La France doit-elle signer le Traité d’interdiction des armes nucléaires ?

Jean-Marie Matagne

Docteur en Philosophie
Président de l’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN)
Publié le 16 novembre 2017

Source : http://www.acdn.net/spip/spip.php?article1099&lang=fr

La question se pose évidemment, au moment où le prix Nobel de la Paix est attribué à ICAN pour son action en faveur du Traité, et où une nouvelle guerre de Corée se profile sur fond de menaces nucléaires.
Quand on est partisan de l’abolition des armes nucléaires, comme l’est ACDN depuis sa fondation en 1996, la réponse semble elle aussi évidente. Mais quand on signe ou qu’on approuve un traité, il faut commencer par en lire le texte. Et là, la réponse cesse d’être évidente.

 

Une interdiction quasi-universelle

Les armes nucléaires sont des armes barbares, criminelles, elles doivent être bannies de la planète. Leur interdiction, comme celle des armes biologiques et chimiques, est un impératif absolu, catégorique, dirait Kant. A priori, donc, la France, comme les autres Etats qui en sont dotés, devrait signer le traité d’interdiction adopté par 122 Etats le 7 juillet 2017 à New York, et aujourd’hui ouvert à la signature de tous les Etats.

Les interdictions frappant ces armes selon le traité sont quasiment exhaustives. Un Etat qui le signe s’engage à « ne jamais, en aucune circonstance », les « mettre au point, mettre à l’essai, produire, fabriquer, acquérir de quelque autre manière, posséder ou stocker », à ne jamais transférer ces armes à qui que ce soit, ni en accepter de qui que ce soit, ni les employer ou menacer de les employer, ni autoriser leur implantation sur son territoire ou en tout lieu sous sa juridiction, ni aider quiconque ou se faire aider par quiconque à enfreindre ces interdictions.

On ne peut que s’en féliciter, et féliciter à la suite du comité Nobel les promoteurs du Traité : ICAN, ONG, dirigeants et diplomates d’Etats non-nucléaires ayant soutenu l’initiative.

Pourtant, le Traité comporte de graves défauts, qu’on ne peut passer sous silence. Nous nous limiterons aux quatre principaux.

 

  1. Une stupéfiante lacune

La première faille du Traité est manifestement passée inaperçue de ses rédacteurs comme de ses lecteurs.

En effet, dans son préambule, il énumère tous les « effets catastrophiques » des armes nucléaires qui justifient de les interdire : leurs « répercussions profondes sur la survie de l’humanité, l’environnement, le développement socio-économique, l’économie mondiale, la sécurité alimentaire et la santé des générations actuelles et futures », le fait qu’elles « touchent de manière disproportionnée les femmes et les filles, notamment en raison des effets des rayonnements ionisants » (l’ambassadrice d’un Etat africain a justement critiqué, mais en vain, ce sexisme à rebours supposant que la radioactivité n’atteint pas les hommes et les garçons, ou alors de manière raisonnable…), et enfin le fait qu’elles entraînent « des souffrances et des dommages inacceptables subis par les victimes de l’emploi d’armes nucléaires (hibakushas) et par les personnes touchées par les essais d’armes nucléaires ».

Mais il oublie purement et simplement de parler du premier et du pire de leurs effets : les milliers, les dizaines, les centaines de milliers de morts qu’une seule de ces armes est capable de faire. Pour un peu, il aurait déploré la chute probable des cours de la Bourse en cas d’explosion nucléaire. Mais pas un mot pour ses victimes immédiates et définitives, mortes pour la plupart dans des souffrances atroces. Les souffrances des survivants d’Hiroshima et de Nagasaki sont bien prises en compte, pas celles des défunts. Little Boy et Fat Man les ont liquidés, le traité n’en parle pas, n’y pensons plus. Ce sont pourtant ces victimes innombrables et indifférenciées, hommes, femmes, enfants, vieillards, civils et combattants, qui font de ces armes monstrueuses des armes de massacre, de crime de guerre, de crime contre l’humanité, et qui les rendent totalement, irrémédiablement inacceptables. Oui, même quand la survie d’un Etat est en jeu.

Faut-il donc être porte-parole du Gouvernement et s’appeler Alain Peyrefitte, pour oser la question qu’il posa au général de Gaulle, à l’issue du Conseil des Ministres du 4 mai 1962 : « Des centaines de milliers de morts, des femmes, des enfants, des vieillards carbonisés en un millième de seconde, et des centaines de milliers d’autres mourant au cours des années suivantes dans des souffrances atroces, n’est-ce pas ce qu’on appelle un crime contre l’humanité ? » (« Le Général lève les bras. Ce n’est pas son problème. »)

L’étrange silence du Traité à ce sujet résulte sans doute, pour une part, de l’approche « humanitaire », sociologique, juridique, idéologique, qui inspire le Traité. Paradoxe : il manque… d’humanité. Ces armes ont des « conséquences catastrophiques sur le plan humanitaire » : leur ampleur ne permettra pas, notamment, de « gérer la catastrophe ». C’est vrai. Mais c’est peu dire.

Corollaire : le Traité néglige de les fustiger comme criminelles par essence. Il aurait pu s’inspirer de la résolution 1653 XVI de l’Assemblée générale de l’ONU en date du 24 novembre 1961, selon laquelle « tout Etat qui emploie des armes nucléaires et thermonucléaires doit être considéré comme violant la Charte des Nations Unies, agissant au mépris des lois de l’Humanité et commettant un crime contre l’Humanité et la civilisation. » Mais non, il ne reprend pas cette stigmatisation à son compte. Il se borne à citer (§ 13 du Préambule) « la première résolution de l’AG de l’ONU, adoptée le 24 janvier 1946, et les résolutions ultérieures qui appellent à l’élimination des armes nucléaires ».

Or, que dit cette résolution, adoptée à Londres en janvier 1946 par la cinquantaine d’Etats membres de l’ONU à l’époque ? Pratiquement rien. Elle crée une « Commission chargée d’étudier les problèmes soulevés par la découverte de l’énergie atomique », composée d’un représentant de chacun des Etats membres du Conseil de sécurité, plus un représentant du Canada, et lui fixe pour objet de présenter au dit Conseil de sécurité des propositions en vue
« a) de développer, entre toutes les nations, l’échange de renseignements scientifiques fondamentaux pour des fins pacifiques ;
« b) d’assurer le contrôle de l’énergie atomique dans la mesure nécessaire pour assurer son utilisation à des fins purement pacifiques ;
« c) d’éliminer, des armements nationaux, les armes atomiques et toutes autres armes importantes permettant des destructions massives. »
d) (…)

Bref, la résolution exprime bien le refus des armes de destruction massive en général, mais rien qui stigmatise les armes nucléaires pour leurs effets inhumains. Et déjà, elle promeut l’illusoire distinction, qui caractérisera le Traité de Non-Prolifération, entre les mauvais usages (militaires) de l’énergie nucléaire et les bons, qu’elle encourage à diffuser « à des fins pacifiques ». Cette diffusion est en fait son premier et principal objet.

Notons qu’en janvier 1946 seuls les Etats-Unis étaient censés avoir des armes atomiques : le premier essai soviétique aura lieu le 29 août 1949. En déclarant vouloir éliminer ces armes « des armements nationaux », au pluriel, l’Assemblée Générale de l’ONU présumait donc déjà qu’elles allaient devoir proliférer… Il fallait bien qu’elles prolifèrent, n’est-ce pas, pour qu’on puisse travailler à les éliminer. Curieux, non ?

 

  1. Une contradiction flagrante

J’ai dit plus haut que les interdictions du Traité étaient quasiment exhaustives. Quasiment, mais pas tout-à-fait. Et l’exception est de taille. Jugez plutôt.

Après avoir dit à l’article 1er qu’un Etat-partie s’engage « à ne jamais, en aucune circonstance » enfreindre ses interdictions, le Traité accorde aux Parties, à l’article 17, un « droit de retrait » sous trois conditions : 1°) faire précéder son retrait d’un préavis de 12 mois ; 2°) exposer les « événements extraordinaires » qui, menaçant ses « intérêts suprêmes », justifient à ses yeux ce retrait ; et 3°) s’il est, au moment du retrait, en conflit avec un ou plusieurs autres Etats, continuer de respecter jusqu’à la fin du conflit toutes les interdictions auxquelles il était soumis précédemment (dont bien sûr celle d’employer ou de menacer d’employer des armes nucléaires). Cf. Annexe A 

Ainsi, à supposer que, dans les circonstances « extraordinaires » qui ont motivé son retrait, cet Etat ait la patience, si ce n’est la bêtise, de respecter un traité dont il n’est plus partie prenante justement parce qu’il l’empêchait de défendre ses « intérêts suprêmes », il pourra, une fois le conflit terminé, se procurer des armes nucléaires et en user comme bon lui semble.

Cet article 17 revient à invalider tout le reste du Traité. D’un côté, celui-ci affirme que les armes nucléaires sont totalement et définitivement interdites à tous les Etats qui l’auront signé et ratifié. Mais d’un autre côté, il suffira que l’un d’eux invoque des circonstances « extraordinaires » pour qu’il puisse, sans même être contesté car rien de tel n’est prévu, s’en affranchir et se construire au bout d’un an, ou reconstruire s’il en avait déjà eu un, un arsenal nucléaire qu’il pourra utiliser lors d’un prochain conflit, puisqu’il ne sera plus tenu par les interdits du Traité. Ce sera d’autant plus avantageux pour lui que les autres Etats Parties au Traité resteront, eux, soumis aux interdits.

Dans son avis consultatif remis à l’ONU le 8 juillet 1996, la Cour Internationale de Justice (CIJ) avait jugé (Point E) que « la menace ou l’emploi d’armes nucléaires serait généralement (je souligne) contraire aux règles du droit international applicable dans les conflits armés, et spécialement aux principes et règles du droit humanitaire », mais que « au vu de l’état actuel du droit international, ainsi que des éléments de fait dont elle dispose, la Cour ne peut cependant conclure de façon définitive que la menace ou l’emploi d’armes nucléaires serait licite ou illicite dans une circonstance extrême de légitime défense dans laquelle la survie même d’un Etat serait en cause. »
Commentant en 1996 l’avis de la Cour Internationale de Justice auquel il avait lui-même contribué, le juge français M. Guillaume, l’un des 14 juges de la CIJ, en déduisait que, par cet avis, la Cour avait reconnu que « dans ces circonstances extrêmes, (…) le droit ne fournit aucun guide aux Etats. Mais si le droit est muet dans ce cas, les Etats, dans l’exercice de leur souveraineté, demeurent libres d’agir comme ils l’entendent. Dès lors il résulte implicitement, mais nécessairement du paragraphe 2 E de l’avis de la Cour, que les Etats peuvent recourir à ‘’la menace ou à l’emploi des armes nucléaires dans une circonstance extrême de légitime défense dans laquelle la survie même d’un Etat serait en cause’’. En reconnaissant un tel droit, la Cour a reconnu par là-même la licéité des politiques de dissuasion. »

Par ce raisonnement imparable, il faut admettre qu’en accordant aujourd’hui pour les mêmes raisons un droit de retrait à ses Parties, le Traité d’interdiction a, lui aussi, « reconnu par là-même la licéité des politiques de dissuasion ». Aujourd’hui, en dépit du Traité, à cause de son article 17, la Cour ne pourrait rien changer à sa conclusion. Nous n’avons pas progressé d’un iota dans la formulation des normes du droit international. Car c’est précisément pour ce type d’événements exceptionnels que ces armes sont faites, à en croire les partisans de la dissuasion, notamment français. Le fait d’admettre que de telles circonstances puissent affranchir un Etat, pour assurer sa survie, de l’interdit qu’il a souscrit, leur suffit.

Dès lors pourquoi un Etat nucléaire s’engagerait-il dans le Traité ? Pour en sortir trop tard, lorsqu’il aurait besoin de ces armes dans des circonstances « extraordinaires » qui, soit existent déjà, soit peuvent se présenter à tout moment ? Par exemple, pourquoi M. Kim Jung-un renoncerait-il à ses armes nucléaires, quand M. Trump le menace d’anéantir avec le même type d’armes toute la population nord-coréenne ? Cette menace n’est-elle pas déjà, en soi, un « événement extraordinaire », à plus forte raison lorsqu’elle s’accompagne de concentrations et de manoeuvres militaires au large des côtes nord-coréennes ? La dissuasion nucléaire de la Corée du Nord ne se trouve-t-elle pas, de fait, légitimée par le Traité d’interdiction ?

Comme on voit, le « droit de retrait » revient à autoriser tout Etat doté d’armes nucléaires à les conserver, en vertu du droit de « légitime défense » que le Traité lui concède. C’eût été pratiquement impossible s’il les avait d’abord caractérisées comme « armes de crime contre l’humanité ». On mesure ici tout le poids et les effets pervers du silence relevé plus haut.

L’absurdité va même encore plus loin. Imaginons le scénario suivant, entre deux Etats dotés d’armes nucléaires, l’un bon, l’autre méchant. (Toute similitude avec des faits réels serait pure coïncidence.) L’Etat de bonne volonté est prêt à désarmer de bonne foi mais craint de se faire agresser, une fois qu’il aura éliminé ses armes, par un voisin avec lequel il a un différend et qui conserverait les siennes. Il n’est guère enclin, naturellement, à adhérer au Traité. Mais son voisin, aussi habile que malintentionné, se sert du Traité pour l’amener à y adhérer quand même : il affiche sa volonté de désarmer, adhère au Traité, propose pour lui-même un plan d’élimination supérieur à un an –c’est pratiquement inévitable- et plus long que celui de notre Etat sincère. Quand celui-ci n’a plus d’armes, le voisin surprend tout le monde : il annonce son retrait. Notre brave Etat s’inquiète, la tension monte, mais au 366e jour, les deux Etats ne sont pas encore en conflit. C’est alors que le voisin rusé lui déclare la guerre et l’écrase en toute légalité, puisqu’il a respecté la procédure et le délai, avec les bombes atomiques qui lui restent… Le plus probable est toutefois que notre Etat sincère, pas complètement naïf, a vu venir le coup et a, lui aussi, invoqué son droit de retrait. Mais il l’a fait après l’autre, et alors qu’il n’avait plus aucune arme, ce qui l’obligeait à en reconstruire au plus vite, si toutefois il le pouvait encore. C’est donc lui désormais le méchant, puisqu’il a enfreint le Traité en tentant de réarmer sans attendre 12 mois. Si son voisin l’écrase, somme toute, il l’aura mérité. Tels sont les paradoxes d’un traité alliant une interdiction incomplète des armes nucléaires à une élimination unilatérale. Nous y reviendrons.

