Première rencontre des chefs de la diplomatie USA-Russie : vers un nouvel ordre mondial ?

par John Laughland
Source : http://reseauinternational.net
22 février

 

La réunion Lavrov-Tillerson pourrait être vue comme un pas vers le changement de l’ordre mondial. Néanmoins, les turbulences actuelles dans les relations entre les deux pays rendent cette perspective incertaine, estime l’historien John Laughland.
Les circonstances pouvaient difficilement être moins propices pour la première rencontre entre le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, et son homologue russe, Sergueï Lavrov le 16 février à Bonn. Cette rencontre intervient moins de quarante-huit heures après le limogeage du conseiller à la Sécurité nationale, Michael Flynn, auquel on reproche ses contacts avec la Russie et après plusieurs mois d’hystérie anti-russe aux Etats-Unis dont on n’a pas vu de précédent depuis les années du sénateur McCarthy. Elle a été suivie de quelques minutes par la déclaration du collègue de Rex Tillerson, le secrétaire à la défense, James Mattis, disant que les Etats-Unis n’étaient pas prêts à collaborer militairement avec la Russie, que celle-ci avait « sans aucun doute » pesé sur les élections américaines, et qu’il fallait traiter avec la Russie « seulement à partir d’une position de force ». Sur le plan humain, le contraste flagrant entre le comportement assuré du diplomate chevronné qu’est Lavrov, qui a présidé et dominé la réunion à Bonn et le côté amateur de l’ancien patron d’Exxon Mobil, qui visiblement se sent quelque peu mal à l’aise dans son nouvel environnement, n’était guère de bon augure pour un rapport professionnel et chaleureux entre les deux hommes.
« L’inertie de la politique étrangère américaine est telle qu’il sera extrêmement difficile d’en inverser la trajectoire »
Pendant toute la campagne électorale, le candidat Trump n’a cessé de répéter qu’il voulait de bonnes relations avec la Russie. Il a également insisté sur une vision plus réaliste des relations internationales, en contraste net avec le messianisme révolutionnaire des ses prédécesseurs depuis vingt-cinq ans. Cette volonté d’effectuer une détente avec Moscou lui a été vivement reprochée ; les Démocrates et leurs alliés néo-conservateurs veulent maintenant faire croire aux Américains que leur nouveau président est un agent du Kremlin. Trump va-t-il pouvoir résister aux attaques de ses ennemis, qui sont déterminés à se servir du prétexte russe pour l’évincer du pouvoir ?
Plusieurs éléments permettent d’en douter. Tout d’abord, l’inertie de la politique étrangère américaine est telle qu’il sera extrêmement difficile d’en inverser la trajectoire. Déjà en 1961, le président Eisenhower mettait les Américains en garde contre l’« influence illégitime du complexe militaro-industriel » dans son allocution de fin de mandat. Pendant les cinquante dernières années, celui-ci a radicalement augmenté son influence sur la politique américaine. Se rajoute à cette influence celle des dix-sept agences de renseignement, véritable Etat dans un Etat, et contre lesquelles le nouveau président Trump semble être en guerre ouverte.

« Le président Trump, malgré ses idées originales en matière de politique étrangère, sera sans doute l’otage de sa politique intérieure »
Deuxièmement, le président Trump, malgré ses idées originales en matière de politique étrangère, sera sans doute l’otage de sa politique intérieure. Si le système militaro-industriel domine la politique aux Etats-Unis, cela est du au fait que l’industrie de l’armement donne de l’emploi à des millions d’Américains. Dans les villes où il existe une installation militaire, c’est souvent elle qui est le principal employeur. Un président qui s’est fait élire sur la promesse de réindustrialiser son pays peut difficilement tenir tête à ce secteur qui domine la production industrielle, les autres centres de production ayant été délocalisés en Chine. Or, cette industrie a besoin d’une grande menace à l’étranger pour justifier son existence et les centaines de milliards de dollars qu’elle consomme chaque année.
Troisièmement, non seulement Trump est en porte-à-faux avec le consensus du département d’Etat et des agences de renseignement, il est aussi relativement isolé au sein de sa propre administration, comme l’attestent les déclarations du général Mattis ainsi que celles de la nouvelle ambassadrice américaine aux Nations Unies, Nikki Haley. Au Conseil de sécurité le 3 février, celle-ci n’a fait que répéter, quoique sans la même comédie, les propos de son prédécesseur, Samantha Power, l’égérie de l’anti-russisme primaire.

« L’hostilité de Trump à l’égard de la Chine compliquera les rapports américano-russes, les rapports sino-russes étant excellents »
Quatrièmement, les autres priorités à l’étranger du président Trump, notamment au Moyen-Orient, peuvent s’avérer en contradiction avec sa volonté affichée de pactiser avec Moscou. Les rapports entre Israël et la Russie étant plutôt bons, il est possible que l’abandon par Trump du soutien traditionnel de Washington pour la solution à deux Etats au conflit israelo-palestinien ne trouble pas excessivement les eaux. En revanche, les déclarations de Trump sur le dossier iranien présentent un nouveau défi pour Moscou. Sous Obama, la Russie et les Etats-Unis avaient travaillé ensemble, et en opposition au gouvernement Netanyahou, pour trouver un accord sur le programme nucléaire iranien. Sous Trump, la politique américaine se rapprochera de celle de Benjamin Netayanhou, qui en 2012 s’était ridiculisé en déclarant, à l’Assemblée générale de l’ONU, que l’Iran aurait une bombe atomique en un an. Or, l’Iran est le nouvel allié proche de Moscou dans le conflit syrien. On peut aussi considérer que l’hostilité de Trump à l’égard de la Chine compliquera les rapports américano-russes, les rapports sino-russes étant excellents.
Cinquièmement, Trump a une malencontreuse tendance à réduire les rapports internationaux à des rapports personnels. « Je ne sais pas si je m’entendrai avec Poutine » avait-il répété à plusieurs reprises, comme si la politique des Etats-Unis dépendait de sa seule personne et de ses caprices. C’est peut-être une façon de parler mais il est vrai que l’on voit mal comment le fin calculateur réservé qu’est Poutine et la grande gueule qu’est Trump réussiront à trouver une langue commune.
« Ce pessimisme est peut-être compensé par le fait que, jusqu’à présent, Trump a été sous-estimé »
Le pessimisme de ces réflexions est la conséquence inévitable de la défaite subie ces derniers jours par Trump avec le limogeage de Flynn. Néanmoins, ce pessimisme est peut-être compensé par le fait que, jusqu’à présent, Trump a été sous-estimé. Il faut reconnaître que, non seulement il a répété à plusieurs reprises sa volonté de traiter avec la Russie, mais il a aussi été très ferme, pendant toute la campagne et dans son discours inaugural, sur sa détermination à en finir avec l’islam radical. Ces affirmations constituent une prise de position on ne peut plus claire sur ce choix civilisationnel définitif de notre ère, en rupture totale avec l’attitude politiquement correcte d’Obama qui a refusé de prononcer le mot « islamiste » après l’attentat terroriste d’Orlando. Si Trump a vu juste sur le plus grand enjeu de notre temps et s’il a proclamé haut et fort son opposition à l’islamophilie de ses ennemis, on peut espérer qu’il tiendra parole. Une chose est certaine : sur sa volonté de gagner et de tenir tête à ceux qui veulent sa peau, il n’y a, pour le moment au moins, pas la moindre ombre d’un doute.
https://francais.rt.com/opinions/34121-premiere-rencontre-chefs-diplomatie-usa-russie-nouvel-ordre-mondial

Amis et Ennemis de la Détente

par Stephen F. Cohen
Le 1er Février 2017,
Source : Le Saker francophone
http://lesakerfrancophone.fr/amis-et-ennemis-de-la-detente
Sources d’origine : The Nation  via John Batchelor Show

Dans leur conversation téléphonique du 28 janvier, Trump et Poutine ont signifié qu’ils étaient en quête d’une nouvelle détente. La riposte des ennemis de la détente n’a pas tardé à venir.

Entamée il y a maintenant quatre ans, la discussion hebdomadaire sur la nouvelle Guerre froide USA-Russie se poursuit entre Stephen F. Cohen (professeur honoraire Université de New York et de Princeton) et l’animateur de radio John Batchelor.
Voici le résumé du dernier débat paru le 1er février dans le périodique new-yorkais The Nation (pour télécharger la discussion qui dure 40 minutes, cliquer sur http://www.thenation.com/authors/stephen-f-cohen).
En introduction, Cohen revient sur son constat, basé sur la réalité historique : les tentatives de détente engagées au XXe siècle sous les présidents Eisenhower, Nixon et Reagan se sont heurtées à une opposition féroce et ont même donné lieu à des tentatives de sabotage. Tant à Washington qu’à Moscou ou ailleurs encore, les adversaires de relations fondées sur la coopération ont livré un combat acharné.

