La rédemption de Bernard-Henri Lévy

27 janvier 2019

Slobodan Despot

Source : https://antipresse.net/la-redemption-de-bernard-henri-levy/?utm_source=Lecteurs+d%27Antipresse&utm_campaign=4b1d5f8941-EMAIL_CAMPAIGN_12_26_2017_COPY_01&utm_medium=email&utm_term=0_f9e9755c0e-4b1d5f8941-439511805&mc_cid=4b1d5f8941&mc_eid=3c932837ce

Quelques interrogations suscitées par l’étrange débat qui m’a opposé à Bernard-Henri Lévy sur le plateau d’Infrarouge. (*) Ou: comment dialoguer avec le néant sans le servir?

Dans une société dotée de mémoire, le cas du philosophe (ou romancier, ou cinéaste, ou lobbyiste, ou dramaturge) Bernard-Henri Lévy aurait dû être classé de longue date. Au moins depuis sa déconstruction intellectuelle en tant que faussaire et affabulateur par l’historien Pierre Vidal-Naquet en 1979. L’ascension intellectuelle d’un normalien capable de confondre le Pirée avec un homme et Halicarnasse avec un héros grec aurait dû s’arrêter à la page des perles du baccalauréat. Sans parler de sa pompe ringarde, sourcilleuse et agressive où le regretté Desproges a identifié la « vraie nature des cuistres ».

Et pourtant, non. La médiocrité de BHL profite d’un écosystème particulièrement indifférent aux lacunes de fond et particulièrement indulgent face aux beaux parleurs, surtout lorsqu’ils sont fortunés. Je veux parler de la « bonne société » parisienne et de son prolongement médiatique.

Le drame du pauvre petit garçon riche

Héritier de l’immense fortune d’André Lévy amassée dans l’exploitation coloniale du bois d’Afrique, Bernard-Henri promène depuis un demi-siècle son mal-être de pauvre gosse trop riche et trop pressé de se faire aimer, ou du moins respecter. Ayant échoué à créer une œuvre satisfaisante, il s’est engouffré dans les coulisses du pouvoir, ne jouant que la carte la plus sûre : celle du mondialisme ultralibéral.

Son action politique est la seule part de sa carrière qui mériterait d’être prise au sérieux, au moins d’un point de vue pénal. Aussi mystérieusement influent auprès des « décideurs » qu’il est discrédité dans la population, BHL a directement comploté contre la paix et promu ou justifié des coups d’État et des crimes de guerre dans tous les théâtres de conflits dont il s’est mêlé, en particulier en Yougoslavie, en Libye et en Ukraine.

A cela l’on pourrait ajouter, dans un registre moins tragique mais non moins grave, le casier judiciaire intellectuel constitué de ses nombreux plagiats et affabulations, sans compter sa préoccupante naïveté face au canular appelé Jean-Baptiste Botul, prévarications et bévues dont il n’a jamais répondu et qui ne l’empêchent pas de continuer à plastronner avec l’exceptionnelle résilience du fantoche dénué de surmoi et donc insensible au ridicule.

Comment se fait-il que personne dans les milieux du pouvoir n’ait jamais dit fermement « stop » à cet imposteur multirécidiviste ? On peut toujours spéculer sur les influences occultes, le poids du compte en banque et la portée de son fameux « carnet d’adresses ». Mais la raison est peut-être plus simple. Les gens normaux éprouvent toujours une retenue face aux bélîtres sans scrupules. Et BHL apparaît trop dénué d’humour et trop manifestement malheureux pour que les personnes dotées de pudeur lui portent l’estocade décisive.

Son mal-être rayonne à plusieurs mètres de distance, comme j’ai pu m’en assurer après avoir passé quelques minutes seul avec lui dans une même antichambre avant le débat d’Infrarouge du 23 janvier (minutes qu’il a occupées au téléphone). J’ai aussi eu le temps de m’étonner du dispositif de sécurité que le service public suisse avait mis à sa disposition, comme s’il risquait autre chose qu’un attentat pâtissier !

Un tapis rouge à croix blanche

Surtout, je me suis demandé à quel titre le service public suisse déroulait un aussi somptueux tapis rouge devant l’agitateur parisien. Le matin même, à l’heure de pointe, il avait été l’invité de la Matinale de la radio (RSR1) — où il avait étalé sa jactance et son ignorance presque méprisante du système politique suisse, réduit à « Genève », et « Genève » à son très restreint milieu cosmopolite. Système qu’il flattait par ailleurs en tant que « modèle » pour l’Europe sans comprendre que la subsidiarité qui est au cœur de la constitution helvétique représente l’opposé diamétral de la construction « top-down » de l’UE.

Le soir, il eut droit à un quart d’heure de « solo » dans l’émission de débats Infrarouge, au lieu des 8 minutes que la production avait annoncée aux autres participants. Autre entorse au protocole, la mise à l’écart des habituelles questions du public.

A quel titre donc élargit-on les portes en Suisse romande pour laisser passer la grosse tête de BHL ? Au titre de son œuvre ? Laquelle ? Philosophique ? Littéraire ? Pour le génie théâtral de son monologue Looking for Europe qu’il est venu promouvoir ? (Or l’extrait vidéo de son précédent spectacle où il déclame dans un anglais scolaire et une pose grotesque a fait souffler un vent de gêne sur le plateau.) De son implication dans la construction européenne ? Traduite par quoi (chez lui qui n’est à l’aise dans aucune autre langue que le français) ?

Plus fondamentalement : prend-on vraiment cet homme au sérieux, ou ne l’invite-t-on qu’en tant que bateleur susceptible de faire de l’audimat ? De deux choses l’une.

  • A) On le prend au sérieux. Dans ce cas, son action politique doit être prioritairement prise en considération. Or si la RTS donne la parole à un éventuel complice et instigateur de crimes de guerre, elle ne se trouve pas seulement en délicatesse avec l’article 2 alinéa 3 et 4 de la charte des Nations Unies, elle viole également les articles 2, 3 et 4, section I de sa propre concession. Ce cas devrait donc au moins faire l’objet d’une interpellation du conseil des programmes de la RTS.
  • B) On ne le prend pas au sérieux. Dans ce cas, comment justifie-t-on l’accaparement des programmes d’information d’une chaîne publique par la promotion des spectacles d’un amuseur ?

Comme souvent, la réalité est probablement entre deux. Dans le sillage du « pompeux cornichon », même ses alliés et flagorneurs s’échangent des clins d’œil entendus. Je les ai vus faire. Ils en profitent autant que lui se sert d’eux. Les journalistes pour « faire le buzz ». Les politiques pour « faire passer » par son auto-mise en scène des projets inavouables. (Le public est tellement tétanisé par le culot du bonhomme qu’il en oublie de réfléchir à la malignité des causes qu’il cautionne, comme la légitimation des terroristes en Libye ou des nazis en Ukraine.)

La paisible province romande semble bien éloignée de ces vils jeux d’illusion et de pouvoir. On se demande d’autant plus ce qu’elle doit à BHL — sinon la révérence obséquieuse des provinciaux devant le Parisien — pour le favoriser autant.

Une porte de sortie

Avant d’affronter ce phénomène en débat, j’ai réfléchi. Fallait-il entrer sur son terrain, en l’occurrence celui d’un « sauvetage » in extremis de l’idée européenne ? Évidemment que non. BHL multiplie les initiatives tous azimuts, chacune venant escamoter les échecs de la précédente à la faveur de cette mémoire de poulet qui caractérise les médias de grand chemin. Chaque discussion de fond, fût-elle réfléchie et articulée comme celle que lui a obligeamment opposée le ministre Pierre-Yves Maillard, ne fait qu’accréditer sa démarche. La réfutation ? Il n’en a cure, pourvu qu’elle provienne d’une autorité qu’il puisse accrocher à son tableau de chasse. Pierre Bourdieu, lui, l’avait très bien compris en refusant tout débat avec lui pour éviter de nourrir son imposture. BHL du reste ne sait pas débattre. Il suffit de le contrer un peu pour se faire traiter de peste brune, comme je l’ai été à Infrarouge.

L’enjeu de la tournée Looking for Europe n’est donc pas le sauvetage de l’Europe, c’est le sauvetage de BHL. Tout comme l’enjeu de « son » Maïdan, de « sa » Libye, etc., se résument à un seul sujet : la quête désespérée de consistance d’un être désincarné, aigre et malveillant comme un démon. J’ai passablement hésité, et consulté, avant d’accepter ce débat. Pourquoi devrais-je participer à sa réhabilitation, lui qui a contribué, avec une totale irresponsabilité, à la destruction sanglante du pays où je suis né, la Yougoslavie ?