L’invraisemblable contradiction entre l’article 17 et le reste du Traité, ainsi que l’imbroglio qui en résulte, auraient pourtant pu être évités, soit par l’abrogation pure et simple de l’article accordant un droit de retrait –ce qui posait néanmoins quelques problèmes juridiques- soit en subordonnant l’exercice de ce droit à une condition tout autre que la seule invocation, par l’Etat concerné, de circonstances exceptionnelles menaçant sa survie. Bien que les négociations du Traité, sur ce point comme sur d’autres, se soient déroulées à huis clos, hors la présence des représentants de la société civile, on croit savoir que la majorité des délégués des Etats étaient conscients de cette contradiction, et favorables à l’abrogation de l’article 17, également souhaitée par ICAN. Mais la présidente de la Conférence, sans doute par souci d’atteindre au consensus, et son staff juridique, ont préféré suivre l’avis de la minorité. Je reviendrai plus loin sur l’autre éventualité – admettre la possibilité d’un retrait, mais pour un tout autre motif – qui ne fut malheureusement pas prise en considération.

 

  1. Un blanc-seing aux lobbies nucléaires

Dans son préambule, au § 17, le Traité « réaffirme » « qu’il existe une obligation de poursuivre de bonne foi et de mener à terme des négociations conduisant au désarmement nucléaire dans tous ses aspects, sous un contrôle international strict et efficace. » Ce sont les termes mêmes de la conclusion de la CIJ, qui reprennent eux-mêmes ceux de l’article 6 du TNP. Cf. Annexe B. 

Le Traité d’interdiction aurait pu en rester là pour asseoir sa volonté d’interdire les armes nucléaires. Mais non. Dans le paragraphe suivant, il rend un hommage appuyé au TNP, « réaffirmant également que la mise en œuvre intégrale et effective du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, pierre angulaire (je souligne) du régime de non-prolifération et de désarmement nucléaires, est indispensable pour favoriser la paix et la sécurité internationales ».

Que le TNP ait été la « pierre angulaire du régime de non-prolifération et de désarmement nucléaires », c’est une contre-vérité, un mensonge historique, comme j’ai eu l’occasion de le dire et, je crois bien, de le démontrer à Genève devant le Groupe de Travail spécial de l’ONU. Cf. A/AC.286/NGO/31 : « Echapper au double jeu du TNP »

Mais le Traité d’interdiction va encore plus loin, au § 21 du Préambule, en « soulignant qu’aucune disposition du présent Traité ne sera interprétée comme portant atteinte au droit inaliénable (je souligne) de tous les États Parties de développer la recherche, la production et l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, sans discrimination ». Avec l’affirmation de ce « droit inaliénable », bien dans la ligne du TNP et, avant lui, de la première Résolution de l’ONU à laquelle le Traité se réfère explicitement, nous ne risquons pas de nous affranchir de la tutelle mortifère des lobbies nucléaires. Les radiations ionisantes « disproportionnées » qui affecteraient les femmes et les filles en cas de bombardement atomique seront désormais interdites, certes, mais elles pourront continuer à les menacer quotidiennement en toute légitimité, de Tchernobyl à Fukushima en passant par La Hague ou Sellafield, et bien sûr en cas de catastrophe nucléaire civile. Comme me le disait à New York la déléguée de la Croix Rouge Internationale, « l’énergie atomique ne nous pose aucun problème ». Comme on voit, elle n’en pose pas non plus au Traité d’interdiction. A nous, si. Cf. A/CONF.229/2017/NGO/WP.48

Je l’ai écrit et j’ai aussi pu le dire le 30 mars 2017 aux diplomates réunis à New York pour la première session des négociations, grâce à la présidente de la Conférence, qui nous avait offert à tous, représentants des Etats et de la société civile, une journée imprévue de libre discussion ; grâce au vice-président, ambassadeur d’Autriche, qui présidait la séance et m’a inscrit sur sa liste d’intervenants ; grâce enfin à l’ambassadeur du Chili, autre vice-président de la Conférence, qui me prêta son siège après que les représentant(e)s officiel(le)s de la « société civile » m’eurent refusé tout accès aux micros. J’ai malheureusement été seul à alerter les négociateurs quant au risque que fait peser sur l’humanité ce « droit inaliénable » proclamé et propagé par le TNP.

Est-il possible que nous appelions la France à signer un traité qui proclame et accorde à l’industrie nucléaire un « droit inaliénable » à polluer la planète pour l’éternité, sous prétexte que cette pollution radioactive se fait « pacifiquement » ? Pour ma part, je dis non.

 

  1. L’abolition renvoyée aux calendes grecques

Le Traité a beau dire qu’il est « nécessaire d’éliminer complètement ce type d’arme, seul moyen de garantir que les armes nucléaires ne soient plus jamais utilisées » (Préambule, § 2) et qu’il vise « l’élimination complète des armes nucléaires » -c’est le titre de l’article 4 et c’est redit à l’article 8-, il n’a rien prévu pour amener les Etats nucléaires à négocier l’élimination de leurs armes par un accord mutuel et général. C’était pourtant son objectif initial : établir un « instrument juridiquement contraignant » pour « assurer le progrès des négociations de désarmement nucléaire multilatéral ».

Le Traité a seulement prévu pour ces Etats deux formules d’adhésion individuelle : soit un Etat nucléaire élimine d’abord ses armes, le fait constater, adhère au Traité et négocie avec l’AIEA un accord de garanties ; soit il adhère au Traité et présente, au plus tard 60 jours après son adhésion, « un plan juridiquement contraignant et assorti d’échéances précises en vue de l’abandon vérifié et irréversible de son programme d’armement nucléaire, qui comprend l’élimination ou la reconversion irréversible de toutes les installations liées aux armes nucléaires ». Mais dans les deux cas, cette démarche est unilatérale et totalement déconnectée du fait que les autres Etats nucléaires conservent ou non leurs arsenaux et s’engagent ou non dans un processus d’élimination. La participation de chaque Etat nucléaire tient donc uniquement à sa bonne volonté, son bon sens s’il en a, et sa générosité. L’article 12 intitulé « Universalité » tient en moins de trois lignes et ne concerne, pour le moment, que les Etats non-nucléaires : « Chaque Etat Partie encourage les Etats non parties au présent Traité à le signer, à le ratifier, à l’accepter, à l’approuver ou à y adhérer, dans le but de susciter la participation de tous les Etats au présent Traité. » A vot’ bon cœur, m’sieurs dames !

Le problème est que les Etats nucléaires n’ont pas bon cœur. Pas un n’a jugé bon de prendre part à la négociation du Traité. Dans un premier temps, pourtant, trois d’entre eux, et non des moindres (Chine, Inde et Pakistan), avaient laissé ouverte la possibilité de le faire, en s’abstenant de voter, le 27 octobre 2016, contre la résolution L41 qui convoquait en 2017 la conférence chargée de négocier un « instrument juridiquement contraignant pour interdire les armes nucléaires et aboutir à leur complète élimination ». Un quatrième avait même voté pour : la Corée du Nord ! C’était compter sans les trois plus farouches opposants au traité : France, Etats-Unis, Royaume Uni, qui ont réussi à entraîner les autres dans leur opposition.

Le 7 juillet 2017, à l’instant même où le Traité était adopté, ils déclaraient : « Nous n’avons pas l’intention de le signer, de le ratifier, ni de jamais en devenir partie. Par conséquent, il n’y aura aucun changement dans les obligations de nos pays en matière d’armes nucléaires. Par exemple, nous n’accepterions aucune allégation basée sur ce traité ni aucune modification du droit coutumier international qu’il prétendrait développer. Il est important de noter que les autres Etats possédant des armes nucléaires et presque tous ceux qui se reposent sur la dissuasion nucléaire n’ont pas pris part non plus aux négociations. Cette initiative méconnaît clairement les réalités du contexte sécuritaire international. L’adhésion au Traité d’interdiction est incompatible avec la politique de dissuasion nucléaire, qui a été essentielle pour préserver la paix en Europe et en Asie du Nord depuis plus de 70 ans. Une prétendue interdiction des armes nucléaires ne tenant aucun compte des problèmes de sécurité qui continuent à rendre nécessaire la dissuasion nucléaire ne peut aboutir à l’élimination d’une seule arme nucléaire et n’améliorera la sécurité d’aucun pays, ni la paix et la sécurité internationales. »

Il existait pourtant une alternative à ce dialogue de sourds. C’était de tenir compte, même si on ne la partageait pas, de la préoccupation majeure des partisans de la dissuasion : ne pas désarmer si les autres ne le font pas aussi.

J’ai personnellement suivi de bout en bout et soutenu avec ACDN le processus diplomatique ayant conduit au Traité, depuis la conférence de Vienne de décembre 2014 sur « l’impact humanitaire des armes nucléaires » jusqu’aux négociations de New York en 2017, en passant par Genève et le groupe de travail de 2016. Simple militant, je suis intervenu à plusieurs reprises, par écrit et oralement, pour tenter d’éviter certains pièges. Le 22 juin 2017, alors que les questions du droit de retrait et de l’universalité du Traité étaient publiquement sur le tapis, j’ai remis en mains propres à la présidente de la Conférence, Elayne Whyte-Gomez, ambassadrice du Costa-Rica, et à plusieurs diplomates particulièrement actifs, dont l’un au moins a consulté son gouvernement à ce sujet, une proposition d’ACDN relative à la question : « Comment inciter les Etats nucléaires à rejoindre le traité d’interdiction ? » Cf. Annexe C.

La conclusion en était : « S’il ne veut pas rester lettre morte, le traité d’interdiction doit donc offrir aux Etats nucléaires la perspective d’un désarmement multilatéral, au moment même de leur adhésion. Cette éventualité, si elle est retenue, pourrait être incluse dans le traité, par exemple en point 6 ajouté à la proposition de l’Afrique du Sud relative à l’Article intitulé « Vers l’élimination des armes nucléaires » :
« Si un Etat Partie, croyant au rôle dissuasif de ses armes nucléaires contre une possible agression nucléaire de la part d’un autre Etat, subordonne son adhésion au traité d’interdiction à la perspective du désarmement nucléaire universel qu’exige ce traité de même que l’article 6 du TNP, il pourra se retirer du traité d’interdiction si, dans les 10 ans suivant son entrée en vigueur, l’ensemble des Etats nucléaires n’a pas adhéré au traité et/ou engagé un processus d’élimination concertée de ces armes. Ce sera le seul motif de retrait du traité susceptible d’être admis dans les conditions définies à l’article 18 : Durée et dénonciation du traité » (A l’époque, l’article 17 portait le numéro 18.)

Cette suggestion, évidemment amendable, ne fut retenue ni par la présidence de la Conférence, ni par le gouvernement qui en avait été saisi par son ambassadeur. Dommage. Elle aurait ouvert la voie au désarmement nucléaire multilatéral tant au niveau régional qu’au niveau mondial. Elle aurait satisfait les partisans du droit de retrait sans faire de ce dernier un « droit sacré de légitime défense », repoussé son exercice éventuel à dix ans ou plus : le temps pour les Etats nucléaires d’entreprendre « de bonne foi » et de faire aboutir les négociations sur l’élimination des armes nucléaires, le temps pour eux d’apprendre à s’en passer, et à se connaître. Elle aurait ébranlé le clientélisme des Etats « du parapluie ». Elle aurait arrimé l’interdiction des armes nucléaires à leur élimination, conformément à la feuille de route que l’Assemblée générale de l’ONU avait fixée le 7 décembre 2015 au groupe de travail à composition non-limitée (Open-Ended Working Group) de Genève « pour l’avancement des négociations sur le désarmement nucléaire multilatéral », objectif que le Traité a perdu de vue. Bref, elle aurait ouvert le chemin de l’abolition, sans laquelle le traité d’interdiction ne sera jamais qu’un coup d’épée dans l’eau, un chiffon de papier.

 

Mais que faire du Traité ? 

Quels que soient ses qualités et ses défauts, le Traité d’interdiction des armes nucléaires entrera, c’est certain, en vigueur d’ici peu : exactement 90 jours après que le 50e instrument de ratification sera parvenu au secrétaire général de l’ONU, son dépositaire. Cependant, il ne s’imposera qu’à des Etats qui n’ont pas d’armes nucléaires et y ont déjà renoncé au titre du TNP ; il ne s’imposera à aucun de ceux qui en possèdent, en hébergent, ou croient pouvoir s’abriter sous le « parapluie » d’un pays qui en a.

Les gouvernements des Etats nucléaires, toujours acquis au discours de la dissuasion, ne le signeront pas (sauf peut-être Jeremy Corbyn qui l’a annoncé, s’il accédait au pouvoir en Grande-Bretagne…). Ils se refusent à tout désarmement unilatéral. En France, le nouveau Président de la République, à peine élu, a réaffirmé l’intangibilité de son arsenal jupitérien. Seule une exigence populaire s’exprimant par un référendum pourrait l’y contraindre. Mais est-ce possible ? Est-ce souhaitable ?

Nous avions bon espoir d’y parvenir avant le Traité d’interdiction, par la voie du référendum « d’initiative partagée » (parlementaire et citoyenne) que la Constitution de la Ve République autorise depuis 2008. Mais peu de gens le savent.

Un sondage commandé à l’IFOP par ACDN nous avait appris en octobre 2015 que 74 % des Français de 18 ans et plus répondraient OUI à la question : « Voulez-vous que la France négocie et ratifie avec l’ensemble des Etats concernés un traité d’interdiction et d’élimination complète des armes nucléaires, sous un contrôle mutuel et international strict et efficace ? » et qu’une même proportion seraient prêts à soutenir (27 % certainement, 47 % probablement) une initiative parlementaire organisant un référendum sur la même question. Le sondage montrait en outre que la volonté d’abolir les armes nucléaires était largement partagée par l’ensemble des sondés, quelle que soit leur « proximité » envers tel ou courant politique (de 63 % des électeurs de Marine Le Pen au 1er tour de 2012 à 89 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon).

