Le Temps dans la guerre contre la “désinformation russe”

par

Ivo Rens

5 janvier 2017

 

L’OTAN et l’Union européenne s’inquiètent toujours plus de l’influence croissante de la Russie dans le monde de l’information. Mais jusqu’ici, ces instances ont été impuissantes à remédier à ce que les dirigeants occidentaux tiennent pour une fâcheuse dégradation de l’opinion publique.

 

“Tandis que le modèle journalistique traditionnel des pays d’Europe occidentale traverse de graves difficultés économiques, les médias russes gagnent toujours plus de terrain. A la botte du Kremlin et régis par une organisation verticale quasi militaire, ils proposent un nouveau type de journalisme qui s’inscrit dans une stratégie générale de désinformation de l’opinion publique.” C’est par cette mise en contexte que débute un article intitulé “la nouvelle désinformation russe” paru dans Le Temps du 17 juin 2016, et dû au talent de Luc Maffre, politologue.

Pour cet auteur, il est évident que l’ennemi russe a succédé à l’ennemi soviétique auquel il emprunte ses méthodes de désinformation, mutatis mutandis. Le succès des nouveaux médias russes s’expliquerait par leur habile utilisation de fausses rumeurs, par la dérégulation du marché de l’information due à la Toile et par le recours à des personnalités charismatiques comme Julian Assange et Edward Snowden.

Dans un Editorial et un article de fond parus dans Le Temps du 28 décembre 2016, Frédéric Koller surenchérit sur cette thématique. Citant un responsable de l’OTAN, il affirme que, “avec des médias traditionnels, les réseaux sociaux, des SMS et des trolls, la Russie, comme l’Etat islamique, tente de décrédibiliser les processus démocratiques.” Selon Frédéricc Koller, il ne s’agirait pas seulement de désinformation, mais d’une guerre hybride, “mélange d’opérations de terrain, de piratage informatique et de désinformation” en partie pilotée par le Kremlin, dans le but d’affaiblir l’Union européenne et l’OTAN en divisant leurs membres afin d’avantager les intérêts de la Russie. On serait donc bien en présence d’une stratégie militaire.

Les médias russes nommément visés sont Russia Today (RT) et Sputnik. Selon Koller et Maffre le Kremlin miserait, en Occident, sur le concours des partis et mouvances d’extrême droite et pourrait être intervenu aux Etats-Unis dans l’élection inattendue de Donald Trump. L’OTAN et l’Union européenne auraient bien tenté d’amorcer des stratégies de résistance, mais sans grand succès en raison des pièges inhérents à la contre-propagande. En définitive, conclut Frédéric Koller, “face à la propagande pilotée par le Kremlin avec de très gros moyens, on doit s’en remettre à la presse libre. C’est notre force et notre faiblesse”…

 

La faiblesse à laquelle songe l’auteur serait due à la crise du “modèle journalistique traditionnel” pour reprendre l’expression de Luc Maffre. Mais en réalité, elle est autrement plus profonde qu’il le croit car elle réside dans la servilité des Etats membres tant de l’UE que de l’OTAN et de nombre de journalistes occidentaux envers la ligne du politiquement correct que définissent les Etats-Unis et que propagent notamment les grandes agences de presse occidentales.

Frédéric Koller et Le Temps en sont des exemples frappants. Voilà un journaliste suisse s’exprimant dans un quotidien suisse qui, à aucun moment, ne songe à tirer avantage de sa situation de ressortissant d’un pays neutre n’appartenant ni à l’OTAN, ni à l’UE, bien qu’enclavé dans l’une et l’autre, pour prendre du champ par rapport au politiquement correct de ces deux instances.

Comme Luc Maffre, Frédéric Koller identifie implicitement la Russie à la défunte Union soviétique et fait l’impasse sur l’histoire des relations internationales intervenue depuis 1991. Or, n’est-ce pas les Etats-Unis et l’OTAN qui ont violé la Charte des Nations Unies et le droit international en entrant en guerre contre la Yougoslavie en 1999 ? Les Etats-Unis n’ont-il pas violé le droit international dans pratiquement tous les conflits qu’ils ont déclenchés depuis lors, notamment contre l’Irak en 2003 et contre la Lybie en 2011 ? Avec d’autres Etats membres de l’OTAN et du Golfe persique, n’ont-ils pas contrevenu au droit international dans les événements de Syrie en appuyant les “rebelles” et en les armant ? N’ont-ils pas fomenté le coup d’Etat en Ukraine en février 2014 ? N’ont-ils pas invoqué leur vocation exceptionnelle à diriger un monde unipolaire ? Pourquoi donc faire de la Russie le bouc émissaire ?

Quand des journaux se permettent, dans toutes circonstances, de ne présenter à leurs lecteurs qu’une version des événements, celle des puissances dominantes du moment, et de la ressasser nonobstant les témoignages concordants qui la contredisent, il n’est pas étonnant que leurs lecteurs les abandonnent progressivement. Et l’on ne prend pas grand risque en pronostiquant que leurs annonceurs les suivront tôt ou tard !

Au surplus, il y a, nous semble-t-il, à tout le moins une coupable légèreté à invoquer la stratégie militaire et la guerre de la désinformation prétendument menée par la Russie dans un contexte de relations internationales tendues au point que, depuis les présidences de G.W Bush et de Barack Obama, un conflit nucléaire apparaît malheureusement de moins en moins “impensable”.

 

 

 

 

 

 

 

Reconnaître les signes du temps

Allemagne: nouvelle stratégie de protection civile
L’Allemagne se prépare-t-elle à la guerre?

