Commémoration de vingtième anniversaire de la guerre de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie

Curieusement baptisée “Opération Force alliée”, la guerre de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie, certes en voie de dislocation, a duré 78 jours, du 23 mars au 10 juin 1999.

Décidée à la suite de l’échec des pourparlers entre les indépendantistes kosovars et la Yougoslavie, cette guerre se traduisit par le bombardement de la Serbie, principalement par les forces aériennes des EEUU, mais avec la participation active de la plupart des Etats membres de l’OTAN, à commencer par la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, l’Espagne, le Canada, la Turquie, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark ainsi que l’Allemagne dont ce fut la première opération militaire à l’étranger depuis la IIe Guerre mondiale.

Pour les juristes indépendants, il ne fait guère de doute que cette guerre constitue une violation flagrante de la Charte des Nations unies, du droit international et même du ius in bello, car y furent utilisées des bombes à uranium appauvri qui continuent, vingt ans après, de causer souffrances et morts.

Cette guerre déboucha sur la proclamation de l’indépendance du Kossovo reconnue par un grand nombre d’Etats mais contestée par beaucoup d’autres. On en ignore souvent une autre conséquence, à savoir l’implantation au Kossovo par les EEUU d’une base militaire gigantesque puisqu’elle occupe une superficie de 3,865 km2, soit nettement plus que celle du Grand duché de Luxembourg (2’586 km2).

Pour commémorer ce vingtième anniversaire d’une guerre qui fut la première d’une série d’entreprises similaires déclenchées ailleurs dans le monde par le EEUU, une Conférence internationale pacifiste intitulée “Ne jamais oublier : favoriser la paix et la prospérité au lieu de la guerre et la pauvreté”, s’est tenue à Belgrade sous la présidence de Zivadin Jovanovic qui fut ministre des affaires étrangères de Yougoslavie de 1998 à 2000. Cette conférence rassembla plus de deux cents personnalités issues d’une trentaine de pays.

Le journal suisse Horizons et débats consacre, dans son numéro du 15 avril 2019, plusieurs article à cette manifestation et à cet anniversaire. Nous en reproduisons trois ci-après.

  IR

Editorial

par Erika Vögeli

Source : Horizons et débats, Zurich, 15 avril 2019-04-18https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-9-15-avril-2019/editorial.html

 

