Accord-cadre institutionnel Suisse–UE: Stratégie ou confusion ?

par Marianne Wüthrich, docteur en droit

Horizons et débats,

Zurich,

25 juin 2018

https://www.zeit-fragen.ch/fr/ausgaben/2018/nr-14-19-juni-2018/institutioneller-rahmenvertrag-schweiz-eu-strategie-oder-konfusion.html

 

Bien qu’aucun citoyen n’ait jamais vu l’accord planifié par le Conseil fédéral, le noyau dur de l’accord est établi depuis longtemps:  Ce sont la reprise automatique du droit communautaire actuel et futur et la jurisprudence de la Cour de justice européenne.

Cela signifie que le peuple ne serait plus l’organe législatif suprême de la Suisse. Beaucoup de citoyens ne peuvent probablement pas imaginer à quel point notre structure d’Etat démocratique et fédéraliste serait gravement atteinte par un accord institutionnel juridiquement supérieur au droit suisse, d’autant plus que le Conseil fédéral évite soigneusement depuis plusieurs années de rendre public le contenu des négociations.

Le système de l’UE n’est pas compatible avec la structure de l’Etat suisse. Exemple de la directive de l’UE sur les armes

Actuellement, nous constatons cela avec la directive européenne sur les armes. Avec l’Accord de Schengen (Bilatérales II), la Suisse s’est engagée à adopter le futur droit européen. La modification de la législation européenne sur les armes est une adaptation du droit de l’UE concernant Schengen, à laquelle ne s’attendait aucun Suisse ayant accepté en 2004 l’Accord de Schengen lors de la votation.
Il est bien connu que les interdictions et les restrictions sur les armes ne sont d’aucune utilité contre le terrorisme. (La fin des guerres de l’OTAN et de l’UE serait beaucoup plus utile.) Pourtant, l’UE veut imposer des restrictions sur la possession d’armes aux Etats membres de Schengen et donc aussi à la Suisse. Une intervention flagrante dans la tradition du Suisse libre, qui a depuis toujours défendu son pays l’arme à la main. Le 13 février 2011, le peuple a réaffirmé ce point de vue et a rejeté l’initiative populaire fédérale «Pour une protection face à la violence des armes» avec 56,3% des voix.
Il est intéressant de noter que sur ce point, le Conseil fédéral a réussi à faire respecter la volonté du peuple à Bruxelles en insistant sur le fait que les soldats suisses doivent pouvoir conserver leurs armes après la fin de leur service obligatoire. (Apparemment, c’est possible quand le Conseil fédéral se souvient pendant les négociations de quel côté de la table il se trouve.)
Récemment, on a appris que la République tchèque se sentait discriminée par cette exemption pour la Suisse et a donc intenté une action en justice devant la CJCE («Sankt-Galler Tagblatt» du 14/5/18). Et maintenant?
Quoi qu’il en soit, cet exemple montre que l’imposition de directives européennes est incompatible avec la démocratie directe: nous Suisses, nous avons l’habitude de pouvoir voter sur des changements législatifs, et nous voulons continuer à faire usage de ce droit fondamental.

Davantage de sécurité juridique avec un accord-cadre? Pour qui?

Il est étonnant qu’il y ait des Suisses prétendant qu’un accord-cadre apporte «davantage de sécurité juridique». Davantage de sécurité juridique pour qui? Certainement pas pour les citoyens que nous sommes – au contraire, nous n’aurions plus voix au chapitre. Et pour les entreprises suisses ce serait similaire. La sécurité juridique ne peut résulter que d’un accord d’égal à égal. On pourrait penser que nous avons entre-temps suffisamment d’expérience avec l’UE: quand quelque chose ne convient pas à ces messieurs de Bruxelles, ils prennent des mesures, arbitrairement et en violation du contrat.
Exemples:
–    l’expulsion du programme d’échange d’étudiants Erasmus+ en réponse à l’acceptation du souverain suisse de l’initiative contre l’immigration de masse: sans bases légales et sans aucun lien avec le contenu,
–    la limitation temporelle de l’accès à la bourse pour le commerce de titres de l’UE jusqu’à la fin 2018, en réponse au fait que le Conseil fédéral n’aurait pas signé l’accord-cadre assez rapidement: également sans base juridique et sans aucun lien avec le contenu.
Avec un accord-cadre, nous ne serions pas mieux protégés contre ce genre de comportement de grande puissance, bien au contraire. L’objectif de l’accord-cadre est précisément que la Commission européenne et la Cour de justice de l’UE puissent décider si et de quelle manière ils peuvent forcer la Suisse à accepter la bureaucratie de l’UE. L’accord-cadre apporterait certainement davantage de pouvoir à Bruxelles – mais certainement pas davantage de sécurité juridique pour nous Suisses et nos entreprises! Nous exigeons de nos politiciens et de nos autorités de défendre les intérêts du peuple suisse au lieu de se soumettre aux demandes de l’élite bruxelloise.

A quels accords bilatéraux l’accord-cadre s’appliquerait-il? 

Dans les médias, il y a beaucoup de spéculations à ce sujet – mais même sur ce point essentiel, il n’y a pas d’unanimité entre Berne et Bruxelles.
Selon la «Neuer Zürcher Zeitung» du 3 mai, Ignazio Cassis a donné l’impression qu’on s’était mis d’accord: l’accord-cadre concernerait les «accords d’accès au marché» des Bilatérales I, à savoir cinq accords: Libre circulation des personnes, obstacles techniques au commerce, transports aériens et terrestres, et agriculture (seule une partie limitée de l’agriculture est incluse dans les Bilatérales I). En outre, il y a encore l’Accord sur l’électricité préparé par le Conseil fédéral. L’accord agricole, avec lequel le conseiller fédéral Schneider-Ammann menace les paysans, n’est mentionné nulle part pour ne pas effrayer le peuple, mais il ferait également partie de l’accord-cadre.
Selon la «Neue Zürcher Zeitung», Bruxelles veut également inclure l’Accord sur les marchés publics (c’est-à-dire pratiquement tous les accords des Bilatérales I) et même l’Accord de libre-échange (ALE) de 1972, couvrant en réalité tous les échanges commerciaux.
Ce que nous pouvons dire aujourd’hui déjà: l’UE voudra inclure autant de domaines du droit que possible. Cela montre clairement pourquoi le Conseil fédéral ne veut pas divulguer les contenus de l’accord-cadre. Car, si nous citoyens pouvions lire ouvertement dans quels domaines Bruxelles veut s’immiscer, la Berne fédérale pourrait abandonner définitivement son accord-cadre.    •

Principaux accords Suisse–UE

Accord de libre-échange de 1972

Pilier important pour les échanges économiques Suisse–UE, accepté par le peuple avec 72,5% des voix et la majorité des cantons.
Accords bilatéraux I (7 accords)
Adoptés par le peuple comme «paquet» le 21 mai 2000 et en vigueur depuis le 1er juin 2002
•    Libre circulation des personnes
•    Obstacles techniques au commerce
•    Marchés publics
•    Agriculture
•    Transports terrestres
•    Transport aérien
•    Recherche

Accords bilatéraux II (9 accords)

Référendum uniquement contre Schengen/Dublin, adopté par le peuple avec 54,4% des voix le 5 juin 2005
•    Schengen/Dublin
•    Fiscalité de l’épargne
•    Lutte contre la fraude
•    Produits agricoles transformés
•    Environnement
•    Statistique
•    MEDIA (Europe Créative)
•    Pensions
•    Education, formation profes­sionnelle, jeunesse

Informations sur les accords individuels: https://www.eda.admin.ch/dea/fr/home/bilaterale-abkommen/abkommen-umsetzung/)

Histoire d’une campagne médiatique: l’affaire des Casques blancs syriens à Genève

par Guy Mettan,* directeur exécutif du Club de la presse de Genève et président de l’Association internationale des Press Clubs

Source : Horizons et débats, Zurich, 11 juin 2018

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2018/n-13-11-juin-2018/histoire-dune-campagne-mediatique-laffaire-des-casques-blancs-syriens-a-geneve.html

Les récents conflits qui ensanglantent la planète, du Donbass à la Syrie, de l’Afghanistan à la Libye, ont popularisé la notion de guerre hybride. Désormais les guerres ne se limitent plus à un «banal» combat militaire mais se livrent sur tous les plans, militaire, civil, médiatique, économique, social et religieux. La guerre classique, avec hélicoptères, drones téléguidés et kalachnikovs, se double toujours d’une guerre de l’information auprès des opinions publiques par les pays qui télécommandent ces conflits à distance, très loin du front, soit, avant tout, nos démocraties occidentales.

