La tragédie syrienne : droit international ou loi de la jungle ?

par Michel Raimbaud *

10/04/17

Source : Afrique Asie .fr   http://www.afrique-asie.fr/component/content/article/75-a-la-une/10964-la-tragedie-syrienne-droit-international-ou-loi-de-la-jungle

 

Cet atroce conflit s’inscrira en énormes lettres rouges dans le guinness de la honte et les porte-étendards de la soi-disant « communauté internationale » de ce début de millénaire figureront au palmarès de l’indignité, entre deux Nobels de la Paix. Ces gens sans foi ni loi ni vergogne, qui n’ont d’autre horizon que celui de leur improbable élection, s’en moquent éperdument, mais c’est dans les poubelles de l’Histoire que l’on retrouvera trace de leur mémoire.

 

La tragédie de Syrie est entrée dans sa septième année. Incrustée dans l’actualité, elle fait partie du paysage. Mais ses 400 000 morts, ses 2 millions de blessés ou d’handicapés, ses 14 ou 15 millions de réfugiés, déplacés ou exilés, son territoire dévasté à plus de 60% et son économie ruinée par les pillages, les sanctions, les embargos, ne suscitent pas d’émotion permanente.

En effet, vus de nos « grandes démocraties » dont les langues sont mondiales, les valeurs universelles, la vocation planétaire et les deuils transnationaux, et qui se considèrent comme l’essence de l’humanité ou le nec plus ultra de sa conscience, les conflits de l’Orient compliqué sont lassants quand ils ne sont pas franchement hermétiques.

Pour aviver la flamme de la compassion, il faut l’un de ces énormes mensonges dont se gavent intellectuels, médias et politiques de l’Occident bien-pensant. Quinze ans après l’Irak, le truc des gaz chimiques marche toujours très fort : Colin Powell, l’entubeur de 2003, doit être content…Le camp de la guerre et ses fourriers, y compris les escrocs de l’humanitaire, sont en tout cas ravis. Jamais deux sans trois : 2003, 2013, 2017. La manipulation, le « false flag » paraissent encore efficaces…

Nos « élites » délitées ont réussi ce tour de force d’ancrer notre pays en première ligne en Libye, puis en Syrie, aux côtés des islamistes, des terroristes et des faucons atlantistes du parti de la guerre, sans demander l’avis des Français, parvenant même, à force de matraquage médiatique, à recueillir l’adhésion de certains pans de l’opinion. La douce France est repartie de plus belle dans ses tristes épopées coloniales. Vive le Père Bugeaud, vive François Georges Picot et ses accords en douce, vive Jules Ferry et la foutue mission civilisatrice, vive le Mollet à la triste figure, et les va-t-en-guerre actuels. Nos intellectuels qui rêvent d’en découdre avec la Syrie légale, cet Etat rebelle qui ose tenir tête à l’Occident, nos médias qui dissertent jusqu’à plus soif sur l’urgence de bombarder Damas ou « Bachar », nos politiques suspendus comme des désespérés aux mamelles de l’atlantisme et de ses succursales, peuvent se rassurer. En se donnant un Président « imprévisible » qui se disait non-interventionniste, sinon pacifiste, leur maître américain leur avait donné des frayeurs. Elu du « pays profond », Trump n’aura pas résisté longtemps aux pulsions de « l’Etat profond »: voilà un président qui bombarde comme les autres…Ouf…

Cet atroce conflit s’inscrira en énormes lettres rouges dans le guinness de la honte et les porte-étendards de la soi-disant « communauté internationale » de ce début de millénaire figureront au palmarès de l’indignité, entre deux Nobels de la Paix. Ces gens sans foi ni loi ni vergogne, qui n’ont d’autre horizon que celui de leur improbable élection, s’en moquent éperdument, mais c’est dans les poubelles de l’Histoire que l’on retrouvera trace de leur mémoire.