«Horizons et débats» a toujours condamné la guerre de l’OTAN dans les Balkans – comme toutes les autres guerres avant et après 1999 – et a constamment remis en question les reportages présentés dans les médias. Les conflits doivent être traités à la table de négociation, toute solution doit respecter tant le droit international et le droit des peuples à l’autodétermination ancré dans les pactes internationaux que les droits de l’homme des populations concernées. Concernant la vie de tous les habitants de cette seule et unique planète sur laquelle nous et les générations futures veulent vivre, nous avons toujours eu le souci d’attirer l’attention sur les crimes de guerre commis dans toutes ces guerres à l’aide d’armes qui, outre les dévastations immédiates, détruisent ou compromettent à long terme la vie des personnes touchées et leurs moyens de subsistance.
La devise de la conférence pour la 20e commémoration de la guerre d’agression de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie, «Agression de l’OTAN: ne jamais oublier», est en ce sens une mission d’humanité au service de la paix.
Ne pas oublier les terribles conséquences de la guerre pour les peuples concernés – de toutes les guerres, mais aussi de l’agression contre la République fédérale de Yougoslavie, la première guerre sur sol européen après le «Plus jamais!» des deux guerres mondiales –, c’est ce que nous devons aux victimes, aux générations actuelles et futures, mais aussi à l’égard de la vérité et de notre conscience.
Comme pour toutes les guerres, cette guerre aussi, débuta avec de la propagande et de la manipulation pour tenter d’induire en erreur notre pensée et d’endormir notre conscience. Sous prétexte d’agir au nom des droits de l’homme, les droits les plus fondamentaux de la population de ce pays ont été bafoués. Le droit international, la Charte des Nations Unies, les accords internationaux – tout fut ignoré au service des intérêts du pouvoir d’un «nouvel ordre mondial» proclamé.
Quiconque ne veut pas, en tant qu’être humain, se faire prendre ses pensées et ne veut pas s’orienter uniquement sur des «narratifs», mais aussi sur les faits et les sources, connaît aujourd’hui les mensonges ayant servi de prétexte à cette guerre-ci.
Le soir précédant la Conférence de Belgrade, on proposa aux participants déjà présents de s’imprégner de l’exposition de photos des 78 jours de bombardement de l’OTAN et de ses conséquences pour la population et le pays. Ce sont – comme toutes les images de guerre – des photos d’horreur, de souffrance humaine, de destruction volontaire posant sans cesse la question au spectateur: Pourquoi? Pourquoi les gens font-ils cela? Quiconque s’est déjà penché sur cette question se souviendra de la photo de la fillette vietnamienne, qui, en 1961, brûlée par du Napalm, court vers le spectateur. Comme celle-là, ces photos crient aussi dans la conscience du spectateur: «Qu’ai-je fait, qu’est-ce que nous vous avons fait?»
Au cours des deux jours de cette réunion, 78 orateurs ont exprimé de manières très diverses les raisons pour lesquelles cette guerre et ses victimes ne doivent pas être oubliées, pourquoi un tel oubli ouvre la voie à de nouvelles guerres et de nouvelles injustices, et comment l’un des dangers pour l’humanité aujourd’hui réside dans le manque d’interpellation des véritables responsables à assumer leurs responsabilités.
Ces raisons nous rappellent de quelle manière cette première guerre d’agression sur sol européen après 1945 à été préparée sans mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies: avec des mensonges hasardeux, une déformation indescriptible de l’histoire, une diabolisation et un pilonnage médiatique – contre la Charte de l’ONU, les accords et traités internationaux, contre les rapports contraires présentés par d’hauts responsables de l’OSCE et contre les enquêtes ayant déjà démenti la rhétorique belliciste. Les participants se sont également mis d’accord sur la dimension géopolitique de l’ensemble – ce n’étaient pas des préoccupations «humanitaires», mais des objectifs géostratégiques très concrets poursuivis avec une brutalité inouïe.
Des paroles claires ont été prononcées par les représentants officiels de la Serbie. Alors que les autorités avaient été très prudentes au cours des années écoulées, on entend à l’heure actuelle des paroles beaucoup plus claires et plus explicites. L’actuel ministre serbe de la Défense, Aleksandar Vulin, par exemple, a qualifié l’objectif de guerre de tentative de faire disparaître la nation serbe, biologiquement et historiquement – biologiquement en ce qui concerne les armes utilisées, historiquement avec la tentative d’anéantissement de nombreux biens culturels historiques et de la dignité de la population de ce pays.
Bien que les représentants de la protection NBC de l’armée serbe aient déjà discuté des conséquences des munitions à l’uranium tirées en Serbie et au Kosovo à l’occasion de la 10e commémoration des bombardements. La pertinence de cette question était visible et clair pour tous les participants: les conséquences au sein de la population sont évidentes suite à la sérieuse augmentation des cancers et des décès, et la population demeure bien consciente des raisons de cette évolution.
Fulvio Grimaldi, journaliste italien de 85 ans, documentaliste et correspondant de guerre de longue date, entre autres à la Télévision italienne, a parlé de la dimension historique et culturelle: sur les théâtres de guerre du monde, il a observé comment, très souvent, les premières choses détruites sont les biens culturels afin de s’attaquer à l’identité culturelle des peuples. La politique de pouvoir de la globalisation ne supporte pas l’identité culturelle. Selon Grimaldi, il lui faut une «identité amorphe, n’ayant rien à voir avec une réelle identité».
Les sentiments et la pensée déterminent l’action humaine. Des informations authentiques et l’approfondissement d’une réflexion sur les évènements – par exemple ici en Serbie – engendrent une ouverture pleine de compassion envers autrui et contribuent au développement d’une culture de paix en soi et envers l’Humanité.

 

Sanja – un message de bienvenue adressé à la Conférence

par Willy Wimmer, ancien secrétaire d’Etat au ministère de la Défense, 

vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE de 1994 à 2000, 

Membre du Bundestag allemand de 1976 à 2009 

Source : Source : Horizons et débats, Zurich, 15 avril 2019

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-9-15-avril-2019/sanja-un-message-de-bienvenue-adresse-a-la-conference.html

 

