Que peut faire Trump ?

par Paul Craig Roberts

4 août 2017

Source : http://lesakerfrancophone.fr/que-peut-faire-trump

Source originaire : katehon

1718315_1280x720

Donald Trump, en tant que président des États-Unis, était l’espoir de l’humanité, ou bien, devrais-je dire, l’espoir de cette partie de l’humanité consciente du danger inhérent à la provocation de conflits entre puissances nucléaires.

 

Pendant deux décennies, les régimes Clinton, George W. Bush et Obama ont jeté des bâtons, des pierres et des injures à l’ours russe. Les États-Unis ont rompu l’accord de sécurité en aggravant la menace que la Russie perçoit, en menant des jeux de guerre aux frontières de ce pays, en organisant un coup d’État en Ukraine – une province qui a appartenu à la Russie pendant des siècles – et en entretenant un flot ininterrompu d’accusations fallacieuses.

Le résultat de cette politique irresponsable, inconsidérée et imprudente envers la Russie a été l’annonce par le haut commandement russe, il y a quelques semaines – ignorée par les médias américains – qu’il avait conclu que Washington préparait une attaque nucléaire surprise contre la Russie.

C’est l’événement le plus alarmant de ma vie. Maintenant que les criminels insensés de Washington ont convaincu la Russie que celle-ci est dans les plans de guerre de Washington, la Russie n’a d’autre alternative que de se préparer à frapper la première.

Pendant la Guerre froide, les deux côtés ont reçu de nombreuses fausses alarmes sur des missiles balistiques ICBM entrants, mais parce que les deux parties travaillaient à réduire les tensions, les alarmes sont restées lettres mortes. Mais aujourd’hui, alors que Washington a élevé les tensions à un tel niveau, les deux parties risquent de croire à la fausse alarme. La prochaine fausse alarme pourrait entraîner la fin de la vie sur terre, et pour cela il n’y a personne d’autre à blâmer que Washington.

L’accent que Trump a mis sur la normalisation des relations avec la Russie a été un grand soulagement pour les personnes suffisamment intelligentes pour comprendre les conséquences de la guerre nucléaire. Mais aucune de ces personnes n’est à Washington, au Parti démocrate, au Parti républicain, dans le complexe militaro-sécuritaire, ou parmi les organes de presse prostitués qui se font passer pour des médias en Amérique. Toutes ces personnes veulent détruire Trump parce qu’il veut faire la paix avec la Russie.

Sur les 535 membres de la Chambre des représentants et du Sénat, 530 ont voté à l’appui d’un projet de loi qui viole la séparation des pouvoirs et empêche le président Trump de mettre son veto aux sanctions contre la Russie. Comme le vote est tellement massif qu’il se protège du veto de la Maison Blanche [par plus des deux-tiers des votants], celle-ci a annoncé que Trump signera le projet de loi, renonçant ainsi à son objectif de restaurer des relations normales avec la Russie.

La Maison Blanche croit que, dans la mesure où le projet de loi est immunisé contre un veto, tout ce que Trump pourrait attendre, suite à un veto, est de se voir accusé d’être un agent russe qui exploite sa position pour protéger la Russie, ce qui pourrait facilement le conduire vers une procédure de destitution.

Cependant, il y a des choses que Trump pourrait faire, dans la mesure où le désamorçage de la menace que la Russie perçoit est essentiel pour éviter la guerre, il est impératif qu’il fasse tout son possible pour empêcher le complexe militaro-sécuritaire et ses larbins au Congrès et dans les médias de bloquer l’Amérique dans une impasse mortelle avec la Russie.

Comme je l’ai écrit hier, Trump pourrait porter sa cause devant le peuple américain dans un discours majeur en soulignant que le Congrès viole la séparation des pouvoirs, isole la présidence et lui interdit de réduire les tensions dangereuses que les administrations précédentes ont créées avec une puissance nucléaire de premier rang.

Trump pourrait également dire au Congrès que sa loi est inconstitutionnelle, qu’il ne signera pas et ne mettra pas son veto et, si le Congrès persiste, il le conduira à la Cour suprême.

Trump pourrait également téléphoner aux politiciens allemands et aux PDG des  entreprises qui ont dénoncé les sanctions comme illégales et destinées à servir les intérêts commerciaux américains au détriment de l’Allemagne. Il devrait leur dire de forcer Merkel à annoncer que l’Allemagne n’acceptera pas les sanctions. Les dirigeants de l’UE dénoncent également les sanctions. Trump, avec un peu d’effort, peut organiser l’opposition européenne jusqu’au point où il pourrait dire au Congrès que, en tant que président des États-Unis, il ne peut pas permettre à une collection d’imbéciles stupides – ce qu’est le Congrès – de détruire l’empire de Washington en expulsant les Européens. Si Trump peut amener les Européens à agir, il peut défaire le projet de loi, qui n’est réellement rien d’autre que le service rendu par le Congrès aux contributeurs du complexe militaro-sécuritaire et du lobby industriel de l’énergie à ses campagnes politiques.

Trump est un lutteur. Et c’est là le combat de Trump. Il a tout à gagner en relevant le défi, de même que le reste d’entre nous. Le monde entier devrait être derrière Trump car il n’y a personne d’autre pour désamorcer les tensions qui menacent d’une guerre nucléaire.

J’ai été émerveillé par la bêtise et les mensonges éhontés de la gauche progressiste libérale américaine, qui s’est rangée en bon ordre derrière les efforts du complexe militaro-sécuritaire pour abattre Trump, parce que la paix avec la Russie supprime la justification essentielle si nécessaire au gargantuesque budget et au pouvoir du complexe militaro-sécuritaire. Bien sûr, l’Amérique n’a plus de gauche. Elle a été remplacée par la politique identitaire, une création sioniste, comme l’explique Gilad Atzmon dans ses livres, qui s’avère efficace pour détruire les goyims en leur apprenant à se haïr les uns les autres. Dans la politique identitaire, tout le monde est victime des mâles hétérosexuels blancs, que les identitaires définissent comme un groupe de tarés accrocs aux armes à feu, misogynes, racistes et homophobes. Alors que les « déplorables » de Hillary ont voté pour Trump, la gauche libérale-progressiste hait Trump et apporte son aide au complexe militaro-sécuritaire pour le détruire, même au prix d’une guerre nucléaire.

