Les actions de l’armement explosent: 500% de bénéfices en dix ans !

Source : MW

Horizons et débats

Zurich 19 août 2019

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-18-19-aout-2019/les-actions-de-larmement-explosent-500-de-benefices-en-dix-ans.html

 

Il est bien connu que la production d’armes peut rapporter beaucoup d’argent. Les médias d’affaires le rappellent souvent: dans les périodes de rendement négatif des comptes d’épargne et des obligations d’Etat, il est possible de faire de gros profits en achetant des actions dans le secteur de l’armement. Serait-ce faire du profit par la mort et la destruction dans les pays en guerre? A y penser, un citoyen, donc un être humain «normal», en a des frissons. Mais jetons un coup d’œil aux sommes perçues par certaines entreprises et leurs actionnaires des guerres à l’international. Alors les pensées se remettront en place.

Faits et chiffres sur les gains de l’armement et les guerres 

Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm SIPRI, 1,8 billions de dollars ont été dépensés en armements en 2018. 1 800 000 000 000 000 de dollars. La part du lion des dépenses d’armement, plus de 700 milliards de dollars, revient aux Etats-Unis; 750 milliards de dollars sont prévus pour 2020.1 Les bases militaires américaines omniprésentes sur terre, en mer avec les porte-avions, mais aussi dans les airs et dans l’espace sont une menace globale. Cette menace est également un moteur de l’armement en Russie et en Chine, et pour de nombreux autres Etats luttant pour sauver leur vie. Une fois de plus, les pays européens de l’OTAN sont poussés par le gouvernement américain, le lobby de l’armement et les médias à augmenter leurs budgets militaires en faisant constamment état de la menace et de l’agressivité d’autres grandes puissances qui pourraient détrôner l’unique superpuissance actuelle. Et parallèlement, l’UE veut mettre sur pied sa propre armée européenne, contrairement à la volonté de nombreux Etats membres.
«Il y a eu 16 guerres et 173 conflits armés en 2018, selon l’Institut Heidelberg pour la recherche sur les conflits internationaux», et «le secteur de l’armement a fait 500% de profit en faveur de ses actionnaires au cours des dix dernières années» (Handelszeitung du 18 juin), soit 50% par an! Cependant, l’auteur confond cause et effet lorsqu’il écrit: «Il y a des raisons pour de bonnes performances: le nombre de conflits est constamment élevé». Comme si les gens vivaient volontairement dans ces terribles guerres, dans certains cas pendant des années et des décennies! Comme si la production de bombes répondait aux besoins de l’humanité …
Plus loin, l’auteur nomme les intéressés par leurs noms: Trois des quatre plus grandes entreprises d’armement sont américaines. Au sommet se trouve Lockheed Martin, dont le cours des actions a atteint «un pic inédit» puisque l’entreprise fabrique «2700 avions de combat furtifs de type F-35» pour le Pentagone pour 400 milliards de dollars. Plus encore, Northrop Grumman, spécialiste de l’aéronautique et de l’espace, est également en plein essor. Et finalement, United Technologies (UTC), qui réalisera environ 70% de son chiffre d’affaires prévu dans le secteur de l’aviation. On note qu’il a récemment acquis le fournisseur d’avions Rockwell Collins. Ensuite, on peut aussi nommer Boeing, «plus grand constructeur aéronautique du monde», dont le cours de l’action a chuté après le crash de l’avion civil 737 Max – mais il va se remettre sur pied. Le quatrième dans la liste est l’avionneur européen Airbus, profitant actuellement de la malchance de son concurrent américain Boeing: sa part est également «en hausse» (Handelszeitung du 18 juin).

Les guerres maintiennent en vie l’industrie américaine de l’armement et la superpuissance en déclin 

En faisant un simple calcul de maths, et sachant que les trois plus grandes sociétés d’armement du monde sont des sociétés américaines, vous constaterez que les Etats-Unis dépensent de loin le plus d’argent en armements et invitent tous leurs «partenaires» à acheter des armements américains afin de nourrir l’insatiable complexe militaro-industriel – selon la devise «America first», que les électeurs de Donald Trump comprennent probablement tout autrement. Parce que les Etats-Unis ont peu d’industries nationales compétitives autres que l’industrie de la défense, ils les protègent – contre les règles de l’OMC, mais en accord avec «America first», – avec des droits de douane élevés contre l’importation de toutes sortes de marchandises en provenance de Chine. On note que les concurrents européens performants, tels que VW, UBS ou Bayer, sont soumis à des procédures judiciaires leur coûtant des milliards.
En ce qui concerne les nombreuses guerres des Etats-Unis: après tout, les 2700 nouveaux avions furtifs et tout ce que le Pentagone achète doivent être utilisés quelque part dans le monde pour que la demande et le réapprovisionnement soient garantis …

Et nous, les habitants de cette terre?

Quiconque tente de se rassurer par l’idée que les guerres d’aujourd’hui se déroulent loin de nous, ne doit pas oublier deux choses:

  1. Sur notre globe armé jusqu’aux dents, le risque que quelqu’un presse le mauvais bouton, soit accidentellement, soit à cause d’une situation de tension, est toujours présent. En octobre 1962, par exemple, cela a failli arriver lorsque l’Union soviétique avait installé des missiles nucléaires de moyenne portée à Cuba pour empêcher une invasion américaine redoutée. Les deux chefs d’Etat de l’époque, Nikita Khrouchtchev et John F. Kennedy, furent assez prudents pour empêcher une guerre nucléaire. Cependant, on ne peut nier que ce risque virulent existe toujours, surtout à l’heure actuelle, alors que les Etats-Unis ont confirmé le 2 août la résiliation du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) avec la Russie,2en donnant comme motif que la Russie a déployé des missiles de croisière en violation du traité. La Russie, pour sa part, a fait valoir qu’il s’agissait d’une réaction aux missiles Patriot que les Etats-Unis avaient installés en Europe de l’Est depuis des années. Une situation dangereuse – non seulement pour les pays d’Europe de l’Est, mais pour toute l’Europe et le monde entier, ainsi que pour la Suisse, puisque la République fédérale voisine est pleine d’armes nucléaires (aux mains des Etats-Unis).
  2. Les guerres dans les pays étrangers ne peuvent et ne doivent pas nous laisser indifférents – pour la simple raison que nous sommes tous des êtres humains. Quand on voit les terribles images des zones de guerre et qu’on entend les rapports saisissants des personnes touchées, il n’y a qu’une chose qui fait loi: dire non à la guerre! Dans les années 1960, les jeunes de nombreux pays ont protesté contre la guerre du Vietnam, aujourd’hui ils manifestent contre le changement climatique. Qui a intérêt à détourner l’attention de nos jeunes de la protestation contre la plus grande et plus dangereuse menace pour l’humanité?    •

 

1    Tous les chiffres et faits présentés ici proviennent de l’article de Georg Pröbstl: «Volle Fahrt voraus auf Rüstungsaktien», in: Handelszeitung du 18/6/19
2    Force nucléaire à portée intermédiaire. Accord de 1987 entre l’Union soviétique et les Etats-Unis sur la destruction de tous les missiles nucléaires terrestres à courte et moyenne portée (500 à 5500 kilomètres).

Le Traité FNI enterré, les nouveaux euromissiles arrivent. L’Europe complice.

par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 3 août 2019

ilmanifesto.it

https://www.mondialisation.ca/le-traite-fni-enterre-les-nouveaux-euromissiles-arrivent/5635871

 

 

Le secrétaire d’état Mike Pompeo a annoncé le 2 août 2019, après six mois de suspension, le retrait définitif des États-Unis du Traité sur les Forces nucléaires intermédiaires (INF ou FNI), accusant la Russie de l’avoir “délibérément violé, mettant en danger les intérêts suprêmes USA”. À cette nouvelle n’a été donné en Italie que très peu d’écho politique et médiatique (l’Ansa –agence de presse nationale italienne– ne lui a consacré que quelques lignes). Et pourtant nous sommes devant une décision qui a de dramatiques implications pour l’Italie, exposée comme d’autres pays européens à se tenir en premières lignes dans une nouvelle confrontation nucléaire USA-Russie non moins dangereuse que celle de la guerre froide.

