Les critiques formelles d’Israël par l’UE ne sont qu’un écran de fumée

par Stephen Lendman

Source : http://lesakerfrancophone.fr/les-critiques-formelles-disrael-par-lue-ne-sont-quun-ecran-de-fumee

Source originaire : https://stephenlendman.org/2018/08/hollow-eu-criticism-of-israel/

3 août 2018

Traduction : Dominique Muselet

StephenLindmanBW

L’UE entretient des relations normales avec Israël sur les plans politique, économique, financier, technologique et culturel.

La critique, lorsqu’elle est formulée, exclut tout ce qui pourrait donner lieu à des démarches concrètes pour obliger l’État juif à rendre compte de ses actes criminels.

Bruxelles n’a jamais rien fait pour s’opposer à ses décennies d’occupation illégale, sa violation des lois, normes et standards internationaux fondamentaux, son blocus suffoquant de Gaza, ses trois guerres d’agression sur la bande de Gaza, quantités d’autres violations des droits de l’homme et des droits civils, sa guerre non déclarée contre la Syrie, son soutien à EI et à d’autres terroristes, ainsi que quantités d’autres crimes trop graves pour qu’on puisse les ignorer.

Le chef de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, soutient les agendas impérialistes américains et israéliens, leur militarisme et leur belligérance, leur mépris pour la paix et la stabilité du monde.

Ses médias ont rapporté les critiques creuses qu’elle a adressées au ministre d’extrême-droite israélien de la sécurité publique, Gilad Erdan :

« L’UE rejette fermement les accusations selon lesquelles elle est impliquée dans le financement d’activités qui soutiennent le terrorisme ou les terroristes. »

ajoutant :

« Les accusations israéliennes sont ‘sans fondement et inacceptables, vagues et non étayées’. » Mogherini répondait à Erdan qui avait accusé l’UE et ses partenaires de soutenir des groupes qu’Israël qualifie faussement de terroristes, et de boycotter Israël.

Le régime de Netanyahou accusait les groupes palestiniens de défense des droits de l’homme d’avoir des liens avec le Front populaire de libération de la Palestine qu’il qualifie mensongèrement d’organisation terroriste comme le Hamas, le Hezbollah et tous les groupes qui résistent au terrorisme d’État israélien.

Par ailleurs, jeudi, les chefs de mission de l’UE à Jérusalem et à Ramallah ont déclaré qu’ils « expriment leur vive inquiétude devant l’inauguration officielle, le 1er août, d’un centre touristique, géré par une organisation de colons, dans le quartier Batn al-Hawa/Silwan de Jérusalem-Est occupée, dans un bâtiment d’où cinq ménages appartenant à la famille palestinienne Abu Nab ont été expulsés en 2015 ».

ajoutant :

« Environ 180 ménages palestiniens à Jérusalem-Est, dont une centaine dans la seule ville de Batn al-Hawa, risquent d’être expulsés de leurs maisons, ce qui favorisera la poursuite de la colonisation de la ville, comme dans le cas présent.

 Les missions de l’UE à Jérusalem et à Ramallah rappellent les conclusions et déclarations successives du Conseil des affaires étrangères dans lesquelles l’UE a réitéré sa forte opposition à la politique de colonisation d’Israël et aux mesures prises dans ce contexte, y compris les expulsions et les démolitions. 

Les activités de colonisation à Jérusalem-Est compromettent sérieusement la possibilité que Jérusalem serve de future capitale des deux États, elles sont illégales en vertu du droit international et compromettent la solution à deux États et la perspective d’une paix durable. »

Ni l’UE, ni les États-Unis, ni l’ONU, ni les dirigeants du monde n’ont fait quoi que ce soit pour contraindre Israël à répondre de plus d’un demi-siècle de développement illégal de colonies de peuplement sur des terres palestiniennes volées.

Ils n’ont jamais rien fait de concret pour s’opposer aux crimes d’Israël dont la liste est trop longue et l’horreur trop grande  pour qu’on puisse les ignorer.

La critique purement formelle et non-accompagnée de démarches concrètes pour obtenir qu’Israël rende des comptes est vide de sens, cela revient à donner un feu-vert à l’État hébreu pour faire ce qui lui plaît.

La dernière fois que l’UE a formulé un de ses vaines critiques à l’encontre du régime de Netanyahou, c’est quand il a alloué 4,5 millions de shekels au Centre du patrimoine juif yéménite pour mettre en place un projet illégal d’implantation près de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem-Est occupée.

Cela fait partie du projet de longue date d’Israël de coloniser toutes les terres de Judée et de Samarie qui ont quelque valeur, de déposséder les habitants autochtones de la Palestine, de voler tout ce qui leur appartient.

 

Stephen Lendman est né en 1934 à Boston, Massachussets. Après avoir travaillé pendant sept ans comme analyste en recherche marketing, il a rejoint l’entreprise familiale où il est resté jusqu’à sa retraite à la fin de l’année 1999. Il a commencé à écrire sur les grands enjeux mondiaux et nationaux à l’été 2005, et participe à des émissions de radio sur le Progressive Radio Network trois fois par semaine, où sont débattues les grandes questions mondiales et nationales. Lendman est lauréat du Project Censored 2008 et lauréat du prix international de journalisme 2011 du Club des journalistes mexicains.

Vente d’armes : la France participe-t-elle à la guerre au Yémen ?

Source : France culture, Production, Olivia Gesbert et Julie Gacon

https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins-dete-1ere-partie/vente-darmes-la-france-participe-t-elle-a-la-guerre-au-yemen

16/08/2018

Selon un rapport du ministère des Armées paru le 5 juillet, la France a continué à vendre des armes en 2017 à l’Arabie Saoudite et à ses alliés engagés dans la guerre au Yémen depuis 2015. Plusieurs ONG et députés réclament l’ouverture d’une commission d’enquête autour de ces exportations.

Selon un rapport du ministère des Armées paru le 5 juillet, la France a continué à vendre des armes en 2017 à l’Arabie Saoudite et à ses alliés engagés dans la guerre au Yémen depuis 2015. Plusieurs ONG et députés réclament l’ouverture d’une commission d’enquête autour de ces exportations.

Tandis que, depuis 2015, le Yémen s’enlise dans un conflit ayant causé la mort de milliers de civils et provoqué une très grave crise humanitaire, la France a continué à vendre des armes à l’Arabie Saoudite et à ses alliés engagés dans cette guerre. Plusieurs ONG et députés réclament la création d’une commission d’enquête sur ces exportations de défense à la coalition saoudienne, des armes susceptibles d’avoir été utilisées contre les civils dans le cadre de ce conflit.

La France est désormais le troisième exportateur mondial d’armes, derrière les Etats-Unis et la Russie. Selon le rapport annuel du Ministère des armées dévoilé le 5 juillet, le Proche et le Moyen Orient ont représenté environ 60% des commandes d’armement français en 2017, soit 3,9 milliards d’euros sur un total de 6,9 milliards – 1,1 milliard pour le Koweït, 1,08 milliard pour le Qatar, 701 millions pour les Emirats arabes unis et 626 millions pour l’Arabie Saoudite.

Tandis que plusieurs pays d’Europe ont choisi de restreindre voire de cesser définitivement leurs exportations vers les pays engagés dans le conflit au Yémen, comment expliquer que la France continue d’enregistrer des commandes ? Quels sont les outils de contrôle actuels concernant les ventes d’armes ? Comment renforcer davantage la transparence en matière d’exportations militaires ?

 

Empoisonnement au Novitchok: Nouvelles sanctions américaines contre la Russie

Washington a déterminé que Moscou était derrière l’attaque…

Source : 20 Minutes avec AFP

https://www.20minutes.fr/monde/2319135-20180809-empoisonnement-novitchok-nouvelles-sanctions-americaines-contre-russie

Publié le 09/08/18 à 02h19 — Mis à jour le 09/08/18 à 02h19

 

Les Etats-Unis ont annoncé mercredi leur intention d’imposer de nouvelles sanctions économiques à la Russie, après avoir déterminé que Moscou était derrière l’attaque à l’agent Novitchok au Royaume-Uni.

Après l’empoisonnement début mars à Salisbury de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia, « les Etats-Unis ont déterminé le 6 août (…) que le gouvernement russe avait utilisé des armes chimiques ou biologiques en violation des lois internationales », a indiqué la porte-parole du département d’Etat, Heather Nauert, dans un communiqué.

 

Sanctions obligatoires

La loi américaine de 1991 sur l’élimination de l’usage des armes chimiques et biologiques oblige le président américain à imposer des sanctions contre toute personne étrangère s’il « détermine qu’elle a sciemment contribué aux efforts d’un pays pour acquérir ou faire l’usage d’armes chimiques ou biologiques ».

L’empoisonnement confirmé de l’ex-agent double et de sa fille par leur exposition au Novitchok, un agent neurotoxique mis au point par l’Union soviétique à la fin de la Guerre froide, avait été attribué par Londres au gouvernement russe, qui avait nié toute implication et demandé des preuves. Une Britannique de 44 ans, mère de trois enfants, est ensuite morte le 8 juillet après avoir été exposée à un poison contenu dans un flacon de parfum.

La police britannique a établi qu’elle avait été exposée au Novitchok et le Royaume-Uni a demandé à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) de « déterminer de manière indépendante la nature » de la substance. L’enquête de l’OIAC se poursuit. Dès mars, par solidarité avec les Britanniques, Washington avait expulsé 60 diplomates russes accusés d’être des « espions » et la Russie en a aussitôt fait autant.

 

Deuxième salve possible

« Nous avons toujours dit très clairement que nous étions d’accord avec la conclusion qu’il s’agissait de l’agent Novitchok et que le coupable était en fin de compte la Fédération de Russie », a déclaré mercredi à la presse un haut responsable du département d’Etat.

Les sanctions envisagées, qui portent sur l’exportation de certains produits technologiques, comme des appareils ou de l’équipement électroniques, pourraient coûter « des centaines de millions de dollars » à l’économie russe, a indiqué un autre haut responsable américain ayant requis l’anonymat.

A partir du moment où les sanctions entreront en vigueur, la Russie aura 90 jours pour déclarer qu’elle n’utilise plus d’armes chimiques ou biologiques, s’engager à ne plus le faire à l’avenir et permettre des inspections pour s’assurer de leur élimination, a-t-il ajouté.

En cas de non respect de ces exigences, une deuxième salve de sanctions « draconiennes » serait décrétée, a poursuivi le haut responsable américain, notant qu’elles pourraient aller jusqu’à interdire les aéroports américains aux compagnies aériennes russes ou même suspendre les relations diplomatiques entre les deux pays. Le Kremlin a été notifié de cette décision mercredi.

 

Commentaire critique.

Voici le genre d’actes d’hostilité fondés sur des accusations infondées que distillent les services secrets américains et ceux des pays de l’OTAN et que propage fidèlement une grande partie de la presse occidentale pour entretenir l’idée que la Fédération de Russie serait encore et toujours l’adversaire sinon l’ennemie que fut jadis l’URSS. On notera que les sanctions et les menaces de sanctions draconiennes à venir sont exemptes de toute trace de preuve de la culpabilité de la Russie et même de tout souci de plausibilité. S’il est vrai que le Novitchok a été inventé en URSS, sa formule a été depuis lors décryptée en Occident. Quel intérêt aurait eu Moscou à tenter d’éliminer en Angleterre un de ses anciens espions qu’elle avait démasqué comme agent double travaillant pour Londres et emprisonné en Russie puis échangé avec Londres contre un agent russe détenu par le Royaume-Uni ? Aucun ! Il n’y avait pour elle, dans pareille tentative de meurtre, que des risques diplomatiques et d’opprobre public.