Le conflit syrien, qui dure depuis sept ans et qui recourt à toutes les formes de guerre hybride moderne, est un modèle du genre. En décembre dernier, il a brusquement fait irruption sur la scène suisse, à travers un événement d’apparence banal, à savoir une conférence de presse sur l’organisation syrienne des «Casques blancs», une ONG [Organisation non gouvernementale] fondée en 2013 par un ancien officier britannique et censée secourir les blessés et les victimes civiles des bombardements dans les zones rebelles, candidate au Prix Nobel de la paix, couronnée par un Oscar à Hollywood et habituellement présentée par les médias occidentaux comme un modèle de vertu humanitaire.
Largement financée, à hauteur de plusieurs douzaines de millions de dollars par an par les gouvernements américain, britannique et par les membres de l’OTAN, cette organisation, basée à Londres, jouit d’une forte présence médiatique en Occident et sur la chaîne qatarie Al-Jazeera grâce aux professionnels de la communication qui la conseillent.
Il est certain que les rebelles, islamistes ou non, ont le droit et même le devoir de secourir les blessés et les victimes civiles des combats et que dans ce cadre une organisation telle que les «Casques blancs» est légitime. Toutefois, leur impartialité est fortement contestée par nombre d’observateurs sur le terrain, divers analystes du conflit syrien aux Etats-Unis et, naturellement, par les médias officiels syriens et russes, leur reprochant de venir en aide exclusivement aux organisations rebelles et de servir d’instrument de relations publiques et de promotion de la cause rebelle en Occident. Puis, ils serviraient également de paravent aux combattants armés qui n’hésiteraient pas
à troquer leurs kalachnikov et leurs grenades contre leurs casques blancs dès que le besoin s’en fait sentir et que les caméras tournent.
D’autres arguments, comme l’absence totale de femmes dans leurs rang, et l’impossibilité pratique pour les organisations reconnues de secours aux blessés, telles que Médecins sans frontières et le CICR, d’intervenir dans leurs zones d’activité, jettent également un doute sur leur impartialité, leur indépendance et leur neutralité, qualités qui sont pourtant exigées de la part des ONG humanitaires en Occident.

Conférence de presse avec des intervenants critiques sur le rôle des Casques blancs 

C’est sur cette toile de fond que fin novembre dernier a surgi la polémique qui a plongé le Club suisse de la presse (CSP) que je dirige à Genève dans la tourmente et qu’il me paraît intéressante d’évoquer dans le cadre de cet article. Car, malgré son caractère anecdotique et ses enjeux limités, cette affaire est emblématique du fonctionnement des médias, en particulier lorsqu’ils se placent sur la ligne de démarcation de puissants intérêts internationaux divergents.
Mi-novembre, la Mission permanente de Russie prend contact avec le Club suisse de la presse afin d’organiser une conférence de presse avec trois intervenants critiques sur le rôle effectif des «Casques blancs» dans le conflit syrien. Après discussion, il est prévu d’organiser cette rencontre de presse l’après-midi du mardi 28 novembre, jour de la reprise des négociations sur la Syrie à l’ONU, et de donner la parole à trois personnes: Richard Labévière, ancien journaliste à la SSR, ancien rédacteur en chef à RFI [Radio France internationale], arabisant et spécialiste reconnu du Proche-Orient; Vanessa Beeley, journaliste d’investigation britannique, fille d’un ancien ambassadeur anglais au Moyen-Orient et reporter en Syrie pour le compte de la chaîne russe Russia Today (RT); et le président d’une petite ONG suédoise de médecins pour l’éthique humanitaire.

«Il faut en effet savoir que les médias, comme lors d’une chasse à courre, chassent en meute, chacun cherchant à être le premier à porter le coup fatal. Cet effet de panurgisme est caractéristique du fonctionnement médiatique, chaque média copiant l’autre de peur d’être accusé de complaisance avec la cible ou qu’un concurrent s’empare du trophée.»

Campagne d’intimidation de l’organisation faîtière des Casques blancs

Dès le 21 novembre, alors même que l’invitation publique à la conférence n’avait pas encore été envoyée aux médias, un tweet de la Syria Civil Defence (SCD ou Syrian Campaign), l’organisation faîtière des Casques blancs basée à Londres, me somme de m’expliquer sur cet événement, d’indiquer qui l’organise et pourquoi. Après plusieurs échanges et une fin de non-recevoir (nous n’avons pas à justifier nos choix puisque notre plate-forme est ouverte à tous, y compris aux Casques blancs s’ils le souhaitent) et une proposition de venir s’exprimer à Genève, le SCD étend sa campagne d’intimidation à l’ensemble des membres du comité du Club suisse de la presse. Pendant plusieurs jours, des dizaines de tweets exigeant l’annulation de cette conférence sont envoyés sur les comptes twitter du comité en provenance des membres du SCD et de leur cercle proche. Comment la Syrian Campaign a-t-elle été informée de la tenue de cette conférence alors qu’aucune information publique n’a été publié? Mystère!

Pressions de la part des «Reporters sans frontières»

Finalement, la pression augmentant, le Club de la presse diffuse l’invitation aux médias jeudi 23 novembre dans l’après-midi. Deux heures après, Reporters sans frontières Suisse (RSF) publie un communiqué indiquant qu’elle ne veut pas être associée à cette manifestation (RSF est membre du CSP) qu’elle juge inappropriée et demande son annulation pure et simple, avec copie à l’ensemble des membres du comité du CSP et à la presse locale.
En début de soirée, l’information est publiée sur le site de la «Tribune de Genève» et reprise par quelques médias. Dans le courant de la soirée, j’envoie une réponse pour m’étonner de cette initiative de la part d’une association de journalistes qui revendique «le droit d’informer et d’être informé librement partout dans le monde» et pour indiquer qu’une telle demande émane en principe de gouvernements dictatoriaux et non de défenseurs de la liberté d’opinion et qu’accepter d’annuler l’événement équivaudrait à une censure incompatible avec notre mission de plate-forme neutre et ouverte à l’ensemble des acteurs internationaux.

Campagne internationale de soutien pour la liberté d’expression

La «Tribune de Genève» publie cette réponse. La controverse devient publique et gagne en intensité. Des contrefeux s’allument et une campagne internationale de soutien à la conférence se met en place. Des dizaines et des dizaines de mails et de tweets sont envoyés au Club suisse de la presse pour l’enjoindre à ne pas céder aux pressions et à maintenir l’événement, en provenance d’universitaires, de chercheurs et de défenseurs de la liberté d’expression aux Etats-Unis, en Suède, en Grande-Bretagne, au Canada et même d’Australie et de Nouvelle-Zélande, et de Suisse bien sûr. Même un éminent membre du comité de parrainage de RSF Suisse m’envoie un message de soutien pour dénoncer les pressions de sa propre association!

La conférence de presse se tient comme prévu

Le mardi 28 novembre, la conférence de presse se tient comme prévu, en présence d’une soixantaine de personnes. Après lecture d’une mise au point sur les tentatives de censure et la campagne de soutien, les trois intervenants présentent leurs arguments, suivies de questions des journalistes présents, portant essentiellement sur la crédibilité et la légitimité des intervenants.

Certains médias lancent de nouvelles attaques contre le Club de la presse et son directeur

Le lendemain matin, la Radio romande rapporte l’affaire en titrant «Guy Mettan à nouveau accusé de servir de relais à la propagande russe» tandis que «Le Temps» titre sur 5 colonnes «Le Club suisse de la presse dans la tourmente syrienne. Son directeur est de plus en plus critiqué pour son manque de transparence». Les Casques blancs ne sont à peine ou pas du tout mentionnés. Les autorités genevoises sont interpelées et sommées de s’expliquer sur leur soutien au Club de la presse et les «doubles casquettes» de son directeur qui donne la parole à des intervenants «plus que douteux» sans indiquer les commanditaires de ses conférences de presse. A noter cependant que les médias genevois – «Tribune de Genève», «Le Courier» et Léman Bleu – restent factuels et s’abstiennent de prendre position.

