Prépare-t-on la guerre contre la Russie?

par Karl Müller

Horizons et débats (Zeit-Fragen) Zurich, 27 novembre 2017

Dans son édition du 13 novembre 2017, la «Neue Zürcher Zeitung» a publié, en discours indirect, le dernier message de Donald Trump sur Twitter. Le 12 novembre, le président aurait écrit que «seuls les personnes haineuses et idiotes n’ont pas encore compris que de bonnes relations avec la Russie sont une excellente chose, car avec la Corée du Nord, la Syrie, l’Ukraine et le terrorisme, il y a suffisamment de problèmes à résoudre et l’aide de la Russie pourrait être ‹extrêmement utile›». En effet, au cours du sommet de l’APEC [Coopération économique pour l’Asie-Pacifique] au Vietnam, les présidents américain et russe se sont rencontrés et ont convenu d’importants pas à faire en direction de la fin de la guerre en Syrie (cf. encadré ci-dessous). Donc, tout irait-il pour le mieux?
Quelle direction la politique des Etats-Unis prend-elle?
Il y a des événements qui nourrissent le doute. Puis, il faut se poser une question décisive: à quel point de tels messages Twitter du président américain sont-ils honnêtes et fiables et sera-t-il en mesure d’imposer de telles positions dans les futures relations américano-russes? En opposition aux nombreux va-t-en-guerre dans les rangs des deux partis et dans les médias? En opposition au complexe militaro-industriel? En opposition aux forces de l’«Etat profond» misant sur la guerre? En opposition à la partie des banques, des fonds spéculatifs etc. qui – comme malheureusement très souvent au cours de l’Histoire – profitent des conflits et des guerres?
Parfois, on est tenté de croire que la politique américaine se réserve toutes les options. Y compris les préparatifs de guerre, option, dont on ne parle pas ouvertement, notamment en Europe. Les grands médias alignés de langue allemande ont donc caché qu’actuellement, les Etats-Unis ont énormément augmenté les effectifs de leurs Forces d’opération spéciales [Special Operation Forces] en Europe. Les lecteurs de langue allemande ont pu s’en informer en lisant les nouvelles du 8 novembre sur le site RT Deutsch. Cette chaîne internet avait repris et commenté cette information d’un site américain (cf. article ci-dessus) du 3 novembre. Selon cette source, un nombre grandissant de ces forces spéciales américaines sont stationnées dans les pays limitrophes de la Russie. Au cours de l’année 2017, elles auraient déjà participé à de nombreuses manœuvres militaires. Leur leitmotiv était la lutte «contre l’ennemi à l’Est».
Le seul objectif: des frappes militaires jusqu’au cœur de la Russie …
De côté officiel, on affirme que la présence accrue de troupes a comme seul but la protection des pays d’Europe de l’Est contre «une agression russe». Cependant, l’analyse de RT Deutsch laisse songeur: «[…] si le but principal était réellement la défense, les Etats baltes auraient besoin d’une formation classique pour les systèmes de défense, afin d’être en mesure de protéger leurs frontières. Les Forces d’opération spéciales ne dispensent cependant pas de telles formations. Toutes les formations spéciales engagées en Europe sont pratiquement sans exception des unités de commandos à caractère offensif telles les Navy SEALs, les US-Marines ou les Green Berets.» L’analyste américain lui-même écrit déjà dans la deuxième phrase de son texte: «Il ne peut y avoir d’autre but que celui de se donner les capacités de réaliser des frappes militaires jusqu’au cœur du territoire russe.»
… parce que la Russie dérange
RT Deutsch entretient de bons rapports avec la Russie, ce qui fera dire à certains: Voilà donc un nouveau cas de propagande russe (= «fake news»). Cependant, quiconque le désire peut vérifier les faits. Un regard dans les livres d’histoire pourrait également être bien utile. Il n’est pas même nécessaire de consulter Halford Mackinder et sa «théorie du Heartland» pour réaliser que l’image répandue en Occident de «L’ennemi Russie» [«Feindbild Russland», titre d’un excellent livre du journaliste autrichien Hannes Hofbauer] n’a pas commencé avec le communisme soviétique et n’a pas trouvé son terme avec sa disparition. Une grande Russie unie, riche en ressources naturelles et indépendante dérange les plans hégémonistes, toujours et encore maintenus, des va-t’en-guerre anglo-saxons et de leurs alliés. Même quand ces alliés sont traités comme des vassaux. Mais ils semblent toujours prêts, le cas échéant, à sacrifier leurs peuples et leurs Etats de manière insensée.
Détourner les yeux ne sert à rien
La conclusion est donc la suivante: malgré les nombreux messages Twitter du président américain, le gouvernement actuel permet de continuer à préparer la guerre contre la Russie, petit à petit et de belle lurette – cela ne date pas de 2014. Cette guerre est prévue d’être menée également avec des soldats, des bombes et des missiles – au cas où les agresseurs ne réussiraient pas à mettre la Russie à genoux ou à la détruire de l’intérieur. Ne nous berçons pas en illusions: une guerre «moderne» contre la Russie demanderait des millions de victimes. Détourner les yeux ne sert à rien. Ce ne sont que les petits enfants qui croient qu’on ne les voit pas quand ils se couvrent les yeux. Personne ne sait ce qu’il va réellement se passer. Mais il n’est sûrement pas erroné de prendre connaissance de la réalité des préparatifs de guerre occidentaux et de les dénoncer publiquement, tout en prenant aux sérieux les messages Twitter du président américain disant: non à la guerre. «War is obsolete!»

Un monde en péril

Noam Chomsky interviewé par David Barsamian

3 octobre 2017-10-20

Source : http://lesakerfrancophone.fr/un-monde-en-peril-une-interview-de-noam-chomsky

Source originaire :

http://www.tomdispatch.com/post/176333/tomgram%3A_noam_chomsky_and_david_barsamian%2C_a_world_in_peril/

Donald Trump Hosts Nevada Caucus Night Watch Party In Las Vegas
LAS VEGAS, NV – FEBRUARY 23: Republican presidential candidate Donald Trump speaks at a caucus night watch party at the Treasure Island Hotel & Casino on February 23, 2016 in Las Vegas, Nevada. The New York businessman won his third state victory in a row in the « first in the West » caucuses. (Photo by Ethan Miller/Getty Images)

 

David Barsamian : – Vous avez  déjà parlé de la différence entre la bouffonnerie de Trump, qui est sans cesse couverte par les médias, et les politiques qu’il s’efforce d’adopter, qui reçoivent moins d’attention. Pensez-vous qu’il a des objectifs de politique économique ou internationale cohérents ?  Qu’est-ce que Trump a réussi à accomplir dans ses premiers mois au pouvoir ?

Noam Chomsky : –  Il y a un processus de diversion en cours, peut-être juste un résultat naturel dû aux caractéristiques du personnage central et à ceux qui font le travail en arrière plan.

À un certain niveau, les pitreries de Trump font en sorte que l’attention se concentre sur lui, et peu importe la manière. Qui se souvient encore de l’accusation selon laquelle des millions d’immigrants clandestins auraient voté pour Clinton, privant le pathétique petit homme de sa grande victoire ? Ou l’accusation selon laquelle Obama aurait mis sur écoute la Trump Tower ? Les affirmations en elles-mêmes n’ont pas vraiment d’importance. Il suffit que l’attention soit détournée de ce qui se passe en arrière-plan. Là, hors de portée des projecteurs, la frange la plus sauvage du Parti républicain avance avec soin les politiques destinées à enrichir sa véritable circonscription : la circonscription du pouvoir privé et de la richesse, « les maîtres de l’humanité », pour reprendre la phrase d’Adam Smith.