Le Traité FNI, signé en 1987 par les présidents Gorbachev et Reagan, élimina tous les missiles nucléaires à courte portée et à portée intermédiaire (entre 500 et 5 500 Km) avec base au sol, avant tout les missiles balistiques Pershing 2, déployés par les États-Unis en Grande-Bretagne, Italie, Allemagne de l’Ouest, Belgique et Pays-Bas, et en même temps les missiles balistiques SS-20 (appellation occidentale) basés par l’Union Soviétique sur son propre territoire.

En 2014 l’administration Obama accusait la Russie, sans apporter aucune preuve, d’avoir expérimenté un missile de croisière (sigle 9M729) de la catégorie interdite par le Traité et, en 2015, annonçait que “face à la violation du Traité FNI par la Russie, les États-Unis sont en train de considérer le déploiement en Europe de missiles avec base au sol”. Le plan a été confirmé par l’administration Trump : en 2018 le Congrès a autorisé le financement d’”un programme de recherche et développement d’un missile de croisière lancé du sol par plate-forme mobile sur route”.

De son côté, Moscou niait que son missile de croisière violât le Traité et, à son tour, accusait Washington d’avoir installé en Pologne et Roumanie des rampes de lancement de missiles intercepteurs (ceux du “bouclier”), qui peuvent être utilisées pour lancer des missiles de croisière à tête nucléaire. Dans ce cadre il convient de garder à l’esprit le facteur géographique : tandis qu’un missile nucléaire USA à portée intermédiaire, basé en Europe, peut frapper Moscou, un missile analogue basé par la Russie sur son propre territoire peut frapper les capitales européennes, mais pas Washington. Si l’on inverse le scénario, c’est comme si la Russie déployait des missiles nucléaires à portée intermédiaire au Mexique.

“Les États-Unis -souligne Mike Pompeo dans sa déclaration- apprécient grandement la constante coopération et détermination des alliés OTAN dans leur réponse à la violation russe du Traité”. Appréciation méritée : les alliés, Italie comprise, ont déclaré la Russie coupable d’avoir violé le Traité en acceptant les yeux fermés l’accusation faite par les USA sans aucune preuve réelle.

L’effacement du Traité FNI, suspendu aussi par la Russie le 3 juillet, s’insère dans une nouvelle course aux armements désormais basée non tant sur la quantité mais sur la qualité des armes nucléaires et de leurs vecteurs, et sur leur localisation. Des sources militaires informent que les États-Unis sont en train de mettre au point de nouveaux missiles nucléaires à portée intermédiaire avec base au sol, aussi bien de croisière que balistiques (ceux-ci capables de frapper leurs objectifs à 6-8 minutes du lancement). La Russie a prévenu que, s’ils sont basés en Europe, elle pointera ses missiles nucléaires sur les territoires où les missiles USA seront installés.

L’enterrement du Traité FNI a un objectif stratégique ultérieur. C’est ce qu’a révélé Pompeo lui-même, en accusant la Chine de déployer (sur son propre territoire) des missiles nucléaires à portée intermédiaire avec base au sol avec lesquels “elle menace les États-Unis et leurs alliés en Asie”. Le secrétaire d’état Pompeo prévient ensuite : “Il n’y a pas de raison que les États-Unis continuent à concéder cet avantage militaire crucial à des puissances comme la Chine”. Les USA donc se préparent à déployer de nouveaux missiles nucléaires à portée intermédiaire non seulement contre la Russie mais aussi contre la Chine. Toutes les deux en mesure de répondre en déployant de nouvelles armes nucléaires.

Significative la position de la Commission Européenne, qui a déclaré hier : “Nous encourageons à préserver les résultats du Traité FNI, nous devons être attentifs à ne pas prendre la voie d’une nouvelle course aux armements qui réduirait les résultats significatifs atteints après la fin de la Guerre froide”. Il faut un sacré toupet pour déclarer cela, après que cette même Union européenne a contribué à l’enterrement du Traité FNI : à l’Assemblée Générale de l’ONU (21 décembre 2018), l’Union européenne compacte a rejeté la résolution par laquelle la Russie proposait de préserver le Traité en établissant des mécanismes de vérification et des négociations. L’Union européenne a donné ainsi de fait le feu vert à l’installation de nouveaux missiles nucléaires USA en Europe, Italie comprise.

 

Article original en italien :

Affossato il Trattato Inf, in arrivo nuovi euromissili 

Édition de samedi 3 août 2019 de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange  Patrizio

La source originale de cet article est ilmanifesto.it

Copyright © Manlio Dinucciilmanifesto.it, 2019

 

Why Should Iran Be Cherished and Defended?

By Andre Vltchek

OpEdNews Op Eds 7/29/2019 at 02:04:41    H2’ed 7/29/19

Source:

https://www.opednews.com/articles/Why-Should-Iran-Be-Cherish-by-Andre-Vltchek-Iran_Iran-Russia-And-China-190729-216.html

First published by NEO – New Eastern Outlook

This piece was reprinted by OpEdNews with permission or license. It may not be reproduced in any form without permission or license from the source.

As I pen this short essay, Iran is standing against the mightiest nation on earth. It is facing tremendous danger; of annihilation even, if the world does not wake up fast, and rush to its rescue.

Stunning Iranian cities are in danger, but above all, its people: proud and beautiful, creative, formed by one of the oldest and deepest cultures on earth.

This is a reminder to the world: Iran may be bombed, devastated and injured terribly, for absolutely no reason. I repeat: there is zero rational reason for attacking Iran.

Iran has never attacked anyone. It has done nothing bad to the United States, to the United Kingdom, or even to those countries that want to destroy it immediately: Saudi Arabia and Israel.

Its only ‘crime’ is that it helped devastated Syria. And that it seriously stands by Palestine. And that it came to the rescue of many far away nations, like Cuba and Venezuela, when they were in awful need.

I am trying to choose the simplest words. No need for pirouettes and intellectual exercises.

Thousands, millions of Iranians may soon die, simply because a psychopath who is currently occupying the White House wants to humiliate his predecessor, who signed the nuclear deal. This information was leaked by his own staff. This is not about who is a bigger gangster. It is about the horrible fact that antagonizing Iran has absolutely nothing to do with Iran itself.

Which brings the question to my mind: in what world are we really living? Could this be tolerable? Can the world just stand by, idly, and watch how one of the greatest countries on earth gets violated by aggressive, brutal forces, without any justification?

I love Iran! I love its cinema, poetry, food. I love Teheran. And I love the Iranian people with their polite, educated flair. I love their thinkers. I don’t want anything bad to happen to them.

You know, you were of course never told by the Western media, but Iran is a socialist country. It professes a system that could be defined as « socialism with Iranian characteristics ». Like China, Iran is one of the most ancient nations on earth, and it is perfectly capable of creating and developing its own economic and social system.

 

Iran is an extremely successful nation. Despite the embargos and terrible intimidation from the West, it still sits at the threshold of the « Very high human development », defined by UNDP; well above such darlings of the West as Ukraine, Colombia or Thailand.

It clearly has an internationalist spirit: it shows great solidarity with the countries that are being battered by Western

I have no religion. In Iran, most of the people do. They are Shi’a Muslims. So what? I do not insist that everyone thinks like me. And my Iranian friends, comrades, brothers and sisters have never insisted that I feel or think the same way as they do. They are not fanatics, and they do not make people who are not like them, feel excluded. We are different and yet so similar. We fight for a better world. We are internationalists. We respect each other. We respect others.

Iran does not want to conquer anyone. But when its friends are attacked, it offers a helping hand. Like to Syria.