Conséquences pour la Suisse

Horizons et débats /Zeit-Fragen, Zurich
6 septembre 2016

rl./me. Le 24 août, Mr Thomas de Maizière, ministre des Affaires intérieures de la République fédérale a proposé au Cabinet un plan d’action qui, depuis 2012, a été élaboré dans le cadre d’une «Conception de défense civile». Ces propositions ont été acceptées par le Cabinet. C’est très tard que le gouvernement allemand assume sa responsabilité de mettre en route une stratégie de protection civile. Cette stratégie fait partie d’une stratégie de défense globale («Rahmenrichtlinien für die Gesamtverteidigung» {RRGV}), dans laquelle est intégrée également la «Konzeption der Bundeswehr» (KdB).
L’Allemagne se prépare-t-elle à une guerre future? Depuis la fin de la guerre froide, c’est la première fois qu’officiellement, on ne prend en considération pas seulement des attaques terroristes et électroniques, mais aussi une situation de guerre. Mais il faut voir la publication actuelle aussi comme un élément des préparatifs psychologiques à grande échelle pour une future guerre. Cette démarche de politique intérieure s’inscrit dans la politique d’alliance de l’Allemagne en tant que «vassal fidèle» de Washington.
Ceci a des conséquences sur la politique actuelle de la Suisse.
Propositions concrètes
Dans la «Conception de défense civile», du Ministère des affaires intérieures du 24 août, on lit en détail, sur 70 pages, des mesures de préparation civile pour le cas d’une guerre (cf. http://www.bmi.bund.de/SharedDocs/Downloads/DE/Broschueren/2016/konzeption-zivile-verteidigung.pdf?__blob=publicationFile). Dans ce volumineux document, on trouve aussi des mesures à prendre en cas de contamination radioactive, biologique et chimique (p. 28) en cas de manque de main d’œuvre (p. 59) et de mesures de soutien aux forces armées (p. 60). Entre autres, il est proposé de
•    alerter la population avec un «effet réveil» en cas de danger en utilisant radio, télévision, sirènes, systèmes d’haut-parleurs, SMS et Internet – également dans les chemins de fer;
•    contrôler si les réserves en vaccins contre la variole et les réserves d’antibiotiques doivent être augmentées;
•    préparer l’installation de «centres de décontamination» devant les hôpitaux en cas d’attaques nucléaires, biologiques ou chimiques, pour traiter les blessés en dehors des hôpitaux;
•    préparer la mobilisation, dans un délai de 24 heures, d’un tiers des forces de l’Organisation de protection civile fédérale («Technisches Hilfswerk THW»), à la fois et sur tout le territoire;
•    établir une stratégie «Conception globale courant d’urgence» pour la République fédérale et pour les Länder, de sorte que l’agence fédérale du réseau électrique puisse, en cas de crise, décider de «l’interruption ou l’établissement en priorité d’installations vitales»;
•    instaurer des entrepôts de pétrole et d’essence à 140 endroits pour garantir un plein approvisionnement pendant 90 jours;
•    iscuter d’une «réserve de denrées alimentaires» au niveau fédéral et, en outre, miser sur la «responsabilité personnelle et les capacités de se protéger» de la population;
•    demander que tous les ménages, disposent d’une pharmacie d’urgence, de couvertures chaudes, de charbon, de bois, de bougies, de torches, de piles, d’allumettes, d’accumulateurs chargés et de réserves d’argent liquide (cf. Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung du 21 août).
Penser à des attaques par armes ABC
Une guerre avec l’utilisation d’armes atomiques, biologiques ou chimiques doit, à nouveau, être prise en considération. Concernant le nouveau rapport gouvernemental, Spiegel online déclare que «dans le document, une attaque contre le territoire de l’Etat n’est, indirectement, plus exclue». (21 août)
Depuis un certain temps, un conflit guerrier se dessine à l’horizon. Les Américains provoquent à outrance la Fédération de Russie. Au cours des derniers 25 ans, les Russes n’ont violé le droit international qu’une fois. Les Etats membres de l’OTAN l’ont fait souvent, notamment en Yougoslavie, en Irak, en Libye, en Syrie. Les révolutions de couleur, dirigées par l’OTAN, relèvent du répertoire standard. Les flux migratoires de ces derniers mois sont des opérations dirigées – et ne sont pas un hasard.
Depuis que la situation en Ukraine s’est aggravée suite à des interférences de l’extérieure (activités de diverses fondations américaines, tireurs embusqués «inconnus» puis un coup d’Etat), il y a des préparatifs, directement à la frontière russe, pour un conflit armé avec la Russie. Washington et l’OTAN ont fait avorter toutes tentatives d’une solution pacifique (Steinmeier, Hollande).
Le gouvernement allemand est fermement intégré à l’OTAN et continue de suivre les directives d’outre-Atlantique. Contrairement à la Loi fondamentale allemande, il est intégré depuis longue date dans des activités bellicistes. Lors du dernier sommet de l’OTAN à Varsovie, les Etats-membres ont été obligés de «renforcer leur résistance civile contre des menaces non conventionnelles» (Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung, du 21 août). L’escalade est en cours.
Des années de préparatifs de guerre
Les grands médias allemands se sont alliés, depuis des années, à la stratégie de guerre des «atlantistes». Selon eux, la Russie, et en particulier le président russe, sont dotés, exclusivement, de caractéristiques négatives. On utilise les poncifs les plus primitifs pour créer et ancrer des préjugés. Ainsi, on saborde les solutions diplomatiques et pacifiques. Tout le monde sait que la propagande est un élément important de la préparation psychologique de toute guerre. Et cette propagande est devenue de plus en plus intense, ces dernières années.
Jouer avec le feu
Certains milieux, aux Etats-Unis, conduisent le monde vers une guerre, avec le but de rester l’«unique puissance mondiale», malgré un endettement impossible à rembourser. Pour commencer, le champ de bataille pourrait bien se situer en Europe. Les Etats-Unis eux-mêmes se trouvent devant des défis intérieurs difficiles (dettes de l’Etat, hélicoptère monétaire, appauvrissement des populations). En outre, une campagne électorale malpropre rend l’impossible possible. Le candidat Trump est opposé au «modèle d’affaire» basé sur la guerre. Donc, il est diabolisé. Hillary Clinton représente la combinaison de Wallstreet et du complexe militaro-industriel.
La Suisse rêve encore de l’UE et du PPP
La Suisse, encore obnubilée par de nombreux avantages imaginaires, se réveillera doucement de ses rêveries portant sur l’UE et le PPP (Partenariat pour la Paix). La portée des accords signés par une Suisse étourdie, devient évidente, devant le scénario d’une possible guerre. Notre pays est trop impliqué dans l’une des futures alliances bellicistes.
La Suisse doit se refuser aux factions bellicistes
En Suisse, des mesures politiques, économiques et de droit public doivent être entreprises. Sinon, le réveil sera terrible. Pour la politique, cela signifie d’adopter les mesures nécessaires pour que le pays puisse maintenir la neutralité dans le contexte international. Quels accords politiques et économiques avec d’autres Etats doivent être conclus pour garantir notre neutralité? Avec quelles mesures la sécurité des civils peut-elle être garantie en cas d’actes de guerre? Quelles mesures militaires sont nécessaires pour rendre crédible la neutralité? Mais, face à d’autres Etats, Didier Burkhalter doit parler franchement: la Suisse se refuse à la faction belliciste. La Suisse reste fidèle à la stratégie de la paix et du commerce.
Renforcer les forces politiques positives
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le conseiller fédéral Giuseppe Motta a fait sortir la Suisse de plusieurs obligations politiques ayant pu s’avérer dangereuses pour le pays. En politique intérieure, un accord entre les différentes tendances politiques au sein du Conseil national rendit possible la préparation à la guerre.
Aujourd’hui également, il est nécessaire de chercher des voies pour assurer notre avenir en cas d’un possible conflit armé tout en créant l’espace libre nécessaire pour une diplomatie de paix et d’éventuels bons services pour autrui. Ce ne sont pas uniquement les politiciens des différents camps politiques qui sont sollicités mais également toutes les personnes civiles. La Suisse a de la latitude, elle a un héritage et une mission. Des suiveurs, il y en a assez. Etre un modèle oblige.    •
Penser aux provisions domestiques
rl. Etes-vous préparés? Vos proches et vos voisins sont-ils préparés? Des provisions domestiques peuvent vous aider de surmonter des temps difficiles. A l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE), vous pouvez commander gratuitement diverses publications, par exemple le dépliant «Des provisions … providentielles» pour surmonter une pénurie de 7 jours (www.bwl.admin.ch) ou des informations comment réagir lors d’une panne d’électricité (www.bwl.admin.ch/dienstleistungen).
Outre les informations actuelles de l’OFAE – actualisées dernièrement et disponibles également sur les médias sociaux (cf. encadré) –, il vaut la peine d’étudier également les informations plus anciennes. Nous vous recommandons par exemple la liste des aliments contenue dans la brochure «Provision de ménage – Pour que l’éventualité ne devienne pas la fatalité» de l’OFAE parue en 1997. Cette liste contient les quantités nécessaires pour 15 jours. Dans cette brochure, vous trouverez également des informations concernant la gestion sensée des provisions.
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Alertswiss – un application pour réaliser son propre plan d’urgence