Stephen Cohen est professeur honoraire en études, histoire et politique russes de l’Université de New York et de celle de Princeton. Auteur de différents ouvrages sur l’histoire de l’Union soviétique, il a conseillé Mikhaïl Gorbatchev et George H. W. Bush dans les années 1990. Il collabore à l’hebdomadaire The Nation, qui paraît à New York. Son dernier ouvrage, intitulé Du Stalinisme à la Nouvelle Guerre Froide (Columbia University Press), est paru aux Presses de l’Université de Columbia.
John Batchelor est animateur radio et diffuse sur plus d’une vingtaine de stations américaines. Dans son « show », il débat avec différentes personnalités de questions d’actualité, de politique, d’histoire et de science.
En ce qui concerne les récents événements, Cohen soulève les points suivants.
La conversation téléphonique du 28 janvier entre Trump et Poutine, qui a duré presque une heure, témoigne à différents égards de l’effort sérieux qui a été entrepris dans les deux capitales pour mettre un frein à la Nouvelle Guerre froide. Malgré les attaques des médias politiques [américains] les plus en vue, qui le traitent de « marionnette du Kremlin », Trump a montré sa détermination à poursuivre avec Moscou une relation fondée sur la coopération. Selon les résumés officiels de la conversation, cette conversation a été « chaleureuse » et s’est déroulée sur pied d’égalité entre les deux dirigeants, sans tomber dans l’habituel prêchi-prêcha de l’administration Obama. (On rétablit ainsi le principe primordial d’une parité qui a été déterminant dans les politiques de détente du XXe siècle).
La conversation téléphonique a aussi envoyé un signal aux bureaucrates réfractaires qui tiennent les institutions de sécurité des deux pays, que le « boss » veut entamer une nouvelle politique. (Cohen ajoute que ceci fait suite à l’acceptation de plusieurs démissions officielles de cadres du Département d’État.) Et bien que les sanctions imposées à la Russie par les USA n’aient pas été évoquées directement, cela n’a pas beaucoup d’importance car ces sanctions ont surtout un caractère symbolique. (Les résumés officiels de la conversation évoquent, il est vrai, « le rétablissement des relations économiques » entre les deux pays.) Les sanctions économiques qui ont une réelle importance pour la Russie sont celles qui ont été mises en place par l’Union européenne, sous la pression de l’administration Obama. De son côté, l’administration Trump a fait savoir à l’Europe qu’elle ne s’opposerait pas à ce qu’il y soit mis fin. A la suite de ce téléphone, des sources à Washington et à Moscou ont laissé entendre qu’un sommet Trump–Poutine, comme il est de tradition en période de détente, faisait actuellement l’objet de discussions.
Du côté américain, la riposte est venue d’adversaires de la détente hauts placés et de milieux influents, qui ont surtout dénigré Trump et Poutine en les traitant de partenaires peu fiables en matière de sécurité nationale. Le Sénateur John McCain ainsi qu’un éditorial du New York Times (29 janvier) ont publié un portrait de Poutine au pouvoir qui ressemble plus à une parodie de show télévisé. Dans sa chronique du Times du 30 janvier, Paul Krugman a utilisé des mots sur le « régime Trump-Poutine » de Washington, dans la veine néo-maccarthyste à laquelle il nous a habitués depuis quelque temps. Le 27 janvier, Rachel Maddow a emboîté le pas sur MSNBC, en prédisant que Trump allait mettre fin à la démonstration de force sur la frontière occidentale de la
Russie, alors que celle-ci a tout d’une provocation et que, de froide, la guerre risque fort de devenir chaude.
Dans l’intervalle, les petits États d’Europe de l’Est continuent de crier au loup et de dénoncer une « invasion » russe imminente, alors que de son côté le régime de Kiev appuyé par les USA semble être monté d’un cran dans l’escalade de la guerre contre les rebelles du Donbass, dans l’espoir qu’un incident lui permettrait de regagner l’appui faiblissant de Washington et de mettre fin à toute forme de détente.
Poutine se heurte aussi à ses propres limites politiques à Moscou. A la tête d’un État aux multiples ethnies et religions, qui compte plus de 20 millions de citoyens musulmans, il ne peut pas être associé à certains aspects de la politique d’immigration de Trump dirigée contre les musulmans. Il ne peut pas non plus accepter de mettre en jeu ses relations très étroites avec la Chine et l’Iran, contre lesquels Trump semble vouloir adopter une politique d’hostilité. (La « carte chinoise » jouée par Henry Kissinger, l’ancien conseiller de Nixon, qui serait aussi le conseiller de Trump, n’est plus jouable). Quant à la proposition de Trump qui vise à provoquer le mouvement de détente en luttant contre le terrorisme en Syrie et en réduisant les armes nucléaires, le premier objectif peut sans doute être atteint, mais pas le second. En effet, pour Moscou, la question des armes nucléaires est inextricablement liée aux systèmes de défense anti-missiles qui sont installés tout autour de la Russie. Trump devrait donc commencer par revoir cette politique héritée d’Obama.
Finalement, comme le relève Cohen, l’approche que Reagan avait de la détente, et qui devrait intéresser Trump, a aussi ses limites. Ni Reagan, ni Gorbatchev à son arrivée au pouvoir, n’ont été autant l’objet d’attaques personnelles de la part de l’« establishment » politique de l’autre camp. Vu la diabolisation dont Poutine est l’objet à Washington, Trump aura beaucoup plus de peine à trouver un appui aux États-Unis en faveur d’une politique de détente. En même temps, le dénigrement auquel l’establishment américain voue son président risque d’amener les décideurs politiques à Moscou à se demander si Trump peut devenir effectivement un partenaire de la détente pour la Russie. Cohen termine en mettant l’accent sur la perspective à long terme : la détente est aujourd’hui impérative pour la sécurité nationale des États-Unis ; Poutine est un partenaire ouvert et prêt à entrer en matière, mais la lutte pour la détente sera cette fois-ci beaucoup plus difficile à mettre en œuvre que cela n’a été le cas jusqu’à maintenant.

Stephen F. Cohen
Traduit par Jean-Marc, vérifié par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone

Faux Casques Blancs – la Russie interpelle l’ONU

Source : Le Saker francophone du 23 janvier 2017
http://lesakerfrancophone.fr/jjfaux-casques-blancs-la-russie-interpelle-lonu
Source originaire : Stratediplo
23 janvier 2017

Le 17 janvier 2017, la Russie s’est résolue à demander à l’ONU de dénoncer les nombreux abus commis par les faux casques blancs.

