Les tensions américano-russes sont à leur paroxysme sur plusieurs fronts

par M. K. Bhadrakumar*

Source : Horizons et débats,

Zurich, 15 septembre 2020.

M. K. Bhadrakumar (Photo mad)

En pleine escalade des tensions avec la Chine, les Etats-Unis auraient dû contenir leurs relations perturbées avec la Russie. Toutefois, c’est le contraire qui se produit. Pour la première fois depuis les élections présidentielles du 9 août en Biélorussie, Washington s’est ouvertement rangé du côté des protestations de Minsk et a mis la Russie au défi d’intervenir. 

Au même moment, Berlin a annoncé que le leader de l’opposition russe Alexeï Navalny avait été empoisonné par du gaz neurotoxique Novitchok.Il n’est pas anodin de souligner que les Allemands ont rendu publiques ces informations sensibles sans même en informer Moscou au préalable. Compte tenu de l’importance de M. Alexeï Navalny pour la politique russe, les Etats-Unis étaient probablement au courant.

Tout porte à croire qu’au sujet de la Biélorussie et de M. Navalny, Washington et Berlin ont agi en commun. Une sérieuse confrontation se prépare. L’avertissement concernant la Biélorussie est venu par le biais du secrétaire d’Etat adjoint américain Stephen Biegun, qui a envoyé un message fort au Kremlin via Radio Liberty, le canal utilisé jadis, à l’époque de la guerre froide: 

«Les quatre dernières années ont été un sérieux défi pour les relations américano-russes, mais il est possible que les choses empirent encore. Et l’un des éléments qui limiterait la capacité de tout président [quelle que soit l’issue de l’élection présidentielle américaine de novembre] à développer une relation plus coopérative avec la Russie, tous domaines confondus, serait l’intervention directe de la Russie en Biélorussie.»2

En quelques heures, le ministre des affaires étrangères Mike Pompeo, d’un commun accord avec les partenaires transatlantiques de Washington, a appelé à un «arrêt immédiat» des mesures prises par le gouvernement biélorusse pour freiner les protestations et a mis en garde contre d’«importantes sanctions ciblées».3

Le président Vladimir Poutine se voit ainsi directement mis au défi, lui qui avait déclaré la semaine dernière qu’en vertu de l’Accord de 1998 entre la Russie et la Biélorussie et du Traité de sécurité collective, la Russie serait obligée d’intervenir chez son voisin (voir mon article de blogue du 30 août 2020 sur l’anatomie de la tentative de coup d’Etat en Biélorussie).4

Les Etats-Unis ont l’intention de mettre la Russie au banc des accusés en lançant simultanément des offensives diplomatiques sur deux fronts. L’ambassadeur de Russie en Allemagne a été convoqué au ministère des affaires étrangères à Berlin il y a quelques heures [le 2 septembre],5  et les manifestations de Minsk reprennent de plus belle.

Le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a condamné aujourd’hui les «tentatives de plusieurs Etats étrangers» d’alimenter les protestations à Minsk, notant «une augmentation des activités de l’OTAN à proximité des frontières biélorusses».Les services secrets russes et biélorusses sont en contact. 

Le ministre biélorusse des affaires étrangères, Vladimir Makei, s’est aujourd’hui rendu à Moscou pour s’entretenir avec son homologue Lavrov. Les chefs d’état-major général de Russie et de Biélorussie ont discuté aujourd’hui au téléphone «de l’état et des perspectives de la coopération militaire bilatérale ainsi que de l’état d’avancement des préparatifs des manoeuvres communs de la Fraternité slave».7 La visite du président biélorusse Alexandre Loukachenko à Moscou devrait avoir lieu prochainement. 

Alors que l’affaire Navalny sert à alimenter une propagandevisant à salir la réputation de la Russie dans l’opinion publique occidentale, Moscou va se concentrer sur la situation en Biélorussie. Poutine a souligné la semaine dernière que parmi les anciennes républiques soviétiques, la Biélorussie «est peut-être la plus proche, tant d’un point de vue ethnique que de la langue, de la culture, pour des aspects spirituels et d’autres aspects encore. Nous avons des dizaines ou probablement des centaines de milliers, voire des millions de liens familiaux directs avec la Biélorussie et collaborons étroitement sur le plan économique».9

Lavrov n’a pas mâché ses mots lorsqu’il a riposté aujourd’hui: «Moscou donnera une réponse appropriée et déterminée, fondée sur des faits, à ceux qui tentent de faire dérailler la situation en Biélorussie, d’écarter la République de la Russie et de saper les fondements de l’Etat de l’Union».10

Quel est le plan de bataille de Washington? Un gouvernement américain perçu comme intransigeant envers la Russie est un élément porteur dans la campagne électorale du président Donald Trump.En termes de contenu, si l’on considère que les services secrets russes se sont concentrés sur le plan de la CIA de mener une révolution de couleur en Biélorussie, tout porte à penser que Washington a décidé de passer à l’offensive.

Car ces derniers jours, la Russie a été impliquée dans un nombre étourdissant de blocages, tel qu’il y a six jours, lors d’un accrochage entre militaires américains et russes, lorsqu’un véhicule faisant partie d’un convoi russe dans le nord-est de la Syrie a percuté un véhicule blindé américain, blessant quatre soldats américains.11 Cet épisode incita Joe Biden à se moquer de M. Trump: «Avez-vous entendu le président dire un seul mot? A-t-il levé le petit doigt? Jamais auparavant un président américain ne s’est montré aussi soumis face à un chef d’Etat russe.»

Le 31 août, l’armée américaine a annoncé qu’elle effectuerait au cours des 10 jours suivants des exercices de tir de précision à seulement 70 miles [113 km] de la frontière russe. Le 28 août, lors d’une énorme démonstration de force, les Etats-Unis ont survolé 30 Etats de l’OTAN avec six bombardiers nucléaires B-52. Deux d’entre eux ont survolé la mer Noire et ont été interceptés par deux avions de chasse russes qui se sont croisés à moins de 30,5 mètres du nez de l’un des bombardiers, ce qui aurait affecté sa capacité à maintenir sa trajectoire de vol.

Le 27 août, le sous-marin russe lance-missiles Omsk est apparu au large des côtes de l’Alaska et a participé à des exercices à munitions réelles dans la mer de Béring. Le même jour, NORAD, le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord, a envoyé deux F-22 pour intercepter trois groupes d’avions militaires russes de patrouille maritime au large des côtes de l’Alaska.

Face aux signes croissants d’ingérence russe, le plan B pour la Biélorussie prend forme. Autant la Biélorussie que l’infanterie de marine sont des motifs rêvés qui viennent à point nommé pour que Washington mobilise l’Europe et rétablisse son leadership transatlantique, qui avait été rompu récemment lorsque l’UE, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne se sont jointes à la Russie et à la Chine pour bloquer la tentative de l’administration Trump d’imposer des «sanctions rapides» à l’Iran.12

Mais Washington est avant tout frustrée que ses tentatives maladroites de semer la zizanie entre la Russie et la Chine se soient enlisées. La Chine a exprimé son soutien à Loukachenko; le géant sino-russe est donc en train de percer de toutes parts la stratégie de M. Trump consistant à exercer une pression maximale sur l’Iran.

Dans un article intitulé «La Chine et la Russie approfondissent leurs relations en pleine pandémie et conflit avec l’Occident»,13 Radio Libertya récemment énuméré plusieurs nouveaux projets économiques russo-chinois destinés à renforcer les relations entre les deux pays:

–Construction de l’une des plus grandes usines de polymères au monde par la Russie pour 11 milliards de dollars dans la région Amour, près de la frontière chinoise, en collaboration avec le géant chinois Sinopec.

– Lancemement de l’approvisionnement de la Chine en gaz naturel par le gazoduc «Power of Siberia», long de 2900 kilomètres.14

– Des plans pour un second gazoduc, «Power of Siberia2»,15en vue de tripler les fournitures de gaz russe à la Chine.

– D’une nouvelle collaboration scientifique pour tester des vaccins contre le Covid-19.

D’un plan concerté d’«affranchissement du dollar» visant à restreindre son utilisation dans les transactions bilatérales, etc.•

1 https://www.rt.com/russia/499702-Nowichok-nerve-agent-used-to/

2 https://www.rferl.org/a/deputy-state-secretary-vows-continued-u-s-support-for-freedom-in-belarus/30816585.html

 https://www.rferl.org/a/30817270.html

4 https://indianpunchline.com/anatomy-of-coup-attempt-in-belarus/

5 https://tass.com/world/1196619

6 https://tass.com/politics/1196463

7 https://tass.com/defense/1196551

8  https://uk.reuters.com/article/uk-russia-politics-navalny-statements/russia-says-germanys-statements-about-navalny-are-unsubstantiated-ria-idUKKBN25T2ML

9 http://en.kremlin.ru/events/president/news/63966

10 https://tass.com/politics/1196451

11 https://www.voanews.com/archive/russia-blames-us-military-vehicles-collision-syria

12 https://en.isna.ir/news/99061208968/Joint-statement-of-Joint-Commission-of-JCPOA

13 https://www.rferl.org/a/china-russia-deepen-their-ties-amid-pandemic-conflicts-with-west/30814684.html

14«Power of Siberia» est un gazoduc en construction depuis 2014 entre la République russe de Iakoutie/oblast d’Irkoutsk et la côte pacifique. Le 2 décembre 2019, la première section de 2157 km de long, du gisement de Chayandinskoye (Iakoutie) à Blagoveshchensk, est entrée en service, permettant les premiers acheminements de gaz vers la Chine. (Wikipédia) [Note du traducteur]

15En mai de cette année, le géant gazier russe Gazprom a annoncé qu’il débutait une étude de faisabilité pour son projet de gazoduc «Power of Siberia 2», qui doit acheminer jusqu’à 50 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an à travers la Mongolie vers la Chine. (https://pgjonline.com/news/2020/05-may/gazprom-begins-preparation-for-power-of-siberia-2) [Note du traducteur]

Source: https://indianpunchline.com/us-russia-tensions-flare-up-on-multiple-fronts/ du 2.9.2020

(Traduction Horizons et débats)


* M. K. Bhadrakumara servi pendant environ trois décennies comme diplomate de carrière au ministère indien des affaires étrangères. Il a été ambassadeur dans l’ancienne Union soviétique, au Pakistan, en Iran et en Afghanistan, ainsi qu’en Corée du Sud, au Sri Lanka, en Allemagne et en Turquie. Ses textes traitent principalement de la politique étrangère indienne et des événements au Moyen-Orient, en Eurasie, en Asie centrale, en Asie du Sud et en Asie du Pacifique. Son blog s’appelle «Indian Punchline».

