Faire de l’année 2018 l’année de la compréhension entre les peuples

par Karl Müller

Horizons et débats

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2018/n-1-9-janvier-2018/faire-de-lannee-2018-lannee-de-la-comprehension-entre-les-peuples.html

Zurich, 9 janvier 2018

L’année 2018 est le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale. Mais même 100 ans après la fin de ce carnage épouvantable entre les peuples, ayant tué des millions d’êtres humains, on a l’impression que les hommes forts en politique et à la pointe des Etats, en économie et dans la société ne prennent pas suffisamment au sérieux la guerre. Il y a donc suffisamment d’occasions et de raisons de réfléchir sur la paix et la guerre. Il faut se poser la question: comment le citoyen peut-il agir pour la paix et contre la guerre?
Avant la Première Guerre mondiale, il y eut également des hommes et femmes mettant en garde contre une grande guerre. Bertha von Suttner, lauréate de prix Nobel de la Paix pour son engagement, en était une voix connue parmi beaucoup d’autres. Il n’en fut pas autrement avant la Seconde Guerre mondiale. Et aujourd’hui? Nombreux sont ceux qui se souviendront des manifestations de millions de personnes en mars 2003 contre la guerre imminente de l’Irak. Mais ces manifestations ne purent empêcher la guerre. Le citoyen ne peut-il donc rien faire?
Les guerres ont beaucoup de causes. Parfois, il faut des décennies de recherches pour les élucider. Des sources importantes restent souvent longtemps gardées secrètes. Normalement, beaucoup d’éléments ne sont connus qu’après de longues années. Mais des historiens et d’autres personnes s’engageant pour la paix font des recherches sur les raisons de la guerre en espérant qu’à l’avenir, les êtres humains pourront agir de manière préventive. Est-il mentionné des résultats de ces recherches attribuant une tâche importante aux citoyens?
Quelle contribution le citoyen peut-il apporter en faveur de la paix et contre la guerre?
Il y a une conclusion nécessitant peu de connaissances: si aucun citoyen ne participe à la guerre, elle n’aura pas lieu. Mais cette hypothèse est assez utopique. En outre, il y a aujourd’hui des systèmes d’armement permettant de renoncer à un grand nombre de soldats actifs. Le temps des armées de masse est révolu. Il suffit de quelques milliers de mercenaires pour provoquer une catastrophe et incendier toute la planète.
Cependant, les hommes et femmes chefs de guerre des gouvernements de tous les temps ont à chaque fois tenté de justifier leurs guerres. Ils recherchaient le consentement de la population. On qualifie cela de propagande de guerre. Mieux vaudrait désigner cela de mensonges de guerre puisque dans leurs propres pays, ces hommes et femmes chefs de guerre les utilisent pour tenter d’obtenir le consentement de leurs citoyens. «La première victime de la guerre est la vérité». Nous tous avons déjà entendu cette citation du sénateur américain Hiram Johnson prononcée en 1914. Dans les années précédant une guerre, cela reste vrai.
Diabolisation sans fin …
Aujourd’hui nous vivons de nouveau la diabolisation sans fin. Pour commencer dans notre propre camp: qu’on lise la nouvelle stratégie sécuritaire des Etats-Unis, les déclarations des Etats membres de l’Union européenne concernant la politique de sécurité ou les discours de politiques allemands concernant le rôle de l’Allemagne dans le monde. Il n’y a qu’à consulter les médias mainstream. Il est très rare de trouver des textes ou des paroles honnêtes. La façon dont les faits sont présentés – partiaux et distordus – et la manière dont des éléments importants sont mis sous silence, sont insupportables. Chaque guerre à un côté idéologique.
Ce n’est pas nouveau. Dans le préambule de la constitution de l’UNESCO – de l’organisation compétente pour la culture et l’éducation des Nations Unies –, il est écrit très justement: «Comme les guerres naissent dans l’esprit des hommes, il faut également ancrer la paix dans l’esprit des hommes.»
… et volonté de la paix dans le monde entier
Depuis 1918, le monde a changé (ou plutôt depuis les années avant 1914). Les Nations Unies ont proscrit la guerre. On ne peut jamais suffisamment citer le début de la Charte des Nations Unies du 26 juillet 1945: «Nous, peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances …» Le monde a pu se baser sur l’action et l’héritage de Bertha von Suttner et des nombreuses autres personnalités ayant lutté à leur époque (encore) sans succès pour la paix, mais en laissant des lignes directives à la postériorité. L’opposition mondiale à la guerre américaine au Viêtnam n’est pas restée sans conséquences. Les manifestations contre la guerre de l’Irak et contre l’ignorance de la politique américaine et de sa «coalition des bonnes volontés» ont montré au monde entier tout le tort créé par cette guerre. L’ancien «pouvoir dirigeant de l’Occident» a perdu sa réputation. Aujourd’hui, il est connu que les Etats-Unis et les autres Etats membres de l’OTAN mènent des guerres illégales. La figure hideuse du pouvoir est devenue évidente.
Il est vrai que dans nos écoles l’éducation à la paix a perdu en importance. La paix dans son propre pays passait pour un fait évident. Les nombreuses guerres dans le monde semblaient très éloignées. Militer pour la paix n’était qu’une action pour des idéalistes purs et durs, ou pour des missionnaires utopistes et naïfs. On avait d’autres chats à fouetter. Mais malgré tout, la plupart des citoyens ne voulaient et ne veulent toujours pas la guerre. On n’a jamais pu cacher totalement les souffrances indicibles provoquées par la guerre.
Les politiques affirment à tout moment: nous ne voulons pas de guerre!
Pour cette raison, aucun politicien ni aucun média ne déclare ouvertement «Nous voulons la guerre!» Ils préfèrent dire, nous devons dissuader l’autre, montrer notre force, nous devons nous armer, nous devons être prêts pour le cas d’urgence.
Les politiques allemands, eux, aiment à dire: «Nous devons assumer plus de responsabilité dans le monde».
Mais en tout cas ce sont toujours les autres qui représentent le danger.
Ou alors, on bafoue la logique: nous devons faire la guerre pour créer la paix. Nous devons protéger les droits de l’homme en perpétrant un carnage. Nous apportons la démocratie par un coup d’Etat. Le président américain Woodrow Wilson avait déjà justifié l’entrée en guerre de son pays en 1917 avec cet illogisme: «The war to end all wars». Nous savons ce qu’il en fut.
Le mythe de la fausse «politique d’apaisement»
Un tout gros mensonge nous est présenté à tout moment: le mythe de la fausse «politique d’apaisement» de la France et de la Grande Bretagne avant la Seconde Guerre mondiale. Pour cette raison, on nous dit maintenant: si l’autre a de «vilaines» intentions, il ne faut plus jamais faire de concessions. Et on nous oblige de croire que «Poutine est un nouvel Hitler» (selon Hillary Clinton). Le 27 décembre 2017, on a pu lire en première page de la «Neue Zürcher Zeitung»: «Trump donne un coup de pied à Poutine». Le gouvernement américain a décidé de fournir des missiles anti-char au gouvernement de l’Ukraine. Selon ce journal, il s’agit pour l’Ukraine «de rétablir sa souveraineté et son intégrité territoriale». – Et qu’en est-il de l’écrasement brutal de l’opposition en Ukraine orientale … et l’avancée de l’OTAN jusqu’à la frontière russe? Mais de cela, bien sûr, pas un mot.
De même, pas un mot de la politique britannique avant la Seconde Guerre mondiale n’ayant aucun réel intérêt à la paix. Son but était une guerre d’extermination mutuelle entre l’Allemagne national-socialiste d’Hitler et l’Union soviétique communiste, et elle a tout entrepris pour réaliser jusqu’au bout le «projet Hitler».
Des personnalités cherchant une issue aux tensions grandissantes
Des personnalités comme Matthias Platzeck ou Gabriele Krone-Schmalz font partie des hommes et femmes exemplaires cherchant une issue aux tensions grandissantes et à l’escalade des conflits s’approchant du paroxysme. Ils tentent pour cela de se mettre à la place «de l’autre» et de comprendre sa position (cf. Horizons et débats n° 32 du 27 décembre 2017). Mais en le faisant, ils arrivent à des résultats intéressants: Hitler avait effectivement des intentions «méchantes» … pouvant être instrumentalisées. Par contre, Vladimir Poutine et la Russie, par exemple, n’ont pas d’intentions «méchantes». Tout au contraire! Même si l’on a connaissance de toutes leurs faiblesses et leurs erreurs, il faut admettre que la Russie et la Chine agissent en faveur d’un ordre mondial basé sur l’égalité entre les pays et le respect du droit international. Ils sont ouverts au monde et cherchent des accords pouvant apporter des avantages à tous. Poutine par exemple, représente un peuple voulant vivre en paix … mais à sa façon: donc autodéterminé et voyant sa dignité respectée.
Mais restons également vigilants sur les intentions de guerre qui ne proviennent pas d’autres pays, mais prennent naissance dans notre pays. Cela aussi a été documenté maintes fois. Gabriele Krone-Schmalz l’a fait à nouveau: la plus grande contribution pour la paix serait un changement démocratique dans nos propres pays.
Cette découverte est une chance: je ne dois plus ruminer sur ce qu’il faut faire avec les «méchants». Le pas décisif est de rétablir l’ordre dans son propre pays.
La compréhension entre les peuples est une chose réjouissante
Comment y arriver? La voie directe est actuellement barrée. Le système parlementaire des Etats membres de l’OTAN ne permet pas d’avoir suffisamment d’influence directe. Mais il y a encore le chemin indirect: aider et renforcer tous ceux qui veulent la paix – et combattre la diabolisation de l’autre. La compréhension entre les peuples connaît beaucoup de voies: lire de bons livres concernant son propre pays et l’autre pays et son peuple et sa culture, des rencontres personnelles en voyage, des visites et des invitations, ériger des partenariats et des jumelages d’égal à égal, entre individus, entre associations, entre structures, entre communes, entre villes, etc.
Au début se trouve la volonté. Oui, je déclare l’année 2018, année de la compréhension entre les peuples. De nos jours, cela est une action grandiose, positive, sensée – et aussi réjouissante.