Tentative de suppression de la subvention cantonale pour le Club de la presse

En fin d’après-midi, rebondissant sur la polémique, un député de la Commission des finances du Grand Conseil, appelée à voter le projet de budget cantonal 2018, propose un amendement pour supprimer la subvention cantonale au Club suisse de la presse (100 000 francs). Sa proposition est acceptée à une courte majorité.
Le lendemain, la polémique rebondit sur la RSR et dans «Le Temps», qui reprennent l’annonce de la suppression de la subvention en réitérant les critiques contre le directeur du Club et sa décision d’organiser la conférence sur les Casques blancs.
Les pressions sur le comité et contre ma personne enflent mais la majorité tient bon. La campagne internationale de soutien et de dénigrement repart également de plus belle car ces nouvelles péripéties sont immédiatement reprises sur les réseaux sociaux et traduites en anglais.
La situation devenant délicate suite à la suppression de la subvention, un ami spécialiste de la gestion de crise et des campagnes de dénigrement médiatique me conseille d’adopter la stratégie américaine du «stay behind» en évitant de monter en première ligne au risque de m’isoler et de servir de cible. Le président et la vice-présidente du comité répondent donc aux questions des journalistes. «Le Temps» refuse de publier ma mise au point sous prétexte que tout a déjà été dit …
La semaine suivante, le comité écrit au président du Conseil d’Etat François Longchamp pour lui demander la restitution de la subvention en séance plénière du Grand Conseil. Constatant que le Club a rempli sa mission conformément au contrat de prestation signé avec le canton, sans l’outrepasser, le président du Conseil d’Etat confirme qu’il déposera un amendement au budget dans ce sens.

Rencontres avec les représentants des médias et le Club de la presse

Deux jours après, une rencontre a lieu avec les représentants du «Temps» et des Editions Ringier afin que chacun puisse s’expliquer calmement, et non par médias interposés. Elle permet de faire baisser la tension, de mieux comprendre les intentions et les convictions réciproques. Et surtout elle permet de rétablir le contact, «Le Temps» décidant, quelques jours plus tard au terme d’un débat intense avec les autres membres du comité, de rester membre du Club de presse et de participer aux réflexions stratégiques sur son avenir devant prendre place en 2018. Une décision importante car, malgré les divergences et la vivacité de la controverse, il est essentiel de maintenir un pluralisme actif et un débat ouvert entre les divers membres du Club suisse de la presse.

Restitution de la subvention cantonale

Enfin, le vendredi 15 décembre, après d’intenses tractations et l’inévitable cortège d’attaques non étayées sur le prétendu manque de transparence, le népotisme (?), le «poutinisme» supposé de son directeur, etc., le Grand Conseil finit par voter la restitution de la subvention par 49 voix contre 17 et une trentaine d’abstentions. Une majorité très claire qui permet de ramener un peu de sérénité. Les médias rapportent la nouvelle, «Le Temps» saisissant à nouveau l’occasion d’énumérer la liste des reproches adressés au Club et à son directeur.

Démission de «Reporters sans frontières»

Dernier rebondissement le mercredi 20 décembre: à l’occasion d’une rencontre initiée par le président de Reporters sans frontières, Gérard Tschopp, ancien directeur de la Radio romande, vient remettre au Club de la presse une lettre annonçant la démission de RSF du CSP avec effet immédiat, avec copie aux membres du comité et aux médias. En soirée, l’émission Forum de la Radio suisse romande consacre un débat RSF-CSP sur le sujet et le lendemain matin «Le Temps» titre «Première défection au Club suisse de la presse», laissant entendre qu’elle pourrait être suivie de nombreuses autres… Le même journal refuse toujours de publier ma mise au point.
Les autres médias ignorent la nouvelle qui n’est reprise que sur le site du journal des journalistes, Edito, sur un mode plutôt équitable. De son côté, le site des Casques blancs publie un rapport de 46 pages pour dénoncer les journalistes qui les dénoncent, dont moi-même évidemment.
Voilà pour le déroulement de l’histoire, qu’on pourra examiner plus en détail en se référant aux articles et émissions consacrées à ce sujet.

«Un des problèmes majeurs des journalistes qui couvrent la politique internationale est le manque de diversité, le manque de moyens, l’absence de présence sur le terrain et, par-dessus tout, le fait qu’ils adoptent des postures morales plutôt que de chercher à vérifier l’information et confronter les faits et les opinions. La culture du doute a laissé la place à la culture de la certitude, fondée sur une division du monde entre le camp du Bien et celui du Mal.»

Trois leçons à retenir

A ce stade, deux questions se posent: pourquoi cette controverse a-t-elle éclaté alors que d’innombrables autres sujets controversés avec des intervenants beaucoup plus contestables ont été abordés au CSP sans susciter la moindre réaction de RSF ou des médias? Et qu’en est-il des reproches adressés au CSP? Sont-ils fondés? Fallait-il maintenir la conférence de presse? Quels enseignements tirer de cette expérience? Trois leçons me semblent pouvoir être retenues.

  1. A aucun moment, les médias ne se sont intéressés au sujet même de la conférence de presse, à savoir le rôle des Casques blancs et la vidéo, les faits et les arguments avancés par les conférenciers à leur encontre. La radio romande par exemple n’a pas dit un mot sur les Casques blancs: le sujet, pour ce média, a porté exclusivement sur ma personne et ma légitimité en tant que directeur présumé «pro-russe» du Club de la presse ainsi que sur la légitimité/crédibilité des conférenciers à s’exprimer sur ce sujet.
    Au lieu de s’interroger sur les éventuels dysfonctionnements des Casques blancs dénoncés exemples à l’appui par les intervenants, l’attention des médias s’est concentrée exclusivement sur les supposés «dysfonctionnements» du Club de la presse. Seule la «Tribune de Genève» a résumé ce qui s’était dit lors de la conférence de presse (tout en gardant une certaine réserve, ce qui n’est pas gênant). Faute de pouvoir s’attaquer aux faits et aux arguments, les attaques ont donc porté sur les personnes, afin de saper leur crédibilité auprès du public et par là réduire à néant leur possible impact.
  2. Le tir groupé de l’empire médiatique s’avère d’une efficacité destructrice redoutable lorsqu’il est coordonné. En l’occurrence, la campagne d’intimidation a mobilisé la société civile (Syrian Campaign et Reporters sans frontières); les réseaux sociaux, saturés par les tweets et mails; la presse écrite à travers le journal «Le Temps», prescripteur d’opinion en Suisse romande; et la Radio romande, organisme public de forte audience
    en matinale. Cet assaut concerté représentait un risque majeur de déstabilisation pour le Club de la presse, modeste plate-forme sans accès direct au public, et pour ma position de directeur de cette institution.
    Il faut en effet savoir que les médias, comme lors d’une chasse à courre, chassent en meute, chacun cherchant à être le premier à porter le coup fatal. Cet effet de panurgisme est caractéristique du fonctionnement médiatique, chaque média copiant l’autre de peur d’être accusé de complaisance avec la cible ou qu’un concurrent s’empare du trophée. Dans le cas présent, le risque d’emballement était considérable, comme on a pu le constater au même moment à l’occasion de la tourmente qui a fini par emporter le conseiller national Yannick Buttet, soupçonné de harcèlement envers ses collègues femmes. Une fois l’emballement créé, il est pratiquement impossible de l’arrêter.
  3. Dans notre cas, certains médias ont essayé plusieurs fois d’allumer la mèche et de propager le feu. Mais l’incendie n’a pas pris pour trois raisons:
    •    la cause était juste car le Club de la presse était dans son rôle en luttant contre la censure et en défendant la liberté d’expression contre ceux-là mêmes qui étaient censés en être les garants. En principe, constatant que les Casques blancs jouissaient d’un soutien gouvernemental et médiatique très large, RSF aurait dû prendre le parti des voix critiques et défendre le droit des minoritaires à s’exprimer, comme elle le fait quand elle défend les journalistes menacés par des régimes autoritaires. En demandant l’annulation d’une conférence de presse réservée aux journalistes, censés faire le travail d’information, elle s’est de fait mise en porte à faux avec ses propres valeurs, réduisant l’impact de ses arguments.
    •    l’ampleur des soutiens externes (campagne de soutien internationale) et internes (majorité du comité, médias locaux genevois, soutien du Conseil d’Etat et neutralité du DFAE [Département fédéral des Affaires étrangères] du fait que le Club de la presse avait respecté son mandat d’être au service des acteurs de la Genève internationale) ainsi que celui, très important psychologiquement, de mes amis et de ma famille. Etre isolé face à une campagne de harcèlement médiatique, c’est la garantie de finir lynché.
    •    en tenant cette conférence de presse, le Club suisse de la presse respectait son mandat, qui consiste notamment à être à disposition des acteurs de la Genève internationale – ambassades, ONG, organisations internationales – qui souhaitent s’exprimer devant les médias, sans distinction de races, de religion, de position sociale, de pays ou de parti politique. Il était donc inattaquable de ce point de vue, quelle que soit l’opinion qu’on puisse avoir sur le sujet évoqué ou les intervenants pressentis.

