Escalade du risque de confrontation entre les États-Unis et la Russie en Syrie

par Bill Van Auken

20 juin 2017

Source : http://arretsurinfo.ch/escalade-du-risque-de-confrontation-entre-les-etats-unis-et-la-russie-en-syrie/

Source originaire : https://www.wsws.org/fr/articles/2017/jui2017/syri-j21.shtml

 

Évoquant le spectre d’un conflit syrien qui évoluerait en une confrontation entre les deux puissances nucléaires majeures du monde, le ministère russe de la défense a émis lundi un avertissement selon lequel il traiterait comme une cible hostile tout avion américain ou allié opérant dans l’ouest de la Syrie, où sont installées les propres forces de Moscou, ainsi que celles du gouvernement.

L’avertissement russe était une réponse à la destruction en vol d’un avion de la force aérienne syrienne dimanche par un avion de chasse de la Marine américaine au-dessus du nord de la Syrie, où les forces de l’armée américaines soutenues par des milices kurdes avancent vers la ville de Raqqa tenue par l’ÉI.

L’incident de dimanche marque la première fois qu’un avion de guerre américain abat un avion syrien sur son propre territoire et représente une escalade majeure dans la guerre de six ans pour le changement de régime, orchestrée par les États-Unis. Le pilote syrien, qu’on a vu descendre en parachute dans une zone contrôlée par l’État islamique (ÉI), manque toujours.

« Dans les régions où la Force aérienne russe effectue des opérations au-dessus de la Syrie, tous les objets volants – y compris les avions et les drones de la coalition internationale – découverts à l’ouest du fleuve Euphrate seront traités comme des cibles aériennes et traqués par les systèmes de défense terrestres ou aériens », a averti le ministère russe de la défense.

Le vice-ministre des Affaires étrangères de Russie, Sergei Ryabkov, a qualifié l’attaque des États-Unis contre l’avion syrien d’« acte d’agression et une violation directe du droit international ».

Moscou a également indiqué qu’il avait coupé un téléphone rouge de « déconflixion » avec le Pentagone, utilisé pour prévenir les affrontements involontaires entre les avions de chasse américains et russes au-dessus de la Syrie.

Washington a émis une série de réponses contradictoires aux avertissements de la Russie. Le président des Chefs d’état-major de l’armée américaine, Joseph Dunford, a déclaré aux médias que le Pentagone œuvrerait « diplomatiquement et militairement dans les prochaines heures pour rétablir la déconflixion ». Quand on lui a demandé s’il était préoccupé pour la sécurité des pilotes américains volant au-dessus de la Syrie après l’avertissement russe, le général a répondu qu’il était confiant que « nos forces ont la capacité de se défendre ».

Lors d’une bizarre conférence de presse à la Maison Blanche lundi où les journalistes ont été empêchés de filmer ou d’enregistrer les réponses à leurs questions, le secrétaire de la Maison Blanche à la presse, Sean Spicer, a déclaré que Washington « fera tout [son] possible pour protéger [ses] intérêts » en Syrie, ajoutant : « Nous conserverons toujours le droit de légitime défense. »

Seule la logique perverse de la poussée impérialiste des États-Unis pour l’hégémonie au Moyen-Orient et dans le monde entier peut expliquer l’invocation de la « légitime défense » pour les actions prises par les forces militaires américaines en abattant un avion volant au-dessus de son propre territoire.

La destruction de l’avion syrien fait suite à une série d’actes d’agression américains contre les forces gouvernementales syriennes. En septembre dernier, les raids aériens menés par les États-Unis ont tué ou blessé jusqu’à 200 soldats syriens dans la province orientale de Deir el-Zour. Alors que le Pentagone a ensuite affirmé que l’attaque était une « erreur regrettable », il fournissait un soutien aérien aux combattants de l’ÉI pour envahir un poste du gouvernement syrien.

Puis, en avril, les États-Unis ont fait pleuvoir 50 missiles de croisière sur la base aérienne al-Shayrat de la Syrie, apparemment en réponse à une prétendue attaque au gaz qui avait toutes les marques d’une provocation de la CIA.

Au cours du mois dernier, le Pentagone a mené trois attaques aériennes distinctes sur des forces pro-gouvernementales qui se seraient approchées d’une base désertique près du passage frontalier syrien d’al-Tanf au sud-est avec l’Irak, où 150 soldats des forces spéciales américaines entraînent les soi-disant « rebelles » pour poursuivre la guerre pour un changement de régime contre le gouvernement à Damas.

À chaque nouvelle attaque, il devient de plus en plus clair que la prétendue campagne anti-ÉI menée par les forces dirigées par les États-Unis est une couverture pour une intervention militaire américaine visant à garantir les objectifs de la guerre qui dure depuis six ans pour obtenir le changement de régime en Syrie, le renversement du gouvernement Assad et l’imposition d’un régime fantoche américain. À cette fin, le Pentagone est déterminé à ce que le territoire arraché à l’ÉI reste sous son contrôle plutôt que sous celui du gouvernement syrien. Les affrontements qui ont mené à la destruction de l’avion syrien sont liés à cette ruée sur les territoires.

La campagne en Syrie fait partie d’une poussée des États-Unis vers la guerre avec l’Iran qui a été expliquée par le président américain Donald Trump lors de son voyage le mois dernier dans les deux principaux ennemis régionaux de Téhéran, l’Arabie Saoudite et Israël. Le tournant de l’administration Trump vers une attitude ouvertement agressive envers Téhéran a permis de déstabiliser davantage toute la région, où la monarchie saoudienne, soutenue par l’Égypte et les Émirats arabes unis, impose un blocus total qui équivaut à une guerre contre le Qatar. Ce dernier pays, abrite le siège du Commandement central avancé des États-Unis, alors qu’il dépend en même temps des recettes provenant d’un énorme champ gazier qu’il partage avec l’Iran.

La menace d’une guerre plus large a été soulignée par une attaque iranienne de missiles dirigée contre des cibles de l’ÉI dans la ville syrienne orientale de Deir el-Zour. Les missiles ont été lancés depuis l’ouest de l’Iran, à environ 595 kilomètres de là, sur le territoire de l’Irak, dont le gouvernement a autorisé l’attaque.

Alors que Téhéran a justifié les frappes des missiles comme des représailles aux attentats terroristes au début de ce mois, revendiqués par l’ÉI, où 18 Iraniens ont été tués et plus de 50 blessés, les autorités iraniennes ont clairement indiqué qu’elles avaient pour but d’envoyer un avertissement plus large.

« Les Saoudiens et les Américains sont en particulier les destinataires de ce message », a déclaré le général Ramazan Sharif, du Corps de la Garde révolutionnaire iranienne. « C’est évident et clair, certains pays réactionnaires de la région, en particulier l’Arabie saoudite, avaient annoncé qu’ils essayaient d’introduire de l’insécurité en Iran ». Téhéran a déclaré que les Saoudiens étaient derrière les attentats terroristes. La Maison-Blanche de Trump, quant à elle, a publié une déclaration accusant essentiellement le gouvernement iranien d’avoir attiré la terreur contre lui-même.

La menace que l’intervention des États-Unis en Syrie puisse éclater en une guerre régionale et même mondiale est exacerbée par le fait que l’administration de Trump cède aux huiles de l’armée américaine pratiquement toutes les décisions concernant les multiples guerres de Washington, de l’Irak et la Syrie à l’Afghanistan et au-delà. Le nombre de soldats impliqués, les règles d’engagement et d’autres politiques essentielles sont fixés par une cabale de généraux en service actif et récemment retraités, y compris le secrétaire de la Défense James Mad Dog (chien enragé) Mattis et le conseiller de Trump à la sécurité nationale, le général H.R. McMaster, ainsi que les commandants sur le terrain.

Des sections de l’armée ont amèrement ressenti le fait que l’administration Obama se soit retirée d’une guerre planifiée contre la Syrie en 2013, alors que face à une hostilité populaire accablante à une autre guerre au Moyen-Orient et à des divisions profondes dans l’establishment de la politique étrangère, Washington s’est limité a un accord négocié par la Russie pour détruire les armes chimiques de la Syrie. Depuis lors, le soutien de la Russie et de l’Iran a permis au gouvernement syrien de repousser les milices islamistes soutenues par la CIA et de reprendre la quasi-totalité des principaux centres de population du pays.

Inverser ces avancées est essentiel pour que les États-Unis affirment sa position dominante sur le Moyen-Orient riche en pétrole. Il ne fait aucun doute qu’il y a des huiles de l’armée des États-Unis qui souhaiteraient une confrontation avec l’Iran et même la Russie pour atteindre cet objectif, quelle que soit la menace d’une guerre plus large et potentiellement catastrophique dans le monde.

Fait significatif, lorsque les journalistes ont demandé au général Dunford lundi qui avait donné l’autorisation à l’armée américaine de mener des actions armées contre le gouvernement de la Syrie, le président des Chefs d’état-major de l’armée américaine a cité la Loi sur l’autorisation de l’utilisation de la force militaire adoptée par le Congrès à la suite des attaques du onze septembre 2001, il y a près de 16 ans.