Finalement, j’y suis allé avec une recommandation qui a fait le tour des réseaux sociaux, mais qui n’était n’avait rien d’une « quenelle » ou d’un « entartage ». Je l’ai formulée sans ironie et sans méchanceté aucune. Voici pourquoi.

Cet éternel enfant surprotégé a un moyen de ne pas mourir d’aigreur. C’est d’affronter, une fois dans sa vie, la réalité. La réalité brute, sans la médiation de sa rhétorique, de ses courtisans et de ses gardes du corps. Or il se trouve que, pour un ami sincère de la démocratie et un adversaire résolu des dictatures, la chance de rédemption se trouve sous son nez, dans les rues de sa ville. Il lui suffit, de fait, de quitter une fois dans sa vie le parti de l’ordre, d’enfiler un gilet jaune et de prendre la tête des manifestants. Le risque physique serait certes plus grand pour lui qu’il ne le fut jamais en Afghanistan ou à Sarajevo, mais il se limiterait tout au plus à la perte d’une côte ou d’un œil. En échange, il serait enfin admiré, et peut-être même aimé. Il sauverait sa pauvre vie.

Il lui suffirait pour cela d’un accès de lucidité et de courage vrai. Je le lui souhaite sincèrement.

(*) Radio Télévision Suisse du 23.01.2019.

  • Article de Slobodan Despot paru dans la rubrique «Le Bruit du Temps» de l’Antipresse n° 165 du 27/01/2019.

Le Président américain veut le retrait des troupes … … mais l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne insistent sur la continuation de la guerre

par Karl Müller

Source : Horizons et débats, Zurich,

https://www.zeit-fragen.ch/fr/ausgaben/2019/nr-1-3-januar-2019/us-praesident-will-truppen-abziehen.html

7 janvier 2019

Le gouvernement américain a décidé le retrait de ses troupes de Syrie et la réduction de moitié des troupes présentes en Afghanistan. Des politiciens responsables en Allemagne, en France et en Grande-Bretagne profèrent de violentes critiques, ce dont il ne faut pas s’étonner. Car, visiblement, leur but n’est toujours pas la paix. – Croient-ils vraiment à la victoire finale?

Le site allemand Nachdenkseiten (www.nachdenkseiten.de/?p=47919) du 18 décembre 2018 nous a de nouveau rendus attentifs aux sources de tels phantasmes de la victoire finale. Ils ont publié des extraits de deux discours américains en traduction allemande. Le premier, du 3 octobre 2007, tenu à San Francisco, provient de l’ancien général américain Wesley Clark, commandant en chef des forces de l’OTAN dans la guerre du Kosovo en 1999. Le deuxième est de George Friedman, ancien chef du service privé de renseignement Stratfor, du 4 février 2015, tenu à Chicago. Les deux discours sont connus de longue date – mais on oublie vite. 

Nous ne parlerons ici que du discours de l’ancien général américain. Il y a plus de 10 ans, Wesley Clark a parlé de ses expériences faites lors de visites au Pentagone, alors qu’il était encore général en service. Il a expliqué qu’après le 11-Septembre, il y eut un «coup d’Etat politique» aux Etats Unis: «Un petit groupe de personnes extrêmement dur et sans scrupules ont usurpé la politique étrangère américaine». Il illustra ses propos avec les plans de guerre ayant été concoctés au Pentagone en 2001 et cita un officier qui y travaillait et lui ayant dit: «Je viens de recevoir cette fiche-ci du bureau du ministère de la défense. Il y est écrit: nous attaquerons sept pays et renverserons leurs gouvernements au cours de cinq années. Nous commencerons par l’Irak, puis nous nous en prendrons à la Syrie, au Liban, à la Libye, à la Somalie, au Soudan et à l’Iran, sept pays au cours de cinq ans.»

Paul Wolfowitz: «Les Soviétiques ne nous arrêteront plus.»

Clark comprit que ces plans nécessitaient une longue durée de préparation. Il se souvint d’un entretien avec Paul Wolfowitz en 1991 après la deuxième guerre du Golfe. Wolfowitz aurait bien voulu, déjà à cette époque, l’élimination de Saddam Hussein. Néanmoins, il était content du résultat de la guerre: «Nous avons appris que nous pouvons engager nos troupes au Proche-Orient et les Soviétiques ne nous arrêteront plus.»

Puis, Clark se répéta en précisant: «Notre pays a été usurpé par un groupe de personnes lors d’un coup d’Etat politique. C’étaient Wolfowitz, Cheney et Rumsfeld. On pourrait nommer encore une demi-douzaine de collaborateurs autour du ‹Projet pour un nouveau siècle américain›. Ils voulaient déstabiliser le Proche-Orient, le bouleverser et le soumettre à leur contrôle.»

La guerre en Syrie

Nombreux sont ceux connaissant la promulgation de la guerre par les Etats-Unis contre le gouvernement et l’Etat syrien depuis le début, donc depuis 2012, par des moyens très variés. En effet, depuis belle lurette, il y a des troupes américaines officiellement déployées en Syrie. Cependant, le narratif officiel parlant de la lutte d’une coalition internationale contre l’Etat islamique (EI), ne correspond que très peu, voire pas du tout, à la vérité. Wesley Clark a déjà parlé des véritables plans il y a plus de 10 ans. Aujourd’hui, il faut ajouter: malheureusement, le parti belliciste américain ne se limite pas aux néoconservateurs. Le narratif de la «lutte contre le terrorisme» devait tromper les gens. Il devait empêcher une interprétation de la présence de toutes les forces militaires et non militaires actives en Syrie sans y être invitées par le gouvernement syrien comme une violation du droit international et l’obligation du retrait de toutes ces forces comme une évidence juridique – sans parler de la poursuite pénale de ces activités et des demandes justifiées de dédommagement. La guerre en Syrie a couté la vie à des centaines de milliers de personnes et elle a détruit le pays: ce fait est également la conséquence de cette intervention étrangère, jamais approuvée par le gouvernement syrien. 

Le plan américain n’a pas fonctionné

Mais le plan américain n’a pas fonctionné. L’appui russe et iranien au gouvernement syrien et à la Syrie a fait échouer les plans des Etats-Unis. On peut longuement discuter des tentatives du président américain de justifier l’actuel retrait des troupes. Mais c’est un fait que la décision du gouvernement américain de retirer les troupes de la Syrie n’est pas seulement la conséquence d’une défaite militaire, mais également un premier pas vers la reconstitution d’une situation de droit. La réaction plutôt modérée du ministre russe des Affaires étrangères Lavrov est compréhensible: «Tout retrait de troupes se trouvant illégalement dans un pays, est un pas dans la bonne direction». Il faut faire preuve de patience pour savoir si la remise de la responsabilité par les Etats-Unis au gouvernement turc est une voie correspondante au droit international. La condition minimale pour cela est un accord entre le gouvernement turc et le gouvernement syrien. Les responsables américains démissionnaires, tout en protestant bruyamment, devront accepter qu’on leur demande d’assumer leurs responsabilités. 

James Mattis, ministre américain de la Défense sur le départ, l’a, d’une certaine façon, déjà fait. Pour lui le retrait américain est une défaite subie envers «les pays dont les intérêts stratégiques sont en discordance croissante avec ceux des Etats-Unis». Basler Zeitung du 21/12/18 Dans ce contexte, il pensait explicitement à la Russie et à la Chine. Intéressant qu’on ait entendu exactement la même musique de la part de Allemagne. S’agit-il de se soucier du bien-être de la Syrie et des Syriens? Cela n’est guère probable!

L’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne font preuve de bellicisme

Oui, les réactions officielles de l’Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne renversent complètement les relations transatlantiques. Vu la violation du droit international toujours en cours en Syrie, l’«argument» avancé par le président français Macron contre le retrait des troupes américaines est grave: «Un allié se doit d’être fiable.» M. Macron n’exige-t-il pas ainsi l’«honneur des voyous»? Dans la Neue Zürcher Zeitung du 21 décembre, on lit: «Paris et Londres veulent continuer la guerre en Syrie». Est-ce autre chose que le «Retour des hasardeurs»? Les partis allemands au Bundestag – à l’exception de «Die Linke» et de l’Alternative für Deutschland – ont formé une grande coalition en faveur de l’engagement de la Bundeswehr en Syrie et prennent à nouveau Donald Trump en ligne de mire. Mais de toute évidence, il ne s’agit pas seulement de s’opposer à une personne, mais également à un programme politique refusant de continuer sur la voie de l’impérialisme globalisé.