In the past, it was colonized by the West, and its democratic government was overthrown, in 1953, simply because it wanted to use its natural resources for improving the lives of its people. The morbid dictatorship of Shah Pahlavi was installed from abroad. And then, later, again, a terrible war unleashed against Iran by Iraq, with the full and candid support of the West.

I promised to make this essay short. There is no time for long litanies. And in fact, this is not really an essay at all: it is an appeal.

As this goes to print, many people in Iran are anxious. They do not understand what they have done to deserve this; the sanctions, the US aircraft carriers sailing near their shores, and deadly B-52s deployed only dozens of miles away.

Iranians are brave, proud people. If confronted, if attacked, they will fight. And they will die with dignity, if there is no other alternative.

But why? Why should they fight and why should they die?

Those of you, my readers, living in the West: Study; study quickly. Then ask this question to your government: « What is the reason for this terrible scenario? »

Rent Iranian films; they are everywhere, winning all festivals. Read Iranian poets. Go eat Iranian food. Search for images of both historic and modern Iranian cities. Look at the faces of the people. Do not allow this to happen. Do not permit psychopathic reasoning to ruin millions of lives.

There was no real reason for the wars against Iraq, Afghanistan, Libya and Syria. The West perpetrated the most terrible imperialist interventions, ruining entire nations.

But Iran it all goes one step further. It’s a total lack of logic and accountability on the part of the West.

Here, I declare my full support to the people of Iran, and to the country that has been giving countless cultural treasures to the world, for millennia.

It is because I have doubts that if Iran is destroyed, the human race could survive.

Andre Vltchek is a philosopher, novelist, filmmaker and investigative journalist. He has covered wars and conflicts in dozens of countries. Four of his latest books are China and Ecological Civilization with John B. Cobb, Jr., Revolutionary Optimism, Western Nihilism, a revolutionary novel “Aurora” and a bestselling work of political non-fiction: “Exposing Lies Of The Empire”. View his other books here. Watch Rwanda Gambit, his groundbreaking documentary about Rwanda and DRCongo and his film/dialogue with Noam Chomsky “On Western Terrorism”. Vltchek presently resides in East Asia and the Middle East, and continues to work around the world. He can be reached through his website and his Twitter.
 

Comment l’UE et l’OTAN créent des crises et préparent des guerres

Interview d’Ullrich Mies* accordé à Nicolas Riedl (rubikon)

Source : Horizons et débats,

Zurich, 24 juin 2019

 

«Prêter à la Russie l’intention d’attaquer n’importe quel pays est une propagande diabolique du complexe occidental de renseignement et de communication. Ce n’est pas la Russie qui s’est rapprochée du continent américain ou de l’UE avec sa puissance militaire, mais c’est l’OTAN qui étouffe la Russie. Un coup d’œil sur la carte géographique suffit pour démasquer la propagande comme un mensonge.»

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  1. Ullrich Mies, entrepreneur et auteur, a publié un nouveau livre intitulé «Der Tiefe Staat schlägt zu. Wie die westliche Welt Krisen erzeugt und Kriege vorbereitet» [Le pouvoir de l’ombre attaque. Comment le monde occidental produit des crises et prépare des guerres]. Cet ouvrage est une suite de son premier livre intitulé «Fassadendemokratie und Tiefer Staat. Auf dem Weg in ein autoritäres Zeitalter» [Démocratie de façade et pouvoir de l’ombre. En route vers une époque autoritaire]. Son nouveau livre donne la parole à des auteurs analysant avant tout les dangers de guerre émanant du pouvoir de l’ombre [Deep State].

Nicolas Riedl: Pour quelles raisons avez-vous publié un second livre? 

Ullrich Mies: Lors des présentations du livre, j’ai remarqué que nous avions atteint un point névralgique en 2017 avec le titre «Démocratie de façade et pouvoir de l’ombre». Le public a toujours été d’accord avec l’affirmation que nous vivons dans une démocratie de façade. Cependant, les forces se cachant derrière ce gouvernement occulte n’étaient pas reconnaissables pour la plupart des lecteurs. Le premier livre a fourni la réponse à cette question.
Le nouveau livre «Le pouvoir de l’ombre attaque» explique comment les élites au pouvoir ont réussi à détruire les dividendes de la paix de 1990 et comment elles ont réussi à conduire le monde dans un nouvel Etat d’avant-guerre. J’adopte également une approche beaucoup plus globale du terme anglais «Deep State» que celle généralement admise: je le décris comme l’espace sombre du pouvoir. Certaines parties sont visibles, les parties essentielles ne le sont pas. Dans cette espace sombre, la lutte des classes est organisée d’en haut. Les acteurs du pouvoir de l’ombre ne sont ni élus ni ne peuvent être destitués. Ces derniers sont les représentants du modèle radical de marché du capitalisme occidental. Les idéologues néoconservateurs y jouent un rôle décisif. Le pouvoir de l’ombre et les acteurs néoconservateurs ne peuvent être séparés.
Dans le livre «La démocratie de façade et le pouvoir de l’ombre» la perspective internationale du pouvoir de l’ombre manquait. Dans «Le pouvoir de l’ombre attaque. Comment le monde occidental produit des crises et prépare des guerres», je présente un recueil de contributions dont les 16 auteurs montrent comment les élites occidentales au pouvoir ont érodé l’ordre international dans un processus commencé depuis d’environ 25 ans.

Quels auteurs avez-vous trouvés pour le nouveau livre?

Les personnes ayant contribué à cet ouvrage sont, dans l’ordre de la table des matières, Rainer Rupp, Eugen Drewermann, Jochen Scholz, Hannes Hofbauer, Tilo Gräser, Annette Groth, Kees van der Pijl, Chris Hedges, Nicolas J.S. Davies, John Pilger, Ullrich Mies, Vladimir Kozin, Wolfgang Jung, Aktham Suliman, Mohssen Massarrat et Ernst Wolff. Comme vous le reconnaissez aux noms, j’ai pu attirer un certain nombre d’auteurs étrangers, notamment des Etats-Unis. Avec Vladimir P. Kozin, il y a également un éminent expert russe s’occupant des questions du contrôle des armements depuis de nombreuses décennies.

Que souhaiteriez-vous transmettre à vos lecteurs?

A travers l’analyse des événements politiques internationaux, l’ouvrage vise à contribuer à une meilleure compréhension des bouleversements actuels sur la scène internationale. Après l’avoir lu, le lecteur comprendra mieux certains développements politiques, notamment les relations de l’Occident avec la Russie. J’explique, par exemple, pourquoi l’affirmation propagandiste de l’Occident selon laquelle la crise de Crimée était un acte arbitraire de la Russie n’est pas correcte. Ce n’était rien de plus que le résultat du processus d’élargissement vers l’Est entrepris par l’OTAN et l’UE depuis 25 ans. La prétendue politique étrangère de l’Occident et son industrie de la désinformation détourne délibérément les événements de l’époque récente ayant conduit au désaccord avec la Russie.
Cependant, celui qui ne comprend pas l’histoire contemporaine comme une chaîne de décisions et d’événements et ne tient compte que du dernier chaînon – comme la sécession de la Crimée – ne comprend rien du tout. Les élites dirigeantes occidentales sont les initiatrices principales des conflits et des guerres sur notre terre.
De nombreux hommes politiques honorables ayant, après la chute du mur de Berlin, joué un rôle décisif comme architectes de la Maison commune d’une Europe pacifique et unie, sont décontenancés face à la politique actuelle du gouvernement fédéral allemand à l’égard de la Russie.
Je ne nie pas l’existence, aujourd’hui comme dans le passé, de politiciens honnêtes. Cependant, il est fort rare de trouver de tels politiciens dans les instances dirigeantes. Majoritairement, ce sont avant tout des opportunistes et des apparatchiks corrompus ayant uni leurs forces à celles du pouvoir économique et financier. Ils ne s’occupent en rien de la population en général, de l’environnement et de la paix dans le monde. La Conférence de Munich sur la sécurité et l’une de ces scènes ou se retrouvent les bellicistes occidentaux. L’auteur Tilo Gräser se concentre dans son article sur la conférence de l’année 2018.
Revenons à l’occasion historiquement unique suite aux événements de 1989: la destruction des dites dividendes de la paix après 1990/91 a suivi un scénario écrit par les cadres néoconservateurs de l’Etat profond des Etats-Unis. Après la disparition de la concurrence des systèmes USA/URSS, les néoconservateurs américains avaient carte blanche, notamment sous le président Bush junior. Après une phase d’orientation, ils ont vu leur chance de revitaliser l’entière domination mondiale par les Etats-Unis, un concept existant depuis environ 100 ans.

