Les critiques formelles d’Israël par l’UE ne sont qu’un écran de fumée

par Stephen Lendman

Source : http://lesakerfrancophone.fr/les-critiques-formelles-disrael-par-lue-ne-sont-quun-ecran-de-fumee

Source originaire : https://stephenlendman.org/2018/08/hollow-eu-criticism-of-israel/

3 août 2018

Traduction : Dominique Muselet

StephenLindmanBW

L’UE entretient des relations normales avec Israël sur les plans politique, économique, financier, technologique et culturel.

La critique, lorsqu’elle est formulée, exclut tout ce qui pourrait donner lieu à des démarches concrètes pour obliger l’État juif à rendre compte de ses actes criminels.

Bruxelles n’a jamais rien fait pour s’opposer à ses décennies d’occupation illégale, sa violation des lois, normes et standards internationaux fondamentaux, son blocus suffoquant de Gaza, ses trois guerres d’agression sur la bande de Gaza, quantités d’autres violations des droits de l’homme et des droits civils, sa guerre non déclarée contre la Syrie, son soutien à EI et à d’autres terroristes, ainsi que quantités d’autres crimes trop graves pour qu’on puisse les ignorer.

Le chef de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, soutient les agendas impérialistes américains et israéliens, leur militarisme et leur belligérance, leur mépris pour la paix et la stabilité du monde.

Ses médias ont rapporté les critiques creuses qu’elle a adressées au ministre d’extrême-droite israélien de la sécurité publique, Gilad Erdan :

« L’UE rejette fermement les accusations selon lesquelles elle est impliquée dans le financement d’activités qui soutiennent le terrorisme ou les terroristes. »

ajoutant :

« Les accusations israéliennes sont ‘sans fondement et inacceptables, vagues et non étayées’. » Mogherini répondait à Erdan qui avait accusé l’UE et ses partenaires de soutenir des groupes qu’Israël qualifie faussement de terroristes, et de boycotter Israël.

Le régime de Netanyahou accusait les groupes palestiniens de défense des droits de l’homme d’avoir des liens avec le Front populaire de libération de la Palestine qu’il qualifie mensongèrement d’organisation terroriste comme le Hamas, le Hezbollah et tous les groupes qui résistent au terrorisme d’État israélien.

Par ailleurs, jeudi, les chefs de mission de l’UE à Jérusalem et à Ramallah ont déclaré qu’ils « expriment leur vive inquiétude devant l’inauguration officielle, le 1er août, d’un centre touristique, géré par une organisation de colons, dans le quartier Batn al-Hawa/Silwan de Jérusalem-Est occupée, dans un bâtiment d’où cinq ménages appartenant à la famille palestinienne Abu Nab ont été expulsés en 2015 ».

ajoutant :

« Environ 180 ménages palestiniens à Jérusalem-Est, dont une centaine dans la seule ville de Batn al-Hawa, risquent d’être expulsés de leurs maisons, ce qui favorisera la poursuite de la colonisation de la ville, comme dans le cas présent.

 Les missions de l’UE à Jérusalem et à Ramallah rappellent les conclusions et déclarations successives du Conseil des affaires étrangères dans lesquelles l’UE a réitéré sa forte opposition à la politique de colonisation d’Israël et aux mesures prises dans ce contexte, y compris les expulsions et les démolitions. 

Les activités de colonisation à Jérusalem-Est compromettent sérieusement la possibilité que Jérusalem serve de future capitale des deux États, elles sont illégales en vertu du droit international et compromettent la solution à deux États et la perspective d’une paix durable. »

Ni l’UE, ni les États-Unis, ni l’ONU, ni les dirigeants du monde n’ont fait quoi que ce soit pour contraindre Israël à répondre de plus d’un demi-siècle de développement illégal de colonies de peuplement sur des terres palestiniennes volées.

Ils n’ont jamais rien fait de concret pour s’opposer aux crimes d’Israël dont la liste est trop longue et l’horreur trop grande  pour qu’on puisse les ignorer.

La critique purement formelle et non-accompagnée de démarches concrètes pour obtenir qu’Israël rende des comptes est vide de sens, cela revient à donner un feu-vert à l’État hébreu pour faire ce qui lui plaît.

La dernière fois que l’UE a formulé un de ses vaines critiques à l’encontre du régime de Netanyahou, c’est quand il a alloué 4,5 millions de shekels au Centre du patrimoine juif yéménite pour mettre en place un projet illégal d’implantation près de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem-Est occupée.

Cela fait partie du projet de longue date d’Israël de coloniser toutes les terres de Judée et de Samarie qui ont quelque valeur, de déposséder les habitants autochtones de la Palestine, de voler tout ce qui leur appartient.

 

Stephen Lendman est né en 1934 à Boston, Massachussets. Après avoir travaillé pendant sept ans comme analyste en recherche marketing, il a rejoint l’entreprise familiale où il est resté jusqu’à sa retraite à la fin de l’année 1999. Il a commencé à écrire sur les grands enjeux mondiaux et nationaux à l’été 2005, et participe à des émissions de radio sur le Progressive Radio Network trois fois par semaine, où sont débattues les grandes questions mondiales et nationales. Lendman est lauréat du Project Censored 2008 et lauréat du prix international de journalisme 2011 du Club des journalistes mexicains.

Vente d’armes : la France participe-t-elle à la guerre au Yémen ?

Source : France culture, Production, Olivia Gesbert et Julie Gacon

https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins-dete-1ere-partie/vente-darmes-la-france-participe-t-elle-a-la-guerre-au-yemen

16/08/2018

Selon un rapport du ministère des Armées paru le 5 juillet, la France a continué à vendre des armes en 2017 à l’Arabie Saoudite et à ses alliés engagés dans la guerre au Yémen depuis 2015. Plusieurs ONG et députés réclament l’ouverture d’une commission d’enquête autour de ces exportations.

Selon un rapport du ministère des Armées paru le 5 juillet, la France a continué à vendre des armes en 2017 à l’Arabie Saoudite et à ses alliés engagés dans la guerre au Yémen depuis 2015. Plusieurs ONG et députés réclament l’ouverture d’une commission d’enquête autour de ces exportations.

Tandis que, depuis 2015, le Yémen s’enlise dans un conflit ayant causé la mort de milliers de civils et provoqué une très grave crise humanitaire, la France a continué à vendre des armes à l’Arabie Saoudite et à ses alliés engagés dans cette guerre. Plusieurs ONG et députés réclament la création d’une commission d’enquête sur ces exportations de défense à la coalition saoudienne, des armes susceptibles d’avoir été utilisées contre les civils dans le cadre de ce conflit.

La France est désormais le troisième exportateur mondial d’armes, derrière les Etats-Unis et la Russie. Selon le rapport annuel du Ministère des armées dévoilé le 5 juillet, le Proche et le Moyen Orient ont représenté environ 60% des commandes d’armement français en 2017, soit 3,9 milliards d’euros sur un total de 6,9 milliards – 1,1 milliard pour le Koweït, 1,08 milliard pour le Qatar, 701 millions pour les Emirats arabes unis et 626 millions pour l’Arabie Saoudite.

Tandis que plusieurs pays d’Europe ont choisi de restreindre voire de cesser définitivement leurs exportations vers les pays engagés dans le conflit au Yémen, comment expliquer que la France continue d’enregistrer des commandes ? Quels sont les outils de contrôle actuels concernant les ventes d’armes ? Comment renforcer davantage la transparence en matière d’exportations militaires ?

 

Empoisonnement au Novitchok: Nouvelles sanctions américaines contre la Russie

Washington a déterminé que Moscou était derrière l’attaque…

Source : 20 Minutes avec AFP

https://www.20minutes.fr/monde/2319135-20180809-empoisonnement-novitchok-nouvelles-sanctions-americaines-contre-russie

Publié le 09/08/18 à 02h19 — Mis à jour le 09/08/18 à 02h19

 

Les Etats-Unis ont annoncé mercredi leur intention d’imposer de nouvelles sanctions économiques à la Russie, après avoir déterminé que Moscou était derrière l’attaque à l’agent Novitchok au Royaume-Uni.

Après l’empoisonnement début mars à Salisbury de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia, « les Etats-Unis ont déterminé le 6 août (…) que le gouvernement russe avait utilisé des armes chimiques ou biologiques en violation des lois internationales », a indiqué la porte-parole du département d’Etat, Heather Nauert, dans un communiqué.

 

Sanctions obligatoires

La loi américaine de 1991 sur l’élimination de l’usage des armes chimiques et biologiques oblige le président américain à imposer des sanctions contre toute personne étrangère s’il « détermine qu’elle a sciemment contribué aux efforts d’un pays pour acquérir ou faire l’usage d’armes chimiques ou biologiques ».

L’empoisonnement confirmé de l’ex-agent double et de sa fille par leur exposition au Novitchok, un agent neurotoxique mis au point par l’Union soviétique à la fin de la Guerre froide, avait été attribué par Londres au gouvernement russe, qui avait nié toute implication et demandé des preuves. Une Britannique de 44 ans, mère de trois enfants, est ensuite morte le 8 juillet après avoir été exposée à un poison contenu dans un flacon de parfum.

La police britannique a établi qu’elle avait été exposée au Novitchok et le Royaume-Uni a demandé à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) de « déterminer de manière indépendante la nature » de la substance. L’enquête de l’OIAC se poursuit. Dès mars, par solidarité avec les Britanniques, Washington avait expulsé 60 diplomates russes accusés d’être des « espions » et la Russie en a aussitôt fait autant.

 

Deuxième salve possible

« Nous avons toujours dit très clairement que nous étions d’accord avec la conclusion qu’il s’agissait de l’agent Novitchok et que le coupable était en fin de compte la Fédération de Russie », a déclaré mercredi à la presse un haut responsable du département d’Etat.

