Déclaration de Lisbonne pour la paix en Ukraine, en Russie et en Europe

 La Conférence européenne et citoyenne pour la paix en Ukraine, en Russie et en Europe s’est tenue le 22 novembre 2025 à Lisbonne.
 Stopper cette « guerre civile » qui déchire l’Ukraine et l’Europe. Tel est le but de la « Déclaration de la Conférence européenne et citoyenne pour la paix en Ukraine, en Russie et en Europe » rendue publique la semaine dernière. Son texte fait suite à la conférence éponyme qui s’est tenue à Lisbonne le 22 novembre 2025. Ses auteurs qui sont aussi les organisateurs de la conférence sont quatre hommes de « bonne volonté » :
– le professeur émérite Luís Alfaro Cardoso, spécialiste en agronomie tropicale et sciences vétérinaires, 
– le général Raul Luís Cunha, historien militaire qui a servi au Kosovo, 
– le colonel José Aranda da Silva, ancien de la Révolution des Œillets (25 avril 1974), 
– et José Catarino Soares, professeur émérite de l’Escola Superior de Educação do Instituto Politécnico de Setúbal (ESE‑IPS).
 
Contrairement aux approches purement militaires, la déclaration de Lisbonne met l’accent sur le dialogue et la négociation plutôt que sur l’envoi de munitions. À l’opposé des sommets diplomatiques officiels (comme celui de Bürgenstock en juin 2024), cette initiative citoyenne suit trois axes matriciels : création d’un système de sécurité européen, neutralité de l’Ukraine et désarmement progressif des grandes puissances. À ce titre, elle propose :
– L’établissement d’un système de sécurité pour l’Ukraine aussi bien que la Russie, accompagné de la levée des sanctions de toutes sortes contre la Russie.
– La neutralisation permanente de l’Ukraine avec engagement en faveur de la protection des minorités (y compris la communauté d’origine russe).
– Le désarmement en deux temps des grandes puissances : tout d’abord retrait de tous les dispositifs nucléaires situés hors du territoire national, ensuite élimination définitive de tous les engins nucléaires. 

Dans son discours de clôture, prononcé par le général de division Raul Luís Cunha, le comité d’organisation de la conférence, connu officieusement sous le nom des « Quatre Mousquetaires pour la Paix », a pris la responsabilité de rédiger une déclaration officielle intitulée Déclaration de la Conférence européenne et citoyenne pour la paix en Ukraine, en Russie et en Europe.

Cette déclaration a un double objectif. D’une part, elle décrit de manière exhaustive les mesures initialement spécifiées dans le document fondateur de la conférence, en mettant l’accent sur les actions qui ont été identifiées comme étant les plus prioritaires et les plus urgentes dans ce document fondateur. D’autre part, elle est enrichie par les diverses contributions apportées par les participants avant, pendant et après la conférence, garantissant ainsi que les perspectives et suggestions partagées sont dûment prises en compte.

C’est cette déclaration, qui a eu le temps de mûrir (22 décembre 2025-27 janvier 2026), qui est désormais publiée.

Lisbonne, 31 janvier 2026


Le plan belliciste des États-Unis, de l’Union Européenne et du Royaume-Uni

« Il faut étouffer la Russie économiquement, l’isoler diplomatiquement et l’affaiblir militairement par l’intermédiaire de l’Ukraine, afin d’alimenter en son sein des forces qui conduiront à son démembrement en une myriade de petits États impuissants ou défaillants ».

Tel est le résumé du plan belliciste qui a justifié, au cours des quatre dernières années, une guerre prolongée en Ukraine et en Russie (cf. les rapports de la Rand Corporation, « Extending Russia » et « Overextending and Unbalancing Russia », tous deux publiés en 2019) — une guerre qui semble toucher désormais à sa fin.

Nous parlons d’une guerre qui aurait pu être évitée

  • si les États-Unis n’avaient pas instigué et soutenu le coup d’État sanglant qui, le 22 février 2014, a renversé, sans aucun fondement constitutionnel, le président librement élu de l’Ukraine, Viktor Ianukovytch ;
  • si l’Allemagne, la France et la Pologne n’avaient pas immédiatement reconnu (tout comme la chef de la diplomatie de l’Union Européenne, la baronne Catherine Ashton de Upholland) le gouvernement illégal issu de ce coup d’État, reniant même les compromis fallacieux (mais déjà très favorables aux putschistes) que leurs ministres des Affaires Étrangères avaient négociés et attestés les jours précédents pour éviter de nouvelles effusions de sang ;
  • si l’Ukraine, la France et l’Allemagne avaient respecté les accords de Minsk (2014, 2015) conclus entre l’Ukraine et les Républiques Populaires de Donetsk (RPD) et de Lougansk (RPL), qui avaient été négociés et garantis par la France et l’Allemagne (pour l’Ukraine) et par la Russie (pour la RPD et la RPL), au lieu de les saboter sciemment et systématiquement, alimentant ainsi une guerre fratricide dans le Donbass qui a fait plus de 14 000 morts en 8 ans (2014-2022) ;
  • si l’OTAN et les États-Unis avaient accepté de discuter des propositions d’accord et de traité que la Russie leur a présentées, respectivement, le 17 décembre 2021, en vue (i) d’arrêter l’élargissement perfide de l’OTAN vers les frontières russes, (ii) empêcher l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN (ce que Zelensky, dont le pays est désormais exsangue et semi-détruit, se dit désormais prêt à accepter) et (iii) garantir la sécurité mutuelle de la Russie et des États membres de l’OTAN.

Nous parlons d’une guerre qui aurait pu être arrêtée et qui aurait pu déboucher sur une solution pacifique et très favorable à l’Ukraine à trois reprises au moins :

  • le 28 février 2022, lors des négociations qui ont eu lieu à Gomel, en Biélorussie, entre les délégations des deux pays belligérants ;
  • du 5 au 20 mars 2022, lors des négociations entre les deux pays, sous la médiation de Naftali Bennett, Premier ministre d’Israël ;
  • du 29 mars au 5 avril 2022, à Istanbul, lors des négociations entre les délégations des deux pays, mais qui s’est toujours poursuivie, à toutes ces occasions, sous la pression et avec l’encouragement des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’UE, causant plusieurs centaines de milliers de morts, de blessés et d’invalides parmi les militaires impliqués et maintenant la population de toute l’Europe en suspens, otage de ses résultats macabres — y compris le risque élevé, qui a toujours été présent, d’une escalade vers un niveau de létalité maximale qui nous entraînerait tous vers un holocauste nucléaire.

Une bonne nouvelle

La bonne nouvelle, c’est que ce plan belliciste et les discours apologétiques qu’il a alimentés s’effondrent aujourd’hui, incapables de résister à la réalité de leur défaite stratégique sur tous les fronts : militaire, économique et politique.

Le coup de grâce lui a été porté en public, aux yeux du monde entier, le 4 décembre 2025, lorsque la nouvelle « Stratégie de Sécurité Nationale des États-Unis » (SSN, en abrégé) a été rendue publique.

Les États-Unis battent en retraite

Dans ce document de 29 pages, les États-Unis, principal moteur de la guerre en Ukraine pendant le mandat de Joe Biden, placent désormais la restauration de relations normales avec la Russie et la fin rapide du conflit ukrainien au centre de leur nouvelle stratégie.

« Il est dans l’intérêt fondamental des États-Unis de négocier une fin immédiate des hostilités en Ukraine », indique le document, « afin de stabiliser les économies européennes, d’empêcher une escalade ou une extension involontaire du conflit et de rétablir la stabilité stratégique avec la Russie ».

Il indique que les États-Unis sont prêts à un « engagement diplomatique significatif » pour « aider l’Europe à corriger sa trajectoire actuelle », « rétablir la stabilité sur le continent européen et réduire le risque de conflit entre la Russie et les États européens ».

Le document annonce également la fin de l’expansion de l’OTAN, une revendication que la Russie a formulée à maintes reprises au cours des 26 dernières années, la qualifiant de cause fondamentale (‘root cause’) du conflit ukrainien, que la Russie considère, de manière réaliste, comme une guerre par procuration contre la Russie menée par l’‘Occident élargi’ sous la tutelle et la direction des États-Unis.

Le document critique les dirigeants et les gouvernements européens pour leurs « attentes irréalistes » quant à l’issue de la guerre (qu’ils continuent d’affirmer, contre toute évidence, que l’Ukraine pourrait gagner), arguant qu’ « une grande majorité des Européens veulent la paix, mais que ce souhait ne se traduit pas dans les politiques publiques, en grande partie à cause à la subversion des processus démocratiques par ces gouvernements ».

Les États-Unis reconnaissent leur déclin en tant que superpuissance

Globalement, cette nouvelle stratégie américaine marque un tournant. Elle renonce au type d’interventionnisme mondial ⎼ ou, du moins, le limite ⎼ qui a caractérisé la politique étrangère des États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, jusqu’à la fin du mandat du président Joe Biden, optant pour une politique étrangère américaine plus transactionnelle et plus sélective sur le plan géopolitique afin d’assurer son hégémonie dans l’hémisphère occidental (qui comprend l’Amérique du Nord, l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud, de vastes parties de l’océan Pacifique, et de l’océan Atlantique, ainsi que certaines parties de l’Europe et de l’Afrique) et d’empêcher que les États-Unis ne soient dépassés par la Chine à l’échelle mondiale.

Trump affirme que l’hémisphère occidental appartient aux États-Unis.

En dehors de ce vaste périmètre, les États-Unis, selon le document SSN, ne doivent intervenir à l’étranger que lorsque leurs « intérêts nationaux, fondamentaux et vitaux », sont directement en jeu.

Mais le point essentiel est le suivant. En rechapant la doctrine Monroe dans un sens explicitement et ouvertement impérialiste de domination sur l’hémisphère occidental, qu’ils ont érigée en priorité absolue (et dont l’intention déclarée d’annexer le Groenland a été la première annonce et le blocus économique du Venezuela, suivi de l’attaque armée et de l’enlèvement de son président, en sont la première confirmation), les États-Unis reconnaissent tacitement, pour la première fois, qu’ils ne sont plus la puissance hégémonique à l’échelle mondiale et que l’époque où ils agissaient en tant que gendarmes suprêmes de la planète et s’arrogeaient le droit de commettre, en toute impunité, toutes sortes d’abus et d’irrégularités au nom de (leur) “liberté” et de (leur) “sécurité”, appartient définitivement au passé.

En même temps, les États-Unis continuent de nourrir, pour leur consommation interne et celle de leurs alliés/vassaux en Europe, en Asie et en Océanie, la douce illusion qu’ils resteront « le pays le plus fort, le plus riche, le plus puissant et le plus prospère du monde au cours des prochaines décennies ». Mais la réalité va dans une autre direction. « Le temps où les États-Unis soutenaient tout l’ordre mondial, comme Atlas soutenait le monde, est révolu », peut-on lire dans le document.

Nous savons tous ce que cela signifie : l’ascension de la Chine au rang de première puissance économique mondiale (19,4 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat (PPA), contre 14,52 % pour les États-Unis) et la renaissance économique de la Russie (quatrième économie mondiale en PPA, après la Chine, les États-Unis et l’Inde), ainsi que l’influence croissante de ces deux pays sur la scène internationale (BRICS+). La SSN reconnaît d’ailleurs que « la région indo-pacifique représente déjà près de la moitié du PIB mondial en PPA /…/ Cette part augmentera certainement tout au long du XXIe siècle ».

La pensée géopolitique de Donald Trump

Sous la présidence de Trump, les États-Unis ne peuvent plus dissimuler, et ces derniers temps (Iran, Venezuela), ne se sont même plus donné la peine de camoufler, leur mépris du droit international.

L’exemple le plus récent concerne le détournement d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU (la résolution 2803, adoptée par le Conseil de sécurité le 17 novembre 2025) dont l’objectif déclaré était de structurer une forme d’armistice durable à Gaza après le génocide. Trump s’en est servi pour créer sa propre organisation internationale extraterritoriale, le soi-disant ‘Conseil de la paix’, une parodie de l’ONU dont il s’est autoproclamé président à vie, avec tous les pouvoirs de décision, et avec laquelle il compte bien mener ses affaires à travers le monde, en les présentant comme des initiatives de consolidation et de maintien de la paix.

Un autre exemple récent est le discours prononcé à Davos (Suisse), au cours duquel Trump a informé un auditoire stupéfait que les États-Unis allaient s’emparer d’un « grand et magnifique morceau de glace » [le Groenland] qui ne leur appartient pas, en échange des services rendus au Danemark et à d’autres pays de l’UE par le biais de l’OTAN, dont ils étaient et sont encore les principaux bailleurs de fonds.

« Tout ce que nous voulons du Danemark, pour des raisons de sécurité nationale et internationale, et pour tenir à distance nos ennemis potentiels, très énergiques et dangereux, c’est ce territoire où nous construirons le plus grand dôme doré [bouclier antimissile] de tous les temps ». « Et tout ce que nous demandons, c’est le Groenland, y compris le droit, le titre de propriété et la pleine propriété, car nous avons besoin de cette propriété pour le défendre ; on ne peut pas le défendre sur la base d’un contrat de location ».

« Nous avons besoin du Groenland pour des raisons de sécurité stratégique nationale et de sécurité internationale », a ajouté Trump, car cette immense île « fait partie intégrante de l’Amérique du Nord, à la frontière nord de l’hémisphère occidental. C’est notre territoire. Il constitue donc un intérêt fondamental de sécurité nationale pour les États-Unis d’Amérique, et notre politique, depuis des siècles, est d’empêcher les menaces extérieures de pénétrer dans notre hémisphère, ce que nous avons fait avec succès. Nous n’avons jamais été aussi forts qu’aujourd’hui. /…/ Seuls les États-Unis peuvent protéger cette immense masse terrestre, ce gigantesque morceau de glace, la développer et la valoriser, pour qu’elle soit bénéfique à l’Europe, sûre pour l’Europe et bénéfique pour nous. »

Même dans le cas de la Russie, qu’ils respectent comme une puissance nucléaire supérieure et avec laquelle ils tentent désormais d’établir un modus vivendi, les États-Unis ne manquent aucune occasion de lancer des attaques visant à l’affaiblir économiquement et politiquement. L’abus de force et l’impudence ont été, et resteront, une constante de la politique étrangère américaine, et les exemples ne manquent pas, y compris dans le conflit russo-ukrainien.

Le 6 juin 2025, l’Ukraine a mené des attaques contre des infrastructures liées à la triade nucléaire russe, notamment dans le cadre de l’Opération Toile d’Araignée, ciblant des bases aériennes et des systèmes d’alerte précoce. Ces attaques n’auraient jamais pu être menées sans le soutien américain.

Le 22 octobre 2025, le président Trump a imposé de lourdes sanctions directes aux deux plus grandes compagnies pétrolières russes, Rosneft et Lukoil, ainsi qu’à 34 de leurs filiales.

C’est également à partir d’octobre 2025 que l’administration Trump a autorisé l’intensification de la fourniture de renseignements militaires destinés à aider l’Ukraine à attaquer la Russie. Cette assistance comprend : (A) des données spécifiques (telles que les coordonnées et les calculs de trajectoire pour les armes de précision) sur les cibles d’attaques en Russie, visant en particulier les infrastructures énergétiques critiques comme les raffineries de pétrole, les oléoducs et les centrales électriques ; (B)des images radar satellitaires à haute résolution, provenant de satellites militaires et commerciaux, essentielles pour surveiller les mouvements par mauvais temps ou de nuit ; (C) l’interception des communications militaires russes et des signatures électroniques, permettant à l’Ukraine de suivre les mouvements de forces, de perturber les opérations clandestines et de contrer les tirs de missiles ; (D) des systèmes de connaissance de la situation en temps réel et des alertes précoces concernant les lancements russes de missiles balistiques, de missiles de croisière et de drones ; (E) données techniques sur la cyberguerre russe pour aider l’Ukraine à défendre ses réseaux et infrastructures critiques.