Ces politiques vont nuire à la population générale et dévaster les générations futures, mais cela ne préoccupe guère les Républicains. Ils ont essayé de faire adopter des lois toutes aussi destructrices pendant des années. Paul Ryan, par exemple, a longtemps annoncé son idéal d’éliminer virtuellement le gouvernement fédéral, à l’exception du service militaire – bien que dans le passé, il ait emballé ses propositions dans des feuilles de calcul afin qu’elles aient l’air sérieuses pour les commentateurs. Maintenant, alors que l’attention est concentrée sur les dernières folies de Trump, le gang Ryan et la branche exécutive verrouillent la législation pour saper les droits des travailleurs, paralyser la protection des consommateurs et nuire gravement aux communautés rurales. Ils cherchent à dévaster les programmes de santé, à diminuer les impôts qui permettent de les financer de manière à continuer à enrichir leurs soutiens politiques et à éviscérer la loi Dodd-Frank, qui impose des contraintes bien nécessaires au système financier prédateur qui s’est développé pendant la période néolibérale.

Ce n’est qu’un exemple de la façon dont la massue de démolition est brandie par le Parti républicain qui est de nouveau au pouvoir. En effet, ce n’est plus un parti politique au sens traditionnel du terme. Les analystes politiques conservateurs, Thomas Mann et Norman Ornstein, l’ont décrit plus précisément comme une « insurrection radicale », qui a abandonné la politique parlementaire normale.

Une grande partie de ce travail se déroule furtivement, en séances à huis clos, avec le moins de publicité possible. D’autres politiques républicaines sont plus ouvertes, comme se retirer de l’accord de Paris sur le climat, isolant ainsi les États-Unis et en faisant un État paria qui refuse de participer aux efforts internationaux pour faire face à la catastrophe environnementale imminente. Pire encore, ils ont l’intention de maximiser l’utilisation des combustibles fossiles, y compris les plus dangereux ; de démanteler tous les règlements ; de réduire fortement la recherche et le développement de sources d’énergie alternatives, qui seront bientôt nécessaires pour une survie décente.

Les raisons qui animent ces politiques sont multiples. Certaines sont simplement un retour d’ascenseur aux soutiens financier. D’autres, qui ne préoccupent guère les « maîtres de l’humanité », sont faites pour conserver la confiance du groupe électoral que les Républicains ont rassemblé à la hâte, car les politiques républicaines s’étaient déplacées si loin vers la droite qu’elles n’attiraient plus les électeurs. Par exemple, mettre fin à l’aide à la planification familiale n’est pas un service aux financiers. En effet, ce groupe aurait plutôt tendance à soutenir le planning familial. Mais mettre fin à ce soutien contente la base chrétienne évangélique – des électeurs qui ferment les yeux sur le fait qu’ils préconisent effectivement plus de grossesses non désirées et, par conséquent, augmentent la fréquence de recours à l’avortement, dans des conditions dangereuses et même mortelles.

Tous les dommages ne peuvent être imputés au charlatan qui est théoriquement responsable, à ses nominations extravagantes ou aux forces du Congrès qu’il a déchaînées. Certains des développements les plus dangereux sous Trump remontent aux décisions d’Obama, décisions prises, bien sûr, sous la pression du Congrès républicain.

Le plus dangereux de tout cela a à peine été signalé. Une étude très importante publiée en mars 2017 dans le Bulletin of the Atomic Scientists révèle que le programme de modernisation des armes nucléaires d’Obama a augmenté « d’un facteur d’environ trois le pouvoir destructeur des missiles balistiques étasuniens existants et cela correspond exactement ce que l’on pourrait attendre d’un État doté d’armes nucléaires qui prévoirait d’avoir la capacité de combattre et de gagner une guerre nucléaire en désarmant ses ennemis par une première frappe surprise ». Comme le soulignent les analystes, cette nouvelle capacité compromet la stabilité stratégique dont dépend la survie humaine. Et le bilan effrayant des catastrophes et du comportement imprudent des dirigeants au cours des dernières années montre bien à quel point notre survie est fragile. Ce programme est perpétué par Trump. Ces développements, associés à la menace d’un désastre environnemental, jettent une ombre sur tout le reste – et sont à peine discutés car l’attention est attirée par les performances de l’acteur au centre de la scène.

Il n’est pas facile de discerner si Trump a une idée de ce que lui et ses acolytes font. Peut-être est-il tout à fait authentique : un mégalomane ignorant et fragile, dont la seule idéologie est lui-même. Mais ce qui se passe sous la domination de l’aile extrémiste des Républicains est bien visible.

– Voyez-vous une activité encourageante du côté des Démocrates ? Ou est-il temps de commencer à penser à un troisième parti ?

– Il faut d’abord bien y réfléchir. La caractéristique la plus remarquable de l’élection de 2016 a été la campagne de Bernie Sanders, qui a brisé l’ordre établi aux États-Unis par plus d’un siècle d’histoire politique. Un corpus substantiel de recherches en science politique établit de façon convaincante que les élections sont à peu près acquises ; le financement de la campagne est à lui seul un indicateur remarquable de réussite, tant pour le Congrès que pour la présidence. Il indique également les futures décisions des élus. Par conséquent, une majorité considérable de l’électorat – ceux au bas de l’échelle des revenus – est effectivement privée de ses droits, dans la mesure où ses représentants ne tiennent pas compte de ses préférences. Dans cette optique, la victoire d’une star de la télévision milliardaire avec un soutien médiatique important est peu surprenante : soutien direct de la chaîne câblée de premier plan, Fox News, de Rupert Murdoch, et de la très influente radio de droite ; soutien indirect mais conséquent du reste des grands médias, qui est resté fasciné par les pitreries de Trump et les recettes publicitaires qu’elles ont entraînées.

La campagne Sanders, par contre, a fortement rompu avec ce modèle en vigueur. Sanders était à peine connu. Il n’a pratiquement obtenu aucun soutien des principales sources de financement, a été ignoré ou tourné en dérision par les médias, étiqueté avec le mot effrayant de « socialiste ». Pourtant il est maintenant, et de loin,  la figure politique la plus populaire dans le pays.

Le succès de la campagne Sanders montre au moins que de nombreuses options peuvent être mises en œuvre malgré le cadre biparti institutionnel, malgré toutes les barrières institutionnelles qui s’y opposent. Pendant les années Obama, le Parti démocrate s’est désintégré aux niveaux local et étatique. Le parti avait déjà abandonné en grande partie la classe ouvrière, et même fait pire avec les politiques commerciales et fiscales de Clinton qui ont sapé le secteur manufacturier américain et l’emploi relativement stable qu’il fournissait.

Les propositions politiques progressives ne manquent pas. Le programme développé par Robert Pollin dans son livre Greening the Global Economy est une approche très prometteuse. Le travail de Gar Alperovitz sur la construction d’une démocratie authentique basée sur l’autogestion des travailleurs en est une autre. Des mises en œuvre pratiques de ces approches et des idées associées se concrétisent de différentes manières. Les organisations populaires, dont certaines sont issues de la campagne Sanders, sont activement engagées pour profiter des nombreuses occasions qui s’offrent à elles.

Parallèlement, le cadre biparti établi, bien que vénérable, n’est nullement gravé dans la pierre. Que ces dernières années les institutions politiques traditionnelles déclinent dans les démocraties industrielles sous l’effet de ce qu’on appelle le « populisme » n’est pas un secret. Ce terme est plutôt utilisé pour parler de la vague de mécontentement, de colère et de mépris des institutions qui a accompagné l’assaut néolibéral de la génération précédente qui a conduit à la stagnation de la majorité d’un côté et à la concentration spectaculaire de la richesse dans les mains de quelques-uns de l’autre.