Et de se demander atterré: où est la contribution allemande au droit et à la paix? Où est le respect de la loi fondamentale? – A nouveau, les médias traditionnels de langue allemande sont tous alignés …     

Le retrait américain de la Syrie est tardif

«Le retrait des troupes américaines de Syrie est juste et nécessaire. La mission anti-EI menée par les Etats-Unis avec la participation de la Bundeswehr en Syrie est contraire au droit international, que ce soit dans l’espace aérien syrien ou au sol. C’est également l’avis du service scientifique du Bundestag allemand dans un rapport que j’ai commandé avec d’autres. Le retrait ne doit pas être salué uniquement d’un point de vue juridique, mais aussi d’un point de vue politique», a déclaré Alexander Neu, président de la Commission de défense, pour le groupe parlementaire Die Linke

Et de continuer: «Quiconque regrette le retrait des Etats-Unis de la Syrie ou considère qu’il s’agit d’une erreur néglige le fait que le chaos dans la région du Proche-Orient a été essentiellement créé par les Etats-Unis et leurs alliés. Les Etats-Unis poursuivent ouvertement leurs intérêts géopolitiques et géoéconomiques – parfois plus, parfois moins. Le EI est le résultat de la guerre d’agression illégale menée par les Etats-Unis contre l’Irak en 2003 dans le but de renverser le gouvernement. Le fait que l’Etat islamique ait pu également s’étendre à la Syrie est également lié aux fantasmes occidentaux de changement de régime. Aujourd’hui encore, les capitales occidentales souhaitent ardemment installer un régime pro-occidental en Syrie. L’‹engagement› occidental en Syrie n’a à aucun moment résolu les problèmes, mais a aggravé les conflits et s’est fait au détriment des populations syriennes. […]»

Source: Extrait d’un communiqué de presse d’Alexander S. Neu, 21/12/18; https://www.linksfraktion.de/presse/pressemitteilungen/detail/us-abzug-aus-syrien-ist-ueberfaellig

La fin de la paix et de la sécurité en Europe

par Martin Sieff

30 octobre 2018

Source : http://lesakerfrancophone.fr/la-fin-de-la-paix-et-de-la-securite-en-europe

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

Source originaire : https://www.strategic-culture.org/news/2018/10/30/death-peace-and-security-in-europe.html

 

J’ai couvert la signature du Traité sur les forces nucléaires intermédiaires (INF) en décembre 1987 lors du sommet de Washington DC, entre le président américain Ronald Reagan et le dernier président soviétique Mikhail Gorbatchev. C’était un bon moment à vivre de couvrir la diplomatie entre les superpuissances nucléaires. Il y avait un sentiment palpable d’optimisme sur le fait que les deux parties étaient résolues à détruire des milliers d’armes thermonucléaires – ce qu’elles ont fait – et à réduire les tensions en Europe.

En quelques années, Gorbatchev devait également accepter la dissolution du pacte de Varsovie. L’Union soviétique a été démantelée de manière pacifique par ses pays membres, dirigés par la Russie peu de temps après.

La négociation et la signature du traité INF était un préalable indispensable à la fin de la guerre froide. Cela a inauguré deux générations de paix et de stabilité en Europe. Suite aux déclarations du président Donald Trump le 20 octobre 2018, le traité est maintenant mort debout. Le président semble déterminé à s’en retirer. Il semble être totalement sous l’influence de son troisième conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, dont la haine pour l’INF comme pour tous les accords de contrôle des armements, à l’instar de ses collègues néo-conservateurs, a toujours été plus qu’incompréhensible.

Les Démocrates au Sénat ne feront pas non plus la moindre tentative de défense, de préservation ou de restauration de l’INF. John Kerry, dernier sénateur à prendre au sérieux les accords importants sur le contrôle des armements, a présidé sans aucune objection publique à l’encontre les États-Unis et de l’Union européenne, au renversement, par une révolution violente, d’un gouvernement élu démocratiquement et pacifiquement en Ukraine en février 2014.

La subordonnée de Kerry, Victoria Nuland, alors secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes et eurasiennes et épouse du chef du clan néo-conservateur Robert Kagan, a littéralement distribué des biscuits dans les rues de Kiev pour assurer, aux révolutionnaires violents qui subvertissaient le processus démocratique, que l’administration Obama était avec eux.  Ni Kerry ni son propre président, Barack Obama, n’ont levé le petit doigt pour contrecarrer le comportement d’une haute responsable qui, dans n’importe quelle autre administration de l’histoire américaine, aurait été virée sommairement et bannie de toute discussion sérieuse et de la conduite des affaires publiques à vie.

Aujourd’hui, tous les sénateurs démocrates de Capitol Hill cherchent passionnément à diaboliser la Russie pour des crimes imaginaires et paranoïaques qui auraient fait rougir Joe McCarthy.

La moisson actuelle de sénateurs démocrates au Congrès, dirigée par des personnalités telles que Ben Cardin du Maryland, semble au contraire déterminée à provoquer une guerre thermonucléaire à grande échelle avec la Russie. Ils ont non seulement soutenu, mais insisté, pour une nouvelle série de sanctions financières féroces à l’encontre de la Russie, qui ont clairement pour objectif de ruiner l’économie du pays et la mettre en condition pour le type de changement de régime révolutionnaire que les administrations successives ont pris pour acquis de droit divin depuis que Ronald Reagan est entré à la Maison Blanche.

Les jours actuels sont bien différents de ceux qui ont vu Washington célébrer la signature du traité INF en 1987. À cette époque lointaine, les décideurs américains faisaient au moins semblant de consulter leurs « alliés » européens et les membres de l’OTAN qu’ils prétendaient protéger.

Jusqu’à présent, dans les déclarations de Trump sur la suppression du traité INF, rien n’indique que les Européens aient eu voix au chapitre dans cette décision de Washington qui met en jeu leur survie même. Bonjour pour l’idée que l’OTAN est un « partenariat » !

Le respect mutuel prudent que Washington entretenait encore pour Moscou dans les années 1980 – ou du moins le prétendait occasionnellement – est maintenant révolu. L’idée que supprimer les armes nucléaires et renforcer la confiance et le dialogue entre les puissances nucléaires soit une bonne chose est maintenant considérée comme risible, tant par les néo-libéraux que par les néo-cons. Toutes les voix contraires sont ridiculisées et font ricaner les couards se présentant comme des patriotes intrépides. Ils n’ont aucune considération pour ceux qu’ils ciblent avec leur tactique d’intimidation. Ils seront les premiers à hurler de terreur lorsque leurs propres fantasmes seront réalisés et que les missiles nucléaires décolleront. Mais alors, il sera trop tard.

Danemark : un projet de loi prévoirait des peines de prison pour les positions prorusses

Source : Sputnik France 13.10.2108

 

Un projet de loi publié sur le site du parlement danois prévoit jusqu’à 12 ans de prison pour les tentatives d’influencer l’opinion publique ou pour des prises de position différant de la position officielle. Ainsi, dire que les sanctions antirusses nuisent au pays pourrait être puni d’une peine de prison, selon une tribune du journal Berlingske.

 

Le quotidien danois Berlingske a publié dans ses colonnes un commentaire concernant le projet de loi sur les mesures à prendre pour renforcer les efforts contre les influences illégales des services de renseignement étrangers. Selon ce texte mis en ligne récemment sur le site du parlement danois, une peine maximale de 12 ans de prison est prévue si un tel crime est commis pendant une campagne électorale.

L’auteur de l’article signale que les Danois pourraient être emprisonnés pour des propos différant de la position officielle des autorités. Selon lui, sont notamment passibles de peines de prison l’ingérence dans les débats publics ou les tentatives pour influer sur le processus de prise de décision.

Le projet vise plus concrètement les tentatives d’influencer la formation de l’opinion publique au Danemark et la prise de décisions concrètes dans les secteurs privé et public.

«La loi prévoit, en puissance, la situation dans laquelle un agent d’un service de renseignement étranger dit qu’il faudrait remplacer une ampoule dans les WC d’une entreprise et qu’un directeur danois suit son conseil», constate l’auteur de la tribune.

Selon lui, dans cet ordre d’idée, un habitant du royaume encourt une peine de prison s’il déclare que les sanctions antirusses nuisent au Danemark, fait part de son opinion dans les médias, ou bien s’il tente d’influer en faveur de la réalisation du Nord Stream 2.

De l’avis de l’auteur de la tribune, ce projet de loi pourrait être qualifié de tentative d’intimider la société danoise car des opinions tout à fait légales exposées pendant des discussions publiques pourraient être considérées comme de la propagande.