Quid de«l’empoisonnement» de Navalny ?

par Moon of Alabama

Source : Le Saker francophone

https://lesakerfrancophone.fr/quen-est-il-de-lempoisonnement-de-navalny

25 août 2020

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

Note liminaire sur cet article

L’opposant russe Navalny dans le coma,

empoisonnement ou enfumage ?

Nous n’avons pas de lumière particulière sur cette affaire qui défraie la chronique dans nos médias depuis plusieurs jours. Mais, dans leur quasi-unanimité, ces médias pointent un doigt accusateur vers le Kremlin soupçonné d’avoir commandité l’empoisonnement de Navalny. Malgré la disparition de l’Union soviétique, voici presque trois décennies, dans nos médias, le Kremlin est toujours présumé coupable de quantité de turpitudes.

C’est pour se démarquer de ce tropisme que nous publions ci-après un article bien documenté qui fait du coma de Navalny une lecture bien différente.

                                                                                IR

L’affaire du prétendu « empoisonnement » d’Alexey Navalny, un histrion russe, devient de plus en plus curieuse.

Navalny est tombé malade, le 20 août dernier, lors d’un vol entre Tomsk, en Sibérie, et Moscou. L’avion a fait un atterrissage d’urgence à Omsk et Navalny a été transféré dans un hôpital. Il est tombé dans le coma. Les médecins ont diagnostiqué une forte baisse de sa glycémie. Navalny est diabétique et ses symptômes, tels que décrits, correspondaient à un choc diabétique. Nous avions donc conclu – un peu prématurément – que Navalny n’avait pas été empoisonné.

Après un jour et demi à l’hôpital d’Omsk, le patient s’est stabilisé. À la demande de sa famille, il a été transporté par avion à Berlin et admis à l’hôpital de la Charité. La Charité est une très grande clinique universitaire, avec 14 000 employés, gérée par l’État, qui est leader dans de nombreux domaines médicaux. Ses laboratoires ont constaté des effets compatibles avec l’ingestion ou le contact d’un inhibiteur de la cholinestérase :

Après son admission, M. Navalny a été soumis à un examen approfondi par une équipe de médecins de la Charité. Les résultats cliniques indiquent un empoisonnement par une substance du groupe des inhibiteurs de la cholinestérase. La substance spécifique impliquée reste inconnue, et une nouvelle série de tests complets a été lancée. L’effet du poison – à savoir l’inhibition de la cholinestérase dans l’organisme – a été confirmé par de multiples tests effectués dans des laboratoires indépendants.

À la suite de ce diagnostic, le patient est maintenant traité avec l’antidote atropine.

La cholinestérase est nécessaire dans le système nerveux humain pour décomposer l’acétylcholine, qui est une substance pour la communication entre les synapses. Les inhibiteurs de la cholinestérase sont utilisés dans le traitement de la maladie d’Alzheimer, de la maladie de Parkinson, des troubles anxieux et d’autres maladies. Les inhibiteurs de la cholinestérase peuvent être trouvés dans certains extraits de plantes ou synthétisés. Il existe deux types d’inhibiteurs de la cholinestérase, les carbamates et les organophosphates. Les deux types sont également largement utilisés comme pesticides. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les organophosphates ont été développés comme armes chimiques  – tabun, sarin, soman – mais n’ont pas été largement utilisés.

Le contenu de la déclaration de la Charité semble impliquer que les résultats de laboratoire indiquent les effets potentiels d’un inhibiteur de la cholinestérase, et non une substance spécifique elle-même. Ceci est conforme à une déclaration de la clinique d’Omsk qui insiste sur le fait qu’aucun inhibiteur de la cholinestérase, c’est-à-dire un « poison », n’a été trouvé :

“Lorsque Alexey Navalny a été admis à la clinique, il a été examiné pour un large éventail de narcotiques, de substances synthétiques, de drogues psychédéliques et de substances médicales, y compris les inhibiteurs de la cholinestérase. Le résultat a été négatif”, a déclaré Sabayev, chef de l’unité d’empoisonnement aigu à l’hôpital de soins d’urgence d’Omsk où Navalny a été traité avant d’être transporté par avion en Allemagne.

“En outre, il n’avait pas de tableau clinique, spécifique à l’empoisonnement par des substances du groupe des inhibiteurs de la cholinestérase”, a ajouté M. Sabayev, qui est également le meilleur toxicologue de la région d’Omsk et du district fédéral de Sibérie.

Nous pouvons être sûrs qu’un toxicologue qualifié reconnaîtrait une crise cholinergique. Il existe cependant un cas documenté en Inde dans lequel un empoisonnement aux organophosphates a été faussement interprété comme une acidocétose diabétique – merci à Bernd Neuner :

Nous présentons une jeune fille de 15 ans qui a été traitée initialement pour une “acidocétose diabétique” entraînant une aggravation de son état général. Ce problème, associé à des investigations ciblées, nous a finalement conduits à un diagnostic et à la gestion appropriée d’une surdose intentionnelle de pesticide organophosphoré (OP), prenant la forme d’une acidocétose diabétique.

Mais selon le porte-parole du Kremlin, Dimitry Peskov, les médecins russes ont fait le bon diagnostic et appliqué la thérapie appropriée – traduction automatique :

La déclaration des médecins allemands sur le diagnostic du fondateur du FBK, Alexei Navalny, n’est pas nouvelle pour les spécialistes russes, a déclaré aux journalistes Dmitri Peskov, secrétaire de presse du président russe.

“Nous n’avons encore rien appris de nouveau de cette déclaration. Nous avons donc contacté nos médecins et leur avons demandé comment, d’un point de vue professionnel, pouvions nous comprendre ce qui a été écrit. Le fait est que cette baisse de cholinestérase a été établie dès les premières heures par nos médecins de l’hôpital d’Omsk. Et l’atropine, dont les Allemands parlent et qui est maintenant donnée au patient, a commencé à être administrée pendant la première heure du séjour du patient en soins intensifs”, a déclaré M. Peskov.

Le porte-parole présidentiel a souligné que le niveau de cholinestérase peut diminuer pour diverses raisons, notamment à cause de la prise de plusieurs médicaments. En même temps, les médecins allemands n’ont pas identifié de substance toxique dans les analyses de Navalny.

“Il est donc très important ici de trouver ce qui a causé la baisse des niveaux de cholinestérase. Et ni nos médecins, ni les Allemands n’ont encore pu en établir la cause. Du moins, c’est ce qui découle de la déclaration de nos collègues médecins allemands. Il n’y a pas de substance, malheureusement, elle ne peut pas être établie, les analyses ne le montrent pas”, a expliqué M. Peskov.

Il a souligné que les données analytiques des médecins russes et allemands sont les mêmes, mais que les conclusions sont différentes.

“Nous ne comprenons pas pourquoi nos collègues allemands sont si pressés d’utiliser le mot empoisonnement. Vous savez, cette version était parmi les premières que nos médecins ont examinées, mais je le répète encore une fois : la substance n’a pas encore été établie. Peut-être que les Allemands ont des données”, a déclaré M. Peskov, notant que les médecins russes sont prêts à fournir des échantillons des premiers tests.

Si Navalny a été empoisonné – ce qui n’est pas établi – la question suivante est de savoir comment Navalny est entré en contact avec un inhibiteur de la cholinestérase. Le contact a-t-il été causé par lui-même ou par quelqu’un d’autre ? Était-ce intentionnel ou non ?

Les porte-parole de Navalny ont insisté sur le fait que la seule substance que Navalny a ingérée ce matin-là était un thé provenant d’un bar de l’aéroport. Une vidéo de la télévision en circuit fermé de l’aéroport montre que le thé a été apporté du bar par une personne qui s’est ensuite assise avec Navalny. Ils ont vraisemblablement voyagé ensemble. Comment le barman de l’aéroport, s’il a soi-disant empoisonné Navalny, aurait-il pu savoir pour qui était le thé ?

Alors que les médias « occidentaux » poursuivent leur absurde « Poutine a empoisonné Navalny », il est important d’insister sur le fait que d’autres personnes ont plus de raisons de nuire à Navalny que le Kremlin :

Au cours des dernières années, Navalny s’est fait des ennemis en révélant des affaires de corruption. Sa dernière affaire concernait le gouverneur local de Tomsk. C’est aussi la raison pour laquelle il s’y était rendu en avion. Si Navalny est victime d’un crime, les suspects devraient être recherchés là-bas.

Two Puny Nations Subjecting World to Risk of Nuclear Holocaust

Polish and Romanian politicians are fine with hosting US missiles, leaving Moscow no margin of error

Paul Craig Roberts

Source : Russia Insider, 2 septembre 2019

https://russia-insider.com/taxonomy/term/2713/all/feed

https://russia-insider.com/print/27547

Source originaire :

PaulCraigRoberts.org

https://russia-insider.com/taxonomy/term/2713/all/feed5 hours ago | 800 words 1,265 25

https://russia-insider.com/print/27547

screenshot_2019-09-02_at_10.45.09_am

After falsely accusing Russia of violating the Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty (INF), Washington unilaterally repudiated the treaty. Thus did the US military/security complex rid itself of the landmark agreement achieved by Ronald Reagan and Mikhail Gorbachev that defused the Cold War.