Le 18 décembre 2025, le président Trump a signé la loi d’autorisation de la défense nationale (NDAA) pour 2026, qui alloue 400 millions de dollars par an d’aide militaire à l’Ukraine pour 2026 et 2027 par le biais de l’Initiative d’assistance à la sécurité de l’Ukraine (USAI).

Les 28 et 29 décembre 2025, une attaque menée par 91 drones a visé des cibles situées dans la région de Novgorod (Russie).

Le 1er janvier 2026, l’amiral Igor Kostyukov, chef du Renseignement Militaire Russe (GRU) [à gauche dans la photo], a remis des preuves matérielles et numériques de l’attaque de Novgorod à l’attaché militaire de l’ambassade des États-Unis à Moscou [à droite dans la photo].

L’amiral Igor Kostyukov, chef du Renseignement Militaire Russe (GRU) [à gauche dans la photo], a remis des preuves matérielles et numériques de l’attaque de Novgorod à l’attaché militaire de l’ambassade des États-Unis à Moscou.

Parmi ces preuves figuraient le contrôleur de vol (unité de navigation) d’un drone abattu et des données de vol décodées d’un ‘fichier de mission’ censément retrouvé dans sa mémoire. Kostyukov a déclaré que les données décodées confirmaient « » sans équivoque » que la cible finale de l’attaque du 29 décembre 2025 était la résidence présidentielle de Vladimir Poutine à Valdaï (!), dans la région de Novgorod. La CIA a immédiatement nié toute attaque contre la résidence officielle de Poutine, et Trump, après un moment d’hésitation durant lequel il s’est dit « très en colère » face à la situation, a fait volte-face et a fini par approuver et couvrir la CIA.

Le dernier exploit militaire de l’administration Trump contre la Russie remonte au 8 janvier 2026. Il s’agit de la capture illicite d’un pétrolier battant pavillon russe entre l’Islande et le Royaume-Uni. Deux détails révélateurs : 1) ledit pétrolier transportait des réservoirs vides vers le Venezuela où, vraisemblablement, il devait les remplir ; 2) Le pétrolier a été arraisonné par la Garde Côtière des États-Unis (!) qui, à ce moment-là, opéraient à environ 5 500 km des côtes américaines (!!) et qu’ils étaient censés ‘protéger’…

Et tout cela se déroule, notez-le, pendant que Trump rencontre Poutine en Alaska avec tout le faste et les cérémonies qui vont avec, entretient des négociations permanentes avec la Russie par le biais d’‘envoyés spéciaux’ pour mettre fin à la guerre en Ukraine et en Russie, accuse tantôt Poutine, tantôt Zelensky d’être un obstacle à la paix, et ne cesse de répéter qu’il regrette le carnage causé par cette guerre dans les rangs ukrainiens et russes !

Les explications psychologiques et psychiatriques avancées par de nombreux analystes pour expliquer le comportement de Trump (narcissisme malin, absence totale d’empathie, mythomanie, égomanie, etc.) sont inadéquates pour expliquer les faits décrits ci-dessus. Tout s’éclaire cependant si l’on élargit nos horizons de recherche et que l’on accepte un autre point de vue sur ce comportement.

En réalité, les événements récents survenus dans diverses régions du globe – Israël/Palestine, Israël/Iran, Azerbaïdjan/Arménie, Malaisie/ Thaïlande, Chine/Philippines, Chine/Taïwan, Syrie, Nigéria, Venezuela, etc., et même les menaces d’intervention au Groenland – indiquent objectivement que les États-Unis, sous la présidence de Trump, ne renoncent pas à leur position de puissance hégémonique et s’efforcent, et continueront de s’efforcer, de la conserver, malgré leur déclin industriel, technologique, scientifique, culturel et même militaire sur la scène internationale.

Bien que Trump soit président d’un pays où deux grands partis s’affrontent, porteurs de visions distinctes de la politique intérieure américaine, nous constatons que les intérêts et les visions du complexe politico-militaire-industriel-médiatique américain ne divergent pas quant à la place qu’il attribue aux États-Unis dans le monde.

Ainsi, pour maintenir leur hégémonie, les États-Unis ont décidé d’assumer, sans complexes et sans ménagement, le rôle de maîtres et de marshals de l’ensemble de l’hémisphère occidental – leur priorité stratégique absolue. C’est en fortifiant leur position dans l’hémisphère occidental, dont ils entendent traiter le territoire comme s’il s’agissait de leur chasse gardée, que les États-Unis estiment être en mesure de continuer à définir leur position extérieure et d’intervenir, le cas échéant, dans d’autres régions du globe, afin d’éviter la perte de leur influence et des fruits de leur exploitation et, par conséquent, d’atténuer leur déclin relatif sur la scène internationale.

Telle est la pensée géopolitique actuelle de Donald Trump, incarnée dans le document de la « Stratégie de Sécurité Nationale » (SSN) que nous avons déjà cité.

L’Union européenne et le Royaume-Uni entrent en frénésie

Ce repositionnement stratégique des États-Unis se heurte, de ce côté-ci de l’Atlantique, à des sentiments de dépit et de ressentiment. Le chancelier Merz a déclaré lors du congrès de l’Union chrétienne-sociale de Bavière (14-12-2025) :

« Les décennies de Pax Americana pour l’Europe et l’Allemagne sont pratiquement révolues pour nous. Elle n’existe plus telle que nous la connaissions. La nostalgie ne nous aidera pas, et je serais le dernier à céder à cette nostalgie. C’est la réalité ! Les Américains défendent désormais farouchement leurs intérêts. C’est pourquoi nous devons désormais défendre les nôtres ».

La Pax Americana (expression latine signifiant « paix américaine ») mentionnée par Merz fait référence à une période et à un ordre établi après la Seconde Guerre mondiale, et sans détour après la fin de la ‘Guerre froide’, caractérisés par la domination militaire, économique et diplomatique mondiale des États-Unis, qui ont, en outre, assumé la majeure partie des dépenses et des responsabilités de l’OTAN.

Méprisés par leur protecteur, aujourd’hui représenté par Donald Trump (que le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, appelle affectueusement ‘papa’), l’Union Européenne et le Royaume-Uni sont entrés en frénésie. Le vide laissé par le retrait et le repositionnement stratégique des États-Unis a été comblé par une multitude pathétique de déclarations extravagantes et provocantes et d’actions insensées de la part des dirigeants et des eurocrates européens et de leurs coryphées militaires.

Le 1er novembre 2025, le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées françaises, a déclaré devant le congrès de l’Association des maires français :

« Malheureusement, la Russie aujourd’hui, je le sais par les éléments auxquels j’ai accès, se prépare à une confrontation à l’horizon 2030 avec nos pays. Elle s’organise pour ça, elle se prépare à ça et elle est convaincue que son ennemi existentiel, c’est l’OTAN, c’est [sic] nos pays ». /…/

« Et la Russie aujourd’hui est convaincue que les Européens sont faibles. Elle en est convaincue. Et pourtant, et c’est là que j’aimerais quand même vous dire tout l’optimisme qu’il faut avoir, pourtant, nous sommes forts. Nous sommes fondamentalement forts. Nous sommes fondamentalement plus forts que la Russie. /…/ On a tout le savoir, toute la force économique, démographique, pour dissuader le régime de Moscou, d’essayer de tenter sa chance plus loin. Ce qu’il nous manque, et c’est là que vous avez un rôle majeur, c’est la force d’âme pour accepter de nous faire mal pour protéger ce que l’on est. /…/ Si notre pays flanche, parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants (parce qu’il faut dire les choses), de souffrir économiquement (parce que les priorités iront à de la production de défense, par exemple), si on n’est pas prêt à ça, alors on est en risque. Mais je pense qu’on a la force d’âme ».

Le 25 novembre 2025, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a déclaré sur la plateforme X que la Russie se préparait à attaquer l’OTAN. C’était la troisième fois ce mois-là que des responsables allemands s’exprimaient sur un éventuel conflit avec la Russie dans les quatre prochaines années.

« Poutine a les yeux rivés sur l’UE et l’OTAN. Nos services secrets émettent des alertes urgentes : au minimum, la Russie se donne les moyens d’entrer en guerre contre l’OTAN d’ici 2029. Nous devons dissuader toute nouvelle agression russe, en collaboration avec nos partenaires et alliés » /…/. « La menace que représente la Russie pour notre pays n’est plus une préoccupation lointaine, c’est désormais une réalité », a déclaré M. Wadephul.

Le 1er décembre 2025, l’amiral Giuseppe Cavo Dragone, président du Comité militaire de l’OTAN, a déclaré au Financial Times : « Être plus agressif ou proactif plutôt que réactif est une option que nous envisageons ». L’amiral a ajouté qu’une « frappe préemptive » contre la Russie pouvait être considérée comme une « action défensive ».

Le président de la Russie, Vladimir Poutine, lui a répondu mot pour mot dans une interview le lendemain :

« Nous n’avons pas l’intention d’entrer en guerre contre l’Europe. Je l’ai déjà dit des centaines de fois. Mais si l’Europe veut entrer en guerre contre nous et déclencher soudainement une guerre contre nous, nous sommes prêts. Il ne doit y avoir aucun doute à ce sujet ».

Il a ajouté une vérité évidente pour ceux qui utilisent leur tête pour réfléchir et apprendre — et pour ceux qui savent, en outre (comme on suppose que tous les chefs militaires des États membres de l’OTAN le savent), que la Russie est la première puissance nucléaire de la planète et qu’elle possède une panoplie de missiles hypersoniques et à moyenne et longue portée (Avangard, Zircon, Kinzhal, Oreshnik), ainsi que d’autres super-armes (le missile balistique intercontinental Sarmat, le missile de croisière intercontinental Burevestnik, à propulsion nucléaire, et le drone sous-marin intercontinental Poseidon, à propulsion nucléaire) qu’ aucune autre puissance nucléaire ne possède :

« La seule question est que si l’Europe déclenche soudainement une guerre contre nous, je pense qu’elle [se terminera] très rapidement… L’Europe n’est pas l’Ukraine. En Ukraine, nous agissons avec une précision chirurgicale. Vous comprenez mon point de vue, n’est-ce pas ? Ce n’est pas une guerre au sens direct et moderne du terme. Si l’Europe décidait soudainement de nous déclarer la guerre et le faisait réellement, nous pourrions très vite nous retrouver dans une situation où nous n’aurions plus personne avec qui négocier ».

Le 11 décembre 2025, Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, a décidé d’interpréter cet avertissement sans équivoque de Poutine à l’OTAN de ne pas jouer avec le feu (atomique) comme un préavis d’une attaque russe en préparation.

« Nous sommes la prochaine cible de la Russie. Et nous sommes déjà en danger. La Russie a ramené la guerre en Europe, et nous devons nous préparer à une guerre de la même ampleur que celle qu’ont connue nos grands-parents et arrière-grands-parents. Imaginez : un conflit qui touche tous les foyers, tous les lieux de travail, la destruction, la mobilisation de masse, des millions de personnes déplacées, des souffrances généralisées et des pertes extrêmes ».

Le 15 décembre 2025, le maréchal en chef de l’armée de l’air britannique et chef d’état-major de la défense, Richard Nayton, a emboîté le pas à Rutte en déclarant que toute la population du Royaume-Uni devait se préparer à entrer en guerre contre la Russie.

« Fils et filles. Collègues. Anciens combattants /…/, vous aurez tous un rôle à jouer. Pour construire. Pour servir. Et, si nécessaire, pour combattre. Et davantage de familles sauront ce que signifie se sacrifier pour notre nation ».

Les objectifs de l’UE et du Royaume-Uni et leurs effets secondaires

Ces déclarations des hauts dignitaires civils et militaires de l’Union européenne (UE) et du Royaume-Uni (RU) ne sont pas aussi absurdes ou délirantes qu’elles peuvent paraître à première vue. « Il y a une méthode dans leur folie », comme le disait Polonius dans Hamlet de Shakespeare.

Leur premier objectif immédiat est d’intimider la population des pays européens membres de l’UE et de l’OTAN, en agitant le spectre d’une menace fantaisiste d’invasion russe.

Leur deuxième objectif immédiat est de justifier les dépenses colossales destinées à satisfaire les intérêts du complexe militaro-industriel américain (CMIA) et du complexe militaro-industriel européen (CMIE) — l’augmentation annuelle de 5 % du PIB jusqu’en 2035 des dépenses militaires des États membres de l’OTAN et la dépense de 800 milliards d’euros jusqu’en 2030 en dépenses militaires des États membres de l’UE.

À titre subsidiaire, ses promoteurs espèrent que la course aux armements dans l’UE et au Royaume-Uni aura l’avantage de sortir les plus grandes économies de l’UE (Allemagne, France, Italie) et le Royaume-Uni du marasme économique dans lequel ils se trouvent en raison des effets boomerang des sanctions économiques qu’ils ont décrétées contre la Russie et des droits de douane drastiques qui leur ont été imposés par Donald Trump et que l’UE a docilement acceptés.

L’exaspération impuissante de Merz, Macron, Starmer et des super-bureaucrates qui dirigent l’UE (Ursula von der Leyen, António Costa, Kaja Kallas) face (i) au retrait des États-Unis de la guerre en Ukraine, (ii) à la fin concomitante en vue de cette guerre, (iii) l’implosion attendue ou, au moins, (iv) la discréditation complète de l’OTAN (si l’annexion annoncée du Groenland par les États-Unis – créateur, protecteur, mentor, commandant suprême et principal financier de l’OTAN – est réalisée) est telle qu’ils sont prêts à se tirer une balle dans le pied pour tenter de retarder l’heure de vérité.

Ainsi, dans un geste apparemment audacieux, l’Union Européenne a décidé, le 11 décembre 2025, d’invoquer l’article 122 (« urgence économique ») du Traité sur le Fonctionnement de l’Union Européenne afin de geler indéfiniment les actifs de la Banque Centrale de Russie, d’une valeur de 210 milliards d’euros, sur tout le territoire de l’UE. « C’est un message fort adressé à l’Ukraine : nous voulons nous assurer que notre courageux voisin devienne encore plus fort sur le champ de bataille et à la table des négociations », a déclaré Ursula von der Leyen.

Il existe une autre façon, diamétralement opposée, de qualifier cette décision. La Russie n’a déclaré la guerre à aucun État membre de l’UE et n’est en guerre contre aucun d’entre eux. Par conséquent, le gel sine die (qui est, en pratique, une confiscation) des actifs souverains de la Banque Centrale de Russie constitue une violation très grave et sans précédent du droit international public, en particulier du principe de l’immunité souveraine (article 5 de la Convention des Nations unies sur les immunités juridictionnelles, 2004).

Le Premier ministre belge, Bart De Wever (qui ne peut être accusé de sympathies pour la Russie, mais qui ne voulait pas voir son pays payer seul les conséquences d’une décision insensée prise par la majorité de ses collègues) a contesté la légalité et la rationalité de cette décision, ainsi que l’existence d’une urgence économique qui la légitime. Il a déclaré sans détour :

« Il s’agit de l’argent d’un pays avec lequel nous ne sommes pas en guerre. Ce serait comme entrer dans l’ambassade [de Russie], prendre tous les meubles et les vendre ».

Que veut donc l’UE en bafouant ostensiblement un principe aussi fondamental du droit international public ? Deux choses : l’une évidente, l’autre trompeuse.

La visée évidente : utiliser les actifs souverains de la Banque centrale de Russie comme garantie, dans un premier temps, d’un prêt de 90 milliards d’euros que l’UE contracterait auprès des institutions financières où ces actifs sont déposés. Ce prêt serait ensuite accordé sans intérêts à l’État ukrainien, afin de « le rendre encore plus fort sur le champ de bataille » — c’est-à-dire pour qu’il puisse poursuivre son effort de guerre en 2026 et 2027, jusqu’à l’épuisement total.

Le prêt à l’Ukraine ⎼ qui est en réalité un don, car l’Ukraine n’est pas tenue de le rembourser si la Russie ne le reconnaît pas comme ‘réparations’ (ce qui n’arrivera jamais) ⎼ a été approuvé lors de la réunion du Conseil européen du 18 décembre 2025, mais la garantie basée sur les actifs de la Banque centrale de Russie a été abandonnée, au moins temporairement, en raison, entre autres, de l’opposition ouverte de la Belgique, de la Hongrie, de la Slovaquie et de la République tchèque. Ce sont les autres États membres de l’UE (y compris la Belgique) qui paieront, avec l’argent des contribuables, le prêt à contracter auprès des marchés financiers, par le biais d’une nouvelle émission de dette commune, en recourant au budget de l’UE.