Pour rappel, l’enquête sur la présumée ingérence de Moscou dans l’élection présidentielle américaine de 2016 et les prétendus liens entre la campagne de Trump et la Russie est menée depuis plus d’un an par le procureur spécial Robert Mueller et le Congrès américain.

Les renseignements américains ont accusé la Russie d’«ingérence» dans l’élection présidentielle de 2016. La Russie a plusieurs fois démenti toutes les allégations selon lesquelles elle aurait influencé la présidentielle américaine ou les élections dans d’autres pays. Le porte-parole du Président russe, Dmitri Peskov, les a qualifiées d’«absolument infondées». Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a aussi noté qu’il n’existait aucune preuve qui pourrait confirmer cette hypothèse.

 

La nouvelle politique étrangère allemande va mettre du temps à porter ses fruits

L’Allemagne se prépare à déployer une nouvelle politique étrangère envers les USA.

par Andrew Korybko,

Le 5 septembre 2018

Source : http://lesakerfrancophone.fr/la-nouvelle-politique-etrangere-allemande-va-mettre-du-temps-a-porter-ses-fruits

Source originaire : orientalreview.org

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

Meiko Maas, ministre des affaires étrangères, a annoncé que son pays allait dévoiler sous peu une nouvelle approche, qu’il a décrite comme « équilibrée » et visant à « renforcer l’autonomie et la souveraineté de l’Europe en matière de politiques commerciales, économiques et financières ». Cette annonce fait suite aux préoccupations que les politiques de sanctions financières de l’administration Trump ont levées outre-Rhin, où l’on craint que ne soient soumis à des risques les intérêts allemands dans les partenariats du pays avec la Russie, la Chine et la Turquie.

Il a également publié la semaine dernière un article dans lequel il écrivait que l’Union européenne doit envisager la création d’un système de paiement indépendant, s’affranchissant ainsi des restrictions économiques décidées unilatéralement par les USA ; en pratique, une initiative de ce genre, menée à son terme, contribuerait fortement à la dé-dollarisation. On pourrait croire que l’Allemagne se prépare bravement à défier les USA et à défendre une position de principe teintée de multipolarité, mais la réalité est bien plus nuancée.

Si Berlin peut réaliser ce qu’elle esquisse, l’ordre mondial multipolaire émergent en sortira sans nul doute gagnant, mais nul ne devrait se faire d’illusions sur les raisons qui poussent l’Allemagne dans cette voie. Le bras de fer idéologique qu’entame le pays avec les USA a pour cause le changement de cap radical décidé par Trump par rapport à celui fixé par ses prédécesseurs libéro-mondialistes, et la réorientation du pays vers un modèle de relations internationales centré sur la nation, considéré par son équipe comme la meilleure méthode pour les USA de s’adapter aux manifestation irréversibles de la multipolarité, comme l’émergence de grandes puissances d’influence. Trump pilote cette réorientation aussi bien qu’il le peut ; plutôt que de subventionner les pays vassaux des USA au travers d’accords de commerce et militaires asymétriques, sa position est de les contraindre à partager la charge du maintien d’un ordre international quelque peu réformé mais toujours mené par l’Amérique.

La transition systémique en cours produit des changements de paradigmes sans équivalent dans tous les domaines observables, ce qui fait monter les niveaux de compétition pour l’influence mondiale, même entre des pays en apparence alliés comme les USA et l’Allemagne. On peut porter au crédit de Berlin sa position engagée pour le projet Nord Stream II, qui fera du pays l’un des acteurs du succès des initiatives multipolaires de Moscou, même si dans le même temps, l’Allemagne est en compétition avec la Russie sur d’autres aspects, comme notablement observé en Ukraine. En regard de l’utilisation que fait Maas de la personnalité clivante du président américain pour poser son pays en victime, le même ministre allemand constituait un collaborateur zélé au sujet de l’EuroMaidan et a apporté un soutien ininterrompu au gouvernement de Kiev.

Certains des facteurs géopolitiques qui déterminent la politique étrangère allemande, à l’instar de ceux qui décident de sa stratégie vis à vis de l’Ukraine, peuvent rester inchangés, ou en tous cas changer moins vite que d’autres, mais cela n’empêche pas Berlin de rompre avec Washington sur d’autres sphères comme le commerce interconnecté, les sujets économiques et financiers, si bien que l’Allemagne progresse en partageant certains des objectifs structurels de ses partenaires russes, chinois et turcs. Ceci étant dit, il faut pondérer l’optimisme que certains observateurs pourraient être tentés d’afficher à la vue de ces changements, il ne faut pas prendre leur réussite comme acquise, au vu des nombreux vecteurs dont disposent les USA pour pousser l’Allemagne à ralentir, prendre le contrôle, ou saboter ces initiatives. En résumé, la nouvelle politique étrangère allemande envers les USA devrait être accueillie comme un signal d’intention pragmatique, mais pas encore interprétée comme un facteur de changement significatif concret.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le 31 août 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

 

 

Les critiques formelles d’Israël par l’UE ne sont qu’un écran de fumée

par Stephen Lendman

Source : http://lesakerfrancophone.fr/les-critiques-formelles-disrael-par-lue-ne-sont-quun-ecran-de-fumee

Source originaire : https://stephenlendman.org/2018/08/hollow-eu-criticism-of-israel/

3 août 2018

Traduction : Dominique Muselet

StephenLindmanBW

L’UE entretient des relations normales avec Israël sur les plans politique, économique, financier, technologique et culturel.

La critique, lorsqu’elle est formulée, exclut tout ce qui pourrait donner lieu à des démarches concrètes pour obliger l’État juif à rendre compte de ses actes criminels.

Bruxelles n’a jamais rien fait pour s’opposer à ses décennies d’occupation illégale, sa violation des lois, normes et standards internationaux fondamentaux, son blocus suffoquant de Gaza, ses trois guerres d’agression sur la bande de Gaza, quantités d’autres violations des droits de l’homme et des droits civils, sa guerre non déclarée contre la Syrie, son soutien à EI et à d’autres terroristes, ainsi que quantités d’autres crimes trop graves pour qu’on puisse les ignorer.

Le chef de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, soutient les agendas impérialistes américains et israéliens, leur militarisme et leur belligérance, leur mépris pour la paix et la stabilité du monde.

Ses médias ont rapporté les critiques creuses qu’elle a adressées au ministre d’extrême-droite israélien de la sécurité publique, Gilad Erdan :

« L’UE rejette fermement les accusations selon lesquelles elle est impliquée dans le financement d’activités qui soutiennent le terrorisme ou les terroristes. »

ajoutant :

« Les accusations israéliennes sont ‘sans fondement et inacceptables, vagues et non étayées’. » Mogherini répondait à Erdan qui avait accusé l’UE et ses partenaires de soutenir des groupes qu’Israël qualifie faussement de terroristes, et de boycotter Israël.

Le régime de Netanyahou accusait les groupes palestiniens de défense des droits de l’homme d’avoir des liens avec le Front populaire de libération de la Palestine qu’il qualifie mensongèrement d’organisation terroriste comme le Hamas, le Hezbollah et tous les groupes qui résistent au terrorisme d’État israélien.

Par ailleurs, jeudi, les chefs de mission de l’UE à Jérusalem et à Ramallah ont déclaré qu’ils « expriment leur vive inquiétude devant l’inauguration officielle, le 1er août, d’un centre touristique, géré par une organisation de colons, dans le quartier Batn al-Hawa/Silwan de Jérusalem-Est occupée, dans un bâtiment d’où cinq ménages appartenant à la famille palestinienne Abu Nab ont été expulsés en 2015 ».

ajoutant :

« Environ 180 ménages palestiniens à Jérusalem-Est, dont une centaine dans la seule ville de Batn al-Hawa, risquent d’être expulsés de leurs maisons, ce qui favorisera la poursuite de la colonisation de la ville, comme dans le cas présent.

 Les missions de l’UE à Jérusalem et à Ramallah rappellent les conclusions et déclarations successives du Conseil des affaires étrangères dans lesquelles l’UE a réitéré sa forte opposition à la politique de colonisation d’Israël et aux mesures prises dans ce contexte, y compris les expulsions et les démolitions. 

Les activités de colonisation à Jérusalem-Est compromettent sérieusement la possibilité que Jérusalem serve de future capitale des deux États, elles sont illégales en vertu du droit international et compromettent la solution à deux États et la perspective d’une paix durable. »

Ni l’UE, ni les États-Unis, ni l’ONU, ni les dirigeants du monde n’ont fait quoi que ce soit pour contraindre Israël à répondre de plus d’un demi-siècle de développement illégal de colonies de peuplement sur des terres palestiniennes volées.

