Le Kosovo, État croupion, a déjà 10 ans

Source : Le blog de Jean-Luc Mélenchon
L’ère du peuple
mardi 20 février 2018

kosovo.jpg

Crédits photo : David Liuzzo

Le 17 février, c’était le 10ème anniversaire de la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo. 10 ans plus tard, une grande partie de la communauté internationale ne reconnait pas cette déclaration d’indépendance. C’est le cas de 80 pays, par exemple de la Chine, la Russie, le Brésil, l’Inde, l’Espagne ou la Grèce. Mais aussi de l’Union européenne. Je veux revenir sur cet évènement car il a son importance dans la déstabilisation de l’ordre international dont nous subissons aujourd’hui les conséquences.
Le 23 mars 1999, l’OTAN décide de bombarder le territoire yougoslave et sa région du Kosovo. 13 000 morts pour la bonne cause ! Celle-ci était déstabilisée par une vague de violences entre Albanais et Serbes depuis 1996 en raison de l’action déstabilisatrice d’une organisation « nationaliste » kosovare, l’UCK et de la répression du gouvernement serbe qui s’en est suivie. Les États-Unis se sont alors érigés en défenseurs des minorités et du Bien pour justifier leur intervention militaire comme ils le feront plus tard dans le cas de l’Irak. Et comme ils le font partout. Comme ils le font pour prendre la main sur une zone. Ici il s’agissait de rayer de la carte l’influence politique de la Serbie. Bien sûr, il s’agissait essentiellement de propagande guerrière. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les conséquences de leurs bombardements. D’après l’association humanitaire Human Rights Watch, ils ont entrainé la mort de 528 civils, dont deux tiers de réfugiés kosovars, censés être protégés par l’intervention américaine. Les manipulations médiatiques pour camoufler des bombardements en « opération humanitaire » ont été largement analysées dans le livre de Serge Halimi et Dominique Vidal « L’opinion, ça se travaille ».
La guerre du Kosovo est un cas d’école de l’alignement médiatique sur les éléments de langage fournis par l’armée américaine. Les journaux atlantistes français se sont encore couverts de honte. Mais leurs méthodes de bourrage de crâne et de saturation de l’opinion par des manipulations est cependant efficace, il faut bien en convenir. Dix ans, après le lavage de cerveau tient ses effets : personne ne se rappelle de rien, le mot Kosovo a disparu du vocabulaire mémorisé. Les trafics d’organes prélevés sur les prisonniers par les héros libérateurs du Kosovo sont passé inaperçus, l’installation d’une base géante des USA dans l’État croupion n’a pas été commentée. La responsabilité des mafias albanaises protégées par le pouvoir dans ces trafics et quelques autres ne se discute pas. Et pas davantage n’ont été à la une les révélations de la présidente du Tribunal Pénal International révélant qu’elle avait été menacée par les voyous kosovars. Le Kosovo est presque une réussite parfaite des capacités de manipulation du soft power médiatique contemporain.
À l’époque, étant donnée l’asymétrie des forces, l’offensive de l’OTAN a rapidement mené au retrait de l’armée yougoslave. Le 10 juin 1999, le conseil de sécurité de l’ONU adopte à l’unanimité une résolution de compromis qui admet la présence de forces de l’OTAN au Kosovo avec des pouvoirs de police très importants mais dans le même temps réaffirme la souveraineté de la République yougoslave (qui deviendra la Serbie) sur sa province sud, le Kosovo. La présence militaire de l’OTAN est conçue dans la cadre d’un statut inédit de protectorat international provisoire. L’indépendance du Kosovo n’est pas envisagée. Elle ne pourrait pas être acceptée, en particulier par la Russie dont l’allié historique dans les Balkans est la Serbie. Blablabla. Tout cela sera foulé aux pieds et les habituels thuriféraires de « la communauté internationale » ont fermé leurs grandes bouches.
La situation a vite évolué. L’ONU rouvre ensuite les négociations sur le statut du Kosovo en 2006. Des vagues de violence télécommandées gâchaient opportunément le paysage. Les organisations « nationalistes » kosovares s’en donnaient à cœur joie. Le résultat de ces négociations est inacceptable pour la Serbie : c’est le plan Ahtisaari. Il propose de fait l’indépendance du Kosovo. Plus précisément, il propose tous les attributs de l’indépendance. L’ONU ne peut pas déclarer l’indépendance d’un État qui procède uniquement de deux actes : une déclaration et la reconnaissance par la communauté internationale.  Comme prévu, la résolution présentée devant le conseil de sécurité est cette fois refusée, du fait de l’opposition évidente de nombreux pays et notamment de la Chine et de la Russie. Qu’importe, les États-Unis ont décidé que leur protectorat devait se séparer de la Serbie. Ainsi, le 17 février 2008, le Parlement kosovar déclare unilatéralement son indépendance et sa sécession de la Serbie.
Cette indépendance est immédiatement reconnue par les États-Unis et leurs alliés. Ils trahissent donc la parole qu’ils avaient donné 9 ans plus tôt en votant la résolution reconnaissant la souveraineté de la Serbie sur le Kosovo. Bien sûr, la souveraineté du Kosovo est essentiellement imaginaire. 19 ans après 1999, les troupes de l’OTAN sont toujours présentes massivement au Kosovo qui dépend entièrement de cette présence pour son existence. L’enclave, privée de toutes ressources, n’en finit pas de plonger dans la misère : le taux de chômage chez les jeunes y atteint 60%. Le Kosovo n’existe pas. Cette enclave est ingouvernable et non viable.
Au plan des relations internationales, le résultat de cet épisode de l’Histoire est la rupture des règles sur lesquelles repose la confiance entre les puissances. La Chine et la Russie ne croient plus la parole américaine. C’est la raison pour laquelle, aujourd’hui, elles ne peuvent plus compter sur la simple bonne foi des États-Unis pour accepter des résolutions au Conseil de sécurité dès que le contenu permet une interprétation guerrière par les USA et leurs supplétifs. Le précédent du Kosovo a porté un coup au principe d’intangibilité des frontières en Europe, un pilier de la stabilité géopolitique sur notre continent. Dès lors, on comprend par exemple que le ministre des affaires étrangères russe y fasse référence pour justifier le rattachement de la Crimée à la Russie en 2014. Même si, à la différence des Américains et de leurs alliés, les russes n’ont bombardé personne en Crimée.
L’affaire du Kosovo est un exemple parmi d’autres de la façon dont les États-Unis, par leurs actions agressives, déstabilisent l’ordre international. Quant à notre pays, il ne peut pas, en étant dans l’OTAN, promouvoir le respect du droit international et de l’ONU comme cadre de dialogue entre les États. En redevenant indépendants, le moment venu, la France pourra au contraire contribuer à faire émerger le nouveau monde qu’il est urgent de faire naitre pour que la paix soit préservée. Un monde où les États-Unis auront été ramené à la raison.