En conclusion, il est pratiquement impossible de faire bouger un média ou des journalistes quand ils privilégient la posture morale sur le devoir d’informer. Un des problèmes majeurs des journalistes qui couvrent la politique internationale est le manque de diversité, le manque de moyens, l’absence de présence sur le terrain et, par-dessus tout, le fait qu’ils adoptent des postures morales plutôt que de chercher à vérifier l’information et confronter les faits et les opinions. La culture du doute a laissé la place à la culture de la certitude, fondée sur une division du monde entre le camp du Bien et celui du Mal. En l’occurrence, la grande majorité des médias a très tôt adopté une lecture manichéenne du conflit syrien de type «Bachar-le-Boucher-de-son-peuple et criminel de guerre» contre «héroïques rebelles défenseurs de la liberté». Dès lors, tout fait, tout argument, tout récit qui viendraient contredire cette thèse sont écartés et toute voix critique se trouve immédiatement discréditée comme «agent de Poutine», «suppôt du régime», «ennemi des droits de l’Homme et du peuple syrien».
Comment fonctionne la désinformation?
Le canevas du mensonge d’Etat ou de la désinformation suit des règles précises et fonctionne toujours de la même manière. En se fondant sur les principes élémentaires de la propagande définis par la chercheuse de gauche belge Anne Morelli, on peut les synthétiser en sept points comme suit:

  1. nous n’avons pas voulu la guerre et ce n’est pas nous qui avons commencé: seul notre adversaire/ennemi est responsable du conflit. C’est ce que j’appelle la phase de mise en accusation.
  2. les dirigeants ou partisans de l’ennemi sont inhumains et ont le visage du diable, soit la phase de diffamation/diabolisation. Cf. Serbie 1999, Saddam Hussein 2003, Syrie et Libye 2011, Venezuela dès 2013.
  3. nous défendons une noble cause, tandis que l’adversaire ne défend que ses intérêts particuliers ou pire, ses intérêts nationaux. La cause de l’adversaire est vile, indigne, égoïste tandis que nous défendons un idéal, les Droits humains, la démocratie, la liberté, la libre entreprise. Nous incarnons le Bien, ils incarnent le Mal. C’est la phase de moralisation.
  4. l’ennemi nous a sciemment provoqué. Si nous commettons des bavures ou des erreurs, c’est involontairement et parce que l’ennemi nous trompe ou nous provoque. Dans son combat, l’ennemi est prêt à tout y compris à utiliser des armes non autorisées (attaques au gaz ou attaque contre un avion civil dans le cas du MH 17 en Ukraine). Il est aussi le seul à user et abuser des «fake news», des attaques de trolls et du hacking électoral tandis que nous, nous respectons le droit de la guerre, les Conventions de Genève, la déontologie des journalistes et le souci d’impartialité. Jamais nous ne serions capables de participer à une guerre de l’information ou à de la propagande: c’est la phase du bourrage de crâne ou du conditionnement de l’opinion publique.
  5. nous ne subissons pas ou très peu de pertes, en revanche celles de l’ennemi sont très lourdes (phase de minimisation).
  6. les artistes, les scientifiques, les universitaires, les experts, les intellectuels et les philosophes, les ONG et la société civile nous soutiennent alors que l’ennemi est isolé dans sa tour d’ivoire et coupé de la société (phase d’extension du domaine de la guerre douce).
  7. otre cause revêt un caractère sacré et celles et ceux qui la remettent en question sont des vendus à l’ennemi (phase de sacralisation).

C’est ainsi qu’on finit par aboutir à une représentation totalitaire du monde, qui proscrit toute vision dissidente comme traître à la mission noble et sacrée que l’on s’est donnée: l’asile psychiatrique, l’ostracisme social et l’interdiction de travail ne sont plus très loin… Quand elle a cessé d’être pluraliste, la démocratie n’est pas moins liberticide que l’autocratie: après tout, ce sont des «démocrates» athéniens qui ont condamné à mort Socrate pour avoir corrompu la jeunesse avec sa «propagande» philosophique …    •

 

Casques blancs

jpv. Début 2013, cette prétendue organisation de protection civile privée a été créée par un ancien officier britannique et expert de sécurité et de renseignement. Il est frappant qu’elle ne soit présente que dans les parties de la Syrie occupées par les djihadistes. Selon diverses sources, les Casques blancs sont une création de gouvernements occidentaux. Une agence de communication s’est occupée à en faire des «héros». Ils s’engagent pour une intervention militaire des Etats-Unis et un changement de régime en Syrie. Les plus gros donateurs sont USAID, le gouvernement britannique, le Japon et divers Etats européens, ayant déboursé depuis 2014 au total au moins 50–80 millions de dollars.

 

Club suisse de la presse

jpv. Le Club suisse de la presse dirigé par Guy Mettan a une excellente réputation: depuis 1997, il a organisé plus de 2000 rencontres avec des intervenants allant de Fidel Castro à Henry Kissinger et de Jean Ziegler à Klaus Schwab. Pour novembre 2017 était prévue une conférence de presse avec des intervenants critiques face aux Casques blancs actifs en Syrie et très populaires parmi les médias occidentaux. C’est alors que débuta une chasse aux sorcières politiques.
L’organisation britannique The Syria Campaign exigea l’annulation immédiate de cette rencontre. Ont suivi les interventions de la directrice du Syria Institute washingtonien, d’un Senior Fellow bien connu de l’Atlantic Council, de la responsable pour la Syrie de la fondation allemande Heinrich-Böll-Stiftung, d’un diplomate britannique spécialiste du Proche-Orient ainsi que d’autres acteurs provenant des deux côtés de l’Atlantique.
Finalement, la section suisse de Reporters sans frontières fut activée. En tant que membre du Club de la presse, elle s’est distanciée de cette réunion planifiée en demandant son annulation, notamment parce que certains intervenants du Club de la presse se seraient déjà exprimés dans les médias étatiques russes, ce qui en aurait fait des «outils de la propagande russe».
Guy Mettan, en tant que directeur du Club suisse de la presse a maintenu la réunion prévue – à plus forte raison parce que le Club de la presse avait auparavant déjà invité des éminentes personnalités critiques face au Kremlin.
Le fait que ce soit précisément l’ONG «Reporters sans frontières» qui ait exigé l’annulation d’une rencontre journalistique a suscité un grand étonnement auprès de nombreuses personnes. Cependant, il faut prendre en compte que Reporters sans frontières est cofinancé par le National Endowment for Democracy (NED), lui-même financé par des agences gouvernementales des Etats-Unis, et a déjà à plusieurs reprises utilisé son influence présumée dans le passé pour attaquer des opposants géopolitiques et des dissidents à des moments cruciaux.
Mais surtout, cet incident montre une fois de plus les limites très étroites auxquelles les journalistes des pays de l’OTAN et même de la Suisse neutre sont confrontés quand il s’agit de questions géopolitiques. Dans les rapports annuels de Reporters sans frontières, on n’en apprend pratiquement rien.
La fermeté de Guy Mettan et son engagement en faveur des droits protégés par la Constitution, tels que la liberté de réunion et la liberté de la presse dans le contexte actuel de l’histoire contemporaine, sont des raisons suffisantes pour remercier ce courageux compatriote romand.


Ce texte est la version révisée d’une conférence donnée par Guy Mettan sur invitation de la Coopérative Zeit-Fragen.

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* Guy Mettan, né en 1956, vit à Genève et est double-national helvético-russe. Après des études de sciences politiques, il est journaliste auprès des publications suisses romandes Temps stratégique, Bilan et «Nouveau Quotidien». De 1993 à 1998, il est directeur et rédacteur en chef de la «Tribune de Genève». En 2001, il est élu au Grand Conseil genevois sous les couleurs du PDC et préside le Conseil en 2009/2010. Plus tard, il est nommé président de la Chambre de commerce Suisse romande-Russie et vice-président de la Chambre de commerce Suisse-Afrique de l’Ouest. Depuis 2006, il préside la Croix-Rouge genevoise. Il est directeur exécutif du «Club suisse de la Presse» depuis 1998. Guy Mettan a publié en 2015 le livre «Russie-Occident, une guerre de mille ans: de la russophobie de Charlemagne à la crise ukrainienne» (Editions des Syrtes).

 

De facto, la Suède est membre de l’OTAN. Qu’en est-il de la Suisse ?

par Gotthard Frick,

Bottmingen

Source : Horizons et débats, Zurich,

https://www.zeit-fragen.ch/fr/ausgaben/2018/nr-4-13-februar-2018/schweden-ist-de-facto-nato-mitglied-die-schweiz-auch-bald.html

19 février 2018

 

Suite à la lecture d’un assez long article paru sur le site german-foreign-policy.com, on peut déduire que la Suède est devenue de facto membre de l’OTAN. La Suède participe à de grandes manœuvres avec l’OTAN. Par exemple les manœuvres Aurora, qui ont eu lieu en septembre 2017 en Suède avec les troupes de nombreux Etats de l’OTAN, dont par exemple les Etats-Unis, la Norvège, le Danemark et la France. A cette occasion, il y eut des exercices de combats urbains dans un quartier de Stockholm.