Le fonctionnement démocratique s’érode sous l’effet naturel de la concentration du pouvoir économique, qui se transforme en pouvoir politique par des moyens que l’on connaît bien, mais aussi par des raisons plus profondes et de principe. La doctrine en cours veut que le transfert de la prise de décision du secteur public vers le « marché » contribue à la liberté individuelle, mais la réalité est différente. Le transfert va d’institutions publiques, dans lesquelles les électeurs ont leur mot à dire, dans la mesure où la démocratie fonctionne, aux tyrannies privées – les entreprises qui dominent l’économie – sur lesquelles les électeurs n’ont aucun mot à dire. En Europe, il existe une méthode encore plus directe pour ébranler la menace de la démocratie : faire prendre des décisions cruciales par une troïka non élue – le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et la Commission européenne – qui tient compte des vœux des banques du nord de l’Europe et de la communauté des créanciers, et non pas des électeurs.

Ces politiques sont faites de sorte que la société n’existe plus, la célèbre description de Margaret Thatcher du monde tel qu’elle le perçoit ou, plus précisément, espère le créer : un monde où il n’y a pas de société, seulement des individus. C’était la paraphrase involontaire par Thatcher de la condamnation amère de Marx de la répression en France, qui a laissé la société comme un « sac de pommes de terre », une masse amorphe qui ne peut pas fonctionner. Dans le cas présent, le tyran n’est pas un dirigeant autocratique – au moins en Occident – mais une concentration de pouvoirs privés.

L’effondrement des institutions dirigeantes centristes a été évidente lors des dernières élections : en France, mi-2017, et aux États-Unis quelques mois plus tôt où les deux candidats qui ont mobilisé les forces populaires étaient Sanders et Trump − même si Trump n’a pas tardé à démontrer la fraude de son « populisme » en s’assurant rapidement que les éléments les plus durs de l’ancien établissement seraient solidement installés au pouvoir du luxuriant « marécage ».

Ces processus pourraient conduire à la rupture du monolithique système américain basé sur un parti unique, celui du monde des affaires, divisé en deux factions concurrentes, avec les électeurs passant de l’un à l’autre au fil du temps. C’est l’occasion pour un véritable « parti populaire » d’émerger, un parti dont la base électorale serait réellement les électeurs, et dont les valeurs directrices mériteraient le respect.

– Le premier voyage à l’étranger de Trump a été pour l’Arabie saoudite. Quelle signification y voyez-vous et qu’est-ce que cela signifie pour les politiques moyen-orientales ? Et que pensez-vous de l’agressivité de Trump envers l’Iran ?

– L’Arabie saoudite est le genre d’endroit où Trump se sent chez lui : une dictature brutale, misérablement répressive (notoirement pour les droits des femmes, mais dans beaucoup d’autres domaines aussi), le premier producteur de pétrole (maintenant dépassé par les États-Unis), et beaucoup d’argent. Le voyage a généré de massives promesses de vente d’armes – ce qui a beaucoup plu à son électorat – et de vagues annonces d’autres dons saoudiens. L’une des conséquences de ce voyage est que les amis saoudiens de Trump ont reçu le feu vert pour intensifier leurs atrocités honteuses au Yémen et pour discipliner le Qatar, qui a été une ombre trop indépendante des maîtres saoudiens. L’Iran a aussi été un facteur. Le Qatar partage un champ de gaz naturel avec l’Iran et entretient des relations commerciales et culturelles, désapprouvées par les Saoudiens et leurs associés, avec ce pays.

L’Iran est depuis longtemps considéré par les dirigeants et les médias américains comme un pays extrêmement dangereux, peut-être le plus dangereux de la planète. Cela remonte à bien avant Trump. Dans ce système doctrinal, l’Iran est une double menace : il est le principal partisan du terrorisme, et ses programmes nucléaires constituent une menace existentielle pour Israël, sinon pour le monde entier. Il est si dangereux qu’Obama a dû installer un système avancé de défense aérienne près de la frontière russe pour protéger l’Europe des armes nucléaires iraniennes – qui n’existent pas et que, de toute façon, les dirigeants iraniens n’utiliseraient que s’ils étaient possédés par le désir d’être, en retour, instantanément incinérés.

C’est cela le système doctrinal. Dans le monde réel, le soutien iranien au terrorisme se traduit par un soutien au Hezbollah, dont le crime majeur est qu’il est le seul moyen de dissuasion contre une autre invasion israélienne destructrice du Liban, et au Hamas, qui a remporté des élections libres dans la bande de Gaza, crime qui a instantanément suscité des sanctions sévères et a conduit le gouvernement américain à préparer un coup d’État militaire. Il est vrai que les deux organisations peuvent être accusées d’actes terroristes, bien que complètement différents de ceux qui découlent de l’implication de l’Arabie saoudite dans la formation et les actions des réseaux djihadistes.

En ce qui concerne les programmes d’armement nucléaire de l’Iran, les services de renseignement américains ont confirmé ce que chacun peut facilement savoir : s’ils existent, ils font partie de la stratégie de dissuasion de l’Iran. Il y a aussi le fait inacceptable que toute préoccupation concernant les armes de destruction massive (ADM) iraniennes puisse être atténuée en répondant simplement à l’appel iranien pour établir une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient. Une telle zone est fortement soutenue par les États arabes et la majeure partie du reste du monde mais est bloquée, principalement par les États-Unis qui souhaitent protéger les capacités en ADM d’Israël.

Si on l’observe bien, on voit que ce système doctrinal s’effondre, il nous reste donc à trouver les vraies raisons de l’agressivité américaine envers l’Iran. Les possibilités viennent facilement à l’esprit. Les États-Unis et Israël ne peuvent pas tolérer une force indépendante dans une région qu’ils considèrent comme la leur. Un Iran avec une dissuasion nucléaire est inacceptable pour les États voyous qui veulent se déchaîner comme ils le souhaitent dans tout le Moyen-Orient. Mais il y a plus que cela. Washington  ne pardonne pas à l’Iran d’avoir renversé le dictateur qu’elle avait installé lors d’un coup d’État militaire en 1953, un coup qui a détruit le régime parlementaire iranien et son espoir de pouvoir bénéficier de ses propres ressources naturelles. Le monde est trop complexe pour toute simple description, mais cela me semble être le centre de l’histoire.

Cela ne ferait non plus pas de mal de rappeler qu’au cours des six dernières décennies, à peine un jour ne s’est passé sans que Washington ne tourmente les Iraniens. Après le coup d’État militaire de 1953, les États-Unis ont appuyé un dictateur décrit par Amnesty International comme un des principaux violeurs des droits humains. Immédiatement après son renversement, l’invasion de l’Iran par Saddam Hussein, soutenue par les États-Unis, ne fut pas une mince affaire. Des centaines de milliers d’Iraniens ont été tués, beaucoup par des armes chimiques. Le soutien de Reagan à son ami Saddam était si extrême que lorsque l’Irak a attaqué un navire américain, l’USS Stark, tuant 37 marins américains, il n’a reçu, en réponse, qu’une légère tape sur les doigts. Reagan a également cherché à accuser l’Iran d’avoir perpétré des attaques chimique horribles sur les Kurdes irakiens, en réalité lancées par Saddam.

Finalement, les États-Unis sont intervenus directement dans la guerre Iran-Irak, conduisant à la capitulation amère de l’Iran. Par la suite, George W. Bush a invité les ingénieurs nucléaires irakiens aux États-Unis pour une formation avancée sur la production d’armes nucléaires – une menace extraordinaire pour l’Iran, indépendamment de ses autres implications. Et, bien sûr, Washington a été le moteur des sévères sanctions contre l’Iran qui continuent à ce jour.