Another Step Toward Armageddon

Paul Craig Roberts
January 11, 2018
https://www.paulcraigroberts.org/2018/01/11/another-step-toward-armageddon/

The US military/security complex has taken another step toward Armageddon. The Pentagon has prepared a nuclear posture review (NPR) that gives the OK to development of smaller “useable” nuclear weapons and permits their use in response to a non-nuclear attack.
As Reagan and Gorbachev understood, but the warmongers who have taken over America do not, there are far too many nuclear weapons already. Some scientists have concluded that even the use of 10 percent of either the US or Russian arsenal would suffice to destroy life on earth.
It is reckless and irresponsible for Washington to make such a decision in the wake of years of aggressive actions taken against Russia. The Clinton criminal regime broke Washington’s promise that NATO would not move one inch to the East. The George W. Bush criminal regime pulled out of the ABM Treaty and changed US war doctrine to elevate the use of nuclear weapons from retaliation to first strike. The Obama criminal regime launched a frontal propaganda attack on Russia with crazed Hillary’s denunciation of President Putin as “the new Hitler.” In an effort to evict Russia from its naval base in Crimea, the criminal Obama regime overthrew the Ukrainian government during the Sochi Olympics and installed a Washington puppet. US missile bases have been established on Russia’s border, and NATO conducts war games against Russia on Russian borders.
This is insanity. These and other gratuitous provocations have convinced the Russian military’s Operation Command that Washington is planning a surprise nuclear attack on Russia. The Russian government has replied to these provocations with the statement that Russia will never again fight a war on its own territory.
Those such as myself and Stephen Cohen, who point out that Washington’s reckless and irresponsible behavior has created an enemy out of a country that very much wanted to be friends, do not get much attention from the presstitute media. The US military/security complex needs an enemy sufficient to justify its vast budget and power, and the Western media has accommodated that selfish and dangerous need.
Russia today is far stronger and better armed than the Soviet Union ever was. Russia also has an alliance with China, an economic and military power. This alliance was created by Washington’s threats against both countries.
Europe and Japan need to understand that they have responsibility for the resurrection of the Cold War in a far more dangerous form than existed in the 20th century. Europe and Japan, whose political leaders are owned by Washington, have taken money from Washington and sold out their peoples along with the rest of humanity.
The entirety of the Western World is devoid of intelligent political leadership. This leaves countries such as Russia, China and Iran with the challenge of preserving life on earth as the Western World pushes humanity toward Armageddon.

L’OTAN continue de préparer sa zone de déploiement en Europe de l’Est Des mesures en faveur de la paix sont de plus en plus urgentes

 

Horizons et débats
2 janvier 2108
Case postale 729
CH-8044 Zurich

Depuis quelques années se déroule en Europe de l’Est un déploiement militaire stratégique et sournois de l’OTAN. L’Union européenne et les Etats alliés à l’OTAN n’ont, jusqu’à ce jour, pas réussi à arrêter ce processus. Dès le coup d’Etat de Kiev au printemps 2014, il est apparu évident que la politique internationale des Etats-Unis visait à «encercler» la Russie et à y faire participer les Etats européens. La réunion des ministres de la Défense des Etats membres de l’OTAN, et la réunion consécutive des ministres de la Défense de l’Union européenne de début novembre à Bruxelles ne laisse planer aucun doute sur le caractère agressif de leur politique.