La Suisse est également menée par notre establishment politique et militaire de la même manière, par la même voie que la Suède, dans l’OTAN. Depuis 20 ans, nous sommes membre du «Partenariat pour la paix (PPP)» et depuis 2014 également de la «Plate-forme d’interopérabilité de l’OTAN (IP)». Dans le Rapport sur la politique de sécurité 2016, il est écrit qu’en cas de guerre, la Suisse se battra avec d’autres forces armées, mais uniquement avec des forces où l’interopérabilité est garantie. En clair cela veut dire que pour une telle «coopération» il n’y a que les membres de l’OTAN qui entrent en ligne de compte. Dans le cadre de la plate-forme IP, on s’entraîne à l’interopérabilité dans des manœuvres d’état-major et on adapte à l’OTAN de nombreux aspects techniques, mais aussi les grades des sous-officiers.
L’armée suisse est en mission au Kosovo sous commandement de l’OTAN. Les Etats-Unis l’ont séparé de la Serbie par une campagne de bombardement massive, pour pouvoir y édifier et utiliser Camp Bondsteel, l’une des plus grandes bases militaires située à l’extérieur des Etats-Unis. Des soldats suisses participent souvent avec des membres de l’OTAN à des manœuvres. Le chef de l’armée suisse vient de rentrer d’une réunion des plus hauts officiers des Etats membres de l’OTAN.

Mais la population ne le remarque pas, car nos grands médias de manipulation ne tolèrent ni une discussion à ce propos ni des informations pertinentes. Ainsi, ni la «Neue Zürcher Zeitung» ni la majorité des autres médias n’ont informé sur la grande réunion de l’OTAN du 16/17 février 2016 ayant eu lieu à Zurich sur invitation du Conseil fédéral. Le DDPS a uniquement publié un bref communiqué le jour même. Y ont participé une centaine de hauts gradés du commandement de l’OTAN de tous les 28 pays membres ainsi que des membres du PPP et de l’IP, dont la Suisse. Tous les nouveaux membres de l’OTAN ont d’abord été préparés à leur appartenance à l’alliance de guerre dans ces deux organisations.

Avec la bénédiction des parlementaires fédéraux, le Conseil fédéral a démantelé notre armée à l’aide du «Développement de l’armée» (DEVA), qui devrait, selon la Constitution fédérale art. 58, «contribuer à prévenir la guerre». Avec les 6 bataillons de combats restants (et de la chair à canon dans 17 bataillons d’infanterie ne disposant, selon le Conseil fédéral, que d’une «capacité de défense réduite», sans armes antichars, sans moyens de DCA et sans armes lourdes), la Suisse est incapable de garantir – en cas de guerre – l’engagement pris suite à la reconnaissance de sa neutralité dans la Convention de La Haye de 1907, d’«empêcher par la force» l’utilisation de notre territoire à toutes les parties à la guerre.

Au cours de la prochaine guerre en Europe les Etats-Unis et l’OTAN ne se gêneront pas d’utiliser notre espace aérien et notre territoire, ce qui permettra également à la Russie d’intervenir chez nous. Alors nous serons – de manière auto-infligée et sans défense – en guerre. Un telle déflagration est imaginable, parce que les Etats-Unis et l’OTAN ont militairement pris position autour de la Russie, directement le long de sa frontière occidentale et que la Russie a depuis plusieurs années clairement déclaré qu’elle ne pouvait accepter cette menace et qu’elle pourrait le cas échéant intervenir militairement. A cette occasion, l’engagement d’armes nucléaires est également pris en compte. Maintenant la marine américaine construit – par pure provocation – en Ukraine, au bord de la mer Noire, à 300 kilomètres de la Crimée, une nouvelle base maritime. On y trouve déjà un petit aéroport avec une piste d’une longueur de 3000 mètres (!). Nous allons alors apprendre d’une manière douloureuse, ce que la guerre signifie concrètement et à quel point une réelle armée défensive aurait été moins onéreuse.

Gotthard Frick, Bottmingen

(Traduction Horizons et débats)

 

L’OTAN menace notre sécurité

par Gabriel Galice, Daniele Ganser, Hans von Sponek

 

Si vis pacem, cole iusticiam (Si tu veux la paix, cultive la justice)

Devise de l’OIT (Organisation internationale du travail)

 

L’OTAN regroupe en masse des troupes et des armes aux marches de la Russie. Nous tenons à exprimer notre inquiétude devant la propagande déformant la réalité des menaces pesant sur la paix. Cette propagande insidieuse fabrique des ennemis imaginaires pour justifier le surdéveloppement de dépenses militaires, des conquêtes de territoires ou de «parts de marché», des prises de contrôle d’approvisionnement énergétique et pour cor- roder la démocratie.

Non, la Russie n’est pas l’ agresseur et ne menace aucunement les Pays baltes, la Pologne ou la Suède. A l’implosion de l’URSS et du Pacte de Varsovie, la bévue stratégique des Etats-Unis et de leurs alliés a été de ne pas refonder l’architecture internationale de sécurité. Oubliée la Charte de Paris (1990) qui promettait la paix à l’Europe! Dans son livre «Le Grand échiquier – l’Amérique et le reste du monde», Zbigniew Brzezinski posait en 1997 la question de savoir s’il fallait intégrer la Russie dans l’OTAN et dans l’UE. Il finissait par privilégier la sécurité tactique sur la paix stratégique, non sans prévoir que cela déclencherait des réactions russes. Il préconisait l’intégration de l’Ukraine, l’un des cinq «pivots géopolitiques» de l’Eurasie, dans l’OTAN et dans l’UE. En 2010, Charles A. Kupchan, professeur à la Georgetown University, proposait d’intégrer les Russes dans l’OTAN.1 Oubliant la promesse des USA aux Russes, lors de la réuni cation allemande, de ne pas étendre l’OTAN à l’Est, les Occidentaux n’ont eu de cesse de repousser, d’encercler et d’ humilier les dirigeants russes successifs. Quoi que nous pensions du régime russe, le principal défaut de Vladimir Poutine (et de bien d’autres pays du monde), aux yeux des Occidentaux, est de cesser d’acquiescer aux volontés hégémoniques occidentales.

Après l’illégale guerre d’Irak, l’extension du nombre de pays membres de l’OTAN et l’expansion tout azimut de son aire d’action, le renversement du régime de Kadha en Libye, puis le coup d’Etat en Ukraine, auront été les lignes rouges déclenchant les ripostes russes et chinoises ayant déjà constitué l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) après le premier élargissement de l’OTAN. Il aura fallu les opérations en Libye et en Ukraine et l’appui de l’Occident (dès 2006, selon Time Magazine du 19/12/06) aux «rebelles» résolus à renverser le régime syrien, pour que les Russes soutiennent l’autonomie de la Crimée et interviennent militairement en Syrie.

Tandis qu’il est avéré que la CIA a surveillé l’ élection présidentielle française de 2012, que la NSA, espionne partout entre- prises, organisations et particuliers, la mode est d’imputer aux dirigeants russes une ingérence directe dans les élections américaines, françaises, allemandes.

Les pays européens renforcent leur alignement sur la politique étrangère des USA, embargo contre la Russie inclusivement. Le président François Hollande parachève la réintégration de la France dans le commandement militaire de l’OTAN, entamée par Nicolas Sarkozy.

Et les pays neutres? La Suède rétablit la conscription, ce au moment de la diffusion sur Arte d’un reportage édifiant intitulé «Guerre froide dans le Grand Nord».2 L’état major suédois manœuvrait naguère de concert avec l’OTAN et les Etats-Unis, ce à l’insu du gouvernement d’ Olof Palme qui préconisait la détente avec Moscou … et qui en mourut assassiné. L’adhésion de la Suisse au Partenariat pour la Paix (ou PpP) de l’OTAN vaut-elle neutralité? Daniele Ganser cite l’ancien ministre américain de la Défense William Perry: «La différence entre l’adhésion à l’OTAN et au PpP est plus ténue qu’une feuille de papier.»3 Des avions suisses survolent la Baltique aux côtés de chasseurs de l’OTAN.

Non, l’OTAN, devenue une alliance offensive, n’assure pas notre sécurité. Misons sur l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), dialoguons avec la Russie et mettons en œuvre les articles 46 et 47 de la Charte de l’ONU, stipulant un comité d’état-major auprès du Conseil de sécurité.