Comme je l’avais prévu, Trump n’avait aucune idée de la façon de former un gouvernement qui serait à ses côtés et a évidemment complètement échoué. Il est continuellement contredit par son ambassadrice à l’ONU, son secrétaire au Département d’État, son conseiller de sécurité nationale, et son secrétaire à la Défense. Trump est seul dans son gouvernement.

Mais, il pourrait quand même se battre. S’adresser au peuple américain. Organiser les Européens en colère. Attaquer les criminels de Washington avant qu’ils ne détruisent le monde par la guerre.

Déjà au XXIe siècle, Washington a détruit tout ou partie de sept pays, envoyant des millions de réfugiés sur les routes qui, avec les immigrants revendiquant le statut de réfugié, modifient la population de l’Europe en l’effaçant de la surface du globe.

Voilà la récompense de l’Europe pour sa soumission à Washington.

Trump devrait dire à l’Europe : « Il est temps de faire savoir à Washington que vous en avez assez ! »

S’il ne se bat pas et se trouve éconduit par les imbéciles qui le conseillent dans le camp des oligarques dirigeants, Trump, afin de jouer son rôle de leadership, mènera les guerres américaines contre le monde. En tant que chef de guerre, il sera soutenu par l’oligarchie dirigeante, et la racaille des libéraux progressistes – qui auront aidé le complexe militaro-sécuritaire à vaincre l’initiative de Trump pour faire la paix avec la Russie – mais ne pourra plus s’appuyer sur rien.

Voici ma prédiction. La personnalité de Trump le pousse à être un leader. Après avoir été vaincu dans son initiative de paix par le complexe militaro-sécuritaire, les libéraux-progressistes, les démocrates corrompus, les républicains corrompus et les prostitués qui se font passer pour des médias, reprendront leur leadership par des guerres et des agressions contre des ennemis étrangers.

Trump a déjà imposé des sanctions illégales au Venezuela, dans l’espoir de renverser la démocratie vénézuélienne et de restaurer le règne de Washington à travers le petit groupe d’Espagnols de droite qui a traditionnellement dominé le pays.

La Russie et la Chine auraient eu la possibilité de venir en aide au Venezuela et empêcher le renversement du gouvernement démocratiquement élu par Washington, mais les deux pays manquaient de la vision nécessaire. Une fois que Washington aura renversé le gouvernement vénézuélien, il renversera le gouvernement en Équateur et retirera l’asile diplomatique à Julian Assange. Après que Assange, sous la torture, prétendra que WikiLeaks est une organisation russo-américaine financée par Donald Trump et Vladimir Poutine, il sera mis à mort, et la racaille américaine jubilera. Ensuite, Washington renversera la Bolivie et purgera le Brésil de tous ses dirigeants politiques qui n’émargent pas sur les fiches de paies de la CIA.

Ensuite, Washington va stigmatiser la Russie et la Chine comme des « nations hors-la-loi » et, entourées comme elles le sont par les sites de missiles nucléaires américains, Washington exigera la capitulation ou la destruction.

Tout cela semble être un fantasme, n’est-ce pas ? Mais c’est bien réel.

 

Trump’s Choices

Paul Craig Roberts

040817

Source : Katehon 040817

1718315_1280x720

Donald Trump as President of the United States was humanity’s hope, or, I should say, the hope of that part of humanity aware of the danger inherent in provoking conflict between nuclear powers. For two decades, the Clinton, George W. Bush, and Obama regimes have thrown sticks, stones, and nasty words at the Russian bear. The US has broken and withdrawn from security agreement after security agreement and has compounded the threat that Russia sees by conducting war games on Russia’s borders, staging a coup in Ukraine, a province of Russia for centuries, and by a continuous stream of false accusations against Russia.

The result of this irresponsible, thoughtless, and reckless policy toward Russia was the announcement a few weeks ago (ignored by the US media) by the Russian high command that Russian military planners have concluded that Washington is preparing a surprise nuclear attack on Russia

This is the most alarming event of my lifetime. Now that Washington’s criminally insane have convinced Russia that Russia is in Washington’s war plans, Russia has no alternative but to prepare to strike first.

During the Cold War both sides received numerous false alarms of incoming ICBMs, but because both sides were working to reduce tensions, the alarms were disbelieved. But today with Washington having raised tensions so high, both sides are likely to believe the false alarm. The next false alarm could bring the end of life on earth, and for this there is no one to be blamed but Washington.

Trump’s emphasis on normalizing relations with Russia was a great relief to people sufficiently intelligent to understand the consequences of nuclear war. But none of these people are in Washington, the Democratic Party, the Republian Party, the military/security complex, or among the presstitutes that pass for a media in America. All of these people want to destroy Trump because he wants to make peace with Russia.

Of the 535 members of the House and Senate, 530 voted in support of a bill that violates the separation of powers and prevents President Trump from removing sanctions on Russia. As the vote is so over-whelming that it is veto proof, the White House has announced that Trump will sign the bill, thus surrendering and giving up on his goal of restoring normal relations with Russia.

The White House believes that as the bill is veto proof, all that Trump could achieve by a veto is to prove the charges that he is a Russian agent and is using his office to protect Russia, and this could easily be turned into an impeachment proceeding.

However, there are things Trump could do, and since defusing the threat that Russia sees is essential to the avoidance of war, it is imperative that Trump do everything he can to prevent the military/security complex and its servants in Congress and the media from locking America into deadly conflict with Russia.