«Il est également évident qu’à l’ère nucléaire, un conflit guerrier ne met pas en cause uniquement l’existence de l’Europe. La Russie a déclaré sans équivoque qu’elle utilisera des armes nucléaires au cas où son propre territoire serait attaqué militairement.»
rt. Le déploiement militaire de l’OTAN le long de la frontière russe est clairement visible dès 2014, et continue à l’être. Horizons et débats a déjà donné des informations au sujet des déplacements en juin 2017 de blindés des ports allemands de la mer du Nord à travers l’Allemagne et l’Autriche vers l’Europe de l’Est. 500 véhicules blindés britanniques et américains furent transportés dans des Etats limitrophes de la Russie. Depuis 2014, les médias ont maintes fois mentionné des transports militaires transitant par les ports allemands tels Bremerhaven. Avec la présence renforcée de forces spéciales américaines en Europe de l’Est, on a atteint une nouvelle étape des préparatifs pour des opérations militaires (cf. Horizons et débats n° 29/30 du 27/11/17).
Voies de transport pour l’OTAN
Lors de la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN du 8 et 9 novembre à Bruxelles, on a officiellement décidé de renforcer les infrastructures militaires à l’Est afin de pouvoir déployer les troupes plus rapidement. Les frontières nationales ne doivent plus présenter d’obstacles «bureaucratiques». Cette maniabilité sans frontières représente un «modèle exemplaire» de la coopération entre l’OTAN et l’UE (dixit le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg, «Neue Zürcher Zeitung» du 9/11/17). En outre, on prévoit d’installer deux nouveaux quartiers généraux de l’OTAN. Quiconque se rendait récemment en voiture dans les pays d’Europe orientale a remarqué avec étonnement diverses nouvelles autoroutes bien construites et très peu utilisées.
Développement accéléré de l’armée de l’UE
Parallèlement aux décisions prises par l’OTAN, 23 des 28 ministères de la Défense des Etats membres de l’UE ont décidé, le 12 novembre, d’intensifier l’intégration de leurs armées (Pesco), y compris l’Autriche neutre. Il a notamment été convenu d’augmenter chaque année les dépenses militaires, de faire avancer les projets européens d’armement et de créer pour de bon la troupe d’intervention rapide de l’UE planifiée depuis longtemps. La Grande Bretagne, le Danemark, l’Irlande, Malta et le Portugal n’ont pas signé cet accord.
La Russie n’est pas intéressée à un conflit militaire
Les médias ne s’intéressent pas à connaître le nombre de troupes et d’armes ayant déjà été déployé en Europe orientale. En réalité, les nombreux exercices de l’OTAN ou d’Etats membres de l’OTAN dans la région ne servent pas uniquement à l’entrainement en cas d’urgence, mais également à développer des infrastructures et la mise à disposition de matériel de guerre. Selon l’avis d’experts militaires, le potentiel actuel de l’OTAN n’est pas (encore) suffisant pour une attaque. Cependant, avec toute augmentation du potentiel en place, le danger de guerre augmente.
Contrairement au secrétaire général de l’OTAN, le Norvégien Jens Stoltenberg, l’expert militaire et ancien conseiller de longue date du chancelier allemand Erich Vad conteste le fait que la Russie puisse représenter une menace militaire. La Russie est plutôt intéressée à une coopération avec l’Occident (cf. «Luzerner Zeitung» du 16/11/17).
La guerre économique est en cours
Parallèlement au déploiement de l’OTAN, les Etats-Unis exigent que soit menée une guerre économique contre la Russie. Celle-ci n’affaiblit pas seulement la Russie, mais également la conjoncture de nombreux Etats européens (alors que l’industrie américaine est toute contente de reprendre un grand nombre de ces commandes). En outre, la centrale bruxelloise a commencé, sur insistance de quelques Etats membres de l’UE, de prendre des mesures contre le projet allemand de gazoduc «Nord-Stream 2». Ce projet peut assurer un approvisionnement complémentaire en énergie pour une grande partie du continent. Sinon, il faudra acheter le gaz manquant aux Etats-Unis, à des prix plus élevés…
Construction de stéréotypes par les médias
Depuis 2014, des observateurs spécialisés constatent que les médias mainstream renforcent à nouveau systématiquement les réflexes et les stéréotypes antirusses au sein de la population (cf. Hofbauer, Hannes. Feindbild Russland. 2016, ISBN 978-3-85371-401-0). En général, les historiens considèrent un tel conditionnement comme étant des préparatifs de guerre typiques. Il est déjà très bien documenté que les grands médias européens reprennent sans broncher les objectifs transatlantiques (Krüger, Uwe. Meinungsmacht. 2014, ISBN 978-3-869621241 ou http://www.swisspropaganda.ch).
L’Europe, un champ de bataille potentiel
Depuis que le document stratégique de Barnett issu du Pentagone est discuté publiquement, on arrive à mieux saisir les réflexions stratégiques à l’origine de nombreux conflits. Il semble qu’il ne s’agit plus de «gagner» des guerres dans le sens traditionnel, mais d’engouffrer des régions entières dans le chaos (Irak, Afghanistan, Yémen, etc.) pour les mettre hors de combat ou pour les contrôler (Barnett, Thomas P. M. The Pentagon’s New Map, War and Peace in the Twenty-first Century. Putnam Publishing Group 2004).
Il est peu probable que dans les capitales européennes, on n’ait pas encore réfléchi aux risques d’une tension croissante et continue avec la Russie. Les politiciens et les militaires européens savent eux aussi parfaitement qu’un futur champ de bataille couvrirait des territoires russes et de grandes parties de l’Europe (mais certainement pas des Etats-Unis).
Pousser l’anticipation jusqu’au bout
Il faut donc se poser la question de savoir si les dirigeants russes accepteront sans nécessité une guerre sur leur propre territoire. Tout gouvernement responsable protégera sa population et n’acceptera pas de l’exposer à un conflit imminent sur son propre territoire. La Russie a vécu et souffert de telles situations à plusieurs reprises. Où donc les dirigeants russes transféreront-ils, à l’ère des «troupes d’intervention flexibles», un futur champ de bataille? A Francfort, à Paris ou à Zurich …? En Syrie, l’armée russe a démontré qu’elle est capable de contrôler militairement de vastes territoires éloignés, d’y maintenir le contrôle et de les protéger par des systèmes d’armements perfectionnés.
Il est également évident qu’à l’ère nucléaire, un conflit guerrier ne met pas en cause uniquement l’existence de l’Europe. La Russie a déclaré sans équivoque qu’elle utilisera des armes nucléaires au cas où son propre territoire serait attaqué militairement.
Tirer les conséquences
Dans la situation politique tendue de fin 2017/début 2018, il faut consciemment exiger plusieurs mesures menant à une désescalade. Mais cela demande une volonté politique sincère de toutes les personnes concernées. Il y aurait suffisamment de possibilités. Les observations militaires mutuelles dans le sens de mesures de confiance pourraient massivement être développées et élargies. Pour réduire les tensions, le nombre de réunions régulières dans le cadre de l’OSCE pourraient rapidement être multiplié. Le boycott insensé de la Russie peut rapidement être levé, afin de créer une «transformation par le commerce». L’Europe pourrait émettre des signaux clairs dans cette direction. Ceci serait un premier pas en direction d’une désescalade, pouvant débuter aujourd’hui déjà. Ces mesures seraient également les bienvenues auprès des forces raisonnables d’outre-Atlantique!    •
Repenser le rôle de la Suisse
rt. De plus en plus, il est nécessaire d’ajuster les coordonnées de la politique étrangère et de défense de la Suisse, pour ne pas se trouver dans le collimateur de réflexions géopolitiques et militaires. Certes, la situation était chaque fois différente en 1848, 1870, 1914, 1939, 1989 et en 2001. Mais la stratégie raisonnable de rester neutre est toujours la même, même en cette année commémorative des 600 ans de Saint Nicolas de Flüe. Pour cela, il faut réagir à temps et de manière très sensible aux signes extérieurs, pour rendre (à nouveau) la Suisse apte à contrecarrer toute tentative de malveillance à son égard.
«Complexe militaro-industriel»
rt. Selon la dernière publication (avril 2017) de l’institut suédois Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), les dépenses militaires mondiales ont encore augmenté au cours de l’année passée. Depuis 2010, les chiffres ne cessent d’augmenter. En 2016, les Etats ont dépensés 1686 milliards de dollars pour leurs armées. Plus de la moitié du chiffre d’affaires mondial profite aux grands groupes d’armements américains. Les raisons primordiales pour ces ventes sont l’augmentation du nombre de régions en conflits et la modernisation des systèmes d’armement. En comparant les dépenses des pays dans ce domaine, il s’avère que les Etats-Unis déboursent davantage que l’ensemble des huit Etats suivants (Chine, Russie, Arabie saoudite, Inde, France, Royaume-Uni, Japon, Allemagne).
Il est donc facile de déterminer les profiteurs du réarmement et de l’escalade militaire dans le monde. Ce sont les grands groupes du «complexe militaro-industriel», terme utilisé, à titre d’avertissement, par le président américain sortant Dwight Eisenhower en 1961. Il voulait ainsi caractériser les étroits liens personnels entre l’industrie militaire et la politique. Les entreprises américaines principales sont Lockheed, Raytheon et Boeing. En Europe, les grands groupes s’appellent, entre autres, EADS/Airbus Group, Dassault ou Krauss-Maffai. Naturellement, ce sont aussi tous les actionnaires de ses entreprises qui «profitent» de ces «affaires». Cependant, il est peu probable que tous les actionnaires européens pourront personnellement profiter de l’augmentation fulgurante de la valeur de leurs actions après le déclenchement d’une nouvelle guerre dans nos contrées.