Nous avons alors sollicité l’initiative des parlementaires. En janvier 2016, 12 députés invitèrent leurs collègues à cosigner une proposition de loi référendaire posant la question formulée ci-dessus, et un appel à référendum qui la justifiait. A force de conviction et de patience, les signataires étaient devenus 126 (104 députés, 22 sénateurs) en avril 2017. Il fallait qu’ils soient 185, le cinquième du Parlement, pour pouvoir déposer la proposition de loi. La folle campagne présidentielle nous empêcha d’aller plus loin et de recueillir les 59 signatures manquantes. Avec leur validation par le Conseil constitutionnel, la voie aurait été ouverte à un référendum d’initiative partagée, et l’actuel ministre de l’Intérieur, tout macronien qu’il fût, aurait été tenu d’organiser dès le 1er août 2017 le recueil des soutiens de 10% des électeurs inscrits. Nous serions ainsi en pleine campagne nationale pour obtenir un référendum susceptible d’amener la France à négocier et ratifier « un traité d’interdiction et d’élimination complète des armes nucléaires ».

Mais maintenant qu’existe un Traité que la France n’a pas négocié et qui se borne à interdire les armes nucléaires sans engager de négociation multilatérale en vue de leur élimination, quelle serait la réaction des électeurs à qui on demanderait s’ils veulent que la France le ratifie tel qu’il est, autrement dit, qu’elle renonce à ses armes nucléaires sans même s’occuper de celles de MM. Kim Jung-un, Trump ou Poutine ? Il n’est pas dit qu’ils aient la même réaction que les sondés de l’IFOP en octobre 2015… Et on les comprendrait ! Alors, que faire ?

S’il ne fait pas de doute que la France doit renoncer à ses armes nucléaires, tout comme les autres Etats qui en ont, la question de savoir si elle doit ou non signer le Traité d’interdiction reste entière. C’est à chacun d’en juger et je ne puis qu’émettre un avis personnel.

 

Conclusion

Non, la France ne devrait pas signer le Traité d’interdiction en l’état. Son intention est bonne, mais il est mal formé : contradictoire, unilatéral, insuffisant. Il ne condamne que les effets catastrophiques des armes nucléaires, pas leur caractère criminel et inhumain ; que leur usage en temps ordinaire, pas en cas de circonstances extraordinaires ; que la radioactivité d’origine militaire, pas celle d’origine civile ; que l’armement de chaque pays pris à part, pas le système de terreur mutuelle, où chacun se tient « par la barbichette » et où personne ne bouge, jusqu’à ce que tout explose. Il ne fait qu’interdire en émettant des vœux pieux. Il n’abolit rien.

La France peut faire mieux.

Sans le signer, elle peut très bien s’obliger, comme le Traité le demande (quand il n’autorise pas le contraire…), à « ne jamais, en aucune circonstance » utiliser ni menacer d’utiliser ses armes nucléaires. Parce que leur emploi serait un crime contre l’humanité, massacrant les êtres humains, méprisant leurs droits à la vie et à la santé, anéantissant leur humanité, piétinant les valeurs de la République Française, bafouant sa Constitution, ses engagements internationaux et la Charte de l’ONU. Une aberration, une horreur. La France doit donc faire savoir qu’elle veut et va, par conséquent, retirer ses armes nucléaires de leur statut opérationnel, se déclarer prête à les éliminer, et demander aux autres Etats d’en faire autant.

Comme gage de cette volonté, elle pourrait, dès le prochain vote budgétaire, suspendre la modernisation de ses armes en supprimant tout ou partie des crédits alloués aux programmes de recherche-développement (de l’ordre de 4 milliards d’Euros, bientôt 6) pour les transférer à des usages socialement, voire militairement, utiles, et surtout, moralement légitimes.

Elle peut et doit simultanément inviter les autres Etats dotés d’armes nucléaires, qu’ils soient ou non parties au TNP, à faire des gestes de même nature mais, en tout état de cause, à se réunir pour négocier l’élimination totale de leurs armes, sous un contrôle mutuel et international strict et efficace. C’est ce qui pourrait être fait, par exemple, lors du prochain « sommet de haut niveau » prévu par l’ONU sur le désarmement nucléaire.

Parallèlement, elle peut aussi négocier avec les Etats non dotés d’armes nucléaires et signataires du Traité d’interdiction son adhésion au Traité, sous réserve d’amendements qui, selon une procédure déjà prévue, le rendraient acceptable à tous égards, signable et ratifiable, y compris par d’autres Etats nucléaires.

Si l’ensemble de ces objectifs faisait l’objet d’une proposition de loi parlementaire dûment conçue pour entraîner l’engagement effectif de la France dans un processus d’abolition des armes nucléaires, cette loi pourrait alors être soumise à référendum et s’imposer, si les Français le veulent, à un exécutif qui, pour l’heure, s’y refuse absolument. Motif pour lequel « le peuple doit s’en mêler » par voie référendaire, la question de fond demeurant, quelle qu’en soit la formulation : « Voulez-vous que la France négocie et ratifie avec l’ensemble des Etats concernés un traité d’interdiction et d’élimination complète des armes nucléaires, sous un contrôle mutuel et international strict et efficace ? » 

Profitant de la publicité faite par le Prix Nobel de la Paix au désarmement nucléaire, une telle campagne nationale initierait un processus d’où pourrait émerger un monde libéré des armes et, pourquoi pas, des réacteurs nucléaires, qui sont autant de bombes dormantes. Rien n’interdisant aux organisations abolitionnistes des autres pays nucléaires (celles regroupées par ICAN, par exemple, ou par le Réseau Abolition 2000, ou par le FSM…) de faire de même, on pourrait espérer que le Traité d’interdiction se transforme en un véritable traité d’abolition, comprenant, à côté du volet d‘interdiction, un deuxième volet négocié par les Etats dotés, celui de l’élimination complète.

A défaut, le prix Nobel de la Paix attribué à la Campagne Internationale pour Abolir les Armes nucléaires (ICAN) risque de connaître le même sort que celui attribué en 2009 à Barack Obama sur le même sujet : être classé sans suite. Avec le pire à l’horizon.

Saintes, le 16 novembre 2017
Jean-Marie Matagne
Président de l’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN)
Docteur en Philosophie

 

ANNEXES

 

Annexe A.Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, Article 17 « Durée et retrait » :

  1. Le présent Traité a une durée illimitée.
  2. Chaque Etat Partie, dans l’exercice de sa souveraineté nationale, a le droit de se retirer du Traité s’il décide que des événements extraordinaires, en rapport avec l’objet du présent Traité, ont compromis les intérêts suprêmes de son pays. Il doit alors notifier ce retrait au Dépositaire. Ladite notification doit contenir un exposé des événements extraordinaires dont l’Etat en question considère qu’ils ont compromis ses intérêts suprêmes.
  3. Le retrait ne prend effet que 12 mois après réception de la notification du retrait par le Dépositaire. Si toutefois, à l’expiration de cette période de 12 mois, l’Etat partie qui se retire est parti à un conflit armé, il reste lié par les obligations résultant du présent Traité et de tout protocole additionnel jusqu’à ce qu’il ne soit plus partie à aucun conflit armé.

 

ANNEXE B. Article VI du TNP

Il est ainsi formulé :

« Chacune des Parties au Traité s’engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace. »
Le passage sur les « mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée » s’explique par la date de rédaction du TNP (1968) et de son entrée en vigueur (1970). A l’époque, on était en pleine course aux armements nucléaires. Quand la CIJ rend son avis en 1996, on ne l’est plus : le premier vrai traité de désarmement nucléaire a été signé à Washington (décembre 1987) entre Soviétiques et Américains, les arsenaux n’ont cessé de décroître, la guerre froide est finie avec la disparition de l’URSS. On l’est de nouveau aujourd’hui, la course en question s’étant simplement reportée du terrain quantitatif au terrain qualitatif, avec la modernisation constante des armes nucléaires.

 

ANNEXE C. Comment inciter les Etats nucléaires à rejoindre le traité d’interdiction ?

Proposition soumise par l’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN)

Action des Citoyens pour le
Désarmement Nucléaire (ACDN)
31, Rue du Cormier – 17100 – SAINTES
Tel : +33 6 73 50 76 61
contact@acdn.net  http://www.acdn.net

New York, le 22 juin 2017

La Conférence sur le traité d’interdiction des armes nucléaires a pour objet explicite d’interdire ces armes de crime contre l’humanité parce que c’est un impératif évident au regard de la Charte des Nations Unies et du droit humanitaire. Mais cet objectif immédiat s’inscrit expressément dans une démarche plus large et plus longue ayant pour but ultime l’élimination totale des armes nucléaires et l’instauration définitive d’un monde sans armes nucléaires. Le but ultime n’est autre que l’abolition –interdiction ET élimination- des armes nucléaires.

Par conséquent, l’une des questions fondamentales, si ce n’est la plus importante, que la Conférence doit se poser et résoudre, est la suivante : Comment amener les Etats actuellement dotés d’armes nucléaires à rejoindre le traité d’interdiction et à éliminer leurs propres armes nucléaires ?

La question n’a rien d’académique, puisque dans la réalité, aucun de ces Etats n’a l‘intention de renoncer dans un avenir prévisible à ses armes nucléaires, comme le prouve l’absence de chacun d’eux à la présente Conférence d’interdiction, alors même qu’ils y étaient tous instamment invités.

Du point de vue juridique, la question se pose différemment pour les cinq Etats nucléaires parties au Traité de Non Prolifération (Etats Unis d’Amérique, Russie, Royaume Uni, France, Chine), qui sont normalement tenus par son article 6 de négocier de bonne foi et de faire aboutir un processus d’élimination de ces armes, et pour les quatre autres Etats qui n’y sont pas tenus car ils n’ont jamais adhéré au TNP (Israël, Inde, Pakistan) ou s’en sont retirés (Corée du Nord), ou encore pour un Etat actuellement non répertorié mais qui s’avérerait posséder une ou plusieurs armes nucléaires.

Du point de vue pratique, ce processus de désarmement concerté impliquerait dans tous les cas un relevé des armes existantes, un calendrier d’élimination convenu, adapté à chaque cas particulier, le choix de méthodes d’élimination, des procédures de vérification, etc. Il impliquerait d’abord et avant tout l’ouverture effective des négociations multilatérales qu’exige l’article 6 du TNP depuis 1970 sans avoir jamais été suivi d’effet, et qui devraient porter non plus sur l’interdiction des armes nucléaires, mais sur leur élimination concrète. Cela signifie que plusieurs Etats dotés d’armes nucléaires doivent se réunir : au moins deux pour commencer ; et tous si possible – qu’ils soient ou non parties au TNP.

Dans sa formulation actuelle, le traité d’interdiction prévoit, certes, ce que devra faire un Etat doté d’armes nucléaires qui déciderait d’adhérer unilatéralement au traité d’interdiction, ou encore un Etat hébergeant sur son territoire des armes nucléaires appartenant à un autre Etat (cas des cinq pays de l’OTAN ayant chez eux des armes américaines). Mais il ne prévoit rien pour un Etat nucléaire qui, par exemple, serait disposé à adhérer au traité d’interdiction, mais à condition que les autres Etats nucléaires y adhèrent également, ou au moins certains d’entre eux (par exemple tel Etat dont il estimerait que son arsenal nucléaire le menace plus particulièrement).

Or, cette condition est justement posée par tous les Etats dotés d’armes nucléaires -ils s’accordent là-dessus- soit comme un prétexte pour ne jamais désarmer, soit comme une préoccupation sincère, tirée notamment de la croyance –fondée ou non, peu importe- au rôle dissuasif de leurs armes nucléaires. S’il ne veut pas rester lettre morte, le traité d’interdiction doit donc offrir aux Etats nucléaires la perspective d’un désarmement multilatéral, au moment même de leur adhésion. Cette éventualité, si elle est retenue, pourrait être incluse dans le traité, par exemple en point 6 ajouté à la proposition de l’Afrique du Sud relative à l’Article intitulé « Vers l’élimination des armes nucléaires » :

« Si un Etat Partie, croyant au rôle dissuasif de ses armes nucléaires contre une possible agression nucléaire de la part d’un autre Etat, subordonne son adhésion au traité d’interdiction à la perspective du désarmement nucléaire universel qu’exige ce traité de même que l’article 6 du TNP, il pourra se retirer du traité d’interdiction si, dans les 10 ans suivant son entrée en vigueur, l’ensemble des Etats nucléaires n’a pas adhéré au traité et/ou engagé un processus d’élimination concertée de ces armes. Ce sera le seul motif de retrait du traité susceptible d’être admis dans les conditions définies à l’article 18 : Durée et dénonciation du traité »

 

 

Yémen: Après avoir perdu la guerre, les Saoudiens tentent le génocide – les médias complices

par Moon of Alabama
13 novembre 2017
Source : http://arretsurinfo.ch/yemen-apres-avoir-perdu-la-guerre-les-saoudiens-tentent-le-genocide-les-medias-complices/
Source originaire : http://www.entelekheia.fr/yemen-apres-perdu-guerre-saoudiens-tentent-genocide-medias-complices/

Les accusations de complicité active de l’Occident dans le désastre humanitaire causé par Ben Salmane au Yémen de Moon of Alabama peuvent sembler un peu exagérées. Elles sont néanmoins amplement corroborées par de multiples autres observateurs, par exemple l’historien et analyste britannique spécialisé dans les Affaires étrangères du Royaume-Uni Mark Curtis. Selon lui aussi, il semble que tous leurs caprices, même les plus meurtriers, soient passés au Saoudiens par un Occident avide de leur vendre toutes les breloques guerrières les plus nombreuses et chères possibles. Et tant que l’Arabie Saoudite achète, elle est protégée d’accusations de crimes de guerre.
Paru le 13 nov. sur Moon of Alabama sous le titre Yemen – Having Lost The War Saudis Try Genocide – Media Complicit

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Photo PressTV : Yémen, « le marché bombardé était une cible légitime », selon les Saoudiens.