Il n’y a pas eu de débat, et encore moins de vote, au sein du Congrès des États-Unis autorisant une guerre contre la Syrie. Les démocrates n’ont pas soulevé d’opposition à Trump en donnant toute latitude aux généraux et ont poussé politiquement la campagne de propagande anti-Russie hystérique qui ouvre la voie à la confrontation militaire.

The World Is Going Down With Trump

Paul Craig Roberts

June 23, 2017

Source :

http://www.paulcraigroberts.org/2017/06/23/world-going-trump/

On June 21 the editorial board of the Washington Post, long a propaganda instrument believed to be in cahoots with the CIA and the deep state, called for more sanctions and more pressure on Russia.

One second’s thought is sufficient to realize how bad this advice is. The orchestrated demonization of Russia and its president began in the late summer of 2013 when the British Parliament and Russian diplomacy blocked the neoconned Obama regime’s planned invasion of Syria. An example had to be made of Russia before other countries began standing up to Washington. While the Russians were focused on the Sochi Olympic Games, Washington staged a coup in Ukraine, replacing the elected democratic government with a gang of Banderite neo-nazi thugs whose forebears fought for Hitler in World War II. Washington claimed it had brought democracy to Ukraine by putting neo-nazi thugs in control of the government.

Washington’s thugs immediately began violent attacks on the Russian population in Ukraine. Soviet war memorials were destroyed. The Russian language was declared banned from official use. Instantly, separatist movements began in the Russian parts of Ukraine that had been administratively attached to Ukraine by Soviet leaders. Crimea, a Russian province since the 1700s, voted overwhelmingly to seperate from Ukraine and requested to be reunited with Russia. The same occurred in the Luhansk and Donetsk regions.

These independent actions were misrepresented by Washington and the presstitutes who whore for Washington as a “Russian invasion.” Despite all facts to the contrary, this misrepresentation continues today. In US foreign policy, facts are not part of the analysis.

The most important fact that is overlooked by the Washington Post and the Russophobic members of the US government is that it is an act of insanity to call for more punishment and more pressure on a country with a powerful military and strategic nuclear capability whose military high command and government have already concluded that Washington is preparing a surprise nuclear attack.

Are the Washington Post editors trying to bring on nuclear armageddon? If there was any intelligence present in the Washington Post, the newspaper would be urging that President Trump immediately call President Putin with reassurances and arrange the necessary meetings to defuse the situation. Instead the utterly stupid editors urge actions that can only raise the level of tension. It should be obvious even to the Washington Post morons that Russia is not going to sit there, shaking in its boots, and wait for Washington’s attack. Putin has issued many warnings about the West’s rising threat to Russian security. He has said that Russia “will never again fight a war on its own territory.” He has said that the lesson he has learned is that “if a fight is unavoidable, strike first.” He has also said that the fact that no one hears his warnings makes the situation even more dangerous.

What explains the deafness of the West? The answer is arrogance and hubris.

As the presstitute media is incapable of reason, I will do their job for them. I call for an immediate face-to-face meeting between Trump and Putin at Reykjavik. Cold War II, begun by Clinton, George W. Bush, and Obama, must be ended now.

So, where is President Trump? Why is the President of the United States unable to rise to the challenge? Why isn’t he the man Ronald Reagan was? Is it, as David Stockman says, that Trump is incapable of anything except tweeting?  http://www.informationclearinghouse.info/47310.htm 

Why hasn’t President Trump long ago ordered all intercepts of Russian chatter gathered, declassified, and made public? Why hasn’t Trump launched a criminal prosecution against John Brennan, Susan Rice, Comey, and the rest of the hit squad that is trying to destroy him?

Why has Trump disarmed himself with an administration chosen by Russiaphobes and Israel?

As David Stockman writes, Trump “is up against a Deep State/Dem/Neocon/mainstream media prosecution” and “has no chance of survival short of an aggressive offensive” against those working to destroy him. But there is no Trump offensive, “because the man is clueless about what he is doing in the White House and is being advised by a cacophonous coterie of amateurs and nincompoops. So he has no action plan except to impulsively reach for his Twitter account.”

Our president twitters while he and Earth itself are pushed toward destruction.

 

Ever Closer to War

BRIAN CLOUGHLEY

21.06.2017

Source :

https://www.strategic-culture.org/news/2017/06/21/ever-closer-war.html

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The Science and Security Board of the Bulletin of the Atomic Scientists has warned that the likelihood of a catastrophic nuclear war is closer than since 1953. As explained by the Bulletin, in 1947 it devised the Doomsday Clock «using the imagery of apocalypse (midnight) and the contemporary idiom of nuclear explosion (countdown to zero) to convey threats to humanity and the planet».

Each year «the decision to move (or to leave in place) the minute hand of the Doomsday Clock is made by the Bulletin’s Science and Security Board in consultation with its Board of Sponsors, which includes 15 Nobel laureates». In 1953 the Clock was at two minutes to midnight. In the worst years of the cold war it was at 3 minutes to midnight when, in 1984 it was recorded that «US-Soviet relations reach their iciest point in decades. Dialogue between the two superpowers virtually stops. Every channel of communications has been constricted or shut down; every form of contact has been attenuated or cut off…»

And now, in 2017, it is apparent that channels of communication with Russia are being deliberately cut off — and the hands of the Doomsday Clock have been placed at just two-and-a-half minutes from midnight. Disaster looms.

And as it looms, the United States Senate is heightening its global confrontational approach and announced that it intends to penalise Russia for a number of supposed misdemeanours.

Senator Lindsey Graham told CBS News that the Senate will «punish Russia for interfering in our elections» — concerning which allegation there has not been one shred of proof provided by anyone. All-embracing inquiries are under way, of course, but be assured that if there were the slightest, tiniest, most microscopic morsel of actual proof of any interference, it would by now have been leaked to the media and made headline news.

Senator Graham excelled himself by telling President Trump, via CBS News, that «You’re the commander in chief. You need to stand up to Russia. We’re never going to reset our relationship with Russia until we punish them for trying to destroy democracy. And that starts with more sanctions».

Then the CBS interviewer brought up the subject of the many inquiries into allegations of Trump-Russia plotting and mentioned that a Democrat had said the investigations were a «fishing expedition… What’s your response to that?»

The Senator replied «That’s not your, none of your business. We’re going to do what we think is best. The Russians interfered in our election. They’re doing it all over the world. No evidence yet that the Trump campaign colluded with the Russians. I don’t believe the president colluded with the Russians, just because of the way he behaves. There’s zero evidence that President Trump did anything wrong with the Russians. There’s overwhelming evidence that Russia is trying to destroy democracy here and abroad. And if you forgive and forget with Putin, you’re going to get more of the same and you’re going to entice Iran and China to come in 2018 and 2020».

The US Senate believes there is «zero evidence» that President Trump had help from Russia in his election campaign — which is true — but also thinks there is «overwhelming evidence» that Russia is trying to influence voting in America, although there is not a shred of proof to that effect.

The Senator spoke with the authority, force and majesty of the US Senate, and the world has to accept that his pronouncements represent the wishes of the legislators of his mighty nation which is intent on imposing harsher sanctions on Russia. As observed by Forbes, the new Bill «punishes Russian oil and gas firms even more than the current sanctions regime… Russia has no friends on Capitol Hill».

It is intriguing that the sanctions focus on oil and gas production, and Bloomberg reported that Germany and Austria consider «the measures sought to bolster US economic interests and included an unacceptable intervention in the region’s energy sector». In an unprecedented expression — indeed, explosion — of disapproval, Germany’s Foreign Minister Sigmar Gabriel and Austria’s Chancellor Christian Kern said in a joint statement that «Europe’s energy supply is a matter for Europe, not the United States of America… instruments for political sanctions should not be tied to economic interests» and that the Senate’s amendment heralded a »new and very negative quality in European-American relations».

As London’s Financial Times reported, «the Russia sanctions outline opposition to Nord Stream 2, a pipeline that will double capacity for Gazprom… to supply gas to Europe under the Baltic Sea. The measures could affect European energy companies, including Shell, Engie and OMV, which are financing the pipeline. Shares in all four companies tumbled on Thursday».

Washington’s mission of lucrative destruction was partly achieved, but that’s where we come to the essence of the matter. The part of the Sanctions Bill involving Russia was an add-on to a series of vindictive measures against Iran, but it seemed a good idea to also sanction Russia’s oil and gas production, because nobody would benefit more than the oil and gas companies of the United States.

Bloomberg explained that the Nord Stream pipeline «would compete with US exports of liquefied natural gas to Europe». And the Senate made it plain that the US government «should prioritize the export of United States energy resources in order to create American jobs, help United States allies and partners, and strengthen United States foreign policy».

It’s difficult to see how the Senate’s arrogant dabbling might «help allies and partners,» but those in America who own energy resources and want to continue making vast profits continue to help their allies and partners in the Senate and the House. Without their financial support, many legislators would never have got to Washington.