La tragédie syrienne est l’épicentre de la confrontation qui menace la paix du monde. Au lieu de disserter sur les subtilités de la politique US, les angoisses de l’Occident hypocrite et les martiales déclarations de nos piètres dirigeants, il serait sage de chercher les racines du mal là où elles sont de toute évidence : c’est la débâcle du droit international sous les coups de boutoir prodigués depuis un quart de siècle par l’Occident arrogant, dominateur et sûr de lui, qui a débouché sur ce monde chaotique, immoral et dangereux dans lequel nous vivons désormais, ce monde que nous risquons de léguer à nos enfants.

Le moment unipolaire américain (1991/2011) a permis à« l’Empire le plus puissant ayant jamais existé à la surface de la Terre » de détruire les bases de la légalité internationale en établissant le nouvel ordre mondial voulu par les faucons de Washington. Ce qui se traduira en un temps record par l’abandon des principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies : souveraineté, non-ingérence, droit des peuples à l’autodétermination, droit de tout Etat à choisir librement son régime politique hors de toute ingérence étrangère, obligation de négocier en cas de conflit avant de recourir à l’usage ou à la menace d’usage de la force. La « communauté internationale » atlantique trouvera sa lampe d’Aladin dans un concept miraculeux, la Responsabilité de Protéger (R2P), version relookée du droit d’ingérence à connotation trop colonialiste. Les Nations-Unies seront instrumentalisées, voire ignorées lorsque le moteur unipolaire connaîtra ses premiers ratés : on fera grand cas des délibérations du Conseil de Sécurité lorsqu’il dit « oui-oui-oui », mais on passera outre lorsqu’il dit non.

Confrontés à des Etats qualifiés de « voyous », souvent arabo-musulmans, ou perçus comme crypto-voyous comme la Chine et la Russie, l’Amérique et ses alliés s’érigeront en « communauté internationale », centre « civilisé » du nouvel ordre mondial. En fait, c’est la loi de la jungle qui s’installera sur les ruines de la légalité internationale, le monde extra-atlantique voyant son statut réduit à celui d’une zone de non-droit. Sur leur vaste terrain d’aventure, les neocons joueront au « chaos créateur » et s’amuseront à terroriser les « ennemis » selon les recettes de la « théorie du fou » de Nixon (l’Amérique doit projeter l’impression que ses dirigeants sont imprévisibles). Les résultats seront impressionnants, non pas bien sûr en termes de « démocratisation », mais en ce qui concerne la mise au pas voire la destruction des Etats républicains, séculiers (« laïcs ») et nationalistes.

La guerre qui fait rage actuellement en Syrie est bien universelle, tant sont nombreux et divers les acteurs, les enjeux, les arrière-pensées, les intérêts. Pourtant, ce n’est pas une confrontation classique : officiellement on ne peut parler d’un état de guerre, puisque personne n’a déclaré la guerre à la Syrie,  comme le voudraient les normes des lois de la guerre et/ou les pratiques diplomatiques.

A Moscou, on évoque « les Etats qui se sont fourvoyés dans le soutien du terrorisme, continuent de le faire et méritent d’être jugés par un tribunal international similaire à celui qui a jugé le nazisme ». Or la Syrie est depuis le printemps 2011 la victime d’une « guerre d’agression », la sorte de guerre qualifiée dans un autrefois de nuit et de brouillard par le Tribunal de Nuremberg de « crime international suprême » :« lancer une guerre d’agression n’est pas seulement un crime international ; c’est le crime international suprême, ne différant des autres crimes de guerre que parce qu’il contient en lui-même le mal accumulé de tous les autres» C’est le crime par excellence. Et dans le cas d’espèce, un crime avec préméditation, planifié par les « stratèges ».

Comme l’Irak, la Libye, la Somalie, la Palestine, etc…la Syrie est l’objet d’une tentative de « politicide », qui est à l’égard d’un Etat ce qu’un meurtre est à l’encontre d’un être humain, les institutions, l’administration, la souveraineté, l’intégrité, les autorités politiques, les marques emblématiques ou régaliennes, les forces armées, les ressources, les bases, les infrastructures de l’économie, l’identité du dit Etat étant ciblées individuellement et dans leur ensemble.

