Position de la Chine sur le règlement politique de la crise ukrainienne

Horizons et débats

14 mars 2023

1. Respecter la souveraineté de tous les pays. Le droit international universellement reconnu, y compris les buts et principes de la Charte des Nations Unies, doit être strictement observé. La souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de tous les pays doivent être effectivement garanties. Les pays, qu’ils soient grands ou petits, puissants ou faibles, riches ou pauvres, sont membres égaux de la communauté internationale. Les différentes parties doivent préserver ensemble les normes fondamentales régissant les relations internationales et défendre l’équité et la justice internationales. Il faut promouvoir une application égale et uniforme du droit international et rejeter le deux poids deux mesures.

2. Renoncer à la mentalité de la guerre froide. Il ne faut pas rechercher la sécurité d’un pays au détriment de celle des autres, ni garantir la sécurité d’une région par le renforcement voire l’expansion des blocs militaires. Les intérêts et préoccupations sécuritaires légitimes des différents pays doivent être pris au sérieux et traités de manière appropriée. Il n’y a pas de solution simple aux problèmes complexes. Toutes les parties doivent poursuivre la vision de sécurité commune, intégrée, coopérative et durable, garder à l’esprit la paix et la stabilité de long terme dans le monde, et promouvoir la construction d’une architecture de sécurité européenne équilibrée, effective et durable. Il faut s’opposer à ce qu’un pays recherche sa propre sécurité au prix de celle d’autrui, prévenir la confrontation des blocs, et œuvrer ensemble à la paix et à la stabilité sur le continent eurasiatique.

3. Cesser les hostilités. Les conflits et guerres ne font de bien à personne. Les parties doivent toutes garder la raison et la retenue, s’abstenir de mettre de l’huile sur le feu et d’aggraver les tensions, et prévenir une nouvelle détérioration ou même un dérapage de la crise ukrainienne. Il faut soutenir la Russie et l’Ukraine de sorte qu’elles travaillent dans la même direction pour reprendre au plus tôt un dialogue direct, promouvoir progressivement la désescalade de la situation et parvenir finalement à un cessez-le-feu complet. 

4. Lancer les pourparlers de paix. Le dialogue et les négociations sont la seule solution viable à la crise ukrainienne. Tout effort en faveur du règlement pacifique de la crise doit être encouragé et soutenu. La communauté internationale doit poursuivre la bonne direction qui est de promouvoir les pourparlers de paix, aider les parties au conflit à ouvrir rapidement la porte qui mène au règlement politique de la crise, et créer des conditions et plateformes pour la reprise des négociations. La Chine continuera de jouer un rôle constructif dans ce sens.

5.Régler la crise humanitaire. Toute mesure en faveur de l’apaisement de la crise humanitaire doit être encouragée et soutenue. Les opérations humanitaires doivent se conformer aux principes de neutralité et d’impartialité et les questions humanitaires ne doivent pas être politisées. Il faut protéger effectivement la sécurité des civils et mettre en place des corridors humanitaires pour évacuer des civils des zones de conflit. Il convient d’accroître les aides humanitaires aux zones concernées, d’améliorer les conditions humanitaires, et de fournir un accès humanitaire rapide, sûr et sans entrave, en vue de prévenir une crise humanitaire de plus grande ampleur. Il faut soutenir l’ONU dans ses efforts pour jouer un rôle coordinateur dans l’acheminement des aides humanitaires dans les zones de conflit.

6.Protéger les civils et les prisonniers de guerre. Les parties au conflit doivent observer scrupuleusement le droit humanitaire international, éviter d’attaquer les civils et les installations civiles, protéger les femmes, les enfants et les autres victimes du conflit et respecter les droits fondamentaux des prisonniers de guerre. La Chine soutient l’échange de prisonniers de guerre entre la Russie et l’Ukraine et appelle les différentes parties à créer plus de conditions favorables à cette fin.

7.Préserver la sécurité des centrales nucléaires. La Chine s’oppose aux attaques armées contre les centrales nucléaires et les autres installations nucléaires pacifiques, et appelle les différentes parties à observer le droit international, y compris la Convention sur la sûreté nucléaire, et à prévenir résolument les accidents nucléaires d’origine humaine. La Chine soutient l’Agence internationale de l’énergie atomique dans ses efforts pour jouer un rôle constructif dans la promotion de la sûreté et de la sécurité des installations nucléaires pacifiques.

8.Réduire les risques stratégiques. Les armes nucléaires ne doivent pas être utilisées et la guerre nucléaire ne doit pas être menée. Il faut s’opposer à la menace ou l’emploi d’armes nucléaires. Il est impératif de prévenir la prolifération nucléaire et d’éviter les crises nucléaires. La Chine s’oppose à la recherche et développement et à l’utilisation des armes chimiques et biologiques par quelque pays que ce soit dans quelques circonstances que ce soient.

9.Faciliter l’exportation des céréales. Toutes les parties doivent appliquer de manière équilibrée, intégrale et effective l’Initiative céréalière de la mer Noire signée par la Russie, la Türkiye, l’Ukraine et l’ONU, et soutenir l’ONU dans ses efforts pour jouer un rôle important à cet égard. L’initiative de coopération sur la sécurité alimentaire mondiale lancée par la Chine offre une solution viable à la crise alimentaire mondiale.

10.Mettre fin aux sanctions unilatérales. Les sanctions unilatérales et la pression maximale n’aident pas à régler les problèmes et ne font que créer de nouveaux problèmes. La Chine s’oppose à toute sanction unilatérale non autorisée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies. Les pays concernés doivent cesser de recourir de manière abusive aux sanctions unilatérales et aux juridictions extraterritoriales contre les autres pays, jouer un rôle en faveur de la désescalade de la crise ukrainienne et créer des conditions favorables au développement économique et à l’amélioration du bien-être de la population des pays en développement.

11.Assurer la stabilité des chaînes industrielles et d’approvisionnement. Toutes les parties doivent préserver effectivement le système économique mondial existant, et s’opposer à ce que l’économie mondiale soit politisée ou utilisée comme un outil ou une arme. Il faut œuvrer ensemble à atténuer les effets de débordement de la crise pour qu’elle ne perturbe la coopération internationale en matière d’énergie, de finance, de commerce alimentaire et de transport ni ne compromette la reprise économique mondiale.

12.Promouvoir la reconstruction post-conflit. La communauté internationale doit prendre des mesures pour soutenir la reconstruction post-conflit dans les zones de conflit. La Chine est prête à accorder son assistance et à jouer un rôle constructif à cet égard3.

Source : Le Ministère des affaires étrangères de la République populaire de Chine. 24 février 2023, 09 :00

Ce texte est reproduit à partir d’un encadré publié à la suite de l’article de Ralph Bosshard intitulé “Pékin prend l’initiative dans le conflit ukrainien”, Horizons et débats, 14 mars 2023.

Pékin prend l’initiative dans le conflit ukrainien

par Ralph Bosshard *

Horizons et débats

Zurich, 14 mars 2023

A l’occasion de l’anniversaire de l’attaque russe contre l’Ukraine, le Ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine a rendue publique son initiative pour une solution politique du conflit.(1) En révélant son projet élaboré pour la paix, Pékin se positionne en tant que partie prenante aux décisions concertées touchant aux questions importantes de la politique mondial, tout en continuant la promotion de ses conceptions d’un monde multipolaire dans lequel la Russie aurait également sa place. Sans se laisser impliquer dans le conflit par son partenaire russe à un moment inopportun, la Chine n’est pas non plus prête à s’en distancer.