hd. En 2015, l’Office fédéral de la protection de la population (OFPP) a lancé le système Alertswiss en collaboration avec diverses organisations partenaires. Il est accessible par le biais du site web (alertswiss.ch), d’une application gratuite, du compte Twitter (@alertswiss) et de YouTube pour informer toute personne intéressée sur la protection en cas de catastrophe ou de situation d’urgence. La principale mesure consiste à réaliser soi-même un plan d’urgence pour son propre ménage. On peut, par exemple, y noter les lieux de rendez-vous pour les membres de la famille, des informations importantes ou une liste des provisions de ménage. L’application est très bien faite. «En situation d’urgence, il est décisif que les autorités et la population sachent réagir correctement et rapidement», a déclaré Benno Bühlmann, le directeur de l’Office fédéral de la protection de la population.

Gardons notre neutralité !

Des soldats suisses s’entraînent à la frontière russe

Source: http://www.zeit-fragen.ch/fr/ausgaben/2016/nr-18-16-august-2016/neutralitaet-wahren.html

Horizons et débats

Case postale 729

CH-8044 Zurich

 

Depuis deux ans, dans le cadre de la crise ukrainienne, l’OTAN sous tutelle américaine, cherche à envenimer le conflit avec la Russie.

Des manœuvres militaires permanentes à la frontière russe ne cessent d’aggraver la crise. Au cours des derniers 6 mois, l’OTAN a lancé pas moins de 12 manœuvres en Europe de l’Est.

Le gouvernement russe a de son côté également entrepris des opérations le long de sa frontière occidentale. Les champs de bataille d’une éventuelle escalade du conflit se trouveront en Europe. Non pas aux Etats-Unis d’où cette escalade est fomentée. Cela n’est ni dans l’intérêt des pays européens ni dans celui de la Suisse neutre.

Il est donc indispensable pour notre pays de remettre en question la coopération avec l’organisation Partenariat pour la paix (PpP), organisation étroitement liée à l’OTAN, et de tirer les conséquences nécessaires de la situation politique actuelle.

Les exercices de nos Forces aériennes en Pologne – un Etat membre de l’OTAN – près de la frontière russe (Kaliningrad) paraissent, il faut le dire, plus que problématiques (cf. www.admin.ch/gov/de/start/dokumentation/medienmitteilungen.msg-id-62726.html). Et ceci peu de temps après des grandes manœuvres de l’OTAN (Anakonda).

En tant qu’Etat dépositaire de la Croix-Rouge et intermédiaire de bons offices entre deux Etats ennemis, notre pays ne peut pas se permettre d’être impliqué dans des conflits militaires – ne serait-ce par insouciance ou par manque de circonspection politique. C’est maintenant, plus que jamais, qu’il faut une Suisse neutre prête à agir et qui soit crédible afin de servir d’intermédiaire entre deux blocs.

Mettre un terme à l’adhésion au PpP, que ce soit par le Conseil fédéral ou par une initiative populaire, permettrait à la Suisse de se préparer aux temps futurs.

Dans de telles périodes de conflits, notre armée peut choisir des endroits dans le monde pour ses manœuvres militaires, ses essais de nouvelles armes et ses entraînements autres que Deblin en Pologne ou l’Etat membre de l’OTAN qu’est la Turquie.

L’impossible fête nationale

par Guy Mettan

3 août 2016

Source: http://guymettan.blog.tdg.ch/archive/2016/08/03/l-impossible-fete-nationale-277994.html

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Osons le dire, célébrer la fête nationale est devenu un activité parfaitement schizophrénique. D’un côté, l’élu qui refuserait de se soumettre au rituel bien rôdé de la tradition patriotique signerait son arrêt de mort politique. On considérerait à juste titre comme scandaleux le fait de se dérober à ce moment de haute liturgie civique.

Mais d’un autre côté, on considérerait avec une égale défiance celui ou celle qui voudrait dépasser les habituels clichés et les phrases creuses pour interroger la vraie et authentique signification de la fête nationale, à savoir la célébration de la nation conçue comme une communauté de destin (et non comme une addition d’individus et d’intérêts particuliers) habitant un territoire propre (et non un vague ensemble supranational à l’idéologie et aux contours flous).

Le défi est en effet impossible à relever: comment fêter la nation, ou le pays qui nous a vu naître et qui nous permet de vivre, alors qu’à longueur de discours les médias et les dirigeants politiques nous présentent ces derniers comme des concepts obsolètes et qu’ils vantent sans cesse les mérites de la globalisation économique, de l’effacement des frontières, du dépassement de la nation comme le seul horizon souhaitable de notre avenir? Comment fêter la nation comme communauté de valeurs et de destin alors que la majeure partie de l’activité politique consiste à promouvoir les intérêts particuliers de telle ou telle minorité bruyante au détriment de la majorité silencieuse ? Le sens de l’intérêt collectif, du bien commun, s’est dilué dans les revendications catégorielles – défense des fonctionnaires, des handicapés, des LGBT, des malades du sida, des surdoués, des victimes de viols ou de pédophiles – toutes activités fort louables au demeurant mais qui finissent par occuper la totalité de l’espace public disponible.

Si la lutte contre les discriminations de toutes sortes est une condition nécessaire du vivre ensemble, ce n’est pas une condition suffisante. La nation, le pays, exigent un supplément d’âme, une volonté commune, une espérance eschatologique, une dimension sacrée devait-on dire si ce mot avait encore un sens. Or de tout cela il ne peut être question dans les discours du Premier Août. Évoquer la Suisse comme une valeur sacrée vous classe immédiatement dans la catégorie des ringards bons pour la poubelle.

Comment s’étonner dès lors que la commémoration de la fête nationale soit de plus en plus fade et privée de grâce et d’émotion? Comment se projeter dans l’avenir si le passé est oublié et le présent tronqué par l’absence d’une terre identifiable et bien délimitée, qui est le seul et unique fondement de la souveraineté et de la démocratie. A force de vouloir concilier l’inconciliable, les discours sont condamnés à surfer sur la surface des choses et à célébrer le particulier au détriment du général.

La substance perdue, ne subsiste plus que le rite. Ce qui est sans doute mieux que rien. Mais comment s’en contenter?

 

La neutralité est un aspect essentiel de la Confédération

par † Wolfgang von Wartburg

Source: http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=4918

18 avril 2016

 

«La neutralité suisse n’est ni imposée de l’extérieur, ni un simple moyen pour assurer l’indépendance du pays. Elle est une expression, un aspect essentiel de la Confédération elle-même. Le devoir suprême de l’Etat est de garantir le droit et la paix. Tout ce qui sort de ce cadre est problématique. Si l’on respecte ce principe également à l’extérieur, il en résulte la nécessité de renoncer à toute politique de force et donc à toutes alliances poursuivant de tels objectifs.