La guerre d’agression sans précédent menée par les troupes de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie a un visage. C’est le visage de Sanja qui fut, à l’âge de quinze ans, arrachée à une vie prometteuse. Depuis six mois, elle était élève de l’internat d’élite pour mathématiques de Belgrade. Elle avait obtenu cette place comme la deuxième meilleure mathématicienne de sa classe d’âge. Elle était un grand espoir pour son pays, peut-être un digne successeur de Nikola Tesla. Elle fut tuée par des avions de combat de l’OTAN sur le pont de sa ville natale de Varvarin, tout comme d’autres, dans une attaque terroriste typique pour l’OTAN. Typique parce que le modèle correspondait à ce dont le monde avait dû prendre connaissance lors de l’attaque contre l’ambassade de la République populaire de Chine à Belgrade. Là aussi, il s’agissait pour les Etats-Unis de poursuivre la choquante guerre d’agression contre la République fédérale de Yougoslavie.
Il y a encore un autre visage de cette guerre. Celui du porte-parole de l’OTAN, Jamie Shea. Rarement un si petit nombre de personnes a menti à autant de gens avec d’aussi énormes conséquences comme cela fut le cas de la part de l’OTAN et des responsables politiques occidentaux dont Tony Blair, Josef Fischer et Madeleine Albright. L’esprit malsain avec lequel un pays a été agressé en temps de paix existe encore de nos jours. On ne peut évaluer autrement le fait que Christoph Heusgen, actuel conseiller en politique étrangère de la Chancelière allemande, ait récemment célébré Jamie Shea à Berlin de manière grandiloquente.
Nous devons être conscients des dimensions de cette guerre, aujourd’hui comme à l’époque. Cela peut être illustré par le refus d’un général britannique d’exécuter les ordres du commandant en chef de l’OTAN Wesley Clark lui demandant de lancer la prochaine guerre mondiale par une intervention contre les forces armées russes. C’est de quoi il s’agit quand on prend en compte la dimension des agressions de l’OTAN jusqu’aujourd’hui. La choquante attaque contre la République fédérale de Yougoslavie fut le coup d’envoi pour la «guerre initiant cette guerre d’agression». Ceux pour qui la Cour pénale internationale de La Haye avait été réellement prévue n’ont toujours pas pris place sur le banc des accusés.

 

Ancien expert de l’ONU : les sanctions nord-américaines au Venezuela sont largement responsables de la crise, peut-être un « crime contre l’humanité »

par Whitney Webb

1er février 2019

Source : https://www.investigaction.net/fr/ancien-expert-de-lonu-les-sanctions-nord-americaines-au-venezuela-sont-largement-responsables-de-la-crise-peut-etre-un-crime-contre-lhumanite/

Source originaire : https://www.mintpressnews.com/former-un-expert-us-sanctions-venezuela-largely-responsible-crisis-possible-crime-humanity/254334/

 

« Ce qui est en jeu, ce sont les énormes, énormes ressources naturelles du Venezuela. Et j’ai l’impression que si le Venezuela n’avait pas de ressources naturelles tout le monde se ficherait de Chavez ou de Maduro ou de qui que ce soit là-bas. » – Alfred de Zayas, ancien fonctionnaire des Nations unies.

Londres — Dans une interview approfondie accordée au journal britannique The Independent publié dimanche, l’ancien rapporteur spécial des Nations unies Alfred de Zayas a affirmé que les sanctions dévastatrices imposées au Venezuela par les États-Unis depuis plusieurs années sont illégales et constituent une « guerre économique » contre la République bolivarienne. De Zayas a également affirmé que ces sanctions nord-américaines pourraient constituer des « crimes contre l’humanité » selon le droit international, qu’elles portent une grande partie de la responsabilité pour la crise économique actuelle au Venezuela et ont provoqué des morts inutiles dans la population.

De Zayas, qui a terminé son mandat à l’ONU il y a moins d’une année, a critiqué le régime des sanctions étasuniennes – qui a commencé sérieusement en 2015, lorsque l’ancien président Barack Obama a déclaré sans preuve que le Venezuela était une « menace pour la sécurité nationale ». Depuis lors, le président Donald Trump a intensifié les sanctions et a aussi ouvertement envisagé une intervention militaire dans ce pays qui dispose des plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde.

Ce n’est pas la première fois que de Zayas s’exprime sur les conséquences dangereuses des sanctions nord-américaines. En septembre dernier, il a présenté au Conseil des droits de l’homme des Nations unies un rapport explosif qu’il avait contribué à rédiger, démontrant que la « guerre économique » et en particulier les sanctions pratiquées par les États-Unis et leurs alliés ont considérablement aggravé la crise économique au Venezuela. Les États-Unis s’étaient retirés du Conseil des droits de l’homme quelques mois avant le publication du rapport de Zelaya, invoquant le prétendu parti pris de cet organisme contre Israël.

Bien que de Zayas ait aussi reproché au gouvernement vénézuélien, dirigé par le président Nicolás Maduro, sa trop grande dépendance au pétrole, sa mauvaise gouvernance et la corruption, son rapport appelait la Cour pénale international à enquêter sur les sanctions économiques imposées par les États-Unis au Venezuela comme un éventuel crime contre l’humanité conformément à l’article 7 du Statut de Rome.