Gabriel Galice, Président de l’Institut international de recherches pour la paix à Genève (GIPRI), auteur de «Lettres helvètes 2010–2014»

Daniele Ganser, historien et irénologue, auteur de «Les armées secrètes de l’OTAN» et «Illegale Kriege – Wie die NATO-Länder die UNO sabotieren»

Hans von Sponeck, ancien Secrétaire général adjoint de l’ONU

1 http://www.foreignaffairs.com/articles/russian- federation/2010-05-01/natos-nal-frontier

2 http://www.youtube.com/watch?v=Tv6IdWT2P8Q
3 Ganser, Daniele. Illegale Kriege – Wie die Nato-Länder die Uno sabotieren. Zurich 2017, p. 28

 

Articles 46 et 47 de la Charte des Nations Unies

Article 46

Les plans pour l’emploi de la force armée sont établis par le Conseil de sécurité avec l’aide du Comité d’état-major.

Article 47

  1. Il est établi un Comité d’état-major chargé de conseiller et d’assister le Conseil de sécurité pour tout ce qui concerne les moyens d’ordre militaire nécessaires au Conseil pour maintenir la paix et la sécurité internationales, l’emploi et le commandement des forces mises à sa disposition, la réglementation des armements et le désarmement éventuel.
  2. Le Comité d’état-major se compose des chefs d’état-major des membres permanents du Conseil de sécurité 
ou de leurs représentants. Il convie tout Membre des Nations Unies qui n’est pas représenté au Comité d’une façon permanente à s’associer à lui, lorsque la participation de ce Membre à ses travaux lui est nécessaire pour la bonne exécution de sa tâche.
  3. Le Comité d’état-major est responsable, sous l’autorité du Conseil de sécurité, de la direction stratégique de toutes forces armées mises à la disposition du Conseil. Les questions relatives au commandement de ces forces seront réglées ultérieurement.
  4. Des sous-comités régionaux du Comité d’état-major peuvent être établis par lui avec l’autorisation du Conseil de sécurité et après consultation des organismes régionaux appropriés.

Adieu la Suisse !

par Roger Koeppel
Editorial de la Weltwoche
23 mars 2017
Source : http://lesobservateurs.ch/?p=222242&preview=true

(Nous n’avons pas d’affinités avec l’UDC  dont Roger Koeppel est un des responsables. Mais si dans cet éditorial de la Weltwoche il avait raison, il faudrait que les citoyens en soient informés et que, toutes affaires cessantes, le souverain soit appelé à trancher. IR)

Le conseiller fédéral Burkhalter va jusqu’au bout. Soumission aux juges de l’UE sur toute la ligne.

Commençons par la triste réalité: le Conseil fédéral est sur le point de river la Suisse en parfaite santé à l’UE malade. Le projet semble tellement insensé qu’il ne viendrait à l’idée d’une personne raisonnable d’y croire. Et pourtant, c’est exact. Le Conseil fédéral veut arrimer la Suisse au navire-mère qui sombre, à la plaque continentale en état d’avarie politique qui pour une majorité des politiciens suisses signifie encore le monde. L’horizon de ces personnes qui se proclament «ouvertes au monde» commence et se termine avec l’UE. Leur ouverture au monde relève d’une étroitesse de vue limitée à un projet politique en passe d’échouer.
Non, ce n’est pas un mépris cynique envers l’énorme contribution à la paix de l’Union européenne. Nous les Suisses, nous reconnaissons le fait que les États européens après une guerre civile mondiale autodestructrice et dévastatrice, entre 1914 et 1945, ont pris par pur épuisement la décision raisonnable de mener sur un autre terrain leur concurrence politique que par l’anéantissement physique de leurs concurrents. Mais pour rester précis, ce n’est pas l’UE qui a rétabli la paix en Europe. Elle est au contraire le résultat d’une paix que les Alliés, en particulier les Américains sous la conduite du général Eisenhower, les Britanniques avec Churchill et les Russes sous le dictateur Staline, ont mis en œuvre au prix d’énormes sacrifices.
Mais tout le respect dû à l’UE n’est pas pour autant une raison pour la Suisse de se cacher. Lorsque je fais aujourd’hui une conférence devant des étudiants allemands à l’Université de Saint-Gall, je suis souvent sommé de dire en quoi la Suisse neutre et à l’écart, opportuniste et profiteuse, a contribué et contribue à la paix dans le monde. Ce reproche inclut l’affirmation implicite que seule la pleine adhésion à l’UE confère à un pays la consécration suprême d’œuvrer en faveur de la paix. Quiconque se tient à l’extérieur est immédiatement taxé de nationaliste, populiste, pervers avide de guerre, impatient de voir prochainement les États-nations libérés de l’UE recommencer à marcher au pas de l’oie les uns contre les autres.
Quelle est donc la contribution de la Suisse à la paix, chers amis allemands? Je vous le dis, l’énorme contribution à la paix de la Suisse réside dans le fait qu’elle n’a pas engagé une seule guerre depuis plus de 500 ans. En optant pour la voie de l’indépendance au cours de l’histoire, un chemin nécessairement ardu, nous avons plus fait pour la paix que tous les apôtres européens de la paix dont l’UE à l’époque de la politique économique de la dette, de la débâcle migratoire et d’un euro mal ficelé génère plus de conflits que de paix.
Revenons-en au Conseil fédéral et à son désir déraisonnable, je dirais presque contre nature, de rattacher la Suisse à l’UE. Nous avons souvent écrit dans ces colonnes sur les projets funestes de l’«accord-cadre». Les faits sont de notoriété publique: depuis 2008, l’UE souhaite que la Suisse signe un accord auquel la Suisse telle que nous la connaissons ne survivrait pas. La Suisse devrait à l’avenir reprendre automatiquement le futur droit communautaire dans toutes les relations contractuelles avec l’UE, c.-à-d. dans de nombreux domaines importants de la politique économique. En cas de conflit, la Cour de justice européenne (CJUE) trancherait. À la demande des juges européens, l’UE serait autorisée à sanctionner la Suisse en cas de non-respect des directives européennes. Ces sanctions s’appellent dans la novlangue du Conseil fédéral «mesures compensatoires», mais ce sont bien des sanctions. Cet accord serait un suicide pour la Suisse. Notre État est basé sur le principe fondamental de l’autodétermination des citoyens, sous l’autorité de ses propres juges. L’importation directe de lois étrangères, ainsi que de juges étrangers, nous ramènerait avant le Pacte fédéral de 1291, l’acte de naissance officieux de la Suisse.
Le Conseil fédéral a-t-il perdu la tête? Ou bien Burkhalter, notre ministre des Affaires étrangères, fervent promoteur de l’accord ne remarque-t-il pas à quoi il s’engage? La deuxième éventualité est probablement la bonne. Jusqu’à présent, la ligne éditoriale à Berne était: l’accord a été négocié à 80 pour cent, mais les 20 pour cent restants ne sont pas acquis. Pas de panique! N’écoutez pas la paranoïa des adversaires de l’UE! La Suisse reste ferme! Si c’est ainsi, pas d’accord! Burkhalter a assuré dans d’innombrables interviews qu’avec lui il n’y aurait pas d’accord avec des juges étrangers ni reprise automatique ni sanctions. Comme le montrent des documents internes et comme des diplomates de premier plan m’en ont personnellement assuré, tout ceci est maintenant lettre morte. Le Conseil fédéral est disposé à faire aboutir le pire accord de l’histoire de la Confédération.
Burkhalter s’est pratiquement soumis à l’UE: il dit oui au traité qui lie la Suisse. Il dit oui à la reprise du droit étranger. Et il dit oui à l’autorité suprême des juges européens. Adieu la Suisse! Le seul point controversé reste l’étendue des sanctions européennes si les Confédérés devaient s’opposer aux directives importées de l’UE. Métaphoriquement parlant, Burkhalter s’est ficelé, et la Suisse avec lui, au poteau de torture. Il ne reste plus maintenant qu’à convenir sur quelles parties du corps et avec quelle intensité s’abattra le fouet de l’UE. L’indépendance de la Suisse est réduite au dernier niveau masochiste de régression: participer à la décision de la peine que l’UE pourra infliger pour imposer sa volonté à la Suisse.
S’imaginer que Burkhalter, ce visionnaire européen neuchâtelois, est le seul au Palais fédéral à porter ces idées est une erreur. L’ambitieuse présidente de la Confédération, Doris Leuthard, fait actuellement la tournée des commissions indiquant que la Suisse devrait absolument conclure un accord énergétique avec l’UE – cet accord ouvrirait de fait la voie à l’automaticité institutionnelle de la reprise du droit européen. Étant donné que Leuthard a placé tout en haut de son agenda la résolution des «questions institutionnelles» lors de l’adresse de ses vœux en début de l’année présidentielle, on peut supposer qu’aujourd’hui une majorité au Conseil fédéral – Burkhalter, Leuthard et les deux socialistes – veut l’accord-cadre. La destruction de la Suisse en tant que forme de gouvernement par l’autodétermination du peuple suisse dans le cadre de son État de droit indépendant est scellée. Seul le peuple peut stopper ce Conseil fédéral au service de l’UE.
L’UE, quant à elle, exulte. Elle voit ses souhaits près de s’exaucer. Dans ses «conclusions» sur les relations entre l’UE et la Suisse, le Conseil de l’UE, l’organe législatif suprême, avec une arrogance typiquement enjouée dresse le bilan suivant: «Le Conseil souligne que l’UE et la Suisse partagent le point de vue que les négociations sur un cadre institutionnel doivent aboutir le plus rapidement possible. La conclusion de cet accord permettra au partenariat global entre l’UE et la Suisse de pleinement déployer son potentiel».
Nous attendons avec impatience le «plein déploiement du potentiel» du chômage européen des jeunes, des marchés du travail sabotés et de l’immigration sans limite qui cause déjà tant de difficultés à la Suisse. L’UE a publié dès le 28 février dernier l’avis de mise en œuvre. Le Conseil fédéral a-t-il au moins rejeté par courrier cette insolente mainmise ou y a-t-il réagi autrement? Jusqu’à présent, on n’a pas entendu Berne piper mot. Peut-être que Burkhalter, notre ministre du rattachement, sable déjà le champagne dans son bureau.

