Les USA, le clown et la furie

par Bruno Guigue

24 septembre 2016

Source :

Les USA, le clown et la furie – Par Bruno Guigue

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La politique américaine a beau se caricaturer elle-même, elle continue de fonctionner à merveille, comme si de rien n’était. La campagne électorale égrène les poncifs, elle multiplie les coups en dessous de la ceinture, la bêtise et l’injure tiennent lieu d’arguments, mais rien n’arrête cette machine à décerveler le bon peuple. Résignés, les citoyens ingurgitent cette potion débilitante à haute dose, ils la digèrent jour après jour. Et le 8 novembre, une majorité finira bien par se rendre aux urnes, suffisante en tout cas pour accréditer le mythe de la démocratie au royaume des multinationales.

Le milliardaire échevelé contre la coqueluche de Wall Street, le clown xénophobe contre l’égérie des néo-cons, le pourfendeur de Latinos contre l’exécutrice hilare de chefs d’Etat : l’alternative est désespérante. Il est frappant, pourtant, que les médias dominants diabolisent exclusivement Donald Trump. En France, on peut lire un panégyrique à la gloire d’Hillary Clinton dans « L’Obs« , mais on trouvera difficilement l’équivalent en faveur de son adversaire. Pour le système, la messe est dite. Trump, c’est le vilain, le macho, le raciste. Hillary, c’est la femme à poigne, passionnée, un tantinet belliqueuse certes, mais tellement attentionnée à l’égard des minorités, et puis « elle est démocrate quand même« .

Pourquoi les médias du système détestent-ils Trump ? Ce n’est pas parce qu’il dit que les immigrés sont des voleurs ou qu’il veut interdire aux musulmans l’entrée sur le territoire des USA. Cette démagogie de bas étage, les médias n’y trouveraient rien à redire. En France, par exemple, le vomi d’un Zemmour ne l’empêche pas d’avoir table ouverte sur toutes les chaînes. De même, sa prose haineuse d’impuissant dégénéré ne prive pas Houellebecq de prix littéraire. La vraie raison de l’hostilité du système médiatique à l’égard de Trump, par conséquent, est ailleurs. Et il suffit de regarder son programme, au-delà des outrances, pour voir que le milliardaire donne quelques coups de pied dans la fourmilière.

Le premier coup de pied, il l’envoie au dogme néo-conservateur. Pour le candidat républicain, la politique étrangère de Barack Obama est un fiasco dont il faut tirer les leçons. Or cette condamnation emporte aussi bien les interventions militaires directes (Irak, Afghanistan, Libye) que les tentatives de déstabilisation indirecte (Syrie). Aucun candidat investi par l’un des deux grands partis pour une élection présidentielle n’a jamais été aussi incisif sur le sujet. On pensera de lui ce qu’on veut, mais Trump est contre l’intervention militaire des USA à l’étranger lorsque leurs intérêts vitaux ne sont pas en jeu. Il le dit clairement : la guerre par procuration en Syrie, comme l’intervention en Libye, ont semé un chaos dont Barack Obama et Hillary Clinton sont responsables. Difficile de lui donner tort.

Evidemment, il dénonce avec la même vigueur le cynisme de la politique consistant à utiliser les djihadistes au Moyen-Orient. Se servir des terroristes qui ont frappé les USA le 11 septembre 2001 (avec, il est vrai, la participation active de la CIA) pour affaiblir ses ennemis est une aberration contre laquelle Trump ne cesse de fulminer. Et il est consternant de voir que cet argument de bon sens, en France, n’effleure même pas la droite (responsable du désastre libyen), ni le PS (responsable du désastre syrien), ni une extrême-gauche qui doit sans doute lire Marx en tenant le livre à l’envers. Le réactionnaire Trump (il l’est en effet) refuse que son pays collabore avec Al-Qaida. Le NPA, lui, demande des armes contre Assad et manifeste devant l’ambassade de Russie.

Le second coup de pied dans la fourmilière, nos médias serviles en parlent peu. On comprend pourquoi ! De même qu’il récuse le néo-conservatisme en casque lourd et le cynisme au petit pied des apprenti-sorciers du djihad, Trump récuse le libre-échangisme. Il critique l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et dénonce une globalisation qui est responsable de la destruction des classes moyennes nord-américaines. Cette « calamité« , dit-il, a provoqué la fermeture de 60 000 usines et la destruction de cinq millions d’emplois industriels aux Etats-Unis en quinze ans. Mais il y a pire. Horreur absolue, Trump propose d’augmenter les taxes sur les importations étrangères. Il est contre la libéralisation effrénée du commerce mondial et pour la protection de la production nationale. Dans ce qui reste d’une classe ouvrière ruinée par la concurrence chinoise, cet éloge du protectionnisme passe beaucoup mieux que les odes d’Hillary Clinton aux droits des LGBT.

Si l’on ajoute que Trump envisage ouvertement de renouer le dialogue avec la Russie, on comprend que sa campagne sème l’inquiétude au sommet d’un « establishment » qui entendait tirer les ficelles d’une élection courue d’avance. Outrancier et xénophobe, Trump ne dérangerait pas outre mesure les intérêts dominants s’il n’était, en même temps, le défenseur d’une couche entrepreneuriale arrimée au sol américain, un brin chauvine, et « isolationniste » car elle ne tire pas ses profits de la mondialisation. Il a bâti sa fortune personnelle avec l’immobilier, le catch et la télévision, des activités tournées vers le marché intérieur et typiquement nationales. Les intérêts que représente le richissime « self-made man » sont évidemment les intérêts d’une fraction de l’oligarchie capitaliste. Mais cette fraction n’inclut pas des multinationales de l’armement, de l’énergie et de l’agro-alimentaire décidées à se gaver sans limites des dividendes de la mondialisation.

Trump « versus » Clinton, ce n’est pas le peuple contre l’oligarchie, ni la « droite » contre la « gauche« . Ces notions n’ont en l’espèce aucun intérêt analytique. Comme Clinton, Trump veut que les USA soient plus puissants que jamais. Il ne voit aucun autre horizon à cette puissance que le développement d’un capitalisme sans complexe. Mais la fraction du capital dont il est le représentant exige que ce développement se fasse à moindre coût et s’appuie sur une réindustrialisation du pays. Trump est contre le Traîté Trans-Pacifique (TTP), Clinton veut son maintien. Trump critique l’extension de l’OTAN, Clinton veut la poursuivre. Pour gagner la compétition économique mondiale, Clinton veut accélérer la mondialisation à l’abri d’un appareil militaire démentiel. Trump veut assigner des limites à la mondialisation et protéger l’économie nationale des turbulences planétaires. L’une veut prolonger à tout prix le « chaos constructif », l’autre a compris que cette stratégie était périlleuse pour tout le monde.

C’est Hillary Clinton, et non Donald Trump, qui incarne la prétention narcissique à dominer le monde et à s’approprier ses ressources. Entourée de généraux, la « reine du chaos » clame sa détermination à restaurer le leadership de Washington sur les affaires planétaires. Brandissant les « droits de l’homme » comme une Mère Fouettarde, elle a annoncé l’arrêt de mort de Bachar Al-Assad si elle était élue. Fière de son opération de « regime change » en Libye, elle en a couiné de plaisir : « We came, we saw, he died ! ». Elle entend semer les graines de la démocratie et du marché auprès des populations arriérées qui n’ont pas encore le bonheur de connaître « l’american dream ». Mais cette furie n’hésitera pas à recourir aux vertus roboratives des missiles de croisière pour traiter les récalcitrants.

Le complexe militaro-industriel, la finance new-yorkaise et le lobby sioniste (pour les deux derniers, c’est un peu la même chose) sont de tout coeur avec Hillary Clinton. Les USA étant une ploutocratie à l’état pur, elle devrait l’emporter. Son succès annoncé en fanfare par une presse internationale servile est dans l’ordre des choses. Les facéties de son adversaire paraissaient taillées sur mesure pour lui ouvrir un boulevard, la fonction du clown de service étant de faire ressortir la crédibilité de son adversaire. Visiblement, ce n’était pas suffisant. Volant au secours d’une candidate fatiguée, Barack Obama a alors accusé Donald Trump de complicité avec Vladimir Poutine, curieusement assimilé à Saddam Hussein. La ficelle est grosse, mais aux USA toutes les ficelles sont grosses. Tout sera bon, jusqu’au 8 novembre, pour favoriser la candidate du système, sauf accident de parcours …

 

Bruno Guigue, ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de La Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.