As recorded by Open Secrets, companies closely associated with oil and gas production gave US politicians over fifty million dollars in 2015-2016 to help their democratic election:

Top Contributors, 2015-2016

Contributor Amount
Koch Industries $9,501,803
Chevron Corp $5,116,216
Ariel Corp $4,809,612
Stewart & Stevenson $4,127,231
Western Refining $4,067,802
Petrodome Energy $3,000,000
Chief Oil & Gas $2,977,493
Hunt Companies $2,709,917
Marathon Petroleum $2,398,781
Edison Chouest Offshore $2,198,872
Energy Transfer Equity $2,164,853
Kinder Morgan Inc $2,112,160
American Petroleum Institute $2,085,345
Exxon Mobil $2,065,787
Occidental Petroleum $1,855,908
Devon Energy $1,811,364
Otis Eastern $1,733,017
Honeywell International $1,461,284
Anadarko Petroleum $1,343,741
Red Apple Group $1,218,312

Source: By kind permission of the Center for Responsive Politics

And Senator Lindsay Graham was given a bundle by many commercial organisations, headed by Nelson, Mullins, whose $254,247 in 1993-2016 no doubt helped him along the way. Nelson Mullins, incidentally, has attorneys who «have experience in advising electrical and pipeline providers on legal matters». Then he got $175,605 from SCANA, which is «a $9 billion energy-based holding company, based in Cayce, South Carolina… Its businesses include… natural gas utility operations and other energy-related businesses». Another of Senator Graham’s generous sponsors is the Fluor Corporation ($94,801) which «understands the critical success factors driving onshore oil and gas production and terminal businesses, providing practical solutions to maximize project investment».

It doesn’t matter to these people, or to the legislators they’ve bought with their donations, that the Doomsday Clock has ticked closer to the midnight of Armageddon, and that the hostile approach of the United States is alienating a proud nation that can take only so much before it reacts against Washington’s aggressive confrontation. The sleazy hypocrisy of US legislators is legendary, but it is their ignorance greed and arrogance that are worrying.

While Senator Graham was dancing to the tune of his oil angels, the Washington Post reported that seven percent of American adults believe chocolate milk comes from brown cows. That is «16.4 million misinformed, milk-drinking people». The representative of FoodCorps which encourages sensible nourishment said this was unfortunate, and «We still get kids who are surprised that a French fry comes from a potato, or that a pickle is a cucumber. Knowledge is power. Without it, we can’t make informed decisions».

Just like the US Senate.

Tags: Doomsday Clock

A nouveau, la guerre se profile

par Eberhard Hamer

professeur d’économie politique

Source : Arrêt sur info du 16 mai 2017-05-16 http://arretsurinfo.ch/a-nouveau-la-guerre-se-profile/

Source originale : Horizons et Débats, Zurich, 15 mai 2017

http://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2017/no-11-15-mai-2017/a-nouveau-la-guerre-se-profile.html

 

Nous sommes dans une situation de danger de guerre la plus élevée depuis la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi n’y a-t-il actuellement pas de marches pour la paix, d’appels pour la paix dans les médias comme dans les années cinquante et soixante? Les réseaux américains qui ont fait chanter Trump et qui ont provoqué ou exploité un incident de guerre, pourraient être assez forts pour provoquer une troisième guerre mondiale. 70 ans de paix semblent nous avoir rendus insouciants. Mais entre-temps, je suis davantage préoccupé par la menace de guerre que par un crash financier.

 

L’ordre donné par le président américain Donald Trump à la flotte méditerranéenne américaine d’attaquer un aéroport syrien a surpris le monde. Jusqu’à présent, Trump était – à l’inverse d’Hillary Clinton ayant annoncé, lors de sa campagne électorale, vouloir entrer ouvertement en guerre en Syrie et en Ukraine – un garant pour la paix. Le fait qu’il ait si soudainement changé de position réside en des raisons de politique intérieure:

 

  • La haute-finance américaine et son industrie de pétrole veulent – ensemble avec le Qatar – exclure les Russes (Gazprom) du transfert de pétrole par la Syrie vers la Méditerranée et exploiter elles-mêmes un gazoduc menant du Qatar à la Méditerranée. Cela n’est possible que sans Bachar el-Assad. Mais ce dernier s’est arrangé avec les Russes pour conserver la priorité de Gazprom, mais aussi en leur offrant la possibilité d’installer une base militaire sur la côte méditerranéenne. La puissante haute finance n’abandonne donc pas ses projets, même sous Trump, et ne peut les imposer qu’en éliminant Assad.
  • L’industrie d’armement américaine a financé la campagne électorale de Clinton avec 7,5 milliards de dollars en échange de son accord à se soucier des ventes de matériaux d’armement par une guerre contre la Russie. Aucun président ne peut résister à la pression de la toute puissante industrie d’armement, car elle représente 70% du stock de capitaux de l’économie nationale américaine. Quiconque veut créer un boom économique aux Etats-Unis doit s’occuper à créer des commandes pour l’industrie d’armement, donc provoquer la guerre entre ceux qui utilisent des armements américains.
  • Certaines parties de l’armée américaine croient à l’obligation de confrontations militaires avec la Russie et la Chine pour que les Etats-Unis puissent sauvegarder leur empire du dollar. Après l’élection présidentielle, elles ont traqué tous les collaborateurs de Trump ayant eu des contacts avec la Russie, pour ainsi pouvoir à nouveau présenter la Russie comme l’ennemie principale des Etats-Unis. Par l’attaque contre un allié de la Russie, ils veulent – tant que les Etats-Unis sont encore les plus forts – provoquer une confrontation avec la Russie.
  • La guerre pourrait également représenter la dernière issue pour les Etats-Unis afin d’empêcher le crash financier imminent. Les Etats-Unis sont endettés à hauteur de plus de 20 billions de dollars, ont chaque année plus de 600 milliards de dépenses militaires et des déficits permanents de commerce extérieur. Ils se trouvent donc avec leur empire mondial du dollar devant l’effondrement.
  • Deux fois déjà, les Etats-Unis ont utilisé une crise économique par un boom de l’armement dans deux guerres mondiales pour la montée à l’hégémonie mondiale. Cette fois aussi la direction américaine pourrait tenter de prévenir le crash imminent par une guerre, la guerre employée comme dernière issue de secours pour tenter de prévenir le crash garanti.

Après la victoire de Trump, nous croyions être protégés d’une aventure militaire des Etats-Unis. Cependant au cours des dernières semaines, tout a changé. Les agressions des va-t’en-guerre en politique intérieure semblent si puissantes, que le président est obligé de s’y soumettre – c’est-à-dire que les Etats-Unis et leur OTAN menacent le monde d’une guerre imminente.

Jusqu’à présent, il n’est pas prouvé qui a perpétré l’attaque au gaz toxique en Syrie: Assad – comme l’affirment les Américains – ou les rebelles dirigés par les Etats-Unis – comme l’affirment les Russes. Le fait que les réels dirigeants du pays aient immédiatement forcé le président à agir et que les gouvernements satellites européens, sous la conduite de Mme Merkel, aient émis des serments de fidélité et aient condamné Assad avant qu’une quelconque preuve soit établie, ressemble étrangement au début de la guerre contre l’Irak (action sous fausse bannière ou False Flag Operation).

Nous sommes dans une situation de danger de guerre la plus élevée depuis la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi n’y a-t-il actuellement pas de marches pour la paix, d’appels pour la paix dans les médias comme dans les années cinquante et soixante? Les réseaux américains qui ont fait chanter Trump et qui ont provoqué ou exploité un incident de guerre, pourraient être assez forts pour provoquer une troisième guerre mondiale.

70 ans de paix semblent nous avoir rendus insouciants. Mais entre-temps, je suis davantage préoccupé par la menace de guerre que par un crash financier.

Sur la même page de Horizons et débats du 15 mai 2017 on peut lire aussi.

