Les États-Unis demandent à ce que plus de pays occupent le nord-est syrien

par Moon of Alabama

6 février 2019

Source : http://lesakerfrancophone.fr/les-etats-unis-demandent-a-ce-que-plus-de-pays-occupent-le-nord-est-syrien

Source originaire : https://www.moonofalabama.org/2019/02/us-asks-more-countries-to-occupy-northeast-syria.html#more

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone.

 

L’article de lundi (*)sur la situation en Syrie émettait un jugement qui semble maintenant erroné. L’administration Trump prévoit de remplacer les troupes américaines dans le nord-est de la Syrie par celles de divers alliés.

 

James Jeffrey, l’envoyé spécial des États-Unis auprès de la coalition anti-EI et néoconservateur, a imaginé un plan élaboré pour “protéger les Kurdes” et sécuriser les frontières proches de la Turquie, avec l’aide de troupes fournies par des alliées.

Aaron Stein @aaronstein1 – 17:33 utc – 24 jan 2019

Le plan Jeffrey amené à Ankara/Rojava est très complexe, nécessite des                      engagements illimités de la part de la France et de la Grande Bretagne, des patrouilles turques dans les zones rurales, l’accord de la SDF, des forces tierces et une couverture aérienne américaine, incluant peut-être une zone d’interdiction aérienne imposée par les États-Unis (on ne sait pas si POTUS est d’accord avec tout cela)

Une semaine plus tard, le Wall Street Journal rapportait que ce plan dingue n’avait pas réussi à obtenir le soutien de l’une ou l’autre des parties concernées. Les Kurdes l’ont rejetée et la Grande-Bretagne et la France ont refusé d’envoyer des troupes pour une mission sans fin entre des turcs et des kurdes en guerre.

Ces affirmations selon lesquelles le plan avait échoué étaient peut-être prématurées. Il y a des signes montrant qu’il est toujours en cours d’élaboration.

Aujourd’hui, le secrétaire d’État Mike Pompeo s’est entretenu avec des ministres des affaires étrangères et des responsables de la coalition américaine contre EI. Il a fait une remarque semblant annoncer qu’il allait demander à ces alliés d’envoyer leurs troupes pour remplacer les forces américaines dans le nord-est de la Syrie :

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a rassuré mercredi ses alliés en leur disant que le retrait des troupes américaines de Syrie ne marquait pas “la fin de la lutte américaine” et leur a demandé de s’engager à nouveau à vaincre définitivement État islamique en Syrie et en Irak. …

“Notre mission est inébranlable, mais nous avons besoin de votre aide pour l’accomplir, comme nous l’avons fait au cours des derniers mois et des dernières années”, a déclaré Pompeo, “À cette fin, nous demandons à nos partenaires de la coalition de considérer sérieusement et rapidement les demandes qui permettront à nos efforts de continuer.»

“Ces demandes devraient arriver très bientôt “, a-t-il ajouté, sans plus de précisions.

Pompeo veut aussi (vidéo) que la coalition “renvoie toutes les forces iraniennes de Syrie». Il a également demandé des centaines de millions de dollars pour l’Irak.

L’un des participants à la réunion était le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, un membre plutôt bête de l’ancien parti social-démocrate. Alors qu’il se rendait à Washington DC, il se plaignait (en allemand) du “vide” provoqué par le retrait des forces états-uniennes (ma traduction de l’allemand) :

Avant son départ pour Washington, le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas (SPD) a déclaré : “En Syrie, nous ne savons toujours pas comment éviter un vide après le retrait annoncé des troupes américaines, afin d’éviter une nouvelle escalade des anciens conflits et une résurgence de État islamique. Il espère recevoir davantage d’informations sur la question au cours des pourparlers qui se tiendront à Washington. Le danger posé par État islamique en Syrie et en Irak “n’est pas terminé“.

Pourquoi ces politiciens n’ont-ils jamais appris la physique ? Le nord-est de la Syrie n’est pas isolé de l’atmosphère ou des terres environnantes. Cela rend un vide là-bas impossible.

L’ancien ambassadeur britannique en Syrie, Peter Ford, propose un guide utile pour décoder le double langage au sujet de la Syrie, dont cette introduction :

Terme : vide. Les États-Unis laisseront un vide lorsqu’ils retireront leurs troupes.

Ce qui veut dire : Rétablissement de l’ordre public. Une fois que les États-Unis auront cessé de l’en empêcher, le gouvernement syrien retournera dans ce territoire actuellement contrôlé par les États-Unis et en virera EI, comme il l’a fait dans le reste de la Syrie. Il virera aussi la Turquie.

Les remarques de Maas semblent destinées à préparer le public allemand à une mission d’ordre militaire dans le nord-est de la Syrie.

La Turquie avait déjà rejeté l’idée de troupes étrangères à sa frontière sud. Hier, Erdogan a ressenti le besoin de le souligner à nouveau :

Pendant que la Turquie se préparait à un sommet sur la Syrie avec la Russie et l’Iran, le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré que son pays voulait le contrôle exclusif d’une zone tampon dans le nord de la Syrie, rejetant le plan des États-Unis proposant une force multinationale chargée de contrôler la région. …

Le Wall Street Journal indiquait, en janvier dernier, que Washington essayait d’obtenir de ses partenaires occidentaux, dont l’Australie, la France et le Royaume-Uni, qu’ils patrouillent la partie du territoire syrien le long de la frontière turque après le départ des troupes américaines. Washington craint que la Turquie n’attaque le YPG une fois que les soldats américains se sont retirés.

Dans son discours, Erdogan déclarait que le plan américain n’était pas une option. “Je répète : toute proposition, à l’exception d’un modèle de zone de sécurité sous contrôle turc avec d’autres pays fournissant simplement une aide logistique, est inacceptable.”

Il a dit qu’il n’existait pas d’exemple de zone de sécurité administrée avec succès par des “puissances internationales”. Le président turc a déclaré que les troupes turques seraient bien accueillies par la population syrienne locale : “Ils nous font confiance.”

Presque tous les centres de population près des frontières turques dans le nord-est de la Syrie ont une majorité kurde. Les Kurdes ne font certainement pas confiance à la Turquie. Erdogan veut éloigner les Kurdes de la frontière turque. Ensuite, il “réinstallerait” dans ces régions les syriens réfugiés en Turquie. La plupart des réfugiés sont les parents des “rebelles” soutenus par la Turquie et alignés sur l’idéologie islamiste d’Erdogan.

northsyriaethnicmap-s

Carte des majorités ethniques d’avant-guerre, par ville
Vert : Kurde, Violet : Arabe, Rouge : Turkmène, etc.

sourceAgrandir

L’idée américaine de faire venir d’autres troupes étrangères pour remplacer le contingent américain n’est malheureusement pas éteinte. Pompeo fait de nouvelles “demandes”, Maas joue avec le “vide” et Erdogan ressent le besoin d’insister sur l’opposition turque à ce plan.

Tout État étranger serait fou de s’engager dans un tel projet. Un déploiement de troupes là-bas serait :

  • Illégal au regard du droit international,
  • contre la volonté du pays hôte, la Syrie,
  • contre la volonté d’un voisin, membre de l’OTAN,
  • En plein milieu de conflits ethnico-religieux,
  • sans voies de communication sécurisées et
  • sans aboutissement clair.

Les personnes bénéficiant d’un tel déploiement seraient les Kurdes du PKK/YPK qui ont aidé à vaincre EI. Mais ils sont eux-mêmes une organisation terroriste reconnue à l’échelle internationale qui ne devrait pas être soutenue. L’autre partie bénéficiaire est Israël qui, historiquement, utilise les Kurdes pour miner la souveraineté des pays arabes. Un déploiement de troupes étrangères dans le nord-est de la Syrie aiderait Israël à maintenir Damas faible.

Le plan de J. Jeffrey est un gâchis et n’aurait pas dû faire l’objet d’une quelconque réflexion. Il est inquiétant que des discussions à ce sujet se poursuivent encore.

 Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone.

 

(*) http://lesakerfrancophone.fr/trump-dit-quil-va-quitter-la-syrie-alors-que-le-pentagone-continue-dy-envoyer-des-hommes-et-du-materiel

 

Ancien expert de l’ONU : les sanctions nord-américaines au Venezuela sont largement responsables de la crise, peut-être un « crime contre l’humanité »

par Whitney Webb

1er février 2019

Source : https://www.investigaction.net/fr/ancien-expert-de-lonu-les-sanctions-nord-americaines-au-venezuela-sont-largement-responsables-de-la-crise-peut-etre-un-crime-contre-lhumanite/

Source originaire : https://www.mintpressnews.com/former-un-expert-us-sanctions-venezuela-largely-responsible-crisis-possible-crime-humanity/254334/

 

« Ce qui est en jeu, ce sont les énormes, énormes ressources naturelles du Venezuela. Et j’ai l’impression que si le Venezuela n’avait pas de ressources naturelles tout le monde se ficherait de Chavez ou de Maduro ou de qui que ce soit là-bas. » – Alfred de Zayas, ancien fonctionnaire des Nations unies.

Londres — Dans une interview approfondie accordée au journal britannique The Independent publié dimanche, l’ancien rapporteur spécial des Nations unies Alfred de Zayas a affirmé que les sanctions dévastatrices imposées au Venezuela par les États-Unis depuis plusieurs années sont illégales et constituent une « guerre économique » contre la République bolivarienne. De Zayas a également affirmé que ces sanctions nord-américaines pourraient constituer des « crimes contre l’humanité » selon le droit international, qu’elles portent une grande partie de la responsabilité pour la crise économique actuelle au Venezuela et ont provoqué des morts inutiles dans la population.

De Zayas, qui a terminé son mandat à l’ONU il y a moins d’une année, a critiqué le régime des sanctions étasuniennes – qui a commencé sérieusement en 2015, lorsque l’ancien président Barack Obama a déclaré sans preuve que le Venezuela était une « menace pour la sécurité nationale ». Depuis lors, le président Donald Trump a intensifié les sanctions et a aussi ouvertement envisagé une intervention militaire dans ce pays qui dispose des plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde.

Ce n’est pas la première fois que de Zayas s’exprime sur les conséquences dangereuses des sanctions nord-américaines. En septembre dernier, il a présenté au Conseil des droits de l’homme des Nations unies un rapport explosif qu’il avait contribué à rédiger, démontrant que la « guerre économique » et en particulier les sanctions pratiquées par les États-Unis et leurs alliés ont considérablement aggravé la crise économique au Venezuela. Les États-Unis s’étaient retirés du Conseil des droits de l’homme quelques mois avant le publication du rapport de Zelaya, invoquant le prétendu parti pris de cet organisme contre Israël.

Bien que de Zayas ait aussi reproché au gouvernement vénézuélien, dirigé par le président Nicolás Maduro, sa trop grande dépendance au pétrole, sa mauvaise gouvernance et la corruption, son rapport appelait la Cour pénale international à enquêter sur les sanctions économiques imposées par les États-Unis au Venezuela comme un éventuel crime contre l’humanité conformément à l’article 7 du Statut de Rome.

Dans son rapport, dont de Zayas affirme qu’il a été largement ignoré par les Nations unies depuis sa publication, l’ancien rapporteur écrivait :

« Les sanctions économiques et les blocus actuels sont comparables aux sièges des villes au Moyen Âge. […] Les sanctions du XXIe siècle tentent de mettre à genoux non pas une seule ville, mais des pays souverains. »

De Zayas poursuit en disant à The Independent que « les sanctions tuent » et analyse la manière dont ces mesures frappent de manière disproportionnée les plus pauvres de la société et provoquent souvent des morts en raison des pénuries de nourriture, de médicaments et d’autres biens de première nécessité qui en résultent.  Il dit aussi à The Independent que ces tactiques visant les civils les plus vulnérables d’un pays avaient pour but d’imposer le chaos économique et un changement de régime au Venezuela.