Fausses nouvelles :
L’Arabie Saoudite met fin à son blocus des ports et des aéroports du Yémen – Daily Mail
La coalition menée par l’Arabie Saoudite dit qu’elle va rouvrir les ports du Yémen – Anadolu
Les ports yéménites rouverts à l’aide humanitaire, selon l’Arabie Saoudite – Deutsche Welle
Du dernier lien :
L’Arabie Saoudite, en réaction aux avertissements sur la famine imminente au Yémen de l’ONU, dit que les ports qu’elle contrôle seront rouverts à l’aide humanitaire. Riyad les a fermés la semaine dernière après une attaque de missiles reprochée aux rebelles houthis soutenus par l’Iran.
Les titres ci-dessus sont faux. Le gouvernement saoudien a annoncé la réouverture de quelques-uns des ports et aéroports. Ces derniers sont dans le sud et sous contrôle des forces par procuration des Saoudiens engagées dans la lutte contre l’alliance Houthi-Saleh du nord-est du Yémen. Quelques 70% de la population vivent dans les zones du nord-est qui continueront à être soumises à un blocus total. Le principale port de leur zone est Hodeida, qui restera fermé. En mars dernier, le Pentagone a tenté de prendre le contrôle du port. Mais combattre pour le prendre aurait détruit les embarcadères, et par conséquent la voie d’approvisionnement de quelques vingt millions de personnes. L’aéroport le plus important se trouve à Sanaa. L’alliance Saudo-Américano-britannique empêche même les vols de l’ONU avec des fournitures médicales à bord d’y atterrir.
Les Saoudiens « requièrent » désormais que l’ONU envoie une commission d’experts à Riyad pour « discuter » des procédures des futurs contrôles des ports non détenus par leurs forces par procuration. Un processus de ce type prendra des semaines, voire des mois. Comme le Pentagone avant eux, les Saoudiens demanderont le plein et entier contrôle des ports, ce que leurs opposants n’accorderont bien sûr pas. Ce type de palabre oiseuse ne fera qu’envenimer la situation.
Grâce aux contrebandiers locaux, un peu de nourriture et d’autres biens arriveront toutefois à passer le blocus. Mais ce sera très insuffisant et beaucoup trop cher pour la majorité des Yéménites. Quand le blocus récent a été annoncé, les prix de la nourriture et du gaz ont instantanément doublé au Yémen. Les employés du service public n’ont pas été payés depuis 15 mois. Les gens ne peuvent tout simplement plus se permettre de garder leurs enfants en vie :
A Sanaa, Nor Rashid a vendu la vache de sa famille pour payer les frais de transport de sa fille de quatre ans, qui pèse 7 kilos, au centre d’alimentation de l’hôpital d’ Al-Sabaeen. Elle a d’autres enfants qui sont également malades, mais elle ne peut pas payer les soins médicaux si elle les emmène à l’hôpital aussi. « C’est à cause de l’absence des salaires du gouvernement », a-t-elle dit. « Normalement, nous allons voir la personne du village qui perçoit un salaire pour lui demander de l’aide et lui emprunter de l’argent, si quelqu’un doit aller à l’hôpital. Mais comme les salaires ne sont plus versés, nous n’avons plus de soutien. »
L’ONU prévient, à juste titre, que le blocus cause une famine de masse. Cette famine n’est pas un effetmalencontreux de la guerre – c’est une arme :
Affamer les civils du Yémen est un acte délibéré de Riyad, qui est furieux de son humiliante incapacité à remporter une victoire militaire saoudienne.
Selon les médias, seuls 10 000 civils saoudiens ont été tués en deux ans et demi de guerre. Le nombre est risible. Ni l’ONU, ni d’autres n’ont publié le moindre rapport détaillé. Le nombre de 10 000 victimes sort de nulle part. Comparons, par exemple, les dates et contenus de ces deux rapports :
Al Jazeera – 31 août 2016 : ONU, au moins 10 000 civils tués dans le conflit au Yémen
Les Nations-Unies ont significativement révisé le nombre des victimes tuées de la guerre civile qui dure depuis 18 mois, aujourd’hui porté à 10 000 personnes.

Depuis la capitale Sanaa mardi, Jamie McGoldrick, le coordinateur de l’aide humanitaire de l’ONU, a dit que la nouvelle estimation se fonde sur les informations officielle des centres de soins médicaux du Yémen.
Al Jazeera – 17 janvier 2017 : Le nombre des morts du conflit au Yémen dépasse les 10 000
L’officiel de l’aide humanitaire des Nations-Unies au Yémen a dit que le bilan des victimes au cours du conflit au Yémen, qui dure depuis presque deux ans, a atteint 10 000 tués et 40 000 blessés.
Jamie McGoldrick, du bureau pour la coordination des affaires humanitaires, a dit que les chiffres sont basés sur la liste des victimes compilées par les centres de soins médicaux…
Le même faible nombre de victimes est affirmé par le même officiel en août et en janvier, alors qu’une guerre dévastatrice continuait dans l’intervalle. Cela ne tient pas debout. Pour faire rire les cyniques aux éclats, ou par stupidité, le deuxième reportage d’Al Jazeera continue :
L’annonce marque la première fois qu’un officiel de l’ONU confirme un bilan des victimes aussi élevé au Yémen.
Jusqu’à juillet 2017, la coalition saoudo-américaine a opéré plus de 90 000 sorties aériennes au-dessus du Yémen, dont la plupart dans le but de larguer des bombes. Sommes-nous censés croire que seuls 10 000 civils ont été tués par ces bombes et par l’artillerie supplémentaire, les snipers et les attaques suicides ? Cela ne collerait même pas aux rapports occidentaux sur les incidents de masse recensés au cours de la guerre. 100 000 civils tués par la guerre est un nombre bien plus probable que les invariables 10 000 cités.
Le 1er novembre, un bombardement saoudien a tué au moins 29 personnes dans un marché fréquenté de Saada. Les missiles lancés depuis le Yémen contre l’aéroport de Riyad le 4 novembre dernier était une réponse à cette attaque meurtrière saoudienne. Les Saoudiens affirment que ces missiles yéménites proviennent d’Iran et l’armée américaine, sans fournir la moindre preuve, confirme cette fable.
Les restes des missiles portaient des marques iraniennes, a déclaré l’officiel le plus haut gradé des forces aériennes des USA au Moyen-Orient.
C’est aussi farfelu que s’il avait dit : « Les Saoudiens ont trouvé une étiquette sur les débris. Elle disait Made in Iran ».
Dans un message vidéo, l’ancien président du Yémen a expliqué que ces missiles provenaient d’un important stock qu’il avait apporté avant que le pays n’entre dans la guerre actuelle. Selon la publication britannique spécialisée dans la défense IHS Jane’s, ces missiles sont d’origine nord-coréenne (pdf) et ont été modifiés par les forces armées expérimentées yéménites.
De concert avec la propagande saoudienne, des affirmations bizarres émergent dans les médias US. Soudainement, des combattants afghans chiites (la Brigade des Fatimides) ou le Hezbollah du Liban combattraient au Yémen. Ces affirmations ne tiennent pas debout. Tentez d’expliquer, par exemple, la géographie dans cet article du New York Times.
Non seulement l’Iran a envoyé des unités légères de la Brigade des Fatimides à travers la frontière syrienne pour combattre au Yémen…
Comment et pourquoi des chiites afghans, qui ne parlent pas arabe, entreraient-ils au Yémen ? Il y a des millions de Yéménites sans emploi dans les zones assiégées. Ils haïssent les Saoudiens. Les Houthis ne manquent sûrement pas de fantassins.
Dans une récente interview télévisée, le Premier ministre libanais kidnappé Saad Hariri a suggéré qu’il serait libéré par les Saoudiens si le Hezbollah cessait ses opérations au Yémen. L’AP l’a résumé :
Hariri a mentionné la présence du Hezbollah au Yémen comme cause principale de l’ire du royaume.
Mais il n’y a aucune preuve d’une quelconque présence du Hezbollah au Yémen. En 2015, un diplomate saoudien a affirmé avoir eu vent de « rapports » de formateurs du Hezbollah au Yémen, sans en donner la preuve ou en nommer l’origine. En 2016, la chaîne de télévision d’État de l’Arabie Saoudite Al Arabiya a posté une courte vidéodont elle affirmait qu’elle montrait un formateur du Hezbollah entraînant des Houthis. Ni lieu, ni date, ni autre information sur le tournage n’ont été publiés. En deux ans et demi de guerre contre le Yémen, aucun rapport de terrain n’a émergé selon lequel le Hezbollah y serait engagé, non plus que de soldats libanais, iraniens ou afghans blessés.
Les Houthis ne sont pas le Hezbollah et pas non plus des agents du gouvernement iranien. Leur alliance avec des troupes de l’armée du Yémen loyales à l’ancien président Saleh leur donne de bonnes capacités tactiques et techniques. Leurs armes proviennent d’ancien stocks ou sont achetées sur les grand marchés d’armes du Yémen. Les vendeurs achètent ces armes aux groupes employés et généreusement équipés par les Saoudiens. Ces forces contrôlées par les Saoudiens sont les principaux fournisseurs de leurs ennemis désignés.
Les Saoudiens affament tout un pays – avec le soutien avide du monde occidental « humanitaire ». La bureaucratie et les leaders de l’ONU ont été achetés et sont complices. Le tyran saoudien kidnappe et fait chanter le Premier ministre d’un pays tiers. Tout cela parce qu’il n’arrive pas à vaincre les combattants va-nu-pieds houthis du Yémen, contre qui il s’est engagé dans une guerre absurde. Les Saoudiens inventent une implication iranienne et les médias répètent avidement leurs affirmations sans aucune preuve pour les corroborer.
Des millions de civils sont en danger imminent de mort. Pendant ce temps, des politiciens occidentaux cupides déroulent le tapis rouge au dingue de Riyad, le « prince héritier » et à son père sénile. Ils soutiennent toutes les affirmations les plus délirantes des Saoudiens sur ceux qu’ils perçoivent comme leurs ennemis.
La prochaine fois que vous croiserez ce genre de créature, s’il vous plaît, mettez-lui votre poing dans la figure.

Par Moon of Alabama | 13 novembre 2017
Traduction et note d’introduction Entelekheia
Photo PressTV : Yémen, « le marché bombardé était une cible légitime », selon les Saoudiens.

Un expert de l’ONU appelle à la démocratisation des médias

Alfred de Zayas

Source : Horizons et débats, Case postale 729, CH-8044 Zurich, 16 novembre 2017. http://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2017/no-2728-14-novembre-2017/un-expert-de-lonu-appelle-a-la-democratisation-des-medias.html

Source originaire : www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=22074&LangID=F

 

 

La démocratie et l’autodétermination sont cruciales pour la prévention des conflits nationaux, régionaux et internationaux, mais elles sont menacées par de «fausses nouvelles», des informations incomplètes et le «politiquement correct», a déclaré Alfred de Zayas, expert indépendant pour la promotion d’un ordre international démocratique et équitable dans un communiqué à l’occasion de la Journée internationale de la démocratie le 15 septembre.

«La démocratie est essentielle pour parvenir à un ordre mondial plus juste. Ce n’est qu’en réfléchissant vraiment aux intérêts des gens que les gouvernements pourront endiguer le désenchantement, l’exploitation et les conflits qui affligent le monde d’aujourd’hui.
La vraie démocratie exige de l’éducation, l’accès à des sources d’information et à des opinions multiples et fiables, une consultation de bonne foi avec toutes les personnes affectées par les décisions et un débat ouvert, hors de toute intimidation, ostracisme et contraintes du ‹politiquement correct›.
Cela signifie combiner la règle de la majorité avec le respect des opinions minoritaires et la dignité humaine de tous.
La vraie démocratie ne peut pas fonctionner correctement sans une presse libre et pluraliste, mais les ‹fausses nouvelles›, la ‹manipulation des informations› et les campagnes axées étroitement sur les questions à la mode portent à confusion et corrompent le processus démocratique.
Il ne s’agit pas seulement des gouvernements qui se livrent à la diffusion de fausses nouvelles – des informations fausses ou délibérément partisanes – mais aussi du secteur privé, des médias d’entreprise et d’autres conglomérats qui tentent de créer ce que Noam Chomsky appelait la «fabrication du consentement».
Bien que la liberté d’opinion et d’expression soient indispensables à la société démocratique, ces libertés doivent servir – non pas manipuler – la démocratie. Ce qui est nécessaire, c’est un accès libre à l’information et aux opinions pluralistes – plutôt que des services de presse homologués qui se font écho les uns aux autres et tentent d’imposer une version ‹politiquement correcte› de la réalité.
Les médias ont la responsabilité de diffuser de l’information, sans supprimer de façon sélective les faits pertinents, ou forcer les faits dans une seule interprétation possible. La démocratie a besoin de services d’information alternatifs et d’une démocratisation générale des médias.
On parle de démocratie lorsqu’il existe une corrélation directe entre la volonté des gens et les politiques qui les affectent. Cela exige plus qu’un vote périodique pour la forme, en particulier étant donné que de tels exercices démontrent un manque de choix réel en termes de candidats et entraînent rarement un changement de politique.
La démocratie directe, participative et réactive, sous toutes ses formes, est primordiale et doit être utilisée pour permettre aux individus de donner un consentement authentique, libre, préalable et éclairé avant que les gouvernements ne promulguent des décisions législatives et autres qui ont un impact sur leur vie.
Les Etats membres des Nations Unies ont affirmé en 2005 lors d’un sommet mondial sans précédent que la démocratie, le développement et le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales étaient interdépendants et se renforçaient mutuellement.
Ils ont également observé que, bien que les démocraties partagent des caractéristiques communes, il n’existe pas de modèle unique de démocratie. Tous les peuples et toutes les nations ont le droit de trouver leur propre formule de la démocratie. En effet, la démocratie est une expression de l’autodétermination.»    •

Phoenix 2.0 – Après le Vietnam, c’est le tour de l’Afghanistan

par Moon of Alabama

24 octobre 2017

Traduction : Dominique Muselet

Source : http://lesakerfrancophone.fr/phoenix-2-0-apres-le-vietnam-cest-le-tour-de-lafghanistan

Source originaire : http://www.moonofalabama.org/2017/10/phoenix-20-the-cias-vietnam-war-terror-campaign-comes-to-afghanistan.html#more

 

La semaine dernière, le nouveau chef de la CIA, Mike Pompeo, a émis en public la menace de faire de la CIA une « agence beaucoup plus féroce ». Son premier pas dans cette direction a été de libérer les gangs de tueurs parrainés par la CIA contre le peuple afghan.
La C.I.A. étend ses opérations secrètes en Afghanistan, en envoyant de petites équipes d’officiers et de mercenaires bien entraînés soutenir les forces afghanes pour poursuivre et éliminer les militants talibans dans tout le pays (…)

(…)

Cette initiative de la C.I.A. permettra d’augmenter le nombre des missions effectuées par les unités militaires, ce qui signifie qu’une plus grande partie du rôle des États-Unis dans les combats en Afghanistan sera cachée au public.

Cela ne va pas être une simple campagne contre-insurrectionnelle, même si certains ne manqueront pas de l’affirmer. Une campagne anti-insurrectionnelle doit intégrer plusieurs éléments : la politique, la sécurité, l’économie et l’information. Elle ne peut réussir que si elle soutient une autorité légitime.