 

Les opérations peuvent se décliner en démantèlement, partition, dépeçage de l’Etat-nation. Les attaques s’exercent tous azimuts : politiques (déstabilisation, changement de régime),humanitaires(Responsabilité de Protéger, projets de zone d’exclusion, de corridors), militaires (frappes, bombardements, provocations, agressions, coups de main),psychologiques et médiatiques (mensonge, manipulation, « faux pavillon », intoxication, lavage de cerveaux).

Dans le même temps, le peuple syrien est la cible d’un« ethnocide », terme qualifiant l’entreprise de déconstruction et de désintégration qui le vise. L’objectif global est de briser sa cohésion, qui n’est pas le produit des trente ans de mandat français, ni même des quatre siècles d’Empire ottoman, mais le résultat d’une histoire plurimillénaire, par-delà même la venue du christianisme et de l’islam.

Les sanctions sont autant d’armes de destruction massive qui visent à ébranler une société civilisée et industrieuse. Tous les moyens sont d’ailleurs utilisés : il faut pousser les Syriens à fuir leur pays, contraindre les minorités à l’exode, provoquer une hémorragie des élites, afin d’empêcher toute reconstruction ultérieure du tissu national.

La« mise à mort du peuple syrien » et la destruction de la Syrie, « mère de notre civilisation » et « seconde patrie de tout homme civilisé » sont bien partie intégrante du crime par excellence.

Finalement, il convient d’appeler les choses par leur nom : les agresseurs de la Syrie légale, qui agissent en violation du droit international sont des voyous et des criminels. Ce sont en outre des menteurs effrontés, indignes de gouverner ou de prétendre gouverner. Les frappes sur la base d’Al Chuairat ne constituent pas un « message fort » de Washington, comme le dit tel ou tel esthète, mais un crime supplémentaire.

Il est temps que la « Grande Nation » se réveille et que des dirigeants plus dignes reprennent en main son destin politique, son indépendance, que la France renoue avec l’exception qui faisait notre fierté. Il est temps que ses intellectuels renouent avec la tradition de leurs grands ancêtres. Il est temps, il est même urgent de redresser la barre de cette embarcation folle et déboussolée qu’est devenue la France, tant sont grands et impitoyables les périls de notre monde.

J’allais dire, il est temps que les diplomates, dont le droit international devrait être la Bible, et dont le métier est de faire la paix, renoncent à squatter comme des coucous le nid des faucons.

Il faut dire non et non et non à la guerre que des petits grands de ce monde présentent comme une option banale, blottis bien au chaud dans leurs privilèges, leurs certitudes et leur arrogance ordinaire. Il faut que la France retrouve le chemin de la légalité internationale et du droit onusien…Notre paix est à ce prix.

 

* Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France en Mauritanie, au Soudan, et au Zimbabwe. Ancien directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). On lui doit de nombreux ouvrages notamment sur le Soudan. Il vient de publier chez Ellipses une réédition de son ouvrage de référence intitulé «Tempête sur le Grand Moyen-Orient».

 

 

La souveraineté, fantôme de l’élection présidentielle ?

par Bruno Guigue *
4 avril 2017

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la campagne électorale relègue à l’arrière-boutique les questions essentielles. Quel rôle jouera la France dans le monde de demain ? Va-t-elle rendre le pouvoir au peuple, ou le laisser entre les mains de l’oligarchie ? Va-t-elle restaurer sa souveraineté, ou se résigner à sa disparition ? Que ces questions soient quasiment absentes du débat est révélateur. A leur place, des politiciens drogués à la “com” et des médias serviles nous servent une soupe insipide où surnagent quelques grumeaux faits d’histoires de pognon, de mises en examen, de costumes à 3 000 euros, sans oublier les postures ridicules et les tirades alambiquées du candidat dont il faudrait être frappé d’une profonde cécité pour ne pas voir qu’il a été adoubé par la caste dominante.