 

Contester le récit pour qu’il soit ensuite ignoré

 

Dans son interview, de Zayas a expliqué pourquoi il estimait que l’ONU et une grande partie de la communauté internationale avaient ignoré ses conclusions bien qu’il ait été le premier officiel de l’ONU à se rendre dans le pays et à en rendre compte depuis 21 ans :

« Lorsque j’arrive et dis que l’émigration [des Vénézuéliens dans d’autres pays] est attribuable en partie aux sanctions, les gens n’aiment pas l’entendre. Ils veulent seulement le récit simple que le socialisme échoue et qu’il a échoué pour le peuple vénézuélien. »

En effet, le dernier rapport de de Zaya et sa récente interview sont en contradiction avec les récits communément promus par de nombreux organes de presse et même quelques ONG éminentes, qui imputent entièrement la crise économique du pays au gouvernement de Maduro.

De Zayas, qui était également l’ancien expert indépendant de l’ONU pour la Promotion d’un ordre international démocratique et équitable, ajoute :

« Lorsque je suis revenu [l’ONU et les médias] n’étaient pas intéressés. Parce que je ne chante pas la chanson que je suis censé chanter, donc je n’existe pas… Et mon rapport, comme je l’ai dit, a été formellement présenté, mais il n’a fait l’objet d’aucun débat. Il a été classé. »

Il raconte aussi à The Independent qu’il avait reçu un accueil froid de la part de hauts responsables de l’ONU, y compris de celui qui était alors Haut commissaire aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, parce qu’ils « s’intéressent uniquement à un rapporteur qui va… faire de la démagogie, condamner le gouvernement et demander un changement de régime. Et j’y suis allé pour écouter. Je suis allé là-bas pour découvrir ce qui se passe vraiment. »

Finalement, de Zayas — un citoyen américain d’origine cubaine — a estimé que les méthodes étasuniennes de « persuasion » étaient grandement responsables de la décision des hauts responsables de l’ONU d’ignorer ce rapport. L’ancien expert a relevé :

« J’ai vu ce qui s’est passé au Conseil des droits de l’homme, comment les États-Unis tordent les bras et convainquent des pays de voter comme ils veulent qu’ils votent, sinon il y aura des conséquences économiques, et ces choses ne sont pas répercutées dans la presse. »

Cependant, certains incidents en ce sens ont été couverts par la presse ces dernières années.

 

« Tout le monde s’en ficherait »

 

De Zayas l’a exprimé clairement lorsque la discussion a porté sur les véritables motifs des États-Unis pour mener une « guerre économique » et la décision, la semaine dernière, de l’administration Trump de reconnaître Juan Guaidó, le politicien non élu de 35 ans, membre du parti Volonté populaire, lié à la CIA et financé par les États-Unis, comme le président par intérim « légitime » du Venezuela :

« Ce qui est en jeu, ce sont les énormes, énormes ressources naturelles du Venezuela. Et je crois que si le Venezuela n’avait pas de ressources naturelles, tout le monde se ficherait de Chavez ou de Maduro ou de qui que ce soit là-bas… Si vous écrasez ce gouvernement et mettez en place un gouvernement néolibéral qui va tout privatiser et vendre, beaucoup d’entreprises multinationales engrangeront d’immenses profits, et les États-Unis sont dirigés par les multinationales. »

Puis de Zayas ajoute :

« Les affaires des États-Unis sont les affaires. C’est ce qui intéresse les États-Unis. Et [actuellement] ils ne peuvent pas faire des affaires avec le Venezuela. »

Compte tenu de son point de vue nuancé sur la crise au Venezuela, il semble que les récentes remarques de de Zayas – tout comme son précédent rapport sur le pays – seront ignorées par les Nations unies et la presse internationale parce qu’elles remettent en question le « récit simple » qui non seulement fabrique le consentement à un changement de régime soutenu par les États-Unis au Venezuela, mais décharge également ceux-ci de leur responsabilité dans la crise actuelle qui frappe le pays.

 

Whitney Webb est membre de la rédaction de MintPress News et collabore à Truth in Media de Ben Swann. Ses articles ont été publiés dans Global Research, le Ron Paul Institute et 21st Century Wire, entre autres. Elle a également fait des apparitions dans des émissions de radio et de télévision sur RT et Sputnik. Elle vit actuellement avec sa famille dans le sud du Chili.   

Syrie : La très sage décision de Donald Trump…


Richard Labévière
24 décembre 2018

Source : Proche&Moyen-Orient.ch

Il l’avait promis, il l’a fait : Donald Trump ramène la troupe à la maison, soit les quelques deux mille soldats des forces spéciales engagées en Syrie et la moitié du contingent d’Afghanistan, environ 7000 hommes. Ce faisant, le président américain confirme ses deux obsessions récurrentes : se faire réélire pour un prochain mandat en respectant à la lettre la liste de ses promesses électorales et faire tout le contraire de ce qu’a essayé de réaliser son prédécesseur Barack Obama. 

Sur le dossier syrien, la précédente administration démocrate visait clairement deux objectifs : renverser et changer le régime de Damas en supprimant Bachar al-Assad comme ce fut fait de Saddam Hussein et de Mouammar Kadhafi, tout en démolissant l’Etat-nation syrien comme ce fut fait de ceux d’Irak et de Libye. Sur ces deux points le bilan s’avère proprement désastreux – d’autant qu’en matière militaire – l’administration Obama s’est particulièrement illustrée par une augmentation exponentielle des attaques de drones, des opérations clandestines, des enlèvements et des assassinats ciblés. 

En prenant ainsi la décision d’un retrait « sec » de Syrie, le nouveau président américain interrompt brusquement la séquence d’un échec pourtant annoncé et ne faisant que s’aggraver au fil des semaines. Certes comme à son habitude, il n’y met pas les formes et prend de vitesse l’ensemble de ses partenaires étrangers et américains, n’hésitant pas à provoquer la démission de son ministre de la défense. Comme à son habitude aussi, c’est d’abord l’homme d’affaires qui réagit : Donald Trump ne veut plus continuer à investir dans des opérations de plus en plus coûteuses ne rapportant rien, si ce n’est la mort des « boys » et le retour de leurs cercueils au pays. En Syrie, la Russie, l’Iran et la Turquie ont remporté la partie. En Afghanistan, les Talibans ont repris le contrôle de 70% du pays. 

Par conséquent, à quoi servirait-il de continuer à engouffrer des milliards de dollars dans des affaires qui tournent au désastre depuis plusieurs années. Dans cette perspective purement comptable, la décision de Donald Trump est logique et conforme à son programme, sinon à son idéologie politique : l’argent d’abord pour me faire réélire ! 

Dialectiquement, la décision de Donald Trump fait aussi tomber nombre de malentendus et de contresens qui depuis mars 2011 empêchent une bonne compréhension de la guerre civilo-globale de Syrie. En dernière instance, le retrait militaire américain de Syrie pourrait s’avérer très positif en permettant d’accélérer la sortie de crise afin de lancer la reconstruction économique et politique du pays. Enfin, pour mieux apprécier la décision de la Maison Blanche, il s’agit d’abord de rappeler l’historique d’une ingérence américaine en Syrie qui a commencé bien avant le lancement officiel de la Coalition anti-terroriste d’août 2014…

L’INGERENCE AMERICAIN DATE DE 2011

L’engagement militaire américain en Syrie n’a pas attendu la proclamation du Califat par l’organisation « Etat islamique »/Dae’ch le 29 juin 2014. En fait, Washington préparait depuis longtemps des alternatives aux dictatures militaires arabes de moins en moins fréquentables. Dans le contexte des mal nommées «  révolutions arabes » , en Tunisie, en Egypte, en Libye, comme en Syrie la solution était déjà sur la table de la Maison blanche : favoriser l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en les aidant à constituer des pouvoirs exécutifs alternatifs. Ainsi, avant les troubles de Deraa en mars 2011, les services spéciaux américains sont déjà à pied d’œuvre au Liban, en Jordanie et en Turquie pour appuyer des ONGs et les startupers d’une contestation qui va s’organiser à partir des « réseaux numériques » dits « sociaux ». 

Dès les premières manifestations populaires de Deraa, des officines américaines et britanniques vont introduire quantités de fusils M-16 dans le pays, avec l’aide des Frères musulmans jordaniens et des tribus sunnites dont les nombreux trafics se jouent des postes frontières de la région. Durant les premières protestations – qui dès le début n’ont pas été pacifiques comme continuent à le prétendre les médias occidentaux absents du terrain -, des snipers cagoulés ont systématiquement pris pour cible les forces de l’ordre depuis les toits en terrasse des quartiers jouxtant les bâtiments officiels du gouvernorat de Deraa. Selon un rapport confidentiel du BND allemand, dès les premiers jours du « printemps syrien », plusieurs dizaines de « contractors » américains et britanniques sont à l’œuvre non seulement à Deraa, mais aussi dans la banlieue de Damas, ainsi que dans plusieurs localités côtières entre Tartous et Lattaquié. 

A proximité des frontières syriennes, l’installation de deux M.O.C – Military Operation Center – a commencé dès janvier 2011 : le premier se situe dans une caserne de la banlieue nord de Amman, la capitale jordanienne. Le deuxième s’est installé dans la vieille Antioche, jouxtant la ville turque d’Antakya, le départ de la Route de la soie. Les activités de ces deux structures d’états-majors illustrent la première séquence de l’engagement militaire américain en Syrie du printemps 2011 à l’été 2014, avant l’apparition de Dae’ch

A partir de ces deux plateformes interarmées se déploient trois programmes. Sous la responsabilité du Pentagone, le premier consiste à fournir différents points d’approvisionnements en armes afin d’équiper et de former des combattants susceptibles de rejoindre l’Armée syrienne libre (ASL), dont les premières unités ont vu le jour fin juillet 2011. Aux mains de la CIA, le deuxième programme consiste à recruter le plus grand nombre possible d’activistes afin de démultiplier les groupes armés locaux chargés de rejoindre l’ASL. Enfin, directement supervisé par le Secrétariat d’Etat, le troisième programme cherche à créer – avec l’aide des services spéciaux britanniques – des ONGs présentables à l’opinion publique internationale. Les fameux « Casques blancs » qui défraieront la chronique durant la bataille d’Alep en décembre 2016, sont l’une des créations du Progamm-3 !

Du printemps 2011 à l’été 2014, ces trois programmes vont engloutir plusieurs milliards de dollars sans beaucoup de résultats. Dans le sillage de l’ASL, les groupes armés dits « modérés », « laïcs » ou même « démocratiques » ont le plus grand mal à s’imposer. Ces groupes, qui parfois ne survivent que quelques jours, sont vite supplantés et absorbés par les katiba (unités) de Jabhat al-Nosra, c’est-à-dire Al-Qaïda en Syrie. Entre l’hiver 2011/2012 et l’été 2014, les analystes d’un service européen de renseignement n’en dénombrent pas moins de 400 qui se forment, se décomposent et se reconfigurent au gré d’alliances familiales, claniques, tribales et d’enjeux financiers plus ou moins clivants.

Toujours est-il que plusieurs de ces groupes, hâtivement montés sur le modèle de la sinistre UCK du Kosovo vont, la plupart du temps, tourner au fiasco comme le mort-né Front de libération de la Syrie (FLS) qui sera absorbé par Nosra quelques jours seulement après sa création. La dissidence armée en Syrie ne réussira jamais à se fédérer. Aucun de ces groupes ne va parvenir à s’implanter durablement à l’Est de l’Euphrate jusqu’à ce que la CIA conseille au Pentagone de jouer la carte… kurde. 

L’ALIBI DE LA LUTTE ANTI-TERRORISTE

La prise de Mossoul – deuxième ville d’Irak – et la proclamation du Califat par Dae’ch fin juin 2014 ouvre la deuxième séquence de l’engagement militaire américain en Syrie. L’alibi de la lutte anti-terroriste va permettre à Washington de poursuivre son objectif initial : le renversement du gouvernement de Damas et le démantèlement de la Syrie.

Tétanisé par l’émergence d’un « arc chi’ite », le petit roi Abdallah de Jordanie va vendre aux Américains la formation d’une « Fédération des tribus arabes ». Cette nouvelle initiative qui aura coûté plusieurs centaines de millions de dollars va, elle-aussi, très vite se transformer en échec cuisant, les supplétifs de cette fédération fantôme rejoignant avec armes et bagages leurs tribus d’origine. 