Les négociations pour l’interdiction des armes nucléaires doivent être renforcées 

Le danger d’une guerre nucléaire en Europe augmente

  1. rt. C’est un secret de Polichinelle que le risque de l’engagement d’armes atomiques et donc d’une guerre nucléaire augmente depuis quelques années de mois en mois. Un déclencheur possible pourrait être des «événements» en Corée du Nord, en Syrie ou en Ukraine.
    Depuis plusieurs mois, on peut observer des déplacements continuels d’armes, de matériaux de guerre et de soldats dans les pays limitrophes de la Russie. Régulièrement l’OTAN effectue des manœuvres à la frontière de la puissance atomique qu’est la Russie, le réarmement militaire est ostensible. Les tensions sont intensifiées sciemment. Ce développement correspond entièrement avec l’annonce récente du vice-ministre polonais de la Défense Michal Dworczyk, déclarant vouloir former militairement les élèves du pays et créer dans ce but 300 nouvelles écoles militaires. En outre, on prévoit d’augmenter massivement les forces armées et le budget de la défense (cf. dpa du 26/4/17). Des développements similaires ont lieu tant dans les Etats baltes que dans les Etats scandinaves. L’invitation du vice-président américain Mike Pence, lors de la Conférence de sécurité de Munich en février, demandant à tous les membres de l’OTAN d’augmenter leurs dépenses pour la défense était catégorique.
    Une source de tension demeure dans le conflit toujours irrésolu entre l’Ukraine et la région du Donbass. Depuis son début en février 2014, ce conflit est constamment attisé de l’extérieur. Apparemment, on veut empêcher une solution politique, malgré l’intervention de OSCE et les négociations du Format Normandie. Aucun pays européen n’est intéressé à ce que la situation s’aggrave davantage.
    Si l’on s’imagine une soudaine aggravation d’un conflit dans cette région ou une première frappe préventive d’une puissance nucléaire, alors l’engagement d’armes nucléaires tactiques et stratégiques est probable. Le pas vers une rétorsion nucléaire pourrait en être la conséquence. En Europe, il y a des armes atomiques prêtes à l’usage stationnées en Russie, en France, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Belgique, en Turquie et en Italie. 90% des armes atomiques du monde entier se trouvent sous commandement russe ou américain.
    Les effets globaux d’un engagement de bombes nucléaires sont connus depuis longtemps: retombée radioactive sur le globe entier, hiver atomique, contamination pour plusieurs millénaires, transformations du matériel génétique et finalement destruction de toute vie humaine sur terre. Depuis 1945, l’humanité lutte, à cause de ces terribles conséquences, pour le bannissement et l’abolition des armes nucléaires.
    Les effets d’une guerre nucléaire – même «locale» – frapperont tous les êtres humains partout au monde.
    Face à cette situation toute personne de bonne volonté – chaque citoyen américain, chaque détenteur de titres de multinationales de l’armement, chaque collaborateur dans le domaine militaire ou chaque politicien – est appelée à avoir le courage de se servir de sa propre raison et d’en tirer les conséquences logiques.
    Etant donné qu’une guerre nucléaire concerne tout être humain dans son existence, il faut trouver des solutions de toute urgence. Un conflit comme en Ukraine doit être résolu, soit par des négociations bilatérales ou multilatérales, soit par diverses mesures de rétablissement de la paix ou par l’intervention des casques bleus de l’ONU.
    La Suisse peut utiliser sa neutralité, pour renforcer sa politique fort utile de médiation et de négociation et d’offrir ses bons offices. Pendant sa présidence de l’OSCE, la Suisse a agi de manière crédible et constructive dans le conflit de l’Ukraine.    •

Préparations pour un champ de bataille nucléaire en Europe?

  1. rt. Lors du Sommet de l’OTAN de 1997 à Madrid, les Etats de l’ancien Pacte de Varsovie, dont la Pologne, la Tchéquie et la Hongrie ont été invités à des négociations d’adhésion. En 1999, la Pologne, la Tchéquie et la Hongrie ont adhéré à l’OTAN.
    Lors du Sommet de Prague en novembre 2002, l’OTAN a invité la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie à entamer des négociations d’adhésion. En 2004, ces pays ont adhéré à l’OTAN.
    Lors du Sommet de Bucarest en avril 2009, l’adhésion de l’Albanie et de la Croatie fut officiellement décidée. Les candidats, auxquels on a offert des négociations d’adhésion sont entre autres la Géorgie et l’Ukraine.
    En 2010, les Etats-Unis ont annoncé l’in­stallation en Pologne, en Roumanie et en Turquie d’un bouclier antimissile contre l’Iran. Malgré tous les démentis, on savait que l’in­stallation de ce bouclier ne se dirigeait guère contre l’Iran, mais qu’il sert uniquement à mettre hors fonction la dissuasion nucléaire de la Russie.
    Une ligne géostratégique avec un champ de bataille potentiel en Europe se profile.

Des faits nucléaires

  1. Il y a quelques faits très simples à prendre en considération depuis 1945:
    –    une guerre nucléaire ne peut être ni menée, ni gagnée,
    –    la contamination radioactive s’étend dans le monde entier,
    –    une partie de la radioactivité ne disparait qu’après plusieurs millénaires,
    –    la radioactivité touche chacun partout – mères, enfants, pères,
    –    Les Etats-Unis seront également affectés par une guerre nucléaire localement limitée,
    –    l’hémisphère Sud de la terre sera également contaminé.

Retrait de toutes les armes nucléaires de l’Allemagne

  1. rt. Un point dans l’accord de coalition pour la constitution du gouvernement allemand d’octobre 2009 (Merkel/Westerwelle) est la revendication d’un retrait des armes nucléaires de l’Allemagne:
    «[…] au cours de l’élaboration d’une conception stratégique de l’OTAN, nous allons nous employer au sein de l’alliance ainsi qu’envers nos alliés américains, du retrait des armes nucléaires se trouvant encore sur territoire allemand.»
    Cette promesse n’est pas encore remplie.

 

 

What the N. Korean “Crisis” Is Really About

By Paul Craig Roberts

May 3, 2017

http://www.paulcraigroberts.org/2017/05/03/n-korean-crisis-really/print/

 

The North Korean “crisis” is a Washington orchestration. North Korea was last at war 1950-53. N. Korea has not attacked or invaded anyone in 64 years. N. Korea lacks the military strength to attack any country, such as South Korea and Japan, that is protected by the US. Moreover, China would not permit N. Korea to start a war.

So what is the demonization of N. Korea by the presstitutes and Trump administration about?

It is about the same thing that the demonization of Iran was about. The “Iranian threat” was an orchestration that was used as cover to put US anti-ballistic missile bases on Russia’s borders. An anti-ballistic missile (ABM) is intended to intercept and destroy nuclear-armed ICBMs (intercontinental ballistic missiles) and prevent them from reaching their targets.

Washington claimed that the anti-ABM bases were not directed at Russia, but were for the protection of Europe against Iran’s nuclear ICBMs. Insouciant Americans might have believed this, but the Russians surely did not as Iran has neither ICBMs nor nuclear weapons. The Russian government has made it clear that Russia understands the US bases are directed at preventing a Russian retalliation against a Washington first strike.

The Chinese government also is not stupid. The Chinese leadership understands that the reason for the N. Korean “crisis” is to provide cover for Washington to put anti-ballistic missile sites near China’s border.

In other words, Washington is creating a shield against nuclear retalliation from both Russia and China from a US nuclear strike against both countries.

China has been more forceful in its reply to Washington’s efforts than have the Russians. China has demanded an immediate halt to the US deployment of missiles in South Korea. https://www.rt.com/news/386828-china-thaad-south-korea/

In order to keep Americans confused, Washington now calls anti-ABMs THAAD, Terminal High Altitude Area Defense. China understands that THAAD has nothing whatsoever to do with N. Korea, which borders S. Korea, making it pointless for N. Korea to attack S. Korea with ICBMs.

THAAD in S. Korea is directed against China’s retaliatory forces. It is part of Washington’s preparations to nuke both Russia and China with minimal consequence to the US, although Europe would certainly be completely destroyed as THAAD or anti-ABMs are useless against Russian nuclear cruise missiles and the Russian air force.

But no Empire has ever cared about the fate of its vassals, and Washington is uninterested in Europe’s fate. Washington is interested only in its hegemony over the world.

The question is: now that Russia and China understand that Washington is preparing for a preemptive nuclear strike against them in order to remove the two constraints on Washington’s unilateral behavior, will the two countries sit there and wait for the strike?

What would you do?

On April 27 I posted on this website a column, “Washington Plans to Nuke Russia and China.” My column was a report that this was the conclusion of the Russians and Chinese themselves. I quoted Russian Lt. Gen. Viktor Poznikhir, Deputy Head of Operations of the Russian General Staff and provided links for his expression of concern such as: https://www.rt.com/news/386276-us-missile-shield-russia-strike/

As the readers of my website are a self-selected group of intelligent and concerned people who want to know what is the reality as opposed to what is The Matrix, I was somewhat taken aback when several wrote to me that they disagreed with me that Washington planned to nuke Russia and China. I write clearly; yet here were several readers who mistook my report on the conclusion of the Russian general staff for my opinion! I was also amazed that the readers thought that it mattered what they think or what I think. All that matters is what the Russian and Chinese leadership think.

I then looked at the comment sections on other sites that repost my columns, and there were the trolls hired by the CIA, Mossad, National Endowment for Democracy, George Soros, NATO, US State Department, and others denouncing me for promoting nuclear war. Of course, it is Washington that is promoting nuclear war, and it is Washington that has convinced Russia and China that a preemptive nuclear strike is in their future.

Washington, being full of hubris, thinks that this will scare Russia and China and that the two governments will submit to Washington.

Possibly they will, but I would not bet the life of the planet on it.