La visée trompeuse : garantir que le litige que la Russie a engagé simultanément dans 14 juridictions et qu’elle maintiendra longtemps contre les principaux organes de l’UE afin de récupérer ses fonds, constitue une assurance contre la normalisation à court ou moyen terme des relations entre la Russie et l’UE.

L’effet secondaire de ces deux objectifs est, toutefois, contraire à ceux-ci. L’UE, qui aime se présenter comme une puissance normative, un phare du capitalisme mondialisé et de « l’ordre international fondé sur des règles », envoie un message clair au reste du monde :

« Votre argent est le bienvenu dans les banques des pays de l’Union européenne, à condition que le déposant pense et agisse comme nous… »

La neutralité financière, autrefois pilier du système, devient désormais conditionnelle. Il s’agit d’un changement essentiel que les banques centrales des pays BRICS et d’autres pays non alignés apprécieront certainement, en se tenant à distance de sécurité ou en la créant sans délai.

La haine viscérale de la liberté de pensée, d’expression et de circulation

Mais la frénésie et l’exaspération de l’UE et du Royaume-Uni face à la perspective d’un échec complet de leur ligne de conduite concernant la guerre en Ukraine – d’autant plus que leur mentor (les États-Unis) s’en lave désormais les mains comme Pilate – se sont manifestées de manière encore plus claire et scandaleuse dans leur attaque perverse contre les libertés fondamentales. En 2022, le Conseil européen a interdit (sans en avoir le pouvoir légal) tous les médias russes et a sévèrement restreint la liberté d’action des journalistes russes au sein de l’UE, une caractéristique des régimes répressifs et tyranniques.

L’exemple le plus récent de cette attaque a été les décisions prises par le Conseil (des affaires étrangères) de l’Union Européenne, réuni le 15 décembre 2025 à Bruxelles sous la présidence de Kaja Kallas, en présence des ministres des affaires étrangères de tous les États membres de l’UE. Dans le plus pur style de la campagne de « chasse aux sorcières » menée par le sénateur américain Joseph McCarthy au plus fort de la ‘Guerre Froide’ (fin des années 1940 à milieu des années 1950), ce Conseil de l’Union Européenne a décidé de lancer, sans aucune base judiciaire, une campagne d’intimidation, de persécution et de répression des voix critiques à l’égard de la russophobie endémique et de la politique belliciste de l’UE et de la « coalition des volontaires », élaborant à cet effet une ‘liste noire’ d’ennemis à punir par des ‘sanctions’ de diverses natures — gel des comptes bancaires, annulation des cartes de crédit et de débit, interdiction d’entrer dans l’UE ou d’en sortir, ou de se déplacer d’un pays à l’autre à l’intérieur de celle-ci, ou de survoler son espace aérien pour se rendre dans un autre pays.

La plupart des personnes et des organisations figurant sur cette ‘liste noire’ sont russes, résident en Russie et sont accusées de faire la propagande des thèses et des points de vue russes sur la guerre en Ukraine.

Pour évaluer la portée de ce fait, imaginez que le Conseil de la Fédération de Russie dresse une ‘liste noire’ de citoyens des États membres de l’UE, les accusant d’être des propagandistes des thèses et des points de vue de l’Union Européenne. Un choeur indigné s’élèverait immédiatement pour dénoncer le « totalitarisme russe » et l’ » autocratie russe », qui « veulent tout étouffer et tout contrôler ». Mais si c’est le Conseil de l’Union Européenne qui fait la même chose à l’égard de la Russie, comme il vient de le faire, alors tout est parfaitement normal et conforme aux « valeurs européennes ».

L’UE a toutefois franchi une nouvelle étape dans son cheminement sur un terrain glissant. À partir de maintenant, leur ‘liste noire’ – qui comprenait déjà les journalistes allemands Hüseyin Doğrum [depuis le 20 mai 2024], Alina Lipp et Thomas Röper [depuis le 20 mai 2025], et la consultante en communication suisse Nathalie Yamb [depuis le 25 juin 2025] – comprendra également d’autres citoyens de diverses nationalités (ukrainienne, suisse, américaine et française) accusés d’avoir commis le crime de lèse-majesté en exprimant des opinions contraires à celles des organes directeurs de l’UE sur Gaza (Doğrum), sur l’Afrique (Yamb), sur l’Ukraine (Lipp, Röper), etc.

Parmi eux figure, par exemple, le citoyen suisse Jacques Baud, auteur de quatre livres indispensables pour comprendre les guerres en Ukraine — livres que, manifestement, les dirigeants de l’UE aimeraient brûler dans un autodafé ou faire disparaître dans un « trou de mémoire » du « Ministère de la Vérité » imaginé par George Orwell dans son roman prémonitoire Mil Neuf Cent Quatre Vingt-quatre. Hüseyin Doğrum, Alina Lipp, Thomas Röpe, Jacques Baud, Nathalie Yamb, Xavier Moreau (francês) et d’autres ont été punis, de manière extrajudiciaire, par le Conseil de l’Union Européenne, avec des ‘sanctions’ qui équivalent à une « peine de mort socio-économique et à un effacement civil », comme les a qualifiées, à juste titre, Nathalie Yamb

Cependant, le revers de la médaille de cet épisode orwellien est de bon augure. En effet, on peut en déduire que Mme Kaja Kallas et les ministres des Affaires Étrangères de l’UE n’ont jamais entendu parler de l’effet Streisand, qui pourrait finir par les submerger.

Une dernière remarque : l’instabilité causée par les dérives de l’UE et du Royaume-Uni, ainsi que l’aventurisme de certains secteurs du complexe politico-militaire-industriel-médiatique américain, y compris celui de Trump, créent des conditions propices à des actions provocatrices incontrôlées aux conséquences imprévisibles et indésirables.

La voie vers la paix

Dans ce contexte, la pertinence des mesures visant à garantir la paix, telles que préconisées dans le document fondateur de la Conférence Européenne et Citoyenne pour la paix en Ukraine, en Russie et en Europe, qui s’est réunie à Lisbonne le 22 novembre 2025, se trouve renforcée.

Mesures prioritaires et les plus urgentes

Les mesures prioritaires et les plus urgentes qui s’imposent sont les suivantes :

  • Neutralité militaire permanente de l’Ukraine inscrite dans sa Constitution. Renonciation de l’Ukraine à son objectif d’adhésion à l’OTAN (/NATO), avec abrogation des articles de la Constitution ukrainienne qui expriment cet objectif (articles 85[5], 102, 116 [1]).
  • Reconnaissance du droit à l’autodétermination (consacré à l’article 1, paragraphe 2, aux articles 55 et 73 de la Charte des Nations Unies et à l’article 1 du Pacte international relatif aux droits Civils et Politiques), sous ses différentes formes (autonomie ethnique transterritoriale, autonomie ethnique régionale, fédéralisme, sécession, intégration volontaire dans un autre pays), de la population de Crimée et des populations des oblasti de l’est et du sud de l’Ukraine qui se sentent plus russes qu’ukrainiennes et qui ont exprimé (ou expriment) librement leur volonté par le biais de référendums.
  • Garanties juridiques protégeant le russe en tant que langue co-officielle de l’Ukraine et les droits culturels (y compris la liberté religieuse) des Ukrainiens russophones (52 % de la population ukrainienne), ainsi que les droits culturels des Ukrainiens parlant des langues minoritaires (par exemple, le hongrois et le roumain).
  • Garanties juridiques de sécurité mutuelle pour l’Ukraine et la Russie, comprenant
  • l’obligation pour l’Ukraine de ne pas autoriser la fabrication, la réception, le transit et le stationnement d’armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive sur son territoire.
  • l’obligation pour l’Ukraine et la Russie de ne pas autoriser l’installation de bases militaires et la présence de contingents militaires étrangers sur leurs territoires respectifs.
  • Fin de toutes les ‘sanctions’ décrétées contre la Russie, y compris :
  • l’interdiction de diffusion des médias (RT, Sputnik, etc.) dans l’espace de l’UE ;
  • l’interdiction des visas et des voyages dans l’UE, l’espace Schengen, le Royaume-Uni (RU) et l’Irlande ;
  • l’interdiction de participation des citoyens russes à des événements sportifs et culturels ;
  • les restrictions aux importations et exportations économiques ;
  • le gel sine die des actifs souverains de la Banque centrale de Russie ;

pour un total de plus de 26 665 ‘sanctions’ (!) ‒ 2 695 ‘sanctions’ entre le 17 mars 2014 et le 22 février 2022, plus 23 960 entre le 22 février 2022 et le 15 août 2025 ‒ qui ont été imposées à la Russie par la Suisse (4 029), l’UE (2 782), la France (2 711), le Royaume-Uni (2 333), en Europe ; et par les États-Unis (7 392), le Canada (4 176), l’Australie (1 791) et le Japon (1 441) hors d’Europe.

  • Création d’une commission vérité et réconciliation sur le modèle de celles qui ont donné des résultats si satisfaisants en Afrique du Sud après l’apartheid et au Timor oriental après l’indépendance.

Cette commission indépendante pourrait commencer son travail immédiatement après la signature de l’accord de paix, en entendant les plaintes (de toutes les parties) pour violation des droits humains depuis 2014, indépendamment des procédures d’enquête médico-légale menant aux procès pour crimes de guerre, qui seront nécessairement très longues.

  • Les procès pour crimes de guerre devraient être organisés par les États concernés, comme l’a suggéré l’éminent juriste Alfred de Zayas.

Cela signifie que les procès pour crimes de guerre présumés commis par des Russes devraient être organisés par des tribunaux russes et que les procès pour crimes de guerre présumés commis par des Ukrainiens devraient être organisés par des tribunaux ukrainiens.

Voici les sept mesures prioritaires et les plus urgentes nécessaires pour parvenir à un accord de paix durable en Ukraine et en Russie.

Mesures à moyen terme

Pour instaurer une paix durable en Europe, il est nécessaire de définir, de débattre et d’approuver une nouvelle architecture de coopération et de sécurité européenne qui englobe tous les pays d’Europe (y compris la Russie) et qui respecte scrupuleusement le principe de l’indivisibilité de la sécurité internationale : la notion selon laquelle la sécurité internationale est interdépendante, c’est-à-dire qu’il ne peut y avoir de sécurité pour certains pays sans la sécurité des autres, ou au détriment de leur sécurité.

Cette architecture doit inclure les mesures suivantes visant à instaurer et à développer la confiance :

  • Élimination de toutes les armes nucléaires des États-Unis et de la Russie (et de toutes les infrastructures existantes pour leur utilisation) en dehors de leurs territoires nationaux respectifs — comme c’est le cas des bases aériennes de l’OTAN (/NATO) en Europe qui abritent des ogives nucléaires américaines : Incirlik (Turquie) ; Aviano et Ghedi-Torre (Italie) ; Kleine Brogel (Belgique) ; Büchel (Allemagne), Volkel (Pays-Bas), ainsi que les bases aériennes qui abritent les ogives nucléaires que la Russie a déployées en Biélorussie dans le cadre de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC).
  • Éradication de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en Europe ‒ par dénonciation/retrait de son traité (prévu à son article 13) par ses pays membres européens – soit (i) par dénonciation simultanée de tous, soit (ii) par dénonciation/retrait individuel successif de ses pays membres européens, ou (iii) par la dénonciation/le retrait concerté de groupes successifs de ses pays membres européens ou (iv) par une combinaison de (ii) et (iii) et Éradication(concomitante à l’éradication de l’OTAN du continent européen) de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC) en Europe par la dénonciation/le retrait de son traité (prévu à son article 11) par ses pays membres européens — Russie, Biélorussie, Arménie (+ Serbie en tant que membre observateur).

Mesures à long terme

Ces mesures à moyen terme sont, à leur tour, celles qui ouvrent la voie à la fin des armes nucléaires, condition nécessaire pour prévenir une apocalypse nucléaire, ce qui exige :

  • l’interdiction de concevoir, tester, produire, fabriquer, acquérir, posséder ou stocker des armes nucléaires ou autres dispositifs explosifs nucléaires, comme le prévoit l’article 1er du Traité sur l’Interdiction des Armes Nucléaires (TIAN), approuvé par l’Assemblée générale des Nations Unies le 4 décembre 2017.
Estimation du nombre d’ogives nucléaires détenues par les 9 puissances nucléaires en 2025.Source: SIPRI, 2025, via Federation of American Scientists, 2025.
Inventaire estimatif de l’état functionel des armes nucléaires existantes. Source :
Hans M. Kristensen, Matt Korda, Eliana Johns et Mackenzie Knight-Boyle, 
American Federation of Scientists, 2025.[n.a. = non disponible (nombre non disponible)].

Il convient de rappeler que le TIAN a été signé à ce jour par 93 pays, dont 70 l’ont déjà ratifié. Les pays qui l’ont ratifié sont, pour la plupart, situés en Asie, en Afrique et en Amérique latine, et ne sont pas des puissances nucléaires. Sur les 32 pays membres de l’OTAN ‒ y compris donc les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, qui possèdent des armes nucléaires, et les 22 pays de l’UE qui sont également membres de l’OTAN ‒ aucun n’a signé et ratifié le traité. Cela montre bien que cette organisation est une alliance nucléaire très soucieuse de son pouvoir de destruction.

  • Le démantèlement simultané et mutuellement contrôlé (par des inspecteurs de toutes les parties concernées) de l’arsenal nucléaire de la Russie, des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni et des autres puissances nucléaires : Chine, Inde, Pakistan, Israël, Corée du Nord.
Fondé en 1945 par Albert Einstein, J. Robert Oppenheimer et des scientifiques de l’Université de Chicago ayant participé au développement des premières armes atomiques dans le cadre du projet Manhattan, le Bulletin of the Atomic Scientists a créé l’Horloge de l’Apocalypse deux ans plus tard. Utilisant l’image biblique de l’Apocalypse (minuit) et le langage contemporain de l’explosion nucléaire (compte à rebours jusqu’à zéro), l’Horloge de l’Apocalypse symbolise les menaces qui pèsent sur l’humanité. L’Horloge de l’Apocalypse est réglée chaque année par le Conseil scientifique et de sécurité du Bulletin, en consultation avec son Conseil des mécènes, qui compte huit lauréats du prix Nobel. Le 27 janvier 2026, elle affichait 85 secondes avant minuit, soit 4 secondes de moins qu’en 2025, le pire résultat depuis sa création. Source: Bulletin of the Atomic Scientists.

Le principe à appliquer dans cette tâche est très simple et a déjà fait ses preuves : « Faire confiance, mais vérifier ». La tâche est colossale, mais réalisable, comme l’a démontré le Traité sur les Forces nucléaires à Portée Intermédiaire, conclu entre l’Union soviétique (puis la Russie, l’État successeur) et les États-Unis en 1987, également connu sous le nom de Traité FNI (Forces Nucléaires Intermédiaires) ou Traité INF (Intermediate-Range Nuclear Forces), qui a duré jusqu’en 2019, date à laquelle il a été dénoncé par les États-Unis.

Puissance destructrice comparée des armes nucléaires russes et américaines actuelles avec celle de la bombe atomique larguée sur Hiroshima. Source : Professeur Ivana Hughes (Columbia University, EUA) & Professeur Steven Starr (University of Missouri, EUA) par l’intermédiaire de Neutrality Studies, 17 de Janeiro 2026.

Le traité FNI prévoyait la destruction des missiles nucléaires d’une portée comprise entre 500 et 5 500 kilomètres en trois ans. Et cela a été fait avec succès. Au total, 2 692 missiles ont été détruits avant 1991, soit la quasi-totalité des missiles nucléaires à portée intermédiaire et un peu plus de 4 % de l’arsenal nucléaire total des deux pays en 1987. L’une des innovations du traité FNI a été l’adoption de procédures de vérification mutuelle de la destruction des armes nucléaires par des inspecteurs de chaque pays.

