Escalade entre la Chine et l’Inde ?

Escalade entre la Chine et l’Inde

Coexistence pacifique ou enfer nucléaire dans l’Himalaya ?

par Matin Baraki*, Marburg

Source : Horizons et débats

Zurich, 21 jullet 2020

A l’abri des regards en raison du coronavirus, les tensions s’exacerbent de manière dangereuse dans l’Himalaya. Voilà comment pourrait être résumée la situation actuelle entre les deux puissances nucléaires que sont la République populaire de Chine et la République de l’Inde. Depuis le début du mois de mai, la Chine et l’Inde ont déployé des troupes supplémentaires le long de leur frontière commune. La région concernée se situe à une altitude de 4000 mètres au Ladakh, que l’Inde considère comme faisant partie du Cachemire. La Chine quant à elle a occupé le territoire indien à l’est du Ladakh et l’a simplement rebaptisé «Aksai Chin» 1. Comme en de nombreux points de l’Himalaya, le tracé de la frontière, hérité de la puissance coloniale britannique, est ici contesté. Toléré bon gré mal gré des deux côtés, il est d’ailleurs appelé simplement «Line of Actual Control», LAC (ligne de contrôle effectif). 2

L’Inde et la Chine se sont reproché à maintes reprises des provocations réciproques par le biais de patrouilles et de passages de frontière inappropriés. En 1962, la zone frontière avait déjà été le théâtre d’une guerre brève mais violente entre les deux pays 3, conduisant à la défaite de l’Inde. La honte de cette guerre frontalière perdue est profondément gravée dans la mémoire collective de l’élite indienne.

Le 5 mai 2020, sur les rives du lac Pangong au Ladakh, une échauffourée a eu lieu entre gardes-frontières chinois et indiens, au cours de laquelle ces derniers se sont battus à poings nus. Le 25 mai, les tensions entre les deux pays se sont intensifiées. Une grave bagarre s’ensuivit, au cours de laquelle jusqu’à 250 soldats furent blessés. Il s’agit de la plus grave crise frontalière depuis 2017, lorsque des troupes chinoises et indiennes s’étaient affrontées durant 73 jours à Doklam, près du Royaume du Bhoutan. Des pourparlers politiques entre le chef de l’État et du parti chinois Xi Jinping et le premier ministre indien Narendra Modi avaient alors permis de sortir de l’ornière.4

Une fois de plus, la situation semble très explosive. Le 26 mai, le premier ministre indien Modi a convoqué une réunion de crise des généraux avec son conseiller à la sécurité Ajit Doval, au cours de laquelle «l’état de préparation militaire de l’Inde» a été le sujet principal. L’agence de presse PTI note que «la stratégie chinoise de vouloir exercer une pression militaire sur l’Inde ne fonctionnera pas».5 La réaction du leader et chef du parti chinois, Xi Jinping, ne s’est pas fait attendre: son pays serait en train d’intensifier les préparatifs à une lutte armée. Peu avant la déclaration de Xi, le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères avait souligné que la Chine maintenait une «position cohérente et claire» 6 dans le conflit frontalier avec l’Inde et qu’il est du devoir de l’Armée populaire de libération chinoise de vouloir défendre le territoire et la souveraineté nationale de la Chine. Actuellement, le ton se durcit. Le quotidien d’État chinois Global Times a fait état de plusieurs «infrastructures défensives illégales» 7 du côté indien, depuis lesquelles pouvait être atteint le territoire chinois. C’est alors que la République populaire de Chine aurait réagi avec des déplacements de troupes. Par conséquent, une éventuelle escalade serait de l’unique responsabilité de la République indienne.

A la mi-mai déjà, des analystes militaires indiens soulignaient pour leur part des questions de calendrier. Le général indien à la retraite Ajay a parlé de «manœuvres de nature agressive» 8 de l’armée chinoise dans l’Himalaya, qui rappelaient le comportement de la flotte chinoise dans la mer de Chine du Sud. Le journal Financial Express a fait référence à l’expert indien en sécurité Ajey Lele en ces termes: «Pourquoi cela se produit-il maintenant, au milieu de la crise du Covid 19?» Selon Lele, il se peut que la Chine veuille tester la détermination de l’armée indienne au moment où le gouvernement de Delhi est très occupé avec le coronavirus. L’ancien diplomate indien Phunchok Stobdan a également averti dans l’«Indian Express» que la Chine veut pousser les forces indiennes plus à l’ouest, afin de se rapprocher du point stratégique que représente le glacier Siachen, où se font face troupes indiennes et pakistanaises.9 Alliés militaires et stratégiques, le Pakistan et la République populaire de Chine tentent d’exercer une double pression sur l’Inde.

Par le passé, le gouvernement de Pékin avait critiqué la construction d’une route indienne près du lac, et avait à son tour triplé le nombre de patrouilles sur le lac glaciaire. Dans le cadre de ces projets, 66 nouvelles routes doivent être construites le long de la frontière d’ici fin 2020, en réponse aux nombreux projets d’infrastructures de la Chine dans le cadre de son initiative de «Nouvelle route de la soie». Cela fait plusieurs années que la République populaire de Chine étend son influence dans la région de l’Asie du Sud et du Sud-Est, notamment dans des zones que l’Inde a longtemps considérées comme sa sphère d’intérêts stratégiques. Dans ces régions éloignées, l’Inde et la République populaire de Chine sont séparées par la «ligne de contrôle effectif» (LAC) longue de 3’488 kilomètres. 10

Comme ces dernières années les gouvernements chinois et indien ont tous deux utilisé la carte nationaliste à des fins de politique intérieure, il leur est maintenant difficile de se libérer du piège qu’ils se sont eux-mêmes tendu sans perdre la face et montrer des signes de faiblesse. Selon des sources indiennes, dans la vallée de Galwan les Chinois auraient avancé jusqu’à trois kilomètres en territoire indien. India Today a fait état le 27 mai dernier d’un transfert au Ladakh de 5000 soldats de l’Armée populaire de libération. Une augmentation des troupes chinoises aurait des conséquences correspondantes du côté indien. Selon l’agence de presse Reuters, les deux parties construisent des installations de défense dans la région, et le gouvernement chinois y fait également acheminer divers équipements. Cela prête à penser que le gouvernement de Pékin se prépare à un conflit plus long avec l’Inde. 11

Le Global Times a publié un rapport ou il est question de plusieurs «infrastructures de défense illégales» construites par l’Inde et qui s’étendraient jusque sur le territoire chinois. Les forces de défense n’auraient alors pas eu d’autre choix que de répondre par des mouvements de troupes. Ainsi l’Inde porterait l’entière responsabilité du risque d’une escalade de la violence. 12

Les observateurs politiques en Inde parlent d’une «situation sans précédent». Le 26 mai, le gouvernement de Pékin annonçait qu’il commencerait début juin à évacuer du territoire indien les citoyens chinois, y compris les étudiants, les touristes et les hommes d’affaires.

Sur place, des stratèges mettent en garde contre une nouvelle intensification du conflit, qui semble s’être produite en juin avec la mort de 20 soldats indiens à la frontière indo-chinoise.