Trump, de son côté, a rejoint les dictateurs les plus durs et les plus répressifs en criant des imprécations contre l’Iran. De plus, l’Iran organisait des élections lors du voyage de Trump au Moyen-Orient, une élection qui, même si elle n’était pas parfaite, serait impensable sur la terre de ses hôtes saoudiens, qui sont également la source de l’islamisme radical qui empoisonne la région. Mais l’agressivité étasunienne contre l’Iran va bien au-delà de Trump lui-même. Elle touche aussi ceux considérés comme les « adultes » de l’administration Trump, comme James « Mad Dog » Mattis, le secrétaire à la Défense. Et elle remonte à loin.

– Quels sont les enjeux stratégiques pour la Corée ? Peut-on faire quelque chose pour désamorcer ce conflit qui prend de l’ampleur ?

– La Corée est un problème qui persiste depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les espoirs des Coréens pour l’unification de la péninsule ont été bloqués par l’intervention des grandes puissances, les États-Unis en portant la responsabilité première.

La dictature nord-coréenne pourrait bien gagner le prix de la brutalité et de la répression, mais elle cherche, et dans une certaine mesure atteint, un certain niveau de développement économique, malgré le fardeau écrasant d’un énorme système militaire. Ce système comprend bien entendu un arsenal croissant d’armes nucléaires et de missiles, qui constituent une menace pour la région et, à plus long terme, pour des pays au-delà – mais sa fonction étant de dissuader, il est peu probable que le régime nord-coréen l’abandonne tant qu’il est sous la menace d’une destruction.

Aujourd’hui, on nous dit que le grand défi auquel le monde est confronté est de savoir comment contraindre la Corée du Nord à geler ses programmes nucléaires et balistiques. Ainsi, on devrait peut être recourir à plus de sanctions, à la cyberguerre, à l’intimidation ; au déploiement du système antimissile de la Défense terrestre à haute altitude (THAAD), que la Chine considère comme une menace sérieuse pour ses propres intérêts ; peut-être même attaquer directement la Corée du Nord, ce qui entraînerait des bombardements massifs en représailles, dévastant Séoul et une grande partie de la Corée du Sud, sans même utiliser d’armes nucléaires.

Mais il y a une autre option qui semble être ignorée : nous pourrions simplement accepter l’offre de la Corée du Nord de faire ce que nous demandons. La Chine et la Corée du Nord ont déjà proposé que la Corée du Nord gèle ses programmes nucléaires et de missiles. La proposition, pourtant, a été rejetée immédiatement par Washington, tout comme elle l’avait été deux ans plus tôt, car elle comprend une contrepartie : elle appelle les États-Unis à mettre fin à leurs exercices militaires menaçants aux frontières de la Corée du Nord, dont les simulations d’attaque nucléaires par des B-52.

La proposition sino-nord-coréenne n’est guère déraisonnable. Les Nord-Coréens se souviennent bien que leur pays a été littéralement écrasé par les bombardements américains, et beaucoup se souviennent peut-être de la façon dont les forces américaines ont bombardé de grands barrages quand il n’y avait plus d’autres cibles. Il y avait des rapports joyeux dans les publications militaires américaines au sujet du spectacle passionnant d’un énorme flot d’eau anéantissant les cultures de riz dont dépend l’« Asie » pour sa survie. Ils valent vraiment la peine d’être lus, une partie utile de la mémoire historique.

L’offre de geler les programmes nucléaires et balistiques de la Corée du Nord en échange de l’arrêt des actes provocateurs sur la frontière nord-coréenne pourrait être la base de négociations plus approfondies qui pourraient réduire radicalement la menace nucléaire et même résoudre la crise nord-coréenne. Contrairement à beaucoup de commentaires enflammés, il y a de bonnes raisons de penser que de telles négociations pourraient réussir. Pourtant, même si les programmes nord-coréens sont constamment décrits comme étant peut-être la plus grande menace à laquelle nous sommes confrontés, la proposition sino-nord-coréenne est inacceptable pour Washington et rejetée par les observateurs américains avec une unanimité impressionnante. C’est une autre entrée dans le dossier honteux et déprimant de cette préférence quasi-automatique pour la force alors que des options pacifiques sont disponibles.

Les élections sud-coréennes de 2017 pourraient offrir une lueur d’espoir. Le président qui vient d’être élu, Moon Jae-in, semble vouloir inverser la politique de dure confrontation de son prédécesseur. Il a appelé à explorer les options diplomatiques et à prendre des mesures pour la réconciliation, ce qui est certainement une amélioration par rapport à ces agitations de colère qui pourraient conduire à un vrai désastre.

– Vous avez par le passé exprimé des inquiétudes au sujet de l’Union européenne. Que pensez-vous qu’il adviendra alors que l’Europe devient moins liée aux États-Unis et au Royaume-Uni?

– L’UE est confrontée à des problèmes fondamentaux, notamment une monnaie unique sans union politique. Mais elle a également de nombreuses caractéristiques positives. Il y a quelques idées sensées visant à sauver ce qui est bon et à améliorer ce qui ne l’est pas. L’initiative DiEM25 de Yanis Varoufakis pour une Europe démocratique est une approche prometteuse.

Le Royaume-Uni a souvent été un substitut des États-Unis dans la politique européenne. Le Brexit pourrait encourager l’Europe à adopter un rôle plus indépendant dans les affaires mondiales, cela pourrait être accéléré par les politiques de Trump qui nous isolent de plus en plus du reste du monde. Pendant qu’il crie fort et brandit son énorme bâton, la Chine prend les devants au niveau des politiques énergétiques mondiales tout en étendant son influence vers l’ouest et, finalement, jusqu’à l’Europe, par le biais de l’Organisation de coopération de Shanghai et la Nouvelle Route de la Soie.

Que l’Europe puisse devenir une « troisième force » indépendante est un sujet de préoccupation pour les planificateurs américains depuis la Seconde Guerre mondiale. Il y a eu de longues discussions sur la conception gaulliste d’une Europe allant de l’Atlantique à l’Oural ou, plus récemment, sur la vision de Gorbatchev d’une Europe commune de Bruxelles à Vladivostok.

Quoi qu’il arrive, l’Allemagne est sûre de conserver un rôle dominant dans les affaires européennes. Il est plutôt surprenant d’entendre une chancelière allemande conservatrice, Angela Merkel, faisant la leçon à son homologue américaine sur les droits de l’homme et prendre l’initiative, au moins pour un temps, de se confronter à la question des réfugiés qui montre la profonde crise morale de l’Europe. D’autre part, l’insistance de l’Allemagne pour l’austérité, sa paranoïa envers l’inflation et sa politique de promotion des exportations tout en limitant la consommation intérieure ne portent pas une mince responsabilité dans la détresse économique de l’Europe, en particulier dans la situation désastreuse des économies périphériques. Cependant, dans le meilleur des cas et sans aller trop loin dans l’imagination, l’Allemagne pourrait influencer l’Europe afin qu’elle devienne une force généralement positive dans les affaires mondiales.

– Que pensez-vous du conflit entre l’administration Trump et les services de renseignement états-uniens ? Croyez-vous en « l’État profond » ?

Une bureaucratie de la sécurité nationale existe depuis la Seconde Guerre mondiale. Et les analystes de la sécurité nationale, au sein et en dehors du gouvernement, ont été consternés par les nombreux et sauvages dérapages de Trump. Leur consternation est partagée par les crédibles experts qui ont mis en place l’Horloge de Fin du monde, puisqu’ils l’ont avancée à deux minutes et demie avant minuit sitôt que Trump a pris ses fonctions ; le plus proche du désastre terminal depuis 1953, lorsque les États-Unis et l’URSS ont fait exploser des bombes thermonucléaires. Mais je vois peu de signes que cela aille plus profond que cela, qu’il y aurait une conspiration secrète par un « État profond ».

– En conclusion, à l’approche de votre 89e anniversaire, je me demandais : avez-vous une théorie à propos de la longévité ?