It is conceiveable that education in the US and throughout the Western world is so poorly done that readers educated in recent decades simply cannot comprehend what they are reading. How else to explain the mischaracterizations of my report on the conclusion of the Russian General Staff? The only other explanation is that websites that have comment sections provide the opportunity for the ruling elites to hire the slander of truth-tellers.

I seldom see an intelligent comment on websites that have comment sections. Most comments come from people too ashamed to speak in their real names and who are unwilling to provide their real email addresses. Almost all comments come from narcistic ignorant fools hiding behind fake names and fake email addresses and from paid trolls.

I don’t write in order to be slandered by paid trolls and ignorant narcistic fools. I regard it as highly irresponsible for websites to undercut their writers with anonymous accusations and slander from no one knows who. There should be no comment sections unless there is a firm check on the commentator’s real name and real email address.

Sites that do not have this requirement no longer have my permission to repost my columns.

Washington, as the Russian and Chinese governments comprehend, has placed life on earth under dire threat. This is serious business. There is no space for ignorant narcistic idiots and paid trolls to be using the Internet to attack the few who truthfully report the dire threat that all life faces from Washington’s drive for world hegemony.

Escalade nucléaire en Europe : la bombe B61-12 est testée

par Manlio Dinucci

18 avril 2017

Réseau Voltaire

http://www.voltairenet.org/article196050.html

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Les États-Unis viennent de tester chez eux les composantes non-nucléaires de la super-bombe atomique B61-12. Celle-ci peut donc désormais être fabriquée en série. Au sein de l’Union européenne, prétendument facteur de paix, elle équipera l’armée de l’Air italienne, en violation à la fois du Traité de non-prolifération nucléaire et de la Constitution italienne.

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Les réflecteurs politico-médiatiques, pointés sur l’escalade nucléaire dans la péninsule coréenne, laissent dans l’ombre celle qui est en train de se préparer dans la péninsule italienne. L’Air Force Nuclear Weapons Center communique le 13 avril 2017 que, dans le polygone de Nellis au Nevada, « un chasseur F-16 de l’U.S. Air Force a largué une bombe nucléaire B61-12 inerte, démontrant la capacité de l’avion d’utiliser cette arme et testant le fonctionnement des composants non-nucléaires de la bombe, y compris l’armement et activation du système de contrôle, le radar altimétrique, les moteurs des fusées de rotation et l’ordinateur de contrôle ».

Cela indique que la B61-12, la nouvelle bombe nucléaire états-unienne destinée à remplacer la B61 stockée en Italie et dans d’autres pays européens, est désormais dans la phase d’ingéniérisation qui prépare la production en série. Les nombreux composants de la B61-12 sont projetés et testés dans les laboratoires nationaux de Los Alamos et Albuquerque (Nouveau Mexique), de Livermore (Californie), et produits dans une série de sites au Missouri, Texas, Caroline du sud, Tennessee. S’ajoutent à ceux-ci la section de queue pour le guidage de précision, fournie par Boeing.

La B61-12 n’est pas une simple mise à jour de la version précédente, mais une nouvelle arme : elle a une tête nucléaire à quatre options de puissance sélectionnables en fonction de l’objectif à frapper ; un système de guidage qui permet de la larguer non pas à la verticale, mais à distance de l’objectif ; la capacité de pénétrer dans le terrain pour détruire les bunkers des centres de commandement dans une première frappe nucléaire.

Le test confirme que la nouvelle bombe nucléaire peut être larguée par des chasseurs F-16 (modèle C/D) de la 31st Fighter Wing, l’escadrille de chasseurs-bombardiers US basée à Aviano (Pordenone), prête à l’attaque actuellement avec 50 bombes B61 (nombre estimé par la Fas, la Fédération des scientifiques américains). La B61-12, spécifie le communiqué, peut être larguée aussi par des chasseurs-bombardiers Tornado PA-200, comme ceux du 6ème Escadron de l’Aéronautique italienne basés à Ghedi (Brescia), prêts à l’attaque nucléaire actuellement avec 20 bombes B61. En attendant qu’arrivent aussi à l’aéronautique italienne les chasseurs F-35 dans lesquels, annonce l’U.S. Air Force, « sera intégrée la B61-12 ».

Que des pilotes italiens soient entraînés à l’attaque nucléaire sous commandement US —écrit la Fas [1]— est démontré par la présence à Ghedi du 704th Munitions Support Squadron, une des quatre unités de l’U.S. Air Force déployées dans les bases européennes (outre l’Italie, en Allemagne, Belgique et Hollande) « où les armes nucléaires US sont destinées au lancement par des avions du pays hôte ». Les pilotes des quatre pays européens et de Turquie sont entraînés à l’utilisation des B-61, et maintenant des B61-12, dans le Steadfast Noon, l’exercice annuel Otan de guerre nucléaire. En 2013 il s’est déroulé à Aviano, en 2014 à Ghedi.

Selon le programme, les B61-12, dont le coût est prévu de 8 à 10 milliards de dollars pour 480 bombes, commenceront à être fabriquées en série en 2020. Dès lors elles remplaceront les B-61 en Italie et dans les autres pays européens. Des photos satellite, diffusées par la Fas, montrent que dans les bases d’Aviano et Ghedi, et dans les autres en Europe et Turquie, des modifications ont déjà été effectuées dans cet objectif. On ne sait pas combien de B61-12 sont destinées à l’Italie, mais il n’est pas exclu, étant donné la croissante tension avec la Russie, que leur nombre soit plus grand que celui des actuelles B61. Il n’est pas exclu non plus que, en plus d’Aviano et Ghedi, elles se trouvent déployées dans d’autres bases, type celle de Camp Darby où sont stockées les bombes de l’U.S. Air Force.

Le fait que, à l’exercice Otan de guerre nucléaire qui s’est déroulé à Ghedi en 2014, aient pris part aussi pour la première fois des pilotes polonais avec des chasseurs-bombardiers F-16C/D, indique que selon toute probabilité les B61-12 seront déployées aussi en Pologne et dans d’autres pays de l’Est. Des chasseurs F-16 et autres avions Otan à double capacité conventionnelle et nucléaire sont déployés, par roulement, dans les républiques baltes au bord de la Russie.

Une fois initié en 2020 (mais sans exclure avant aussi) le déploiement en Europe de la B61-12, définie par le Pentagone comme « élément fondamental de la triade nucléaire USA » (terrestre, navale et aérienne), l’Italie, officiellement pays non-nucléaire, se trouvera transformée en première ligne d’une encore plus dangereuse confrontation entre USA/Otan et Russie. Le général James Cartwright lui-même, ancien chef du Commandement stratégique des Etats-Unis, prévient que « des armes nucléaires comme les B61-12 de plus petite puissance (entre 0,3 et 50 kilotonnes) et plus précises augmentent la tentation de les utiliser, et même de les utiliser en premier plutôt qu’en représailles ». Dans ce cas il est certain que l’Italie serait la première cible de l’inévitable représaille nucléaire.

Manlio Dinucci

Traduction

Marie-Ange Patrizio

Source

Il Manifesto (Italie)

 

Le mystère de la violence américaine

par Dmitry Orlov

18 avril 2017

Source : Le Sakerfrancophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-mystere-de-la-violence-americaine

Source originale : Club Orlov

http://cluborlov.blogspot.fr/2017/04/the-mystery-of-american-violence.html

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Dans un article récent*, Paul Craig Roberts a examiné la violence déchaînée sur le monde par la succession des récentes administrations présidentielles aux  États-Unis. La plupart de ces actes étaient en partie ou entièrement illégaux en vertu du droit international, et tous, sans exception, ont été effectués avec de fausses justifications. Roberts conclut que « Washington est une collection d’imbéciles, de gens stupides en restant poli ». Pourtant, lui-même semble stupéfait : « Quelle est la raison de tous ces morts et de ces destructions et des flots de réfugiés vers l’Ouest issue des violences occidentales ? Nous ne savons pas ». La seule raison qu’il trouve est que « … la violence est ce que l’Amérique est. Il n’y a rien d’autre à dire. La violence est le cœur de l’Amérique. »

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Indubitablement, il y a beaucoup de vérité là dedans. Mais ce qui manque dans son analyse, c’est la profondeur explicative et la capacité prédictive : quels sont les mécanismes sous-jacents qui rendent cette violence inévitable et qu’est-ce qui a récemment exacerbé cette tendance à la violence gratuite, conduisant Trump à risquer une éventuelle confrontation suicidaire avec des forces armées et fortifiées, et peut-être avec la Corée du Nord, un État potentiellement nucléaire ? Le soupçon de la stupidité est vraiment tentant, mais même si des gens très intelligents ont souvent du mal à suivre la pensée d’autres personnes très intelligentes, une personne stupide se lit plus ou moins à livre ouvert. Si l’esprit de ruche de Washington est en effet tout à fait stupide, toute personne intelligente et expérimentée, comme Roberts, devrait pouvoir prédire toutes ses ampoules aux pieds, ses coups de râteau sur le front et ceux qui en tombent sur les fesses. Et pourtant, dit-il, « Nous ne savons pas ».