L’OTAN continue de préparer sa zone de déploiement en Europe de l’Est Des mesures en faveur de la paix sont de plus en plus urgentes

 

Horizons et débats
2 janvier 2108
Case postale 729
CH-8044 Zurich

Depuis quelques années se déroule en Europe de l’Est un déploiement militaire stratégique et sournois de l’OTAN. L’Union européenne et les Etats alliés à l’OTAN n’ont, jusqu’à ce jour, pas réussi à arrêter ce processus. Dès le coup d’Etat de Kiev au printemps 2014, il est apparu évident que la politique internationale des Etats-Unis visait à «encercler» la Russie et à y faire participer les Etats européens. La réunion des ministres de la Défense des Etats membres de l’OTAN, et la réunion consécutive des ministres de la Défense de l’Union européenne de début novembre à Bruxelles ne laisse planer aucun doute sur le caractère agressif de leur politique.

«Il est également évident qu’à l’ère nucléaire, un conflit guerrier ne met pas en cause uniquement l’existence de l’Europe. La Russie a déclaré sans équivoque qu’elle utilisera des armes nucléaires au cas où son propre territoire serait attaqué militairement.»
rt. Le déploiement militaire de l’OTAN le long de la frontière russe est clairement visible dès 2014, et continue à l’être. Horizons et débats a déjà donné des informations au sujet des déplacements en juin 2017 de blindés des ports allemands de la mer du Nord à travers l’Allemagne et l’Autriche vers l’Europe de l’Est. 500 véhicules blindés britanniques et américains furent transportés dans des Etats limitrophes de la Russie. Depuis 2014, les médias ont maintes fois mentionné des transports militaires transitant par les ports allemands tels Bremerhaven. Avec la présence renforcée de forces spéciales américaines en Europe de l’Est, on a atteint une nouvelle étape des préparatifs pour des opérations militaires (cf. Horizons et débats n° 29/30 du 27/11/17).
Voies de transport pour l’OTAN
Lors de la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN du 8 et 9 novembre à Bruxelles, on a officiellement décidé de renforcer les infrastructures militaires à l’Est afin de pouvoir déployer les troupes plus rapidement. Les frontières nationales ne doivent plus présenter d’obstacles «bureaucratiques». Cette maniabilité sans frontières représente un «modèle exemplaire» de la coopération entre l’OTAN et l’UE (dixit le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg, «Neue Zürcher Zeitung» du 9/11/17). En outre, on prévoit d’installer deux nouveaux quartiers généraux de l’OTAN. Quiconque se rendait récemment en voiture dans les pays d’Europe orientale a remarqué avec étonnement diverses nouvelles autoroutes bien construites et très peu utilisées.
Développement accéléré de l’armée de l’UE
Parallèlement aux décisions prises par l’OTAN, 23 des 28 ministères de la Défense des Etats membres de l’UE ont décidé, le 12 novembre, d’intensifier l’intégration de leurs armées (Pesco), y compris l’Autriche neutre. Il a notamment été convenu d’augmenter chaque année les dépenses militaires, de faire avancer les projets européens d’armement et de créer pour de bon la troupe d’intervention rapide de l’UE planifiée depuis longtemps. La Grande Bretagne, le Danemark, l’Irlande, Malta et le Portugal n’ont pas signé cet accord.
La Russie n’est pas intéressée à un conflit militaire
Les médias ne s’intéressent pas à connaître le nombre de troupes et d’armes ayant déjà été déployé en Europe orientale. En réalité, les nombreux exercices de l’OTAN ou d’Etats membres de l’OTAN dans la région ne servent pas uniquement à l’entrainement en cas d’urgence, mais également à développer des infrastructures et la mise à disposition de matériel de guerre. Selon l’avis d’experts militaires, le potentiel actuel de l’OTAN n’est pas (encore) suffisant pour une attaque. Cependant, avec toute augmentation du potentiel en place, le danger de guerre augmente.
Contrairement au secrétaire général de l’OTAN, le Norvégien Jens Stoltenberg, l’expert militaire et ancien conseiller de longue date du chancelier allemand Erich Vad conteste le fait que la Russie puisse représenter une menace militaire. La Russie est plutôt intéressée à une coopération avec l’Occident (cf. «Luzerner Zeitung» du 16/11/17).
La guerre économique est en cours
Parallèlement au déploiement de l’OTAN, les Etats-Unis exigent que soit menée une guerre économique contre la Russie. Celle-ci n’affaiblit pas seulement la Russie, mais également la conjoncture de nombreux Etats européens (alors que l’industrie américaine est toute contente de reprendre un grand nombre de ces commandes). En outre, la centrale bruxelloise a commencé, sur insistance de quelques Etats membres de l’UE, de prendre des mesures contre le projet allemand de gazoduc «Nord-Stream 2». Ce projet peut assurer un approvisionnement complémentaire en énergie pour une grande partie du continent. Sinon, il faudra acheter le gaz manquant aux Etats-Unis, à des prix plus élevés…
Construction de stéréotypes par les médias
Depuis 2014, des observateurs spécialisés constatent que les médias mainstream renforcent à nouveau systématiquement les réflexes et les stéréotypes antirusses au sein de la population (cf. Hofbauer, Hannes. Feindbild Russland. 2016, ISBN 978-3-85371-401-0). En général, les historiens considèrent un tel conditionnement comme étant des préparatifs de guerre typiques. Il est déjà très bien documenté que les grands médias européens reprennent sans broncher les objectifs transatlantiques (Krüger, Uwe. Meinungsmacht. 2014, ISBN 978-3-869621241 ou http://www.swisspropaganda.ch).
L’Europe, un champ de bataille potentiel
Depuis que le document stratégique de Barnett issu du Pentagone est discuté publiquement, on arrive à mieux saisir les réflexions stratégiques à l’origine de nombreux conflits. Il semble qu’il ne s’agit plus de «gagner» des guerres dans le sens traditionnel, mais d’engouffrer des régions entières dans le chaos (Irak, Afghanistan, Yémen, etc.) pour les mettre hors de combat ou pour les contrôler (Barnett, Thomas P. M. The Pentagon’s New Map, War and Peace in the Twenty-first Century. Putnam Publishing Group 2004).
Il est peu probable que dans les capitales européennes, on n’ait pas encore réfléchi aux risques d’une tension croissante et continue avec la Russie. Les politiciens et les militaires européens savent eux aussi parfaitement qu’un futur champ de bataille couvrirait des territoires russes et de grandes parties de l’Europe (mais certainement pas des Etats-Unis).
Pousser l’anticipation jusqu’au bout
Il faut donc se poser la question de savoir si les dirigeants russes accepteront sans nécessité une guerre sur leur propre territoire. Tout gouvernement responsable protégera sa population et n’acceptera pas de l’exposer à un conflit imminent sur son propre territoire. La Russie a vécu et souffert de telles situations à plusieurs reprises. Où donc les dirigeants russes transféreront-ils, à l’ère des «troupes d’intervention flexibles», un futur champ de bataille? A Francfort, à Paris ou à Zurich …? En Syrie, l’armée russe a démontré qu’elle est capable de contrôler militairement de vastes territoires éloignés, d’y maintenir le contrôle et de les protéger par des systèmes d’armements perfectionnés.
Il est également évident qu’à l’ère nucléaire, un conflit guerrier ne met pas en cause uniquement l’existence de l’Europe. La Russie a déclaré sans équivoque qu’elle utilisera des armes nucléaires au cas où son propre territoire serait attaqué militairement.
Tirer les conséquences
Dans la situation politique tendue de fin 2017/début 2018, il faut consciemment exiger plusieurs mesures menant à une désescalade. Mais cela demande une volonté politique sincère de toutes les personnes concernées. Il y aurait suffisamment de possibilités. Les observations militaires mutuelles dans le sens de mesures de confiance pourraient massivement être développées et élargies. Pour réduire les tensions, le nombre de réunions régulières dans le cadre de l’OSCE pourraient rapidement être multiplié. Le boycott insensé de la Russie peut rapidement être levé, afin de créer une «transformation par le commerce». L’Europe pourrait émettre des signaux clairs dans cette direction. Ceci serait un premier pas en direction d’une désescalade, pouvant débuter aujourd’hui déjà. Ces mesures seraient également les bienvenues auprès des forces raisonnables d’outre-Atlantique!    •
Repenser le rôle de la Suisse
rt. De plus en plus, il est nécessaire d’ajuster les coordonnées de la politique étrangère et de défense de la Suisse, pour ne pas se trouver dans le collimateur de réflexions géopolitiques et militaires. Certes, la situation était chaque fois différente en 1848, 1870, 1914, 1939, 1989 et en 2001. Mais la stratégie raisonnable de rester neutre est toujours la même, même en cette année commémorative des 600 ans de Saint Nicolas de Flüe. Pour cela, il faut réagir à temps et de manière très sensible aux signes extérieurs, pour rendre (à nouveau) la Suisse apte à contrecarrer toute tentative de malveillance à son égard.
«Complexe militaro-industriel»
rt. Selon la dernière publication (avril 2017) de l’institut suédois Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), les dépenses militaires mondiales ont encore augmenté au cours de l’année passée. Depuis 2010, les chiffres ne cessent d’augmenter. En 2016, les Etats ont dépensés 1686 milliards de dollars pour leurs armées. Plus de la moitié du chiffre d’affaires mondial profite aux grands groupes d’armements américains. Les raisons primordiales pour ces ventes sont l’augmentation du nombre de régions en conflits et la modernisation des systèmes d’armement. En comparant les dépenses des pays dans ce domaine, il s’avère que les Etats-Unis déboursent davantage que l’ensemble des huit Etats suivants (Chine, Russie, Arabie saoudite, Inde, France, Royaume-Uni, Japon, Allemagne).
Il est donc facile de déterminer les profiteurs du réarmement et de l’escalade militaire dans le monde. Ce sont les grands groupes du «complexe militaro-industriel», terme utilisé, à titre d’avertissement, par le président américain sortant Dwight Eisenhower en 1961. Il voulait ainsi caractériser les étroits liens personnels entre l’industrie militaire et la politique. Les entreprises américaines principales sont Lockheed, Raytheon et Boeing. En Europe, les grands groupes s’appellent, entre autres, EADS/Airbus Group, Dassault ou Krauss-Maffai. Naturellement, ce sont aussi tous les actionnaires de ses entreprises qui «profitent» de ces «affaires». Cependant, il est peu probable que tous les actionnaires européens pourront personnellement profiter de l’augmentation fulgurante de la valeur de leurs actions après le déclenchement d’une nouvelle guerre dans nos contrées.