– Oui et elle est simple, vraiment. Si vous roulez à vélo et que vous ne voulez pas tomber, vous devez continuer à rouler, et vite.

Noam Chomsky 

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

 

Que peut faire Trump ?

par Paul Craig Roberts

4 août 2017

Source : http://lesakerfrancophone.fr/que-peut-faire-trump

Source originaire : katehon

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Donald Trump, en tant que président des États-Unis, était l’espoir de l’humanité, ou bien, devrais-je dire, l’espoir de cette partie de l’humanité consciente du danger inhérent à la provocation de conflits entre puissances nucléaires.

 

Pendant deux décennies, les régimes Clinton, George W. Bush et Obama ont jeté des bâtons, des pierres et des injures à l’ours russe. Les États-Unis ont rompu l’accord de sécurité en aggravant la menace que la Russie perçoit, en menant des jeux de guerre aux frontières de ce pays, en organisant un coup d’État en Ukraine – une province qui a appartenu à la Russie pendant des siècles – et en entretenant un flot ininterrompu d’accusations fallacieuses.

Le résultat de cette politique irresponsable, inconsidérée et imprudente envers la Russie a été l’annonce par le haut commandement russe, il y a quelques semaines – ignorée par les médias américains – qu’il avait conclu que Washington préparait une attaque nucléaire surprise contre la Russie.

C’est l’événement le plus alarmant de ma vie. Maintenant que les criminels insensés de Washington ont convaincu la Russie que celle-ci est dans les plans de guerre de Washington, la Russie n’a d’autre alternative que de se préparer à frapper la première.

Pendant la Guerre froide, les deux côtés ont reçu de nombreuses fausses alarmes sur des missiles balistiques ICBM entrants, mais parce que les deux parties travaillaient à réduire les tensions, les alarmes sont restées lettres mortes. Mais aujourd’hui, alors que Washington a élevé les tensions à un tel niveau, les deux parties risquent de croire à la fausse alarme. La prochaine fausse alarme pourrait entraîner la fin de la vie sur terre, et pour cela il n’y a personne d’autre à blâmer que Washington.

L’accent que Trump a mis sur la normalisation des relations avec la Russie a été un grand soulagement pour les personnes suffisamment intelligentes pour comprendre les conséquences de la guerre nucléaire. Mais aucune de ces personnes n’est à Washington, au Parti démocrate, au Parti républicain, dans le complexe militaro-sécuritaire, ou parmi les organes de presse prostitués qui se font passer pour des médias en Amérique. Toutes ces personnes veulent détruire Trump parce qu’il veut faire la paix avec la Russie.

Sur les 535 membres de la Chambre des représentants et du Sénat, 530 ont voté à l’appui d’un projet de loi qui viole la séparation des pouvoirs et empêche le président Trump de mettre son veto aux sanctions contre la Russie. Comme le vote est tellement massif qu’il se protège du veto de la Maison Blanche [par plus des deux-tiers des votants], celle-ci a annoncé que Trump signera le projet de loi, renonçant ainsi à son objectif de restaurer des relations normales avec la Russie.

La Maison Blanche croit que, dans la mesure où le projet de loi est immunisé contre un veto, tout ce que Trump pourrait attendre, suite à un veto, est de se voir accusé d’être un agent russe qui exploite sa position pour protéger la Russie, ce qui pourrait facilement le conduire vers une procédure de destitution.

Cependant, il y a des choses que Trump pourrait faire, dans la mesure où le désamorçage de la menace que la Russie perçoit est essentiel pour éviter la guerre, il est impératif qu’il fasse tout son possible pour empêcher le complexe militaro-sécuritaire et ses larbins au Congrès et dans les médias de bloquer l’Amérique dans une impasse mortelle avec la Russie.

Comme je l’ai écrit hier, Trump pourrait porter sa cause devant le peuple américain dans un discours majeur en soulignant que le Congrès viole la séparation des pouvoirs, isole la présidence et lui interdit de réduire les tensions dangereuses que les administrations précédentes ont créées avec une puissance nucléaire de premier rang.

Trump pourrait également dire au Congrès que sa loi est inconstitutionnelle, qu’il ne signera pas et ne mettra pas son veto et, si le Congrès persiste, il le conduira à la Cour suprême.

Trump pourrait également téléphoner aux politiciens allemands et aux PDG des  entreprises qui ont dénoncé les sanctions comme illégales et destinées à servir les intérêts commerciaux américains au détriment de l’Allemagne. Il devrait leur dire de forcer Merkel à annoncer que l’Allemagne n’acceptera pas les sanctions. Les dirigeants de l’UE dénoncent également les sanctions. Trump, avec un peu d’effort, peut organiser l’opposition européenne jusqu’au point où il pourrait dire au Congrès que, en tant que président des États-Unis, il ne peut pas permettre à une collection d’imbéciles stupides – ce qu’est le Congrès – de détruire l’empire de Washington en expulsant les Européens. Si Trump peut amener les Européens à agir, il peut défaire le projet de loi, qui n’est réellement rien d’autre que le service rendu par le Congrès aux contributeurs du complexe militaro-sécuritaire et du lobby industriel de l’énergie à ses campagnes politiques.

Trump est un lutteur. Et c’est là le combat de Trump. Il a tout à gagner en relevant le défi, de même que le reste d’entre nous. Le monde entier devrait être derrière Trump car il n’y a personne d’autre pour désamorcer les tensions qui menacent d’une guerre nucléaire.

J’ai été émerveillé par la bêtise et les mensonges éhontés de la gauche progressiste libérale américaine, qui s’est rangée en bon ordre derrière les efforts du complexe militaro-sécuritaire pour abattre Trump, parce que la paix avec la Russie supprime la justification essentielle si nécessaire au gargantuesque budget et au pouvoir du complexe militaro-sécuritaire. Bien sûr, l’Amérique n’a plus de gauche. Elle a été remplacée par la politique identitaire, une création sioniste, comme l’explique Gilad Atzmon dans ses livres, qui s’avère efficace pour détruire les goyims en leur apprenant à se haïr les uns les autres. Dans la politique identitaire, tout le monde est victime des mâles hétérosexuels blancs, que les identitaires définissent comme un groupe de tarés accrocs aux armes à feu, misogynes, racistes et homophobes. Alors que les « déplorables » de Hillary ont voté pour Trump, la gauche libérale-progressiste hait Trump et apporte son aide au complexe militaro-sécuritaire pour le détruire, même au prix d’une guerre nucléaire.

Comme je l’avais prévu, Trump n’avait aucune idée de la façon de former un gouvernement qui serait à ses côtés et a évidemment complètement échoué. Il est continuellement contredit par son ambassadrice à l’ONU, son secrétaire au Département d’État, son conseiller de sécurité nationale, et son secrétaire à la Défense. Trump est seul dans son gouvernement.

Mais, il pourrait quand même se battre. S’adresser au peuple américain. Organiser les Européens en colère. Attaquer les criminels de Washington avant qu’ils ne détruisent le monde par la guerre.

Déjà au XXIe siècle, Washington a détruit tout ou partie de sept pays, envoyant des millions de réfugiés sur les routes qui, avec les immigrants revendiquant le statut de réfugié, modifient la population de l’Europe en l’effaçant de la surface du globe.

Voilà la récompense de l’Europe pour sa soumission à Washington.

Trump devrait dire à l’Europe : « Il est temps de faire savoir à Washington que vous en avez assez ! »

S’il ne se bat pas et se trouve éconduit par les imbéciles qui le conseillent dans le camp des oligarques dirigeants, Trump, afin de jouer son rôle de leadership, mènera les guerres américaines contre le monde. En tant que chef de guerre, il sera soutenu par l’oligarchie dirigeante, et la racaille des libéraux progressistes – qui auront aidé le complexe militaro-sécuritaire à vaincre l’initiative de Trump pour faire la paix avec la Russie – mais ne pourra plus s’appuyer sur rien.