De toute évidence, il y a quelque chose qui se passe, quelque chose qui se cache sous la surface trompeusement idiote du New York Times / Washington Post / CNN les « fausses nouvelles », au-delà des tweets présidentiels exaspérés et sans rapport avec les conférences de presse idiotes de la Maison Blanche. Il doit y avoir une force cachée qui mène les embardées de l’Amérique vers une violente défaite auto-infligée. Non, ce ne sont pas les «pirates » ou les « trolls » de Poutine. Nous pourrions perdre beaucoup de temps en vain à chercher un acteur secret et rationnellement intéressé, que ce soit « le marais », « l’État profond », Wall Street, le complexe militaro-industriel ou une cabale de banquiers mondialistes. Pour tous ceux-ci, la hausse de la violence et l’instabilité est minime (rappelez-vous, le gouvernement des États-Unis a un trou de 20 000 milliards de dollars, des pensions malheureusement sous-financées, une infrastructure en mauvais état, un système Obamacare si truqué qu’il va être soufflé, une croissance économique morte, etc). D’autre part, l’inconvénient d’une défaite militaire humiliante est énorme, et peut-être fatale pour tous ceux qui dépendent et bénéficient du statu quo. Gardons à l’esprit que l’armée américaine est la plus chère au monde, mais aussi l’une des plus impuissantes. Cela fait 15 ans et elle n’a toujours pas réussi à pacifier l’Afghanistan. Les seuls « faits sur le terrain » sont sa fiabilité pour créer des catastrophes humanitaires. Et maintenant, ce tas de jonques militaires obsolètes commandées par des incompétents choyés est en train de faire route vers la Corée du Nord… Essayez même de chercher une explication rationnelle.

J’ai développé une théorie qui tient compte avec tendresse de ces faits. Étant donné que dans l’atmosphère politique actuelle, certains pourraient considérer mon évaluation de la situation comme incendiaire ou séditieuse, elle restera cachée derrière un mur de paiement électronique. Soyez assurés que je ne tente pas d’exercer mon droit à la liberté d’expression publique, si ce concept existe encore. Vous devez payer pour cela, c’est privé, et c’est offert en toute confiance. Votre paiement d’au moins 1 $ est le contrat pour un apport d’informations privées destinées uniquement à vos yeux.

 

Partie privée

Mon explication repose sur l’introduction d’une certaine entité non physique qui est à la fois nécessaire et suffisante : balancez votre rasoir d’Occam que vous aimez tant ou vous ne pourrez pas éclaircir la situation. Pour le besoin de cette discussion, supposons que les affaires humaines soient largement contrôlées par des entités appelées égrégores. Ce sont des entités psychiques autonomes constituées de pensées combinées et harmonisées d’un groupe de personnes. Les entités égrégoriques peuvent parfois être conçues comme des dieux ou des démons ou des cultes de la personnalité. Elles peuvent être des entités immensément puissantes, même si elles sont imaginaires, car elles concentrent le pouvoir exprimé par des pensées, par des discours et les comportements d’un très grand groupe. Les égrégores sont omniprésents dans les centres de pouvoir politique : « Car tous les dieux des nations sont des démons… » (Psaumes 96: 5).

Les égrégores ont un souhait ou une entremise qui peuvent être très différents selon les groupes qu’ils contrôlent. En l’absence d’égrégore, les gens ont généralement tendance à se détendre, pour ainsi dire, mais au service des égrégores, ils sont forcés de lutter et peuvent réaliser de grandes choses comme de voyager vers la lune et de construire des pyramides. Les égrégores exercent le contrôle sur les groupes grâce au mécanisme de la falsification des préférences : les gens pensent certaines pensées par eux-mêmes, mais le plus souvent, ils refusent d’exprimer ces pensées en public de peur d’affecter négativement leur condition physique inclusive au sein du groupe. Si, en disant la vérité sur leurs préférences, ils courent le risque d’être licenciés, de se voir refuser d’avoir accès aux ressources, d’être évités, sanctionnés, emprisonnés ou assassinés, ils réfléchiront à deux fois sur ce sujet et vont respecter les mensonges répétés publiquement. S’ils bénéficient du statu quo, ils craignent aussi le changement et refusent de s’opposer même lorsque les exigences de l’égrégore deviennent désagréables pour eux. Lorsque les gens falsifient leurs préférences, ils ont tendance à rechercher des moyens pour justifier cette falsification afin d’éviter une dissonance cognitive, et alors la préférence falsifiée prend la place de leur véritable préférence. L’ambition conduit les grimpeurs sociaux à falsifier leurs préférences car ils considèrent cette malhonnêteté comme un moyen d’atteindre leur fin. Les gens humbles falsifient leurs préférences en répétant ce que les autres disent et font comme on leur dit.

Les égrégores peuvent être assez puissants, mais leur dépendance au mécanisme de la falsification des préférences, volontaire par essence, les rend aussi assez fragiles. Une seule vérité peut subvertir par inadvertance tout le système de falsification des préférences, incitant tout un groupe de personnes à se prendre publiquement la tête et à se demander « Qu’est-ce que nous pensons ? » Certaines personnes, surtout les enfants, ne sont tout simplement pas capables de détecter la présence d’un égrégore et de falsifier leurs préférences en fonction de ses exigences. Leurs éclats de vérité sont souvent rejetés avec un « Mais ce ne sont que des enfants ! », bien que parfois – lorsque l’égrégore se révèle particulièrement vulnérable –  ils touchent un nerf et provoquent leur soudaine apparition. L’exemple paradigmatique de ceci est servi dans la récit de Hans Christian Andersen, Les nouveaux habits de l’Empereur. Voici l’intégralité de l’intrigue, copiée depuis Wikipedia :

Un vaillant empereur qui ne se soucie que de porter et d’afficher des vêtements embauche deux tisserands qui lui promettent le plus beau et le meilleur vêtement d’un tissu invisible à quiconque soit inapte à sa position ou « désespérément stupide ». Les ministres de l’empereur ne peuvent pas voir les vêtements eux-mêmes, mais prétendent qu’ils le peuvent, par peur de paraître incapables dans leurs positions, et l’empereur fait de même. Enfin, les tisserands déclarent que le costume est terminé, ils miment le vêtir, et l’Empereur marche en procession devant ses sujets. Les gens de la ville jouent aussi le jeu, ne voulant pas paraître impropres à leurs positions ou stupides. Mais un enfant dans la foule, trop jeune pour comprendre la nécessité de faire comme ceci, déclare que l’Empereur ne porte rien du tout, et le cri est repris par d’autres. L’empereur suspecte que cette assertion est vraie mais continue la procession.

Andersen s’arrête de décrire le résultat inévitable de la situation. Les vêtements font un homme, un empereur en particulier, et un empereur nu n’est plus un empereur. Le halo égrégorique au-dessus de la tête de l’empereur nu disparaît rapidement, et l’empereur devient simplement un homme important mais nu se promenant dans la rue. Quand un égrégore attaché à une figure aussi importante disparaît, ce qui se passe souvent est une révolution. La falsification de préférence se renverse brusquement : ceux qui sont encore pro-empereur révisent rapidement leur pensée et deviennent anti-empereurs. Et quand la réaction ou la contre-révolution vient, elle se retourne à nouveau. Après quelques allers et retours, la population devient complètement cynique et commence à refuser de se livrer à une falsification de préférence. Mais ce n’est guère la fin des égrégores, parce que les gens trouvent qu’ils sont déterminés par des égrégores plus petits et plus nantis – attachés à des voyous, des chefs de guerre et des bandes criminelles – qui assurent leur contrôle par une technique de rechange : des actes de violence barbare et indescriptible. Dans un effort pour éviter une mort certaine, les gens recommencent encore à falsifier leurs préférences, et le cycle se répète.

Les entités égrégoriques ne doivent pas nécessairement s’attacher à des personnes très importantes telles que des empereurs ou des personnes très violentes, comme les seigneurs de la guerre. Un bon exemple d’un égrégore plus humble est exposé dans l’intrigue fréquemment remise au goût du jour de « la fille d’un capitaine ». Un certain capitaine de bateau, préoccupé que sa fille puisse finir vieille fille, tente de la socialiser en l’amenant à bord pour un voyage sur l’océan. Certains membres de l’équipage, manquant désespérément de compagnie féminine, tombent instantanément sous son charme et commencent à faire la cour à cette pauvre fille, en lui offrant des fleurs et des chocolats. Pour justifier leur engouement, ils décrivent de manière compulsive les charmes imaginaires de la jeune fille tout en prenant leur quart (l’activité principale à bord des bateaux, immensément ennuyeuse). Les membres de l’équipage non épris de la jeune fille ont alors le choix : ils peuvent soit rester neutres – et se demander s’ils ne sont pas homosexuels – ou ils peuvent falsifier leur préférence et rejoindre le chœur des amoureux. Pour éviter la dissonance cognitive, même ceux qui n’étaient pas amoureux le deviennent peu à peu et comme ils le font, un halo égrégorique s’allume au-dessus de la tête de la jeune fille. En temps voulu, presque tout l’équipage se masturbe vigoureusement tout en imaginant les charmes de la jeune fille. Mais alors l’intendant découvre la fille dans un casier de rangement ayant des relations sexuelles avec un jeune garçon de cabine, dont la conquête est basée sur une seule chose : son manque d’imagination. Il ne pouvait tout simplement pas percevoir le halo égrégorique au-dessus de sa tête. En conséquence, il n’a pas agi comme un imbécile infatué tout autour d’elle. Échauffée par toute cette attention, elle devait choisir quelqu’un et, par défaut, elle l’a choisi. Dès que la nouvelle de la découverte du steward s’est échappée, l’égrégore s’est dissipé sans laisser aucune trace, et l’équipage est retourné regarder du porno sur ses tablettes et ses ordinateurs portables.