La souveraineté est une question que la plupart des candidats, manifestement, mettent un soin particulier à éluder. En dépit de leurs différences, Emmanuel Macron, François Fillon et Benoît Hamon, pour ne citer qu’eux, s’accommodent fort bien de cette chape de plomb qui étouffe la délibération démocratique et tétanise l’action publique dans notre pays. Il n’y a qu’à les écouter ! Que ce soit au plan économique, diplomatique ou stratégique, ce vieux pays qu’est la France serait condamné à suivre les vents dominants. Il n’aurait qu’à descendre la pente de cette merveilleuse mondialisation qui rapproche les peuples et répand ses bienfaits, notre nation se laissant glisser dans l’indifférenciation à laquelle la convie le modèle européen, comme si cette libéralisation à marche forcée était une nécessité historique.

Pour la caste nourrie au lait maastrichtien, l’appartenance à l’Union européenne est à la fois providentielle et irréversible. M. Hamon est sans doute plus fédéraliste que M. Fillon, et M. Macron davantage encore, mais cette différence est négligeable. Dans une belle unanimité, les trois larrons de l’eurobéatitude chantent les louanges de la supranationalité et communient dans le dogme de la libre concurrence. L’euro est responsable du déclin industriel français, mais peu importe. Ils s’obstinent à y voir un atout dans la compétition économique mondiale. Jamais à court d’une idée saugrenue, M. Hamon croit tellement à ses vertus qu’il veut doter l’Europe d’un nouveau machin qu’il a baptisé “parlement de la zone euro”. Comme la supranationalité est un fiasco, on vous la ressert au carré en guise de remède ! Une chose est sûre : pièce maîtresse de la mondialisation capitaliste, “l’union économique et monétaire” instituée par le funeste traité de Maastricht continuera de sévir si l’un de ces trois candidats l’emporte le 7 mai.

Rien d’étonnant, donc, si pour nos pieds nickelés l’appartenance de la France à l’OTAN est aussi un article de foi qu’ils ne songent même pas à interroger. Le dogme atlantiste est si profondément enraciné, du PS aux « Républicains », que la pérennité de cette alliance militaire va de soi, comme s’il était vital pour la France de servir les ambitions de Washington. Les velléités d’indépendance de M. Fillon, sur ce plan, furent de courte durée. D’abord favorable au dialogue avec Moscou, il a mis de l’eau dans son vin au moment où l’administration Trump a viré de bord dans la foulée de la démission de Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale contraint de quitter ses fonctions en raison de ses accointances moscovites. On croyait que pour M. Fillon, il fallait dialoguer avec la Russie pour rééquilibrer notre diplomatie, mais il vient de déclarer que la Russie est un “pays dangereux”. Même revirement sur la Syrie. Après avoir condamné le soutien apporté par la France aux islamistes armés, il dénonce en Bachar Al-Assad un menteur invétéré et un dictateur abominable. Comprenne qui pourra. Plus atlantiste que l’alliance atlantique elle-même, M. Macron, lui, n’a pas cette subtilité. Adorateur d’une Amérique imaginaire, il s’est payé le luxe de faire la leçon au nouveau président américain, lui reprochant de brader les valeurs libérales (entendez, le libre-échangisme cher à l’oligarchie) qui constitueraient le patrimoine commun de la France et des Etats-Unis depuis La Fayette.

Ce sera donc du côté des autres candidats, et non de cette troïka, que l’on pourra entendre un discours sur la souveraineté qui ne se résume pas à son abandon en rase campagne. C’est notamment le cas avec Marine Le Pen, dont la présence au second tour est prophétisée par des instituts de sondage dont nous ne doutons pas qu’ils sauront capter avec finesse le moindre frémissement de l’opinion avec leur efficacité coutumière. Si jamais elle est élue, Mme Le Pen entend renégocier les traités européens. En cas d’échec de ces négociations (ce qui est plus que probable), la nouvelle présidente organisera dans les six mois un référendum sur la sortie de l’UE. De même, en politique étrangère, la candidate du FN a toujours dénoncé l’alignement de Paris sur l’agenda américain, que ce soit en Syrie ou en Ukraine, et elle plaide avec ferveur, à juste titre, pour une reprise du dialogue avec Moscou.