Remise de la présidence de l’OSCE à l’Italie

Peu de progrès en Ukraine orientale

rt. Le 8 décembre, Sebastian Kurz, chancelier désigné de la République d’Autriche et actuellement ministre des Affaires étrangères, a commenté, lors de la réunion des ministres, le bilan de la présidence de l’Autriche de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Il a souligné que la pensée en blocs idéologiques empêchait les progrès, notamment dans le contexte de la crise ukrainienne et des rapports tendus en Transnistrie. Malheureusement, cette manière de penser fait obstacle à des progrès substantiels dans les activités de l’OSCE.
M. Kurz a mentionné positivement l’augmentation du budget de l’OSCE acceptée par les 57 Etats membres, car l’escalade des conflits exige davantage de moyens.
Lors de cette réunion, Kurz s’est référé à sa proposition d’installer une mission de paix de l’ONU en Ukraine. Cela pourrait être une contribution à la détente désirée de cette crise.
Nouvellement élu en juillet, le secrétaire général de l’OSCE, le diplomate suisse Thomas Greminger, a mis l’accent sur l’important rôle de l’OSCE en tant que plateforme permettant aux gouvernements concernés de reprendre et faciliter le dialogue. En marge des réunions ministérielles, les rencontres informelles ont souvent une grande importance.
Tant M. Kurz que M. Greminger ont félicité les diverses équipes de l’OSCE qui ont, par leur engagement actif, contribué aux résultats de l’année écoulée.
* * *
rt. L’Autriche remet la présidence de l’OSCE pour 2018 à l’Italie. Les maigres résultats atteints par l’OSCE en 2017 sont, compte tenu de la situation difficile en Europe orientale, plutôt déprimants. Le rôle que jouent les pays atlantistes dans l’actuelle situation géopolitique est dévastateur. Des organisations telles que l’OSCE et l’ONU sont de grande importance pour «contrôler» les zones de conflits et chercher des voies à des solutions pacifiques ou, au moins, tenir à disposition les canaux nécessaires pour d’éventuels échanges diplomatiques informels.
Une des conditions préalables est la volonté sincère des Etats signataires de l’OSCE. Les raisons du peu de résultats atteints par cette organisation en Ukraine orientale ne sont certes pas à attribuer à la présidence autrichienne, mais plutôt à la stratégie générale des Etats-Unis et de leurs «alliés» européens de placer leurs pions aussi près que possible de la frontière russe et d’y attiser les conflits. Aussi longtemps que l’OSCE est utilisée par certains membres comme plateforme de propagande pour continuer à isoler la Russie, cette organisation ne sera pas un interlocuteur fiable pour Moscou. A plusieurs reprises, certains pays occidentaux ont sapé les Mesures de facilitation de la confiance et de la sécurité (CSBM: Confidence and Security Building Measures) et du Document de Vienne (inspections mutuelles des activités militaires). Suite à ces expériences, la Russie n’accepte plus de telles propositions. C’est aussi la raison pour laquelle la présidence de l’Allemagne, dont le but était de développer le Document de Vienne, n’a pas été couronnée de succès.
Dans cette situation, les médiateurs neutres – tels les représentants de la Suisse – gagnent à nouveau en importance, car ils sont capables, indépendamment du durcissement des positions, de maintenir le contact avec tous les groupes participant au conflit.

La ferme volonté de créer la paix est une grande force

Interview de Daniele Ganser,

historien et irénologue suisse

par Jean-Paul Vuilleumier

Source : Horizons et débats

Zurich, 11 décembre 2017-12-14

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2017/n-31-11-decembre-2017/la-ferme-volonte-de-creer-la-paix-est-une-grande-force.html

 

Fin 2016, est parue en allemand la 1re édition du livre «Les guerres illégales de l’OTAN. Une chronique de Cuba à la Syrie.» de Daniele Ganser, historien suisse et spécialiste des sciences de la paix. Entretemps, cet ouvrage en est à sa 7e édition avec plus de 50000 exemplaires vendus. A l’occasion de la parution toute récente de l’édition française de ce bestseller, Horizons et débats s’est entretenu avec l’auteur sur quelques aspects de ses analyses concernant la guerre et la paix, l’ONU, le Conseil de sécurité et les médias.

Horizons et débats: M. Ganser, vous êtes un historien, spécialiste de l’Histoire contemporaine depuis 1945 et expert en politique internationale. Au sein de l’Institut SIPER que vous avez créé et que vous dirigez, vous vous intéressez à de très nombreux sujets comme l’énergie et la géostratégie, les conflits pour les ressources et la politique économique, les mises en œuvre de guerres secrètes. Vous vous engagez pour la paix. Vous êtes irénologue (spécialiste des sciences de la paix). Votre livre «Les Guerres illégales de l’OTAN» vient de paraître en français. Est-ce que toutes les guerres sont illégales?

Daniele Ganser: Oui, de manière générale, toutes les guerres sont illégales. La Charte de l’ONU, signée en 1945, énonce explicitement que les Etats doivent résoudre leurs différends sans avoir recours à la violence ou aux armes. Les guerres sont donc clairement illégales. Il existe toutefois deux exceptions à cette règle: premièrement, la légitime défense; si un pays est agressé, il a le droit de se défendre militairement. Deuxièmement, une guerre est légale si le Conseil de Sécurité de l’ONU a voté un mandat explicite en ce sens.