Dès 2011, l’objectif était non seulement de renverser le « régime de Damas » et son « sanglant dictateur » Bachar al-Assad – pour reprendre la rhétorique de la presse occidentale – mais aussi d’endiguer le déploiement de l’Iran en Syrie et celui de son allié historique le Hezbollah libanais. Ce dernier, qui s’est officiellement engagé en Syrie à partir de juillet 2013, a empêché les jihadistes de Nosra de s’emparer du port de Tripoli (nord du Liban), de s’implanter durablement dans la Bekaa, notamment dans la localité d’Ersal, ainsi que dans le sud du pays.

Peu de temps après la proclamation du Califat, Dae’ch attaque une école militaire en Jordanie : plusieurs conseillers américains sont tués. Pour s’assurer le contrôle du triangle syro-jordano-irakien, les forces spéciales américaines installent une base interarmées à Tanaf. Il s’agit principalement de couper la route aux Iraniens dans le désert d’Al-Ambar qui surplombe la frontière syro-jordanienne. A partir des infrastructures de Tanaf est créée la « Nouvelle armée syrienne » sous les ordres de Mohammad Talaa. Nouveau fiasco, cette force est décimée par Dae’ch aux abords de l’aéroport d’Al Hamadan durant l’été 2015. 

A partir de Tanaf, la CIA et ses groupes supplétifs vont faire mouvement pour empêcher la libération de Boukmal par l’armée syrienne après celle de Palmyre. Les forces américaines permettent alors à Dae’ch de s’installer près de Tanaf et bombardent une colonne irakienne qui cherche à opérer sa jonction avec l’armée gouvernementale syrienne. Après plusieurs années d’âpres combats, les forces loyales de Damas font finalement la jonction tant attendue avec leurs homologues irakiennes et investissent Tanaf en décembre 2017, ouvrant ainsi la route Bagdad-Damas. 

Au sud de l’Euphrate, les Américains ont empêché les Russes de traverser le fleuve, permettant ainsi à Dae’ch de développer un sanctuaire dans la poche d’Hajin depuis décembre 2017. « L’ordre de protéger cette poche a été prise au plus haut niveau du Pentagone », explique un officier européen de renseignement en poste à Amman. Finalement, ce n’est qu’un an plus tard – le 17 décembre 2018 – que les combattant kurdes investissent Hajin mettant en fuite plusieurs milliers de jihadistes de Dae’ch.

La deuxième séquence de l’engagement américain en Syrie est dominée par un choix stratégique clair : appuyer les groupes kurdes engagés dans la lutte contre Daec’h et contre l’armée gouvernementale syrienne. Il s’agissait aussi d’occuper durablement les régions pétrolières et gazières du Nord-Est de la Syrie et d’empêcher la formation du fameux couloir chi’ite Bagdad-Damas-Téhéran tant redouté par le roi de Jordanie. 

La majorité des Arabes chassés par les Kurdes vont se réfugier en Turquie au nord de Raqqa. La ville de Tal-Abyad (la colline blanche) a été « purifiée » ethniquement – dékurdifiée – ouvrant ainsi un couloir destiné à séparer les deux grandes agglomérations kurdes de Kobané et Hassaké. Depuis un an et demi, les services spéciaux turcs organisent une force de 4000 hommes – Le Bouclier de Raqqa – chargée de la reconquête. C’est principalement pour contrer cette initiative que les forces spéciales américaines vont équiper plusieurs points d’appuis aériens afin d’épauler le dispositif kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS), majoritairement composées de combattants kurdes.

TRUMP A TIRE LES LECONS DE LA LIBERATION D’ALEP

Depuis plusieurs années aussi, l’armée turque prépare la bataille d’Afrine1 et de Manbij (autre ville verrou) aux mains des milices pro-kurdes dont plus d’un tiers de combattants du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). Ankara craint, plus que tout, la création d’une entité autonome kurde sur ses marches sud. Pour Recep Erdogan, il s’agit de briser coûte que coûte une possible jonction entre les milices YPG et celles de la maison mère du PKK susceptible de fournir la profondeur stratégique nécessaire aux Kurdes de Turquie. 

C’est principalement pour évoquer cette question que Donald Trump et son homologue turc Recep Erdogan ont eu une très longue conversation téléphonique le 17 décembre dernier. 

Plus précisément, Recep Erdogan menace depuis plusieurs semaines d’envahir et d’occuper une bande d’au moins 15 kilomètres de profondeur dans le nord-est de la Syrie. L’armée turque a placé des armes lourdes le long des zones frontalières adjacentes. Quelque 15 000 « rebelles » étrangers et syriens, payés par la Turquie, sont censés être à l’avant-garde de cette invasion. Au cours du mois dernier, ils ont été transférés d’Idlib et d’autres zones contrôlées par la Turquie au nord-ouest de la Syrie vers le côté turc de la frontière orientale. De plus, le président turc aurait aussi menacé de finaliser l’acquisition de systèmes anti-aériens russes S-400, ce qui serait une première pour l’un des principaux membres de l’OTAN. En définitive Ankara aurait finalement opté pour l’achat des systèmes avancés de défense antimissile Patriot!

Toujours est-il qu’après le départ américain, il y aura une course pour occuper le vide – même si la Turquie risque de s’en tenir à son plan d’invasion. Le gouvernement syrien doit maintenant se dépêcher de reprendre le barrage de Raqqa, les riches terres agricoles au nord de l’Euphrate et, surtout, le champ pétrolier et gazier près de la frontière irakienne, qui sont nécessaires pour financer la reconstruction à venir.

Dans ce contexte et compte-tenu de l’échec patent des deux séquences successives de l’ingérence militaire américaine en Syrie, « Donald Trump aurait surtout raccroché les gants pour ne pas être tenu responsable d’une possible sortie turque de l’OTAN, hypothèse parfaitement apocalyptique pour l’Alliance occidentale », explique un officier général européen en poste à Bruxelles-OTAN ; « en fait, la question du retrait américain se pose depuis la libération d’Alep en décembre 2016. Washington a compris que la partie était perdue et qu’il fallait limiter la casse en retenant la Turquie, par la peau du cou et de toutes les manières possibles ». Evidemment, les Israéliens sont furieux, craignant de voir les Iraniens et le Hezbollah libanais s’installer durablement sur leur frontière nord. D’ores et déjà, Donald Trump aurait promis à Tel-Aviv de nouvelles livraisons d’armes en expliquant que le véritable endiguement de l’Iran se jouait désormais en Irak. 

NOUVELLE CARABISTOUILLE FRANCAISE

Comme toujours dès qu’il est question de la Syrie, la réaction française est d’une confondante absurdité. Les deux principaux responsables politiques des zones sous contrôle kurde en Syrie – les deux co-présidents du Conseil démocratique Syrien Ilham Ahmed et Riad Darar – ont été immédiatement reçus à Paris. L’Elysée a confirmé cette visite, des sources militaires autorisées laissant entendre que Paris s’engagerait à de nouvelles livraisons d’armes et à maintenir plusieurs centaines de membres des forces spéciales aux côtés des factions kurdes.

Les communicants de l’Elysée et du Quai d’Orsay ont aussitôt lancé une campagne médiatique visant à expliquer que la France poursuivrait son engagement militaire au nom de la lutte contre le terrorisme et – bien-sûr – de la défense des droits de l’homme. La ministre de la Défense Florence Parly a eu bien du mal à légitimer une opération que des militaires français de haut rang considèrent comme vouée à l’échec, d’autant qu’Emmanuel Macron avait annoncé la défaite de Dae’ch dès le lendemain de son élection. 

« Soyons sérieux », avertissent plusieurs officiers supérieurs français, « quels sont les intérêts de la France dans cette affaire extrêmement budgétivore ? Avons-nous intérêt à nous maintenir dans un dispositif dont l’échec est d’ores et déjà inscrit dans la réalité des rapports de force sur le terrain ? Comme les Américains, nous ferions mieux de diminuer aussi le format de nos opérations extérieurs afin de nous concentrer sur nos besoins de défense les plus essentiels comme – par exemple – la mise en chantier de deux porte-avions nucléaires pour remplacer le Charles-de-Gaulle qui arrivera en fin de mission en 2038 ».

Plusieurs diplomates français expriment aussi leur incompréhension : « une fois de plus, nous allons travailler d’abord pour les intérêts d’Israël qui nous crachera dessus à la première occasion… » Et dès qu’il est question des priorités de Tel-Aviv, Bernard Kouchner ressurgit de son outre-tombe affairiste pour nous rejouer (notamment sur Europe-1 et dans le dernier JDD) la scène de « la honte » et de la trahison des Kurdes au nom des droits de l’homme et de sa fameuse ingérence humanoïde dont on connaît maintenant les vraies motivations néo-coloniales.

En définitive, que Washington trahisse de nouveau les Kurdes correspond à une vieille tradition récurrente depuis les traités de 1920 ayant présidé au démantèlement de l’empire ottoman. A l’issue de la Première guerre mondiale, l’ensemble des puissances occidentales avaient promis aux Kurdes la création à venir d’un Etat souverain… qui n’est jamais venu. Mais, de crainte que cette malédiction se répéte, les Kurdes auraient mieux fait de poursuivre les négociations qu’ils avaient ouvertes en 2013 avec Damas pour négocier un statut d’autonomie interne au sein de la République arabe syrienne.


1 Afrine et sa région, comprenant 360 villes et villages dans le nord-ouest du gouvernorat d’Alep, est contrôlée depuis le 11 juillet 2012 par le PYD et sa branche armée, les YPG. La population de la région est en très grande majorité kurde, mais elle comprend aussi des Arabes, des Assyriens, des Turkmènes et 20 000 réfugiés yézidis rescapés des massacres de Sinjar. Depuis janvier 2018, entre 500 000 et un million de personnes y vivent, dont des milliers de réfugiés. 

La Planète en guerre

La militarisation du monde par les États Unis, vue de l’intérieur par un officier de carrière.

par Danny Sjursen

20 novembre 2018

Source : http://lesakerfrancophone.fr/la-planete-en-guerre

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

Source originaire : Unz Review

 

Le militarisme américain a déraillé – et un officier en milieu de carrière aurait dû s’en douter. Au début du siècle, l’armée américaine s’était logiquement concentrée sur la contre-insurrection car elle faisait face à diverses guerres assez floues et apparemment sans fin dans tout le Grand Moyen-Orient et dans certaines parties de l’Afrique. En 2008, de retour d’Irak, alors que j’étais encore capitaine et que j’étudiais à Fort Knox, au Kentucky, nos scénarios d’entraînement étaient généralement axés sur le combat urbain et ce qu’on appelait des missions de sécurité et de stabilisation. Nous y prévoyions d’attaquer un centre ville fictif, d’y détruire les combattants ennemis, puis de passer à la pacification et aux opérations « humanitaires ».

Bien sûr, personne ne s’interrogeait alors sur l’efficacité douteuse de ces « changements de régime »  et de ces « nations building », les deux activités dans lesquelles notre pays s’engageait avec une telle régularité. Cela aurait été mal vu. Pourtant, aussi sanglantes et gaspilleuses qu’aient pu être ces guerres, elles ressemblent aujourd’hui à des reliques d’une époque remarquablement plus simple. L’armée américaine connaissait alors sa mission (même si elle ne pouvait pas l’accomplir) et pouvait prédire ce à quoi chacun de nous, jeunes officiers, pouvions nous attendre : une contre-insurrection en Afghanistan et en Irak.

Huit ans plus tard – au cours desquels l’auteur a travaillé sans succès en Afghanistan et enseigné à West Point – et la présence militaire terrestre américaine a considérablement diminué au Moyen-Orient, même si ses guerres y restent « sans fin ». Les États-Unis continuaient de bombarder, de faire des raids et de « conseiller » aux mêmes endroits au moment même où je commençais à enseigner au Command and General Staff College à Fort Leavenworth, au Kansas. Néanmoins, alors que, pour la première fois, je donnais des cours de formation aux officiers d’état-major, en 2016, il m’est rapidement apparu que quelque chose était en train de changer.