En grande partie en raison de la façon dont les cerveaux humains sont câblés (j’aime me référer à cet arrangement comme d’un MonkeyBrain 2.0), les égrégores doivent posséder certains attributs. L’un d’entre eux est un symbole reconnaissable, qu’il s’agisse de la croix, du croissant ou d’un rongeur de bande dessinée. Une autre est une certaine iconographie fixe, comme les vêtements de l’empereur (qui ne peuvent pas être invisibles). Une autre est une idéologie ou un système de croyance. Un autre encore est un ensemble obligatoire de rituels d’habilitation. Gardant cela à l’esprit, examinons l’égrégore en question : l’égrégore du président des États-Unis d’Amérique. Parmi les symboles, il y a le sceau présidentiel et le drapeau, mais le symbole réellement symbolisé d’une manière égrégorique est, bien évidemment, la Maison Blanche. Déplacez la résidence présidentielle, et l’égrégore est automatiquement affaibli. Le fait que la Première Dame (qui est une partie essentielle de l’iconographie présidentielle) n’ait pas réussi à s’installer à la Maison Blanche et séjourne dans son Penthouse de Manhattan avec son fils a été un rude coup pour l’égrégore.

Mais une autre partie de l’iconographie égrégorique a été restaurée sous une forme appropriée. Selon cette iconographie, le POTUS doit être un mâle protestant anglo-saxon et blanc. Il s’agit d’un ancien égrégore, l’un des plus anciens du monde, aux côtés de ceux du pape et de la reine d’Angleterre, et vous ne pouvez pas enseigner à de vieux égrégores trop de nouveaux trucs. Sur les 45 présidents, 43 WASPS, un Irlandais (Kennedy, qui n’a pas duré longtemps) et un mulâtre (Obama). Une fois que l’Irlandais a été effacé, l’égrégore présidentiel a été fortement maintenu par une succession régulière de WASPS – jusqu’au mulâtre, qui l’a bien affaibli. Voir une femme (Clinton) succéder au mulâtre aurait peut-être brisé toute la force restante et l’aurait complètement détruit, mais l’égrégore a réussi à se sauver en manœuvrant un autre WASP (Trump) vers le poste. Le fait que l’ensemble de l’établissement officiel a vu la victoire électorale de Trump comme très peu probable démontre le fait que l’égrégore a son propre agenda, séparé de celui de ceux qu’il contrôle.

En ce qui concerne le code vestimentaire, l’iconographie de l’égrégore présidentiel exige que le président porte toujours le costume et la cravate. La plupart des présidents s’en tirent assez bien, à quelques exceptions près. Jimmy Carter est apparu dans le bureau ovale portant un cardigan, scellant peut-être son destin en tant que président après un mandat. Obama s’est laissé photographier en pantalons courts, mais au moins le cadre était un terrain de golf plutôt que le bureau. Les tenues cul-cul de Hillary Clinton auraient été un désastre pour l’égrégore. Au moins, Trump est en sécurité : il porte vraiment bien le « costume ».

Mais il est encore trop tôt pour déclarer que l’égrégore présidentiel est installé en toute sécurité chez Donald Trump, sur la durée. Il est robuste comme égrégore parce qu’il ne s’attache qu’à un individu donné pendant une période limitée, soit quatre ou huit ans, avant qu’il ne lui soit présenté un autre hôte à habiter. Après une cérémonie publique d’intronisation, suivie d’une étrange morsure d’amour en privé, l’ancien président est dégorgé dans une obscurité relative en tant que non-entité vidée, grise et flasque.

C’est tout à fait différent de l’égrégore présidentiel que l’on trouve dans les pays arabophones. Là, pour être efficace, l’égrégore nécessite un culte de la personnalité et il s’attache très fermement à une personne ou à une famille. Tuez l’individu clé (Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi [à noter que le fils de Kadhafi pourrait prendre le relais, NdT]… Bashar el-Assad ?) et l’égrégore présidentiel disparaît avec l’État tout entier, qui redevient ensuite un groupe de tribus belligérantes. L’égrégore présidentiel aux États-Unis peut simplement renoncer à son ancien hôte et en trouver un nouveau. Il s’agit d’une stratégie de survie égrégorique beaucoup plus robuste, mais beaucoup plus risquée pour son hôte humain, car l’égrégore peut décider de faire en sorte que l’hôte soit mis en accusation ou tué avant la fin de son mandat, et parfois cela arrive.

En plus d’avoir une iconographie appropriée, afin que l’égrégore présidentiel soit bien installé dans son nouvel hôte, l’hôte doit épouser l’idéologie correcte et suivre tous les rituels appropriés. L’absence de la Première Dame de la Maison Blanche est une violation de l’iconographie, mais c’est une question relativement mineure. Plus important encore, la victoire électorale de Trump a été contestée (sur la base d’aucune preuve) en prétendant qu’elle a été provoquée par « l’ingérence russe ». Cela a remis en question l’exactitude du rituel sacré par lequel l’égrégore se déplace vers un nouvel hôte. La morsure d’amour d’Obama a fonctionné, mais l’égrégore n’est pas entièrement satisfait du nouvel hôte.

Pour aggraver les choses, Trump a lutté contre l’idéologie sacrée : le POTUS doit être « le leader du monde libre » et l’homme le plus puissant sur Terre. Pour commencer, le président doit commander le respect et s’assurer le soutien des membres de son propre parti, et ici, nous avons vu Trump incapable de rassembler les Républicains pour abroger l’Obamacare, quelque chose qu’ils ont essayé de faire presque sans fin sous Obama. Étant incapable de guider l’establishment de Washington vers cette direction, en dépit de représenter le parti majoritaire dans les deux chambres du Congrès, comment Trump peut-il montrer qu’il est le plus grand mâle alpha de toute la planète ? Cela doit rendre l’égrégore présidentiel vraiment inquiet.

Enfin, Trump a péché contre l’égrégore présidentiel d’une autre manière, ce qui est peut-être le plus grave. Vous voyez, les présidents américains ne servent pas les gens, ils servent l’égrégore présidentiel. Les gens soutiennent le président non pas parce qu’il les sert, mais par la falsification des préférences. On leur présente toujours un faux choix entre des gens qu’ils n’aiment pas, mais ils choisissent l’un ou l’autre de peur d’apparaître comme antipatriotiques. Ensuite, s’ils refusent de soutenir celui qui finit par être président, ils risquent d’être désignés comme l’ennemi. Mais ce président particulier a promulgué des promesses plutôt spécifiques, comme l’arrêt de l’immigration incontrôlée, le retour des emplois manufacturiers des pays où ils ont été délocalisés, faire du système de sécurité sociale autre chose qu’un plan d’extorsion ridicule, restaurer l’infrastructure qui s’écroule et rétablir des relations amicales avec d’autres pays. Ce n’est pas atypique. Les candidats à la présidentielle font les plus grandes promesses pour être élus – cela s’appelle « mentir pendant que vous courez vers le bureau », mais la plupart d’entre eux ont la présence d’esprit de renoncer à ces promesses dès qu’ils sont intronisés. Mais Trump, étant un nouveau venu dans les bois politique, a effectivement fait du bruit comme quoi il voulait vraiment accomplir ses promesses de campagne !

Toutes ces faiblesses et ces lacunes ont porté un coup grave à l’égrégore présidentiel. C’est un coup bas, mais ce n’est certainement pas un KO : cela a par contre provoqué, de la part de toutes les personnes dans l’establishment de Washington qui s’y nourrissent, le lancement d’une recherche de moyens pour le sauver et lui redonner le moral. Il s’est rapidement avéré que la seule façon de le faire était de suivre un rituel de déification standard pour élever le nouvel hôte instable de l’égrégore présidentiel au dessus de tous les autres humains.