Le gouvernement afghan actuel a peu de légitimité. Il a été soudoyé par l’ambassade des États-Unis après qu’une immense fraude électorale, connue de tous, a menacé de se transformer en chaos total. En août, le directeur de la CIA, Pompeo, a rencontré le président afghan Ashraf Ghani pour discuter probablement du nouveau plan. Mais la campagne annoncée aujourd’hui n’a pas de composante politique ni économique. Une campagne centrée uniquement sur la « sécurité » aboutira à une hasardeuse expédition de tortures et de meurtres hors-sol, qui n’aura pas de résultat positif.

La campagne sera une aubaine pour les talibans. Elle tuera probablement quelques insurgés alignés sur les talibans ici et là, mais elle aliènera beaucoup d’Afghans. La plupart des combattants talibans sont des locaux. Les tuer crée de nouvelles recrues locales pour l’insurrection. Et cela lui apportera également une meilleure couverture de la population pour les opérations futures.

Une campagne similaire a eu lieu pendant la guerre du Vietnam sous le nom d’Opération Phoenix. À l’époque, quelque 50 000 Sud-Vietnamiens, tous « soupçonnés de communisme », ont été tués par les gangs de la CIA qui écumaient le pays :

L’Opération [Phoenix] a été conçue pour identifier et « neutraliser » (via l’infiltration, la capture, le contre-terrorisme, l’interrogatoire et l’assassinat) l’infrastructure du Front de Libération Nationale du Vietnam du Sud (FLN ou Viet Cong). La CIA l’a décrite comme « un ensemble de programmes qui visaient à attaquer et détruire l’infrastructure politique vietcong ». Les deux principales composantes du programme étaient les Unités de reconnaissance provinciales (UPR) et les centres d’interrogation régionaux. Les UPR devaient tuer ou capturer des membres présumés du FLN, ainsi que des civils censés avoir des informations sur les activités du FLN. Beaucoup de ces personnes ont ensuite été emmenées dans des centres d’interrogatoire où la plupart auraient été torturées dans le but d’obtenir des renseignements sur les activités des Viet Cong dans la région. L’information obtenue dans ces centres était ensuite transmise aux commandants militaires qui l’utilisaient pour envoyer les UPR dans de nouvelles missions d’enlèvements et d’assassinats.

Le programme Phoenix avait été intégré dans un programme de développement politique et économique civil plus large appelé CORDS. Les historiens sont largement arrivés à la conclusion que Phoenix n’avait pas atteint ses objectifs malgré le souci de l’intégrer à un contexte plus large. Le soutien passif de la population pour les Viet Cong a augmenté à cause de la campagne. Depuis quelques années, la RAND Corporation du Pentagone déploie des efforts révisionnistes pour modifier la vision de cette opération.

La campagne qui vient d’être annoncée ressemble à Phoenix mais n’a aucune composante politique. Elle n’est pas conçue pour pacifier les insurgés mais pour éliminer la résistance une bonne fois pour toutes :

La nouvelle opération sera dirigée par de petites unités connues sous le nom d’équipes de poursuite antiterroriste. Elles sont gérées par des officiers paramilitaires de la C.I.A. appartenant à la Division des activités spéciales de l’Agence et par des agents de la Direction nationale de la sécurité, le service de renseignement afghan ; elles incluent des troupes américaines d’élite du Commandement des opérations spéciales interarmées. La majorité des forces appartiennent cependant à la milice afghane.

Il y a seulement quelques douzaines d’officiers dans la division des activités spéciales de la CIA qui peuvent participer activement à une telle campagne. Le début de l’article laisse penser que les « sociétés paramilitaires privées » joueront un rôle important. Au mois d’août, Eric Prince, l’ancien chef de la société privée de mercenaires Blackwater, a fait du lobbying auprès de l’administration Trump pour que la guerre en Afghanistan soit menée par des entreprises paramilitaires. On peut donc penser que Prince et d’autres rejetons de Blackwater seront impliqués dans la nouvelle campagne de la CIA. C’est la Direction Nationale afghane de la Sécurité (DNS) qui sera chargée de faire l’essentiel du travail de renseignement sur le terrain.

La DNS a été créée par la CIA à partir d’éléments de l’ancienne Alliance du Nord, les opposants aux Talibans d’origine. À la fin des années 1990, l’Alliance du Nord dirigée par Ahmed Shah Massoud était financée par la CIA. Le chef des renseignements de Shah Massoud, Amrullah Saleh, qui a la double nationalité, a été formé par la CIA. Après l’invasion américaine en Afghanistan, Saleh a dirigé le nouveau service de renseignement, la DNS. Puis, le président Hamid Karzaï a limogé Saleh en 2010 parce qu’il s’opposait à ses efforts pour se réconcilier avec les talibans. En mars 2017, le président actuel, Ashraf Ghani, a nommé M. Saleh au poste de ministre d’État à la réforme de la sécurité. Saleh a démissionné (?) en juin après que Ghani a conclu un accord de paix avec Gulbuddin Hekmatyar, un chef de guerre opposé au gouvernement et ancien allié des talibans.

Saleh est un Tadjik pur et dur, et un extrémiste impitoyable. Il se méfie des Pachtounes, le principal groupe ethnique d’Afghanistan et la base populaire des talibans. Saleh a récemment fondé son propre parti politique. Il a évidemment de plus larges ambitions. Il a toujours eu d’excellentes relations avec la CIA, et tout particulièrement avec son centre anti-terroriste radical. Il est fort probable qu’il a participé à la planification de cette nouvelle campagne.

Dans le Nord de l’Afghanistan où il y a une certaine mixité ethnique, les milices locales dirigées par la Direction Nationale afghane de la Sécurité (DNS) se livreront probablement à un nettoyage ethnique à grande échelle. Dans le sud et l’est pachtoune, elles n’auront aucun soutien local car ces milices terrorisent le pays depuis pas mal de temps :

Cela fait des années que le principal travail des officiers paramilitaires de la C.I.A. dans le pays est la formation des milices afghanes. Le C.I.A. a également utilisé des membres de ces milices indigènes pour développer des réseaux d’informateurs et recueillir des renseignements.

(…)

Les commandos américains – qui font partie du programme Omega du Pentagone qui prête des forces d’opérations spéciales à la C.I.A. – permettent aux troupes conventionnelles de collaborer avec les milices afghanes lorsqu’elles ont besoin de soutien aérien ou d’évacuations médicales. […]

Les milices écument le pays depuis longtemps et ont été accusées de tuer aveuglément les civils afghans lors de raids et de frappes aériennes.

On sait déjà comment finira cette campagne. La CIA elle-même a peu ou pas de source d’information indépendante dans le pays. Elle dépendra de la Direction Nationale afghane de la Sécurité (DNS) truffée de proches tadjik de Saleh, et de membres des milices ethniques et tribales. Chacune de ces entités a son propre agenda. Une campagne de « sécurité » comme celle qui est planifiée dépend d’un bon renseignement. Qui, dans tel ou tel hameau, est membre des Talibans ? Faute de sources locales sûres, la milice, sous la direction de la CIA ou d’une société privée, aura recours à une torture extrêmement brutale. Ils vont supplicier les « informateurs » et les « suspects » jusqu’à ce qu’ils leur donnent les noms d’une nouvelle série de « suspects ». Répétez l’opération autant de fois que nécessaire 1 – à la fin, tous les « suspects » seront tués.

Le nouveau plan a été intentionnellement « fuité » au New York Times par « deux hauts fonctionnaires américains » qui présentent l’opération sous un jour positif :

La mission a été planifiée parce que nous savons tous que pour amener les talibans à la table des négociations – un élément clé de la stratégie de M. Trump pour le pays – les États-Unis doivent combattre les insurgés de manière offensive.

Cette affirmation n’a bien sûr aucun sens. Les États-Unis « combattent les insurgés de manière offensive » depuis des années déjà. Les talibans ont toujours été prêts à négocier. Leur principale condition pour un accord de paix est que les forces américaines mettent fin à leur occupation et quittent le pays. Les États-Unis ne veulent tout simplement pas le faire. Tuer plus de « suspects » d’être des sympathisants des talibans ne changera pas la position des talibans et ne rendra pas de sérieuses négociations plus probables.

Dans cinq ans, quand la brutalité indicible et la vanité de cette campagne seront sous les feux de la rampe, le NYT sera choqué, CHOQUÉ, qu’une telle campagne ait jamais pu avoir lieu.

Note

  1. En anglais : Rinse-repeat. C’est la formule qu’on trouve dans les notices des bouteilles de shampoing.

 

Au cours d’une interview, le Qatar confie des secrets concernant la guerre en Syrie

par Tyler Durden

30 octobre 2017

Source : http://arretsurinfo.ch/au-cours-dune-interview-le-qatar-confie-des-secrets-concernant-la-guerre-en-syrie/

Sources originaires : http://www.zerohedge.com/news/2017-10-28/shocking-viral-interview-qatar-confesses-secrets-behind-syrian-war

http://lesakerfrancophone.fr/au-cours-dune-interview-le-qatar-confie-des-secrets-concernant-la-guerre-en-syrie

Tout cela les gens bien informés via nos médias non alignés le savaient depuis le début de la guerre. Cette confirmation officielle a le mérite d’enfoncer le clou quant au rôle complice des médias officiels dans cette guerre terroriste contre l’Etat syrien voulue au départ avant tout par la France de Sarkozy et ses acolytes Kouchner, Fabius, BHL. Une guerre « pour Israël » et non pour le pétrole…[ASI]

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L’interview télévisée d’un haut responsable qatari avouant la vérité sur les origines de la guerre en Syrie est en train de devenir virale dans le monde des médias sociaux arabes. La même semaine, un document secret de la NSA a été divulgué, confirmant que l’opposition armée en Syrie était sous le commandement direct de gouvernements étrangers, dès les premières années du conflit.

Par Tyler Durden | 28 octobre 2017 | Zero Hedge

Et selon un analyste syrien bien connu et un conseiller économique ayant des contacts étroits avec le gouvernement syrien, l’interview explosive constitue « l’aveu public » par quelqu’un de haut placé « de la collusion et de la coordination entre quatre pays pour déstabiliser un État indépendant, y compris par un soutien possible à Nusra /al-Qaïda ». Il est important de noter que « cet aveu aidera à justifier ce que Damas considère comme une atteinte à sa sécurité et à sa souveraineté et constituera une base pour des demandes d’indemnisation ».

Alors que la guerre en Syrie ralentit doucement, il semble que de nouvelles fuitesapparaissent presque chaque semaine sous la forme de témoignages de hauts responsables impliqués dans la déstabilisation de la Syrie et même de courriels et documents occasionnels qui détaillent les opérations secrètes de changement de régime contre le gouvernement Assad. Bien qu’une grande partie de ce contenu serve à confirmer ce qui était déjà connu par ceux qui n’ont jamais accepté la propagande simpliste qui a dominé les médias traditionnels, les détails continuent à se mettre en place, fournissant aux futurs historiens une image plus claire de la vraie nature de cette guerre.

Ce processus de clarté a été favorisé, comme prévu, par les luttes intestines entre les anciens alliés du Conseil de coopération du Golfe (CCG), l’Arabie saoudite et le Qatar, chaque partie accusant l’autre de financer les terroristes islamiques et al-Qaïda. Le monde observe, pendant que de plus en plus de linge sale est lavé publiquement à cause de l’implosion du CCG, qui, pendant des années, en accord avec presque toutes les monarchies du Golfe, a financé les mouvements djihadistes dans des endroits comme la Syrie, l’Irak et la Libye.

 

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Julian Assange  @JulianAssange

Depuis 2013, Intercept (+ WaPo ?) cache des documents de la NSA montrant que les Saoudiens ordonnaient des attaques « rebelles » contre Damas. Maintenant libérée. https://theintercept.com/2017/10/24/syria-rebels-nsa-saudi-prince-assad/

02h49 – 25 octobre 2017

Un document de la NSA confirme que le prince saoudien a directement ordonné des attaques coordonnées, menées par des rebelles syriens, contre Damas.

« Incendiez Damas », a déclaré le prince saoudien aux rebelles syriens, de plus en plus dépendants des soutiens étrangers.

theintercept.com

Ce haut responsable qatari n’est autre que l’ancien Premier ministre, Hamad ben Jassim bin Jaber al-Thani, qui a supervisé les opérations syriennes au nom du Qatar jusqu’en 2013 (également en tant que ministre des Affaires étrangères), photographié avec la secrétaire d’État Hillary Clinton, le janvier 2010 (pour rappel, le Comité de la Coupe du monde 2022 du Qatar a fait un don de 500 000 dollars à la Fondation Clinton en 2014).

Mercredi, au cours d’une interview à Qatari TV, bin Jaber al-Thani a révélé que son pays, aux côtés de l’Arabie saoudite, de la Turquie et des États-Unis, a commencé à expédier des armes aux djihadistes dès le début des événements (en 2011).

Al-Thani a même comparé l’opération secrète à une « chasse à courre » – la proie étant le président Assad et ses partisans – une « proie » qui, l’admet-il, a pu s’échapper (comme Assad est toujours au pouvoir, il a utilisé un mot arabe « al-sayda », qui veut dire la chasse aux animaux ou aux proies, pour le sport). Bien que Thani ait nié des allégations crédiblesde soutien à Daech, les paroles de l’ancien premier ministre impliquent le soutien direct du Golfe et des États-Unis à al-Qaïda en Syrie (Front al-Nusra), dès les premières années de la guerre. Le Qatar a même dit posséder des documents prouvant que la guerre avait pour objectif un changement de régime.

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EHSANI2 @ EHSANI22

« Nous avons discuté de la proie et du fait que cette proie s’était enfuie ». Mesdames et messieurs : pour ces personnes #Syria #Assad n’étaient rien d’autre qu’une p…n de partie de chasse. https://twitter.com/walid970721/status/923825448324345858

07h26 – 28 octobre 2017

Selon la traduction de Zero Hedge, tout en reconnaissant que les pays du Golfe armaient les djihadistes en Syrie avec l’approbation et le soutien des États-Unis et de la Turquie, al-Thani déclare : « Je ne veux pas entrer dans les détails mais nous avons plein de documents montrant ce que nous y avons fait [en Syrie]. » Il a affirmé que le roi Abdallah d’Arabie saoudite (qui a régné jusqu’à sa mort en 2015) et les États-Unis ont décidé que le Qatar aurait un rôle de premier plan concernant les opérations secrètes dans cette guerre par procuration.