Source : http://arretsurinfo.ch/les-usa-le-clown-et-la-furie-par-bruno-guigue/

Daniele Ganser : « Tant Trump que Clinton sont un danger pour la paix mondiale »

Interview par Mohsen Abdelmoumen

20 septembre 2016

Source :

Published in English in American Herald Tribune, September 20, 2016:http://ahtribune.com/us/2016-election/1207-daniele-ganser.html

Source: https://www.oximity.com/article/Dr.-Daniele-Ganser-Tant-Trump-que-Clin-1

En français :

http://i2.wp.com/arretsurinfo.ch/wp-content/uploads/2015/07/Daniele-Ganser_6181.jpeg

 

Mohsen Abdelmoumen : Vos travaux portent essentiellement sur la stratégie de la guerre masquée. Pouvez-vous nous expliquer ce concept ?

Dr. Daniele Ganser : Une guerre secrète, une guerre masquée, est une guerre où l’attaquant ne reconnaît pas qu’il attaque le pays cible. En 1961, par exemple, la CIA a fait une invasion de Cuba et a tenté de renverser le gouvernement de Fidel Castro. C‘était une opération secrète, et ensuite à l’Organisation des Nations Unies, l’ambassadeur américain a menti en disant: Nous n’avons rien à voir avec cela.

Quel est le rôle des médias dans la stratégie de la guerre masquée ?

Aujourd’hui, nous avons une guerre secrète contre la Syrie. En 2011, les quatre pays de l’OTAN, les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et la Turquie ont attaqué la Syrie, ainsi que le Qatar et l’Arabie Saoudite. Ces six pays veulent renverser le gouvernement du président Assad. Ceci est illégal selon la Charte des Nations Unies. Mais les médias embrouillent le public. Ils répandent des histoires selon lesquelles ce que nous avons en Syrie est une guerre civile d’un dictateur brutal contre sa propre population. Avec ce récit, les médias cachent que les puissances internationales tentent de provoquer un changement de régime. Mais il y a toujours des journalistes courageux qui tentent d’informer le public sur ce qui se passe réellement. Ces journalistes rapportent par exemple comment les pays de l’OTAN coopèrent avec des terroristes en Syrie qui veulent aussi renverser Assad. Bien sûr, les pays de l’OTAN disent alors que jamais ils ne coopéreraient avec des terroristes comme al Nosra, mais seulement avec des « rebelles modérés ». Donc, nous sommes au milieu d’une guerre de l’information.

Votre thèse de doctorat portait sur Gladio. Pouvez-vous nous éclairer à ce sujet ?

L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), la plus grande alliance militaire menée par les USA sur la planète, avait mis en place des armées secrètes dans tous les pays d’Europe occidentale après la Seconde Guerre mondiale. En Italie, l’armée secrète avait pour nom de code Gladio. Ces réseaux ont été armés et entraînés par la CIA et le MI6. Leur mission initiale était de se battre derrière les lignes ennemies en cas d’une invasion soviétique, d’où le nom de réseau stay-behind (rester derrière). Mais dans certains pays comme l’Italie, la France et la Turquie, ces armées secrètes sont devenues opérationnelles en l’absence totale d’une invasion soviétique en ciblant l’opposition intérieure et sont devenues tragiquement liées au crime et à la terreur.

Comment se fait-il que dans les soi-disant « démocraties » occidentales, des armées secrètes liées souvent à l’extrême-droite agissent en toute impunité ? Où sont les États et leurs institutions ?

En Suisse, en Belgique et en Italie il y a eu une enquête sur les armées stay-behind, donc au moins dans certains pays, les parlements locaux se sont penchés sur cette affaire délicate. Mais dans de nombreux autres pays, dont l’Allemagne, la France et la Turquie, il n’y a pas eu d’enquête approfondie. En outre l’OTAN et la CIA ont refusé de commenter. Ce fut un grand scandale militaire, et le président américain Bush père, qui était en poste à Washington lorsque l’existence des armées secrètes a été révélée en 1990, a tout simplement refusé de commenter. Des agents de la CIA ont confirmé que le rôle des armées secrètes existait, mais ils ont affirmé qu’elles avaient été conçues uniquement pour lutter contre une invasion soviétique. La CIA a déclaré que les armées secrètes Gladio n’étaient en rien liées avec le terrorisme. En novembre 1990, le parlement de l’UE a protesté « vigoureusement contre la prise en charge par certains membres du personnel de l’armée américaine du SHAPE et de l’OTAN du droit d’encourager la création en Europe d’un réseau clandestin de renseignement et d’opérations » et a appelé à « une enquête complète sur… ces organisations clandestines… et le problème du terrorisme dans Europe ». Mais rien ne s’est produit, l’affaire était délicate et le parlement européen était impuissant contre l’OTAN et de la CIA.

Vous appuyez souvent vos travaux avec des documents déclassifiés de diverses agences de renseignement, CIA, MI6, etc. Avez-vous pu obtenir facilement certaines informations confidentielles ou top secret ?

Non, il a toujours été très difficile de trouver des documents historiques sur la guerre secrète en général et sur l’opération Gladio en particulier. J’ai introduit une requête FOIA (Freedom of Information Act) avec la CIA, mais la CIA a refusé de me remettre les documents Gladio. L’OTAN a refusé aussi l’accès aux documents pertinents.

Peut-on dire que nous vivons le prolongement de la Guerre Froide, notamment avec le conflit larvé entre l’Union européenne et les USA d’un côté et la Russie de l’autre dont l’un des épicentres est l’Ukraine ?

Oui, en Ukraine, nous avons une nouvelle confrontation entre Washington et Moscou, une confrontation entre deux puissances nucléaires. Le 20 Février 2014, les États-Unis ont parrainé un coup d’État à Kiev, la capitale de l’Ukraine, dans le but de renverser le gouvernement Ianoukovytch et d’installer le nouveau gouvernement intérimaire de Porochenko. Le plan des États-Unis est de faire glisser l’Ukraine dans l’OTAN. Porochenko veut se joindre à l’OTAN. Le responsable du coup d’État de Kiev était Victoria Nuland qui est devenue célèbre pour son commentaire « Fuck the UE« , parce qu’elle ne se souciait pas ce que l’UE pense quand les États-Unis réalisent un coup d’Etat en Ukraine.

Mais les Russes ne veulent pas de cela. Ils ne veulent pas que l’Ukraine devienne un membre de l’OTAN. Donc, en mars, Poutine a réagi et a pris la Crimée. Aussi maintenant l’Ukraine est divisée en deux parties : l’une est alignée avec Washington, l’autre alignée avec Moscou.

Les États-Unis vont élire un nouveau président et choisir entre Trump et Clinton. Ne croyez-vous pas que ces deux candidats sont dangereux pour la stabilité et la paix dans le monde ?

Malheureusement, tant Trump que Clinton sont un danger pour la paix mondiale, ils serviront tous deux le complexe militaro-industriel, par conséquent ils serviront l’intérêt des puissants groupes de pression à Washington qui veulent plus de guerres et vendre plus d’armes.

D’après vos analyses, des dirigeants ont fomenté des complots en dehors du contrôle de leur Parlement et des institutions, certains sont vivants comme Blair, Bush, Cheney, Sarkozy, etc. Pourquoi ne sont-ils pas jugés ? Est-il utopique de croire à leur procès ?

Bush, Blair et Cheney devraient être traduits devant la Cour pénale internationale CPI à La Haye parce qu’ils ont attaqué l’Irak en 2003, ce qui était illégal. Sarkozy devrait également être traduit devant la CPI parce qu’il a attaqué la Libye en 2011avec Obama et Cameron. Mais ces dirigeants de pays de l’OTAN sont très puissants. Il est très difficile de les amener devant un tribunal, et en ce moment, cela semble impossible.

D’après vous, cette stratégie de guerre masquée et de création de tensions vise-t-elle à s’accaparer les ressources naturelles des pays, ou y a-t-il d’autres objectifs sous-jacents ?

Les guerres secrètes ont toujours été utilisées pour augmenter l’influence de l’empire américain et des pays alignés de l’OTAN. Donc, c’est vraiment le désir d’avoir plus de puissance et plus d’argent. La soi-disant guerre contre le terrorisme, qui a commencé en 2001, est pleine de mensonges. Surtout l’effondrement du WTC7 qui est tout à fait incertain. Je pense que la guerre entière contre le terrorisme n’a pas pour but de capturer des terroristes, mais d’obtenir le contrôle de l’approvisionnement en pétrole et en gaz.