Selon les informations indiennes, il y eut également des victimes du côté chinois. Si le gouvernement de Pékin ne l’a pas confirmé, le rédacteur en chef du Global Times a toutefois twitté que des Chinois avaient également été tués.13 Brahma Chellaney, expert en études stratégiques au Centre for Policy Research de Delhi, a parlé d’un tournant dans les relations entre les deux pays. «Après cet incident, les relations entre la Chine et l’Inde ne seront plus jamais les mêmes», 13 a-t-il déclaré à la télévision indienne. Des paroles qui présagent le pire, car aujourd’hui déjà on observe une grande méfiance de part et d’autre. Cependant, les ministres des affaires étrangères des deux puissances nucléaires souhaitent un «apaisement» immédiat du conflit à la frontière entre les deux pays. Les deux parties se sont parlé lors d’une conférence téléphonique. Elles ont convenu de «traiter équitablement» les événements de la vallée de Galwan et de s’efforcer de trouver une solution au conflit.14

Il reste à mentionner que l’administration américaine tente depuis des années de gagner l’Inde comme partenaire stratégique contre la République populaire de Chine et d’instrumentaliser le pays contre la Chine. 15 Déjà le président américain Bill Clinton avait reconnu comme unique puissance nucléaire en Asie du Sud non pas le Pakistan, pourtant allié de longue date et le plus proche des Etats-Unis, mais l’Inde. Aussi le gouvernement de Pékin a-t-il prévenu le gouvernement indien de ne pas se laisser instrumentaliser par l’administration Trump dans les différends qui opposent la Chine et les États-Unis à Taïwan et à Hong Kong. Il faut espérer que l’élite politique et militaire indienne soit suffisamment sûre d’elle et lucide pour ne pas se faire réduire au simple rôle de tâcheron des États-Unis.

* Matin Baraki, docteur en philosophie, est né en 1947 en Afghanistan où il fut enseignant avant de s’installer en Allemagne. Spéialiste en matière de sa patrie, conseiller du domaine de la politique du développement, il est membre du « Zentrum für Konfliktforschung » (Centre d’études de conflits) ainsi que professeur adjoint de politique internationale à la Philipps-Universität Marburg.

 

1.- V. Baraki, Matin: Kachmire – le génèse du conflit, dans: Horizons et débats, Zurich, no. 19, 27/08/2019, p. 4.

2.- V. Fähnders, Till/Böge, Friederike: Tote, aber keine Schüsse, dans: Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), 17/06/20, p. 6.

3.- V. Ib.

4.- V. Perras, Arne/Deuber, Lea: Grenzkonflikt im Himalaja: Die Unruhe zwischen China und Indien wächst, dans : Süddeutsche Zeitung, 27/05/2020.

5.- Ib.

6.- Ib.

7.- Ib.

8.- Ib.

9.- Ib.

10.- V. Fähnders, Till/Böge, Friederike: Tote, aber keine Schüsse, dans: FAZ , 17/06/20, p. 6.

11.- Vgl. Perras, Arne/Deuber, Lea: Grenzkonflikt im Himalaja, loc. cit.

12.- Vgl. Fähnders, Till/Böge, Friederike: Tote, aber keine Schüsse, loc. cit, p. 6.

13.- Perras, Arne/Deuber, Lea: Grenzkonflikt im Hima-laja, loc. cit., 27/05/20.

14.- Vgl. Fähnders, Till: Entspannung im Himalaja, dans: FAZ, 07/07/20, p. 5.

15.- Vgl. Fähnders, Till: Gegen Chinas Salamitaktik, in: FAZ, 23/06/20, p. 8.

 

 

 

 

 

 

 

Kosovo, la chute du Serpent

par Slobodan Despot

Source : Antipresse du 28 juin 2020

Alors que l’administration américaine lance une nouvelle initiative sur le Kosovo, l’inculpation de Hashim Thaçi vient faire capoter le processus. Mais elle rappelle aussi le désastre absolu qu’a été la confiscation, par l’OTAN, de la province sud de la Serbie. Punition tardive d’un bourreau ou règlement de comptes interne au camp occidental?

L'église de la Sainte-Trinité de Petrič, dynamitée en juillet 1999 dans un Kosovo sous administration otanienne.

«Les Albanais se sont joués de nous comme on joue sur un Stradivarius.» (Général Lewis MacKenzie)

C’est un événement qu’on commémore peu à l’ouest, et qu’on se rappelle à peine: de mars à juin 1999, pendant 78 jours l’OTAN a intensément bombardé la Serbie à cause d’une prétendue «répression» de la population albanaise de sa province méridionale, le Kosovo. Après la signature des accords de Kumanovo, le 12 juin 1999, le Kosovo est passé sous le contrôle de la communauté internationale (lisez l’OTAN), tout en restant, soi-disant, partie intégrante de la Serbie. La tentative d’occupation militaire de la province à partir de l’Albanie ayant échoué, on avait amadoué les Serbes à la table de négociation.

Promesses de papier et fake news en cascade

Mais cette concession diplomatique n’était qu’un chiffon de papier: en dépit d’une résolution des Nations Unies (n° 1244) affirmant la souveraineté de la Serbie, les alliés et «partenaires» des séparatistes albanais — lisez l’OTAN — se sont mis à reconnaître l’État «indépendant» du Kosovo sitôt que M. Thaçi et son clan eurent unilatéralement proclamé leur indépendance. Étrangement, la Suisse supposée vertueuse et neutre, au temps de sa ministre des affaires étrangères Micheline Calmy-Rey, fut parmi les États les plus empressés à reconnaître cette entité issue d’un arrachage territorial. Peut-être était-ce une manière de relâcher la pression des Américains au temps de l’affaire dite des fonds en déshérence en servant de poisson-pilote?(1)

Pour faire avaler à l’opinion mondiale une telle série de violations du droit, il aura fallu littéralement lui laver le cerveau en peignant les Serbes comme des nazis et tous les Albanais, indistinctement, comme leurs victimes. Ce qui faisait passer à la trappe tout à la fois les crimes des Albanais contre les Serbes et le sort ultérieur de toutes les minorités ainsi que des Albanais loyaux à l’État serbe.

La suite est un long cauchemar pour les Serbes, mais aussi pour les Monténégrins, les Tziganes et autres minorités présentes au Kosovo. Le pogrom antiserbe de mars 2004, sous le nez des «soldats de la paix» occidentaux, fut particulièrement massif et brutal. Au total, quelque 250 000 Serbes ont été exilés de la province, tandis que mille ont disparu sans traces ou ont été assassinés. Sans l’intervention des parachutistes français commandés par le colonel Jacques Hogard, la région à majorité serbe de Mitrovica (nord de la rivière Ibar) eût été ethniquement nettoyée dès les premiers jours du cesser-le-feu. Au sud de cette ligne, les quelque 100 000 Serbes restants vivent dans des poches précaires, victimes d’un harcèlement perpétuel (qui ces dernières semaines a connu une recrudescence).

Sur le plan culturel, 150 églises ont été détruites, cependant que l’on construisait ou reconstruisait à leur place 800 mosquées. Cerise sur le gâteau, le nouvel État albanais s’est proposé de s’approprier les monuments chrétiens encore restés debout en les rattachant à son héritage national.