Nos scénarios de formation ne se limitaient plus aux opérations anti-insurrectionnelles. Nous planifiions maintenant d’éventuels déploiements dans le Caucase, la région de la mer Baltique et la mer de Chine méridionale (pensez à la Russie et à la Chine) et envisagions une guerre classique de haute intensité dans ces régions. Nous planifiions aussi des conflits contre un régime « voyou » à l’iranienne (pensez : eh bien, l’Iran). Les missions consistaient à projeter des divisions de l’armée américaine dans des régions éloignées pour mener des guerres majeures afin de « libérer » des territoires et de renforcer les alliés.

Une chose est vite devenue évidente pour moi dans mes nouvelles recherches : beaucoup de choses avaient changé. En fait, l’armée américaine s’était largement développée à l’échelle mondiale. Frustrée par son incapacité d’aboutir à un accord dans l’une ou l’autre des vagues guerres contre le terrorisme de ce siècle, Washington avait décidé qu’il était temps de se préparer à une « vraie » guerre contre une foule d’ennemis imaginaires. En fait, ce processus se développe sous notre nez depuis un certain temps déjà. Vous vous souvenez, en 2013, lorsque le président Obama et la secrétaire d’État Hillary Clinton ont commencé à parler d’un « pivot »vers l’Asie – une tentative évidente pour contenir la Chine. M. Obama a également sanctionné Moscou et militarisé davantage l’Europe en réponse à l’agression russe en Ukraine et en Crimée. Le président Trump, dont l’« instinct », pendant la campagne, lui disait de se retirer du bourbier moyen-oriental, s’est finalement avéré prêt à faire monter la pression envers la Chine, la Russie, l’Iran et même (pour un temps) la Corée du Nord.

Les budgets du Pentagone ayant atteint des niveaux record – quelque 717 milliards de dollars pour 2019 – Washington a maintenu le cap, tout en commençant à planifier des conflits futurs plus étendus, dans le monde entier. Aujourd’hui, pas un seul mètre carré de notre planète qui ne cesse de se réchauffer n’échappe à la militarisation américaine.

Pensez à ces développements comme à l’établissement d’une formule potentielle de conflit perpétuel qui pourrait mener les États-Unis dans une guerre vraiment cataclysmique dont ils n’ont pas besoin et qu’ils ne peuvent gagner de manière significative. En gardant cela à l’esprit, voici un petit tour de la planète Terre telle que l’armée américaine l’imagine maintenant.

 

Nos anciens terrains de jeu : Une guerre sans fin au Moyen-Orient et en Afrique

Totalement incapable d’arrêter, même après 17 ans d’échec, la machine militaire bipartisane de Washington continue d’arpenter le Grand Moyen-Orient. Quelque 14 500 soldats américains sont toujours en Afghanistan (ainsi qu’une grande partie de la puissance aérienne américaine), bien que cette guerre soit un échec selon n’importe quel critère que vous pouvez choisir – et des Américains y meurent toujours, même si le nombre diminue.

En Syrie, les forces américaines restent prises au piège entre des puissances hostiles, à une erreur près d’un éventuel déclenchement des hostilités avec la Russie, l’Iran, le président syrien Assad, ou même la Turquie, alliée de l’OTAN. Alors que les troupes américaines (et la puissance aérienne) en Irak ont contribué à détruire le « califat » physique d’État Islamique, elles y restent empêtrées dans une guérilla de faible intensité, dans un pays apparemment incapable de former un consensus politique stable. En d’autres termes, il n’y a pas encore de fin en vue pour cette guerre vieille de 15 ans. Ajoutez à cela les frappes de drones, les attaques aériennes conventionnelles et les raids des forces spéciales que Washington déclenche régulièrement en Somalie, en Libye, au Yémen et au Pakistan, et il est clair que l’armée américaine reste plus que présente dans la région.

Au contraire, les tensions – et le potentiel d’escalade – dans le Grand Moyen-Orient et en Afrique du Nord ne font qu’empirer. Le président Trump a dénoncé l’accord nucléaire iranien du président Obama et, malgré le récent drame de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, soutient avec joie les rois saoudiens dans leur course aux armements et leur guerre froide contre l’Iran. Alors que les autres acteurs majeurs de cet accord iranien sont restés à bord, le président Trump a nommé des néoconservateurs iranophobes intraitables comme John Bolton et Mike Pompeo à des postes clés pour la politique étrangère et son administration menace toujours d’un changement de régime à Téhéran.

En Afrique, malgré les discussions sur la réduction de la présence américaine dans ce continent, la mission consultative militaire n’a fait qu’accroître ses divers engagements, soutenant des gouvernements dont la légitimité est douteuse contre les forces d’opposition locales et déstabilisant davantage un continent déjà instable. On pourrait penser que faire la guerre pendant deux décennies sur deux continents permettrait au moins d’occuper le Pentagone et de tempérer le désir de Washington d’initier d’autres affrontements. Il se trouve que c’est le contraire qui se produit.

 

Frapper l’ours : encercler la Russie et lancer une nouvelle guerre froide

La Russie de Vladimir Poutine est de plus en plus autocratique et montre une tendance à l’agression, localisée à sa sphère d’influence. Néanmoins, il serait préférable de ne pas exagérer la menace. La Russie a annexé la Crimée, mais les habitants de cette province étaient des Russes et souhaitaient une telle réunification. Elle est intervenue dans une guerre civile ukrainienne, mais Washington a également été complice du coup d’État qui a déclenché ce drame. En outre, tout cela se déroule dans le voisinage de la Russie alors que l’armée américaine déploie de plus en plus ses forces jusqu’aux frontières mêmes de la Fédération de Russie. Imaginez l’hystérie à Washington si la Russie déployait des troupes et des conseillers au Mexique ou dans les Caraïbes.

Malgré cela, Washington et sa machine militaire n’hésitent pas à affronter la Russie. C’est un combat pour lequel les forces armées se sentent à l’aise. Après tout, c’est pour une telle guerre que ses commandants supérieurs ont été formés vers la fin d’une guerre froide qui a duré près d’un demi-siècle. La contre-insurrection est frustrante et floue. La perspective de préparer une « vraie guerre » contre de bons vieux Russes avec des chars, des avions et de l’artillerie – c’est bien pour cela que l’armée a été faite !

Et malgré tous les discours exagérés sur la complicité de Donald Trump avec la Russie, sous sa direction, l’escalade militaire de l’ère Obama en Europe n’a fait que s’amplifier. À l’époque où je casernais désespérément en Irak et en Afghanistan, l’armée américaine retirait ses brigades de combat d’Allemagne pour les ramener sur le sol américain (quand, bien sûr, elles ne combattaient pas quelque part dans le Grand Moyen-Orient). Puis, à la fin des années Obama, les militaires ont commencé à renvoyer ces forces en Europe et à les stationner dans les pays baltes, en Pologne, en Roumanie et dans d’autres pays toujours plus proches de la Russie. C’est sans fin et, cette année, l’U.S. Air Force a livré sa plus importante cargaison de munitions en Europe depuis la guerre froide.

Ne vous leurrez pas : une guerre contre la Russie serait une catastrophe inutile – et elle pourrait devenir nucléaire. La Lettonie vaut-elle vraiment ce risque ?

D’un point de vue russe, bien sûr, c’est Washington et l’expansion (par définition) en Europe de l’Est de l’alliance anti-russe que représente l’OTAN qui constitue la véritable agression dans la région – et Poutine a peut-être raison sur ce point. De plus, une évaluation honnête de la situation suggère que la Russie, un pays dont l’économie a à peu près la taille de celle de l’Espagne, n’a ni la volonté ni la capacité d’envahir l’Europe centrale. Même dans les pires temps de la guerre froide, comme nous le savons aujourd’hui grâce aux archives soviétiques, la conquête européenne n’a jamais été à l’ordre du jour de Moscou. Elle ne l’est toujours pas.

Néanmoins, l’armée américaine continue de se préparer à ce que le général Robert Neller, commandant du Corps des Marines, s’adressant à certaines de ses forces en Norvège, a prétendu être un « grand combat » à venir. Si elle n’y fait pas attention, Washington pourrait bien déclencher cette guerre qu’elle semble vouloir, à la différence de l’Europe et du reste de la planète.

 

Défier le Dragon : la quête futile d’une hégémonie en Asie

La marine américaine traite depuis longtemps les océans du monde comme s’il s’agissait de lacs américains. Washington ne laisse pas ce droit à d’autres grandes puissances ou États-nations. Ce n’est que maintenant que la marine américaine est enfin confrontée à certains défis à l’étranger, en particulier dans le Pacifique occidental. Une Chine en plein essor, avec une économie en croissance rapide et les griefs d’une longue histoire de domination impériale européenne, a eu l’audace de s’affirmer dans la mer de Chine méridionale. Washington y réagit avec panique et bellicisme.

Peu importe que la mer de Chine méridionale soit les Caraïbes de Pékin (un endroit où Washington a longtemps estimé avoir le droit de faire tout ce qu’elle voulait sur le plan militaire). La mer de Chine méridionale a le mot Chine dans son nom ! L’armée américaine prétend maintenant – avec juste assez de vérité pour convaincre les non-informés – que la marine chinoise en pleine expansion vise la domination du Pacifique, sinon des mers du monde. Bien sûr, à l’heure actuelle, la Chine n’a que deux porte-avions, dont un vieux réhabilité (bien qu’elle en construise davantage), alors que la marine américaine en a 11 de taille normale et neuf plus petits. Et oui, la Chine n’a encore attaqué aucun de ses voisins. Pourtant, on dit au peuple américain que ses militaires doivent se préparer à une éventuelle guerre contre la nation la plus peuplée de la planète.

Dans cet esprit, les USA ont déployé encore plus de navires, de marines et de troupes dans la région du Pacifique entourant la Chine. Des milliers de Marines sont maintenant stationnés dans le nord de l’Australie, des navires de guerre américains naviguent dans le Pacifique Sud et Washington a envoyé des signaux contradictoires concernant ses engagements militaires envers Taiwan. Même l’océan Indien a récemment été considéré comme un champ de bataille possible contre la Chine, alors que la marine américaine y accroît ses patrouilles régionales et que Washington négocie des liens militaires plus étroits avec l’Inde, le voisin chinois en pleine expansion. Dans un geste symbolique, l’armée a récemment rebaptisé son ancien Commandement du Pacifique (PACOM) en Commandement Indo-Pacifique (INDOPACOM).

Comme on pouvait s’y attendre, le haut commandement militaire chinois se prépare en conséquence. Il a conseillé à son commandement de la mer de Chine méridionale de se préparer à la guerre, a fait ses propres gestes provocateurs en mer de Chine méridionale et a également menacé d’envahir Taïwan si l’administration Trump changeait l’ancienne politique américaine intitulée « une Chine ».

Du point de vue chinois, tout cela est on ne peut plus logique, étant donné que le président Trump a également déclenché une « guerre commerciale » contre Pékin et intensifié sa rhétorique anti-chinoise. Et tout cela est, à son tour, cohérent avec la militarisation croissante du Pentagone dans le monde entier.

 

Aucune terre qui ne soit trop lointaine

S’il n’y avait que l’Afrique, l’Asie et l’Europe que Washington ait choisi de militariser. Mais comme aurait pu le dire le Dr Seuss : ce n’est pas tout, oh non, ce n’est pas tout. En fait, à peu près chaque centimètre carré de notre planète qui n’est pas déjà occupé par un État rival est considéré comme un espace militarisé à contester. Les États-Unis ont longtemps été uniques dans la façon dont ils ont divisé toute la surface du globe en commandements géographiques (combattants) présidés par des généraux et des amiraux qui se comportent en proconsuls régionaux de style romain.

Et les années Trump ne font qu’accentuer ce phénomène. Prenons l’Amérique latine, qui pourrait normalement être considérée comme un espace non menaçant pour les États-Unis, bien qu’elle soit déjà sous la surveillance du Commandement Sud des États-Unis (SOUTHCOM). Récemment, cependant, après avoir déjà menacé d’« envahir » le Venezuela, le président Trump a passé la campagne électorale à soulever sa base en affirmant qu’une caravane de réfugiés désespérés venant d’Amérique centrale – provenant de pays dont les États-Unis sont responsables de leur déstabilisation – était une véritable « invasion » et donc un autre problème militaire. À ce titre, il a ordonné l’envoi de plus de 5 000 soldats (plus que ceux qui servent actuellement en Syrie ou en Irak) à la frontière américano-mexicaine.