D’après vos travaux, les groupes occultes qui commettent ces attentats et ces complots sont minoritaires. D’où tiennent-ils leur influence, et est-ce que les agences de renseignement ne sont pas infiltrées par ces groupes ?

Oui, les gens qui commencent toutes ces guerres et mentent au public sont une minorité. Mais ils sont puissants et ils contrôlent les services de renseignement comme la CIA et le MI6.

On constate un rôle croissant des sociétés militaires privées, comme Blackwater maintenant Academi, CACI, etc. Allons-nous assister à la privatisation de secteurs sensibles tels que la Défense et le Renseignement ? Qui est derrière ces sociétés ?

Je sais que l’influence d’Academi et d’autres sociétés militaires privées est en augmentation. Mais vraiment, je ne sais pas grand-chose à ce sujet parce que je ne l’ai pas étudié en détail.

À votre avis, pourquoi les puissances occultes au service de l’impérialisme éprouvent-elles le besoin d’accuser ceux qui contestent leurs thèses officielles d’être des conspirationnistes, des adeptes de la théorie du complot, et autres qualificatifs péjoratifs ?

Le terme théorie du complot est utilisé pour discréditer tout qui critique l’élite et aussi l’abus de pouvoir de l’élite. Si vous doutez des attaques terroristes du 11 Septembre, vous êtes immédiatement attaqué comme un théoricien de la conspiration. Mais de plus en plus de gens commencent à comprendre que la soi-disant guerre contre le terrorisme dans son ensemble est pleine de mensonges et de brutalité.

Toutes les informations dont nous disposons au sujet de ces criminels en col blanc, leurs assassinats de masse, les mensonges d’État, ne sont-ils pas une goutte dans l’océan ?

Non, cette information est importante; nous devons essayer de comprendre ce qui se passe.

En manipulant le terrorisme, les pays occidentaux ne jouent-ils pas avec le feu ?

En effet, il est très dangereux de manipuler les terroristes. La CIA l’a fait en armant Al-Qaïda en Afghanistan dans les années 1980. Et maintenant, la même chose arrive à nouveau en Syrie.

Vous êtes également un expert en énergie, quelles sont vos prévisions par rapport à ce marché ? L’humanité peut-elle se permettre de rester dépendante des énergies fossiles?

Non, nous devons aller vers les énergies renouvelables. Nous devrions essayer de réduire la consommation de pétrole, de gaz, de charbon et d’énergie nucléaire et aller vers l’énergie solaire, l’énergie éolienne, l’énergie de l’eau, et l’énergie géothermique.

Interview réalisée par Mohsen Abdelmoumen | Publiée le 20 septembre 2016

Daniele Ganser est né en 1972 à Lugano en Suisse. Il est historien et chercheur spécialisé dans les questions énergétiques, l’histoire économique, la géostratégie et l’histoire contemporaine internationale depuis 1945. Il est le fondateur et le directeur de l’Institut suisse pour la recherche sur la paix et l’énergie (SIPER). Il a étudié à partir de 1992 l’Histoire et les relations internationales à l’Université de Bâle, à l’Université d’Amsterdam (UVA) et à la London School of Economics (LSE). Il a obtenu sa licence en 1998 summa cum laude et son doctorat en 2001 insigni cum laude. De 2001 à 2003, il a mené des recherches dans le think tank Avenir Suisse à Zurich, de 2004 à 2006 au Centre d’études de sécurité (CSS) à l’ETH Zurich. Il enseigne à l’Université de Saint-Gall (HSG) sur l’histoire et l’avenir des systèmes d’énergie et a été chargé de cours en histoire contemporaine à l’Université de Bâle, à l’Université de Zurich et à l’Université de Lucerne. Il est membre du conseil consultatif de la Swisscleantech Business Association. Il a reçu le prix allemand QI 2015 décerné par Mensa en Allemagne, l’association pour les personnes surdouées. Son livre « Les armées secrètes de l’OTAN en Europe » a été traduit dans 10 langues. Son livre « L’Europe dans la ruée vers le pétrole » est sorti en septembre 2012 et décrit la lutte mondiale pour le pétrole. Le TOP 10 de ses conférences et interviews récolte plus de 3 millions de vues sur Youtube. Daniele Ganser a une fille et un fils et vit avec sa famille près de Bâle.

 

 

Maintenir l’EI à Deir ez-Zor pour une victoire à Mossoul

par Linda Kennouche

20 septembre 2016

Source :

http://arretsurinfo.ch/maintenir-lei-a-deir-ez-zor-pour-une-victoire-a-mossoul/

Source originale :

http://www.lorientlejour.com/rubrique/7-moyen-orient-et-monde

Une reconquête de cette zone de l’est de la Syrie par les alliés du « régime » signifierait la réouverture de l’axe stratégique Téhéran-Bagdad-Damas, que Washington entend à tout prix éviter.

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La coalition internationale menée par les États-Unis a reconnu samedi qu’elle était à l’origine des raids meurtriers contre les positions de l’armée syrienne au mont Tubar, à 4 kilomètres au sud de l’aéroport de Deir ez-Zor, mais en précisant qu’il s’agissait de bombardements accidentels. La coalition aurait donc commis une bavure en confondant les cibles terrestres. Selon le commandement des forces américaines au Moyen-Orient (Centcom), « la coalition ne ciblerait jamais intentionnellement une unité militaire syrienne ». Cependant, cette thèse serait difficilement soutenable pour plusieurs raisons.

Premièrement, des sources militaires et le communiqué du porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov, confirment que les quatre raids ont été effectués par deux avions militaires antitanks A-10 et deux chasseurs F-16 dotés de mitrailleuses lourdes avec pour objectif de détruire les fortifications de l’armée syrienne dans ces zones. Deuxièmement, ces bombardements ne visaient pas une cible mobile, mais une position fixe tenue par l’armée syrienne au vu et au su de tous dans une zone où seuls deux acteurs sont impliqués sur le terrain : l’armée syrienne et l’État islamique. Par ailleurs, comme le relève le spécialiste Fabrice Balanche dans son analyse de la situation, « le mont Tubar subissait, au moment des frappes américaines, une attaque de l’EI. Mais il n’était pas prévu que l’aviation de la coalition vienne prêter main forte à l’armée syrienne. Elle ne l’a effectivement jamais fait puisqu’elle s’est toujours abstenue de bombarder l’EI dans la périphérie de Deir ez-Zor ».

L’attaque de samedi n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle du 6 décembre 2015 contre un camp des forces spéciales syriennes dans la zone d’al-Baghlia à l’est de Deir ez-Zor, et dans laquelle l’implication américaine avait été soulevée par la Russie. À l’époque, Igor Konachenkov s’était interrogé en ces termes :

« Si les États-Unis ne sont pas impliqués dans cette frappe, pourquoi les représentants du Pentagone, étant les chefs de la coalition contre Daech, passent sous silence la présence d’avions de leurs alliés, le 6 décembre dans la région de Deir ez-Zor ? N’est-ce pas parce que la coalition reçoit toute l’information, sur les cibles de Daech à viser, de la part du Pentagone ? »

Si ces frappes meurtrières de la coalition ont suffisamment affaibli l’armée pour donner l’ascendant à l’EI, qui au terme de son offensive a pu s’emparer de la zone, les raisons de cette action quelques jours à peine après la conclusion d’un accord difficile avec les Russes ne sont pas tout à fait claires.

Mossoul vs Deir ez-Zor

Deux explications sur cette attaque surprise semblent cependant s’imposer. L’affaiblissement des forces du régime qui mènent l’offensive contre l’EI à Deir ez-Zor n’est pas un non-sens dans le cadre des préparatifs de la bataille finale de Mossoul en Irak. En effet, si Washington mène une guerre totale contre l’EI et prive le groupe d’une zone de repli à Raqqa et Deir ez-Zor, non seulement les combats s’annoncent d’une grande férocité dans le cadre d’une offensive acharnée et extrêmement coûteuse, mais il faudrait également compter sur une plus grande participation des unités de mobilisation populaire Hached al-Chaabi, en Irak. Or, si les Américains planifient une victoire-éclair à moindre coût, il est exclu, pour atteindre cet objectif, de concéder un rôle de premier plan aux milices chiites dans la deuxième ville d’Irak, capitale de l’EI. Dans cette perspective, le groupe doit conserver sa base arrière en Syrie.

