à trois pattes qui balance, un casse-tête géométrique.
La partie du puzzle qui a trait aux avantages que les juifs russes ont accumulés aux États-Unis et qui ont parlé de leur victimisation par le gouvernement soviétique ou de l’antisémitisme russe est également marquée par des contradictions. Prenez en compte le fait que les juifs russophones sont de loin le groupe le plus éduqué à avoir immigré aux États-Unis. En outre, la Russie est l’un des pays les moins antisémites, avec des juifs bien représentés dans toutes les professions et à tous les niveaux de gouvernement, avec un judaïsme florissant et respecté, sans problèmes sociaux touchant spécifiquement ou de façon disproportionnée les juifs.
La raison pour laquelle les juifs russes étaient bien éduqués et prêts à commencer une carrière prospère plus ou moins au moment où ils ont atterri aux États-Unis était qu’ils étaient extrêmement bien instruits et prospères avant de quitter la Russie. Très opprimés sous le régime pré-révolutionnaire, les juifs ont joué un rôle déterminant pendant la Révolution russe de 1917, et leurs enfants et eux-mêmes ont tiré énormément avantage de leur participation à la Révolution russe de 1917. En fait, les juifs ont si bien réussi en URSS qu’ils ont évincé les Russes de nombreux emplois de haut niveau : bien qu’ils n’aient plus représenté que 1,5% de la population dans les années 1950, plus de la moitié des directeurs des nombreux instituts, centres de recherche et laboratoires de l’Académie soviétique des sciences étaient juifs. Les juifs constituaient un tiers de l’Union des écrivains soviétiques ; un quart de tous les professeurs d’université ; etc.
Des membres de ma propre famille ont suivi cette trajectoire. Mon grand-père a grandi dans un shtetl, a parlé yiddish avec sa mère, a déménagé à Saint-Pétersbourg après la Révolution, a rejoint le Parti communiste et est devenu professeur de littérature russe avec un grand appartement donnant sur une place et un manoir rempli d’œuvres d’art et d’antiquités, une gouvernante, une nounou et une limousine privée avec chauffeur. Des juifs comme mon grand-père ont délogé la vieille aristocratie et sont devenus la crème de la crème de la société soviétique.
Voici une fascinante anecdote : reconnaissant que les juifs sont une nation sans territoire et désireux de résoudre ce problème, l’URSS est devenue le seul pays au monde à offrir librement aux juifs leur propre patrie – la Région autonome juive, stratégiquement située sur la frontière chinoise. La plupart de ses résidents juifs ont maintenant émigré en Israël, laissant derrière eux des bâtiments publics avec des plaques en deux langues : le russe et le yiddish.
Avec le temps, les Russes ont commencé à réagir violemment contre la présence massive des juifs dans les universités et les professions libérales. Quelques-unes des ruses employées pour repousser les assauts incessants de leurs enfants bien entraînés étaient, disons, moins que casher ; par exemple, un de mes parents juifs n’a pas été admis à l’Université d’État de Moscou en se voyant confier un problème insoluble à résoudre à l’examen d’entrée en mathématiques et, horreur des horreurs, il a fini par devenir architecte à la place. Beaucoup de juifs ont vu dans ce contrecoup un signe d’antisémitisme naissant, et certains d’entre eux ont décidé que les pâturages seraient plus verts de l’autre côté de l’océan.
Ceci explique de manière évidente pourquoi, à leur arrivée aux États-Unis, les juifs russes ont dépeint l’URSS et la Russie avec un large pinceau chargé de couleurs sombres : oppression, antisémitisme, pogroms, plus un retard mental, l’ivresse et l’horreur en général. S’ils avaient résisté à l’envie de jouer aux victimes, leur récit aurait pu, par défaut, devenir quelque chose comme ça : « Nous avons détruit la Russie, nous l’avons réarrangée à notre avantage, fait des affaires en or, puis coulé le navire, et maintenant nous sommes ici aux États-Unis, avec nos biens précieux, des parents âgés et nos animaux de compagnie, prétendant être des réfugiés, et prêts à recommencer. » Vous ne les voyez plus comme de pauvres migrants maintenant, n’est-ce pas ? Ajoutez à cela le fait qu’il y a beaucoup d’argent à faire aux États-Unis en s’attaquant à la Russie, et l’envie forte de se laisser aller au « Russian bashing » devient irrésistible.