La promesse de rétablissement de la sécurité et de la justice — principal argument de l’occupation occidentale — n’était elle aussi que du papier. Enlèvements, intimidations et expropriations se poursuivent. L’enquête menée en 2010 par le magistrat suisse Dick Marty sur le trafic d’organes humains (souvent prélevés à vif) au Kosovo a abouti à des conclusions accablantes pour le pouvoir local — mais non surprenantes, puisque l’ancienne Procureure du Tribunal international pour l’Ex-Yougoslavie (TPIY), Carla del Ponte, mentionnait ce trafic dès 2008 dans ses mémoires. Étrangement, comme dans la Belle au Bois dormant, le Conseil de l’Europe, à qui il était destiné, s’est endormi dessus.

Par ailleurs, les quelques tentatives entreprises pour juger de hauts responsables kosovars et ex-terroristes comme le «premier ministre» et ancien videur de boîte de nuit en Suisse, Ramush Haradinaj, ont tourné court — par disparition physique des témoins! Peu étonnant lorsqu’on sait que Haradinaj était physiquement protégé par l’armée U. S.!

Le seul État qu’on «dé-reconnaît»

Une telle caricature d’État, qui est aussi une plaque tournante du trafic de drogue et d’armes en Europe, n’avait aucun avenir et ne pouvait qu’être un casse-tête diplomatique. La reconnaissance internationale du Kosovo a été très partielle, et même régressive: fait rarissime, une quinzaine de pays ont retiré leur reconnaissance. En ce moment, 92 États du monde reconnaissent le Kosovo, 96 ne le reconnaissent pas. Parmi ces derniers, l’ensemble des puissances échappant à la tutelle de l’empire atlantique: Russie, Chine, Inde, Brésil, Algérie, Iran… Soit les cinq septièmes de l’humanité. Une proportion qui, à elle seule, démontre l’irréalité de la «communauté internationale», concept imposé par l’OTAN lorsqu’elle prétendait prendre des décisions au nom et à la place de la Terre entière.

Le seul pays dont la reconnaissance du Kosovo soit encore intéressante et nécessaire aujourd’hui, reste… la Serbie! Seule cette reconnaissance pourrait légaliser le viol flagrant du droit international que constitue l’existence de l’État du Kosovo. Elle est donc une condition préalable à l’adhésion de la Serbie à l’UE.

Le protagoniste le plus «méritant» pour cette situation grotesque, dans l’équipe locale, n’est autre que Hashim Thaçi, ex-chef de l’organisation UÇK (labellée terroriste en 1998 par les USA eux-mêmes), ex-Premier ministre et actuel président de l’entité hypothétique. Son inculpation soudaine par le TPI, le 24 juin, pour «crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, y compris meurtre, disparition forcée de personnes, persécution et torture» est une surprise qui aura des ramifications intéressantes. Si, comme l’annonce la presse, Thaçi est «rattrapé par son passé», c’est un passé riche d’amitiés et de protections au cœur des démocraties. N’a-t-il pas assisté aux célébrations de la Victoire, le 11 novembre 2018, au deuxième rang des invités d’honneur d’Emmanuel Macron, alors que le président serbe (pourtant représentant d’un peuple ami qui eut une contribution importante à la victoire) était relégué dans une tribune latérale?

On est loin de son arrestation, et plus loin encore d’une condamnation, mais la décision même d’émettre cette inculpation à quelques jours d’une négociation «historique» serbo-kosovare initiée par l’administration Trump force à s’interroger sur le but réel de ce coup de théâtre.

Pourquoi maintenant?

Le TPI est dès ses origines une organisation voulue et sponsorisée par les États-Unis, qui par ailleurs ne reconnaissent pas son autorité sur leurs propres soldats. Le TPI n’a par exemple même pas envisagé d’inculper des aviateurs de l’OTAN pour les meurtres délibérés de civils (y compris albanais) commis durant les bombardements de 1999. Lorsqu’elle accepta le poste de procureur, la Suissesse Carla del Ponte déclara dans la NZZ qu’elle n’avait «rien à refuser» aux Américains.

On sait qu’aux yeux des Américains, les alliés ne sont que des consommables. Cent potentats parmi lesquels Noriega, Saddam Hussein ou même Milošević, en savent quelque chose. (Ce dernier, que j’ai connu, avait travaillé comme banquier aux USA et avait reçu des «assurances» de Washington, notamment au temps des accords de Dayton, quant à son rôle de pivot et de pacificateur dans les Balkans. Il fut balayé en 2000 par le mouvement Otpor, prototype des révolutions colorées.)

Pour l’Empire, ou en tout cas son aile «deep state», l’inculpation de Thaçi pourrait être une double aubaine. D’un côté, on se débarrasse d’un fort à bras qui ne sert plus. De l’autre, on saborde une initiative venant de l’équipe Trump — et l’on prive ainsi le rouquin d’une éventuelle victoire diplomatique façon Corée du Nord. A quelques mois des élections US, on l’a vu ces derniers jours, tous les coups sont permis.

Hashim Thaçi, bien évidemment, ne se laissera pas faire si facilement. Il ne tombera pas sans combattre — et il le claironne: sur son profil Facebook, il vient d’étaler les armes de l’UÇK, rouge sur fond noir. Avec qui ne s’est-il pas fait prendre en photo, dans son treillis de terroriste ou, plus tard, son costume anthracite de la bonne maison? Madeleine Albright, Bernard Kouchner, Alain Juppé, sans compter la crème des généraux de l’OTAN. Et puis, bien sûr, le président Macron® qui n’en rate pas une — mais qu’on peut en l’occurrence créditer d’ignorance. Il n’avait que 22 ans au temps de la guerre du Kosovo.

Les Yankees sont immunisés contre ce genre de compromissions. Ils ne reconnaissent même pas les cours qu’ils instrumentent. Les Européens, eux, y sont plus sensibles. Depuis dix ans, le terrible rapport Marty au conseil de l’Europe pointe du doigt leur inaction. Depuis vingt ans, leurs déclarations dans la presse, leurs embrassades avec les criminels et leurs tribunes — de même que leur propagande antiserbe effrénée, véritable anthologie de fake news, ont construit la carrière de celui qui est désormais pointé du doigt pour «meurtre, disparition forcée de personnes, persécution et torture». Le 7 mai 1999, en plein bombardement de la Serbie, la brochette d’«humanitaires» usuels — dont le professeur Paul Garde, auteur d’un ouvrage considéré «de référence» sur la Yougoslavie — publiaient dans Le Monde une pétition exhortant l’Occident à soutenir encore mieux l’UÇK. Donc, à déverser encore plus de bombes sur les populations concernées. «L’UCK a le mérite d’exister», écrivaient-ils. Dévoilant par la même une échelle du mérite sur laquelle les tribunaux pourraient une fois les interroger. Soyons assurés que M. Thaçi n’oubliera pas de convier ses vieux amis à la cérémonie. A moins, évidemment, qu’il ne soit «epsteinisé» dans sa cellule.

NOTE
  1. En tout cas, il y a des coups de main qui ne s’oublient pas. Mme Calmy-Rey préside aujourd’hui une fondation humanitaire créée par la famille d’origine kosovare Orllati, groupe de travaux publics connu pour sa croissance fulgurante en Suisse romande.