La politique étrangère d’un Etat, ne voulant être expressément qu’un Etat de droit, doit être la neutralité. Cela n’exclut pas que l’Etat neutre entreprend tout ce qui est en son pouvoir pour maintenir et garantir la paix dans le monde, aussi longtemps qu’il ne se perd pas dans le tourbillon de la politique de force. L’exemple principal pour la Suisse est l’hébergement du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), dont les membres sont exclusivement suisses. De nombreux Suisses sont mandatés par l’ONU […] pour entreprendre des actions de médiation difficiles, demandant une impartialité absolue. Seul un pays neutre peut représenter les droits de l’homme sans prendre en considération les rapports de force politique. La neutralité suisse est «perpétuelle» tout comme la Confédération elle-même. La prévisibilité de sa politique étrangère est la meilleure contribution de la Suisse à la paix générale. La neutralité est une alternative à la sécurité collective. Dans une organisation collective (ONU, UE, OTAN, Partenariat pour la paix), il ne se passe rien, car personne n’est responsable, ou alors, elle se transforme en outil du partenaire le plus puissant. L’adhésion à une organisation de sécurité collective ferait de la Suisse indéniablement un complice de la politique du pouvoir. Elle serait coresponsable de toute activité sans pouvoir changer quoi que ce soit aux rapports de force. La crédibilité de la neutralité serait donc éliminée.

Ce qui correspond à la Suisse, c’est la renonciation à toute politique du pouvoir et la limitation volontaire à une armée défensive qui, vu la «malice des temps» – à tout moment – est indispensable pour l’indépendance du pays. Remarque complémentaire: actuellement on discute le projet de transformer l’armée suisse en une armée de métier.

Pour la Confédération suisse, il n’y a que l’armée du peuple, dans laquelle l’engagement est une obligation générale. Elle ne peut et ne doit être engagée qu’en cas de mise en danger du pays. Une armée de métier pourrait devenir un instrument du pouvoir du Conseil fédéral pouvant même aboutir en des aventures non désirées.»

 

(Traduction Horizons et débats)

Extrait tiré de: Wolfgang von Wartburg. Die europäische Dimension der Schweiz. Zur Geschichte der Schweiz und ihrer Stellung in Europa, 1996, p. 125 et seq.

La Suisse est quasiment devenue membre de l’OTAN

par Gotthard Frick

Horizons et débats No 5, 7 mars 2016

 

L’auteur a déjà affirmé à plusieurs reprises que le Conseil fédéral et le commandement de l’Armée intègrent la Suisse à l’OTAN de manière sournoise.

Le Conseil fédéral a communiqué qu’une conférence de l’OTAN a eu lieu à Zurich le 16 et 17 février 2016, sur invitation de la Suisse. Trompant le peuple suisse, le Conseil fédéral n’a communiqué ce fait que le premier jour de la conférence. Y ont participé: 100 officiers de la structure militaire de l’OTAN et de ses 28 Etats membres, des membres du Partenariat pour la Paix et les 25 Etats membres de la Plateforme d’interopérabilité de l’OTAN (dont la Suisse).

La discussion devait tourner autour de la nécessité d’une collaboration militaire et des défis actuels, vu le changement de l’environnement sécuritaire, avec l’objectif de procéder aux adaptations nécessaires.

Voici ce que cela signifie:

  • Le nom du «Partenariat pour la Paix» est une création linguistique géniale des «spin doctors», donc des spécialistes en communication. La presse chinoise voit ce «partenariat» comme un «instrument des Etats-Unis pour imposer ses intérêts stratégiques». C’est-à-dire que la Chine, tout comme probablement la Russie, ne considère plus la Suisse comme étant neutre.
  • La Plateforme d’interopérabilité est une structure organisant des exercices de combat commun des 25 Etats affiliés, dont la Suisse. Même si ceci ne signifie pas encore que la Suisse soit membre de l’OTAN, les grandes puissances non occidentales le verront comme préparation d’une adhésion rapide de la Suisse en cas d’urgence.La Suisse a déjà plusieurs fois envoyé des troupes participer à des manœuvres de membres de l’OTAN (par exemple en Allemagne), même si cela n’est pas très fréquent. Probablement, pour habituer étape par étape le public à cette collaboration militaire. Etant donné que ce n’étaient pas des manœuvres de l’OTAN, mais seulement des exercices militaires d’Etats membres de l’OTAN, cette participation ne toucherait pas la neutralité, selon les dires du Conseil fédéral et du commandement de l’Armée.
  • L’Armée a adapté son règlement Commandement et organisation des états-majors (COEM) à celui de l’OTAN.
  • On se procure autant que possible des armes et des équipements compatibles avec ceux de l’OTAN. En outre, la Suisse a adapté les grades de l’Armée à ceux de l’OTAN. Ainsi, le colonel-divisionnaire est devenu divisionnaire. Dans les grades inférieurs de notre armée déjà très réduite, toute une série de nouveaux grades ont été ajoutés: appointé-chef, sergent-chef, sergent-major chef, adjudant EM, adjudant-major, adjudant-chef. Evidemment, la collaboration est plus facile si les armes et les grades sont essentiellement identiques.
  • Des commandants de l’OTAN visitent souvent la Suisse pour s’informer sur nos mesures militaires prévues et pour informer la Suisse de leurs propres activités.

La Suisse dispose maintenant de seulement deux brigades mécanisées comme troupes de combat. Ce sont des unités qui ne sont pas vraiment adaptées à notre terrain très structuré et construit, mais qui peuvent immédiatement être subordonnées à l’OTAN en cas de guerre et qui serviront bien dans des grands espaces peu vallonnés à l’extérieur de la Suisse.

Il faut le graver dans notre esprit: une Suisse neutre et bien défendue au cœur de l’Europe serait un grand désavantage pour les Etats-Unis et l’OTAN, car elle détient les voies transalpines ferroviaires et routières les plus efficaces et les mieux situées, et le corridor aérien le plus direct reliant l’Europe du Sud et du Nord. Pour cette raison, il y a de nombreuses structures dans les pays membres de l’OTAN, et aussi en Suisse, qui sont habiles à travailler en cachette en faveur de l’adhésion de notre pays à l’OTAN dans un futur proche. Sans que notre peuple s’en aperçoive et que les médias en parlent.

Il n’y a aucun doute que la réduction de l’Armée à un tiers depuis la fin du XXe siècle ainsi que la réduction supplémentaire actuelle de la moitié de ce tiers dans le cadre du Développement de l’Armée (DEVA) ne soient mises au service de ce but. Ainsi, lors d’une situation d’urgence, certains membres du Conseil fédéral et du commandement de l’Armée pourront justifier et rapidement mettre en œuvre l’adhésion à l’OTAN. Les préparatifs sont en cours depuis des années. Mais comme le peuple tient à la neutralité et à une armée défensive forte et indépendante, tout se passe en cachette et sous le couvert d’argumentations trompeuses.

Imaginons un conflit armé ou une crise majeure en Europe, se situant presqu’au niveau du seuil de la guerre: alors les Etats Unis et l’OTAN utiliseront notre espace aérien. Possiblement, ils mettront sous leur commandement aussi les voies de communication transalpines nord-sud et les chemins de fer et les autoroutes est-ouest, les grands aéroports, et les trois aéroports militaires qui nous restent. Notre armée démantelée ne pourra plus les en empêcher. Ainsi, nous aurons lésé notre obligation primaire de neutralité. Un adversaire des USA/OTAN pourra donc s’y référer et démarrer des activités militaires sur territoire suisse en toute légalité.