Cette officine de propagande de la coalition islamo-atlantique contre la Syrie est financée à 50 % par le gouvernement anglais et à 29 % par le gouvernement étatsunien, d’après les déclarations de ces deux gouvernements ; un autre contributeur est George Soros, dont l’organisation états-unienne Purpose possède le domaine internet whitehelmets.org. Elle a été promue à la célébrité par les agences de presse de l’OTAN (AP, AFP et Reuters) le 30 septembre 2015, lorsque ces faux casques blancs se sont – un peu trop – empressés de publier des témoignages et preuves vidéographiques de l’indiscrimination des bombardements que l’aviation russe allait lancer quelques heures plus tard. Outre son usurpation de l’appellation White Helmets, elle a aussi été présentée mensongèrement comme la Défense civile syrienne – reconnue par l’ONU, l’OMS, le CICR et l’Organisation internationale de protection civile – puis comme une branche humanitaire de la milice prétendue modérée d’al-Qaïda en Syrie rebaptisée Front al-Nosra puis Fatah al-Cham, même si ses membres se filment parfois en flagrant délit de défaut d’humanitarisme, pour ne pas dire de terrorisme, lors d’exécutions arbitraires par exemple, comme l’ont montré les enquêtes approfondies de la journaliste Vanessa Beeley. Recommandée au comité Nobel par l’essentiel des groupes de pression para-gouvernementaux des membres de l’OTAN, sujet d’un film états-unien diffusé dans le monde entier par Netflix, auteur d’une campagne de communication lacrymale – « le petit garçon sur le siège orange » – conçue pour exploiter le sentiment de culpabilité européen engendré par la photographie du petit Kurde syrien mort sur la côte turque après avoir été chassé de Kobané par les bombardements turcs, cette officine de propagande a été reçue officiellement par le président de la République française le 9 octobre 2016.
Le 20 septembre 2016 cette officine a produit presque en direct des images du convoi humanitaire brûlé, comme annoncé quelques jours plus tôt, par la guérilla islamiste occupant Alep-Est, et a accusé l’aviation russe de l’avoir bombardé – contre toute apparence, cherchant manifestement à détourner l’attention du bombardement de l’armée syrienne par l’aviation états-unienne le 17 septembre.
Plus récemment, le 2 janvier 2017, les faux casques blancs ont revendiqué (par la « déclaration de Ouadi Barada »), avec quatre autres mouvements de la guérilla islamiste, la coupure et l’empoisonnement, depuis le 22 décembre 2016, de l’eau de la Barada qui approvisionnait plus de cinq millions de Damascènes, ce que l’ONU a bien qualifié de crime de guerre même si elle n’en a pas nommé les auteurs.
L’obligation pour la Russie d’intervenir elle-même auprès de l’ONU découle du constat selon lequel l’Argentine a délibérément choisi de ne pas dénoncer l’usurpation de sa bannière, sur laquelle on a attiré l’attention de deux ministres successifs des affaires étrangères, le 1er octobre 2015 et le 23 août 2016.
Car le 30 septembre 2015 Stéphane Dujarric de la Rivière, porte-parole du Secrétaire général, abusé par les mensonges des faux casques blancs, avait accusé la Russie d’homicides de civils en Syrie, puis quelques heures plus tard son adjoint Farhan Haq avait démenti l’information et expliqué que l’ONU avait été intoxiquée par les White Helmets. Or depuis la résolution 49/139 du 20 décembre 1994, les Nations Unies appellent ainsi, et exclusivement, la commission Cascos Blancos du gouvernement argentin. Aussi dès le lendemain 1er octobre 2015, faute de réaction officielle argentine, un professeur de politique internationale attira l’attention du ministre des Affaires étrangères argentin Hector Timerman, autorité de tutelle des véritables Cascos Blancos. On se rappellera qu’en dépit d’un discours qui se voulait anti-impérialiste la présidente Cristina Fernandez-Kirchner avait dicté au gouvernement argentin une position pro-étasunienne et anti-russe, et qu’en deux ans au Conseil de sécurité l’Argentine vota au moins par deux fois des résolutions majeures contre la Russie, en l’occurrence au sujet du referendum criméen, et sous un prétexte fallacieux. Début octobre on publia des articles dénonçant l’imposture des faux casques blancs, qui n’entraînèrent aucune réaction argentine.
Cependant l’Assemblée générale de l’ONU, par sa résolution 70/105 du 10 décembre 2015, renouvela, comme chaque année depuis vingt ans, sa reconnaissance et son soutien aux vrais Cascos Blancos argentins, nommés White Helmets dans les résolutions en anglais.
Le 23 août 2016, en raison de l’inflation de la propagande atlantique en faveur de l’attribution du prix Nobel de la paix aux faux casques blancs, le même expert attira l’attention de la ministre des Affaires étrangères argentine Susana Malcorra, peut-être moins incompétente que son prédécesseur (et plus au courant du fonctionnement de l’ONU) mais alors activement engagée dans sa candidature à la succession à Ban Ki-Moon au poste de Secrétaire général. Le résultat fut le même, le gouvernement argentin de Mauricio Macri ayant donc décidé, comme son prédécesseur, de prêter la crédibilité des véritables Casques Blancs (pourtant à ce moment-là engagés au Liban pour alléger les souffrances des Syriens) aux faux, contribuant ainsi à la propagande de la coalition islamo-atlantique anti-syrienne.
C’est en raison de la couverture argentine de cette imposture des faux casques blancs, et de la gravité des calomnies proférées par ceux-ci (en usurpant la crédibilité des vrais) contre le gouvernement russe, que le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a été contraint de demander à l’ONU de dénoncer ces mensonges.

Traduit par Laurent Schiaparelli, relu par Diane pour le Saker francophone

A propos de la prétendue ingérence de la Russie dans la campagne électorale américaine

par Nicola Ferronato, politologue
Source : Horizons et Débats, Zurich,
http://www.zeit-fragen.ch/fr/ausgaben/2017/nr-34-31-januar-2017/angebliche-einmischung-russlands-in-den-us-wahlkampf.html
12 février 2017

Le 6 janvier 2017, les services de renseignement américains CIA, FBI et NSA ont publié un rapport de 25 pages («Contexte de l’‹évaluation des activités et des intentions russes lors des récentes élections américaines›: processus analytique et attribution des cyber-incidents»*) dénonçant l’ingérence de la Russie dans le processus des élections américaines. La Russie, et son président en personne, seraient coupables d’avoir piraté les serveurs du Comité national du parti démocrate (DNC) et du camp de Hillary Rodham Clinton (HRC), afin de favoriser Donald J. Trump dans la course à la présidentielle. Cet article offre une brève analyse du rapport en question et le critique pour son manque d’arguments et de preuves.
Le rapport accuse la Russie sans présenter de preuves
Les services de renseignement américains sont catégoriques: toute une nation est coupable. En effet, il est prouvé, déclare-t-on dans l’introduction du rapport, que «la Russie a mis en œuvre une campagne de cyber-attaques afin d’influencer les récentes élections aux Etats-Unis» (p. II). Et il serait évident pour les agents du renseignement américain que Poutine prévoit «d’appliquer son savoir-faire, aguerri durant les élections […] ailleurs dans le monde pour y influencer des élections futures» (p. III). Ce rapport publié par le directeur du Renseignement national (appelé «rapport» ci-après), ayant rassemblé les analyses de la CIA, du FBI et de la NSA, ne laisse aucun doute quant à la culpabilité de la Russie et encore moins quant à celle du président Poutine en personne. «Nous concluons que le président russe Vladimir Poutine a ordonné la mise en œuvre d’une campagne d’influence en 2016 visant les élections présidentielles américaines» (p. II), lit-on dans l’introduction du rapport. Ceci est la première accusation directe qui reste, hélas, non-prouvée. Il semblerait, malheureusement, que les arguments du rapport se fondent largement sur des estimations émotives et des opinions. Les agences de renseignement sont explicites: «La plupart des arguments-clés de ce rapport sont […] conformes à notre appréciation du comportement de la Russie». Mais aucune précision technique concrète n’est avancée! Comme c’est embarrassant pour trois agences de renseignement pourtant si respectées à travers le monde! Le rapport accuse la Russie, et sans preuve! – à l’instar du rapport de la CIA de 2002 affirmant que l’Irak possédait des armes de destruction massive. C’est sur ce rapport de 2002, d’ailleurs, que l’administration Bush a principalement fondé et légitimé sa politique de guerre au Moyen-Orient dans les années qui ont suivi. Ne sous-estimons donc pas l’importance et l’influence que peut avoir ce genre de document sur la politique étrangère américaine. A l’heure actuelle déjà, le rapport du 6 janvier a des répercussions. Suite à sa publication, l’ancien président américain Barack Obama a de nouveau renforcé les sanctions contre la Russie. Plusieurs nouvelles entités gouvernementales sont à présent listées sur les protocoles de sanctions économiques, ainsi que 6 citoyens russes. Plus encore, deux résidences à disposition de l’ambassade russe aux Etats-Unis (à Long Island et Maryland’s Eastern Shore) ont été retirées à la représentation diplomatique, les diplomates ne disposant que de 24 heures pour quitter les lieux. Et par dessus tout, 35 diplomates et leurs familles ont été expulsés du territoire américain suite à des «soupçons d’espionnage».
Les accusations des services de renseignement américains contre Moscou semblent infondées
Beaucoup d’autres accusations des services de renseignement américains contre Moscou semblent, à cette heure, infondées. Par exemple, lit-on dans le rapport que «la campagne de Moscou à l’encontre des élections américaines reflète des années d’investissement et de préparation dans les moyens d’action». Les Russes savaient-ils donc déjà que Donald Trump allait affronter Hillary Clinton plusieurs années avant l’élection? Une autre accusation affirme qu’«en juillet 2015, les services secrets russes ont eu accès au serveur du Comité national du parti démocrate (DNC) et auraient maintenu cet accès au moins jusqu’en juin 2016». Il est difficile de penser, et peu plausible, qu’un cyber-pirate aurait pu conserver un accès illimité au serveur du DNC aussi longtemps puisque le piratage n’est pas un moyen de cyber-intrusion très discret, et il est encore mois plausible que le Kremlin soit ce pirate. La seule information plus ou moins technique du rapport est la suivante: «Nous concluons que le GRU (services secrets russes) s’est servi de ‹Guccifer 2.0›, ‹DCLeaks.com› et ‹Wiki-leaks›» (p. 2) pour publier des informations susceptibles d’endommager l’image du gouvernement américain et celle du Parti démocrate. Là encore, aucune preuve n’est présentée.
Ce rapport pourrait être le travail d’un étudiant de première année
En outre, dans ce rapport sur les prétendues cyber-attaques russes, publié par les meilleures agences de renseignement du monde, environ 7 pages sur 25 sont exclusivement consacrées à la chaîne de télévision russe RT (Russia Today). Cette chaîne, subventionnée par l’Etat, aurait, elle aussi, participé à cette campagne criminelle contre la démocratie aux Etats-Unis. On peut se demander pourquoi les services de renseignement américains évaluent l’influence de RT et celle des prétendus hacks sur l’élection dans un même document, comme s’il s’agissait de la même chose. Ce sont deux thèmes très différents devant être étudiés séparément. En mélangeant des sujets si hétérogènes et éloignés, le rapport ne fait que brouiller les pistes, offusquer la pertinence du texte et enténébrer la compréhension des lecteurs. On pourrait presque croire que c’est intentionnel. Enfin, il est dur de comprendre le lien entre RT et le rapport qui, ne l’oublions pas, a pour titre: «Evaluation des activités et intentions russes lors des récentes élections américaines: processus analytique et attribution des cyber-incidents»?
Mais, au fait, quel crime la chaîne RT a-t-elle commis? Les agences de renseignement lui reprochent d’avoir soutenu Trump plutôt que Clinton. Certes, il semble que Trump soit le candidat de prédilection de la direction de RT, mais qu’importe? Les directions de CNN, du «New York Times», de la BBC et la plupart des autres médias «mainstream» internationaux favorisaient, eux, Mme Clinton. D’ailleurs, n’est-il pas normal que les médias russes puissent préférer Trump à Clinton. En effet, Trump, dans sa campagne, avait émis le souhait de développer de meilleures relations avec la Russie alors que Mme Clinton appelait ouvertement et agressivement à davantage de confrontation directe et de sanctions à l’égard de la Russie? Il est ironique, presque drôle, de constater la prétention des services de renseignement à s’étonner du fait que les Russes puissent avoir une préférence.
Il est décevant de lire des pages entières d’accusations contre une chaîne de télévision dans un rapport censé être des plus professionnels et du plus haut niveau. Si l’on scrute attentivement le rapport, force est de constater qu’il y est fait référence 106 fois au mot «RT» dans ces 25 pages consacrées au «cyber-incident» en question. Considérant les nombreuses pages-titre quasiment vides, la place prépondérante que prend cette chaîne de télévision aux yeux des services de renseignement est surprenante. Faites le calcul vous-même: 106 divisé par 25. Vous trouverez le nombre de fois que RT est mentionné sur chaque page. Par effet de contraste, il est intéressant de noter que le mot «cyber» apparaît une quinzaine de fois dans le document; et le mot «Poutine» apparaît une trentaine de fois. Le moins qu’on puisse dire est que ce rapport pourrait être le travail d’un étudiant de première année: parsemé de jolies photos, de graphiques simplifiés, d’un vocabulaire simple, exempt de toute velléité technique, etc. On peut légitimement se demander s’il s’agit réellement d’un rapport de renseignement, ou plutôt «d’une déclaration de presse conçue pour la recherche du sensationnel en politique», selon les termes de Julien Assange.
Violation manifeste de la présomption d’innocence
Par ailleurs, il est regrettable de constater que certains médias de masse (notamment CNN, «The New York Times», BBC, «The Guardian») se soient aveuglément basés sur le rapport décrit ci-dessus, sans esprit critique, pour frapper la Russie à leur tour. Beaucoup de médias européens cependant, notamment français («Le Monde», «Le Figaro») et allemands («Frankfurter Allgemeine Zeitung», Der Spiegel, «Süddeutsche Zeitung»), ont étudié le rapport de manière un plus critique et refusent de suivre la trajectoire hyperbolique des médias britanniques et américains. Aussi, malgré les tensions accrues qu’inspire le rapport entre les Etats-Unis et la Russie, il semblerait que le président Donald Trump refuse de se laisser entraîner par les allégations des trois agences à l’origine du rapport. Il semble se baser sur le principe de la présomption d’innocence, ce qui est honorable. Il s’agit d’un principe qui est reconnu dans la plupart des démocraties et se trouve dans l’article 11 de la Déclaration universelle des droits de l’homme: «Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées». La Russie n’est pas une personne physique, certes, mais une personne morale et mérite qu’on la présume, jusqu’à preuve du contraire, innocente. Il est probable que les agences de renseignement américaines aient des indices davantage probants que ceux présentés dans leur rapport, mais qu’elles ne veulent pas les rendre publiques. Il est possible aussi que des cyber-attaques dilettantes aient eues lieu depuis la Russie à l’encontre d’institutions américaines avant ou durant la période des élections. Que des hackers américains pénètrent des institutions russes est chose très envisageable aussi, surtout dans un monde ou l’insécurité informatique s’aggrave rapidement. Bref, ce qui n’est pas probable, toutefois, c’est que le Kremlin et Poutine en personne aient commandité de telles attaques. Peut-être connaîtrons-nous un jour la vérité sur ces histoires de hacks et de leaks. Pour l’instant toutefois, on ne peut que spéculer. Par conséquent, il est impossible de tirer des conclusions certaines à partir de ces arguments émotifs émanant de discours politiques.
Il se pourrait que les trois agences de renseignement se soient tirées une balle dans le pied. Laisser entendre que les Russes puissent influencer le résultat d’une élection présidentielle aux Etats-Unis et suggérer que Trump, par conséquent, ne soit pas légitimement élu, est contre-productif. Trump est le président, et elles doivent maintenant travailler avec et pour lui, quoi qu’il arrive. Les accusations injustifiées du rapport illustrent donc un certain manque de respect, ou tout du moins du mépris, envers le système démocratique américain et envers le peuple qui l’a créé.     •
*    Intelligence Community Assessment (ICA), «Background to ‹Assessing Russian Activities and Intentions in Recent US Elections›: The Analytic Process and Cyber Incident Attribution», 6 January 2017