Dans son rapport, dont de Zayas affirme qu’il a été largement ignoré par les Nations unies depuis sa publication, l’ancien rapporteur écrivait :

« Les sanctions économiques et les blocus actuels sont comparables aux sièges des villes au Moyen Âge. […] Les sanctions du XXIe siècle tentent de mettre à genoux non pas une seule ville, mais des pays souverains. »

De Zayas poursuit en disant à The Independent que « les sanctions tuent » et analyse la manière dont ces mesures frappent de manière disproportionnée les plus pauvres de la société et provoquent souvent des morts en raison des pénuries de nourriture, de médicaments et d’autres biens de première nécessité qui en résultent.  Il dit aussi à The Independent que ces tactiques visant les civils les plus vulnérables d’un pays avaient pour but d’imposer le chaos économique et un changement de régime au Venezuela.

 

Contester le récit pour qu’il soit ensuite ignoré

 

Dans son interview, de Zayas a expliqué pourquoi il estimait que l’ONU et une grande partie de la communauté internationale avaient ignoré ses conclusions bien qu’il ait été le premier officiel de l’ONU à se rendre dans le pays et à en rendre compte depuis 21 ans :

« Lorsque j’arrive et dis que l’émigration [des Vénézuéliens dans d’autres pays] est attribuable en partie aux sanctions, les gens n’aiment pas l’entendre. Ils veulent seulement le récit simple que le socialisme échoue et qu’il a échoué pour le peuple vénézuélien. »

En effet, le dernier rapport de de Zaya et sa récente interview sont en contradiction avec les récits communément promus par de nombreux organes de presse et même quelques ONG éminentes, qui imputent entièrement la crise économique du pays au gouvernement de Maduro.

De Zayas, qui était également l’ancien expert indépendant de l’ONU pour la Promotion d’un ordre international démocratique et équitable, ajoute :

« Lorsque je suis revenu [l’ONU et les médias] n’étaient pas intéressés. Parce que je ne chante pas la chanson que je suis censé chanter, donc je n’existe pas… Et mon rapport, comme je l’ai dit, a été formellement présenté, mais il n’a fait l’objet d’aucun débat. Il a été classé. »

Il raconte aussi à The Independent qu’il avait reçu un accueil froid de la part de hauts responsables de l’ONU, y compris de celui qui était alors Haut commissaire aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, parce qu’ils « s’intéressent uniquement à un rapporteur qui va… faire de la démagogie, condamner le gouvernement et demander un changement de régime. Et j’y suis allé pour écouter. Je suis allé là-bas pour découvrir ce qui se passe vraiment. »

Finalement, de Zayas — un citoyen américain d’origine cubaine — a estimé que les méthodes étasuniennes de « persuasion » étaient grandement responsables de la décision des hauts responsables de l’ONU d’ignorer ce rapport. L’ancien expert a relevé :

« J’ai vu ce qui s’est passé au Conseil des droits de l’homme, comment les États-Unis tordent les bras et convainquent des pays de voter comme ils veulent qu’ils votent, sinon il y aura des conséquences économiques, et ces choses ne sont pas répercutées dans la presse. »

Cependant, certains incidents en ce sens ont été couverts par la presse ces dernières années.

 

« Tout le monde s’en ficherait »

 

De Zayas l’a exprimé clairement lorsque la discussion a porté sur les véritables motifs des États-Unis pour mener une « guerre économique » et la décision, la semaine dernière, de l’administration Trump de reconnaître Juan Guaidó, le politicien non élu de 35 ans, membre du parti Volonté populaire, lié à la CIA et financé par les États-Unis, comme le président par intérim « légitime » du Venezuela :

« Ce qui est en jeu, ce sont les énormes, énormes ressources naturelles du Venezuela. Et je crois que si le Venezuela n’avait pas de ressources naturelles, tout le monde se ficherait de Chavez ou de Maduro ou de qui que ce soit là-bas… Si vous écrasez ce gouvernement et mettez en place un gouvernement néolibéral qui va tout privatiser et vendre, beaucoup d’entreprises multinationales engrangeront d’immenses profits, et les États-Unis sont dirigés par les multinationales. »

Puis de Zayas ajoute :

« Les affaires des États-Unis sont les affaires. C’est ce qui intéresse les États-Unis. Et [actuellement] ils ne peuvent pas faire des affaires avec le Venezuela. »

Compte tenu de son point de vue nuancé sur la crise au Venezuela, il semble que les récentes remarques de de Zayas – tout comme son précédent rapport sur le pays – seront ignorées par les Nations unies et la presse internationale parce qu’elles remettent en question le « récit simple » qui non seulement fabrique le consentement à un changement de régime soutenu par les États-Unis au Venezuela, mais décharge également ceux-ci de leur responsabilité dans la crise actuelle qui frappe le pays.