Le Conseil fédéral aura alors une excuse – probablement déjà prévue – en expliquant au peuple suisse que notre pays ne peut pas se défendre seul. Il invoquera l’état d’urgence, et dira que nous devons adhérer à l’OTAN, faute d’alternatives.

Il pourra alors immédiatement soumettre les deux brigades mécanisées à l’OTAN, et déclarer cet acte comme notre contribution à l’OTAN. Grâce aux préparations déjà faites, tout cela pourra se faire très rapidement.

Cela signifie que la Suisse sera probablement membre ou partenaire de l’OTAN dans une éventuelle prochaine guerre. Devons-nous préparer une révolution pour imposer la volonté populaire? Comment pouvons-nous sinon nous opposer à cette violation flagrante à la Constitution fédérale par le Conseil fédéral et le Parlement? La réponse à cette question est de grande importance.

(Traduction Horizons et débats)

«L’aide sur place – c’est le principe suisse» Retrait du Partenariat pour la paix

Interview du conseiller national Luzi Stamm, membre de la Commission des Affaires étrangères

Horizons et débats  N° 25, 5 octobre 2015

 

Horizons et débats: Vous avez déposez une motion, dans laquelle vous invitez le Conseil fédéral, à se retirer du «Partenariat pour la paix» (PPP).Quelles sont les raisons qui vous ont incité à déposer cette requête?

Luzi Stamm: Plus l’OTAN se comprend comme partie belligérante, plus la Suisse doit être vigilante. Si l’OTAN intervient militairement dans des pays tels l’Irak, l’Afghanistan, la Libye ou même l’Ukraine, la contradiction avec notre politique de neutralité devient manifeste, si nous participons d’une manière ou d’une autre aux activités de l’OTAN. A mon avis, cela correspond au bon sens.

Comment la Suisse est-elle devenue membre de cette sous-organisation de l’OTAN?

C’est une longue histoire. Du point de vue démocratique, c’est d’autant plus discutable, alors que la proximité entre le Partenariat pour la paix (PPP) et l’OTAN augmente. Notre population n’a pas eu voix au chapitre lors de l’adhésion au PPP. Dans les années 90, c’était surtout le Conseil fédéral –représenté par le chef du Département fédéral des Affaires étrangères Flavio Cotti et le chef du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports Adolf Ogi – qui avait proposé, l’adhésion de la Suisse à ce PPP.

Quelles étaient alors les réactions face à ce procédé?

Dans les cercles politiques de droite, cette procédure était alors fortement contestée, car l’ancien ministre américain de la Défense William Perry avait insisté sur le fait que la différence entre l’adhésion à l’OTAN et au PPP était plus tenu qu’une feuille de papier. Cela ne signifie rien d’autre que l’existence d’un plan pour intégrer le PPP dans l’OTAN existait déjà. Cela a éveillé des soupçons chez divers politiciens, également de la gauche. Mais selon l’esprit du temps – fin de la guerre froide, dissolution du pacte de Varsovie et idée (vaine) de la paix éternelle –, on a négligé les doutes et l’adhésion de la Suisse au PPP s’est faite.

Quelles sont donc actuellement les conséquences pour notre neutralité?

Plus l’OTAN prend position pour l’une ou l’autre des parties dans des confrontations guerrières, plus elle apparaît comme partie belligérante et unité d’intervention, plus cela est problématique pour notre neutralité. Lorsque l’OTAN avait par exemple dit qu’elle allait intervenir en Ex-Yougoslavie ou en Irak, alors ce n’était pas seulement une prise de position, mais en même temps une violation du droit international. Dans de tels cas la Suisse ne doit en aucun cas s’engager.

Dans sa réponse, le Conseil fédéral nie la participation de la Suisse à des manœuvres ou d’autres activités de l’OTAN.

La question primordiale contenue dans ma motion est la suivante: «Dans quel degré le PPP est-il effectivement lié à l’OTAN?» Plus la coopération est étroite, plus il est évident que la Suisse doit se retirer. Une autre question est de savoir de quelle manière la Suisse s’engage au niveau international avec notre armée.

Que voulez-vous dire par cela?

Si la Suisse s’engage militairement sous le commandement des Etats-Unis, ou de quelque autre pays de l’OTAN, et y joue un rôle partiel, alors cela est à mon avis totalement inacceptable. Il y a quelques années, un incident en Afghanistan a suscité pas mal de remous. Dans une revue, on avait publié une photo sur laquelle ont voyait deux soldats suisses en uniforme avec un drapeau suisse en ligne avec des soldats portant les drapeaux britannique et américain. Je crois me rappeler que cette image avait été prise lors d’un enterrement militaire. En raison de cette photo on avait l’impression que la Suisse s’identifiait avec l’intervention des Etats-Unis en Afghanistan. Il y avait réellement quatre officiers suisses en uniforme sur les lieux en Afghanistan, dont deux médecins, dans le cadre d’une mission de l’ONU. Cet exemple montre comment on peut perdre sa réputation, si l’on s’engage sur ce terrain international.

Que perd la Suisse, si elle quitte sa position de pays neutre?

Dans ce cas, elle perdrait énormément. Pour moi, l’exemple du Comité international de la Croix-Rouge et de son fondateur Henry Dunant est spécifique à la Suisse. Quand on lit, comment Henry Dunant fut totalement terrassé par la misère morale qu’il vécut sur le champ de bataille de Solferino, alors il faut avoir de bons nerfs pour rester neutre dans une telle situation et de ne pas prendre parti. Dans une telle situation, chacun de nous aurait d’abord eu envie, de juger le fautif et de faire des reproches au responsable de cette guerre. Mais cela n’est justement pas le devoir de la Suisse. Car notre petit Etat s’est créé la magnifique réputation de ne pas demander qui est le responsable de la guerre, mais de se concentrer sur l’aide. L’aide sur place! C’est cela le principe suisse que nous devons tous soutenir et surtout ne pas le compromettre avec une politique d’intérêts à court terme. Car si l’on a perdu sa réputation de pays neutre, il est extrêmement difficile de la regagner.

Cela c’est passé, il y a 150 années, est-ce encore valable dans le monde actuel?

L’attitude de la Croix-Rouge et de la Suisse est plus actuelle que jamais. Car plus le monde est fou et violent, plus la situation dans des pays tels la Libye, la Syrie ou l’Ukraine est difficile, plus la Suisse devrait vivre et agir selon son principe traditionnel de neutralité.

La neutralité a-t-elle des avantages non seulement pour la Suisse, mais aussi pour la communauté internationale?

Là, il faut du bon sens. J’ai travaillé dans un tribunal. Si l’on veut servir d’intermédiaire auprès d’un couple en total désaccord et qu’on a auparavant, d’une manière ou d’une autre, pris parti pour l’une des parties, toute tentative de médiation est illusoire. Pour que l’on puisse offrir ses bons offices, par exemple lors de négociations à Genève, il est crucial de ne pas donner précédemment l’impression d’être plus proche de l’un ou de l’autre côté. Cela n’est possible que si l’on vit la neutralité d’une manière crédible. Et pour cela, il ne faut appartenir à aucune alliance – de quel bord qu’elle soit.