Les sanctions envisagées, qui portent sur l’exportation de certains produits technologiques, comme des appareils ou de l’équipement électroniques, pourraient coûter « des centaines de millions de dollars » à l’économie russe, a indiqué un autre haut responsable américain ayant requis l’anonymat.

A partir du moment où les sanctions entreront en vigueur, la Russie aura 90 jours pour déclarer qu’elle n’utilise plus d’armes chimiques ou biologiques, s’engager à ne plus le faire à l’avenir et permettre des inspections pour s’assurer de leur élimination, a-t-il ajouté.

En cas de non respect de ces exigences, une deuxième salve de sanctions « draconiennes » serait décrétée, a poursuivi le haut responsable américain, notant qu’elles pourraient aller jusqu’à interdire les aéroports américains aux compagnies aériennes russes ou même suspendre les relations diplomatiques entre les deux pays. Le Kremlin a été notifié de cette décision mercredi.

 

Commentaire critique.

Voici le genre d’actes d’hostilité fondés sur des accusations infondées que distillent les services secrets américains et ceux des pays de l’OTAN et que propage fidèlement une grande partie de la presse occidentale pour entretenir l’idée que la Fédération de Russie serait encore et toujours l’adversaire sinon l’ennemie que fut jadis l’URSS. On notera que les sanctions et les menaces de sanctions draconiennes à venir sont exemptes de toute trace de preuve de la culpabilité de la Russie et même de tout souci de plausibilité. S’il est vrai que le Novitchok a été inventé en URSS, sa formule a été depuis lors décryptée en Occident. Quel intérêt aurait eu Moscou à tenter d’éliminer en Angleterre un de ses anciens espions qu’elle avait démasqué comme agent double travaillant pour Londres et emprisonné en Russie puis échangé avec Londres contre un agent russe détenu par le Royaume-Uni ? Aucun ! Il n’y avait pour elle, dans pareille tentative de meurtre, que des risques diplomatiques et d’opprobre public.

Cela rappelle de nombreux précédents propagés par le bellicisme étatsunien et propagé servilement par la presse occidentale quasi-unanime, comme les armes de destruction massive de Sadam Hussein en 2003 et les intentions meurtrières de Mohamad Khadafi envers un groupe d’insurgés libyens en 2011. On apprit, par la suite seulement, que ces insurgés avaient été secrètement armés par la France. Et c’est cette dernière qui, avec le Royaume uni, fut chargée des opérations militaires qui aboutirent à la dislocation de l’Etat libyen, en violation flagrante d’une décision d’exclusion aérienne prise par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 17 mars 2011.

IR 10.08.2018.

Syrie : Paris et Washington jouent les prolongations !

par Richard Labévière

Source : https://www.les-crises.fr/syrie-paris-et-washington-jouent-les-prolongations-par-richard-labeviere/16-07-2018

 

Beyrouth, 14 juillet 2018.

L’armée gouvernementale syrienne vient de hisser le drapeau national dans les quartiers de Deraa, jusqu’à présent aux mains des jihadistes. Située à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Damas, Deraa est d’autant plus symbolique que c’est là – en mars 2011 – qu’a commencé la révolte anti-gouvernementale. Hâtivement présenté, comme une « révolution pacifique » par la presse occidentale, ce mouvement a, dès le départ généré une « mobilisation de confrontation », tournant vite à la lutte armée contre les forces de l’ordre. Aidés par leurs homologues jordaniens, les Frères musulmans syriens y ont introduit des armes de guerres (M-16 américains et RPG) en proclamant que l’heure de la vengeance avait sonné, faisant allusion à leur tentative de coup d’Etat avortée à Hama en 19821.

Toujours à la pointe de la propagande, le quotidien Le Monde titre : « Deraa, l’étincelle de la révolution syrienne s’est éteinte… »2 S’ensuit une hallucinante diatribe anti-russe et anti-Bachar relevant davantage du parti-pris idéologique que d’une information maîtrisée, recoupée et responsable. Depuis mars 2011, Le Monde nous annonce le renversement imminent du « boucher de Damas ». La libération de Deraa constitue pour le quotidien, qui n’est plus que l’ombre de lui-même, un cinglant démenti, sinon un cruel retour du réel signifiant que depuis le début de la crise syrienne, Le Monde nous désinforme et nous ment.

Les membres de la rédaction de prochetmoyen-orient.ch boycottent le quotidien depuis le milieu des années 1980, lorsque le triumvirat de l’imposture – Colombani, Minc et Plenel – a mis la main sur la prestigieuse entreprise d’Hubert Beuve-Méry pour en faire une plate-forme d’humeurs, de trafics d’influences et de propagande… A ce sujet, on peut lire et relire l’enquête définitive de Pierre Péan et Philippe Cohen parue en 20033.

Dans tous les cas de figures, il est assez piquant de voir en ce moment les « journalistes » du Monde rétropédaler pour essayer de justifier leurs mensonges syriens imposés aux lecteurs depuis plus de sept ans… Ne leur en déplaise, toujours est-il que l’armée syrienne a, désormais libéré plus de 80% du territoire national. Mais, la fin de partie est loin d’être sifflée, d’autant que Washington, Londres et Paris jouent les prolongations.

 

LE BUNDESTAG A AMPLEMENT RAISON

Dirigée par Alexander Neu, député Die Linke4, la Commission de défense du parlement allemand, vient d’affirmer que la présence militaire de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah libanais en Syrie est conforme au droit international, « le gouvernement syrien ayant formellement demandé l’aide de Moscou, de Téhéran et du Hezbollah tandis que l’ingérence de la coalition dirigée par les États-Unis est jugée plus « complexe », la fourniture d’armes aux jihadistes engagés en Syrie constituant une flagrante violation du droit international.

La Commission du Bundestag a, aussi relevé que l’armée syrienne lutte – depuis des années – contre différents groupes terroristes, dont certains ont bénéficié d’un soutien militaire et financier (désormais prouvé) des Etats-Unis et d’autres pays européens dont la Grande Bretagne et la France. Par conséquent, plusieurs des meilleurs experts en droit international estiment que, non seulement l’intervention américaine n’est plus justifiable, mais qu’elle pourrait être attaquable devant la Cour pénale internationale (CPI) comme « crime de guerre ». Sur le terrain, les sanctuaires de Dae’ch sont, désormais démantelés. De fait, la « loi d’autodéfense » de la coalition dirigée par Washington est devenue caduque, les Etats-Unis devant envisager de cesser leur campagne militaire en Syrie et de plier bagages !

Selon plusieurs sources diplomatiques, ce dossier doit être l’un des points à l’ordre du jour de la rencontre Trump/Poutine à Helsinki ce lundi 16 juillet. Le président russe devrait demander à son homologue américain le démantèlement de la dizaine de bases militaires que les Etats-Unis maintiennent dans le nord-est de la Syrie. A n’en pas douter, l’homme d’affaires Trump devrait marchander ce retrait contre deux contreparties : Money first, des garanties permettant aux entreprises américaines de pouvoir participer à la reconstruction économique à venir de la Syrie qui s’annonce déjà comme l’un des marchés du siècle. De plus, le président américain se fera aussi porte-parole de son allié et ami israélien Benjamin Netanyahou, qui a déjà demandé à Vladimir Poutine – et ce, à plusieurs reprises – l’évacuation du Hezbollah et des Pasdarans iraniens du sud du pays, particulièrement du plateau du Golan occupé par la soldatesque de Tel-Aviv depuis juin 1967.

Dans le même ordre d’idées, Vladimir Poutine pourrait exiger le retrait de plusieurs centaines de soldats des forces spéciales britanniques et françaises, également déployées dans le nord-est, officiellement en appui de plusieurs formations kurdes. Damas est d’autant plus remonté contre Paris, que la libération de Deraa a permis de découvrir – dans les stocks d’armes des jihadistes – différents types de matériels militaires français.

L’armée syrienne se serait ainsi emparée de plusieurs systèmes antichars APILAS fabriqués en France. L’APILAS est un système antichar sans recul tirant des roquettes à charge creuse d’un calibre de 112 mm, utilisé pour la destruction de chars de combat, de fortifications et d’abris. La portée des roquettes varie de 25 à 600 mètres, en fonction de la cible. Fabriquées par le groupe Nexter, ces armes auraient été acheminées depuis la Jordanie où des commandos français formaient différentes unités jihadistes depuis plusieurs années. Et différents officiels syriens ne cachent pas par leur ressentiment à l’égard de la France affirmant « qu’aucune entreprise française ne participera à la reconstruction économique du pays. Si l’on pourrait même envisager d’associer même des Américains, des Maltais ou des Papous… une chose est sûre : les Français ne remettront pas un pied en Syrie avant longtemps, très longtemps… »

En diplomatie, on finit toujours par récolter ce qu’on a semé. Encore bravo aux politiques proche et moyen-orientales de Messieurs Sarkozy, Juppé, Hollande, Fabius, Macron et Le Drian. Que par cynisme ou « réalisme » affairiste, l’Elysée et le Quai d’Orsay aient décidé de coller aux orientations décidées par Washington pour, notamment, signer des contrats d’armements avec l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis (EAU) est une chose. Invoquer en même temps les droits de l’homme si chers à la France éternelle et continuer à donner (en la matière) des leçons au monde entier en est une autre… Nos voisins allemands font preuve d’un cynisme commercial identique, voire encore plus offensif, mais au moins ont-ils la pudeur de se taire !

 

DANS LE SUD, TEL-AVIV AIDE LA QAÏDA

On l’a compris, la libération de Deraa ne siffle pas la fin de partie. Malgré des accords de « réconciliation » avec les jihadistes, la totalité des groupes terroristes est loin d’être totalement éradiquée. Dans la province de Deraa, le réduit terroriste concerne un carré d’une quinzaine de kilomètres par quinze. Et, c’est à partir de cette enclave – adossée au plateau du Golan annexé par Israël – que les dernières katibas jihadistes poursuivent leur « guerre sainte ».