As I wrote yesterday (http://www.paulcraigroberts.org/2017/07/31/witch-hunt-donald-trump-surpasses-salem-witch-trials-1692-93/), Trump could take his case to the American people in a major speech and point out that Congress is violating the separation of powers, hamstringing the power of the presidency, and making it illegal for him to reduce the dangerous tensions that previous administrations have created with a major nuclear power.

Trump could also tell Congress that their law is unconstitutional and that he won’t sign or veto the bill, and if Congress persists he will take it to the Supreme Court.

Trump could also get on the telephone with the German politicians and corporate CEOs who have denounced the sanctions as illegal and intended to serve US business interests at the expense of Germany. He should tell them to force Merkel to announce that Germany will not accept the sanctions. The EU leadership also denounces the sanctions. Trump, with a little effort, can organize so much European opposition that he can tell Congress that as the President of the United States he cannot permit a collection of mindless morons, which is what Congres is, to destroy Washington’s empire by driving Europeans out of it. If Trump can get the Europeans to act, he can defeat the bill, which is really nothing but Congress’ service to its political campaign contributors in the military/security complex and the US energy industry.

Trump is a fighter. And this is Trump’s fight. He has everything to gain by rising to the challenge, and so do the rest of us. The entire world should get behind Trump as there is no one else to defuse the tensions that are leading to nuclear war.

I have been amazed at the stupidity and mendacity of the American liberal-progressive-left, who have fallen in line with the military/security complex’s effort to destroy Trump, because peace with Russia takes away the orchestrated enemy so essential to the budget and power of the military/security complex. Of course, America no longer has a left. The left has been displaced by Identity Politics, a Zionist creation, as Gilad Atzmon explains in his books, that is proving effective in destroying the goyim by teaching them to hate one another. In Identity Politics, everyone is the victim of white heterosexual males, whom Identity Politics defines as misogynist, racist, homophobic gun nuts—Hillary’s “Trump deplorables.” As the “deplorables” voted for Trump, the liberal-progressive-left hate Trump and are helping the military/security complex destroy him even it it means nuclear war.

As I predicted would be the case, Trump had no idea how to appoint a government that would be on his side, and obviously failed completely. He is continually contradicted by his UN ambassador, his Seretary of State, his National Security Advisor, his Secretary of Defense. Trump is alone in his government.

So, he might as well fight. Address the American people. Organize the angry Europeans. Take the fight to criminally insane Washington before the criminals destroy the world in war.

Already in the 21st century Washington has destroyed in whole or part seven countries, producing millions of refugees who, together with immigrants claiming refugee status, are altering the populations of European countries and wipng Europe off of the face of the earth. http://www.paulcraigroberts.org/2017/07/30/europe-is-history/

This is Europe’s reward for being Washington’s vassal.

Trump should say to Europe: “It is time to tell Washington that you have had enough!”

If Trump doesn’t fight and is led away by the morons advising him into the camp of the ruling oligarchs, Trump, in order to perform in a leadership role will lead American wars against the world. As a war leader he will be supported by the ruling oligarchy, and the dumbshit liberal-progressives, having helped the military/security complex defeat Trump’s initiative for peace with Russia, will have not a leg to stand on.

Here is my prediction. Trump’s personality compells him to be a leader. Trump, having been defeated in his peace initiative by the military/security complex, the liberal-progressive-left, the corrupt Democrats, the corrupt Republicans, and the whores who pass for a media will regain leadership via wars and aggression against foreign enemies.

Trump has already put illegal sanctions on Venezuela, hoping to overthrow Venezuelian democracy and restore Washington’s rule through the small group of right-wing Spanish who have traditionally dominated Venezuela.

Russia and China had a chance to come to Venezuela’s aid and to prevent the coming overthrow of the democratically elected government by Washington, but both countries lacked the necessary vision. Once Washington overthrows the Venezuelan government, Washington will overthrow the government in Ecuador and have Julian Assange’s diplomatic asylum revoked. Once Assange is tortured into claiming that Wikileaks is a Russian/American oganization financed by Donald Trump and Vladimir Putin, Assange will be put to death, and the dumbshit Americans will cheer. Then Washington will overthrow Bolivia and have a purge conducted in Brazil against all political leaders who are not on the CIA’s payroll.

Then Washington will brand Russia and China “outlaw nations” and surrounded as they will be with US nuclear missiles and ABM sites, Washington will demand surrender or destruction.

It all seems a fantasy, doesn’t it. But it is very real.

 

L’application extraterritoriale de lois américaines est incontestablement une violation du droit international

par Alfred de Zayas*

Horizons et débats

Edition française du journal Zeit-Fragen

Zurich

7 août 2017

 

Il est compréhensible que l’Allemagne et la France s’indignent des sanctions des Etats-Unis à l’égard de la Russie, car cette fois, il ne s’agit pas seulement de «morale», c’est-à-dire de la morale néolibérale, ou de l’intégrité territoriale de l’Ukraine ou de l’«autodétermination» du peuple de la Crimée mais de l’industrie américaine, du commerce et donc de beaucoup d’argent. Si les sanctions américaines entrent en vigueur en tant que telles, elles violent bien évidemment le droit international et sont incompatibles avec le droit international coutumier, le libre-échange, la Charte des Nations Unies, les dispositions de l’Organisation mondiale du commerce et plusieurs résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies, notamment la Résolution 2625.

 

Hélas, le président américain vient de signer la loi du Congrès américain et n’a pas osé opposer son veto. En effet, le Congrès américain l’a humilié avec un vote qui, concrètement, lui enlève sa compétence constitutionnelle pour gérer la politique extérieure des Etats-Unis. C’est pourquoi les responsables politiques européens doivent se mettre d’accord sur un «plan B», et prendre des mesures de rétorsion.