The INF Treaty was perhaps the most important of all of the arms control agreements achieved by American 20th century presidents and now abandoned in the 21st century by US neoconservative governments. The treaty removed the threat of Russian missiles against Europe and the threat of European-based US missiles to Russia. The importance of the treaty is due to its reduction of the chance of accidental nuclear war. Warning systems have a history of false alarms. The problem of US missiles on Russia’s border is that they leave no time for reflection or contact with Washington when Moscow receives a false alarm. Considering the extreme irresponsibility of US governments since the Clinton regime in elevating tensions with Russia, missiles on Russia’s border leaves Russia’s leadership with little choice but to push the button when an alarm sounds. That Washington intends to put missiles on Russia’s border and pulled out of the INF Treaty for this sole purpose is now obvious. Only two weeks after Washington pulled out of the treaty, Washington tested a missile whose research and development, not merely deployment, were banned under the treaty. If you think Washington designed and produced a new missile in two weeks you are not intelligent enough to be reading this column. While Washington was accusing Russia, it was Washington who was violating the treaty. Perhaps this additional act of betrayal will teach the Russian leadership that it is stupid and self-destructive to trust Washington about anything. Every country must know by now that agreements with Washington are meaningless.

Surely the Russian government understands that there are only two reasons for Washington to put missiles on Russia’s border: (1) to enable Washington to launch a pre-emptive nuclear strike that leaves Russia no response time, or (2) to enable Washington to threaten such a strike, thus coercing Russia to Washington’s will. Clearly, one or the other of these reasons is of sufficient importance to Washington for Washington to risk a false alarm setting off a nuclear war.

Military analysts can talk all they want about “rational players,” but if a demonized and threatened country with hostile missiles on its border receives a warning with near zero response time, counting on it to be a false alarm is no longer rational.

The 1988 treaty achieved by Reagan and Gorbachev eliminated this threat. What purpose is served by resurrecting such a threat? Why is Congress silent? Why is Europe silent? Why is the US and European media silent? Why do Romania and Poland enable this threat by permitting US missiles to be stationed on their territory?

Little doubt the Romanian and Polish governments have been given bagfulls of money by the US military/security complex, which wants the multi-billion dollar contracts to produce the new missiles. Here we see the extreme irresponsibility of small countries. Without the corrupt and idiotic governments of Romania and Poland, Washington could not resurrect a threat that was buried 31 years ago by Reagan and Gorbachev.

Even the American puppet state of occupied Germany has refused to host the missiles. But two insignificant states of no importance in the world are subjecting the entire world to the risk of nuclear war so that a few Romanian and Polish politicians can pocket a few million dollars.

Missiles on Russia’s borders that provide no response time are a serious problem for Russia. I keep waiting for Moscow to announce publicly that on the first sign of a missile launching from Romania or Poland, the countries will immediately cease to exist. That might wake up the Romanian and Polish populations to the danger that their corrupt governments are bringing to them.

Why aren’t the Romanian and Polish provocations sufficient justification for Russia to pre-emptively occupy both countries? Is it more provocative for Russia to occupy the two countries than it is for the two countries to host US missiles against Russia? Why only consider the former provocative and not the latter?

No one is capable of coming to Romania and Poland’s aid even if anyone was so inclined. NATO is a joke. It wouldn’t last one day in a battle with Russia. Does anyone think the United States is going to commit suicide for Romania and Poland?

Where are the UN resolutions condemning Romania and Poland for resurrecting the specter of nuclear war by hosting the deployment of US missiles on their borders with Russia? Is the entire world so insouciant that the likely consequences of this act of insanity are not comprehended?

It does seem that human intelligence is not up to the requirements of human survival.

 

Poutine a pris l’initiative d’un sommet trilatéral avec l’Inde et la Chine

par M.K. Bhadrakumar Le 4 décembre 2018

Source : http://lesakerfrancophone.fr/poutine-a-pris-linitiative-dun-sommet-trilateral-avec-linde-et-la-chine

Source originaire : Strategic Culture

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

Modi-PTI-1.jpg

Le sommet trilatéral entre la Russie, l’Inde et la Chine, qui s’est tenu en marge du G20 à Buenos Aires le 1er décembre, est un événement marquant pour la sécurité asiatique et la politique mondiale. Le format RIC [Russie, Inde, Chine] a fait un grand pas en avant quand les dirigeants des trois pays se sont mis d’accord « pour tenir d’autres réunions trilatérales de ce type en d’autres occasions de rencontre multilatérales » – pour citer une déclaration du ministère indien des Affaires étrangères.

Ce qui est particulièrement intéressant est de voir que le président russe Vladimir Poutine a pris l’initiative et que le premier ministre indien Narendra Modi et le président chinois Xi Jinping se sont instinctivement ralliés à cette idée. Les trois dirigeants étaient tout à fait conscients de la toile de fond sur laquelle s’est déroulée cette rencontre.

Ils ont évoqué les impératifs de la coopération et de la coordination entre leurs pays pour relever les défis en matière de sécurité et de développement. La promotion d’un monde multilatéral, la démocratisation de l’ordre international, la paix et la stabilité mondiale ont été soulignées à plusieurs reprises.

Il est important de noter que les remarques du Premier ministre Modi étaient très catégoriques et spécifiques. Modi a noté que la réunion a été « l’occasion de discuter librement et ouvertement de certaines questions clés qui suscitent des préoccupations au niveau mondial ». Il a ajouté :

« Vos Excellences, sans aucun doute le monde d’aujourd’hui traverse une période de profonds changements, d’instabilité et de tensions géopolitiques croissantes. De sérieuses pressions s’exercent sur le leadership mondial. Les relations multilatérales et l’ordre mondial fondé sur des règles communes sont de plus en plus rejetés par divers groupes unilatéraux, transnationaux et locaux, et par différentes nations dans le monde. Nous pouvons le constater quand des sanctions sont imposées en dehors du cadre de l’ONU et que les politiques protectionnistes progressent.

Le programme de Doha pour le développement au sein de l’OMC a échoué. Depuis l’Accord de Paris, nous n’avons pas vu le niveau d’engagement financier attendu de la part des pays développés en faveur des pays en développement. Par conséquent, en matière de climat, la justice est actuellement menacée. Nous sommes encore très loin d’atteindre les objectifs de développement durable. »

On notera les critiques à peine voilées de Modi à l’égard de la politique américaine. Les trois dirigeants ont souligné que la Russie, l’Inde et la Chine ont un rôle de premier plan à jouer dans le contexte international actuel et ont reconnu la nécessité de renforcer le mécanisme de coopération trilatérale du format RIC.

Le sommet des RIC de Buenos Aires peut être considéré comme l’évolution logique des changements intervenus dans la géopolitique de la région Asie-Pacifique au cours de la période récente. Malgré les efforts vigoureux des États-Unis, les pays de la région s’abstiennent de s’identifier aux pressions de l’administration Trump contre la Chine. En termes simples, ils ne veulent pas se faire prendre dans les politiques erratiques et imprévisibles des États-Unis.

D’un autre côté, la capacité des États-Unis à dominer militairement la Chine diminue progressivement et cette dernière étend son influence en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique occidental, qui était auparavant l’exclusive « sphère d’influence » américaine. Le projet America First de l’administration Trump a repoussé les pays asiatiques comme l’Inde, qui cherchaient à établir avec les États-Unis des relations fondées sur le respect et le bénéfice mutuel.

Du côté indien, notamment, Modi s’est montré enthousiaste pour l’initiative de Poutine sur le sommet trilatéral des RIC. Le raisonnement de Modi a besoin d’explications. Non seulement Modi a ravivé l’élan des relations Inde-Russie, qui avaient souffert d’atrophie au cours de la dernière décennie, mais il considère ce partenariat comme un point d’ancrage de l’autonomie stratégique de l’Inde. Rétrospectivement, le sommet informel de Modi avec Poutine à Sotchi a été un moment décisif pour finaliser les stratégies régionales et mondiales de l’Inde dans un environnement international très volatile.

La décision énergique prise par Modi en octobre dernier d’aller de l’avant avec l’accord sur les missiles S-400 russes, face à l’immense pression américaine, souligne sa volonté de mener une politique étrangère indépendante. En effet, la rencontre des RIC s’est tenue dans le contexte immédiat de l’annulation de dernière minute de la rencontre entre le président Trump et Poutine.

Deuxièmement, Modi s’appuie sur le consensus auquel il est parvenu avec le président Xi lors de leur sommet informel de Wuhan en avril. L’Inde et la Chine ont intensifié leurs contacts bilatéraux en vue d’améliorer leur communication stratégique. Modi a tenu des réunions au sommet avec Xi trois fois depuis avril dernier. (La dernière rencontre bilatérale entre Modi et Trump a eu lieu en novembre 2017).

L’éloignement calibré de l’Inde par rapport à la politique d’endiguement des États-Unis contre la Chine a été exprimé très clairement dans un important discours prononcé par Modi, lors du Dialogue de Shangri La à Singapour le 1er juin, où il a cherché une approche inclusive de la sécurité en Asie et dans le Pacifique.

L’esprit « Wuhan » a produit des résultats positifs. Les tensions frontalières entre l’Inde et la Chine se sont apaisées et l’accent est mis sur le renforcement de la confiance, en attendant le règlement du différend frontalier. L’ambassadeur de Chine en Inde a récemment déclaré que les relations bilatérales connaissent l’une des meilleures périodes de leur histoire.

Il est concevable que Poutine ait saisi l’occasion de relier tous ces points en proposant cette rencontre de format RIC pendant le sommet du G20. C’est une idée qui a déjà été proposée en 1998 par le grand penseur stratégique russe et alors ministre des Affaires étrangères, Evgeniy Primakov, mais qui était en avance sur son temps. Deux décennies plus tard, il est évident que les RIC n’ont pas nécessairement besoin d’imposer de contraintes aux politiques indépendantes et de non-bloc de la Chine et/ou de l’Inde.

