Infox, intox et poker menteur

par Michel Raimbaud *
Source: RT France,18 juin 2019,
mais toujours actuel (IR)

Loin de considérer que la politique américaine viole le droit international depuis la seule entrée en scène de Donald Trump, l’ancien ambassadeur de France Michel Raimbaud revient sur trente ans de géopolitique dominés par l’arrogance de Washington.
C’est à l’ineffable George W. Bush, qui a dirigé durant huit ans une «puissance indispensable», que l’on attribue à tort la paternité de concepts qui allaient connaître la célébrité : le «Grand Moyen-Orient», zone «de bombardement démocratique» s’enflant au gré des pulsions américaines, «la guerre au terrorisme» (War on Terror), consistant à «épouvanter» les Etats voyous en terrorisant leurs populations, mais également – il suffit d’oser – «l’Axe du Bien» rassemblant les féaux et adorateurs des Etats-Unis et «l’Axe du Mal», perchoir de ses sinistres ennemis. Bush n’est évidemment pas le créateur de cet arsenal «idéologique», n’en ayant eu que l’usufruit. C’est entre le rédacteur de ses discours (un certain David Frum), le «Vice» Dick Cheney (dont Bush était en quelque sorte le prête-nom) et les célébrités de l’Establishment néoconservateur (à la mode Bolton et Cie) qu’il faut chercher les théoriciens du degré zéro de la diplomatie.

Cette brocante intellectuelle aura fait les innombrables dégâts que l’on sait, dans l’espace arabo-musulman, mais également sur tous les continents, démolissant de surcroît toute notion de droit international et sapant les bases de la légalité onusienne établies par consensus à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. A contempler le spectacle navrant qui marque le début du troisième millénaire, on deviendrait sans trop se forcer nostalgique de la guerre froide, c’est-à-dire du temps où, au-delà de la propagande, de part et d’autre du rideau de fer, parler voulait dire quelque chose. Quand, après de longs marchandages, on s’accordait sur les mots, on était à peu près d’accord sur le contenu des engagements et des arrangements souhaitables. L’équilibre de la terreur a permis d’éviter beaucoup de conflits… Le souvenir des tueries, destructions, génocides était alors trop brûlant pour que l’on puisse envisager de gaieté de cœur d’aller en guerre en chantant mironton mirontaine. Le ridicule tuait encore un peu et le mensonge n’était pas une technique diplomatique à usage courant. Trente ans après la chute du mur de Berlin, ces précautions et ces scrupules ne sont plus de mise pour le camp qui se réclame toujours du «monde libre», celui qui tente sans fin de resserrer son emprise, convaincu d’être «la civilisation» face aux voyous et aux barbares. Une séance au Conseil de Sécurité, tel ou tel discours présidentiel illustreront parfaitement le propos de votre serviteur.
Durant la guerre froide, l’atmosphère était souvent glaciale, mais des deux côtés, on savait jusqu’où ne pas aller trop loin. Il faudra du temps pour que l’on réalise combien l’existence d’un «Empire du Mal» était finalement un bien pour une bonne partie de la communauté onusienne. La guerre froide oubliée, l’ambiance ne sera pas chaleureuse, mais surchauffée, l’hyperpuissance d’outre-Atlantique la rendant potentiellement explosive à force d’arrogance. Dans la majorité des pays de la communauté onusienne, on réalisera assez vite que l’Amérique triomphante n’a pas besoin d’amis, mais exige seulement des vassaux. Au sein de la «communauté internationale» à trois ou quatre et dans toute sa mouvance, on se pliera aux caprices et aux mille volontés des nouveaux maîtres de l’univers.
Le bric-à-brac logiciel évoqué précédemment sera en effet vulgarisé au sein de la planète pensante occidentalo-compatible par le biais des instituts, fondations et autres «chars de la pensée» (les fameux think tanks). Pour les intellectuels les plus obtus ou les plus naïfs, la leçon sera prodiguée sans fioritures. «Croyez-vous que des solutions efficaces puissent émerger d’une analyse judicieuse de la réalité observable ?», avait demandé un journaliste (dont je tairai le nom) àun conseiller de G. W Bush, Karl Rove ; lequel avait répondu avec morgue : «En vérité, le monde ne marche plus réellement de cette manière. Nous les Américains, nous sommes maintenant un Empire, et lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. Pendant que vous étudiez studieusement cette réalité, nous ne perdons pas de temps. Nous agissons et nous créons d’autres réalités nouvelles qu’il vous est loisible d’analyser. C’est ainsi que les choses se passent, pas autrement. Nous sommes les acteurs et les producteurs de l’Histoire. A vous, à vous tous, il ne reste qu’à étudier ce que nous créons.»
On croyait naguère le lavage de cerveau réservé aux régimes totalitaires
Respecté à la lettre par une bonne partie de la classe médiatique et intellectuelle, ce partage des taches contribue au succès de la guerre de désinformation qui accompagne les entreprises menées par l’Empire néoconservateur israélo-anglo-saxon et ses alliés. La multiplication des évènements sur un rythme rapide va de pair avec la médiatisation de l’actualité immédiate et s’accommode de la versatilité de cette médiatisation, le principe étant que l’actualité d’aujourd’hui chasse celle d’hier ou d’avant-hier, l’effaçant au besoin ou pour les besoins de la cause. Selon les règles du conditionnement des foules, la nouvelle «agit-prop», une guerre peut figurer un temps à la une de l’info ou aux chiens écrasés, puis disparaître de la circulation, qu’elle soit remplacée par une autre ou plusieurs. Cette volatilité ne dépend pas de la gravité du conflit ou de son importance, ou de l’intensité de ses développements, mais elle permet de faire «oublier» une guerre en attirant l’attention sur une autre, présentée comme plus dangereuse, en attendant un nouveau rebondissement spectaculaire. La guerre de désinformation, à grands renforts d’infox, d’intox, de silence, de tapage, est à la guerre ce que la musique d’ambiance est à la fête foraine.
On croyait naguère le lavage de cerveau réservé aux régimes totalitaires : comme d’autres auparavant, les guerres de Syrie, je veux dire par là celles qui se déroulent en Syrie depuis la mi-mars 2011, sous diverses voilures, auront donné aux appareils de la «communauté internationale» l’occasion de montrer leur savoir-faire en la matière. Doxa et omerta, lâcheté politique, trahison des clercs, c’est un front sans faille qui veille à rendre inaudibles les contestataires de la narrative officielle, tout en les accusant de falsifier les faits.
Les experts qui oublieront demain ce qu’ils affirment aujourd’hui, les gens du verbe et la plume, qui ont occulté la mise à mort d’un peuple et de son pays, gardant le silence radio et télé sur les destructions massives, falsifiant les réalités et les responsabilités, ont volontairement ignoré la résistance syrienne, défiguré l’image d’une armée nationale présentée comme une «force pro-Bachar» ou une milice «pro-régime», le déni amplifiant d’autant la souffrance.
Le chaos semé depuis trente ans par les fanatiques bigots de l’Axe du Bien et leurs disciples a créé tant de pyromanes sadiques et allumé tant d’incendies
Nombre d’entre eux, y compris en Amérique, en Europe et en Israël, affirment que «Bachar a gagné» pour éviter ainsi de parler de la Syrie, que l’on rêve toujours de rayer de la carte et dont on voudrait bien éradiquer la «mémoire», y compris archéologique et historique. Faire de la Syrie une «nouvelle Syrie», une autre «transaction du siècle» à l’échelle du pays de Cham tout entier.
On dit, on écrit et on répète encore que «la guerre est finie». Ce qui permet de camoufler les «guerres du deuxième round» qui se poursuivent ou celles qui sont allumées semaine après semaine. Je me contenterai d’en faire un inventaire expéditif :
1. Le maintien d’une présence militaire illégale qui permet la continuation des hostilités, même sans espoir,
2. L’appui occidental aux terroristes rescapés, déplacés par les avancées de l’armée syrienne,
3. Les obstacles qui entravent le retour des réfugiés et des cadres exilés
4. L’usage maintenu des armes de destruction massive que sont la guerre des sanctions, le blocus économique, les tentatives d’asphyxie financière, les menaces contre la Syrie, ses alliés (Iran, Irak, Hezbollah, Russie), voire même ses voisins tentés par la complaisance…
5. La poursuite du vol et du pillage des ressources (pétrole, usines, antiquités, etc…).
Ayant ajouté à ce palmarès digne d’une mafia la dernière trouvaille qu’est l’incendie systématique des récoltes céréalières, on admettra peut-être que la politique de la terre brûlée n’est pas une expression vaine. Le chaos semé depuis trente ans par les fanatiques bigots de l’Axe du Bien et leurs disciples a créé tant de pyromanes sadiques et allumé tant d’incendies ou de brûlots couvant sous la cendre qu’un seul pompier ne saurait suffire à les éteindre tous, comme dirait un auteur contemporain, que nous appellerons Vladimir pour préserver son anonymat.
Pour ne pas trop charger la barque, je me suis abstenu d’énumérer les provocations et les menaces en accordéon de l’homme à la mèche jaune qui occupe la Maison Blanche, contre l’Iran, la Russie, la Chine, le Venezuela, les « Arabes insoumis », mais aussi tous ces braves Européens bien trop liés au dieu américain pour oser braver sa colère. Il faut bien laisser du grain à moudre pour d’autres tribunes…