L’exemple de la débâcle soviétique en Afghanistan aurait dû faire réfléchir les Etats-Unis en 2001; le fiasco de la soi-disant «exportation de la démocratie» en Irak aurait dû faire réfléchir à deux fois les Français et les Britanniques avant qu’ils n’interviennent en Libye en 2011, ou n’aident les djihadistes en Syrie. N’est-ce pas possible d’apprendre de l’Histoire? 

Moi, je pense que c’est tout à fait possible. La leçon la plus importante est que nous ne pouvons pas résoudre nos problèmes par la violence. Cela a été essayé à de nombreuses reprises. Mais cela ne fait qu’ajouter des problèmes. C’est pourquoi, dans mon livre, je souligne l’importance d’adhérer aux principes fondateurs de l’ONU, ne pas bombarder ou envahir d’autres pays, ne pas armer en secret des groupes à l’étranger dans le but de renverser un gouvernement. Nous sommes bien sûr confrontés à de grands défis, mais la violence n’aidera en rien à leur résolution.

Et cependant, des hommes politiques tels Barack Obama et David Cameron ne sont pas critiqués par des instances officielles pour leurs guerres illégales. 

C’est vrai: le Président Obama et le Premier ministre britannique Cameron ont utilisé la force contre la Libye en 2011, et nous pouvons constater, encore maintenant, que le pays est toujours en proie à la violence. Les guerres créent de nouvelles difficultés. En Syrie, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, en concert avec d’autres Etats, ont secrètement fourni des armes aux ennemis de Bachar el-Assad, comme je l’indique dans le livre. Là non plus, ce n’était pas une bonne idée: beaucoup de gens sont morts, beaucoup ont souffert.

En tant que spécialiste des sciences de la paix, vous semblez malgré tout rester résolument optimiste! Votre livre dresse en effet un constat terrible, mais il est factuel, humaniste, puissant et même parfois personnel. Qu’est-ce qui vous rend optimiste?

Je suis fermement convaincu que la volonté de créer la paix est une force primordiale pour le XXIe siècle. Quand nous avons le choix entre tuer et ne pas tuer, je suis convaincu que le second est toujours le meilleur. Milosevic n’était pas un nouvel Hitler. La vérité historique est que Hitler a fait bombarder Belgrade. Il est scandaleux qu’en 1999, l’Allemagne ait, avec d’autres pays, à nouveau bombardé la Yougoslavie. Cela est contraire à la Charte des Nations Unies. Je sais que des gens en France se sont opposés à la décision de Nicolas Sarkozy de bombarder la Libye en 2011. Je les soutiens, car ils avaient raison. Imaginez un instant que la situation ait été inversée, que la Libye ait bombardé Paris: n’aurait-il pas été juste de soutenir ceux qui parmi les Libyens se seraient opposés à ces bombardements?

Vous évoquez à plusieurs reprises Martin Luther King, Albert Einstein et Mahatma Gandhi. Que représentent-ils pour vous?

Ces trois personnalités ont eu, chacune à sa place, une grande importance. Gandhi donna ce conseil inspirant: «Sois toi-même le changement que tu veux voir dans le monde». Les gens cherchent de vrais leaders, et ils les cherchent parmi les chefs d’Etat ou de gouvernement; mais ce n’est pas parmi eux qu’il faut chercher, car les hommes politiques ont trop souvent mené des guerres. Et ce n’est certainement pas le type de valeurs que nous voulons inculquer à nos enfants, dans nos écoles! Nous n’allons pas leur conseiller l’usage de la violence, mais exactement le contraire: en cas de problème, gardez-vous de la violence, préférez le dialogue et surveillez vos propres émotions et pensées.

L’édition française de votre livre est annoncée comme «un réquisitoire contre l’OTAN et un plaidoyer en faveur de l’ONU». Beaucoup des gens qui sont très critiques, voire opposés, à l’OTAN sont également sceptiques, ou même suspicieux vis-à-vis de l’ONU. En quoi l’ONU est-elle importante?

Dans mon livre, je montre clairement à quel point la Charte de l’ONU est un document magnifique, parce qu’elle prescrit à tous les membres de l’organisation (193 Etats au total) l’interdiction du recours à la force dans les relations internationales. Ceci est le meilleur aspect de l’ONU, et cela ne m’empêche pas de voir ses failles et je comprends les voix critiques qui n’ont pas ou plus confiance en elle. Dans mon livre, je montre que le Conseil de Sécurité ne fonctionne pas de manière idéale. Si un membre permanent du Conseil viole la Charte, il ne sera pas puni, car il dispose d’un droit de veto lui permettant de bloquer une résolution. Clairement, cela n’est pas juste.

L’impuissance de l’ONU est-elle la conséquence du fait qu’elle ne dispose pas d’une réelle force armée? Comment faudrait-il transformer l’ONU pour qu’elle devienne plus efficace? 

Je ne pense pas que le problème principal de l’ONU soit qu’elle est dépourvue d’une armée puissante. Imaginons un instant l’inverse, qu’elle en soit dotée. Qui déciderait de son utilisation, de l’envoyer combattre? Ce serait le Conseil de Sécurité. Mon opinion personnelle, basée sur mes recherches, est que les 70 dernières années montrent que les membres permanents du Conseil de Sécurité – et notamment les Etats-Unis et les autres pays membres de l’OTAN – ont mené de trop nombreuses guerres illégales, tout en se protégeant de possibles sanctions grâce à leur droit de veto.

Le projet de l’ONU était d’établir un droit international dans le cadre duquel tous les pays seraient égaux. Cependant, l’existence de l’ONU n’a été acceptée par les grandes puissances que parce qu’elles ont pu s’arroger un pouvoir de blocage (droit de veto) contredisant l’égalité entre les Etats. Quels scénarios peut-on envisager pour le futur de l’ONU dans cette situation paradoxale? Comment l’Organisation pourrait-elle évoluer vers davantage d’égalité, de justice et de paix entre ses membres?

Effectivement, il y a un paradoxe. Les Nations Unies comprennent 193 pays membres, mais 5 seulement – les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni – bénéficient du droit de veto. De ce fait, ils détiennent chacun davantage de pouvoir que les 188 autres Etats réunis. Il s’agit donc d’un système à deux classes, l’une bénéficiant de privilèges, l’autre en étant dépourvu. Des réformes seraient les bienvenues. Le droit de veto pourrait, et devrait, être aboli; mais les Etats qui en disposent refuseront de se départir de ce pouvoir. D’un point de vue pratique, pragmatique, il est par conséquent de la plus haute importance de démontrer que les grandes puissances mènent des guerres illégales.

A quoi pourrait ressembler un monde sans l’OTAN? L’Europe ne serait-elle pas alors menacée par la Russie?