Par ailleurs, il est fort probable que les Américains aient eu connaissance du plan russo-iranien pour reprendre la totalité de Deir ez-Zor. Or une reconquête de cette zone par les alliés du régime signifierait la réouverture de l’axe stratégique Téhéran-Bagdad-Damas et donc le rétablissement d’une continuité territoriale et d’une profondeur stratégique ; ce que Washington entend à tout prix éviter.

Les développements de ces derniers jours risquent de compromettre sérieusement l’accord fragile et difficilement accepté par les Américains en raison, selon des sources proches des négociateurs, de l’opposition du Pentagone à cette trêve. Ces évolutions en Syrie mettent en lumière le fait que la guerre contre le terrorisme n’incarne pas la dimension principale de ce conflit. Les bombardements des Israéliens contre les positions de l’armée syrienne au Sud pour, selon certains observateurs, faciliter l’offensive des combattants du Front Fateh al-Cham (ex-Nosra) et, à quelques jours d’intervalle, les raids aériens de la coalition à Deir ez-Zor, tendent à confirmer l’hypothèse que la priorité est à présent l’affaiblissement durable du régime syrien.

 

Obama au secours de Daech

par Bruno Guigue

Source : Arrêt sur info

18 septembre 2016

 

Le président des Etats-Unis va bientôt tirer sa révérence. Mais avant de rejoindre le club des conférenciers à 100 000 dollars, il aura commis un nouveau forfait en Syrie. Le 17 septembre, pour la première fois, son aviation a tué entre 60 et 80 soldats de l’armée arabe syrienne à Deir Ezzor. Loin d’être fortuite, cette attaque a eu lieu au moment même où l’armée nationale affrontait une offensive de Daech.

Le Pentagone a déclaré qu’il s’agissait d’une erreur, mais qui peut croire un tel mensonge ? Cette version officielle a d’ailleurs reçu sa première entaille de la part de l’ambassadrice US à l’ONU. Elle a admis devant le conseil de sécurité que les USA étaient à l’origine de cette frappe, mais elle en a minimisé l’importance, en comparant cette bavure « non intentionnelle » avec les « attaques intentionnelles » de Damas contre des civils. Curieuse explication !

La thèse de l’accident, en réalité, ne tient pas la route. Il suffit de considérer les faits pour s’en rendre compte.

– Premièrement, le « modus operandi » de l’attaque. Menée à quatre reprises par plusieurs appareils de combat au sol, elle a duré selon les témoins près de 45 minutes. Il ne peut donc s’agir de l’opération erratique d’un pilote isolé qui aurait mal compris les ordres reçus.

– Deuxièmement, le lieu de l’attaque. La position ciblée est Jebel Thardeh, à 4 kilomètres au sud de l’aéroport de la ville. Il s’agit d’une colline-clé pour la défense de toute la zone, où 100 000 habitants sont encerclés par Daech. C’est une position statique, occupée par l’armée syrienne au su et au vu de tous depuis des mois.

– Troisièmement, le communiqué de victoire de Daech. L’agence de propagande « Amaq », en effet, a affirmé que le groupe djihadiste avait pris le contrôle de la colline où a eu lieu la frappe aérienne de la coalition prétendument anti-terroriste. Cette belle coordination entre les USA et leurs mercenaires officieux mérite d’être soulignée !

– Quatrièmement, l’invraisemblance totale d’un appui aérien US à l’armée syrienne. C’est la seule explication possible s’il s’agit d’une « bavure », mais elle est absurde. L’aviation occidentale n’a jamais prêté main forte à l’armée syrienne, pourquoi le ferait-elle ? C’est la question que l’ambassadeur de Russie vient de poser à l’ONU. La réponse est évidente : il ne s’agissait pas d’aider l’armée syrienne, mais d’aider Daech.

Frapper l’armée syrienne au profit de Daech, en effet, permet d’atteindre trois objectifs. En soulageant le front d’Alep, ce contre-feu allumé à l’extrémité Est du pays brise le rêve d’une reconquête du territoire national. Il fragilise l’Etat syrien. Mais il envoie aussi un message explicite à la nébuleuse takfirie en mauvaise posture depuis la reprise des quartiers Sud d’Alep. Enfin, il conforte les alliés régionaux de Washington dans la poursuite de leur politique mortifère du « chaos constructif » au moment où la fin de mandat de Barack Obama pouvait laisser craindre un certain ramollissement de Washington.

On savait le cynisme US sans limite, mais il vient de faire un saut qualitatif. C’est la première fois que les USA agressent frontalement l’armée syrienne. Cette nouvelle transgression a valeur de test, et la réplique de l’axe Moscou-Damas ne devrait pas se faire attendre. Cette main tendue à l’organisation terroriste montre que les néocons n’entendent pas lâcher prise au Moyen-Orient. La coïncidence de cette attaque avec l’octroi de 38 milliards de dollars à Israël est significative. Contrairement à ce qu’on lit parfois, Washington ne se désengage pas de la région. Il continuera, demain, d’y semer le chaos en armant le bras des tueurs en tout genre.

Bruno Guigue, ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de La Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.

 

Reconnaître les signes du temps

Allemagne: nouvelle stratégie de protection civile
L’Allemagne se prépare-t-elle à la guerre?