Dans les deux premiers paragraphes, Pékin donne son évaluation du conflit, soulignant les contradictions présumées des parties en conflit. Depuis des années, l’Ukraine proteste contre la violation de son intégrité territoriale consécutive à l’annexion par la Fédération de Russie, de la Crimée et depuis peu, des quatre oblasts de Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson. Cependant l’intégrité territoriale évoquée à ce sujet par la Chine recouvre plus généralement la sienne propre, en clair, ses revendications concernant Taïwan et les eaux territoriales en mer de Chine orientale et méridionale.
    Pour ne pas avoir l’air de trop polariser sur l’Occident, le Ministère chinois des Affaires étrangères a également inclus dans le premier paragraphe une référence à l’égalité souveraine des Etats, ainsi que sa critique du double standard. La violation du premier principe est notamment critiquée par les Etats qui voient dans le soutien occidental aux «révolutions colorées» une ingérence dans leurs affaires intérieures. Traditionnellement, la Russie et la Chine reprochent à l’Occident de leur appliquer le régime «deux poids-deux mesures», se plaignant que lui-même se permette d’agir d’une façon qu’il n’accepterait jamais chez ses adversaires, selon la devise quod licet Iovi, non licet bovi (2). Attaque frontale classique contre les groupes qui, en Occident et notamment aux Etats-Unis, s’attribuent un rôle de leadership dans la politique mondiale, en revendiquant la primauté des Etats démocratiques sur tous les autres.(3)
    Par ailleurs la Chine en profite pour cautionner les revendications russes qui reviennent depuis des années sur la violation des principes d’indivisibilité territoriale de sécurité, y insistant de concert avec Moscou qui estime que les diverses étapes de l’élargissement de l’OTAN à l’est ont enfreint ce principe et conduit les anciens pays membres de l’Organisation du traité de Varsovie et les nouveaux membres de l’OTAN à assurer leur sécurité aux dépens de la Russie.

Les propositions chinoises font preuve de réalisme

A l’évidence, le Ministère chinois des Affaires étrangères admet que l’é tendue de la complexité des causes de l’actuelle guerre d’Ukraine est trop vaste pour qu’elle parvienne à une résolution rapide par le biais d’un accord de paix. Au cours des neuf dernières années, cette longue guerre a en outre engendré d’autres problèmes. Par conséquent, demander un accord de cessez-le-feu général est nettement plus réaliste. On a bien sûr aussitôt reproché à la Russie d’utiliser le cessez-le-feu dans le seul but d’un rétablissement de sa position militaire. Les Ukrainiens et leurs alliés européens sont toutefois eux aussi rompus à ces procédés: jusqu’à  présent aucun argument convaincant n’est venu infirmer l’idée que la France, l’Allemagne et l’Ukraine n’auraient conclu les Accords de Minsk dans un objectif de gagner du temps pour préparer une résolution militaire au conflit.(4) A Pékin aussi, on est bien conscient du problème posé par les Accords de Minsk de 2014 et 2015, mélange de simples dispositions de cessez-le-feu avec des mesures politiques. Il faut toutefois s’attendre à ce qu’un cessez-le-feu stable, sur une ligne bien démarquée, quelle qu’elle soit, conduise à la consolidation de la situation de facto, ce qui n’est pas dans l’intérêt de l’Ukraine en particulier. L’appel à la reprise des pourparlers politiques (point 4 de la proposition chinoise) marque le réalisme dont fait preuve Pékin.

L’Occident se trouve hors du jeu

Jusqu’à présent, concernant un dialogue direct Ukraine-Russie, proposé par Pékin, c’est l’Ukraine qui renâcle. Le point 3 de la proposition chinoise, qui le souligne, montre la volonté de Pékin de n’accorder aucun rôle dans le processus de paix à l’Occident dans son entier. Le Président ukrainien Zelensky a visiblement vite compris cette issue se déclarant immédiatement prêt à discuter avec l’homme fort de la Chine, le Président Xi Jinping.(5)
    Autre problème urgent lié à la longueur et la brutalité de cette guerre, les conditions humanitaires. L’Ukraine et ses alliés européens tenteront bien entendu de s’appuyer sur ce point du plan de paix chinois pour dénoncer la Russie, mais la Chine ne devrait pas se laisser instrumentaliser. Pékin sait bien que la Russie va utiliser ce point pour tout reprocher à l’Ukraine. En associant, dans le point 8 de sa proposition, son refus de toute menace d’utilisation d’armes nucléaires à son opposition de principe à tout développement d’armes biologiques et chimiques, la Chine montre sa détermination à couper court à toute tentative d’instrumentalisation de l’une ou l’autre des parties.

Des voies ouvertes à tous

La référence à l’Initiative Black Sea Grains, visant au maintien des livraisons de céréales en provenance d’Ukraine, indique probablement que Pékin s’est concerté avec Ankara avant d’initier son plan de paix. Il est clair que les dirigeants chinois vont en profiter pour tenter d’en tirer un profit additionnel pour marquer des points auprès des Etats d’Afrique et d’Asie.
    Point 10, le refus de sanctions unilatérales doit être interprété comme une critique ouverte de l’Occident et constitue en même temps une pilule amère pour l’Ukraine qui, faute d’autres options d’action, opterait pour le maintien prolongé de sanctions aussi sévères que possible contre la Russie.(6) L’Ukraine n’a pourtant pas, ni actuellement, ni dans un avenir prévisible, le poids politique et économique nécessaire pour motiver d’autres Etats à agir dans ce sens, et encore moins pour les y contraindre. A Kiev, il faut s’attendre de manière réaliste à ce que les intérêts économiques de nombreux Etats les conduisent, un jour ou l’autre, à un maintien purement formel, quoique progressivement vidé de leur contenu, des sanctions économiques contre la Russie. Enfin, Pékin promeut ses propres intérêts économiques, notamment son Initiative Belt and Road, tout en sachant pertinemment qu’elle sert également les intérêts russes, car la Russie accorde une grande importance à son corridor de transport international nord-sud et n’a aucun intérêt à des blocages de quelque nature que ce soit.

La détermination de Pékin

Le rejet automatique du plan de paix chinois, présumé douteux, devra sans doute rapidement faire place à une évaluation plus réaliste.(7) Le secrétaire d’Etat américain Blinken se prépare apparemment déjà à une série laborieuse de visites qui le conduira dans plusieurs Etats d’Asie où il devra solliciter un soutien à ses propres plans.(8) On fera sans doute payer cher aux Américains et aux Européens le prix d’un soutien politique.(9) Il sera exclu que les responsables de la politique étrangère occidentale s’y présentent sous l’aspect riant du pap-gâteau au chéquier bien garni: le vent a décidément tourné. Ils endosseront désormais plutôt le rôle du quémandeur importun. D’un autre côté, Pékin est manifestement prêt à exercer une pression militaire pour faire aboutir son plan de paix, comme le montrent les diverses spéculations sur la livraison de drones et de munitions à la Russie.10 Discutable ou non, Pékin fera aboutir son plan de paix qui sert d’abord ses propres intérêts, et ce ne sont pas les sensibilités ukrainiennes qui l’arrêteront.
    Kiev, Bruxelles et Washington ne pourront échapper à un examen approfondi des propositions chinoises, d’autant plus que celles-ci ont déjà reçu le soutien d’acteurs importants sur l’é chiquier politique mondial et qu’elles avaient peut-être été convenues avec un autre acteur important, la Turquie. Avec l’initiative chinoise, l’Occident qui a fourni des armes à l’Ukraine en tant que moteur convaincu de l’é volution, se voit tout à coup rélégué au rôle d’acteur parmi d’autres, car Pékin ne tolèrera manifestement pas que ses propositions soient balayées d’un revers de main. Avec la proposition de paix chinoise, une porte est désormais également ouverte pour sauver la face en cas de changement de cap de la politique occidentale qui s’orienterait vers l’ouverture de discussions avec le mal-aimé du Kremlin, Vladimir Poutine. •