Première image : effets destructeurs de la boule de feu provoquée par l’explosion d’une bombe nucléaire de 800 kilotonnes. 
Deuxième image : les aides de camp qui accompagnent en permanence les présidents russe et américain dans leurs déplacements, portant les mallettes noires qui leur permettent de communiquer et d’autoriser une attaque nucléaire. Source : Professeur Ivana Hughes (Columbia University, EUA) & Professeur Steven Starr (University  of Missouri, EUA), par l’intermédiaire de Neutrality Studies, 17 de Janeiro 2026

Un véritable système de sécurité et de paix ne sera pas établi sur Terre tant que, au minimum, les traités de désarmement nucléaire n’auront pas été signés et ratifiés par tous les États dotés d’armes nucléaires et que les armes nucléaires n’auront pas été définitivement éradiquées.




Signataires de cette déclaration :

(par ordre alphabétique de nom de famille)

  • Jorge Aires (Portugal) : Général de division de l’armée de l’air (er)
  • José Manuel Baptista Alves (Portugal) : Colonel de l’Armée de l’Air (er), ingénieur, militaire d’avril[1]
  • João Sousa Andrade (Portugal) : Économiste, professeur d’université, chercheur
  • Ana Laura M. V. Araújo (Portugal) : Germaniste, professeur de l’enseignement supérieur polytechnique
  • António Miguel Avelãs (Portugal) : Professeur du sécondaire, ancien président du Syndicat des enseignants du Grand Lisbonne (SPGL)
  • Patrik Baab (Allemagne) : Journaliste, professeur d’université
  • Francisco Balsinha (Portugal) : Journaliste, militant pour les droits de l’homme et le peuple palestinien.
  • Carlos Branco (Portugal) : Général de division de l’armée, expert en résolution de conflits
  • Manuel Begonha (Portugal) : Capitaine de vaisseau (er), militaire d’avril[2]
  • Jean Bricmont (Belgique) : Physicien théoricien, philosophe, professeur d’université
  • Isabelle Casel (Allemagne) : Artiste indépendante, militante pour la paix, conseillère
  • Luís Alfaro Cardoso (Portugal) : Vétérinaire, chercheur, professeur d’université
  • José Roberto Tinoco Cavalheiro (Portugal) : Ingénieur de matériaux, professeur d’université, chercheur
  • Pedro Júlio de Pezarat Correia (Portugal) : Général de division de l’armée (er), professeur d’université (retr.), militaire d’avril[3] (service actif).
  • Alain Corvez (France) : Colonel de l’armée (er), conseiller en stratégie internationale
  • Raul Luís Cunha (Portugal) : Général de division de l’armée (er), historien
  • Hugo Dionísio (Portugal) : Avocat, chercheur indépendant
  • Jean-Christophe Emmeneger (Suisse) : Ancien journaliste, chercheur spécialisé en histoire des services de renseignement, écrivain-voyageur
  • Paulo Aníbal de Oliveira Fidalgo (Portugal): Médecin, gastro-entérologue
  • Júlio Manuel Dias Gomes (Portugal): Économiste, professeur d’université
  • Ulrike Guérot (Allemagne) : Philosophe politique, militante pour la paix, professeur d’université
  • Manuel Martins Guerreiro (Portugal): Contre-amiral (er) de la Marine, militaire d’avril[4]
  • Jacques Hogard (France) : Colonel de l’armée (er), historien, consultant en géopolitique
  • Cipriano Justo (Portugal): Médecin, professeur d’université
  • Augusto Küttner (Portugal) : Directeur des ressources humaines
  • Manuel Soares Leitão (Portugal): Producteur culturel
  • Luís M. Loureiro (Portugal): Journaliste, professeur d’université
  • Albino Matos (Portugal): juriste
  • Guy Mettan (Suisse) : Journaliste, chroniqueur, député, historien
  • José Manuel Costa Neves (Portugal) : Général de division de l’armée de l’air (er), militaire d’avril[5]
  • Fernando Oliveira (Portugal): Ingénieur chimiste, traducteur-interprète de conférence
  • Rui Pereira (Portugal): Ex-journaliste, professeur d’université
  • Rui Manuel Vaz Pinto (Portugal): Économiste, libraire, éditeur
  • João Luís B. Pena dos Reis (Portugal) : Procureur général adjoint (retr.) du ministère public
  • Fabrice Saint-Pol (France): Capitaine de corvette de réserve (Commandant), Marine Nationale, ingénieur civil
  • Richard Sakwa (Royaume-Uni) : Politologue, historien, professeur d’université
  • José Aranda da Silva (Portugal) : Colonel de l’armée (er), pharmacien, professeur d’université, militaire d’avril[6]
  • José Catarino Soares (Portugal) : Linguiste, professeur de l’enseignement supérieur polytechnique.
  • Luís Souta (Portugal) : Anthropologue, professeur de l’enseignement supérieur polytechnique, écrivain
  • Harald Walach (Allemagne) : psychologue, philosophe, professeur d’université.
  • Alfred-Maurice de Zayas (Suisse) : Juriste, professeur d’université[7]

[1] L’appellation « militaire d’Avril » fait référence, de manière sobre et objective, aux officiers militaires responsables du renversement du régime fasciste de Salazar-Caetano le 25 avril 1974. C’est interchangeable avec l’appellation « capitaine d’Avril », car la grande majorité de ces militaires était, à l’époque, composée de capitaines.

[2] L’appellation « militaire d’Avril », idem.

[3] L’appellation « militaire d’Avril », idem.

[4] L’appellation « militaire d’Avril », idem.

[5] L’appellation « militaire d’Avril », idem.

[6] L’appellation « militaire d’Avril », idem.

[7] Alfred-Maurice de Zayas s’est présenté comme suit lors de la signature de la Déclaration : « Je suis un ancien expert indépendant des Nations Unies pour l’Ordre International (2012-2018), ancien juriste principal au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, professeur invité dans de nombreuses universités aux États-Unis, au Canada, en Irlande, en Allemagne, en Espagne et en Suisse, et actuellement professeur de droit international à l’École de Diplomatie de Genève. La devise de la paix de Westphalie était « Pax optima rerum » [La paix est le plus grand des biens] : les États-Unis, l’OTAN et les États membres de l’UE doivent reconnaître leur responsabilité dans le déclenchement de cette guerre. Un modus vivendi doit être trouvé qui garantisse la sécurité nationale de tous les pays et l’autodétermination de tous les peuples ».

Les graines de la guerre en Ukraine

EuroMaïdan : Comment le couple EU-US a semé les graines de la guerre en Ukraine 

par Jean-François Le Drian

Jean-François Le Drian

Juriste et scientifique de formation, Jean-François Le Drian mène depuis plus de trente ans des recherches qui l’ont conduit à s’intéresser à des domaines variés comme les neurosciences, la psychologie, la logique formelle, la philosophie des sciences, l’épistémologie, la linguistique ainsi que la théologie. Il confronte sa réflexion avec nombre de grands spécialistes dans leur domaine. Il est président-fondateur du cercle de pensée et d’action Libre – Puissante – Souveraine.

Les manifestations d’EuroMaïdan de 2013-2014 en Ukraine ont marqué un tournant décisif dans l’histoire du pays, entraînant un changement radical de son orientation géopolitique et contribuant à l’éclatement d’un conflit armé.

Cet article analyse comment les stratégies de l’Union européenne (UE) et des États-Unis (USA), notamment à travers l’expansion de l’OTAN, de l’UE, et les pressions économiques, ont semé les graines de la guerre en Ukraine.

En examinant les événements clés, les déclarations officielles et les politiques mises en œuvre, nous cherchons à mettre en lumière les intérêts complexes qui ont alimenté cette crise.

Une question centrale se pose : le bouleversement de 2014 doit-il être qualifié de révolution ou de coup d’État ? Ce texte invite le lecteur à réfléchir sur les responsabilités des acteurs internationaux et leurs conséquences dramatiques.

Selon Zbigniew Brzezinski, un stratège néoconservateur influent dont les idées ont marqué la politique étrangère américaine, l’espace post-soviétique, en particulier les anciennes républiques de l’URSS, constitue un « vaste trou noir » à la fois dangereux et riche en ressources, notamment en hydrocarbures.

(…)

Dans son édition de juillet 2004, Le Monde diplomatique résumait ainsi cette vision :

Le Monde diplomatique en juillet 2004 résumait ainsi la pensée de ce néoconservateur américain :

Mal désoviétisée, la Russie devrait être définitivement séparée de l’Ukraine, refoulée du Caucase et de l’Asie centrale, dont les hydrocarbures seraient exportés hors de son contrôle. Moscou affaibli, l’équilibre géopolitique serait plus favorable. On pourrait affranchir les républiques nord-caucasiennes, cette « constellation de petites enclaves ethniques encore sous domination russe ». Les deux Azerbaïdjan (ex-URSS et Iran) se réunifieraient.

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Cette analyse reflète une stratégie occidentale visant à réduire l’influence russe dans son ancien espace soviétique, en favorisant une intégration des pays voisins à l’UE et à l’OTAN.

Dès 1992, c’est à dire au lendemain de l’effondrement de l’URSS, la stratégie américaine pour l’Europe était la suivante :

  • Élargissement de l’Otan et de la Communauté économique européenne (CEE) vers l’Est.
  • Œuvrer contre une trop forte intégration des douze ayant pour effet de compromettre l’intégration des pays de l’Est.
  • Empêcher les douze de mettre en place un système autonome de défense européen.
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La question de l’élargissement de l’OTAN vers l’Est appartient donc à un agenda ancien.

Un document déclassifié datant du 9 février 1990 rapporte une promesse faite par le secrétaire d’État américain James Baker au dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev lors des négociations sur la réunification allemande :

Si nous maintenons une présence dans une Allemagne membre de l’OTAN, il n’y aura pas d’extension de la juridiction de l’OTAN d’un seul pouce vers l’Est.

Bien que cette assurance n’ait pas été formalisée dans un traité, elle a été perçue comme un engagement moral par la Russie, alimentant les accusations de « promesses trahies » face à l’élargissement ultérieur de l’OTAN vers les pays de l’ancien bloc soviétique.

D’ailleurs, le 4 avril 2008, lors de la session du Conseil OTAN-Russie à Bucarest, le président russe Vladimir Poutine s’opposa fermement à l’élargissement de l’OTAN, perçu comme une provocation visant à préparer le terrain pour une intégration à l’UE.

La guerre russo-géorgienne d’août 2008, qui éclata dans les régions séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, fut une conséquence logique de ces tensions, bien que le conflit ait des racines historiques plus profondes, notamment les relations tendues entre la Russie et ces régions, exacerbées par l’orientation pro-occidentale du président géorgien Mikheil Saakachvili.

En définitive, le sommet de Bucarest, où l’OTAN promit un futur élargissement à l’Ukraine et à la Géorgie, joua un rôle de catalyseur.

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Cinq ans plus tard, en 2013, la Communauté des États indépendants (CEI), regroupant 12 anciennes républiques soviétiques actives, ambitionnait de se transformer en une union douanière, à l’image de la Communauté économique européenne.

Alors que l’Ukraine s’apprêtait à renforcer ses liens économiques avec la Russie, des oligarques ukrainiens, menés par Petro Porochenko, l’une des plus grandes fortunes du pays, plaidèrent pour un accord d’association avec l’UE.

C’est ainsi que lorsqu’il fut nommé ministre du commerce, Porochenko négocia ce projet d’association qualifié de « plus ambitieux accord bilatéral » jamais signé par l’UE, lequel se traduisait par une baisse de 99% des droits de douane.

L’UE exigeait qu’elle choisisse entre son accord de libre-échange approfondi et complet (DCFTA) et l’union douanière avec la Russie, présentant cette décision comme un choix exclusif entre deux blocs géopolitiques.

Sur le plan économique, l’Ukraine traversait une année difficile. C’est pourquoi le président Viktor Ianoukovytch demanda une aide annuelle de 20 milliards d’euros à l’UE, qui ne proposa que 610 millions d’euros, conditionnés à des réformes, le président français François Hollande ayant répondu : « Nous n’allons pas payer l’Ukraine pour qu’elle signe l’accord d’association » (The Telegraph, 29/11/2013)

Ainsi en 2013, l’Ukraine se retrouvait donc face à un dilemme aux conséquences dramatiques.

Vladimir Poutine considérait qu’« un accord de libre-échange Ukraine-UE représenterait une grande menace pour la Russie et déboucherait sur une hausse du chômage » et posa la question suivante : « Devons-nous étrangler des pans entiers de notre économie pour que l’Europe nous apprécie ? (BBC 26.11.13)

Aussi, Ianoukovytch proposa un accord trilatéral incluant la Russie pour éviter d’exclure l’un des deux partenaires, mais l’UE, représentée par Barroso, rejeta cette proposition, déclarant : « Lorsque nous signons un accord bilatéral, nous n’avons pas besoin d’un traité trilatéral. »

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Finalement, la Russie offrit à l’Ukraine une aide de 15 milliards de dollars et une réduction du prix du gaz, formalisées dans un accord signé par Ianoukovytch le 17 décembre 2013. Cependant, Petro Porochenko et d’autres oligarques pro-UE poursuivirent une autre voie, plaidant pour l’intégration européenne.

Malheureusement l’histoire ne s’est pas arrêtée là. Porochenko en décida autrement.

À ce stade, il convient d’examiner la thèse selon laquelle, les EU et surtout les USA manipulèrent le pouvoir contestataire des Pro-UE et créèrent le mouvement EuroMaïdan financé en partie par le ministre oligarque, Petro Porochenko.

Le 7 février 2014, le Kyiv Post, un journal Ukrainien pro-occidental faisait état d’un sondage basé sur un échantillon représentatif de 2600 personnes, selon lequel 48 % ne souhaitaient pas de rapprochement entre l’Ukraine et l’Europe et ne soutenaient pas le mouvement « EuroMaïdan » contre 45 % des sondés qui supportaient les manifestations.

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Coup d’État ou révolution ?

Lorsqu’un gouvernement, supporté par la moitié de la population, et contesté par l’autre moitié, est renversé par l’usage de la violence, doit-on parler de « Révolution » ou de « Coup d’État » ?

Si les Gilets jaunes en France avaient renversé le gouvernement, la communauté internationale aurait-elle salué une révolution ?

La manipulation des mouvements contestataires, théorisée lors de la guerre du Kosovo dans les années 1990, semble s’être répétée en Ukraine.

EuroMaïdan, alimenté à la fois par un mécontentement populaire sincère et par des influences extérieures, a conduit à un changement de pouvoir violent, soulevant des interrogations sur le rôle des acteurs étrangers dans la destinée de l’Ukraine.

Avioutskii, Viatcheslav dans son article “La Révolution orange en tant que phénomène géopolitique“, Hérodote, vol. 129, no. 2, 2008, pp. 69-99, écrit ceci en parlant de la révolution dite “orange” de 2004 :

L’opposition a pu compter sur l’aide des ONG et fondations occidentales « spécialisées » en révolutions de velours telles Freedom House et la fondation Open Society Institute de George Soros, mais aussi des think tanks américains comme le National Democratic Institute (NDI), dépendant du Parti démocrate, ou encore l’International Republican Institute (IRI), lié au Parti républicain.

Ces organisations avaient de nombreux relais sur place parmi lesquels figure l’acteur le plus important – le mouvement étudiant Pora. Au-delà de cette influence indirecte, les États-Unis et l’Union européenne ont utilisé des canaux officiels pour exercer une forte pression afin que les élections se déroulent honnêtement. Le président polonais Aleksander Kwas´niewski et son homologue lituanien Valdas Adamkus, accompagnés de Javier Solana, ont été appelés à offrir leur médiation durant la crise de novembre 2004. »

Il conclut :

Il est indéniable que les campagnes organisées par les mouvements de jeunesse, comme Pora, se sont révélées efficaces dans la transformation politique de l’espace postcommuniste.