L’aspect final, particulièrement délicat, de cette histoire a trait à la nature de l’identité juive et à la façon dont elle s’est historiquement heurtée, et continue de se heurter, à ce que signifie être russe. L’identité juive est plutôt étrange et différente, et pour éclaircir ce point, il est plus facile de comparer les juifs non pas à un groupe enraciné comme les Irlandais ou les Italiens mais à un autre groupe itinérant : les Tsiganes. J’ai connu quelques Gitans, et je les ai aussi beaucoup étudiés pour une étude de cas sur l’effondrement culturel (et la résistance à cela) dans mon livre « Les cinq étapes de l’effondrement ».
Le mot « tsigane » est dérivé du mot « égyptien » ce que les gitans ne sont définitivement pas, étant sortis du nord de l’Inde à un moment donné il y a plus de mille ans. (Incidemment, ce sont les juifs, selon leur mythologie biblique, qui sont sortis d’Égypte par un passage magique dans la mer Rouge, alors peut-être que ce sont les juifs qui devraient être appelés les « Tsiganes »). Ce que les Tsiganes sont, et c’est ainsi qu’ils se nomment eux-mêmes, ce sont des Roms, et leur langue est le romani.
Les Roms partagent un grand nombre de similarités avec les juifs. Les deux sont des nations organisées en diaspora, sans territoire (à l’exception d’un petit morceau de la Palestine reconnu internationalement); à la place, ils colonisent divers pays, migrant de pays en pays au fil du temps. Les juifs et les Roms sont traditionnellement xénophobes : le mot juif pour « non-juif » est « goy » (pluriel « goyim »). En romani, c’est « gadjo » (pluriel « gadje »). Les juifs comme les Roms ont des tabous et des rituels de purification spécifiques et plutôt curieux comme moyens de résister à la contamination ou à la corruption répandue par des étrangers, dont la plupart sont symboliques plutôt que physiques. Et tous deux ont été victimes de l’Holocauste ; un quart de la population rom d’Europe a été anéantie dans cet événement, mais avec une différence : alors que les juifs ont été remboursés après les atrocités nazies, cela n’a pas été le cas des Roms. Ce n’est qu’en 1979 que le Bundestag de l’Allemagne de l’Ouest a reconnu que la persécution des Roms par les nazis était raciste, ce qui les a rendu admissibles à une indemnisation, mais à ce moment-là, la plupart des victimes étaient déjà décédées.
Les identités rom et juive sont dans une certaine mesure secrètes. Les Roms se déguisent généralement en adoptant des noms à consonance locale ; dans les pays anglo-saxons, ils utilisent des noms à consonance anglaise comme Bob Jones ou Cathy Smith ; en privé, ils s’appellent par leurs noms roms exotiques, comme Ruslan ou Zemfira. Et puis chaque Rom a un nom secret connu seulement de cette personne et de sa mère.
À divers moments, les juifs ont également trouvé avantageux d’obscurcir leur identité derrière des noms à consonance locale. Mon autre grand-père est un exemple typique. Il est né à Jitomir, en Ukraine. Quand, à l’époque de la Révolution russe, ses parents et ses sœurs décampèrent pour Brooklyn, le laissant derrière eux, il vit qu’il était bon de changer son nom pour le très générique nom russe Alexander Orlov, laissant tout le monde croire qu’il était un orphelin russe. Il a vécu une bonne et longue vie, d’abord à Kiev, puis à Leningrad, sous une identité assumée, mais quelque temps après sa retraite, il a soudainement choqué ses enfants en leur apprenant qu’il était juif, que son nom n’était pas Alexander mais Abraham, et qu’il déménageait en Israël où il faisait plus chaud, avec plus de soleil. Il a aussi rencontré une de ses sœurs, mais celle-ci a ensuite été boudée par toute la famille, étant devenu témoin de Jehovah. Ce n’est pas que la sœur restante ou sa famille soient moins religieuses ; à un moment donné, ils ont essayé le rituel de Pessa’h, pour notre bénéfice, je suppose. Mais ça a été un tel travestissement que ça m’a fait pleurer. (J’étais jeune et impressionnable à l’époque, maintenant j’en rirai probablement).