Pourquoi votre gauche n’est pas la nôtre

par Bruno Guigue

25 janvier 2017

Source : Lesakerfrancophone 29.01.2017

Source originale : Arrêt sur Info 25.01.2017

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Vous pourrez faire toutes les primaires que vous voudrez, votre gauche ne nous inspirera que du mépris. Charlatans au sourire enjôleur ou matamores au style mussolinien, vous êtes des progressistes de pacotille. Vous voulez un monde plus solidaire, paraît-il, mais vous n’avez cessé d’approuver l’ingérence occidentale dans les affaires des autres. Honte à vous, héritiers de Guy Mollet ! Votre humanisme se métamorphose toujours en arrogance néo-coloniale. La lutte contre la pauvreté, à vos yeux, c’est lorsque les pays riches commandent aux pays pauvres.

Socialistes, ou gauchistes, vous avez jeté Jaurès aux orties depuis belle lurette. La guerre, vous en redemandez ! Pour répandre la « démocratie », vous comptez sur les vertus pédagogiques des B 52. En guise de publicité pour les « droits de l’homme », vous exigez le bombardement de pays qui ne nous ont rien fait. Ignobles jusqu’au bout, vous réclamez l’embargo, cette arme des riches contre les pauvres. Que vaut votre compassion pour les réfugiés, quand vous privez les Syriens de médicaments pour les punir d’avoir soutenu leur gouvernement ?

Faux-derches de première, vous livrez des armes, en Syrie, à ces allumés de la charia que vous prétendez combattre en France. Affreux terroristes au Bataclan, rebelles modérés à Idleb, quel tour de passe-passe, vous êtes experts en transformation chimique ! Vous dites que vous détestez ces criminels, et pourtant vous les aimez chez les autres. Vous y tenez, à votre lune de miel avec les coupeurs de têtes ! Votre égérie n’est-elle pas Élisabeth Badinter, féministe milliardaire qui clame son islamophobie tout en assurant à la tête d’Havas la promotion publicitaire du royaume saoudien ?

Vous êtes très forts pour prononcer des incantations à la gloire de la laïcité, mais vous allez quand même vous aplatir devant le CRIF, cette officine confessionnelle qui sert d’ambassade officieuse à un État-voyou. Avec M. Valls, vous roulez des mécaniques face aux musulmans, mais face aux sionistes, vous vous livrez à un concours de lèche-bottes. Le communautarisme vous répugne, paraît-il ? Oui, sauf lorsqu’il est au service d’une puissance étrangère qui spolie les Palestiniens et bombarde la résistance arabe en Syrie avec votre complicité.

Reniements, trahisons, la liste est longue. Vous prétendez défendre les intérêts du peuple, mais vous lui refusez l’exercice de la souveraineté. Au lieu de lui restituer le pouvoir usurpé par les riches, vous lui imposez le carcan d’une Union européenne qui tue la délibération démocratique, sanctuarise le dogme monétariste et asservit les travailleurs à la loi d’airain du capital. Au nom d’un internationalisme dévoyé, vous êtes les fourriers des multinationales qui ont colonisé l’Europe, vous avez bradé la souveraineté, discrédité l’idée nationale, abandonnée par votre faute aux imposteurs de l’extrême-droite.

Vous dites, la main sur le cœur, que vous êtes pour la réduction des inégalités, mais vous vous interdisez de toucher aux structures qui les nourrissent. Vous condamnez verbalement les effets sans chercher le moins du monde à agir sur les causes. Vous voulez mieux répartir les richesses, mais sans préjudice pour ceux qui les détiennent. Vous vous proclamez socialistes, mais vous ménagez le capital, vous cajolez la finance, vous montrez patte blanche à ceux qui possèdent l’argent et l’influence.

Où sont les propositions de gauche, dans vos programmes ? Où est la sortie de l’OTAN et de l’Union européenne ? Où sont la nationalisation des banques, la taxation des activités spéculatives, le plafonnement des revenus, la relocalisation des industries, le développement des services publics, le protectionnisme raisonné, le contrôle des mouvements de capitaux, la refonte de la fiscalité et l’éradication de la fraude, où sont, en un mot, l’abolition des privilèges de l’oligarchie financière et le rétablissement de la souveraineté populaire ?