Comment le monde occidental a-t-il pu retomber dans une spirale de méfiance, de course aux armements et de dissuasion mutuelle après les expériences de la guerre froide? Quelle est la probabilité d’une escalade de tensions entre l’Ouest et l’Est?

La raison première des distorsions sur la scène internationale est la prétention des Etats-Unis à dominer le monde. Les Etats-Unis définissent le monde entier, en particulier l’espace eurasien, comme leur intérêt sécuritaire. Mais cela va bien au-delà. La prétention américaine à la domination du monde s’appuie sur l’idéologie de la «full-spectrum-dominance» et comprend désormais, outre les trois armées traditionnelles armée de terre, armée de l’air et marine, d’autres armes: «space», «cyberspace», «guerre de l’information» ainsi que la surveillance totale.
De même, l’admission continuelle de nouveaux pays dans l’alliance de l’OTAN sert l’expansion de l’idéologie et des domaines de pouvoir des Etats-Unis jusqu’aux fins fonds de la zone eurasiatique. De 1990 à aujourd’hui, les impérialistes transatlantiques ont procédé en plusieurs phases.
Il y a d’abord eu une phase d’orientation de l’alliance et de recherche de nouvelles tâches de 1990 à 1993, suivie de la revitalisation de la revendication américaine au leadership mondial, du maintien de du renforcement de cette domination et de la consolidation des plans d’expansion de l’OTAN de 1994 à 1998, puis de 1999 à 2001, la première phase d’agression, notamment la guerre en Yougoslavie, le 11-Septembre, la «guerre contre le terrorisme», la guerre contre l’Afghanistan et la première phase de l’expansion de l’OTAN avec la Pologne, la République tchèque et la Hongrie.
La deuxième phase de l’agression est selon mon point de vue, la période 2002–2010. C’est la consolidation de la domination mondiale revendiquée par les Etats-Unis, l’annulation du traité ABM, les guerres contre l’Irak, la Libye, la Géorgie, les deux phases d’élargissement de l’OTAN avec l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Bulgarie, la Slovénie, la Slovaquie, puis l’Albanie et la Croatie.
La troisième phase de l’agression est à mon avis la période allant de 2011 à 2013 avec le début de la guerre en Syrie et l’hostilité ouverte contre la Russie. Au cours de ces années, ont lieu divers manœuvres militaires et le déploiement d’armes lourdes aux frontières russes.
La quatrième phase commence selon moi en 2014 avec le coup d’Etat en Ukraine, l’escalade de la guerre en Syrie, les guerres de propagande, le régime des sanctions et de la guerre économique, la russophobie, les manœuvres militaires excessifs, l’armement, la dénonciation du traité nucléaire avec l’Iran et du traité FNI. La quatrième phase de l’élargissement de l’OTAN avec le Monténégro en 2017 s’inscrit également dans cette perspective.
Nicolas S. Davies présente dans sa contribution les traces de sang laissées par les Etats-Unis dans leurs guerres depuis le 11-Septembre. Son résultat est le suivant: les guerres menées par les Etats-Unis depuis 2001 ont coûté la vie à entre 5 et 7 millions de personnes.
A mon avis, les élites néoconservatrices de la politique étrangère américaine ainsi que leurs vassaux transatlantiques en Allemagne et dans d’importants Etats membres de l’UE ont conduit les peuples dans d’innombrables pays – même en Europe – à cette tragédie. Kees van der Pijl a préparé une contribution intéressante sur ces liens intitulée: «L’axe du mal – la NeoCon-Connection US/Israël».

La Suède a récemment publié une série télévisée sur une invasion de la Norvège par la Russie. Est-ce une coïncidence ou pensez-vous qu’on veut ainsi renforcer le climat russophobe? 

Franklin D. Roosevelt, président des Etats-Unis de 1933 à 1945, a dit un jour: «Rien n’arrive par hasard en politique. Si quelque chose se passe, vous pouvez être certain que cela a été planifié ainsi.» En clair: tout est intentionnel. La Norvège, la Suède et la Finlande sont d’une grande importance pour les stratèges de l’OTAN et une potentielle guerre contre la Russie. Le fait que deux secrétaires généraux de l’OTAN d’affilée soient des Scandinaves, Jens Stoltenberg et son prédécesseur Fogh Rasmussen, n’est pas non plus un hasard. Cela sert à lier ces pays à l’OTAN.
Le climat russophobe a été et est toujours créé avec toutes les techniques de propagande disponibles. L’infiltration culturelle et militariste du public à l’aide de films, de séries télévisées, de publicité, d’affiches grand-format, etc. est très importante. Ce sont des techniques subtiles ne manquant pas d’avoir un effet dans le subconscient des masses. Ainsi, le mauvais Russe est de manière subliminale ancré dans la conscience des masses. La plupart des gens ne reconnaissent pas les techniques perfides du pouvoir, car ils ne peuvent même pas penser aussi malicieusement que les élites. Le climat russophobe fait partie de l’installation de la «guerre froide 2.0».

Les habitants du nord et de l’est de l’Allemagne vivent le réarmement et le déplacement de matériel militaire lourd vers l’Est dans la vie quotidienne, par exemple les camions militaires dans les rues. Les wagons de marchandises chargés de blindés ont désormais la priorité face aux transports de voyageurs de la Deutsche Bahn. L’UE veut investir 6,5 milliards d’euros pour rendre les routes et les voies ferrées appropriées au déplacement de chars vers l’Est. Pouvez-vous comprendre que les pays de l’ancien bloc de l’Est se félicitent de ces développements? Certes, les habitants des pays de l’ancien bloc de l’Est sont encore conscients de l’aversion pour tout ce qui est russe. Selon moi, ce qui est plus déterminant c’est l’alignement mental des élites politiques d’Europe de l’Est sur l’idéologie transatlantique américaine, suite à des investissements à long terme et une multitude de programmes de soutien, de bourses d’études, de séjours de recherche, de connexions et de réseaux.

L’Allemagne joue un rôle particulier en étant devenu un pays de transit pour les armes lourdes. C’est aussi un dépôt d’armes nucléaires, une plate-forme logistique, un site pour quelque 40 000 militaires américains, un centre de contrôle pour les assassinats par drones dans le monde entier, un site pour Africom et Eucom. Dans son nouveau livre, Wolfgang Jung explique que l’Allemagne sera avant tout un futur champ de bataille. Je trouve extrêmement troublant, voire insidieux, que le dit establishment de politique étrangère de l’Allemagne ne tienne pas compte de ces faits.

Ne devrait-il pas être clair pour tous les citoyens de l’ancien bloc de l’Est pensant logiquement que, du point de vue de la Russie, il serait totalement suicidaire d’attaquer un de ces pays ou même de l’annexer? Prêter à la Russie l’intention d’attaquer n’importe quel pays est une propagande diabolique du complexe occidental de renseignement et de communication. Ce n’est pas la Russie qui s’est rapprochée du continent américain ou de l’UE avec sa puissance militaire, mais c’est l’OTAN qui étouffe la Russie. Un coup d’œil sur la carte géographique suffit pour démasquer la propagande comme un mensonge.

Jusqu’en 1977, il était prévu de détruire l’URSS avec 10 000 armes nucléaires. Cet esprit de folie existe-t-il encore aujourd’hui? Bien sûr, cet esprit de folie persiste, et les fous, pour rester dans l’image, disposent du pouvoir de faire de leurs idées une réalité. Ou bien pensez-vous que les peuples seraient si fous au point de s’anéantir mutuellement ou de menacer la planète d’extinction nucléaire?