Entre-temps, au cours de ces deux décennies, le soi-disant « Triangle de Primakov » a également engendré une poussée de la politique étrangère russe vers l’Orient, Moscou donnant la priorité au renforcement de ses relations avec les pays asiatiques. Il est important de noter que le point fort de la doctrine Primakov – l’accent mis sur la coopération multilatérale et les institutions multilatérales – s’est avéré être une vision à long terme et a acquis de la pertinence.

Compte tenu de ce qui précède, la Russie considère le mécanisme de dialogue des RIC comme un élément indispensable de la diplomatie multilatérale en réseau qui peut apporter un poids aux processus conduisant à l’instauration d’un ordre mondial équitable. Reste à voir comment le format des RIC évoluera en tant que triangle stratégique.

Il existe une certaine asymétrie au sein des RIC dans la mesure où la Russie entretient des relations militaires et politiques étroites avec la Chine et l’Inde, ce qui n’est pas le cas entre la Chine et l’Inde. Là encore, l’Inde et la Chine ont tout intérêt à établir un partenariat économique avec l’Occident. L’Inde et la Chine ne cherchent pas non plus à créer une alliance « anti-occidentale ». Mais le format RIC est suffisamment souple pour permettre une discussion sur un large éventail de problèmes internationaux.

Sur le plan politique, l’attitude de la Chine et de l’Inde à l’égard du format RIC demeure pragmatique dans la poursuite et l’intensification de leurs relations de coopération avec l’Occident et la Russie. Mais dans la phase post-Wuhan, l’Inde et la Chine envisageraient probablement la possibilité d’utiliser le club de discussion des RIC pour favoriser la normalisation sino-indienne. La Russie peut jouer un rôle unique à cet égard en favorisant la confiance stratégique.

Dans quelle mesure Modi et Poutine ont discuté franchement de cette facette du processus RIC lors de leurs « intenses » pourparlers à Sotchi en mai reste inconnu, mais ils travaillent actuellement sur une matrice. Il est concevable que la Russie et la Chine aient également un intérêt commun à encourager l’autonomie stratégique de l’Inde.

Au fil du temps, le format d’un sommet RIC est appelé à devenir un modèle majeur de sécurité régionale et internationale et de développement mondial. Il existe déjà un degré élevé de relations personnelles entre Poutine, Modi et Xi. Une chose frappante à propos de cette rencontre RIC est la congruence stratégique dans les déclarations russes, indiennes et chinoises.

 

 

La Russie et la Chine sont apparemment toutes les deux sous l’impression [euphémisme, NdT] que la guerre avec les États-Unis se prépare…

par Michael Snyder

29 octobre 2018

Source : http://lesakerfrancophone.fr/tres-mauvaises-impressions

Source originaire : https://russia-insider.com/en/russia-and-china-are-apparently-both-under-impression-war-us-coming/ri25215

Traduction en français : Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

Nous ne sommes pas arrivés à ce point du jour au lendemain, mais la grande majorité de la population américaine n’a malheureusement aucune connaissance de ces choses.
Serait-il possible que les États-Unis se dirigent vers une guerre majeure ? Si vous posez cette question à la plupart des Américains, ils vous regarderont comme si vous étiez fou. Pour la plupart des habitants de ce pays, la guerre avec la Russie ou la Chine n’est pas une source de préoccupation majeure. Mais les Russes et les Chinois voient les choses très différemment. Comme vous le verrez ci-dessous, la Russie et la Chine semblent avoir l’impression que la guerre avec les États-Unis se prépare et s’organisent rapidement face à un tel conflit.

Commençons par la Russie. Après l’avoir frappée à plusieurs reprises par des sanctions, avoir diabolisé sans relâche ses dirigeants et les avoir blâmés pour presque tous les problèmes que vous pouvez imaginer, notre relation avec la Russie est à peu près la pire de son histoire.

Et lorsque le gouvernement Trump a annoncé qu’il se retirait du traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire, cela a poussé les choses à un nouveau paroxysme. À la suite de cette annonce, le responsable russe Andrei Belousov a déclaré hardiment que « la Russie se préparait à la guerre »

Il a déclaré :

« Récemment, lors de la réunion, les États-Unis ont déclaré que la Russie se préparait à la guerre. J’ai confirmé :  ‘Oui, la Russie se prépare à la guerre, Nous nous préparons à défendre notre patrie, notre intégrité territoriale, nos principes, nos valeurs, notre peuple – nous nous préparons à une telle guerre’. »

Ici aux États-Unis, on parle très peu d’une guerre potentielle avec la Russie dans les principaux médias, mais en Russie, les choses sont très différentes. Les organes de presse russes soulignent constamment l’escalade des tensions avec les États-Unis, et le gouvernement russe alimente ce feu. Par exemple, le gouvernement russe a récemment publié une vidéo d’une simulation de frappe nucléaire contre ses ennemis

« Les sous-marins russes ont récemment lancé une simulation d’attaque nucléaire contre leurs ‘ennemis’. Le gouvernement russe a publié des images de la frappe atomique et il est à craindre que la troisième guerre mondiale n’approche à grands pas.

Le ministère russe de la Défense (MoD) a publié des vidéos choquantes montrant une gamme d’exercices de missiles nucléaires, notamment un sous-marin effectuant un simulacre de frappe atomique. Ces vidéos sont les dernières d’une escalade de jeux de guerre ordonnés par le président russe Vladimir Poutine », selon The Express UK.

Je vous laisse deviner qui est l’ennemi principal de cet exercice.

Et ce que le président russe Vladimir Poutine a récemment déclaré à la presse au sujet d’une guerre nucléaire potentielle était extrêmement terrifiant

« Si un pays décide d’attaquer la Russie avec des armes nucléaires, cela pourrait mettre fin à la vie sur Terre. Mais contrairement aux agresseurs, les Russes iront certainement au paradis », a déclaré le président Vladimir Poutine.

« Tout agresseur devrait savoir que les représailles seront inévitables et qu’il sera détruit. Et puisque nous serons les victimes de son agression, nous irons au paradis en martyrs. Ils seront tout simplement morts et n’auront même pas le temps de se repentir », a déclaré M. Poutine au cours d’une séance du Valdai Club à Sochi.

Dans des circonstances normales, Poutine ne parlerait jamais comme cela.

Mais nous ne sommes pas dans des temps normaux.

Pendant ce temps, le président chinois Xi Jinping a ordonné à son armée de se concentrer sur « les préparatifs de la guerre »

« Le président chinois Xi Jinping a ordonné à la région militaire responsable de la surveillance de la mer de Chine méridionale et de Taïwan ‘d’évaluer la situation à laquelle elle fait face et de renforcer ses capacités afin de pouvoir réagir à toute situation d’urgence’, alors que la tension monte au sujet de l’avenir de la mer de Chine méridionale et de Taïwan et que les relations diplomatiques entre Washington et Pékin ont atteint leur point le plus bas.

La Southern Theatre Command a eu à assumer une ‘lourde responsabilité militaire’ ces dernières années, a déclaré Xi, à la chaîne de télévision CCTV, au cours d’une visite d’inspection effectuée jeudi dans le cadre de sa tournée dans la province du Guangdong.

‘Il est nécessaire de renforcer la mission … et d’amplifier les préparatifs pour la guerre’, a déclaré Xi. ‘Nous devons prendre en compte toutes les situations complexes et élaborer des plans d’urgence en conséquence. Nous devons intensifier les exercices de préparation au combat, les exercices conjoints et les exercices de confrontation pour renforcer les capacités des soldats et la préparation à la guerre’, a ajouté le président à vie. »

Alors, par qui les Chinois sont-ils concernés lorsqu’ils parlent de se battre ?

Inutile de dire que les États-Unis sont en tête de liste

Le président a demandé à l’armée de renforcer l’opposition aux exercices de « liberté de navigation » entrepris par les États-Unis, l’Australie, la France, le Royaume-Uni, le Japon et d’autres sur les voies navigables vitales qui se sont développées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les tensions en mer de Chine méridionale augmentent depuis plusieurs années et le déclenchement d’une guerre commerciale avec la Chine en 2018 n’a certainement pas aidé les choses.

À ce stade, même de nombreux analystes américains peuvent voir l’écriture sur le mur. Par exemple, considérons ce que le professeur Graham Allison de Harvard a récemment déclaré à Steve LeVine…

Il a dit que, si la situation dure, les États-Unis et la Chine semblent se diriger vers la guerre. Au cours du week-end, je lui ai demandé une mise à jour – spécifiant si le danger de guerre semblait avoir augmenté. « Oui », a-t-il a répondu. La probabilité de guerre est toujours inférieure à 50%, mais « est réelle – et bien plus probable qu’on ne le reconnaît généralement. »

Bien sûr, nous n’y sommes pas arrivés du jour au lendemain. Les tensions avec la Russie et la Chine couvent depuis longtemps et les deux pays modernisent rapidement leurs forces militaires. Pour plus d’informations à ce sujet, veuillez vous reporter à mon récent article intitulé « La Russie et la Chine développent de nouveaux systèmes d’armes impressionnants pour se préparer à la guerre contre les États-Unis. »

Malheureusement, la grande majorité de la population américaine n’a aucune idée de ces choses.

Mais ceux qui servent dans l’armée comprennent beaucoup mieux, et un sondage récent révèle qu’environ la moitié d’entre eux s’attendent à ce que les États-Unis soient « entraînés dans une nouvelle guerre l’année prochaine »

Près de la moitié de toutes les troupes militaires actuelles croient que les États-Unis  seront bientôt entraînés dans une guerre majeure, suscitant une inquiétude croissante parmi les membres des services s’inquiétant de l’instabilité mondiale en général, de la Russie et de la Chine en particulier, selon un nouveau sondage du Military Times sur les troupes en service actif.