Notre gauche n’est pas la vôtre. Pour nous, la gauche, c’est Sarah Wagenknecht, qui réclame au Bundestag la sortie de l’OTAN et le dialogue avec la Russie. C’est Tulsi Gabbard, élue hawaïenne du parti démocrate américain, qui exige la fin de la stratégie du chaos au Moyen-Orient. C’est le parti communiste syrien qui combat, au côté des baasistes, les mercenaires wahhabites. C’est le Front populaire tunisien, qui défend le progrès social et l’égalité entre les hommes et les femmes. C’est cette gauche française qui se réveille, dans « La France insoumise », au PRCF ou ailleurs, pour tirer un trait sur des décennies d’imposture socialiste.

Cette gauche, moins connue, c’est aussi celle des communistes indiens du Kérala, qui ont donné à cet État de 33 millions d’habitants le meilleur indice de développement humain du sous-continent. C’est celle des communistes cubains qui ont obtenu, dans un pays isolé par le blocus impérialiste, un taux de mortalité infantile inférieur à celui des USA et élu 48% de femmes à l’Assemblée nationale du pouvoir populaire. Ce sont tous ceux, en Bolivie et au Venezuela, qui ont fait reculer la pauvreté de masse et redonné leur fierté aux peuples sud-américains.

Cette gauche, la vraie, contrairement à cette contrefaçon qui se donne en spectacle à la télévision, prend au sérieux le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. Elle sait que, sans l’indépendance nationale, la souveraineté populaire n’est qu’un leurre. Son patriotisme ne l’éloigne pas de son internationalisme, car elle revendique pour chaque pays le droit de suivre sa voie dans le respect des autres. Elle ose s’attaquer aux structures de la domination capitaliste, elle en prend le risque, au lieu de fuir lâchement devant l’obstacle, faisant allégeance aux puissants et jouant le rôle de supplétifs dont leurs maîtres se débarrasseront à la première occasion.

Bruno Guigue est un ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de la Réunion

La question politique la plus ardue que Trump devra affronter

par Eric Zuesse

Source :

Le Sakerfrancophone

23.01.2017

Source originale :

Strategic Culture

15 janvier 2016

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Mark Strauss, le rédacteur en chef du Bulletin des scientifiques atomiques, a titré, le 8 septembre 2014, «Les armes nucléaires sont en train de cannibaliser le budget de la défense des États-Unis» et a soulevé la question de savoir pourquoi les forces nucléaires «cannibalisent le budget de défense des États-Unis», des dizaines d’années après la chute de l’Union soviétique, de son alliance militaire du Pacte de Varsovie et de son idéologie dictatoriale communiste.

Aucun président américain ne pourra réellement améliorer l’économie des États-Unis, s’il échoue à arrêter cette cannibalisation organisée par les défenseurs des forces nucléaires états-uniennes et leurs entrepreneurs (qui obtiennent des milliers de milliards de dollars, grâce à l’industrie des armes nucléaires).

 

Strauss résumait une étude intitulée Étude du budget de la défense de l’exercice 2015 par Todd Harrison, qui est maintenant directeur du budget de la Défense au Centre d’études stratégiques et internationales. Strauss a déclaré que « Harrison ne voit pas comment le Pentagone sera en mesure de se permettre tout cela, en plus des autres programmes qu’il a prévu ».

L’étude de Harrison énonçait dans sa « conclusion » : « La stratégie doit prendre en compte le budget, et les contraintes budgétaires doivent prendre en compte la stratégie. » Il pense que ce n’est actuellement pas le cas. En d’autres termes : il n’y a aucune efficacité dans les dépenses militaires actuelles des États-Unis. La stratégie ne prend pas en comptes les contraintes budgétaires de l’Amérique.

Le 18 octobre 2016, le site Web sur les dépenses militaires états-uniennes, Breaking Defense, a mis en gros titre : « De nouvelles menaces apparaissent pendant le débat sur les dépenses du ministère de la défense : Des groupes de réflexion envisagent deux mille milliards de dollars d’options », et signale que « des équipes venant de cinq groupes de réflexion renommés, couvrant un large spectre politique », ont présenté leur projet de budget militaire pour l’année prochaine, les cinq totaux proposés présentant de larges différences :

Pensez-vous que nous avons besoin d’un renforcement urgent pour contrer la Russie, la Chine et État islamique? Ce sera alors 1 300 milliards de dollars supplémentaires sur les 10 prochaines années, s’il vous plaît, estiment les conservateurs. Préférez-vous plutôt économiser mille milliards? Bien sûr, disent les libertariens, mais alors nos alliés devront se protéger eux-mêmes. Ou préférez-vous un chemin intermédiaire entre les options à coût élevé et à faible coût? Alors préparez-vous à des choix difficiles sur ce que les militaires doivent moderniser pour une guerre de grande puissance et doivent économiser pour un travail de contre-terrorisme au jour le jour – choix appelé un « mélange cher/bon marché ».

Mais aucune des équipes n’a recommandé de dépenser autant que ce que le Congrès et le président Barack Obama avaient proposé de dépenser avant que la « séquestration » – la mise en place de limites budgétaires – ne soit appliquée en 2013 : « Même l’équipe la plus féroce ne recommande pas de dépenser autant d’argent en défense que ce qui était inscrit dans le budget présidentiel de 2012, le dernier avant la séquestration. »

Donc, en 2012, le Congrès et le président Obama ont budgétisé pour dépenser encore plus sur la « défense » que ce que même le plus extrême des groupes de réflexion ne recommande en 2016.

La seule recommandation pour des réductions effectives dans les dépenses de « défense » provient de l’« équipe », composée d’une seule personne, de la Cato Institute, Benjamin Friedman :

L’Institut libertarien Cato […] sans surprise, a proposé une coupe budgétaire de 1 000 milliards de dollars. Les États-Unis peuvent continuer à bombarder État islamique, ont-ils soutenu, mais laissons l’Europe et l’Asie supporter le fardeau de leur propre défense contre la Russie et la Chine, avec les USA se retirant finalement de l’OTAN. « Le défi pour la stratégie de sécurité américaine est de nous retenir, d’éviter les tentations insensées que le pouvoir nous offre, me dit Friedman. Une armée plus petite permettra moins de guerres stupides. »

Plus tôt, Christopher Preble, du Cato Institute, avait coécrit un article (avec un collègue) intitulé Pour sauver les sous-marins, éliminer les rampes de défenses anti missiles et les bombardiers, dans lequel il dit que « la partie maritime de la triade nucléaire est à elle seule un dissuasif plus puissant que celui possédé par toute autre nation dans le monde ». Leur position est que :

La dépendance à l’égard de trois systèmes de tir nucléaire est une relique de la politique bureaucratique de la Guerre froide et non le produit d’un calcul stratégique. Une flotte de sous-marins est plus que suffisante pour les besoins de dissuasion de l’Amérique, et serait beaucoup moins coûteuse à moderniser et à maintenir que la force actuelle. La Marine n’aurait pas à contourner la loi, dans une tentative désespérée de tirer de l’argent supplémentaire des contribuables américains, si l’administration Obama rompait son attachement à la triade nucléaire.

L’article de Wikipédia intitulé Le budget militaire des États-Unis indique que dans les demandes budgétaires des services militaires américains pour l’année 2010, la Marine américaine demandait 47,4 % de tous les fonds (seulement 4 % de cette somme irait au Corps des marines). L’armée de terre américaine demandait 31,8 %, et l’armée de l’air 22 %. Il serait virtuellement impossible pour la marine américaine « de soutirer plus d’argent supplémentaire aux contribuables américains » que ce n’est déjà le cas, sans mettre fin au gaspillage nucléaire dans l’armée de l’air et de terre.

Preble dit qu’étant donnés les buts nucléaires stratégiques des États-Unis, aucune de ces dépenses dans le nucléaire ne devrait aller à l’armée de l’air ou de terre, ces deux branches de l’armée américaine devraient être entièrement consacrées à la lutte contre les guerres classiques et à l’armement non nucléaire.

Mais cela réduirait considérablement la somme d’argent que les États-Unis consacrent actuellement à la guerre nucléaire. Et des sociétés comme Raytheon, et leurs lobbyistes au Congrès, leurs syndicats, etc., n’aimeraient pas cela et dépenseraient tout ce qu’ils auraient besoin de dépenser pour l’éviter. Il y a des choses que les politiciens disent vouloir faire, mais trouvent toujours des moyens d’éviter de faire, et ce genre de chose correspond à cette description.