Cela implique que la Suisse doit être capable de se défendre elle-même …

C’est une conséquence indirecte: chaque Etat neutre doit pouvoir se défendre lui-même. Nous pourrions apporter une petite – mais importante – contribution à la paix mondiale, si nous nous limitons clairement à posséder une armée défensive. Si tous les 193 Etats membres de l’ONU n’avaient qu’une armée défensive, notre monde serait nettement meilleur! Avec son armée, la Suisse doit démontrer de manière crédible que nous sommes capables de nous protéger en cas d’attaque. Mais en aucun cas, nous pouvons nous permettre de participer à une action offensive – pas non plus sous le toit de l’OTAN. C’est pourquoi le retrait du Partenariat pour la paix devrait à mon avis avoir lieu de préférence aujourd’hui plutôt que demain.

Monsieur le Conseiller national, un grand merci pour cet entretien.

(Propos recueillis par Thomas Kaiser)

«L’aide sur place – c’est le principe suisse» Retrait du Partenariat pour la paix

Interview du conseiller national Luzi Stamm, membre de la Commission des Affaires étrangères

Horizons et débats  N° 25, 5 octobre 2015

 

Horizons et débats: Vous avez déposez une motion, dans laquelle vous invitez le Conseil fédéral, à se retirer du «Partenariat pour la paix» (PPP).Quelles sont les raisons qui vous ont incité à déposer cette requête?

Luzi Stamm: Plus l’OTAN se comprend comme partie belligérante, plus la Suisse doit être vigilante. Si l’OTAN intervient militairement dans des pays tels l’Irak, l’Afghanistan, la Libye ou même l’Ukraine, la contradiction avec notre politique de neutralité devient manifeste, si nous participons d’une manière ou d’une autre aux activités de l’OTAN. A mon avis, cela correspond au bon sens.

Comment la Suisse est-elle devenue membre de cette sous-organisation de l’OTAN?

C’est une longue histoire. Du point de vue démocratique, c’est d’autant plus discutable, alors que la proximité entre le Partenariat pour la paix (PPP) et l’OTAN augmente. Notre population n’a pas eu voix au chapitre lors de l’adhésion au PPP. Dans les années 90, c’était surtout le Conseil fédéral –représenté par le chef du Département fédéral des Affaires étrangères Flavio Cotti et le chef du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports Adolf Ogi – qui avait proposé, l’adhésion de la Suisse à ce PPP.

Quelles étaient alors les réactions face à ce procédé?

Dans les cercles politiques de droite, cette procédure était alors fortement contestée, car l’ancien ministre américain de la Défense William Perry avait insisté sur le fait que la différence entre l’adhésion à l’OTAN et au PPP était plus tenu qu’une feuille de papier. Cela ne signifie rien d’autre que l’existence d’un plan pour intégrer le PPP dans l’OTAN existait déjà. Cela a éveillé des soupçons chez divers politiciens, également de la gauche. Mais selon l’esprit du temps – fin de la guerre froide, dissolution du pacte de Varsovie et idée (vaine) de la paix éternelle –, on a négligé les doutes et l’adhésion de la Suisse au PPP s’est faite.

Quelles sont donc actuellement les conséquences pour notre neutralité?

Plus l’OTAN prend position pour l’une ou l’autre des parties dans des confrontations guerrières, plus elle apparaît comme partie belligérante et unité d’intervention, plus cela est problématique pour notre neutralité. Lorsque l’OTAN avait par exemple dit qu’elle allait intervenir en Ex-Yougoslavie ou en Irak, alors ce n’était pas seulement une prise de position, mais en même temps une violation du droit international. Dans de tels cas la Suisse ne doit en aucun cas s’engager.

Dans sa réponse, le Conseil fédéral nie la participation de la Suisse à des manœuvres ou d’autres activités de l’OTAN.

La question primordiale contenue dans ma motion est la suivante: «Dans quel degré le PPP est-il effectivement lié à l’OTAN?» Plus la coopération est étroite, plus il est évident que la Suisse doit se retirer. Une autre question est de savoir de quelle manière la Suisse s’engage au niveau international avec notre armée.

Que voulez-vous dire par cela?

Si la Suisse s’engage militairement sous le commandement des Etats-Unis, ou de quelque autre pays de l’OTAN, et y joue un rôle partiel, alors cela est à mon avis totalement inacceptable. Il y a quelques années, un incident en Afghanistan a suscité pas mal de remous. Dans une revue, on avait publié une photo sur laquelle ont voyait deux soldats suisses en uniforme avec un drapeau suisse en ligne avec des soldats portant les drapeaux britannique et américain. Je crois me rappeler que cette image avait été prise lors d’un enterrement militaire. En raison de cette photo on avait l’impression que la Suisse s’identifiait avec l’intervention des Etats-Unis en Afghanistan. Il y avait réellement quatre officiers suisses en uniforme sur les lieux en Afghanistan, dont deux médecins, dans le cadre d’une mission de l’ONU. Cet exemple montre comment on peut perdre sa réputation, si l’on s’engage sur ce terrain international.

Que perd la Suisse, si elle quitte sa position de pays neutre?

Dans ce cas, elle perdrait énormément. Pour moi, l’exemple du Comité international de la Croix-Rouge et de son fondateur Henry Dunant est spécifique à la Suisse. Quand on lit, comment Henry Dunant fut totalement terrassé par la misère morale qu’il vécut sur le champ de bataille de Solferino, alors il faut avoir de bons nerfs pour rester neutre dans une telle situation et de ne pas prendre parti. Dans une telle situation, chacun de nous aurait d’abord eu envie, de juger le fautif et de faire des reproches au responsable de cette guerre. Mais cela n’est justement pas le devoir de la Suisse. Car notre petit Etat s’est créé la magnifique réputation de ne pas demander qui est le responsable de la guerre, mais de se concentrer sur l’aide. L’aide sur place! C’est cela le principe suisse que nous devons tous soutenir et surtout ne pas le compromettre avec une politique d’intérêts à court terme. Car si l’on a perdu sa réputation de pays neutre, il est extrêmement difficile de la regagner.

Cela c’est passé, il y a 150 années, est-ce encore valable dans le monde actuel?

L’attitude de la Croix-Rouge et de la Suisse est plus actuelle que jamais. Car plus le monde est fou et violent, plus la situation dans des pays tels la Libye, la Syrie ou l’Ukraine est difficile, plus la Suisse devrait vivre et agir selon son principe traditionnel de neutralité.

La neutralité a-t-elle des avantages non seulement pour la Suisse, mais aussi pour la communauté internationale?

Là, il faut du bon sens. J’ai travaillé dans un tribunal. Si l’on veut servir d’intermédiaire auprès d’un couple en total désaccord et qu’on a auparavant, d’une manière ou d’une autre, pris parti pour l’une des parties, toute tentative de médiation est illusoire. Pour que l’on puisse offrir ses bons offices, par exemple lors de négociations à Genève, il est crucial de ne pas donner précédemment l’impression d’être plus proche de l’un ou de l’autre côté. Cela n’est possible que si l’on vit la neutralité d’une manière crédible. Et pour cela, il ne faut appartenir à aucune alliance – de quel bord qu’elle soit.