Remise de la présidence de l’OSCE à l’Italie

Peu de progrès en Ukraine orientale

rt. Le 8 décembre, Sebastian Kurz, chancelier désigné de la République d’Autriche et actuellement ministre des Affaires étrangères, a commenté, lors de la réunion des ministres, le bilan de la présidence de l’Autriche de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Il a souligné que la pensée en blocs idéologiques empêchait les progrès, notamment dans le contexte de la crise ukrainienne et des rapports tendus en Transnistrie. Malheureusement, cette manière de penser fait obstacle à des progrès substantiels dans les activités de l’OSCE.
M. Kurz a mentionné positivement l’augmentation du budget de l’OSCE acceptée par les 57 Etats membres, car l’escalade des conflits exige davantage de moyens.
Lors de cette réunion, Kurz s’est référé à sa proposition d’installer une mission de paix de l’ONU en Ukraine. Cela pourrait être une contribution à la détente désirée de cette crise.
Nouvellement élu en juillet, le secrétaire général de l’OSCE, le diplomate suisse Thomas Greminger, a mis l’accent sur l’important rôle de l’OSCE en tant que plateforme permettant aux gouvernements concernés de reprendre et faciliter le dialogue. En marge des réunions ministérielles, les rencontres informelles ont souvent une grande importance.
Tant M. Kurz que M. Greminger ont félicité les diverses équipes de l’OSCE qui ont, par leur engagement actif, contribué aux résultats de l’année écoulée.
* * *
rt. L’Autriche remet la présidence de l’OSCE pour 2018 à l’Italie. Les maigres résultats atteints par l’OSCE en 2017 sont, compte tenu de la situation difficile en Europe orientale, plutôt déprimants. Le rôle que jouent les pays atlantistes dans l’actuelle situation géopolitique est dévastateur. Des organisations telles que l’OSCE et l’ONU sont de grande importance pour «contrôler» les zones de conflits et chercher des voies à des solutions pacifiques ou, au moins, tenir à disposition les canaux nécessaires pour d’éventuels échanges diplomatiques informels.
Une des conditions préalables est la volonté sincère des Etats signataires de l’OSCE. Les raisons du peu de résultats atteints par cette organisation en Ukraine orientale ne sont certes pas à attribuer à la présidence autrichienne, mais plutôt à la stratégie générale des Etats-Unis et de leurs «alliés» européens de placer leurs pions aussi près que possible de la frontière russe et d’y attiser les conflits. Aussi longtemps que l’OSCE est utilisée par certains membres comme plateforme de propagande pour continuer à isoler la Russie, cette organisation ne sera pas un interlocuteur fiable pour Moscou. A plusieurs reprises, certains pays occidentaux ont sapé les Mesures de facilitation de la confiance et de la sécurité (CSBM: Confidence and Security Building Measures) et du Document de Vienne (inspections mutuelles des activités militaires). Suite à ces expériences, la Russie n’accepte plus de telles propositions. C’est aussi la raison pour laquelle la présidence de l’Allemagne, dont le but était de développer le Document de Vienne, n’a pas été couronnée de succès.
Dans cette situation, les médiateurs neutres – tels les représentants de la Suisse – gagnent à nouveau en importance, car ils sont capables, indépendamment du durcissement des positions, de maintenir le contact avec tous les groupes participant au conflit.