 

Whitney Webb est membre de la rédaction de MintPress News et collabore à Truth in Media de Ben Swann. Ses articles ont été publiés dans Global Research, le Ron Paul Institute et 21st Century Wire, entre autres. Elle a également fait des apparitions dans des émissions de radio et de télévision sur RT et Sputnik. Elle vit actuellement avec sa famille dans le sud du Chili.   

La nouvelle politique étrangère allemande va mettre du temps à porter ses fruits

L’Allemagne se prépare à déployer une nouvelle politique étrangère envers les USA.

par Andrew Korybko,

Le 5 septembre 2018

Source : http://lesakerfrancophone.fr/la-nouvelle-politique-etrangere-allemande-va-mettre-du-temps-a-porter-ses-fruits

Source originaire : orientalreview.org

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

Meiko Maas, ministre des affaires étrangères, a annoncé que son pays allait dévoiler sous peu une nouvelle approche, qu’il a décrite comme « équilibrée » et visant à « renforcer l’autonomie et la souveraineté de l’Europe en matière de politiques commerciales, économiques et financières ». Cette annonce fait suite aux préoccupations que les politiques de sanctions financières de l’administration Trump ont levées outre-Rhin, où l’on craint que ne soient soumis à des risques les intérêts allemands dans les partenariats du pays avec la Russie, la Chine et la Turquie.

Il a également publié la semaine dernière un article dans lequel il écrivait que l’Union européenne doit envisager la création d’un système de paiement indépendant, s’affranchissant ainsi des restrictions économiques décidées unilatéralement par les USA ; en pratique, une initiative de ce genre, menée à son terme, contribuerait fortement à la dé-dollarisation. On pourrait croire que l’Allemagne se prépare bravement à défier les USA et à défendre une position de principe teintée de multipolarité, mais la réalité est bien plus nuancée.

Si Berlin peut réaliser ce qu’elle esquisse, l’ordre mondial multipolaire émergent en sortira sans nul doute gagnant, mais nul ne devrait se faire d’illusions sur les raisons qui poussent l’Allemagne dans cette voie. Le bras de fer idéologique qu’entame le pays avec les USA a pour cause le changement de cap radical décidé par Trump par rapport à celui fixé par ses prédécesseurs libéro-mondialistes, et la réorientation du pays vers un modèle de relations internationales centré sur la nation, considéré par son équipe comme la meilleure méthode pour les USA de s’adapter aux manifestation irréversibles de la multipolarité, comme l’émergence de grandes puissances d’influence. Trump pilote cette réorientation aussi bien qu’il le peut ; plutôt que de subventionner les pays vassaux des USA au travers d’accords de commerce et militaires asymétriques, sa position est de les contraindre à partager la charge du maintien d’un ordre international quelque peu réformé mais toujours mené par l’Amérique.

La transition systémique en cours produit des changements de paradigmes sans équivalent dans tous les domaines observables, ce qui fait monter les niveaux de compétition pour l’influence mondiale, même entre des pays en apparence alliés comme les USA et l’Allemagne. On peut porter au crédit de Berlin sa position engagée pour le projet Nord Stream II, qui fera du pays l’un des acteurs du succès des initiatives multipolaires de Moscou, même si dans le même temps, l’Allemagne est en compétition avec la Russie sur d’autres aspects, comme notablement observé en Ukraine. En regard de l’utilisation que fait Maas de la personnalité clivante du président américain pour poser son pays en victime, le même ministre allemand constituait un collaborateur zélé au sujet de l’EuroMaidan et a apporté un soutien ininterrompu au gouvernement de Kiev.

Certains des facteurs géopolitiques qui déterminent la politique étrangère allemande, à l’instar de ceux qui décident de sa stratégie vis à vis de l’Ukraine, peuvent rester inchangés, ou en tous cas changer moins vite que d’autres, mais cela n’empêche pas Berlin de rompre avec Washington sur d’autres sphères comme le commerce interconnecté, les sujets économiques et financiers, si bien que l’Allemagne progresse en partageant certains des objectifs structurels de ses partenaires russes, chinois et turcs. Ceci étant dit, il faut pondérer l’optimisme que certains observateurs pourraient être tentés d’afficher à la vue de ces changements, il ne faut pas prendre leur réussite comme acquise, au vu des nombreux vecteurs dont disposent les USA pour pousser l’Allemagne à ralentir, prendre le contrôle, ou saboter ces initiatives. En résumé, la nouvelle politique étrangère allemande envers les USA devrait être accueillie comme un signal d’intention pragmatique, mais pas encore interprétée comme un facteur de changement significatif concret.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le 31 août 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

 

 

Les critiques formelles d’Israël par l’UE ne sont qu’un écran de fumée

par Stephen Lendman

Source : http://lesakerfrancophone.fr/les-critiques-formelles-disrael-par-lue-ne-sont-quun-ecran-de-fumee

Source originaire : https://stephenlendman.org/2018/08/hollow-eu-criticism-of-israel/

3 août 2018

Traduction : Dominique Muselet

StephenLindmanBW

L’UE entretient des relations normales avec Israël sur les plans politique, économique, financier, technologique et culturel.

La critique, lorsqu’elle est formulée, exclut tout ce qui pourrait donner lieu à des démarches concrètes pour obliger l’État juif à rendre compte de ses actes criminels.

Bruxelles n’a jamais rien fait pour s’opposer à ses décennies d’occupation illégale, sa violation des lois, normes et standards internationaux fondamentaux, son blocus suffoquant de Gaza, ses trois guerres d’agression sur la bande de Gaza, quantités d’autres violations des droits de l’homme et des droits civils, sa guerre non déclarée contre la Syrie, son soutien à EI et à d’autres terroristes, ainsi que quantités d’autres crimes trop graves pour qu’on puisse les ignorer.

Le chef de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, soutient les agendas impérialistes américains et israéliens, leur militarisme et leur belligérance, leur mépris pour la paix et la stabilité du monde.

Ses médias ont rapporté les critiques creuses qu’elle a adressées au ministre d’extrême-droite israélien de la sécurité publique, Gilad Erdan :

« L’UE rejette fermement les accusations selon lesquelles elle est impliquée dans le financement d’activités qui soutiennent le terrorisme ou les terroristes. »

ajoutant :

« Les accusations israéliennes sont ‘sans fondement et inacceptables, vagues et non étayées’. » Mogherini répondait à Erdan qui avait accusé l’UE et ses partenaires de soutenir des groupes qu’Israël qualifie faussement de terroristes, et de boycotter Israël.

Le régime de Netanyahou accusait les groupes palestiniens de défense des droits de l’homme d’avoir des liens avec le Front populaire de libération de la Palestine qu’il qualifie mensongèrement d’organisation terroriste comme le Hamas, le Hezbollah et tous les groupes qui résistent au terrorisme d’État israélien.

Par ailleurs, jeudi, les chefs de mission de l’UE à Jérusalem et à Ramallah ont déclaré qu’ils « expriment leur vive inquiétude devant l’inauguration officielle, le 1er août, d’un centre touristique, géré par une organisation de colons, dans le quartier Batn al-Hawa/Silwan de Jérusalem-Est occupée, dans un bâtiment d’où cinq ménages appartenant à la famille palestinienne Abu Nab ont été expulsés en 2015 ».

ajoutant :

« Environ 180 ménages palestiniens à Jérusalem-Est, dont une centaine dans la seule ville de Batn al-Hawa, risquent d’être expulsés de leurs maisons, ce qui favorisera la poursuite de la colonisation de la ville, comme dans le cas présent.

 Les missions de l’UE à Jérusalem et à Ramallah rappellent les conclusions et déclarations successives du Conseil des affaires étrangères dans lesquelles l’UE a réitéré sa forte opposition à la politique de colonisation d’Israël et aux mesures prises dans ce contexte, y compris les expulsions et les démolitions. 

Les activités de colonisation à Jérusalem-Est compromettent sérieusement la possibilité que Jérusalem serve de future capitale des deux États, elles sont illégales en vertu du droit international et compromettent la solution à deux États et la perspective d’une paix durable. »

Ni l’UE, ni les États-Unis, ni l’ONU, ni les dirigeants du monde n’ont fait quoi que ce soit pour contraindre Israël à répondre de plus d’un demi-siècle de développement illégal de colonies de peuplement sur des terres palestiniennes volées.

Ils n’ont jamais rien fait de concret pour s’opposer aux crimes d’Israël dont la liste est trop longue et l’horreur trop grande  pour qu’on puisse les ignorer.