* Michel Raimbaud est ancien ambassadeur de France, professeur au Centre d’études diplomatiques et stratégiques, officier de l’ordre national du Mérite, chevalier de la Légion d’honneur. Retrouvez son nouvel ouvrage « Les guerres de Syrie » aux éditions Glyphe.
Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Paix en Ukraine ?

par Stephen F. Cohen

Source : Les Crises

https://www.les-crises.fr/paix-en-ukraine-par-stephen-f-cohen/

Source originaire : The Nation du 24 juillet 2019

 

L’Ukraine, comme je l’ai souvent souligné, est l’épicentre de la nouvelle guerre froide américano-russe, et sa situation directement à la frontière russe la rend beaucoup plus dangereuse que ne l’était Berlin au cours des 40 précédentes années de confrontation. Quelque 13 000 personnes seraient déjà mortes dans le Donbass au cours des combats entre des forces soutenues par Washington et Moscou. Pour de nombreuses personnes des deux côtés de la frontière, la guerre est aussi une tragédie personnelle à cause des dizaines de millions de familles ukraino-russes par mariage. (Les noms de certaines d’entre elles seront familiers au lecteur, tels que Khrouchtchev et Gorbatchev.) [NdT : N’oublions pas que ce fut Nikita Khrouchtchev, ukrainien d’origine qui annexa arbitrairement la Crimée à la RSS d’Ukraine, et qu’il ne pouvait pas ignorer qu’il allait réveiller la vieille querelle entre « Moskal » (citadins russes) et « Katsap » (paysans ukrainiens) héritée de l’époque tsariste.]

L’élection du nouveau président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui a remporté une victoire décisive dans la majeure partie du pays, représente une possibilité de paix avec la Russie, si on lui laisse une chance. Son prédécesseur Petro Poroshenko, répudié sur le plan électoral et soutenu par des sympathisants à Washington, a fait échouer presque toutes les négociations précédentes avec les rebelles du Donbass ainsi qu’avec Moscou, notamment les dispositions issues des accords de Minsk parrainés par les Européens. Zelensky, d’autre part, a fait de la paix (de même que de la corruption) sa priorité absolue et s’est en effet entretenu directement avec le président russe Vladimir Poutine, le 11 juillet. Cette guerre qui dure depuis près de six ans étant devenue un gouffre politique, diplomatique et financier pour son gouvernement, Poutine a salué l’ouverture.

Mais la lutte pour la paix ne fait que commencer, avec des forces puissantes déployées contre elle en Ukraine, à Moscou et à Washington. En Ukraine, des détachements ultra-nationalistes – certains diraient même quasi-fascistes – bien armés terrorisent les partisans de l’initiative de Zelensky, et même une chaîne de télévision de Kiev qui proposait de diffuser un dialogue entre citoyens russes et ukrainiens. (Washington a déjà connu des épisodes honteux de collusion avec ces néo-nazis ukrainiens). Quant à Poutine, qui ne contrôle pas totalement les rebelles de Donbass ou ses dirigeants, il « ne peut pas se permettre d’être perçu chez lui », ainsi que je le disais il y a plus de deux ans, « comme laissant tomber les frères de la Russie dans le Sud-Est de l’Ukraine ». En effet, ses propres nationalistes implacables en ont fait un test décisif pour respecter son autorité.

Ce qui nous amène à Washington et en particulier au président Donald Trump et à son adversaire potentiel en 2020, l’ancien vice-président Joseph Biden. Le gouvernement de Kiev, désormais incarné par Zelensky, dépend fortement des milliards de dollars d’aide du Fonds Monétaire International, que Washington contrôle largement. L’ancien président Barack Obama et Biden, sa « cheville ouvrière » pour l’Ukraine, ont utilisé ce levier financier pour exercer une influence semi-coloniale sur Porochenko, aggravant en général la situation, y compris la guerre civile ukrainienne naissante. Leur espoir était, bien sûr, de rompre les liens séculaires de l’Ukraine avec la Russie et même de l’amener éventuellement dans la sphère d’influence de l’OTAN contrôlée par les Etats-Unis.

Notre espoir devrait être que Trump rompe avec cette politique bipartite de longue date, comme il l’a fait avec la politique envers la Corée du Nord, et place carrément l’Amérique du côté de la paix en Ukraine (Pour l’instant, Zelensky a mis de côté la prétendue irréversible « réunification » de Moscou avec la Crimée, comme Washington devrait le faire). Une nouvelle politique américaine doit inclure la reconnaissance, qui manquait auparavant, du fait que les citoyens du Donbass ravagé par la guerre ne sont pas essentiellement des « larbins de Poutine » mais des personnes ayant leurs propres intérêts et préférences légitimes, même s’ils favorisent la Russie. Ici aussi, Zelensky s’engage dans une nouvelle voie. Porochenko a mené une guerre « antiterroriste » contre le Donbass : le nouveau président tend la main à ses citoyens même si la plupart d’entre eux n’ont pas pu voter aux élections.

Biden, cependant, a un problème particulier et une obligation particulière. En tant qu’exécutant, et vraisemblablement architecte, de la politique désastreuse d’Obama en Ukraine, et actuellement principal candidat démocrate à la présidence, Biden devrait être interrogé sur sa vision passée et présente au sujet de l’Ukraine. Les « débats » en cours, dont on fait grand tapage, sont l’occasion de lui poser la question – ainsi qu’à d’autres candidats. Les débats présidentiels sont censés susciter et clarifier l’opinion des candidats sur la politique intérieure et étrangère. Et parmi ces dernières, peu, si tant est qu’il y en ait, sont plus importantes que l’Ukraine, qui reste l’épicentre de cette nouvelle et encore plus dangereuse guerre froide.