L’Aman, les services de l’armée israélienne continuent à livrer des armes aux terroristes de Jabhat al-Nosra, c’est-à-dire la Qaïda en Syrie. Sur plusieurs documents d’observation aérienne en provenance de drones d’une armée occidentale, on peut distinguer des camions israéliens – stationnés sur la frontière syrienne – d’où sont déchargées des caisses de vivres et de matériels militaires à destination de plusieurs positions aux mains de Jabhat al-Nosra. D’autres clichés attestent de la prise en charge de terroristes blessés par des ambulances israéliennes, acheminés à destination des hôpitaux militaires des forces israéliennes d’occupation de la région de Quneitra.

Différentes organisations israéliennes, présentées comme « ONGs » médiatisent leurs engagements à vocation « humanitaire » dans cette même région du plateau du Golan qui abritent plusieurs bases d’écoutes et d’observations électroniques de l’armée israélienne. Afin de faciliter les négociations à venir qui concerne ce territoire occupé, les Russes auraient demandé au Hezbollah et aux Pasdarans iraniens d’évacuer leurs positions pour les remettre à l’armée gouvernementale syrienne. C’est du moins ce que ne cesse d’affirmer la presse américaine depuis plus d’un mois, espérant ainsi enfoncer des coins dans l’alliance pro-syrienne.

En fait, ni le Hezbollah, ni les Iraniens ne disposent de positions militaires, ni d’unités compactes à proprement parler dans le sud de la Syrie, leurs combattants étant intégrés à des unités de l’armée gouvernementale. Et les uns comme les autres répondent qu’ils agissent conformément au commandement de l’armée gouvernementale. En fait, la grande crainte de Tel-Aviv est moins de voir s’installer leurs ennemis historiques (Hezbollah libanais et troupes iraniennes) aux portes de leurs colonies du nord que de se voir contraindre à une reprise des négociation pour un retrait pur et simple du plateau du Golan, annexé par la force en juin 1967. Amorcées lors du sommet Clinton/Hafez al-Assad de Genève en 1994, la négociation avait tourné court face à l’intransigeance israélienne, Tel-Aviv ne voulant pas céder un pouce de terrain jusqu’aux rives du lac de Tibériade. En juin 2000, un deuxième sommet avait échoué pour les mêmes raisons.

Dans ce contexte, on pourrait imaginer que l’éradication finale des groupes terroristes engagés dans le sud de la Syrie pourrait permettre de relancer cette négociation pour mettre fin à l’occupation israélienne du Golan syrien. En relation permanente avec Tel-Aviv, Donald Trump et Vladimir Poutine pourraient ainsi saisir la perspective de la reconstruction de la Syrie pour mettre un terme à l’occupation israélienne du Golan, ainsi qu’à la répression qui s’exerce quotidiennement à l’encontre des populations civiles de cette région.

 

EN ATTENDANT LA BATAILLE OU LA NEGOCIATION D’IDLIB

Le troisième volet ouvert par la libération de Deraa concerne l’éradication finale des groupes terroristes en Syrie, et pas seulement ceux de Dae’ch et Jabhat al-Nosra. Les jihadistes, qui n’ont pas accepté les promesses de « réconciliation » de Damas, refusent d’abandonner le combat contre l’armée gouvernementale. Comme lors de chacune des reconquêtes du territoire nationale (Alep, la Ghouta, Deir ez-Zor, etc.), une médiation russe a permis à ces « irréductibles » d’être transférés dans la province d’Idlib – au nord-ouest du pays, à l’ouest d’Alep – le dernier sanctuaire terroriste. Celui-ci abriterait quelque 25 à 30 000 jihadistes armés selon différentes sources militaires, dont plusieurs milliers des fameux Ouïghours (Musulmans du Xinxiang du nord-ouest de la Chine).

Les services spéciaux de l’armée turque continuent à entretenir plusieurs de ces groupes afin de faire pression sur Damas dans le cadre de la question kurde. « En effet, Idlib est le fer au feu d’Ankara pour contraindre le gouvernement syrien à ne rien lâcher aux Kurdes, du moins pour empêcher la formation de toute espèce d’entité kurde, plus ou moins autonome sur la frontière turque », explique un officier européen de renseignement engagé dans la région ; « Ankara craint par-dessus tout que le nord de la Syrie ne constitue un espace de profondeur stratégique pour le PKK (parti des travailleurs kurdes) de Turquie ». Et l’armée turque est particulièrement attentive à l’évolution de Manbij, ville du gouvernorat d’Alep à trente kilomètres à l’ouest de l’Euphrate.

Début juillet, le Conseil militaire de Manbij, installé par les Forces démocratiques syriennes (FDS/majoritairement kurdes) a annoncé sa détermination à résister à toute tentative turque de contrôler la région. Le même conseil a affirmé qu’il avait reçu des assurances de la coalition américaine. « Dans le cadre d’un accord signé avec les Etats-Unis, la Turquie peut patrouiller le long de la frontière de la ville (du côté opposé à Manbij, le long de la rivière Sajur). Pour sa part, les unités de la coalition pro-américaine restent déployées dans la totalité de l’agglomération de Manbij », explique un officier supérieur américain en poste à Ankara.

Plusieurs autres sources militaires estiment que la question d’Idlib constitue l’ultime nœud de la guerre civilo-globale de Syrie. « De deux choses l’une, soit une nouvelle négociation tripartite – Russie/Turquie/Syrie – similaire à celle qui a permis le dénouement de la bataille d’Alep en décembre 2016, permettra l’évacuation des quelques 30 000 jihadistes, dont une bonne partie devrait regagner leur pays d’origine, soit la poche d’Idlib sera bombardée avant d’être réinvestie par l’armée syrienne et ses alliés… Dans ce dernier cas de figure, la bataille d’Idlib sonnera le glas de la rébellion armée syrienne et fera énormément de nouvelles victimes », assure un attaché européen de défense à Ankara. La situation d’Idlib sera, vraisemblablement aussi à l’ordre du jour de la rencontre Trump/Poutine, ce lundi à Helsinki.

 

EXTENSION DU DOMAINE DE LA GUERRE

Conformément à la réunion du Small Group (Etats-Unis, Grande Bretagne, France, Arabie saoudite et Jordanie) du 11 janvier 2018 à Washington, révélée par prochetmoyen-orien.ch5, les pays occidentaux jouent les prolongations pour trois raisons : 1) ils considèrent que le maintien de différentes forces militaires leur garantit une meilleure position dans les négociations à venir qui porteront sur la reconstruction de la Syrie ; 2) soutenant Israël, ils poursuivent ainsi une « guerre interposée » contre l’Iran et le Hezbollah libanais ; 3) ils misent sur l’extension de la guerre en mer Rouge et tout particulièrement sur une nouvelle partition du Yémen.

Le télégramme diplomatique britannique insistait sur la « poursuite d’une guerre élargie » justifiée par une « campagne de communication humanitaire ». Rien de très surprenant, si ce n’est que Washington, Londres et Paris ne sont pas prêts à reconnaître la « victoire de terrain » de l’armée gouvernementale syrienne et de ses alliés russe, iraniens et du Hezbollah libanais.

Les pays occidentaux se sont engagés à continuer à soutenir – conjointement – les monarchies pétrolières du Golfe et Israël en cherchant à prendre leur revanche, non seulement au Yémen, mais dans toute la sous-région entre le détroit d’Ormuz et la mer Rouge où se livre, d’ores et déjà une autre guerre tout aussi vitale : celle des zones portuaires. Nous y reviendrons.

Bonne lecture et bonne semaine.

Richard Labévière
16 juillet 2018

 
1 Dans la nuit du 2 au 3 février 1982, un commando des Frères musulmans composé de 200 hommes armés investit la ville de Hama, assassinant une centaine de personnes. À l’aube, l’état-major de l’organisation islamiste déclare dans un communiqué que Hama est considérée comme « ville libérée » et exhorte la population à se soulever contre les « infidèles ». Le président Hafez al-Assad décrète l’état de siège et mobilise l’armée, en premier lieu les forces spéciales et la 47e brigade blindée, afin de reprendre le contrôle de la ville. Le 15 février 1982, le ministre de la Défense, Mustafa Tlass, déclare que les groupes armés des Frères musulmans sont neutralisés. La ville de Hama reste néanmoins assiégée pendant 27 jours afin de réduire les derniers insurgés. Le bilan des victimes donne lieu à une guerre de communication variant entre 2000 et 25 000 victimes.
2 Le Monde, 13 juillet 2018.
3 Pierre Péan et Philippe Cohen : La Face cachée du Monde. Editions Fayard, 2003.
4 Die Linke (en français : « La Gauche ») est un parti politique allemand né de la fusion, le 16 juin 2007, du Parti du socialisme démocratique (ex-Parti socialiste unifié d’Allemagne), qui fut le parti officiel de la République démocratique allemande, et de l’Alternative électorale travail et justice sociale.
5 « Syrieleaks : un câble diplomatique britannique dévoile la stratégie occidentale » – prochetmoyen-orient.ch, 17 février 2018.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Proche & Moyen-Orient, 16-07-2018

 

Preuve concluante : Hitler voulait exterminer tous les juifs du monde

par Eric Zuesse

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

14 juillet 2018

 

Source : http://lesakerfrancophone.fr/preuve-concluante-hitler-voulait-exterminer-tous-les-juifs-du-monde

Source originaire : https://www.strategic-culture.org/news/2018/07/14/conclusive-proof-hitler-intended-exterminating-all-the-world-jews.html

 

Voici, pour la première fois, la publication sur le Web du compte-rendu officiel complet de la réunion de Hitler avec le Mufti de Jérusalem et les promesses échangées

(Photo disponible dans les sources)

Le Führer, en présence du Ministre des Affaires étrangères du Reich Von Ribbentrop, a reçu le Grand Mufti de Palestine, Sayid Amin al Husseini, pour une conversation cordiale et importante pour l’avenir des pays arabes, le 28 novembre 1941. Presse Hoffman©

 

Par Eric Zuesse – Le 14 juillet 2018 – Source Strategic Culture

La rencontre privée et confidentielle d’Adolf Hitler avec le Grand Mufti de Jérusalem, le 28 novembre 1941, au tout début de son Holocauste pour se débarrasser « des juifs », fut historiquement très importante, car le Führer a informé secrètement le chef de la Palestine, de son plan pour éliminer les juifs d’Europe. C’est l’un des rares documents clés qui prouvent, sans équivoque, la détermination de Hitler à éliminer tous les juifs de la planète – et pas seulement tous les juifs d’Europe (ce qu’il a publiquement menacé de faire).