Un peu de lectures

À propos de ce «cas d’école» de désinformation (selon le regretté connaisseur Vladimir Volkoff), que fut la guerre civile yougoslave et en particulier la phase «Kosovo», quelques lectures utiles, sinon indispensables:

* * *

Deux questions au colonel Jacques Hogard

Dans un livre bref et captivant, Jacques Hogard a raconté ses douze jours fatidiques au Kosovo «pacifié» par l’OTAN en juin 1999. Il ne mâche pas ses mots sur le «Serpent» de l’UÇK et ses alliés.

Le «président» de la très fantoche «république du Kosovo» va-t-il vraiment finir en prison? Et quels cadavres risqueraient, à cette occasion, de sortir du placard?

JH: Des esprits chagrins veulent parier que ses puissants protecteurs, les réseaux liés à l’administration Clinton, le sortiront de ce mauvais pas, tant espéré pourtant depuis 21 ans par les Serbes, les Roms, les Goranis et même les Albanais du Kosovo, victimes de sa sauvagerie et de celle de ses complices de l’UCK: les Ramush Haradinaj, Agim Ceku, Fatmir Limaj, Rexhep Rexhepi, Samir Lushtaku… etc.

Pourtant, ce pourrait bien être cette fois la chute finale de ce gangster impitoyable qui, issu d’un clan mafieux kosovar à la triste réputation, émerge subitement en 1999 lors des «négociations de Rambouillet», propulsé sur la scène politique par la vieille sorcière Madeleine Albright, cette égérie maléfique de la tribu Clinton, qui se prend d’amour pour ce petit voyou et lui voit alors un destin «national». Le chef de l’UCK, le parrain du crime organisé au Kosovo et de l’abominable trafic d’organes, déjà surnommé «le serpent», éliminant sans pitié les Albanais du Kosovo loyaux à Belgrade ou tout simplement pacifistes, tels ses rivaux de la LDK, va jouer un rôle éminent en 1999 et dans les années qui vont suivre, alternant les fonctions de «premier ministre», de «chef de la diplomatie» (!) et de «président» à la tête du ramassis de voyous qui s’intitule «gouvernement de la république du Kosovo».

Cette fois pourtant, ce pourrait bien être la chute finale du «Serpent», car le dossier est ficelé, complet, avec toutes les preuves, tous les témoignages: oui, Hashim Thaçi est bien un criminel barbare auteur de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, perpétrés sans distinction contre tous ceux qui s’opposaient à ses plans. 

Il y a quatre ans, j’ai su par un magistrat français que le dossier était bouclé. Celui de Thaçi, mais aussi celui de l’UÇK ainsi que de leurs soutiens étrangers.

Il ne me surprendrait pas que le temps écoulé depuis, ces quatre ans précisément, qui m’ont semblé long et parfois fait douter, je l’avoue, n’ait été en fait celui de la réflexion pour ces derniers et qu’ils aient en conséquence décider de le lâcher enfin, pour en quelque sorte se dédouaner eux-mêmes. 

J’en fais le pari: tous ceux qui comme le Pape François, le président Macron, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Bernard Kouchner et bien d’autres responsables officiels, notamment de l’OTAN et de l’Union Européenne, lui ont réservé dans un passé récent un chaleureux accueil, préféreront dans les mois et années à venir lui tourner le dos avec superbe!

  • Article de Slobodan Despot paru dans la rubrique «Le Bruit du Temps»de l’Antipresse n° 239 du 28/06/2020.

Venezuela: tests de missiles en attendant les pétroliers iraniens

Source : Le Figaro avec AFP

22 mai 2010

https://www.lefigaro.fr/flash-eco/venezuela-tests-de-missiles-en-attendant-les-petroliers-iraniens-20200522

Le Venezuela a testé jeudi des missiles sur une île, a annoncé le président Nicolas Maduro, en attendant l’arrivée de pétroliers iraniens censés approvisionner le pays sud-américain en brut, au milieu de tensions avec les Etats-Unis. «Nous avons été les témoins d’exercices militaires (…) sur l’île de La Orchila, avec l’essai de missiles de précision maximale pour la défense de nos eaux et de nos côtes», a dit le chef de l’Etat lors d’une rencontre avec le haut commandement militaire retransmise sur la télévision étatique, sans mention directe des navires iraniens. Les essais sont effectués dans le cadre de l’opération «Bouclier bolivarien», un déploiement permanent ordonné en février.

L’opposant Juan Guaido, reconnu comme président par intérim par une cinquantaine de pays dont les Etats-Unis, a qualifié cette opération d’«exercice de propagande». Dans un communiqué, Juan Guaido a estimé jeudi que les navires «ne serviront qu’à enrichir la mafia dictatoriale», évoquant un marché noir qui fleurit avec la pénurie d’essence.

À lire aussi : Au Venezuela, rocambolesque opération clandestine pour renverser Maduro

Le gouvernement vénézuélien a annoncé mercredi l’arrivée prochaine de pétroliers iraniens, pour une livraison de brut que Téhéran a sommé les Etats-Unis de ne pas entraver par des mouvements de leur marine dans les Caraïbes. «Nous sommes prêts à tout et à tout moment», a déclaré Nicolas Maduro mercredi dans une allocution sur la chaîne de télévision gouvernementale, remerciant son allié iranien pour son soutien face à l’hostilité ouverte de Washington.

Selon des informations de presse, cinq pétroliers ont quitté l’Iran ces derniers jours et font route vers les Caraïbes vénézuéliennes. Les Etats-Unis ont annoncé début avril une plus grande surveillance du crime organisé dans cette région, y déployant entre autres des navires de combat.

À lire aussi : Venezuela: après un an de crise politique, l’opposition peine à convaincre

Le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole au monde mais sa production est en chute libre. Caracas estime que les sanctions américaines sont responsables de cet effondrement. Des experts l’attribuent à des choix politiques erronés, au manque d’investissement et à la corruption.

Cinq pétroliers iraniens traversent l’Atlantique pour livrer 1,5 millions de barils du carburant au Venezuela. La marine américaine qui effectue des exercices dans les Caraïbes, est prête à une possible confrontation avec les pétroliers iraniens et perturber la livraison de pétrole au Venezuela.

Source : Caroline Popovic

Journaliste à France Télévision.

Publié le 22 mai 2020 à 15h31, mis à jour le 22 mai 2020 à 15h38

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À cause des sanctions américains, le Venezuela ne peut pas acheter les produits pour raffiner son pétrole. Le carburant manque et pourtant ce pays est doté des plus grandes réserves de brut au monde. Une commande a été passée à l’Iran et cinq pétroliers iraniens traversent l’Atlantique pour livrer 1,5 millions de barils du carburant.

Le premier pétrolier iranien, La Fortune, est attendu au Venezuela le 25 mai 2020. Le navire-citerne accostera à la raffinerie El Palito, située à 200 kms à l’ouest de la capitale, Caracas.

Quatre autres pétroliers, le Forest, le Petunia, le Faxon et le Clavel, vont arriver à des dates ultérieures.
Au total, ils transportent 1,5 millions de barils de carburant, d’une valeur estimée à 41 millions d’euros.  La facture aurait été reglée en or en provenance des réserves vénézuéliennes. Le président Nicolas Maduro nie cette information sans préciser comment ces livraisons ont été payées.