Ils n’ont jamais rien fait de concret pour s’opposer aux crimes d’Israël dont la liste est trop longue et l’horreur trop grande  pour qu’on puisse les ignorer.

La critique purement formelle et non-accompagnée de démarches concrètes pour obtenir qu’Israël rende des comptes est vide de sens, cela revient à donner un feu-vert à l’État hébreu pour faire ce qui lui plaît.

La dernière fois que l’UE a formulé un de ses vaines critiques à l’encontre du régime de Netanyahou, c’est quand il a alloué 4,5 millions de shekels au Centre du patrimoine juif yéménite pour mettre en place un projet illégal d’implantation près de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem-Est occupée.

Cela fait partie du projet de longue date d’Israël de coloniser toutes les terres de Judée et de Samarie qui ont quelque valeur, de déposséder les habitants autochtones de la Palestine, de voler tout ce qui leur appartient.

 

Stephen Lendman est né en 1934 à Boston, Massachussets. Après avoir travaillé pendant sept ans comme analyste en recherche marketing, il a rejoint l’entreprise familiale où il est resté jusqu’à sa retraite à la fin de l’année 1999. Il a commencé à écrire sur les grands enjeux mondiaux et nationaux à l’été 2005, et participe à des émissions de radio sur le Progressive Radio Network trois fois par semaine, où sont débattues les grandes questions mondiales et nationales. Lendman est lauréat du Project Censored 2008 et lauréat du prix international de journalisme 2011 du Club des journalistes mexicains.

Accord-cadre institutionnel Suisse–UE: Stratégie ou confusion ?

par Marianne Wüthrich, docteur en droit

Horizons et débats,

Zurich,

25 juin 2018

https://www.zeit-fragen.ch/fr/ausgaben/2018/nr-14-19-juni-2018/institutioneller-rahmenvertrag-schweiz-eu-strategie-oder-konfusion.html

 

Bien qu’aucun citoyen n’ait jamais vu l’accord planifié par le Conseil fédéral, le noyau dur de l’accord est établi depuis longtemps:  Ce sont la reprise automatique du droit communautaire actuel et futur et la jurisprudence de la Cour de justice européenne.

Cela signifie que le peuple ne serait plus l’organe législatif suprême de la Suisse. Beaucoup de citoyens ne peuvent probablement pas imaginer à quel point notre structure d’Etat démocratique et fédéraliste serait gravement atteinte par un accord institutionnel juridiquement supérieur au droit suisse, d’autant plus que le Conseil fédéral évite soigneusement depuis plusieurs années de rendre public le contenu des négociations.

Le système de l’UE n’est pas compatible avec la structure de l’Etat suisse. Exemple de la directive de l’UE sur les armes

Actuellement, nous constatons cela avec la directive européenne sur les armes. Avec l’Accord de Schengen (Bilatérales II), la Suisse s’est engagée à adopter le futur droit européen. La modification de la législation européenne sur les armes est une adaptation du droit de l’UE concernant Schengen, à laquelle ne s’attendait aucun Suisse ayant accepté en 2004 l’Accord de Schengen lors de la votation.
Il est bien connu que les interdictions et les restrictions sur les armes ne sont d’aucune utilité contre le terrorisme. (La fin des guerres de l’OTAN et de l’UE serait beaucoup plus utile.) Pourtant, l’UE veut imposer des restrictions sur la possession d’armes aux Etats membres de Schengen et donc aussi à la Suisse. Une intervention flagrante dans la tradition du Suisse libre, qui a depuis toujours défendu son pays l’arme à la main. Le 13 février 2011, le peuple a réaffirmé ce point de vue et a rejeté l’initiative populaire fédérale «Pour une protection face à la violence des armes» avec 56,3% des voix.
Il est intéressant de noter que sur ce point, le Conseil fédéral a réussi à faire respecter la volonté du peuple à Bruxelles en insistant sur le fait que les soldats suisses doivent pouvoir conserver leurs armes après la fin de leur service obligatoire. (Apparemment, c’est possible quand le Conseil fédéral se souvient pendant les négociations de quel côté de la table il se trouve.)
Récemment, on a appris que la République tchèque se sentait discriminée par cette exemption pour la Suisse et a donc intenté une action en justice devant la CJCE («Sankt-Galler Tagblatt» du 14/5/18). Et maintenant?
Quoi qu’il en soit, cet exemple montre que l’imposition de directives européennes est incompatible avec la démocratie directe: nous Suisses, nous avons l’habitude de pouvoir voter sur des changements législatifs, et nous voulons continuer à faire usage de ce droit fondamental.

Davantage de sécurité juridique avec un accord-cadre? Pour qui?

Il est étonnant qu’il y ait des Suisses prétendant qu’un accord-cadre apporte «davantage de sécurité juridique». Davantage de sécurité juridique pour qui? Certainement pas pour les citoyens que nous sommes – au contraire, nous n’aurions plus voix au chapitre. Et pour les entreprises suisses ce serait similaire. La sécurité juridique ne peut résulter que d’un accord d’égal à égal. On pourrait penser que nous avons entre-temps suffisamment d’expérience avec l’UE: quand quelque chose ne convient pas à ces messieurs de Bruxelles, ils prennent des mesures, arbitrairement et en violation du contrat.
Exemples:
–    l’expulsion du programme d’échange d’étudiants Erasmus+ en réponse à l’acceptation du souverain suisse de l’initiative contre l’immigration de masse: sans bases légales et sans aucun lien avec le contenu,
–    la limitation temporelle de l’accès à la bourse pour le commerce de titres de l’UE jusqu’à la fin 2018, en réponse au fait que le Conseil fédéral n’aurait pas signé l’accord-cadre assez rapidement: également sans base juridique et sans aucun lien avec le contenu.
Avec un accord-cadre, nous ne serions pas mieux protégés contre ce genre de comportement de grande puissance, bien au contraire. L’objectif de l’accord-cadre est précisément que la Commission européenne et la Cour de justice de l’UE puissent décider si et de quelle manière ils peuvent forcer la Suisse à accepter la bureaucratie de l’UE. L’accord-cadre apporterait certainement davantage de pouvoir à Bruxelles – mais certainement pas davantage de sécurité juridique pour nous Suisses et nos entreprises! Nous exigeons de nos politiciens et de nos autorités de défendre les intérêts du peuple suisse au lieu de se soumettre aux demandes de l’élite bruxelloise.

A quels accords bilatéraux l’accord-cadre s’appliquerait-il? 

Dans les médias, il y a beaucoup de spéculations à ce sujet – mais même sur ce point essentiel, il n’y a pas d’unanimité entre Berne et Bruxelles.
Selon la «Neuer Zürcher Zeitung» du 3 mai, Ignazio Cassis a donné l’impression qu’on s’était mis d’accord: l’accord-cadre concernerait les «accords d’accès au marché» des Bilatérales I, à savoir cinq accords: Libre circulation des personnes, obstacles techniques au commerce, transports aériens et terrestres, et agriculture (seule une partie limitée de l’agriculture est incluse dans les Bilatérales I). En outre, il y a encore l’Accord sur l’électricité préparé par le Conseil fédéral. L’accord agricole, avec lequel le conseiller fédéral Schneider-Ammann menace les paysans, n’est mentionné nulle part pour ne pas effrayer le peuple, mais il ferait également partie de l’accord-cadre.
Selon la «Neue Zürcher Zeitung», Bruxelles veut également inclure l’Accord sur les marchés publics (c’est-à-dire pratiquement tous les accords des Bilatérales I) et même l’Accord de libre-échange (ALE) de 1972, couvrant en réalité tous les échanges commerciaux.
Ce que nous pouvons dire aujourd’hui déjà: l’UE voudra inclure autant de domaines du droit que possible. Cela montre clairement pourquoi le Conseil fédéral ne veut pas divulguer les contenus de l’accord-cadre. Car, si nous citoyens pouvions lire ouvertement dans quels domaines Bruxelles veut s’immiscer, la Berne fédérale pourrait abandonner définitivement son accord-cadre.    •

Principaux accords Suisse–UE

Accord de libre-échange de 1972

Pilier important pour les échanges économiques Suisse–UE, accepté par le peuple avec 72,5% des voix et la majorité des cantons.
Accords bilatéraux I (7 accords)
Adoptés par le peuple comme «paquet» le 21 mai 2000 et en vigueur depuis le 1er juin 2002
•    Libre circulation des personnes
•    Obstacles techniques au commerce
•    Marchés publics
•    Agriculture
•    Transports terrestres
•    Transport aérien
•    Recherche

Accords bilatéraux II (9 accords)

Référendum uniquement contre Schengen/Dublin, adopté par le peuple avec 54,4% des voix le 5 juin 2005
•    Schengen/Dublin
•    Fiscalité de l’épargne
•    Lutte contre la fraude
•    Produits agricoles transformés
•    Environnement
•    Statistique
•    MEDIA (Europe Créative)
•    Pensions
•    Education, formation profes­sionnelle, jeunesse

Informations sur les accords individuels: https://www.eda.admin.ch/dea/fr/home/bilaterale-abkommen/abkommen-umsetzung/)

«False flag» et «immoralité» : un ancien ambassadeur de France analyse la crise syrienne

Michel Raimbaud

11 avr. 2018

Source: Arrêt sur info du 13 avril 2018

Source originaire :  RT.com

https://francais.rt.com/entretiens/49665-false-flag-paris-botte-neoconservateurs-ancien-ambassadeur-analyse-rt-crise-syrienne

 

Michel Raimbaud a livré pour RT France son analyse sur l’attaque chimique présumée dans la Ghouta et ses conséquences. Convaincu qu’il s’agit d’une «false flag», il dénonce l’«immoralité» de la position de Paris, calquée sur les néoconservateurs.