 

On se rend compte que les sanctions sont très bénéfiques aux sociétés américaines et très préjudiciables aux sociétés européennes, notamment aux entreprises allemandes et européennes en relation avec les réseaux de gazoduc, etc. A ces préoccupations économiques et commerciales, s’ajoute le fait que l’application extraterritoriale de lois américaines viole incontestablement le droit international ce qu’une juridiction internationale constaterait rapidement. Il faut s’adresser aux diverses instances de l’ONU – entre autres à la Cour internationale de justice de La Haye – tant dans le domaine de sa compétence à trouver des réponses aux litiges internationaux que dans celui relevant de sa fonction d’établir des expertises juridiques. Il est également possible de s’adresser à la Cour d’arbitrage permanente aussi à La Haye, à l’Organisation mondiale du commerce à Genève, etc.

 

En outre, s’y ajoutent de sérieux problèmes relevant des principes des droits de l’homme. En 2000 déjà, l’ONU a condamné toutes sanctions unilatérales dans un long rapport de l’ancienne Commission des droits de l’homme. Depuis 2014, il existe un Rapporteur spécial des Nations Unies pour les sanctions unilatérales, M. Idriss Jazairy, ayant mis en évidence les conséquences relevant des droits de l’homme dans plusieurs rapports. Il ne s’agit non seulement de violations du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, mais aussi d’articles de la Convention européenne des droits de l’homme.

 

Par ailleurs, les sanctions américaines n’ont aucune légitimité. Où sont les «preuves» de la violation du droit international par la Russie pouvant justifier ce type de sanctions? En réalité, les sanctions constituent un prétexte, une mascarade pour imposer les intérêts économiques des Etats-Unis. Il ne suffit pas d’affirmer la souveraineté et l’autodétermination des Etats européens, il faut également les défendre activement.

 

*    Alfred de Zayas est Expert indépendant des Nations Unies pour la promotion d’un ordre international démocratique et équitable.

Les nouvelles sanctions américaines contre la Russie : Une erreur stratégique

par Moon of Alabama

6 août 2017

Source: http://arretsurinfo.ch/les-nouvelles-sanctions-americaines-contre-la-russie-une-erreur-strategique/

Source originaire : http://www.moonofalabama.org/2017/08/sanctions-against-russia-are-a-failure-of-us-strategy.html

 

 

Récemment, le congrès américain a voté des sanctions contre la Fédération de Russie au motif de son ingérence présumée, mais absolument pas prouvée, dans les élections présidentielles américaines. Le vote a été quasi unanime.

Le président Trump a signé le décret. C’est une grossière erreur. Il aurait dû opposer son veto, même si cela n’aurait probablement rien changé. En signant la loi, Trump a renoncé à sa position de relative neutralité envers la Russie. Sans aucun bénéfice.

Les sanctions du Congrès sont presque toujours éternelles. L’amendement de Jackson-Vanik de 1974 a limité le commerce avec le « bloc communiste ». Il était censé favoriser l’émigration des Juifs d’Union Soviétique vers Israël. Mais la loi et ses sanctions économiques ont été maintenues après l’effondrement de l’Union soviétique début 1990, après la disparition du « bloc communiste », et longtemps après la levée de toutes les limitations à l’émigration. L’amendement n’a été abrogé qu’en 2012 et seulement pour être immédiatement remplacé par la ridicule loi Magnitsky qui a immédiatement établi une nouvelle série de sanctions contre la Fédération de Russie et ses intérêts.

C’est pour des raisons de politique intérieure que des sanctions comme l’amendement Jackson-Vanik et la loi Magnitsky ont été votées. La Russie n’aurait rien pu faire pour les éviter, ni pour les faire lever.

Les nouvelles sanctions américaines ne sont pas seulement dirigées contre la Russie, mais contre toutesles entreprises et les nations qui coopèrent avec la Russie en matière d’énergie. C’est une tentative cousue de fil blanc pour obliger les pays européens à acheter le gaz naturel liquéfié américain, qui coûte cher, à la place du gaz russe bon marché livré par pipelines. L’objectif immédiat est le pipeline Nord Stream 2, entre la Russie et l’Allemagne, qui traverse la mer Baltique pour éviter les points de potentiels conflits en Europe de l’Est. Les sanctions constituent une menace pour l’indépendance de la politique énergétique allemande. (Les autres partenaires du pipeline sont l’Autriche, la France et les Pays-Bas.) En conséquence, pour 35% des Allemands les États-Unis sont devenus la « principale menace pour le pays ». La Russie est considérée comme telle par seulement 33% des Allemands. Cette vision correspond à la perception générale dans le monde.

Ces sanctions façonneront la relation entre les États-Unis et la Russie pour les 30 prochaines années et plus. Le 2 août, le Premier ministre russe Medvedev a dit que la faiblesse du président Trump était la principale cause de ces sanctions :

Le fait que le Président des États-Unis ait signé cette série de nouvelles sanctions contre la Russie ne sera pas sans conséquences. D’abord, il met fin à l’espoir d’améliorer nos relations avec la nouvelle administration américaine. Deuxièmement, c’est une déclaration de guerre économique totale contre la Russie. Troisièmement, l’administration Trump a montré sa grande faiblesse en remettant le pouvoir exécutif au Congrès de cette manière très humiliante. Cela modifie l’équilibre du pouvoir dans les milieux politiques américains.

Qu’est-ce que tout cela signifie pour eux ? L’établissement américain a complètement triomphé de Trump ; Le président ne voulait pas des nouvelles sanctions, mais il a été obligé de signer la loi. Les nouvelles sanctions ont pour objet principal de fragiliser Trump. Ce n’est qu’une étape, le but est de l’éliminer du pouvoir. Tout acteur qui ne joue pas le jeu du système doit être supprimé. Les intérêts du monde des affaires américain sont passés à la trappe, la politique prend le pas sur le pragmatisme. L’hystérie anti-russe est devenue un élément clé de la politique étrangère des États-Unis (ce n’est pas nouveau) et de la politique intérieure (ça, c’est nouveau).