(1 v. «China’s Position on the Political Settlement of the Ukraine Crisis», 24/02/23, site du Ministère des Affaires extérieures chinois sous https://www.fmprc.gov.cn/eng/zxxx_662805/202302/t20230224_11030713.html?spm=C98846262907.PT3RXyzGyJv6.0.0  (en anglais). Commentaire à consulter sur: «China calls for resuming peace talks to resolve Ukraine crisis», consulter p.e. The New Times du 25/02/23, online sous https://www.newtimes.co.rw/article/5333/news/international/china-calls-for-resuming-peace-talks-to-resolve-ukraine-crisis .
(2) traduit: «Ce qui est permis à Jupiter n’est pas permis au boeuf.»
(3) Une «Ligue des democrats» fut proposée, pour la première fois, par Ivo Daalder und James Lindsay dans «Washington Post». V.: «Democracies of the World, Unite», ds.: The American Interest Online, janvier/février 2007, online sous https://web.archive.org/web/20110521230314/http://www.the-american-interest.com/article.cfm?piece=220 . C’est dans ce contexte qu’il faut concevoir le «Sommet sur la démocratie» de l’administration Biden. V. «The Summit for Democracy» sur le site du United States Department of State, online sous https://www.state.gov/summit-for-democracy/ . Pour une position critique v.: The Heritage Foundation. «The Summit for Democracy – American Leadership or Photo Op?», online sous https://www.heritage.org/global-politics/event/the-summit-democracy-american-leadership-or-photo-op.  
(4) V. Bosshard, Ralph, «Ein schlechter Friede ist besser als ein guter Krieg» ds.: Global Bridge du 21/12/22, online sous https://globalbridge.ch/ein-schlechter-friede-ist-besser-als-ein-guter-krieg/ 
(5) V. Hirwani, Peony, «Zelensky wants to meet Xi Jinping after Beijing’s peace plan», ds.: The Independent du 25/02/23, online soushttps://www.independent.co.uk/news/world/europe/zelensky-xi-jinping-beijing-peace-plan-b2289365.html Ghazanchyan Siranush, «Zelensky wants Xi Jinping meeting to discuss China’s peace plan», ds. Public Radio of Armenia du 25/02/23, online sous https://en.armradio.am/2023/02/25/zelensky-wants-xi-jinping-meeting-to-discuss-chinas-peace-plan/ 
(6) V. «Kuleba on China’s peace plan: We disagree with at least one point» in: Interfax Ukraine, Ukraine News Agency du 25/02/2023, online sous https://en.interfax.com.ua/news/general/893977.html 
(7) V. Hlushchenko, Olha, «China’s peace plan beneficial only for Russia – Biden,» ds. Ukrainska Pravda du 23/02/23, online sous https://www.pravda.com.ua/eng/news/2023/02/25/7390952/  et Ash, Timothy, «China PR Peace Plan – Pros and Cons In a Nutshell», ds: Kyiv Post du 25/02/23, online sur https://www.kyivpost.com/post/13524 
(8) V. Lee, Matthew, «Anthony Blinken heads to Asia for key G20 talks as tensions mount with Russia and China», in:Independent.ie du 25/02/23, online sur https://www.independent.ie/world-news/north-america/anthony-blinken-heads-to-asia-for-key-g20-talks-as-tensions-mount-with-russia-and-china-42358841.html 
(9) L’Inde ainsi que le Kazakhstan ont déjà notifié leur soutien au plan politique chinois, v. «Willing to join ‹any peace process› to solve Ukraine war: PM Modi», in: The Hindu du 25/02/2023, online sur https://www.thehindu.com/news/national/willing-to-join-any-peace-process-to-solve-ukraine-war-pm-modi/article66552455.ece , de même «Kazakhstan supports China’s peace plan for Ukraine crisis», ds: AKIpress du 25/02/2023, online sur https://akipress.com/news:695791:Kazakhstan_supports_China_s_peace_plan_for_Ukraine_crisis/ 
10V. Bertrand, Natasha, Cohen, Zachary, «Intelligence suggests China is considering sending drones and ammunition to Russia, sources familiar say», ds: CNN Politics du 24/02/23, online sur https://edition.cnn.com/2023/02/24/politics/us-intelligence-china-drones-russia-ukraine/index.html#:~:text=CNN%20Store-,Intelligence%20suggests%20China%20is%20considering%20sending%20drones,to%20Russia%2C%20sources%20familiar%20say&text=The%20US%20has%20intelligence%20that,with%20the%20intelligence%20told%20CNN , de même «Chinese company discusses selling drones to Russia, Der Spiegel reports», ds: Reuters du 24/02/23, online sur https://www.reuters.com/business/aerospace-defense/chinese-company-discusses-sending-russia-drones-der-spiegel-2023-02-23/ 

Première parution: https://globalbridge.ch/peking-ergreift-die-initiative-im-ukraine-konflikt/  du 27/02/23; texte publié avec l’aimable autorisation de l’auteur.
(Traduction Horizons et débats)


* Ralph Bosshard a étudié l’histoire générale, l’histoire de l’Europe de l’Est et l’histoire militaire. Il a suivi l’é cole de commandement militaire de l’EPFZ ainsi que la formation d’é tat-major général de l’armée suisse. Il a prolongé sa formation universitaire et militaire par des études linguistiques en russe à l’Université d’Etat de Moscou, ainsi qu’à  l’Académie militaire de l’Etat-major général de l’armée russe. C’est un expert reconnu de la situation en Europe de l’Est suite à aux fonctions qu’il a occupées pendant six ans à l’OSCE comme Conseiller spécial du représentant permanent de la Suisse.

Dénonciation du discours occidental fallacieux sur la Russie et la Chine

par Jeffrey Sachs

le 22 août 2022

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Voices against the tide

Jeffrey Sachs, est un éminent économiste des EEUU, professeur à l’Institut de la Terre de l’Université de Columbia depuis 2002, après avoir été professeur à l’Université de Harvard depuis 1980. Il  est aussi consultant spécial du Secrétaire général des Nations Unies.  

Résumé en français de son allocution

Le monde est au bord de la catastrophe nucléaire en grande partie à cause de l’incapacité des dirigeants politiques occidentaux à être francs sur les causes de l’escalade des conflits mondiaux. L’impitoyable récit occidental selon lequel l’Occident est noble tandis que la Russie et la Chine représentent le mal, est simpliste et extraordinairement dangereux. C’est une tentative de manipuler l’opinion publique et un refus de recourir à une solution diplomatique pourtant urgente. 

Ce qui est attristant dans la marche à la guerre actuelle est qu’elle est facilement évitable et que plusieurs personnes ont une analyse fort juste à ce propos. Malgré cela, il règne dans la classe dirigeante un unanimisme en faveur d’une position  maximaliste qui est sans précédent depuis la fin de la deuxième Guerre mondiale, il s’agit d’une position fondée sur une appréciation morale de la situation, sans considération aucune pour sa dimension politique ou économique. Dès qu’on évoque la possibilité de négocier avec la Russie de Poutine, on vous criaille un mot sur tous les tons: Munich! Munich!

The West’s False Narrative about Russia and China

The world is on the edge of nuclear catastrophe in no small part because of the failure of Western political leaders to be forthright about the causes of the escalating global conflicts.  The relentless Western narrative that the West is noble while Russia and China are evil is simple-minded and extraordinarily dangerous.  It is an attempt to manipulate public opinion, not to deal with very real and pressing diplomacy. 

The essential narrative of the West is built into US national security strategy.  The core US idea is that China and Russia are implacable foes that are “attempting to erode American security and prosperity.”  These countries are, according to the US, “determined to make economies less free and less fair, to grow their militaries, and to control information and data to repress their societies and expand their influence.”

The irony is that since 1980 the US has been in at least 15 overseas wars of choice (Afghanistan, Iraq, Libya, Panama, Serbia, Syria, and Yemen just to name a few), while China has been in none, and Russia only in one (Syria) beyond the former Soviet Union.  The US has military bases in 85 countries, China in 3, and Russia in 1 (Syria) beyond the former Soviet Union.   