Cet esprit maléfique continue d’exister. Pour exercer la pleine terreur nucléaire, les Etats-Unis veulent mettre à disposition plus de 1200 milliards de dollars dans les 30 prochaines années. Les sociopathes et les psychopathes se perdant dans les jeux de stratégie d’extermination représentent un énorme danger pour l’humanité. La population ne devrait jamais oublier: les responsables politiques de toute cette folie se trouvent dans les gouvernements. Ceux-ci extorquent l’argent du peuple par des propos alarmistes et la production d’ennemis pour l’investir dans cet appareil d’extermination. Vladimir P. Kozin nous offre des informations à ce sujet dans sa contribution intitulée «La nouvelle guerre froide et l’escalade planifiée USA/Europe contre la Russie». Afin de comprendre toute cette folie, je fournis moi-même quelques aspects dans ma contribution intitulée «Comment la communauté de valeurs occidentale a installé la guerre froide 2.0».

Si l’empire américain, ou plutôt les élites trans­atlantiques, est intéressé par l’ouverture forcée de la Russie en tant que nouveau marché, n’est-ce alors pas totalement irrationnel de rendre d’immenses surfaces inhabitables pour les siècles à venir par des bombardements nucléaires? Pouvez-vous expliquer cela? 

Oui, ces diaboliques moteurs du génocide dans les appareils militaires américains et les think tanks transatlantiques pensent que la guerre nucléaire limitée est effectivement gérable, voire souhaitable sous certaines conditions, pour devancer par une frappe préventive l’ennemi qu’ils accusent toujours des pires intentions.
Le plus grand scandale se situe au niveau de la caste dirigeante de l’Allemagne préparant ou participant actuellement à la troisième tentative d’attaquer la Russie au cours du siècle écoulé. Si les cliques dirigeantes de Berlin entraient réellement en guerre contre la Russie, beaucoup d’Allemands refuseraient de suivre le régime attaquant. J’en suis certain. A mon avis, une guerre contre la Russie n’est possible qu’au prix d’une guerre civile. Mais qui sait quels développements se produiront réellement dans un tel cas? La guerre d’agression contre la Russie ne peut se faire qu’au prix de l’achèvement complet des droits civils par la mise en œuvre de l’état d’urgence et donc au prix d’une éventuelle guerre civile et/ou partisane dans son propre pays.    •

 

Bibliographie:
Mies, Ullrich; Wernicke, Jens (éd.). Fassadendemokratie und Tiefer Staat. Auf dem Weg in ein autoritäres Zeitalter. Vienne 2017
Mies, Ullrich (éd.). Der Tiefe Staat schlägt zu. Wie die westliche Welt Krisen erzeugt und Kriege vorbereitet. Vienne 2019

(Traduction Horizons et débats)

Gravissime provocation occidentale contre l’Iran.

Des commandos britanniques ont arraisonné un superpétrolier iranien au large de Gibraltar au tout début de juillet.

par Ivo Rens

 

Le 4 juillet, le Grace 1, un pétrolier iranien géant long de 330 mètres contenant 2,1 millions de barils de brut a été arraisonné par la police et les doaunes de Gibraltar, en réalité par un commando de Royal marines britanniques. La Cour suprême de Gibraltar s’empressa d’avaliser cet arraisonnement en autorisant la détention du navire, d’abord pour 72 heures, puis pour une période de 14 jours, renouvelable. (1)

Le ministre espagnol des affaires étrangères, Joseph Borrell affirma que cet arraisonnement avait eu lieu après “une demande adressée par les Etats-Unis au Royaume Uni”.(2) De fait, John Bolton, Conseiller à la sécurité nationale du Président Donald Trump, accueillit cet événement comme une “excellente nouvelle”.

Le ministre des affaires étrangères du Royaume Uni déclara que le navire avait été intercepté en application des sanctions prise par l’Union Européenne contre la Syrie et il déclara à son homologue iranien que le pétrolier serait libéré si le Royaume Uni recevait des garanties que la cargaison n’était pas destinée à la Syrie.(3)

L’Iran protesta immédiatement auprès du Royaume Uni. L’arraisonnement du pétrolier « crée un dangereux précédent et doit cesser immédiatement », a pour sa part affirmé sur Twitter le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif. Contestant la légalité de l’arraisonnement, il a rappelé que « l’Iran n’est pas un membre de l’UE et ne fait l’objet d’aucun embargo pétrolier européen ».(4)

De prime abord, on est surpris de voir le Royaume Uni appliquer avec intransigeance des sanctions de l’Union Européenne qu’il s’efforce de quitter, alors même que la validité juridique des ces sanctions est à tout le moins sujette à caution et que cet arraisonnement s’apparente à un acte de piraterie.

Ces événements ont fait monter la tension déjà considérable entre l’Iran le Royaume Uni et les Etats-Unis, au moment où les Etats européens, dont le Royaume Uni, prétendaient s’efforcer de sauver l’accord sur le nucléaire dénoncé par les Etats-Unis en mai de l’an dernier.

Il y a tout lieu de penser que l’Iran ne restera pas sans répliquer à cet arraisonnement par des contre-mesures lésant les intérêts britanniques, par exemple en coulant un pétrolier britannique dans le golfe. Mais ne serait-ce pas là précisément le prétexte recherché par les faucons américains ?

 

 

(1) Rivieramm.com 11.07.2019

(2) Figaro et AFP 05.07.2019.

(3) The Gardian, 13.07.2019.

(4) Connaissance des énergies,

https://www.connaissancedesenergies.org

 

La cause ouïghoure, coqueluche de l’Occident

par

Bruno Guigue

21 mars 2019,

Source : https://oumma.com/la-cause-ouighoure-coqueluche-de-loccident/

(Nous regrettons de n’avoir pas repéré cet article au printemps dernier.

Mieux vaut tard que jamais ! IR)

 

Reprise en boucle par les médias occidentaux, l’accusation portée contre la Chine s’est répandue comme une traînée de poudre : dans sa province stratégique du Xinjiang, Pékin aurait « emprisonné un million de Ouïghours dans des camps d’internement et contraint deux millions d’entre eux à suivre des cours de rééducation ». Les Ouïghours sont l’une des 54 nationalités minoritaires reconnues par la Constitution de la République populaire de Chine. Située à l’extrémité occidentale de la Chine, la Région autonome ouïghoure du Xinjiang a une population composite de 24 millions d’habitants, dont 46% de Ouïghours et 39% de Han.

Si les allégations de la presse occidentale sont exactes, la population ouïghoure, qui est estimée à 10 millions de personnes, aurait donc subi un monstrueux coup de filet ! Pour interner un million de personnes, en effet, il faudrait capturer pratiquement la moitié de la population adulte masculine de cette malheureuse ethnie. Curieusement, aucun témoignage ne mentionne cette disparition massive dans les rues d’Urumqi, de Kashgar et des autres cités de la province autonome.

Outre cette invraisemblance factuelle, le procès fait à Pékin souffre aussi de la partialité et de l’unilatéralité des sources d’information mentionnées. Croire sur parole le discours officiel est complètement naïf, mais tomber dans l’excès inverse en épousant aveuglément le discours oppositionnel ne vaut guère mieux. Or la narration médiatique relative à cette incarcération massive s’appuie sur un rapport rédigé par une organisation composée d’opposants au gouvernement chinois et financée par le gouvernement des Etats-Unis.1

Cette organisation qui a pignon sur rue à Washington, le « réseau des défenseurs chinois des droits de l’homme » (CHRD en anglais), est présidée par une fervente admiratrice du dissident chinois nobélisé Liu Xiaobo. Condamné à 11 ans de prison en 2009, puis décédé d’un cancer en 2017 peu après sa libération, ce dernier approuvait avec enthousiasme les interventions militaires US et appelait à la colonisation de son pays par les puissances occidentales afin de le « civiliser ». C’est ce réseau d’opposants en exil aux USA qui orchestre la campagne médiatique contre Pékin en présentant sa politique au Xinjiang comme une entreprise d’asservissement totalitaire.