Les identités rom et juive sont matrilinéaires : on ne peut pas être un Rom ou un juif, à moins que la mère soit rom, ou juive, respectivement. (À propos, je ne suis pas juif pour cette raison, entre autres : du côté de ma mère, le lignage est russe).  C’est tourné à leur avantage dans les sociétés qu’ils colonisent, qui sont toutes patrilinéaires. Les Roms ne semblent pas facilement se marier avec des locaux à cause de leur attitude très négative envers les « gadjes ». L’ampleur considérable des mariages mixtes juifs est facilité par leur apparence : les Roms ont souvent l’air de venir du nord de  l’Inde, alors que les juifs européens (ashkénazes) paraissent plus européens que les Arabes et les autres tribus du Moyen-Orient. Ils ne sont pas exactement une race ou un groupe ethnique : la moitié des chromosomes X (femelles) peuvent être d’origine juive, mais les chromosomes Y (mâles) peuvent avoir été empruntés à un autre groupe (et c’est très souvent le cas). Étant donné que le chromosome Y est un foyer d’évolution, cet emprunt génétique confère un avantage considérable en ce qui concerne la valeur sélective inclusive.
Ainsi, dans les mariages mixtes, les femmes juives fonctionnent un peu comme les oiseaux appelés « coucous » qui pondent leurs œufs dans d’autres nids d’oiseaux, obligeant d’autres oiseaux à élever des poussins de coucou à côté des leurs. Le « shiketz » (un mari « goy ») peut penser que ses enfants ajoutent au nombre de sa propre tribu, mais se trompe tristement. Les femmes juives peuvent aider à coloniser les sociétés en épousant des hommes locaux et en les faisant élever des juifs (en secret si nécessaire) à leurs frais. Ce détail saillant n’a pas été perdu pour tout le monde ; en particulier les cosaques, qui patrouillaient dans les marges de l’Empire russe et qui arrachaient et épousaient des femmes persanes, turques et caucasiennes puis les baptisaient et les russifiaient, ne voulaient rien avoir à faire avec les femmes juives. D’autre part, jusqu’à très récemment, ramener à la maison une « shiksa » (une femme « goy ») était fortement désapprouvé dans les familles juives, parce que les enfants d’une telle union ne pouvaient pas être considérés comme des juifs.
Si les juifs ne sont pas une race ni un groupe ethnique, sont-ils une religion ? De fait, il n’y a pas de liberté de religion parmi les juifs : selon la plupart des juifs, on ne peut être juif musulman ou juif chrétien et être encore juif. Mais plus de la moitié des juifs des États-Unis et d’Israël sont athées, et il y a beaucoup plus d’athées parmi les juifs américains que parmi la population générale. Le rituel de circoncision est généralement requis comme condition à l’inclusion sociale, mais il n’a pas beaucoup de signification religieuse dans une société qui (quelque peu inexplicablement) essaie de circoncire tous les bébés mâles indépendamment de la religion des parents.
Si les juifs ne sont ni une race/ethnie ni une religion, alors que sont-ils ? Par processus d’élimination, ils sont comme les Roms : une caste nomade. Beaucoup d’éléments qui signalent l’appartenance à une caste sont les mêmes : la xénophobie inhérente à des termes tels que « goy » / « gadjo » ; l’insistance sur la matrilinéarité même dans les sociétés généralement patrilinéaires ; la tendance à cultiver une identité secrète ; et la tendance à bouger et à coloniser de nouveaux pays lorsque les conditions le justifient.