President Joe Biden has promoted this narrative, declaring that the greatest challenge of our time is the competition with the autocracies, which “seek ato advance their own power, export and expand their influence around the world, and justify their repressive policies and practices as a more efficient way to address today’s challenges.”  US security strategy is not the work of any single US president but of the US security establishment, which is largely autonomous, and operates behind a wall of secrecy.   

The overwrought fear of China and Russia is sold to a Western public through manipulation of the facts.  A generation earlier George W. Bush, Jr. sold the public on the idea that America’s greatest threat was Islamic fundamentalism, without mentioning that it was the CIA, with Saudi Arabia and other countries, that had created, funded, and deployed the jihadists in Afghanistan, Syria, and elsewhere to fight America’s wars.

Or consider the Soviet Union’s invasion of Afghanistan in 1980, which was painted in the Western media as an act of unprovoked perfidy.  Years later, we learned that the Soviet invasion was actually preceded by a CIA operation designed to provoke the Soviet invasion! The same misinformation occurred vis-à-vis Syria.  The Western press is filled with recriminations against Putin’s military assistance to Syria’s Bashar al-Assad beginning in 2015, without mentioning that the US supported the overthrow of al-Assad beginning in 2011, with the CIA funding a major operation (Timber Sycamore) to overthrow Assad years before Russia arrived.

Or more recently, when US House Speaker Nancy Pelosi recklessly flew to Taiwan despite China’s warnings, no G7 foreign minister criticized Pelosi’s provocation, yet the G7 ministers together harshly criticized China’s “overreaction” to Pelosi’s trip. 

The Western narrative about the Ukraine war is that it is an unprovoked attack by Putin in the quest to recreate the Russian empire.  Yet the real history starts with the Western promise to Soviet President Mikhail Gorbachev that NATO would not enlarge to the East, followed by four waves of NATO aggrandizement: in 1999, incorporating three Central European countries; in 2004, incorporating 7 more, including in the Black Sea and Baltic States; in 2008, committing to enlarge to Ukraine and Georgia; and in 2022, inviting four Asia-Pacific leaders to NATO to take aim at China.

Nor do the Western media mention the US role in the 2014 overthrow of Ukraine’s pro-Russian president Viktor Yanukovych; the failure of the Governments of France and Germany, guarantors of the Minsk II agreement, to press Ukraine to carry out its commitments; the vast US armaments sent to Ukraine during the Trump and Biden Administrations in the lead-up to war; nor the refusal of the US to negotiate with Putin over NATO enlargement to Ukraine. 

Of course, NATO says that is purely defensive, so that Putin should have nothing to fear.  In other words, Putin should take no notice of the CIA operations in Afghanistan and Syria; the NATO bombing of Serbia in 1999; the NATO overthrow of Moammar Qaddafi in 2011; the NATO occupation of Afghanistan for 15 years; nor Biden’s “gaffe” calling for Putin’s ouster(which of course was no gaffe at all); nor US Defense Secretary Lloyd Austin stating that the US war aim in Ukraine is the weakening of Russia.   

At the core of all of this is the US attempt to remain the world’s hegemonic power, by augmenting military alliances around the world to contain or defeat China and Russia.  It’s a dangerous, delusional, and outmoded idea.  The US has a mere 4.2% of the world population, and now a mere 16% of world GDP (measured at international prices).  In fact, the combined GDP of the G7 is now less than that of the BRICS (Brazil, Russia, India, China, and South Africa), while the G7 population is just 6 percent of the world compared with 41 percent in the BRICS. 

There is only one country whose self-declared fantasy is to be the world’s dominant power: the US.  It’s past time that the US recognized the true sources of security: internal social cohesion and responsible cooperation with the rest of the world, rather than the illusion of hegemony.  With such a revised foreign policy, the US and its allies would avoid war with China and Russia, and enable the world to face its myriad environment, energy, food and social crises. 

Above all, at this time of extreme danger, European leaders should pursue the true source of European security: not US hegemony, but European security arrangements that respect the legitimate security interests of all European nations, certainly including Ukraine, but also including Russia, which continues to resist NATO enlargements into the Black Sea.  Europe should reflect on the fact that the non-enlargement of NATO and the implementation of the Minsk II agreements would have averted this awful war in Ukraine.  At this stage, it is diplomacy, not military escalation, is the true path to European and global security.  

………………………

*Professor at Columbia University, is Director of the Center for Sustainable Development at Columbia University and President of the UN Sustainable Development Solutions Network. He has served as adviser to three UN Secretaries-General, and currently serves as an SDG Advocate under Secretary-General António Guterres.

La neutralité de la Chine dans la crise ukrainienne

par Jean-Guy Rens (*)

Conseil en études stratégiques

Montréal, Canada,

1er mars 2022

La Chine est soumise à une double pression dans la crise ukrainienne. D’une part, les dirigeants européens essaient de convaincre le gouvernement chinois de prendre parti contre la Russie et font valoir le principe familier en temps de guerre : si vous n’êtes pas avec nous, alors vous êtes contre nous. D’autre part, les médias présentent systématiquement la Chine comme une alliée inconditionnelle de la Russie.

Au milieu de cette tourmente, des communications ont quand même lieu entre dirigeants européens et chinois – pas avec les dirigeants américains, semble-t-il. Il faut savoir que, contrairement à la Russie, la Chine a toujours manifesté la plus grande sollicitude pour l’’union européenne (UE) dans laquelle elle voit un contrepoids potentiel à la domination américaine sur le monde.

Voilà pourquoi, il nous a semblé intéressant de présenter la position chinoise en faveur de la neutralité – position qui semble d’autant plus importante que la Suisse a abandonné sa neutralité historique, y compris durant les deux Guerres mondiales, pour s’aligner sur les sanctions de l’UE à l’encontre de la Russie. Une rupture sans précédent pour un pays qui a fait de la neutralité l’axe majeur de son identité nationale. Sans doute faut-il y voir le résultat des pressions exercées par l’UE à l’encontre de ce pays.

Les raisons de la neutralité chinoise

Précisément, la Chine a réitéré sa neutralité de principe dans la crise ukrainienne, à la veille de l’Assemblée générale des Nations Unies du 28 février 2022. Son ministre des Affaires étrangères Wang Yi a communiqué avec ses vis-à-vis du Royaume-Uni, d’Allemagne, de France et de UE pour rappeler la position chinoise, à savoir que « la souveraineté et l’intégrité territoriale de tous les pays doivent être respectées et protégées et que les objectifs et principes de la Charte des Nations unies doivent être scrupuleusement observés. »

Au-delà de cette nécessaire garantie due à l’Ukraine, a ajouté le ministre chinois, il convient de tenir compte de l’ensemble du contexte régional: « Les préoccupations légitimes de tous les pays en matière de sécurité doivent être respectées. Compte tenu des cinq cycles consécutifs d’expansion vers l’Est de l’OTAN, les demandes légitimes de la Russie en matière de sécurité doivent être prises au sérieux et traitées comme il se doit. »

La Chine est également consciente de la dimension historique du conflit, comme le souligne Yang Jin, chercheur associé à l’Institut d’études russes, d’Europe de l’Est et d’Asie centrale de l’Académie chinoise des sciences sociales. Celui-ci rappelle que « comment l’OTAN a agi dans le passé pour faire pression sur la Russie et a détruit l’ex-Yougoslavie. S’il n’y avait pas eu ces pressions sécuritaires concrètes et les déploiements militaires de l’OTAN autour du territoire russe, Moscou n’aurait pas eu besoin de mener des opérations militaires aussi risquées pour répondre à la menace de l’OTAN. »

Voilà pourquoi le ministre des Affaires étrangères Wang a expliqué à ses interlocuteurs européens que « les mesures prises par le Conseil de sécurité de l’ONU devraient contribuer à apaiser la situation et à faciliter une résolution diplomatique plutôt que d’attiser les tensions et de provoquer une nouvelle escalade. Dans cette optique, la Chine a toujours désapprouvé l’invocation délibérée du chapitre VII de la Charte des Nations unies, qui autorise le recours à la force et aux sanctions dans les résolutions du CSNU. »

Une feuille de route pour l’avenir de l’Europe

Le ministre chinois est allé plus loin dans ses communications avec dirigeants européens. Il a en quelque sorte dressé la feuille de route idéale d’une UE libre et indépendante : « L’Ukraine devrait fonctionner comme un pont entre l’Est et l’Ouest, et non comme une frontière dans la confrontation des grandes puissances. La Chine soutient également l’UE et la Russie dans leur volonté d’entamer un dialogue d’égal à égal sur les questions de sécurité européenne et de mettre en œuvre la philosophie de la sécurité indivisible, afin de former à terme un mécanisme de sécurité européen équilibré, efficace et durable.»