Voici ma prédiction. La personnalité de Trump le pousse à être un leader. Après avoir été vaincu dans son initiative de paix par le complexe militaro-sécuritaire, les libéraux-progressistes, les démocrates corrompus, les républicains corrompus et les prostitués qui se font passer pour des médias, reprendront leur leadership par des guerres et des agressions contre des ennemis étrangers.

Trump a déjà imposé des sanctions illégales au Venezuela, dans l’espoir de renverser la démocratie vénézuélienne et de restaurer le règne de Washington à travers le petit groupe d’Espagnols de droite qui a traditionnellement dominé le pays.

La Russie et la Chine auraient eu la possibilité de venir en aide au Venezuela et empêcher le renversement du gouvernement démocratiquement élu par Washington, mais les deux pays manquaient de la vision nécessaire. Une fois que Washington aura renversé le gouvernement vénézuélien, il renversera le gouvernement en Équateur et retirera l’asile diplomatique à Julian Assange. Après que Assange, sous la torture, prétendra que WikiLeaks est une organisation russo-américaine financée par Donald Trump et Vladimir Poutine, il sera mis à mort, et la racaille américaine jubilera. Ensuite, Washington renversera la Bolivie et purgera le Brésil de tous ses dirigeants politiques qui n’émargent pas sur les fiches de paies de la CIA.

Ensuite, Washington va stigmatiser la Russie et la Chine comme des « nations hors-la-loi » et, entourées comme elles le sont par les sites de missiles nucléaires américains, Washington exigera la capitulation ou la destruction.

Tout cela semble être un fantasme, n’est-ce pas ? Mais c’est bien réel.

 

Trump’s Choices

Paul Craig Roberts

040817

Source : Katehon 040817

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Donald Trump as President of the United States was humanity’s hope, or, I should say, the hope of that part of humanity aware of the danger inherent in provoking conflict between nuclear powers. For two decades, the Clinton, George W. Bush, and Obama regimes have thrown sticks, stones, and nasty words at the Russian bear. The US has broken and withdrawn from security agreement after security agreement and has compounded the threat that Russia sees by conducting war games on Russia’s borders, staging a coup in Ukraine, a province of Russia for centuries, and by a continuous stream of false accusations against Russia.

The result of this irresponsible, thoughtless, and reckless policy toward Russia was the announcement a few weeks ago (ignored by the US media) by the Russian high command that Russian military planners have concluded that Washington is preparing a surprise nuclear attack on Russia

This is the most alarming event of my lifetime. Now that Washington’s criminally insane have convinced Russia that Russia is in Washington’s war plans, Russia has no alternative but to prepare to strike first.

During the Cold War both sides received numerous false alarms of incoming ICBMs, but because both sides were working to reduce tensions, the alarms were disbelieved. But today with Washington having raised tensions so high, both sides are likely to believe the false alarm. The next false alarm could bring the end of life on earth, and for this there is no one to be blamed but Washington.

Trump’s emphasis on normalizing relations with Russia was a great relief to people sufficiently intelligent to understand the consequences of nuclear war. But none of these people are in Washington, the Democratic Party, the Republian Party, the military/security complex, or among the presstitutes that pass for a media in America. All of these people want to destroy Trump because he wants to make peace with Russia.

Of the 535 members of the House and Senate, 530 voted in support of a bill that violates the separation of powers and prevents President Trump from removing sanctions on Russia. As the vote is so over-whelming that it is veto proof, the White House has announced that Trump will sign the bill, thus surrendering and giving up on his goal of restoring normal relations with Russia.

The White House believes that as the bill is veto proof, all that Trump could achieve by a veto is to prove the charges that he is a Russian agent and is using his office to protect Russia, and this could easily be turned into an impeachment proceeding.

However, there are things Trump could do, and since defusing the threat that Russia sees is essential to the avoidance of war, it is imperative that Trump do everything he can to prevent the military/security complex and its servants in Congress and the media from locking America into deadly conflict with Russia.

As I wrote yesterday (http://www.paulcraigroberts.org/2017/07/31/witch-hunt-donald-trump-surpasses-salem-witch-trials-1692-93/), Trump could take his case to the American people in a major speech and point out that Congress is violating the separation of powers, hamstringing the power of the presidency, and making it illegal for him to reduce the dangerous tensions that previous administrations have created with a major nuclear power.

Trump could also tell Congress that their law is unconstitutional and that he won’t sign or veto the bill, and if Congress persists he will take it to the Supreme Court.

Trump could also get on the telephone with the German politicians and corporate CEOs who have denounced the sanctions as illegal and intended to serve US business interests at the expense of Germany. He should tell them to force Merkel to announce that Germany will not accept the sanctions. The EU leadership also denounces the sanctions. Trump, with a little effort, can organize so much European opposition that he can tell Congress that as the President of the United States he cannot permit a collection of mindless morons, which is what Congres is, to destroy Washington’s empire by driving Europeans out of it. If Trump can get the Europeans to act, he can defeat the bill, which is really nothing but Congress’ service to its political campaign contributors in the military/security complex and the US energy industry.

Trump is a fighter. And this is Trump’s fight. He has everything to gain by rising to the challenge, and so do the rest of us. The entire world should get behind Trump as there is no one else to defuse the tensions that are leading to nuclear war.

I have been amazed at the stupidity and mendacity of the American liberal-progressive-left, who have fallen in line with the military/security complex’s effort to destroy Trump, because peace with Russia takes away the orchestrated enemy so essential to the budget and power of the military/security complex. Of course, America no longer has a left. The left has been displaced by Identity Politics, a Zionist creation, as Gilad Atzmon explains in his books, that is proving effective in destroying the goyim by teaching them to hate one another. In Identity Politics, everyone is the victim of white heterosexual males, whom Identity Politics defines as misogynist, racist, homophobic gun nuts—Hillary’s “Trump deplorables.” As the “deplorables” voted for Trump, the liberal-progressive-left hate Trump and are helping the military/security complex destroy him even it it means nuclear war.

As I predicted would be the case, Trump had no idea how to appoint a government that would be on his side, and obviously failed completely. He is continually contradicted by his UN ambassador, his Seretary of State, his National Security Advisor, his Secretary of Defense. Trump is alone in his government.

So, he might as well fight. Address the American people. Organize the angry Europeans. Take the fight to criminally insane Washington before the criminals destroy the world in war.

Already in the 21st century Washington has destroyed in whole or part seven countries, producing millions of refugees who, together with immigrants claiming refugee status, are altering the populations of European countries and wipng Europe off of the face of the earth. http://www.paulcraigroberts.org/2017/07/30/europe-is-history/

This is Europe’s reward for being Washington’s vassal.

Trump should say to Europe: “It is time to tell Washington that you have had enough!”

If Trump doesn’t fight and is led away by the morons advising him into the camp of the ruling oligarchs, Trump, in order to perform in a leadership role will lead American wars against the world. As a war leader he will be supported by the ruling oligarchy, and the dumbshit liberal-progressives, having helped the military/security complex defeat Trump’s initiative for peace with Russia, will have not a leg to stand on.

Here is my prediction. Trump’s personality compells him to be a leader. Trump, having been defeated in his peace initiative by the military/security complex, the liberal-progressive-left, the corrupt Democrats, the corrupt Republicans, and the whores who pass for a media will regain leadership via wars and aggression against foreign enemies.

Trump has already put illegal sanctions on Venezuela, hoping to overthrow Venezuelian democracy and restore Washington’s rule through the small group of right-wing Spanish who have traditionally dominated Venezuela.