Comme cela sera documenté ici, en ligne pour la première fois, et avec des liens vers les seules sources en ligne existantes en langue anglaise : Hitler a exprimé en privé son intention explicite de nettoyer les juifs de Palestine et de faire du Grand Mufti de Jérusalem le « libérateur » de tous les Arabes, et pas seulement le dirigeant palestinien. Hitler a dit que, dès qu’il aurait terminé d’éliminer tous les juifs d’Europe, il autoriserait, armerait et assisterait publiquement le Mufti, pour superviser leur extermination en Palestine et dans toutes les régions arabes ; et c’est ce que voulait le mufti, afin de devenir le « libérateur » de tous les Arabes et  gouverner ensuite, sous l’emprise d’Hitler, un vaste royaume arabe.

Le seul désaccord initial entre Hitler et le Mufti, était que le premier voulait que Hitler annonce immédiatement cette intention au monde, mais celui-ci a dit que l’annonce publique, à ce moment-là, était prématurée – et que son intention était de l’annoncer seulement (et dès que) tous les juifs auraient déjà été éliminés en Europe. À la fin de la réunion, le Mufti a dit qu’il était totalement en accord avec le raisonnement d’Hitler et a abandonné l’idée de l’annonce immédiate. À la fin de la réunion, ils ont convenu du moment de l’annonce publique. Ils se sont séparés à 100% d’accord sur ce qui devrait être fait, et dans quel ordre.

En bref : ce document est parmi ceux (il y en a d’autres) qui exposent la totale fraude des « historiens » qui prétendent soit qu’Hitler était un « dictateur faible », soit qu’il n’avait pas l’intention d’exterminer tous les juifs, partout, et qu’il n’a pas tenu fermement, avec conviction à cette intention génocidaire. Et ceci (dans le cas du présent document) bien avant que l’Holocauste ne soit à un stade avancé en Europe, ou ailleurs.

Dans ce document, Hitler dit clairement (comme il l’a fait aussi à d’autres occasions, donc, ce n’est pas la seule preuve) qu’il ne considérerait pas vraiment que le « Reich de mille ans » pouvait même commencer tant que l’extermination des juifs ne serait pas achevée partout. En d’autres termes : pour Hitler, la « victoire » dans la Seconde Guerre mondiale ne pourrait être réalisée que s’il arrivait à éliminer tous les juifs. (Dans mon livre de 2000 WHY the Holocaust Happened, j’avais argumenté l’hypothèse qu’il avait d’abord eu cette intention en septembre 1919, mais savait que s’il en informait le public, celui-ci penserait que c’était pour cela qu’il entrait en politique, et qu’il ne serait alors jamais capable d’atteindre la direction de l’Allemagne et manquerait donc son but. Mais je crois maintenant que le projet d’éliminer les juifs était la raison de son entrée en politique à cette époque, et il l’a fait.)

En d’autres termes, l’achèvement de l’Holocauste était, dans l’esprit de Hitler, le véritable but de la Seconde Guerre mondiale. L’Holocauste n’était pas accessoire aux objectifs de guerre d’Hitler, c’était son but de guerre. Pour lui, la guerre existait avant tout pour rendre possible et achever l’anéantissement des « juifs » tels que définis par Hitler, dans les lois de Nuremberg (1935), non par la croyance d’une personne, mais par celle de ses ancêtres – transformant ainsi un fait religieux en fait « racial » fondé sur la religion des ancêtres et non sur la génétique. Hitler rejetait la génétique, il condamnait même Darwin, Hitler était un créationniste biblique et définissait l’Aryen comme un descendant pur sang d’Adam et Ève, alors qu’il pensait que les juifs descendaient du serpent dans Genèse 3 (ces matières sont documentées dans WHY the Holocaust Happened).

Pour Hitler, la victoire consisterait à exterminer tous les juifs partout ; comme il l’écrivait lui-même avant son suicide – la dernière déclaration suprême de ses buts de guerre – il exhortait son peuple à continuer la guerre, jusqu’à la victoire, contre ce qu’il considérait comme le seul véritable ennemi, ses derniers mots étaient :

« Je charge les dirigeants de la nation et ceux qui sont sous leur contrôle de l’observance scrupuleuse des lois sur la race et de l’opposition impitoyable à l’empoisonneur universel de tous les peuples, la juiverie internationale. »

Cette expression « juiverie internationale » était un code qu’il utilisait souvent pour désigner tous les juifs, partout. Cependant, comme il l’a précisé dans ce document – qui sera, un peu plus loin, présenté en entier, avec des annotations explicatives – son intention claire et explicite était de cacher au public que c’était bien son but, et de ne pas le révéler avant que tous les juifs ne soient exterminés en Europe.

En outre, à la lumière de ce document unique et crucial : tout « historien » – ou même le premier ministre israélien, raciste-fasciste et apologue hitlérien, Benjamin Netanyahou – qui prétend qu’Hitler avait en réalité (stratégiquement, et non tactiquement), seulement préconisé l’expulsion des juifs (vers Madagascar, la Palestine ou ailleurs), cette affirmation est tout simplement frauduleuse. Le dossier est clair et sans équivoque sur cette question historique centrale : Hitler n’a jamais eu réellement l’intention de simplement expulser les juifs – comme ce document (et plusieurs autres) le montre clairementEt Hitler a expliqué dans ce document pourquoi la séquence des événements allait être cruciale pour atteindre l’objectif d’un monde sans Juifs. Hitler a expliqué au Mufti la séquence nécessaire, celui-ci l’a acceptée.

Il y a beaucoup de présentations abrégées sur le Web du dossier officiel nazi (le seul document qui existe) de la rencontre d’Hitler avec le Grand Mufti de Jérusalem, et certaines de ces présentations s’intitulent, par exemple : « Verbatim : ce que le Mufti a dit à Hitler », mais aucune n’est même proche d’être complète – à part les autres sources qui seront mises en lien dans cet article. La plupart omettent des parties cruciales du document, et la version qui est présentée ici sera donc la première à être vraiment complète, et elle est aussi présentée de manière à être compréhensible, entièrement contextualisée, et donc parfaitement logique, comme l’a fait le document en son temps et dans ces circonstances.

Les parties du document que je considère comme les plus importantes sont repérées en gras dans ma présentation ci-dessous, et les quelques passages qui sont à la fois en gras et en italique sont ceux que je considère comme les plus importants des plus importants. Même en ne lisant que les parties mises en exergue, vous disposerez d’un résumé précis du document. Mais le document complet est présenté ici afin que le lecteur puisse décider, par lui-même, quels passages le résument le mieux. Des personnes différentes peuvent avoir des opinions différentes sur ce qui est important et ce qui ne l’est pas, c’est pourquoi l’ensemble du document est présenté ici.

Rien ici ne sera paraphrasé : dans tout document, les paraphrases ne possèdent jamais l’autorité épistémologique (la crédibilité scientifique) apportée par les citations directes ; et lorsque des citations directes sont présentées dans le contexte du document complet, comme cela sera fait ici, le lecteur connaît le contexte duquel les citations ont été extraites, et se trouve ainsi dans la meilleure des positions pour interpréter, par lui-même, ce que voulait dire le document, du moins pour Hitler (et vraisemblablement aussi pour le Mufti).

Cette présentation est tirée de la publication officielle du document par le gouvernement des États-Unis, pages 881-885, document N° 515 dans Documents on German Foreign Policy, 1918-1945, Series D (1937-1945), Volume XII, THE WAR YEARS, June 23-December 11, 1941. Il n’y a pas d’annotations ou de clarifications pour faciliter la compréhension du lecteur. Ce manque d’explication ou de contexte essentiel pourrait être une des raison pour lesquelles ce document a malheureusement été largement ignoré, sauf par des gens comme Netanyahou, qui mentent librement et calmement au sujet de ce que le document dit, et à propos des projets d’Hitler concernant tous les juifs.

Le document complet de base, non annoté, peut être consulté en ligne en .pdf, et en .txt (ou ici, mais avec beaucoup d’erreurs typographiques du lecteur de texte automatisé). J’ai pu archiverle plus récent – la version .txt mais pas la version .pdf – donc c’est une copie alternative, juste au cas où une personne pourrait rencontrer des problèmes pour accéder à la version .pdf ou si celle-ci était éliminée entièrement. Une autre version de ce document, également sans annotations, a été mise en ligne à partir de la publication officielle britannique du document, c’est ici.

Ma présentation de ce document a été copiée à partir de la version .txt de la publication du gouvernement américain, parce que la version .pdf est malheureusement non-copiable, mais j’ai corrigé ici les nombreuses fautes de frappe, afin de restaurer la lisibilité perdue par le lecteur de texte automatisé. Dans cette présentation, à partir du texte du gouvernement américain, il y a (comme je le noterai dans le texte) une correction qui a été apportée par l’éditeur : où l’original allemand avait noté le chiffre 1 700 000, mais le nombre réel était 17 000 000. À part cette correction factuelle de ce qui était probablement une faute de frappe dans la transcription officielle nazie, il n’y avait aucune annotation dans aucune version.