Par exemple, le président Obama (malgré sa rhétorique « pacifiste » et son prix Nobel) a été un grand champion de l’hyper agressif programme anti-balistique (ABM) de Ronald Reagan. Il a commencé à l’installer (le système Lockheed Martin Aegis Ashore) en Roumanie et en Pologne, au cours de sa dernière année de présidence, en 2016. Cette installation est essentielle pour atteindre son objectif caché de « Primauté nucléaire » – c’est-à-dire la capacité de gagner une guerre nucléaire contre la Russie. C’est une répudiation du concept qui avait guidé John Fitzgerald Kennedy et Nikita Khrouchtchev, et leurs successeurs, pendant la Guerre froide originale (c’est-à-dire jusqu’à ce que l’Union soviétique ait pris fin en 1991) : Destruction Mutuelle Assurée ou «MAD», la reconnaissance qu’à la différence des guerres conventionnelles où il y a un gagnant et un perdant, avec deux puissances nucléaires en guerre, il ne peut y avoir que deux perdants, aucun vainqueur dans une telle guerre. La politique militaire du gouvernement des États-Unis a abandonné ce concept en 1990 et a secrètement opté pour la « victoire » nucléaire.

Actuellement, de nombreux Républicains, et pratiquement tous les Démocrates, du Congrès favorisent la primauté nucléaire et rejettent le concept de MAD. C’est la raison pour laquelle les propositions de l’Institut Cato visant à éliminer les dépenses des forces nucléaires dans les budgets de l’armée de l’air et de terre américaine (tels que les systèmes Aegis Ashore de Lockheed Martin en Pologne et en Roumanie et bien d’autres arguments militaires) sont ignorés par le Congrès et les autres agents de l’aristocratie américaine.

Donald Trump devra décider rapidement s’il croit au concept de MAD ou, alternativement (comme Obama et d’autres présidents des États-Unis depuis George Herbert Walker Bush), s’il compte poursuivre la conquête de la Russie.

S’il compte poursuivre la conquête de la Russie, toutes les dépenses non militaires du gouvernement des États-Unis devront être réduites, et la pauvreté aux États-Unis se propagera comme un feu de forêt.

Et c’est pourquoi, comme l’a expliqué Peter Korzun, de Strategic Culture, le 8 janvier 2017, dans un article intitulé La Pologne acquiert la capacité de première frappe pour menacer la Russie, le régime Obama s’est terminé par une vague de contrats militaires signés dans le but d’atteindre la suprématie nucléaire, incluant :

Fin novembre, le Département d’État a approuvé une autre transaction – l’acquisition de 70 missiles AGASS-ER-158B JASSM-ER (à grande portée) pour la Pologne. L’accord n’a pas attiré beaucoup d’attention. En fait, il est très important et change beaucoup de choses.

Ce contrat militaire fournira à l’armée polonaise (en tant qu’élément de la force stratégique de l’OTAN) une portée de tir de près de 1 000 km, la capacité de détruire les missiles de défense russes, avant que ces missiles ne puissent même être lancés, en cas d’attaque de la Russie par les États-Unis. Ils sont d’une portée suffisante pour que les forces de l’OTAN en Pologne puissent éliminer les anti-missiles qui protègent Moscou.

C’est le genre de choses sur lesquelles les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN travaillent. À moins que cela ne soit arrêté maintenant, les conséquences pour la population, non seulement russe mais de tout l’hémisphère Nord, et même globalement, seront catastrophiques, au-delà de tout ce que l’Histoire humaine a connu. Arrêter ce plan de conquête dès maintenant sera la question la plus épineuse à laquelle le président Trump devra faire face car, à moins qu’il ne rejoigne le reste de l’aristocratie américaine sur ce sujet (ils sont obsédés par la conquête de la Russie), il se trouvera bientôt de plus en plus en guerre contre cette aristocratie – et contre ses aristocraties alliées, en Pologne et ailleurs. La question la plus épineuse à laquelle Trump sera confronté est : est-ce que je vaincrai mon aristocratie ou est-ce que je (comme mes prédécesseurs récents) les aiderai à polariser le public américain, afin que ces aristocrates deviennent capables de conquérir la Russie (même si faire cela risque de rendre la planète invivable)? Cette question exigera son attention dès le premier jour. En effet, s’il a l’intention de vaincre son aristocratie, il devra commencer le processus immédiatement, car son prédécesseur, Barack Obama, a tout fait à la fin de sa présidence, pour faciliter la conquête de la Russie.

Le 6 janvier 2017, David Cenciotti titre dans le magasine The Aviationist, « Ces photos dingues nous montrent un Su-27 Flanker russe en combat avec un F-16 étatsunien dans la Zone 51 », et il explique que le 8 novembre, le jour où Donald Trump a été élu président, l’armée de Barack Obama était réellement en exercice dans le désert du Nevada, simulant un combat en altitude entre un F-16 américain et un Flanker Su-27 russe. Cenciotti a déclaré : « En 2014, le lieutenant-colonel Kevin Gordon, 64e commandant de l’AGRS, a expliqué que le Su-27 Flanker était le type d’aéronef qu’ils ont reproduit lors de l’attaque d’un F-15 des Forces Bleues, et que c’était la première fois que le Flanker a été mentionné comme avion ennemi. » Avion ennemi, comme au cours de la Guerre froide contre l’Union soviétique, mais maintenant, à notre époque, c’est contre la Russie.

Début 2014, le coup d’État sanglant d’Obama à Kiev a renversé le président ukrainien démocratiquement élu, Viktor Ianoukovitch, pour lequel 90 % des électeurs du Donbass avaient voté, tout comme 75% des électeurs de Crimée. Les deux régions se sont révoltées et se sont séparées du nouveau régime fasciste, régime qui leur avait été imposé. Maintenant Obama a imposé des sanctions contre la Russie, qui répondait à la saisie de l’Ukraine par Obama, une nation qui a la plus longue frontière avec la Russie et qui pourrait accueillir un missile de l’OTAN, parce qu’elle est située à seulement cinq minutes de vol de Moscou. Ainsi, 2014 fut aussi l’année où, pour la première fois après la fin de l’Union soviétique en 1991, et de l’alliance militaire du Pacte de Varsovie, et de leur communisme, l’Amérique préparait une fois de plus la guerre contre, non plus l’Union soviétique, mais contre son rejeton démocratique, la Russie. Obama a accusé la Russie d’ « agression », juste pour avoir répondu à l’agression d’Obama. Il avait besoin d’une excuse pour entourer la Russie avec de plus en plus de pays de l’OTAN et pour installer, près des frontières de la Russie, des systèmes ABM pour annuler la capacité de résistance de la Russie à une attaque surprise.

Un lecteur pourrait penser que cela ne peut pas être possible, que le gouvernement fédéral des États-Unis ne peut pas être aussi corrompu, voire dépravé, pour traiter une guerre nucléaire (ses armes, etc.) comme essentiellement une occasion de faire des profits pour les investisseurs américains, une opération psychopathique de la part de l’aristocratie, en particulier pour les gros actionnaires des entreprises de « défense », et leurs lobbyistes, quel que soit le bien-être des populations. Non seulement c’est vrai, mais c’est le cas depuis au moins les dernières décennies, période pendant laquelle le département le plus corrompu de tous les ministères du gouvernement fédéral, le ministère de la Défense, a été si corrompu qu’il a été le seul département fédéral qui ne soit pas en mesure de trouver un cabinet d’audit certifié disposé à placer son imprimatur sur ses dossiers financiers.

Le mardi 13 mai 2014, Stars and Stripes titre : « Des décennies plus tard, les militaires sont encore incapable de rendre le compte de leurs dépenses » et déclare :

« Les militaires sont toujours en retard dans leur tâche, qui dure depuis plusieurs décennies, pour contrôler leurs dépenses et maîtriser leurs gaspillages, ont annoncé mardi au Sénat les contrôleurs du ministère de la Défense.

Les responsables financiers de l’Armée de terre, de l’Armée de l’Air, de la Marine et du Corps des Marines ne seront pas en mesure de respecter le délai fixé par le secrétaire de la Défense cette année pour les travaux comptables obligatoires. Parallèlement, de «graves insuffisances persistent» dans les efforts comptables, selon un rapport du Government Accountability Office publié mardi. »

« Près de trois décennies après que les contribuables états-uniens ont été choqués par des sièges de toilettes à 640$/pièce et autres gâchis militaires de la Guerre froide, le ministère de la Défense demeure le dernier ministère fédéral incapable de mener un audit financier, malgré les lois adoptées dans les années 1990. »

Des milliers de milliards de dollars sont versés dans cet égout de la corruption de l’aristocratie américaine, que l’ancien président américain Dwight Eisenhower avait appelé à la fin de son mandat présidentiel, le « Complexe militaro-industriel ». (Et maintenant c’est lui qui contrôle le gouvernement fédéral des États-Unis. Il est devenu la queue qui agite le chien.)