Non, il ne me semble pas réaliste de penser que la Russie envahirait et occuperait l’Europe si l’OTAN venait à être dissoute. La dissolution de l’Alliance atlantique a été souhaitée par beaucoup de monde au sein du mouvement pour la paix quand le mur de Berlin est tombé et que le Pacte de Varsovie a disparu. Mais les «dividendes de la paix» annoncés ne se sont jamais concrétisés. Bien au contraire, les dépenses militaires ont même augmenté. A tel point que nous nous retrouvons maintenant avec des records en la matière, et un arsenal hautement sophistiqué sans précédent. Ban Ki-moon, alors secrétaire général de l’ONU, a ainsi pu nous mettre en garde: «Le monde est surarmé, et la paix sous financée».

A la lecture de votre livre, on comprend vraiment que le recours à la force n’est jamais une solution; ou plutôt c’est toujours la pire. Pour ne prendre qu’un seul exemple, sans l’intervention militaire des Etats-Unis en Irak, l’EI n’existerait pas: la «guerre contre le terrorisme» engendre non seulement de la violence, mais également toujours davantage de terrorisme. Une fin de cette spirale de la violence n’est pas en vue. 

Vous résumez bien la situation dans laquelle nous nous trouvons. Aussi longtemps que les médias de masse donneront principalement la parole aux va-t’en-guerre et autres bellicistes, ces personnes qui croient en la violence et la promeuvent avec régularité à la télévision et dans la presse, nous ne cesseront jamais le cycle des guerres. Les médias fabriquent le consentement, l’opinion publique. Si les amis de la paix se voyaient offrir davantage de temps de parole, une plus large tribune dans les médias, qu’ils soient institutionnels ou alternatifs, alors de plus en plus de gens comprendraient que nous ne pouvons pas résoudre nos problèmes par la violence.
Les médias jouent un rôle crucial, car ils peuvent réduire au silence certaines voix et opinions ou au contraire en amplifier d’autres. Il est illusoire de penser que dans nos sociétés démocratiques, toutes les voix ont la même signification. Le plus souvent, nous entendons le point de vue des bellicistes demandant l’augmentation des budgets et des opérations militaires – uniquement ce type de discours, et tout le temps. Et en même temps, les voix de ceux qui étudient les guerres et la violence, et qui avertissent en toute connaissance de cause que les guerres ne constituent en rien une solution, ces voix sont le plus souvent tues ou ignorées. Ainsi, bien peu connaissent le général américain Smedley Butler (1881–1940), à l’époque, le plus haut gradé du Corps des Marines et à sa mort le Marine le plus décoré de l’Histoire. Ce qu’il a déclaré est malheureusement toujours d’actualité, mais vous ne risquez pas de l’entendre à la télé. Je cite: «La guerre est un racket. Elle l’a toujours été. C’est peut-être le plus ancien, de loin le plus profitable et sûrement le plus vicieux. C’est le seul qui soit de portée internationale. C’est le seul où les gains se comptent en dollars, et les pertes en vies humaines.»

Alors que les populations dans n’importe quel pays aspirent simplement à vivre en paix, la propagande de guerre présente ceux qui s’opposent aux conflits comme des lâches ou des soutiens des «régimes autoritaires ou dictatoriaux».

Oui, c’est la règle du «jeu» sur le front intérieur. Par front intérieur, j’entends le (ou les) pays, où vivent les citoyens qui financent avec leurs impôts les navires et les avions de guerre, les missiles et les armes utilisés pour tuer, et où vivent également les mères des soldats qui sont envoyés combattre. Donc, le front intérieur doit être absolument convaincu que la guerre est à la fois juste et nécessaire. Comment y parvenir? Grâce aux médias de masse. C’est la seule manière, il n’y en a pas d’autre.
Contrairement au théâtre des opérations, la lutte sur le front intérieur ne se fait pas avec des bombes et autres munitions, mais à coup d’éditoriaux et d’articles, avec des photos et des images. Le plus frappant, et le plus consternant, c’est que la plupart des gens ne connaissent même pas le terme de «front intérieur», et ne sont pas non plus conscients de la propagande massive qu’on leur sert à chaque nouvelle guerre.
Albert Camus, écrivain, prix Nobel de littérature et philosophe, a souligné que nous pouvons toujours influencer l’Histoire: «Rien n’est plus impardonnable que la guerre et l’incitation à la haine raciale. Mais une fois la guerre déclenchée, il est futile et lâche de ne rien faire au prétexte que l’on n’en est pas responsable. […] Toute personne a une sphère d’influence de taille variable […] Ce sont des individus qui nous envoient à la mort aujourd’hui – pourquoi n’incomberait-il pas à d’autres individus de créer la paix dans le monde? […] Entre le moment de la naissance et celui de la mort, presque rien n’est prédéterminé: on peut tout changer et même mettre un terme à la guerre, et établir la paix si la volonté est suffisamment forte et durable.»

Quel rôle joueront les progrès technologiques dans les guerres futures? Les robots mèneront-ils la guerre?

Aujourd’hui, il existe des robots armés, capables de tuer. Etait-il avisé de mettre au point et de produire de tels robots tueurs? Les drones qui volent au-dessus de l’Afghanistan et du Pakistan sont des machines et ils tuent des gens. C’est déjà la réalité. Actuellement, la révolution numérique se met au service du complexe militaro-industriel. D’ici 10 à 20 ans, des films de science-fiction comme «Terminator» (1984) ou «Robocop» (1987) seront devenus la réalité dans le sens où des machines tueront des gens de manière quasi autonome.
La question de la violence est loin d’être résolue, elle se complexifie. Il faut en parler ouvertement. Mon rôle en tant qu’historien est de rappeler aux gens que la guerre et la violence ont été utilisées à de nombreuses reprises, et qu’il n’a jamais été possible de mettre un terme à la violence par la force. Il faut évoluer et trouver d’autres voies, d’autres solutions à nos problèmes.

Dans votre livre vous écrivez que «les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité, par ailleurs responsables de la paix mondiale, sont les plus gros exportateurs d’armements» en soulignant que «dès qu’un conflit s’embrase, ces cinq Etats en profitent, car leurs exportations d’armement augmentent». 

C’est un des grands paradoxes du Conseil de Sécurité de l’ONU. Son but et sa responsabilité sont de promouvoir la paix. Et pourtant, ces cinq Etats membres sont les principaux pourvoyeurs d’armes, et leurs dépenses militaires sont énormes. Leur complexe militaro-industriel est très puissant. Mais chacun peut décider s’il veut utiliser la force, ou pas. En tant qu’êtres humains, nous devons renforcer la bienveillance et l’humanité.

Vous écrivez qu’au regard de l’Histoire humaine, l’interdiction de faire la guerre inscrite dans la Charte de l’ONU n’a que 72 ans. Dans votre perspective, elle est donc toute jeune. Est-ce une des raisons expliquant pourquoi le progrès qu’elle implique n’a pas encore été acquis, intégré par le genre humain? 