Que peut faire Trump ?

par Paul Craig Roberts

4 août 2017

Source : http://lesakerfrancophone.fr/que-peut-faire-trump

Source originaire : katehon

1718315_1280x720

Donald Trump, en tant que président des États-Unis, était l’espoir de l’humanité, ou bien, devrais-je dire, l’espoir de cette partie de l’humanité consciente du danger inhérent à la provocation de conflits entre puissances nucléaires.

 

Pendant deux décennies, les régimes Clinton, George W. Bush et Obama ont jeté des bâtons, des pierres et des injures à l’ours russe. Les États-Unis ont rompu l’accord de sécurité en aggravant la menace que la Russie perçoit, en menant des jeux de guerre aux frontières de ce pays, en organisant un coup d’État en Ukraine – une province qui a appartenu à la Russie pendant des siècles – et en entretenant un flot ininterrompu d’accusations fallacieuses.

Le résultat de cette politique irresponsable, inconsidérée et imprudente envers la Russie a été l’annonce par le haut commandement russe, il y a quelques semaines – ignorée par les médias américains – qu’il avait conclu que Washington préparait une attaque nucléaire surprise contre la Russie.

C’est l’événement le plus alarmant de ma vie. Maintenant que les criminels insensés de Washington ont convaincu la Russie que celle-ci est dans les plans de guerre de Washington, la Russie n’a d’autre alternative que de se préparer à frapper la première.

Pendant la Guerre froide, les deux côtés ont reçu de nombreuses fausses alarmes sur des missiles balistiques ICBM entrants, mais parce que les deux parties travaillaient à réduire les tensions, les alarmes sont restées lettres mortes. Mais aujourd’hui, alors que Washington a élevé les tensions à un tel niveau, les deux parties risquent de croire à la fausse alarme. La prochaine fausse alarme pourrait entraîner la fin de la vie sur terre, et pour cela il n’y a personne d’autre à blâmer que Washington.

L’accent que Trump a mis sur la normalisation des relations avec la Russie a été un grand soulagement pour les personnes suffisamment intelligentes pour comprendre les conséquences de la guerre nucléaire. Mais aucune de ces personnes n’est à Washington, au Parti démocrate, au Parti républicain, dans le complexe militaro-sécuritaire, ou parmi les organes de presse prostitués qui se font passer pour des médias en Amérique. Toutes ces personnes veulent détruire Trump parce qu’il veut faire la paix avec la Russie.

Sur les 535 membres de la Chambre des représentants et du Sénat, 530 ont voté à l’appui d’un projet de loi qui viole la séparation des pouvoirs et empêche le président Trump de mettre son veto aux sanctions contre la Russie. Comme le vote est tellement massif qu’il se protège du veto de la Maison Blanche [par plus des deux-tiers des votants], celle-ci a annoncé que Trump signera le projet de loi, renonçant ainsi à son objectif de restaurer des relations normales avec la Russie.

La Maison Blanche croit que, dans la mesure où le projet de loi est immunisé contre un veto, tout ce que Trump pourrait attendre, suite à un veto, est de se voir accusé d’être un agent russe qui exploite sa position pour protéger la Russie, ce qui pourrait facilement le conduire vers une procédure de destitution.

Cependant, il y a des choses que Trump pourrait faire, dans la mesure où le désamorçage de la menace que la Russie perçoit est essentiel pour éviter la guerre, il est impératif qu’il fasse tout son possible pour empêcher le complexe militaro-sécuritaire et ses larbins au Congrès et dans les médias de bloquer l’Amérique dans une impasse mortelle avec la Russie.

Comme je l’ai écrit hier, Trump pourrait porter sa cause devant le peuple américain dans un discours majeur en soulignant que le Congrès viole la séparation des pouvoirs, isole la présidence et lui interdit de réduire les tensions dangereuses que les administrations précédentes ont créées avec une puissance nucléaire de premier rang.

Trump pourrait également dire au Congrès que sa loi est inconstitutionnelle, qu’il ne signera pas et ne mettra pas son veto et, si le Congrès persiste, il le conduira à la Cour suprême.

Trump pourrait également téléphoner aux politiciens allemands et aux PDG des  entreprises qui ont dénoncé les sanctions comme illégales et destinées à servir les intérêts commerciaux américains au détriment de l’Allemagne. Il devrait leur dire de forcer Merkel à annoncer que l’Allemagne n’acceptera pas les sanctions. Les dirigeants de l’UE dénoncent également les sanctions. Trump, avec un peu d’effort, peut organiser l’opposition européenne jusqu’au point où il pourrait dire au Congrès que, en tant que président des États-Unis, il ne peut pas permettre à une collection d’imbéciles stupides – ce qu’est le Congrès – de détruire l’empire de Washington en expulsant les Européens. Si Trump peut amener les Européens à agir, il peut défaire le projet de loi, qui n’est réellement rien d’autre que le service rendu par le Congrès aux contributeurs du complexe militaro-sécuritaire et du lobby industriel de l’énergie à ses campagnes politiques.