Le Temps dans la guerre contre la “désinformation russe”

par

Ivo Rens

5 janvier 2017

 

L’OTAN et l’Union européenne s’inquiètent toujours plus de l’influence croissante de la Russie dans le monde de l’information. Mais jusqu’ici, ces instances ont été impuissantes à remédier à ce que les dirigeants occidentaux tiennent pour une fâcheuse dégradation de l’opinion publique.

 

“Tandis que le modèle journalistique traditionnel des pays d’Europe occidentale traverse de graves difficultés économiques, les médias russes gagnent toujours plus de terrain. A la botte du Kremlin et régis par une organisation verticale quasi militaire, ils proposent un nouveau type de journalisme qui s’inscrit dans une stratégie générale de désinformation de l’opinion publique.” C’est par cette mise en contexte que débute un article intitulé “la nouvelle désinformation russe” paru dans Le Temps du 17 juin 2016, et dû au talent de Luc Maffre, politologue.

Pour cet auteur, il est évident que l’ennemi russe a succédé à l’ennemi soviétique auquel il emprunte ses méthodes de désinformation, mutatis mutandis. Le succès des nouveaux médias russes s’expliquerait par leur habile utilisation de fausses rumeurs, par la dérégulation du marché de l’information due à la Toile et par le recours à des personnalités charismatiques comme Julian Assange et Edward Snowden.

Dans un Editorial et un article de fond parus dans Le Temps du 28 décembre 2016, Frédéric Koller surenchérit sur cette thématique. Citant un responsable de l’OTAN, il affirme que, “avec des médias traditionnels, les réseaux sociaux, des SMS et des trolls, la Russie, comme l’Etat islamique, tente de décrédibiliser les processus démocratiques.” Selon Frédéricc Koller, il ne s’agirait pas seulement de désinformation, mais d’une guerre hybride, “mélange d’opérations de terrain, de piratage informatique et de désinformation” en partie pilotée par le Kremlin, dans le but d’affaiblir l’Union européenne et l’OTAN en divisant leurs membres afin d’avantager les intérêts de la Russie. On serait donc bien en présence d’une stratégie militaire.

Les médias russes nommément visés sont Russia Today (RT) et Sputnik. Selon Koller et Maffre le Kremlin miserait, en Occident, sur le concours des partis et mouvances d’extrême droite et pourrait être intervenu aux Etats-Unis dans l’élection inattendue de Donald Trump. L’OTAN et l’Union européenne auraient bien tenté d’amorcer des stratégies de résistance, mais sans grand succès en raison des pièges inhérents à la contre-propagande. En définitive, conclut Frédéric Koller, “face à la propagande pilotée par le Kremlin avec de très gros moyens, on doit s’en remettre à la presse libre. C’est notre force et notre faiblesse”…

 

La faiblesse à laquelle songe l’auteur serait due à la crise du “modèle journalistique traditionnel” pour reprendre l’expression de Luc Maffre. Mais en réalité, elle est autrement plus profonde qu’il le croit car elle réside dans la servilité des Etats membres tant de l’UE que de l’OTAN et de nombre de journalistes occidentaux envers la ligne du politiquement correct que définissent les Etats-Unis et que propagent notamment les grandes agences de presse occidentales.

Frédéric Koller et Le Temps en sont des exemples frappants. Voilà un journaliste suisse s’exprimant dans un quotidien suisse qui, à aucun moment, ne songe à tirer avantage de sa situation de ressortissant d’un pays neutre n’appartenant ni à l’OTAN, ni à l’UE, bien qu’enclavé dans l’une et l’autre, pour prendre du champ par rapport au politiquement correct de ces deux instances.

Comme Luc Maffre, Frédéric Koller identifie implicitement la Russie à la défunte Union soviétique et fait l’impasse sur l’histoire des relations internationales intervenue depuis 1991. Or, n’est-ce pas les Etats-Unis et l’OTAN qui ont violé la Charte des Nations Unies et le droit international en entrant en guerre contre la Yougoslavie en 1999 ? Les Etats-Unis n’ont-il pas violé le droit international dans pratiquement tous les conflits qu’ils ont déclenchés depuis lors, notamment contre l’Irak en 2003 et contre la Lybie en 2011 ? Avec d’autres Etats membres de l’OTAN et du Golfe persique, n’ont-ils pas contrevenu au droit international dans les événements de Syrie en appuyant les “rebelles” et en les armant ? N’ont-ils pas fomenté le coup d’Etat en Ukraine en février 2014 ? N’ont-ils pas invoqué leur vocation exceptionnelle à diriger un monde unipolaire ? Pourquoi donc faire de la Russie le bouc émissaire ?

Quand des journaux se permettent, dans toutes circonstances, de ne présenter à leurs lecteurs qu’une version des événements, celle des puissances dominantes du moment, et de la ressasser nonobstant les témoignages concordants qui la contredisent, il n’est pas étonnant que leurs lecteurs les abandonnent progressivement. Et l’on ne prend pas grand risque en pronostiquant que leurs annonceurs les suivront tôt ou tard !

Au surplus, il y a, nous semble-t-il, à tout le moins une coupable légèreté à invoquer la stratégie militaire et la guerre de la désinformation prétendument menée par la Russie dans un contexte de relations internationales tendues au point que, depuis les présidences de G.W Bush et de Barack Obama, un conflit nucléaire apparaît malheureusement de moins en moins “impensable”.

 

 

 

 

 

 

 

Reconnaître les signes du temps

Allemagne: nouvelle stratégie de protection civile
L’Allemagne se prépare-t-elle à la guerre?