La critique purement formelle et non-accompagnée de démarches concrètes pour obtenir qu’Israël rende des comptes est vide de sens, cela revient à donner un feu-vert à l’État hébreu pour faire ce qui lui plaît.

La dernière fois que l’UE a formulé un de ses vaines critiques à l’encontre du régime de Netanyahou, c’est quand il a alloué 4,5 millions de shekels au Centre du patrimoine juif yéménite pour mettre en place un projet illégal d’implantation près de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem-Est occupée.

Cela fait partie du projet de longue date d’Israël de coloniser toutes les terres de Judée et de Samarie qui ont quelque valeur, de déposséder les habitants autochtones de la Palestine, de voler tout ce qui leur appartient.

 

Stephen Lendman est né en 1934 à Boston, Massachussets. Après avoir travaillé pendant sept ans comme analyste en recherche marketing, il a rejoint l’entreprise familiale où il est resté jusqu’à sa retraite à la fin de l’année 1999. Il a commencé à écrire sur les grands enjeux mondiaux et nationaux à l’été 2005, et participe à des émissions de radio sur le Progressive Radio Network trois fois par semaine, où sont débattues les grandes questions mondiales et nationales. Lendman est lauréat du Project Censored 2008 et lauréat du prix international de journalisme 2011 du Club des journalistes mexicains.

Accord-cadre institutionnel Suisse–UE: Stratégie ou confusion ?

par Marianne Wüthrich, docteur en droit

Horizons et débats,

Zurich,

25 juin 2018

https://www.zeit-fragen.ch/fr/ausgaben/2018/nr-14-19-juni-2018/institutioneller-rahmenvertrag-schweiz-eu-strategie-oder-konfusion.html

 

Bien qu’aucun citoyen n’ait jamais vu l’accord planifié par le Conseil fédéral, le noyau dur de l’accord est établi depuis longtemps:  Ce sont la reprise automatique du droit communautaire actuel et futur et la jurisprudence de la Cour de justice européenne.

Cela signifie que le peuple ne serait plus l’organe législatif suprême de la Suisse. Beaucoup de citoyens ne peuvent probablement pas imaginer à quel point notre structure d’Etat démocratique et fédéraliste serait gravement atteinte par un accord institutionnel juridiquement supérieur au droit suisse, d’autant plus que le Conseil fédéral évite soigneusement depuis plusieurs années de rendre public le contenu des négociations.

Le système de l’UE n’est pas compatible avec la structure de l’Etat suisse. Exemple de la directive de l’UE sur les armes

Actuellement, nous constatons cela avec la directive européenne sur les armes. Avec l’Accord de Schengen (Bilatérales II), la Suisse s’est engagée à adopter le futur droit européen. La modification de la législation européenne sur les armes est une adaptation du droit de l’UE concernant Schengen, à laquelle ne s’attendait aucun Suisse ayant accepté en 2004 l’Accord de Schengen lors de la votation.
Il est bien connu que les interdictions et les restrictions sur les armes ne sont d’aucune utilité contre le terrorisme. (La fin des guerres de l’OTAN et de l’UE serait beaucoup plus utile.) Pourtant, l’UE veut imposer des restrictions sur la possession d’armes aux Etats membres de Schengen et donc aussi à la Suisse. Une intervention flagrante dans la tradition du Suisse libre, qui a depuis toujours défendu son pays l’arme à la main. Le 13 février 2011, le peuple a réaffirmé ce point de vue et a rejeté l’initiative populaire fédérale «Pour une protection face à la violence des armes» avec 56,3% des voix.
Il est intéressant de noter que sur ce point, le Conseil fédéral a réussi à faire respecter la volonté du peuple à Bruxelles en insistant sur le fait que les soldats suisses doivent pouvoir conserver leurs armes après la fin de leur service obligatoire. (Apparemment, c’est possible quand le Conseil fédéral se souvient pendant les négociations de quel côté de la table il se trouve.)
Récemment, on a appris que la République tchèque se sentait discriminée par cette exemption pour la Suisse et a donc intenté une action en justice devant la CJCE («Sankt-Galler Tagblatt» du 14/5/18). Et maintenant?
Quoi qu’il en soit, cet exemple montre que l’imposition de directives européennes est incompatible avec la démocratie directe: nous Suisses, nous avons l’habitude de pouvoir voter sur des changements législatifs, et nous voulons continuer à faire usage de ce droit fondamental.

Davantage de sécurité juridique avec un accord-cadre? Pour qui?