Cela implique que la Suisse doit être capable de se défendre elle-même …

C’est une conséquence indirecte: chaque Etat neutre doit pouvoir se défendre lui-même. Nous pourrions apporter une petite – mais importante – contribution à la paix mondiale, si nous nous limitons clairement à posséder une armée défensive. Si tous les 193 Etats membres de l’ONU n’avaient qu’une armée défensive, notre monde serait nettement meilleur! Avec son armée, la Suisse doit démontrer de manière crédible que nous sommes capables de nous protéger en cas d’attaque. Mais en aucun cas, nous pouvons nous permettre de participer à une action offensive – pas non plus sous le toit de l’OTAN. C’est pourquoi le retrait du Partenariat pour la paix devrait à mon avis avoir lieu de préférence aujourd’hui plutôt que demain.

Monsieur le Conseiller national, un grand merci pour cet entretien.

(Propos recueillis par Thomas Kaiser)

La Suisse est quasiment devenue membre de l’OTAN

par Gotthard Frick

Horizons et débats No 5, 7 mars 2016

 

L’auteur a déjà affirmé à plusieurs reprises que le Conseil fédéral et le commandement de l’Armée intègrent la Suisse à l’OTAN de manière sournoise.

Le Conseil fédéral a communiqué qu’une conférence de l’OTAN a eu lieu à Zurich le 16 et 17 février 2016, sur invitation de la Suisse. Trompant le peuple suisse, le Conseil fédéral n’a communiqué ce fait que le premier jour de la conférence. Y ont participé: 100 officiers de la structure militaire de l’OTAN et de ses 28 Etats membres, des membres du Partenariat pour la Paix et les 25 Etats membres de la Plateforme d’interopérabilité de l’OTAN (dont la Suisse).

La discussion devait tourner autour de la nécessité d’une collaboration militaire et des défis actuels, vu le changement de l’environnement sécuritaire, avec l’objectif de procéder aux adaptations nécessaires.

Voici ce que cela signifie:

  • Le nom du «Partenariat pour la Paix» est une création linguistique géniale des «spin doctors», donc des spécialistes en communication. La presse chinoise voit ce «partenariat» comme un «instrument des Etats-Unis pour imposer ses intérêts stratégiques». C’est-à-dire que la Chine, tout comme probablement la Russie, ne considère plus la Suisse comme étant neutre.
  • La Plateforme d’interopérabilité est une structure organisant des exercices de combat commun des 25 Etats affiliés, dont la Suisse. Même si ceci ne signifie pas encore que la Suisse soit membre de l’OTAN, les grandes puissances non occidentales le verront comme préparation d’une adhésion rapide de la Suisse en cas d’urgence.La Suisse a déjà plusieurs fois envoyé des troupes participer à des manœuvres de membres de l’OTAN (par exemple en Allemagne), même si cela n’est pas très fréquent. Probablement, pour habituer étape par étape le public à cette collaboration militaire. Etant donné que ce n’étaient pas des manœuvres de l’OTAN, mais seulement des exercices militaires d’Etats membres de l’OTAN, cette participation ne toucherait pas la neutralité, selon les dires du Conseil fédéral et du commandement de l’Armée.
  • L’Armée a adapté son règlement Commandement et organisation des états-majors (COEM) à celui de l’OTAN.
  • On se procure autant que possible des armes et des équipements compatibles avec ceux de l’OTAN. En outre, la Suisse a adapté les grades de l’Armée à ceux de l’OTAN. Ainsi, le colonel-divisionnaire est devenu divisionnaire. Dans les grades inférieurs de notre armée déjà très réduite, toute une série de nouveaux grades ont été ajoutés: appointé-chef, sergent-chef, sergent-major chef, adjudant EM, adjudant-major, adjudant-chef. Evidemment, la collaboration est plus facile si les armes et les grades sont essentiellement identiques.
  • Des commandants de l’OTAN visitent souvent la Suisse pour s’informer sur nos mesures militaires prévues et pour informer la Suisse de leurs propres activités.

La Suisse dispose maintenant de seulement deux brigades mécanisées comme troupes de combat. Ce sont des unités qui ne sont pas vraiment adaptées à notre terrain très structuré et construit, mais qui peuvent immédiatement être subordonnées à l’OTAN en cas de guerre et qui serviront bien dans des grands espaces peu vallonnés à l’extérieur de la Suisse.

Il faut le graver dans notre esprit: une Suisse neutre et bien défendue au cœur de l’Europe serait un grand désavantage pour les Etats-Unis et l’OTAN, car elle détient les voies transalpines ferroviaires et routières les plus efficaces et les mieux situées, et le corridor aérien le plus direct reliant l’Europe du Sud et du Nord. Pour cette raison, il y a de nombreuses structures dans les pays membres de l’OTAN, et aussi en Suisse, qui sont habiles à travailler en cachette en faveur de l’adhésion de notre pays à l’OTAN dans un futur proche. Sans que notre peuple s’en aperçoive et que les médias en parlent.

Il n’y a aucun doute que la réduction de l’Armée à un tiers depuis la fin du XXe siècle ainsi que la réduction supplémentaire actuelle de la moitié de ce tiers dans le cadre du Développement de l’Armée (DEVA) ne soient mises au service de ce but. Ainsi, lors d’une situation d’urgence, certains membres du Conseil fédéral et du commandement de l’Armée pourront justifier et rapidement mettre en œuvre l’adhésion à l’OTAN. Les préparatifs sont en cours depuis des années. Mais comme le peuple tient à la neutralité et à une armée défensive forte et indépendante, tout se passe en cachette et sous le couvert d’argumentations trompeuses.

Imaginons un conflit armé ou une crise majeure en Europe, se situant presqu’au niveau du seuil de la guerre: alors les Etats Unis et l’OTAN utiliseront notre espace aérien. Possiblement, ils mettront sous leur commandement aussi les voies de communication transalpines nord-sud et les chemins de fer et les autoroutes est-ouest, les grands aéroports, et les trois aéroports militaires qui nous restent. Notre armée démantelée ne pourra plus les en empêcher. Ainsi, nous aurons lésé notre obligation primaire de neutralité. Un adversaire des USA/OTAN pourra donc s’y référer et démarrer des activités militaires sur territoire suisse en toute légalité.

Le Conseil fédéral aura alors une excuse – probablement déjà prévue – en expliquant au peuple suisse que notre pays ne peut pas se défendre seul. Il invoquera l’état d’urgence, et dira que nous devons adhérer à l’OTAN, faute d’alternatives.

Il pourra alors immédiatement soumettre les deux brigades mécanisées à l’OTAN, et déclarer cet acte comme notre contribution à l’OTAN. Grâce aux préparations déjà faites, tout cela pourra se faire très rapidement.

Cela signifie que la Suisse sera probablement membre ou partenaire de l’OTAN dans une éventuelle prochaine guerre. Devons-nous préparer une révolution pour imposer la volonté populaire? Comment pouvons-nous sinon nous opposer à cette violation flagrante à la Constitution fédérale par le Conseil fédéral et le Parlement? La réponse à cette question est de grande importance.