Le 26 juillet 2016, le Bureau de l’Inspecteur général du Département de la défense des États-Unis a publié son étude intitulée « Les ajustements financiers des fonds pour l’armée ne sont pas suffisamment documentés ou soutenus » qui précisait :

Nous avons déterminé si les ajustements apportés aux données du Fonds général de l’Armée de terre (FAG) au cours du processus de compilation des états financiers de l’exercice financier de 2015 ont été dûment documentés et appuyés […] Le Bureau du secrétaire adjoint de l’armée (OASA) et le service des finances et de la comptabilité de la Défense d’Indianapolis (DFAS Indianapolis) n’a pas justifié adéquatement les 2 800 milliards de dollars d’ajustements du journal comptable du troisième trimestre et des ajustements de 6 500 milliards de dollars faits au cours de la compilation des états financiers de l’exercice 2015. En plus, DFAS Indianapolis n’a pas documenté ou justifié la raison pour laquelle le Système de rapports ministériels-Budgétaire (DDRS-B), un système de rapports budgétaires, a retiré au moins 16 513 dossiers parmi les 1,3 million existants, au cours du troisième trimestre de l’exercice 2015 […] Par conséquent, les données utilisées pour préparer le troisième exercice FF 2015 ne sont pas fiables et ne disposent pas de moyens de vérification adéquates. En outre, les gestionnaires du Département de la Défense et de l’Armée de terre ne pouvaient pas compter sur les données de leurs systèmes comptables, lorsqu’ils prenaient des décisions en matière de gestion et de ressources.

Mille milliards de dollars disparaissent ici, mille milliard de dollars disparaissent là, et, après quelques décennies de cela, il devient clair que la corruption au sein de l’aristocratie états-unienne ne va pas s’arrêter. Et cela ne sera pas possible sans que quelqu’un dans l’aristocratie mène une guerre intérieure contre le reste de cette aristocratie, et nationalise les biens de ceux qui résistent. Appliquer le processus légal normal contre les personnes qui contrôlent le pays et qui ont donc écrit les lois essentiellement pour leurs intérêts, échouera inévitablement. Ils l’ont fait intentionnellement. Une action plus audacieuse sera donc nécessaire. Il faudra un courage énorme. De toute façon, le chemin actuel se dirige clairement vers des catastrophes sans précédent. Rester à marcher dessus n’est pas une option durable. Trump choisira, et il entrera dans la Maison Blanche avec ce choix.

REMARQUE & CONCLUSION: Je ne suis pas et n’ai jamais été un libertarian ni un partisan de l’Institut Cato des frères Koch. Je suis un progressiste proche de Bernie Sanders. Et sur presque toutes les questions progressistes, les libertarians sont à l’opposé, conservateur, mais pas nécessairement sur la question particulière de l’autodétermination des peuples (y compris des Russes). Les seuls individus qui se tiennent avec le courant dominant de Washington (les impérialistes, autrement appelés « néoconservateurs ») sur cette question sont des partisans de la Primauté nucléaire et de la conquête de la Russie. C’est la position de l‘Establishment (autrement appelé « néoconservatisme »), même si la plupart des gens (au moins ceux qui savent qui sont l’Establishment et les néoconservateurs: ils sont en réalité l’aristocratie et leurs agents) la considèrent comme une mauvaise position. Ils n’écrivent pas, ils ne s’expriment pas, mais s’ils comprenaient ce qu’étaient l’Establishment (et les néo-conservateurs en général), le public s’y opposerait fermement. La question ici est donc de savoir si le président Trump va s’opposer à eux – ou bien s’il prendra un virage à 180 degrés, et rejoindra les néoconservateurs. Trump sera en guerre, dans les deux cas, mais il devra rapidement préciser de quel côté il se tient, s’il veut pouvoir assumer un mandat complet. Il est entré à la présidence des États-Unis à une époque dangereuse. Ce n’est pas un temps normal et si sa présidence est une présidence normale, alors ses résultats seront catastrophiques.

 

Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone

The Thorniest Policy-Question That President Trump Will Face

by Eric Zuesse

Source : Strategic Culture

http://www.strategic-culture.org/news/2017/01/15/thorniest-policy-question-that-president-trump-will-face.html

15.01.2017

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Mark Strauss, the Editor of the Bulletin of Atomic Scientists, headlined on 8 September 2014, «Nukes Are Cannibalizing The U.S. Defense Budget», and he raised the question of why nuclear forces are «cannibalizing the U.S. defense budget» now decades after the end of the Soviet Union and of its Warsaw Pact military alliance and its communist dictatorial ideology.

No American President will be able significantly to improve the U.S. economy who fails to reverse this cannibalization by U.S. nuclear-forces advocates and contractors (who get trillions of dollars from this nuclear-weapons business).

Strauss was summarizing a study «Study of the FY 2015 Defense Budget» by Todd Harrison, who now is the Director of Defense Budget at the Center for Strategic and International Studies. Strauss said that «Harrison doesn’t see how the Pentagon will be able to afford all of this, in addition to other programs that it has planned».

Harrison’s study stated in its «Conclusions» the study’s bottom line: «Strategy should inform one’s budget, and budget constraints should inform one’s strategy». His point there was that this isn’t currently the situation. In other words: efficiency has no place in current U.S. military spending. Strategy does not inform America’s military expenditures.

On 18 October 2016, the website about America’s military expenditures, «Breaking Defense», bannered «New Threats Spark DoD Spending Debate: Thinktanks Ponder $2 Trillion In Options», and reported that when «teams from five leading thinktanks — spanning the political spectrum» presented their proposed next-year’s military budget, the five proposed totals differed widely:

Do you think we need an urgent buildup to counter RussiaChina, and the Islamic State? That’ll be $1.3 trillion extra over the next 10 years, please, conservatives estimate. Would you rather save one trillion instead? Sure, libertarians say, but our allies will have to protect themselves. Or would you rather steer a middle course between the high- and low-cost options? Then get ready for tough choices on what parts of the military to modernize for a major-power war and which parts to keep cheap for day-to-day counterterrorism — what’s called a «high/low mix».  

But none of the teams recommended spending as much as Congress and President Barack Obama had been proposing to spend before «sequestration» — budgetary limits — became policy in 2013: «Even the most hawkish team didn’t recommend spending as much money on defense as the baseline set back in the presidential budget for 2012, the last before sequestration».

Thus: In 2012, Congress and President Obama budgeted to spend even more on ‘defense’ than even the most hawkish of Washington’s think tanks were now recommending in 2016.

The only recommendation for actual reductions in ‘defense’ spending came from Cato Institute’s one-person «team», Benjamin Friedman:

The libertarian Cato Institute…, unsurprisingly, proposed the $1 trillion cut. The US can keep bombing the Islamic State, they argued, but let’s let Europe and Asia bear the burden of their own defense against Russia and China, with the US eventually withdrawing from NATO. «The challenge for US security strategy is to restrain ourselves, to avoid the foolish temptations that power affords», Friedman told me. «A smaller military will allow fewer foolish wars».

Earlier, Cato’s Christopher Preble had headlined «To Save the Submarines, Eliminate ICBMs and Bombers» and he (co-writing with a colleague) argued that «The sea leg of the nuclear triad by itself is a more powerful deterrent than that possessed by nearly any other nation in the world». Their position was that:

The reliance on three nuclear delivery systems is a relic of Cold War bureaucratic politics, not the product of strategic calculation. A submarine-based monad is more than sufficient for America’s deterrence needs, and would be considerably less expensive to modernize and maintain than the current force. The Navy would not have to skirt the law in a desperate bid to shake additional money from American taxpayers if the Obama administration shed its attachment to the nuclear triad.

Wikipedia’s article «Military Budget of the United States» indicates that in budget requests by the U.S. military services for the year 2010, the U.S. Navy was requesting 47.4% of all funds (only 4% of that sum would go to its Marine Corps), the U.S. Army was requesting 31.8%, and the Air Force was requesting 22%. For the U.S. Navy «to shake additional money from American taxpayers» than already was the case, would be virtually impossible without ending all the nuclear waste in the Air Force and Army.

Preble was saying that for America’s strategic nuclear purposes, none of those expenditures should be going to the Army and to the Air Force — those two branches of the U.S. military should be 100% devoted to fighting conventional wars, and using weaponry whose technological advancements would be in other fields than nuclear weapons.

However, this would greatly reduce the amount of money that the U.S. currently is devoting to waging nuclear war; and so corporations such as Raytheon, and their lobbyists in Congress, and their labor unions etc., would not like that and would spend whatever they’d need to spend to avert it. There are things that politicians say they want to do but always find ways to avoid doing, and this sort of thing fits that description.

For example, President Obama (despite his ‘pacifist’ rhetoric and Nobel prize) was a great champion of Ronald Reagan’s hyper-aggressive ‘Star Wars’ Anti Ballistic Missile (ABM) (more recently called Ballistic Missile Defense, or BMD) program, and he started installing it (the Lockheed Martin Aegis Ashore system) in Romania and in Poland, during his final year in office, 2016. This installation is essential to his subterranean goal to attain «Nuclear Primacy» — the ability to win a nuclear war against Russia. That’s a repudiation of the concept which had guided John Fitzgerald Kennedy and Nikita Khrushchev and their successors during the original Cold War (i.e., until the Soviet Union ended in 1991): Mutually Assured Destruction, or «MAD» — the recognition that unlike conventional weaponry, where there is a winner and a loser, with two nuclear powers at war there can be only two losers, no winner of such a war. The U.S. government’s military policy abandoned that concept in 1990 and secretly went for nuclear ‘victory’.