Et le contraste frappant contredisant la déclaration de Netanyahou au sujet de cette rencontre entre le Führer et le Mufti est claire et même évidente – et Netanyahou se présente donc clairement ici comme ayant voulu placer le blâme central de l’Holocauste sur le Mufti, plutôt que sur Hitler. Le nazi Netanyahou (anti-palestinien) a donc présenté le nazi Hitler (anti-juif) comme étant l’idiot utile du Mufti, au lieu d’avoir été son commanditaire et son guide – comme c’était clairement le cas (avéré abondamment dans ce document ). De plus, Netanyahou est réputé pour être un menteur psychopathe (comme les nazis – les fascistes racistes – le sont habituellement) et on peut le constater encore une fois dans ce cas, toutes les preuves sont maintenant facilement disponibles sur le Web, présentées ici, avec des informations complètes.

Voici donc ce qui exposera les mensonges largement répandus tels ceux de Netanyahou – à savoir, dans son cas, que le Mufti aurait ordonné à un Hitler récalcitrant de « brûler les juifs », et n’aurait pas, au contraire, suivi les instructions de Hitler, sur ce que le Mufti doit faire concernant les juifs. Mensonges qui visent à transmettre la fausse impression que Hitler ne savait pas réellement ce qu’il faisait, ou qu’il ne savait pas ce que les gens sous son commandement faisaient aux juifs, et qui suggèrent que Hitler était manipulé par d’autres (comme le Mufti), concernant les juifs, et n’était pas lui-même l’instigateur et superviseur de la politique de son propre régime concernant les juifs.

Voici le « Grand exposé », de ce qui concerne simultanément une histoire passée, et une réalité présente, importantes :

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N°. 515
F1 / 0018-24 Mémorandum, par un fonctionnaire du Secrétariat du Ministre des Affaires étrangères
Füh. 57a. g Rs. Berlin, le 30 novembre 1941.

Compte-rendu de la conversation entre le Führer et le Grand Mufti de Jérusalem le 28 novembre 1941, en présence du ministre des Affaires étrangères du Reich [von Ribbentrop] et du ministre Grobba à Berlin.

Le Grand Mufti commence par remercier le Führer du grand honneur qu’il lui avait accordé en le recevant. Il voulait saisir l’occasion de transmettre au Führer du Grand Reich allemand, admiré par tout le monde arabe, ses remerciements pour la sympathie qu’il avait toujours manifestée pour la cause arabe et surtout palestinienne, et qu’il avait clairement exprimée dans ses discours publics. Les pays arabes étaient fermement convaincus que l’Allemagne gagnerait la guerre et que la cause arabe prospérerait ensuite. Les Arabes étaient les amis naturels de l’Allemagne parce qu’ils avaient les mêmes ennemis, à savoir les Anglais, les juifs et les communistes. Ils étaient donc disposés à coopérer avec l’Allemagne de tout leur cœur et se tenaient prêts à participer à la guerre, non seulement par la commission d’actes de sabotage et l’instigation de révolutions, mais aussi positivement par la formation d’une légion arabe. Les Arabes pourraient être plus utiles à l’Allemagne en tant qu’alliés que ce qui apparaît à première vue, à la fois pour des raisons géographiques et à cause des souffrances infligées par les Anglais et les juifs. En outre, ils entretenaient des relations étroites avec toutes les nations musulmanes, dont ils pourraient se servir pour la cause commune. La légion arabe serait assez facile à créer. Un appel du Mufti aux pays arabes et aux prisonniers de nationalité arabe, algérienne, tunisienne et marocaine en Allemagne fournirait un grand nombre de volontaires désireux de se battre. Le monde arabe était fermement convaincu de la victoire de l’Allemagne, non seulement parce que le Reich possédait une armée nombreuse, des soldats courageux et des chefs militaires de génie, mais aussi parce que le Tout-Puissant ne pouvait jamais attribuer la victoire à une cause injuste.

Dans cette lutte, les Arabes luttaient pour l’indépendance et l’unité de la Palestine, de la Syrie et de l’Irak. Ils avaient la plus grande confiance dans le Führer et attendaient de sa main le baume sur les blessures qui leur avaient été infligées par les ennemis de l’Allemagne.

Le Mufti a ensuite mentionné la lettre qu’il avait reçue de l’Allemagne, qui affirmait que l’Allemagne ne détenait aucun territoire arabe et comprenait et reconnaissait les aspirations à l’indépendance et à la liberté des Arabes, tout comme elle soutenait l’élimination de la patrie nationale juive. 

Une déclaration publique dans ce sens serait très utile pour son effet propagandiste sur les peuples arabes en ce moment. Cela les réveillerait de leur léthargie momentanée et leur donnerait un nouveau courage. Cela faciliterait aussi le travail du Mufti pour organiser secrètement les Arabes jusqu’au moment où ils pourraient frapper. En même temps, il pouvait donner l’assurance que les Arabes, avec une discipline stricte, attendraient patiemment le bon moment et ne frapperaient que sur un ordre de Berlin. 

En ce qui concerne les événements en Irak, le Mufti a fait observer que les Arabes de ce pays n’avaient nullement été incités par l’Allemagne à attaquer l’Angleterre, mais ils avaient agi uniquement en réaction à une attaque anglaise directe contre leur honneur.

Les Turcs, croyait-il, souhaiteraient la bienvenue à la mise en place
d’un gouvernement arabe dans les territoires voisins parce qu’ils préféreraient des gouvernements arabes faibles à des gouvernements européens forts dans les pays voisins, et étant eux-mêmes une nation de 7 millions d’habitants, ils n’avaient d’ailleurs rien à craindre des 1 700 000 [corrigé dans une note en 17 000 000] Arabes vivant en Syrie, en Transjordanie, en Irak et en Palestine.

La France ne s’opposerait pas non plus au plan d’unification parce qu’elle avait concédé l’indépendance à la Syrie dès 1936 et avait donné dès 1933 son approbation à l’unification de l’Irak et de la Syrie sous le roi Fayçal.

Dans ces circonstances, il renouvelait sa demande au Führer de faire une déclaration publiquepour que les Arabes ne perdent pas l’espoir, qui est une force si puissante dans la vie des nations. Avec un tel espoir dans leur cœur, les Arabes, comme il l’avait dit, étaient prêts à attendre. Ils ne demandaient pas la réalisation immédiate de leurs aspirations ; ils pourraient facilement attendre une demi-année ou une année entière. Mais s’ils n’étaient pas emplis d’un tel espoir par une déclaration de ce genre, on pouvait s’attendre à ce que les Anglais soient les gagnants.

Le Führer a répondu que l’attitude fondamentale de l’Allemagne sur ces questions, comme le Mufti lui-même l’avait déjà déclaré, était claire. L’Allemagne a défendu une guerre intransigeante contre les juifs. Cela incluait naturellement une opposition active à la patrie nationale juive en Palestine, qui n’était rien d’autre qu’un centre, sous la forme d’un État, pour l’exercice d’une influence destructrice des intérêts juifs. L’Allemagne était également consciente que l’affirmation que les juifs exerçaient la fonction de pionniers économiques en Palestine était un mensonge. Le travail était fait seulement par les Arabes, pas par les juifs. L’Allemagne était résolue, étape par étape, à demander aux nations européennes, l’une après l’autre, de résoudre son problème juif et, le moment venu, d’adresser un appel similaire aux nations non européennes. 

L’Allemagne était à l’heure actuelle engagée dans une lutte à mort, pour sa survie, contre deux citadelles du pouvoir juif : la Grande-Bretagne et la Russie soviétique. Théoriquement, il y avait une différence entre le capitalisme anglais et le communisme russe soviétique ; en réalité, cependant, les juifs des deux pays poursuivaient un but commun. C’était la lutte décisive sur le plan politique, elle se présentait essentiellement comme un conflit entre l’Allemagne et l’Angleterre, mais idéologiquement c’était une bataille entre le national-socialisme et les juifs. 

Il va de soi que l’Allemagne fournira une aide positive et pratique aux Arabes engagés dans la même lutte, car les promesses platoniques sont inutiles dans une guerre de survie ou de destruction où les juifs parviennent à mobiliser toute la puissance de l’Angleterre pour leurs fins.

L’aide aux Arabes devrait être une aide matérielle. L’opération en Irak a manifestement démontré à quel point les sympathies seules sont de peu d’effet  dans une telle bataille où les circonstances n’avaient pas permis de fournir une aide réellement efficace et pratique. En dépit de toutes les sympathies, l’aide allemande n’avait pas été suffisante et l’Irak fut vaincu par le pouvoir de la Grande-Bretagne, c’est-à-dire le protecteur des juifs.

Le Mufti ne pouvait cependant que se rendre compte que le résultat de la lutte en cours déciderait aussi du sort du monde arabe. Le Führer devait donc penser et parler froidement et délibérément, en tant qu’homme rationnel et principalement en tant que soldat, en tant que chef des armées allemandes et alliées. Tout ce qui est de nature à aider dans cette bataille titanesque pour la cause commune, et donc aussi pour les Arabes, devrait être fait. Cependant, toute action qui pourrait contribuer à affaiblir la situation militaire doit être mise de côté, aussi impopulaire que soit la décision.

L’Allemagne est maintenant engagée dans de très violents combats pour forcer la porte d’entrée de la région du nord du Caucase. Les difficultés sont principalement le maintien de l’approvisionnement, qui est le plus difficile à cause de la destruction des voies ferrées et des autoroutes, et de l’hiver imminent. Si, à ce moment, le Führer soulevait dans une déclaration le problème de la Syrie, les éléments de la France qui étaient sous l’influence de de Gaulle recevraient de nouvelles forces. Ils interpréteraient la déclaration du Führer comme une intention de briser l’empire colonial de la France et appelleraient leurs compatriotes à préférer faire cause commune avec les Anglais pour tenter de sauver ce qui pouvait encore être sauvé. Une déclaration allemande concernant la Syrie serait interprétée en France comme désignant les colonies françaises en général, ce qui créerait de nouveaux problèmes en Europe occidentale, ce qui signifie qu’une partie des forces armées allemandes seraient immobilisées à l’ouest et ne serait plus disponible pour la campagne dans l’est.