Stephen F. Cohen est professeur émérite d’études et de politique russes à l’Université de New York et à l’Université de Princeton. Rédacteur à Nation, son nouveau livre War With Russia ? From Putin & Ukraine to Trump & Russiagate[Une guerre avec la Russie ? De Poutine & l’Ukraine à Trump & le Russiagate] est disponible en livre de poche et en ebook.

 

NdT : Lorsque l’auteur parle de néo-nazis, il se livre à un euphémisme. Ces cinq bataillons (Azov, Aidar, Donbass, Dniepr-1 et Dniepr-2) sont constitués de nazis assumés, héritiers directs de la Légion S.S. Ukrainienne fondée par Stepan Bandera durant la seconde guerre mondiale, et dont ils arborent fièrement les insignes lors de tous leurs défilés. Une discrète documentation historique existe sur les massacres de juifs, russes et polonais, d’hommes, femmes et enfants commis par cette légion qui réussit le prodige de dégoûter les officiers allemands qui la contrôlaient, et qui n’étaient probablement pas précisément des enfants de chœur. Rien donc d’étonnant à ce qu’ils essaient d’exterminer par des tirs quotidiens d’artillerie lourde les « sous-humains » russophones du Donbass, et se refusent obstinément à honorer les accords de Minsk : c’est dans la droite ligne de leur idéologie historique et ils n’en ressentent aucune honte. Ce n’est certainement pas pour rien que le Pentagone leur fournit des armes, les entraîne, les encadre et les soigne au besoin.

Source : The Nation, Stephen F. Cohen, 24-07-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

Volonté de contourner de gré ou de force la reprise obligatoire du droit de l’UE

A l’approche des élections – session d’automne 2019

par Marianne Wüthrich, docteur en droit

Source : Horizons et débats,

Zurich, 16 septembre 2019

 

Le 20 octobre, nous Suisses élirons les nouveaux membres du Conseil national et, dans la plupart des cantons, également ceux du Conseil des Etats. Auparavant a lieu la session d’automne des Chambres fédérales de trois semaines entre le 9 et le 27 septembre, qui sera dominé par les élections. C’est pourquoi de nombreux partis ont de gré ou de force essayé de contourner la question suprême, l’accord-cadre institutionnel entre la Suisse et l’UE, afin de ne pas devoir prendre position avant les élections. Dans le même ordre d’idées, la décision de verser 1,3 milliards de francs supplémentaires au Fonds de cohésion de l’UE a été reportée à la session de décembre. Les relations entre la Suisse et l’UE ne peuvent cependant pas être complètement évincées. Le Conseil national discutera de l’initiative de limitation, le Conseil des Etats traitera de la proposition d’un petit groupe de Conseillers aux Etats visant à rejeter l’accord-cadre avec l’UE. Ces deux modèles seront présentés ici.

 

«L’initiative de limitation» – oui à la souveraineté de la Suisse

Le 16 septembre, le Conseil national se prononcera sur l’initiative populaire de l’UDC «Pour une immigration modérée (initiative de limitation)». Elle a été lancée en janvier 2018 et les 100 000 signatures nécessaires ont été déposées déjà en juillet 2018. Cette initiative fait suite à l’initiative «Contre l’immigration en masse» adoptée en 2014 par le souverain, mais non mise en œuvre par le Parlement. Elle appelle à une réglementation indépendante de l’immigration; à cette fin, l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE doit être suspendu ou, si nécessaire résilié dans l’année suivant son adoption.1
En effet, la population permanente de la Suisse est passée d’environ 7,1 millions en 2000 (entrée en vigueur de l’Accord de libre circulation des personnes ALCP) à 8,5 millions à la fin de 2018 et continuera à augmenter. 25,1% de la population totale sont des étrangers.2 En conséquence, la construction des rares surfaces constructibles et l’expansion continue de l’infrastructure augmentent obligatoirement à un rythme rapide. Quiconque s’inquiète de l’augmentation de la consommation des ressources et des polluants devrait soutenir l’initiative de limitation.
En dépit de ces corrélations, les mêmes cercles soutenant la campagne en faveur de l’accord-cadre s’opposent à l’initiative. Les partis politiques n’ont pas encore émis de prises de position concernant l’initiative de limitation, les assemblées des délégués respectifs se prononceront en temps utile. Pour l’instant, nous nous limiterons donc à l’analyse de l’opposition du Conseil fédéral et de l’Opération Libero. Ils fournissent suffisamment de manière à réflexion.

Les contre-arguments du Conseil fédéral sont remarquables à plusieurs égards

D’une part, le Conseil fédéral justifie son opposition avec les «besoins de l’économie», car la libre circulation des personnes, «permet aux employeurs de recruter de la main-d’œuvre qualifiée dans l’espace UE/AELE de manière rapide et souple, avec une charge administrative réduite». En outre, le Conseil fédéral affirme que l’immigration n’aurait «pas entraîné d’augmentation du recours aux prestations de l’aide sociale» et qu’il «utilise les mesures d’accompagnement existantes».3
Pour le Conseil fédéral, les «besoins de l’économie» consistent avant tout à ce que les entreprises pourvoient leurs postes sans difficulté. Les mesures d’accompagnement que les organisations syndicales et patronales ont négociées entre elles avant la conclusion de l’accord sur la libre circulation des personnes en matière de protection contre le dumping salarial seraient, en revanche, caduques avec l’accord-cadre prévu ou du moins fortement édulcorées. C’est une affirmation audacieuse que l’immigration excessive n’a pas conduit à davantage de bénéficiaires de l’aide sociale! Les statistiques et les reportages des médias parlent une langue différente. En outre, la directive citoyenneté de l’Union, qui s’appliquerait également à la Suisse en vertu de l’accord-cadre, faciliterait l’accès des immigrants à nos services sociaux. Finalement, le Conseil fédéral fait une remarque absurde: il désire uniquement «autant d’immigration que nécessaire»! C’est précisément ce que les auteurs de l’initiative de limitation veulent atteindre – mais avec l’accord sur la libre circulation des personnes, c’est tout simplement impossible.
D’autre part, le Conseil fédéral répète pour la énième fois que toute dénonciation unilatérale de l’ALCP «entraînerait l’extinction des six Accords bilatéraux I en raison de la clause dite guillotine».3 Une fois de plus, il montre ainsi de quel côté de la table il se place habituellement dans les négociations avec Bruxelles. Si le négociateur accepte déjà à l’avance ce à quoi l’autre partie pourrait aspirer, il a déjà perdu.
Au sujet de la «clause dite guillotine», souvent mentionnée, le président de l’UDC Albert Rösti explique: «Je pense que l’UE va prendre part aux négociations parce qu’elle tire de grands avantages des six accords en question. En cas d’échec, la perte des six accords doit être acceptée. Le traité le plus important pour les exportations, l’Accord de libre-échange de 1972, n’est pas concerné.»4

Confusion des termes: l’Opération Libero «défend notre liberté en Europe»

«Veux-tu défendre notre liberté en Europe? Sois un Cœur vaillant [«Braveheart»] et aide-nous à couler l’initiative de limitation.» Voilà le slogan que l’Operation Libero a lancée en janvier 2019, lorsque la collecte des 100 000 signatures pour l’initiative de limitation fut lancée, pour trouver elle-même 100 000 adversaires s’inscrivant en ligne.
Les antécédents discutables du mouvement politique Opération Libero ont été présentés dans notre édition no 18.5 Il révèle ses objectifs sur sa page d’accueil: L’Opération Libero s’est levée comme un phénix des cendres du Nomes (Nouveau mouvement européen Suisse) et a écrit sur son drapeau comme autrefois: «La Suisse doit enfin discuter sa position en Europe sans œillères […]». Mis à jour, cela signifie: «Il est possible qu’un traité bilatéral élargi [sous-entendu l’accord-cadre institutionnel, mw] puisse régler les questions en suspens. Toutefois, si cela n’est pas possible, l’adhésion à l’UE sera dans l’intérêt de la Suisse.»6
Pourquoi l’Opération Libero choisit-elle comme symbole «Braveheart» (cœur vaillant), le personnage principal d’un film hollywoodien? Le héros est un combattant écossais pour la liberté contre la puissante Angleterre au XIIIe siècle. Ce rôle ne cadre-t-il pas mieux avec celui des combattants suisses pour la liberté conte la puissante UE? Nous défendons notre liberté en n’étant pas politiquement intégrés dans l’UE, n’est-ce pas? Mais l’Opération Libero a évidemment une toute autre «liberté» en vue: non pas la liberté envers l’UE, mais la liberté au sein de l’UE, la liberté des multinationales d’opérer sans entraves dans le marché intérieur européen – sans aucun lien et respect du droit d’un Etat souverain comme la Suisse.

«Nous défendons notre liberté en n’étant pas politiquement intégrés dans l’UE, n’est-ce pas? Mais l’Opération Libero a évidemment une toute autre ‹liberté› en vue».

Sujet du 17 septembre au Conseil des Etats

Renvoi de l’accord-cadre institutionnel à l’UE

«La Confédération suisse protège la liberté et les droits du peuple et assure l’indépendance et la sécurité du pays. Renvoi à l’UE de l’accord-cadre institutionnel».

Une poignée de conseillers aux Etats a fait ce que de nombreux Suisses souhaitaient: Peter Föhn (UDC SZ) et cinq cosignataires ont présenté en juin une motion de renvoi à l’UE de l’accord-cadre. Ainsi, ils passent outre les directives données par les autres partis.
Texte de la motion 19.3746: «Le Conseil fédéral est invité à ne conclure avec l’UE ou d’autres Etats aucun accord bilatéral ou multilatéral imposant une reprise dynamique, c’est-à-dire automatique et obligatoire, du droit ou qui prévoit que les litiges soient réglés par la juridiction d’une autre partie. En effet, de telles clauses sont profondément contraires aux principes généraux énoncés au début de la Constitution (art. 2 al. 1: ‹La Confédération suisse protège la liberté et les droits du peuple et elle assure l’indépendance et la sécurité du pays.›)»
Extraits du développement: «Le Conseil fédéral a demandé des clarifications à Bruxelles sur trois points de l’accord institutionnel (les aides d’Etats, la protection des salaires et la directive sur la libre circulation des citoyens de l’Union), mais a visiblement, et sciemment, omis d’évoquer les deux questions centrales, à savoir la reprise dynamique, c’est-à-dire automatique et obligatoire, du droit européen et la compétence de la Cour de justice de l’UE. Avec cet accord, les Suisses perdraient leur souveraineté dans leur propre pays et ne pourraient plus déterminer leur manière de vivre ensemble selon les règles de la démocratie directe.
Il convient d’expliquer à l’UE, de manière cordiale et sans équivoque, que la Suisse tient à avoir de bonnes relations bilatérales d’égale à égale, mais qu’elle ne peut pas signer un accord contraire à sa Constitution, laquelle garantit l’indépendance du pays et les droits du peuple. […].»

 

Cultiver la pensée cloisonnée ou politiser honnêtement?

Une question urgente se pose: les membres de notre parlement veulent-ils continuer à cultiver la pensée cloisonnée ou est-ce que les Conseillers d’Etats (et plus tard les Conseillers national) se donnent-ils une «poussée» et se joignent à cette intervention? En tant que citoyens, nous devrions examiner de près qui nous voulons élire le 20 octobre: pas des tacticiens qui accrochent leurs drapeaux au vent, mais des personnalités droites et honnêtes. Il en existe dans tous les partis.     •
1    Cf.: www.initiative-de-limitation.ch/texte-de-linitiative
2    https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/population/effectif-evolution/age-etat-civil-nationalite.html
3    «Le Conseil fédéral dit non à l’initiative de limitation». Communiqué de presse du Conseil fédéral du 7/6/19
4    «Es gibt keine halbe Unabhängigkeit». Interview d’Albert Rösti, président de l’UDC, in: St. Galler Tagblatt du 4/9/19
5    «Quelle liberté nous apporte l’‹Opération Libero›?», in: Horizons et débats no 18 19/8/19
6    «Operation Libero sucht 100 000 Nein-Sager!», in: Blick du 22/9/18

 

Les actions de l’armement explosent: 500% de bénéfices en dix ans !

Source : MW

Horizons et débats

Zurich 19 août 2019

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-18-19-aout-2019/les-actions-de-larmement-explosent-500-de-benefices-en-dix-ans.html

 

Il est bien connu que la production d’armes peut rapporter beaucoup d’argent. Les médias d’affaires le rappellent souvent: dans les périodes de rendement négatif des comptes d’épargne et des obligations d’Etat, il est possible de faire de gros profits en achetant des actions dans le secteur de l’armement. Serait-ce faire du profit par la mort et la destruction dans les pays en guerre? A y penser, un citoyen, donc un être humain «normal», en a des frissons. Mais jetons un coup d’œil aux sommes perçues par certaines entreprises et leurs actionnaires des guerres à l’international. Alors les pensées se remettront en place.

Faits et chiffres sur les gains de l’armement et les guerres 

Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm SIPRI, 1,8 billions de dollars ont été dépensés en armements en 2018. 1 800 000 000 000 000 de dollars. La part du lion des dépenses d’armement, plus de 700 milliards de dollars, revient aux Etats-Unis; 750 milliards de dollars sont prévus pour 2020.1 Les bases militaires américaines omniprésentes sur terre, en mer avec les porte-avions, mais aussi dans les airs et dans l’espace sont une menace globale. Cette menace est également un moteur de l’armement en Russie et en Chine, et pour de nombreux autres Etats luttant pour sauver leur vie. Une fois de plus, les pays européens de l’OTAN sont poussés par le gouvernement américain, le lobby de l’armement et les médias à augmenter leurs budgets militaires en faisant constamment état de la menace et de l’agressivité d’autres grandes puissances qui pourraient détrôner l’unique superpuissance actuelle. Et parallèlement, l’UE veut mettre sur pied sa propre armée européenne, contrairement à la volonté de nombreux Etats membres.
«Il y a eu 16 guerres et 173 conflits armés en 2018, selon l’Institut Heidelberg pour la recherche sur les conflits internationaux», et «le secteur de l’armement a fait 500% de profit en faveur de ses actionnaires au cours des dix dernières années» (Handelszeitung du 18 juin), soit 50% par an! Cependant, l’auteur confond cause et effet lorsqu’il écrit: «Il y a des raisons pour de bonnes performances: le nombre de conflits est constamment élevé». Comme si les gens vivaient volontairement dans ces terribles guerres, dans certains cas pendant des années et des décennies! Comme si la production de bombes répondait aux besoins de l’humanité …
Plus loin, l’auteur nomme les intéressés par leurs noms: Trois des quatre plus grandes entreprises d’armement sont américaines. Au sommet se trouve Lockheed Martin, dont le cours des actions a atteint «un pic inédit» puisque l’entreprise fabrique «2700 avions de combat furtifs de type F-35» pour le Pentagone pour 400 milliards de dollars. Plus encore, Northrop Grumman, spécialiste de l’aéronautique et de l’espace, est également en plein essor. Et finalement, United Technologies (UTC), qui réalisera environ 70% de son chiffre d’affaires prévu dans le secteur de l’aviation. On note qu’il a récemment acquis le fournisseur d’avions Rockwell Collins. Ensuite, on peut aussi nommer Boeing, «plus grand constructeur aéronautique du monde», dont le cours de l’action a chuté après le crash de l’avion civil 737 Max – mais il va se remettre sur pied. Le quatrième dans la liste est l’avionneur européen Airbus, profitant actuellement de la malchance de son concurrent américain Boeing: sa part est également «en hausse» (Handelszeitung du 18 juin).

Les guerres maintiennent en vie l’industrie américaine de l’armement et la superpuissance en déclin 

En faisant un simple calcul de maths, et sachant que les trois plus grandes sociétés d’armement du monde sont des sociétés américaines, vous constaterez que les Etats-Unis dépensent de loin le plus d’argent en armements et invitent tous leurs «partenaires» à acheter des armements américains afin de nourrir l’insatiable complexe militaro-industriel – selon la devise «America first», que les électeurs de Donald Trump comprennent probablement tout autrement. Parce que les Etats-Unis ont peu d’industries nationales compétitives autres que l’industrie de la défense, ils les protègent – contre les règles de l’OMC, mais en accord avec «America first», – avec des droits de douane élevés contre l’importation de toutes sortes de marchandises en provenance de Chine. On note que les concurrents européens performants, tels que VW, UBS ou Bayer, sont soumis à des procédures judiciaires leur coûtant des milliards.
En ce qui concerne les nombreuses guerres des Etats-Unis: après tout, les 2700 nouveaux avions furtifs et tout ce que le Pentagone achète doivent être utilisés quelque part dans le monde pour que la demande et le réapprovisionnement soient garantis …

Et nous, les habitants de cette terre?

Quiconque tente de se rassurer par l’idée que les guerres d’aujourd’hui se déroulent loin de nous, ne doit pas oublier deux choses:

  1. Sur notre globe armé jusqu’aux dents, le risque que quelqu’un presse le mauvais bouton, soit accidentellement, soit à cause d’une situation de tension, est toujours présent. En octobre 1962, par exemple, cela a failli arriver lorsque l’Union soviétique avait installé des missiles nucléaires de moyenne portée à Cuba pour empêcher une invasion américaine redoutée. Les deux chefs d’Etat de l’époque, Nikita Khrouchtchev et John F. Kennedy, furent assez prudents pour empêcher une guerre nucléaire. Cependant, on ne peut nier que ce risque virulent existe toujours, surtout à l’heure actuelle, alors que les Etats-Unis ont confirmé le 2 août la résiliation du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) avec la Russie,2en donnant comme motif que la Russie a déployé des missiles de croisière en violation du traité. La Russie, pour sa part, a fait valoir qu’il s’agissait d’une réaction aux missiles Patriot que les Etats-Unis avaient installés en Europe de l’Est depuis des années. Une situation dangereuse – non seulement pour les pays d’Europe de l’Est, mais pour toute l’Europe et le monde entier, ainsi que pour la Suisse, puisque la République fédérale voisine est pleine d’armes nucléaires (aux mains des Etats-Unis).
  2. Les guerres dans les pays étrangers ne peuvent et ne doivent pas nous laisser indifférents – pour la simple raison que nous sommes tous des êtres humains. Quand on voit les terribles images des zones de guerre et qu’on entend les rapports saisissants des personnes touchées, il n’y a qu’une chose qui fait loi: dire non à la guerre! Dans les années 1960, les jeunes de nombreux pays ont protesté contre la guerre du Vietnam, aujourd’hui ils manifestent contre le changement climatique. Qui a intérêt à détourner l’attention de nos jeunes de la protestation contre la plus grande et plus dangereuse menace pour l’humanité?    •

 

1    Tous les chiffres et faits présentés ici proviennent de l’article de Georg Pröbstl: «Volle Fahrt voraus auf Rüstungsaktien», in: Handelszeitung du 18/6/19
2    Force nucléaire à portée intermédiaire. Accord de 1987 entre l’Union soviétique et les Etats-Unis sur la destruction de tous les missiles nucléaires terrestres à courte et moyenne portée (500 à 5500 kilomètres).

Le Traité FNI enterré, les nouveaux euromissiles arrivent. L’Europe complice.

par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 3 août 2019

ilmanifesto.it

https://www.mondialisation.ca/le-traite-fni-enterre-les-nouveaux-euromissiles-arrivent/5635871

 

 

Le secrétaire d’état Mike Pompeo a annoncé le 2 août 2019, après six mois de suspension, le retrait définitif des États-Unis du Traité sur les Forces nucléaires intermédiaires (INF ou FNI), accusant la Russie de l’avoir “délibérément violé, mettant en danger les intérêts suprêmes USA”. À cette nouvelle n’a été donné en Italie que très peu d’écho politique et médiatique (l’Ansa –agence de presse nationale italienne– ne lui a consacré que quelques lignes). Et pourtant nous sommes devant une décision qui a de dramatiques implications pour l’Italie, exposée comme d’autres pays européens à se tenir en premières lignes dans une nouvelle confrontation nucléaire USA-Russie non moins dangereuse que celle de la guerre froide.

Le Traité FNI, signé en 1987 par les présidents Gorbachev et Reagan, élimina tous les missiles nucléaires à courte portée et à portée intermédiaire (entre 500 et 5 500 Km) avec base au sol, avant tout les missiles balistiques Pershing 2, déployés par les États-Unis en Grande-Bretagne, Italie, Allemagne de l’Ouest, Belgique et Pays-Bas, et en même temps les missiles balistiques SS-20 (appellation occidentale) basés par l’Union Soviétique sur son propre territoire.

En 2014 l’administration Obama accusait la Russie, sans apporter aucune preuve, d’avoir expérimenté un missile de croisière (sigle 9M729) de la catégorie interdite par le Traité et, en 2015, annonçait que “face à la violation du Traité FNI par la Russie, les États-Unis sont en train de considérer le déploiement en Europe de missiles avec base au sol”. Le plan a été confirmé par l’administration Trump : en 2018 le Congrès a autorisé le financement d’”un programme de recherche et développement d’un missile de croisière lancé du sol par plate-forme mobile sur route”.

De son côté, Moscou niait que son missile de croisière violât le Traité et, à son tour, accusait Washington d’avoir installé en Pologne et Roumanie des rampes de lancement de missiles intercepteurs (ceux du “bouclier”), qui peuvent être utilisées pour lancer des missiles de croisière à tête nucléaire. Dans ce cadre il convient de garder à l’esprit le facteur géographique : tandis qu’un missile nucléaire USA à portée intermédiaire, basé en Europe, peut frapper Moscou, un missile analogue basé par la Russie sur son propre territoire peut frapper les capitales européennes, mais pas Washington. Si l’on inverse le scénario, c’est comme si la Russie déployait des missiles nucléaires à portée intermédiaire au Mexique.

“Les États-Unis -souligne Mike Pompeo dans sa déclaration- apprécient grandement la constante coopération et détermination des alliés OTAN dans leur réponse à la violation russe du Traité”. Appréciation méritée : les alliés, Italie comprise, ont déclaré la Russie coupable d’avoir violé le Traité en acceptant les yeux fermés l’accusation faite par les USA sans aucune preuve réelle.

L’effacement du Traité FNI, suspendu aussi par la Russie le 3 juillet, s’insère dans une nouvelle course aux armements désormais basée non tant sur la quantité mais sur la qualité des armes nucléaires et de leurs vecteurs, et sur leur localisation. Des sources militaires informent que les États-Unis sont en train de mettre au point de nouveaux missiles nucléaires à portée intermédiaire avec base au sol, aussi bien de croisière que balistiques (ceux-ci capables de frapper leurs objectifs à 6-8 minutes du lancement). La Russie a prévenu que, s’ils sont basés en Europe, elle pointera ses missiles nucléaires sur les territoires où les missiles USA seront installés.

L’enterrement du Traité FNI a un objectif stratégique ultérieur. C’est ce qu’a révélé Pompeo lui-même, en accusant la Chine de déployer (sur son propre territoire) des missiles nucléaires à portée intermédiaire avec base au sol avec lesquels “elle menace les États-Unis et leurs alliés en Asie”. Le secrétaire d’état Pompeo prévient ensuite : “Il n’y a pas de raison que les États-Unis continuent à concéder cet avantage militaire crucial à des puissances comme la Chine”. Les USA donc se préparent à déployer de nouveaux missiles nucléaires à portée intermédiaire non seulement contre la Russie mais aussi contre la Chine. Toutes les deux en mesure de répondre en déployant de nouvelles armes nucléaires.

Significative la position de la Commission Européenne, qui a déclaré hier : “Nous encourageons à préserver les résultats du Traité FNI, nous devons être attentifs à ne pas prendre la voie d’une nouvelle course aux armements qui réduirait les résultats significatifs atteints après la fin de la Guerre froide”. Il faut un sacré toupet pour déclarer cela, après que cette même Union européenne a contribué à l’enterrement du Traité FNI : à l’Assemblée Générale de l’ONU (21 décembre 2018), l’Union européenne compacte a rejeté la résolution par laquelle la Russie proposait de préserver le Traité en établissant des mécanismes de vérification et des négociations. L’Union européenne a donné ainsi de fait le feu vert à l’installation de nouveaux missiles nucléaires USA en Europe, Italie comprise.

 

Article original en italien :

Affossato il Trattato Inf, in arrivo nuovi euromissili 

Édition de samedi 3 août 2019 de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange  Patrizio

La source originale de cet article est ilmanifesto.it

Copyright © Manlio Dinucciilmanifesto.it, 2019

 

Comment l’UE et l’OTAN créent des crises et préparent des guerres

Interview d’Ullrich Mies* accordé à Nicolas Riedl (rubikon)

Source : Horizons et débats,

Zurich, 24 juin 2019

 

«Prêter à la Russie l’intention d’attaquer n’importe quel pays est une propagande diabolique du complexe occidental de renseignement et de communication. Ce n’est pas la Russie qui s’est rapprochée du continent américain ou de l’UE avec sa puissance militaire, mais c’est l’OTAN qui étouffe la Russie. Un coup d’œil sur la carte géographique suffit pour démasquer la propagande comme un mensonge.»

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  1. Ullrich Mies, entrepreneur et auteur, a publié un nouveau livre intitulé «Der Tiefe Staat schlägt zu. Wie die westliche Welt Krisen erzeugt und Kriege vorbereitet» [Le pouvoir de l’ombre attaque. Comment le monde occidental produit des crises et prépare des guerres]. Cet ouvrage est une suite de son premier livre intitulé «Fassadendemokratie und Tiefer Staat. Auf dem Weg in ein autoritäres Zeitalter» [Démocratie de façade et pouvoir de l’ombre. En route vers une époque autoritaire]. Son nouveau livre donne la parole à des auteurs analysant avant tout les dangers de guerre émanant du pouvoir de l’ombre [Deep State].

Nicolas Riedl: Pour quelles raisons avez-vous publié un second livre? 

Ullrich Mies: Lors des présentations du livre, j’ai remarqué que nous avions atteint un point névralgique en 2017 avec le titre «Démocratie de façade et pouvoir de l’ombre». Le public a toujours été d’accord avec l’affirmation que nous vivons dans une démocratie de façade. Cependant, les forces se cachant derrière ce gouvernement occulte n’étaient pas reconnaissables pour la plupart des lecteurs. Le premier livre a fourni la réponse à cette question.
Le nouveau livre «Le pouvoir de l’ombre attaque» explique comment les élites au pouvoir ont réussi à détruire les dividendes de la paix de 1990 et comment elles ont réussi à conduire le monde dans un nouvel Etat d’avant-guerre. J’adopte également une approche beaucoup plus globale du terme anglais «Deep State» que celle généralement admise: je le décris comme l’espace sombre du pouvoir. Certaines parties sont visibles, les parties essentielles ne le sont pas. Dans cette espace sombre, la lutte des classes est organisée d’en haut. Les acteurs du pouvoir de l’ombre ne sont ni élus ni ne peuvent être destitués. Ces derniers sont les représentants du modèle radical de marché du capitalisme occidental. Les idéologues néoconservateurs y jouent un rôle décisif. Le pouvoir de l’ombre et les acteurs néoconservateurs ne peuvent être séparés.
Dans le livre «La démocratie de façade et le pouvoir de l’ombre» la perspective internationale du pouvoir de l’ombre manquait. Dans «Le pouvoir de l’ombre attaque. Comment le monde occidental produit des crises et prépare des guerres», je présente un recueil de contributions dont les 16 auteurs montrent comment les élites occidentales au pouvoir ont érodé l’ordre international dans un processus commencé depuis d’environ 25 ans.

Quels auteurs avez-vous trouvés pour le nouveau livre?

Les personnes ayant contribué à cet ouvrage sont, dans l’ordre de la table des matières, Rainer Rupp, Eugen Drewermann, Jochen Scholz, Hannes Hofbauer, Tilo Gräser, Annette Groth, Kees van der Pijl, Chris Hedges, Nicolas J.S. Davies, John Pilger, Ullrich Mies, Vladimir Kozin, Wolfgang Jung, Aktham Suliman, Mohssen Massarrat et Ernst Wolff. Comme vous le reconnaissez aux noms, j’ai pu attirer un certain nombre d’auteurs étrangers, notamment des Etats-Unis. Avec Vladimir P. Kozin, il y a également un éminent expert russe s’occupant des questions du contrôle des armements depuis de nombreuses décennies.

Que souhaiteriez-vous transmettre à vos lecteurs?

A travers l’analyse des événements politiques internationaux, l’ouvrage vise à contribuer à une meilleure compréhension des bouleversements actuels sur la scène internationale. Après l’avoir lu, le lecteur comprendra mieux certains développements politiques, notamment les relations de l’Occident avec la Russie. J’explique, par exemple, pourquoi l’affirmation propagandiste de l’Occident selon laquelle la crise de Crimée était un acte arbitraire de la Russie n’est pas correcte. Ce n’était rien de plus que le résultat du processus d’élargissement vers l’Est entrepris par l’OTAN et l’UE depuis 25 ans. La prétendue politique étrangère de l’Occident et son industrie de la désinformation détourne délibérément les événements de l’époque récente ayant conduit au désaccord avec la Russie.
Cependant, celui qui ne comprend pas l’histoire contemporaine comme une chaîne de décisions et d’événements et ne tient compte que du dernier chaînon – comme la sécession de la Crimée – ne comprend rien du tout. Les élites dirigeantes occidentales sont les initiatrices principales des conflits et des guerres sur notre terre.
De nombreux hommes politiques honorables ayant, après la chute du mur de Berlin, joué un rôle décisif comme architectes de la Maison commune d’une Europe pacifique et unie, sont décontenancés face à la politique actuelle du gouvernement fédéral allemand à l’égard de la Russie.
Je ne nie pas l’existence, aujourd’hui comme dans le passé, de politiciens honnêtes. Cependant, il est fort rare de trouver de tels politiciens dans les instances dirigeantes. Majoritairement, ce sont avant tout des opportunistes et des apparatchiks corrompus ayant uni leurs forces à celles du pouvoir économique et financier. Ils ne s’occupent en rien de la population en général, de l’environnement et de la paix dans le monde. La Conférence de Munich sur la sécurité et l’une de ces scènes ou se retrouvent les bellicistes occidentaux. L’auteur Tilo Gräser se concentre dans son article sur la conférence de l’année 2018.
Revenons à l’occasion historiquement unique suite aux événements de 1989: la destruction des dites dividendes de la paix après 1990/91 a suivi un scénario écrit par les cadres néoconservateurs de l’Etat profond des Etats-Unis. Après la disparition de la concurrence des systèmes USA/URSS, les néoconservateurs américains avaient carte blanche, notamment sous le président Bush junior. Après une phase d’orientation, ils ont vu leur chance de revitaliser l’entière domination mondiale par les Etats-Unis, un concept existant depuis environ 100 ans.

Comment le monde occidental a-t-il pu retomber dans une spirale de méfiance, de course aux armements et de dissuasion mutuelle après les expériences de la guerre froide? Quelle est la probabilité d’une escalade de tensions entre l’Ouest et l’Est?

La raison première des distorsions sur la scène internationale est la prétention des Etats-Unis à dominer le monde. Les Etats-Unis définissent le monde entier, en particulier l’espace eurasien, comme leur intérêt sécuritaire. Mais cela va bien au-delà. La prétention américaine à la domination du monde s’appuie sur l’idéologie de la «full-spectrum-dominance» et comprend désormais, outre les trois armées traditionnelles armée de terre, armée de l’air et marine, d’autres armes: «space», «cyberspace», «guerre de l’information» ainsi que la surveillance totale.
De même, l’admission continuelle de nouveaux pays dans l’alliance de l’OTAN sert l’expansion de l’idéologie et des domaines de pouvoir des Etats-Unis jusqu’aux fins fonds de la zone eurasiatique. De 1990 à aujourd’hui, les impérialistes transatlantiques ont procédé en plusieurs phases.
Il y a d’abord eu une phase d’orientation de l’alliance et de recherche de nouvelles tâches de 1990 à 1993, suivie de la revitalisation de la revendication américaine au leadership mondial, du maintien de du renforcement de cette domination et de la consolidation des plans d’expansion de l’OTAN de 1994 à 1998, puis de 1999 à 2001, la première phase d’agression, notamment la guerre en Yougoslavie, le 11-Septembre, la «guerre contre le terrorisme», la guerre contre l’Afghanistan et la première phase de l’expansion de l’OTAN avec la Pologne, la République tchèque et la Hongrie.
La deuxième phase de l’agression est selon mon point de vue, la période 2002–2010. C’est la consolidation de la domination mondiale revendiquée par les Etats-Unis, l’annulation du traité ABM, les guerres contre l’Irak, la Libye, la Géorgie, les deux phases d’élargissement de l’OTAN avec l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Bulgarie, la Slovénie, la Slovaquie, puis l’Albanie et la Croatie.
La troisième phase de l’agression est à mon avis la période allant de 2011 à 2013 avec le début de la guerre en Syrie et l’hostilité ouverte contre la Russie. Au cours de ces années, ont lieu divers manœuvres militaires et le déploiement d’armes lourdes aux frontières russes.
La quatrième phase commence selon moi en 2014 avec le coup d’Etat en Ukraine, l’escalade de la guerre en Syrie, les guerres de propagande, le régime des sanctions et de la guerre économique, la russophobie, les manœuvres militaires excessifs, l’armement, la dénonciation du traité nucléaire avec l’Iran et du traité FNI. La quatrième phase de l’élargissement de l’OTAN avec le Monténégro en 2017 s’inscrit également dans cette perspective.
Nicolas S. Davies présente dans sa contribution les traces de sang laissées par les Etats-Unis dans leurs guerres depuis le 11-Septembre. Son résultat est le suivant: les guerres menées par les Etats-Unis depuis 2001 ont coûté la vie à entre 5 et 7 millions de personnes.
A mon avis, les élites néoconservatrices de la politique étrangère américaine ainsi que leurs vassaux transatlantiques en Allemagne et dans d’importants Etats membres de l’UE ont conduit les peuples dans d’innombrables pays – même en Europe – à cette tragédie. Kees van der Pijl a préparé une contribution intéressante sur ces liens intitulée: «L’axe du mal – la NeoCon-Connection US/Israël».

La Suède a récemment publié une série télévisée sur une invasion de la Norvège par la Russie. Est-ce une coïncidence ou pensez-vous qu’on veut ainsi renforcer le climat russophobe? 

Franklin D. Roosevelt, président des Etats-Unis de 1933 à 1945, a dit un jour: «Rien n’arrive par hasard en politique. Si quelque chose se passe, vous pouvez être certain que cela a été planifié ainsi.» En clair: tout est intentionnel. La Norvège, la Suède et la Finlande sont d’une grande importance pour les stratèges de l’OTAN et une potentielle guerre contre la Russie. Le fait que deux secrétaires généraux de l’OTAN d’affilée soient des Scandinaves, Jens Stoltenberg et son prédécesseur Fogh Rasmussen, n’est pas non plus un hasard. Cela sert à lier ces pays à l’OTAN.
Le climat russophobe a été et est toujours créé avec toutes les techniques de propagande disponibles. L’infiltration culturelle et militariste du public à l’aide de films, de séries télévisées, de publicité, d’affiches grand-format, etc. est très importante. Ce sont des techniques subtiles ne manquant pas d’avoir un effet dans le subconscient des masses. Ainsi, le mauvais Russe est de manière subliminale ancré dans la conscience des masses. La plupart des gens ne reconnaissent pas les techniques perfides du pouvoir, car ils ne peuvent même pas penser aussi malicieusement que les élites. Le climat russophobe fait partie de l’installation de la «guerre froide 2.0».

Les habitants du nord et de l’est de l’Allemagne vivent le réarmement et le déplacement de matériel militaire lourd vers l’Est dans la vie quotidienne, par exemple les camions militaires dans les rues. Les wagons de marchandises chargés de blindés ont désormais la priorité face aux transports de voyageurs de la Deutsche Bahn. L’UE veut investir 6,5 milliards d’euros pour rendre les routes et les voies ferrées appropriées au déplacement de chars vers l’Est. Pouvez-vous comprendre que les pays de l’ancien bloc de l’Est se félicitent de ces développements? Certes, les habitants des pays de l’ancien bloc de l’Est sont encore conscients de l’aversion pour tout ce qui est russe. Selon moi, ce qui est plus déterminant c’est l’alignement mental des élites politiques d’Europe de l’Est sur l’idéologie transatlantique américaine, suite à des investissements à long terme et une multitude de programmes de soutien, de bourses d’études, de séjours de recherche, de connexions et de réseaux.