Rappelez-vous que Medvedev, en tant que leader russe, était depuis longtemps l’espoir de l’élite américaine qui le croyait plus influençable que le président russe Poutine. Medvedev pourrait bien redevenir à nouveau président. Mais aucun média américain, sauf le New York Post, n’a fait attention à sa déclaration. Cela est en soi étonnant et inquiétant. Personne aux États-Unis n’est-il capable de voir où tout cela mène ? Voilà les prédictions de Medvedev :

Le régime des sanctions a été codifié et restera en vigueur pendant des décennies, à moins d’un miracle. […] [Les relations entre la Russie et les États-Unis seront extrêmement tendues, indépendamment de la couleur politique du Congrès et quel que soit le président. Il va y avoir d’interminables arguties dans les organes et tribunaux internationaux, ainsi qu’une augmentation des tensions internationales et un refus de régler de graves problèmes internationaux.

Sur le plan économique et politique, la Russie a les capacités de faire face à ces sanctions, a dit Medvedev. Mais les États-Unis l’ont-ils ?

Pour maintenir leur suprématie sur la planète, les États-Unis doivent empêcher une alliance euro-asiatique, notamment entre la Russie et la Chine. Dans sa dernière contribution au « grand échiquier », Vers un réalignement mondial, le stratège américain Zbigniew Brzezinski – impitoyable, amoral et talentueux – affirme :

Il appartient aux États-Unis de mettre en place une politique dans laquelle au moins l’un des deux États potentiellement menaçants deviendrait un partenaire dans la quête d’une stabilité mondiale d’abord régionale puis plus large ; cela permettrait de contenir le rival le moins prévisible mais sans doute aussi le plus important à maîtriser. Actuellement le rival le plus important à contenir est la Russie, mais à plus long terme, ce pourrait être la Chine.

L’élite de la politique étrangère des États-Unis a déclaré la guerre à la Russie. La position de confrontation envers la Chine, qui était en vogue sous Obama, a clairement évolué. On ne parle plus du « pivot vers l’Asie » de Hillary Clinton / Barack Obama. L’accord anti-chinois de partenariat Trans Pacific a été annulé. Les provocations militaires contre la Chine au sud de la mer de la Chine ont été réduites et remplacées par des provocations continuelles contre la Russie en Europe de l’Est. Ces mesures sont conformes à la stratégie élaborée par Brzezinski.

La Russie a prouvé au cours de l’histoire qu’elle savait faire preuve d’imagination dans sa politique. Elle est extrêmement résistante à la pression. Avec les États-Unis dans une position moins hostile contre la Chine, Béhémoth va poursuivre sans relâche ses propres objectifs. La Russie sera bientôt l’une des principales sources chinoises d’énergie fossile et d’autres produits de base. Dans un tel contexte, il n’y a aucune raison majeure pour que la Chine et la Russie ne s’accordent pas. Il n’y aura pas de rupture russo-chinoise. Les principaux pays européens résisteront aux pressions qui mettent en danger leurs économies.

Brzezinski est aveuglé par sa haine de la Russie. (Il vient d’une famille galicio-polonaise de la petite noblesse). Sa stratégie est erronée car elle permet à la Chine d’établir sa suprématie. Même dans le cadre de la stratégie de Brzezinski, une alliance russo-européo-étatsunienne contre la poursuite chinoise de l’hégémonie aurait été ce qu’il y a de plus logique.

La stratégie d’Hillary Clinton d’accuser la Russie du fait qu’elle n’était pas populaire et qu’elle a échoué aux élections, aboutit maintenant à un échec majeur de la stratégie globale américaine. Si la Maison Blanche avait eu une vision et un projet politique, cela ne se serait pas passé comme ça, mais ce n’est pas le cas (pour l’instant) sous l’ère Trump.

Je ne vois pas comment cette stratégie, maintenant scellée dans le marbre par les sanctions du Congrès, pourra jamais apporter le moindre bénéfice aux États-Unis, au niveau mondial.

 

Contre l’unilatéralisme US : une lueur d’espoir

par Paul Craig Roberts

Le 28 juillet 2017

Source:http : //lesakerfrancophone.fr/contre-lunilateralisme-us-une-lueur-despoir

Source originaire : katheon

2015-12-23_11h07_45-150x150

L’Amérique présente  un visage décourageant depuis que, d’une part, les néoconservateurs ont dirigé la politique étrangère des États-Unis pendant le régime de Clinton et ont  amorcé deux décennies de crimes de guerre qui définissent l’Amérique du XXIe siècle et, d’autre part, depuis que les entreprises américaines ont trahi la main-d’œuvre de leur pays en déplaçant les emplois américains en Asie.