Conséquences pour la Suisse

Horizons et débats /Zeit-Fragen, Zurich
6 septembre 2016

rl./me. Le 24 août, Mr Thomas de Maizière, ministre des Affaires intérieures de la République fédérale a proposé au Cabinet un plan d’action qui, depuis 2012, a été élaboré dans le cadre d’une «Conception de défense civile». Ces propositions ont été acceptées par le Cabinet. C’est très tard que le gouvernement allemand assume sa responsabilité de mettre en route une stratégie de protection civile. Cette stratégie fait partie d’une stratégie de défense globale («Rahmenrichtlinien für die Gesamtverteidigung» {RRGV}), dans laquelle est intégrée également la «Konzeption der Bundeswehr» (KdB).
L’Allemagne se prépare-t-elle à une guerre future? Depuis la fin de la guerre froide, c’est la première fois qu’officiellement, on ne prend en considération pas seulement des attaques terroristes et électroniques, mais aussi une situation de guerre. Mais il faut voir la publication actuelle aussi comme un élément des préparatifs psychologiques à grande échelle pour une future guerre. Cette démarche de politique intérieure s’inscrit dans la politique d’alliance de l’Allemagne en tant que «vassal fidèle» de Washington.
Ceci a des conséquences sur la politique actuelle de la Suisse.
Propositions concrètes
Dans la «Conception de défense civile», du Ministère des affaires intérieures du 24 août, on lit en détail, sur 70 pages, des mesures de préparation civile pour le cas d’une guerre (cf. http://www.bmi.bund.de/SharedDocs/Downloads/DE/Broschueren/2016/konzeption-zivile-verteidigung.pdf?__blob=publicationFile). Dans ce volumineux document, on trouve aussi des mesures à prendre en cas de contamination radioactive, biologique et chimique (p. 28) en cas de manque de main d’œuvre (p. 59) et de mesures de soutien aux forces armées (p. 60). Entre autres, il est proposé de
•    alerter la population avec un «effet réveil» en cas de danger en utilisant radio, télévision, sirènes, systèmes d’haut-parleurs, SMS et Internet – également dans les chemins de fer;
•    contrôler si les réserves en vaccins contre la variole et les réserves d’antibiotiques doivent être augmentées;
•    préparer l’installation de «centres de décontamination» devant les hôpitaux en cas d’attaques nucléaires, biologiques ou chimiques, pour traiter les blessés en dehors des hôpitaux;
•    préparer la mobilisation, dans un délai de 24 heures, d’un tiers des forces de l’Organisation de protection civile fédérale («Technisches Hilfswerk THW»), à la fois et sur tout le territoire;
•    établir une stratégie «Conception globale courant d’urgence» pour la République fédérale et pour les Länder, de sorte que l’agence fédérale du réseau électrique puisse, en cas de crise, décider de «l’interruption ou l’établissement en priorité d’installations vitales»;
•    instaurer des entrepôts de pétrole et d’essence à 140 endroits pour garantir un plein approvisionnement pendant 90 jours;
•    iscuter d’une «réserve de denrées alimentaires» au niveau fédéral et, en outre, miser sur la «responsabilité personnelle et les capacités de se protéger» de la population;
•    demander que tous les ménages, disposent d’une pharmacie d’urgence, de couvertures chaudes, de charbon, de bois, de bougies, de torches, de piles, d’allumettes, d’accumulateurs chargés et de réserves d’argent liquide (cf. Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung du 21 août).
Penser à des attaques par armes ABC
Une guerre avec l’utilisation d’armes atomiques, biologiques ou chimiques doit, à nouveau, être prise en considération. Concernant le nouveau rapport gouvernemental, Spiegel online déclare que «dans le document, une attaque contre le territoire de l’Etat n’est, indirectement, plus exclue». (21 août)
Depuis un certain temps, un conflit guerrier se dessine à l’horizon. Les Américains provoquent à outrance la Fédération de Russie. Au cours des derniers 25 ans, les Russes n’ont violé le droit international qu’une fois. Les Etats membres de l’OTAN l’ont fait souvent, notamment en Yougoslavie, en Irak, en Libye, en Syrie. Les révolutions de couleur, dirigées par l’OTAN, relèvent du répertoire standard. Les flux migratoires de ces derniers mois sont des opérations dirigées – et ne sont pas un hasard.
Depuis que la situation en Ukraine s’est aggravée suite à des interférences de l’extérieure (activités de diverses fondations américaines, tireurs embusqués «inconnus» puis un coup d’Etat), il y a des préparatifs, directement à la frontière russe, pour un conflit armé avec la Russie. Washington et l’OTAN ont fait avorter toutes tentatives d’une solution pacifique (Steinmeier, Hollande).
Le gouvernement allemand est fermement intégré à l’OTAN et continue de suivre les directives d’outre-Atlantique. Contrairement à la Loi fondamentale allemande, il est intégré depuis longue date dans des activités bellicistes. Lors du dernier sommet de l’OTAN à Varsovie, les Etats-membres ont été obligés de «renforcer leur résistance civile contre des menaces non conventionnelles» (Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung, du 21 août). L’escalade est en cours.
Des années de préparatifs de guerre
Les grands médias allemands se sont alliés, depuis des années, à la stratégie de guerre des «atlantistes». Selon eux, la Russie, et en particulier le président russe, sont dotés, exclusivement, de caractéristiques négatives. On utilise les poncifs les plus primitifs pour créer et ancrer des préjugés. Ainsi, on saborde les solutions diplomatiques et pacifiques. Tout le monde sait que la propagande est un élément important de la préparation psychologique de toute guerre. Et cette propagande est devenue de plus en plus intense, ces dernières années.
Jouer avec le feu
Certains milieux, aux Etats-Unis, conduisent le monde vers une guerre, avec le but de rester l’«unique puissance mondiale», malgré un endettement impossible à rembourser. Pour commencer, le champ de bataille pourrait bien se situer en Europe. Les Etats-Unis eux-mêmes se trouvent devant des défis intérieurs difficiles (dettes de l’Etat, hélicoptère monétaire, appauvrissement des populations). En outre, une campagne électorale malpropre rend l’impossible possible. Le candidat Trump est opposé au «modèle d’affaire» basé sur la guerre. Donc, il est diabolisé. Hillary Clinton représente la combinaison de Wallstreet et du complexe militaro-industriel.
La Suisse rêve encore de l’UE et du PPP
La Suisse, encore obnubilée par de nombreux avantages imaginaires, se réveillera doucement de ses rêveries portant sur l’UE et le PPP (Partenariat pour la Paix). La portée des accords signés par une Suisse étourdie, devient évidente, devant le scénario d’une possible guerre. Notre pays est trop impliqué dans l’une des futures alliances bellicistes.
La Suisse doit se refuser aux factions bellicistes
En Suisse, des mesures politiques, économiques et de droit public doivent être entreprises. Sinon, le réveil sera terrible. Pour la politique, cela signifie d’adopter les mesures nécessaires pour que le pays puisse maintenir la neutralité dans le contexte international. Quels accords politiques et économiques avec d’autres Etats doivent être conclus pour garantir notre neutralité? Avec quelles mesures la sécurité des civils peut-elle être garantie en cas d’actes de guerre? Quelles mesures militaires sont nécessaires pour rendre crédible la neutralité? Mais, face à d’autres Etats, Didier Burkhalter doit parler franchement: la Suisse se refuse à la faction belliciste. La Suisse reste fidèle à la stratégie de la paix et du commerce.
Renforcer les forces politiques positives
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le conseiller fédéral Giuseppe Motta a fait sortir la Suisse de plusieurs obligations politiques ayant pu s’avérer dangereuses pour le pays. En politique intérieure, un accord entre les différentes tendances politiques au sein du Conseil national rendit possible la préparation à la guerre.
Aujourd’hui également, il est nécessaire de chercher des voies pour assurer notre avenir en cas d’un possible conflit armé tout en créant l’espace libre nécessaire pour une diplomatie de paix et d’éventuels bons services pour autrui. Ce ne sont pas uniquement les politiciens des différents camps politiques qui sont sollicités mais également toutes les personnes civiles. La Suisse a de la latitude, elle a un héritage et une mission. Des suiveurs, il y en a assez. Etre un modèle oblige.    •
Penser aux provisions domestiques
rl. Etes-vous préparés? Vos proches et vos voisins sont-ils préparés? Des provisions domestiques peuvent vous aider de surmonter des temps difficiles. A l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE), vous pouvez commander gratuitement diverses publications, par exemple le dépliant «Des provisions … providentielles» pour surmonter une pénurie de 7 jours (www.bwl.admin.ch) ou des informations comment réagir lors d’une panne d’électricité (www.bwl.admin.ch/dienstleistungen).
Outre les informations actuelles de l’OFAE – actualisées dernièrement et disponibles également sur les médias sociaux (cf. encadré) –, il vaut la peine d’étudier également les informations plus anciennes. Nous vous recommandons par exemple la liste des aliments contenue dans la brochure «Provision de ménage – Pour que l’éventualité ne devienne pas la fatalité» de l’OFAE parue en 1997. Cette liste contient les quantités nécessaires pour 15 jours. Dans cette brochure, vous trouverez également des informations concernant la gestion sensée des provisions.
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Alertswiss – un application pour réaliser son propre plan d’urgence

hd. En 2015, l’Office fédéral de la protection de la population (OFPP) a lancé le système Alertswiss en collaboration avec diverses organisations partenaires. Il est accessible par le biais du site web (alertswiss.ch), d’une application gratuite, du compte Twitter (@alertswiss) et de YouTube pour informer toute personne intéressée sur la protection en cas de catastrophe ou de situation d’urgence. La principale mesure consiste à réaliser soi-même un plan d’urgence pour son propre ménage. On peut, par exemple, y noter les lieux de rendez-vous pour les membres de la famille, des informations importantes ou une liste des provisions de ménage. L’application est très bien faite. «En situation d’urgence, il est décisif que les autorités et la population sachent réagir correctement et rapidement», a déclaré Benno Bühlmann, le directeur de l’Office fédéral de la protection de la population.

Les ombres du 11 septembre

par Bruno Guigue

11 septembre 2016

Source: http://arretsurinfo.ch/les-ombres-du-11-septembre-2016-par-bruno-guigue/

 

Dès le lendemain des attentats, une chape de plomb s’est abattue. En guise d’explication, il fallut se contenter d’une sorte de western planétaire. A quoi bon tenter d’expliquer l’événement puisque l’essentiel était de punir les coupables ? Exit l’inquiétante complexité d’un monde que l’on répugne à comprendre, place à l’affrontement binaire du Bien et du Mal. L’événement fut vidé de sens, projeté dans l’imminence d’une croisade dont le président américain, ce justicier mondial, prenait la tête au nom d’une Amérique meurtrie.

Bonne conscience

Privée de toute autre option intellectuelle, l’opinion américaine se trouva confortée dans son habituelle bonne conscience : mais pourquoi donc nous veut-on tant de mal, nous qui apportons la prospérité au monde ? Le plus étonnant, au lendemain de l’attentat, fut l’étonnement américain. Cette nation qui impose son hégémonie au reste du monde découvrit alors, stupéfaite, qu’on pouvait la détester. On se demande ce qui a davantage blessé l’opinion d’outre-Atlantique : le nombre des victimes ou l’insoutenable réalité de ce qui aurait dû rester du domaine de la fiction ?