Pénurie de carburant au Venezuela •©wikimediacommons

Le Venezuela ne peut plus raffiner son propre pétrole à cause de sanctions américaines. Il y a un embargo sur la vente des produits chimiques utilisés dans le processus de raffinage.

Depuis des mois, les Vénézuéliens font des files d’attentes devant les stations-service, le carburant étant de plus en plus rare. L’attente peut durer plusieurs jours.


Le Venezuela promet un accueil militaire

Un acceuil militaire sera accordé aux pétroliers et à ses équipages dès lors qu’ils pénètreront dans les eaux territoriales du Venezuela.

Ils seront accueillis et escortés par les navires et les avions des forces armées nationales Bolivariennes. On veut leurs souhaiter la bienvenue et remercier le peuple iranien pour sa solidarité,’’ a déclaré Vladimir Padrina, ministre de la Défense du Venezuela.

Les Américains entendent intercepter les pétroliers iraniens
Depuis le premier mars 2020, les Etats-Unis ont déployé une vaste opération militaire dans le sud de la mer des Caraïbes et dans l’ouest de l’Océan pacifique pour lutter contre le narcotrafic.

L’amiral Craig Faller du US Southern Command n’exclut pas la possibilité de contrôler ces pétroliers iraniens avant qu’ils n’accostent au Venezuela.

L’Otan en armes pour «combattre le coronavirus»

par Manlio Dinucci

 traduit par Marie-Ange Patrizio

Source : Horizons et débats,

Zurich, 12 mai 2020

Source originaire : Voltairenet

 

Les trente ministres des Affaires étrangères de l’OTAN (Luigi Di Maio pour l’Italie), réunis le 2 avril en vidéoconférence, ont chargé le général américain Tod Wolters, commandant suprême des forces alliées en Europe, de «coordonner l’appui militaire nécessaire pour combattre la crise du coronavirus». C’est ce même général qui, au Sénat des Etats-Unis, le 25 février, a déclaré: «Les forces nucléaires soutiennent toute opération militaire des Etats-Unis en Europe.» Lui-même «soutient une politique flexible de la première frappe» des armes nucléaires, c’est-à-dire de l’attaque nucléaire par surprise.1

Le général Wolters est commandant suprême de l’OTAN en tant que chef du Commandement européen des Etats-Unis. Il fait donc partie de la chaîne de commandement du Pentagone, disposant de la priorité absolue. Un récent épisode confirme quelles en sont ses rigides règles: le capitaine du porte-avions Roosevelt, Brett Crozier, a été démis de son commandement parce que, face à la diffusion du coronavirus à bord, il a violé le secret militaire en sollicitant l’envoi d’aides.

Pour «combattre la crise du coronavirus» le général Wolters dispose de «couloirs préférentiels pour des vols militaires à travers l’espace aérien européen» d’où ont quasiment disparu les vols civils. Des couloirs préférentiels sont aussi utilisés par les bombardiers US d’attaque nucléaire B2-Spirit: le 20 mars, ayant décollé de Fairford en Angleterre, ils ont survolé, avec des chasseurs norvégiens F-16, l’Arctique vers le territoire russe. De cette façon – explique le général Basham des Forces aériennes US  en Europe – «nous pouvons répondre avec rapidité et efficience aux menaces dans la région, en montrant notre détermination à porter n’importe où dans le monde notre puissance de combat».

Pendant que l’OTAN est engagée à «combattre le coronavirus» en Europe, deux des plus grands alliés européens, la France et la Grande-Bretagne, envoient leurs navires de guerre dans les Caraïbes. Le navire d’assaut amphibie Dixmude a levé l’ancre le 3 avril à Toulon vers la Guyane française pour ce que le président Macron définit comme «une opération militaire sans précédent» nommée «Résilience», dans le cadre de la «guerre au coronavirus».2

Le Dixmude peut jouer le rôle secondaire de navire hôpital avec 69 lits, dont 7 pour thérapies intensives. Le rôle premier de ce grand navire, long de 200 m et avec un pont de vol de 5000 m2, est celui de l’assaut amphibie : une fois proche de la côte ennemie, il attaque avec des dizaines d’hélicoptères et véhicules de débarquement qui transportent des troupes et des véhicules blindés. Caractéristiques analogues, bien qu’à la moindre échelle, concernant le navire britannique RFA Argus qui a pris la mer, le 2 avril, vers la Guyane britannique.3

Les deux navires européens se positionneront dans les mêmes eaux caribéennes à proximité du Vénézuéla : c’est là qu’arrive la flotte de guerre – avec les plus modernes navires de combat de littoral (construites par la compagnie italienne Leonardo pour l’US Navy) et des milliers de marines – envoyée par le président Trump officiellement pour bloquer le trafic de drogue.

Trump accuse le président vénézuélien Maduro de «profiter de la crise du coronavirus pour accroître le trafic de drogue par lequel il finance son narco-Etat». L’objectif de l’opération, appuyée par l’OTAN, est de renforcer l’étau de l’embargo en vue d’étrangler économiquement le Vénézuéla (pays qui a les plus grandes réserves pétrolières du monde) dont la situation s’est aggravée par le coronavirus ayant commencé à se propager.

L’objectif est de renverser le président Maduro régulièrement élu (dont la tête a été mise à prix pour 15 millions de dollars) et d’instaurer un gouvernement qui amène le pays dans la sphère de domination états-unienne.4

Il n’est pas exclu qu’un incident soit provoqué servant de prétexte pour l’invasion du Vénézuéla. La crise du coronavirus crée des conditions internationales favorables à une opération de ce type, éventuellement présentée comme «humanitaire».  •

 

1 «Le Docteur Folamour veille sur notre santé», par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie), Réseau Voltaire, 27 mars 2020.
2 «Départ du porte-hélicoptères Dixmude vers la zone Antilles-Guyane», AFP, 3 avril 2020.
3 «RFA Argus sails for the Caribbean today ready to provide medical support if needed», Save the Royal Navy, 2 avril 2020.
4 «Le Pentagone refuse d’enlever le président Nicolás Maduro», Réseau Voltaire, 6 avril 2020.