Un autre intellectuel chinois, Cui Hongjian, directeur du département des études européennes de l’Institut chinois d’études internationales, énonce avec clarté le rôle pourrait jouer l’UE si elle cessait de suivre aveuglément la politique des États-Unis et de l’OTAN. Selon lui, la paix en Europe passe par l’adoption d’une politique indépendante de l’UE. Il résume en une formule saisissante ce qui adviendra, dans le cas contraire : « Si l’OTAN ne peut pas accepter la Russie, alors il est évident que l’un des objectifs de l’OTAN est de cibler la Russie, et alors le problème de la sécurité européenne ne sera jamais résolu. »

Sanctionner ou condamner la Russie, comme l’a fait l’Occident, est en fait beaucoup plus facile que de rester neutre et responsable afin de contribuer à la médiation du conflit. La Chine entend contribuer à maintenir ce climat d’échange et de coopération, même dans des initiatives en apparence éloignées de la guerre russo-ukrainienne. C’est ainsi qu’elle maintient les Jeux paralympiques d’hiver de 2022 qui se tiendront à Beijing du 4 au 13 mars. À cette occasion, elle escompte transformer les Jeux olympiques une plateforme pour favoriser la paix.

Telle est la forme que prend la neutralité chinoise au moment où la guerre en Ukraine semble avoir réveillé un vieux fond belliqueux dans la conscience collective de bien des Européens – même au sein du pays qui demeurait jusqu’à présent l’étalon de la neutralité active, à savoir la Suisse. Quand on parle de glissement géopolitique en faveur de l’Asie, cela ne concerne pas seulement l’économie et la puissance militaire, mais peut-être aussi la sagesse séculaire de maintenir un have de paix alors que le monde s’embrase.

(*) Toutes les citations de cet article sont extraites d’un article intitulé « China clarifies neutral stance as Russia, Ukraine poised for talks », Yang Sheng et Xu Yelu, Global Times, 27 février 2022. La forme et les idées exprimées n’engagent que nous. Pour lire l’article initial, veuillez cliquer ici.

Escalade entre la Chine et l’Inde ?

Escalade entre la Chine et l’Inde

Coexistence pacifique ou enfer nucléaire dans l’Himalaya ?

par Matin Baraki*, Marburg

Source : Horizons et débats

Zurich, 21 jullet 2020

A l’abri des regards en raison du coronavirus, les tensions s’exacerbent de manière dangereuse dans l’Himalaya. Voilà comment pourrait être résumée la situation actuelle entre les deux puissances nucléaires que sont la République populaire de Chine et la République de l’Inde. Depuis le début du mois de mai, la Chine et l’Inde ont déployé des troupes supplémentaires le long de leur frontière commune. La région concernée se situe à une altitude de 4000 mètres au Ladakh, que l’Inde considère comme faisant partie du Cachemire. La Chine quant à elle a occupé le territoire indien à l’est du Ladakh et l’a simplement rebaptisé «Aksai Chin» 1. Comme en de nombreux points de l’Himalaya, le tracé de la frontière, hérité de la puissance coloniale britannique, est ici contesté. Toléré bon gré mal gré des deux côtés, il est d’ailleurs appelé simplement «Line of Actual Control», LAC (ligne de contrôle effectif). 2

L’Inde et la Chine se sont reproché à maintes reprises des provocations réciproques par le biais de patrouilles et de passages de frontière inappropriés. En 1962, la zone frontière avait déjà été le théâtre d’une guerre brève mais violente entre les deux pays 3, conduisant à la défaite de l’Inde. La honte de cette guerre frontalière perdue est profondément gravée dans la mémoire collective de l’élite indienne.

Le 5 mai 2020, sur les rives du lac Pangong au Ladakh, une échauffourée a eu lieu entre gardes-frontières chinois et indiens, au cours de laquelle ces derniers se sont battus à poings nus. Le 25 mai, les tensions entre les deux pays se sont intensifiées. Une grave bagarre s’ensuivit, au cours de laquelle jusqu’à 250 soldats furent blessés. Il s’agit de la plus grave crise frontalière depuis 2017, lorsque des troupes chinoises et indiennes s’étaient affrontées durant 73 jours à Doklam, près du Royaume du Bhoutan. Des pourparlers politiques entre le chef de l’État et du parti chinois Xi Jinping et le premier ministre indien Narendra Modi avaient alors permis de sortir de l’ornière.4

Une fois de plus, la situation semble très explosive. Le 26 mai, le premier ministre indien Modi a convoqué une réunion de crise des généraux avec son conseiller à la sécurité Ajit Doval, au cours de laquelle «l’état de préparation militaire de l’Inde» a été le sujet principal. L’agence de presse PTI note que «la stratégie chinoise de vouloir exercer une pression militaire sur l’Inde ne fonctionnera pas».5 La réaction du leader et chef du parti chinois, Xi Jinping, ne s’est pas fait attendre: son pays serait en train d’intensifier les préparatifs à une lutte armée. Peu avant la déclaration de Xi, le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères avait souligné que la Chine maintenait une «position cohérente et claire» 6 dans le conflit frontalier avec l’Inde et qu’il est du devoir de l’Armée populaire de libération chinoise de vouloir défendre le territoire et la souveraineté nationale de la Chine. Actuellement, le ton se durcit. Le quotidien d’État chinois Global Times a fait état de plusieurs «infrastructures défensives illégales» 7 du côté indien, depuis lesquelles pouvait être atteint le territoire chinois. C’est alors que la République populaire de Chine aurait réagi avec des déplacements de troupes. Par conséquent, une éventuelle escalade serait de l’unique responsabilité de la République indienne.

A la mi-mai déjà, des analystes militaires indiens soulignaient pour leur part des questions de calendrier. Le général indien à la retraite Ajay a parlé de «manœuvres de nature agressive» 8 de l’armée chinoise dans l’Himalaya, qui rappelaient le comportement de la flotte chinoise dans la mer de Chine du Sud. Le journal Financial Express a fait référence à l’expert indien en sécurité Ajey Lele en ces termes: «Pourquoi cela se produit-il maintenant, au milieu de la crise du Covid 19?» Selon Lele, il se peut que la Chine veuille tester la détermination de l’armée indienne au moment où le gouvernement de Delhi est très occupé avec le coronavirus. L’ancien diplomate indien Phunchok Stobdan a également averti dans l’«Indian Express» que la Chine veut pousser les forces indiennes plus à l’ouest, afin de se rapprocher du point stratégique que représente le glacier Siachen, où se font face troupes indiennes et pakistanaises.9 Alliés militaires et stratégiques, le Pakistan et la République populaire de Chine tentent d’exercer une double pression sur l’Inde.