Bien que très révélateurs, les commentaires de l’ancien Premier ministre visaient à défendre et à excuser le soutien du Qatar au terrorisme et à critiquer les États-Unis et l’Arabie saoudite pour avoir laissé le Qatar « se mouiller » seul dans cette guerre contre Assad. M. Al-Thani a expliqué que le Qatar continuait à financer des insurgés armés en Syrie alors que d’autres pays commençaient à diminuer leurs soutiens massifs, raison pour laquelle il s’en prenait aux États-Unis et aux Saoudiens qui « étaient avec nous dans la même tranchée ».

Dans une précédente interview télévisée américaine largement sous-diffusée, al-Thani a confié à Charlie Rose, qui l’interrogeait sur les allégations de soutien du Qatar au terrorisme, que « en Syrie, tout le monde a fait des erreurs, y compris votre pays ». Il a rajouté que lorsque la guerre a commencé en Syrie, « nous tous travaillions à partir de deux centres de commandement : un en Jordanie et un en Turquie ».

 

Voici la partie clé de l’interview de mercredi, traduite et sous-titrée par @ Walid970721. Zero Hedge a examiné et confirmé cette traduction, cependant, comme l’a reconnu le traducteur de la bande originale, al-Thani ne dit pas « dame » mais « proie » [« al-sayda »] – comme si Assad et les Syriens étaient pourchassés par des pays extérieurs.

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Walid @ walid970721

# L’ex-Premier ministre du Qatar dit que le soutien qatari aux djihadistes, y compris Nusra en #Syrie, était fait en coordination avec la KSA, la Turquie et les États-Unis via @ BBassem7

16h15 – 27 octobre 2017

La transcription partielle en français est la suivante :

« Quand les événements ont commencé en Syrie, je suis allé en Arabie saoudite pour y rencontrer le roi Abdallah, sur l’ordre de Son Altesse le prince, mon père, il [Abdallah] a dit qu’il nous soutenait. Vous continuez avec ce plan et nous vous coordonnerons mais c’est vous qui prenez les opérations en charge. Je ne vais pas entrer dans les détails mais nous avons des documents complets sur tout ce qui a été envoyé en Syrie, par la Turquie et en coordination avec les forces américaines et tout a été distribué par les Turcs et les forces étasuniennes. Il y a peut-être eu des erreurs et un soutien a été donné à la mauvaise faction … Peut-être qu’il y avait une relation avec Nusra, c’est possible, mais moi-même je ne sais pas… nous étions en train de nous battre pour la proie [al-sayda] et maintenant la proie s’est enfuie mais nous combattons encore … et maintenant Bachar est toujours là, vous [les États-Unis et l’Arabie saoudite] étiez avec nous dans la même tranchée … Je n’ai pas d’objection à ce que quelqu’un change d’avis s’il considère qu’il avait tort, mais au moins informez votre partenaire … par exemple, laissez tomber Bachar [al-Assad] ou faites ceci ou cela, mais la situation qui a été créée ne permettra jamais de progrès au sein du Conseil de coopération du Golfe, ni aucun progrès si nous continuons à nous disputer ouvertement. »

Comme on le sait maintenant, la CIA a été directement impliquée dans les tentatives de changement de régime en Syrie, avec les alliés du Golfe, comme le confirment les notes d’information américaines divulguées et déclassifiées. Le gouvernement américain a compris en temps réel que les armements sophistiqués du Golfe et de l’Occident finissaient entre les mains d’al-Qaïda et de Daech, en dépit des déclarations officielles disant armer des rebelles soi-disant « modérés ». Par exemple, une note de renseignementde 2014 envoyée à Hillary Clinton reconnaissait le soutien qatari et saoudien à État islamique.

Le courriel annonçait, dans un langage direct et sans ambiguïtés que :

« Les gouvernements du Qatar et de l’Arabie saoudite fournissent un soutien financier et logistique clandestin à EI et à d’autres groupes sunnites radicaux de la région. »

En outre, un jour avant l’interview du Premier ministre Thani, The Intercept publiait un nouveau document secret de la NSA, tiré des fichiers de renseignements fournis par Edward Snowden, qui montre clairement que l’opposition armée en Syrie était sous le contrôle direct de gouvernements étrangers, depuis les premières années de cette guerre qui a maintenant enlevé un demi-million de vies.

Ce document de la NSA récemment publié confirme qu’une attaque des insurgés de 2013, avec des lanceurs de roquettes sophistiqués, sur les zones civiles de Damas, y compris l’aéroport international de Damas, a été directement approvisionnée et commandée par l’Arabie saoudite, avec la bénédiction des renseignements américains. Comme le confirme également l’ancien Premier ministre qatari, les Saoudiens et le gouvernement américain ont mis en place des « centres de commandement » pour superviser ces odieuses attaques, pendant la même période que celle de l’attaque de l’aéroport de Damas en 2013.

Il ne fait aucun doute qu’il reste une mine de preuves documentaires accablantes qui continueront à fuiter dans les mois et les années à venir. Au moins, la guerre diplomatique entre le Qatar et l’Arabie saoudite apportera encore plus de fruits, car chaque partie s’en prend à l’autre en l’accusant de soutenir le terrorisme. Et comme on peut le voir dans cette dernière interview télévisée qatarie, les États-Unis eux-mêmes ne seront pas épargnés par cette saison de lavage de linge sale en public, par d’anciens alliés qui se retournent les uns contre les autres.

Par Tyler Durden – 28 octobre 2017 – Zero Hedge

Traduit par Wayan pour le Saker francophone

 

Poutine: « Je ne suis pas sûr que le ton de mon discours sera très optimiste »

par Vladimir Poutine

24 octobre 2017

Réunion du Club de discussion international de Valdaï

Sources : http://arretsurinfo.ch/poutine-je-ne-suis-pas-sur-que-le-ton-de-mon-discours-sera-tres-optimiste/

Sources originaires : http://versouvaton.blogspot.fr/2017/10/reunion-du-club-de-discussion.html

http://en.kremlin.ru/events/president/transcripts/55882

Le matraquage russophobe et anti-Poutine de nos médias « officiels » fini par nous donner la nausée. Pour rétablir un peu d’équilibre il nous parait indispensable de donner un large écho à ce que les Russes – ou leurs médias – expriment eux-mêmes. ASI

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Je ne suis pas sûr que le ton de mon discours sera très optimiste, mais je sais que vous avez eu des discussions très animées au cours de ces trois derniers jours. Je vais essayer, comme c’est maintenant devenu habituel, de partager avec vous ce que je pense de certaines questions. S’il vous plaît, ne le prenez pas mal si je dis quelque chose qui a déjà été dit car je n’ai pas suivi toutes les discussions.

Pour commencer, je voudrais souhaiter la bienvenue à M. Karzaï, M. Ma, M. Toje, à nos collègues et à tous nos amis. Je peux voir beaucoup de visages familiers dans le public. Bienvenue à tous à la réunion du Club Valdaï.

Par tradition, ce forum se concentre sur les questions politiques et économiques mondiales les plus urgentes. Cette fois-ci, les organisateurs, comme on vient de le mentionner, ont relevé un défi assez difficile en demandant aux participants d’essayer de regarder au-delà de l’horizon, de réfléchir aux prochaines décennies pour la Russie et la communauté internationale.

Bien sûr, il est impossible de tout prévoir et de prendre en compte toutes les chances et tous les risques auxquels nous serons confrontés. Cependant, nous devons comprendre et ressentir les principales tendances, chercher des réponses en dehors du cadre aux questions que le futur nous pose pour le moment et il en posera sûrement d’autres plus tard. Le rythme des développements est tel que nous devons y réagir constamment et rapidement.

Le monde est entré dans une ère de changement rapide. Des choses que l’on a qualifiées de fantastiques ou qui étaient inaccessibles sont devenues une réalité et une partie de notre vie quotidienne.

Des processus qualitativement nouveaux se déroulent simultanément dans toutes les sphères. La vie publique trépidante dans divers pays et la révolution technologique sont étroitement liées aux changements sur la scène internationale. La concurrence pour une place dans la hiérarchie mondiale est exacerbée. Cependant, de nombreuses recettes du passé pour la gouvernance mondiale, pour le dépassement des conflits ainsi que pour résoudre les contradictions naturelles ne sont plus applicables. Elles échouent trop souvent, et de nouvelles n’ont pas encore été élaborées.

Naturellement, les intérêts des États ne coïncident pas toujours, loin de là. C’est normal et naturel. Cela a toujours été le cas. Les puissances dirigeantes ont différentes stratégies géopolitiques et perceptions du monde. C’est l’essence immuable des relations internationales, qui reposent sur l’équilibre entre la coopération et la compétition.

Certes, lorsque cet équilibre est rompu, lorsque l’observance et même l’existence de règles de conduite universelles sont mises en question, lorsque les intérêts sont bousculés à n’importe quel prix, les disputes deviennent imprévisibles et dangereuses et conduisent à des conflits violents.
Pas un seul problème international réel ne peut être résolu dans de telles circonstances et dans un tel cadre, et donc les relations entre les pays se dégradent, simplement. Le monde devient moins sûr. Au lieu du progrès et de la démocratie, carte blanche est donnée aux éléments radicaux et aux groupes extrémistes qui rejettent la civilisation elle-même et cherchent à la plonger dans un passé ancien, dans le chaos et la barbarie.

L’histoire de ces dernières années illustre graphiquement tout cela. Il suffit de voir ce qui s’est passé au Moyen-Orient, que certains acteurs ont tenté de remodeler et de reformater à leur goût et de lui imposer un modèle de développement étranger par des coups d’État orchestrés extérieurement ou simplement par la force des armes.

Au lieu de travailler ensemble pour redresser la situation et porter un véritable coup au terrorisme plutôt que de simuler une lutte contre celui-ci, certains de nos collègues font tout leur possible pour que le chaos dans cette région soit permanent. Certains pensent encore qu’il est possible de gérer ce chaos.

En attendant, il y a quelques exemples positifs dans l’expérience récente. Comme vous l’avez probablement deviné, je fais référence à l’expérience de la Syrie. Cela montre qu’il existe une alternative à ce genre de politique arrogante et destructrice. La Russie s’oppose aux terroristes avec le gouvernement syrien légitime et les autres États de la région et agit sur la base du droit international. Je dois dire que ces actions et ce progrès n’ont pas été faciles. Il y a beaucoup de dissensions dans la région. Mais nous nous sommes fortifiés avec patience et, pesant nos moindres gestes et paroles, nous travaillons avec tous les participants à ce processus avec le respect dû à leurs intérêts.

Nos efforts, dont les résultats n’ont pas été remis en question jusqu’à récemment par nos collègues, nous laissent maintenant – laissez-moi le dire avec prudence – entrevoir un peu d’espoir. Ils se sont révélés très importants, corrects, professionnels et opportuns.

Ou, prenez un autre exemple : le bras de fer autour de la péninsule coréenne. Je suis sûr que vous avez également traité de cette question de façon approfondie aujourd’hui. Oui, nous condamnons sans équivoque les essais nucléaires menés par la RPDC et nous nous conformons pleinement aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU concernant la Corée du Nord. Chers collègues, je tiens à le souligner pour qu’il n’y ait pas d’interprétation discrétionnaire. Nous respectons toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.

Cependant, ce problème ne peut, bien sûr, être résolu que par le dialogue. Nous ne devrions pas bloquer la Corée du Nord dans un coin, la menacer de représailles musclées, nous abaisser à la grossièreté ou à l’invective. Que quelqu’un aime ou n’aime pas le régime nord-coréen, nous ne devons pas oublier que la République populaire démocratique de Corée est un État souverain.
Tous les différends doivent être résolus de manière civilisée. La Russie a toujours favorisé une telle approche. Nous sommes fermement convaincus que même les nœuds les plus complexes – que ce soit la crise en Syrie ou en Libye, dans la péninsule coréenne ou, disons, en Ukraine – doivent être démêlés plutôt que coupés.

La situation en Espagne montre clairement à quel point la stabilité peut être fragile même dans un État prospère et établi. Qui aurait pu s’attendre, même tout récemment, à ce que la discussion sur le statut de la Catalogne, qui a une longue histoire, aboutisse à une crise politique aiguë ?

La position de la Russie est connue ici. Tout ce qui se passe est une affaire interne à l’Espagne et doit être réglé sur la base de la loi espagnole conformément aux traditions démocratiques. Nous sommes conscients que le leadership du pays prend des mesures à cette fin.

Dans le cas de la Catalogne, nous avons vu l’Union européenne et un certain nombre d’autres États condamner à l’unanimité les partisans de l’indépendance.

Vous savez, à cet égard, je ne peux pas m’empêcher de noter que plus de réflexion aurait dû avoir lieu plus tôt. Quoi, personne n’était au courant de ces désaccords séculaires en Europe ? Ils l’étaient, n’est-ce pas ? Bien sûr, qu’ils l’étaient. Cependant, à un moment donné, ils se sont félicités de la désintégration d’un certain nombre d’États en Europe sans cacher leur joie.

Pourquoi étaient-ils si irréfléchis, motivés par des considérations politiques éphémères et leur désir de plaire – je le dis sans détour – à leur grand frère à Washington, en apportant leur soutien inconditionnel à la sécession du Kosovo, provoquant ainsi des processus similaires dans d’autres régions d’Europe et dans le monde ?

Vous vous souvenez peut-être que lorsque la Crimée a également déclaré son indépendance, puis – suite au référendum – sa décision de faire partie de la Russie, cela n’a pas été bien accueilli pour différentes raisons. Nous avons maintenant la Catalogne. Il y a un problème similaire dans une autre région, le Kurdistan. Peut-être que cette liste est loin d’être exhaustive. Mais nous devons nous demander : qu’allons-nous faire ? Que devrions-nous penser à ce sujet ?

Il se trouve que certains de nos collègues pensent qu’il y a de « bons » combattants pour l’indépendance et la liberté et qu’il y a des « séparatistes » qui n’ont pas le droit de défendre leurs droits, même avec l’utilisation de mécanismes démocratiques.

Comme nous le disons toujours dans des cas similaires, de tels doubles standards – et c’est un exemple flagrant de double standard – constituent un grave danger pour le développement stable de l’Europe et des autres continents et pour l’avancement des processus d’intégration à travers le monde.
À un moment donné, les défenseurs de la mondialisation essayaient de nous convaincre que l’interdépendance économique universelle était une garantie contre les conflits et la rivalité géopolitique. Hélas, cela ne s’est pas produit. De plus, la nature des contradictions s’est complexifiée, devenant multicouche et non linéaire.