La priorité immédiate, c’est de sauver des vies. Ensuite il faudra passer à la condamnation des sanctions

Alfred de Zayas *
Source : Horizons et débats,
Zurich, 14 avril 2020

Horizons et Débats: Depuis des années déjà, vous vous êtes opposé à l’application des sanctions. D’aucuns affirment à présent que les sanctions, dans les pays où elles sont appliquées, seraient également un obstacle de taille à la lutte contre la pandémie de coronavirus. Qu’en dites-vous?
Alfred de Zayas: Bien sûr, la guerre économique qui prévaut contre le Cuba, le Nicaragua, le Venezuela, la Syrie, l’Iran, la Corée du Nord, ainsi que le blocus financier et les sanctions économiques asphyxiantes allant à l’en- contre de la Charte des Nations Unies et la Charte de l’Organisation des Etats Américains, enfreignent de nombreux traités internationaux, en particulier les accords relatifs aux droits de l’homme tels que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), le Pacte international relatif aux droits économiques (PIDESC), sociaux et culturels et la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE). Elles vont également à l’encontre de l’interdiction mise par le droit international à l’interférence dans les affaires intérieures d’autres Etats et l’interdiction d’intervention (qui ne s’applique non seulement aux interventions militaires mais également aux guerres non conventionnelles et hybrides).
On a démontré que les sanctions tuaient – non seulement les mesures coercitives unilatérales, mais même les sanctions mal avisées de l’ONU, telles celles prises à l’encontre de l’Irak entre 1991 et 2003, et qui ont entraîné la mort de plus d’ un million d’ Irakiens, mort par malnutrition, par manque d’ accès à l’eau potable, aux médicaments, aux équipements médicaux, etc. Dès 1995, l’ Unicef estimait que les sanctions avaient causé la mort d’ environ 500 000 enfants irakiens – mais l’avertissement n’a pas été entendu. Ou pire encore, il a été rejeté par les tout-puissants Etats-Unis. Interrogée sur l’ utilité du maintien des sanctions contre l’ Irak malgré la mort de tant d’enfants, la secrétaire d’Etat américaine de l’époque, Madeleine Albright, a répondu par l’affirmative – comme on peut le voir sur YouTube. Denis Halliday, coordinateur humanitaire 1996-1998 de l’ONU pour l’Irak, a quand même démissionné en signe de protestation, qualifiant les sanctions de l’ONU comme «une forme de génocide». Son successeur Hans-Christof Graf von Sponeck (1998-2000), a également démissionné en signe de protestation et publié sur ce sujet un livre intitulé Ein anderer Krieg (Un autre genre de guerre).
L’Assemblée générale a adopté 27 résolutions demandant la levée de l’embargo américain contre Cuba, non seulement parce qu’il est contraire au droit international, mais aussi parce qu’ il a considérablement affaibli les infrastructures sanitaires cubaines et rendu presque impossible l’obtention de pièces de rechange pour les équipements médicaux, tels que les scanners et les appareils de dialyse. En 2019, les professeurs Jeffrey Sachs et Mark Weisbrot ont rédigé un rapport estimant que les sanctions contre le Venezuela étaient responsables de la mort de 40 000 Vénézuéliens en 2018. Depuis lors, la situation n’a cessé de se détériorer. Au fil des ans, les infrastructures sanitaires de nombreux pays visés par les sanctions ont été affaiblies, les laissant encore moins préparés à faire face à la pandémie de Covid-19.
Le 31 mars 2020, le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, la professeur à l’Université de Californie, Hilal Elver, a demandé la levée immédiate des sanctions en raison de la pandémie. D’autres rapporteurs, comme le rapporteur sur les effets négatifs des mesures coercitives unilatérales, l’ Ambassadeur Idriss Jazairy, avaient déjà documenté le lien entre les sanctions et les décès. Hélàs, l’ Ambassadeur Jazaire est succombé le 27 février à un cancer. Nommé le 2 avril, la nouvelle rapporteur en charge de l’étude sur les mesures coercitives unilatérales, la Professeur Alena Douha, a plaidé pour la levée des sanctions et va probablement publier prochainement un rapport sur la question – mais le temps presse !
Le 1er avril 2020, le gouvernement cubain a protesté contre le «blocus criminel» des Etats-Unis après que l’ embargo américain ait bloqué la livraison des kits de tests de dépistage du Covid-19 et de respirateurs donnés par Jack Ma, le milliardaire chinois de l’ e-commerce et propriétaire d’ A libaba. Diaz-Canel, le président cubain, a tweeté: «Le blocus criminel du gouvernement impérialiste porte atteinte aux droits fondamentaux du peuple cubain». Le délégué de Cuba à Pékin, Carlos Miguel Pereira, a déclaré qu’une entreprise privée avait été engagée pour livrer les fournitures médicales nécessaires à la lutte contre le Covid-19. Cependant «à la dernière minute», cette société a refusé d’effectuer la livraison. Selon l’agence de presse Xinhua, la société avait expressé- ment invoqué le risque d’être pénalisée par le Département du Trésor des Nations unies pour avoir enfreint la loi américaine Helms- Burton de 1995.
Encore une fois, et il faut le répéter: les sanctions tuent. La responsabilité civile et pénale en incombe non seulement aux Etats- Unis, mais aussi à tous les Etats ayant imposé ou appliqué des sanctions.
Dans quelle mesure l’ONU préconise-t-elle la levée des sanctions ?
 En ce qui concerne les sanctions contre le Cuba, l’Assemblée générale a demandé leur levée à plusieurs reprises, mais les Etats-Unis considèrent qu’ils sont au-dessus du droit international imposant des sanctions illégales contre le Cuba depuis six décennies.
Tant que cela n’entraînera pas de conséquences pour l’ économie américaine, les choses ne changeront probablement pas. Mais, bien sûr, d’autres pays comme le Canada, le Royaume-Uni, etc. imposent également des sanctions ou appliquent les sanctions américaines contre le Cuba, le Venezuela, l’Iran, etc., fait qui relève de l’application extraterritoriale du droit américain et de l’imposition de pénalités pour «violation des sanctions». La responsabilité civile et pénale de l’imposition ou de la mise en œuvre des sanctions incombe en premier lieu aux Etats-Unis, mais aussi à tous les Etats qui ont imposé ou mis en œuvre des sanctions, même aux entreprises privées qui placent le profit au-dessus de la vie humaine.
Quelle est la position de la communauté internationale sur ce point? Comment, dans ce contexte, évaluez-vous l’International Solidarity Report (Rapport sur la solidarité internationale) ?
La «communauté internationale» n’agit pas en conformité avec la Charte des Nations unies, ni avec l’obligation de pratiquer la solidarité internationale. En 2017, Virginia Dandan, experte indépendante des Nations unies sur les droits de l’homme et la solidarité internationale, a publié la Draft Declaration on the Right to International Solidarity (Projet de déclaration sur le droit à la solidarité internationale) que l’Assemblée générale n’a toutefois jamais adoptée. Il est temps que le Secrétaire général rappelle au Conseil de sécurité, à l’Assemblée générale et au Conseil économique et social leurs responsabilités respectives et plaide pour l’adoption formelle de cette déclaration – et sa mise en œuvre concrète.
La semaine dernière, Michelle Bachelet, la Haut-commissaire aux droits de l’homme, a appelé à un assouplissement des sanctions afin de lutter contre la pandémie et de limiter ainsi sa propagation mondiale. Dans quelle mesure ses revendications sont-elles porteuses de promesses?
La Haut-commissaire aurait dû condamner les sanctions en raison de leur violation directe des droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux des populations qu’elles visent. Navi Pillay, qui a précédé Michelle Bachelet dans ses fonctions de Haut-commissaire, avait déjà condamné les
Alfred de Zayas: Bien sûr, la guerre économique qui prévaut contre le Cuba, le Nicaragua, le Venezuela, la Syrie, l’Iran, la Corée du Nord, ainsi que le blocus financier et les sanctions économiques asphyxiantes allant à l’en- contre de la Charte des Nations Unies et la Charte de l’Organisation des Etats Américains, enfreignent de nombreux traités internationaux, en particulier les accords relatifs aux droits de l’homme tels que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), le Pacte international relatif aux droits économiques (PIDESC), sociaux et culturels et la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE). Elles vont également à l’encontre de l’interdiction mise par le droit international à l’interférence dans les affaires intérieures
* Alfred de Zayas (USA, citoyen suisse depuis 2017) est un écrivain, historien et spécialiste des droits de l’homme et du droit international. En 2012, il a été nommé par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies en tant que premier Expert indé- pendant des Nations unies pour la promotion d’un ordre international démocratique et juste, haute fonction qu’il a accomplie jusqu’en 2018.