Russia and China had a chance to come to Venezuela’s aid and to prevent the coming overthrow of the democratically elected government by Washington, but both countries lacked the necessary vision. Once Washington overthrows the Venezuelan government, Washington will overthrow the government in Ecuador and have Julian Assange’s diplomatic asylum revoked. Once Assange is tortured into claiming that Wikileaks is a Russian/American oganization financed by Donald Trump and Vladimir Putin, Assange will be put to death, and the dumbshit Americans will cheer. Then Washington will overthrow Bolivia and have a purge conducted in Brazil against all political leaders who are not on the CIA’s payroll.

Then Washington will brand Russia and China “outlaw nations” and surrounded as they will be with US nuclear missiles and ABM sites, Washington will demand surrender or destruction.

It all seems a fantasy, doesn’t it. But it is very real.

 

L’application extraterritoriale de lois américaines est incontestablement une violation du droit international

par Alfred de Zayas*

Horizons et débats

Edition française du journal Zeit-Fragen

Zurich

7 août 2017

 

Il est compréhensible que l’Allemagne et la France s’indignent des sanctions des Etats-Unis à l’égard de la Russie, car cette fois, il ne s’agit pas seulement de «morale», c’est-à-dire de la morale néolibérale, ou de l’intégrité territoriale de l’Ukraine ou de l’«autodétermination» du peuple de la Crimée mais de l’industrie américaine, du commerce et donc de beaucoup d’argent. Si les sanctions américaines entrent en vigueur en tant que telles, elles violent bien évidemment le droit international et sont incompatibles avec le droit international coutumier, le libre-échange, la Charte des Nations Unies, les dispositions de l’Organisation mondiale du commerce et plusieurs résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies, notamment la Résolution 2625.

 

Hélas, le président américain vient de signer la loi du Congrès américain et n’a pas osé opposer son veto. En effet, le Congrès américain l’a humilié avec un vote qui, concrètement, lui enlève sa compétence constitutionnelle pour gérer la politique extérieure des Etats-Unis. C’est pourquoi les responsables politiques européens doivent se mettre d’accord sur un «plan B», et prendre des mesures de rétorsion.

 

On se rend compte que les sanctions sont très bénéfiques aux sociétés américaines et très préjudiciables aux sociétés européennes, notamment aux entreprises allemandes et européennes en relation avec les réseaux de gazoduc, etc. A ces préoccupations économiques et commerciales, s’ajoute le fait que l’application extraterritoriale de lois américaines viole incontestablement le droit international ce qu’une juridiction internationale constaterait rapidement. Il faut s’adresser aux diverses instances de l’ONU – entre autres à la Cour internationale de justice de La Haye – tant dans le domaine de sa compétence à trouver des réponses aux litiges internationaux que dans celui relevant de sa fonction d’établir des expertises juridiques. Il est également possible de s’adresser à la Cour d’arbitrage permanente aussi à La Haye, à l’Organisation mondiale du commerce à Genève, etc.

 

En outre, s’y ajoutent de sérieux problèmes relevant des principes des droits de l’homme. En 2000 déjà, l’ONU a condamné toutes sanctions unilatérales dans un long rapport de l’ancienne Commission des droits de l’homme. Depuis 2014, il existe un Rapporteur spécial des Nations Unies pour les sanctions unilatérales, M. Idriss Jazairy, ayant mis en évidence les conséquences relevant des droits de l’homme dans plusieurs rapports. Il ne s’agit non seulement de violations du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, mais aussi d’articles de la Convention européenne des droits de l’homme.

 

Par ailleurs, les sanctions américaines n’ont aucune légitimité. Où sont les «preuves» de la violation du droit international par la Russie pouvant justifier ce type de sanctions? En réalité, les sanctions constituent un prétexte, une mascarade pour imposer les intérêts économiques des Etats-Unis. Il ne suffit pas d’affirmer la souveraineté et l’autodétermination des Etats européens, il faut également les défendre activement.

 

*    Alfred de Zayas est Expert indépendant des Nations Unies pour la promotion d’un ordre international démocratique et équitable.

Les nouvelles sanctions américaines contre la Russie : Une erreur stratégique

par Moon of Alabama

6 août 2017

Source: http://arretsurinfo.ch/les-nouvelles-sanctions-americaines-contre-la-russie-une-erreur-strategique/

Source originaire : http://www.moonofalabama.org/2017/08/sanctions-against-russia-are-a-failure-of-us-strategy.html

 

 

Récemment, le congrès américain a voté des sanctions contre la Fédération de Russie au motif de son ingérence présumée, mais absolument pas prouvée, dans les élections présidentielles américaines. Le vote a été quasi unanime.

Le président Trump a signé le décret. C’est une grossière erreur. Il aurait dû opposer son veto, même si cela n’aurait probablement rien changé. En signant la loi, Trump a renoncé à sa position de relative neutralité envers la Russie. Sans aucun bénéfice.

Les sanctions du Congrès sont presque toujours éternelles. L’amendement de Jackson-Vanik de 1974 a limité le commerce avec le « bloc communiste ». Il était censé favoriser l’émigration des Juifs d’Union Soviétique vers Israël. Mais la loi et ses sanctions économiques ont été maintenues après l’effondrement de l’Union soviétique début 1990, après la disparition du « bloc communiste », et longtemps après la levée de toutes les limitations à l’émigration. L’amendement n’a été abrogé qu’en 2012 et seulement pour être immédiatement remplacé par la ridicule loi Magnitsky qui a immédiatement établi une nouvelle série de sanctions contre la Fédération de Russie et ses intérêts.

C’est pour des raisons de politique intérieure que des sanctions comme l’amendement Jackson-Vanik et la loi Magnitsky ont été votées. La Russie n’aurait rien pu faire pour les éviter, ni pour les faire lever.

Les nouvelles sanctions américaines ne sont pas seulement dirigées contre la Russie, mais contre toutesles entreprises et les nations qui coopèrent avec la Russie en matière d’énergie. C’est une tentative cousue de fil blanc pour obliger les pays européens à acheter le gaz naturel liquéfié américain, qui coûte cher, à la place du gaz russe bon marché livré par pipelines. L’objectif immédiat est le pipeline Nord Stream 2, entre la Russie et l’Allemagne, qui traverse la mer Baltique pour éviter les points de potentiels conflits en Europe de l’Est. Les sanctions constituent une menace pour l’indépendance de la politique énergétique allemande. (Les autres partenaires du pipeline sont l’Autriche, la France et les Pays-Bas.) En conséquence, pour 35% des Allemands les États-Unis sont devenus la « principale menace pour le pays ». La Russie est considérée comme telle par seulement 33% des Allemands. Cette vision correspond à la perception générale dans le monde.

Ces sanctions façonneront la relation entre les États-Unis et la Russie pour les 30 prochaines années et plus. Le 2 août, le Premier ministre russe Medvedev a dit que la faiblesse du président Trump était la principale cause de ces sanctions :

Le fait que le Président des États-Unis ait signé cette série de nouvelles sanctions contre la Russie ne sera pas sans conséquences. D’abord, il met fin à l’espoir d’améliorer nos relations avec la nouvelle administration américaine. Deuxièmement, c’est une déclaration de guerre économique totale contre la Russie. Troisièmement, l’administration Trump a montré sa grande faiblesse en remettant le pouvoir exécutif au Congrès de cette manière très humiliante. Cela modifie l’équilibre du pouvoir dans les milieux politiques américains.

Qu’est-ce que tout cela signifie pour eux ? L’établissement américain a complètement triomphé de Trump ; Le président ne voulait pas des nouvelles sanctions, mais il a été obligé de signer la loi. Les nouvelles sanctions ont pour objet principal de fragiliser Trump. Ce n’est qu’une étape, le but est de l’éliminer du pouvoir. Tout acteur qui ne joue pas le jeu du système doit être supprimé. Les intérêts du monde des affaires américain sont passés à la trappe, la politique prend le pas sur le pragmatisme. L’hystérie anti-russe est devenue un élément clé de la politique étrangère des États-Unis (ce n’est pas nouveau) et de la politique intérieure (ça, c’est nouveau).