Trump est un lutteur. Et c’est là le combat de Trump. Il a tout à gagner en relevant le défi, de même que le reste d’entre nous. Le monde entier devrait être derrière Trump car il n’y a personne d’autre pour désamorcer les tensions qui menacent d’une guerre nucléaire.

J’ai été émerveillé par la bêtise et les mensonges éhontés de la gauche progressiste libérale américaine, qui s’est rangée en bon ordre derrière les efforts du complexe militaro-sécuritaire pour abattre Trump, parce que la paix avec la Russie supprime la justification essentielle si nécessaire au gargantuesque budget et au pouvoir du complexe militaro-sécuritaire. Bien sûr, l’Amérique n’a plus de gauche. Elle a été remplacée par la politique identitaire, une création sioniste, comme l’explique Gilad Atzmon dans ses livres, qui s’avère efficace pour détruire les goyims en leur apprenant à se haïr les uns les autres. Dans la politique identitaire, tout le monde est victime des mâles hétérosexuels blancs, que les identitaires définissent comme un groupe de tarés accrocs aux armes à feu, misogynes, racistes et homophobes. Alors que les « déplorables » de Hillary ont voté pour Trump, la gauche libérale-progressiste hait Trump et apporte son aide au complexe militaro-sécuritaire pour le détruire, même au prix d’une guerre nucléaire.

Comme je l’avais prévu, Trump n’avait aucune idée de la façon de former un gouvernement qui serait à ses côtés et a évidemment complètement échoué. Il est continuellement contredit par son ambassadrice à l’ONU, son secrétaire au Département d’État, son conseiller de sécurité nationale, et son secrétaire à la Défense. Trump est seul dans son gouvernement.

Mais, il pourrait quand même se battre. S’adresser au peuple américain. Organiser les Européens en colère. Attaquer les criminels de Washington avant qu’ils ne détruisent le monde par la guerre.

Déjà au XXIe siècle, Washington a détruit tout ou partie de sept pays, envoyant des millions de réfugiés sur les routes qui, avec les immigrants revendiquant le statut de réfugié, modifient la population de l’Europe en l’effaçant de la surface du globe.

Voilà la récompense de l’Europe pour sa soumission à Washington.

Trump devrait dire à l’Europe : « Il est temps de faire savoir à Washington que vous en avez assez ! »

S’il ne se bat pas et se trouve éconduit par les imbéciles qui le conseillent dans le camp des oligarques dirigeants, Trump, afin de jouer son rôle de leadership, mènera les guerres américaines contre le monde. En tant que chef de guerre, il sera soutenu par l’oligarchie dirigeante, et la racaille des libéraux progressistes – qui auront aidé le complexe militaro-sécuritaire à vaincre l’initiative de Trump pour faire la paix avec la Russie – mais ne pourra plus s’appuyer sur rien.

Voici ma prédiction. La personnalité de Trump le pousse à être un leader. Après avoir été vaincu dans son initiative de paix par le complexe militaro-sécuritaire, les libéraux-progressistes, les démocrates corrompus, les républicains corrompus et les prostitués qui se font passer pour des médias, reprendront leur leadership par des guerres et des agressions contre des ennemis étrangers.

Trump a déjà imposé des sanctions illégales au Venezuela, dans l’espoir de renverser la démocratie vénézuélienne et de restaurer le règne de Washington à travers le petit groupe d’Espagnols de droite qui a traditionnellement dominé le pays.

La Russie et la Chine auraient eu la possibilité de venir en aide au Venezuela et empêcher le renversement du gouvernement démocratiquement élu par Washington, mais les deux pays manquaient de la vision nécessaire. Une fois que Washington aura renversé le gouvernement vénézuélien, il renversera le gouvernement en Équateur et retirera l’asile diplomatique à Julian Assange. Après que Assange, sous la torture, prétendra que WikiLeaks est une organisation russo-américaine financée par Donald Trump et Vladimir Poutine, il sera mis à mort, et la racaille américaine jubilera. Ensuite, Washington renversera la Bolivie et purgera le Brésil de tous ses dirigeants politiques qui n’émargent pas sur les fiches de paies de la CIA.

Ensuite, Washington va stigmatiser la Russie et la Chine comme des « nations hors-la-loi » et, entourées comme elles le sont par les sites de missiles nucléaires américains, Washington exigera la capitulation ou la destruction.

Tout cela semble être un fantasme, n’est-ce pas ? Mais c’est bien réel.

 

Trump’s Choices

Paul Craig Roberts

040817

Source : Katehon 040817

1718315_1280x720

Donald Trump as President of the United States was humanity’s hope, or, I should say, the hope of that part of humanity aware of the danger inherent in provoking conflict between nuclear powers. For two decades, the Clinton, George W. Bush, and Obama regimes have thrown sticks, stones, and nasty words at the Russian bear. The US has broken and withdrawn from security agreement after security agreement and has compounded the threat that Russia sees by conducting war games on Russia’s borders, staging a coup in Ukraine, a province of Russia for centuries, and by a continuous stream of false accusations against Russia.

The result of this irresponsible, thoughtless, and reckless policy toward Russia was the announcement a few weeks ago (ignored by the US media) by the Russian high command that Russian military planners have concluded that Washington is preparing a surprise nuclear attack on Russia

This is the most alarming event of my lifetime. Now that Washington’s criminally insane have convinced Russia that Russia is in Washington’s war plans, Russia has no alternative but to prepare to strike first.

During the Cold War both sides received numerous false alarms of incoming ICBMs, but because both sides were working to reduce tensions, the alarms were disbelieved. But today with Washington having raised tensions so high, both sides are likely to believe the false alarm. The next false alarm could bring the end of life on earth, and for this there is no one to be blamed but Washington.

Trump’s emphasis on normalizing relations with Russia was a great relief to people sufficiently intelligent to understand the consequences of nuclear war. But none of these people are in Washington, the Democratic Party, the Republian Party, the military/security complex, or among the presstitutes that pass for a media in America. All of these people want to destroy Trump because he wants to make peace with Russia.

Of the 535 members of the House and Senate, 530 voted in support of a bill that violates the separation of powers and prevents President Trump from removing sanctions on Russia. As the vote is so over-whelming that it is veto proof, the White House has announced that Trump will sign the bill, thus surrendering and giving up on his goal of restoring normal relations with Russia.

The White House believes that as the bill is veto proof, all that Trump could achieve by a veto is to prove the charges that he is a Russian agent and is using his office to protect Russia, and this could easily be turned into an impeachment proceeding.