(Traduction Horizons et débats)

«L’aide sur place – c’est le principe suisse»

Retrait du Partenariat pour la paix

Interview du conseiller national Luzi Stamm, membre de la Commission des Affaires étrangères

Horizons et débats  N° 25, 5 octobre 2015

 

Horizons et débats: Vous avez déposez une motion, dans laquelle vous invitez le Conseil fédéral, à se retirer du «Partenariat pour la paix» (PPP).Quelles sont les raisons qui vous ont incité à déposer cette requête?

Luzi Stamm: Plus l’OTAN se comprend comme partie belligérante, plus la Suisse doit être vigilante. Si l’OTAN intervient militairement dans des pays tels l’Irak, l’Afghanistan, la Libye ou même l’Ukraine, la contradiction avec notre politique de neutralité devient manifeste, si nous participons d’une manière ou d’une autre aux activités de l’OTAN. A mon avis, cela correspond au bon sens.

Comment la Suisse est-elle devenue membre de cette sous-organisation de l’OTAN?

C’est une longue histoire. Du point de vue démocratique, c’est d’autant plus discutable, alors que la proximité entre le Partenariat pour la paix (PPP) et l’OTAN augmente. Notre population n’a pas eu voix au chapitre lors de l’adhésion au PPP. Dans les années 90, c’était surtout le Conseil fédéral –représenté par le chef du Département fédéral des Affaires étrangères Flavio Cotti et le chef du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports Adolf Ogi – qui avait proposé, l’adhésion de la Suisse à ce PPP.

Quelles étaient alors les réactions face à ce procédé?

Dans les cercles politiques de droite, cette procédure était alors fortement contestée, car l’ancien ministre américain de la Défense William Perry avait insisté sur le fait que la différence entre l’adhésion à l’OTAN et au PPP était plus tenu qu’une feuille de papier. Cela ne signifie rien d’autre que l’existence d’un plan pour intégrer le PPP dans l’OTAN existait déjà. Cela a éveillé des soupçons chez divers politiciens, également de la gauche. Mais selon l’esprit du temps – fin de la guerre froide, dissolution du pacte de Varsovie et idée (vaine) de la paix éternelle –, on a négligé les doutes et l’adhésion de la Suisse au PPP s’est faite.

Quelles sont donc actuellement les conséquences pour notre neutralité?

Plus l’OTAN prend position pour l’une ou l’autre des parties dans des confrontations guerrières, plus elle apparaît comme partie belligérante et unité d’intervention, plus cela est problématique pour notre neutralité. Lorsque l’OTAN avait par exemple dit qu’elle allait intervenir en Ex-Yougoslavie ou en Irak, alors ce n’était pas seulement une prise de position, mais en même temps une violation du droit international. Dans de tels cas la Suisse ne doit en aucun cas s’engager.

Dans sa réponse, le Conseil fédéral nie la participation de la Suisse à des manœuvres ou d’autres activités de l’OTAN.

La question primordiale contenue dans ma motion est la suivante: «Dans quel degré le PPP est-il effectivement lié à l’OTAN?» Plus la coopération est étroite, plus il est évident que la Suisse doit se retirer. Une autre question est de savoir de quelle manière la Suisse s’engage au niveau international avec notre armée.

Que voulez-vous dire par cela?

Si la Suisse s’engage militairement sous le commandement des Etats-Unis, ou de quelque autre pays de l’OTAN, et y joue un rôle partiel, alors cela est à mon avis totalement inacceptable. Il y a quelques années, un incident en Afghanistan a suscité pas mal de remous. Dans une revue, on avait publié une photo sur laquelle ont voyait deux soldats suisses en uniforme avec un drapeau suisse en ligne avec des soldats portant les drapeaux britannique et américain. Je crois me rappeler que cette image avait été prise lors d’un enterrement militaire. En raison de cette photo on avait l’impression que la Suisse s’identifiait avec l’intervention des Etats-Unis en Afghanistan. Il y avait réellement quatre officiers suisses en uniforme sur les lieux en Afghanistan, dont deux médecins, dans le cadre d’une mission de l’ONU. Cet exemple montre comment on peut perdre sa réputation, si l’on s’engage sur ce terrain international.

Que perd la Suisse, si elle quitte sa position de pays neutre?

Dans ce cas, elle perdrait énormément. Pour moi, l’exemple du Comité international de la Croix-Rouge et de son fondateur Henry Dunant est spécifique à la Suisse. Quand on lit, comment Henry Dunant fut totalement terrassé par la misère morale qu’il vécut sur le champ de bataille de Solferino, alors il faut avoir de bons nerfs pour rester neutre dans une telle situation et de ne pas prendre parti. Dans une telle situation, chacun de nous aurait d’abord eu envie, de juger le fautif et de faire des reproches au responsable de cette guerre. Mais cela n’est justement pas le devoir de la Suisse. Car notre petit Etat s’est créé la magnifique réputation de ne pas demander qui est le responsable de la guerre, mais de se concentrer sur l’aide. L’aide sur place! C’est cela le principe suisse que nous devons tous soutenir et surtout ne pas le compromettre avec une politique d’intérêts à court terme. Car si l’on a perdu sa réputation de pays neutre, il est extrêmement difficile de la regagner.

Cela c’est passé, il y a 150 années, est-ce encore valable dans le monde actuel?

L’attitude de la Croix-Rouge et de la Suisse est plus actuelle que jamais. Car plus le monde est fou et violent, plus la situation dans des pays tels la Libye, la Syrie ou l’Ukraine est difficile, plus la Suisse devrait vivre et agir selon son principe traditionnel de neutralité.

La neutralité a-t-elle des avantages non seulement pour la Suisse, mais aussi pour la communauté internationale?

Là, il faut du bon sens. J’ai travaillé dans un tribunal. Si l’on veut servir d’intermédiaire auprès d’un couple en total désaccord et qu’on a auparavant, d’une manière ou d’une autre, pris parti pour l’une des parties, toute tentative de médiation est illusoire. Pour que l’on puisse offrir ses bons offices, par exemple lors de négociations à Genève, il est crucial de ne pas donner précédemment l’impression d’être plus proche de l’un ou de l’autre côté. Cela n’est possible que si l’on vit la neutralité d’une manière crédible. Et pour cela, il ne faut appartenir à aucune alliance – de quel bord qu’elle soit.

Cela implique que la Suisse doit être capable de se défendre elle-même …

C’est une conséquence indirecte: chaque Etat neutre doit pouvoir se défendre lui-même. Nous pourrions apporter une petite – mais importante – contribution à la paix mondiale, si nous nous limitons clairement à posséder une armée défensive. Si tous les 193 Etats membres de l’ONU n’avaient qu’une armée défensive, notre monde serait nettement meilleur! Avec son armée, la Suisse doit démontrer de manière crédible que nous sommes capables de nous protéger en cas d’attaque. Mais en aucun cas, nous pouvons nous permettre de participer à une action offensive – pas non plus sous le toit de l’OTAN. C’est pourquoi le retrait du Partenariat pour la paix devrait à mon avis avoir lieu de préférence aujourd’hui plutôt que demain.

Monsieur le Conseiller national, un grand merci pour cet entretien.

(Propos recueillis par Thomas Kaiser)