Les juifs peuvent fonctionner comme une caste nomade aux États-Unis, qui sont  un pays plein de passions et de divisions sociales claniques, cultuelles, basées sur la notion de classe, de ségrégation par la race, le revenu et la religion et par beaucoup d’autres distinctions sociales autour de castes. Ils pouvaient fonctionner comme une caste dans la Russie pré-révolutionnaire en étant admis et tolérés, mais aussi séparés parce qu’ils ne louaient pas la Sainte Trinité et ne vénéreraient pas la Sainte Croix dans un pays où le christianisme orthodoxe était une condition préalable à la pleine citoyenneté. Mais la Russie post-révolutionnaire n’est pas si propice à la préservation de la caste juive.
Premièrement, un Russe a le droit de choisir la nationalité de chaque parent (la Fédération de Russie est composée de 160 nationalités, chacune avec sa propre langue), celle par défaut (qui est le russe) ou de ne pas en déclarer du tout. De plus, les lois religieuses ou autres qui interfèrent avec cette liberté de choix portent atteinte à ce droit. Deuxièmement, un Russe a le droit de pratiquer n’importe quelle religion, indépendamment du choix de sa nationalité. Ainsi, les lois religieuses ou autres qui lient une religion à sa nationalité enfreignent ce droit. Troisièmement, il est généralement admis que l’identité russe imprègne toutes les autres. Il existe une distinction linguistique entre « Rossiysky » (appartenant au pays) et « Russky » (qui concerne la nationalité), mais en pratique, les deux mots sont utilisés de manière interchangeable. Ainsi, un juif russe est d’abord un Russe (linguistiquement, culturellement, socialement, éventuellement religieusement) et un juif ensuite. Être juif, c’est comme tenir une rose entre les dents : un accessoire de mode intéressant et idiosyncratique.
Si vous pensez que ce sont de petits détails, vous devriez voir les réactions hystériques et xénophobes que je peux provoquer plus ou moins à volonté dans presque n’importe quel groupe de juifs simplement en disant que je suis juif du fait d’avoir deux grands-pères juifs. Bien sûr, ma mère est russe, mais je suis un juif russe, et en Russie la nationalité peut passer de père en fils, et c’est le cas habituellement. Oh, et d’ailleurs je suis chrétien, donc les lois juives ne s’appliquent pas à moi. La dissonance cognitive d’être confronté au fait que les juifs sont une caste doit être plus que pénible pour ses membres. Donc, bien, je ne suis pas un juif ; je n’ai pas non plus de rose entre les dents. En fait, il est fallacieux de ma part de provoquer les juifs avec désinvolture en disant que je pourrais être juif, parce que je ne ressens même pas le moindre petit atome de judaïté et que je suis parfaitement en paix avec le fait d’être russe.
Le but de tout ceci est que, pour toutes les raisons mentionnées ci-dessus, vous ne devriez jamais écouter de nouveau ce que les juifs américains ont à dire sur la Russie. Tout ce qu’ils ont à livrer dans ce domaine est frelaté, des produits contaminés. Il est absolument essentiel pour la sécurité de toute la planète que les États-Unis et la Russie entretiennent de bonnes relations de coopération, de professionnalisme et d’amitié fondées sur des faits actuels plutôt que sur des faussetés, des fanatismes, des insinuations ou des histoires périmées. Il est incroyablement autodestructeur d’utiliser les mensonges répandus sur la Russie comme une excuse pour continuer à nourrir le monstre militaire américano-israélien. Si les Américains ont besoin d’un parfait exemple de bonnes relations avec la Russie, en voici un : il s’appelle Israël.
Dmitry Orlov
Traduit par Hervé vérifié par Diane relu par Catherine pour le Saker Francophone

La reconquête d’Alep et la Russie

Journaliste et écrivain Richard Labévière présente sur TV Libertés un document exceptionnel et inédit d’un diplomate qui offre un impressionnant point de vue sur la crise syrienne et la bataille d’Alep. Un regard exclusif sur une guerre militaire, diplomatique mais aussi médiatique. Commentaire de l’ouvrage Alep, la guerre et la diplomatie de Maria Khodynskaya-Golenishcheva, Préface de Richard Labévière.