However, there are things Trump could do, and since defusing the threat that Russia sees is essential to the avoidance of war, it is imperative that Trump do everything he can to prevent the military/security complex and its servants in Congress and the media from locking America into deadly conflict with Russia.

As I wrote yesterday (http://www.paulcraigroberts.org/2017/07/31/witch-hunt-donald-trump-surpasses-salem-witch-trials-1692-93/), Trump could take his case to the American people in a major speech and point out that Congress is violating the separation of powers, hamstringing the power of the presidency, and making it illegal for him to reduce the dangerous tensions that previous administrations have created with a major nuclear power.

Trump could also tell Congress that their law is unconstitutional and that he won’t sign or veto the bill, and if Congress persists he will take it to the Supreme Court.

Trump could also get on the telephone with the German politicians and corporate CEOs who have denounced the sanctions as illegal and intended to serve US business interests at the expense of Germany. He should tell them to force Merkel to announce that Germany will not accept the sanctions. The EU leadership also denounces the sanctions. Trump, with a little effort, can organize so much European opposition that he can tell Congress that as the President of the United States he cannot permit a collection of mindless morons, which is what Congres is, to destroy Washington’s empire by driving Europeans out of it. If Trump can get the Europeans to act, he can defeat the bill, which is really nothing but Congress’ service to its political campaign contributors in the military/security complex and the US energy industry.

Trump is a fighter. And this is Trump’s fight. He has everything to gain by rising to the challenge, and so do the rest of us. The entire world should get behind Trump as there is no one else to defuse the tensions that are leading to nuclear war.

I have been amazed at the stupidity and mendacity of the American liberal-progressive-left, who have fallen in line with the military/security complex’s effort to destroy Trump, because peace with Russia takes away the orchestrated enemy so essential to the budget and power of the military/security complex. Of course, America no longer has a left. The left has been displaced by Identity Politics, a Zionist creation, as Gilad Atzmon explains in his books, that is proving effective in destroying the goyim by teaching them to hate one another. In Identity Politics, everyone is the victim of white heterosexual males, whom Identity Politics defines as misogynist, racist, homophobic gun nuts—Hillary’s “Trump deplorables.” As the “deplorables” voted for Trump, the liberal-progressive-left hate Trump and are helping the military/security complex destroy him even it it means nuclear war.

As I predicted would be the case, Trump had no idea how to appoint a government that would be on his side, and obviously failed completely. He is continually contradicted by his UN ambassador, his Seretary of State, his National Security Advisor, his Secretary of Defense. Trump is alone in his government.

So, he might as well fight. Address the American people. Organize the angry Europeans. Take the fight to criminally insane Washington before the criminals destroy the world in war.

Already in the 21st century Washington has destroyed in whole or part seven countries, producing millions of refugees who, together with immigrants claiming refugee status, are altering the populations of European countries and wipng Europe off of the face of the earth. http://www.paulcraigroberts.org/2017/07/30/europe-is-history/

This is Europe’s reward for being Washington’s vassal.

Trump should say to Europe: “It is time to tell Washington that you have had enough!”

If Trump doesn’t fight and is led away by the morons advising him into the camp of the ruling oligarchs, Trump, in order to perform in a leadership role will lead American wars against the world. As a war leader he will be supported by the ruling oligarchy, and the dumbshit liberal-progressives, having helped the military/security complex defeat Trump’s initiative for peace with Russia, will have not a leg to stand on.

Here is my prediction. Trump’s personality compells him to be a leader. Trump, having been defeated in his peace initiative by the military/security complex, the liberal-progressive-left, the corrupt Democrats, the corrupt Republicans, and the whores who pass for a media will regain leadership via wars and aggression against foreign enemies.

Trump has already put illegal sanctions on Venezuela, hoping to overthrow Venezuelian democracy and restore Washington’s rule through the small group of right-wing Spanish who have traditionally dominated Venezuela.

Russia and China had a chance to come to Venezuela’s aid and to prevent the coming overthrow of the democratically elected government by Washington, but both countries lacked the necessary vision. Once Washington overthrows the Venezuelan government, Washington will overthrow the government in Ecuador and have Julian Assange’s diplomatic asylum revoked. Once Assange is tortured into claiming that Wikileaks is a Russian/American oganization financed by Donald Trump and Vladimir Putin, Assange will be put to death, and the dumbshit Americans will cheer. Then Washington will overthrow Bolivia and have a purge conducted in Brazil against all political leaders who are not on the CIA’s payroll.

Then Washington will brand Russia and China “outlaw nations” and surrounded as they will be with US nuclear missiles and ABM sites, Washington will demand surrender or destruction.

It all seems a fantasy, doesn’t it. But it is very real.

 

L’application extraterritoriale de lois américaines est incontestablement une violation du droit international

par Alfred de Zayas*

Horizons et débats

Edition française du journal Zeit-Fragen

Zurich

7 août 2017

 

Il est compréhensible que l’Allemagne et la France s’indignent des sanctions des Etats-Unis à l’égard de la Russie, car cette fois, il ne s’agit pas seulement de «morale», c’est-à-dire de la morale néolibérale, ou de l’intégrité territoriale de l’Ukraine ou de l’«autodétermination» du peuple de la Crimée mais de l’industrie américaine, du commerce et donc de beaucoup d’argent. Si les sanctions américaines entrent en vigueur en tant que telles, elles violent bien évidemment le droit international et sont incompatibles avec le droit international coutumier, le libre-échange, la Charte des Nations Unies, les dispositions de l’Organisation mondiale du commerce et plusieurs résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies, notamment la Résolution 2625.

 

Hélas, le président américain vient de signer la loi du Congrès américain et n’a pas osé opposer son veto. En effet, le Congrès américain l’a humilié avec un vote qui, concrètement, lui enlève sa compétence constitutionnelle pour gérer la politique extérieure des Etats-Unis. C’est pourquoi les responsables politiques européens doivent se mettre d’accord sur un «plan B», et prendre des mesures de rétorsion.

 

On se rend compte que les sanctions sont très bénéfiques aux sociétés américaines et très préjudiciables aux sociétés européennes, notamment aux entreprises allemandes et européennes en relation avec les réseaux de gazoduc, etc. A ces préoccupations économiques et commerciales, s’ajoute le fait que l’application extraterritoriale de lois américaines viole incontestablement le droit international ce qu’une juridiction internationale constaterait rapidement. Il faut s’adresser aux diverses instances de l’ONU – entre autres à la Cour internationale de justice de La Haye – tant dans le domaine de sa compétence à trouver des réponses aux litiges internationaux que dans celui relevant de sa fonction d’établir des expertises juridiques. Il est également possible de s’adresser à la Cour d’arbitrage permanente aussi à La Haye, à l’Organisation mondiale du commerce à Genève, etc.