Les dieux diffèrent de nous, simples mortels, en ce qu’ils ne sont pas liés par le droit humain, et c’est pour démontrer leur nature divine que les présidents américains s’efforcent de devenir des criminels de guerre. Comme l’a dit Roberts, « Notre pays a eu successivement quatre présidents criminels de guerre. Clinton a lancé deux fois des attaques militaires contre la Serbie, ordonnant à l’OTAN de bombarder l’ex-Yougoslavie deux fois, en 1995 et en 1999, ce qui donne à Bill deux crimes de guerre. George W. Bush a envahi l’Afghanistan et l’Irak et a attaqué les provinces du Pakistan et du Yémen depuis les airs. Cela fait quatre crimes de guerre pour Bush. Obama a utilisé l’OTAN pour détruire la Libye et a envoyé des mercenaires pour détruire la Syrie, commettant ainsi deux crimes de guerre. Trump a attaqué la Syrie avec les forces américaines, devenant ainsi un criminel de guerre dès le début de son régime. » Ne mégotons pas sur le nombre exact de crimes de guerre qui ont été commis et reconnaissons que leur nombre est suffisant pour prouver de manière concluante que les présidents américains s’efforcent d’outrepasser le droit humain en assassinant des dizaines de personnes en toute impunité. Ils souhaitent être comme Zeus lançant des éclairs du mont Olympe par caprice ou Poséidon produisant de grands orages pour couler des flottes entières.

Ne négligeons pas de mentionner un rituel d’État mineur mais important : celui de la grâce présidentielle. Les criminels condamnés peuvent faire appel au président, et certains sont pardonnés. Le nombre des pardonnés est trop insignifiant pour que cela soit considéré comme un moyen de rétablir la justice. Au lieu de cela, c’est un moyen pour le président, en tant que criminel ultime, de conférer le droit de commettre des crimes en toute impunité à d’autres criminels sélectionnés au hasard. Faire du président une figure de supplication et de prière pour les criminels est une façon d’affirmer sa nature divine.

Un autre attribut divin de la présidence des États-Unis, et c’en est un que l’administration Trump a adopté avec avidité, c’est la liberté de la tyrannie des faits. Ce ne sont que les humbles humains qui sont liés par ce qui est réel, alors que les dieux peuvent créer leur propre réalité. À cette fin, Trump et son administration cultivent une attitude dédaigneuse à l’égard des faits, laissant la « communauté du renseignement » agir comme un oracle, en admettant que, par exemple, la force aérienne d’Assad a attaqué Khan Cheikhoun dans la province d’Idlib en Syrie avec des armes chimiques, en ne se basant sur AUCUNE enquête ni AUCUNE preuve. Les sources de renseignement affirment qu’elles jouissent d’une « haute confiance » – ce qui signifie que si vous ne possédez pas une confiance aussi élevée dans leurs fabrications, vous doutez, vous êtes un apostat de la religion d’État et un « théoricien de la conspiration ». La vérité aux États-Unis n’est pas le résultat d’un processus d’enquête et de délibération, c’est le produit de la révélation divine.

À côté, il convient de mentionner que la stratégie de « la vérité par la révélation » ne fonctionne pas bien en dehors des frontières confinées de l’establishment américain et des médias. La semaine dernière, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson s’est rendu à Moscou. Après une déclaration polie mais précise de son formidable homologue Sergueï Lavrov, il a passé quelques heures à user ses talons dans la salle d’attente de Poutine. Puis, Poutine a pris quelques minutes de son horaire chargé pour s’arrêter. Je suis bien sûr que Poutine a jeté certaines déclarations au visage de Tillerson, par exemple : la Russie n’a pas envahi l’Ukraine ; la Crimée a toujours été russe et le sera toujours ; positionner des troupes de l’OTAN à la frontière de la Russie viole un accord international ; implanter des systèmes de défense antimissiles sur les frontières de la Russie pour défendre l’Europe contre les ICBM iraniens nucléaires inexistants est ridicule et inacceptable ; l’attaque chimique dans Khan Cheikhoun est une attaque sous faux drapeau ; l’attaque américaine par des missiles de croisière sur la base aérienne de Chayrat près de Homs en Syrie était illégale et à cause de cela, les protocoles de gestion de conflits américano-russes sont suspendus ; et, enfin, la présence de troupes américaines sur le sol syrien est une violation de la souveraineté de l’État syrien. Il n’est pas possible de gagner la paix en répétant des mensonges, c’était pourtant la mission de Tillerson à Moscou. C’était une tâche impossible et, bien que personne aux États-Unis n’ait pris soin d’y faire attention, une humiliation internationale. Nous pouvons être sûrs, cependant, que l’égrégore présidentiel en a pris note, s’est senti humilié et a chargé l’esprit de ruche de Washington de chercher de nouvelles façons de frapper les esprits dans le monde : au revoir la Syrie, bonjour la Corée du Nord !

Roberts est assez précis quand il dit que « la violence est le cœur de l’Amérique ». Et maintenant, nous en comprenons la raison : la violence est au centre du culte de l’État par lequel l’animateur humain de l’égrégore présidentiel est déifié. Ce même processus est reproduit de façon fractale dans toute la société : lorsque la police des États-Unis tire sur des dizaines de civils, ou lorsque des tueurs de masse ouvrent le feu dans des lieux bondés, ils s’engagent dans une communion avec l’être suprême – le criminel en chef, le pire sur toute la planète et au-delà de la portée du droit humain. Pour vous assurer que c’est le cas, regardez les sondages favorables de Trump parmi la population à la suite de son attaque de missiles de croisière entièrement inefficace contre la Syrie : sa cote de popularité a atteint 50% pour la première fois.

À l’heure actuelle, ce culte de la violence est tout ce qui soutient l’égrégore présidentiel. Auparavant, les gens étaient tout à fait disposés à falsifier leurs préférences d’un grand nombre de façons pour leur intérêt à maintenir une chance raisonnablement bonne de garder leur pension de vieillesse, de rembourser leurs prêts, d’avoir un avenir prometteur pour leurs enfants, des soins de santé abordables. Mais maintenant, tout ce qui reste est une part de voyeurisme d’une violence insensée. Il n’y a que deux façons de participer à ce culte : en tant que bourreau ou en tant que victime. Les bourreaux falsifient leur préférence de ne pas commettre ses crimes insensés ; ils acceptent les crimes et entrent en communion avec le criminel en chef en épousant la notion selon laquelle les États-Unis représentent encore la paix, la justice et la démocratie, ou des mots creux à cet effet. Les victimes falsifient leur préférence à devoir agir avec force pour abattre ce culte de la violence parce qu’elles ont peur. En même temps, elles évitent toute dissonance cognitive en s’opposant inefficacement, prétendant que cela restaure un peu de leur vertu volée. Bien que beaucoup d’entre elles en parlent, certains ont le courage ou la détermination de faire tout ce qu’ils peuvent faire à ce stade : obtenir un passeport différent, prendre leur argent et leur famille et quitter les États-Unis pour de bon.

Bien sûr, il y a aussi l’option de ne rien faire et de simplement attendre. Soutenu par rien de plus que la violence gratuite et les mensonges flagrants, avec ce baratineur de Trump pour hôte, l’égrégore présidentiel des États-Unis ne semble plus devoir faire long feu dans ce monde. À ce stade, tout ce qu’il faudrait pour qu’il apparaisse pour ce qu’il est serait une défaite militaire retentissante – exactement le genre de coup de grâce qui démange la Corée du Nord et qu’elle pourrait administrer à cette superpuissance en décrépitude progressive depuis des décennies. Même si le plan de la Corée du Nord foire, il y aura beaucoup d’autres occasions pour l’armée américaine de prendre sa raclée. Les États-Unis manquent de pays faibles à détruire. Ceux qui restent sont assez forts pour les détruire en retour. Et même si les États-Unis trouvent encore des pays assez fragiles à détruire, il y a une limite au nombre de fiascos militaires que l’armée américaine, déjà surchargée et épuisée, peut entreprendre à la fois. Oui, vous pouvez simplement attendre ; mais qu’êtes vous en train d’attendre ? Lorsque l’égrégore présidentiel finira par éclater au grand jour, quels autres démons bien plus méchants et plus nantis se précipiteront pour combler le vide ?

Vous pouvez lire ce qui s’est passé lorsque l’égrégore soviétique a soudainement disparu et comment un événement analogue est susceptible d’arriver aux États-Unis, dans mon livre Reinventing Collapse : l’exemple soviétique et les perspectives américaines. Pour une description fictionnelle réaliste de la façon dont l’armée américaine pourrait être défaite, lisez le roman de John Michael Greer, The Twilight’s Last Gleaming.

Dmitry Orlov

 

Note du Saker Francophone

Dmitry Orlov nous fait le plaisir de nous autoriser à traduire ses textes en français alors qu’ils sont payants en anglais. S’ils vous plaisent, vous pouvez toujours le remercier en achetant son livre, disponible ci-dessous, aux éditions Le Retour aux Sources.

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie », c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

les-cinq-stades-de-l-effondrement

 

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par M pour le Saker Francophone

 

* Paul Craig Roberts, Un gouvernement d’imbéciles et de criminels de guerre, http://www.mondialisation.ca/usa-un-gouvernement-dimbeciles-et-de-criminels-de-guerre/5586938