Tout, dans la tragédie du 11 septembre, était pourtant de nature à susciter l’autocritique de l’hyperpuissance américaine. Les attentats ont stupéfié le monde par leur caractère spectaculaire et leur terrifiante efficacité. Dotée de moyens dérisoires, une poignée de tueurs a infligé à l’Amérique une humiliation sans précédent. Dans un univers bardé d’électronique de pointe, quelques terroristes ont fait la démonstration que l’ampleur des dégâts ne dépendait pas de la maîtrise des technologies dernier cri : un manuel de pilotage, un solide entraînement et des cutters ont fait l’affaire. Ils ont suffi, en tout cas, à provoquer au sein de la première puissance du monde un véritable cataclysme, ridiculisant les systèmes de protection sophistiqués dont elle s’entourait à coup de milliards de dollars.

Un hyper-terrorisme suicidaire

L’objectif de cet hyper-terrorisme suicidaire était d’infliger des pertes humaines considérables en frappant des cibles civiles et militaires. Mais rien ne fut laissé au hasard. En frappant les USA de façon aussi brutale, les terroristes ont voulu délivrer un message sans équivoque. Symboles de la puissance politique, économique et militaire des Etats-Unis, la Maison Blanche, le World Trade Center et le Pentagone ont été choisis avec le même discernement que celui qui présidait aux frappes chirurgicales administrées par l’aviation US au Moyen-Orient.

Dans la brutalité des frappes aériennes, les Américains apprécient la rigueur qui s’attache au châtiment, ils goûtent la distance qui rend les opérations invisibles, le côté abstrait d’une lutte où l’éloignement permet d’accréditer l’image d’une guerre aseptisée. Puritain lui aussi, et rejeton d’un capitalisme alimenté par les pétrodollars, l’ex-agent de la CIA Oussama Ben Laden a retourné contre l’Amérique la même violence manichéenne. Comme un boomerang, elle s’est précipitée au visage des apprentis-sorciers qui l’ont fait naître.

En inventant l’hyper-terrorisme suicidaire par voie aérienne, Ben Laden a créé le dernier avatar de la barbarie moderne. Mais en retournant le feu céleste contre le « Grand Satan », il a cherché à humilier les Etats-Unis en faisant payer au prix fort, par des milliers d’innocents, la facture de son audace meurtrière. Et en frappant d’abord des civils, il a inversé, au détriment des Américains, leur doctrine hypocrite des frappes chirurgicales et des dégâts collatéraux.

Djihadisme made in USA

Les USA portent une écrasante responsabilité dans la montée en puissance du djihadisme. Ce dernier fut l’antidote à l’influence communiste, patiemment distillé par la CIA au temps de la guerre froide. Puis il survécut à la fin de l’affrontement Est-Ouest, au gré d’une stratégie opaque. Cette connivence entre l’Amérique puritaine et l’idéologie fondamentaliste sunnite ne date pas d’hier, et elle est directement liée à un enjeu qui n’a rien de métaphysique : la maîtrise des ressources pétrolières.

La découverte des principaux gisements de la péninsule arabique permit de sceller une alliance durable entre les Etats-Unis et la monarchie saoudienne. Les compagnies pétrolières d’outre-Atlantique en furent les principales bénéficiaires. Entre les Américains et les Saoudiens, une convergence d’intérêts économiques explique la permanence de leur alliance à travers les vicissitudes du siècle. Mais la doctrine rétrograde de la monarchie wahhabite présentait aussi un gage de conservatisme face à la double menace qui se profilait à partir des années 1950 : le communisme et le nationalisme arabe.

Rempart contre l’influence soviétique, antidote au nationalisme arabe, opportun concurrent de la subversion chiite : les stratèges de la CIA ont prêté à l’islamisme sunnite toutes les vertus. En échange du pétrole, les Américains laissèrent le champ libre à la monarchie wahhabite, qui finança dans l’ensemble du monde musulman un immense réseau d’officines obscurantistes. Une Arabie saoudite ultra-conservatrice sur le plan intérieur et docile sur le plan extérieur constitua, au côté de l’alliance avec Israël, le pivot de la politique américaine au Moyen-Orient.

Le bouillon de culture afghan

En soutenant la lutte armée des factions islamistes en Afghanistan, les Américains et leurs alliés wahhabites ont mis le doigt dans l’engrenage. Avant même l’intervention russe, ils livrèrent des armes aux adversaires du pouvoir pro-soviétique. Pendant dix ans, Washington versa une moyenne annuelle de 600 millions de dollars aux adeptes du djihad contre le Satan soviétique. Les USA, au lendemain de l’effondrement russe, persistèrent dans leur appui politique et financier à la nébuleuse djihadiste. Cédant au vertige du succès, Washington s’extasia sur les performances de la guérilla islamiste qui, en Afghanistan, fit vaciller l’Union Soviétique.

La créature, toutefois, ne tarda pas à se retourner contre son créateur. Au nom de la lutte contre l’Union Soviétique, les responsables américains ont favorisé les extrémistes. Zbigniew Brzezinski et ses émules croyaient qu’ils pourraient se débarrasser des djihadistes après usage. Ils restèrent passifs devant une radicalisation abolissant toute différence entre l’Est et l’Ouest et laissèrent fermenter le bouillon de culture du djihad afghan. Washington avait enfanté Al-Qaida. Cette querelle de famille fut soldée le 11 septembre.

Les ombres du 11 septembre

Mais cette politique n’était pas une erreur. Elle fut délibérée. Selon Peter Dale Scott, une partie de l’appareil sécuritaire des Etats-Unis protégeait deux des auteurs des attentats du 11 septembre, et il est probable qu’elle ait sciemment laissé agir les terroristes. « Permettez-moi de suggérer qu’il existe au moins trois étapes distinctes dans les attentats du 11 septembre : les détournements d’avions, les frappes contre les bâtiments et l’effondrement surprenant des trois immeubles du World Trade Center. Il est possible que le groupe de liaison de l’équipe « Alec Station » (CIA) ait envisagé uniquement la première étape sans envisager les deux suivantes » (« L’Etat profond américain », Editions Demi Lune, 2015).

Ainsi il est probable que ces attentats aient bénéficié de la complicité d’un certain nombre d’agents des innombrables services de sécurité qui fourmillent dans le pays, se livrant à d’incessantes querelles et à de téméraires combinaisons au détriment de la sécurité des citoyens. Sur la base de ces faits extrêmement troublants, on ne saurait évacuer la possibilité, dès lors, que les dirigeants du pays eux-mêmes aient couvert ces agissements occultes et accueilli l’événement du 11 septembre comme une formidable opportunité.

Offensive néo-conservatrice

L’émotion populaire, en effet, ne pouvait que créer les conditions propices à un basculement du pouvoir vers les zones secrètes de l’Etat profond. Elle ne pouvait que justifier une politique agressive à l’échelle planétaire qui était programmée depuis plusieurs années par ses principaux représentants. On peut toujours hausser les épaules, mais il y a un inconvénient : c’est exactement ce qui s’est passé.

Les attentats ont donné le coup d’envoi d’une offensive militaire néo-conservatrice sans précédent. Et cet interventionnisme a eu pour effet de relancer à son tour de façon exponentielle le terrorisme planétaire qu’il prétendait éradiquer. Le 11 septembre 2001 restera dans les annales comme un événement-prétexte qui inaugura, de fait, la mise en œuvre d’une stratégie du « chaos constructif » à grande échelle dans laquelle le cynisme des dirigeants US atteignit des sommets.

A côté des terroristes qui servirent de petites frappes, les principaux responsables de ce crime de masse ne sont autres, en réalité, que ces marchands d’armes, ces financiers véreux et ces politiciens sans scrupule qui auront exploité jusqu’au bout, depuis quinze ans, le précieux filon de la guerre contre la terreur. Et cette exploitation est d’autant plus scandaleuse que cette prétendue guerre contre la terreur ne fut jamais autre chose que son contraire.

Bruno Guigue | 11 septembre 2016

 

 

Bruno Guigue, ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de La Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.

Le cas de la partition de l’Ukraine

par The Saker

1er septembre 2016

Article original paru sur The Unz Review

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par nadine pour le Saker francophone

Le cas de la partition de l’Ukraine

 

De même que la presse-système ne rapporte pas que les États-Unis et la Russie sont sur une trajectoire de collision qui peut déboucher sur une guerre nucléaire, elle ne parle pas non plus de l’Ukraine en train de s’effondrer. Cela ne signifie pas, pour autant, que l’Ukraine ne s’effondre pas ; elle s’effondre. En fait, cela fait déjà un long moment, mais puisque cet effondrement passe inaperçu par manque d’action militaire et grâce au soutien politique de l’Empire, il ne paraît pas catastrophique – au sens où il causerait un changement spectaculaire subit.