Bien qu’il ne soit pas le premier à essayer de le faire, il cherche également à militariser l’espace et à créer une cinquième branche de l’armée américaine, provisoirement connue sous le nom de Space Force. C’est logique. La guerre a longtemps été tridimensionnelle, alors pourquoi ne pas faire entrer le militarisme américain dans la stratosphère, alors même que l’armée américaine s’entraîne et se prépare manifestement à une nouvelle guerre froide (sans jeu de mots) avec cet adversaire toujours à portée de main, la Russie, autour du cercle arctique.

Si le monde tel que nous le connaissons doit disparaître, ce sera soit à cause de la menace à long terme du changement climatique, soit à cause d’une guerre nucléaire absurde. Dans les deux cas, Washington aura doublé la mise. En ce qui concerne les changements climatiques, bien sûr, l’administration Trump semble déterminée à charger l’atmosphère d’encore plus de gaz à effet de serre. Lorsqu’il s’agit d’armes nucléaires, plutôt que d’admettre qu’elles sont inutilisables et de chercher à réduire davantage les arsenaux gonflés des États-Unis et de la Russie, cette administration, comme celle d’Obama, s’est engagée à investir au moins 1600 milliards de dollars sur trois décennies pour la « modernisation » totale de cet arsenal. N’importe quel groupe de personnes un peu rationnelles aurait accepté depuis longtemps que la guerre nucléaire est impossible à gagner et qu’elle n’est une méthode pour l’extinction massive de l’humanité. Il se trouve cependant que nous n’avons pas affaire à des acteurs rationnels, mais à un establishment de défense qui considère qu’il est prudent de se retirer du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI) datant de l’ère de la guerre froide avec la Russie.

Ainsi s’achève notre visite de la vision de la planète Terre par l’armée américaine.

On dit souvent que, dans un sens orwellien, chaque nation a besoin d’un ennemi pour unir et discipliner sa population. Pourtant, les États-Unis resteront le seul pays dans l’histoire à avoir militarisé le monde entier (et même l’espace), prêts à affronter à peu près n’importe qui. C’est cela qui est exceptionnel…

Génocide au Yémen sous l’égide des États-Unis

par Jeremy Salt

21 octobre 2018

Source : http://lesakerfrancophone.fr/genocide-au-yemen-sous-legide-des-etats-unis

Traduction : Dominique Muselet

 

 

 

« Seul Dieu peut sauver nos enfants », disent les pères et les mères yéménites obligés de regarder leurs enfants mourir, sans rien pouvoir faire d’autre que de les réconforter dans leurs derniers instants et prier Dieu de les épargner. Les pères et les mères prient et consolent pendant que, l’un après l’autre, leurs enfants meurent du choléra, de déshydratation et de faim.

Où est Dieu ? Il ne peut pas traverser le blocus total imposé par les États-Unis au Yémen pour sauver ses enfants. Une épidémie de choléra n’est pas une catastrophe naturelle, c’est une œuvre humaine. Depuis 2015, l’épidémie de choléra est la conséquence de la guerre biologique contre le Yémen. Les bombes américaines larguées par des pilotes saoudiens ont détruit les systèmes d’eau et d’égouts du Yémen. Les pièces détachées, les produits chimiques et le carburant nécessaires au fonctionnement des stations d’épuration des eaux usées du Yémen sont interdits d’entrée. L’eau potable, le vaccin contre le choléra et même les comprimés individuels de purification de l’eau ne peuvent pas non plus entrer. L’épidémie de choléra qui en a résulté était prévisible.

Les eaux usées des usines de traitement hors d’usage débordent dans les cours d’eau qui irriguent les terres agricoles, contaminant ainsi les légumes avant leur mise sur le marché. Les eaux usées se déversent dans les villes, les zones résidentielles et les camps de réfugiés. Les mouches pullulent au-dessus des eaux usées et répandent le choléra partout. Le Comité international de la Croix-Rouge, le Croissant-Rouge et Médecins sans frontières, les hôpitaux, les cliniques, les organisations de secours et les défenseurs des droits humains ont été ciblés par des bombardements.

Les Nations-Unies, contrôlées par les États-Unis, donnent un semblant de légalité au blocus et à l’embargo sur les armes qui cible unilatéralement le Yémen. Cela ne sert à rien de se demander pourquoi l’ONU n’a pas aussi interdit la livraison d’armes à l’Arabie saoudite. On connaît la réponse.

L’ONU se désole de la crise humanitaire et de la pire épidémie de choléra de l’histoire de l’humanité. Mais l’ONU ne fait rien pour arrêter le génocide saoudien conduit par les États-Unis ni la destruction du Yémen, et elle publie des chiffres sciemment faux et sous-évalués sur le nombre de morts civiles.

L’ancienne ambassadrice des États-Unis auprès des Nations-Unies, Nikki Haley, s’est mise en colère lorsque l’ONU a osé critiquer timidement les États-Unis, pour avoir déplacé leur ambassade à Jérusalem. Elle a parlé du « manque de respect » de l’ONU à l’égard des États-Unis et a menacé de représailles financières l’ONU et les pays dont les votes n’étaient pas conformes aux souhaits des États-Unis. L’ONU n’est pas un médiateur honnête, car elle est dominée pas les États-Unis et elle a peur de les contrarier.

Le président Donald Trump a réduit le financement des agences humanitaires de l’ONU, il n’a pas essayé d’empêcher Israël d’assassiner des milliers de Palestiniens non armés, il a sorti les États-Unis du Conseil des droits de l’homme de l’ONU et il se moque de la Cour internationale de justice des Nations-Unies. Le conseiller de Trump pour la sécurité nationale, John Bolton, a déclaré que les États-Unis prévoyaient de se retirer d’un plus grand nombre de traités qui constituent le fondement du droit international.

En d’autres termes, Bolton confirme que les États-Unis sont un État voyou ; ils ridiculisent les Nations-Unies. Dès le début de la guerre contre le terrorisme de l’ère Bush, les États-Unis ont fait preuve du plus grand mépris pour les Conventions de Genève. Obama a également violé le droit international coutumier en toute impunité. Obama a assassiné des citoyens américains, bombardé au drone des mariages et des funérailles en Afghanistan, et détruit la Libye. Il a envahi la Syrie dans une guerre d’agression illégale. Obama était un expert en tueries. Il paraît qu’il s’en est même vanté.

Causer délibérément une épidémie de choléra, revient à mener une guerre biologique. Le Yémen n’est pas le premier pays contre lequel les États-Unis utilisent des armes biologiques et chimiques. Pendant la guerre de Corée des années 1950, les États-Unis ont été accusés de manière convaincante de guerre biologique. Pendant la guerre du Vietnam, les États-Unis ont pulvérisé des millions de litres d’agent Orange, qui ont empoisonné le sol, les rivières et les gens. L’agent Orange, 50 ans plus tard, « provoque encore des fausses couches, des maladies de peau, des cancers et des malformations congénitales ».

Les États-Unis ont contaminé la Bosnie, l’Afghanistan et le Moyen-Orient avec de l’uranium dit appauvri. L’uranium appauvri peut causer le cancer, des malformations congénitales et probablement beaucoup d’autres problèmes de santé. Les États-Unis le savent. Les vétérans américains de la guerre en Irak ont reçu un avertissement sanitaire.

En 1995, Madeleine Albright est interviewée par Lesley Stahl dans l’émission 60 Minutes. Cette interview devrait avoir la place d’honneur au musée de l’Infamie pour l’éternité. Stahl a demandé à Albright si la mort de plus de 500 000 enfants irakiens causée par les sanctions américaines « valait la peine ». La réponse d’Albright a été : « Je pense que c’est un choix très difficile, mais le résultat… nous pensons que le résultat en valait la peine. » (Albright ne nous a pas dit qui était ce « nous ».) On sait maintenant que « nous » avons délibérément utilisé la guerre biologique pour tuer ces 500 000 enfants irakiens.

Combien d’autres enfants, Albright, l’administration Bill Clinton et « nous » avons-nous tué dans le monde parce que « nous » pensions que cela en « valait la peine » ? Des centaines de milliers, selon une étude du document partiellement déclassifié de la Defense Intelligence Agency IRAQ WATER TREATMMENT VULNERABILITIES [souligné dans l’original]. Le document partiellement déclassifié a été découvert en 1998 sur un site Web officiel du Système de santé militaire. En 2001, l’Association pour les élèves victimes de génocide a publié l’étude susmentionnée : Le rôle des « vulnérabilités du traitement de l’eau en Irak » dans l’arrêt d’un génocide et la prévention d’autres génocides.

Pendant la première guerre du Golfe de 1991, les États-Unis ont délibérément pris pour cible toutes les usines de purification de l’eau et tous les travaux d’assainissement en Irak, ce qui constitue en soi un crime de guerre. Le document Iraq Water Treatment Vulnerabilities (Vulnérabilités du traitement de l’eau en Irak) produit par le ministère américain de la Défense et mis en œuvre en 1991, a continué d’être appliqué sous le Président Bill Clinton. Même après qu’Albright a admis à l’émission 60 Minutes que le régime de sanctions américain avait tué 500 000 enfants irakiens, « nous » avons continué l’embargo draconien sur le matériel de purification de l’eau.

Le ministère de la Défense et le « nous » de Madeleine Albright savaient que sans eau potable, les maladies véhiculées par l’eau, comme le choléra, affecteraient et tueraient des centaines de milliers d’Irakiens. Priver une population entière des produits de premières nécessités est un génocide, et c’est une violation des Conventions de Genève. Détruire l’approvisionnement en eau potable pour causer sciemment des épidémies comme le choléra, c’est une guerre biologique.

Les sanctions économiques et les embargos commerciaux sont une guerre de siège barbare contre des populations civiles. Il n’y a aucun moyen de les blanchir grâce à des éléments de langage comme cibles chirurgicales ou intervention humanitaire. Accordez maintenant une pensée aux millions d’habitants de Cuba, d’Iran, du Venezuela, de la Syrie, de la Birmanie et de la Côte d’Ivoire qui subissent aujourd’hui un embargo américain.

Le document Iraq Water Treatment Vulnerabilities révèle l’intention diabolique qui peut présider aux sanctions, même quand elles sont autorisées par l’ONU. C’est pour ces raisons, entre autres, que le Comité international de la Croix-Rouge a souvent exprimé ses inquiétudes sur l’usage de ces sanctions, même quand l’ONU les autorisait. L’ONU n’a pas plus le droit qu’un autre de violer les Conventions de Genève, et l’ONU outrepasse son autorité lorsqu’elle le fait.

Les États-Unis ont également outrepassé l’autorisation de l’ONU en imposant un blocus total au Yémen. Comme on pouvait s’y attendre, des enfants meurent du choléra au Yémen, tout comme en Irak. Des dizaines de milliers de civils sont morts de faim, de maladie et de manque de médicaments. Et vingt millions d’êtres humains meurent en ce moment de faim dans une famine provoquée par les États-Unis et leur mandataire, la coalition dite saoudienne.

Depuis trois ans, à commencer par l’administration Obama, les États-Unis livrent à l’Arabie saoudite les bombes, les munitions, le carburant. Pire encore, l’armée américaine est au centre du commandement et du contrôle de la guerre au Yémen. D’autres pays qui profitent de la guerre, comme le Royaume-Uni, les pays de l’UE et le Canada, ont aussi les mains couvertes du sang et des excréments infectés par le choléra des enfants yéménites.

Les forces spéciales américaines, la Seal Team 6 et la CIA effectuent des raids nocturnes et des missions, comme celle qui a tué Nora, une fillette de 8 ans, qu’on voit ci-dessus. C’était une citoyenne américaine qui vivait avec ses grands-parents dans un village yéménite.

Nora était la fille d’Anwar al-Awlaki, qui fut le premier citoyen américain connu pour avoir été exécuté par les États-Unis hors de toute procédure régulière. Une semaine plus tard, son fils de 16 ans, Abdulrahman al-Awlaki, a été lui aussi assassiné par un drone américain. Barack Obama a commis ces meurtres en 2011.