Environ 46% des sondés, lecteurs du journal Military Times et actuellement en serviceinterrogés anonymement  estiment que les États-Unis seront entraînés dans une nouvelle guerre au cours de l’année prochaine. C’est une augmentation inquiétante, sachant que seulement 5% environ ont répondu la même chose dans un sondage similaire réalisé en septembre 2017.

Ces chiffres font réfléchir. Il faut que des choses importantes se déroulent dans les coulisses pour passer de 5% à 46% en seulement une année.

Nous vivons vraiment  une époque apocalyptique, et notre monde semble devenir de plus en plus instable à chaque jour qui passe.

Nous devrions espérer la paix, mais au cours de l’histoire humaine, la paix n’a jamais duré longtemps. Les grandes puissances mondiales continuent de se rapprocher de plus en plus d’un conflit et c’est un jeu très dangereux.

 

Russia and China Are Apparently Both Under the Impression That War With the US Is Coming…

Michael Snyder

Oct 29, 2018

Source : https://www.defenddemocracy.press/russia-and-china-are-apparently-both-under-the-impression-that-war-with-the-united-states-is-coming/

 

We didn’t get to this point overnight but the vast majority of the US population is sadly utterly clueless about these things.

 

Could it be possible that the U.S. is heading for a major war?  If you ask most Americans that question, they will look at you like you are crazy.  For most people in this country, war with either Russia or China is not something to even be remotely concerned about.  But the Russians and the Chinese both see things very differently.  As you will see below, Russia and China both seem to be under the impression that war with the United States is coming, and they are both rapidly preparing for such a conflict.

Let’s start with Russia.  After repeatedly slapping them with sanctions, endlessly demonizing their leaders and blaming them for just about every problem that you can imagine, our relationship with Russia is about the worst that it has ever been.

And when the Trump administration announced that it was withdrawing from the Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty, that pushed things to a new low.  In the aftermath of that announcement, Russian official Andrei Belousov boldly declared that “Russia is preparing for war”

He said: “Here recently at the meeting, the United States said that Russia is preparing for war.

Yes, Russia is preparing for war, I have confirmed it.

“We are preparing to defend our homeland, our territorial integrity, our principles, our values, our people – we are preparing for such a war.”

Here in the United States, there is very little talk of a potential war with Russia in the mainstream media, but in Russia things are very different.  Russian news outlets are constantly addressing escalating tensions with the United States, and the Russian government has been adding fuel to that fire.  For example, the Russian government recently released a video of a mock nuclear strike against their “enemies”

Russian submarines have recently carried out a mock nuclear attack against their “enemies.” The Russian government has released footage of the atomic strike and it is sparking fears that the third world war is quickly approaching.

The Russian Ministry of Defense (MoD) has published shocking videos that show a range of nuclear missile drills including a submarine carrying out a mock atomic strike. These videos are the latest in a series of escalating war-games ordered by Russian President Vladimir Putin, according toThe Express UK.

I’ll give you just one guess as to who the primary enemy in that drill was.

And what Russian President Vladimir Putin recently told the press about a potential nuclear war was extremely chilling

If any nation decides to attack Russia with nuclear weapons, it may end life on Earth; but unlike the aggressors, the Russians are sure to go to heaven, President Vladimir Putin has said.

“Any aggressor should know that retribution will be inevitable and he will be destroyed. And since we will be the victims of his aggression, we will be going to heaven as martyrs. They will simply drop dead, won’t even have time to repent,” Putin said during a session of the Valdai Club in Sochi.

Under normal circumstances, Putin would never talk like that.

But these are not normal times.

Meanwhile, Chinese President Xi Jinping is ordering his military to focus on “preparations for fighting a war”

China’s President Xi Jinping ordered the military region responsible for monitoring the South China Sea and Taiwan to “assess the situation it is facing and boost its capabilities so it can handle any emergency” as tensions continue to mount over the future of the South China Sea and Taiwan, while diplomatic relations between Washington and Beijing hit rock bottom.

The Southern Theatre Command has had to bear a “heavy military responsibility” in recent years, state broadcaster CCTV quoted Xi as saying during an inspection tour made on Thursday as part of his visit to Guangdong province.

“It’s necessary to strengthen the mission … and concentrate preparations for fighting a war,” Xi said. “We need to take all complex situations into consideration and make emergency plans accordingly. “We have to step up combat readiness exercises, joint exercises and confrontational exercises to enhance servicemen’s capabilities and preparation for war” the president-for-life added.

So who are the Chinese concerned that they may be fighting against?

Needless to say, the United States is at the top of the list

The president instructed the military to ramp-up opposition to ‘freedom of navigation’ exercises being undertaken by the US, Australia, France, the UK, Japan and others through the waterway through which arterial shipping lanes have grown since the end of World War II.

Tensions over the South China Sea have been increasing for several years, and starting a trade war with China in 2018 has certainly not helped things.

At this point, even many U.S. analysts can see the writing on the wall.  For instance, just consider what Harvard Professor Graham Allison recently told Steve LeVine

He said, if history holds, the U.S. and China appeared headed toward war.

Over the weekend, I asked him for an update — specifically whether the danger of the two going to war seems to have risen.

“Yes,” he responded. The chance of war is still less than 50%, but “is real — and much more likely than is generally recognized.”

Of course we didn’t get to this point overnight.  Tensions with Russia and China have been simmering for quite a while, and both of those nations have been rapidly modernizing their military forces.  For much more on this, please see my recent article entitled “Russia And China Are Developing Impressive New Weapons Systems As They Prepare For War Against The United States”.

Sadly, the vast majority of the U.S. population is utterly clueless about these things.

But those that are serving in the military have a much better understanding, and one recent survey found that about half of them expect the U.S. to be “drawn into a new war within the next year”…

Nearly half of all current military troops believe the United States will be drawn into a major war soon, a jarring rise in anxiety among service members worried about global instability in general and Russia and China in particular, according to a new Military Times poll of active-duty troops.

About 46 percent of troops who responded to the anonymous survey of currently serving Military Times readers said they believe the U.S. will be drawn into a new war within the next year. That’s a jarring increase from only about 5 percent who said the same thing in a similar poll conducted in September 2017.

Those numbers are jarring.

Some major stuff must be going on behind the scenes in order to go from 5 percent to 46 percent in a single year.

We truly are living in apocalyptic times, and our world seems to be getting more unstable with each passing day.

We should hope for peace, but throughout human history peace has never lasted for long.  Major global powers continue to edge closer and closer to conflict, and that is a very dangerous game to be playing.

Source: End of the American Dream.

 

Russian diplomat expulsions signal crude side of Western intention


Source: Global Times, 2018/3/27 8:00:15
Source: lien original coupé. Source secondaire: Equipo Nizkor.

 

On March 26, the US, Canada, and several European Union countries expelled Russian diplomats from their respective foreign embassies and consulates in retaliation against Russia’s alleged poisoning of former double agent Sergei Skripal and his daughter.  As of this writing, 19 countries, including 15 EU member states, have shown their support to Great Britain by enforcing such measures.

On March 4, Skripal and his daughter Yulia were rushed to a hospital after they were found unconscious at a park in Salisbury. It was later reported the father and daughter had come into contact with an obscure nerve agent. UK government officials said the Skripals were attacked by “Novichok,” a powerful Soviet-era chemical nerve agent used by the military.

The British government did not provide evidence that linked Russia to the crime but was confident from the beginning there could be no other “reasonable explanation” for the attempted assassination. Great Britain was so convinced of their Russia theory, they wasted no time taking the lead in levying sanctions against the country by quickly expelling Russian diplomats from London.  Shortly afterwards, UK capital officials reached out to NATO and their European allies who provided immediate support.

The accusations that Western countries have hurled at Russia are based on ulterior motives, similar to how the Chinese use the expression “perhaps it’s true” to seize upon the desired opportunity. From a third-person perspective, the principles and diplomatic logic behind such drastic efforts are flawed, not to mention that expelling Russian diplomats almost simultaneously isa crude form of behavior. Such actions make little impact other than increasing hostility and hatred between Russia and their Western counterparts.

The UK government should have an independent investigation conducted into the Skripal poisoning by representatives from the international community. An effort such as this would provide results strong enough for those following the case to make up their minds on who should or shouldn’t be accused of the crime. Now, the majority of those who support Britain’s one-sided conclusion happen to be members of NATO and the EU, while others stood behind the UK due to long-standing relations.

The fact that major Western powers can gang up and “sentence” a foreign country without following the same procedures other countries abide by and according to the basic tenets of international law is chilling. During the Cold War, not one Western nation would have dared to make such a provocation and yet today it is carried out with unrestrained ease. Such actions are nothing more than a form of Western bullying that threatens global peace and justice.

Over the past few years the international standard has been falsified and manipulated in ways never seen before. The fundamental reason behind reducing global standards is rooted in post-Cold War power disparities. The US, along with their allies, jammed their ambitions into the international standards so their actions, which were supposed to follow a set of standardized procedures and protocol, were really nothing more than profit-seizing opportunities designed only for themselves.  These same Western nations activated in full-force public opinion-shaping platforms and media agencies to defend and justify such privileges.

As of late, more foreign countries have been victimized by Western rhetoric and nonsensical diplomatic measures. In the end, the leaders of these nations are forced to wear a hat featuring slogans and words that read “oppressing their own people,” “authoritarian,” or “ethnic cleansing,” regardless of their innocence.

It is beyond outrageous how the US and Europe have treated Russia. Their actions represent a frivolity and recklessness that has grown to characterize Western hegemony that only knows how to contaminate international relations. Right now is the perfect time for non-Western nations to strengthen unity and collaborative efforts among one another. These nations need to establish a level of independence outside the reach of Western influence while breaking the chains of monopolization declarations, predetermined adjudications, and come to value their own judgement abilities.

It’s already understood that to achieve such international collective efforts is easier said than done as they require foundational support before anything can happen. Until a new line of allies emerges, multi-national associations like BRICS, or even the Shanghai Cooperation Organization, need to provide value to those non-Western nations and actively create alliances with them.