Elles s’appuient sur des militants formés et financés par des ONG et des fondations essentiellement américaines qui mettent à leur disposition un canevas intellectuel, des formations pratiques et d’importants moyens financiers et matériels.

Ces organisations de jeunesse qui agissent par-delà les frontières et constituent de ce fait des mouvements transnationaux remettent en cause le principe de souveraineté nationale qui dominait auparavant l’analyse géopolitique classique. Les États-Unis s’avèrent être les pionniers en la matière, même s’ils n’ont pas le monopole de ce principe.

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La transcription ci-dessous d’une interview de Georges Soros par CNN démontre qu’effectivement les US n’ont jamais cessé d’agir sur l’opinion publique ukrainienne.

ZAKARIA : D’abord sur l’Ukraine. L’une des choses que beaucoup de gens ont reconnues à votre sujet, c’est que vous, pendant les révolutions de 1989, avez financé de nombreuses activités dissidentes, des groupes de la société civile en Europe de l’Est et en Pologne, en République tchèque. Faites-vous des choses similaires en Ukraine ?

SOROS : Eh bien, j’ai créé une fondation en Ukraine avant que l’Ukraine ne devienne indépendante de la Russie. Et la fondation fonctionne depuis. Et cela a joué un – un rôle important dans les événements maintenant. » (Il parle des évènements de Maïdan).

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Victoria Nuland, la célèbre sous-secrétaire d’État américaine qui prononça le fameux « Fuck the EU », révélait le 13 décembre 2013 devant la fondation US-UKRAINE que les États Unis avaient dépensé 5 milliards de dollars pour aider les ukrainiens à « satisfaire » leurs « aspirations », à savoir se détourner de la Russie pour rejoindre l’Occident.

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Le 7 février 2014, BBC NEWS reproduisait la transcription d’une conversation entre Victoria Nuland et l’Ambassadeur US en Ukraine et titrait :

La fuite de la conversation téléphonique de Victoria Nuland (avec l’ambassadeur américain en Ukraine) montre la mainmise des US sur l’Ukraine.

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On y entend Victoria Nuland échanger avec l’Ambassadeur américain en Ukraine et proférer son célèbre « Fuck the UE ».

La transcription de cette conversation met en scène une V. Nuland qui bloque un candidat pour le poste de premier ministre et choisit seule son candidat qui sera effectivement désigné 1er ministre par la suite.

Ci-dessous, un extrait de la fameuse transcription de la conversation de V. Nuland avec l’ambassadeur des US en Ukraine (Pyatt) :

NULAND: Je ne pense pas que Klitsch (l’actuel Maire de Kiev et ancien boxeur, Wladimir Klitschko) devrait entrer dans le gouvernement, ce n’est pas nécessaire, je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

PYATT: Oui. Je suppose… en cette matière qu’il n’entre effectivement pas dans le gouvernement, laissez-le simplement rester dehors et faire ses devoirs politiques et tout.

Je pense juste en termes de sorte de processus qui va de l’avant, nous voulons garder les démocrates modérés ensemble.

Le problème va être Tyahnybok [Oleh Tyahnybok, l’autre chef de l’opposition] et ses gars et je suis sûr que cela fait partie de ce que [le président Viktor] Ianoukovitch calcule sur tout cela.

NULAND: Je pense que Lats (Latseniouk) est le gars qui a l’expérience économique, l’expérience de gouvernance. Il est le… ce dont il a besoin, c’est de Klitsch et de Tyahnybok à l’extérieur.

Il doit leur parler quatre fois par semaine, tu sais. Je pense juste que Klitsch entre… il va être à ce niveau en travaillant pour Yatseniuk, ça ne marchera tout simplement pas.

PYATT: Ouais, non, je pense que c’est vrai. D’ACCORD. Bien. Voulez-vous que nous organisions un appel avec lui comme prochaine étape ? 

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John McCain, Victoria Nuland, Pyatt à Kiev lors du coup d’État de Maïdan

Justement, le 27 février 2014, cinq jours après la destitution du président Ianoukovytch, dont l’élection avait été certifiée par l’OSCE, Latseniouk est nommé premier ministre.

Victoria Nuland, nomme donc le Premier ministre ukrainien, au moins 3 semaines avant que la chute supposée non programmée du président régulièrement élu se produise.

Par la suite, des personnes nées à l’étranger se verront attribuer la nationalité Ukrainienne juste quelques heures avant leurs prises de fonction de sorte à intégrer le nouveau gouvernement.

Le journal Le Monde rapportera le 2 décembre 2014 ce qui suit :

Cette équipe comporte une surprise de taille et une nouveauté : trois étrangers y prennent des responsabilités de premier ordre.

Le ministère des finances est attribué à Natalia Iaresko, ressortissante américaine d’origine ukrainienne, qui a fait une partie de sa carrière au département d’Etat, le ministère des affaires étrangères américain, avant de travailler dans le privé » où elle supervisera un fonds de capital-investissement créé par le gouvernement américain pour investir dans le pays, et sera PDG d’Horizon Capital, une société d’investissement qui administre divers investissements occidentaux dans le pays

Un Lituanien, Aïvaras Arbomavitchous, ancien champion de basket mais surtout dirigeant de la filiale kiévienne du fonds d’investissement East Capital, est nommé à l’économie.

Enfin Sandro Kvitachvili, ancien ministre géorgien de la santé et du travail, prend le ministère de la santé, un poste important tant le système de santé ukrainien est miné par la corruption.

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Le Monde poursuit :

Ces trois entrées détonantes sont une initiative du président Porochenko, qui a réservé aux « étrangers », comme les désigne déjà la presse ukrainienne, une partie des postes qui revenaient à son parti. Les décrets de naturalisation ont été pris en urgence, mardi.

Sur la conversation entre Nuland et l’Ambassadeur, l’article de la BBC précisera :

le gros de la conversation montre que les US manipulent l’Ukraine autant que le fait la Russie, et c’est là le vrai désastre diplomatique.

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Ce que révèle cet enregistrement, c’est que Victoria Nuland semble considérer que la chute du Président en exercice est acquise.

Une telle certitude pourrait s’expliquer soit par une intelligence de l’histoire et des évènements, soit plus simplement parce qu’un plan a été élaboré à cet effet.

Ceux qui pourrait douter qu’un tel plan ait pu être envisagé et seraient tentés de considérer cette hypothèse comme complotiste, ne sont certainement pas familiers avec le concept de « regime change » qui est devenu une spécialité des US au soutien de laquelle la division des « opérations psychologiques » est mobilisée.

À titre d’exemples, sur la mise en application pratique des techniques de « regime change » des US, l’article ci-dessous recense 7 gouvernements étrangers qui furent renversés au moyen d’opérations menées par la CIA.

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Rétrospectivement, le Think Tank CATO INSTITUTE déclarait en 2017 concernant les évènement de Maïdan de 2014 : « L’ampleur de l’ingérence de l’administration Obama dans la politique ukrainienne était à couper le souffle. »

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Un deuxième élément vient étayer la thèse de l’orchestration du coup d’État, il s’agit de la mise en œuvre d’une opération de type « false flag », « fausse bannière » en français.

Concrètement, des snipers tirèrent sur la foule avec des balles réelles provoquant la mort de nombreux manifestants.

L’opinion publique considéra que les forces gouvernementales étaient responsables de ce massacre de civils et que le Président Ianoukovytch avait lui-même ordonné de tirer sur la foule.

Non seulement la communauté internationale fut outrée par ces tirs sur la foule mais surtout, des Ukrainiens de l’Ouest qui à l’origine n’étaient pas pro-EU basculèrent dans le mouvement pro-Euromaïdan.

Finalement le président ukrainien sera démis par le parlement, bien que la loi constitutionnelle ne le permettait pas, et ce, en l’absence de vote des députés élus de son propre parti.

Depuis, des chercheurs ont travaillé sur les images et en particulier un chercheur ukro-canadien qui décrit son étude comme il suit :

Cette étude analyse les révélations du procès et de l’enquête en Ukraine concernant le massacre qui a eu lieu à Kiev le 20 février 2014.

Ce massacre de manifestants et de policiers sur le Maïdan est un cas emblématique de violence politique en Ukraine et dans le monde parce qu’il a conduit au renversement du gouvernement de Ianoukovitch et finalement à l’annexion russe de la Crimée, la guerre civile et les interventions militaires russes dans le Donbass, ainsi que les conflits entre la Russie et l’Ukraine ainsi que l’Ouest, que la Russie a aggravés en envahissant illégalement l’Ukraine en 2022.

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La majorité absolue des manifestants blessés de Maïdan, près de 100 témoins à charge et à décharge, des vidéos synchronisées et des informations médicales et médicales, les examens balistiques effectués par des experts gouvernementaux ont montré sans équivoque que les manifestants de Maïdan ont été massacrés par des tireurs d’élite situés dans des bâtiments contrôlés par Maïdan.

Cependant, à ce jour, en raison du caractère politiquement sensible de ces découvertes et de cette dissimulation, personne n’a été condamné pour ce massacre.

L’article discute des implications de ces révélations pour la guerre entre l’Ukraine et la Russie et pour l’avenir des relations russo-ukrainiennes.

La conclusion de ce chercheur qui a peiné à s’imposer mais qui fait désormais l’objet d’un consensus, c’est que les tirs adressés à la foule provenait de bâtiments contrôlés par les pro-maïdan.

Ainsi, la réalité de l’opération « false flag », « fausse bannière » est raisonnablement établie.

On peut par conséquent parler d’un véritable coup d’État, d’une opération de “regime change“.

Les US ont-ils validé l’opération « fausse bannière » et participé à l’organisation du coup ?

En 2014, une fuite téléphonique entre la cheffe des Affaires étrangères de l’UE Catherine Ashton et le ministre estonien des Affaires étrangères Urmas Paet a révélé que ceux-ci avaient discuté d’une possible opération fausse bannière.

La conversation de 11 minutes fut publiée sur YouTube.

Lors de cet appel, Paet déclare qu’on lui avait dit que les tireurs d’élite responsables des meurtres de policiers et de civils à Kiev le mois dernier étaient des provocateurs du mouvement de protestation plutôt que des partisans du président de l’époque, Viktor Ianoukovitch.

Ashton répond : « Je ne savais pas… Mon Dieu. » « Il y a donc une compréhension de plus en plus forte que derrière les tireurs d’élite, ce n’était pas Ianoukovitch, mais quelqu’un de la nouvelle coalition », dit Paet.

Texte publié pour la première fois dans: Jean-François Le Drian, « EuroMaïdan : Comment le couple EU-US a semé les graines de la guerre en Ukraine »,  Journal d’idées, 17 novembre 2024

Quand la Finlande bascule dans la bêtise et l’aveuglement

Régis de Castelnau

Être limitrophe de la Russie n’est pas une situation facile. Même si celle de la Finlande est meilleure que celle de la Pologne située géographiquement et très précisément entre le marteau allemand et l’enclume russe. Ce qui l’amènera à faire ce que Marx avait déjà décrit au XIXe siècle « très courageusement les choses les plus stupides ». Et de continuer gaiement au XXIe siècle.

La Finlande, qui est un petit pays c’est différent. La Russie tsariste a toujours considéré que la Finlande faisait partie de la Russie. Les bolcheviks n’ont pas repris ces revendications à leur compte et ont foutu la paix au minuscule voisin. Jusqu’au moment où Staline sachant bien ce qui l’attendait de la part de l’Allemagne nazie lança une guerre de rectifications de frontières (la Guerre d’hiver) qui lui permit après beaucoup de déboires d’arriver à ses fins. Le problème, c’est que les Finlandais profitèrent de Barbarossa pour déclarer la guerre à la Russie en s’alliant avec les nazis, le 26 juin 1941 soit quatre jours après l’offensive hitlérienne. Et en particulier, ils jouèrent un rôle important en bouclant l’atroce siège de Leningrad et en participant au massacre.

Mais finalement, les Finlandais s’en sont bien tirés. En septembre 1944, après Bagration, les soviétiques étaient très occupés à terminer le conflit pour aller tuer la bête dans sa tanière. Aussi ils acceptèrent la demande finlandaise de sortir de la guerre et signèrent un armistice. Pour finir par mettre fin officiellement et juridiquement au conflit entre Union soviétique et la Finlande par un traité de paix signé à Paris en 1947. Les Finlandais qui s’en tirèrent très bien malgré leurs lourdes responsabilités dans ce qui fut infligé à l’URSS, mais le traité contenait une condition déterminante : la Finlande devait rester neutre sur le plan international. Avec les restrictions suivantes : la possession d’armes offensives telles que des missiles à longue portée, des sous-marins ou une aviation stratégique, le réarmement au-delà d’un certain seuil, la propagande fasciste ou revancharde.

Après les débuts de la guerre froide, au traité de paix de 1947 fut ajouté un complément spécifique entre les deux parties qui prévoyait que la Finlande ne permettrait pas que son territoire soit utilisé pour une attaque contre l’URSS. Qui de son côté reconnaissait la souveraineté de la Finlande et s’engageait à ne pas interférer dans ses affaires intérieures, tant que la Finlande respectait ses engagements.

Ce statut d’État neutre, lui permit un développement normal, une certaine autorité dans le concert international, et des relations cordiales avec son puissant voisin. Au point que le terme « finlandisation » entra dans le langage courant pour caractériser une solution particulièrement profitable dans le contexte de la guerre froide.

En 1995, soit après la chute de l’Union soviétique aux droits de laquelle intervenait désormais la Russie, la Finlande décida d’adhérer à L’Union Européenne, sans que la Russie n’émette d’objections et considère qu’il s’agissait là d’une rupture de la condition de neutralité du traité de paix.

La situation a complètement changé avec l’adhésion de la Finlande à l’OTAN le 4 avril 2023 qui a mis fin à plus de 75 ans de neutralité ou de non-alignement militaire. Outre la violation de cette condition fondamentale du traité de paix de 1947, cette décision donne aussi à l’OTAN une nouvelle frontière directe avec la Russie, longue de plus de 1 300 km. Provoquant une modification profonde de l’équilibre stratégique en Europe. Pire, en plus d’installation de bases de l’OTAN aux portes de la Russie, la Finlande a passé un accord spécial avec les États-Unis pour la prise de contrôle direct de 15 bases militaires finlandaises. Y prévoyant l’installation de missiles à portée intermédiaire.

Force est de constater que le gouvernement Finlandais a purement et simplement déchiré un traité de paix qui mettait fin à un conflit militaire avec l’URSS aux droits de laquelle vient désormais la Russie. La condition de neutralité étant une condition substantielle de ce traité, celui-ci est donc désormais sans portée. Et les deux pays sont ainsi à nouveau officiellement et juridiquement en guerre.

On peut s’interroger sur le niveau intellectuel de dirigeants qui au-delà de la crise économique générée par la fermeture des frontières, ont décidé de mettre fin à 75 ans de prospérité pour transformer leur petit pays de 5 millions d’habitants, en un outil de menace militaire directe pour la Russie, à 130 km de Saint-Pétersbourg ! Et qui n’ont pas réfléchi aux conséquences de leur situation au regard du droit international qui est celui de la réactivation de la déclaration de guerre de juin 1941.

Histoire d’enfoncer le clou, ces imbéciles qui s’excitent à partir en guerre contre la première puissance militaire du monde, piétinent également allègrement la clause d’interdiction « de la propagande fasciste et revancharde » en invitant Ursula von der Leyen, la néo nazie mafieuse qui préside la Commission européenne à venir haranguer les foules et insulter le très robuste voisin.

Et qui fidèle à son extrémisme n’hésite pas à éructer à l’égard d’un protestataire « Et quant à ceux qui manifestent et crient si fort, ils devraient être contents d’être en Finlande, un pays libre où la liberté d’expression est un droit ! A Moscou, ils seraient arrêtés ! » Au moment précis où ledit protestataire est arrêté par la police finlandaise.

Formidable séquence qui illustre le basculement stupide et dangereux de l’Union Européenne dans un bellicisme absurde et dans la mise en place d’un système qui commence de plus en plus à s’apparenter à un néo fascisme.