Donald Trump will have to decide fast whether he believes in «MAD» — or, alternatively (like Obama and other U.S. Presidents since George Herbert Walker Bush) — Trump’s military policies will be pursuing conquest of Russia.

If he pursues conquest of Russia, all non-military spending by the U.S. government will need to be slashed, and poverty in the U.S. will spread like wildfire.

Currently, many Republicans in Congress, and virtually all Democrats in Congress, favor Nuclear Primacy and reject the concept of MAD. This is the reason why the Cato Institute’s proposals to eliminate the nuclear-forces expenditures portion of the budgets for both the U.S. Air Force (such as Lockheed Martin’s Aegis Ashore systems in Poland and Romania, and many other such ‘Nuclear Primacy’ military boondoggles) and the U.S. Army, are being ignored by Congress and the U.S. aristocracy’s other agents.

And that’s why, as Peter Korzun explained at Strategic Culture, on 8 January 2017, headlining «Poland Acquires First Strike Capability to Pose Threat to Russia», the Obama regime ended with a flurry of Nuclear Supremacy military contracts, including:

In late November, the State Department approved another transaction — the acquisition of 70 AGM-158B JASSM-ER (extended range) missiles for Poland. The deal undeservedly failed to attract much attention. In fact, it matters much and changes a lot.

That military contract will provide the Polish military (as part, now, of NATO’s strategic force) ultimately a first-strike extended range «of almost 1,000 km» — the ability to destroy Russia’s strike-back (retaliatory) missiles before those Russian missiles can even launch after the U.S. side’s invasion of Russia. That’s approximately long enough range for NATO’s forces in Poland to eliminate the retaliatory missiles that are protecting Moscow.

This is the sort of thing that the U.S. and its NATO alliance are working on. Unless that is stopped now, the consequences for the public not only in Russia but throughout the northern hemisphere, and even globally, will be catastrophic beyond anything in human history. Whether to stop this plan for conquest now, will be the thorniest policy-question that President Trump will face, because unless he joins the rest of the U.S. aristocracy on this matter (and they are obsessed to conquer Russia), he will soon find himself increasingly at war against that aristocracy — and against its allied aristocracies, in Poland, and elsewhere. So: the thorniest policy-question that Trump will face is: Will I conquer my aristocracy, or will I (like my recent predecessors) instead help them fleece the U.S. public so that maybe those aristocrats will become enabled to conquer Russia (even if doing that might leave the planet unlivable)? That question will demand his focus on day one, because if he intends to conquer his aristocracy, he’ll need to start the process immediately, and his predecessor Barack Obama did everything at the end of his Presidency he could to facilitate their conquest of Russia.

On 6 January 2017, David Cenciotti headlined at «The Aviationist», «These crazy photos show a Russian Su-27 Flanker dogfighting with a U.S. Air Force F-16 inside Area 51», and he reported that on November 8th, the day when Donald Trump was elected President, Barack Obama’s military had actually been testing out in the Nevada desert, in a mock dogfight five miles up in the sky, America’s F-16, versus a Russian Su-27 Flanker. Cenciotti said: «In 2014, Lt. Col. Kevin Gordon, 64th AGRS commander, explained the Su-27 Flanker was the type of aircraft they replicated when attacking a Blue Forces F-15 in what was the first time the Flanker was mentioned as an enemy aircraft». «Enemy» — like back during the Cold War against the Soviet Union, but now in our era, now against Russia.

At the start of 2014, Obama’s bloody coup in Kiev overthrew Ukraine’s democratically elected President, Viktor Yanukovych, for whom 90% of the voters in Ukraine’s far-eastern Donbass region had voted 90%, and for whom 75% of the voters in Ukraine’s (since 1954 — previously it had been for hundreds of years part of Russia) far-southern Crimea region had also voted. Both regions rebelled and separated themselves from Obama’s fascist regime — the regime that he (Obama’s operation) had imposed upon them. Now Obama was imposing sanctions against Russia, for responding to Obama’s seizure of Ukraine, the nation that has Europe’s longest border with Russia and can host a NATO missile a mere five minutes flight-time to Moscow. And so, 2014 was also the year when, for the first time after the 1991 end of the Soviet Union, and of its Warsaw Pact military alliance, and of their communism, America was, once again, preparing war against (long-since no more the Soviet Union, but only its democratic remaining rump country) Russia. Obama blamed Russia for ‘aggression’, for having responded to Obama’s aggression. He needed an excuse for surrounding Russia with more and more NATO nations, and for installing, near Russia’s borders, ABM systems to nullify Russia’s ability to strike back against a surprise U.S. nuclear blitz invasion of Russia — conquest of Russia.

A reader might think that this cannot be the case — that the U.S. federal government cannot possibly be that corrupt, even depraved, so as to be treating nuclear war (its weaponry, etc.) as, essentially, a profit-center for America’s investors, a psychopathic operation for the aristocracy, especially for the controlling stockholders in ‘defense’ firms, and their lobbyists, regardless of the public’s welfare. However, it not only is true, but it has been the case for at least the past few decades, throughout which the most corrupt of all of the federal government’s Cabinet Departments, the ‘Defense’ Department, has been so corrupt as to have been the onlyfederal Department that is unable to find any certified auditing firm willing to place its imprimatur upon its financial records.

On Tuesday, 13 May 2014, Stars and Stripes bannered «Decades later, military still unable to account for its spending» and reported:

The military is still running behind in its decades-long quest to audit its spending and rein in waste, Department of Defense comptrollers testified Tuesday to the Senate.

Army, Air Force, Navy and Marine Corps financial managers will be unable to fully meet a midpoint deadline set by the secretary of defense this year for mandated accounting benchmarks. Meanwhile, «serious continuing deficiencies» remain in the accounting efforts, according to a Government Accountability Office report issued Tuesday.

Nearly three decades after U.S. taxpayers gasped over $640 toilet seats and other Cold War military waste, the Department of Defense remains the last federal department still unable to conduct a financial audit despite laws passed in the 1990s that require the accounting.

Trillions of dollars are being poured down, into this sewer of the U.S. aristocracy’s corruption — what former U.S. President Dwight Eisenhower had called at the end of his Presidency America’s «military-industrial complex». (And now it controls the U.S. federal government. It has become the tail that wags the dog.)

On 26 July 2016, the Office of the Inspector General of the U.S. Department of Defense issued its study, «Army General Fund Adjustments Not Adequately Documented or Supported», and reported:

We determined whether adjustments made to Army General Fund (AGF) data during the FY 2015 financial statement compilation process were adequately documented and supported… The Office of the Assistant Secretary of the Army (Financial Management & Comptroller) (OASA[FM&C]) and the Defense Finance and Accounting Service Indianapolis (DFAS Indianapolis) did not adequately support $2.8 trillion in third quarter journal voucher (JV) adjustments and $6.5 trillion in yearend JV adjustments1 made to AGF data during FY 2015 financial statement compilation… In addition, DFAS Indianapolis did not document or support why the Defense Departmental Reporting SystemBudgetary (DDRS-B), a budgetary reporting system, removed at least 16,513 of 1.3 million records during third quarter FY 2015… As a result, the data used to prepare the FY 2015 AGF third quarter and yearend financial statements were unreliable and lacked an adequate audit trail. Furthermore, DoD and Army managers could not rely on the data in their accounting systems when making management and resource decisions.

A trillion dollars disappearing here, and a trillion dollars disappearing there, and, after a few decades of this, it becomes clear that the corruption within the U.S. aristocracy isn’t going to stop; and it won’t even be able to be reined-in, without someone in the aristocracy leading an internal war against the rest of that aristocracy, which will nationalize the assets of the ones who resist. To apply normal legal process against the people who control the country and who thus essentially wrote the laws to suit themselves, would inevitably fail. They made it this way. Bolder action would be required. It would require enormous courage. However, the present path is clearly heading toward unprecedented catastrophes. Remaining on it is not a sustainable option. Trump will choose, and he will enter the White House with that choice.

DISCLAIMER & CONCLUSION:

I am not and never have been a libertarian nor any other type of supporter of the Koch brothers’ Cato Institute; I am a Bernie Sanders progressive; and on almost all progressive issues, libertarians stand at the opposite, conservative side, but not necessarily on the particular issue of self-determination of peoples (including of Russians). The only individuals who stand with the Washington mainstream (the imperialists, otherwise called «neoconservatives») on this issue are supporters of Nuclear Primacy and of conquest of Russia. That’s the Establishment’s position (otherwise called «neoconservatism»), even though most people (at least ones who know who the Establishment and neoconservatives actually are: that they’re the aristocracy and their agents) consider it to be an evil position. They don’t write, they don’t express themselves, to this effect, but if they understood what and who the Establishment (and neoconservatives in general) are, the public would strongly oppose them. The question here is thus whether President Trump will oppose them — or else whether he will turn 180 degrees around, and join the neoconservatives. Trump will be at war, in either case, but he’ll quickly need to make clear which side he’s standing on, if he will be able to serve out a full term. He entered the U.S. Presidency at a dangerous time. It’s not a normal time; and, if his Presidency is to be a normal Presidency, then its results will be catastrophic.