Par le passé, le gouvernement de Pékin avait critiqué la construction d’une route indienne près du lac, et avait à son tour triplé le nombre de patrouilles sur le lac glaciaire. Dans le cadre de ces projets, 66 nouvelles routes doivent être construites le long de la frontière d’ici fin 2020, en réponse aux nombreux projets d’infrastructures de la Chine dans le cadre de son initiative de «Nouvelle route de la soie». Cela fait plusieurs années que la République populaire de Chine étend son influence dans la région de l’Asie du Sud et du Sud-Est, notamment dans des zones que l’Inde a longtemps considérées comme sa sphère d’intérêts stratégiques. Dans ces régions éloignées, l’Inde et la République populaire de Chine sont séparées par la «ligne de contrôle effectif» (LAC) longue de 3’488 kilomètres. 10

Comme ces dernières années les gouvernements chinois et indien ont tous deux utilisé la carte nationaliste à des fins de politique intérieure, il leur est maintenant difficile de se libérer du piège qu’ils se sont eux-mêmes tendu sans perdre la face et montrer des signes de faiblesse. Selon des sources indiennes, dans la vallée de Galwan les Chinois auraient avancé jusqu’à trois kilomètres en territoire indien. India Today a fait état le 27 mai dernier d’un transfert au Ladakh de 5000 soldats de l’Armée populaire de libération. Une augmentation des troupes chinoises aurait des conséquences correspondantes du côté indien. Selon l’agence de presse Reuters, les deux parties construisent des installations de défense dans la région, et le gouvernement chinois y fait également acheminer divers équipements. Cela prête à penser que le gouvernement de Pékin se prépare à un conflit plus long avec l’Inde. 11

Le Global Times a publié un rapport ou il est question de plusieurs «infrastructures de défense illégales» construites par l’Inde et qui s’étendraient jusque sur le territoire chinois. Les forces de défense n’auraient alors pas eu d’autre choix que de répondre par des mouvements de troupes. Ainsi l’Inde porterait l’entière responsabilité du risque d’une escalade de la violence. 12

Les observateurs politiques en Inde parlent d’une «situation sans précédent». Le 26 mai, le gouvernement de Pékin annonçait qu’il commencerait début juin à évacuer du territoire indien les citoyens chinois, y compris les étudiants, les touristes et les hommes d’affaires.

Sur place, des stratèges mettent en garde contre une nouvelle intensification du conflit, qui semble s’être produite en juin avec la mort de 20 soldats indiens à la frontière indo-chinoise.

Selon les informations indiennes, il y eut également des victimes du côté chinois. Si le gouvernement de Pékin ne l’a pas confirmé, le rédacteur en chef du Global Times a toutefois twitté que des Chinois avaient également été tués.13 Brahma Chellaney, expert en études stratégiques au Centre for Policy Research de Delhi, a parlé d’un tournant dans les relations entre les deux pays. «Après cet incident, les relations entre la Chine et l’Inde ne seront plus jamais les mêmes», 13 a-t-il déclaré à la télévision indienne. Des paroles qui présagent le pire, car aujourd’hui déjà on observe une grande méfiance de part et d’autre. Cependant, les ministres des affaires étrangères des deux puissances nucléaires souhaitent un «apaisement» immédiat du conflit à la frontière entre les deux pays. Les deux parties se sont parlé lors d’une conférence téléphonique. Elles ont convenu de «traiter équitablement» les événements de la vallée de Galwan et de s’efforcer de trouver une solution au conflit.14

Il reste à mentionner que l’administration américaine tente depuis des années de gagner l’Inde comme partenaire stratégique contre la République populaire de Chine et d’instrumentaliser le pays contre la Chine. 15 Déjà le président américain Bill Clinton avait reconnu comme unique puissance nucléaire en Asie du Sud non pas le Pakistan, pourtant allié de longue date et le plus proche des Etats-Unis, mais l’Inde. Aussi le gouvernement de Pékin a-t-il prévenu le gouvernement indien de ne pas se laisser instrumentaliser par l’administration Trump dans les différends qui opposent la Chine et les États-Unis à Taïwan et à Hong Kong. Il faut espérer que l’élite politique et militaire indienne soit suffisamment sûre d’elle et lucide pour ne pas se faire réduire au simple rôle de tâcheron des États-Unis.

* Matin Baraki, docteur en philosophie, est né en 1947 en Afghanistan où il fut enseignant avant de s’installer en Allemagne. Spéialiste en matière de sa patrie, conseiller du domaine de la politique du développement, il est membre du « Zentrum für Konfliktforschung » (Centre d’études de conflits) ainsi que professeur adjoint de politique internationale à la Philipps-Universität Marburg.

 

1.- V. Baraki, Matin: Kachmire – le génèse du conflit, dans: Horizons et débats, Zurich, no. 19, 27/08/2019, p. 4.

2.- V. Fähnders, Till/Böge, Friederike: Tote, aber keine Schüsse, dans: Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), 17/06/20, p. 6.

3.- V. Ib.

4.- V. Perras, Arne/Deuber, Lea: Grenzkonflikt im Himalaja: Die Unruhe zwischen China und Indien wächst, dans : Süddeutsche Zeitung, 27/05/2020.

5.- Ib.

6.- Ib.

7.- Ib.

8.- Ib.

9.- Ib.

10.- V. Fähnders, Till/Böge, Friederike: Tote, aber keine Schüsse, dans: FAZ , 17/06/20, p. 6.

11.- Vgl. Perras, Arne/Deuber, Lea: Grenzkonflikt im Himalaja, loc. cit.

12.- Vgl. Fähnders, Till/Böge, Friederike: Tote, aber keine Schüsse, loc. cit, p. 6.

13.- Perras, Arne/Deuber, Lea: Grenzkonflikt im Hima-laja, loc. cit., 27/05/20.

14.- Vgl. Fähnders, Till: Entspannung im Himalaja, dans: FAZ, 07/07/20, p. 5.

15.- Vgl. Fähnders, Till: Gegen Chinas Salamitaktik, in: FAZ, 23/06/20, p. 8.

 

 

 

 

 

 

 

La Russie et la Chine sont apparemment toutes les deux sous l’impression [euphémisme, NdT] que la guerre avec les États-Unis se prépare…

par Michael Snyder

29 octobre 2018

Source : http://lesakerfrancophone.fr/tres-mauvaises-impressions

Source originaire : https://russia-insider.com/en/russia-and-china-are-apparently-both-under-impression-war-us-coming/ri25215

Traduction en français : Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

Nous ne sommes pas arrivés à ce point du jour au lendemain, mais la grande majorité de la population américaine n’a malheureusement aucune connaissance de ces choses.
Serait-il possible que les États-Unis se dirigent vers une guerre majeure ? Si vous posez cette question à la plupart des Américains, ils vous regarderont comme si vous étiez fou. Pour la plupart des habitants de ce pays, la guerre avec la Russie ou la Chine n’est pas une source de préoccupation majeure. Mais les Russes et les Chinois voient les choses très différemment. Comme vous le verrez ci-dessous, la Russie et la Chine semblent avoir l’impression que la guerre avec les États-Unis se prépare et s’organisent rapidement face à un tel conflit.

Commençons par la Russie. Après l’avoir frappée à plusieurs reprises par des sanctions, avoir diabolisé sans relâche ses dirigeants et les avoir blâmés pour presque tous les problèmes que vous pouvez imaginer, notre relation avec la Russie est à peu près la pire de son histoire.