L’ancien ambassadeur de France Michel Raimbaud qui porte un regard acéré sur les problématiques du monde arabo-musulman, région dans laquelle il a accumulé une expertise fondée sur des expériences de terrain, analyse pour RT France les derniers rebondissements de la crise syrienne.

Pour l’ancien diplomate, qui s’appuie sur les exemples tirés du passé récent du pays, il est fort probable que l’attaque chimique présumée dans la Ghouta, attribuée au gouvernement syrien, ait été montée de toutes pièces : «C’est ce que l’on appelle une false flag (attaque sous fausse bannière)».

«Quand il y a eu une attaque, il a toujours été prouvé – à tout le moins fortement soupçonné – par la suite que ce n’était pas le gouvernement syrien qui en était responsable, mais bel est bien les rebelles modérés, qui sont en fait des terroristes», fait valoir Michel Raimbaud. Il y a deux mois, le secrétaire à la Défense Jim Mattis avait à ce propos admis qu’il n’existait pas de preuve de la culpabilité de Bachar el-Assad dans l’attaque chimique de Khan Cheikhoun d’avril 2017 à laquelle les Etats-Unis avaient pourtant réagi en effectuant une frappe sur la base d’Al-Chaaryate.

L’objectif d’une telle stratégie est simple selon l’ancien diplomate, c’est un moyen pour tenter d’annihiler les avancées de l’armée syrienne sur le terrain. «Quand l’armée syrienne obtient un succès décisif, on invente une alerte», fait-il ainsi remarquer, notant que les forces gouvernementales étaient parvenues à libérer la quasi-totalité de la Ghouta orientale ces dernières semaines.

La France qui se présente en sauveur du peuple syrien ? «De l’humour noir»

Dans cette crise, la position de Paris qui menace d’intervenir militairement sur le territoire syrien ne surprend pas outre mesure l’ancien ambassadeur : «La France s’aligne toujours sur Washington, depuis des années déjà.»

Bien qu’elle soit sans surprise, Michel Raimbaud estime que cette position est toutefois «regrettable», d’autant que Paris est un membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et a donc le devoir en cette qualité de respecter la charte des Nations Unies.

«C’est une des grande constatation de cette situation, le droit international est bafoué», note l’ancien diplomate qui rappelle que la France foule ainsi aux pieds la souveraineté des Etats, le principe de non-ingérence, le droit d’autodétermination des peuples et le droit des Etats à décider librement de leur régime politique sans intervention extérieure.

«Je trouve gonflé de dire que l’on a un devoir moral d’intervenir. On ne peut pas faire appel à des principes moraux quand on les viole continuellement, c’est immoral, littéralement», poursuit Michel Raimbaud. «Et c’est injuste, la Syrie ne nous a jamais attaqués. Ce n’est pas un agresseur, c’est nous qui l’agressons. Vouloir prendre un rôle pour aller sauver le peuple syrien, ça me paraît de l’humour noir», glisse-t-il encore.

Selon lui, la France a fait le choix de se placer dans «le camp de la guerre» en Syrie, aux côtés des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de la Turquie, mais aussi d’Israël et de ses alliés islamistes, l’Arabie Saoudite et le Qatar. «Il faut se réveiller parce que le monde est au bord de la guerre», prévient-il.

«Le néoconservatisme a investi l’Etat profond français»

L’ancien ambassadeur déplore par ailleurs le traitement médiatique de la crise en Occident. «Les médias occidentaux, c’est la ruine. Ils ont discrédité la profession dans leur grande majorité. Au bout de sept ans, ils font mine de ne rien avoir compris», lance-il sans ambages. Pourtant ils ne sont pas les seuls responsables de cette ruine dans le domaine public, selon lui : «Il y a les intellectuels aussi, à droite à gauche ils pensent la même chose. On a jamais vu un pareil unanimisme.»

Un phénomène qu’il attribut au néoconservatisme, importé des Etats-Unis. Né sous Reagan, le courant partagé autant par les Démocrates que les Républicains s’est accentué depuis la chute de l’Union soviétique et plus encore depuis les attentats du 11 septembre et la guerre contre le terrorisme, remarque Michel Raimbaud.

«Le néoconservatisme a investi l’Etat profond non seulement en Amérique, mais aussi en France, au Royaume-Uni, dans tous les pays occidentaux où ils ont des succursales, et en Israel évidemment, qui est un pilier du pouvoir néoconservateur», analyse l’ancien ambassadeur.

Une influence américaine d’autant plus problématique que les Etats-Unis ne sont pas un allié de Paris : «François Mitterrand disait que les Etats-Unis mènent une guerre perpétuelle à la France et que les Français ne le savent pas. C’est une guerre impitoyable, de tous les instants, dans tous les domaines. Il s’agit de la mettre au pas.»

 

Affaire Skripal et accusation britannique: Libre opinion du général Delawarde

par le général Dominique Delawarde
Source : http://www.asafrance.fr (Association de soutien à l’Armée française)
20 mars 2018

En matière criminelle, tout enquêteur sérieux explore toutes les pistes possibles et ne se limite pas à une seule. La recherche du mobile du crime, surtout lorsque celui ci est prémédité, conduit bien souvent à la découverte de l’assassin ou de son commanditaire.

L’affaire SKRIPAL, dont les répercussions politiques internationales sont très importantes, semble poser aux enquêteurs, aux politiques, aux médias et aux opinions publiques un certain nombre de questions auxquelles les réponses apportées jusqu’à présent ne sont pas totalement satisfaisantes.

1 – Quels sont les faits et les premiers résultats divulgués par les enquêteurs et interprétés par les politiques et les médias à l’attention du grand public?
2 – La Russie est-elle coupable ?
3 – Si elle ne l’était pas, qui donc pourrait avoir un mobile puissant et les moyens de réaliser une telle action, probablement préméditée.

La réponse à ces trois questions en appelle évidemment d’autres sur l’analyse des réactions internationales et sur leurs conséquences possibles.


* * *

• Les faits et les réactions politiques et médiatiques.
Le 4 mars 2018 Sergueï Skripal, 66 ans, un ancien colonel des services de renseignement militaires russes, ainsi que sa fille, ont été retrouvés inconscients aux abords d’un centre commercial de Salisbury, au Royaume-Uni. Recruté comme agent double par les services britanniques en 1995 et condamné en Russie à 13 ans de prison pour trahison en 2004, M. Skripal a obtenu l’asile au Royaume-Uni en 2010 après un échange d’agents de renseignement entre la Russie et les États-Unis. Selon les enquêteurs britanniques, il s’agirait d’un empoisonnement au gaz Novitchok. L’utilisation du nom précis de ce produit mystérieux et supposé mortel semble pour le moins maladroit.

L’existence d’un tel produit a été rendu publique par le témoignage dans les années 1990 d’un seul dissident russe, Vil Mirzayanov (83 ans aujourd’hui), chimiste militaire. Ce dissident a publié aux USA un livre «State Secrets» en 2007 dans lequel il aurait donné quelques formules chimiques à l’appui de ses révélations. Si ce fait est avéré le Novitchok serait donc sorti, dès 2007 de l’exclusivité russe et aurait pu être fabriqué par n’importe qui. Les révélations de Mirzayanov n’ont jamais été confirmées par aucune source indépendante, ni par aucun autre dissident.