What Russia is experiencing right could serve as a reflection of how other non-Western nations can expect to be treated in the not-to-distant future.  Expelling Russian diplomats simultaneously is hardly enough to deter Russia. Overall, it’s an intimidation tactic that has become emblematic of Western nations, and furthermore, such measures are not supported by international law and therefore unjustified. More importantly, the international community should have the tools and means to counterbalance such actions.

The West is only a small fraction of the world and is nowhere near the global representative it once thought it was.  The silenced minorities within the international community need to realize this and prove just how deep their understanding is of such a realization by proving it to the world through action. With the Skripal case, the general public does not know the truth, and the British government has yet to provide a shred of evidence justifying their allegations against Russia.

It is firmly believed that accusations levied by one country to another that are not the end results of a thorough and professional investigation should not be encouraged. Simultaneously expelling diplomats is a form of uncivilized behavior that needs to be abolished immediately.
Posted in: EDITORIAL

 

Affaire Skripal et accusation britannique: Libre opinion du général Delawarde

par le général Dominique Delawarde
Source : http://www.asafrance.fr (Association de soutien à l’Armée française)
20 mars 2018

En matière criminelle, tout enquêteur sérieux explore toutes les pistes possibles et ne se limite pas à une seule. La recherche du mobile du crime, surtout lorsque celui ci est prémédité, conduit bien souvent à la découverte de l’assassin ou de son commanditaire.

L’affaire SKRIPAL, dont les répercussions politiques internationales sont très importantes, semble poser aux enquêteurs, aux politiques, aux médias et aux opinions publiques un certain nombre de questions auxquelles les réponses apportées jusqu’à présent ne sont pas totalement satisfaisantes.

1 – Quels sont les faits et les premiers résultats divulgués par les enquêteurs et interprétés par les politiques et les médias à l’attention du grand public?
2 – La Russie est-elle coupable ?
3 – Si elle ne l’était pas, qui donc pourrait avoir un mobile puissant et les moyens de réaliser une telle action, probablement préméditée.

La réponse à ces trois questions en appelle évidemment d’autres sur l’analyse des réactions internationales et sur leurs conséquences possibles.


* * *

• Les faits et les réactions politiques et médiatiques.
Le 4 mars 2018 Sergueï Skripal, 66 ans, un ancien colonel des services de renseignement militaires russes, ainsi que sa fille, ont été retrouvés inconscients aux abords d’un centre commercial de Salisbury, au Royaume-Uni. Recruté comme agent double par les services britanniques en 1995 et condamné en Russie à 13 ans de prison pour trahison en 2004, M. Skripal a obtenu l’asile au Royaume-Uni en 2010 après un échange d’agents de renseignement entre la Russie et les États-Unis. Selon les enquêteurs britanniques, il s’agirait d’un empoisonnement au gaz Novitchok. L’utilisation du nom précis de ce produit mystérieux et supposé mortel semble pour le moins maladroit.

L’existence d’un tel produit a été rendu publique par le témoignage dans les années 1990 d’un seul dissident russe, Vil Mirzayanov (83 ans aujourd’hui), chimiste militaire. Ce dissident a publié aux USA un livre «State Secrets» en 2007 dans lequel il aurait donné quelques formules chimiques à l’appui de ses révélations. Si ce fait est avéré le Novitchok serait donc sorti, dès 2007 de l’exclusivité russe et aurait pu être fabriqué par n’importe qui. Les révélations de Mirzayanov n’ont jamais été confirmées par aucune source indépendante, ni par aucun autre dissident.

Mieux, l’Organisation onusienne pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OIAC) conclut dans un rapport de 2013 d’un comité scientifique comprenant des représentants US, UK, France, Russie et Allemagne qu’«elle n’a pas d’information suffisante pour se prononcer sur l’existence et les propriétés du «Novitchok».

En 2016, le docteur Robin Black, chef du seul laboratoire de détection britannique d’arme chimique de Porton écrit dans une publication scientifique (Royal Society of Chemistry): « les indices de l’existence éventuelle d’un tel produit sont quasi-inexistants et sa composition reste inconnue. »(Robin Black. (2016) Development, Historical Use and Properties of Chemical Warfare Agents.)

Les enquêteurs britanniques ont donc réalisé l’exploit d’identifier un produit dont la composition est inconnue de leur propre laboratoire d’analyse spécialisée dans le domaine !

Avec le soutien instantané et quasi unanime des médias, les politiques britanniques n’ont pas tardé à désigner la Russie comme responsable de cette « attaque contre le Royaume Uni » et ont expulsé 23 diplomates russes. Ils ont toutefois rechigné à fournir un échantillon du produit identifié à l’OIAC (Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques), organisme onusien reconnu indépendant, et refusé bien sûr, de le fournir à la Russie, qui proposait son aide aux enquêteurs britanniques. Pourquoi donc ces cachotteries ?

En première impression, cette affaire ne paraît pas bien nette. L’hystérie politico-médiatique immédiate fait étrangement penser à l’ «orchestration» de l’affaire des armes de destruction massive de Saddam Hussein de 2003, mais pas que….. Une hystérie semblable avait régné pendant 6 semaines lors de l’affaire de Timisoara (Roumanie) en 1989, lors de l’affaire des couveuses dont les méchants soldats de Saddam arrachaient les nourrissons en 1990, lors de l’affaire des gaz de la Goutha en 2013. Toutes ces affaires ont été reconnues, à postériori, comme des mensonges destinés à fournir des prétextes (faux évidemment) pour s’ingérer militairement dans les affaires d’un état et en faire tomber le gouvernement.

• La Russie est-elle coupable ?
Le président Poutine est tout sauf un imbécile. C’est du moins ce qu’en disent tous ceux, politiques ou journalistes occidentaux, qui l’ont rencontré.

Ce président est aujourd’hui fortement occupé par une série de défis ou de crises à résoudre de portée mondiale: la crise ukrainienne, la crise syrienne, la crise nord coréenne, la crise de l’accord nucléaire iranien, l’élection présidentielle russe à laquelle Poutine s’est porté candidat, la coupe du monde de football organisée par son pays en Juin prochain…..etc….etc…

Est-il seulement envisageable que cet homme très occupé décide, à 16 jours de l’élection présidentielle russe et alors qu’il est déjà sous très forte pression occidentale sur l’affaire de la Goutha (Syrie), d’éliminer un ex-espion qu’il a lui-même libéré en 2010 et qui ne représente plus aucune menace pour la Russie depuis bien longtemps ? Surtout en connaissant à l’avance l’hystérie politico-médiatique occidentale qui s’exercerait à l’encontre de son pays….. et pourquoi choisir ce moment ?

Ma réponse est non: cette hypothèse n’a pas une once de crédibilité et décrédibilise même complètement ceux qui la privilégient et qui nous prennent pour des imbéciles. (Politiques et médias)

Est-il envisageable qu’un service officiel russe ait échappé au contrôle de Poutine pour régler le compte de cet ex-agent sans en référer à Poutine, à ce moment précis, juste avant la présidentielle russe et de manière aussi voyante ?

Ma réponse est non : Le chef de service aurait été suicidaire compte tenu des conséquences politico-médiatiques prévisibles …..
Est-il seulement envisageable que de «méchants hommes de main russes du FSB» aient laissé leur «proie» agoniser sur un banc, près d’un centre commercial en pleine ville de Salisbury au vu et au su des passants ?

Ma réponse est une nouvelle fois non: s’ils avaient voulu éliminer Skripal, les services spéciaux russes l’auraient fait proprement, au moment opportun et l’on n’aurait jamais retrouvé le corps. Alors que Skripal était libéré depuis 8 ans, ils n’auraient pas choisi de le faire à 16 jours de l’élection présidentielle russe de 2018.

La piste russe ne tient pas la route: pas de mobile, mauvais choix de date, très mauvaise exécution du «travail»… sous estimation trop flagrante de l’intelligence de Poutine.

En revanche, il n’est pas exclu que ce meurtre ait été commandité auprès d’une mafia quelconque comme il en existe beaucoup dans tous les pays européens. L’habileté suprême du commanditaire aurait alors été de choisir une mafia ukrainienne ou russe évidemment….. (Celles ci sévissent dans tous les pays occidentaux).

• Tentative de manipulation
Si la piste russe officielle est éliminée, et compte tenu de l’hystérie russophobe politico-médiatique qui a suivi, il faut en conclure que nous avons fait l’objet d’une tentative de manipulation visant à susciter une réaction de l’opinion publique russophobe, visant aussi à accroître le niveau de tension entre l’Union Européenne et la Russie et visant, peut être même, à préparer l’opinion à des sanctions plus sérieuses pouvant progressivement dégénérer vers un affrontement armé.


* * *

Quel commanditaire étatique pourrait, aujourd’hui, avoir des raisons d’en vouloir à la Russie et la capacité d’agir tant sur le terrain, que sur les sphères politiques et médiatiques britanniques pour obtenir les résultats que nous observons aujourd’hui ?Trois états au monde pourraient remplir ces conditions.

• Le premier est incontestablement Israël :
Sur le théâtre syrien, la solide alliance qui lie actuellement la Russie à la Syrie de Bachar El Assad, à l’Iran et au Hezbollah est de plus en plus mal perçue en Israël. Il suffit de lire la presse israélienne pour s’en convaincre. C’est en raison de cette alliance dont la Russie est le maillon fort que le plan israélo-US de démembrement de la Syrie, prélude au remodelage du Moyen-Orient n’a pas encore pu aboutir après 7 ans de guerre.

Les multiples visites de Netanyahu à Poutine pour le convaincre de lâcher l’Iran et la Syrie n’ont jamais réussi à faire fléchir ce dernier. Il conviendrait donc d’agir et d’accroître la pression sur lui pour le contraindre à lâcher du lest.