La perspective est devenue plus sombre lorsque le régime d’Obama a ressuscité la menace russe et a élevé la perspective d’un conflit militaire entre les puissances nucléaires.
Comme l’Europe est prise entre les deux, dans des circonstances normales, les pays européens auraient insisté pour que Washington cesse les provocations gratuites contre la Russie. Mais les circonstances normales n’ont jamais existé. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les pays européens ont été des vassaux sans politiques économique et étrangère indépendantes.
L’Europe accueille des bases militaires américaines qui menacent la Russie. L’Europe a soutenu les guerres d’agression de Washington contre la Serbie, l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Syrie, les attaques aériennes de Washington contre les provinces du Pakistan et l’utilisation, par Washington, de l’Arabie saoudite pour mener sa guerre par procuration contre le Yémen.
L’Europe a soutenu les sanctions économiques gratuites de Washington contre l’Iran et la Russie, des sanctions qui ont coûté beaucoup à l’Europe et peu à Washington.
Habitué à être obéi par l’Europe, Washington engage celle-ci sans même consulter leurs gouvernements vassaux. Maintenant, il semble que l’extraordinaire arrogance et l’hubris de Washington ont passé les bornes. Confronté à une nouvelle série de sanctions contre la Russie, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a déclaré que le temps était révolu où Washington pouvait faire primer ses intérêts sur ceux de l’Europe.
Les nouvelles sanctions ont des conséquences économiques et politiques dévastatrices pour l’Europe. Juncker a déclaré : « Si les préoccupations de l’Europe ne sont pas suffisamment prises en compte, nous sommes prêts à agir de manière appropriée en quelques jours. »
Les ministères des Affaires étrangères allemand et français ont apporté leur soutien à Juncker. Le ministère allemand des Affaires étrangères a déclaré : « Ce n’est pas aux Américains que revient le droit de juger ou de préciser de quelle manière les entreprises européennes peuvent engager une coopération avec des tiers, en particulier avec les entreprises énergétiques russes. »
Le ministère français des Affaires étrangères a déclaré : « les sanctions contredisent le droit international  en raison de leur portée extraterritoriale ».
L’Europe considère les sanctions comme un outil de la politique industrielle américaine qui met les intérêts commerciaux des États-Unis avant les intérêts commerciaux de l’Europe.
Espérons que l’arrogance de Washington ne lui permettra pas de faire reculer l’Europe et que celle-ci lui fera un bras d’honneur et se désengagera de l’Empire américain. Sans une Europe qui accepte de loger ses bases militaires et qui ânonne sa propagande, la capacité de Washington de menacer la Russie diminuerait considérablement. En effet, une continuation de l’attitude hostile menaçante envers la Russie laisserait Washington isolé dans le monde. Aucun pays ne veut courir le risque de subir une guerre nucléaire uniquement pour le bien-être de l’unilatéralisme américain.
Paul Craig Roberts
Traduit par jj, relu par Catherine pour le Saker Francophone

Dégâts collatéraux. Les sanctions US visent la Russie, et frappent l’Europe

par Diana Johnstone
Source : http://arretsurinfo.ch/degats-collateraux-les-sanctions-us-visent-la-russie-et-frappent-leurope/
Source originaire : http://www.unz.com/article/collateral-damage/
28 juillet 2017