C’est également Obama qui a planifié le raid au cours duquel Nora a été tuée sur ordre de Trump, le 29 janvier 2017. Lorsqu’on a demandé au secrétaire de presse d’Obama, Robert Gibb, pourquoi Abdurahman, 16 ans, avait été tué, il a répondu que son crime était qu’il « aurait dû avoir un père plus responsable ». C’était aussi le « crime » de Nora ?

La guerre contre le Yémen est une guerre sale tout comme celles d’Irak, de Libye et de Syrie. Il s’agit de la destruction d’un pays et du massacre de ses civils, qui constitue un véritable génocide même si ça n’est pas officiellement reconnu comme tel. Le Royaume d’Arabie saoudite et sa soi-disant coalition sont des mandataires américains qui paient les bombes et les larguent. Ce sont les États-Unis qui choisissent les cibles, depuis le centre de commandement et de contrôle.

Au sol au Yémen se bat une armée de terroristes salafistes parrainée par les États-Unis, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, les moudjahidines, al-Qaïda, les Frères musulmans et Blackwater (rebaptisés Academi), des mercenaires étasuniens, somaliens et sud-américains. Des terroristes soutenus par l’Arabie saoudite attaquent dans le nord, tandis que les Émirats arabes unis soutiennent des attaques terroristes dans le sud. Des terroristes soutenus par l’Arabie saoudite combattent des terroristes des Émirats arabes unis. L’Arabie saoudite impose un blocus au Qatar, suite à un différend sur le Yémen.

Le gouvernement de facto du Yémen est la direction du Mouvement Houthi, du nom de son fondateur charismatique Hussein Badreddin al-Houthi. Le Mouvement Houthi est soutenu par les unités militaires du Yémen, les forces de sécurité et une large base du peuple yéménite, dont de nombreux sunnites. Cela ne veut pas dire que les Yéménites sont tous pareils. Ils ne le sont pas, mais lorsque leur intérêt commun est en jeu, ils s’unissent, malgré leurs différences.

Certains groupes internes s’opposent au mouvement Houthi et collaborent avec les groupes terroristes saoudiens et émiratis, mais il ne s’agit pas d’une guerre sunnites contre chiites. La guerre n’est pas non plus une guerre par procuration entre l’Arabie saoudite et l’Iran, comme le monopole médiatique mainstream voudrait le faire croire au public américain.

Les chiites zaydites, qui représentent environ 42% de la population du Yémen, sont plus proches de l’islam sunnite qu’ils ne le sont de la branche chiite de l’islam iranien. Le mouvement Houthi, dirigé par Zaidi, « n’a pas appelé à la restauration de l’imamat au Yémen, et les griefs religieux n’ont pas été un facteur majeur dans la guerre », selon Al Jazeera. Au contraire, le Mouvement Houthi est surtout de nature économique, politique et régionale.

Il existe un mouvement séparatiste dans ce qui était autrefois le Yémen du Sud, qui était jusqu’en 1990 un pays communiste distinct : la République démocratique du Yémen. Avant l’unification, le Yémen du Nord est devenu la République arabe du Yémen. Dans la lutte pour le pouvoir qui a suivi l’unification, le Sud a perdu le pouvoir et le contrôle. Les Émirats arabes unis soutiennent un groupe séparatiste du sud, le Conseil de transition du sud, qui s’oppose également à Hadi et à l’Arabie saoudite. Comme nous l’avons dit, les terroristes soutenus par l’Arabie saoudite luttent contre les terroristes soutenus par les Émirats arabes unis.

Les États-Unis, l’Arabie saoudite et l’ONU tentent de faire passer Abdrabbuh Mansour Hadi pour le « gouvernement légitime internationalement reconnu du Yémen ». Hadi a été président d’un gouvernement intérimaire du Yémen de 2012 à 2014. Hadi s’est frauduleusement maintenu en place après la fin de son mandat en 2014.

Hadi a été destitué de force par le Mouvement Houthi et un large soulèvement de la base du peuple yéménite. Hadi a démissionné de son poste et s’est enfui en Arabie saoudite. Les États-Unis, l’Arabie saoudite et l’ONU utilisent Hadi comme figure de proue pour donner un semblant de légalité à la guerre d’agression illégale menée par les États-Unis contre le Yémen.

Il y a peu ou pas de preuves que l’Iran fournit au mouvement Houthi des armes, du matériel ou des combattants. Regardez la carte. Même s’il le voulait, comment l’Iran pourrait-il livrer massivement des armes avec le blocus total imposé par les États-Unis ? L’Iran a déjà beaucoup à faire avec le soutien (juridique) qu’il apporte à son allié syrien. L’Iran doit aussi gérer sa propre crise économique causée par les sanctions économiques illégales des États-Unis, réimposées par l’administration Trump.

Lorsque les États-Unis ont dû fournir des preuves tangibles de l’implication de l’Iran au Yémen, l’ancienne ambassadrice à l’ONU, Nikki Haley, n’a pu présenter que des morceaux de missile. L’ONU les a rejetés au motif qu’Haley n’apportait « aucune preuve quant à l’identité du courtier ou du fournisseur ». L’Iran a nié toute implication au Yémen et rejeté les affirmations des États-Unis comme non fondées, et il a ajouté :

Ces accusations visent également à couvrir les crimes de guerre saoudiens commis au Yémen avec la complicité des États-Unis, et à détourner l’attention de la guerre d’agression contre les Yéménites qui s’enlise.

Les Yéménites, quelle que soit leur religion, leur région ou leur tribu, sont farouchement nationalistes et ils ne sont à la solde de personne. Ils n’apprécient pas que des envahisseurs étrangers veulent les dominer. Le Yémen, comme l’Afghanistan, est un cimetière où les empires viennent mourir. Les Britanniques et les Égyptiens l’ont appris dans les années 1960 et maintenant les Saoudiens et les Émirats arabes unis l’apprennent à leurs dépens.

Les États-Unis ressemblent à un empire zombie. Confronté à l’humiliation et à la défaite, ils laminent leurs adversaires depuis le ciel, comme en Irak, Libye et Syrie. Les États-Unis n’ont aucune pitié pour la population civile. Les États-Unis détruisent les infrastructures civiles, bloquent la nourriture, l’eau et les médicaments. Ils larguent des bombes à fragmentation et du phosphore blanc sur les populations, et ils empoisonnent l’eau, le sol et l’air avec des armes biologiques, chimiques et radioactives.

Pas plus que l’Irak, la Libye, la Syrie et tant d’autres petits pays que les États-Unis ont qualifiés d’ennemis, le Yémen ne constitue une menace pour la sécurité nationale américaine. Pourquoi les États-Unis détruisent-ils tous ces petits pays et pourquoi les États-Unis détruisent-ils le Yémen ?

Dans les années 1990, après l’effondrement de l’URSS, les États-Unis ont entrepris de construire un empire pour dominer le monde, et ils n’en ont pas fait mystère. Le projet américain de domination du monde a pris différents noms, comme la Doctrine Wolfowitz, le Projet pour un nouveau siècle américain (PNAC), Full Spectrum Dominance, the Indispensable Nation, American Exceptionalism, New World Order et, plus subtilement, le rôle du leadership mondial américain.

Quel que soit le nom que l’on donne à la domination du monde par les États-Unis, c’est toujours la même chose. Les États-Unis se considèrent au-dessus du droit international, du comportement moral coutumier et estiment qu’ils sont les seuls à avoir le droit d’agir en fonction de ce qu’ils croient être leur intérêt politique, militaire et financier. Si les États-Unis étaient une personne, ils seraient diagnostiqués comme psychopathe, sans conscience, sans empathie et sans remord ; agressif, narcissique et tueur en série.

Le Yémen est souvent décrit par les médias grand public comme « le pays le plus pauvre du Moyen-Orient », comme s’il n’avait aucune richesse qu’on pourrait vouloir s’approprier. La population du Yémen est pauvre, mais le Yémen a du pétrole, des pipelines, de l’or, des minéraux, de l’agriculture, de la pêche, des entreprises publiques, des biens immobiliers enviables, de l’argent et un grand potentiel touristique du fait de sa géographie.

Les 30 millions d’habitants du Yémen sont à la fois une source potentielle de main-d’œuvre bon marché et un marché potentiel pour les produits des entreprises mondiales américaines. Le Yémen est stratégiquement situé près du détroit de Bab-el-Mandeb, par lequel passent 1,4 milliard de barils de pétrole chaque jour [Chiffre à revoir car la production journalière mondiale n’est que de ~100 millions de bpj, NdSF].  Pendant des millénaires, le Yémen a été un pôle commercial.

Les États-Unis convoitent la richesse du Yémen et sa position stratégique dans le cadre du nouvel ordre mondial néolibéral. La vision américaine du Nouvel Ordre Mondial est un monde dominé par les multinationales américaines, les institutions financières américaines et les riches dynasties familiales américaines.

La politique étrangère des États-Unis est façonnée par des intérêts particuliers, des monopoles et leurs comités d’action politique (PACS), comme les fabricants d’armes, les multinationales financières, pharmaceutiques et agroalimentaires. Des pays étrangers comme Israël et l’Arabie saoudite ont également des lobbies puissants qui peuvent manipuler la politique étrangère américaine à leur avantage. La politique étrangère américaine n’a pas grand-chose à voir avec les intérêts du citoyen américain moyen.

Le Yémen est le voisin méridional du Royaume d’Arabie saoudite, et les Saoudiens veulent un gouvernement corrompu, complaisant et docile au Yémen. Le Royaume a élargi sa frontière pour empiéter sur les frontières septentrionales du Yémen, berceau du mouvement Houthi. La dynastie saoudienne craint également l’influence d’un peuple yéménite indépendant sur le peuple opprimé par la dynastie saoudienne. Le Royaume est un baril de poudre, au moindre soulèvement populaire, il va exploser.

L’Arabie saoudite utilise l’islam wahhabite extrémiste comme subterfuge politique pour recruter des djihadistes et des terroristes et pour étendre son influence en Asie occidentale, en Afrique et au-delà. Le terrorisme international est une initiative conjointe des États-Unis, de l’Arabie saoudite et d’autres États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Tous les États du CCG : Arabie saoudite, EAU, Bahreïn, Oman et Koweït sont des monarchies théocratiques. Cela en dit long sur les valeurs américaines en matière de démocratie et de droits humains.

Les États-Unis convoitent depuis longtemps les richesses du Yémen. Au milieu des années 1980, la famille Bush et ses amis pétroliers texans de Hunt Oil ont investi dans le bassin pétrolifère de Marib Shabwa au Yémen. Bush a obtenu pour Hunt Oil les droits d’exploration future. L’ancien directeur de la CIA, puis vice-président Bush, s’est arrangé en douce pour que Saddam Hussein, le président de l’Irak, finance les investissements de Bush-Hunt au Yémen. Quelques années plus tard, Bush a « remboursé » le prêt de Saddam avec l’opération militaire Shock and Awe.

La guerre qui a débuté en 2015 a pour but de protéger les investissements américains dans les entreprises internationales, le néolibéralisme et le projet de nouvel ordre mondial. Le peuple yéménite a été un farouche opposant du néolibéralisme, et il aime son vieil ordre mondial. Ils se sont rebellés contre les 33 années de règne d’Ali Abdullah Saleh parce qu’il avait vendu le Yémen au néolibéralisme, puis le peuple s’est rebellé contre le gouvernement intérimaire de Hadi qui complotait de vendre au rabais leurs biens publics à l’empire néolibéral.

Les Étasuniens qui profitent du néolibéralisme n’ont pas apprécié que leur bienfaiteur Hadi ait été renversé par le mouvement Houthi. Et l’Arabie saoudite, qui essaie d’exploiter le Yémen depuis des décennies, n’a pas apprécié non plus. Les vautours des autres pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) encerclent le Yémen dans l’espoir de se repaître aussi de son cadavre.