Syrie : la hargne et le dépit des Occidentaux

Pierre Lévy

20 mars 2020

Source : RT France

https://francais.rt.com/opinions/72744-syrie-la-hargne-et-le-depit-des-occidentaux
Sources primaires : Pierre Lévy est l’auteur de deux essais et un roman Syrie : La hargne et le dépit des Occidentaux, 20 mars 2020 https://francais.rt.com/opinions/72744-syrie-la-hargne-et-le-depit-des-occidentaux. © SANA / AFP Source: AFP Le président syrien Bachar Al est l’auteur de deux essais et un roman.Syrie : La hargne et le dépit des Occidentaux, 20 mars 2020 https://francais.rt.com/opinions/72744-syrie-la-hargne-et-le-depit-des-occidentaux. © SANA / AFP Source: AFP Le président syrien Bachar Al Assad.

 

Spécialiste des questions européennes, Pierre Lévy dirige la rédaction du mensuel Ruptures. Précédemment, il a été journaliste au sein du quotidien L’Humanité, ingénieur et syndicaliste.

Les dirigeants européens versent des larmes de crocodile sur le drame des réfugiés, mais portent une écrasante responsabilité dans la guerre déclenchée il y a neuf ans, relève Pierre Lévy, du mensuel Ruptures. L’actualité médiatique est désormais phagocytée par la crise du coronavirus. Pourtant, sur le plan international, d’autres crises, au moins aussi explosives, n’ont pas disparu comme par enchantement. C’est le cas de la tragédie imposée à la Syrie depuis neuf ans. Il y a quelques jours encore, quatorze ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne – sur vingt-sept – livraient une tribune au Monde (27/02/2020) accusant «le régime syrien» de «persister dans une stratégie de reconquête militaire à n’importe quel prix», et sommaient Damas d’y mettre fin. Les mots ne sont jamais innocents. Ceux qui sont ici utilisés – et depuis des années ânonnés par les grands médias – méritent d’être relevés. Le «régime syrien» est en réalité l’Etat républicain de ce pays : son président, son gouvernement, son Parlement, issus du suffrage universel. Quant aux «troupes fidèles à Bachar el-Assad», autre formule banalisée, il s’agit de l’armée nationale du pays, qui, à l’instar de toutes ses consoeurs du monde entier, a comme premier devoir de veiller sur l’intégrité du territoire national – ici en l’occurrence de la reconquérir. Chacun est évidemment libre de détester le pouvoir syrien. Mais nul n’est fondé à contester de l’extérieur la légitimité de celui-ci. Que le président ne fasse pas l’unanimité dans son propre pays est certain. Mais, pour qui connaît un tant soit peu la Syrie, sa popularité est tout sauf marginale. Que cela plaise ou non, il dispose aujourd’hui d’une assise politique au sein de son peuple, que pourraient même lui envier nombre de dirigeants occidentaux – à commencer par le président français. Les quatorze ministres dénoncent le sort que vit actuellement la province d’Idlib, au nord-ouest du pays. Mais ils font – évidemment – l’impasse sur l’écrasante responsabilité des dirigeants occidentaux dans le martyre que vit depuis neuf années la Syrie. Peut-être un bref rappel, factuel, est-il à cet égard nécessaire. En décembre 2010 et janvier 2011, plusieurs pays du monde arabe venaient de connaître des soulèvements. Deux des hommes forts très liés à l’Occident avaient été contraints de déguerpir : le Tunisien Ben Ali, et l’Egyptien Moubarak, au grand dam de Washington, Paris, Londres, Berlin et Bruxelles. Et ce alors même que la Syrie restait calme. Ce n’est qu’à partir de mars que de premières manifestations se firent jour. Les Occidentaux tenaient leur revanche, du moins l’espéraient-ils. Ils se sont convaincus que le scénario tunisien ou égyptien allait se reproduire, mais cette fois dans un sens qui leur était agréable. Dès avril, les manifestations n’eurent plus rien de pacifique ; très vite de premiers morts étaient à relever du côté des forces de l’ordre – qui ne venaient pourtant pas en espadrilles et en T-shirt. Et très vite, en Occident, les voix autorisées ont de moins en moins discrètement fait savoir que le président syrien devait «dégager». Le Secrétaire d’Etat américain, c’était alors Hillary Clinton, proclama que «Bachar n’est plus nécessaire», ce qui, de son point de vue, valait lettre de licenciement. Certains proposèrent au président un exil doré «sans perdre la face». Les géostratèges prenaient leurs désirs pour des réalités en supposant que le chef d’Etat syrien était fait du même bois – souple, déférent, et avant tout attaché à son confort personnel – que ses homologues égyptien ou tunisien. Quand ils s’aperçurent de leur énorme erreur d’appréciation, ils basculèrent sur la méthode guerrière. De façon d’abord discrète, puis de plus en plus ouverte, ils aidèrent, financèrent et cornaquèrent une multitude de factions d’opposition, «modérée» ou radicale, salafiste ou «frériste», chaque capitale avait ses poulains, mais avec un même but rapidement avoué – et une conviction ancrée : «Bachar n’en n’a plus que pour quelques semaines». Ce sentiment de victoire imminente s’appuyait sur les dizaines de milliers de combattants étrangers qui convergèrent vers le pays, tous déterminés à faire mordre la poussière à ce pouvoir baasiste, c’est-à-dire national et laïque. Il convient d’y insister : si l’affaire était restée syro-syrienne, il y aurait sans doute eu une répression forte, mais sans commune mesure avec cette véritable guerre d’une décennie avec son cortège d’atrocités et de destructions de masse. En 2015, l’intervention militaire de Moscou a constitué un tournant majeur. Là aussi, un rappel s’impose : les forces russes ont été appelées dans le cadre d’un traité d’assistance russo-syrien existant. Aucune autre force étrangère n’est donc légitime à se trouver sur le sol syrien : pas plus les Américains (qui ne sont pas tous partis) que les Français ou bien sûr les Turcs. Un argument balayé par les puissances européennes au nom de la lutte contre «le boucher de Damas» (un titre appliqué de manière récurrente à tous les dirigeants ciblés par l’Occident, de Belgrade à Bagdad…), et ce alors même que l’Union européenne se veut le parangon de «l’Etat de droit». Depuis ce tournant, les forces «anti-Bachar», rivales ou coalisées, ont subi défaite sur défaite. Les «rebelles» cosmopolites armés ont été progressivement repoussés vers Idlib, au gré des accords forgés par le rapport de force politico-militaire. L’enclave est donc largement dominée par les djihadistes – ce qui explique au passage que ceux qui fuient cette ultime portion du territoire national non encore reconquise ne se précipitent pas vers les positions tenues par l’armée. La situation du pouvoir syrien est consolidée ; le président russe est désormais largement maître du jeu, de l’aveu même des Occidentaux ; quant à l’Union européenne, elle se désespère une nouvelle fois d’avoir été hors jeu, elle qui rêve pourtant chaque matin – un «rêve» heureusement impossible – de «jouer un rôle majeur dans le monde». Bref, rien n’est allé comme prévu. D’où la hargne et le dépit qui n’ont cessé de s’exprimer dans les médias favorables à l’idéologie dominante. En témoigne une récente chronique d’Alain Frachon, éditorialiste au Monde (06/03/2020). Prenant acte de l’échec des ambitions occidentales, il considère (en réalité, espère) que la Syrie n’est cependant pas près de retrouver la paix, du fait des rivalités et antagonismes des «trois ex-empires, russe, perse et ottoman» qui n’ont pas les mêmes visées sur le terrain. L’issue pour le peuple syrien est pourtant simple : que Paris (qui n’est toujours pas revenu sur sa reconnaissance du «Conseil national syrien» – un groupe de factions dites modérées désormais sans existence réelle – comme «seul représentant légitime du peuple syrien»), Washington, et Ankara cessent leur présence militaire illégale et/ou leur soutien à leurs protégés. Et qu’un plan d’aide international contribue à la reconstruction de ce pays martyrisé. Les puissances occidentales n’ont pas le pouvoir d’inverser le rapport de force. Mais elles gardent la capacité de faire durer le supplice encore et encore. Quitte à verser des larmes de crocodile sur le drame des réfugiés. Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/opinions/72744-syrie-la-hargne-et-le-depit-des-occidentaux