Israël dispose, par le biais d’une diaspora riche et puissante et de nombreux sayanims, d’une influence considérable et d’une capacité d’action dans le monde entier mais plus particulièrement aux États-Unis, au Royaume Uni et en France, pays dans lesquels il contrôle les médias les plus influents, la politique étrangère et même, à un certain degré, les chefs d’état. Israël a facilité l’élection de certains chefs d’état par le biais de financement de campagnes électorales par la diaspora et/ou par l’appui des médias que celle-ci contrôle. Son service de renseignement, le Mossad, ne recule devant rien d’autant qu’il se sait aujourd’hui soutenu dans le pays où il opère, tant au niveau politique que médiatique.

Si l’on considère l’ampleur du contentieux qui oppose aujourd’hui la Russie à Israël, pays tourné vers l’action et disposant d’une grande capacité d’exécuter ou de commanditer tout type d’opération secrète sur tout territoire, on ne peut pas exclure une piste israélienne.

• Les Etats Unis ont, eux aussi, d’excellentes raisons d’en vouloir à la Russie et les capacités d’agir.
Il est clair que la Russie de Poutine porte de plus en plus ombrage à la domination US sans partage du monde, souhaitée par les néoconservateurs qui ont manifestement repris la main sur la politique étrangère US. Sur la plupart des points chauds du globe, la diplomatie russe très active et brillante de Lavrov met en difficulté, voire l’emporte sur la diplomatie US d’autant qu’elle est soutenue par des forces armées de plus en plus actives et efficaces. La réussite des blocs BRICS-OCS sous la houlette de la Chine et de la Russie devient si inquiétante que ces deux pays ont été placés en tête de liste des menaces dans la dernière «Stratégie de Défense US 2018».

Par ailleurs, l’alliance entre la Russie et l’Iran et les bonnes relations entre la Russie et la Turquie font perdre progressivement aux USA le contrôle du Moyen Orient, ce qui met en péril la défense du 51e  état de l’union: Israël. Il n’est plus un secret pour personne que la politique étrangère US et la CIA sont aujourd’hui sous contrôle quasi exclusif de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) ou de ses affidés.

Les Etats-Unis veulent aussi, et peut être surtout, éviter, voire interdire, tout rapprochement entre son principal vassal, l’UE, et la Russie. Ils veulent, en particulier, interdire, avant qu’il ne soit trop tard, la réalisation du gazoduc north stream 2 qui faciliterait l’acheminement d’un gaz russe moins cher pour l’UE mais qui nuirait à leurs propres intérêts gaziers.

Bref, mettre un maximum de pression sur une Russie trop forte et, selon les néoconservateurs US, menaçante, est dans l’intérêt immédiat des États-Unis. Créer une crise majeure entre l’UE et la Russie est aussi d’un intérêt majeur pour les USA. Un «montage» anti-russe avec la complicité active du Royaume-Uni (politiques et médias) est un jeu d’enfant d’autant que ces deux larrons ont quelques précédents à leur actif….. (armes de destruction massives en Irak). S’ils étaient malins, ils auraient pu rajouter au scénario de l’enquête criminelle, quelques enregistrements de conversations téléphoniques, en langue russe, entre les assassins présumés. Leurs accusations anti-russes en auraient été renforcées…

Les États-Unis peuvent donc incontestablement être mis sur la liste des suspects.

• La «perfide»Albion, surnom fort bien porté par le Royaume-Uni, compte tenu du nombre de coups tordus qu’elle a pu monter dans l’histoire, ne manque pas, elle aussi, de mobiles pour avoir conçu et exécuté un tel montage sur son territoire.

Les services de Theresa May pourraient avoir agi comme poisson pilote des USA ou plus directement d’Israël. L’ambassade de l’état hébreu à Londres a, en effet, des connections et une influence extrêmement fortes sur la politique et les médias britanniques. Il faut rappeler que le Royaume Uni dispose de la 3e communauté la plus importante de la diaspora après les USA et la France. Allié fidèle des États-Unis, le Royaume-Uni n’a jamais su leur refuser un service.

Par ailleurs, Theresa May plutôt mal élue, sait fort bien qu’instiller la peur de la Russie est traditionnellement favorable aux conservateurs. Elle a aujourd’hui grand besoin d’un rassemblement de son opinion publique face à «un ennemi commun» fût-il imaginaire. Cette affaire Skripal vient à point nommé pour renforcer la cohésion nationale.

La piste «Royaume Uni» agissant pour son compte où pour le compte d’un état tiers n’est donc pas totalement à exclure.


* * *

Quelles conséquences faut-il attendre de cette farce politico-médiatique ?

Pour la Russie, il est probable que le score de Poutine à l’élection présidentielle soit meilleur qu’il ne l’aurait été sans cette affaire. Quand un pays se sent menacé, les électeurs se rassemblent autour d’un homme fort et expérimenté, et Poutine est incontestablement cet homme pour les Russes.

Bien sûr, de nouvelles sanctions seront peut être prononcées, creusant un peu plus le fossé qui nous sépare de la Russie, à la grande satisfaction des USA. La russophobie chronique d’une partie de notre « élite » politique néoconservatrice va pouvoir, avec l’aide des médias mainstream, se répandre un peu plus dans la partie non négligeable de l’opinion publique qui ne cherche pas à approfondir et que l’on gave, à longueur de journée, avec des reportages et informations bidons.

La Russie, déjà sous sanction, s’organisera toujours un peu plus, à l’écart de l’Union Européenne avec les pays, toujours plus nombreux, qui lui font confiance.

L’Union Européenne se tirera, une fois de plus, une balle dans le pied, en perdant tout ou partie de ses positions dans un pays aux grandes potentialités, à la plus grande satisfaction de nos amis américains qui continueront, sans vergogne, à nous imposer l’extraterritorialité de leur législation.

En conclusion, je me garderai bien de désigner le coupable que nul ne connaîtra jamais.

Je me contente très simplement de constater que la piste d’une Russie commanditaire d’une tentative de meurtre aussi mal exécutée et à un moment aussi mal choisi n’est pas crédible et qu’une bonne partie de l’opinion publique européenne le sait déjà.
Si le ridicule tuait, nous aurions perdu Madame May, monsieur Boris Johnson et surtout monsieur Williamson, le ministre UK de la défense qui, lui, malgré ou à cause de sa jeunesse, a toutes les qualités d’un «fou-furieux». Il reste à espérer que les autorités françaises ne les suivront pas trop longtemps et avec trop d’entrain sur la voie des «fake accusations».

Je constate aussi que de bonnes raisons existent, pour certains Etats, d’avoir réalisé un tel montage, d’autant qu’ils n’en seraient pas à leur coup d’essai (USA, Royaume Uni)…

Quelques commentateurs de ce texte crieront bien sûr à la «théorie du complot», mais ayant vécu, de l’intérieur du «système», des mensonges d’état relayés par des médias bien subventionnés, je reste tout à fait serein face à ce genre d’attaques dont je connais parfaitement les auteurs.

A chacun, bien sûr, de se faire sa propre opinion sur l’affaire Skripal. La mienne est faite.


Général Dominique DELAWARDE

Diffusé par le site de l’ASAF : www.asafrance.fr

Les Etats-Unis renforcent la présence des forces d’opérations spéciales à la frontière de la Russie

par Peter Korzun

3 novembre 2017

Horizons et débats (Zeit-Fragen) 27 novembre 2017

Source: http://www.strategic-culture.org/news/2017/11/03/us-boosts-special-operations-forces-presence-at-russia-border.html  (Traduction Horizons et débats)

Le déploiement en Europe des forces d’opérations spéciales américaines n’est jamais à l’ordre du jour dans les médias, mais sur le terrain, il s’accélère. Il ne peut avoir d’autre but que l’acquisition d’une capacité à lancer des attaques en profondeur sur le territoire russe.
L’administration Trump compte beaucoup sur ses Special Operation Forces (SOF). Elles sont déployées dans 137 pays c’est à dire près de trois pays sur quatre dans le monde. Au moins 8000 membres des SOF opèrent dans environ 80 pays à un moment donné. Les chiffres ont grimpé de quelques milliers dans les années 1980 à 70 000 à l’heure actuelle. En 2016, les Etats-Unis ont déployé ces forces spéciales à Taïwan, en Mongolie, au Kazakhstan, au Tadjikistan, en Afghanistan, au Népal, en Inde, au Laos, aux Philippines, en Corée du Sud et au Japon. En 2006, 3% de ces forces déployées à l’étranger se trouvaient en Europe. En 2016, ce nombre a dépassé 12%.
Beaucoup de choses ont été dites récemment sur les opérations des SOF en Afrique. Elles vont se développer et s’intensifier. Officiellement, elles participent à des missions de formation et d’assistance pour contrer les menaces terroristes. Mais on peut difficilement imaginer la nécessité de déployer des forces spéciales venant d’outre-mer pour combattre le terrorisme dans le Vieux Continent.
Les Etats-Unis ont augmenté la présence de SOF en Europe d’un facteur quatre l’année dernière. Elles sont principalement déployées près des frontières de la Russie, y compris dans les pays tels que les Etats baltes, la Roumanie, la Pologne, l’Ukraine et la Géorgie. En 2017, les SOF ont été déployées dans plus de 20 pays européens.
En mars, des SOF [les bérets verts de l’armée: Army Green Berets] se sont entraînés avec des troupes locales en Laponie (Finlande), à l’occasion de l’exercice Northern Griffin 2017. En mai, les Navy SEAL faisaient partie de l’exercice Flaming Sword 17 en Lituanie. En juin, des membres du 10e groupe de forces spéciales américaines se sont entraînés près de Lubliniec, en Pologne. En juillet, des forces spéciales navales ont pris part à l’exercice militaire annuel Sea Breeze en Ukraine. En août, des forces de combat du 321e Special Tactics Squadron [Escadron tactiques spéciales] ont contrôlé l’autoroute à deux voies, désamorcé l’espace aérien et exercé le commandement et le contrôle au sol et dans les airs pour l’atterrissage des avions d’attaques au sol A-10 du 104e escadron de chasse de la Maryland Air National Guard et ceci sur l’autoroute Jägala–Käravete, en Estonie. En août également, les SOF ont participé à l’exercice Noble Partner en Géorgie.
Le Major Michael Weisman, porte-parole du Commandement des opérations spéciales des Etats-Unis en Europe, précise: «Mis à part la Russie et la Biélorussie, nous nous entraînons avec pratiquement tous les pays d’Europe, bilatéralement ou par le biais de divers événements multinationaux.»
En avril et en mai 2017, des membres des Forces spéciales de la Marine du Commandement des opérations spéciales des Etats-Unis et des forces spéciales de l’OTAN venant d’Albanie, de Bulgarie et de Lituanie ont pris part à l’exercice Saber Junction 17 ayant eu lieu au Joint Multinational Readiness Center en Allemagne. L’Ukraine et la Géorgie étaient parmi les pays participants. En plus de l’intégration des SOF américaines, une force de résistance simulée a participé à l’exercice avec la participation de la Force nationale de défense volontaire lituanienne.
Des commandos américains se sont déployés discrètement dans les Etats baltes. Des dizaines de membres des forces d’opérations spéciales des Etats-Unis y stationnent «en permanence» pour former des opérateurs spéciaux.
Cette année, un groupe des forces spéciales de la Garde nationale américaine basé à Birmingham, en Alabama, a été chargé d’apprendre la langue russe, y compris la terminologie militaire, ainsi que l’histoire, la culture et les traditions dans ce qui semble être une phase préliminaire d’une éventuelle opération en outre-mer. C’est le début d’un programme quinquennal de préparation des SOF de la Garde nationale. Les cours de langue devraient durer de trois à six semaines. Ils comprennent la terminologie militaire et l’utilisation pratique des termes de commandement. En outre, les instructeurs sont censés présenter la culture régionale avec les dates d’événements importants et les données concernant des personnalités.
Les SOF sont déployées à proximité des frontières de la Russie sous le prétexte de défendre nos alliés effrayés par une éventuelle «agression russe». Si tel était le cas, ils demanderaient des forces à usage plus général, comme des unités de l’armée, équipées de systèmes d’armes défensives pour protéger leurs frontières. Ils n’auraient pas besoin des SOF, qui représentent des unités de frappe offensives comme les US Marines en Norvège. Des instructeurs spécialisés dans les opérations défensives, et non des forces d’opérations spéciales sont nécessaires pour repousser les attaques de l’adversaire. Ce que les SOF et les Marines peuvent enseigner, c’est l’art des premières frappes. Ce déploiement en Europe n’est jamais médiatisé mais il augmente rapidement. Il ne peut y avoir d’autre but que l’acquisition de la capacité de lancer des opérations en profondeur sur le territoire russe.