Comme par hasard, l’une des principales sources citées dans le « rapport accablant » du CHRD n’est autre que « Radio Free Asia », une station de radio gérée par le « Broadcasting Board of Governors », agence fédérale supervisée par le Département d’État et destinée à promouvoir les objectifs de la politique étrangère des Etats-Unis. Une autre source importante est le Congrès mondial des Ouïghours. Organisation séparatiste créée en 2004, elle est considérée comme terroriste par les autorités chinoises qui l’accusent d’être à l’origine des sanglantes émeutes d’Urumqi qui, en 2009, donnèrent le signal d’une déstabilisation de toute la région. Installée aux USA, sa présidente avait obtenu le soutien officiel de George W. Bush en 2007.

Naturellement, cette organisation est financée par le « National Endowment of democracy », une émanation du Congrès des Etats-Unis qui constitue la cheville ouvrière des politiques de « changement de régime » et sur laquelle plane le soupçon d’une proximité douteuse avec la CIA. Comme le notent Ben Norton et Ajit Singh dans une étude récente, « la dépendance quasi totale à l’égard de sources liées à Washington est caractéristique des reportages occidentaux sur les musulmans ouïghours en Chine, comme sur ce pays en général, et ils présentent régulièrement des allégations sensationnelles ».2

En publiant un « Livre Blanc sur la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme et la protection des droits humains au Xinjiang », le 18 mars 2019, le gouvernement chinois a répondu à ces allégations.3 Peu commenté en Occident – et pour cause – , le terrorisme djihadiste qui a frappé durement la Chine dans les années 2009-2014 a créé dans ce pays un véritable traumatisme. Depuis le carnage qui fit 197 morts à Urumqi en mai 2009, les attentats commis par les séparatistes se sont multipliés : Kashgar en mai 2011 (15 morts), Hotan en juillet 2011 (4 morts), Pékin (sur la place Tiananmen) en octobre 2013 (5 morts), Kunming en mars 2014 (31 morts), puis à nouveau Urumqi en avril (3 morts) et en mai 2014 (39 morts). Encore cette énumération ne mentionne-t-elle que les attentats les plus sanglants sur le sol chinois.

Confrontées à un phénomène semblable à la terreur importée en Syrie, les autorités chinoises ont réagi sans mollir. Dans le « Livre blanc » précité, Pékin affirme que, depuis 2014, 2 955 terroristes ont été arrêtés, 2 052 explosifs saisis et 30 645 personnes sanctionnées pour 4 858 activités religieuses illégales. Le document indique aussi que 345 229 copies de textes religieux illégaux ont été confisquées. Contrairement à ce qu’affirme la presse occidentale, il ne s’agit pas du Coran, mais d’une littérature wahabite takfiriste qui transpire la haine à l’égard des musulmans n’appartenant pas à cette obédience sectaire. Dans un pays où le pouvoir politique est jugé sur sa capacité à garantir la stabilité, il va de soi que toute tentative de déstabilisation – a fortiori par le terrorisme aveugle – est combattue sans pitié.

On peut juger cette politique particulièrement répressive. Elle l’est, et les autorités chinoises ne s’en cachent pas. Un cap a sans doute été franchi lorsque la terreur s’est répandue hors de la province du Xinjiang. La perspective d’un embrasement général du pays a fait planer le spectre d’un scénario à la syrienne. Cette crainte était d’autant plus justifiée que la principale organisation séparatiste ouïghoure, le parti islamique du Turkestan, sévit en Chine comme en Syrie, où les Ouïghours (qui seraient encore au nombre de 15 000, familles incluses) sont particulièrement appréciés au sein de la mouvance djihadiste.4 Mais les défenseurs de cette noble cause oublient généralement de mentionner que cette organisation – qu’ils considèrent sans doute comme une association philanthropique – est la branche locale d’Al-Qaida.

Frappant à l’aveugle, ses attentats ont fait des centaines de morts. Devant cette vague de violence, que devait faire le gouvernement chinois ? Contrairement aux Etats occidentaux, la Chine n’expédie pas ses extrémistes chez les autres. Elle combat vraiment le terrorisme, elle ne fait pas semblant. La surveillance est généralisée, la répression sévère, la prévention systématique. La presse occidentale fustige les camps de rééducation chinois, mais elle observe un mutisme complice lorsque la CIA offre des camps d’entraînement aux terroristes. En Chine, la répression des activités extrémistes est massivement approuvée par la population, et cette politique a eu pour résultat de faire cesser la violence armée.

Mais les adversaires irréductibles du régime chinois font feu de tout bois : ils vont désormais jusqu’à incriminer son hostilité présumée à l’égard de l’islam. Or cette accusation repose sur du vent. La presse occidentale a cité des internautes qui auraient stigmatisé la religion musulmane et dénoncé la pratique du « halal ». Dans un pays où 300 millions de personnes tiennent un blog sur Internet et où la liberté de parole est beaucoup plus grande qu’on ne croit, des propos de toute nature sont tenus. Malheureusement, il y a des islamophobes en Chine comme ailleurs. Mais contrairement aux affirmations de la presse occidentale, le gouvernement chinois, de son côté, n’a jamais lancé de campagne contre la religion musulmane.

Car l’islam fait partie des cinq religions officiellement reconnues par la République populaire de Chine au côté du taoïsme, du bouddhisme, du catholicisme et du protestantisme. Les mosquées sont innombrables (35 000), et elles constituent parfois des joyaux du patrimoine national attestant l’ancienneté de la présence musulmane. Aucune discrimination légale ne frappe les musulmans, qui sont libres de pratiquer leur religion dans le respect des lois. Comme les Ouïghours, les musulmans Hui disposent également d’une région autonome, le Ningxia. Les femmes Hui portent souvent le hijab, et rien ne l’interdit. On trouve des restaurants halal à peu près partout, notamment dans les gares et les aéroports. A l’intérieur de la Chine, l’islam fait partie du paysage. A l’extérieur de ses frontières, la RPC coopère avec des dizaines de pays musulmans dans le cadre de la Nouvelle Route de la Soie.

Ceux qui soutiennent les séparatistes ouïghours et accusent Pékin de persécuter les musulmans commettent une triple erreur. Ils calomnient un pays qui n’a aucun contentieux avec le monde musulman et dont la politique a été saluée par l’Organisation de la Conférence islamique. Ils prennent parti pour des extrémistes affiliés à une organisation criminelle (Al-Qaida) dont la majorité des victimes sont de confession musulmane. Enfin, ils croient défendre les musulmans alors qu’ils servent les intérêts de Washington, qui est leur pire ennemi. Le problème du Xinjiang, ce n’est pas l’islam et sa prétendue persécution par les autorités chinoises. L’origine des troubles qui agitent cette partie du territoire chinois n’est pas religieuse, mais géopolitique : c’est l’instrumentalisation du religieux par des organisations sectaires qui doivent l’essentiel de leur nocivité à des complicités étrangères.

Le problème du Xinjiang n’est pas davantage celui de la nation ouïghoure, intégrée dans la République populaire de Chine depuis sa fondation en 1949. Le Xinjiang faisait déjà partie de l’empire des Qing (1644-1912) et la présence chinoise y remonte à la dynastie Tang, il y a 1300 ans. Qu’il y ait des difficultés de cohabitation entre les uns et les autres n’est guère étonnant, s’agissant d’un problème auquel n’échappe aucun pays au monde. L’accroissement du peuplement han a sans doute nourri un sentiment de frustration chez certains Ouïghours. Mais cette situation paraît difficilement réversible. Le brassage multi-séculaire des populations et la fixation progressive des frontières ont uni une multitude de nationalités au sein de la République populaire de Chine. Elle a hérité de son prédécesseur impérial sino-mandchou l’essentiel de son assise territoriale. Il se trouve que les Ouïghours en font partie, et cet héritage historique ne saurait être balayé d’un trait de plume.