Il est étonnant qu’il y ait des Suisses prétendant qu’un accord-cadre apporte «davantage de sécurité juridique». Davantage de sécurité juridique pour qui? Certainement pas pour les citoyens que nous sommes – au contraire, nous n’aurions plus voix au chapitre. Et pour les entreprises suisses ce serait similaire. La sécurité juridique ne peut résulter que d’un accord d’égal à égal. On pourrait penser que nous avons entre-temps suffisamment d’expérience avec l’UE: quand quelque chose ne convient pas à ces messieurs de Bruxelles, ils prennent des mesures, arbitrairement et en violation du contrat.
Exemples:
–    l’expulsion du programme d’échange d’étudiants Erasmus+ en réponse à l’acceptation du souverain suisse de l’initiative contre l’immigration de masse: sans bases légales et sans aucun lien avec le contenu,
–    la limitation temporelle de l’accès à la bourse pour le commerce de titres de l’UE jusqu’à la fin 2018, en réponse au fait que le Conseil fédéral n’aurait pas signé l’accord-cadre assez rapidement: également sans base juridique et sans aucun lien avec le contenu.
Avec un accord-cadre, nous ne serions pas mieux protégés contre ce genre de comportement de grande puissance, bien au contraire. L’objectif de l’accord-cadre est précisément que la Commission européenne et la Cour de justice de l’UE puissent décider si et de quelle manière ils peuvent forcer la Suisse à accepter la bureaucratie de l’UE. L’accord-cadre apporterait certainement davantage de pouvoir à Bruxelles – mais certainement pas davantage de sécurité juridique pour nous Suisses et nos entreprises! Nous exigeons de nos politiciens et de nos autorités de défendre les intérêts du peuple suisse au lieu de se soumettre aux demandes de l’élite bruxelloise.

A quels accords bilatéraux l’accord-cadre s’appliquerait-il? 

Dans les médias, il y a beaucoup de spéculations à ce sujet – mais même sur ce point essentiel, il n’y a pas d’unanimité entre Berne et Bruxelles.
Selon la «Neuer Zürcher Zeitung» du 3 mai, Ignazio Cassis a donné l’impression qu’on s’était mis d’accord: l’accord-cadre concernerait les «accords d’accès au marché» des Bilatérales I, à savoir cinq accords: Libre circulation des personnes, obstacles techniques au commerce, transports aériens et terrestres, et agriculture (seule une partie limitée de l’agriculture est incluse dans les Bilatérales I). En outre, il y a encore l’Accord sur l’électricité préparé par le Conseil fédéral. L’accord agricole, avec lequel le conseiller fédéral Schneider-Ammann menace les paysans, n’est mentionné nulle part pour ne pas effrayer le peuple, mais il ferait également partie de l’accord-cadre.
Selon la «Neue Zürcher Zeitung», Bruxelles veut également inclure l’Accord sur les marchés publics (c’est-à-dire pratiquement tous les accords des Bilatérales I) et même l’Accord de libre-échange (ALE) de 1972, couvrant en réalité tous les échanges commerciaux.
Ce que nous pouvons dire aujourd’hui déjà: l’UE voudra inclure autant de domaines du droit que possible. Cela montre clairement pourquoi le Conseil fédéral ne veut pas divulguer les contenus de l’accord-cadre. Car, si nous citoyens pouvions lire ouvertement dans quels domaines Bruxelles veut s’immiscer, la Berne fédérale pourrait abandonner définitivement son accord-cadre.    •

Principaux accords Suisse–UE

Accord de libre-échange de 1972

Pilier important pour les échanges économiques Suisse–UE, accepté par le peuple avec 72,5% des voix et la majorité des cantons.
Accords bilatéraux I (7 accords)
Adoptés par le peuple comme «paquet» le 21 mai 2000 et en vigueur depuis le 1er juin 2002
•    Libre circulation des personnes
•    Obstacles techniques au commerce
•    Marchés publics
•    Agriculture
•    Transports terrestres
•    Transport aérien
•    Recherche

Accords bilatéraux II (9 accords)

Référendum uniquement contre Schengen/Dublin, adopté par le peuple avec 54,4% des voix le 5 juin 2005
•    Schengen/Dublin
•    Fiscalité de l’épargne
•    Lutte contre la fraude
•    Produits agricoles transformés
•    Environnement
•    Statistique
•    MEDIA (Europe Créative)
•    Pensions
•    Education, formation profes­sionnelle, jeunesse

Informations sur les accords individuels: https://www.eda.admin.ch/dea/fr/home/bilaterale-abkommen/abkommen-umsetzung/)