Source: Régis de Castelnau, « Quand la Finlande bascule dans la bêtise et l’aveuglement », Vu du Droit, 8 août 2025

Kosovo, la chute du Serpent

par Slobodan Despot

Source : Antipresse du 28 juin 2020

Alors que l’administration américaine lance une nouvelle initiative sur le Kosovo, l’inculpation de Hashim Thaçi vient faire capoter le processus. Mais elle rappelle aussi le désastre absolu qu’a été la confiscation, par l’OTAN, de la province sud de la Serbie. Punition tardive d’un bourreau ou règlement de comptes interne au camp occidental?

L'église de la Sainte-Trinité de Petrič, dynamitée en juillet 1999 dans un Kosovo sous administration otanienne.

«Les Albanais se sont joués de nous comme on joue sur un Stradivarius.» (Général Lewis MacKenzie)

C’est un événement qu’on commémore peu à l’ouest, et qu’on se rappelle à peine: de mars à juin 1999, pendant 78 jours l’OTAN a intensément bombardé la Serbie à cause d’une prétendue «répression» de la population albanaise de sa province méridionale, le Kosovo. Après la signature des accords de Kumanovo, le 12 juin 1999, le Kosovo est passé sous le contrôle de la communauté internationale (lisez l’OTAN), tout en restant, soi-disant, partie intégrante de la Serbie. La tentative d’occupation militaire de la province à partir de l’Albanie ayant échoué, on avait amadoué les Serbes à la table de négociation.

Promesses de papier et fake news en cascade

Mais cette concession diplomatique n’était qu’un chiffon de papier: en dépit d’une résolution des Nations Unies (n° 1244) affirmant la souveraineté de la Serbie, les alliés et «partenaires» des séparatistes albanais — lisez l’OTAN — se sont mis à reconnaître l’État «indépendant» du Kosovo sitôt que M. Thaçi et son clan eurent unilatéralement proclamé leur indépendance. Étrangement, la Suisse supposée vertueuse et neutre, au temps de sa ministre des affaires étrangères Micheline Calmy-Rey, fut parmi les États les plus empressés à reconnaître cette entité issue d’un arrachage territorial. Peut-être était-ce une manière de relâcher la pression des Américains au temps de l’affaire dite des fonds en déshérence en servant de poisson-pilote?(1)

Pour faire avaler à l’opinion mondiale une telle série de violations du droit, il aura fallu littéralement lui laver le cerveau en peignant les Serbes comme des nazis et tous les Albanais, indistinctement, comme leurs victimes. Ce qui faisait passer à la trappe tout à la fois les crimes des Albanais contre les Serbes et le sort ultérieur de toutes les minorités ainsi que des Albanais loyaux à l’État serbe.

La suite est un long cauchemar pour les Serbes, mais aussi pour les Monténégrins, les Tziganes et autres minorités présentes au Kosovo. Le pogrom antiserbe de mars 2004, sous le nez des «soldats de la paix» occidentaux, fut particulièrement massif et brutal. Au total, quelque 250 000 Serbes ont été exilés de la province, tandis que mille ont disparu sans traces ou ont été assassinés. Sans l’intervention des parachutistes français commandés par le colonel Jacques Hogard, la région à majorité serbe de Mitrovica (nord de la rivière Ibar) eût été ethniquement nettoyée dès les premiers jours du cesser-le-feu. Au sud de cette ligne, les quelque 100 000 Serbes restants vivent dans des poches précaires, victimes d’un harcèlement perpétuel (qui ces dernières semaines a connu une recrudescence).

Sur le plan culturel, 150 églises ont été détruites, cependant que l’on construisait ou reconstruisait à leur place 800 mosquées. Cerise sur le gâteau, le nouvel État albanais s’est proposé de s’approprier les monuments chrétiens encore restés debout en les rattachant à son héritage national.

La promesse de rétablissement de la sécurité et de la justice — principal argument de l’occupation occidentale — n’était elle aussi que du papier. Enlèvements, intimidations et expropriations se poursuivent. L’enquête menée en 2010 par le magistrat suisse Dick Marty sur le trafic d’organes humains (souvent prélevés à vif) au Kosovo a abouti à des conclusions accablantes pour le pouvoir local — mais non surprenantes, puisque l’ancienne Procureure du Tribunal international pour l’Ex-Yougoslavie (TPIY), Carla del Ponte, mentionnait ce trafic dès 2008 dans ses mémoires. Étrangement, comme dans la Belle au Bois dormant, le Conseil de l’Europe, à qui il était destiné, s’est endormi dessus.

Par ailleurs, les quelques tentatives entreprises pour juger de hauts responsables kosovars et ex-terroristes comme le «premier ministre» et ancien videur de boîte de nuit en Suisse, Ramush Haradinaj, ont tourné court — par disparition physique des témoins! Peu étonnant lorsqu’on sait que Haradinaj était physiquement protégé par l’armée U. S.!

Le seul État qu’on «dé-reconnaît»

Une telle caricature d’État, qui est aussi une plaque tournante du trafic de drogue et d’armes en Europe, n’avait aucun avenir et ne pouvait qu’être un casse-tête diplomatique. La reconnaissance internationale du Kosovo a été très partielle, et même régressive: fait rarissime, une quinzaine de pays ont retiré leur reconnaissance. En ce moment, 92 États du monde reconnaissent le Kosovo, 96 ne le reconnaissent pas. Parmi ces derniers, l’ensemble des puissances échappant à la tutelle de l’empire atlantique: Russie, Chine, Inde, Brésil, Algérie, Iran… Soit les cinq septièmes de l’humanité. Une proportion qui, à elle seule, démontre l’irréalité de la «communauté internationale», concept imposé par l’OTAN lorsqu’elle prétendait prendre des décisions au nom et à la place de la Terre entière.

Le seul pays dont la reconnaissance du Kosovo soit encore intéressante et nécessaire aujourd’hui, reste… la Serbie! Seule cette reconnaissance pourrait légaliser le viol flagrant du droit international que constitue l’existence de l’État du Kosovo. Elle est donc une condition préalable à l’adhésion de la Serbie à l’UE.

Le protagoniste le plus «méritant» pour cette situation grotesque, dans l’équipe locale, n’est autre que Hashim Thaçi, ex-chef de l’organisation UÇK (labellée terroriste en 1998 par les USA eux-mêmes), ex-Premier ministre et actuel président de l’entité hypothétique. Son inculpation soudaine par le TPI, le 24 juin, pour «crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, y compris meurtre, disparition forcée de personnes, persécution et torture» est une surprise qui aura des ramifications intéressantes. Si, comme l’annonce la presse, Thaçi est «rattrapé par son passé», c’est un passé riche d’amitiés et de protections au cœur des démocraties. N’a-t-il pas assisté aux célébrations de la Victoire, le 11 novembre 2018, au deuxième rang des invités d’honneur d’Emmanuel Macron, alors que le président serbe (pourtant représentant d’un peuple ami qui eut une contribution importante à la victoire) était relégué dans une tribune latérale?

On est loin de son arrestation, et plus loin encore d’une condamnation, mais la décision même d’émettre cette inculpation à quelques jours d’une négociation «historique» serbo-kosovare initiée par l’administration Trump force à s’interroger sur le but réel de ce coup de théâtre.

Pourquoi maintenant?

Le TPI est dès ses origines une organisation voulue et sponsorisée par les États-Unis, qui par ailleurs ne reconnaissent pas son autorité sur leurs propres soldats. Le TPI n’a par exemple même pas envisagé d’inculper des aviateurs de l’OTAN pour les meurtres délibérés de civils (y compris albanais) commis durant les bombardements de 1999. Lorsqu’elle accepta le poste de procureur, la Suissesse Carla del Ponte déclara dans la NZZ qu’elle n’avait «rien à refuser» aux Américains.

On sait qu’aux yeux des Américains, les alliés ne sont que des consommables. Cent potentats parmi lesquels Noriega, Saddam Hussein ou même Milošević, en savent quelque chose. (Ce dernier, que j’ai connu, avait travaillé comme banquier aux USA et avait reçu des «assurances» de Washington, notamment au temps des accords de Dayton, quant à son rôle de pivot et de pacificateur dans les Balkans. Il fut balayé en 2000 par le mouvement Otpor, prototype des révolutions colorées.)

Pour l’Empire, ou en tout cas son aile «deep state», l’inculpation de Thaçi pourrait être une double aubaine. D’un côté, on se débarrasse d’un fort à bras qui ne sert plus. De l’autre, on saborde une initiative venant de l’équipe Trump — et l’on prive ainsi le rouquin d’une éventuelle victoire diplomatique façon Corée du Nord. A quelques mois des élections US, on l’a vu ces derniers jours, tous les coups sont permis.

Hashim Thaçi, bien évidemment, ne se laissera pas faire si facilement. Il ne tombera pas sans combattre — et il le claironne: sur son profil Facebook, il vient d’étaler les armes de l’UÇK, rouge sur fond noir. Avec qui ne s’est-il pas fait prendre en photo, dans son treillis de terroriste ou, plus tard, son costume anthracite de la bonne maison? Madeleine Albright, Bernard Kouchner, Alain Juppé, sans compter la crème des généraux de l’OTAN. Et puis, bien sûr, le président Macron® qui n’en rate pas une — mais qu’on peut en l’occurrence créditer d’ignorance. Il n’avait que 22 ans au temps de la guerre du Kosovo.

Les Yankees sont immunisés contre ce genre de compromissions. Ils ne reconnaissent même pas les cours qu’ils instrumentent. Les Européens, eux, y sont plus sensibles. Depuis dix ans, le terrible rapport Marty au conseil de l’Europe pointe du doigt leur inaction. Depuis vingt ans, leurs déclarations dans la presse, leurs embrassades avec les criminels et leurs tribunes — de même que leur propagande antiserbe effrénée, véritable anthologie de fake news, ont construit la carrière de celui qui est désormais pointé du doigt pour «meurtre, disparition forcée de personnes, persécution et torture». Le 7 mai 1999, en plein bombardement de la Serbie, la brochette d’«humanitaires» usuels — dont le professeur Paul Garde, auteur d’un ouvrage considéré «de référence» sur la Yougoslavie — publiaient dans Le Monde une pétition exhortant l’Occident à soutenir encore mieux l’UÇK. Donc, à déverser encore plus de bombes sur les populations concernées. «L’UCK a le mérite d’exister», écrivaient-ils. Dévoilant par la même une échelle du mérite sur laquelle les tribunaux pourraient une fois les interroger. Soyons assurés que M. Thaçi n’oubliera pas de convier ses vieux amis à la cérémonie. A moins, évidemment, qu’il ne soit «epsteinisé» dans sa cellule.

NOTE
  1. En tout cas, il y a des coups de main qui ne s’oublient pas. Mme Calmy-Rey préside aujourd’hui une fondation humanitaire créée par la famille d’origine kosovare Orllati, groupe de travaux publics connu pour sa croissance fulgurante en Suisse romande.

Un peu de lectures

À propos de ce «cas d’école» de désinformation (selon le regretté connaisseur Vladimir Volkoff), que fut la guerre civile yougoslave et en particulier la phase «Kosovo», quelques lectures utiles, sinon indispensables:

* * *

Deux questions au colonel Jacques Hogard

Dans un livre bref et captivant, Jacques Hogard a raconté ses douze jours fatidiques au Kosovo «pacifié» par l’OTAN en juin 1999. Il ne mâche pas ses mots sur le «Serpent» de l’UÇK et ses alliés.

Le «président» de la très fantoche «république du Kosovo» va-t-il vraiment finir en prison? Et quels cadavres risqueraient, à cette occasion, de sortir du placard?

JH: Des esprits chagrins veulent parier que ses puissants protecteurs, les réseaux liés à l’administration Clinton, le sortiront de ce mauvais pas, tant espéré pourtant depuis 21 ans par les Serbes, les Roms, les Goranis et même les Albanais du Kosovo, victimes de sa sauvagerie et de celle de ses complices de l’UCK: les Ramush Haradinaj, Agim Ceku, Fatmir Limaj, Rexhep Rexhepi, Samir Lushtaku… etc.

Pourtant, ce pourrait bien être cette fois la chute finale de ce gangster impitoyable qui, issu d’un clan mafieux kosovar à la triste réputation, émerge subitement en 1999 lors des «négociations de Rambouillet», propulsé sur la scène politique par la vieille sorcière Madeleine Albright, cette égérie maléfique de la tribu Clinton, qui se prend d’amour pour ce petit voyou et lui voit alors un destin «national». Le chef de l’UCK, le parrain du crime organisé au Kosovo et de l’abominable trafic d’organes, déjà surnommé «le serpent», éliminant sans pitié les Albanais du Kosovo loyaux à Belgrade ou tout simplement pacifistes, tels ses rivaux de la LDK, va jouer un rôle éminent en 1999 et dans les années qui vont suivre, alternant les fonctions de «premier ministre», de «chef de la diplomatie» (!) et de «président» à la tête du ramassis de voyous qui s’intitule «gouvernement de la république du Kosovo».

Cette fois pourtant, ce pourrait bien être la chute finale du «Serpent», car le dossier est ficelé, complet, avec toutes les preuves, tous les témoignages: oui, Hashim Thaçi est bien un criminel barbare auteur de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, perpétrés sans distinction contre tous ceux qui s’opposaient à ses plans. 

Il y a quatre ans, j’ai su par un magistrat français que le dossier était bouclé. Celui de Thaçi, mais aussi celui de l’UÇK ainsi que de leurs soutiens étrangers.

Il ne me surprendrait pas que le temps écoulé depuis, ces quatre ans précisément, qui m’ont semblé long et parfois fait douter, je l’avoue, n’ait été en fait celui de la réflexion pour ces derniers et qu’ils aient en conséquence décider de le lâcher enfin, pour en quelque sorte se dédouaner eux-mêmes. 

J’en fais le pari: tous ceux qui comme le Pape François, le président Macron, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Bernard Kouchner et bien d’autres responsables officiels, notamment de l’OTAN et de l’Union Européenne, lui ont réservé dans un passé récent un chaleureux accueil, préféreront dans les mois et années à venir lui tourner le dos avec superbe!

  • Article de Slobodan Despot paru dans la rubrique «Le Bruit du Temps»de l’Antipresse n° 239 du 28/06/2020.

Principale lacune des mesures anti-pandémiques prises par la France et la Suisse

Ivo Rens

Professeur honoraire

Faculté de droit

Université de Genève

J’ai écouté hier soir 16 mars 2020 les propos du Conseiller fédéral Berset, puis le discours du Président Macron énonçant des mesures vigoureuses pour tenter de ralentir puis de tarir la progression de la pandémie. Qui contesterait pareil objectif ?

Les mesures françaises sont particulièrement attentatoires à la liberté de déplacement qui n’est autorisée que pour cinq motifs jugés légitimes. Je trouve ces restrictions drastiques indument limitatives et mal rédigées. Pourquoi ne pas avoir tenu pour légitime le retour d’une personne à son domicile à l’étranger ?

Plus grave socialement : tant le Conseiller fédéral que le Président français n’ont pas décidé, ni même envisagé, semble-t-il, l’instauration du rationnement.

Or, les supermarchés et autres magasins d’alimentation des deux pays sont quotidiennement vidés de victuailles, laissant vides les étals et étagères de nourriture depuis plusieurs jours. Je crains qu’en affirmant que ces commerces seront toujours réapprovisionnés, les autorités des deux pays ne sous-estiment les risques de pénurie alimentaire et ne favorisent la constitution de stocks destinés au marché noir.

La seule façon de garantir l’absence de pénurie alimentaire des catégories sociales défavorisées est d’instaurer le rationnement des principaux nutriments. C’est là une leçon de la IIème Guerre mondiale en Europe et en Afrique du nord. Or, dans son discours, le Président Macron a pesamment insisté sur le fait que la France était en guerre…

Le Traité FNI enterré, les nouveaux euromissiles arrivent. L’Europe complice.

par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 3 août 2019

ilmanifesto.it

https://www.mondialisation.ca/le-traite-fni-enterre-les-nouveaux-euromissiles-arrivent/5635871

 

 

Le secrétaire d’état Mike Pompeo a annoncé le 2 août 2019, après six mois de suspension, le retrait définitif des États-Unis du Traité sur les Forces nucléaires intermédiaires (INF ou FNI), accusant la Russie de l’avoir “délibérément violé, mettant en danger les intérêts suprêmes USA”. À cette nouvelle n’a été donné en Italie que très peu d’écho politique et médiatique (l’Ansa –agence de presse nationale italienne– ne lui a consacré que quelques lignes). Et pourtant nous sommes devant une décision qui a de dramatiques implications pour l’Italie, exposée comme d’autres pays européens à se tenir en premières lignes dans une nouvelle confrontation nucléaire USA-Russie non moins dangereuse que celle de la guerre froide.