 

En outre, s’y ajoutent de sérieux problèmes relevant des principes des droits de l’homme. En 2000 déjà, l’ONU a condamné toutes sanctions unilatérales dans un long rapport de l’ancienne Commission des droits de l’homme. Depuis 2014, il existe un Rapporteur spécial des Nations Unies pour les sanctions unilatérales, M. Idriss Jazairy, ayant mis en évidence les conséquences relevant des droits de l’homme dans plusieurs rapports. Il ne s’agit non seulement de violations du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, mais aussi d’articles de la Convention européenne des droits de l’homme.

 

Par ailleurs, les sanctions américaines n’ont aucune légitimité. Où sont les «preuves» de la violation du droit international par la Russie pouvant justifier ce type de sanctions? En réalité, les sanctions constituent un prétexte, une mascarade pour imposer les intérêts économiques des Etats-Unis. Il ne suffit pas d’affirmer la souveraineté et l’autodétermination des Etats européens, il faut également les défendre activement.

 

*    Alfred de Zayas est Expert indépendant des Nations Unies pour la promotion d’un ordre international démocratique et équitable.

Les nouvelles sanctions américaines contre la Russie : Une erreur stratégique

par Moon of Alabama

6 août 2017

Source: http://arretsurinfo.ch/les-nouvelles-sanctions-americaines-contre-la-russie-une-erreur-strategique/

Source originaire : http://www.moonofalabama.org/2017/08/sanctions-against-russia-are-a-failure-of-us-strategy.html

 

 

Récemment, le congrès américain a voté des sanctions contre la Fédération de Russie au motif de son ingérence présumée, mais absolument pas prouvée, dans les élections présidentielles américaines. Le vote a été quasi unanime.

Le président Trump a signé le décret. C’est une grossière erreur. Il aurait dû opposer son veto, même si cela n’aurait probablement rien changé. En signant la loi, Trump a renoncé à sa position de relative neutralité envers la Russie. Sans aucun bénéfice.

Les sanctions du Congrès sont presque toujours éternelles. L’amendement de Jackson-Vanik de 1974 a limité le commerce avec le « bloc communiste ». Il était censé favoriser l’émigration des Juifs d’Union Soviétique vers Israël. Mais la loi et ses sanctions économiques ont été maintenues après l’effondrement de l’Union soviétique début 1990, après la disparition du « bloc communiste », et longtemps après la levée de toutes les limitations à l’émigration. L’amendement n’a été abrogé qu’en 2012 et seulement pour être immédiatement remplacé par la ridicule loi Magnitsky qui a immédiatement établi une nouvelle série de sanctions contre la Fédération de Russie et ses intérêts.

C’est pour des raisons de politique intérieure que des sanctions comme l’amendement Jackson-Vanik et la loi Magnitsky ont été votées. La Russie n’aurait rien pu faire pour les éviter, ni pour les faire lever.

Les nouvelles sanctions américaines ne sont pas seulement dirigées contre la Russie, mais contre toutesles entreprises et les nations qui coopèrent avec la Russie en matière d’énergie. C’est une tentative cousue de fil blanc pour obliger les pays européens à acheter le gaz naturel liquéfié américain, qui coûte cher, à la place du gaz russe bon marché livré par pipelines. L’objectif immédiat est le pipeline Nord Stream 2, entre la Russie et l’Allemagne, qui traverse la mer Baltique pour éviter les points de potentiels conflits en Europe de l’Est. Les sanctions constituent une menace pour l’indépendance de la politique énergétique allemande. (Les autres partenaires du pipeline sont l’Autriche, la France et les Pays-Bas.) En conséquence, pour 35% des Allemands les États-Unis sont devenus la « principale menace pour le pays ». La Russie est considérée comme telle par seulement 33% des Allemands. Cette vision correspond à la perception générale dans le monde.

Ces sanctions façonneront la relation entre les États-Unis et la Russie pour les 30 prochaines années et plus. Le 2 août, le Premier ministre russe Medvedev a dit que la faiblesse du président Trump était la principale cause de ces sanctions :

Le fait que le Président des États-Unis ait signé cette série de nouvelles sanctions contre la Russie ne sera pas sans conséquences. D’abord, il met fin à l’espoir d’améliorer nos relations avec la nouvelle administration américaine. Deuxièmement, c’est une déclaration de guerre économique totale contre la Russie. Troisièmement, l’administration Trump a montré sa grande faiblesse en remettant le pouvoir exécutif au Congrès de cette manière très humiliante. Cela modifie l’équilibre du pouvoir dans les milieux politiques américains.

Qu’est-ce que tout cela signifie pour eux ? L’établissement américain a complètement triomphé de Trump ; Le président ne voulait pas des nouvelles sanctions, mais il a été obligé de signer la loi. Les nouvelles sanctions ont pour objet principal de fragiliser Trump. Ce n’est qu’une étape, le but est de l’éliminer du pouvoir. Tout acteur qui ne joue pas le jeu du système doit être supprimé. Les intérêts du monde des affaires américain sont passés à la trappe, la politique prend le pas sur le pragmatisme. L’hystérie anti-russe est devenue un élément clé de la politique étrangère des États-Unis (ce n’est pas nouveau) et de la politique intérieure (ça, c’est nouveau).

Rappelez-vous que Medvedev, en tant que leader russe, était depuis longtemps l’espoir de l’élite américaine qui le croyait plus influençable que le président russe Poutine. Medvedev pourrait bien redevenir à nouveau président. Mais aucun média américain, sauf le New York Post, n’a fait attention à sa déclaration. Cela est en soi étonnant et inquiétant. Personne aux États-Unis n’est-il capable de voir où tout cela mène ? Voilà les prédictions de Medvedev :

Le régime des sanctions a été codifié et restera en vigueur pendant des décennies, à moins d’un miracle. […] [Les relations entre la Russie et les États-Unis seront extrêmement tendues, indépendamment de la couleur politique du Congrès et quel que soit le président. Il va y avoir d’interminables arguties dans les organes et tribunaux internationaux, ainsi qu’une augmentation des tensions internationales et un refus de régler de graves problèmes internationaux.

Sur le plan économique et politique, la Russie a les capacités de faire face à ces sanctions, a dit Medvedev. Mais les États-Unis l’ont-ils ?