Oui, la Charte de l’ONU, qui proscrit les guerres et les a rendues illégales, fut signée en 1945. C’est donc un document jeune. A l’échelle d’un historien, 70 ans représentent une période brève. Mais on peut constater que nous avons progressé: au cours des siècles précédents, jamais un tel document n’a existé. C’est une première. La prochaine étape sera de respecter La Charte de l’ONU et de faire en sorte que les médias parlent de l’illégalité des guerres et expliquent comment fonctionne la propagande de guerre (plutôt que de la propager). Je pense vraiment que nous avons tous un intérêt commun pour la paix, indépendamment de notre sexe, de notre religion, de notre éducation ou de notre richesse. J’ai écrit ce livre en espérant pouvoir renforcer le mouvement pour la paix, et je suis très heureux qu’il soit maintenant disponible en français.

Merci beaucoup pour cet entretien.

(Propos recueillis par Jean-Paul Vuilleumier)

 

La destruction de la Libye. L’Occident criminel.

Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France, interviewé par Lawrence Desforges
25 novembre 2017
Source : https://globalepresse.net/2017/11/25/interview-de-michel-raimbaud-ancien-ambassadeur-de-france-sur-le-cas-de-la-libye/

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Michel Raimbaud est un vétéran français du milieu diplomatique, ayant servi comme Ambassadeur de France en Mauritanie, en Somalie et au Zimbabwe pendant des années. Désormais retiré du corps diplomatique il se consacre à des travaux académiques en lien avec son domaine d’expertise, nommément le monde arabo-musulman en général. Auteur du livre remarqué « Tempête sur le Grand Moyen-Orient » paru en 2015 qui traite des menées néo-impérialistes occidentales dans cette région du monde, il a accepté de nous recevoir à son domicile dans la campagne française pour évoquer le drame libyen où l’Occident est entré comme un voleur et un boucher en 2011, pour n’y laisser que des ruines et des abîmes de malheur.
La Libye du « Guide », le Colonel Mouammar Kadhafi, était le pays d’Afrique doté du revenu par habitant le plus élevé grâce à la gestion saine de la manne pétrolière libyenne par le gouvernement institué par Kadhafi en 1969, à la suite du renversement du Roi Idriss Ier qui vampirisait les ressources du pays au profit des cartels pétroliers européens. L’éducation scolaire y était gratuite pour tous comme les soins médicaux, l’essence largement abordable (non surtaxée) et le pays connaissait un taux de développement humain inédit depuis très longtemps dans cette portion de l’Afrique du Nord.
Le Colonel Kadhafi avait refondu l’OUA en « Union Africaine » tout court, qui devait être étayée par l’introduction d’un « dinar or » appuyé sur les réserves d’or libyennes que Kadhafi avait sagement amassées au fil des ans grâce aux énormes bénéfices issus de la vente des produits pétroliers dont le pays était, et demeure si riche. Ayant prévu le besoin de diversification de l’économie libyenne il l’avait préparée par une diplomatie de coopération de type « gagnant-gagnant » idoine à celle dont se vante la Chine par l’investissement direct dans les économies vivantes de ses voisins, faisant de lui l’un des hommes les plus populaires de l’histoire africaine récente, et à juste titre.
Ce fut une telle aventure de réussites et de succès que vint fracasser la cabale occidentale emmenée par les USA, les bras serviles de l’OTAN, la politique étrangère israélienne profonde et les chiens de guerre takfiris déchaînés par le régime wahhabite aliéné d’Arabie Saoudite et ses complices du Golfe Persique. Comme si les maîtres dégénérés et consanguins des anciennes cours européennes, recyclés outre-Atlantique et outre-Méditerranée (en Palestine…) en « démocraties d’apparat », jaloux de voir la réussite sur le lit de leurs échecs, n’avaient pu, su et/ou voulu se retenir d’y déverser leur haine atavique par un flot de bombes, de meurtres et de rapines.
Heureusement la vie est résiliente et l’esprit humain aussi et, malgré six ans de tortures quotidiennes la nation libyenne oeuvre à se relever de ses cendres, par de nouvelle évolutions politiques encore aujourd’hui axées autour de plusieurs autorités distinctes, un gouvernement militaire dirigé par le Maréchal Haftar, un gouvernement civil issu du « CNT » libyen dirigé par Fayez el-Sarraj et, dans les zones désertiques du sud avec il est vrai, beaucoup moins de visibilité politique et diplomatique, le conseil des tribus libyennes dont la tête de proue n’est nul autre que le fils du Colonel Mouammar Kadhafi, Saïf al-Islam.
Depuis l’enregistrement de cette interview, de nombreuses révélations ont atteint le grand public concernant les immondes trafics d’êtres humains qui ont eu cours en Libye depuis 2011, dont la majorité des victimes ont été des Africains sub-sahariens que le Guide avait conviés en Libye, alors qu’il était encore au pouvoir, pour participer à l’essor de son pays et par rebond à celui de leurs pays voisins d’origine. Ces ignominies sont également à mettre à la charge des faiseurs de guerre occidentaux qui ont détruit la Libye voici six ans pour en faire une terre sans foi ni loi.
Il convient de donner son soutien au peuple libyen qui se débat dans les affres des douleurs où l’Occident criminel l’a plongé, et d’en faire écho à nos gouvernements.
Lawrence Desforges, le 25 novembre 2017

 

 

Il est nécessaire de réduire les souffrances humaines en Syrie

Horizons et débats (Zeit-Fragen) Zurich

27 novembre 2017

Source originaire : Site officiel du Président de la Fédération de Russie kremlin.ru du 14/11/17

Déclaration des présidents de la Fédération de Russie et des Etats-Unis d’Amérique du 11 novembre 2017 à Da Nang (Vietnam)
Aujourd’hui pendant leur entretien en marge de la conférence des pays membres de l’APEC à Da Nang (Vietnam), le Président russe Vladimir Poutine et le Président américain Donald Trump ont réaffirmé leurs dispositions à anéantir l’organisation terroriste Daech en Syrie. Ils ont exprimé leur satisfaction concernant l’efficacité des efforts réalisés par les Etats-Unis et la Russie, prévenant ainsi plus concrètement les incidents dangereux entre militaires américains et russes. Cela a permis d’accroître considérablement les pertes de Daech sur le champ de bataille au cours de ces derniers mois. Les présidents ont convenu de maintenir les canaux de communication militaires actuels pour garantir la sécurité des forces armées russes et américaines, ainsi que pour prévenir les incidents dangereux impliquant les forces des partenaires combattant Daech. Ils ont réaffirmé que ces efforts se poursuivraient jusqu’à la défaite définitive de Daech.
Les présidents sont d’accord sur le fait que le conflit en Syrie ne peut être résolu par des moyens militaires. Ils ont réaffirmé que le règlement politique définitif du conflit devait être trouvé dans le cadre du processus de Genève en conformité avec la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ils ont également noté la récente déclaration du Président syrien Bachar al-Assad confirmant son attachement au processus de Genève, à la réforme constitutionnelle et aux élections conformément à la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Les deux présidents ont déclaré à nouveau que ces démarches supposaient une mise en œuvre complète de la résolution 2254 du Conseil de sécurité incluant notamment la réforme constitutionnelle et l’organisation d’élections libres et justes sous la surveillance de l’ONU en respectant les plus hautes normes de transparence et de responsabilité et en accordant à tous les Syriens, membres de la diaspora y compris, le droit d’y participer. Les présidents ont réaffirmé leur attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’unité, à l’intégrité territoriale et au caractère laïc de la Syrie, conformément à la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ils ont également appelé toutes les parties syriennes à participer activement au processus de paix de Genève et à soutenir les efforts visant à garantir son succès.
Enfin, les présidents Vladimir Poutine et Donald Trump ont confirmé l’importance des zones de désescalade à titre de mesure provisoire visant à réduire la violence en Syrie, à remplir les accords sur le cessez-le-feu, à améliorer l’accès humanitaire sans obstacles et à créer les conditions pour un règlement politique définitif du conflit. Ils ont évoqué la mise en œuvre actuelle de la décision de mettre en place une zone de désescalade au sud-est du pays, qui avait été prise durant leur rencontre précédente le 7 juillet à Hambourg (Allemagne). Aujourd’hui, les deux présidents ont également salué le Mémorandum sur les principes signé entre la Jordanie, la Russie et les Etats-Unis à Amman (Jordanie) mercredi 8 novembre. Ce Mémorandum renforce le succès de l’initiative sur le cessez-le-feu, y compris la réduction et au final la suppression des forces étrangères et des combattants étrangers de cette région afin d’assurer une paix plus durable. Le Centre d’observation d’Amman continuera de veiller au respect de l’accord sur le cessez-le-feu avec la participation des experts jordaniens, russes et américains.
Les deux présidents ont évoqué la nécessité de réduire les souffrances humaines en Syrie et ont appelé tous les Etats membres de l’ONU à accroître leur contribution pour satisfaire les besoins humanitaires dans les mois à venir.
Source: Site officiel du Président de la Fédération de Russie kremlin.ru du 14/11/17