En effet, alors que l’interdépendance est un facteur restrictif et stabilisateur, nous assistons également à un nombre croissant d’exemples de politiques qui interfèrent grossièrement avec les relations économiques et le marché. Tout récemment, il y a eu des avertissements que c’était inacceptable, contre-productif et qu’il fallait l’éviter. Maintenant, ceux qui ont fait de telles déclarations font aussi cela eux-mêmes. Certains ne cachent même pas qu’ils utilisent des prétextes politiques pour promouvoir leurs intérêts strictement commerciaux. Par exemple, le récent paquet de sanctions adopté par le Congrès américain vise ouvertement à évincer la Russie des marchés européens de l’énergie et à obliger l’Europe à acheter du GNL américain plus coûteux, bien que l’ampleur de sa production soit encore trop faible.

Des tentatives sont faites pour créer des obstacles à nos efforts pour forger de nouvelles voies énergétiques – South Stream et Nord Stream – même si la diversification de la logistique est économiquement efficace, bénéfique pour l’Europe et favorise sa sécurité.

Je le répète : il est naturel que chaque État ait ses propres intérêts politiques, économiques et autres. La question est le moyen par lequel ils sont protégés et promus.

Dans le monde moderne, il est impossible d’obtenir un gain stratégique au détriment des autres. Une telle politique fondée sur l’auto-suffisance, l’égoïsme et les prétentions à l’exceptionnalisme n’apportera aucun respect ou véritable grandeur. Cela suscitera un rejet et des résistances naturelles et justifiées. En conséquence, nous verrons la croissance continue des tensions et de la discorde au lieu d’essayer d’établir ensemble un ordre international sérieux et stable, et de relever les défis technologiques, environnementaux, climatiques et humanitaires auxquels est confrontée toute l’espèce humaine aujourd’hui.

Collègues, le progrès scientifique et technologique, l’automatisation robotisée et la numérisation entraînent déjà de profonds changements économiques, sociaux et culturels ainsi que des changements de valeurs. Nous sommes maintenant devant des perspectives et des chances jusqu’alors inconcevables. Mais en même temps, nous devrons trouver des réponses à beaucoup de questions. Quelle place occuperont les gens dans le triangle « humains-machines-nature » ? Quelles mesures seront prises par les États qui ne parviennent pas à offrir des conditions de vie normales en raison des changements climatiques et environnementaux ? Comment l’emploi sera-t-il maintenu à l’ère de l’automatisation ? Comment le serment d’Hippocrate sera-t-il interprété une fois que les médecins auront des capacités semblables à celles de sorciers tout-puissants ? Et l’intelligence humaine va-t-elle finalement perdre la capacité de contrôler l’intelligence artificielle ? L’intelligence artificielle deviendra-t-elle une entité séparée, indépendante de nous ?

Auparavant, en évaluant le rôle et l’influence des pays, nous parlions de l’importance du facteur géopolitique, de la taille du territoire d’un pays, de sa puissance militaire et de ses ressources naturelles. Bien sûr, ces facteurs sont toujours d’une importance majeure aujourd’hui. Mais il y a maintenant un autre facteur : le facteur scientifique et technologique qui, sans aucun doute, a aussi une grande importance, et celle-ci ne fera qu’augmenter avec le temps.

En fait, ce facteur a toujours été important, mais maintenant il aura le potentiel de transformer le jeu, et très bientôt, il aura un impact majeur dans les domaines de la politique et de la sécurité. Ainsi, le facteur scientifique et technologique deviendra un facteur d’importance universelle et politique.
Il est également évident que même les toutes dernières technologies ne seront pas en mesure d’assurer un développement durable par elles-mêmes. Un avenir harmonieux est impossible sans responsabilité sociale, sans liberté et sans justice, sans respect des valeurs éthiques traditionnelles et de la dignité humaine. Autrement, au lieu de devenir un monde de prospérité et de nouvelles opportunités, ce « meilleur des mondes » se transformera en un monde de totalitarisme, de castes, de conflits et de plus grandes divisions.

Aujourd’hui, les inégalités croissantes se traduisent déjà par des sentiments d’injustice et de privation chez des millions de personnes et des nations entières avec pour résultat la radicalisation, le désir de changer les choses de toutes les façons possibles, jusqu’à inclure la violence.

En passant, cela s’est déjà produit dans de nombreux pays, et également en Russie, notre pays. Les percées technologiques et industrielles réussies ont été suivies de bouleversements dramatiques et de perturbations révolutionnaires. Tout cela est arrivé parce que le pays n’a pas réussi à résoudre les discordes sociales et à surmonter à temps les anachronismes clairs dans la société.

La révolution est toujours le résultat d’un déficit de responsabilité à la fois pour ceux qui souhaitent conserver, geler sur place un ordre des choses désuet, et ceux qui aspirent à accélérer les changements, en recourant à des conflits civils et à une résistance destructive.

Aujourd’hui, alors que nous nous tournons vers les leçons du siècle dernier, à savoir la Révolution russe de 1917, nous voyons combien ses résultats ont été ambigus, à quel point les conséquences négatives et, nous devons aussi le reconnaître, positives de ces événements sont entrelacées. Demandons-nous : n’était-il pas possible de suivre un chemin évolutif plutôt que de passer par une révolution ? Ne pourrions-nous pas avoir évolué par un mouvement progressif et cohérent plutôt que de détruire notre État et de briser impitoyablement des millions de vies humaines ?

Cependant, le modèle social et l’idéologie, en grande partie utopique, que l’État nouvellement formé a essayé de mettre en œuvre à la suite de la révolution de 1917, a été un puissant moteur de transformations à travers le monde (ceci est clair et doit être reconnu), provoquant une réévaluation majeure des modèles de développement. Mais cela a donné lieu à la rivalité et la concurrence, dont les avantages, je dirais, ont été engrangés la plupart du temps par l’Occident.

Je ne parle pas seulement des victoires géopolitiques qui ont suivi la guerre froide. Beaucoup de réalisations occidentales du XXe siècle l’ont été en réponse au défi posé par l’Union Soviétique. Je parle d’élever le niveau de vie, de former une classe moyenne forte, de réformer le marché du travail et la sphère sociale, de promouvoir l’enseignement, de garantir les droits des femmes et des minorités, de surmonter la ségrégation raciale qui, vous vous en souvenez sûrement, était une pratique honteuse dans de nombreux pays, y compris aux États-Unis, il y a encore quelques décennies.

À la suite des changements radicaux qui ont eu lieu dans notre pays et dans le monde au tournant des années 1990, une occasion vraiment unique s’est présentée d’ouvrir un chapitre vraiment nouveau dans l’histoire. Je veux dire la période après que l’Union Soviétique a cessé d’exister.

Malheureusement, après s’être partagé l’héritage géopolitique de l’Union soviétique, nos partenaires occidentaux se sont convaincus de la justesse de leur cause et se sont déclarés vainqueurs de la guerre froide, comme je viens de le dire, ont ouvertement interféré dans les affaires des États souverains et ont exporté la démocratie tout comme les dirigeants soviétiques avaient essayé d’exporter la révolution socialiste vers le reste du monde à leur époque.

Nous avons été confrontés à la redistribution des sphères d’influence et à l’expansion de l’OTAN. L’excès de confiance conduit invariablement à des erreurs. Le résultat est malheureux. Deux décennies et demi ont été perdues, beaucoup d’occasions manquées et un lourd fardeau de méfiance réciproque. Le déséquilibre mondial n’a fait que s’intensifier.

Nous entendons des déclarations sur l’engagement à résoudre des problèmes mondiaux, mais en fait, ce que nous voyons, c’est de plus en plus d’exemples d’égoïsme. Toutes les institutions internationales destinées à harmoniser les intérêts et à formuler un programme commun s’érodent. Les traités de base internationaux multilatéraux et les accords bilatéraux d’une importance cruciale sont dévalués.

On m’a répété, il y a quelques heures à peine, que le président américain avait dit quelque chose sur les médias sociaux au sujet de la coopération russo-américaine dans le domaine important de la coopération nucléaire. Il est vrai que c’est la sphère d’interaction la plus importante entre la Russie et les États-Unis, sachant que la Russie et les États-Unis ont une responsabilité particulière envers le monde en tant que les deux plus grandes puissances nucléaires.
Cependant, j’aimerais profiter de cette occasion pour parler plus en détail de ce qui s’est passé au cours des dernières décennies dans ce domaine crucial, pour donner une image plus complète. Cela prendra au maximum deux minutes.

Plusieurs accords bilatéraux historiques ont été signés dans les années 1990. Le premier, le programme Nunn-Lugar, a été signé le 17 juin 1992. Le second, le programme HEU-LEU, a été signé le 18 février 1993. L’uranium hautement enrichi a été transformé en uranium faiblement enrichi, d’où HEU-LEU.

Les projets relevant du premier accord ont porté sur l’amélioration des systèmes de contrôle, la comptabilité et la protection physique des matières nucléaires, le démantèlement et la mise au rebut des sous-marins et des générateurs thermoélectriques de radio-isotopes. Les Américains ont procédé – et s’il vous plaît prêtez bien attention ici, ce n’est pas une information secrète, simplement peu de gens sont au courant – à 620 visites de contrôle en Russie pour vérifier notre conformité avec les accords. Ils ont visité les lieux saints les plus saints du complexe nucléaire russe, à savoir les entreprises engagées dans le développement d’ogives nucléaires et de munitions, ainsi que du plutonium et de l’uranium de qualité militaire. Les États-Unis ont eu accès à toutes les installations top-secrètes en Russie. En outre, l’accord était de nature presque unilatérale.

Dans le cadre du deuxième accord, les Américains ont effectué 170 visites supplémentaires dans nos usines d’enrichissement, entrant dans leurs zones les plus restreintes, telles que les unités de mélange et les installations de stockage. L’usine d’enrichissement nucléaire la plus puissante du monde – le Complexe électrochimique de l’Oural – disposait même d’un poste d’observation américain permanent. Des emplois permanents ont été créés directement dans les ateliers de ce complexe où les spécialistes américains allaient travailler tous les jours. Les pièces où ils étaient assis dans ces installations russes top-secrètes avaient des drapeaux américains, comme c’est toujours le cas.
En outre, une liste de 100 spécialistes américains provenant de 10 organisations américaines différentes a été dressée et autorisée à effectuer des inspections supplémentaires à tout moment et sans avertissement. Tout cela a duré 10 ans. En vertu de cet accord, 500 tonnes d’uranium de qualité militaire ont été retirées de la circulation militaire en Russie, ce qui équivaut à environ 20 000 têtes nucléaires.

Le programme HEU-LEU est devenu l’une des mesures les plus efficaces de véritable désarmement dans l’histoire de l’humanité – je le dis en toute confiance. Chaque étape du côté russe a été suivie de près par des spécialistes américains, à une époque où les États-Unis se limitaient à des réductions beaucoup plus modestes de leur arsenal nucléaire, et ce, sur une base purement commerciale.
Nos spécialistes ont également visité des entreprises du complexe nucléaire américain, mais seulement à leur invitation et dans des conditions définies par la partie américaine.

Comme vous le voyez, la partie russe a fait preuve d’une ouverture et d’une confiance absolument sans précédent. Incidemment – et nous en reparlerons probablement plus tard – nous savons aussi ce que nous en avons reçu en retour : négligence totale de nos intérêts nationaux, soutien au séparatisme dans le Caucase, opérations militaires qui ont contourné le Conseil de sécurité de l’ONU, comme le bombardement de la Yougoslavie et de Belgrade, introduction de troupes en Irak et ainsi de suite. Eh bien, c’est facile à comprendre : une fois que l’état du complexe nucléaire, des forces armées et de l’économie a été inspecté, le droit international ne semblait plus nécessaire.

Dans les années 2000, notre coopération avec les États-Unis est entrée dans une nouvelle phase de partenariat véritablement équitable. Elle a été marquée par la signature d’un certain nombre de traités et d’accords stratégiques sur les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire, connu aux États-Unis sous le nom d’Accord 123. Mais à toutes fins utiles, la partie américaine a unilatéralement interrompu le travail dans ce cadre en 2014.

La situation entourant l’Accord sur la gestion et l’élimination du plutonium (PMDA) du 20 août 2000 (signé à Moscou) et du 1er septembre suivant (à Washington) nous laisse perplexes et alarmés. Conformément au protocole de cet accord, les parties devaient prendre des mesures réciproques pour convertir irréversiblement le plutonium de qualité militaire en combustible à oxyde mixte (MOX) et le brûler dans des centrales nucléaires, afin qu’il ne puisse plus être utilisé à des fins militaires. Tout changement dans cette méthode n’était autorisé qu’avec le consentement des deux parties. Ceci est écrit dans l’accord et les protocoles.

Qu’a fait la Russie ? Nous avons développé ce combustible, construit une usine pour la production de masse et, comme nous l’avions promis dans l’accord, construit une usine BN-800 qui nous a permis de brûler ce carburant en toute sécurité. Je voudrais souligner que la Russie a rempli tous ses engagements.

Qu’ont fait nos partenaires américains ? Ils ont commencé à construire une usine sur le site de Savannah River. Son coût initial était de 4,86 milliards de dollars, mais ils ont dépensé près de 8 milliards de dollars, ont avancé la construction à 70% et ont ensuite gelé le projet. Mais, à notre connaissance, la demande de budget pour 2018 comprend 270 millions de dollars pour la fermeture et la mise sous cocon de cette installation. Comme d’habitude, une question se pose : où est l’argent ? Probablement volé. Ou ils ont mal calculé quelque chose lors de la planification de sa construction. De telles choses arrivent. Elles arrivent ici trop souvent. Mais cela ne nous intéresse pas, ce n’est pas notre affaire. Nous sommes intéressés par ce qui se passe avec l’uranium et le plutonium. Qu’en est-il de l’élimination du plutonium ? La dilution et le stockage géologique du plutonium sont suggérés. Mais cela contredit totalement l’esprit et la lettre de l’accord et, surtout, ne garantit pas que la dilution ne soit pas reconvertie plus tard en plutonium de qualité militaire. Tout cela est très regrettable et déroutant.

Ensuite, la Russie a ratifié le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires il y a plus de 17 ans. Les États-Unis ne l’ont pas encore fait.

Une masse critique de problèmes finissent pas s’accumuler et affecter la sécurité globale. Comme on le sait, en 2002, les États-Unis se sont retirés du Traité sur les missiles anti-balistiques. Et bien qu’ils aient été les initiateurs de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques et sur la sécurité internationale, ils ont eux-mêmes pris l’initiative de cet accord, ils ne respectent pas leurs engagements. Ils restent à ce jour le seul et le plus grand détenteur de cette forme d’arme de destruction massive. De plus, les États-Unis ont repoussé la date butoir pour l’élimination de leurs armes chimiques de 2007 à 2023. Cela ne semble pas approprié pour une nation qui prétend être une championne de la non-prolifération et du contrôle.