Rappelez-vous que Medvedev, en tant que leader russe, était depuis longtemps l’espoir de l’élite américaine qui le croyait plus influençable que le président russe Poutine. Medvedev pourrait bien redevenir à nouveau président. Mais aucun média américain, sauf le New York Post, n’a fait attention à sa déclaration. Cela est en soi étonnant et inquiétant. Personne aux États-Unis n’est-il capable de voir où tout cela mène ? Voilà les prédictions de Medvedev :

Le régime des sanctions a été codifié et restera en vigueur pendant des décennies, à moins d’un miracle. […] [Les relations entre la Russie et les États-Unis seront extrêmement tendues, indépendamment de la couleur politique du Congrès et quel que soit le président. Il va y avoir d’interminables arguties dans les organes et tribunaux internationaux, ainsi qu’une augmentation des tensions internationales et un refus de régler de graves problèmes internationaux.

Sur le plan économique et politique, la Russie a les capacités de faire face à ces sanctions, a dit Medvedev. Mais les États-Unis l’ont-ils ?

Pour maintenir leur suprématie sur la planète, les États-Unis doivent empêcher une alliance euro-asiatique, notamment entre la Russie et la Chine. Dans sa dernière contribution au « grand échiquier », Vers un réalignement mondial, le stratège américain Zbigniew Brzezinski – impitoyable, amoral et talentueux – affirme :

Il appartient aux États-Unis de mettre en place une politique dans laquelle au moins l’un des deux États potentiellement menaçants deviendrait un partenaire dans la quête d’une stabilité mondiale d’abord régionale puis plus large ; cela permettrait de contenir le rival le moins prévisible mais sans doute aussi le plus important à maîtriser. Actuellement le rival le plus important à contenir est la Russie, mais à plus long terme, ce pourrait être la Chine.

L’élite de la politique étrangère des États-Unis a déclaré la guerre à la Russie. La position de confrontation envers la Chine, qui était en vogue sous Obama, a clairement évolué. On ne parle plus du « pivot vers l’Asie » de Hillary Clinton / Barack Obama. L’accord anti-chinois de partenariat Trans Pacific a été annulé. Les provocations militaires contre la Chine au sud de la mer de la Chine ont été réduites et remplacées par des provocations continuelles contre la Russie en Europe de l’Est. Ces mesures sont conformes à la stratégie élaborée par Brzezinski.

La Russie a prouvé au cours de l’histoire qu’elle savait faire preuve d’imagination dans sa politique. Elle est extrêmement résistante à la pression. Avec les États-Unis dans une position moins hostile contre la Chine, Béhémoth va poursuivre sans relâche ses propres objectifs. La Russie sera bientôt l’une des principales sources chinoises d’énergie fossile et d’autres produits de base. Dans un tel contexte, il n’y a aucune raison majeure pour que la Chine et la Russie ne s’accordent pas. Il n’y aura pas de rupture russo-chinoise. Les principaux pays européens résisteront aux pressions qui mettent en danger leurs économies.

Brzezinski est aveuglé par sa haine de la Russie. (Il vient d’une famille galicio-polonaise de la petite noblesse). Sa stratégie est erronée car elle permet à la Chine d’établir sa suprématie. Même dans le cadre de la stratégie de Brzezinski, une alliance russo-européo-étatsunienne contre la poursuite chinoise de l’hégémonie aurait été ce qu’il y a de plus logique.

La stratégie d’Hillary Clinton d’accuser la Russie du fait qu’elle n’était pas populaire et qu’elle a échoué aux élections, aboutit maintenant à un échec majeur de la stratégie globale américaine. Si la Maison Blanche avait eu une vision et un projet politique, cela ne se serait pas passé comme ça, mais ce n’est pas le cas (pour l’instant) sous l’ère Trump.

Je ne vois pas comment cette stratégie, maintenant scellée dans le marbre par les sanctions du Congrès, pourra jamais apporter le moindre bénéfice aux États-Unis, au niveau mondial.

 

Contre l’unilatéralisme US : une lueur d’espoir

par Paul Craig Roberts

Le 28 juillet 2017

Source:http : //lesakerfrancophone.fr/contre-lunilateralisme-us-une-lueur-despoir

Source originaire : katheon

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L’Amérique présente  un visage décourageant depuis que, d’une part, les néoconservateurs ont dirigé la politique étrangère des États-Unis pendant le régime de Clinton et ont  amorcé deux décennies de crimes de guerre qui définissent l’Amérique du XXIe siècle et, d’autre part, depuis que les entreprises américaines ont trahi la main-d’œuvre de leur pays en déplaçant les emplois américains en Asie.

La perspective est devenue plus sombre lorsque le régime d’Obama a ressuscité la menace russe et a élevé la perspective d’un conflit militaire entre les puissances nucléaires.
Comme l’Europe est prise entre les deux, dans des circonstances normales, les pays européens auraient insisté pour que Washington cesse les provocations gratuites contre la Russie. Mais les circonstances normales n’ont jamais existé. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les pays européens ont été des vassaux sans politiques économique et étrangère indépendantes.
L’Europe accueille des bases militaires américaines qui menacent la Russie. L’Europe a soutenu les guerres d’agression de Washington contre la Serbie, l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Syrie, les attaques aériennes de Washington contre les provinces du Pakistan et l’utilisation, par Washington, de l’Arabie saoudite pour mener sa guerre par procuration contre le Yémen.
L’Europe a soutenu les sanctions économiques gratuites de Washington contre l’Iran et la Russie, des sanctions qui ont coûté beaucoup à l’Europe et peu à Washington.
Habitué à être obéi par l’Europe, Washington engage celle-ci sans même consulter leurs gouvernements vassaux. Maintenant, il semble que l’extraordinaire arrogance et l’hubris de Washington ont passé les bornes. Confronté à une nouvelle série de sanctions contre la Russie, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a déclaré que le temps était révolu où Washington pouvait faire primer ses intérêts sur ceux de l’Europe.
Les nouvelles sanctions ont des conséquences économiques et politiques dévastatrices pour l’Europe. Juncker a déclaré : « Si les préoccupations de l’Europe ne sont pas suffisamment prises en compte, nous sommes prêts à agir de manière appropriée en quelques jours. »
Les ministères des Affaires étrangères allemand et français ont apporté leur soutien à Juncker. Le ministère allemand des Affaires étrangères a déclaré : « Ce n’est pas aux Américains que revient le droit de juger ou de préciser de quelle manière les entreprises européennes peuvent engager une coopération avec des tiers, en particulier avec les entreprises énergétiques russes. »
Le ministère français des Affaires étrangères a déclaré : « les sanctions contredisent le droit international  en raison de leur portée extraterritoriale ».
L’Europe considère les sanctions comme un outil de la politique industrielle américaine qui met les intérêts commerciaux des États-Unis avant les intérêts commerciaux de l’Europe.
Espérons que l’arrogance de Washington ne lui permettra pas de faire reculer l’Europe et que celle-ci lui fera un bras d’honneur et se désengagera de l’Empire américain. Sans une Europe qui accepte de loger ses bases militaires et qui ânonne sa propagande, la capacité de Washington de menacer la Russie diminuerait considérablement. En effet, une continuation de l’attitude hostile menaçante envers la Russie laisserait Washington isolé dans le monde. Aucun pays ne veut courir le risque de subir une guerre nucléaire uniquement pour le bien-être de l’unilatéralisme américain.
Paul Craig Roberts
Traduit par jj, relu par Catherine pour le Saker Francophone