Le Traité FNI, signé en 1987 par les présidents Gorbachev et Reagan, élimina tous les missiles nucléaires à courte portée et à portée intermédiaire (entre 500 et 5 500 Km) avec base au sol, avant tout les missiles balistiques Pershing 2, déployés par les États-Unis en Grande-Bretagne, Italie, Allemagne de l’Ouest, Belgique et Pays-Bas, et en même temps les missiles balistiques SS-20 (appellation occidentale) basés par l’Union Soviétique sur son propre territoire.

En 2014 l’administration Obama accusait la Russie, sans apporter aucune preuve, d’avoir expérimenté un missile de croisière (sigle 9M729) de la catégorie interdite par le Traité et, en 2015, annonçait que “face à la violation du Traité FNI par la Russie, les États-Unis sont en train de considérer le déploiement en Europe de missiles avec base au sol”. Le plan a été confirmé par l’administration Trump : en 2018 le Congrès a autorisé le financement d’”un programme de recherche et développement d’un missile de croisière lancé du sol par plate-forme mobile sur route”.

De son côté, Moscou niait que son missile de croisière violât le Traité et, à son tour, accusait Washington d’avoir installé en Pologne et Roumanie des rampes de lancement de missiles intercepteurs (ceux du “bouclier”), qui peuvent être utilisées pour lancer des missiles de croisière à tête nucléaire. Dans ce cadre il convient de garder à l’esprit le facteur géographique : tandis qu’un missile nucléaire USA à portée intermédiaire, basé en Europe, peut frapper Moscou, un missile analogue basé par la Russie sur son propre territoire peut frapper les capitales européennes, mais pas Washington. Si l’on inverse le scénario, c’est comme si la Russie déployait des missiles nucléaires à portée intermédiaire au Mexique.

“Les États-Unis -souligne Mike Pompeo dans sa déclaration- apprécient grandement la constante coopération et détermination des alliés OTAN dans leur réponse à la violation russe du Traité”. Appréciation méritée : les alliés, Italie comprise, ont déclaré la Russie coupable d’avoir violé le Traité en acceptant les yeux fermés l’accusation faite par les USA sans aucune preuve réelle.

L’effacement du Traité FNI, suspendu aussi par la Russie le 3 juillet, s’insère dans une nouvelle course aux armements désormais basée non tant sur la quantité mais sur la qualité des armes nucléaires et de leurs vecteurs, et sur leur localisation. Des sources militaires informent que les États-Unis sont en train de mettre au point de nouveaux missiles nucléaires à portée intermédiaire avec base au sol, aussi bien de croisière que balistiques (ceux-ci capables de frapper leurs objectifs à 6-8 minutes du lancement). La Russie a prévenu que, s’ils sont basés en Europe, elle pointera ses missiles nucléaires sur les territoires où les missiles USA seront installés.

L’enterrement du Traité FNI a un objectif stratégique ultérieur. C’est ce qu’a révélé Pompeo lui-même, en accusant la Chine de déployer (sur son propre territoire) des missiles nucléaires à portée intermédiaire avec base au sol avec lesquels “elle menace les États-Unis et leurs alliés en Asie”. Le secrétaire d’état Pompeo prévient ensuite : “Il n’y a pas de raison que les États-Unis continuent à concéder cet avantage militaire crucial à des puissances comme la Chine”. Les USA donc se préparent à déployer de nouveaux missiles nucléaires à portée intermédiaire non seulement contre la Russie mais aussi contre la Chine. Toutes les deux en mesure de répondre en déployant de nouvelles armes nucléaires.

Significative la position de la Commission Européenne, qui a déclaré hier : “Nous encourageons à préserver les résultats du Traité FNI, nous devons être attentifs à ne pas prendre la voie d’une nouvelle course aux armements qui réduirait les résultats significatifs atteints après la fin de la Guerre froide”. Il faut un sacré toupet pour déclarer cela, après que cette même Union européenne a contribué à l’enterrement du Traité FNI : à l’Assemblée Générale de l’ONU (21 décembre 2018), l’Union européenne compacte a rejeté la résolution par laquelle la Russie proposait de préserver le Traité en établissant des mécanismes de vérification et des négociations. L’Union européenne a donné ainsi de fait le feu vert à l’installation de nouveaux missiles nucléaires USA en Europe, Italie comprise.

 

Article original en italien :

Affossato il Trattato Inf, in arrivo nuovi euromissili 

Édition de samedi 3 août 2019 de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange  Patrizio

La source originale de cet article est ilmanifesto.it

Copyright © Manlio Dinucciilmanifesto.it, 2019

 

Comment l’UE et l’OTAN créent des crises et préparent des guerres

Interview d’Ullrich Mies* accordé à Nicolas Riedl (rubikon)

Source : Horizons et débats,

Zurich, 24 juin 2019

 

«Prêter à la Russie l’intention d’attaquer n’importe quel pays est une propagande diabolique du complexe occidental de renseignement et de communication. Ce n’est pas la Russie qui s’est rapprochée du continent américain ou de l’UE avec sa puissance militaire, mais c’est l’OTAN qui étouffe la Russie. Un coup d’œil sur la carte géographique suffit pour démasquer la propagande comme un mensonge.»

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  1. Ullrich Mies, entrepreneur et auteur, a publié un nouveau livre intitulé «Der Tiefe Staat schlägt zu. Wie die westliche Welt Krisen erzeugt und Kriege vorbereitet» [Le pouvoir de l’ombre attaque. Comment le monde occidental produit des crises et prépare des guerres]. Cet ouvrage est une suite de son premier livre intitulé «Fassadendemokratie und Tiefer Staat. Auf dem Weg in ein autoritäres Zeitalter» [Démocratie de façade et pouvoir de l’ombre. En route vers une époque autoritaire]. Son nouveau livre donne la parole à des auteurs analysant avant tout les dangers de guerre émanant du pouvoir de l’ombre [Deep State].

Nicolas Riedl: Pour quelles raisons avez-vous publié un second livre? 

Ullrich Mies: Lors des présentations du livre, j’ai remarqué que nous avions atteint un point névralgique en 2017 avec le titre «Démocratie de façade et pouvoir de l’ombre». Le public a toujours été d’accord avec l’affirmation que nous vivons dans une démocratie de façade. Cependant, les forces se cachant derrière ce gouvernement occulte n’étaient pas reconnaissables pour la plupart des lecteurs. Le premier livre a fourni la réponse à cette question.
Le nouveau livre «Le pouvoir de l’ombre attaque» explique comment les élites au pouvoir ont réussi à détruire les dividendes de la paix de 1990 et comment elles ont réussi à conduire le monde dans un nouvel Etat d’avant-guerre. J’adopte également une approche beaucoup plus globale du terme anglais «Deep State» que celle généralement admise: je le décris comme l’espace sombre du pouvoir. Certaines parties sont visibles, les parties essentielles ne le sont pas. Dans cette espace sombre, la lutte des classes est organisée d’en haut. Les acteurs du pouvoir de l’ombre ne sont ni élus ni ne peuvent être destitués. Ces derniers sont les représentants du modèle radical de marché du capitalisme occidental. Les idéologues néoconservateurs y jouent un rôle décisif. Le pouvoir de l’ombre et les acteurs néoconservateurs ne peuvent être séparés.
Dans le livre «La démocratie de façade et le pouvoir de l’ombre» la perspective internationale du pouvoir de l’ombre manquait. Dans «Le pouvoir de l’ombre attaque. Comment le monde occidental produit des crises et prépare des guerres», je présente un recueil de contributions dont les 16 auteurs montrent comment les élites occidentales au pouvoir ont érodé l’ordre international dans un processus commencé depuis d’environ 25 ans.

Quels auteurs avez-vous trouvés pour le nouveau livre?

Les personnes ayant contribué à cet ouvrage sont, dans l’ordre de la table des matières, Rainer Rupp, Eugen Drewermann, Jochen Scholz, Hannes Hofbauer, Tilo Gräser, Annette Groth, Kees van der Pijl, Chris Hedges, Nicolas J.S. Davies, John Pilger, Ullrich Mies, Vladimir Kozin, Wolfgang Jung, Aktham Suliman, Mohssen Massarrat et Ernst Wolff. Comme vous le reconnaissez aux noms, j’ai pu attirer un certain nombre d’auteurs étrangers, notamment des Etats-Unis. Avec Vladimir P. Kozin, il y a également un éminent expert russe s’occupant des questions du contrôle des armements depuis de nombreuses décennies.

Que souhaiteriez-vous transmettre à vos lecteurs?

A travers l’analyse des événements politiques internationaux, l’ouvrage vise à contribuer à une meilleure compréhension des bouleversements actuels sur la scène internationale. Après l’avoir lu, le lecteur comprendra mieux certains développements politiques, notamment les relations de l’Occident avec la Russie. J’explique, par exemple, pourquoi l’affirmation propagandiste de l’Occident selon laquelle la crise de Crimée était un acte arbitraire de la Russie n’est pas correcte. Ce n’était rien de plus que le résultat du processus d’élargissement vers l’Est entrepris par l’OTAN et l’UE depuis 25 ans. La prétendue politique étrangère de l’Occident et son industrie de la désinformation détourne délibérément les événements de l’époque récente ayant conduit au désaccord avec la Russie.
Cependant, celui qui ne comprend pas l’histoire contemporaine comme une chaîne de décisions et d’événements et ne tient compte que du dernier chaînon – comme la sécession de la Crimée – ne comprend rien du tout. Les élites dirigeantes occidentales sont les initiatrices principales des conflits et des guerres sur notre terre.
De nombreux hommes politiques honorables ayant, après la chute du mur de Berlin, joué un rôle décisif comme architectes de la Maison commune d’une Europe pacifique et unie, sont décontenancés face à la politique actuelle du gouvernement fédéral allemand à l’égard de la Russie.
Je ne nie pas l’existence, aujourd’hui comme dans le passé, de politiciens honnêtes. Cependant, il est fort rare de trouver de tels politiciens dans les instances dirigeantes. Majoritairement, ce sont avant tout des opportunistes et des apparatchiks corrompus ayant uni leurs forces à celles du pouvoir économique et financier. Ils ne s’occupent en rien de la population en général, de l’environnement et de la paix dans le monde. La Conférence de Munich sur la sécurité et l’une de ces scènes ou se retrouvent les bellicistes occidentaux. L’auteur Tilo Gräser se concentre dans son article sur la conférence de l’année 2018.
Revenons à l’occasion historiquement unique suite aux événements de 1989: la destruction des dites dividendes de la paix après 1990/91 a suivi un scénario écrit par les cadres néoconservateurs de l’Etat profond des Etats-Unis. Après la disparition de la concurrence des systèmes USA/URSS, les néoconservateurs américains avaient carte blanche, notamment sous le président Bush junior. Après une phase d’orientation, ils ont vu leur chance de revitaliser l’entière domination mondiale par les Etats-Unis, un concept existant depuis environ 100 ans.

Comment le monde occidental a-t-il pu retomber dans une spirale de méfiance, de course aux armements et de dissuasion mutuelle après les expériences de la guerre froide? Quelle est la probabilité d’une escalade de tensions entre l’Ouest et l’Est?

La raison première des distorsions sur la scène internationale est la prétention des Etats-Unis à dominer le monde. Les Etats-Unis définissent le monde entier, en particulier l’espace eurasien, comme leur intérêt sécuritaire. Mais cela va bien au-delà. La prétention américaine à la domination du monde s’appuie sur l’idéologie de la «full-spectrum-dominance» et comprend désormais, outre les trois armées traditionnelles armée de terre, armée de l’air et marine, d’autres armes: «space», «cyberspace», «guerre de l’information» ainsi que la surveillance totale.
De même, l’admission continuelle de nouveaux pays dans l’alliance de l’OTAN sert l’expansion de l’idéologie et des domaines de pouvoir des Etats-Unis jusqu’aux fins fonds de la zone eurasiatique. De 1990 à aujourd’hui, les impérialistes transatlantiques ont procédé en plusieurs phases.
Il y a d’abord eu une phase d’orientation de l’alliance et de recherche de nouvelles tâches de 1990 à 1993, suivie de la revitalisation de la revendication américaine au leadership mondial, du maintien de du renforcement de cette domination et de la consolidation des plans d’expansion de l’OTAN de 1994 à 1998, puis de 1999 à 2001, la première phase d’agression, notamment la guerre en Yougoslavie, le 11-Septembre, la «guerre contre le terrorisme», la guerre contre l’Afghanistan et la première phase de l’expansion de l’OTAN avec la Pologne, la République tchèque et la Hongrie.
La deuxième phase de l’agression est selon mon point de vue, la période 2002–2010. C’est la consolidation de la domination mondiale revendiquée par les Etats-Unis, l’annulation du traité ABM, les guerres contre l’Irak, la Libye, la Géorgie, les deux phases d’élargissement de l’OTAN avec l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Bulgarie, la Slovénie, la Slovaquie, puis l’Albanie et la Croatie.
La troisième phase de l’agression est à mon avis la période allant de 2011 à 2013 avec le début de la guerre en Syrie et l’hostilité ouverte contre la Russie. Au cours de ces années, ont lieu divers manœuvres militaires et le déploiement d’armes lourdes aux frontières russes.
La quatrième phase commence selon moi en 2014 avec le coup d’Etat en Ukraine, l’escalade de la guerre en Syrie, les guerres de propagande, le régime des sanctions et de la guerre économique, la russophobie, les manœuvres militaires excessifs, l’armement, la dénonciation du traité nucléaire avec l’Iran et du traité FNI. La quatrième phase de l’élargissement de l’OTAN avec le Monténégro en 2017 s’inscrit également dans cette perspective.
Nicolas S. Davies présente dans sa contribution les traces de sang laissées par les Etats-Unis dans leurs guerres depuis le 11-Septembre. Son résultat est le suivant: les guerres menées par les Etats-Unis depuis 2001 ont coûté la vie à entre 5 et 7 millions de personnes.
A mon avis, les élites néoconservatrices de la politique étrangère américaine ainsi que leurs vassaux transatlantiques en Allemagne et dans d’importants Etats membres de l’UE ont conduit les peuples dans d’innombrables pays – même en Europe – à cette tragédie. Kees van der Pijl a préparé une contribution intéressante sur ces liens intitulée: «L’axe du mal – la NeoCon-Connection US/Israël».

La Suède a récemment publié une série télévisée sur une invasion de la Norvège par la Russie. Est-ce une coïncidence ou pensez-vous qu’on veut ainsi renforcer le climat russophobe? 

Franklin D. Roosevelt, président des Etats-Unis de 1933 à 1945, a dit un jour: «Rien n’arrive par hasard en politique. Si quelque chose se passe, vous pouvez être certain que cela a été planifié ainsi.» En clair: tout est intentionnel. La Norvège, la Suède et la Finlande sont d’une grande importance pour les stratèges de l’OTAN et une potentielle guerre contre la Russie. Le fait que deux secrétaires généraux de l’OTAN d’affilée soient des Scandinaves, Jens Stoltenberg et son prédécesseur Fogh Rasmussen, n’est pas non plus un hasard. Cela sert à lier ces pays à l’OTAN.
Le climat russophobe a été et est toujours créé avec toutes les techniques de propagande disponibles. L’infiltration culturelle et militariste du public à l’aide de films, de séries télévisées, de publicité, d’affiches grand-format, etc. est très importante. Ce sont des techniques subtiles ne manquant pas d’avoir un effet dans le subconscient des masses. Ainsi, le mauvais Russe est de manière subliminale ancré dans la conscience des masses. La plupart des gens ne reconnaissent pas les techniques perfides du pouvoir, car ils ne peuvent même pas penser aussi malicieusement que les élites. Le climat russophobe fait partie de l’installation de la «guerre froide 2.0».