En Russie, au contraire, le processus s’est achevé le 27 septembre de cette année. Ce faisant, notre pays a contribué de manière significative au renforcement de la sécurité internationale. À ce propos, les médias occidentaux ont préféré garder le silence, ne pas le faire remarquer, bien qu’il y ait eu une brève mention quelque part au Canada, mais c’est tout, et depuis c’est le silence. Pendant ce temps, l’arsenal d’armes chimiques stocké par l’Union soviétique aurait suffi à détruire la vie sur la planète plusieurs fois.

Je crois qu’il est temps d’abandonner cet agenda obsolète. Je parle de ce qui a été. Sans aucun doute, nous devrions regarder vers l’avenir. Nous devons arrêter de regarder en arrière. Je parle de cela pour comprendre les origines de la situation actuelle qui se dessine.

Il est grand temps d’engager une discussion franche au sein de la communauté mondiale plutôt que de se limiter à un groupe de personnes choisies, prétendument les plus dignes et les plus avancées. Je veux parler des représentants de différents continents, traditions culturelles et historiques, de différents systèmes politiques et économiques. Dans un monde en évolution, nous ne pouvons pas nous permettre d’être inflexibles, fermés ou incapables de réagir clairement et rapidement. C’est notre responsabilité pour l’avenir – c’est ce qui devrait nous unir, surtout dans les moments actuels où tout change rapidement.

Jamais auparavant l’humanité n’a possédé un tel pouvoir comme elle l’a maintenant. Le pouvoir sur la nature, l’espace, les communications et sa propre existence. Cependant, ce pouvoir est diffus : ses éléments sont entre les mains d’États, d’entreprises, d’associations publiques et religieuses, et même de particuliers. Clairement, exploiter tous ces éléments dans une architecture unique, efficace et gérable n’est pas une tâche facile. Il faudra un travail dur et laborieux pour y parvenir. Et la Russie, je le ferai remarquer, est prête à y participer avec tous les partenaires intéressés.

Chers collègues, comment voyons-nous l’avenir de l’ordre international et du système de gouvernance mondiale ? Par exemple, en 2045, quand l’ONU marquera son centenaire ? Sa création est devenue un symbole du fait que l’humanité, malgré tout, est capable de développer des règles communes de conduite et de les suivre. Chaque fois que ces règles n’ont pas été respectées, cela a entraîné inévitablement des crises et d’autres conséquences négatives.

Cependant, au cours des dernières décennies, plusieurs tentatives ont été faites pour minimiser le rôle de cette organisation, la discréditer ou simplement en prendre le contrôle. Toutes ces tentatives ont échoué, ou ont atteint une impasse. À notre avis, l’ONU, avec sa légitimité universelle, doit rester le centre du système international. Notre objectif commun est d’accroître son autorité et son efficacité. Il n’y a pas d’alternative à l’ONU aujourd’hui.

En ce qui concerne le droit de veto au Conseil de sécurité, qui est parfois contesté, vous pouvez vous rappeler que ce mécanisme a été conçu et créé pour éviter la confrontation directe des États les plus puissants, en tant que garantie contre l’arbitraire et l’insouciance. Aucun pays, même le plus influent, ne pouvait plus donner une apparence de légitimité à ses actions agressives.

Des réformes sont nécessaires, le système des Nations Unies doit être amélioré, mais les réformes ne peuvent être que progressives et évolutives et, bien sûr, elles doivent être soutenues par l’écrasante majorité des participants au processus international au sein même de l’organisation, par un large consensus.

La garantie de l’efficacité de l’ONU réside dans sa nature représentative. La majorité absolue des États souverains du monde y est représentée. Les principes fondamentaux de l’ONU devraient être préservés pendant des années et même des décennies, car il n’existe aucune autre entité capable de refléter toute la palette de la politique internationale.

Aujourd’hui, de nouveaux centres d’influence et de nouveaux modèles de croissance émergent, des alliances civilisationnelles et des associations politiques et économiques prennent forme. Cette diversité ne se prête pas à l’unification. Nous devons donc nous efforcer d’harmoniser la coopération. Les organisations régionales d’Eurasie, d’Amérique, d’Afrique et de la région Asie-Pacifique devraient agir sous les auspices des Nations Unies et coordonner leurs travaux.

Cependant, chaque association a le droit de fonctionner selon ses propres idées et principes qui correspondent à ses spécificités culturelles, historiques et géographiques. Il est important de combiner l’interdépendance mondiale et l’ouverture avec la préservation de l’identité unique de chaque nation et de chaque région. Nous devons respecter la souveraineté comme base de tout le système des relations internationales.

Chers collègues, peu importe les hauteurs extraordinaires que la technologie peut atteindre, l’histoire est, bien sûr, faite par les humains. L’histoire est faite par les gens, avec toutes leurs forces et leurs faiblesses, leurs grandes réalisations et leurs erreurs. Nous ne pouvons qu’avoir un avenir partagé. Il ne peut pas y avoir d’avenir séparé pour nous, au moins, pas dans le monde moderne. Ainsi, la responsabilité de faire en sorte que ce monde soit libre de conflits et prospère incombe à l’ensemble de la communauté internationale.

Comme vous le savez peut-être, le 19e Festival mondial de la jeunesse et des étudiants a lieu à Sotchi. Des jeunes de dizaines de pays interagissent avec leurs pairs et discutent de sujets qui les concernent. Ils ne sont pas entravés par des différences culturelles, nationales ou politiques, et ils rêvent tous de l’avenir. Ils croient que leur vie, la vie des jeunes générations, sera meilleure, plus juste et plus sûre. Notre responsabilité aujourd’hui est de faire de notre mieux pour nous assurer que ces espoirs se réalisent.

Merci beaucoup pour votre attention.

 

Vladimir Poutine

 

D’autres discours de Vladimir Poutine: http://arretsurinfo.ch/authors/poutine-vladimir/

Note du traducteur
La fin du discours sur l’ONU est particulièrement intéressante. Vladimir Poutine parle explicitement des tentatives de prises de contrôle de cet organisme par les USA. Il parle aussi de refondre le nouvel ordre mondial, un ordre discuté par les « représentants de différents continents, traditions culturelles et historiques, systèmes politiques et économiques ». C’est l’assemblée des peuples à laquelle beaucoup aspirent et qui est tant combattue par les élites transnationales. Mais il passe aussi sous silence les tentatives de prise de contrôle plus discrètes des mondialistes comme Soros, du rôle du FMI et de ces DTS comme nouvelle monnaie de réserve mondiale. Il ne faut pas non plus perdre de vue que la Russie a, dans une certaine mesure, réussi à reprendre le contrôle d’une bonne partie de sa souveraineté et reste un exemple pour montrer que c’est possible et qu’il n’y a jamais rien d’acquis mais que c’est en même temps un processus difficile et dangereux. Dans le cadre du recouvrement de leur souveraineté par les populations occidentales et notamment européennes, la Russie et la Chine pourraient avoir leur mot à dire en refusant de collaborer avec nos élites-traîtres, les obligeant à faire monter dans l’infrastructure de décisions des leaders issus du peuple réel.

Source: http://versouvaton.blogspot.ch/2017/10/reunion-du-club-de-discussion.html

 

The Courage To Decide For Peace

Christopher Black

October 10, 2017

Source : https://journal-neo.org/2017/10/10/the-courage-to-decide-for-peace/

 

Christopher Black is an international criminal lawyer based in Toronto. He is known for a number of high-profile war crimes cases and recently published his novel “Beneath the Clouds. He writes essays on international law, politics and world events, especially for the online magazine “New Eastern Outlook.”

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“Competitive armament is not a way to prevent war. Every step in this direction brings us nearer to catastrophe. The armament race is the worst method to prevent open conflict. On the contrary, real peace cannot be reached without systematic disarmament on a supranational scale. I repeat, armament is no protection against war, but leads inevitably to war.”

These words of Dr. Einstein, so clear because they state such a simple fact, are words ignored by all the nations of the world and the results are as he and logic predicted.  Today the peoples of the world face the threat of nuclear annihilation not because the disputes between nations are unresolvable through negotiations, because every dispute can be resolved if the will is there, but because the very existence of nuclear weapons creates the political demand that they be used, either directly or through intimidation, to force one nation’s will on another.

Bearing Einstein’s words in mind, I wonder what would happen if tomorrow the leadership of the Democratic Peoples Republic of Korea stated that they have thought about what Einstein said and have decided to eliminate their nuclear weapons without even asking for any reciprocity in return, just to set an example, to do the right thing, to prepare for peace instead of war. Can you imagine the consternation in the capitals of the nuclear powers; in Washington, London, Moscow, Beijing, Paris, Berlin, Rome, Tel Aviv, Islamabad, Delhi, the raised eyebrows, the puzzled looks, turning-hopefully-to smiles in Moscow and Beijing, but disgust in Washington, London and Tel Aviv?

Would any of them follow suit? Would they lift the economic war against the DPRK? Would any of them feel shamed by the noble act of a small nation that has just stood up to the world with the threat of peace instead of the threat of war? Would any of them rush to sign the new Treaty On The Prohibition of Nuclear Weapons and then proceed to follow the DPRK’s example and begin to eliminate their nuclear arsenals?  I think the answer is obvious. They would not. But why not?

There is no rational reason to offer us since the possession and use of these weapons is a war crime. Nuclear weapons are indiscriminate and have catastrophic consequences for all humanity.  Instead the irrational reason offered by all the nuclear powers to justify the unjustifiable is that nuclear weapons guarantee national security, the very same reason that is now offered by the DPRK. But only the DPRK is subject to economic warfare and threats of nuclear Armageddon for having and testing these weapons. Yet, the DPRK is the only one of the nuclear powers that in 2016 voted in support of the UN resolution to begin negotiations on a treaty to ban nuclear weapons. That may surprise the world public to know. Every citizen may well ask their national leaders, “If the DPRK was willing to support the ban on nuclear weapons just a year ago why did you and all the other nuclear powers refuse to support the ban?”

And again they will receive the same circular argument that “they have it so we have to have it”, though this argument is not one allowed to the DPRK.  Of course the beginning of the circle is the United States of America that first developed, tested, and used these weapons. And it must be remembered that the United States did not use them on military targets but on Japanese civilians, an act of world terror that can never be forgotten. It is this American terror to which the USSR reacted in self-defence and built its nuclear weapons, as did China. Britain and France built theirs to carry some weight in Washington, to retain some domination in the world, and to add to the NATO arsenal aimed at the USSR, now Russia.

Their example encouraged India and Pakistan to build them, to what end no one can determine since they cannot be used on the subcontinent without killing everyone.  Israel has them to intimidate the Middle East with the same result. Even European NATO powers have access to nuclear bombs supplied by the US. And on it goes.

If, to carry our thought experiment further, President Trump experienced a miraculous epiphany and tomorrow morning announced that the United States feared no one and was reversing its two centuries old policy of aggression and imperial expansion and therefore was going to destroy all its nuclear weapons, could any of the remaining nuclear powers maintain their arsenals in the face of public opinion that would sweep the globe in support of the American action for peace and disarmament? I think not. The nuclear prison in which we all live can be unlocked but the key to the door of disarmament lies in the pocket of the United States. It only has to act.

But action requires will and desire. , The leadership of the United States, bankrupt of any positive and progressive solutions to the economic and social decline of its society can think of only one solution; plundering the planet. It therefore refuses to give up its ambition of world domination and in consequence the militarists insist on maintaining the nuclear threat as the key factor of their foreign policy.

The threat they maintain is so frightening that even Russia and China, which logic would dictate should be supporting the DPRK against US nuclear threats, prefer to set principle aside and to squeeze the people of the DPRK, in order to avoid a general nuclear war, which is what they fear war in Korea will lead to. But this is a path sown with mines that can blow up at any time because American officials, including Trump, and th econtrolled media, are using the Russian and Chinese support of sanctions against the DPRK as evidence that the US is in the right and justified in its aggression against the DPRK.  And,“so it goes,” as Billy Pilgrim likes to say in Slaughterhouse 5, Kurt Vonnegut Jr.’s account of the mass slaughter of civilians in the firestorm created by Allied bombs in the city of Dresden in 1945.

For Russia and China the expressed central issue on the Korean peninsular is the threat of general nuclear war. But that is not the issue for the United States. That is its propaganda. The primary issue for the United States is that the DPRK insists on the sovereign right of its people to govern themselves howsoever they choose. It refuses to accept the dominance of the United States over Korea.This independence undermines US domination of Japan, South Korea and East Asia generally.  The Russians and Chineseknow this very well andare trying earnestly to get the United States to a negotiating position and constantly insist on the application of the obligatory requirement in the UN resolutions that the United States seek a peaceful resolution of all issues. But the Americans never refer to this obligation in their propaganda. In fact, just this first week of October, President Trump attacked his own Foreign Secretary, Rex Tillerson, for merely stating he had contact with officials of the DPRK.

The United States has even managed to insert its inflammatory anti-socialist propaganda in the resolutions. Resolution 2375 of 11 September 2017 contains political language that is very troubling. At sections 24 and 25 under the subheading “Political” the big powers state

“their deep concern at the grave hardship that the people of the DPRK are subjected to, condemns the DPRK for pursuing nuclear weapons and ballistic weapons instead of the welfare of its people while people in the DPRK have great unmet needs, and emphasizes the necessity of the DPRK respecting the welfare and inherent dignity of the people in the DPRK.”

This is a clear attack on the DPRK as a socialist state. It is also an attack composed of a series of lies because the DPRK is one of the few countries in the word that actually does concern itself with the welfare of its people, as every neutral observer who has been there has reported time and again.

That the United States could draft such a paragraph when it is the nation that spends more of its peoples taxes on nuclear weapons, missiles and its armed forces than any other and does little for the welfare of its citizens can only be explained by its leaderships’ pathological hypocrisy.How Russia and China can support this language when they too make the same expenditures on useless weapons at the expense of the welfare of their people, only they can answer. But, again, I suggest that can be explained by their deep fear of a nuclear war launched by the United States. And “so it goes.”

I began with Dr. Einstein and so will close with him. In answer to a question on UN Radio on June 16, 1950, “Can we prevent war?” he replied,

“There is a very simple answer. If we have the courage to decide ourselves for peace, we will have peace. …We are not engaged in a play but in a condition of utmost danger to existence. If you are not firmly decided to resolve things in a peaceful way, you will never come to a peaceful solution.”