 

Principale lacune des mesures anti-pandémiques prises par la France et la Suisse

Ivo Rens

Professeur honoraire

Faculté de droit

Université de Genève

J’ai écouté hier soir 16 mars 2020 les propos du Conseiller fédéral Berset, puis le discours du Président Macron énonçant des mesures vigoureuses pour tenter de ralentir puis de tarir la progression de la pandémie. Qui contesterait pareil objectif ?

Les mesures françaises sont particulièrement attentatoires à la liberté de déplacement qui n’est autorisée que pour cinq motifs jugés légitimes. Je trouve ces restrictions drastiques indument limitatives et mal rédigées. Pourquoi ne pas avoir tenu pour légitime le retour d’une personne à son domicile à l’étranger ?

Plus grave socialement : tant le Conseiller fédéral que le Président français n’ont pas décidé, ni même envisagé, semble-t-il, l’instauration du rationnement.

Or, les supermarchés et autres magasins d’alimentation des deux pays sont quotidiennement vidés de victuailles, laissant vides les étals et étagères de nourriture depuis plusieurs jours. Je crains qu’en affirmant que ces commerces seront toujours réapprovisionnés, les autorités des deux pays ne sous-estiment les risques de pénurie alimentaire et ne favorisent la constitution de stocks destinés au marché noir.

La seule façon de garantir l’absence de pénurie alimentaire des catégories sociales défavorisées est d’instaurer le rationnement des principaux nutriments. C’est là une leçon de la IIème Guerre mondiale en Europe et en Afrique du nord. Or, dans son discours, le Président Macron a pesamment insisté sur le fait que la France était en guerre…

Sur la libération d’Idlib et la guerre du régime Erdogan

par Vanessa Beeley et Robin Philpot

Source : Mondailisation. Ca 4mars 2020

Vanessa Beeley sur la libération d’Idlib et guerre du régime Erdogan

Alors que l’Armée arabe syrienne réussit à libérer la région d’Idlib des forces d’occupation composées de groupes terroristes (Front Al Nosra, notamment) et de troupes turques, dans les grands médias on présente cette libération comme une catastrophe humanitaire. Vanessa Beeley, grand journaliste qui était sur le front à Idlib, rétablit la vérité.

Cette guerre livrée à la Syrie depuis 2011, rappelle Vanessa Beeley, est une invasion et une occupation menées par des groupes terroristes financés et soutenus notamment par Washington, Londres, Paris mais aussi par la Turquie et Israël. Libérer le territoire syrien n’est ni plus ni moins la seule façon de faire respecter le droit international et de rétablir la paix.

Elle signale la présence sur le territoire syrien de l’Ambassadrice américaine Kelly Croft ainsi que d’autres diplomates américains, tous en train de saluer les groupes de soi-disant rebelles. Il s’agit là d’une violation flagrante du droit international car les autorités syriennes n’ont pas été consultés.

Si, au sujet d’Idlib, les médias sont en train de diffuser le même film qu’il y a quelques années à Alep — tragédie humanitaire causée par « le régime syrien »– la réalité est tout autre. La libération a provoqué de la joie au sein du peuple syrien, où la vie a repris et les routes ont été ouvertes.

Ayant visité Idlib, elle a noté à quel point les fameux « Casques blancs » collaboraient étroitement avec les terroristes. Les bureaux et quartiers généraux étaient souvent dans les mêmes immeubles.

Vanessa Beeley termine l’entrevue en soulignant l’étroite alliance militaire dans les événements actuels entre la Turquie et Israël.

 

Le cas de Julian Assange constitue une inquiétante violation de la liberté de la presse

Extrait de la Résolution 2317 (2020) adoptée par l’Assemblée du Conseil de l’Europe le 28 janvier 2020

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  1. L’Assemblée appelle les États membres à créer un environnement favorable et propice pour les médias et à revoir leur législation en ce sens, afin de prévenir le recours abusif à différentes lois ou dispositions susceptibles d’avoir une incidence sur la liberté des médias, notamment celles sur la diffamation, la lutte contre le terrorisme, la sécurité nationale, l’ordre public, le discours de haine, le blasphème et la mémoire, qui sont bien trop souvent appliquées pour intimider les journalistes et pour les réduire au silence. À ce titre, les États membres doivent notamment:

6.1. ne pas prévoir de sanctions pénales pour des infractions commises par les médias – en particulier des peines d’emprisonnement, la fermeture d’organes de presse ou le blocage de sites internet et de réseaux sociaux – sauf en cas d’atteinte grave à d’autres droits fondamentaux, par exemple de propos haineux ou d’incitation à la violence ou au terrorisme; veiller à ce que ces sanctions ne soient pas appliquées de manière discriminatoire ni arbitraire contre des journalistes;

6.2. consacrer et garantir le respect du droit des journalistes de protéger leurs sources et concevoir un cadre normatif, judiciaire et institutionnelle adéquat pour protéger les lanceurs d’alerte et les facilitateurs d’alerte, conformément à la Résolution 2300 (2019) de l’Assemblée «Améliorer la protection des lanceurs d’alerte partout en Europe»; à cet égard, considérer que la détention et les poursuites pénales contre M. Julian Assange constituent un dangereux précédent pour les journalistes, en outre, et joindre à la recommandation du Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants qui a déclaré, le 1 novembre 2019, que l’extradition de M. Assange vers les Etats-Unis doit être interdite et qu’il doit être libéré sans délai

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