Mieux, l’Organisation onusienne pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OIAC) conclut dans un rapport de 2013 d’un comité scientifique comprenant des représentants US, UK, France, Russie et Allemagne qu’«elle n’a pas d’information suffisante pour se prononcer sur l’existence et les propriétés du «Novitchok».

En 2016, le docteur Robin Black, chef du seul laboratoire de détection britannique d’arme chimique de Porton écrit dans une publication scientifique (Royal Society of Chemistry): « les indices de l’existence éventuelle d’un tel produit sont quasi-inexistants et sa composition reste inconnue. »(Robin Black. (2016) Development, Historical Use and Properties of Chemical Warfare Agents.)

Les enquêteurs britanniques ont donc réalisé l’exploit d’identifier un produit dont la composition est inconnue de leur propre laboratoire d’analyse spécialisée dans le domaine !

Avec le soutien instantané et quasi unanime des médias, les politiques britanniques n’ont pas tardé à désigner la Russie comme responsable de cette « attaque contre le Royaume Uni » et ont expulsé 23 diplomates russes. Ils ont toutefois rechigné à fournir un échantillon du produit identifié à l’OIAC (Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques), organisme onusien reconnu indépendant, et refusé bien sûr, de le fournir à la Russie, qui proposait son aide aux enquêteurs britanniques. Pourquoi donc ces cachotteries ?

En première impression, cette affaire ne paraît pas bien nette. L’hystérie politico-médiatique immédiate fait étrangement penser à l’ «orchestration» de l’affaire des armes de destruction massive de Saddam Hussein de 2003, mais pas que….. Une hystérie semblable avait régné pendant 6 semaines lors de l’affaire de Timisoara (Roumanie) en 1989, lors de l’affaire des couveuses dont les méchants soldats de Saddam arrachaient les nourrissons en 1990, lors de l’affaire des gaz de la Goutha en 2013. Toutes ces affaires ont été reconnues, à postériori, comme des mensonges destinés à fournir des prétextes (faux évidemment) pour s’ingérer militairement dans les affaires d’un état et en faire tomber le gouvernement.

• La Russie est-elle coupable ?
Le président Poutine est tout sauf un imbécile. C’est du moins ce qu’en disent tous ceux, politiques ou journalistes occidentaux, qui l’ont rencontré.

Ce président est aujourd’hui fortement occupé par une série de défis ou de crises à résoudre de portée mondiale: la crise ukrainienne, la crise syrienne, la crise nord coréenne, la crise de l’accord nucléaire iranien, l’élection présidentielle russe à laquelle Poutine s’est porté candidat, la coupe du monde de football organisée par son pays en Juin prochain…..etc….etc…

Est-il seulement envisageable que cet homme très occupé décide, à 16 jours de l’élection présidentielle russe et alors qu’il est déjà sous très forte pression occidentale sur l’affaire de la Goutha (Syrie), d’éliminer un ex-espion qu’il a lui-même libéré en 2010 et qui ne représente plus aucune menace pour la Russie depuis bien longtemps ? Surtout en connaissant à l’avance l’hystérie politico-médiatique occidentale qui s’exercerait à l’encontre de son pays….. et pourquoi choisir ce moment ?

Ma réponse est non: cette hypothèse n’a pas une once de crédibilité et décrédibilise même complètement ceux qui la privilégient et qui nous prennent pour des imbéciles. (Politiques et médias)

Est-il envisageable qu’un service officiel russe ait échappé au contrôle de Poutine pour régler le compte de cet ex-agent sans en référer à Poutine, à ce moment précis, juste avant la présidentielle russe et de manière aussi voyante ?

Ma réponse est non : Le chef de service aurait été suicidaire compte tenu des conséquences politico-médiatiques prévisibles …..
Est-il seulement envisageable que de «méchants hommes de main russes du FSB» aient laissé leur «proie» agoniser sur un banc, près d’un centre commercial en pleine ville de Salisbury au vu et au su des passants ?

Ma réponse est une nouvelle fois non: s’ils avaient voulu éliminer Skripal, les services spéciaux russes l’auraient fait proprement, au moment opportun et l’on n’aurait jamais retrouvé le corps. Alors que Skripal était libéré depuis 8 ans, ils n’auraient pas choisi de le faire à 16 jours de l’élection présidentielle russe de 2018.

La piste russe ne tient pas la route: pas de mobile, mauvais choix de date, très mauvaise exécution du «travail»… sous estimation trop flagrante de l’intelligence de Poutine.

En revanche, il n’est pas exclu que ce meurtre ait été commandité auprès d’une mafia quelconque comme il en existe beaucoup dans tous les pays européens. L’habileté suprême du commanditaire aurait alors été de choisir une mafia ukrainienne ou russe évidemment….. (Celles ci sévissent dans tous les pays occidentaux).

• Tentative de manipulation
Si la piste russe officielle est éliminée, et compte tenu de l’hystérie russophobe politico-médiatique qui a suivi, il faut en conclure que nous avons fait l’objet d’une tentative de manipulation visant à susciter une réaction de l’opinion publique russophobe, visant aussi à accroître le niveau de tension entre l’Union Européenne et la Russie et visant, peut être même, à préparer l’opinion à des sanctions plus sérieuses pouvant progressivement dégénérer vers un affrontement armé.


* * *

Quel commanditaire étatique pourrait, aujourd’hui, avoir des raisons d’en vouloir à la Russie et la capacité d’agir tant sur le terrain, que sur les sphères politiques et médiatiques britanniques pour obtenir les résultats que nous observons aujourd’hui ?Trois états au monde pourraient remplir ces conditions.

• Le premier est incontestablement Israël :
Sur le théâtre syrien, la solide alliance qui lie actuellement la Russie à la Syrie de Bachar El Assad, à l’Iran et au Hezbollah est de plus en plus mal perçue en Israël. Il suffit de lire la presse israélienne pour s’en convaincre. C’est en raison de cette alliance dont la Russie est le maillon fort que le plan israélo-US de démembrement de la Syrie, prélude au remodelage du Moyen-Orient n’a pas encore pu aboutir après 7 ans de guerre.

Les multiples visites de Netanyahu à Poutine pour le convaincre de lâcher l’Iran et la Syrie n’ont jamais réussi à faire fléchir ce dernier. Il conviendrait donc d’agir et d’accroître la pression sur lui pour le contraindre à lâcher du lest.

Israël dispose, par le biais d’une diaspora riche et puissante et de nombreux sayanims, d’une influence considérable et d’une capacité d’action dans le monde entier mais plus particulièrement aux États-Unis, au Royaume Uni et en France, pays dans lesquels il contrôle les médias les plus influents, la politique étrangère et même, à un certain degré, les chefs d’état. Israël a facilité l’élection de certains chefs d’état par le biais de financement de campagnes électorales par la diaspora et/ou par l’appui des médias que celle-ci contrôle. Son service de renseignement, le Mossad, ne recule devant rien d’autant qu’il se sait aujourd’hui soutenu dans le pays où il opère, tant au niveau politique que médiatique.

Si l’on considère l’ampleur du contentieux qui oppose aujourd’hui la Russie à Israël, pays tourné vers l’action et disposant d’une grande capacité d’exécuter ou de commanditer tout type d’opération secrète sur tout territoire, on ne peut pas exclure une piste israélienne.

• Les Etats Unis ont, eux aussi, d’excellentes raisons d’en vouloir à la Russie et les capacités d’agir.
Il est clair que la Russie de Poutine porte de plus en plus ombrage à la domination US sans partage du monde, souhaitée par les néoconservateurs qui ont manifestement repris la main sur la politique étrangère US. Sur la plupart des points chauds du globe, la diplomatie russe très active et brillante de Lavrov met en difficulté, voire l’emporte sur la diplomatie US d’autant qu’elle est soutenue par des forces armées de plus en plus actives et efficaces. La réussite des blocs BRICS-OCS sous la houlette de la Chine et de la Russie devient si inquiétante que ces deux pays ont été placés en tête de liste des menaces dans la dernière «Stratégie de Défense US 2018».

Par ailleurs, l’alliance entre la Russie et l’Iran et les bonnes relations entre la Russie et la Turquie font perdre progressivement aux USA le contrôle du Moyen Orient, ce qui met en péril la défense du 51e  état de l’union: Israël. Il n’est plus un secret pour personne que la politique étrangère US et la CIA sont aujourd’hui sous contrôle quasi exclusif de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) ou de ses affidés.