Amis et Ennemis de la Détente

par Stephen F. Cohen
Le 1er Février 2017,
Source de la traduction : Le Saker francophone
Sources d’origine : The Nation  via John Batchelor Show

Dans leur conversation téléphonique du 28 janvier, Trump et Poutine ont signifié qu’ils étaient en quête d’une nouvelle détente. La riposte des ennemis de la détente n’a pas tardé à venir.

Entamée il y a maintenant quatre ans, la discussion hebdomadaire sur la nouvelle Guerre froide USA-Russie se poursuit entre Stephen F. Cohen (professeur honoraire Université de New York et de Princeton) et l’animateur de radio John Batchelor.
Voici le résumé du dernier débat paru le 1er février dans le périodique new-yorkais The Nation (pour télécharger la discussion qui dure 40 minutes, cliquer sur http://www.thenation.com/authors/stephen-f-cohen).

En introduction, Cohen revient sur son constat, basé sur la réalité historique : les tentatives de détente engagées au XXe siècle sous les présidents Eisenhower, Nixon et Reagan se sont heurtées à une opposition féroce et ont même donné lieu à des tentatives de sabotage. Tant à Washington qu’à Moscou ou ailleurs encore, les adversaires de relations fondées sur la coopération ont livré un combat acharné.

Stephen Cohen est professeur honoraire en études, histoire et politique russes de l’Université de New York et de celle de Princeton. Auteur de différents ouvrages sur l’histoire de l’Union soviétique, il a conseillé Mikhaïl Gorbatchev et George H. W. Bush dans les années 1990. Il collabore à l’hebdomadaire The Nation, qui paraît à New York. Son dernier ouvrage, intitulé Du Stalinisme à la Nouvelle Guerre Froide (Columbia University Press), est paru aux Presses de l’Université de Columbia.

John Batchelor est animateur radio et diffuse sur plus d’une vingtaine de stations américaines. Dans son « show », il débat avec différentes personnalités de questions d’actualité, de politique, d’histoire et de science.

En ce qui concerne les récents événements, Cohen soulève les points suivants.

La conversation téléphonique du 28 janvier entre Trump et Poutine, qui a duré presque une heure, témoigne à différents égards de l’effort sérieux qui a été entrepris dans les deux capitales pour mettre un frein à la Nouvelle Guerre froide. Malgré les attaques des médias politiques [américains] les plus en vue, qui le traitent de « marionnette du Kremlin », Trump a montré sa détermination à poursuivre avec Moscou une relation fondée sur la coopération. Selon les résumés officiels de la conversation, cette conversation a été « chaleureuse » et s’est déroulée sur pied d’égalité entre les deux dirigeants, sans tomber dans l’habituel prêchi-prêcha de l’administration Obama. (On rétablit ainsi le principe primordial d’une parité qui a été déterminant dans les politiques de détente du XXe siècle).

La conversation téléphonique a aussi envoyé un signal aux bureaucrates réfractaires qui tiennent les institutions de sécurité des deux pays, que le « boss » veut entamer une nouvelle politique. (Cohen ajoute que ceci fait suite à l’acceptation de plusieurs démissions officielles de cadres du Département d’État.) Et bien que les sanctions imposées à la Russie par les USA n’aient pas été évoquées directement, cela n’a pas beaucoup d’importance car ces sanctions ont surtout un caractère symbolique. (Les résumés officiels de la conversation évoquent, il est vrai, « le rétablissement des relations économiques » entre les deux pays.) Les sanctions économiques qui ont une réelle importance pour la Russie sont celles qui ont été mises en place par l’Union européenne, sous la pression de l’administration Obama. De son côté, l’administration Trump a fait savoir à l’Europe qu’elle ne s’opposerait pas à ce qu’il y soit mis fin. A la suite de ce téléphone, des sources à Washington et à Moscou ont laissé entendre qu’un sommet Trump–Poutine, comme il est de tradition en période de détente, faisait actuellement l’objet de discussions.

Du côté américain, la riposte est venue d’adversaires de la détente hauts placés et de milieux influents, qui ont surtout dénigré Trump et Poutine en les traitant de partenaires peu fiables en matière de sécurité nationale. Le Sénateur John McCain ainsi qu’un éditorial du New York Times (29 janvier) ont publié un portrait de Poutine au pouvoir qui ressemble plus à une parodie de show télévisé. Dans sa chronique du Times du 30 janvier, Paul Krugman a utilisé des mots sur le « régime Trump-Poutine » de Washington, dans la veine néo-maccarthyste à laquelle il nous a habitués depuis quelque temps. Le 27 janvier, Rachel Maddow a emboîté le pas sur MSNBC, en prédisant que Trump allait mettre fin à la démonstration de force sur la frontière occidentale de la
Russie, alors que celle-ci a tout d’une provocation et que, de froide, la guerre risque fort de devenir chaude.

Dans l’intervalle, les petits États d’Europe de l’Est continuent de crier au loup et de dénoncer une « invasion » russe imminente, alors que de son côté le régime de Kiev appuyé par les USA semble être monté d’un cran dans l’escalade de la guerre contre les rebelles du Donbass, dans l’espoir qu’un incident lui permettrait de regagner l’appui faiblissant de Washington et de mettre fin à toute forme de détente.

Poutine se heurte aussi à ses propres limites politiques à Moscou. A la tête d’un État aux multiples ethnies et religions, qui compte plus de 20 millions de citoyens musulmans, il ne peut pas être associé à certains aspects de la politique d’immigration de Trump dirigée contre les musulmans. Il ne peut pas non plus accepter de mettre en jeu ses relations très étroites avec la Chine et l’Iran, contre lesquels Trump semble vouloir adopter une politique d’hostilité. (La « carte chinoise » jouée par Henry Kissinger, l’ancien conseiller de Nixon, qui serait aussi le conseiller de Trump, n’est plus jouable). Quant à la proposition de Trump qui vise à provoquer le mouvement de détente en luttant contre le terrorisme en Syrie et en réduisant les armes nucléaires, le premier objectif peut sans doute être atteint, mais pas le second. En effet, pour Moscou, la question des armes nucléaires est inextricablement liée aux systèmes de défense anti-missiles qui sont installés tout autour de la Russie. Trump devrait donc commencer par revoir cette politique héritée d’Obama.

Finalement, comme le relève Cohen, l’approche que Reagan avait de la détente, et qui devrait intéresser Trump, a aussi ses limites. Ni Reagan, ni Gorbatchev à son arrivée au pouvoir, n’ont été autant l’objet d’attaques personnelles de la part de l’«establishment» politique de l’autre camp. Vu la diabolisation dont Poutine est l’objet à Washington, Trump aura beaucoup plus de peine à trouver un appui aux États-Unis en faveur d’une politique de détente. En même temps, le dénigrement auquel l’establishment américain voue son président risque d’amener les décideurs politiques à Moscou à se demander si Trump peut devenir effectivement un partenaire de la détente pour la Russie. Cohen termine en mettant l’accent sur la perspective à long terme : la détente est aujourd’hui impérative pour la sécurité nationale des États-Unis ; Poutine est un partenaire ouvert et prêt à entrer en matière, mais la lutte pour la détente sera cette fois-ci beaucoup plus difficile à mettre en œuvre que cela n’a été le cas jusqu’à maintenant.

Stephen F. Cohen
Traduit par Jean-Marc, vérifié par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone