Génocide au Yémen sous l’égide des États-Unis

par Jeremy Salt

21 octobre 2018

Source : http://lesakerfrancophone.fr/genocide-au-yemen-sous-legide-des-etats-unis

Traduction : Dominique Muselet

 

 

 

« Seul Dieu peut sauver nos enfants », disent les pères et les mères yéménites obligés de regarder leurs enfants mourir, sans rien pouvoir faire d’autre que de les réconforter dans leurs derniers instants et prier Dieu de les épargner. Les pères et les mères prient et consolent pendant que, l’un après l’autre, leurs enfants meurent du choléra, de déshydratation et de faim.

Où est Dieu ? Il ne peut pas traverser le blocus total imposé par les États-Unis au Yémen pour sauver ses enfants. Une épidémie de choléra n’est pas une catastrophe naturelle, c’est une œuvre humaine. Depuis 2015, l’épidémie de choléra est la conséquence de la guerre biologique contre le Yémen. Les bombes américaines larguées par des pilotes saoudiens ont détruit les systèmes d’eau et d’égouts du Yémen. Les pièces détachées, les produits chimiques et le carburant nécessaires au fonctionnement des stations d’épuration des eaux usées du Yémen sont interdits d’entrée. L’eau potable, le vaccin contre le choléra et même les comprimés individuels de purification de l’eau ne peuvent pas non plus entrer. L’épidémie de choléra qui en a résulté était prévisible.

Les eaux usées des usines de traitement hors d’usage débordent dans les cours d’eau qui irriguent les terres agricoles, contaminant ainsi les légumes avant leur mise sur le marché. Les eaux usées se déversent dans les villes, les zones résidentielles et les camps de réfugiés. Les mouches pullulent au-dessus des eaux usées et répandent le choléra partout. Le Comité international de la Croix-Rouge, le Croissant-Rouge et Médecins sans frontières, les hôpitaux, les cliniques, les organisations de secours et les défenseurs des droits humains ont été ciblés par des bombardements.

Les Nations-Unies, contrôlées par les États-Unis, donnent un semblant de légalité au blocus et à l’embargo sur les armes qui cible unilatéralement le Yémen. Cela ne sert à rien de se demander pourquoi l’ONU n’a pas aussi interdit la livraison d’armes à l’Arabie saoudite. On connaît la réponse.

L’ONU se désole de la crise humanitaire et de la pire épidémie de choléra de l’histoire de l’humanité. Mais l’ONU ne fait rien pour arrêter le génocide saoudien conduit par les États-Unis ni la destruction du Yémen, et elle publie des chiffres sciemment faux et sous-évalués sur le nombre de morts civiles.

L’ancienne ambassadrice des États-Unis auprès des Nations-Unies, Nikki Haley, s’est mise en colère lorsque l’ONU a osé critiquer timidement les États-Unis, pour avoir déplacé leur ambassade à Jérusalem. Elle a parlé du « manque de respect » de l’ONU à l’égard des États-Unis et a menacé de représailles financières l’ONU et les pays dont les votes n’étaient pas conformes aux souhaits des États-Unis. L’ONU n’est pas un médiateur honnête, car elle est dominée pas les États-Unis et elle a peur de les contrarier.

Le président Donald Trump a réduit le financement des agences humanitaires de l’ONU, il n’a pas essayé d’empêcher Israël d’assassiner des milliers de Palestiniens non armés, il a sorti les États-Unis du Conseil des droits de l’homme de l’ONU et il se moque de la Cour internationale de justice des Nations-Unies. Le conseiller de Trump pour la sécurité nationale, John Bolton, a déclaré que les États-Unis prévoyaient de se retirer d’un plus grand nombre de traités qui constituent le fondement du droit international.

En d’autres termes, Bolton confirme que les États-Unis sont un État voyou ; ils ridiculisent les Nations-Unies. Dès le début de la guerre contre le terrorisme de l’ère Bush, les États-Unis ont fait preuve du plus grand mépris pour les Conventions de Genève. Obama a également violé le droit international coutumier en toute impunité. Obama a assassiné des citoyens américains, bombardé au drone des mariages et des funérailles en Afghanistan, et détruit la Libye. Il a envahi la Syrie dans une guerre d’agression illégale. Obama était un expert en tueries. Il paraît qu’il s’en est même vanté.

Causer délibérément une épidémie de choléra, revient à mener une guerre biologique. Le Yémen n’est pas le premier pays contre lequel les États-Unis utilisent des armes biologiques et chimiques. Pendant la guerre de Corée des années 1950, les États-Unis ont été accusés de manière convaincante de guerre biologique. Pendant la guerre du Vietnam, les États-Unis ont pulvérisé des millions de litres d’agent Orange, qui ont empoisonné le sol, les rivières et les gens. L’agent Orange, 50 ans plus tard, « provoque encore des fausses couches, des maladies de peau, des cancers et des malformations congénitales ».

Les États-Unis ont contaminé la Bosnie, l’Afghanistan et le Moyen-Orient avec de l’uranium dit appauvri. L’uranium appauvri peut causer le cancer, des malformations congénitales et probablement beaucoup d’autres problèmes de santé. Les États-Unis le savent. Les vétérans américains de la guerre en Irak ont reçu un avertissement sanitaire.

En 1995, Madeleine Albright est interviewée par Lesley Stahl dans l’émission 60 Minutes. Cette interview devrait avoir la place d’honneur au musée de l’Infamie pour l’éternité. Stahl a demandé à Albright si la mort de plus de 500 000 enfants irakiens causée par les sanctions américaines « valait la peine ». La réponse d’Albright a été : « Je pense que c’est un choix très difficile, mais le résultat… nous pensons que le résultat en valait la peine. » (Albright ne nous a pas dit qui était ce « nous ».) On sait maintenant que « nous » avons délibérément utilisé la guerre biologique pour tuer ces 500 000 enfants irakiens.

Combien d’autres enfants, Albright, l’administration Bill Clinton et « nous » avons-nous tué dans le monde parce que « nous » pensions que cela en « valait la peine » ? Des centaines de milliers, selon une étude du document partiellement déclassifié de la Defense Intelligence Agency IRAQ WATER TREATMMENT VULNERABILITIES [souligné dans l’original]. Le document partiellement déclassifié a été découvert en 1998 sur un site Web officiel du Système de santé militaire. En 2001, l’Association pour les élèves victimes de génocide a publié l’étude susmentionnée : Le rôle des « vulnérabilités du traitement de l’eau en Irak » dans l’arrêt d’un génocide et la prévention d’autres génocides.

Pendant la première guerre du Golfe de 1991, les États-Unis ont délibérément pris pour cible toutes les usines de purification de l’eau et tous les travaux d’assainissement en Irak, ce qui constitue en soi un crime de guerre. Le document Iraq Water Treatment Vulnerabilities (Vulnérabilités du traitement de l’eau en Irak) produit par le ministère américain de la Défense et mis en œuvre en 1991, a continué d’être appliqué sous le Président Bill Clinton. Même après qu’Albright a admis à l’émission 60 Minutes que le régime de sanctions américain avait tué 500 000 enfants irakiens, « nous » avons continué l’embargo draconien sur le matériel de purification de l’eau.

Le ministère de la Défense et le « nous » de Madeleine Albright savaient que sans eau potable, les maladies véhiculées par l’eau, comme le choléra, affecteraient et tueraient des centaines de milliers d’Irakiens. Priver une population entière des produits de premières nécessités est un génocide, et c’est une violation des Conventions de Genève. Détruire l’approvisionnement en eau potable pour causer sciemment des épidémies comme le choléra, c’est une guerre biologique.

Les sanctions économiques et les embargos commerciaux sont une guerre de siège barbare contre des populations civiles. Il n’y a aucun moyen de les blanchir grâce à des éléments de langage comme cibles chirurgicales ou intervention humanitaire. Accordez maintenant une pensée aux millions d’habitants de Cuba, d’Iran, du Venezuela, de la Syrie, de la Birmanie et de la Côte d’Ivoire qui subissent aujourd’hui un embargo américain.

Le document Iraq Water Treatment Vulnerabilities révèle l’intention diabolique qui peut présider aux sanctions, même quand elles sont autorisées par l’ONU. C’est pour ces raisons, entre autres, que le Comité international de la Croix-Rouge a souvent exprimé ses inquiétudes sur l’usage de ces sanctions, même quand l’ONU les autorisait. L’ONU n’a pas plus le droit qu’un autre de violer les Conventions de Genève, et l’ONU outrepasse son autorité lorsqu’elle le fait.

Les États-Unis ont également outrepassé l’autorisation de l’ONU en imposant un blocus total au Yémen. Comme on pouvait s’y attendre, des enfants meurent du choléra au Yémen, tout comme en Irak. Des dizaines de milliers de civils sont morts de faim, de maladie et de manque de médicaments. Et vingt millions d’êtres humains meurent en ce moment de faim dans une famine provoquée par les États-Unis et leur mandataire, la coalition dite saoudienne.

Depuis trois ans, à commencer par l’administration Obama, les États-Unis livrent à l’Arabie saoudite les bombes, les munitions, le carburant. Pire encore, l’armée américaine est au centre du commandement et du contrôle de la guerre au Yémen. D’autres pays qui profitent de la guerre, comme le Royaume-Uni, les pays de l’UE et le Canada, ont aussi les mains couvertes du sang et des excréments infectés par le choléra des enfants yéménites.

Les forces spéciales américaines, la Seal Team 6 et la CIA effectuent des raids nocturnes et des missions, comme celle qui a tué Nora, une fillette de 8 ans, qu’on voit ci-dessus. C’était une citoyenne américaine qui vivait avec ses grands-parents dans un village yéménite.

Nora était la fille d’Anwar al-Awlaki, qui fut le premier citoyen américain connu pour avoir été exécuté par les États-Unis hors de toute procédure régulière. Une semaine plus tard, son fils de 16 ans, Abdulrahman al-Awlaki, a été lui aussi assassiné par un drone américain. Barack Obama a commis ces meurtres en 2011.

C’est également Obama qui a planifié le raid au cours duquel Nora a été tuée sur ordre de Trump, le 29 janvier 2017. Lorsqu’on a demandé au secrétaire de presse d’Obama, Robert Gibb, pourquoi Abdurahman, 16 ans, avait été tué, il a répondu que son crime était qu’il « aurait dû avoir un père plus responsable ». C’était aussi le « crime » de Nora ?

La guerre contre le Yémen est une guerre sale tout comme celles d’Irak, de Libye et de Syrie. Il s’agit de la destruction d’un pays et du massacre de ses civils, qui constitue un véritable génocide même si ça n’est pas officiellement reconnu comme tel. Le Royaume d’Arabie saoudite et sa soi-disant coalition sont des mandataires américains qui paient les bombes et les larguent. Ce sont les États-Unis qui choisissent les cibles, depuis le centre de commandement et de contrôle.

Au sol au Yémen se bat une armée de terroristes salafistes parrainée par les États-Unis, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, les moudjahidines, al-Qaïda, les Frères musulmans et Blackwater (rebaptisés Academi), des mercenaires étasuniens, somaliens et sud-américains. Des terroristes soutenus par l’Arabie saoudite attaquent dans le nord, tandis que les Émirats arabes unis soutiennent des attaques terroristes dans le sud. Des terroristes soutenus par l’Arabie saoudite combattent des terroristes des Émirats arabes unis. L’Arabie saoudite impose un blocus au Qatar, suite à un différend sur le Yémen.

Le gouvernement de facto du Yémen est la direction du Mouvement Houthi, du nom de son fondateur charismatique Hussein Badreddin al-Houthi. Le Mouvement Houthi est soutenu par les unités militaires du Yémen, les forces de sécurité et une large base du peuple yéménite, dont de nombreux sunnites. Cela ne veut pas dire que les Yéménites sont tous pareils. Ils ne le sont pas, mais lorsque leur intérêt commun est en jeu, ils s’unissent, malgré leurs différences.

Certains groupes internes s’opposent au mouvement Houthi et collaborent avec les groupes terroristes saoudiens et émiratis, mais il ne s’agit pas d’une guerre sunnites contre chiites. La guerre n’est pas non plus une guerre par procuration entre l’Arabie saoudite et l’Iran, comme le monopole médiatique mainstream voudrait le faire croire au public américain.

Les chiites zaydites, qui représentent environ 42% de la population du Yémen, sont plus proches de l’islam sunnite qu’ils ne le sont de la branche chiite de l’islam iranien. Le mouvement Houthi, dirigé par Zaidi, « n’a pas appelé à la restauration de l’imamat au Yémen, et les griefs religieux n’ont pas été un facteur majeur dans la guerre », selon Al Jazeera. Au contraire, le Mouvement Houthi est surtout de nature économique, politique et régionale.

Il existe un mouvement séparatiste dans ce qui était autrefois le Yémen du Sud, qui était jusqu’en 1990 un pays communiste distinct : la République démocratique du Yémen. Avant l’unification, le Yémen du Nord est devenu la République arabe du Yémen. Dans la lutte pour le pouvoir qui a suivi l’unification, le Sud a perdu le pouvoir et le contrôle. Les Émirats arabes unis soutiennent un groupe séparatiste du sud, le Conseil de transition du sud, qui s’oppose également à Hadi et à l’Arabie saoudite. Comme nous l’avons dit, les terroristes soutenus par l’Arabie saoudite luttent contre les terroristes soutenus par les Émirats arabes unis.

Les États-Unis, l’Arabie saoudite et l’ONU tentent de faire passer Abdrabbuh Mansour Hadi pour le « gouvernement légitime internationalement reconnu du Yémen ». Hadi a été président d’un gouvernement intérimaire du Yémen de 2012 à 2014. Hadi s’est frauduleusement maintenu en place après la fin de son mandat en 2014.

Hadi a été destitué de force par le Mouvement Houthi et un large soulèvement de la base du peuple yéménite. Hadi a démissionné de son poste et s’est enfui en Arabie saoudite. Les États-Unis, l’Arabie saoudite et l’ONU utilisent Hadi comme figure de proue pour donner un semblant de légalité à la guerre d’agression illégale menée par les États-Unis contre le Yémen.

Il y a peu ou pas de preuves que l’Iran fournit au mouvement Houthi des armes, du matériel ou des combattants. Regardez la carte. Même s’il le voulait, comment l’Iran pourrait-il livrer massivement des armes avec le blocus total imposé par les États-Unis ? L’Iran a déjà beaucoup à faire avec le soutien (juridique) qu’il apporte à son allié syrien. L’Iran doit aussi gérer sa propre crise économique causée par les sanctions économiques illégales des États-Unis, réimposées par l’administration Trump.

Lorsque les États-Unis ont dû fournir des preuves tangibles de l’implication de l’Iran au Yémen, l’ancienne ambassadrice à l’ONU, Nikki Haley, n’a pu présenter que des morceaux de missile. L’ONU les a rejetés au motif qu’Haley n’apportait « aucune preuve quant à l’identité du courtier ou du fournisseur ». L’Iran a nié toute implication au Yémen et rejeté les affirmations des États-Unis comme non fondées, et il a ajouté :

Ces accusations visent également à couvrir les crimes de guerre saoudiens commis au Yémen avec la complicité des États-Unis, et à détourner l’attention de la guerre d’agression contre les Yéménites qui s’enlise.

Les Yéménites, quelle que soit leur religion, leur région ou leur tribu, sont farouchement nationalistes et ils ne sont à la solde de personne. Ils n’apprécient pas que des envahisseurs étrangers veulent les dominer. Le Yémen, comme l’Afghanistan, est un cimetière où les empires viennent mourir. Les Britanniques et les Égyptiens l’ont appris dans les années 1960 et maintenant les Saoudiens et les Émirats arabes unis l’apprennent à leurs dépens.

Les États-Unis ressemblent à un empire zombie. Confronté à l’humiliation et à la défaite, ils laminent leurs adversaires depuis le ciel, comme en Irak, Libye et Syrie. Les États-Unis n’ont aucune pitié pour la population civile. Les États-Unis détruisent les infrastructures civiles, bloquent la nourriture, l’eau et les médicaments. Ils larguent des bombes à fragmentation et du phosphore blanc sur les populations, et ils empoisonnent l’eau, le sol et l’air avec des armes biologiques, chimiques et radioactives.

Pas plus que l’Irak, la Libye, la Syrie et tant d’autres petits pays que les États-Unis ont qualifiés d’ennemis, le Yémen ne constitue une menace pour la sécurité nationale américaine. Pourquoi les États-Unis détruisent-ils tous ces petits pays et pourquoi les États-Unis détruisent-ils le Yémen ?

Dans les années 1990, après l’effondrement de l’URSS, les États-Unis ont entrepris de construire un empire pour dominer le monde, et ils n’en ont pas fait mystère. Le projet américain de domination du monde a pris différents noms, comme la Doctrine Wolfowitz, le Projet pour un nouveau siècle américain (PNAC), Full Spectrum Dominance, the Indispensable Nation, American Exceptionalism, New World Order et, plus subtilement, le rôle du leadership mondial américain.

Quel que soit le nom que l’on donne à la domination du monde par les États-Unis, c’est toujours la même chose. Les États-Unis se considèrent au-dessus du droit international, du comportement moral coutumier et estiment qu’ils sont les seuls à avoir le droit d’agir en fonction de ce qu’ils croient être leur intérêt politique, militaire et financier. Si les États-Unis étaient une personne, ils seraient diagnostiqués comme psychopathe, sans conscience, sans empathie et sans remord ; agressif, narcissique et tueur en série.

Le Yémen est souvent décrit par les médias grand public comme « le pays le plus pauvre du Moyen-Orient », comme s’il n’avait aucune richesse qu’on pourrait vouloir s’approprier. La population du Yémen est pauvre, mais le Yémen a du pétrole, des pipelines, de l’or, des minéraux, de l’agriculture, de la pêche, des entreprises publiques, des biens immobiliers enviables, de l’argent et un grand potentiel touristique du fait de sa géographie.

Les 30 millions d’habitants du Yémen sont à la fois une source potentielle de main-d’œuvre bon marché et un marché potentiel pour les produits des entreprises mondiales américaines. Le Yémen est stratégiquement situé près du détroit de Bab-el-Mandeb, par lequel passent 1,4 milliard de barils de pétrole chaque jour [Chiffre à revoir car la production journalière mondiale n’est que de ~100 millions de bpj, NdSF].  Pendant des millénaires, le Yémen a été un pôle commercial.

Les États-Unis convoitent la richesse du Yémen et sa position stratégique dans le cadre du nouvel ordre mondial néolibéral. La vision américaine du Nouvel Ordre Mondial est un monde dominé par les multinationales américaines, les institutions financières américaines et les riches dynasties familiales américaines.

La politique étrangère des États-Unis est façonnée par des intérêts particuliers, des monopoles et leurs comités d’action politique (PACS), comme les fabricants d’armes, les multinationales financières, pharmaceutiques et agroalimentaires. Des pays étrangers comme Israël et l’Arabie saoudite ont également des lobbies puissants qui peuvent manipuler la politique étrangère américaine à leur avantage. La politique étrangère américaine n’a pas grand-chose à voir avec les intérêts du citoyen américain moyen.

Le Yémen est le voisin méridional du Royaume d’Arabie saoudite, et les Saoudiens veulent un gouvernement corrompu, complaisant et docile au Yémen. Le Royaume a élargi sa frontière pour empiéter sur les frontières septentrionales du Yémen, berceau du mouvement Houthi. La dynastie saoudienne craint également l’influence d’un peuple yéménite indépendant sur le peuple opprimé par la dynastie saoudienne. Le Royaume est un baril de poudre, au moindre soulèvement populaire, il va exploser.

L’Arabie saoudite utilise l’islam wahhabite extrémiste comme subterfuge politique pour recruter des djihadistes et des terroristes et pour étendre son influence en Asie occidentale, en Afrique et au-delà. Le terrorisme international est une initiative conjointe des États-Unis, de l’Arabie saoudite et d’autres États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Tous les États du CCG : Arabie saoudite, EAU, Bahreïn, Oman et Koweït sont des monarchies théocratiques. Cela en dit long sur les valeurs américaines en matière de démocratie et de droits humains.

Les États-Unis convoitent depuis longtemps les richesses du Yémen. Au milieu des années 1980, la famille Bush et ses amis pétroliers texans de Hunt Oil ont investi dans le bassin pétrolifère de Marib Shabwa au Yémen. Bush a obtenu pour Hunt Oil les droits d’exploration future. L’ancien directeur de la CIA, puis vice-président Bush, s’est arrangé en douce pour que Saddam Hussein, le président de l’Irak, finance les investissements de Bush-Hunt au Yémen. Quelques années plus tard, Bush a « remboursé » le prêt de Saddam avec l’opération militaire Shock and Awe.

La guerre qui a débuté en 2015 a pour but de protéger les investissements américains dans les entreprises internationales, le néolibéralisme et le projet de nouvel ordre mondial. Le peuple yéménite a été un farouche opposant du néolibéralisme, et il aime son vieil ordre mondial. Ils se sont rebellés contre les 33 années de règne d’Ali Abdullah Saleh parce qu’il avait vendu le Yémen au néolibéralisme, puis le peuple s’est rebellé contre le gouvernement intérimaire de Hadi qui complotait de vendre au rabais leurs biens publics à l’empire néolibéral.

Les Étasuniens qui profitent du néolibéralisme n’ont pas apprécié que leur bienfaiteur Hadi ait été renversé par le mouvement Houthi. Et l’Arabie saoudite, qui essaie d’exploiter le Yémen depuis des décennies, n’a pas apprécié non plus. Les vautours des autres pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) encerclent le Yémen dans l’espoir de se repaître aussi de son cadavre.

Les États-Unis fournissent aux pays du CCG le dispositif Shock and Awe pour tuer la proie, et ils se moquent pas mal de tuer 22 millions de personnes dans le processus de pillage du Yémen. Ce sont les États-Unis qui fournissent les bombes. La coalition des pays du  Golfe dirigée par l’Arabie saoudite ne fait que les larguer

En résumé, il n’y a pas de guerre civile au Yémen. L’Iran est le bouc émissaire d’une guerre d’agression illégale menée par les États-Unis. L’Arabie saoudite et sa coalition d’États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont leur siège à Riyad, en Arabie saoudite. Les États membres du CCG sont l’Arabie saoudite, le Bahreïn, Oman et les Émirats arabes unis. Ce sont toutes des monarchies. Les États-Unis espèrent remporter les plus gros lots au Yémen, et l’Arabie saoudite, les EAU et le Qatar s’affrontent pour les miettes. La vie de 22 millions de Yéménites ne tient qu’à un fil, à cause du blocus américain de nourriture, d’eau et de médicaments. Les États-Unis sont responsables de la pire épidémie de choléra de l’histoire. C’est une guerre biologique et un génocide.

 

Va-t-on vers un changement de régime en Iran?

par Matin Baraki*

Source : Horizons et débats, Zurich,

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2018/n-23-15-octobre-2018/va-t-on-vers-un-changement-de-regime-en-iran.html

15 octobre 2018

 

 

Si les Etats-Unis entraient en guerre contre l’Iran, cela entraînerait le chaos et la destruction dans ce pays du Golfe stratégiquement important, mais également en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie. En outre, une guerre contre l’Iran non seulement déstabiliserait, mais très probablement aussi mettrait le feu à toute la région.

 

Stratégie impérialiste des USA pour l’Eurasie

La région de l’Iran est sans aucun doute l’un des plus importants foyers de tensions du XXIe siècle. La guerre froide menée par les Etats-Unis contre l’Iran trouve son explication première dans la signification géostratégique de ce pays. En ce lieu, ce qui est en jeu, avant tout, ce sont les matières premières, le pétrole et le gaz naturel. En outre, l’Iran donne accès à l’ensemble des pays de la région: l’Asie centrale, le Caucase, le Proche- et le Moyen-Orient et même la Russie.
Depuis la fin de l’Union soviétique, les Etats-Unis suivent avec beaucoup d’attention les développements dans le secteur des matières premières dans et autour de l’Iran, au Caucase et en Asie centrale. En 1997, Stuart Eizenstat, Secrétaire d’Etat à l’US State Department, a souligné devant le Congrès «le potentiel de la mer Caspienne est l’un des plus importants parmi les nouvelles régions productrices d’énergie du monde».1 Zbigniew Brzezinski, stratège mondial, a clairement formulé l’intérêt économique porté par les Etats Unis à cette zone: nous voulons avoir «librement accès à cette région jusqu’alors fermée à l’Occident»!2 Il a décrit cette région du monde comme «l’échiquier sur lequel à l’avenir se jouera aussi la lutte pour la prédominance mondiale».3 Sans scrupule, Brzezinski se réfère à Hitler et à son estimation selon laquelle «l’Eurasie est le centre du monde et par conséquent celui qui domine l’Eurasie, domine le monde».4 Selon son point de vue, «la domination de l’ensemble du continent eurasiatique est la condition de la prédominance mondiale»5 des Etats-Unis. Brzezinski en vient à la conclusion que le but premier de la politique extérieure américaine est «qu’aucun Etat ou aucun groupe d’Etats ne puisse réussir à chasser les Etats-Unis de l’Eurasie ni même à perturber de façon décisive leur rôle d’arbitre».6 Dès 1997, à l’appui de ce droit, toute la région de l’Asie centrale et du Sud-Caucase a été désignée par Madeleine Albright comme «zone d’intérêts géostratégiques des Etats-Unis».7 L’Iran a toujours fait partie de cette stratégie, développée sous la présidence du démocrate américain Bill Clinton et concrétisée par les néoconservateurs Cheney et Bush.
Ainsi, les attentats du 11 septembre 2001 sont devenus la raison d’abord de la guerre contre l’Afghanistan, bien que celle-ci ait déjà été planifiée 18 mois plus tôt sous la présidence de Bill Clinton. Fin septembre 2006, il a reconnu avoir d’abord planifié une guerre contre l’Afghanistan.8 Ce n’est qu’en juin 2001 que l’administration Bush avait informé de ses plans son allié régional, le Pakistan, comme l’a reconnu le ministre des Affaires étrangères pakistanais de l’époque, Naïz Naïk.9
La guerre contre l’Afghanistan a été l’entrée du cycle de conquêtes militaires des Etats-Unis dans une nouvelle dimension. Cette guerre, tout comme celle contre l’Irak, faisaient partie de la «Greater Middle East Initiative» [GME], la stratégie revendiquée des néoconservateurs aux USA. Si les Etats-Unis avaient remporté en Irak un succès – même deux fois moindre qu’au début en Afghanistan, ils auraient depuis longtemps attaqué l’Iran, la Syrie, le Yémen et d’autres pays de la région.

 

Différend nucléaire entre les USA et l’Iran

On a presque totalement oublié que les bases du programme nucléaire iranien ont été posées avec l’aide des Américains. En 1959, dans le cadre de l’Atoms for Peace-Program du président américain Dwight D. Eisenhower, un réacteur expérimental avait été offert à l’Université de Téhéran. En 1967, un autre réacteur expérimental (Réacteur à eau légère) de 5 mégawatts fut livré depuis les Etats-Unis et mis en service dans le Teheran Nuclear Research Center (TNRC). Henry Kissinger, ancien Secrétaire d’Etat américain, déclara en 1973, qu’il serait bon que l’Iran utilise l’énergie nucléaire, afin que les Etats-Unis puissent obtenir du pétrole bon marché de là-bas.
Le 1 juillet 1968, le gouvernement iranien signa le Traité de non-prolifération nucléaire qui entra en vigueur pour l’Iran le 5 mars 1970, après le dépôt de sa ratification par les Etats signataires.10 D’après le Traité, les Etats signataires ont le droit d’utiliser l’énergie nucléaire exclusivement à des fins civiles. L’Iran s’en est strictement tenu à ces règlementations. En 1975 Henry Kissinger, Secrétaire d’Etat américain a signé le National Security Decision Memorandum 292 sur la coopération irano-américaine dans le domaine de la technologie nucléaire. Ce texte prévoyait la vente de technique nucléaire des Etats-Unis à l’Iran pour un montant de plus de 6 milliards de dollars. Jusque dans les années 1970, plusieurs conventions ont été conclues à ce sujet entre les Etats-Unis et l’Iran. En 1976, on proposa à l’Iran d’acheter une usine d’extraction de plutonium des Etats-Unis et de la faire fonctionner. L’accord portait sur un cycle nucléaire complet. En octobre 1976, cette offre fut annulée par le président Gerald Ford. Les pourparlers avec les Etats-Unis ne pouvant aboutir, ce fut alors au tour d’entreprises d’Allemagne de l’Ouest, notamment Kraftwerk-Union AG, de conclure en 1974 un contrat pour la construction de la première centrale nucléaire iranienne près de la ville de Buschehr.11
Déjà du temps du président Bill Clinton, la Corée du Nord, l’Iran et l’Irak étaient considérées comme des «Etats-voyous». En janvier 2002, son successeur George W. Bush, les désigna sous le nom de «l’axe du mal» menaçant la «paix universelle».12 C’est après cette «classification», l’Iran débuta avec la recherche pour l’utilisation militaire de l’énergie nucléaire. Quand on demanda, lors d’une interview accordée au Spiegel, au Premier ministre indien de l’époque Atal Bihari Vajpayee pourquoi l’Inde avait construit la bombe atomique, il demanda au journaliste: «L’OTAN aurait-elle attaqué la Yougoslavie, si le pays avait eu la bombe atomique?»
De la guerre contre la Yougoslavie, l’Iran tira la conclusion que l’armement nucléaire de ses forces armées était nécessaire à sa propre protection.
Des experts partent du principe que, si les recherches pouvaient être poursuivies dans le calme, l’Iran aurait besoin d’au moins 13 ans pour mettre au point une bombe nucléaire.

 

Négociations internationales sur le nucléaire avec l’Iran

En juillet 2016, a été conclu à Vienne un important accord global mettant fin au contentieux nucléaire larvé qui traînait depuis 13 ans avec l’Iran. Federica Mogherini, chargée des relations extérieures de l’Union européenne, et Jawad Zarif, ministre iranien des Affaires étrangères, l’ont annoncé lors d’une conférence de presse au Centre des Nations Unies de Vienne. Il s’agissait là d’un signe d’espoir pour le monde entier, déclara Mogherini juste avant l’adoption de l’accord par les Etats participants. «Nous initions un nouveau chapitre de l’espoir», a souligné Zarif en parlant d’un moment historique. Pendant 13 ans les négociations avec l’Iran ont été dirigées par un groupe international de 6 participants, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne. L’accord devait poser des restrictions au programme atomique iranien de façon à ce que le pays ne puisse se procurer le matériel nécessaire à la construction des armes nucléaires, ni de façon dissimulée, ni rapidement. En retour les sanctions économiques dirigées contre l’Iran devaient être levées.13 Comme on le sait, c’est le contraire qui s’est produit. De la part des Etats-Unis, les sanctions ont même été renforcées, bien que l’Iran s’en soit tenu au strict respect de l’accord. Ceci fut confirmé par l’Agence internationale de l’énergie atomique (IAEA) «onze fois en tout, depuis la mi-2015, à la signature de l’accord nucléaire».14 L’IAEA a pu visiter les installations en tout temps et sans prévenir au préalable les autorités iraniennes. Les services secrets américains eux-mêmes ont plusieurs fois certifié que l’Iran se conformait à toutes les obligations.
Les sanctions touchent non seulement l’Iran et l’Europe, mais le monde entier. «Les Etats-Unis ont assuré par la violence la domination de l’injustice sur l’Europe [et le monde]. Car les sanctions sont évidemment illégales»15 parce que les entreprises internationales et européennes ne sont pas soumises à la jurisprudence américaine. Le ministre fédéral de l’Economie Peter Altmaier est donc «notoirement docile».16 Il aurait dû protéger les sociétés allemandes. A Bruxelles, les politiciens, bien que «d’habitude notoirement bavards» se taisent. «Ils se sont inclinés»,17 a commenté Hans-Ulrich Jörges, rédacteur en chef du Stern.

 

Changement de régime en Iran?

L’accord nucléaire international est une épine dans le pied des gouvernements israélien et saoudien. Si l’ancien président américain Barack Obama avait donné le feu vert, l’armée de l’air israélienne aurait depuis longtemps détruit les unités de recherche nucléaire de l’Iran. Mohammed ben Salman, prince héritier saoudien, jeune, inexpérimenté et agissant de manière très émotionnelle, a ouvertement appelé les Etats-Unis à trancher «la tête du serpent» c’est-à-dire l’Iran. Le président américain Donald Trump a donc trouvé, avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le prince héritier saoudien Salman, d’autres partisans d’un changement de régime. Avec John Bolton comme conseiller à la sécurité et Mike Pompeo comme ministre des Affaires étrangères, les partisans de la radicalité occupent des positions-clés à la Maison Blanche en faveur d’un changement de régime en Iran. L’hypothèse soutenue par l’administration Trump selon laquelle des sanctions économiques augmenteraient la pression sur la population iranienne dont il en résulterait un changement de régime venu de l’intérieur, est non seulement naïve, mais également dangereuse. Dans les années 1980, la guerre entreprise par Saddam Hussein avec le soutien des Etats-Unis contre l’Iran, avait stabilisé le régime des mollahs qui traversait alors une crise profonde. En cas d’intervention extérieure, les populations iraniennes s’uniraient. En outre, les Iraniens savent parfaitement que les guerres menées par les Etats-Unis amènent le chaos et la destruction dans le pays, comme cela a été le cas pour l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et la Syrie. En outre, une guerre contre l’Iran déstabiliserait non seulement toute la région, mais pourrait également l’enflammer.
En Syrie, la destruction prochaine et définitive des islamistes alliés des Etats-Unis, de l’Arabie saoudite et d’autres émirats arabes est la plus grande défaite de l’impérialisme américain depuis la guerre du Viêt-Nam. Cela, l’administration Trump ne l’a pas pardonné à l’Iran, qui, aux côtés la Russie comme acteur principal du conflit, l’Iran a également joué un rôle déterminant lors de la destruction des adversaires d’inspiration islamiste du gouvernement syrien.
Puisqu’à la Maison Blanche l’irrationalité prédomine, il se pourrait que le président américain Donald Trump fasse bombarder l’Iran pour gagner les prochaines élections du Congrès, comme le pense Josef Braml, spécialiste des Etats-Unis de la Deutschen Gesellschaft für Auswärtige Politik (DGPA).18

 

Une solution est possible, mais est-elle souhaitée?

Le gouvernement iranien et le guide spirituel de l’Iran, l’ayatollah Chatami, ont de nouveau soumis aux Etats-Unis et à Israël des propositions de paix, que ces deux parties refusent jusqu’à maintenant catégoriquement.
La communauté internationale doit contraindre les fauteurs-de-guerre à accepter les propositions de paix de l’Iran et à s’assoir à la table des négociations afin de résoudre les conflits.    •

 

* Matin Baraki est né en 1947 en Afghanistan, où il a travaillé comme professeur avant de venir en Allemagne. Il est aujourd’hui spécialiste de l’Afghanistan, expert en politique du développement et chargé de cours en politique internationale à l’Université Philipps de Marburg.

(Traduction Horizons et débats)

 

1    Eizenstat, Stuart. Discours devant le sous-comité pour la politique économique internationale, export et promotion économique du Foreign Relations Committee du Sénat, le 23/10/97, cité selon: Garnett, Sherman W. et al. Der Kaspische Raum vor den Herausforderungen der Globalisierung. [La zone de la Caspienne confrontée aux défis de la globalisation] Opladen 2001, p. 54
2    Brzezinski, Zbigniew. Die einzige Weltmacht. Weinheim 1997, p. 203 [Le grand échiquier. L’Amérique et le reste du monde. Bayard 1997]
3    idem, p. 16
4    idem, p. 16
5    idem, p. 64
6    idem, p. 283
7    Barth, Peter. Der Kaspische Raum zwischen Machtpolitik und Ölinteressen. [La zone de la Caspienne entre politique de force et intérêts pétroliers] Munich 1998, p. 5
8    cf. Leyendecker, Hans. «Ich habe es versucht»,
in: Süddeutsche Zeitung du 25/9/06, p. 2; Schmitt, Uwe. Bush veröffentlicht Teile des Geheimberichtes über Terror. In: Die Welt du 28/9/06, p. 7
9    cf. Hahn, Dorothea. Vergebliche Suche nach der «goldenen Brücke», in: TAZ, le 3-4/11/01. Après le 11-Septembre, l’adjoint de Colin Powell, Secrétaire d’Etat américain de l’époque, Richard Armitage a menacé le chef des services secrets pakistanais, de «renvoyer son pays à l’âge de pierre sous les bombardements», si le gouvernement d’Islamabad ne collaborait pas avec les Etats-Unis. Matthias Rüb, Karzai et Musharraf streiten weiter. In: Frankfurter Allgemeine Zeitung du 28/9/06, p. 9
10    cf. PT (Iran (Islamic Republic of)) un.org: Iran (Memento du 8 juillet 2012 – Archives du web – archive.is).
11    cf. Gholam Reza Afkhami. The life and times of the Shah. University of California Press, 2009, p. 354
12    Von «Schurkenstaaten» zur «Achse des Bösen»,
in: Stern, 30/1/02. www.stern.de/politik/ausland/george-w–bush-von–schurkenstaaten–zur–achse-des-boesen–3376168.html.
13    cf. Löwenstein, Stephan. «Ein Zeichen der Hoffnung für die ganze Welt», in: Frankfurter Allgemeine Zeitung du 14/7/16. www.faz.net/aktuell/politik/ausland/atomverhandlungen-im-iran-historisches-abkommen-13701607.html.
14    Lüders, Michael. «USA wollen den Iran wirtschaftlich in die Kapitulation zwingen», Deutschlandfunk, 1/8/18, (Interview)
15    Jörges, Hans-Ulrich. Die Unterwerfung, in: Stern, 23/8/18, p. 16
16    idem
17    idem
18     cf. Braml, Josef. Politikum, WDR5, 17/9/18 (Interview)

 

Mesures conservatoires de la CIJ concernant les sanctions américaines contre l’Iran

  1. hd. De nouvelles sanctions américaines sont en vigueur contre l’Iran depuis le mois d’août 2018. La Cour internationale de Justice (CIJ), la Cour suprême des Nations Unies, a statué le 3 octobre dans une décision provisoire que les sanctions étaient partiellement irrecevables et a demandé leur levée immédiate. Sous le titre:

«III. Le risque de préjudices irréparables et l’urgence»,

la Cour déclare que «[…] de son point de vue, les mesures adoptées par les Etats-Unis sont susceptibles de mettre en danger la sécurité de l’aviation civile iranienne et la vie des passagers […]. La Cour estime en outre que les restrictions aux importations et aux achats nécessaires à des fins humanitaires, tels que les denrées alimentaires et médicaments, y compris les médicaments vitaux, les traitements à long terme ou préventifs et les équipements médicaux, risquent de nuire gravement à la santé et à la vie de personnes se trouvant sur le territoire iranien.»

«IV. Dispositif»

«Au terme de son ordonnance,
1)    la Cour indique, à l’unanimité, que les Etats-Unis d’Amérique, conformément à leurs obligations au titre du Traité d’amitié, de commerce et de droits consulaires conclu en 1955, doivent, par les moyens de leur choix, supprimer toute entrave aux mesures annoncées le 8 mai 2018 mises à la libre exportation vers le territoire de la République islamique d’Iran
i)    de médicaments et de matériel médical;
ii)    de denrées alimentaires et de produits agricoles; et
iii)    des pièces détachées, des équipements et des services connexes (notamment le service après-vente, l’entretien, les réparations et les inspections) nécessaires à la sécurité de l’aviation civile;
2)    la Cour indique, à l’unanimité, que les Etats-Unis d’Amérique doivent veiller à ce que les permis et autorisations nécessaires soient accordés et à ce que les paiements et autres transferts de fonds ne soient soumis à aucune restriction dès lors qu’il s’agit de l’un des biens et services visés au point 1);
3)    la Cour indique, à l’unanimité, que les deux Parties doivent s’abstenir de tout acte risquant d’aggraver ou d’étendre le différend dont la Cour est saisie ou d’en rendre la solution plus difficile.»

Source: Communiqué de presse de la Cour internationale de justice du 3/10/18

 

Russia and China Are Apparently Both Under the Impression That War With the US Is Coming…

Michael Snyder

Oct 29, 2018

Source : https://russia-insider.com/en/russia-and-china-are-apparently-both-under-impression-war-us-coming/ri25215

 

We didn’t get to this point overnight but the vast majority of the US population is sadly utterly clueless about these things.

 

Could it be possible that the U.S. is heading for a major war?  If you ask most Americans that question, they will look at you like you are crazy.  For most people in this country, war with either Russia or China is not something to even be remotely concerned about.  But the Russians and the Chinese both see things very differently.  As you will see below, Russia and China both seem to be under the impression that war with the United States is coming, and they are both rapidly preparing for such a conflict.

Let’s start with Russia.  After repeatedly slapping them with sanctions, endlessly demonizing their leaders and blaming them for just about every problem that you can imagine, our relationship with Russia is about the worst that it has ever been.

 

And when the Trump administration announced that it was withdrawing from the Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty, that pushed things to a new low.  In the aftermath of that announcement, Russian official Andrei Belousov boldly declared that “Russia is preparing for war”

He said: “Here recently at the meeting, the United States said that Russia is preparing for war.

Yes, Russia is preparing for war, I have confirmed it.

“We are preparing to defend our homeland, our territorial integrity, our principles, our values, our people – we are preparing for such a war.”

Here in the United States, there is very little talk of a potential war with Russia in the mainstream media, but in Russia things are very different.  Russian news outlets are constantly addressing escalating tensions with the United States, and the Russian government has been adding fuel to that fire.  For example, the Russian government recently released a video of a mock nuclear strike against their “enemies”

Russian submarines have recently carried out a mock nuclear attack against their “enemies.” The Russian government has released footage of the atomic strike and it is sparking fears that the third world war is quickly approaching.

The Russian Ministry of Defense (MoD) has published shocking videos that show a range of nuclear missile drills including a submarine carrying out a mock atomic strike. These videos are the latest in a series of escalating war-games ordered by Russian President Vladimir Putin, according toThe Express UK.

I’ll give you just one guess as to who the primary enemy in that drill was.

And what Russian President Vladimir Putin recently told the press about a potential nuclear war was extremely chilling

If any nation decides to attack Russia with nuclear weapons, it may end life on Earth; but unlike the aggressors, the Russians are sure to go to heaven, President Vladimir Putin has said.

“Any aggressor should know that retribution will be inevitable and he will be destroyed. And since we will be the victims of his aggression, we will be going to heaven as martyrs. They will simply drop dead, won’t even have time to repent,” Putin said during a session of the Valdai Club in Sochi.

Under normal circumstances, Putin would never talk like that.

But these are not normal times.

Meanwhile, Chinese President Xi Jinping is ordering his military to focus on “preparations for fighting a war”

China’s President Xi Jinping ordered the military region responsible for monitoring the South China Sea and Taiwan to “assess the situation it is facing and boost its capabilities so it can handle any emergency” as tensions continue to mount over the future of the South China Sea and Taiwan, while diplomatic relations between Washington and Beijing hit rock bottom.

The Southern Theatre Command has had to bear a “heavy military responsibility” in recent years, state broadcaster CCTV quoted Xi as saying during an inspection tour made on Thursday as part of his visit to Guangdong province.

“It’s necessary to strengthen the mission … and concentrate preparations for fighting a war,” Xi said. “We need to take all complex situations into consideration and make emergency plans accordingly. “We have to step up combat readiness exercises, joint exercises and confrontational exercises to enhance servicemen’s capabilities and preparation for war” the president-for-life added.

So who are the Chinese concerned that they may be fighting against?

Needless to say, the United States is at the top of the list

The president instructed the military to ramp-up opposition to ‘freedom of navigation’ exercises being undertaken by the US, Australia, France, the UK, Japan and others through the waterway through which arterial shipping lanes have grown since the end of World War II.

Tensions over the South China Sea have been increasing for several years, and starting a trade war with China in 2018 has certainly not helped things.

At this point, even many U.S. analysts can see the writing on the wall.  For instance, just consider what Harvard Professor Graham Allison recently told Steve LeVine

He said, if history holds, the U.S. and China appeared headed toward war.

Over the weekend, I asked him for an update — specifically whether the danger of the two going to war seems to have risen.

“Yes,” he responded. The chance of war is still less than 50%, but “is real — and much more likely than is generally recognized.”

Of course we didn’t get to this point overnight.  Tensions with Russia and China have been simmering for quite a while, and both of those nations have been rapidly modernizing their military forces.  For much more on this, please see my recent article entitled “Russia And China Are Developing Impressive New Weapons Systems As They Prepare For War Against The United States”.

Sadly, the vast majority of the U.S. population is utterly clueless about these things.

But those that are serving in the military have a much better understanding, and one recent survey found that about half of them expect the U.S. to be “drawn into a new war within the next year”…

Nearly half of all current military troops believe the United States will be drawn into a major war soon, a jarring rise in anxiety among service members worried about global instability in general and Russia and China in particular, according to a new Military Times poll of active-duty troops.

About 46 percent of troops who responded to the anonymous survey of currently serving Military Times readers said they believe the U.S. will be drawn into a new war within the next year. That’s a jarring increase from only about 5 percent who said the same thing in a similar poll conducted in September 2017.

Those numbers are jarring.

Some major stuff must be going on behind the scenes in order to go from 5 percent to 46 percent in a single year.

We truly are living in apocalyptic times, and our world seems to be getting more unstable with each passing day.

We should hope for peace, but throughout human history peace has never lasted for long.  Major global powers continue to edge closer and closer to conflict, and that is a very dangerous game to be playing.

Source: End of the American Dream.

 

Les USA abandonnent l’accord sur les FNI, mais pourquoi ?

par Finian Cunningham

Sources : Investig’action, 24 octobre 2018

https://www.investigaction.net/fr/les-usa-abandonnent-laccord-sur-les-fni-mais-pourquoi/

Entelekheia, 23 octobre 2018-10-29http://www.entelekheia.fr/2018/10/23/les-usa-abandonnent-laccord-sur-les-fni-mais-pourquoi/

Source originaire : RT, 22 octobre 2018, https://www.rt.com/op-ed/441946-inf-treaty-trump-arms-war/

 

L‘économie des États-Unis est un complexe militaro-industriel. Par conséquent, tout traité multilatéral de maîtrise des armements qui limite les armes et les tensions internationales est par définition incompatible avec le fonctionnement du capitalisme américain.

L’intention annoncée par le président Donald Trump de retirer les États-Unis du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) de 1987 n’est que la dernière mesure prise par Washington pour démanteler des décennies d’accords de contrôle des armements durement gagnés.

Les États-Unis ont unilatéralement mis au rebut le traité sur les missiles antimissiles balistiques (ABM) en 2002, sous la présidence de George W. Bush, alors président. Cette violation d’un traité vieux de plusieurs décennies a conduit à l’installation de systèmes de missiles américains en Europe, toujours plus près du territoire russe, alors que l’alliance militaire de l’OTAN dirigée par les Etats-Unis ne cessait de s’étendre vers l’Est.

 

Si Trump va de l’avant en retirant les États-Unis du traité sur les FNI, il ne restera plus qu’un seul pilier de l’architecture de la maîtrise des armements, le traité START, qui limite le déploiement de tous les types d’armes nucléaires. Le traité START doit expirer en 2021 et plusieurs faucons de guerre de l’arène politique américaine demandent qu’il ne soit pas renouvelé.

Rien d’étonnant, donc, si le démantèlement des accords de non-prolifération nucléaire par Trump effare de nombreuses personnes, y compris ses alliés européens de l’OTAN. Le président français Emmanuel Macron aurait téléphoné à Trump pour plaider la cause de l’accord sur les FNI, qui est vital pour la sécurité européenne. Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas a fait écho aux vues de Macron.

Selon Moscou et Pékin, la décision des États-Unis minerait l’équilibre stratégique actuel et déclencherait une nouvelle course aux armements semblable à celle de la Guerre froide.

« L’humanité est confrontée à un chaos total dans le domaine des armes nucléaires », a déclaré le sénateur russe Konstantin Kosatchev.

Un autre législateur russe, Alekseï Pouchkov, a fustigé l’administration Trump pour avoir « poussé le monde vers une autre crise des missiles cubains ».

En octobre 1962, cette crise avait failli aboutir à une guerre nucléaire entre les États-Unis et l’Union soviétique. Le président John F. Kennedy et le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev avaient évité de justesse la catastrophe, ouvrant la voie à un contrôle bilatéral des armements.

En abandonnant le traité sur les FNI, le traité ABM et peut-être le START, les États-Unis ramènent le monde au « point zéro », a déclaré Pouchkov

Inévitablement, cette situation mondiale dérégulée augmentera considérablement le risque d’une guerre nucléaire.

Pourquoi Washington est-elle si irresponsable ?

Tout d’abord, il semble que les luttes politiques intestines aux États-Unis soient un facteur. Trump a annoncé sa répudiation du traité sur les FNI lors d’un rassemblement de campagne au Nevada ce week-end. Il ne reste qu’environ trois semaines avant les élections législatives de mi-mandat, où ses rivaux démocrates disputent le contrôle du Sénat au Parti républicain. En s’en prenant au FNI au prétexte que Moscou violerait le traité et que les États-Unis « ne le toléreront pas », Trump tente de neutraliser l’accusation des Démocrates selon laquelle il est « mou avec la Russie « .

Il est déplorable que la sécurité internationale soit l’otage des manœuvres politiciennes intérieures américaines.

Un autre facteur est que les États-Unis doivent se retirer du FNI s’ils veulent poursuivre leurs ambitions de domination militaire hégémonique, et en particulier leurs efforts pour soumettre la Russie et la Chine. Au cours des deux dernières années, plusieurs rapports stratégiques de Washington ont ouvertement ciblé la Russie et la Chine en tant que « grandes puissances rivales ».

En abandonnant l’accord sur les FNI, les États-Unis auront toute latitude pour étendre leurs bases de lancement de missiles jusqu’aux portes des territoires russe et chinois. Un geste aussi agressif ne peut pas se faire sans invoquer de raison plausible, pour des raisons politiques. Par conséquent, Washington a trouvé un prétexte à ses propres violations en accusant Moscou d’enfreindre les termes du FNI. La Russie a réfuté à plusieurs reprises les affirmations des États-Unis selon lesquelles elle aurait violé le traité, soulignant que la partie américaine n’a jamais présenté de preuves à l’appui de ses affirmations.

Un troisième facteur, plus général, tient à l’économie américaine en tant que système fondé sur la guerre perpétuelle. Avec des dépenses annuelles de plus de 700 milliards de dollars pour l’armée — environ la moitié du budget discrétionnaire total des États-Unis et infiniment plus que tout autre pays étranger l’économie américaine dépend de son complexe militaro-industriel. Cette monstrueuse déformation du capitalisme américain, que le président Eisenhower avait dénoncée en 1961, ne peut subsister que par la production incessante d’armes. Cette production, en retour, oblige les États-Unis à constamment créer des tensions et des incertitudes à l’échelle mondiale, au point même de fomenter des guerres pour écouler leurs armes.

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Mais une course aux armements n’est pas seulement une aubaine pour le Pentagone et les fabricants d’armes américains — qui sont le principal lobby à Washington — il y a aussi un objectif stratégique supplémentaire. En entraînant la Russie et la Chine dans une course aux armements, elle permettra aux planificateurs américains d’affaiblir ses rivaux.

Par nécessité, pour contrer l’agression militaire américaine, Moscou et Pékin seront contraints de consacrer toujours plus de ressources économiques à la recherche et à la production d’armements. Ce militarisme, calcule Washington, finira par couler les économies de la Russie et de la Chine.

 

On peut soutenir que la chute de l’Union soviétique à la fin des années 1980 a été causée en grande partie par des décennies de dépenses militaires excessives plutôt que par le renforcement de l’économie et de la société civiles. Il semble que Trump veuille relancer la Guerre froide dans le but de handicaper la Russie et la Chine.

Ce danger ne s’applique pas au capitalisme américain, qui s’octroie le privilège d’accumuler une dette illimitée. Ce privilège s’explique en partie par le statut de principale monnaie de réserve mondiale du dollar américain. Cependant, cette prodigalité n’est pas viable à long terme et lorsque l’effondrement américain se produira, il y aura des pleurs et des grincements de dents. En attendant, à plus court terme, les excès de dépenses provoqués par une course aux armements peuvent être occultés par une dette américaine apparemment illimitée.

Les différents traités de contrôle des armements que les États-Unis semblent vouloir démanteler ont jusqu’à présent offert une certaine protection contre les dangers de guerre nucléaire. Les traités ont fonctionné parce qu’il y avait un certain niveau d’entente bilatérale entre Washington et Moscou.

Plus maintenant, semble-t-il. Washington, surtout sous Trump, a réduit l’art de la diplomatie à des tirades sur Twitter et à des menaces irresponsables, comme lorsque l’ambassadeur américain à l’OTAN, Kay Bailey Hutchison, a averti au début du mois que l’armée américaine « abattrait » les missiles russes qu’elle estime être en infraction avec le FNI. Elle est par la suite revenue sur ce commentaire incendiaire, mais il n’est pas facile de remédier à une première impression de mentalité de casse-cou écervelé.

Toutes les tentatives de diplomatie de Trump semblent brouillées par un déplorable manque de logique ou d’intelligence. Après s’être attaqué au FNI, le président a semblé laisser la porte ouverte à un traité de remplacement avec la Russie et la Chine.

« Nous devrons mettre au point ces armes [à courte portée et portée intermédiaire], à moins que la Russie et la Chine ne viennent à nous et qu’elles nous disent : « Soyons vraiment futés et qu’aucun d’entre nous ne développe ces armes »a-t-il dit.

Mais voici ce que Trump et le reste de Washington ne comprennent pas. Le traité sur les FNI a été érodé parce que les forces militaires américaines insistent pour stationner leurs missiles aux portes de la Russie et de la Chine, à des milliers de kilomètres du territoire américain.

Si Trump voulait vraiment trouver un accord sur le contrôle des armements, il retirerait les soi-disant « systèmes antimissiles » américains de Pologne, de Roumanie et de la mer Noire, ainsi que de Corée du Sud et du territoire maritime chinois.

En fin de compte, cependant, le meilleur mécanisme de contrôle des armements serait que les Américains réforment leur économie en s’affranchissant de leur système de profiteurs de guerre.

 

 

Syrie : une fois de plus les États Unis font semblant de combattre État Islamique

par Moon of Alabama

19 octobre 2018

Source : Le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/syrie-une-fois-de-plus-les-etats-unis-pretendent-combattre-etat-islamique

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

Source originaire :

https://www.moonofalabama.org/2018/10/syria-us-again-only-pretends-to-fight-isis.html#more

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Rouge = Armée arabe syrienne/Jaune = États-Unis/SDF/Gris = EI

La force d’occupation américaine et son mandataire kurde, les SDF [Syrian Democratic Forces], sont censés combattre les derniers résistants d’État islamique (EI) localisés au nord-est de l’Euphrate, dans le nord-est de la Syrie. Mais les opérations contre la poignée de villes qu’EI (gris) tient toujours – lancées seulement après de longs retards inexpliqués – ne génèrent que peu de progrès. La semaine dernière, elles ont même subi un sérieux revers.

 

Après plusieurs jours de tempêtes de sable (video) qui ont entravé le soutien aérien américain, EI a contre-attaqué, le 11 octobre, contre les SDF dirigées par les États-Unis. Des kamikazes ont fait sauter les points de contrôle tenus par les SDF et EI a réussi à percer la ligne de front. Le groupe islamiste a repris plusieurs villages et, le 12 octobre, a fait une descente dans un camp de réfugiés pour les civils locaux, que la coalition américaine avait établi près d’Al Bahrah (dans le coin supérieur gauche de la carte). Quelque 130 familles de réfugiés comptant environ 700 personnes ont été faites prisonnières et conduites à Hajin, une petite ville située à l’extrémité nord de la zone détenue par EI.

Par l’intermédiaire d’anciens des tribus locales, EI a demandé à négocier avec la coalition américaine un échange de prisonniers. Il a également exigé des fournitures médicales et alimentaires en échange de 90 femmes capturées qu’il avait isolées de leurs familles. Leur demande a été rejetée. EI menace maintenant de tuer dix des personnes enlevées chaque jour si ses exigences ne sont pas satisfaites.

Dans son discours lors du sommet de Valdai, hier, le président russe Poutine a parlé de la situation à l’est de l’Euphrate :

Nous voyons maintenant ce qui se passe sur la rive gauche de l’Euphrate. Probablement, nos collègues le savent : ce territoire est sous le patronage de nos partenaires américains. Ils comptent sur les forces armées kurdes.

Mais il est évident qu’ils leur ont laissé une marge de manœuvre : EI est toujours présent sur plusieurs sites et a récemment commencé à étendre sa zone d’influence. Ils ont pris en otage 130 familles, soit près de 700 personnes.

Je pense que peu de gens ici présents savent qu’ils ont lancé des ultimatums, qu’ils ont prolongé leurs demandes et qu’ils ont averti que si ces ultimatums n’étaient pas respectés, ils tueraient 10 personnes chaque jour. Avant-hier, 10 personnes ont été tuées. Exécutées. Ils ont commencé à mettre leurs menaces en actes.

C’est tout simplement horrible. Je pense que c’est une tragédie. Nous devons faire quelque chose à ce sujet. Pourquoi nos collègues gardent-ils le silence ? Selon nos informations, plusieurs citoyens américains et européens figurent parmi les otages.

Tout le monde est silencieux, il y a un silence comme si rien ne se passait.

Il y a trois jours, il y a eu aussi un incident du genre tir ami suivi de défections dans les rangs des forces locales par procuration :

Deux avions de combat F-15 de la coalition dirigée par les États-Unis ont ciblé à tort des unités kurdes dans leur offensive contre les forces terroristes restantes d’État islamique en Syrie, a rapporté RIA, citant une “source militaire et diplomatique”. Six personnes auraient été tuées et 15 blessées du côté kurde.

L’incident, qui s’est produit près de la ville de Hajin, dans la province syrienne orientale de Deir ez-Zor, a non seulement perturbé l’opération, mais aurait également entraîné de nombreuses défections dans les rangs des Forces démocratiques syriennes (FDS). Pire encore, les terroristes ont réussi à s’emparer de certains territoires de la région, a ajouté la source.

EI a publié aujourd’hui des photos d’une exécution de cinq hommes locaux accusés d’espionner pour le compte des SDF.

Les troupes américaines et françaises fournissent un soutien d’artillerie aux SDF et les forces aériennes américaines et britanniques bombardent les positions d’EI. Mais les troupes terrestres du SDF semblent incapables ou réticentes à aller de l’avant contre EI. Les frontières de la zone tenue par EI, telles que fournies par liveuamap, n’ont pratiquement pas bougé.

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1er mai

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19 octobre

Pendant cinq mois et demi, EI n’a perdu qu’environ 7 km de territoire aux extrémités nord et sud de la petite zone qu’elle occupe. Comment se fait-il que des forces kurdes bien approvisionnées, sous la direction des forces spéciales américaines et dotées d’une artillerie et d’un soutien aérien puissants, ne soient pas en mesure d’en faire plus contre quelque 1 à 2 000 djihadistes qui manquent d’armes lourdes et n’ont aucun moyen de se ravitailler ?

Des sources russes accusent les États-Unis de ne pas combattre sérieusement leur adversaire :

“Le simulacre de lutte contre les terroristes dans cette région de Syrie dure depuis plus de six mois et est utilisé par Washington pour justifier sa présence illégale dans ce pays “,souligne notre source.

L’Observatoire syrien fait également état d’un flux constant d’assassinats ciblés et d’attaques mineures contre les forces des SDF, y compris par des cellules dormantes de EI agissant dans la zone contrôlée par les SDF. De nombreux engins explosifs improvisés sont enterrés dans la zone et entravent le déplacement des troupes ainsi que la reconstruction.

En général, EI ne semble pas confiné aux lignes de front nettes indiquées sur la carte, mais possède de petites unités et des cellules dormantes qui se déplacent bien au-delà de cette zone. Cela indique un manque de troupes motivées pour tenir la ligne de front et à confiner les forces de EI.

Le Weekly Strike Summary fait état de nombreuses attaques aériennes, mais les résultats sont minces :

Entre le 7 et le 13 octobre, les forces militaires de la coalition CJTF-OIR ont mené 137 frappes, soit 225 engagements en Irak et en Syrie.

Après une baisse les 7, 8 et 9 octobre en raison des tempêtes de sable, le nombre de vols américains dans la région atteint à nouveau une vingtaine par jour.

Presque toutes ces attaques sont dirigées contre la petite zone tenue par EI au nord-est de l’Euphrate. Le rapport fait état de résultats positifs sur les “zones de stationnement ou de rassemblement”. Mais qu’est-ce que cela signifie réellement ? Un espace vide n’est-il pas une zone de stationnement ou de rassemblement potentiel ? Et que signifie l’engagement contre une “unité tactique” ? Un largage de bombe près d’un mec seul sur sa moto ?

Les quatre derniers résumés hebdomadaires font état d’un total de 349 frappes et 546 “engagements”, mais aucun d’entre eux ne semble avoir eu d’effet sur le nombre de combattant d’EI ou leurs capacités. Malgré ce nombre élevé de frappes, il n’y a aucun progrès sur le terrain.

La campagne de bombardement actuelle rappelle la fausse campagne aérienne américaine contre EI en 2014 et 2015 (voir tableau en bas de ce lien). À l’époque, les  pelleteuses de EI étaient les cibles les plus sérieuses mentionnées dans les rapports américains. À l’époque, c’était déjà la Russie qui avait dénoncé les faux combats et montré comment il fallait faire pour vraiment vaincre EI.

Le fait que les SDF affirment maintenant qu’éliminer EI de la zone prendra encore plus de temps renforce le soupçon du manque d’intention réelle de le combattre :

“Les opérations militaires à Hajin prendront beaucoup plus de temps que prévu“, a déclaré Redur Khalil, l’un des principaux commandants des SDF.

“Daesh profite beaucoup de facteurs météorologiques, y compris des tempêtes de sable. Elles l’ont aidé à se mettre à l’abri des avions de reconnaissance et d’autres mécanismes de surveillance “, a-t-il déclaré à l’AFP, en utilisant l’acronyme arabe pour EI.

Pour mémoire, la récente série de tempêtes de sable dans la région s’est terminée il y a quelques jours.

Comme en 2014/2015, les États-Unis semblent à nouveau très intéressés à maintenir EI en vie aussi longtemps que possible et à utiliser sa présence comme prétexte pour d’autres objectifs.

 

 

 

LA CPI EST MORTE : BOLTON L’A TUER…

par Guillaume Berlat
17 septembre 2018

Source : https://prochetmoyen-orient.ch

 

On savait la Cour pénale internationale (CPI) (dont le siège est à La Haye) moribonde1 mais on ne savait pas que l’heure de lui administrer l’extrême-onction2 par la très célèbre « communauté internationale » était proche. C’était sans compter sur frère Bolton, John de son prénom, surnommé l’homme à la moustache, qui est venu près du malade (par la parole sacrée prononcée sur les bords du Potomak) pour lui faire ingurgiter un poison mortel avant de lui administrer les saints sacrements.

Il est vrai que le prédicateur John a plus d’un tour dans son sac lorsqu’il s’agit de mettre à bas le dogme du multilatéralisme, de jeter dans les poubelles de l’Histoire les saintes écritures de la juridiction internationale, surtout lorsqu’elle se pare des plumes du « pénal ».

Il est vrai que le peuple à la « destinée manifeste » – l’Amérique pour ceux qui ne le sauraient pas encore – n’a jamais trop porté dans son cœur tous les machins et bidules multilatéraux qui entendaient, de près ou de loin, le soumettre à la loi commune, comme le vulgum pecusHorresco referens clament d’une même voix tous les néo-conservateurs aux quatre coins de la planète.

Au cas où la communauté internationale et ses principaux thuriféraires l’auraient perdu de vue, John Bolton vient de se rappeler à leur bon souvenir avec les formules choc dont il a le secret3. Au diable, la prudence du langage diplomatique. Le lance-flamme est de sortie, Washington menaçant purement et simplement les magistrats de la Cour pénale internationale des foudres trumpiennes s’il leur venait l’idée de s’en prendre à leurs alliés (ou à l’Amérique, cela va sans dire) via la CPI4. Une sorte de fatwa à l’Iranienne de la grande époque des Ayatollahs (Cf. celle lancée contre Salman Rushdie) lancée contre la prestigieuse juridiction pénale internationale. Ceci ne constitue qu’une énième manifestation de la volonté américaine affirmée et assumée de détricoter le système multilatéral qu’ils ont porté sur les fonts baptismaux après la Seconde Guerre mondiale. Après avoir examiné la fatwa de John Bolton contre les juges de La Haye qui constitue une nouvelle manifestation de l’ire américaine contre le multilatéralisme, nous rappellerons que la Cour pénale souffre de nombreux maux. Force est de constater que la saillie de John Bolton constitue le meilleur révélateur de la morale à géométrie variable des donneurs de leçons.

 

LA FATWA DE JOHN BOLTON CONTRE LES PETITS JUGES DE LA HAYE

La formulation explicite de graves menaces contre la CPI, et fait plus rare et plus grave encore contre ses magistrats, doit être replacée dans le contexte des risques d’implication des États-Unis (en relation avec la guerre en Afghanistan) et d’Israël (en relation avec la Palestine) devant la Cour pénale internationale.

La formulation explicite de menaces contre la CPI et ses magistrats

Intervenant le 10 septembre 2018 à Washington devant la très conservatrice « Federalist Society », le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump s’est livré à un réquisitoire d’une virulence extrême contre la Cour pénale internationale. Rappelons, pour mémoire, que les États-Unis ont refusé, dès l’origine d’être partie au Statut de la Cour, pour éviter que ses ressortissants y soient un jour traduits. Aux yeux de l’hyperpuissance, on ne traduit devant la Cour que les autocrates africains (tel Laurent Gbagbo), des Balkans (les Milosevic, Mladic, Karadzic), du Proche et du Moyen-Orient (ils verraient bien, comme du reste Jupiter, Bachar Al assad faire un tour par la case rafraîchissante de La Haye).5 Pour ce qui est des crimes de guerre perpétrés par l’Arabie saoudite au Yémen ou des poursuites éventuelles d’Israël, voire des États-Unis en Afghanistan, on préfère détourner pudiquement le regard ailleurs.

John Bolton a dénoncé la possibilité d’une enquête contre des militaires américains ayant servi en Afghanistan, mais aussi d’éventuelles enquêtes contre Israël à l’instigation de l’Autorité palestinienne. « Si la Cour s’en prend à nous, à Israël ou à d’autres alliés des Américains, nous n’allons pas rester silencieux », a averti le conseiller à la sécurité nationale annonçant une série de mesures de rétorsion possibles, dont les sanctions contre le personnel de la CPI. « Nous allons interdire à ces juges et procureurs l’entrée aux États-Unis. Nous allons prendre des sanctions contre leurs avoirs dans le système financier américain, et nous allons engager des poursuites contre eux dans notre système judiciaire », a mis en garde le conseiller du président Donald Trump. La juridiction qui siège à La Haye, aux Pays-Bas, a répondu « agir strictement dans le cadre légal défini par le Statut de Rome », et être « attachée à l’exercice indépendant et impartial de son mandat ».

« À tout moment, la CPI pourrait annoncer l’ouverture d’une enquête formelle contre ces patriotes américains », a explicité John Bolton. « Aujourd’hui, à la veille du 11 Septembre » et de l’anniversaire des attentats de 2001 qui avaient déclenché l’opération en Afghanistan, « je veux adresser un message clair et sans ambiguïté de la part du président des États-Unis : les États-Unis utiliseront tous les moyens nécessaires pour protéger nos concitoyens et ceux de nos alliés de poursuites injustes de la part de cette cour illégitime », a-t-il martelé. Il a qualifié la juridiction pénale internationale de « d’inefficace, irresponsable et carrément dangereuse ». 

« Le but non avoué mais central des partisans les plus vigoureux » de la CPI « a toujours été de corseter les Etats-Unis ». Un dessein d’autant plus néfaste que cette institution est incapable, selon lui, du moindre effet de dissuasion sur les Etats voyous et les dictateurs. « L’histoire a prouvé que le seul moyen de dissuasion est (…) la puissance juste des Etats-Unis et de leurs alliés », a assuré le conseiller à la sécurité nationale. « Nous n’allons pas coopérer avec la CPI, nous n’allons pas lui fournir d’assistance, nous n’allons pas adhérer à la CPI. Nous allons laisser la CPI mourir de sa belle mort », car « pour nous, la CPI est déjà morte », a-t-il insisté. Le message est on ne peut plus clair.

L’anticipation de risques contre Washington et Tel Aviv 

Pour tenter de comprendre les raisons de la colère de John Bolton, souvenons-nous qu’en novembre 2017, la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, avait annoncé qu’elle allait demander aux juges l’autorisation d’ouvrir une enquête sur des crimes de guerre présumés commis dans le cadre du conflit afghan, notamment par l’armée américaine. En Afghanistan, les États-Unis sont toujours à la tête d’une coalition militaire qui a renversé le régime des talibans fin 2001. Et nombreux sont les exemples d’action contraires au droit de la guerre conduites par les militaires américains dans ce pays. Un classique du genre dans tous les États où l’Amérique a conduit des guerres le plus souvent illégales (Cf. l’exemple de la guerre de 2003 en Irak). Tout ceci ne manque pas de sel lorsque l’on sait que Washington tente par tous les moyens de se sortir du bourbier afghan (« le cimetière des empires »). Nous venons d’apprendre que Washington vient de nommer le général Scott Miller, spécialiste des opérations militaires au poste de commandant des forces de l’OTAN à Kaboul pour tenter de prolonger un cessez-le-feu avec les Talibans et de lancer des négociations de paix directes et sans conditions avec ces derniers6.

A plusieurs reprises, M. Bolton a évoqué les risques que la CPI ferait également peser sur Israël, compte tenu de la volonté régulièrement affichée par l’Autorité palestinienne de la saisir pour enquêter sur les « crimes de guerre » perpétrés selon elle par l’armée israélienne dans les territoires occupés. Sous les applaudissements de l’assistance, lundi, il a d’ailleurs confirmé la décision du département d’Etat de fermer le bureau de la délégation palestinienne à Washington. Moins de deux semaines après la suppression de la quasi-totalité de l’aide américaine aux Palestiniens, cette mesure, mise sur le compte du refus palestinien de négocier avec Israël, constitue un signe supplémentaire de l’alignement de l’administration de Donald Trump sur les positions israéliennes, et d’une agressivité redoublée contre les Palestiniens. John Bolton s’est indigné que ces derniers aient envisagé de saisir la CPI à propos de la poursuite de la colonisation en Cisjordanie. Depuis l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump, Washington s’abstient de critiquer les constructions de logements supplémentaires. Contraires au droit international, elles ne font pourtant que compliquer le « processus de paix direct et solide » que John Bolton a appelé de ses vœux. Nous sommes impatients de découvrir le plan Kushner (le gendre de Donald) à ne pas confondre avec Bernard, notre Thénardier national, président et docteur honoris causad’Affaires sans frontières.

UNE NOUVELLE MANIFESTATION DE L’IRE AMÉRICAINE CONTRE LE MULTILATÉRALISME

Du général au particulier : de l’ONU à la CPI

La Cour pénale internationale est régie par le Statut de Rome, un traité entré en vigueur le 1er juillet 2002 et ratifié depuis par 123 pays. Son procureur peut déclencher ses propres enquêtes sans permission des juges à la condition qu’elles impliquent au moins un pays membre, c’est le cas de l’Afghanistan. Les relations entre Washington et la juridiction ont toujours été tumultueuses. Les États-Unis ont toujours refusé d’y adhérer et ont tout fait, notamment par la conclusion d’accords bilatéraux avec de nombreux pays, pour éviter que des Américains puissent être visés par ses enquêtes. Mais John Bolton a déploré que certains pays, notamment membres de l’Union européenne, aient jusqu’ici refusé de tels accords. Selon lui, « l’objectif tacite, mais toujours central », des « plus fervents partisans » de la CPI « était de limiter l’action des États-Unis », en ciblant avant tout « ses dirigeants politiques ». Il a qualifié la Cour d’instance partisane, menant une « attaque contre les droits constitutionnels du peuple américain et la souveraineté des États-Unis ». Cette attaque en règle s’inscrit dans le programme « America First » (L’Amérique d’abord) de Donald Trump, qui a déjà mené au retrait des États-Unis de plusieurs organisations ou accords internationaux. Comme l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, qui avait promis dès son arrivée à New York de « prendre les noms » des Etats jugés hostiles, John Bolton a assuré que Washington se souviendrait « de cette coopération lors de l’établissement des niveaux d’assistance, d’assistance militaire et de partage des renseignements avec les Etats-Unis ». 

Rappelons que John Bolton est coutumier des méthodes brutales et des menaces personnelles. Les mêmes qu’il avait formulées contre la famille (vivant aux États-Unis) du premier directeur général de l’Organisation internationale des armes chimiques ou OIAC (elle aussi basée à La Haye), le brésilien Jose Bustani dont il a fini par avoir la peau. Et tout cela, parce que ce brillant diplomate brésilien avait eu l’outrecuidance d’être indépendant et de ne pas répondre aux injonctions réitérées de l’homme à la moustache7. Avec John Bolton, l’histoire n’est qu’un éternel recommencement, faut-il le reconnaître !
1 Qui est prêt de mourir
2 Sacrement de l’Église destiné aux fidèles en péril de mort.
3 Jean Daspry, De quoi John Bolton est-il le nom ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 16 avril 2018.
4 Attaque sans précédent de Washington contre la Cour pénale internationalewww.lepoint.fr , 10 septembre 2018.
5 Gilles Paris, Pour les États-Unis, la Cour pénale est « illégitime » et « déjà morte », le Monde, 12 septembre 2018, p. 4..
6 Rémy Ourdan, Un général des forces spéciales pour parvenir à la paix en Afghanistan, Le Monde, 5 septembre 2018, p. 4.
7 Richard Labévière, Jose Bustani : l’homme qui a dit non aux Américains !, www.prochetmoyen-orient.ch, septembre 2017.

 

 

La prochaine agression étasunienne contre la Syrie est-elle déjà programmée ?

 

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L’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies Nikki Haley montre des photos de victimes de l’attaque syrienne au gaz lors de son intervention au Conseil de sécurité de l’ONU en avril 2017.

par le Saker

Source : http://lesakerfrancophone.fr/la-prochaine-agression-etasunienne-contre-la-syrie-est-elle-deja-programmee

31 août 2018 Source originaire :  The Saker

 

Les choses qui plaisent sont celles que l’on demande encore et encore 
Horace

Bombarder, bombarder, bombarder, bombarder, bombarder l’Iran
John McCain

Le président Poutine, la Russie et l’Iran sont responsables de soutenir cet animal d’Assad. Grosse mise à prix…
Donald Trump

Il est difficile de dialoguer avec des gens qui confondent l’Autriche et l’Australie
Vladimir Poutine

Bis repetita

Il semble que nous ayons accompli un tour complet : les Anglosionistes se préparent à nouveau, apparemment, à utiliser les mêmes Casques blancs (donc les « bons terroristes ») pour exécuter une nouvelle attaque chimique sous faux drapeau en Syrie et de nouveau en accuser les forces gouvernementales. De nouveau, les Russes avertissent le monde à l’avance et, comme la dernière fois, (presque) tout le monde s’en fout. Il y a même des rapports selon lesquels les États-Unis envisagent, une fois de plus, d’imposer une zone d’exclusion aérienne (totalement illégale) au-dessus de la Syrie. Et, exactement comme la dernière fois, il semble que le but des États-Unis soit de sauver les « bons terroristes » d’une victoire gouvernementale majeure.

Il semble malheureusement que ma prédiction que « chaque « clic » nous rapproche d’un pas du « bang » se réalise et alors que l’Empire semble avoir abandonné l’idée d’une reconquête totale de la Syrie, les néocons poussent clairement à ce qui pourrait se révéler une frappe de missiles majeure sur la Syrie. Tirer un grand nombre de missiles près des/sur les forces russes pourrait déclencher une contre-attaque russe qui, à son tour, pourrait mener à une guerre majeure, peut-être nucléaire, mais ce fait ne semble pas pris en compte dans les calculs des néocons. Il est vrai qu’ils sont pour la plupart des gens assez stupides (comme « focalisés sur le court-terme »), avec un fort sentiment de supériorité et une vision messianique de notre monde. Pourtant, cela me déconcerte que si peu de gens aux États-Unis et dans l’Union européenne s’en soucient. D’une certaine manière, une guerre nucléaire est devenue si inconcevable que beaucoup ont conclu qu’elle ne pourra jamais se produire.

L’autre chose que les néocons semblent oublier est qu’on ne peut pas changer la situation sur le terrain en Syrie au moyen de frappes de missiles ou de bombes. D’une part, la dernière attaque américaine a définitivement montré que les Tomahawks sont une cible facile pour les défenses aériennes syriennes (pour la plupart désuètes). Bien sûr, les Américains pourraient compter sur plus d’AGM-158 JASSM, beaucoup plus difficiles à intercepter, mais peu importe les missiles utilisés, ils n’affecteront pas efficacement les capacités militaires syriennes tout simplement parce que ce sont des cibles peu lucratives pour des frappes de missiles de croisière. Si on considère que les Étasuniens savent fort bien qu’il n’y aura pas d’attaque chimique (ni même qu’elle pourrait se produire, d’ailleurs, puisque même les États-Unis ont déclaré que la Syrie n’avait pas d’armes chimiques en 2013), la Maison Blanche pourrait décider de faire sauter quelques bâtiments vides et déclarer que « l’animal Assad » a été puni, je suppose. Mais même totalement sans opposition, une attaque de missile n’aurait aucun sens militaire. Cela pose donc la question de savoir à quoi servirait une attaque contre la Syrie. Malheureusement, la réponse évidente est que la frappe de missiles à venir a moins à voir avec la guerre en Syrie qu’avec la politique intérieure américaine.

Les options russes et syriennes

Il y a aussi quelques différences. La plus grande est que cette fois-ci, la force d’intervention navale russe en Méditerranée orientale est beaucoup plus grande que la dernière fois : 15 navires y compris deux frégates de pointe, l’Amiral Grigorovitch et l’Admiral Essen (ici, un article détaillé) et deux sous-marins d’attaque diesel évolués de classe 636.3. Cela représente beaucoup de puissance de feu anti-navire, anti-aérienne et anti-sous-marine et, plus important encore, beaucoup de capacités avancées d’alerte rapide. Comme les réseaux de défense aérienne russes et syriens ont été intégrés par un seul système de feu automatisé, cela signifie que les Syriens « verront » très précisément ce qui se passe dans l’espace aérien syrien et autour (c’est particulièrement vrai avec les Russes dont les Iliouchines A-50U patrouillent 24 h sur 24).

Ce qui m’inquiète le plus, ce sont les différents rapports (comme celui-ci) qui affirment que le secrétaire d’État Mike Pompeo a dit la semaine dernière au ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov que « Moscou serait tenu pour responsable » si une attaque chimique avait lieu. Si, par « Moscou sera responsable », les fous à Washington DC veulent dire « moralement responsable », ce n’est que le non-sens habituel. Mais je crains qu’avec des cinglés certifiés comme Bolton et Pompeo aux commandes, les Américains puissent envisager d’attaquer le personnel russe en Syrie (pas nécessairement dans les bases bien défendues de Khmeimin ou Tartous).  Ces types pourraient facilement viser diverses installations ou des unités militaires syriennes où on sait que du personnel russe est déployé et déclarer qu’ils ne visaient pas délibérément les Russes et que les Russes touchés étaient « clairement impliqués » avec les forces syriennes maniant les armes chimiques. Les États-Unis ont déjà pris pour cible des ressortissants russes pour les enlever et les mettre en détention, ils pourraient commencer à tuer bientôt des Russes puis faire porter la responsabilité de ces morts au Kremlin. Vous n’y croyez pas ? Pensez seulement « Skripal » et vous verrez que cette idée n’est pas si farfelue.

Les Russes ont des possibilités de choix, soit dit en passant. Une chose qu’ils pourraient faire est de placer 6 MiG-31 (modernisés) en alerte rapide dans le sud de la Russie (ou, mieux encore, en Iran) et en garder une paire en patrouille aérienne de combat au-dessus de la Syrie (ou de l’Iran). Combinée avec les « yeux » des A-50U, ces MiG-31 pourrait procurer aux russes une formidable capacité d’action en Syrie, spécialement contre les B-1B étasuniens basés au Qatar ou à Diego Garcia. Jusqu’à maintenant, on a vu peu de MiG-31 en action en Syrie mais si l’interception d’un grand nombre de missiles de croisière devenait leur mission, ils offriraient une force beaucoup plus souple et efficace que la très petite quantité de Su-35 et de Su-30 actuellement basée à Khmeimim.

Mais la clé pour protéger la Syrie est de renforcer les défenses aériennes syriennes et leurs capacités d’alerte précoce, en particulier avec des systèmes mobiles de défense aérienne, notamment beaucoup de systèmes à courte et moyenne portée comme le Tor-M2 et le Pantsir-S2.  Jusqu’à ce que cet objectif soit atteint, les États-Unis et la Russie resteront dans une très dangereuse « impasse mexicaine » où les deux parties sont engagées dans ce que j’appelle un « jeu de la poule mouillée nucléaire », chaque partie menaçant l’autre tout en comptant sur ses propres capacités nucléaires pour dissuader une contre-attaque significative ou des représailles. C’est extrêmement dangereux, mais il y a très peu que la Russie puisse faire pour arrêter les dirigeants étasuniens de revenir encore et encore à cette même stratégie. Jusqu’à présent, les Russes ont manifesté un degré de retenue vraiment remarquable, mais s’ils sont poussés trop loin, la prochaine étape pour eux sera de riposter aux Américains d’une manière qui leur fournisse ce que la CIA appelle « un déni plausible »(j’ai analysé cette option il y a plus d’un an dans cet article).  S’ils sont attaqués directement et ouvertement, les Russes n’auront évidemment pas d’autre choix que de frapper en retour. Et s’il est vrai que les forces russes en Syrie et à proximité sont largement inférieures en nombre par rapport aux forces US/OTAN/CENTCOM, les Russes ont un avantage massif sur les États-Unis en termes de missiles de croisière à longue portée (voir l’analyse d’Andrei Martyanov « Russia’s Stand-Off Capability: The 800 Pound Gorilla in Syria » pour une analyse détaillée à ce sujet).

Rien de ce qui précède n’est nouveau, le monde est bloqué dans cette situation depuis plus d’un an maintenant, et il ne semble toujours pas y avoir de fin en vue. Malheureusement, je ne peux qu’être d’accord avec Rouslan Ostachko : seule une défaite militaire massive ou un effondrement économique non moins massif arrêtera les gens qui « confondent l’Autriche et l’Australie » dans leur quête démente d’hégémonie mondiale par la violence.

 

The Saker

Cet article a été rédigé pour Unz Review

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Diane pour le Saker francophone 367.