Cela rappelle de nombreux précédents propagés par le bellicisme étatsunien et propagé servilement par la presse occidentale quasi-unanime, comme les armes de destruction massive de Sadam Hussein en 2003 et les intentions meurtrières de Mohamad Khadafi envers un groupe d’insurgés libyens en 2011. On apprit, par la suite seulement, que ces insurgés avaient été secrètement armés par la France. Et c’est cette dernière qui, avec le Royaume uni, fut chargée des opérations militaires qui aboutirent à la dislocation de l’Etat libyen, en violation flagrante d’une décision d’exclusion aérienne prise par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 17 mars 2011.

IR 10.08.2018.

Syrie : Paris et Washington jouent les prolongations !

par Richard Labévière

Source : https://www.les-crises.fr/syrie-paris-et-washington-jouent-les-prolongations-par-richard-labeviere/16-07-2018

 

Beyrouth, 14 juillet 2018.

L’armée gouvernementale syrienne vient de hisser le drapeau national dans les quartiers de Deraa, jusqu’à présent aux mains des jihadistes. Située à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Damas, Deraa est d’autant plus symbolique que c’est là – en mars 2011 – qu’a commencé la révolte anti-gouvernementale. Hâtivement présenté, comme une « révolution pacifique » par la presse occidentale, ce mouvement a, dès le départ généré une « mobilisation de confrontation », tournant vite à la lutte armée contre les forces de l’ordre. Aidés par leurs homologues jordaniens, les Frères musulmans syriens y ont introduit des armes de guerres (M-16 américains et RPG) en proclamant que l’heure de la vengeance avait sonné, faisant allusion à leur tentative de coup d’Etat avortée à Hama en 19821.

Toujours à la pointe de la propagande, le quotidien Le Monde titre : « Deraa, l’étincelle de la révolution syrienne s’est éteinte… »2 S’ensuit une hallucinante diatribe anti-russe et anti-Bachar relevant davantage du parti-pris idéologique que d’une information maîtrisée, recoupée et responsable. Depuis mars 2011, Le Monde nous annonce le renversement imminent du « boucher de Damas ». La libération de Deraa constitue pour le quotidien, qui n’est plus que l’ombre de lui-même, un cinglant démenti, sinon un cruel retour du réel signifiant que depuis le début de la crise syrienne, Le Monde nous désinforme et nous ment.

Les membres de la rédaction de prochetmoyen-orient.ch boycottent le quotidien depuis le milieu des années 1980, lorsque le triumvirat de l’imposture – Colombani, Minc et Plenel – a mis la main sur la prestigieuse entreprise d’Hubert Beuve-Méry pour en faire une plate-forme d’humeurs, de trafics d’influences et de propagande… A ce sujet, on peut lire et relire l’enquête définitive de Pierre Péan et Philippe Cohen parue en 20033.

Dans tous les cas de figures, il est assez piquant de voir en ce moment les « journalistes » du Monde rétropédaler pour essayer de justifier leurs mensonges syriens imposés aux lecteurs depuis plus de sept ans… Ne leur en déplaise, toujours est-il que l’armée syrienne a, désormais libéré plus de 80% du territoire national. Mais, la fin de partie est loin d’être sifflée, d’autant que Washington, Londres et Paris jouent les prolongations.

 

LE BUNDESTAG A AMPLEMENT RAISON

Dirigée par Alexander Neu, député Die Linke4, la Commission de défense du parlement allemand, vient d’affirmer que la présence militaire de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah libanais en Syrie est conforme au droit international, « le gouvernement syrien ayant formellement demandé l’aide de Moscou, de Téhéran et du Hezbollah tandis que l’ingérence de la coalition dirigée par les États-Unis est jugée plus « complexe », la fourniture d’armes aux jihadistes engagés en Syrie constituant une flagrante violation du droit international.

La Commission du Bundestag a, aussi relevé que l’armée syrienne lutte – depuis des années – contre différents groupes terroristes, dont certains ont bénéficié d’un soutien militaire et financier (désormais prouvé) des Etats-Unis et d’autres pays européens dont la Grande Bretagne et la France. Par conséquent, plusieurs des meilleurs experts en droit international estiment que, non seulement l’intervention américaine n’est plus justifiable, mais qu’elle pourrait être attaquable devant la Cour pénale internationale (CPI) comme « crime de guerre ». Sur le terrain, les sanctuaires de Dae’ch sont, désormais démantelés. De fait, la « loi d’autodéfense » de la coalition dirigée par Washington est devenue caduque, les Etats-Unis devant envisager de cesser leur campagne militaire en Syrie et de plier bagages !

Selon plusieurs sources diplomatiques, ce dossier doit être l’un des points à l’ordre du jour de la rencontre Trump/Poutine à Helsinki ce lundi 16 juillet. Le président russe devrait demander à son homologue américain le démantèlement de la dizaine de bases militaires que les Etats-Unis maintiennent dans le nord-est de la Syrie. A n’en pas douter, l’homme d’affaires Trump devrait marchander ce retrait contre deux contreparties : Money first, des garanties permettant aux entreprises américaines de pouvoir participer à la reconstruction économique à venir de la Syrie qui s’annonce déjà comme l’un des marchés du siècle. De plus, le président américain se fera aussi porte-parole de son allié et ami israélien Benjamin Netanyahou, qui a déjà demandé à Vladimir Poutine – et ce, à plusieurs reprises – l’évacuation du Hezbollah et des Pasdarans iraniens du sud du pays, particulièrement du plateau du Golan occupé par la soldatesque de Tel-Aviv depuis juin 1967.

Dans le même ordre d’idées, Vladimir Poutine pourrait exiger le retrait de plusieurs centaines de soldats des forces spéciales britanniques et françaises, également déployées dans le nord-est, officiellement en appui de plusieurs formations kurdes. Damas est d’autant plus remonté contre Paris, que la libération de Deraa a permis de découvrir – dans les stocks d’armes des jihadistes – différents types de matériels militaires français.

L’armée syrienne se serait ainsi emparée de plusieurs systèmes antichars APILAS fabriqués en France. L’APILAS est un système antichar sans recul tirant des roquettes à charge creuse d’un calibre de 112 mm, utilisé pour la destruction de chars de combat, de fortifications et d’abris. La portée des roquettes varie de 25 à 600 mètres, en fonction de la cible. Fabriquées par le groupe Nexter, ces armes auraient été acheminées depuis la Jordanie où des commandos français formaient différentes unités jihadistes depuis plusieurs années. Et différents officiels syriens ne cachent pas par leur ressentiment à l’égard de la France affirmant « qu’aucune entreprise française ne participera à la reconstruction économique du pays. Si l’on pourrait même envisager d’associer même des Américains, des Maltais ou des Papous… une chose est sûre : les Français ne remettront pas un pied en Syrie avant longtemps, très longtemps… »

En diplomatie, on finit toujours par récolter ce qu’on a semé. Encore bravo aux politiques proche et moyen-orientales de Messieurs Sarkozy, Juppé, Hollande, Fabius, Macron et Le Drian. Que par cynisme ou « réalisme » affairiste, l’Elysée et le Quai d’Orsay aient décidé de coller aux orientations décidées par Washington pour, notamment, signer des contrats d’armements avec l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis (EAU) est une chose. Invoquer en même temps les droits de l’homme si chers à la France éternelle et continuer à donner (en la matière) des leçons au monde entier en est une autre… Nos voisins allemands font preuve d’un cynisme commercial identique, voire encore plus offensif, mais au moins ont-ils la pudeur de se taire !

 

DANS LE SUD, TEL-AVIV AIDE LA QAÏDA

On l’a compris, la libération de Deraa ne siffle pas la fin de partie. Malgré des accords de « réconciliation » avec les jihadistes, la totalité des groupes terroristes est loin d’être totalement éradiquée. Dans la province de Deraa, le réduit terroriste concerne un carré d’une quinzaine de kilomètres par quinze. Et, c’est à partir de cette enclave – adossée au plateau du Golan annexé par Israël – que les dernières katibas jihadistes poursuivent leur « guerre sainte ».

L’Aman, les services de l’armée israélienne continuent à livrer des armes aux terroristes de Jabhat al-Nosra, c’est-à-dire la Qaïda en Syrie. Sur plusieurs documents d’observation aérienne en provenance de drones d’une armée occidentale, on peut distinguer des camions israéliens – stationnés sur la frontière syrienne – d’où sont déchargées des caisses de vivres et de matériels militaires à destination de plusieurs positions aux mains de Jabhat al-Nosra. D’autres clichés attestent de la prise en charge de terroristes blessés par des ambulances israéliennes, acheminés à destination des hôpitaux militaires des forces israéliennes d’occupation de la région de Quneitra.

Différentes organisations israéliennes, présentées comme « ONGs » médiatisent leurs engagements à vocation « humanitaire » dans cette même région du plateau du Golan qui abritent plusieurs bases d’écoutes et d’observations électroniques de l’armée israélienne. Afin de faciliter les négociations à venir qui concerne ce territoire occupé, les Russes auraient demandé au Hezbollah et aux Pasdarans iraniens d’évacuer leurs positions pour les remettre à l’armée gouvernementale syrienne. C’est du moins ce que ne cesse d’affirmer la presse américaine depuis plus d’un mois, espérant ainsi enfoncer des coins dans l’alliance pro-syrienne.

En fait, ni le Hezbollah, ni les Iraniens ne disposent de positions militaires, ni d’unités compactes à proprement parler dans le sud de la Syrie, leurs combattants étant intégrés à des unités de l’armée gouvernementale. Et les uns comme les autres répondent qu’ils agissent conformément au commandement de l’armée gouvernementale. En fait, la grande crainte de Tel-Aviv est moins de voir s’installer leurs ennemis historiques (Hezbollah libanais et troupes iraniennes) aux portes de leurs colonies du nord que de se voir contraindre à une reprise des négociation pour un retrait pur et simple du plateau du Golan, annexé par la force en juin 1967. Amorcées lors du sommet Clinton/Hafez al-Assad de Genève en 1994, la négociation avait tourné court face à l’intransigeance israélienne, Tel-Aviv ne voulant pas céder un pouce de terrain jusqu’aux rives du lac de Tibériade. En juin 2000, un deuxième sommet avait échoué pour les mêmes raisons.

Dans ce contexte, on pourrait imaginer que l’éradication finale des groupes terroristes engagés dans le sud de la Syrie pourrait permettre de relancer cette négociation pour mettre fin à l’occupation israélienne du Golan syrien. En relation permanente avec Tel-Aviv, Donald Trump et Vladimir Poutine pourraient ainsi saisir la perspective de la reconstruction de la Syrie pour mettre un terme à l’occupation israélienne du Golan, ainsi qu’à la répression qui s’exerce quotidiennement à l’encontre des populations civiles de cette région.

 

EN ATTENDANT LA BATAILLE OU LA NEGOCIATION D’IDLIB

Le troisième volet ouvert par la libération de Deraa concerne l’éradication finale des groupes terroristes en Syrie, et pas seulement ceux de Dae’ch et Jabhat al-Nosra. Les jihadistes, qui n’ont pas accepté les promesses de « réconciliation » de Damas, refusent d’abandonner le combat contre l’armée gouvernementale. Comme lors de chacune des reconquêtes du territoire nationale (Alep, la Ghouta, Deir ez-Zor, etc.), une médiation russe a permis à ces « irréductibles » d’être transférés dans la province d’Idlib – au nord-ouest du pays, à l’ouest d’Alep – le dernier sanctuaire terroriste. Celui-ci abriterait quelque 25 à 30 000 jihadistes armés selon différentes sources militaires, dont plusieurs milliers des fameux Ouïghours (Musulmans du Xinxiang du nord-ouest de la Chine).

Les services spéciaux de l’armée turque continuent à entretenir plusieurs de ces groupes afin de faire pression sur Damas dans le cadre de la question kurde. « En effet, Idlib est le fer au feu d’Ankara pour contraindre le gouvernement syrien à ne rien lâcher aux Kurdes, du moins pour empêcher la formation de toute espèce d’entité kurde, plus ou moins autonome sur la frontière turque », explique un officier européen de renseignement engagé dans la région ; « Ankara craint par-dessus tout que le nord de la Syrie ne constitue un espace de profondeur stratégique pour le PKK (parti des travailleurs kurdes) de Turquie ». Et l’armée turque est particulièrement attentive à l’évolution de Manbij, ville du gouvernorat d’Alep à trente kilomètres à l’ouest de l’Euphrate.

Début juillet, le Conseil militaire de Manbij, installé par les Forces démocratiques syriennes (FDS/majoritairement kurdes) a annoncé sa détermination à résister à toute tentative turque de contrôler la région. Le même conseil a affirmé qu’il avait reçu des assurances de la coalition américaine. « Dans le cadre d’un accord signé avec les Etats-Unis, la Turquie peut patrouiller le long de la frontière de la ville (du côté opposé à Manbij, le long de la rivière Sajur). Pour sa part, les unités de la coalition pro-américaine restent déployées dans la totalité de l’agglomération de Manbij », explique un officier supérieur américain en poste à Ankara.

Plusieurs autres sources militaires estiment que la question d’Idlib constitue l’ultime nœud de la guerre civilo-globale de Syrie. « De deux choses l’une, soit une nouvelle négociation tripartite – Russie/Turquie/Syrie – similaire à celle qui a permis le dénouement de la bataille d’Alep en décembre 2016, permettra l’évacuation des quelques 30 000 jihadistes, dont une bonne partie devrait regagner leur pays d’origine, soit la poche d’Idlib sera bombardée avant d’être réinvestie par l’armée syrienne et ses alliés… Dans ce dernier cas de figure, la bataille d’Idlib sonnera le glas de la rébellion armée syrienne et fera énormément de nouvelles victimes », assure un attaché européen de défense à Ankara. La situation d’Idlib sera, vraisemblablement aussi à l’ordre du jour de la rencontre Trump/Poutine, ce lundi à Helsinki.

 

EXTENSION DU DOMAINE DE LA GUERRE

Conformément à la réunion du Small Group (Etats-Unis, Grande Bretagne, France, Arabie saoudite et Jordanie) du 11 janvier 2018 à Washington, révélée par prochetmoyen-orien.ch5, les pays occidentaux jouent les prolongations pour trois raisons : 1) ils considèrent que le maintien de différentes forces militaires leur garantit une meilleure position dans les négociations à venir qui porteront sur la reconstruction de la Syrie ; 2) soutenant Israël, ils poursuivent ainsi une « guerre interposée » contre l’Iran et le Hezbollah libanais ; 3) ils misent sur l’extension de la guerre en mer Rouge et tout particulièrement sur une nouvelle partition du Yémen.

Le télégramme diplomatique britannique insistait sur la « poursuite d’une guerre élargie » justifiée par une « campagne de communication humanitaire ». Rien de très surprenant, si ce n’est que Washington, Londres et Paris ne sont pas prêts à reconnaître la « victoire de terrain » de l’armée gouvernementale syrienne et de ses alliés russe, iraniens et du Hezbollah libanais.

Les pays occidentaux se sont engagés à continuer à soutenir – conjointement – les monarchies pétrolières du Golfe et Israël en cherchant à prendre leur revanche, non seulement au Yémen, mais dans toute la sous-région entre le détroit d’Ormuz et la mer Rouge où se livre, d’ores et déjà une autre guerre tout aussi vitale : celle des zones portuaires. Nous y reviendrons.

Bonne lecture et bonne semaine.

Richard Labévière
16 juillet 2018

 
1 Dans la nuit du 2 au 3 février 1982, un commando des Frères musulmans composé de 200 hommes armés investit la ville de Hama, assassinant une centaine de personnes. À l’aube, l’état-major de l’organisation islamiste déclare dans un communiqué que Hama est considérée comme « ville libérée » et exhorte la population à se soulever contre les « infidèles ». Le président Hafez al-Assad décrète l’état de siège et mobilise l’armée, en premier lieu les forces spéciales et la 47e brigade blindée, afin de reprendre le contrôle de la ville. Le 15 février 1982, le ministre de la Défense, Mustafa Tlass, déclare que les groupes armés des Frères musulmans sont neutralisés. La ville de Hama reste néanmoins assiégée pendant 27 jours afin de réduire les derniers insurgés. Le bilan des victimes donne lieu à une guerre de communication variant entre 2000 et 25 000 victimes.
2 Le Monde, 13 juillet 2018.
3 Pierre Péan et Philippe Cohen : La Face cachée du Monde. Editions Fayard, 2003.
4 Die Linke (en français : « La Gauche ») est un parti politique allemand né de la fusion, le 16 juin 2007, du Parti du socialisme démocratique (ex-Parti socialiste unifié d’Allemagne), qui fut le parti officiel de la République démocratique allemande, et de l’Alternative électorale travail et justice sociale.
5 « Syrieleaks : un câble diplomatique britannique dévoile la stratégie occidentale » – prochetmoyen-orient.ch, 17 février 2018.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Proche & Moyen-Orient, 16-07-2018

 

En Israël, les trois dimensions d’une dérive fascisante

Source : https://orientxxi.info/magazine/en-israel-les-trois-dimensions-d-une-derive-fascisante,2542,

Dominique Vidal, Orient XXI

10 juillet 2018

 

Les dérives autoritaires et fascisantes de l’État d’Israël sont largement sous-estimées par les médias et les responsables politiques européens. Pourtant, elle sont réelles et porteuses de dangers pour tout le Proche-Orient.

 

Beaucoup de lecteurs du Monde auront été surpris de découvrir, sous la plume de l’historien Zeev Sternhell, spécialiste éminent du fascisme, une comparaison entre l’Israël d’aujourd’hui et l’Allemagne des débuts du nazisme. C’est que la plupart des grands médias ont peu couvert l’inquiétante radicalisation de la coalition de droite et d’extrême droite qui dirige Israël depuis 2015.

Ce phénomène comporte trois dimensions principales.

 

L’État-nation du peuple juif

La première et la principale concerne le projet colonial en Palestine, qui connaît un tournant historique. Jusqu’ici les autorités israéliennes, y compris Benyamin Nétanyahou depuis son fameux discours de 2009, faisaient mine d’accepter la perspective dite « des deux États ». Certes elles accéléraient la colonisation — le quotidien israélien Haaretz a donné l’an dernier le chiffre de 700 000 colons juifs, 470 000 en Cisjordanie et 230 000 à Jérusalem-Est —, mais elles maintenaient formellement un flou artistique autour du statut des territoires occupés.

De surenchère en surenchère, stimulés par la prévisible succession de Nétanyahou, les principaux autres chefs de la coalition ont imposé un changement de cap. Ministre de l’éducation et de la diaspora, le chef du parti Foyer juif Naftali Bennett répète inlassablement : « Le chemin des concessions, le chemin de la division a échoué. Nous devons donner nos vies pour l’annexion de la Cisjordanie. » Et il a déjà joint les actes à la parole, faisant voter une loi en ce sens par le Parlement, le 6 février 2017. Ce texte légalise rétroactivement une série d’« avant-postes » (ces colonies jusque-là illégales même aux yeux du droit israélien) en autorisant la saisie de terres privées palestiniennes et en ouvrant ainsi la voie à l’extension de la souveraineté israélienne sur la zone C, qui représente plus de 60 % de la Cisjordanie, voire sur toute celle-ci. Cette loi dite de « régularisation », appelée « loi des voleurs » par Benny Begin, le fils de l’ancien premier ministre, reste pour l’instant gelée par la Cour suprême. Mais cette dernière devient elle-même une cible des attaques du gouvernement, qui veut en modifier la composition et en réduire les prérogatives.

Qualifié de « fasciste » par l’ancien premier ministre Ehoud Barak, le Foyer juif, ultranationaliste, revendique l’héritage du Parti national religieux, qui fut toujours, avec le Bloc des croyants (Gouch Emounim), le cœur du mouvement de colonisation. S’il ne compte que huit députés et quatre ministres, il a néanmoins réussi à rallier à sa loi soixante députés, dont la quasi-totalité de ceux du Likoud, alors que le chef de ce dernier, le premier ministre Benyamin Nétanyahou, leur avait instamment demandé de s’y opposer. Il faut dire que fin 2017, même le comité central du Likoud se prononçait pour la mise en œuvre de l’annexion de la Cisjordanie.

Un autre texte prévoit d’annexer cinq blocs de colonies situés à l’est de Jérusalem, empêchant du même coup Jérusalem-Est de devenir la capitale d’un État palestinien. Mais il nécessite encore, selon Nétanyahou, une « préparation diplomatique ». En attendant, le Parlement a adopté, toujours sur proposition de Bennett, un amendement à la loi de 1980 sur Jérusalem. Il élève de 61 députés à 80 (sur 120) la majorité nécessaire pour tout retour de parties de la ville sous souveraineté palestinienne. Et il permet de retrancher des quartiers palestiniens situés à l’extérieur du Mur pour en faire des « entités séparées » dont les habitants ne seraient plus des « résidents ».

« S’il était mis en œuvre, le charcutage des limites de la municipalité y réduirait de près de 120 000 le nombre des Palestiniens et ajouterait 140 000 colons israéliens à la population de la ville, réduisant la part des Palestiniens à 20 % (contre 37 % aujourd’hui) », estime le rapport annuel étouffé des consuls de l’Union européenne à Jérusalem, selon le journaliste René Backmann.

Autrement dit, au-delà de leurs rivalités, les bâtisseurs du « Grand Israël » ont décidé, violant ouvertement cinquante années de résolutions des Nations unies, d’enterrer la solution dite « des deux États » au profit d’un seul : un État d’apartheid, où les Palestiniens annexés ne jouiraient pas des droits politiques, à commencer par le droit de vote. Il est vrai que, selon les démographes, la Palestine historique compte désormais plus ou moins autant d’Arabes que de juifs : environ 6,6 millions…

La nouvelle loi fondamentale en cours d’adoption au Parlement symbolise cette volonté. Celle de 1992 définissait Israël comme un « État juif et démocratique » : le projet voté en première lecture parle d’« État-nation du peuple juif ». Et il précise : « Le droit à exercer l’autodétermination nationale au sein de l’État d’Israël appartient au seul peuple juif. » De surcroît, il prive l’arabe de son statut de « langue de l’État » réservé à l’hébreu.

Un arsenal liberticide

Les leaders de l’extrême droite font aussi avancer leur cause par des provocations retentissantes. Ministre de la justice, Ayelet Shaked n’a pas hésité, pendant la dernière guerre de Gaza, à poster sur sa page Facebook un texte qualifiant « l’ensemble du peuple palestinien » d’ « ennemi d’Israël » et justifiant ainsi « sa destruction, y compris ses vieillards, ses femmes, ses villes et ses villages »1. De son côté, Naftali Bennett a préconisé de tuer tous les « terroristes » arrêtés plutôt que de les mettre en prison. Et d’expliquer : « J’ai tué beaucoup d’Arabes, aucun problème avec ça ». Quant à Avigdor Lieberman, il affirme que « les Israéliens arabes n’ont pas leur place ici. Ils peuvent prendre leurs baluchons et disparaître », ajoutant : « Ceux qui sont contre nous méritent de se faire décapiter à la hache ». Il propose même de transporter les prisonniers palestiniens « jusqu’à la mer Morte pour les noyer »…

Mais ces extrémistes le savent : leur fuite en avant pourrait susciter, à terme, des réactions négatives de l’opinion. Si l’absence d’alternative à gauche a poussé les Israéliens toujours plus vers la droite, cette évolution a (encore ?) des limites : selon une enquête d’opinion, la moitié des sondés n’estiment « pas sage » de poursuivre la colonisation de la Cisjordanie et 53 % s’opposent à son annexion2. Voilà qui explique sans doute la deuxième dimension de la radicalisation de l’actuelle coalition : l’arsenal liberticide qu’elle a fait voter par le Parlement depuis le début de la décennie. Au cas où. En encadré ci-dessous, les morceaux de choix :

une loi interdit tout appel au « boycott d’une personne en raison de ses liens avec Israël ou des régions sous le contrôle d’Israël » (2011) ;

une autre prive de subventions d’État les organisations, institutions ou municipalités commémorant la Nakba, l’expulsion de 800 000 Palestiniens en 1948 (2011) ;

le même texte instaure des « comités d’admission » pour décider si une ou des personnes venant s’installer dans une localité ou une cité sont « convenables » (2011) ;

un amendement à la loi fondamentale sur le gouvernement porte à 3,25 % le seuil minimal en dessous duquel une formation politique ne peut pas être représentée au Parlement (2014) ;

une loi contraint les ONG à déclarer plusieurs fois par an les subventions en provenance de gouvernements étrangers, si celles-ci représentent plus de la moitié de leur budget3 (2016) ;

unique au monde, un texte permet à 90 députés (sur 120) d’en expulser d’autres du Parlement, pour incitation, racisme ou soutien à la lutte armée (2016) ;

une autre législation accorde des pouvoirs exceptionnels à l’État contre les « organisations terroristes » en Israël, y compris leurs « membres passifs ». Elle autorise le ministre de la défense à confisquer sans jugement les biens des membres de ces organisations (2016) ;

une loi permet l’emprisonnement à partir de 12 ans de mineurs accusés de plusieurs crimes violents (2016) ;

une législation autorise Israël à refouler à ses frontières les personnes ou les représentants d’entreprises, de fondations ou d’associations appelant au boycott (2017). Une liste de vingt ONG bannies sera même publiée début 2018 ;

une autre loi, proposée par Bennett et votée en première lecture, permet au ministre de l’éducation d’interdire à des associations dénonçant l’armée — en l’occurrence Breaking the silence qui mène campagne contre la violence de l’armée israélienne dans les territoires occupés — d’intervenir dans les établissements d’enseignement (2017) ;

destinée à protéger Benyamin Nétanyahou, une législation interdit à la police d’informer le procureur général de l’existence de motifs d’inculpation dans le cadre d’enquêtes portant sur des personnalités publiques (2017) ;

une loi autorise le ministre de l’intérieur à révoquer le droit de résidence à Jérusalem de Palestiniens suspectés de « déloyauté » vis-à-vis de l’État (2018) ;

quasiment totalitaire, la dernière loi en date permet au premier ministre et au ministre de la défense de déclarer la guerre seuls, sans consulter le cabinet de sécurité ni a fortiori le gouvernement (2018).

 

Alliance avec l’extrême droite européenne

Qui se ressemble s’assemble : Nétanyahou recrute ses meilleurs amis — c’est la troisième dimension de la radicalisation de sa coalition — parmi les pires populistes européens. Comme Viktor Orbán, le premier ministre hongrois, liquidateur des libertés hongroises, islamophobe et antisémite. Le chef du Likoud n’a même pas manifesté le moindre état d’âme en apprenant que quelques jours avant leur rencontre de juillet 2017, son hôte s’était livré à une apologie du régent (1920-1944) Miklós Horthy, le Pétain hongrois dont les successeurs aidèrent Adolf Eichmann à déporter et à assassiner 430 000 juifs hongrois. Nétanyahou flirte aussi avec Jaroslaw Kaczyński, pourtant inspirateur d’une loi interdisant d’évoquer les — nombreux — collaborateurs polonais de l’occupant : en 1970 déjà, l’historien Szymon Datner estimait qu’ils avaient tué 200 000 juifs durant la seconde guerre mondiale. Ce texte négationniste, qui déclencha plusieurs manifestations ouvertement antisémites dans le pays, provoqua un tel scandale que Varsovie dut reculer. Mais Yehuda Bauer, le principal historien israélien de la Shoah, a qualifié la déclaration Nétanyahou-Morawiecki de « trahison stupide, ignorante et amorale de la vérité historique sur l’implication polonaise dans l’Holocauste ».

Avancés pour justifier ces liaisons dangereuses, les prétextes diplomatiques ne sauraient expliquer le rapprochement entre Israël et les partis d’extrême droite ouest-européens. Dès décembre 2010, une trentaine de dirigeants d’extrême droite — dont le Néerlandais Geert Wilders, le Belge Philip Dewinter et le successeur de Jörg Haider, l’Autrichien Heinz-Christian Strache — ont séjourné en Israël, accueillis avec les honneurs dus aux hôtes de marque. À l’époque vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, qui rêve de débarrasser de ses musulmans un État qu’il veut exclusivement juif, a conversé alors chaleureusement avec Wilders, qui rêve, lui, d’interdire le Coran aux Pays-Bas. Ce dernier s’était même rendu dans une colonie juive de Cisjordanie, où il avait, révélait l’AFP, « plaidé contre la restitution de territoires en échange de la paix avec les Palestiniens, proposant l’installation “volontaire” des Palestiniens en Jordanie ». Pour lui, les colonies constituent des « petits bastions de la liberté, défiant des forces idéologiques qui nient non seulement à Israël, mais à tout l’Occident, le droit de vivre dans la paix, la dignité et la liberté ».

Plus récemment, le Likoud a envoyé un de ses députés, Yehuda Glick, rencontrer le Freiheitliche Partei Österreichs (FPÖ) fondé par Jörg Haider après son retour au gouvernement autrichien. Il y a fort à parier qu’il contactera aussi la Ligue victorieuse, avec le Mouvement cinq étoiles, aux dernières élections législatives italiennes. Seule reste non grata en Israël la formation de Marine Le Pen, dont le compagnon, Louis Alliot, y a néanmoins séjourné.

Dans cette radicalisation, il y a quelque chose de l’hubris grec, mélange de vertige, d’orgueil et de démesure, contre lequel les Dieux exerçaient leur vengeance. Nétanyahou et ses alliés/rivaux se croient tout permis parce qu’ils estiment détenir une sorte de carré d’as. Premier as, Donald Trump, le président américain le plus pro-israélien de l’histoire, porté notamment par des dizaines de millions d’évangélistes. Après le transfert de son ambassade à Jérusalem, il reconnaîtra sans doute l’annexion du Golan, voire appuiera une aventure israélienne contre Téhéran. Bref, il ne refusera rien à Tel-Aviv. Le deuxième as, c’est Mohamed Ben Salman, le prince héritier saoudien, qui a décidé d’abandonner ouvertement la cause palestinienne pour s’allier avec Washington et Tel-Aviv contre l’Iran. Le troisième as, ce sont Mahmoud Abbas et Yahya Sinouar, les frères ennemis palestiniens incapables de surmonter les divisions entre Fatah et Hamas, fournissant ainsi à Israël un atout maître. Enfin, quatrième as, les guerres de Syrie, d’Irak, du Yémen et de Libye, qui marginalisent la question de Palestine, autrefois centrale.

 

Faire taire toutes les critiques

Leur fuite en avant, Nétanyahou et ses alliés-rivaux le savent, ne pourra qu’accentuer, à terme, l’isolement international du gouvernement israélien. Déjà, l’État de Palestine est entré à l’Unesco (2011), aux Nations unies (2012) et à la Cour pénale internationale (2015). Et l’Assemblée générale a voté, fin 2017, en faveur du droit du peuple palestinien à l’autodétermination et à un État par 176 voix pour, 7 contre (Canada, États-Unis, Israël, Îles Marshall, États fédérés de Micronésie, Nauru et Palaos) et 4 abstentions (Cameroun, Honduras, Togo, Tonga). Dans les enquêtes mondiales d’opinion sur l’image des différents États, Israël arrive depuis une quinzaine d’années dans le peloton de queue, avec la Corée du Nord, l’Iran et le Pakistan.

Voilà pourquoi le gouvernement israélien s’efforce de faire taire les critiques de sa politique. D’où sa volonté de criminaliser la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS), qualifiée par Nétanyahou de « menace stratégique majeure » qu’il combat avec une organisation récemment dotée de 72 millions de dollars. À cette première opération s’en ajoute depuis deux ans une seconde, visant à interdire l’antisionisme, assimilé à l’antisémitisme. S’appuyant sur une petite phrase d’Emmanuel Macron lors de la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) exige, par exemple, une loi en ce sens, à partir d’une « définition » de l’antisémitisme élaborée par un lobby, l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA).

Tout cela pose une question de vocabulaire, évidemment politique. S’agissant de n’importe quel autre pays, une évolution comme celle d’Israël depuis quelques années serait qualifiée de fascisation. Comparaison n’est bien sûr pas raison. Mais comment oublier que, si le courant dont Benyamin Nétanyahou est issu — le sionisme révisionniste de Vladimir Zeev Jabotinsky — ne se réclamait pas du fascisme, Benito Mussolini, lui, se réclamait de Jabotinsky ? « Pour que le sionisme réussisse, confia le Duce en 1935 à David Prato, futur grand rabbin de Rome, il vous faut un État juif, avec un drapeau juif et une langue juive. La personne qui comprend vraiment cela, c’est votre fasciste, Jabotinsky »4. Hasard ou prémonition ? Ben-Zion Nétanyahou, le père de Benyamin, servit de secrétaire à Jabotinsky. Tel père, tel fils !

 

1Le Parisien, 12 mai 2015. La page Facebook archivée est ici.

2Mais seuls 24 % estiment que les Palestiniens devraient, en cas d’annexion, jouir du droit de vote, 30 % envisageant un statut de « résident » : Institut de la démocratie israélienne (IDI), 8 février 2017.

3Échappent du coup à cette obligation les associations de droite et d’extrême droite qu’arrosent pourtant des fondations juives américaines extrémistes.

4Cité par Lenni Brenner, Zionism in the Age of the Dictators, Croom Helm, Londres et Canberra, 1983.

Dominique Vidal

Journaliste et historien, auteur de

Antisionisme = antisémitisme ? (Libertalia, février 2018).

Combien de millions de personnes ont été tuées dans les guerres américaines qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001 ? (3ème partie)

par Nicolas J.S. Davies

25 avril 2018

Sources : http://lesakerfrancophone.fr/combien-de-millions-de-personnes-ont-ete-tuees-dans-les-guerres-americaines-qui-ont-suivi-les-attentats-du-11-septembre-2001

https://www.les-crises.fr/combien-de-millions-de-personnes-ont-ete-tuees-dans-les-guerres-americaines-qui-ont-suivi-les-attentats-du-11-septembre-2001-partie-3-libye-syrie-somalie-et-yemen-par-nicolas-j-s-davies/

Source originaire : https://consortiumnews.com/2018/04/25/how-many-millions-have-been-killed-in-americas-post-9-11-wars-part-3-libya-syria-somalia-and-yemen/

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr.

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Dans les deux premières parties du présent article, j’ai estimé qu’environ 2,4 millions de personnes ont été tuées à la suite de l’invasion de l’Irak par les États-Unis, tandis qu’environ 1,2 million de personnes ont été tuées en Afghanistan et au Pakistan à la suite de la guerre menée par les États-Unis en Afghanistan. Dans la troisième et dernière partie de ce compte rendu, j’estimerai le nombre de personnes tuées à la suite des interventions de l’armée américaine et de la CIA en Libye, en Syrie, en Somalie et au Yémen.

Parmi les pays que les États-Unis ont attaqués et déstabilisés depuis 2001, seul l’Irak a fait l’objet d’études exhaustives de mortalité « active » qui peuvent révéler des décès par ailleurs non déclarés. Une étude de mortalité « active » est une étude qui interroge « activement » les ménages pour trouver des décès qui n’ont pas été signalés auparavant par des bulletins d’information ou d’autres sources publiées.

 

Ces études sont souvent menées par des personnes qui travaillent dans le domaine de la santé publique, comme Les Roberts à l’Université Columbia, Gilbert Burnham à Johns Hopkins et Riyadh Lafta à l’Université Mustansiriya de Bagdad, coauteur de l’étude de 2006 du Lancet sur la mortalité due à la guerre en Irak. En présentant leurs études en Irak et leurs résultats, ils ont souligné que leurs équipes d’enquêteurs irakiens étaient indépendantes du gouvernement d’occupation et que c’était un facteur important pour l’objectivité de leurs études et la volonté des Irakiens de parler honnêtement avec eux.

Des études exhaustives sur la mortalité dans d’autres pays déchirés par la guerre (comme l’Angola, la Bosnie, la République démocratique du Congo, le Guatemala, l’Irak, le Kosovo, le Rwanda, le Soudan et l’Ouganda) ont révélé un nombre total de décès de 5 à 20 fois supérieur à celui révélé précédemment par des rapports « passifs » basés sur des bulletins d’actualités, des dossiers d’hôpitaux et/ou des enquêtes sur les droits de l’homme.

En l’absence de telles études complètes en Afghanistan, au Pakistan, en Libye, en Syrie, en Somalie et au Yémen, j’ai évalué les rapports passifs sur les décès dus à la guerre et essayé d’évaluer la proportion de morts réelles que ces rapports passifs sont susceptibles d’avoir compté selon les méthodes qu’ils ont utilisées, sur la base des rapports entre les morts réels et les morts passivement déclarées, trouvés dans d’autres zones de guerre.

J’ai seulement estimé les morts violentes. Aucune de mes estimations n’inclut les décès dus aux effets indirects de ces guerres, tels que la destruction des hôpitaux et des systèmes de santé, la propagation de maladies par ailleurs évitables et les effets de la malnutrition et de la pollution de l’environnement, qui ont également été considérables dans tous ces pays.

Pour l’Irak, mon estimation finale d’environ 2,4 millions de personnes tuées était fondée sur l’acceptation des estimations de l’étude 2006 du Lancet et de l’enquête 2007 de l’Opinion Research Business (ORB), qui étaient conformes les unes aux autres, puis sur l’application du même rapport entre les décès réels et les décès déclarés passivement (11,5:1) entre l’étude du Lancet et de l’Iraq Body Count (IBC) [projet recensant les morts civiles dues à la guerre d’Irak. Il entretient une base de données où figurent toutes les morts rapportées par au moins deux sources journalistiques, NdT] en 2006 et le comptage de l’IBC pour les années depuis 2007.

Pour l’Afghanistan, j’ai estimé qu’environ 875 000 Afghans ont été tués. J’ai expliqué que les rapports annuels sur les victimes civiles de la Mission d’Assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) sont fondés uniquement sur les enquêtes menées par la Commission indépendante des droits de l’homme en Afghanistan (CAIDP), et qu’ils excluent sciemment un grand nombre de rapports sur les décès de civils pour lesquels la CAIDP n’a pas encore fait d’enquête ou pour lesquels elle n’a pas terminé ses enquêtes. Les rapports de la MANUA ne font pas du tout état de la situation dans de nombreuses régions du pays où les talibans et d’autres forces de résistance afghanes sont actifs, et où se déroulent donc la plupart des frappes aériennes et des raids nocturnes des États-Unis.

J’ai conclu que les rapports de la MANUA sur les décès de civils en Afghanistan semblent aussi inadéquats que l’extrême sous-déclaration constatée à la fin de la guerre civile guatémaltèque, lorsque la Commission de vérification historique parrainée par l’ONU a révélé 20 fois plus de décès que ce qui avait été rapporté auparavant.

Pour le Pakistan, j’ai estimé qu’environ 325 000 personnes avaient été tuées. Ce chiffre est basé sur les estimations publiées des morts au combat et sur l’application d’une moyenne des ratios trouvés lors des guerres précédentes (12,5:1) au nombre de morts civiles signalées par le South Asia Terrorism Portal (SATP) en Inde.

 

Estimation du nombre de décès en Libye, en Syrie, en Somalie et au Yémen

Dans la troisième et dernière partie de cet article, j’estimerai le nombre de morts causées par les guerres secrètes et les guerres par procuration en Libye, en Syrie, en Somalie et au Yémen.

Les officiers supérieurs de l’armée américaine ont salué la doctrine américaine de la guerre secrète et par procuration qui a trouvé son plein épanouissement sous l’administration Obama comme une approche « déguisée, silencieuse et sans médias » de la guerre, et ont retracé l’évolution de cette doctrine jusqu’aux guerres américaines en Amérique centrale dans les années 1980. Alors que le recrutement, l’entraînement, le commandement et le contrôle des escadrons de la mort en Irak ont été surnommés « l’option Salvador », la stratégie américaine en Libye, en Syrie, en Somalie et au Yémen a en fait suivi ce modèle de plus près encore.

Ces guerres ont été catastrophiques pour les populations de tous ces pays, mais l’approche « déguisée, silencieuse et sans médias » des États-Unis a connu un tel succès en termes de propagande que la plupart des Américains savent très peu de choses sur le rôle des États-Unis dans la violence et le chaos insolubles qui les ont engloutis.

La nature très médiatique des frappes de missiles illégales mais largement symboliques sur la Syrie le 14 avril 2018 contraste fortement avec la campagne de bombardement « déguisée, silencieuse et sans médias » menée par les États-Unis, qui a détruit Raqqa, Mossoul et plusieurs autres villes syriennes et irakiennes avec plus de 100 000 bombes et missiles depuis 2014.

Les habitants de Mossoul, Raqqa, Kobané, Syrte, Falloujah, Ramadi, Tawergha et Deir ez-Zor sont morts comme des arbres abattus dans une forêt où il n’y avait pas de reporters ou d’équipes de télévision occidentaux pour enregistrer leur massacre. Comme Harold Pinter l’a demandé dans son discours d’acceptation du prix Nobel en 2005,

« Ont-ils eu lieu ? Et sont-ils dans tous les cas imputables à la politique étrangère des États-Unis ? La réponse est oui, ils ont eu lieu, et ils sont dans tous les cas attribuables à la politique étrangère américaine. Mais vous ne le sauriez pas. Ça n’est jamais arrivé. Il ne s’est jamais rien passé. Même quand ça arrivait, ça n’arrivait pas. Ça n’avait pas d’importance. Ça n’avait aucun intérêt. »

Pour plus de détails sur le rôle crucial que les États-Unis ont joué dans chacune de ces guerres, veuillez lire mon article Giving War Too Many Chances, publié en janvier 2018.

Libye

La seule justification légale pour l’OTAN et ses alliés monarchistes arabes pour avoir largué au moins 7 700 bombes et missiles sur la Libye et l’avoir envahie avec des forces d’opérations spéciales à partir de février 2011 était la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui autorisait « toutes les mesures nécessaires » dans le but strictement défini de protéger les civils en Libye.

Mais la guerre a au contraire tué beaucoup plus de civils que n’importe quelle estimation du nombre de personnes tuées lors de la rébellion initiale en février et mars 2011, qui allait de 1 000 (une estimation de l’ONU) à 6 000 (selon la Ligue libyenne des droits de l’homme). La guerre a donc clairement échoué dans son objectif déclaré et autorisé de protéger les civils, même si elle a atteint un objectif différent et non autorisé : le renversement illégal du gouvernement libyen.

La résolution 1973 du Conseil de Sécurité interdisait expressément « une force d’occupation étrangère de quelque forme que ce soit sur une partie quelconque du territoire libyen ». Mais l’OTAN et ses alliés ont lancé une invasion secrète de la Libye par des milliers de soldats qataris et des forces d’opérations spéciales occidentales, qui ont planifié l’avancée des rebelles à travers le pays, appelé à des frappes aériennes contre les forces gouvernementales et dirigé l’assaut final contre le quartier général militaire de Bab al-Aziziya à Tripoli.

Le chef d’état-major du Qatari, le général de division Hamad bin Ali al-Atiya, a fièrement déclaré,

« Nous étions avec eux et le nombre de Qataris sur le terrain se chiffrait par centaines dans chaque région. La formation et les communications étaient entre les mains du Qatar. Le Qatar… a supervisé les plans des rebelles parce qu’il s’agissait de civils et qu’ils n’avaient pas assez d’expérience militaire. Nous avons servi de lien entre les rebelles et les forces de l’OTAN. »

Selon des informations crédibles, un officier de sécurité français aurait même livré le coup de grâce qui a tué le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, après qu’il a été capturé, torturé et sodomisé avec un couteau par les « rebelles de l’OTAN ».

Une enquête de la commission parlementaire des affaires étrangères au Royaume-Uni en 2016 a conclu qu’une « intervention limitée pour protéger les civils s’est transformée en une politique opportuniste de changement de régime par des moyens militaires », entraînant « l’effondrement politique et économique, les affrontements inter milices et inter-tribaux, les crises humanitaires et migratoires, les violations généralisées des droits de l’homme, la dissémination des armes du régime Kadhafi dans la région et la croissance de l’État islamique en Afrique du Nord ».

 

Rapports passifs sur les décès de civils en Libye

Une fois le gouvernement libyen renversé, les journalistes ont tenté de s’informer sur le sujet sensible de la mort de civils, si crucial pour les justifications juridiques et politiques de la guerre. Mais le National Transitional Council (NTC), le nouveau gouvernement instable formé par des exilés et des rebelles soutenus par l’Occident, a cessé de publier des estimations publiques des victimes et a ordonné au personnel hospitalier de ne pas divulguer des informations aux journalistes.

Un chef rebelle a estimé en août 2011 que 50 000 Libyens avaient été tués. Puis, le 8 septembre 2011, Naji Barakat, le nouveau ministre de la santé du NTC, a publié une déclaration selon laquelle 30 000 personnes avaient été tuées et 4 000 autres étaient portées disparues, d’après une enquête menée auprès des hôpitaux, des responsables locaux et des commandants rebelles dans la majorité du pays que le NTC contrôlait alors. Il a dit qu’il faudrait plusieurs semaines de plus pour terminer le recensement, de sorte qu’il s’attendait à ce que le chiffre final soit plus élevé.

La déclaration de Barakat ne comportait pas de dénombrement distinct des combattants et des civils. Mais il a déclaré qu’environ la moitié des 30 000 morts signalés étaient des troupes loyales au gouvernement, dont 9 000 membres de la Brigade Khamis, dirigée par Khamis, le fils de Khadafi. Barakat a demandé au public de signaler les décès dans leur famille et les détails sur les personnes disparues lorsqu’ils sont venus à la mosquée pour prier ce vendredi. L’estimation du NTC de 30 000 personnes tuées semblait se composer principalement de combattants des deux côtés.

L’enquête la plus complète sur les morts de guerre depuis la fin de la guerre de 2011 en Libye est une « étude épidémiologique communautaire » intitulée « Conflit armé libyen 2011 : Mortalité, blessures et déplacements de population ». Elle a été rédigée par trois professeurs de médecine de Tripoli et publiée dans le Journal africain de médecine d’urgence en 2015.

Les auteurs ont pris les données sur les morts, les blessés et les déplacements de guerre recueillies par le ministère du Logement et de la planification, et ont envoyé des équipes pour mener des entretiens en face à face avec un membre de chaque famille afin de vérifier combien de membres de leur ménage avaient été tués, blessés ou déplacés. Ils n’ont pas essayé de séparer le meurtre de civils de la mort des combattants.

Ils n’ont pas non plus essayé d’estimer statistiquement les décès non déclarés précédemment par le biais de la méthode de « l’enquête par sondage en grappes » de l’étude du Lancet en Irak. Mais l’étude sur le conflit armé libyen est le bilan le plus complet des décès confirmés pendant la guerre en Libye jusqu’en février 2012, et elle a confirmé la mort d’au moins 21 490 personnes.

En 2014, le chaos et les combats entre factions en Libye se sont transformés en ce que Wikipédia appelle aujourd’hui une deuxième guerre civile libyenne. Un groupe appelé Libya Body Count (LBC) a commencé à comptabiliser les morts violentes en Libye, sur la base de rapports des médias, sur le modèle de l’Iraq Body Count (IBC). Mais le LBC ne l’a fait que pendant trois ans, de janvier 2014 à décembre 2016. Il a compté 2 825 décès en 2014, 1 523 en 2015 et 1 523 en 2016. (Le site Web du LBC indique que ce n’est qu’une coïncidence si le nombre est identique en 2015 et 2016).

Le projet ACLED (Armed Conflict Location and Event Data), basé au Royaume-Uni, a également permis de compter les morts violentes en Libye. L’ACLED a compté 4 062 décès en 2014-16, contre 5 871 par le LBC Pour les périodes restantes entre mars 2012 et mars 2018 que LBC n’a pas couvertes, l’ACLED a compté 1 874 décès.

Si le LBC avait couvert l’ensemble de la période depuis mars 2012 et avait trouvé le même nombre proportionnellement plus élevé qu’ACLED en 2014-16, il aurait compté 8 580 personnes tuées.

 

Estimation du nombre de personnes réellement tuées en Libye

En combinant les chiffres de l’étude sur le conflit armé libyen de 2011 et nos projections combinées du nombre de morts du LBC et de l’ACLED, on obtient un total de 30 070 décès signalés passivement depuis février 2011.

L’étude du Lybian Armed Conflict (LAC) était basée sur des données officielles dans un pays qui n’avait pas eu de gouvernement stable et unifié depuis environ 4 ans, tandis que Libya Body Count était un effort naissant pour imiter l’Iraq Body Count qui essayait de jeter un filet plus large en ne s’appuyant pas uniquement sur des sources d’information en anglais.

En Irak, le ratio entre l’étude de 2006 du Lancet et celle de l’Iraq Body Count était plus élevé parce que l’IBC ne comptait que des civils, alors que l’étude du Lancet comptait des combattants irakiens ainsi que des civils. Contrairement à l’Iraq Body Count, nos deux principales sources passives en Libye comptaient à la fois les civils et les combattants. D’après les descriptions d’une ligne de chaque incident dans la base de données du Libya Body Count, le total de LBC semble inclure environ une moitié de combattants et une moitié de civils.

Les pertes militaires sont généralement comptées avec plus de précision que les pertes civiles, et les forces militaires ont intérêt à évaluer avec exactitude les pertes ennemies ainsi qu’à identifier les leurs. Le contraire est vrai pour les victimes civiles, qui sont presque toujours la preuve de crimes de guerre que les forces qui les ont tuées ont tout intérêt à supprimer.

Ainsi, en Afghanistan et au Pakistan, j’ai traité séparément les combattants et les civils, en appliquant les rapports typiques entre les rapports passifs et les études de mortalité aux civils uniquement, tout en acceptant les décès des combattants tels qu’ils ont été signalés passivement.

Mais les forces qui combattent en Libye ne sont pas une armée nationale dotée d’une chaîne de commandement et d’une structure organisationnelle strictes qui permettent de rendre compte avec précision des pertes militaires dans d’autres pays et conflits, de sorte que les décès de civils et de combattants semblent être largement sous-estimés par mes deux principales sources, l’étude du Libya Armed Conflict et celle du Libya Body Count. En fait, les estimations du National Transitional Council (NTC) d’août et septembre 2011 de 30 000 morts étaient déjà beaucoup plus élevées que le nombre de morts de guerre dans l’étude du Lybian Armed Conflict.

Lorsque l’étude de 2006 du Lancet sur la mortalité en Irak a été publiée, elle a révélé 14 fois le nombre de décès figurant sur la liste de décès de civils de l’Iraq Body Count. Mais l’IBC a découvert plus tard d’autres décès de cette période, ce qui a réduit le rapport entre l’estimation de l’étude du Lancet et le compte révisé de l’IBC à 11,5:1.

Les totaux combinés de l’étude Libya Armed Conflict 2011 et Libya Body Count semblent représenter une plus grande proportion du nombre total de morts violentes que le nombre de morts en Irak, principalement parce que le LAC et le LBC ont compté les combattants ainsi que les civils, et parce que Libya Body Count a inclus les décès signalés dans les sources de nouvelles en arabe, alors que l’Iraq Body Count s’appuie presque entièrement sur les sources de nouvelles en anglais et exige généralement « un minimum de deux sources de données indépendantes » avant d’enregistrer chaque décès.

Dans d’autres conflits, les rapports passifs n’ont jamais réussi à compter plus d’un cinquième des décès découverts par des études épidémiologiques complètes et « actives ». Compte tenu de tous ces facteurs, le nombre réel de personnes tuées en Libye semble se situer entre cinq et douze fois le nombre compté par l’étude Libya Armed Conflict 2011, Libya Body Count et ACLED [Armed Conflict Location and Event Data Project, NdT].

J’estime donc qu’environ 250 000 Libyens ont été tués dans la guerre, la violence et le chaos que les États-Unis et leurs alliés ont déclenché en Libye en février 2011, et qui se poursuit encore aujourd’hui. Si l’on prend les ratios 5:1 et 12:1 par rapport aux décès comptés passivement comme limites extérieures, le nombre minimum de personnes qui ont été tuées serait de 150 000 et le maximum serait de 360 000.

 

Syrie

Le rôle « déguisé, discret et sans médias » des États-Unis en Syrie a commencé fin 2011 avec une opération de la CIA pour faire passer en Syrie des combattants étrangers et des armes à travers la Turquie et la Jordanie, travaillant avec le Qatar et l’Arabie saoudite pour militariser les troubles qui ont commencé avec les protestations pacifiques du printemps arabe contre le gouvernement baasiste syrien.

Les groupes politiques syriens, pour la plupart de gauche et démocratiques, qui coordonnaient les manifestations non-violentes en Syrie en 2011, se sont fortement opposés à ces efforts étrangers pour déclencher une guerre civile, et ont publié des déclarations fortes contre la violence, le sectarisme et l’intervention étrangère.

Mais même si un sondage d’opinion parrainé par le Qatar en décembre 2011 a révélé que 55 % des Syriens soutenaient leur gouvernement, les États-Unis et leurs alliés étaient déterminés à adapter leur modèle de changement de régime libyen à la Syrie, sachant très bien, dès le départ, que cette guerre serait beaucoup plus sanglante et plus destructrice.

La CIA et ses partenaires monarchistes arabes ont finalement acheminé des milliers de tonnes d’armes et des milliers de jihadistes étrangers liés à Al-Qaïda en Syrie. Les armes sont venues d’abord de Libye, puis de Croatie et des Balkans. Elles comprenaient des obusiers, des lanceurs de missiles et d’autres armes lourdes, des fusils de précision, des grenades propulsées par fusée, des mortiers et des armes légères, et les États-Unis ont fini par fournir directement de puissants missiles antichars.

Pendant ce temps, au lieu de coopérer avec les efforts de Kofi Annan soutenus par l’ONU pour ramener la paix en Syrie en 2012, les États-Unis et leurs alliés ont organisé trois conférences des « Amis de la Syrie », où ils ont poursuivi leur propre « Plan B », promettant un soutien toujours plus grandissant aux rebelles de plus en plus dominés par Al-Qaïda. Kofi Annan a quitté son rôle ingrat avec dégoût après que la secrétaire d’État Clinton et ses alliés britanniques, français et saoudiens ont cyniquement sapé son plan de paix.

Le reste, comme on dit, c’est de l’histoire, une histoire de violence et de chaos sans cesse grandissant qui a entraîné les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Russie, l’Iran et tous les voisins de la Syrie dans un tourbillon sanglant. Comme l’a fait remarquer Phyllis Bennis de l’Institute for Policy Studies, ces puissances extérieures ont toutes été prêtes à se battre pour la Syrie « jusqu’au dernier Syrien ».

La campagne de bombardements que le président Obama a lancée contre l’État islamique en 2014 est la campagne de bombardements la plus intense depuis la guerre des États-Unis au Vietnam, avec plus de 100 000 bombes et missiles largués sur la Syrie et l’Irak. Patrick Cockburn, le correspondant chevronné au Moyen-Orient du journal britannique Independent, s’est récemment rendu à Raqqa, ancienne 6e ville de Syrie, et a écrit que « La destruction est totale ».

« Dans d’autres villes syriennes bombardées au point d’être oblitérées, il y a au moins un district qui a survécu intact », a écrit Cockburn. « C’est le cas même à Mossoul en Irak, bien qu’une grande partie ait été réduite en décombres. Mais à Raqqa, les dommages et la démoralisation sont omniprésents. Quand quelque chose fonctionne, comme un seul feu de circulation, le seul à le faire dans la ville, les gens expriment leur surprise. »

 

Estimation des morts violentes en Syrie

Toutes les estimations publiques du nombre de personnes tuées en Syrie que j’ai trouvées proviennent directement ou indirectement de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (SOHR), dirigé par Rami Abdulrahman, à Coventry, au Royaume-Uni. Son travail est financé en partie par l’Union européenne et en partie par le gouvernement du Royaume-Uni.

Wikipédia cite le Syrian Centre for Policy Research comme source séparée avec une estimation de mortalité plus élevée, mais il s’agit en fait d’une projection à partir des chiffres du SOHR. Les estimations plus basses de l’ONU semblent également reposer principalement sur les rapports du SOHR.

Le SOHR a été critiqué pour son point de vue ouvertement pro-opposition, ce qui a conduit certains à remettre en question l’objectivité de ses données. Il semble avoir sous-estimé le nombre de civils tués par les frappes aériennes américaines, mais cela pourrait aussi être dû à la difficulté et au danger de faire des reportages à partir d’un territoire tenu par l’EI, comme cela a également été le cas en Irak.

Le SOHR reconnaît que son dénombrement ne peut être une estimation totale de toutes les personnes tuées en Syrie. Dans son rapport le plus récent, en mars 2018, il a ajouté 100 000 à son décompte pour compenser la sous-déclaration, 45 000 autres pour tenir compte des prisonniers tués ou disparus sous la garde du gouvernement et 12 000 pour les personnes tuées ou disparues sous la garde de l’État islamique ou d’autres rebelles.

Abstraction faite de ces ajustements, le rapport du SOHR de mars 2018 fait état de la mort de 353 935 combattants et civils en Syrie. Ce total comprend 106 390 civils, 63 820 soldats syriens, 58 130 membres de milices pro-gouvernementales (dont 1 630 du Hezbollah et 7 686 autres étrangers), 63 360 membres de l’État islamique, Jabhat Fateh al-Sham (anciennement Jabhat al-Nosra) et autres djihadistes islamistes, 62 039 autres combattants antigouvernementaux et 196 corps non identifiés.

Si l’on répartit ce chiffre entre civils et combattants, cela représente 106 488 civils et 247 447 combattants tués (les 196 corps non identifiés étant divisés également), dont 63 820 soldats de l’armée syrienne.

Le dénombrement du SOHR n’est pas une enquête statistique complète comme l’étude de 2006 du Lancet en Irak. Mais indépendamment de son point de vue favorable aux rebelles, le SOHR semble être l’un des efforts les plus complets pour « compter passivement » les morts dans toutes les guerres récentes.

Comme les institutions militaires dans d’autres pays, l’armée syrienne conserve probablement des chiffres assez précis sur les pertes de ses propres troupes. En excluant les pertes militaires réelles, il serait sans précédent pour le SOHR d’avoir compté plus de 20 % des autres personnes tuées pendant la guerre civile en Syrie. Mais les rapports du SOHR pourraient bien être aussi précis que tous les efforts précédents pour compter les morts par des méthodes « passives ».

Si l’on prend les chiffres rapportés passivement par le SOHR pour les morts de guerre non militaires comme 20% du total réel des morts, cela signifierait que 1,45 million de civils et de combattants non militaires ont été tués. Après avoir ajouté à ce nombre les 64 000 soldats syriens tués, j’estime qu’environ 1,5 million de personnes ont été tuées en Syrie.

Si le SOHR a eu de meilleurs résultats que tous les efforts « passifs » précédents pour compter les morts dans une guerre, et a compté 25% ou 30% des personnes tuées, le nombre réel de personnes tuées pourrait être aussi bas que 1 million. S’il n’a pas eu d’aussi bons résultats qu’il n’y paraît, et que son compte est plus proche de ce qui a été typique dans d’autres conflits, alors jusqu’à 2 millions de personnes pourraient bien avoir été tuées.