Les États-Unis fournissent aux pays du CCG le dispositif Shock and Awe pour tuer la proie, et ils se moquent pas mal de tuer 22 millions de personnes dans le processus de pillage du Yémen. Ce sont les États-Unis qui fournissent les bombes. La coalition des pays du  Golfe dirigée par l’Arabie saoudite ne fait que les larguer

En résumé, il n’y a pas de guerre civile au Yémen. L’Iran est le bouc émissaire d’une guerre d’agression illégale menée par les États-Unis. L’Arabie saoudite et sa coalition d’États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont leur siège à Riyad, en Arabie saoudite. Les États membres du CCG sont l’Arabie saoudite, le Bahreïn, Oman et les Émirats arabes unis. Ce sont toutes des monarchies. Les États-Unis espèrent remporter les plus gros lots au Yémen, et l’Arabie saoudite, les EAU et le Qatar s’affrontent pour les miettes. La vie de 22 millions de Yéménites ne tient qu’à un fil, à cause du blocus américain de nourriture, d’eau et de médicaments. Les États-Unis sont responsables de la pire épidémie de choléra de l’histoire. C’est une guerre biologique et un génocide.

 

Va-t-on vers un changement de régime en Iran?

par Matin Baraki*

Source : Horizons et débats, Zurich,

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2018/n-23-15-octobre-2018/va-t-on-vers-un-changement-de-regime-en-iran.html

15 octobre 2018

 

 

Si les Etats-Unis entraient en guerre contre l’Iran, cela entraînerait le chaos et la destruction dans ce pays du Golfe stratégiquement important, mais également en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie. En outre, une guerre contre l’Iran non seulement déstabiliserait, mais très probablement aussi mettrait le feu à toute la région.

 

Stratégie impérialiste des USA pour l’Eurasie

La région de l’Iran est sans aucun doute l’un des plus importants foyers de tensions du XXIe siècle. La guerre froide menée par les Etats-Unis contre l’Iran trouve son explication première dans la signification géostratégique de ce pays. En ce lieu, ce qui est en jeu, avant tout, ce sont les matières premières, le pétrole et le gaz naturel. En outre, l’Iran donne accès à l’ensemble des pays de la région: l’Asie centrale, le Caucase, le Proche- et le Moyen-Orient et même la Russie.
Depuis la fin de l’Union soviétique, les Etats-Unis suivent avec beaucoup d’attention les développements dans le secteur des matières premières dans et autour de l’Iran, au Caucase et en Asie centrale. En 1997, Stuart Eizenstat, Secrétaire d’Etat à l’US State Department, a souligné devant le Congrès «le potentiel de la mer Caspienne est l’un des plus importants parmi les nouvelles régions productrices d’énergie du monde».1 Zbigniew Brzezinski, stratège mondial, a clairement formulé l’intérêt économique porté par les Etats Unis à cette zone: nous voulons avoir «librement accès à cette région jusqu’alors fermée à l’Occident»!2 Il a décrit cette région du monde comme «l’échiquier sur lequel à l’avenir se jouera aussi la lutte pour la prédominance mondiale».3 Sans scrupule, Brzezinski se réfère à Hitler et à son estimation selon laquelle «l’Eurasie est le centre du monde et par conséquent celui qui domine l’Eurasie, domine le monde».4 Selon son point de vue, «la domination de l’ensemble du continent eurasiatique est la condition de la prédominance mondiale»5 des Etats-Unis. Brzezinski en vient à la conclusion que le but premier de la politique extérieure américaine est «qu’aucun Etat ou aucun groupe d’Etats ne puisse réussir à chasser les Etats-Unis de l’Eurasie ni même à perturber de façon décisive leur rôle d’arbitre».6 Dès 1997, à l’appui de ce droit, toute la région de l’Asie centrale et du Sud-Caucase a été désignée par Madeleine Albright comme «zone d’intérêts géostratégiques des Etats-Unis».7 L’Iran a toujours fait partie de cette stratégie, développée sous la présidence du démocrate américain Bill Clinton et concrétisée par les néoconservateurs Cheney et Bush.
Ainsi, les attentats du 11 septembre 2001 sont devenus la raison d’abord de la guerre contre l’Afghanistan, bien que celle-ci ait déjà été planifiée 18 mois plus tôt sous la présidence de Bill Clinton. Fin septembre 2006, il a reconnu avoir d’abord planifié une guerre contre l’Afghanistan.8 Ce n’est qu’en juin 2001 que l’administration Bush avait informé de ses plans son allié régional, le Pakistan, comme l’a reconnu le ministre des Affaires étrangères pakistanais de l’époque, Naïz Naïk.9
La guerre contre l’Afghanistan a été l’entrée du cycle de conquêtes militaires des Etats-Unis dans une nouvelle dimension. Cette guerre, tout comme celle contre l’Irak, faisaient partie de la «Greater Middle East Initiative» [GME], la stratégie revendiquée des néoconservateurs aux USA. Si les Etats-Unis avaient remporté en Irak un succès – même deux fois moindre qu’au début en Afghanistan, ils auraient depuis longtemps attaqué l’Iran, la Syrie, le Yémen et d’autres pays de la région.

 

Différend nucléaire entre les USA et l’Iran

On a presque totalement oublié que les bases du programme nucléaire iranien ont été posées avec l’aide des Américains. En 1959, dans le cadre de l’Atoms for Peace-Program du président américain Dwight D. Eisenhower, un réacteur expérimental avait été offert à l’Université de Téhéran. En 1967, un autre réacteur expérimental (Réacteur à eau légère) de 5 mégawatts fut livré depuis les Etats-Unis et mis en service dans le Teheran Nuclear Research Center (TNRC). Henry Kissinger, ancien Secrétaire d’Etat américain, déclara en 1973, qu’il serait bon que l’Iran utilise l’énergie nucléaire, afin que les Etats-Unis puissent obtenir du pétrole bon marché de là-bas.
Le 1 juillet 1968, le gouvernement iranien signa le Traité de non-prolifération nucléaire qui entra en vigueur pour l’Iran le 5 mars 1970, après le dépôt de sa ratification par les Etats signataires.10 D’après le Traité, les Etats signataires ont le droit d’utiliser l’énergie nucléaire exclusivement à des fins civiles. L’Iran s’en est strictement tenu à ces règlementations. En 1975 Henry Kissinger, Secrétaire d’Etat américain a signé le National Security Decision Memorandum 292 sur la coopération irano-américaine dans le domaine de la technologie nucléaire. Ce texte prévoyait la vente de technique nucléaire des Etats-Unis à l’Iran pour un montant de plus de 6 milliards de dollars. Jusque dans les années 1970, plusieurs conventions ont été conclues à ce sujet entre les Etats-Unis et l’Iran. En 1976, on proposa à l’Iran d’acheter une usine d’extraction de plutonium des Etats-Unis et de la faire fonctionner. L’accord portait sur un cycle nucléaire complet. En octobre 1976, cette offre fut annulée par le président Gerald Ford. Les pourparlers avec les Etats-Unis ne pouvant aboutir, ce fut alors au tour d’entreprises d’Allemagne de l’Ouest, notamment Kraftwerk-Union AG, de conclure en 1974 un contrat pour la construction de la première centrale nucléaire iranienne près de la ville de Buschehr.11
Déjà du temps du président Bill Clinton, la Corée du Nord, l’Iran et l’Irak étaient considérées comme des «Etats-voyous». En janvier 2002, son successeur George W. Bush, les désigna sous le nom de «l’axe du mal» menaçant la «paix universelle».12 C’est après cette «classification», l’Iran débuta avec la recherche pour l’utilisation militaire de l’énergie nucléaire. Quand on demanda, lors d’une interview accordée au Spiegel, au Premier ministre indien de l’époque Atal Bihari Vajpayee pourquoi l’Inde avait construit la bombe atomique, il demanda au journaliste: «L’OTAN aurait-elle attaqué la Yougoslavie, si le pays avait eu la bombe atomique?»
De la guerre contre la Yougoslavie, l’Iran tira la conclusion que l’armement nucléaire de ses forces armées était nécessaire à sa propre protection.
Des experts partent du principe que, si les recherches pouvaient être poursuivies dans le calme, l’Iran aurait besoin d’au moins 13 ans pour mettre au point une bombe nucléaire.

 

Négociations internationales sur le nucléaire avec l’Iran

En juillet 2016, a été conclu à Vienne un important accord global mettant fin au contentieux nucléaire larvé qui traînait depuis 13 ans avec l’Iran. Federica Mogherini, chargée des relations extérieures de l’Union européenne, et Jawad Zarif, ministre iranien des Affaires étrangères, l’ont annoncé lors d’une conférence de presse au Centre des Nations Unies de Vienne. Il s’agissait là d’un signe d’espoir pour le monde entier, déclara Mogherini juste avant l’adoption de l’accord par les Etats participants. «Nous initions un nouveau chapitre de l’espoir», a souligné Zarif en parlant d’un moment historique. Pendant 13 ans les négociations avec l’Iran ont été dirigées par un groupe international de 6 participants, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne. L’accord devait poser des restrictions au programme atomique iranien de façon à ce que le pays ne puisse se procurer le matériel nécessaire à la construction des armes nucléaires, ni de façon dissimulée, ni rapidement. En retour les sanctions économiques dirigées contre l’Iran devaient être levées.13 Comme on le sait, c’est le contraire qui s’est produit. De la part des Etats-Unis, les sanctions ont même été renforcées, bien que l’Iran s’en soit tenu au strict respect de l’accord. Ceci fut confirmé par l’Agence internationale de l’énergie atomique (IAEA) «onze fois en tout, depuis la mi-2015, à la signature de l’accord nucléaire».14 L’IAEA a pu visiter les installations en tout temps et sans prévenir au préalable les autorités iraniennes. Les services secrets américains eux-mêmes ont plusieurs fois certifié que l’Iran se conformait à toutes les obligations.
Les sanctions touchent non seulement l’Iran et l’Europe, mais le monde entier. «Les Etats-Unis ont assuré par la violence la domination de l’injustice sur l’Europe [et le monde]. Car les sanctions sont évidemment illégales»15 parce que les entreprises internationales et européennes ne sont pas soumises à la jurisprudence américaine. Le ministre fédéral de l’Economie Peter Altmaier est donc «notoirement docile».16 Il aurait dû protéger les sociétés allemandes. A Bruxelles, les politiciens, bien que «d’habitude notoirement bavards» se taisent. «Ils se sont inclinés»,17 a commenté Hans-Ulrich Jörges, rédacteur en chef du Stern.

 

Changement de régime en Iran?

L’accord nucléaire international est une épine dans le pied des gouvernements israélien et saoudien. Si l’ancien président américain Barack Obama avait donné le feu vert, l’armée de l’air israélienne aurait depuis longtemps détruit les unités de recherche nucléaire de l’Iran. Mohammed ben Salman, prince héritier saoudien, jeune, inexpérimenté et agissant de manière très émotionnelle, a ouvertement appelé les Etats-Unis à trancher «la tête du serpent» c’est-à-dire l’Iran. Le président américain Donald Trump a donc trouvé, avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le prince héritier saoudien Salman, d’autres partisans d’un changement de régime. Avec John Bolton comme conseiller à la sécurité et Mike Pompeo comme ministre des Affaires étrangères, les partisans de la radicalité occupent des positions-clés à la Maison Blanche en faveur d’un changement de régime en Iran. L’hypothèse soutenue par l’administration Trump selon laquelle des sanctions économiques augmenteraient la pression sur la population iranienne dont il en résulterait un changement de régime venu de l’intérieur, est non seulement naïve, mais également dangereuse. Dans les années 1980, la guerre entreprise par Saddam Hussein avec le soutien des Etats-Unis contre l’Iran, avait stabilisé le régime des mollahs qui traversait alors une crise profonde. En cas d’intervention extérieure, les populations iraniennes s’uniraient. En outre, les Iraniens savent parfaitement que les guerres menées par les Etats-Unis amènent le chaos et la destruction dans le pays, comme cela a été le cas pour l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et la Syrie. En outre, une guerre contre l’Iran déstabiliserait non seulement toute la région, mais pourrait également l’enflammer.
En Syrie, la destruction prochaine et définitive des islamistes alliés des Etats-Unis, de l’Arabie saoudite et d’autres émirats arabes est la plus grande défaite de l’impérialisme américain depuis la guerre du Viêt-Nam. Cela, l’administration Trump ne l’a pas pardonné à l’Iran, qui, aux côtés la Russie comme acteur principal du conflit, l’Iran a également joué un rôle déterminant lors de la destruction des adversaires d’inspiration islamiste du gouvernement syrien.
Puisqu’à la Maison Blanche l’irrationalité prédomine, il se pourrait que le président américain Donald Trump fasse bombarder l’Iran pour gagner les prochaines élections du Congrès, comme le pense Josef Braml, spécialiste des Etats-Unis de la Deutschen Gesellschaft für Auswärtige Politik (DGPA).18

 

Une solution est possible, mais est-elle souhaitée?