 

Mais les signes sont partout présents, allant de l’attaque tout à fait bizarre de saboteurs ukronazis contre la Crimée (qui, en plus du groupe qui a été arrêté, impliquait également au moins deux autres groupes opérant une reconnaissance de diversion en tirant sur le nord-est de la péninsule) jusqu’aux rapports quasi quotidiens sur une attaque ukronazie imminente, mais qui apparemment n’arrive jamais, contre le Donbass. Sur le front politique, la Jeanne d’Arc ukrainienne, Nadejda Savchenko, est maintenant accusée d’être un agent de Poutine, parce qu’elle prône des négociations avec les Républiques populaires de Donetsk et Lugansk, alors que le régime de Kiev tente de préserver sa pertinence auprès des faucons de l’OTAN, en offrant de leur enseigner «comment combattre les Russes». La réalité, bien sûr, est que le soutien financier de l’Empire à l’Ukraine s’est maintenant presque complètement asséché parce que, entre autres choses, il réalise que les Ukies peuvent voler presque tout l’argent qu’ils reçoivent et que plus personne ne gobe le bobard «les Russkofs arrivent !». Franchement, le projet ukronazi a fait son temps et plus personne ne se préoccupe de ce qui arrivera au peuple ukrainien.

Et c’est une immense erreur.

La Somalie dans l’Union européenne

Il est impossible d’estimer combien de gens vivent encore en Ukraine aujourd’hui, mais la plupart des experts pensent que leur chiffre se situe quelque part entre 35 et 40 millions. La grande majorité d’entre eux se battent pour gagner leur vie et leur avenir paraît très, très sombre. Vous vous rappelez Les cinq stades de l’effondrement de Dmitri Orlov ? Ce sont :

Stade 1 : Effondrement financier. La foi dans le business as usual est perdue.

Stade 2 : Effondrement commercial. La foi dans «le marché y pourvoira» est perdue.

Stade 3 : Effondrement politique. La foi dans «le gouvernement prendra soin de vous» est perdue.

Stade 4 : Effondrement social. La fois dans «vos concitoyens prendront soin de vous» est perdue.

Stade 5 : Effondrement culturel. La foi dans «la bonté de l’humanité» est perdue.

 

Même un coup d’œil rapide sur ce qui se passe en Ukraine montre clairement que le stade 5 a déjà été atteint il y a un bon moment, vraiment. Ce qui vient ensuite, c’est essentiellement la Somalie. Mais une grande, vraiment grande Somalie, avec des millions de fusils d’assaut circulant dans la population, avec d’importants sites industriels capables de provoquer un autre désastre style Tchernobyl, avec divers escadrons de la mort (privés ou semi-officiels) arpentant le pays et imposant leur loi grâce a des véhicules blindés et des mitrailleuses lourdes. Donc si l’Occident, toujours eurocentrique, pouvait se permettre d’ignorer une Somalie en Somalie, il ne peut en aucune manière ignorer une Somalie à la frontière de l’Union européenne et de l’OTAN. Pour le dire simplement : il n’y a absolument aucun rempart entre la Somalie en Ukraine et l’UE. Une fois que cet effondrement final inévitable et cette fois, catastrophique, se produira, l’explosion qui en résultera prendra simplement le chemin de la plus grande facilité.

À l’est, nous avons la Russie, avec ses agences de sécurité superbement capables, la Garde nationale nouvellement créée, de grandes formations militaires déployées le long de ses frontières, et le plus important, une excellente compréhension de se qui se déroule en Ukraine. À l’ouest, nous avons essentiellement l’Europe de Conchita Wurst, incapable de concevoir la moindre politique (puisque tous les ordres viennent d’Oncle Sam), avec des forces militaires pour la parade, principalement hallucinées par la menace russe, avec des services de sécurité qui ne peuvent même pas faire face à l’actuel flux d’immigrants et, c’est le plus important, avec une classe dirigeante et une population qui n’ont pas la moindre idée ou compréhension de ce qui se passe en Ukraine.

La Russie a un autre immense avantage : elle contrôle déjà la Crimée et la Novorussie et a déjà développé les compétences nécessaires pour traiter des millions de réfugiés. Eh oui, alors que les dirigeants occidentaux étaient occupés à accuser la Russie de tout et à faire des promesses totalement folles aux Ukrainiens, la Russie a déjà dû absorber 1,5 million de réfugiés qui ne devaient pas seulement être filtrés contre les saboteurs et terroristes nazis, mais ensuite transférés intelligemment. Le service d’immigration a très bien travaillé aussi en transférant, par exemple, des médecins dans des régions où ils étaient nécessaires (y compris la Tchétchénie).

Tout cela pour dire que lorsque l’inévitable explosion se produira, les Européens seront les plus durement touchés et devront se démener pour faire face à la situation. À voir à quel point les élites compradores de l’UE sont incompétentes et sans idées, nous pouvons parfaitement nous attendre à ce qu’elles fassent de la situation un bordel total, comme elles font toujours, et finissent par se soucier avant tout des retombées politiques résultant du désastre.

Les Américains, protégés par l’océan Atlantique, feront comme d’habitude : fournir du leadership et du soutien, mais ne sortiront pas un seul dollar pour répondre aux mesures effectivement nécessaires pour affronter la situation. Politiquement, ils feront en Ukraine ce qu’ils ont toujours fait dans de telles situations : clamer victoire et s’en aller.

À ce stade, la situation deviendra si indéniablement mauvaise, que même les politiciens occidentaux devront sortir de leur délire confortable : ils s’envoleront pour Moscou pour obtenir des Russes qu’ils réparent ce gâchis.

Les Russes n’arrivent pas (encore une fois)

Je ne cesserai jamais de répéter que la Russie est beaucoup plus faible que la plupart des gens ne le pensent. Son territoire est immense et son armée sans doute la meilleure de la planète, mais sa population est relativement petite et son économie a du mal. Oui, l’avenir paraît brillant pour la Russie, mais actuellement elle n’a tout simplement pas les moyens de sauver (de ressusciter, réellement) l’Ukraine de ses propres mains. Même pas de le tenter.

La réalité est que même la Crimée a confronté la Russie à des défis importants. Après vingt-cinq ans de négligence totale, la Crimée a fondamentalement besoin de reconstruire la plus grande partie de son infrastructure. Le Kremlin a déversé des milliards de roubles dans de nombreux grands programmes de modernisation, comprenant un pont sur le détroit de Kertch, atrocement cher mais d’une nécessité vitale, et elle continuera à reconstruire la Crimée, en dépit des coûts énormes que cela implique. Pour finir, bien sûr, la Crimée finira par être très riche, grâce à un immense potentiel touristique, la présence d’une Flotte de la mer Noire très développée et en raison de sa situation stratégique. Mais pour l’avenir prévisible, la Crimée restera un fardeau important avec lequel la Russie devra se débattre.

La situation dans le Donbass est encore plus sombre. Si les Criméens ont été négligés, le Donbass a été presque totalement détruit. En ce moment, les Russes paient les pensions de retraite de la population locale, parce que les Ukronazis les ont volées, en violation directe des Accords de Minsk. La Russie est aussi seule à soutenir les républiques novorusses avec des programmes humanitaires, médicaux, techniques, administratifs et militaires. Tandis que les Novorusses ont fait un boulot extraordinaire en reconstruisant la plus grande partie de Donetsk et quelques autres villes, la plupart de ce qui se trouve à portée de l’artillerie des forces ukronazies est toujours en ruine et l’économie est plus ou moins paralysée. Cela ne changera pas jusqu’à ce que la paix revienne vraiment dans la région.

 

Ce qui est déjà tout à fait évident, indépendamment du locataire du Kremlin, de l’ampleur de la bonne volonté et du sens du sacrifice des Russes, c’est que la Russie n’a tout simplement pas les moyens de sauver l’Ukraine. Cela n’arrivera pas. En outre, les sondages montrent que la plupart des Russes sont catégoriquement opposés à une pleine réintégration de toute l’Ukraine dans la Russie. Qui pourrait les en blâmer ? Ils ne sont pas seulement profondément conscients que l’Ukraine s’est transformée en un désordre infernal et sanglant, mais que toute une génération d’Ukrainiens ont été maintenant incurablement endoctrinés avec la haine russophobe. Et franchement, la Russie n’a que faire des nazis de toute nature, même si ce sont des frères slaves ou même s’ils font partie de la même nation qu’eux.