Et lorsque le gouvernement Trump a annoncé qu’il se retirait du traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire, cela a poussé les choses à un nouveau paroxysme. À la suite de cette annonce, le responsable russe Andrei Belousov a déclaré hardiment que « la Russie se préparait à la guerre »

Il a déclaré :

« Récemment, lors de la réunion, les États-Unis ont déclaré que la Russie se préparait à la guerre. J’ai confirmé :  ‘Oui, la Russie se prépare à la guerre, Nous nous préparons à défendre notre patrie, notre intégrité territoriale, nos principes, nos valeurs, notre peuple – nous nous préparons à une telle guerre’. »

Ici aux États-Unis, on parle très peu d’une guerre potentielle avec la Russie dans les principaux médias, mais en Russie, les choses sont très différentes. Les organes de presse russes soulignent constamment l’escalade des tensions avec les États-Unis, et le gouvernement russe alimente ce feu. Par exemple, le gouvernement russe a récemment publié une vidéo d’une simulation de frappe nucléaire contre ses ennemis

« Les sous-marins russes ont récemment lancé une simulation d’attaque nucléaire contre leurs ‘ennemis’. Le gouvernement russe a publié des images de la frappe atomique et il est à craindre que la troisième guerre mondiale n’approche à grands pas.

Le ministère russe de la Défense (MoD) a publié des vidéos choquantes montrant une gamme d’exercices de missiles nucléaires, notamment un sous-marin effectuant un simulacre de frappe atomique. Ces vidéos sont les dernières d’une escalade de jeux de guerre ordonnés par le président russe Vladimir Poutine », selon The Express UK.

Je vous laisse deviner qui est l’ennemi principal de cet exercice.

Et ce que le président russe Vladimir Poutine a récemment déclaré à la presse au sujet d’une guerre nucléaire potentielle était extrêmement terrifiant

« Si un pays décide d’attaquer la Russie avec des armes nucléaires, cela pourrait mettre fin à la vie sur Terre. Mais contrairement aux agresseurs, les Russes iront certainement au paradis », a déclaré le président Vladimir Poutine.

« Tout agresseur devrait savoir que les représailles seront inévitables et qu’il sera détruit. Et puisque nous serons les victimes de son agression, nous irons au paradis en martyrs. Ils seront tout simplement morts et n’auront même pas le temps de se repentir », a déclaré M. Poutine au cours d’une séance du Valdai Club à Sochi.

Dans des circonstances normales, Poutine ne parlerait jamais comme cela.

Mais nous ne sommes pas dans des temps normaux.

Pendant ce temps, le président chinois Xi Jinping a ordonné à son armée de se concentrer sur « les préparatifs de la guerre »

« Le président chinois Xi Jinping a ordonné à la région militaire responsable de la surveillance de la mer de Chine méridionale et de Taïwan ‘d’évaluer la situation à laquelle elle fait face et de renforcer ses capacités afin de pouvoir réagir à toute situation d’urgence’, alors que la tension monte au sujet de l’avenir de la mer de Chine méridionale et de Taïwan et que les relations diplomatiques entre Washington et Pékin ont atteint leur point le plus bas.

La Southern Theatre Command a eu à assumer une ‘lourde responsabilité militaire’ ces dernières années, a déclaré Xi, à la chaîne de télévision CCTV, au cours d’une visite d’inspection effectuée jeudi dans le cadre de sa tournée dans la province du Guangdong.

‘Il est nécessaire de renforcer la mission … et d’amplifier les préparatifs pour la guerre’, a déclaré Xi. ‘Nous devons prendre en compte toutes les situations complexes et élaborer des plans d’urgence en conséquence. Nous devons intensifier les exercices de préparation au combat, les exercices conjoints et les exercices de confrontation pour renforcer les capacités des soldats et la préparation à la guerre’, a ajouté le président à vie. »

Alors, par qui les Chinois sont-ils concernés lorsqu’ils parlent de se battre ?

Inutile de dire que les États-Unis sont en tête de liste

Le président a demandé à l’armée de renforcer l’opposition aux exercices de « liberté de navigation » entrepris par les États-Unis, l’Australie, la France, le Royaume-Uni, le Japon et d’autres sur les voies navigables vitales qui se sont développées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les tensions en mer de Chine méridionale augmentent depuis plusieurs années et le déclenchement d’une guerre commerciale avec la Chine en 2018 n’a certainement pas aidé les choses.

À ce stade, même de nombreux analystes américains peuvent voir l’écriture sur le mur. Par exemple, considérons ce que le professeur Graham Allison de Harvard a récemment déclaré à Steve LeVine…

Il a dit que, si la situation dure, les États-Unis et la Chine semblent se diriger vers la guerre. Au cours du week-end, je lui ai demandé une mise à jour – spécifiant si le danger de guerre semblait avoir augmenté. « Oui », a-t-il a répondu. La probabilité de guerre est toujours inférieure à 50%, mais « est réelle – et bien plus probable qu’on ne le reconnaît généralement. »

Bien sûr, nous n’y sommes pas arrivés du jour au lendemain. Les tensions avec la Russie et la Chine couvent depuis longtemps et les deux pays modernisent rapidement leurs forces militaires. Pour plus d’informations à ce sujet, veuillez vous reporter à mon récent article intitulé « La Russie et la Chine développent de nouveaux systèmes d’armes impressionnants pour se préparer à la guerre contre les États-Unis. »

Malheureusement, la grande majorité de la population américaine n’a aucune idée de ces choses.

Mais ceux qui servent dans l’armée comprennent beaucoup mieux, et un sondage récent révèle qu’environ la moitié d’entre eux s’attendent à ce que les États-Unis soient « entraînés dans une nouvelle guerre l’année prochaine »

Près de la moitié de toutes les troupes militaires actuelles croient que les États-Unis  seront bientôt entraînés dans une guerre majeure, suscitant une inquiétude croissante parmi les membres des services s’inquiétant de l’instabilité mondiale en général, de la Russie et de la Chine en particulier, selon un nouveau sondage du Military Times sur les troupes en service actif.

Environ 46% des sondés, lecteurs du journal Military Times et actuellement en serviceinterrogés anonymement  estiment que les États-Unis seront entraînés dans une nouvelle guerre au cours de l’année prochaine. C’est une augmentation inquiétante, sachant que seulement 5% environ ont répondu la même chose dans un sondage similaire réalisé en septembre 2017.

Ces chiffres font réfléchir. Il faut que des choses importantes se déroulent dans les coulisses pour passer de 5% à 46% en seulement une année.

Nous vivons vraiment  une époque apocalyptique, et notre monde semble devenir de plus en plus instable à chaque jour qui passe.

Nous devrions espérer la paix, mais au cours de l’histoire humaine, la paix n’a jamais duré longtemps. Les grandes puissances mondiales continuent de se rapprocher de plus en plus d’un conflit et c’est un jeu très dangereux.

 

Russia and China Are Apparently Both Under the Impression That War With the US Is Coming…

Michael Snyder

Oct 29, 2018

Source : https://www.defenddemocracy.press/russia-and-china-are-apparently-both-under-the-impression-that-war-with-the-united-states-is-coming/

 

We didn’t get to this point overnight but the vast majority of the US population is sadly utterly clueless about these things.

 

Could it be possible that the U.S. is heading for a major war?  If you ask most Americans that question, they will look at you like you are crazy.  For most people in this country, war with either Russia or China is not something to even be remotely concerned about.  But the Russians and the Chinese both see things very differently.  As you will see below, Russia and China both seem to be under the impression that war with the United States is coming, and they are both rapidly preparing for such a conflict.

Let’s start with Russia.  After repeatedly slapping them with sanctions, endlessly demonizing their leaders and blaming them for just about every problem that you can imagine, our relationship with Russia is about the worst that it has ever been.

And when the Trump administration announced that it was withdrawing from the Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty, that pushed things to a new low.  In the aftermath of that announcement, Russian official Andrei Belousov boldly declared that “Russia is preparing for war”

He said: “Here recently at the meeting, the United States said that Russia is preparing for war.

Yes, Russia is preparing for war, I have confirmed it.

“We are preparing to defend our homeland, our territorial integrity, our principles, our values, our people – we are preparing for such a war.”