Conséquences pour la Suisse

Horizons et débats /Zeit-Fragen, Zurich
6 septembre 2016

rl./me. Le 24 août, Mr Thomas de Maizière, ministre des Affaires intérieures de la République fédérale a proposé au Cabinet un plan d’action qui, depuis 2012, a été élaboré dans le cadre d’une «Conception de défense civile». Ces propositions ont été acceptées par le Cabinet. C’est très tard que le gouvernement allemand assume sa responsabilité de mettre en route une stratégie de protection civile. Cette stratégie fait partie d’une stratégie de défense globale («Rahmenrichtlinien für die Gesamtverteidigung» {RRGV}), dans laquelle est intégrée également la «Konzeption der Bundeswehr» (KdB).
L’Allemagne se prépare-t-elle à une guerre future? Depuis la fin de la guerre froide, c’est la première fois qu’officiellement, on ne prend en considération pas seulement des attaques terroristes et électroniques, mais aussi une situation de guerre. Mais il faut voir la publication actuelle aussi comme un élément des préparatifs psychologiques à grande échelle pour une future guerre. Cette démarche de politique intérieure s’inscrit dans la politique d’alliance de l’Allemagne en tant que «vassal fidèle» de Washington.
Ceci a des conséquences sur la politique actuelle de la Suisse.
Propositions concrètes
Dans la «Conception de défense civile», du Ministère des affaires intérieures du 24 août, on lit en détail, sur 70 pages, des mesures de préparation civile pour le cas d’une guerre (cf. http://www.bmi.bund.de/SharedDocs/Downloads/DE/Broschueren/2016/konzeption-zivile-verteidigung.pdf?__blob=publicationFile). Dans ce volumineux document, on trouve aussi des mesures à prendre en cas de contamination radioactive, biologique et chimique (p. 28) en cas de manque de main d’œuvre (p. 59) et de mesures de soutien aux forces armées (p. 60). Entre autres, il est proposé de
•    alerter la population avec un «effet réveil» en cas de danger en utilisant radio, télévision, sirènes, systèmes d’haut-parleurs, SMS et Internet – également dans les chemins de fer;
•    contrôler si les réserves en vaccins contre la variole et les réserves d’antibiotiques doivent être augmentées;
•    préparer l’installation de «centres de décontamination» devant les hôpitaux en cas d’attaques nucléaires, biologiques ou chimiques, pour traiter les blessés en dehors des hôpitaux;
•    préparer la mobilisation, dans un délai de 24 heures, d’un tiers des forces de l’Organisation de protection civile fédérale («Technisches Hilfswerk THW»), à la fois et sur tout le territoire;
•    établir une stratégie «Conception globale courant d’urgence» pour la République fédérale et pour les Länder, de sorte que l’agence fédérale du réseau électrique puisse, en cas de crise, décider de «l’interruption ou l’établissement en priorité d’installations vitales»;
•    instaurer des entrepôts de pétrole et d’essence à 140 endroits pour garantir un plein approvisionnement pendant 90 jours;
•    iscuter d’une «réserve de denrées alimentaires» au niveau fédéral et, en outre, miser sur la «responsabilité personnelle et les capacités de se protéger» de la population;
•    demander que tous les ménages, disposent d’une pharmacie d’urgence, de couvertures chaudes, de charbon, de bois, de bougies, de torches, de piles, d’allumettes, d’accumulateurs chargés et de réserves d’argent liquide (cf. Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung du 21 août).
Penser à des attaques par armes ABC
Une guerre avec l’utilisation d’armes atomiques, biologiques ou chimiques doit, à nouveau, être prise en considération. Concernant le nouveau rapport gouvernemental, Spiegel online déclare que «dans le document, une attaque contre le territoire de l’Etat n’est, indirectement, plus exclue». (21 août)
Depuis un certain temps, un conflit guerrier se dessine à l’horizon. Les Américains provoquent à outrance la Fédération de Russie. Au cours des derniers 25 ans, les Russes n’ont violé le droit international qu’une fois. Les Etats membres de l’OTAN l’ont fait souvent, notamment en Yougoslavie, en Irak, en Libye, en Syrie. Les révolutions de couleur, dirigées par l’OTAN, relèvent du répertoire standard. Les flux migratoires de ces derniers mois sont des opérations dirigées – et ne sont pas un hasard.
Depuis que la situation en Ukraine s’est aggravée suite à des interférences de l’extérieure (activités de diverses fondations américaines, tireurs embusqués «inconnus» puis un coup d’Etat), il y a des préparatifs, directement à la frontière russe, pour un conflit armé avec la Russie. Washington et l’OTAN ont fait avorter toutes tentatives d’une solution pacifique (Steinmeier, Hollande).
Le gouvernement allemand est fermement intégré à l’OTAN et continue de suivre les directives d’outre-Atlantique. Contrairement à la Loi fondamentale allemande, il est intégré depuis longue date dans des activités bellicistes. Lors du dernier sommet de l’OTAN à Varsovie, les Etats-membres ont été obligés de «renforcer leur résistance civile contre des menaces non conventionnelles» (Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung, du 21 août). L’escalade est en cours.
Des années de préparatifs de guerre
Les grands médias allemands se sont alliés, depuis des années, à la stratégie de guerre des «atlantistes». Selon eux, la Russie, et en particulier le président russe, sont dotés, exclusivement, de caractéristiques négatives. On utilise les poncifs les plus primitifs pour créer et ancrer des préjugés. Ainsi, on saborde les solutions diplomatiques et pacifiques. Tout le monde sait que la propagande est un élément important de la préparation psychologique de toute guerre. Et cette propagande est devenue de plus en plus intense, ces dernières années.
Jouer avec le feu
Certains milieux, aux Etats-Unis, conduisent le monde vers une guerre, avec le but de rester l’«unique puissance mondiale», malgré un endettement impossible à rembourser. Pour commencer, le champ de bataille pourrait bien se situer en Europe. Les Etats-Unis eux-mêmes se trouvent devant des défis intérieurs difficiles (dettes de l’Etat, hélicoptère monétaire, appauvrissement des populations). En outre, une campagne électorale malpropre rend l’impossible possible. Le candidat Trump est opposé au «modèle d’affaire» basé sur la guerre. Donc, il est diabolisé. Hillary Clinton représente la combinaison de Wallstreet et du complexe militaro-industriel.
La Suisse rêve encore de l’UE et du PPP
La Suisse, encore obnubilée par de nombreux avantages imaginaires, se réveillera doucement de ses rêveries portant sur l’UE et le PPP (Partenariat pour la Paix). La portée des accords signés par une Suisse étourdie, devient évidente, devant le scénario d’une possible guerre. Notre pays est trop impliqué dans l’une des futures alliances bellicistes.
La Suisse doit se refuser aux factions bellicistes
En Suisse, des mesures politiques, économiques et de droit public doivent être entreprises. Sinon, le réveil sera terrible. Pour la politique, cela signifie d’adopter les mesures nécessaires pour que le pays puisse maintenir la neutralité dans le contexte international. Quels accords politiques et économiques avec d’autres Etats doivent être conclus pour garantir notre neutralité? Avec quelles mesures la sécurité des civils peut-elle être garantie en cas d’actes de guerre? Quelles mesures militaires sont nécessaires pour rendre crédible la neutralité? Mais, face à d’autres Etats, Didier Burkhalter doit parler franchement: la Suisse se refuse à la faction belliciste. La Suisse reste fidèle à la stratégie de la paix et du commerce.
Renforcer les forces politiques positives
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le conseiller fédéral Giuseppe Motta a fait sortir la Suisse de plusieurs obligations politiques ayant pu s’avérer dangereuses pour le pays. En politique intérieure, un accord entre les différentes tendances politiques au sein du Conseil national rendit possible la préparation à la guerre.
Aujourd’hui également, il est nécessaire de chercher des voies pour assurer notre avenir en cas d’un possible conflit armé tout en créant l’espace libre nécessaire pour une diplomatie de paix et d’éventuels bons services pour autrui. Ce ne sont pas uniquement les politiciens des différents camps politiques qui sont sollicités mais également toutes les personnes civiles. La Suisse a de la latitude, elle a un héritage et une mission. Des suiveurs, il y en a assez. Etre un modèle oblige.    •
Penser aux provisions domestiques
rl. Etes-vous préparés? Vos proches et vos voisins sont-ils préparés? Des provisions domestiques peuvent vous aider de surmonter des temps difficiles. A l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE), vous pouvez commander gratuitement diverses publications, par exemple le dépliant «Des provisions … providentielles» pour surmonter une pénurie de 7 jours (www.bwl.admin.ch) ou des informations comment réagir lors d’une panne d’électricité (www.bwl.admin.ch/dienstleistungen).
Outre les informations actuelles de l’OFAE – actualisées dernièrement et disponibles également sur les médias sociaux (cf. encadré) –, il vaut la peine d’étudier également les informations plus anciennes. Nous vous recommandons par exemple la liste des aliments contenue dans la brochure «Provision de ménage – Pour que l’éventualité ne devienne pas la fatalité» de l’OFAE parue en 1997. Cette liste contient les quantités nécessaires pour 15 jours. Dans cette brochure, vous trouverez également des informations concernant la gestion sensée des provisions.
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Alertswiss – un application pour réaliser son propre plan d’urgence

hd. En 2015, l’Office fédéral de la protection de la population (OFPP) a lancé le système Alertswiss en collaboration avec diverses organisations partenaires. Il est accessible par le biais du site web (alertswiss.ch), d’une application gratuite, du compte Twitter (@alertswiss) et de YouTube pour informer toute personne intéressée sur la protection en cas de catastrophe ou de situation d’urgence. La principale mesure consiste à réaliser soi-même un plan d’urgence pour son propre ménage. On peut, par exemple, y noter les lieux de rendez-vous pour les membres de la famille, des informations importantes ou une liste des provisions de ménage. L’application est très bien faite. «En situation d’urgence, il est décisif que les autorités et la population sachent réagir correctement et rapidement», a déclaré Benno Bühlmann, le directeur de l’Office fédéral de la protection de la population.