Prépare-t-on la guerre contre la Russie?

par Karl Müller

Horizons et débats (Zeit-Fragen) Zurich, 27 novembre 2017

Dans son édition du 13 novembre 2017, la «Neue Zürcher Zeitung» a publié, en discours indirect, le dernier message de Donald Trump sur Twitter. Le 12 novembre, le président aurait écrit que «seuls les personnes haineuses et idiotes n’ont pas encore compris que de bonnes relations avec la Russie sont une excellente chose, car avec la Corée du Nord, la Syrie, l’Ukraine et le terrorisme, il y a suffisamment de problèmes à résoudre et l’aide de la Russie pourrait être ‹extrêmement utile›». En effet, au cours du sommet de l’APEC [Coopération économique pour l’Asie-Pacifique] au Vietnam, les présidents américain et russe se sont rencontrés et ont convenu d’importants pas à faire en direction de la fin de la guerre en Syrie (cf. encadré ci-dessous). Donc, tout irait-il pour le mieux?
Quelle direction la politique des Etats-Unis prend-elle?
Il y a des événements qui nourrissent le doute. Puis, il faut se poser une question décisive: à quel point de tels messages Twitter du président américain sont-ils honnêtes et fiables et sera-t-il en mesure d’imposer de telles positions dans les futures relations américano-russes? En opposition aux nombreux va-t-en-guerre dans les rangs des deux partis et dans les médias? En opposition au complexe militaro-industriel? En opposition aux forces de l’«Etat profond» misant sur la guerre? En opposition à la partie des banques, des fonds spéculatifs etc. qui – comme malheureusement très souvent au cours de l’Histoire – profitent des conflits et des guerres?
Parfois, on est tenté de croire que la politique américaine se réserve toutes les options. Y compris les préparatifs de guerre, option, dont on ne parle pas ouvertement, notamment en Europe. Les grands médias alignés de langue allemande ont donc caché qu’actuellement, les Etats-Unis ont énormément augmenté les effectifs de leurs Forces d’opération spéciales [Special Operation Forces] en Europe. Les lecteurs de langue allemande ont pu s’en informer en lisant les nouvelles du 8 novembre sur le site RT Deutsch. Cette chaîne internet avait repris et commenté cette information d’un site américain (cf. article ci-dessus) du 3 novembre. Selon cette source, un nombre grandissant de ces forces spéciales américaines sont stationnées dans les pays limitrophes de la Russie. Au cours de l’année 2017, elles auraient déjà participé à de nombreuses manœuvres militaires. Leur leitmotiv était la lutte «contre l’ennemi à l’Est».
Le seul objectif: des frappes militaires jusqu’au cœur de la Russie …
De côté officiel, on affirme que la présence accrue de troupes a comme seul but la protection des pays d’Europe de l’Est contre «une agression russe». Cependant, l’analyse de RT Deutsch laisse songeur: «[…] si le but principal était réellement la défense, les Etats baltes auraient besoin d’une formation classique pour les systèmes de défense, afin d’être en mesure de protéger leurs frontières. Les Forces d’opération spéciales ne dispensent cependant pas de telles formations. Toutes les formations spéciales engagées en Europe sont pratiquement sans exception des unités de commandos à caractère offensif telles les Navy SEALs, les US-Marines ou les Green Berets.» L’analyste américain lui-même écrit déjà dans la deuxième phrase de son texte: «Il ne peut y avoir d’autre but que celui de se donner les capacités de réaliser des frappes militaires jusqu’au cœur du territoire russe.»
… parce que la Russie dérange
RT Deutsch entretient de bons rapports avec la Russie, ce qui fera dire à certains: Voilà donc un nouveau cas de propagande russe (= «fake news»). Cependant, quiconque le désire peut vérifier les faits. Un regard dans les livres d’histoire pourrait également être bien utile. Il n’est pas même nécessaire de consulter Halford Mackinder et sa «théorie du Heartland» pour réaliser que l’image répandue en Occident de «L’ennemi Russie» [«Feindbild Russland», titre d’un excellent livre du journaliste autrichien Hannes Hofbauer] n’a pas commencé avec le communisme soviétique et n’a pas trouvé son terme avec sa disparition. Une grande Russie unie, riche en ressources naturelles et indépendante dérange les plans hégémonistes, toujours et encore maintenus, des va-t’en-guerre anglo-saxons et de leurs alliés. Même quand ces alliés sont traités comme des vassaux. Mais ils semblent toujours prêts, le cas échéant, à sacrifier leurs peuples et leurs Etats de manière insensée.
Détourner les yeux ne sert à rien
La conclusion est donc la suivante: malgré les nombreux messages Twitter du président américain, le gouvernement actuel permet de continuer à préparer la guerre contre la Russie, petit à petit et de belle lurette – cela ne date pas de 2014. Cette guerre est prévue d’être menée également avec des soldats, des bombes et des missiles – au cas où les agresseurs ne réussiraient pas à mettre la Russie à genoux ou à la détruire de l’intérieur. Ne nous berçons pas en illusions: une guerre «moderne» contre la Russie demanderait des millions de victimes. Détourner les yeux ne sert à rien. Ce ne sont que les petits enfants qui croient qu’on ne les voit pas quand ils se couvrent les yeux. Personne ne sait ce qu’il va réellement se passer. Mais il n’est sûrement pas erroné de prendre connaissance de la réalité des préparatifs de guerre occidentaux et de les dénoncer publiquement, tout en prenant aux sérieux les messages Twitter du président américain disant: non à la guerre. «War is obsolete!»