Les détracteurs de la Chine affirment que les Han (90% de la population) sont dominateurs. Mais s’ils avaient voulu dominer les nationalités minoritaires, Pékin ne les aurait pas exemptées de la politique de l’enfant unique infligée à l’ethnie han de 1978 à 2015. Ce traitement de faveur a stimulé l’essor démographique des minorités, et notamment des Ouïghours. Utiliser le langage servant à décoder les pratiques coloniales pour expliquer la situation des nationalités en Chine n’a aucun sens. Depuis Mao, aucune discrimination ne frappe les minorités, bien au contraire. Malgré son éloignement et son aridité, le Xinjiang se développe au bénéfice d’une population multiethnique. Encouragé par des opposants inféodés à l’étranger et des droits-de-l’hommistes sans cervelle, le séparatisme ouïghour est une folie que vient redoubler une autre folie : celle du djihadisme planétaire parrainé par Washington depuis quarante ans.

De même que le gouvernement des Etats-Unis a poussé les feux du djihad contre l’Union soviétique en Afghanistan, puis armé ses « proxys » du Moyen-Orient contre la Syrie, il instrumentalise aujourd’hui la cause ouïghoure pour déstabiliser la Chine sur son flanc occidental. Ce n’est pas un hasard si le Département d’État a annoncé en septembre 2018 qu’il étudiait la possibilité de sanctions contre la Chine pour sa politique au Xinjiang. Comme d’habitude, le discours humanitaire des chancelleries occidentales et de leurs ONG satellisées est la face émergée de l’action clandestine visant à organiser la subversion par la terreur. Loi du genre, les pays visés sont toujours ceux dont l’indépendance et le dynamisme constituent une menace systémique pour l’hégémonie occidentale.

La propagande djihadiste ouïghoure, aujourd’hui plus que jamais, cible la République populaire de Chine. Pour ses prédicateurs, la « nation du Turkestan » (c’est sous ce nom qu’ils désignent la majeure partie de l’Asie centrale turcophone) subit une oppression insupportable sur son versant oriental (Chine) comme sur son versant occidental (Russie). Lançant un appel au boycott de la Chine, ils fustigent les sévices historiques qui auraient été infligés par les Chinois aux Ouïghours, mentionnant des choses aussi absurdes que « le viol des musulmanes » ou « l’obligation de manger du porc ». Désenchanté par la tournure des événements au Proche-Orient, poussé par les services de renseignements turcs, le mouvement djihadiste du Turkestan a réorienté son combat : désormais, il entend frapper à nouveau l’ennemi proche (la Chine) plutôt que l’ennemi lointain (la Syrie).5

Il faudrait être naïf pour croire que la coïncidence entre cette propagande djihadiste, la fébrilité des opposants chinois et la stigmatisation de la Chine par les médias occidentaux est fortuite. Si l’on fait pleurer dans les chaumières sur le peuple ouïghour opprimé, ce n’est pas pour rien. Le moment est bien choisi. Alliée de la Russie, la Chine a fourni une aide précieuse à la Syrie dans son combat contre les mercenaires de l’Occident. Marginalisant les USA, elle participe activement à la reconstruction du pays. En Amérique du sud, elle soutient le Venezuela en lui achetant son pétrole, mettant en échec l’embargo occidental. La guerre commerciale avec Pékin est au mieux un jeu à somme nulle, et Washington en perçoit les limites. La réalité, c’est que la Chine est la puissance montante, les USA la puissance déclinante. Lorsque les deux courbes se croisent, tout est bon, du point de vue des perdants, pour tenter d’enrayer le cours des choses.

Notes: 

1https://tbinternet.ohchr.org/Treaties/CERD/Shared%20Documents/CHN/INT_CERD_NGO_CHN_31915_E.pdf

2https://www.legrandsoir.info/non-l-onu-n-a-pas-accuse-la-chine-de-detenir-des-musulmans-ouighours-dans-des-camps-the-grayzone-project.html

3http://www.ecns.cn/news/politics/2019-03-18/detail-ifzfmzhu2192664.shtml

4https://asialyst.com/fr/2019/02/08/remi-castets-syirie-ouighours-respectes-jihadistes-chine-xinjiang/

5https://www.madaniya.info/2018/12/03/ouighour-le-parti-islamiste-du-turkestan-en-route-vers-la-mondialisation-de-son-combat-avec-un-ciblage-prioritaire-la-chine-et-les-bouddhistes

 

L’Iran a décidé d’exercer une pression maximale sur Trump

Voici comment il va s’y prendre

par Moon of Alabama

14 juin 2019

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

Source : https://lesakerfrancophone.fr/liran-a-decide-dexercer-une-pression-maximale-sur-trump

 

Il y a treize mois, les États-Unis lançaient une guerre économique totale contre l’Iran. Ils voulaient la capitulation du pays. Maintenant, l’Iran a décidé de répondre de la même manière. Il mènera une campagne de pression maximale sur les intérêts économiques américains jusqu’à ce que l’administration Trump admette sa défaite. Le transport maritime au Moyen-Orient deviendra bientôt très dangereux. Le prix du pétrole va grimper en flèche. Trump sera piégé entre deux alternatives, mais il n’aimera ni l’une ni l’autre.

Début mai 2018, le président américain Trump a rompu l’accord nucléaire avec l’Iran et sanctionné tout commerce avec ce pays. L’Iran a d’abord réagi avec prudence. Il espérait que les autres signataires de l’accord nucléaire continuent à tenir leurs promesses et à commercer avec elle. L’année écoulée a prouvé que de telles attentes étaient erronées.

Sous la menace de sanctions américaines, les partenaires européens ont cessé d’acheter du pétrole iranien et ont également mis fin à leurs exportations vers ce pays. Le nouvel instrument financier qui devait permettre les paiements entre les pays européens et l’Iran n’a toujours pas été mis en œuvre. Il s’agit d’un montage peu efficace qui aura trop peu de capacité pour permettre des échanges commerciaux importants. La Russie et la Chine ont chacune leurs propres problèmes avec les États-Unis. Ils n’appuient pas le commerce avec l’Iran lorsque cela met en danger leurs autres intérêts.

Pendant ce temps, l’administration Trump a augmenté la pression sur l’Iran. Elle a supprimé les dérogations qu’elle avait accordées à certains pays pour acheter du pétrole iranien. Elle a étiqueté une partie des forces armées iraniennes, le Corps des Gardes de la Révolution (CGR), entité terroriste. Vendredi dernier, elle sanctionnait le plus grand producteur iranien de produits pétrochimiques parce que cette société aurait des relations avec le CGR.

La patience stratégique dont l’Iran a fait preuve tout au long de l’année, depuis que Trump a saboté l’accord, n’a donné aucun résultat. Trump restera au pouvoir, probablement pendant encore cinq ans et demi, tandis que la situation économique de l’Iran continuera de se détériorer. La situation exige une réorientation stratégique et l’adoption d’un nouveau plan pour contrer les pressions américaines.

Sur le plan stratégique, une réorientation à long terme dans quatre domaines différents permettra de contrer les effets de la guerre économique contre l’Iran. Les importations étrangères seront réduites au minimum en augmentant la production nationale. L’Iran ne s’alliera à personne, pas même à la Chine et à la Russie, car il reconnaît que compter sur des partenaires n’apporte aucun avantage lorsque ces partenaires ont leurs propres intérêts supérieurs. La troisième étape consiste à relâcher la pression intérieure sur les « réformistes » qui plaidaient pour une orientation plus « occidentale ». Trump, et la lâcheté des Européens, ont prouvé que leurs arguments ne sont pas valables. La dernière mesure consiste à réorienter les exportations du commerce mondial du pétrole vers d’autres produits, probablement des dérivés du pétrole, et vers les pays voisins.