Le Führer fit alors la déclaration suivante au Mufti, lui enjoignant de l’enfermer au plus profond de son cœur : 

  1. Il (le Führer) poursuivrait la bataille pour la destruction totale de l’empire judéo-communiste en Europe. 
  2. À un moment qui était impossible à définir exactement aujourd’hui mais qui, de toute façon, n’était pas loin, les armées allemandes allaient, au cours de cette lutte, atteindre la sortie sud du Caucase. 
  3. Dès que cela se serait produit, le Führer donnerait, lui-même, l’assurance au monde arabe que son heure de libération était arrivée. L’objectif de l’Allemagne serait alors uniquement la destruction de l’élément juif résidant dans la sphère arabe sous la protection du pouvoir britannique. Àce moment là, le Mufti serait le porte-parole le plus autorisé du monde arabe. Ce serait alors sa tâche de déclencher les opérations arabes qu’il avait secrètement préparées.Quand ce moment sera venu, l’Allemagne pourra aussi être indifférente à la réaction française à une telle déclaration.

Une fois que l’Allemagne aura forcé l’ouverture de la route vers l’Iran et l’Irak à travers Rostov, ce sera aussi le début de la fin de l’empire mondial britannique. Il (le Führer) espérait que l’année à venir permettrait à l’Allemagne d’ouvrir la porte du Caucase au Moyen-Orient. Pour le bien de leur cause commune, il vaudrait mieux repousser la proclamation arabe de quelques mois de plus, sinon l’Allemagne se créerait des difficultés sans pouvoir, de ce fait, aider les Arabes.

Il (le Führer) a pleinement apprécié l’empressement des Arabes pour une déclaration publique du genre demandée par le Grand Mufti. Mais il les prierait de considérer que (le Führer) lui-même était le chef d’État du Reich allemand depuis cinq longues années pendant lesquelles il fut incapable de faire à sa propre patrie l’annonce de sa libération. Il a dû attendre pour cela que l’annonce puisse être faite sur la base d’une situation provoquée par la force des armes, que l’Anschluss avait réalisée.

Au moment où les divisions de chars et les escadrilles de l’Allemagne feraient leur apparition au sud du Caucase, l’appel public demandé par le Grand Mufti pourrait être diffusé dans le monde arabe. 

Le Grand Mufti répondit qu’il était d’avis que tout se passerait comme l’avait indiqué le Führer. Il était pleinement rassuré et satisfait des paroles qu’il avait entendues du chef de l’État allemand. Il demande cependant s’il ne serait pas possible, au moins secrètement, de conclure un accord avec l’Allemagne du type de celui qu’il vient d’esquisser avec le Führer.

Le Führer répondit qu’il venait de donner précisément au Grand Mufti cette déclaration confidentielle.

Le Grand Mufti le remercia et déclara en conclusion qu’il prenait congé du Führer en toute confiance et le remercia de nouveau pour l’intérêt manifesté à la cause arabe.

Schmidt [le transcripteur autorisé]

 

La nouvelle Loi fondamentale, un tournant dans l’histoire israélienne

par Piotr Smolar, Jérusalem, correspondant

19 juin 2018

Source : https://mobile.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/07/19/israel-etat-nation-juif-les-dessous-d-une-loi-controversee_5333745_3218.html 

 

Des députés arabes israéliens protestent contre l’adoption d’une loi définissant Israël comme « foyer national du peuple juif » jeudi 19 juillet. Olivier Fitoussi 

 

Il était environ 3 heures du matin, ce jeudi 19 juillet, lorsque l’un des projets de loi les plus symboliques et controversés depuis dix ans en Israël a été adopté. Par 62 voix contre 55, les députés de la Knesset ont donné la force d’une Loi fondamentale – le plus haut degré possible, en l’absence de Constitution – à un texte définissant Israël comme le « foyer national du peuple juif » et précisant ses attributs.

Le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, a estimé qu’il s’agissait d’un « moment charnière » dans l’histoire du pays. En revanche, Ayman Odeh, le chef de file des députés de la Liste arabe unie, a exprimé l’émoi de la minorité arabe, qui représente 20 % de la population. Le texte, a-t-il estimé, consacre « la suprématie juive, nous disant que nous serons toujours des citoyens de seconde classe ».

 

Hymne, calendrier, fêtes… : une partie consensuelle

La loi comporte un certain nombre d’articles qui ne suscitent pas de polémique, en ne faisant que reprendre des formulations ou des faits établis. Elle accorde uniquement aux juifs le droit à l’autodétermination dans l’Etat d’Israël, « foyer national du peuple juif ». Elle rappelle les symboles nationaux : l’hymne (Hatikvah), le drapeau, l’emblème d’Etat qu’est la menorah à sept branches avec les branches d’olivier, ou encore le calendrier hébraïque. Elle fixe les jours de fêtes d’Etat, comme celle de l’indépendance ou la journée du souvenir en mémoire des disparus pendant les guerres ou lors de l’Holocauste.

En outre, le texte rappelle les liens entre Israël et la diaspora juive dans le monde. L’Etat doit s’assurer de « la sécurité des membres du peuple juif en danger ou en captivité en raison de leur judaïté ou de leur citoyenneté ». Il doit aussi veiller à « renforcer les affinités » entre l’Etat et la diaspora et préserver l’héritage culturel, historique et religieux du peuple juif parmi cette diaspora.

 

Jérusalem, langue arabe… : les dispositions contestées

La loi définit Jerusalem comme « capitale complète et unie » d’Israël. Dans les faits, tous les Israéliens considèrent naturellement Jérusalem comme leur capitale, où se concentrent les lieux de pouvoir comme la résidence du premier ministre, la Knesset et la plupart des administrations centrales. Mais selon le consensus international en vigueur depuis des décennies, le statut final de Jérusalem – où se trouvent notamment les lieux saints des trois grands monothéismes – ne devra être tranché qu’au terme de négociations finales de paix entre Israéliens et Palestiniens.

Une Loi fondamentale est plus difficile à modifier à la Knesset qu’une loi classique, elle demande à être remplacée par une autre. La droite, par cet article, s’inscrit dans la continuité de la reconnaissance unilatérale historique de Jérusalem comme capitale par les Etats-Unis, en décembre 2017. Ce fait accompli connaît ainsi un prolongement législatif. Or, dans les différents plans de paix étudiés par les deux parties depuis les accords d’Oslo (1993), l’hypothèse d’une capitale pour deux Etats était retenue.

Un autre point très sensible pour la minorité arabe israélienne et les défenseurs des droits de l’homme concerne le statut de la langue arabe, qui est dégradé. Elle n’est plus dorénavant langue d’Etat, au même titre que l’hébreu, mais se voit promettre un vague « statut spécial ».

Enfin, la nouvelle Loi fondamentale se penche sur « le développement des communautés juives », considérées comme « valeur nationale ». Elle affirme que l’Etat « agira pour encourager et promouvoir leur établissement et leur consolidation ».

La formulation initiale de cet article prévoyait la possibilité d’établir des communautés uniquement réservées aux Juifs. Elle avait provoqué de vives critiques de la part du procureur général, Avichaï Mandelblit, de nombreux autres juristes s’émouvant de l’institutionnalisation de la discrimination contre les Arabes. Le président Réouven Rivlin, dans une démarche rare, avait même pris la plume pour alerter les députés.

« Regardez la société israélienne et demandez-vous : au nom de la vision sioniste, sommes-nous prêts à soutenir la discrimination et l’exclusion d’hommes et de femmes sur la base de leur origine ethnique ? »

 

Une inégalité entre citoyens ancrée dans la loi ?

Le mot démocratie est absent de la Loi fondamentale. Mais c’est surtout l’inégalité entre citoyens qui est fustigée par ses critiques. Un seul député du Likoud, Benny Begin, a exprimé de vives réserves et s’est abstenu au moment du vote. « Un patriotisme qui n’est pas associé aux droits de l’homme dégénère en nationalisme », a-t-il averti. Le leader travailliste à la Knesset, Isaac Herzog, a pris la parole devant les députés pour s’émouvoir du déséquilibre que le texte introduisait entre citoyens juifs et non-juifs :

« Nous sommes très attristés du fait que le principe d’égalité, qui a représenté un acquis inestimable dans la défense de la bonne réputation d’Israël, a disparu de cette loi. »

Le député du Likoud qui a porté le texte, Avi Dichter, s’est pour sa part adressé aux députés arabes, selon un compte rendu du site Ynet : « Vous n’étiez pas là avant nous et vous ne serez pas ici après nous. » Le contraste est fort avec la déclaration d’indépendance de 1948, qui proclamait « la fondation de l’Etat juif dans le pays d’Israël », était bien plus ouverte dans ses formulations. Il y était notamment écrit ceci, au sujet de l’égalité des droits entre tous ses citoyens :

« L’Etat d’Israël sera ouvert à l’immigration des juifs de tous les pays où ils sont dispersés ; il développera le pays au bénéfice de tous ses habitants ; il sera fondé sur les principes de liberté, de justice et de paix enseignés par les prophètes d’Israël ; il assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe ; il garantira la pleine liberté de conscience, de culte, d’éducation et de culture ; il assurera la sauvegarde et l’inviolabilité des Lieux saints et des sanctuaires de toutes les religions et respectera les principes de la Charte des Nations unies. »

Les magistrats de la Cour suprême auront à présent l’immense responsabilité d’interpréter, au cas par cas, dans les affaires de discrimination collectives ou individuelles, les articles controversés de cette Loi fondamentale.

 

Communiqué de l’UJFP : « Le racisme institutionnalisé en Israël : un crime contre les Palestinien-ne-s et un suicide pour les Juives et Juifs »

Le jeudi 19 juillet 2018, la Knesset (le parlement israélien) a adopté une « Loi fondamentale » définissant l’État d’Israël comme « État-nation du peuple juif ».