 

Somalie

La plupart des Américains se souviennent de l’intervention américaine en Somalie qui a conduit à l’incident du « Black Hawk Down » [ou « bataille de Mogadiscio » (3-4 octobre 1993) ; cette bataille sera traumatisante pour l’opinion publique américaine, notamment à la suite de la diffusion d’images télévisées de cadavres de soldats américains traînés par des voitures dans les rues de la ville, NdT], et au retrait des troupes américaines en 1993. Mais la plupart des Américains ne se souviennent pas, ou n’ont peut-être jamais su, que les États-Unis ont fait une autre intervention « déguisée, silencieuse et sans médias » en Somalie en 2006, à l’appui d’une invasion militaire éthiopienne.

La Somalie commençait à se « tirer d’affaire » sous la gouvernance de l’Union des tribunaux islamiques (UTI), une union de tribunaux traditionnels locaux qui ont accepté de travailler ensemble pour gouverner le pays. L’UTI s’est alliée à un seigneur de guerre à Mogadiscio et a vaincu les autres seigneurs de guerre qui avaient dirigé des fiefs privés depuis l’effondrement du gouvernement central en 1991. Les gens qui connaissaient bien le pays ont salué l’UTI comme une évolution porteuse d’espoir pour la paix et la stabilité en Somalie.

Mais dans le contexte de sa « guerre contre le terrorisme », le gouvernement américain a identifié l’Union des tribunaux islamiques comme un ennemi et une cible pour une action militaire. Les États-Unis se sont alliés à l’Éthiopie, rival régional traditionnel de la Somalie (et pays majoritairement chrétien), et ont mené des frappes aériennes et des opérations spéciales pour soutenir une invasion éthiopienne de la Somalie afin de déloger l’UTI du pouvoir. Comme dans tous les autres pays où les États-Unis et leurs mandataires ont envahi le pays depuis 2001, cela a eu pour effet de plonger la Somalie dans la violence et le chaos qui persistent encore aujourd’hui.

 

Estimation du nombre de victimes en Somalie

Selon des sources passives, le nombre de morts violentes en Somalie depuis l’invasion éthiopienne soutenue par les États-Unis en 2006 s’élève à 20 171 (Uppsala Conflict Data Program (UCDP) – jusqu’en 2016) et 24 631 (Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED)). Mais une ONG locale primée, le Elman Peace and Human Rights Centre à Mogadiscio, qui n’a suivi les décès que pour 2007 et 2008, a compté 16 210 morts violentes au cours de ces deux années seulement, soit 4,7 fois le nombre compté par l’UCDP et 5,8 fois le décompte de l’ACLED pour ces deux années.

En Libye, Lybia Body Count n’a compté que 1,45 fois plus de morts que l’ACLED. En Somalie, Elman Peace a compté 5,8 fois plus que l’ACLED – la différence entre les deux était 4 fois plus grande. Cela suggère que le comptage d’Elman Peace était environ deux fois plus minutieux que celui du Lybia Body Count, alors que l’ACLED semble être environ à moitié moins efficace pour compter les morts de guerre en Somalie qu’en Libye.

L’UCDP a enregistré un nombre de décès plus élevé que l’ACLED de 2006 à 2012, tandis que l’ACLED a publié des chiffres plus élevés que l’UCDP depuis 2013. La moyenne de leurs deux dénombrements donne un total de 23 916 décès violents de juillet 2006 à 2017. Si Elman Peace avait continué à compter les morts de guerre et avait continué à trouver 5,25 fois (la moyenne de 4,7 et 5,8) fois le nombre trouvé par ces groupes de surveillance internationaux, il aurait déjà compté environ 125 000 morts violentes depuis l’invasion de l’Éthiopie soutenue par les États-Unis en juillet 2006.

Mais si Elman Peace a compté beaucoup plus de morts que l’UCDP ou l’ACLED, il ne s’agissait encore que d’un comptage « passif » des morts de guerre en Somalie. Pour estimer le nombre total de morts de guerre qui ont résulté de la décision des États-Unis de détruire le jeune gouvernement somalien de l’UTI, nous devons multiplier ces chiffres par un rapport qui se situe quelque part entre ceux trouvés dans d’autres conflits, entre 5:1 et 20:1.

L’application d’un ratio de 5:1 à ma projection de ce que le Projet Elman aurait pu compter à ce jour donne un total de 625 000 décès. L’application d’un ratio de 20:1 aux dénombrements beaucoup plus faibles de l’UCDP et de l’ACLED donnerait un chiffre inférieur de 480 000.

Il est très peu probable que le projet Elman ait compté plus de 20 % des décès réels dans toute la Somalie. D’autre part, l’UCDP et l’ACLED ne comptaient que les rapports de décès en Somalie à partir de leurs bases en Suède et au Royaume-Uni, sur la base de rapports publiés, de sorte qu’il est fort possible qu’ils aient compté moins de 5 % des décès réels.

Si le projet Elman n’a comptabilisé que 15 % du total des décès au lieu de 20 %, cela suggère que 830 000 personnes ont été tuées depuis 2006. Si les chiffres de l’UCDP et de l’ACLED ont compté plus de 5 % du total des décès, le total réel pourrait être inférieur à 480 000. Mais cela impliquerait que le Projet Elman ait recensé une proportion encore plus élevée de décès réels, ce qui serait sans précédent pour un tel projet.

J’estime donc que le nombre réel de personnes tuées en Somalie depuis 2006 doit se situer entre 500 000 et 850 000, avec très probablement environ 650 000 morts violentes.

 

Yémen

Les États-Unis font partie d’une coalition qui bombarde le Yémen depuis 2015 dans le but de restaurer le pouvoir de l’ancien président Abdrabbo Mansour Hadi. Hadi a été élu en 2012 après que les protestations du printemps arabe et les soulèvements armés ont forcé le dictateur précédent du Yémen, Ali Abdallah Saleh, soutenu par les États-Unis, à démissionner en novembre 2011.

Le mandat de Hadi était d’élaborer une nouvelle constitution et d’organiser une nouvelle élection dans un délai de deux ans. Il n’a rien fait de tout cela, de sorte que le puissant mouvement zaydite Houthi a envahi la capitale en septembre 2014, a placé Hadi en résidence surveillée et a exigé que lui et son gouvernement remplissent leur mandat et organisent une nouvelle élection.

Les Zaydites [ou Zaïdites, NdT] sont une secte chiite unique qui représente 45 % de la population du Yémen. Les imams zaydites ont gouverné la majeure partie du Yémen pendant plus de mille ans. Les Sunnites et les Zaydites vivent ensemble pacifiquement au Yémen depuis des siècles, les mariages mixtes sont courants et ils prient dans les mêmes mosquées.

Le dernier Imam Zaydite a été renversé lors d’une guerre civile dans les années 1960. Dans cette guerre, les Saoudiens ont soutenu les royalistes Zaydites, tandis que l’Égypte a envahi le Yémen pour soutenir les forces républicaines qui ont fini par former la République arabe du Yémen en 1970.

En 2014, Hadi a refusé de coopérer avec les Houthis et a démissionné en janvier 2015. Il s’est enfui à Aden, sa ville natale, puis en Arabie saoudite, qui a lancé une campagne de bombardements sauvage soutenue par les États-Unis et un blocus naval pour tenter de le restaurer au pouvoir.

Bien que l’Arabie saoudite mène la plupart des frappes aériennes, les États-Unis ont vendu la plupart des avions, bombes, missiles et autres armes qu’elle  utilise. Le Royaume-Uni est le deuxième fournisseur d’armes des Saoudiens. Sans le renseignement par satellite des États-Unis et le ravitaillement en vol, l’Arabie saoudite ne pourrait pas effectuer des frappes aériennes dans tout le Yémen comme elle le fait actuellement. Ainsi, le blocage des armes, du ravitaillement en vol et du soutien diplomatique américains pourraient être décisifs pour mettre fin à la guerre.

 

Estimation des victimes de la guerre au Yémen

Les estimations publiées des décès dus à la guerre au Yémen sont basées sur des enquêtes régulières menées dans les hôpitaux de ce pays par l’Organisation mondiale de la santé, souvent relayées par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (BCAH). Selon les estimations les plus récentes, à partir de décembre 2017, 9 245 personnes ont été tuées, dont 5 558 civils.

Mais le rapport du BCAH de décembre 2017 contenait une note selon laquelle « en raison du nombre élevé d’établissements de santé qui ne fonctionnent pas ou qui fonctionnent partiellement en raison du conflit, ces chiffres sont sous-déclarés et probablement plus élevés ».

Même lorsque les hôpitaux sont pleinement opérationnels, de nombreuses personnes tuées à la guerre ne se rendent jamais à l’hôpital. Plusieurs hôpitaux du Yémen ont été frappés par des frappes aériennes saoudiennes, il y a un blocus naval qui restreint les importations de médicaments, et les approvisionnements en électricité, eau, nourriture et carburant ont tous été affectés par les bombardements et le blocus. Ainsi, les synthèses de l’OMS sur les rapports de mortalité des hôpitaux sont susceptibles de ne représenter qu’une petite fraction du nombre réel de personnes tuées.

L’ACLED rapporte un chiffre légèrement inférieur à celui de l’OMS : 7 846 jusqu’à la fin de 2017. Mais contrairement à l’OMS, l’ACLED dispose de données à jour pour 2018 et fait état de 2 193 autres décès depuis janvier. Si l’OMS continue de déclarer 18 % de décès de plus que l’ACLED, le total de l’OMS jusqu’à présent serait de 11 833.

Même le MCAH et l’OMS reconnaissent une sous-déclaration importante des décès dus à la guerre au Yémen, et le rapport entre les rapports passifs de l’OMS et les décès réels semble se situer à l’extrémité supérieure de la fourchette observée dans d’autres guerres, qui varie entre 5:1 et 20:1. J’estime qu’environ 175 000 personnes ont été tuées – 15 fois le nombre rapporté par l’OMS et l’ACLED – avec un minimum de 120 000 et un maximum de 240 000.

 

Le véritable coût humain des guerres américaines

Au total, dans les trois parties de ce rapport, j’ai estimé que les guerres qui ont suivi les attentats du 11 septembre ont tué environ 6 millions de personnes. Peut-être que le nombre réel n’est que de 5 millions. Ou peut-être que c’est 7 millions. Mais je suis tout à fait certain qu’il s’agit de plusieurs millions.

Il ne s’agit pas seulement de centaines de milliers, comme le croient de nombreuses personnes par ailleurs bien informées, car les compilations de « reportages passifs » ne peuvent jamais représenter plus qu’une fraction du nombre réel de personnes tuées dans les pays qui vivent dans le genre de violence et de chaos que l’agression de notre pays leur a infligé depuis 2001.

Les rapports systématiques de l’Observatoire syrien des droits de l’homme ont certainement permis de saisir une fraction plus importante des décès réels que le petit nombre d’enquêtes terminées qui sont présentées de manière trompeuse comme des estimations de la mortalité par la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan. Mais tous deux ne représentent encore qu’une fraction du nombre total de décès.

Et le nombre réel de personnes tuées n’est certainement pas dans les dizaines de milliers, comme la plupart des gens aux États-Unis et au Royaume-Uni ont été amenés à le croire, selon les sondages d’opinion.

Nous avons besoin de toute urgence d’experts en santé publique pour mener des études exhaustives sur la mortalité dans tous les pays où les États-Unis ont sombré dans la guerre depuis 2001, afin que le monde puisse réagir de façon appropriée à l’ampleur réelle des morts et des destructions causées par ces guerres.

Comme Barbara Lee a prévenu ses collègues avant de voter de manière dissidente en 2001, nous sommes « devenus le mal que nous déplorons ». Mais ces guerres n’ont pas été accompagnées d’effrayants défilés militaires (pas encore) ou de discours sur la conquête du monde. Au lieu de cela, elles ont été politiquement justifiées grâce à une « guerre de l’information » pour diaboliser les ennemis et fabriquer des crises, puis elles ont été menées d’une manière « déguisée, silencieuse, libre de médias », pour cacher leur coût en sang humain au public américain et au monde entier.