Savent-ils ce qu’ils font? Lorsque les représentants au Congrès américain adoptent des sanctions qui visent surtout à affaiblir le Président Trump et à exclure tout effort d’améliorer les relations avec la Russie, savent-ils que ces mesures reviennent à une déclaration de guerre économique contre leur chers « amis » européens ?
Qu’ils le sachent ou non, ils s’en fichent. Les politiciens outre-Atlantique voient le reste du monde comme un grand arrière-pays, à exploiter, punir ou ignorer avec impunité.
La Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act (l’Acte de sanctions pour lutter contre les adversaires de l’Amérique) fut adoptée le 25 juillet par 419 députés de la Chambre contre trois. Une version précédente fut adoptée par tous les Sénateurs sauf deux. Le passage final est certain, dans des proportions telles qu’il puisse passer outre à un éventuel véto présidentiel.
Cette crise de colère du Congrès frappe dans tous les sens. Les victimes principales seront sans doute les chers alliés européens, en particulier l’Allemagne et la France – qui, soit dit en passant, peuvent parfois être des concurrents économiques des Etats-Unis. Mais de telles considérations ne frôlent pas l’esprit des nobles élus du peuple américain, tous dévoués à l’avancement de la moralité universelle.
La “puissance douce” américaine frappe dur
Sous le régime des sanctions U.S., chaque nation qui fait des affaires avec la Russie (ou avec les autres pays cités) peut se trouver dans le pétrin. En particulier, cette loi vise toute entreprise engagée dans la construction du gazoduc Nord Stream 2, destiné à provisionner l’Allemagne en gaz naturel de la Russie.
Petit détail : les sociétés américaines sont prêtes à donner un coup de main à leurs amis allemands en leur vendant leur propre gaz naturel, obtenu par fracturation, beaucoup plus cher.
Ce n’est qu’un des moyens par lesquels cette loi soumettrait les banques et sociétés européennes à des restrictions, poursuites judiciaires et amendes gigantesques. Tout en prêchant la « libre compétition » au monde entier, les Etats-Unis prennent constamment des mesures pour l’entraver.
Depuis l’accord de juillet 2015 qui garantissait le non-développement d’armes nucléaires par l’Iran, les sanctions internationales contre ce pays furent levées, mais les Etats-Unis en a gardées d’autres, plus anciennes. Ainsi, toute entreprise européenne qui envisage de faire des investissements ou de commerce avec l’Iran a toutes les chances de recevoir une lettre d’une entité basée à New York, s’appelant United Against Nuclear Iran (Unis contre l’Iran nucléaire) qui prévient qu’il reste « de sérieux risques légaux, politiques, financiers et de ternir sa réputation, associés au commerce avec l’Iran, surtout dans les secteurs de l’économie iranienne tels que le pétrole et le gaz. » Parmi les risques cités on trouve des milliards de dollars d’amendes, la surveillance par un grand nombre d’organismes de régulation, des dangers personnels, la cyber-insécurité, la perte de bonnes affaires, une mauvaise réputation et un déclin de la valeur boursière.
Les Etats-Unis se comportent en gangster en toute impunité parce que pendant de longues années ils ont crée un vaste labyrinthe juridique, impénétrable et capable de s’imposer à la vie économique du « Monde Libre » grâce à l’omniprésence du dollar, des capacités de renseignement sans pareil et l’intimidation pure et simple.
Les dirigeants européens ont réagi avec indignation à cette dernière rafale de sanctions. Le ministère des affaires étrangères allemand jugeait « inacceptable d’utiliser les sanctions comme un instrument pour servir les intérêts de l’industrie des Etats-Unis ».
Le Quai d’Orsay a dénoncé comme illégale « l’extraterritorialité » de la législation américaine, annonçant que «pour nous protéger des effets extraterritoriaux de cette législation, il faut adapter nos lois françaises et européennes ».
En effet, l’imposition arrogante des Etats-Unis de leurs propres lois aux autres pays inspire une croissante amertume en France. Déjà le 5 octobre dernier, un rapport sérieux sur « l’extraterritorialité de la législation américaine » fut présenté aux commissions des affaires étrangères et de la finance de l’Assemblée nationale.
L’extraterritorialité
Le président de la commission d’enquête qui a produit ce rapport, Pierre Lellouche, a résumé la situation ainsi:
“Les faits sont très simples. Nous sommes devant un mur de législations américaines extrêmement touffues avec une intention précise qui est d’utiliser le droit à des fins d’imperium économique et politique dans l’idée d’obtenir des avantages économiques et stratégiques. Comme toujours aux Etats-Unis, cet imperium, ce rouleau compresseur normatif se déroule au nom des meilleures intentions du monde puisque les Etats-Unis se définissent comme un benevolent power, c’est-à-dire un pays qui ne peut faire que le bien. »
Toujours au nom de la « lutte contre la corruption » ou la « lutte contre le terrorisme », les Etats-Unis entament les poursuites contre tout ce qui peut être appelé une « U.S. person », ce qui selon le droit bizarre du pays peut désigner n’importe quelle entreprise liée au pays par une filiale américaine, ou qui est côté en bourse à New York, ou qui utilise un serveur basé aux Etats-Unis, ou qui tout simplement fait du commerce en dollars, ce qu’aucune entreprise internationale ne peut éviter.
En 2014, la plus grande banque française, BNP-Paribas, s’est résignée à payer aux Américains des amendes de presque neuf milliards de dollars, rien que pour avoir utilisé des transferts en dollars au cours de transactions avec des pays sous sanctions américaines. Ce commerce était parfaitement légal en droit français. Mais parce que les échanges étaient en dollars, elles transitaient par les Etats-Unis, où elles étaient repérées par les régulateurs.
Dans ces cas, les banques européennes ont le choix entre se faire traîner devant les tribunaux hostiles pour des procès interminables, ce qui entraînerait divers ennuis et punitions même avant le verdict, ou bien, suivre le conseil des avocats d’affaires américains bien rémunérés et accepter d’entrer dans l’obscure culture judiciaire américaine du  plea bargaining , du « plaider coupable », pour y échapper.  Tout comme le misérable accusé de piquer des pommes, les entreprises européennes sont incitées à se confesser pour échapper à des conséquences bien pires.
Alstom, joyau de l’industrie française, a cédé sa branche énergie au géant américain General Electric en 2014, au moment où Alstom était sous pression américaine suivant des accusations de corruption (probablement liées à des dessous-de-table versés aux intermédiaires de certains pays du Sud).
Selon le rapport parlementaire déjà cité :
« Le rachat de la branche énergie d’Alstom par General Electric a également suscité des interrogations sur une éventuelle instrumentalisation des procédures pour corruption engagées contre Alstom en vue de convaincre ses dirigeants de choisir l’offre américaine plutôt que celle de Siemens et de Mitsubishi. … Selon Le Figaro du 17 décembre : « les avocats de GE auraient joué un rôle clé : leur intervention aurait permis de faire baisser le montant en échange d’une promesse d’appliquer le code de bonne conduite du groupe américain chez le français. L’accord ne devait toutefois être révélé qu’après la finalisation de l’opération pour que l’amende n’apparaisse pas comme un élément qui aurait fait pencher la balance du côté américain plutôt qu’en faveur de Siemens-Mitsubishi » ».
« À propos de cette amende, qui s’est tout de même élevée à 772 millions de dollars, il faut ajouter qu’au nom de la continuité juridique de la société Alstom, c’est ce qui reste de celle-ci, c’est-à-dire essentiellement l’ex-branche transport, laquelle ne représentait qu’un tiers du chiffre d’affaires du groupe avant son démantèlement, qui l’a réglée, alors même que les manquements à l’origine de cette sanction concernaient les activités énergie reprises par General Electric ! »
L’hypothèse sous-jacente à ces poursuites est que la supposée corruption enlève des marchés aux firmes américaines plus vertueuses. Cela peut bien être le cas, mais ce qui manque est la moindre réciprocité. Toute une panoplie d’agences américaines, avec les moyens d’espionner n’importe quelle communication, est consacrée à la tâche de traquer les méfaits de leurs concurrents partout dans le monde. Par exemple, l’Office of Foreign Assets Control, travaille à cette tâche avec 200 employés et un budget de plus de $30 million. Son homologue à Paris emploie cinq personnes.
Le dernier volet de sanctions est destiné à exposer les banques et les entreprises européennes à des conséquences encore plus sévères, surtout en ce qui concerne le gazoduc Nord Stream.
Il faut noter que les sanctions font partie de toute une série de mesures législatives qui visent à miner la souveraineté nationale en créant une juridiction globale où n’importe qui peut poursuivre n’importe qui d’autre pour n’importe quoi, mais où la capacité ultime d’enquêter et d’imposer la loi reste chez les Américains.
Sabotant l’économie européenne
Plus d’une dizaine de banques européennes se sont trouvées dans le collimateur moralisant étasunien (anglaises, allemandes, françaises, néerlandaises, suisses), qui vise les grands pays, tandis que l’influence américaine écrasante dans des pays du Nord-Est – Pologne, les Etats Baltes et même la Suède – empêche l’Union Européenne de prendre des mesures d’autodéfense contraires aux intérêts américains.
Le plus gros poisson dans cette expédition de pêche risque d’être la Deutsche Bank. Actuellement, la Deutsche Bank fait l’objet de poursuites pour avoir participé aux spéculations sur les subprimes aux Etats-Unis. Selon Pierre Lellouche, « la Deutsche Bank va être redressée pour un montant de 14 milliards de dollars alors qu’elle en vaut 5 et demi. Surtout, elle est exposée à hauteur de l’équivalent de treize fois le PIB de l’Allemagne. Autrement dit, si cette affaire va à son terme, on risque par un effet de dominos, une crise financière majeure en Europe. »
La question ici n’est pas les pratiques de la Deutsche Bank – sans doute répréhensibles – mais des « deux poids deux mesures » pratiqués par une puissance qui se comporte en empire. Les sanctions sont une véritable épée de Damoclès qui menace les principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis. Ce comportement punitif risque fort de finir par affaiblir l’économie américaine elle-même.
Dans les auditions parlementaire, Elisabeth Guigou a déclaré que la situation est choquante. « Nous avons eu, à plusieurs reprises, des échanges avec des responsables américains, et notamment avec l’ambassadrice américaine en France : nous leur avons indiqué que cette situation était insupportable. »
Jacques Myard enchaînait : « Actuellement, nous assistons à une volonté manifeste des États-Unis d’utiliser leur droit à des fins politiques, de sécurité et d’influence, mais également à des fins commerciales : c’est une volonté impérialiste. Le droit américain est utilisé pour obtenir des marchés et éliminer des concurrents. Nous devons ne pas être naïfs et prendre conscience de ce qui se passe. … En effet, les grands groupes sont dans les mains des cabinets d’avocats américains, qui leur conseillent de ne surtout pas avertir les autorités françaises, et de régler leurs procès discrètement, grâce au mécanisme du plaider coupable ; ces cabinets facturent pour cela des honoraires substantiels. »
Cette enquête marquait un pas vers une prise de conscience et de la résistance contre une nouvelle forme de “taxation sans représentation”.  Les députés s’accordaient pour dire qu’il faut faire quelque chose.
C’était en octobre dernier. Au mois de juin, lors des élections parlementaires, le président de la commission, Pierre Lellouche, la rapporteur Karine Berger, Elisabeth Guigou et Jacques Myard ont tous perdu leurs sièges en faveur des novices du parti de Macron, La République en marche. Les nouveaux arrivants semblent désorientés, et peu enclins à confronter la puissance impériale. Macron non plus, lui qui a facilité la reprise d’Alstom par General Electric en 2014.
Pourtant, il y a des situations si déséquilibrées qu’elles ne peuvent pas durer indéfiniment.