Ces quatre étapes prendront un certain temps à mettre en place. Il s’agit de la réorientation générale d’une stratégie de mondialisation vers une stratégie nationale plus isolationniste. Les premières étapes de ce nouveau plan sont déjà visibles. Une banque commune va être créée entre la Syrie, l’Irak et l’Iran pour faciliter les échanges entre ces pays.

La réorientation économique ne sera pas suffisante. Pour contrer directement la campagne de pression maximale de Trump, il faudra une réorientation tactique.
Trump continue de demander à l’Iran de négocier, mais il ne peut accepter qu’une capitulation totale. Trump a également prouvé que les États-Unis ne respectent pas les accords qu’ils ont conclus. Il n’y a donc aucun espoir que l’Iran parvienne à quoi que ce soit par la négociation. Il n’y a qu’une seule façon de contrer la campagne de pression maximale de Trump, c’est de lui renvoyer cette pression maximale.

Ni Washington, ni les pays anti-iraniens du Moyen-Orient, ni les autres signataires de l’accord nucléaire n’ont jusqu’ici payé le prix de leurs actes hostiles contre l’Iran. Cela va maintenant changer.

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Trafic en cours des pétroliers chargés au Moyen-Orient
via Tanker TrackersAgrandir

L’Iran va agir contre les intérêts des États-Unis, d’Israël, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Il le fera sous une forme qu’il pourra nier pour ne pas donner aux États-Unis et à d’autres pays l’occasion de rétorquer militairement. L’Iran a des amis dans divers pays du Moyen-Orient qui le soutiendront avec leurs propres capacités. La campagne que l’Iran lance aujourd’hui causera également de graves dommages à d’autres pays.

Mi-2018, après que Trump a commencé à sanctionner les exportations de pétrole de l’Iran, les dirigeants de ce pays ont expliqué comment ils allaient contrer cette décision :

« Si l’Iran ne peut pas exporter son pétrole, personne au Moyen-Orient ne le pourra », a prévenu Téhéran.

En décembre dernier, le président iranien Rouhani réitérait cette position :

« Si un jour ils veulent empêcher l’exportation du pétrole iranien, alors aucun pétrole ne sera exporté du golfe Persique », a expliqué Rouhani.

Mi-mai 2019, un an après que Trump a détruit l’accord nucléaire, une démonstration de forces a endommagé quatre pétroliers qui mouillaient près de Fujairah dans les EAU. Aucune preuve n’a été trouvée pour accuser l’Iran de l’attaque.

L’incident était un avertissement. Mais les États-Unis l’ont ignoré et ont augmenté leur pression.

Hier, deux pétroliers transportant des produits pétrochimiques ont été attaqués alors qu’ils traversaient le golfe d’Oman. Comme cet incident est survenu quelques jours seulement après que Trump a sanctionné les exportations pétrochimiques de l’Iran, l’implication de l’Iran semble une évidence. Mais encore une fois, aucune preuve n’a été trouvée pour accuser l’Iran de l’incident.

Les États-Unis ont publié une vidéo granuleuse en noir et blanc montrant une équipe iranienne de recherche et de sauvetage en train d’enlever une mine non explosée d’un des pétroliers. Aucune mine n’est visible dans la vidéo. L’équipage iranien semble seulement inspecter les dégâts sur le pétrolier.

Les États-Unis eux-mêmes admettent que la vidéo a été prise plusieurs heures après l’incident. Les États-Unis disent aussi qu’un de leurs navires se trouvait à proximité. Pourquoi n’a-t-il pris aucune mesure pour enlever lui-même la mine revendiquée ?

Entre-temps, le propriétaire du Kokuka Courageous, l’un des navires sinistrés, a déclaré que les dommages causés à son navire n’étaient pas causés par des mines mais par des drones :

Deux « objets volants » ont endommagé un pétrolier japonais appartenant à Kokuka Sangyo Co lors d’une attaque jeudi dans le golfe d’Oman, mais la cargaison de méthanol n’a pas été endommagée, a déclaré le président de la compagnie vendredi. … « L’équipage nous a dit que quelque chose est venu vers le navire en volant, et ils ont trouvé un trou, » dit Katada. « Puis d’autres membres de l’équipage ont été témoins de la seconde attaque. »

Katada a également rejeté l’hypothèse selon laquelle le pétrolier, qui naviguait sous pavillon panaméen, aurait été attaqué parce qu’il s’agissait d’un navire appartenant à des Japonais :

« À moins d’un examen minutieux, il était difficile de dire si le pétrolier était exploité ou appartenait à des Japonais », a-t-il dit.

Malgré l’ignorance évidente de qui, ou de ce qui, a causé l’incident, les États-Unis ont immédiatement accusé l’Iran :

Secrétaire Pompeo @SecPompeo – 18:27 UTC – 13 juin 2019 Selon l’évaluation du gouvernement américain, l’Iran est responsable des attaques d’aujourd’hui dans le golfe d’Oman. Ces attaques constituent une menace pour la paix et la sécurité internationales, une atteinte flagrante à la liberté de navigation et une escalade inacceptable de la tension par l’Iran.

L’Iran a rétorqué :

Javad Zarif @JZarif – 12:11 UTC – 14 Jun 2019 Le fait que les États-Unis aient immédiatement sauté sur l’occasion pour accuser l’Iran – sans la moindre preuve factuelle ou circonstancielle – ne fait qu’indiquer très clairement que #l’équipeB est en train de passer à un #PlanB : Saboter la diplomatie – y compris celle de @AbeShinzo- et couvrir son #Terrorisméconomique contre l’Iran.

J’ai averti de ce même scénario il y a quelques mois, non pas parce que je suis clairvoyant, mais parce que je sais d’où vient #l’équipeB.

« L’équipeB » comprend John Bolton, conseiller à la sécurité nationale de Trump, Bibi Netanyahoo, Premier ministre israélien, Mohammad bin Salman d’Arabie Saoudite et Mohammed bin Zayed des EAU.

Dire que les attaques étaient des provocations de la part des États-Unis ou de leurs alliés du Moyen-Orient est rendu plus facile par leur caractère manifestement impitoyable. Toute accusation de culpabilité iranienne de la part de l’administration Trump sera facilement rejetée parce que tout le monde sait que Trump et son équipe sont des menteurs notoires.

Ce jeu du chat et de la souris va maintenant se poursuivre et s’accélérer avec régularité. Plus de pétroliers seront endommagés ou même coulés. Des raffineries saoudiennes vont commencer à exploser. Les ports des Émirats Arabes Unis connaîtront des difficultés. L’Iran niera de façon plausible qu’il soit impliqué dans tout cela. Les États-Unis continueront d’accuser l’Iran, sans avoir aucune preuve à l’appui.

L’assurance pour le transport des marchandises au Moyen-Orient deviendra très coûteuse. Les prix à la consommation des produits pétroliers augmenteront encore et encore. Les dommages collatéraux seront immenses.

Tout cela va progressivement mettre plus de pression sur Trump. Les États-Unis voudront négocier avec l’Iran, mais cela sera rejeté à moins que Trump ne rejoigne l’accord nucléaire et lève toutes ses sanctions. Il ne peut le faire sans perdre la face, et ses alliés. D’ici mi-2020, la campagne de pression maximale atteindra son apogée. Les prix du pétrole vont exploser et les États-Unis vont entrer en récession. L’économie mondiale va s’effondrer et tout le monde saura qui a causé le problème sous-jacent. La réélection de Trump sera mise en question.

Il y aura également des pressions sur lui pour qu’il adopte des mesures militaires contre l’Iran. Mais il sait qu’une guerre serait tout aussi désastreuse pour ses chances de réélection que pour les États-Unis eux-mêmes. Une guerre contre l’Iran mettrait tout le Moyen-Orient à feu et à sang.

La pression maximale que Trump espérait exercer contre l’Iran se retournera en pression maximale sur lui et ses alliés. Il sera piégé et n’aura pas d’issue.