Pour maintenir leur suprématie sur la planète, les États-Unis doivent empêcher une alliance euro-asiatique, notamment entre la Russie et la Chine. Dans sa dernière contribution au « grand échiquier », Vers un réalignement mondial, le stratège américain Zbigniew Brzezinski – impitoyable, amoral et talentueux – affirme :

Il appartient aux États-Unis de mettre en place une politique dans laquelle au moins l’un des deux États potentiellement menaçants deviendrait un partenaire dans la quête d’une stabilité mondiale d’abord régionale puis plus large ; cela permettrait de contenir le rival le moins prévisible mais sans doute aussi le plus important à maîtriser. Actuellement le rival le plus important à contenir est la Russie, mais à plus long terme, ce pourrait être la Chine.

L’élite de la politique étrangère des États-Unis a déclaré la guerre à la Russie. La position de confrontation envers la Chine, qui était en vogue sous Obama, a clairement évolué. On ne parle plus du « pivot vers l’Asie » de Hillary Clinton / Barack Obama. L’accord anti-chinois de partenariat Trans Pacific a été annulé. Les provocations militaires contre la Chine au sud de la mer de la Chine ont été réduites et remplacées par des provocations continuelles contre la Russie en Europe de l’Est. Ces mesures sont conformes à la stratégie élaborée par Brzezinski.

La Russie a prouvé au cours de l’histoire qu’elle savait faire preuve d’imagination dans sa politique. Elle est extrêmement résistante à la pression. Avec les États-Unis dans une position moins hostile contre la Chine, Béhémoth va poursuivre sans relâche ses propres objectifs. La Russie sera bientôt l’une des principales sources chinoises d’énergie fossile et d’autres produits de base. Dans un tel contexte, il n’y a aucune raison majeure pour que la Chine et la Russie ne s’accordent pas. Il n’y aura pas de rupture russo-chinoise. Les principaux pays européens résisteront aux pressions qui mettent en danger leurs économies.

Brzezinski est aveuglé par sa haine de la Russie. (Il vient d’une famille galicio-polonaise de la petite noblesse). Sa stratégie est erronée car elle permet à la Chine d’établir sa suprématie. Même dans le cadre de la stratégie de Brzezinski, une alliance russo-européo-étatsunienne contre la poursuite chinoise de l’hégémonie aurait été ce qu’il y a de plus logique.

La stratégie d’Hillary Clinton d’accuser la Russie du fait qu’elle n’était pas populaire et qu’elle a échoué aux élections, aboutit maintenant à un échec majeur de la stratégie globale américaine. Si la Maison Blanche avait eu une vision et un projet politique, cela ne se serait pas passé comme ça, mais ce n’est pas le cas (pour l’instant) sous l’ère Trump.

Je ne vois pas comment cette stratégie, maintenant scellée dans le marbre par les sanctions du Congrès, pourra jamais apporter le moindre bénéfice aux États-Unis, au niveau mondial.

 

Contre l’unilatéralisme US : une lueur d’espoir

par Paul Craig Roberts

Le 28 juillet 2017

Source:http : //lesakerfrancophone.fr/contre-lunilateralisme-us-une-lueur-despoir

Source originaire : katheon

2015-12-23_11h07_45-150x150

L’Amérique présente  un visage décourageant depuis que, d’une part, les néoconservateurs ont dirigé la politique étrangère des États-Unis pendant le régime de Clinton et ont  amorcé deux décennies de crimes de guerre qui définissent l’Amérique du XXIe siècle et, d’autre part, depuis que les entreprises américaines ont trahi la main-d’œuvre de leur pays en déplaçant les emplois américains en Asie.

La perspective est devenue plus sombre lorsque le régime d’Obama a ressuscité la menace russe et a élevé la perspective d’un conflit militaire entre les puissances nucléaires.
Comme l’Europe est prise entre les deux, dans des circonstances normales, les pays européens auraient insisté pour que Washington cesse les provocations gratuites contre la Russie. Mais les circonstances normales n’ont jamais existé. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les pays européens ont été des vassaux sans politiques économique et étrangère indépendantes.
L’Europe accueille des bases militaires américaines qui menacent la Russie. L’Europe a soutenu les guerres d’agression de Washington contre la Serbie, l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Syrie, les attaques aériennes de Washington contre les provinces du Pakistan et l’utilisation, par Washington, de l’Arabie saoudite pour mener sa guerre par procuration contre le Yémen.
L’Europe a soutenu les sanctions économiques gratuites de Washington contre l’Iran et la Russie, des sanctions qui ont coûté beaucoup à l’Europe et peu à Washington.
Habitué à être obéi par l’Europe, Washington engage celle-ci sans même consulter leurs gouvernements vassaux. Maintenant, il semble que l’extraordinaire arrogance et l’hubris de Washington ont passé les bornes. Confronté à une nouvelle série de sanctions contre la Russie, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a déclaré que le temps était révolu où Washington pouvait faire primer ses intérêts sur ceux de l’Europe.
Les nouvelles sanctions ont des conséquences économiques et politiques dévastatrices pour l’Europe. Juncker a déclaré : « Si les préoccupations de l’Europe ne sont pas suffisamment prises en compte, nous sommes prêts à agir de manière appropriée en quelques jours. »
Les ministères des Affaires étrangères allemand et français ont apporté leur soutien à Juncker. Le ministère allemand des Affaires étrangères a déclaré : « Ce n’est pas aux Américains que revient le droit de juger ou de préciser de quelle manière les entreprises européennes peuvent engager une coopération avec des tiers, en particulier avec les entreprises énergétiques russes. »
Le ministère français des Affaires étrangères a déclaré : « les sanctions contredisent le droit international  en raison de leur portée extraterritoriale ».
L’Europe considère les sanctions comme un outil de la politique industrielle américaine qui met les intérêts commerciaux des États-Unis avant les intérêts commerciaux de l’Europe.
Espérons que l’arrogance de Washington ne lui permettra pas de faire reculer l’Europe et que celle-ci lui fera un bras d’honneur et se désengagera de l’Empire américain. Sans une Europe qui accepte de loger ses bases militaires et qui ânonne sa propagande, la capacité de Washington de menacer la Russie diminuerait considérablement. En effet, une continuation de l’attitude hostile menaçante envers la Russie laisserait Washington isolé dans le monde. Aucun pays ne veut courir le risque de subir une guerre nucléaire uniquement pour le bien-être de l’unilatéralisme américain.
Paul Craig Roberts
Traduit par jj, relu par Catherine pour le Saker Francophone