Uranium appauvri en Serbie en 1999 : une équipe internationale d’avocats poursuit l’OTAN en justice

Encore une information que les médias occidentaux

passent sous silence

Nous étions alors désespérément seuls contre cette guerre criminelle qui frappait la Yougoslavie. Tous les journalistes, toutes les rédactions, étaient résolument pour. Tous nos amis de gauche étaient fanatiquement pour. Toutes les grosses ONG étaient pour. Tous les partis écologistes européens étaient fanatiquement pour. Ils n’ont  pas protesté quand il s’est avéré que les bombardiers des pays de l’OTAN pilonnaient un pays, un peuple qui ne se battait pas, avec des armes contenant de l’uranium appauvri, aux conséquences terribles…Il n’y avait pas internet. Il nous était alors impossible de publier un point de vue autre. Un seul journaliste, Jacques Merlino, parmi les journalistes envoyés sur le terrain [1], a résisté, en ne relayant pas la propagande de l’OTAN. Silvia Cattori

 

59411158c461886e108b4681-1.jpg

 

Source : https://francais.rt.com/international/39714-serbie-uranium-appauvri-plainte-avocats-otan

14 juin 2017

 

18 ans après les opérations militaires en ex-Yougoslavie, la Serbie a décidé de poursuivre les pays de la coalition menée par les Etats-Unis. La population continue de souffrir des conséquences de l’utilisation de munitions à l’uranium appauvri.

La Serbie a annoncé son intention de poursuivre en justice les pays de l’OTAN pour l’intervention de 1999 en ex-Yougoslavie. A l’initiative de l’Académie serbe des sciences et des arts, une équipe de juristes internationale se prépare à saisir les autorités judiciaires de chacun de ces pays, parmi lesquels les Etats-Unis et le Royaume-Uni. «Entre dix et 15 tonnes d’uranium appauvri ont été utilisés lors des bombardements de l’OTAN en Serbie en 1999», rappelle Srdjan Aleksic, l’un des avocats qui supervise la procédure légale. «A cause de cela, chaque année, 33 000 personnes tombent malades en Serbie. Cela représente un enfant par jour», a-t-il ajouté.

Interrogé sur l’opportunité d’intenter des procès 18 ans après les faits, le juriste a mis en avant les conséquences terribles sur la population des opérations militaires de l’OTAN. «Il n’est jamais trop tard pour poursuivre les responsables d’une catastrophe environnementale, [ceux] qui ont bombardé la Serbie avec des armes quasi nucléaires, c’est-à-dire contenant de l’uranium appauvri.» Toujours selon l’avocat, l’utilisation d’armes interdite par la coalition en Serbie en 1999 constitue une violation de toutes les conventions internationales et des lois qui protègent les populations.

Dans un rapport rendu public en 2000, l’OTAN a reconnu avoir utilisé des munitions contenant de l’uranium appauvri non seulement dans les Balkans mais aussi lors de la guerre en Irak de 1991. «A proximité des impacts de munitions à uranium appauvri, il n’est pas exclu que des personnes ignorant les risques de contamination […] puissent avoir été exposées à des radiations ou absorbé des quantités d’uranium excédant les normes internationales», concède le document. Le tout, en cas de guerre avec l’OTAN, c’est en définitive d’être bien informé.

[1] Jacques Merlino – Les vérités yougoslaves ne sont pas …

jacques-merlino-les-vc3a9ritc3a9s-yougoslaves