On le savait déjà : l’existence de l’État israélien était basée sur une conception ethnico-religieuse puisque n’importe quel Juif peut prétendre à la citoyenneté israélienne et s’établir ainsi en « Eretz Israël » en bénéficiant de plus de toutes sortes d’aides alors que ses habitants autochtones palestiniens soit ont été chassés de Palestine soit doivent subir des dizaines de lois discriminatoires.

Israël se prétendait jusqu’ici un État démocratique, alors que ses institutions pratiquent un racisme cruel non seulement envers les Palestinien-ne-s, traité-e-s en citoyen-ne-s d’un rang inférieur, mais également à l’égard des Juives et Juifs yéménites et éthiopien-ne-s, mizrahim… qui ont subi des traitements dégradants et restent la cible de nombreuses discriminations.

La nouveauté est que cet état de fait est maintenant officialisé dans ce qui ressemble à une loi constitutionnelle contredisant le seul texte fondamental de la déclaration d’indépendance. L’État israélien devient ainsi dans les textes, et non plus seulement dans la pratique, un État d’apartheid. Il n’a jamais été comme chaque État moderne l’État de tous ses citoyens et il ne le sera plus. C’est inscrit dans cette « Loi ».

Cela a des conséquences catastrophiques, non seulement pour le peuple palestinien qui se voit privé ainsi de tous ses droits et pour la paix dans la région mais pour tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, se sentent Juif. Ils seront alors assimilés à ce régime colonial, raciste et oppresseur et cette confusion sciemment entretenue ne pourra qu’alimenter l’antisémitisme.

Ce régime n’a rien à voir avec le judaïsme. Il falsifie l’histoire, la mémoire, les valeurs juives. Où donc est-il écrit que chaque juif peut et doit voler la terre de l’Autre, le Palestinien, le spolier, l’enfermer dans la prison à ciel fermé qu’est devenue Gaza, le tuer impunément lorsqu’il manifeste pacifiquement ? Nulle part ailleurs que dans les écrits délirants des sionistes ! L’imposture de la confusion entre judaïsme et sionisme, aujourd’hui à son paroxysme, a pour but d’enrôler de force les Juives et Juifs, en niant leurs diverses nationalités, dans l’entreprise coloniale et raciste de l’État d’Israël. Netanyahou ne voit la diaspora que comme de la future chair à canon à qui il a annoncé : « On me demande si nous devrons vivre éternellement l’épée à la main ? Je réponds oui ! »

Le temps n’est plus à l’expectative. Le moment est venu pour tous les Juives et Juifs de bonne volonté de se rassembler de s’organiser à tous les niveaux (français, européen et mondial) pour dire :

L’APARTHEID, LE RACISME, LE DÉNI DES DROITS HUMAINS, PAS EN NOTRE NOM !

L’Union Juive Française pour la Paix prendra toute sa part dans cette lutte pour l’égalité des droits !

Venez nous rejoindre pour nous aider dans cette tâche urgente !

Le Bureau national de l’UJFP le 21-07-2018.

En Israël, les trois dimensions d’une dérive fascisante

Source : https://orientxxi.info/magazine/en-israel-les-trois-dimensions-d-une-derive-fascisante,2542,

Dominique Vidal, Orient XXI

10 juillet 2018

 

Les dérives autoritaires et fascisantes de l’État d’Israël sont largement sous-estimées par les médias et les responsables politiques européens. Pourtant, elle sont réelles et porteuses de dangers pour tout le Proche-Orient.

 

Beaucoup de lecteurs du Monde auront été surpris de découvrir, sous la plume de l’historien Zeev Sternhell, spécialiste éminent du fascisme, une comparaison entre l’Israël d’aujourd’hui et l’Allemagne des débuts du nazisme. C’est que la plupart des grands médias ont peu couvert l’inquiétante radicalisation de la coalition de droite et d’extrême droite qui dirige Israël depuis 2015.

Ce phénomène comporte trois dimensions principales.

 

L’État-nation du peuple juif

La première et la principale concerne le projet colonial en Palestine, qui connaît un tournant historique. Jusqu’ici les autorités israéliennes, y compris Benyamin Nétanyahou depuis son fameux discours de 2009, faisaient mine d’accepter la perspective dite « des deux États ». Certes elles accéléraient la colonisation — le quotidien israélien Haaretz a donné l’an dernier le chiffre de 700 000 colons juifs, 470 000 en Cisjordanie et 230 000 à Jérusalem-Est —, mais elles maintenaient formellement un flou artistique autour du statut des territoires occupés.

De surenchère en surenchère, stimulés par la prévisible succession de Nétanyahou, les principaux autres chefs de la coalition ont imposé un changement de cap. Ministre de l’éducation et de la diaspora, le chef du parti Foyer juif Naftali Bennett répète inlassablement : « Le chemin des concessions, le chemin de la division a échoué. Nous devons donner nos vies pour l’annexion de la Cisjordanie. » Et il a déjà joint les actes à la parole, faisant voter une loi en ce sens par le Parlement, le 6 février 2017. Ce texte légalise rétroactivement une série d’« avant-postes » (ces colonies jusque-là illégales même aux yeux du droit israélien) en autorisant la saisie de terres privées palestiniennes et en ouvrant ainsi la voie à l’extension de la souveraineté israélienne sur la zone C, qui représente plus de 60 % de la Cisjordanie, voire sur toute celle-ci. Cette loi dite de « régularisation », appelée « loi des voleurs » par Benny Begin, le fils de l’ancien premier ministre, reste pour l’instant gelée par la Cour suprême. Mais cette dernière devient elle-même une cible des attaques du gouvernement, qui veut en modifier la composition et en réduire les prérogatives.

Qualifié de « fasciste » par l’ancien premier ministre Ehoud Barak, le Foyer juif, ultranationaliste, revendique l’héritage du Parti national religieux, qui fut toujours, avec le Bloc des croyants (Gouch Emounim), le cœur du mouvement de colonisation. S’il ne compte que huit députés et quatre ministres, il a néanmoins réussi à rallier à sa loi soixante députés, dont la quasi-totalité de ceux du Likoud, alors que le chef de ce dernier, le premier ministre Benyamin Nétanyahou, leur avait instamment demandé de s’y opposer. Il faut dire que fin 2017, même le comité central du Likoud se prononçait pour la mise en œuvre de l’annexion de la Cisjordanie.

Un autre texte prévoit d’annexer cinq blocs de colonies situés à l’est de Jérusalem, empêchant du même coup Jérusalem-Est de devenir la capitale d’un État palestinien. Mais il nécessite encore, selon Nétanyahou, une « préparation diplomatique ». En attendant, le Parlement a adopté, toujours sur proposition de Bennett, un amendement à la loi de 1980 sur Jérusalem. Il élève de 61 députés à 80 (sur 120) la majorité nécessaire pour tout retour de parties de la ville sous souveraineté palestinienne. Et il permet de retrancher des quartiers palestiniens situés à l’extérieur du Mur pour en faire des « entités séparées » dont les habitants ne seraient plus des « résidents ».

« S’il était mis en œuvre, le charcutage des limites de la municipalité y réduirait de près de 120 000 le nombre des Palestiniens et ajouterait 140 000 colons israéliens à la population de la ville, réduisant la part des Palestiniens à 20 % (contre 37 % aujourd’hui) », estime le rapport annuel étouffé des consuls de l’Union européenne à Jérusalem, selon le journaliste René Backmann.

Autrement dit, au-delà de leurs rivalités, les bâtisseurs du « Grand Israël » ont décidé, violant ouvertement cinquante années de résolutions des Nations unies, d’enterrer la solution dite « des deux États » au profit d’un seul : un État d’apartheid, où les Palestiniens annexés ne jouiraient pas des droits politiques, à commencer par le droit de vote. Il est vrai que, selon les démographes, la Palestine historique compte désormais plus ou moins autant d’Arabes que de juifs : environ 6,6 millions…

La nouvelle loi fondamentale en cours d’adoption au Parlement symbolise cette volonté. Celle de 1992 définissait Israël comme un « État juif et démocratique » : le projet voté en première lecture parle d’« État-nation du peuple juif ». Et il précise : « Le droit à exercer l’autodétermination nationale au sein de l’État d’Israël appartient au seul peuple juif. » De surcroît, il prive l’arabe de son statut de « langue de l’État » réservé à l’hébreu.

Un arsenal liberticide

Les leaders de l’extrême droite font aussi avancer leur cause par des provocations retentissantes. Ministre de la justice, Ayelet Shaked n’a pas hésité, pendant la dernière guerre de Gaza, à poster sur sa page Facebook un texte qualifiant « l’ensemble du peuple palestinien » d’ « ennemi d’Israël » et justifiant ainsi « sa destruction, y compris ses vieillards, ses femmes, ses villes et ses villages »1. De son côté, Naftali Bennett a préconisé de tuer tous les « terroristes » arrêtés plutôt que de les mettre en prison. Et d’expliquer : « J’ai tué beaucoup d’Arabes, aucun problème avec ça ». Quant à Avigdor Lieberman, il affirme que « les Israéliens arabes n’ont pas leur place ici. Ils peuvent prendre leurs baluchons et disparaître », ajoutant : « Ceux qui sont contre nous méritent de se faire décapiter à la hache ». Il propose même de transporter les prisonniers palestiniens « jusqu’à la mer Morte pour les noyer »…