Les habitants du nord et de l’est de l’Allemagne vivent le réarmement et le déplacement de matériel militaire lourd vers l’Est dans la vie quotidienne, par exemple les camions militaires dans les rues. Les wagons de marchandises chargés de blindés ont désormais la priorité face aux transports de voyageurs de la Deutsche Bahn. L’UE veut investir 6,5 milliards d’euros pour rendre les routes et les voies ferrées appropriées au déplacement de chars vers l’Est. Pouvez-vous comprendre que les pays de l’ancien bloc de l’Est se félicitent de ces développements? Certes, les habitants des pays de l’ancien bloc de l’Est sont encore conscients de l’aversion pour tout ce qui est russe. Selon moi, ce qui est plus déterminant c’est l’alignement mental des élites politiques d’Europe de l’Est sur l’idéologie transatlantique américaine, suite à des investissements à long terme et une multitude de programmes de soutien, de bourses d’études, de séjours de recherche, de connexions et de réseaux.

L’Allemagne joue un rôle particulier en étant devenu un pays de transit pour les armes lourdes. C’est aussi un dépôt d’armes nucléaires, une plate-forme logistique, un site pour quelque 40 000 militaires américains, un centre de contrôle pour les assassinats par drones dans le monde entier, un site pour Africom et Eucom. Dans son nouveau livre, Wolfgang Jung explique que l’Allemagne sera avant tout un futur champ de bataille. Je trouve extrêmement troublant, voire insidieux, que le dit establishment de politique étrangère de l’Allemagne ne tienne pas compte de ces faits.

Ne devrait-il pas être clair pour tous les citoyens de l’ancien bloc de l’Est pensant logiquement que, du point de vue de la Russie, il serait totalement suicidaire d’attaquer un de ces pays ou même de l’annexer? Prêter à la Russie l’intention d’attaquer n’importe quel pays est une propagande diabolique du complexe occidental de renseignement et de communication. Ce n’est pas la Russie qui s’est rapprochée du continent américain ou de l’UE avec sa puissance militaire, mais c’est l’OTAN qui étouffe la Russie. Un coup d’œil sur la carte géographique suffit pour démasquer la propagande comme un mensonge.

Jusqu’en 1977, il était prévu de détruire l’URSS avec 10 000 armes nucléaires. Cet esprit de folie existe-t-il encore aujourd’hui? Bien sûr, cet esprit de folie persiste, et les fous, pour rester dans l’image, disposent du pouvoir de faire de leurs idées une réalité. Ou bien pensez-vous que les peuples seraient si fous au point de s’anéantir mutuellement ou de menacer la planète d’extinction nucléaire?

Cet esprit maléfique continue d’exister. Pour exercer la pleine terreur nucléaire, les Etats-Unis veulent mettre à disposition plus de 1200 milliards de dollars dans les 30 prochaines années. Les sociopathes et les psychopathes se perdant dans les jeux de stratégie d’extermination représentent un énorme danger pour l’humanité. La population ne devrait jamais oublier: les responsables politiques de toute cette folie se trouvent dans les gouvernements. Ceux-ci extorquent l’argent du peuple par des propos alarmistes et la production d’ennemis pour l’investir dans cet appareil d’extermination. Vladimir P. Kozin nous offre des informations à ce sujet dans sa contribution intitulée «La nouvelle guerre froide et l’escalade planifiée USA/Europe contre la Russie». Afin de comprendre toute cette folie, je fournis moi-même quelques aspects dans ma contribution intitulée «Comment la communauté de valeurs occidentale a installé la guerre froide 2.0».

Si l’empire américain, ou plutôt les élites trans­atlantiques, est intéressé par l’ouverture forcée de la Russie en tant que nouveau marché, n’est-ce alors pas totalement irrationnel de rendre d’immenses surfaces inhabitables pour les siècles à venir par des bombardements nucléaires? Pouvez-vous expliquer cela? 

Oui, ces diaboliques moteurs du génocide dans les appareils militaires américains et les think tanks transatlantiques pensent que la guerre nucléaire limitée est effectivement gérable, voire souhaitable sous certaines conditions, pour devancer par une frappe préventive l’ennemi qu’ils accusent toujours des pires intentions.
Le plus grand scandale se situe au niveau de la caste dirigeante de l’Allemagne préparant ou participant actuellement à la troisième tentative d’attaquer la Russie au cours du siècle écoulé. Si les cliques dirigeantes de Berlin entraient réellement en guerre contre la Russie, beaucoup d’Allemands refuseraient de suivre le régime attaquant. J’en suis certain. A mon avis, une guerre contre la Russie n’est possible qu’au prix d’une guerre civile. Mais qui sait quels développements se produiront réellement dans un tel cas? La guerre d’agression contre la Russie ne peut se faire qu’au prix de l’achèvement complet des droits civils par la mise en œuvre de l’état d’urgence et donc au prix d’une éventuelle guerre civile et/ou partisane dans son propre pays.    •

 

Bibliographie:
Mies, Ullrich; Wernicke, Jens (éd.). Fassadendemokratie und Tiefer Staat. Auf dem Weg in ein autoritäres Zeitalter. Vienne 2017
Mies, Ullrich (éd.). Der Tiefe Staat schlägt zu. Wie die westliche Welt Krisen erzeugt und Kriege vorbereitet. Vienne 2019

(Traduction Horizons et débats)

Gravissime provocation occidentale contre l’Iran.

Des commandos britanniques ont arraisonné un superpétrolier iranien au large de Gibraltar au tout début de juillet.

par Ivo Rens

 

Le 4 juillet, le Grace 1, un pétrolier iranien géant long de 330 mètres contenant 2,1 millions de barils de brut a été arraisonné par la police et les doaunes de Gibraltar, en réalité par un commando de Royal marines britanniques. La Cour suprême de Gibraltar s’empressa d’avaliser cet arraisonnement en autorisant la détention du navire, d’abord pour 72 heures, puis pour une période de 14 jours, renouvelable. (1)

Le ministre espagnol des affaires étrangères, Joseph Borrell affirma que cet arraisonnement avait eu lieu après “une demande adressée par les Etats-Unis au Royaume Uni”.(2) De fait, John Bolton, Conseiller à la sécurité nationale du Président Donald Trump, accueillit cet événement comme une “excellente nouvelle”.

Le ministre des affaires étrangères du Royaume Uni déclara que le navire avait été intercepté en application des sanctions prise par l’Union Européenne contre la Syrie et il déclara à son homologue iranien que le pétrolier serait libéré si le Royaume Uni recevait des garanties que la cargaison n’était pas destinée à la Syrie.(3)

L’Iran protesta immédiatement auprès du Royaume Uni. L’arraisonnement du pétrolier “crée un dangereux précédent et doit cesser immédiatement”, a pour sa part affirmé sur Twitter le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif. Contestant la légalité de l’arraisonnement, il a rappelé que “l’Iran n’est pas un membre de l’UE et ne fait l’objet d’aucun embargo pétrolier européen”.(4)

De prime abord, on est surpris de voir le Royaume Uni appliquer avec intransigeance des sanctions de l’Union Européenne qu’il s’efforce de quitter, alors même que la validité juridique des ces sanctions est à tout le moins sujette à caution et que cet arraisonnement s’apparente à un acte de piraterie.

Ces événements ont fait monter la tension déjà considérable entre l’Iran le Royaume Uni et les Etats-Unis, au moment où les Etats européens, dont le Royaume Uni, prétendaient s’efforcer de sauver l’accord sur le nucléaire dénoncé par les Etats-Unis en mai de l’an dernier.

Il y a tout lieu de penser que l’Iran ne restera pas sans répliquer à cet arraisonnement par des contre-mesures lésant les intérêts britanniques, par exemple en coulant un pétrolier britannique dans le golfe. Mais ne serait-ce pas là précisément le prétexte recherché par les faucons américains ?

 

 

(1) Rivieramm.com 11.07.2019

(2) Figaro et AFP 05.07.2019.

(3) The Gardian, 13.07.2019.

(4) Connaissance des énergies,

https://www.connaissancedesenergies.org

 

Commémoration de vingtième anniversaire de la guerre de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie

Curieusement baptisée “Opération Force alliée”, la guerre de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie, certes en voie de dislocation, a duré 78 jours, du 23 mars au 10 juin 1999.

Décidée à la suite de l’échec des pourparlers entre les indépendantistes kosovars et la Yougoslavie, cette guerre se traduisit par le bombardement de la Serbie, principalement par les forces aériennes des EEUU, mais avec la participation active de la plupart des Etats membres de l’OTAN, à commencer par la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, l’Espagne, le Canada, la Turquie, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark ainsi que l’Allemagne dont ce fut la première opération militaire à l’étranger depuis la IIe Guerre mondiale.

Pour les juristes indépendants, il ne fait guère de doute que cette guerre constitue une violation flagrante de la Charte des Nations unies, du droit international et même du ius in bello, car y furent utilisées des bombes à uranium appauvri qui continuent, vingt ans après, de causer souffrances et morts.

Cette guerre déboucha sur la proclamation de l’indépendance du Kossovo reconnue par un grand nombre d’Etats mais contestée par beaucoup d’autres. On en ignore souvent une autre conséquence, à savoir l’implantation au Kossovo par les EEUU d’une base militaire gigantesque puisqu’elle occupe une superficie de 3,865 km2, soit nettement plus que celle du Grand duché de Luxembourg (2’586 km2).

Pour commémorer ce vingtième anniversaire d’une guerre qui fut la première d’une série d’entreprises similaires déclenchées ailleurs dans le monde par le EEUU, une Conférence internationale pacifiste intitulée “Ne jamais oublier : favoriser la paix et la prospérité au lieu de la guerre et la pauvreté”, s’est tenue à Belgrade sous la présidence de Zivadin Jovanovic qui fut ministre des affaires étrangères de Yougoslavie de 1998 à 2000. Cette conférence rassembla plus de deux cents personnalités issues d’une trentaine de pays.

Le journal suisse Horizons et débats consacre, dans son numéro du 15 avril 2019, plusieurs articles à cette manifestation et à cet anniversaire. Nous en reproduisons trois ci-après.

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Editorial

par Erika Vögeli

Source : Horizons et débats, Zurich, 15 avril 2019-04-18https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-9-15-avril-2019/editorial.html

 

«Horizons et débats» a toujours condamné la guerre de l’OTAN dans les Balkans – comme toutes les autres guerres avant et après 1999 – et a constamment remis en question les reportages présentés dans les médias. Les conflits doivent être traités à la table de négociation, toute solution doit respecter tant le droit international et le droit des peuples à l’autodétermination ancré dans les pactes internationaux que les droits de l’homme des populations concernées. Concernant la vie de tous les habitants de cette seule et unique planète sur laquelle nous et les générations futures veulent vivre, nous avons toujours eu le souci d’attirer l’attention sur les crimes de guerre commis dans toutes ces guerres à l’aide d’armes qui, outre les dévastations immédiates, détruisent ou compromettent à long terme la vie des personnes touchées et leurs moyens de subsistance.
La devise de la conférence pour la 20e commémoration de la guerre d’agression de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie, «Agression de l’OTAN: ne jamais oublier», est en ce sens une mission d’humanité au service de la paix.
Ne pas oublier les terribles conséquences de la guerre pour les peuples concernés – de toutes les guerres, mais aussi de l’agression contre la République fédérale de Yougoslavie, la première guerre sur sol européen après le «Plus jamais!» des deux guerres mondiales –, c’est ce que nous devons aux victimes, aux générations actuelles et futures, mais aussi à l’égard de la vérité et de notre conscience.
Comme pour toutes les guerres, cette guerre aussi, débuta avec de la propagande et de la manipulation pour tenter d’induire en erreur notre pensée et d’endormir notre conscience. Sous prétexte d’agir au nom des droits de l’homme, les droits les plus fondamentaux de la population de ce pays ont été bafoués. Le droit international, la Charte des Nations Unies, les accords internationaux – tout fut ignoré au service des intérêts du pouvoir d’un «nouvel ordre mondial» proclamé.
Quiconque ne veut pas, en tant qu’être humain, se faire prendre ses pensées et ne veut pas s’orienter uniquement sur des «narratifs», mais aussi sur les faits et les sources, connaît aujourd’hui les mensonges ayant servi de prétexte à cette guerre-ci.
Le soir précédant la Conférence de Belgrade, on proposa aux participants déjà présents de s’imprégner de l’exposition de photos des 78 jours de bombardement de l’OTAN et de ses conséquences pour la population et le pays. Ce sont – comme toutes les images de guerre – des photos d’horreur, de souffrance humaine, de destruction volontaire posant sans cesse la question au spectateur: Pourquoi? Pourquoi les gens font-ils cela? Quiconque s’est déjà penché sur cette question se souviendra de la photo de la fillette vietnamienne, qui, en 1961, brûlée par du Napalm, court vers le spectateur. Comme celle-là, ces photos crient aussi dans la conscience du spectateur: «Qu’ai-je fait, qu’est-ce que nous vous avons fait?»
Au cours des deux jours de cette réunion, 78 orateurs ont exprimé de manières très diverses les raisons pour lesquelles cette guerre et ses victimes ne doivent pas être oubliées, pourquoi un tel oubli ouvre la voie à de nouvelles guerres et de nouvelles injustices, et comment l’un des dangers pour l’humanité aujourd’hui réside dans le manque d’interpellation des véritables responsables à assumer leurs responsabilités.
Ces raisons nous rappellent de quelle manière cette première guerre d’agression sur sol européen après 1945 à été préparée sans mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies: avec des mensonges hasardeux, une déformation indescriptible de l’histoire, une diabolisation et un pilonnage médiatique – contre la Charte de l’ONU, les accords et traités internationaux, contre les rapports contraires présentés par d’hauts responsables de l’OSCE et contre les enquêtes ayant déjà démenti la rhétorique belliciste. Les participants se sont également mis d’accord sur la dimension géopolitique de l’ensemble – ce n’étaient pas des préoccupations «humanitaires», mais des objectifs géostratégiques très concrets poursuivis avec une brutalité inouïe.
Des paroles claires ont été prononcées par les représentants officiels de la Serbie. Alors que les autorités avaient été très prudentes au cours des années écoulées, on entend à l’heure actuelle des paroles beaucoup plus claires et plus explicites. L’actuel ministre serbe de la Défense, Aleksandar Vulin, par exemple, a qualifié l’objectif de guerre de tentative de faire disparaître la nation serbe, biologiquement et historiquement – biologiquement en ce qui concerne les armes utilisées, historiquement avec la tentative d’anéantissement de nombreux biens culturels historiques et de la dignité de la population de ce pays.
Bien que les représentants de la protection NBC de l’armée serbe aient déjà discuté des conséquences des munitions à l’uranium tirées en Serbie et au Kosovo à l’occasion de la 10e commémoration des bombardements. La pertinence de cette question était visible et clair pour tous les participants: les conséquences au sein de la population sont évidentes suite à la sérieuse augmentation des cancers et des décès, et la population demeure bien consciente des raisons de cette évolution.
Fulvio Grimaldi, journaliste italien de 85 ans, documentaliste et correspondant de guerre de longue date, entre autres à la Télévision italienne, a parlé de la dimension historique et culturelle: sur les théâtres de guerre du monde, il a observé comment, très souvent, les premières choses détruites sont les biens culturels afin de s’attaquer à l’identité culturelle des peuples. La politique de pouvoir de la globalisation ne supporte pas l’identité culturelle. Selon Grimaldi, il lui faut une «identité amorphe, n’ayant rien à voir avec une réelle identité».
Les sentiments et la pensée déterminent l’action humaine. Des informations authentiques et l’approfondissement d’une réflexion sur les évènements – par exemple ici en Serbie – engendrent une ouverture pleine de compassion envers autrui et contribuent au développement d’une culture de paix en soi et envers l’Humanité.