Le gouvernement iranien et le guide spirituel de l’Iran, l’ayatollah Chatami, ont de nouveau soumis aux Etats-Unis et à Israël des propositions de paix, que ces deux parties refusent jusqu’à maintenant catégoriquement.
La communauté internationale doit contraindre les fauteurs-de-guerre à accepter les propositions de paix de l’Iran et à s’assoir à la table des négociations afin de résoudre les conflits.    •

 

* Matin Baraki est né en 1947 en Afghanistan, où il a travaillé comme professeur avant de venir en Allemagne. Il est aujourd’hui spécialiste de l’Afghanistan, expert en politique du développement et chargé de cours en politique internationale à l’Université Philipps de Marburg.

(Traduction Horizons et débats)

 

1    Eizenstat, Stuart. Discours devant le sous-comité pour la politique économique internationale, export et promotion économique du Foreign Relations Committee du Sénat, le 23/10/97, cité selon: Garnett, Sherman W. et al. Der Kaspische Raum vor den Herausforderungen der Globalisierung. [La zone de la Caspienne confrontée aux défis de la globalisation] Opladen 2001, p. 54
2    Brzezinski, Zbigniew. Die einzige Weltmacht. Weinheim 1997, p. 203 [Le grand échiquier. L’Amérique et le reste du monde. Bayard 1997]
3    idem, p. 16
4    idem, p. 16
5    idem, p. 64
6    idem, p. 283
7    Barth, Peter. Der Kaspische Raum zwischen Machtpolitik und Ölinteressen. [La zone de la Caspienne entre politique de force et intérêts pétroliers] Munich 1998, p. 5
8    cf. Leyendecker, Hans. «Ich habe es versucht»,
in: Süddeutsche Zeitung du 25/9/06, p. 2; Schmitt, Uwe. Bush veröffentlicht Teile des Geheimberichtes über Terror. In: Die Welt du 28/9/06, p. 7
9    cf. Hahn, Dorothea. Vergebliche Suche nach der «goldenen Brücke», in: TAZ, le 3-4/11/01. Après le 11-Septembre, l’adjoint de Colin Powell, Secrétaire d’Etat américain de l’époque, Richard Armitage a menacé le chef des services secrets pakistanais, de «renvoyer son pays à l’âge de pierre sous les bombardements», si le gouvernement d’Islamabad ne collaborait pas avec les Etats-Unis. Matthias Rüb, Karzai et Musharraf streiten weiter. In: Frankfurter Allgemeine Zeitung du 28/9/06, p. 9
10    cf. PT (Iran (Islamic Republic of)) un.org: Iran (Memento du 8 juillet 2012 – Archives du web – archive.is).
11    cf. Gholam Reza Afkhami. The life and times of the Shah. University of California Press, 2009, p. 354
12    Von «Schurkenstaaten» zur «Achse des Bösen»,
in: Stern, 30/1/02. www.stern.de/politik/ausland/george-w–bush-von–schurkenstaaten–zur–achse-des-boesen–3376168.html.
13    cf. Löwenstein, Stephan. «Ein Zeichen der Hoffnung für die ganze Welt», in: Frankfurter Allgemeine Zeitung du 14/7/16. www.faz.net/aktuell/politik/ausland/atomverhandlungen-im-iran-historisches-abkommen-13701607.html.
14    Lüders, Michael. «USA wollen den Iran wirtschaftlich in die Kapitulation zwingen», Deutschlandfunk, 1/8/18, (Interview)
15    Jörges, Hans-Ulrich. Die Unterwerfung, in: Stern, 23/8/18, p. 16
16    idem
17    idem
18     cf. Braml, Josef. Politikum, WDR5, 17/9/18 (Interview)

 

Mesures conservatoires de la CIJ concernant les sanctions américaines contre l’Iran

  1. hd. De nouvelles sanctions américaines sont en vigueur contre l’Iran depuis le mois d’août 2018. La Cour internationale de Justice (CIJ), la Cour suprême des Nations Unies, a statué le 3 octobre dans une décision provisoire que les sanctions étaient partiellement irrecevables et a demandé leur levée immédiate. Sous le titre:

«III. Le risque de préjudices irréparables et l’urgence»,

la Cour déclare que «[…] de son point de vue, les mesures adoptées par les Etats-Unis sont susceptibles de mettre en danger la sécurité de l’aviation civile iranienne et la vie des passagers […]. La Cour estime en outre que les restrictions aux importations et aux achats nécessaires à des fins humanitaires, tels que les denrées alimentaires et médicaments, y compris les médicaments vitaux, les traitements à long terme ou préventifs et les équipements médicaux, risquent de nuire gravement à la santé et à la vie de personnes se trouvant sur le territoire iranien.»

«IV. Dispositif»

«Au terme de son ordonnance,
1)    la Cour indique, à l’unanimité, que les Etats-Unis d’Amérique, conformément à leurs obligations au titre du Traité d’amitié, de commerce et de droits consulaires conclu en 1955, doivent, par les moyens de leur choix, supprimer toute entrave aux mesures annoncées le 8 mai 2018 mises à la libre exportation vers le territoire de la République islamique d’Iran
i)    de médicaments et de matériel médical;
ii)    de denrées alimentaires et de produits agricoles; et
iii)    des pièces détachées, des équipements et des services connexes (notamment le service après-vente, l’entretien, les réparations et les inspections) nécessaires à la sécurité de l’aviation civile;
2)    la Cour indique, à l’unanimité, que les Etats-Unis d’Amérique doivent veiller à ce que les permis et autorisations nécessaires soient accordés et à ce que les paiements et autres transferts de fonds ne soient soumis à aucune restriction dès lors qu’il s’agit de l’un des biens et services visés au point 1);
3)    la Cour indique, à l’unanimité, que les deux Parties doivent s’abstenir de tout acte risquant d’aggraver ou d’étendre le différend dont la Cour est saisie ou d’en rendre la solution plus difficile.»

Source: Communiqué de presse de la Cour internationale de justice du 3/10/18

 

Russia and China Are Apparently Both Under the Impression That War With the US Is Coming…

Michael Snyder

Oct 29, 2018

Source : https://russia-insider.com/en/russia-and-china-are-apparently-both-under-impression-war-us-coming/ri25215

 

We didn’t get to this point overnight but the vast majority of the US population is sadly utterly clueless about these things.

 

Could it be possible that the U.S. is heading for a major war?  If you ask most Americans that question, they will look at you like you are crazy.  For most people in this country, war with either Russia or China is not something to even be remotely concerned about.  But the Russians and the Chinese both see things very differently.  As you will see below, Russia and China both seem to be under the impression that war with the United States is coming, and they are both rapidly preparing for such a conflict.

Let’s start with Russia.  After repeatedly slapping them with sanctions, endlessly demonizing their leaders and blaming them for just about every problem that you can imagine, our relationship with Russia is about the worst that it has ever been.

 

And when the Trump administration announced that it was withdrawing from the Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty, that pushed things to a new low.  In the aftermath of that announcement, Russian official Andrei Belousov boldly declared that “Russia is preparing for war”

He said: “Here recently at the meeting, the United States said that Russia is preparing for war.

Yes, Russia is preparing for war, I have confirmed it.

“We are preparing to defend our homeland, our territorial integrity, our principles, our values, our people – we are preparing for such a war.”

Here in the United States, there is very little talk of a potential war with Russia in the mainstream media, but in Russia things are very different.  Russian news outlets are constantly addressing escalating tensions with the United States, and the Russian government has been adding fuel to that fire.  For example, the Russian government recently released a video of a mock nuclear strike against their “enemies”

Russian submarines have recently carried out a mock nuclear attack against their “enemies.” The Russian government has released footage of the atomic strike and it is sparking fears that the third world war is quickly approaching.

The Russian Ministry of Defense (MoD) has published shocking videos that show a range of nuclear missile drills including a submarine carrying out a mock atomic strike. These videos are the latest in a series of escalating war-games ordered by Russian President Vladimir Putin, according toThe Express UK.

I’ll give you just one guess as to who the primary enemy in that drill was.

And what Russian President Vladimir Putin recently told the press about a potential nuclear war was extremely chilling

If any nation decides to attack Russia with nuclear weapons, it may end life on Earth; but unlike the aggressors, the Russians are sure to go to heaven, President Vladimir Putin has said.

“Any aggressor should know that retribution will be inevitable and he will be destroyed. And since we will be the victims of his aggression, we will be going to heaven as martyrs. They will simply drop dead, won’t even have time to repent,” Putin said during a session of the Valdai Club in Sochi.

Under normal circumstances, Putin would never talk like that.

But these are not normal times.

Meanwhile, Chinese President Xi Jinping is ordering his military to focus on “preparations for fighting a war”

China’s President Xi Jinping ordered the military region responsible for monitoring the South China Sea and Taiwan to “assess the situation it is facing and boost its capabilities so it can handle any emergency” as tensions continue to mount over the future of the South China Sea and Taiwan, while diplomatic relations between Washington and Beijing hit rock bottom.

The Southern Theatre Command has had to bear a “heavy military responsibility” in recent years, state broadcaster CCTV quoted Xi as saying during an inspection tour made on Thursday as part of his visit to Guangdong province.

“It’s necessary to strengthen the mission … and concentrate preparations for fighting a war,” Xi said. “We need to take all complex situations into consideration and make emergency plans accordingly. “We have to step up combat readiness exercises, joint exercises and confrontational exercises to enhance servicemen’s capabilities and preparation for war” the president-for-life added.

So who are the Chinese concerned that they may be fighting against?

Needless to say, the United States is at the top of the list

The president instructed the military to ramp-up opposition to ‘freedom of navigation’ exercises being undertaken by the US, Australia, France, the UK, Japan and others through the waterway through which arterial shipping lanes have grown since the end of World War II.

Tensions over the South China Sea have been increasing for several years, and starting a trade war with China in 2018 has certainly not helped things.

At this point, even many U.S. analysts can see the writing on the wall.  For instance, just consider what Harvard Professor Graham Allison recently told Steve LeVine

He said, if history holds, the U.S. and China appeared headed toward war.

Over the weekend, I asked him for an update — specifically whether the danger of the two going to war seems to have risen.

“Yes,” he responded. The chance of war is still less than 50%, but “is real — and much more likely than is generally recognized.”

Of course we didn’t get to this point overnight.  Tensions with Russia and China have been simmering for quite a while, and both of those nations have been rapidly modernizing their military forces.  For much more on this, please see my recent article entitled “Russia And China Are Developing Impressive New Weapons Systems As They Prepare For War Against The United States”.

Sadly, the vast majority of the U.S. population is utterly clueless about these things.

But those that are serving in the military have a much better understanding, and one recent survey found that about half of them expect the U.S. to be “drawn into a new war within the next year”…

Nearly half of all current military troops believe the United States will be drawn into a major war soon, a jarring rise in anxiety among service members worried about global instability in general and Russia and China in particular, according to a new Military Times poll of active-duty troops.

About 46 percent of troops who responded to the anonymous survey of currently serving Military Times readers said they believe the U.S. will be drawn into a new war within the next year. That’s a jarring increase from only about 5 percent who said the same thing in a similar poll conducted in September 2017.

Those numbers are jarring.

Some major stuff must be going on behind the scenes in order to go from 5 percent to 46 percent in a single year.

We truly are living in apocalyptic times, and our world seems to be getting more unstable with each passing day.

We should hope for peace, but throughout human history peace has never lasted for long.  Major global powers continue to edge closer and closer to conflict, and that is a very dangerous game to be playing.

Source: End of the American Dream.