Mais ces extrémistes le savent : leur fuite en avant pourrait susciter, à terme, des réactions négatives de l’opinion. Si l’absence d’alternative à gauche a poussé les Israéliens toujours plus vers la droite, cette évolution a (encore ?) des limites : selon une enquête d’opinion, la moitié des sondés n’estiment « pas sage » de poursuivre la colonisation de la Cisjordanie et 53 % s’opposent à son annexion2. Voilà qui explique sans doute la deuxième dimension de la radicalisation de l’actuelle coalition : l’arsenal liberticide qu’elle a fait voter par le Parlement depuis le début de la décennie. Au cas où. En encadré ci-dessous, les morceaux de choix :

une loi interdit tout appel au « boycott d’une personne en raison de ses liens avec Israël ou des régions sous le contrôle d’Israël » (2011) ;

une autre prive de subventions d’État les organisations, institutions ou municipalités commémorant la Nakba, l’expulsion de 800 000 Palestiniens en 1948 (2011) ;

le même texte instaure des « comités d’admission » pour décider si une ou des personnes venant s’installer dans une localité ou une cité sont « convenables » (2011) ;

un amendement à la loi fondamentale sur le gouvernement porte à 3,25 % le seuil minimal en dessous duquel une formation politique ne peut pas être représentée au Parlement (2014) ;

une loi contraint les ONG à déclarer plusieurs fois par an les subventions en provenance de gouvernements étrangers, si celles-ci représentent plus de la moitié de leur budget3 (2016) ;

unique au monde, un texte permet à 90 députés (sur 120) d’en expulser d’autres du Parlement, pour incitation, racisme ou soutien à la lutte armée (2016) ;

une autre législation accorde des pouvoirs exceptionnels à l’État contre les « organisations terroristes » en Israël, y compris leurs « membres passifs ». Elle autorise le ministre de la défense à confisquer sans jugement les biens des membres de ces organisations (2016) ;

une loi permet l’emprisonnement à partir de 12 ans de mineurs accusés de plusieurs crimes violents (2016) ;

une législation autorise Israël à refouler à ses frontières les personnes ou les représentants d’entreprises, de fondations ou d’associations appelant au boycott (2017). Une liste de vingt ONG bannies sera même publiée début 2018 ;

une autre loi, proposée par Bennett et votée en première lecture, permet au ministre de l’éducation d’interdire à des associations dénonçant l’armée — en l’occurrence Breaking the silence qui mène campagne contre la violence de l’armée israélienne dans les territoires occupés — d’intervenir dans les établissements d’enseignement (2017) ;

destinée à protéger Benyamin Nétanyahou, une législation interdit à la police d’informer le procureur général de l’existence de motifs d’inculpation dans le cadre d’enquêtes portant sur des personnalités publiques (2017) ;

une loi autorise le ministre de l’intérieur à révoquer le droit de résidence à Jérusalem de Palestiniens suspectés de « déloyauté » vis-à-vis de l’État (2018) ;

quasiment totalitaire, la dernière loi en date permet au premier ministre et au ministre de la défense de déclarer la guerre seuls, sans consulter le cabinet de sécurité ni a fortiori le gouvernement (2018).

 

Alliance avec l’extrême droite européenne

Qui se ressemble s’assemble : Nétanyahou recrute ses meilleurs amis — c’est la troisième dimension de la radicalisation de sa coalition — parmi les pires populistes européens. Comme Viktor Orbán, le premier ministre hongrois, liquidateur des libertés hongroises, islamophobe et antisémite. Le chef du Likoud n’a même pas manifesté le moindre état d’âme en apprenant que quelques jours avant leur rencontre de juillet 2017, son hôte s’était livré à une apologie du régent (1920-1944) Miklós Horthy, le Pétain hongrois dont les successeurs aidèrent Adolf Eichmann à déporter et à assassiner 430 000 juifs hongrois. Nétanyahou flirte aussi avec Jaroslaw Kaczyński, pourtant inspirateur d’une loi interdisant d’évoquer les — nombreux — collaborateurs polonais de l’occupant : en 1970 déjà, l’historien Szymon Datner estimait qu’ils avaient tué 200 000 juifs durant la seconde guerre mondiale. Ce texte négationniste, qui déclencha plusieurs manifestations ouvertement antisémites dans le pays, provoqua un tel scandale que Varsovie dut reculer. Mais Yehuda Bauer, le principal historien israélien de la Shoah, a qualifié la déclaration Nétanyahou-Morawiecki de « trahison stupide, ignorante et amorale de la vérité historique sur l’implication polonaise dans l’Holocauste ».

Avancés pour justifier ces liaisons dangereuses, les prétextes diplomatiques ne sauraient expliquer le rapprochement entre Israël et les partis d’extrême droite ouest-européens. Dès décembre 2010, une trentaine de dirigeants d’extrême droite — dont le Néerlandais Geert Wilders, le Belge Philip Dewinter et le successeur de Jörg Haider, l’Autrichien Heinz-Christian Strache — ont séjourné en Israël, accueillis avec les honneurs dus aux hôtes de marque. À l’époque vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, qui rêve de débarrasser de ses musulmans un État qu’il veut exclusivement juif, a conversé alors chaleureusement avec Wilders, qui rêve, lui, d’interdire le Coran aux Pays-Bas. Ce dernier s’était même rendu dans une colonie juive de Cisjordanie, où il avait, révélait l’AFP, « plaidé contre la restitution de territoires en échange de la paix avec les Palestiniens, proposant l’installation “volontaire” des Palestiniens en Jordanie ». Pour lui, les colonies constituent des « petits bastions de la liberté, défiant des forces idéologiques qui nient non seulement à Israël, mais à tout l’Occident, le droit de vivre dans la paix, la dignité et la liberté ».

Plus récemment, le Likoud a envoyé un de ses députés, Yehuda Glick, rencontrer le Freiheitliche Partei Österreichs (FPÖ) fondé par Jörg Haider après son retour au gouvernement autrichien. Il y a fort à parier qu’il contactera aussi la Ligue victorieuse, avec le Mouvement cinq étoiles, aux dernières élections législatives italiennes. Seule reste non grata en Israël la formation de Marine Le Pen, dont le compagnon, Louis Alliot, y a néanmoins séjourné.

Dans cette radicalisation, il y a quelque chose de l’hubris grec, mélange de vertige, d’orgueil et de démesure, contre lequel les Dieux exerçaient leur vengeance. Nétanyahou et ses alliés/rivaux se croient tout permis parce qu’ils estiment détenir une sorte de carré d’as. Premier as, Donald Trump, le président américain le plus pro-israélien de l’histoire, porté notamment par des dizaines de millions d’évangélistes. Après le transfert de son ambassade à Jérusalem, il reconnaîtra sans doute l’annexion du Golan, voire appuiera une aventure israélienne contre Téhéran. Bref, il ne refusera rien à Tel-Aviv. Le deuxième as, c’est Mohamed Ben Salman, le prince héritier saoudien, qui a décidé d’abandonner ouvertement la cause palestinienne pour s’allier avec Washington et Tel-Aviv contre l’Iran. Le troisième as, ce sont Mahmoud Abbas et Yahya Sinouar, les frères ennemis palestiniens incapables de surmonter les divisions entre Fatah et Hamas, fournissant ainsi à Israël un atout maître. Enfin, quatrième as, les guerres de Syrie, d’Irak, du Yémen et de Libye, qui marginalisent la question de Palestine, autrefois centrale.

 

Faire taire toutes les critiques

Leur fuite en avant, Nétanyahou et ses alliés-rivaux le savent, ne pourra qu’accentuer, à terme, l’isolement international du gouvernement israélien. Déjà, l’État de Palestine est entré à l’Unesco (2011), aux Nations unies (2012) et à la Cour pénale internationale (2015). Et l’Assemblée générale a voté, fin 2017, en faveur du droit du peuple palestinien à l’autodétermination et à un État par 176 voix pour, 7 contre (Canada, États-Unis, Israël, Îles Marshall, États fédérés de Micronésie, Nauru et Palaos) et 4 abstentions (Cameroun, Honduras, Togo, Tonga). Dans les enquêtes mondiales d’opinion sur l’image des différents États, Israël arrive depuis une quinzaine d’années dans le peloton de queue, avec la Corée du Nord, l’Iran et le Pakistan.

Voilà pourquoi le gouvernement israélien s’efforce de faire taire les critiques de sa politique. D’où sa volonté de criminaliser la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS), qualifiée par Nétanyahou de « menace stratégique majeure » qu’il combat avec une organisation récemment dotée de 72 millions de dollars. À cette première opération s’en ajoute depuis deux ans une seconde, visant à interdire l’antisionisme, assimilé à l’antisémitisme. S’appuyant sur une petite phrase d’Emmanuel Macron lors de la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) exige, par exemple, une loi en ce sens, à partir d’une « définition » de l’antisémitisme élaborée par un lobby, l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA).

Tout cela pose une question de vocabulaire, évidemment politique. S’agissant de n’importe quel autre pays, une évolution comme celle d’Israël depuis quelques années serait qualifiée de fascisation. Comparaison n’est bien sûr pas raison. Mais comment oublier que, si le courant dont Benyamin Nétanyahou est issu — le sionisme révisionniste de Vladimir Zeev Jabotinsky — ne se réclamait pas du fascisme, Benito Mussolini, lui, se réclamait de Jabotinsky ? « Pour que le sionisme réussisse, confia le Duce en 1935 à David Prato, futur grand rabbin de Rome, il vous faut un État juif, avec un drapeau juif et une langue juive. La personne qui comprend vraiment cela, c’est votre fasciste, Jabotinsky »4. Hasard ou prémonition ? Ben-Zion Nétanyahou, le père de Benyamin, servit de secrétaire à Jabotinsky. Tel père, tel fils !

 

1Le Parisien, 12 mai 2015. La page Facebook archivée est ici.

2Mais seuls 24 % estiment que les Palestiniens devraient, en cas d’annexion, jouir du droit de vote, 30 % envisageant un statut de « résident » : Institut de la démocratie israélienne (IDI), 8 février 2017.

3Échappent du coup à cette obligation les associations de droite et d’extrême droite qu’arrosent pourtant des fondations juives américaines extrémistes.

4Cité par Lenni Brenner, Zionism in the Age of the Dictators, Croom Helm, Londres et Canberra, 1983.

Dominique Vidal

Journaliste et historien, auteur de

Antisionisme = antisémitisme ? (Libertalia, février 2018).