Après 16 ans de guerre, environ 6 millions de morts violentes, 6 pays complètement détruits et beaucoup plus déstabilisés, il est urgent que le public américain reconnaisse le véritable coût humain des guerres de notre pays et la façon dont nous avons été manipulés et induits en erreur pour fermer les yeux – avant qu’ils ne continuent encore plus longtemps, détruisent davantage de pays, sapent davantage l’état de droit international et tuent des millions d’autres de nos semblables.

Comme l’a écrit Hannah Arendt dans Les origines du totalitarisme« Nous ne pouvons plus nous permettre de prendre ce qui est bon dans le passé et de l’appeler simplement notre héritage, de rejeter le mauvais et de le considérer simplement comme un poids mort qui, par lui-même, s’enterrera dans l’oubli. Le courant souterrain de l’histoire occidentale a fini par remonter à la surface et a ravi la dignité de notre tradition. C’est la réalité dans laquelle nous vivons. »

 

 

L’armée étasunienne lâche une bombe toutes les 12 minutes et personne n’en parle

par Lee Camp

22 juin 2018

Source : http://lesakerfrancophone.fr/larmee-etasunienne-lache-une-bombe-toutes-les-12-minutes-et-personne-nen-parle

Traduit par Wayan, relu par Cat, vérifié par Diane pour le Saker Francophone.

Source originaire : Zero hedge

https://www.zerohedge.com/news/2018-06-22/trumps-military-drops-bomb-every-12-minutes-and-no-one-talking-about-it

 

 

Nous vivons dans un état de guerre perpétuelle, et pourtant nous ne la ressentons jamais. Pendant que vous léchez votre glace dans un endroit branché où ils mettent ces jolies petites feuilles de menthe sur le côté, quelqu’un est bombardé en votre nom. Pendant que vous discutez avec l’adolescent de 17 ans au cinéma qui vous a donné un petit pop-corn alors que vous avez payé pour un grand, quelqu’un est en train d’être oblitéré en votre nom. Pendant que nous dormons, mangeons, faisons l’amour et protégeons nos yeux par une journée ensoleillée, la maison, la famille, la vie et le corps de quelqu’un sont soufflés en mille morceaux, en nos noms. Et cela, toutes les 12 minutes. 

L’armée américaine laisse tomber des explosifs avec une intensité difficile à comprendre, une toutes les 12 minutes. Et c’est étrange, parce que techniquement, nous sommes en guerre – laissez-moi y réfléchir – avec aucun pays. Cela devrait donc signifier qu’aucune bombe n’est larguée, n’est-ce pas ?

Pourtant, non ! Vous faite l’erreur classique de confondre notre monde avec une sorte de monde rationnel et cohérent dans lequel notre complexe militaro-industriel est sous contrôle, l’industrie de la musique est basée sur le mérite et le talent, les Legos ont des bords doucement arrondis (donc quand vous marchez dessus pieds nus, cela ne ressemble pas à une balle perforante et blindée tirée directement dans votre sphincter), et les humains font face aux changements climatiques comme des adultes plutôt que d’enterrer leurs têtes dans le sable tout en essayant de se convaincre que le sable n’est pas vraiment plus chaud.

Vous pensez à un monde rationnel. Mais nous ne vivons pas dans un tel monde.

Nous vivons plutôt dans un monde où le Pentagone est complètement hors de contrôle. Il y a quelques semaines, j’écrivais au sujet des 21 mille milliards de dollars (ce n’est pas une coquille) qui ont disparu du Pentagone. Mais je ne suis pas entré dans le nombre de bombes que cette somme d’argent ridicule permet de nous acheter. Les militaires du président George W. Bush ont largué 70 000 bombes sur cinq pays. Mais de ce nombre scandaleux, seulement 57 de ces bombes ont vraiment bouleversé la communauté internationale.

Parce qu’il y a eu 57 frappes au Pakistan, en Somalie et au Yémen, pays avec lesquels les États-Unis n’étaient ni en guerre ni en conflit permanent. Et le monde a été horrifié. On a beaucoup parlé de cette manière : « Attendez une seconde. Nous bombardons des pays qui ne sont pas des zones de guerre ? Est-il possible que ce soit une pente glissante qui se terminerait par le fait de bombarder en permanence ? (Pause gênante.) …. Nah. Quel que soit le président qui suivra Bush, ce sera un adulte normal (avec un cerveau fonctionnel) et il arrêtera donc cette folie. »

Nous étions si mignons et si naïfs à l’époque, comme un chaton qui se réveille le matin.

Le Bureau du journalisme d’investigation a rapporté que sous le président Barack Obama, il y a eu « 563 frappes, en grande partie par des drones, qui ont touché le Pakistan, la Somalie et le Yémen. … ».

Ce n’est pas seulement le fait que bombarder à l’extérieur d’une zone de guerre est une horrible violation du droit international et des normes mondiales. C’est aussi le ciblage moralement répréhensible de personnes pour suspicion de crime, ce que nous faisons, et ce contre quoi le film Minority Report de Tom Cruise nous avait mis en garde. (Les humains sont très mauvais pour suivre les conseils des livres de science-fiction. Si nous avions écouté 1984, nous n’aurions pas permis l’existence de l’Agence de sécurité nationale. Si nous avions écouté The Terminator, nous n’aurions pas permis l’existence d’une guerre de drones. Et si nous avions écouté The Matrix, nous n’aurions pas permis à la grande majorité des humains de se perdre dans une réalité virtuelle de spectacle et de non-sens insipides alors que les océans se meurent dans un marécage de déchets plastiques. … Mais tu sais, qui s’en occupe ?)

Il y a eu un black-out médiatique pendant qu’Obama était président. On peut compter sur les doigts d’une main le nombre de reportages dans les médias grand public sur les campagnes quotidiennes de bombardement du Pentagone sous Obama. Et même lorsque les médias en ont parlé, le sentiment sous-jacent était « Oui, mais regardez comme Obama est cool quand il donne son accord pour une destruction sans fin. C’est le Steve McQueen de la mort par le ciel. »

Et prenons un moment pour en terminer avec cette idée que notre « armement technologique » ne touche que les méchants. Comme l’a dit David DeGraw, « Selon les documents de la C.I.A., les personnes figurant sur la liste des personnes à tuer, celles qui étaient ciblées pour une ‘mort par drone’, ne représentent que 2% des décès causés par les frappes de drone ».

Deux pour cent. Vraiment, le Pentagone ? Tu n’as qu’un 2 au test ? Alors qu’on obtient cinq points rien qu’en épelant son nom.

Mais ces 70 000 bombes larguées par Bush, c’était qu’un jeu d’enfant. DeGraw à nouveau : « Obama a largué 100 000 bombes, sur sept pays. Il a dépassé Bush de 30 000 bombes et 2 pays. »

Vous devez admettre que c’est une horreur impressionnante. Cela place Obama dans le groupe très élitiste des lauréats du prix Nobel de la paix qui ont tué plein de civils innocents. Ce groupe n’est formé que par lui et Henry Kissinger, portant de petits badges écrits à la main et grignotant des œufs à la diable.

Et puis, nous savons maintenant que le gouvernement de Donald Trump fait honte à tous ces précédents présidents. Les chiffres du Pentagone montrent qu’au cours des huit années de son mandat, George W. Bush a largué en moyenne 24 bombes par jour, soit 8 750 par an. Au cours du mandat de B. Obama, ses militaires ont largué 34 bombes par jour, soit 12 500 par an. Au cours de la première année de mandat de Trump, les militaires ont largué en moyenne 121 bombes par jour, soit un total annuel de 44 096 bombes.

Les militaires de Trump ont largué 44 000 bombes au cours de sa première année au pouvoir.

Il a essentiellement laissé faire le Pentagone, enlevé la laisse d’un chien déjà enragé. Le résultat final est une armée qui se comporte comme Lil Wayne croisé avec Conor McGregor. Vous regardez ailleurs pendant une minute, regardez en arrière et vous dites : « Qu’est-ce que vous venez de faire, bordel ? J’étais parti juste une seconde ! »

Sous Trump, cinq bombes sont larguées par heure – chaque heure de chaque jour. Ça fait en moyenne une bombe toutes les 12 minutes.

Et qu’est-ce qui est le plus scandaleux, la quantité folle de morts et de destruction que nous créons dans le monde entier ou le fait que nos médias grand public n’enquêtent JAMAIS sur le sujet ? Ils parlent des défauts de Trump. Ils disent que c’est un idiot raciste, une grosse tête égocentrique (ce qui est tout à fait exact) – mais ils ne critiquent pas le perpétuel massacre d’Amityville que nos militaires perpétuent en larguant une bombe toutes les 12 minutes, la plupart d’entre elles tuant 98% de personnes qui ne sont pas des cibles.

Quand on a un ministère de la guerre dont le budget n’a aucun compte à rendre – comme nous l’avons vu avec les 21 mille milliards de dollars – et qu’on a un président qui n’a aucun intérêt à superviser le nombre de morts dont le ministère de la guerre est responsable, alors on finit par larguer tellement de bombes que le Pentagone vient de signaler que nous sommes à court de bombes.

Oh, mon Dieu, mon Dieu. Si nous n’avons plus de bombes, comment pouvons-nous empêcher tous ces civils innocents de…. cultiver leurs champs ? Pensez à toutes ces chèvres qui seront autorisées à continuer à vivre.

Et, comme pour les 21 mille milliards de dollars, le sujet semble être « en dehors de tous comptes à rendre ».

Le journaliste Witney Webb écrivait en février : « Chose choquante, plus de 80 pour cent des personnes tuées n’ont jamais été identifiées et les documents de la C.I.A. ont montré qu’ils ne savent même pas qui ils tuent – évitant ainsi la question du signalement des morts civiles en considérant tous ceux qui se trouvent dans la zone de frappe comme des combattants ennemis. »

C’est exact. Nous ne tuons que des combattants ennemis. Comment savoir si ce sont des combattants ennemis ? Parce qu’ils étaient dans notre zone de frappe. Comment savions-nous que c’était une zone de frappe ? Parce qu’il y avait des combattants ennemis. Comment avons-nous découvert qu’il s’agissait de combattants ennemis ? Parce qu’ils étaient dans la zone de frappe. …. Tu veux que je continue, ou t’as déjà compris ? J’ai toute la journée.

Il ne s’agit pas de Trump, même si c’est un maniaque. Il ne s’agit pas d’Obama, même si c’est un criminel de guerre. Il ne s’agit pas de Bush, même s’il a l’intelligence d’un chou bouilli. (Je n’ai pas raconté une blague sur Bush depuis environ huit ans. Je me sens mieux. Peut-être que je devrais y revenir.)

Il s’agit d’un complexe militaro-industriel en délire que notre élite dirigeante est plus qu’heureuse de laisser faire. Presque personne au Congrès ou à la présidence n’essaie de restreindre nos 121 bombes par jour. Presque personne travaillant pour un média grand public n’essaie d’amener les gens à s’en préoccuper.

Une toutes les 12 minutes.

Tu sais où ils frappent ? Qui ils tuent ? Pourquoi ? Cent vingt-et-une bombes par jour déchirent la vie des familles à l’autre bout du monde – en votre nom, en mon nom et au nom de l’ado qui distribue du pop-corn de la mauvaise taille au cinéma.

Nous sommes une nation voyou avec des militaires voyous et une élite dirigeante qui ne rend aucun compte. Le gouvernement et les militaires que vous et moi appuyons en faisant partie de cette société assassinent des gens toutes les 12 minutes et, en réponse, il n’y a rien d’autre qu’un silence fantomatique. C’est indigne de nous, en tant que peuple et espèce, de n’accorder à ce sujet que le silence. C’est un crime contre l’humanité.