Les Etats-Unis veulent aussi, et peut être surtout, éviter, voire interdire, tout rapprochement entre son principal vassal, l’UE, et la Russie. Ils veulent, en particulier, interdire, avant qu’il ne soit trop tard, la réalisation du gazoduc north stream 2 qui faciliterait l’acheminement d’un gaz russe moins cher pour l’UE mais qui nuirait à leurs propres intérêts gaziers.

Bref, mettre un maximum de pression sur une Russie trop forte et, selon les néoconservateurs US, menaçante, est dans l’intérêt immédiat des États-Unis. Créer une crise majeure entre l’UE et la Russie est aussi d’un intérêt majeur pour les USA. Un «montage» anti-russe avec la complicité active du Royaume-Uni (politiques et médias) est un jeu d’enfant d’autant que ces deux larrons ont quelques précédents à leur actif….. (armes de destruction massives en Irak). S’ils étaient malins, ils auraient pu rajouter au scénario de l’enquête criminelle, quelques enregistrements de conversations téléphoniques, en langue russe, entre les assassins présumés. Leurs accusations anti-russes en auraient été renforcées…

Les États-Unis peuvent donc incontestablement être mis sur la liste des suspects.

• La «perfide»Albion, surnom fort bien porté par le Royaume-Uni, compte tenu du nombre de coups tordus qu’elle a pu monter dans l’histoire, ne manque pas, elle aussi, de mobiles pour avoir conçu et exécuté un tel montage sur son territoire.

Les services de Theresa May pourraient avoir agi comme poisson pilote des USA ou plus directement d’Israël. L’ambassade de l’état hébreu à Londres a, en effet, des connections et une influence extrêmement fortes sur la politique et les médias britanniques. Il faut rappeler que le Royaume Uni dispose de la 3e communauté la plus importante de la diaspora après les USA et la France. Allié fidèle des États-Unis, le Royaume-Uni n’a jamais su leur refuser un service.

Par ailleurs, Theresa May plutôt mal élue, sait fort bien qu’instiller la peur de la Russie est traditionnellement favorable aux conservateurs. Elle a aujourd’hui grand besoin d’un rassemblement de son opinion publique face à «un ennemi commun» fût-il imaginaire. Cette affaire Skripal vient à point nommé pour renforcer la cohésion nationale.

La piste «Royaume Uni» agissant pour son compte où pour le compte d’un état tiers n’est donc pas totalement à exclure.


* * *

Quelles conséquences faut-il attendre de cette farce politico-médiatique ?

Pour la Russie, il est probable que le score de Poutine à l’élection présidentielle soit meilleur qu’il ne l’aurait été sans cette affaire. Quand un pays se sent menacé, les électeurs se rassemblent autour d’un homme fort et expérimenté, et Poutine est incontestablement cet homme pour les Russes.

Bien sûr, de nouvelles sanctions seront peut être prononcées, creusant un peu plus le fossé qui nous sépare de la Russie, à la grande satisfaction des USA. La russophobie chronique d’une partie de notre « élite » politique néoconservatrice va pouvoir, avec l’aide des médias mainstream, se répandre un peu plus dans la partie non négligeable de l’opinion publique qui ne cherche pas à approfondir et que l’on gave, à longueur de journée, avec des reportages et informations bidons.

La Russie, déjà sous sanction, s’organisera toujours un peu plus, à l’écart de l’Union Européenne avec les pays, toujours plus nombreux, qui lui font confiance.

L’Union Européenne se tirera, une fois de plus, une balle dans le pied, en perdant tout ou partie de ses positions dans un pays aux grandes potentialités, à la plus grande satisfaction de nos amis américains qui continueront, sans vergogne, à nous imposer l’extraterritorialité de leur législation.

En conclusion, je me garderai bien de désigner le coupable que nul ne connaîtra jamais.

Je me contente très simplement de constater que la piste d’une Russie commanditaire d’une tentative de meurtre aussi mal exécutée et à un moment aussi mal choisi n’est pas crédible et qu’une bonne partie de l’opinion publique européenne le sait déjà.
Si le ridicule tuait, nous aurions perdu Madame May, monsieur Boris Johnson et surtout monsieur Williamson, le ministre UK de la défense qui, lui, malgré ou à cause de sa jeunesse, a toutes les qualités d’un «fou-furieux». Il reste à espérer que les autorités françaises ne les suivront pas trop longtemps et avec trop d’entrain sur la voie des «fake accusations».

Je constate aussi que de bonnes raisons existent, pour certains Etats, d’avoir réalisé un tel montage, d’autant qu’ils n’en seraient pas à leur coup d’essai (USA, Royaume Uni)…

Quelques commentateurs de ce texte crieront bien sûr à la «théorie du complot», mais ayant vécu, de l’intérieur du «système», des mensonges d’état relayés par des médias bien subventionnés, je reste tout à fait serein face à ce genre d’attaques dont je connais parfaitement les auteurs.

A chacun, bien sûr, de se faire sa propre opinion sur l’affaire Skripal. La mienne est faite.


Général Dominique DELAWARDE

Diffusé par le site de l’ASAF : www.asafrance.fr

Of A Type Developed By Liars

 

by Craig Murray
16 March, 2018
Source : https://www.craigmurray.org.uk/archives/2018/03/of-a-type-developed-by-liars/

(Craig Murray is a Former British Ambassador, Historian and Human Rights Activist)

I have now received confirmation from a well placed FCO(*) source that Porton Down scientists are not able to identify the nerve gas as being of Russian manufacture, and have been resentful of the pressure being placed on them to do so. Porton Down would only sign up to the formulation “of a type developed by Russia” after a rather difficult meeting where this was agreed as a compromise formulation. The Russians were allegedly researching, in the “Novichok” programme a generation of nerve agents which could be produced from commercially available precursors such as insecticides and fertilisers. This substance is a “novichok” in that sense. It is of that type. Just as I am typing on a laptop of a type developed by the United States, though this one was made in China.

To anybody with a Whitehall background this has been obvious for several days. The government has never said the nerve agent was made in Russia, or that it can only be made in Russia. The exact formulation “of a type developed by Russia” was used by Theresa May in parliament, used by the UK at the UN Security Council, used by Boris Johnson on the BBC yesterday and, most tellingly of all, “of a type developed by Russia” is the precise phrase used in the joint communique issued by the UK, USA, France and Germany yesterday:

This use of a military-grade nerve agent, of a type developed by Russia, constitutes the first offensive use of a nerve agent in Europe since the Second World War.

When the same extremely careful phrasing is never deviated from, you know it is the result of a very delicate Whitehall compromise. My FCO source, like me, remembers the extreme pressure put on FCO staff and other civil servants to sign off the dirty dossier on Iraqi WMD, some of which pressure I recount in my memoir Murder in Samarkand. She volunteered the comparison to what is happening now, particularly at Porton Down, with no prompting from me.

Separately I have written to the media office at OPCW (**) to ask them to confirm that there has never been any physical evidence of the existence of Russian Novichoks, and the programme of inspection and destruction of Russian chemical weapons was completed last year.

Did you know these interesting facts?

OPCW inspectors have had full access to all known Russian chemical weapons facilities for over a decade – including those identified by the “Novichok” alleged whistleblower Mirzayanov – and last year OPCW inspectors completed the destruction of the last of 40,000 tonnes of Russian chemical weapons.

By contrast the programme of destruction of US chemical weapons stocks still has five years to run.

Israel has extensive stocks of chemical weapons but has always refused to declare any of them to the OPCW. Israel is not a state party to the Chemical Weapons Convention nor a member of the OPCW. Israel signed in 1993 but refused to ratify as this would mean inspection and destruction of its chemical weapons. Israel undoubtedly has as much technical capacity as any state to synthesise “Novichoks”.

Until this week, the near universal belief among chemical weapons experts, and the official position of the OPCW, was that “Novichoks” were at most a theoretical research programme which the Russians had never succeeded in actually synthesising and manufacturing. That is why they are not on the OPCW list of banned chemical weapons.
Porton Down is still not certain it is the Russians who have apparently synthesised a “Novichok”. Hence “Of a type developed by Russia”. Note developed, not made, produced or manufactured.
It is very carefully worded propaganda. Of a type developed by liars.

UPDATE
This post prompted another old colleague to get in touch. On the bright side, the FCO have persuaded Boris he has to let the OPCW investigate a sample. But not just yet. The expectation is the inquiry committee will be chaired by a Chinese delegate. The Boris plan is to get the OPCW also to sign up to the “as developed by Russia” formula, and diplomacy to this end is being undertaken in Beijing right now.

I don’t suppose there is any sign of the BBC doing any actual journalism on this?

(*) Foreign & Commonwealth Office.
(**) Organisation for the Prohibition of Chemical Weapons.