Donc, même si demain Petro Porochenko et sa bande décidaient d’inviter les Russes à venir pour réparer ce désordre sanglant, les Russes refuseraient (voilà pour les mises en garde contre une invasion russe !). Bien sûr, il y a beaucoup d’Ukrainiens qui se font des illusions et pensent que «les Russes viendront et remettront de l’ordre», mais c’est une chimère : les Russes ne viendront pas. Au mieux, la Russie laissera la DNR et la LNR récupérer les territoires qui appartenaient à leurs régions et Marioupol serait libérée. Mais c’est à peu près tout. Et même si par miracle les chers novorusses parviennent jusqu’à Kiev, je ne les vois pas y rester très longtemps, parce que le Kremlin comprend tout à fait que s’ils prennent le reste du pays, ils devront le redresser. Finalement, la Russie sera tout simplement forcée, bien sûr, d’absorber le Donbass et d’en faire une partie de la Russie, principalement parce qu’il n’y a aucun moyen pour que le Donbass retourne jamais à l’Ukraine, mais même ce processus prendra du temps. A ce moment-là, avec la Crimée et le Donbass sous sa responsabilité, la Russie sera tout simplement débordée, incapable économiquement d’absorber tous les autres territoires (désolé, les Baltes, pas d’invasion russe pour vous non plus !).

Le problème principal

Donc les Russes ne peuvent pas se le permettre, les Européens ne peuvent rien faire et les Américains sont partis. Qu’est-ce qui se passe ensuite ?

Ce qui se passe ensuite, est que plus la situation empire, plus le besoin évident d’un effort international se manifestera. Une fois que les Russes diront aux Européens en termes sans équivoque «oubliez notre invasion, nous ne la ferons pas» (alors les Européens supplieront les Russes d’envahir !), les Européens devront retourner vers leurs maîtres américains et leur dire que l’UE connaîtra un changement de régime, à moins que quelque chose ne soit entrepris de toute urgence. À ce stade, Oncle Sam devra ouvrir sa bourse et offrir un peu d’argent réel (en supposant que le dollar soit toujours une devise viable lorsque ça arrivera). Mais même si cela arrive, je ne vois pas les principaux donateurs se mettre d’accord sur un projet ukrainien.

En termes strictement politiques, la situation la plus probable serait d’avoir une (Con)Fédération ukrainienne neutre, en quelque sorte. Vous savez – personne ne gagne, personne ne perd et nous restons tous amis. Ça sonne bien, évidemment, mais cela ne résout pas le problème principal de l’Ukraine : c’est un pays complètement artificiel et il est tout simplement trop vaste. Ajoutez à cela un niveau de corruption et une expertise dans le détournement de fonds que les Somaliens ne peuvent même pas commencer à imaginer, et vous avez un pays qui peut absorber même l’effort d’aide d’un important donateur et rester en ruine. Enfin, il y a la réalité que les gens vivant en Ukraine occidentale sont complètement différents de ceux du sud ou de l’est et que même si nous retirons les bandéristes nazis de l’équation, il n’y a pas quelque chose comme une «nation ukrainienne» avec un projet commun.

Small is beautiful

Mais imaginez que l’Ukraine unitaire soit autorisée à se diviser, sous contrôle international et, si nécessaire, sous protection militaire internationale, en plusieurs petits États. D’une part, cela impliquerait immédiatement la question de la neutralité : même si l’Ukraine occidentale rejoignait l’OTAN, la Russie ne s’en soucierait pas beaucoup. Cela résoudrait aussi le problème de la langue : non seulement chaque région pourrait choisir une, ou plusieurs, langues officielles, mais puisque ces États nouvellement indépendants seraient beaucoup plus homogènes, ils auraient beaucoup moins de problèmes à accepter une seconde langue officielle parlée par une relativement petite minorité (les grandes minorités sont habituellement vues comme des menaces, pas les petites). Un éclatement de l’Ukraine en plusieurs États indépendants pourrait aussi rendre plus facile à chaque État nouvellement créé de signer des accords bilatéraux avec ses voisins, sans avoir à obtenir l’accord de gens vivant à des centaines de kilomètres et intéressés à une série totalement différente d’accords avec leurs propres voisins. Enfin, de petits États sont beaucoup plus faciles à intégrer dans des unions plus larges (Union européenne ou Union économique eurasiatique) que des très grands.

Diviser l’Ukraine présente aussi un grand nombre d’avantages pour tous les efforts de mise en place et de maintien de la paix. Par exemple, alors que je ne crois pas que les Russes voudraient envahir ou annexer la plus grande partie de l’Ukraine, même à l’est du Dniepr, je crois que les Russes seraient d’accord pour envoyer une force de mise en place et de maintien de la paix pour assurer la sécurité pendant une phase de stabilisation et de transition, à condition que cette opération soit sanctionnée par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU et qu’elle ait le soutien de tous les acteurs importants. De même, l’OTAN pourrait finalement se trouver un rôle utile en faisant la même chose à l’ouest du Dniepr (et puisque les pays de l’OTAN sont ceux qui ont armé les nazis, il ne serait que juste de leur demander de les désarmer maintenant).

Problèmes, mises en garde et risques

Bien sûr, comme pour toute autre division d’un pays, ce plan a des défauts important et crée autant de risques qu’il offre de chances. Tout d’abord, diviser un pays, peu importe à quel point il est artificiel, ne fait que créer plus de frontières artificielles, du moins temporairement. Cela, à son tour, augmente fortement les risques de violence. Mais soyons honnêtes : l’Ukraine a déjà été divisée au moins en trois parties (le Banderastan occupé, la Novorussie et la Crimée) et une guerre civile a déjà éclaté. Ce qui reste de l’Ukraine aujourd’hui est déjà extrêmement violent et il est tout à fait clair que les choses ne vont pas s’arranger de sitôt. Nous devons donc comparer ce qui est comparable et non comparer une situation, certes mauvaise, à une autre idéalement inventée. Ceux qui s’opposent maintenant à l’éclatement de l’Ukraine auraient dû agir avant 2014 et ne pas soutenir un coup d’État destiné à se transformer en une guerre civile : Humpty Dumpty est cassé maintenant, et tout ce qui peut encore être sauvé, ce sont ses différents morceaux.

 

En outre, nous devons garder à l’esprit que l’Ukraine est un pays totalement artificiel, dont les frontières actuelles sont une création de Vladimir Lénine et Joseph Staline (quelque chose dont les Ukronazis évitent soigneusement de se souvenir). Donc ce n’est pas comme si nous discutions de la partition de, disons, le Japon ou la France. Enfin, je ne vois pas pourquoi certains pays sont considérés comme des candidats de choix pour une partition (la Yougoslavie par exemple), tandis que d’autres frontières de la Seconde Guerre mondiale seraient sacrosaintes.

Certains, sans doute, m’accuseront d’être un «agent de Poutine», parce que je suggère que l’Ukraine pourrait être divisée. D’autres m’accuseront d’être un agent CIA/Mossad, parce que suggère que l’OTAN pourrait effectivement avoir une mission légitime à l’ouest du Dniepr. Ce genre d’arguments ad hominem font partie du métier et j’ai appris depuis longtemps à les ignorer. Tout ce que je répondrai à ces accusations, est que tandis que je mets 100% du blâme pour le désastre en Ukraine sur l’Empire anglosioniste, je vois aussi que c’est devenu aujourd’hui un problème commun, qui se transformera bientôt en une menace commune qui exigera une solution commune. Je ne vois personne capable de ramener la loi et l’ordre à l’est du Dniepr, à part la Russie. De même, puisque la Russie n’acceptera pas de porter la totalité du fardeau ukrainien tout seule, je ne vois tout simplement pas d’autre force militaire à part l’OTAN, qui soit capable de ramener la loi et l’ordre à l’ouest du Dniepr (en passant – j’utilise le Dniepr comme une frontière abstraite pratique, mais en réalité cette séparation devra être acceptée par toutes les parties).

Donc l’idée d’une partition contrôlée de l’Ukraine est-elle mauvaise ?

Oui, tout à fait. C’est une idée terrible.

Mais je n’en vois pas de meilleure.

Et vous ?

The Saker

Article original paru sur The Unz Review

Note du Saker Francophone

 

Vous pouvez retrouvez des informations sur la situation en Ukraine avec des mises à jour régulière sur le site d’Erwan Castel, un volontaire pour le Donbass et ancien militaire français, alawata-rebellion.blogspot.frhttp://alawata-rebellion.blogspot.fr

Dernier article : http://alawata-rebellion.blogspot.fr/2016/09/et-cest-reparti.html

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par nadine pour le Saker francophone