Here in the United States, there is very little talk of a potential war with Russia in the mainstream media, but in Russia things are very different.  Russian news outlets are constantly addressing escalating tensions with the United States, and the Russian government has been adding fuel to that fire.  For example, the Russian government recently released a video of a mock nuclear strike against their “enemies”

Russian submarines have recently carried out a mock nuclear attack against their “enemies.” The Russian government has released footage of the atomic strike and it is sparking fears that the third world war is quickly approaching.

The Russian Ministry of Defense (MoD) has published shocking videos that show a range of nuclear missile drills including a submarine carrying out a mock atomic strike. These videos are the latest in a series of escalating war-games ordered by Russian President Vladimir Putin, according toThe Express UK.

I’ll give you just one guess as to who the primary enemy in that drill was.

And what Russian President Vladimir Putin recently told the press about a potential nuclear war was extremely chilling

If any nation decides to attack Russia with nuclear weapons, it may end life on Earth; but unlike the aggressors, the Russians are sure to go to heaven, President Vladimir Putin has said.

“Any aggressor should know that retribution will be inevitable and he will be destroyed. And since we will be the victims of his aggression, we will be going to heaven as martyrs. They will simply drop dead, won’t even have time to repent,” Putin said during a session of the Valdai Club in Sochi.

Under normal circumstances, Putin would never talk like that.

But these are not normal times.

Meanwhile, Chinese President Xi Jinping is ordering his military to focus on “preparations for fighting a war”

China’s President Xi Jinping ordered the military region responsible for monitoring the South China Sea and Taiwan to “assess the situation it is facing and boost its capabilities so it can handle any emergency” as tensions continue to mount over the future of the South China Sea and Taiwan, while diplomatic relations between Washington and Beijing hit rock bottom.

The Southern Theatre Command has had to bear a “heavy military responsibility” in recent years, state broadcaster CCTV quoted Xi as saying during an inspection tour made on Thursday as part of his visit to Guangdong province.

“It’s necessary to strengthen the mission … and concentrate preparations for fighting a war,” Xi said. “We need to take all complex situations into consideration and make emergency plans accordingly. “We have to step up combat readiness exercises, joint exercises and confrontational exercises to enhance servicemen’s capabilities and preparation for war” the president-for-life added.

So who are the Chinese concerned that they may be fighting against?

Needless to say, the United States is at the top of the list

The president instructed the military to ramp-up opposition to ‘freedom of navigation’ exercises being undertaken by the US, Australia, France, the UK, Japan and others through the waterway through which arterial shipping lanes have grown since the end of World War II.

Tensions over the South China Sea have been increasing for several years, and starting a trade war with China in 2018 has certainly not helped things.

At this point, even many U.S. analysts can see the writing on the wall.  For instance, just consider what Harvard Professor Graham Allison recently told Steve LeVine

He said, if history holds, the U.S. and China appeared headed toward war.

Over the weekend, I asked him for an update — specifically whether the danger of the two going to war seems to have risen.

“Yes,” he responded. The chance of war is still less than 50%, but “is real — and much more likely than is generally recognized.”

Of course we didn’t get to this point overnight.  Tensions with Russia and China have been simmering for quite a while, and both of those nations have been rapidly modernizing their military forces.  For much more on this, please see my recent article entitled “Russia And China Are Developing Impressive New Weapons Systems As They Prepare For War Against The United States”.

Sadly, the vast majority of the U.S. population is utterly clueless about these things.

But those that are serving in the military have a much better understanding, and one recent survey found that about half of them expect the U.S. to be “drawn into a new war within the next year”…

Nearly half of all current military troops believe the United States will be drawn into a major war soon, a jarring rise in anxiety among service members worried about global instability in general and Russia and China in particular, according to a new Military Times poll of active-duty troops.

About 46 percent of troops who responded to the anonymous survey of currently serving Military Times readers said they believe the U.S. will be drawn into a new war within the next year. That’s a jarring increase from only about 5 percent who said the same thing in a similar poll conducted in September 2017.

Those numbers are jarring.

Some major stuff must be going on behind the scenes in order to go from 5 percent to 46 percent in a single year.

We truly are living in apocalyptic times, and our world seems to be getting more unstable with each passing day.

We should hope for peace, but throughout human history peace has never lasted for long.  Major global powers continue to edge closer and closer to conflict, and that is a very dangerous game to be playing.

Source: End of the American Dream.

 

L’agression tripartite contre la Syrie revue et corrigée par les Chinois : Ce ne serait pas un simple raté, ni même un fiasco, mais bien pire…

Source : Réseau International (RI), 28 avril 2018
Source originaire : Strategika 51, 25 avril 2018

Tout porte à croire que la débâcle de l’attaque tripartite contre la Syrie est l’œuvre directe de la Russie. On imagine sans peine la confusion qui doit régner au sein des armées occidentales et de l’OTAN, car il s’agit bien d’une cuisante défaite, avec l’humiliation en moins, face à la Russie qui joue fairplay en gardant le silence sur les déboires des trois va-t-en-guerre occidentaux. La troisième guerre mondiale semble être terminée avant d’avoir commencé.   RI  


Les analystes militaires chinois sont perplexes. L’exploitation des images fournies par leurs satellites-espion au dessus du Levant et de la Méditerranée orientale leur a donné du tournis.

Première constatation assez surprenante, les bâtiments de surface de la marine française supposés avoir pris part à l’attaque tripartite de la Syrie dans la nuit du 13 au 14 avril n’auraient lancé aucun missile de croisière. Les trois frégates multimissions « Aquitaine », « Auvergne » et « Languedoc », traqués au mètre près par les satellites chinois et russes, apparaissent n’avoir tiré aucun projectile lors de la fenêtre de tir spécifique de l’opération.

Cela a laissé incrédules nombre d’analystes chinois, mais l’analyse des signaux électroniques et un échange limité de données avec la Russie a confirmé les premières déductions.

La marine de guerre française n’a tiré aucun missile sur la Syrie dans la nuit du 13 au 14 avril 2018.

Politique délibérée? Brouillage russe? Panne informatique des systèmes de contrôle et de commandement?

Dans un premier temps, Paris a annoncé que tous les missiles MBDA Scalp EG auraient atteint leurs objectifs puis des sources militaires anonymes ont commencé à répandre l’information selon laquelle seuls trois missiles sur douze auraient été lancés suite à une série de dysfonctionnements. Il s’avère maintenant que nous n’en savons rien.

Plus surprenant est le comportement des aéronefs de combat britanniques Tornado GR-4. Les trajectoires suivies par les appareils britanniques sont totalement incompréhensibles au regard de l’objectif supposé de la mission consistant à approcher l’espace aérien syrien pour y lancer dans des conditions optimales des missiles MBDA Storm Shadow. Selon les données chinoises, les pilotes britanniques n’ont pas lésiné sur les moyens pour faire échouer leur mission.

Enfin, les tirs de BGM-109 Tomahawk US à partir de navires de guerre en Méditerranée orientale ou en Mer Rouge ont connu quelques anomalies et pas des moindres: certains missiles se sont abattus avant d’atteindre l’espace aérien syrien et d’autres, ayant pénétré cet espace, semblaient suivre des trajectoires aléatoires avant de disparaître.

Les analystes chinois ne confirment pas le tir de 103, 105, 110 ou 120 missiles tirés mais estiment que le nombre de missiles devant être lancés devait dépasser les 200 unités.

Bref, on a connu la drôle de guerre en 1940. Maintenant on assiste à de drôles d’attaques où l’on ne sait même pas si les missiles ont été tirés ou non. Décidément, les dessous de cette affaire sont loin d’être connus.

source:https://strategika51.wordpress.com/2018/04/25/les-donnees-chinoises-revelent-detranges-incoherences-dans-le-deroulement-de-lagression-tripartite-contre-la-syrie-des-missiles-nauraient-jamais-ete-tires/