L’Allemagne joue un rôle particulier en étant devenu un pays de transit pour les armes lourdes. C’est aussi un dépôt d’armes nucléaires, une plate-forme logistique, un site pour quelque 40 000 militaires américains, un centre de contrôle pour les assassinats par drones dans le monde entier, un site pour Africom et Eucom. Dans son nouveau livre, Wolfgang Jung explique que l’Allemagne sera avant tout un futur champ de bataille. Je trouve extrêmement troublant, voire insidieux, que le dit establishment de politique étrangère de l’Allemagne ne tienne pas compte de ces faits.

Ne devrait-il pas être clair pour tous les citoyens de l’ancien bloc de l’Est pensant logiquement que, du point de vue de la Russie, il serait totalement suicidaire d’attaquer un de ces pays ou même de l’annexer? Prêter à la Russie l’intention d’attaquer n’importe quel pays est une propagande diabolique du complexe occidental de renseignement et de communication. Ce n’est pas la Russie qui s’est rapprochée du continent américain ou de l’UE avec sa puissance militaire, mais c’est l’OTAN qui étouffe la Russie. Un coup d’œil sur la carte géographique suffit pour démasquer la propagande comme un mensonge.

Jusqu’en 1977, il était prévu de détruire l’URSS avec 10 000 armes nucléaires. Cet esprit de folie existe-t-il encore aujourd’hui? Bien sûr, cet esprit de folie persiste, et les fous, pour rester dans l’image, disposent du pouvoir de faire de leurs idées une réalité. Ou bien pensez-vous que les peuples seraient si fous au point de s’anéantir mutuellement ou de menacer la planète d’extinction nucléaire?

Cet esprit maléfique continue d’exister. Pour exercer la pleine terreur nucléaire, les Etats-Unis veulent mettre à disposition plus de 1200 milliards de dollars dans les 30 prochaines années. Les sociopathes et les psychopathes se perdant dans les jeux de stratégie d’extermination représentent un énorme danger pour l’humanité. La population ne devrait jamais oublier: les responsables politiques de toute cette folie se trouvent dans les gouvernements. Ceux-ci extorquent l’argent du peuple par des propos alarmistes et la production d’ennemis pour l’investir dans cet appareil d’extermination. Vladimir P. Kozin nous offre des informations à ce sujet dans sa contribution intitulée «La nouvelle guerre froide et l’escalade planifiée USA/Europe contre la Russie». Afin de comprendre toute cette folie, je fournis moi-même quelques aspects dans ma contribution intitulée «Comment la communauté de valeurs occidentale a installé la guerre froide 2.0».

Si l’empire américain, ou plutôt les élites trans­atlantiques, est intéressé par l’ouverture forcée de la Russie en tant que nouveau marché, n’est-ce alors pas totalement irrationnel de rendre d’immenses surfaces inhabitables pour les siècles à venir par des bombardements nucléaires? Pouvez-vous expliquer cela? 

Oui, ces diaboliques moteurs du génocide dans les appareils militaires américains et les think tanks transatlantiques pensent que la guerre nucléaire limitée est effectivement gérable, voire souhaitable sous certaines conditions, pour devancer par une frappe préventive l’ennemi qu’ils accusent toujours des pires intentions.
Le plus grand scandale se situe au niveau de la caste dirigeante de l’Allemagne préparant ou participant actuellement à la troisième tentative d’attaquer la Russie au cours du siècle écoulé. Si les cliques dirigeantes de Berlin entraient réellement en guerre contre la Russie, beaucoup d’Allemands refuseraient de suivre le régime attaquant. J’en suis certain. A mon avis, une guerre contre la Russie n’est possible qu’au prix d’une guerre civile. Mais qui sait quels développements se produiront réellement dans un tel cas? La guerre d’agression contre la Russie ne peut se faire qu’au prix de l’achèvement complet des droits civils par la mise en œuvre de l’état d’urgence et donc au prix d’une éventuelle guerre civile et/ou partisane dans son propre pays.    •

 

Bibliographie:
Mies, Ullrich; Wernicke, Jens (éd.). Fassadendemokratie und Tiefer Staat. Auf dem Weg in ein autoritäres Zeitalter. Vienne 2017
Mies, Ullrich (éd.). Der Tiefe Staat schlägt zu. Wie die westliche Welt Krisen erzeugt und Kriege vorbereitet. Vienne 2019

(Traduction Horizons et débats)

Gravissime provocation occidentale contre l’Iran.

Des commandos britanniques ont arraisonné un superpétrolier iranien au large de Gibraltar au tout début de juillet.

par Ivo Rens

 

Le 4 juillet, le Grace 1, un pétrolier iranien géant long de 330 mètres contenant 2,1 millions de barils de brut a été arraisonné par la police et les doaunes de Gibraltar, en réalité par un commando de Royal marines britanniques. La Cour suprême de Gibraltar s’empressa d’avaliser cet arraisonnement en autorisant la détention du navire, d’abord pour 72 heures, puis pour une période de 14 jours, renouvelable. (1)

Le ministre espagnol des affaires étrangères, Joseph Borrell affirma que cet arraisonnement avait eu lieu après “une demande adressée par les Etats-Unis au Royaume Uni”.(2) De fait, John Bolton, Conseiller à la sécurité nationale du Président Donald Trump, accueillit cet événement comme une “excellente nouvelle”.

Le ministre des affaires étrangères du Royaume Uni déclara que le navire avait été intercepté en application des sanctions prise par l’Union Européenne contre la Syrie et il déclara à son homologue iranien que le pétrolier serait libéré si le Royaume Uni recevait des garanties que la cargaison n’était pas destinée à la Syrie.(3)

L’Iran protesta immédiatement auprès du Royaume Uni. L’arraisonnement du pétrolier « crée un dangereux précédent et doit cesser immédiatement », a pour sa part affirmé sur Twitter le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif. Contestant la légalité de l’arraisonnement, il a rappelé que « l’Iran n’est pas un membre de l’UE et ne fait l’objet d’aucun embargo pétrolier européen ».(4)

De prime abord, on est surpris de voir le Royaume Uni appliquer avec intransigeance des sanctions de l’Union Européenne qu’il s’efforce de quitter, alors même que la validité juridique des ces sanctions est à tout le moins sujette à caution et que cet arraisonnement s’apparente à un acte de piraterie.

Ces événements ont fait monter la tension déjà considérable entre l’Iran le Royaume Uni et les Etats-Unis, au moment où les Etats européens, dont le Royaume Uni, prétendaient s’efforcer de sauver l’accord sur le nucléaire dénoncé par les Etats-Unis en mai de l’an dernier.

Il y a tout lieu de penser que l’Iran ne restera pas sans répliquer à cet arraisonnement par des contre-mesures lésant les intérêts britanniques, par exemple en coulant un pétrolier britannique dans le golfe. Mais ne serait-ce pas là précisément le prétexte recherché par les faucons américains ?

 

 

(1) Rivieramm.com 11.07.2019

(2) Figaro et AFP 05.07.2019.

(3) The Gardian, 13.07.2019.

(4) Connaissance des énergies,

https://www.connaissancedesenergies.org