La classe politique euro-boboïsée ayant laissé au FN le monopole du discours sur la souveraineté, il n’est pas surprenant que ce parti ait occupé l’espace qu’on lui abandonnait si généreusement. Mais de quelle souveraineté s’agit-il ? Contrairement à ce que croient certains, Marine Le Pen ne veut pas rompre avec l’alliance atlantique. A la différence de MM. Mélenchon et Asselineau, elle prévoit le retrait de la France du commandement intégré, et non la sortie pure et simple de l’OTAN. A ses yeux, la France fait partie d’un monde occidental dont il faut préserver à tout prix l’identité menacée. Peut-être l’élection de Donald Trump a-t-elle convaincu Mme Le Pen, en outre, que la France devait rester l’alliée des Etats-Unis. Renouant avec la tradition atlantiste de l’extrême-droite européenne, le FN demeure prisonnier de son occidentalisme.

Son attitude pro-israélienne en fournit aussi l’illustration. Lorsque la résistance palestinienne réplique à l’envahisseur sioniste, le FN ne se prive jamais de dénoncer le “terrorisme”. Dans une interview accordée à “Haaretz” en avril 2002, Jean-Marie Le Pen avait exprimé son admiration pour Ariel Sharon, louant son efficacité dans la lutte contre les organisations palestiniennes. Répondant en expert israélien à cet expert français des guerres coloniales, Ariel Sharon avait déclaré à son tour que si on lui avait confié, à lui, la direction de l’armée française, il aurait “gagné la guerre d’Algérie”. Bref, si le FN était sincèrement attaché à l’auto-détermination des nations, il soutiendrait le peuple palestinien. Manifestement, ce n’est pas le cas.

De même, son islamophobie (qui n’a rien à voir avec la lutte, parfaitement légitime, contre l’islamisme radical) vise à désigner un bouc-émissaire. Mais elle sert aussi la thèse du “choc des civilisations”. Elle érige la différence culturelle en frontière infranchissable, comme si la souveraineté était celle d’un peuple français dont le FN détiendrait le code génétique. C’est la limite du discours identitaire, qui suppose la définition a priori d’une identité nationale dont on a envie de demander : qui a déposé le brevet ? C’est pourquoi le nationalisme identitaire divise au lieu de rassembler. La souveraineté n’appartient à personne, elle est construite et non reçue. “Est Français celui qui le veut”, disait de Gaulle. Le malheur de l’extrême-droite, c’est qu’elle a une longue histoire et que tout le monde n’est pas amnésique. Ce parti fut le seul à défendre obstinément le régime d’apartheid sud-africain, ne l’oublions pas. Il a peut-être changé, mais son héritage colonialiste lui colle aux semelles.

Loin de ces confusions délétères, le programme de la “France insoumise” se réclame, lui, d’un “indépendantisme français” qui renoue avec les meilleures traditions de la gauche populaire, celle de 93, de la Commune et de la Résistance. “L’Europe, on la change ou on la quitte”, a déclaré M. Mélenchon. Il veut renégocier les traités européens (plan A). En cas d’échec, la France “désobéira aux traités” et refondera l’Europe avec les pays qui partagent ses priorités (plan B). Ce scénario alternatif présente un avantage et un inconvénient. L’avantage, c’est qu’il signifie clairement le refus de l’Europe des banquiers. L’inconvénient, c’est qu’il élude la question de la sortie de l’UE. Ce n’est pas pour rien que les dogmes libéraux sont inscrits dans le marbre des traités européens. Ils sont la raison d’être de l’Union, et pour les jeter aux orties, il faudra sortir de l’UE. On ne peut restaurer la souveraineté qu’en rompant avec une institution dont la fonction est de soustraire l’économie à la délibération démocratique. Si M. Mélenchon est élu, de toutes façons, la “force des choses”, comme disait Saint-Just, imposera cette rupture malgré la frilosité de ses amis.

Pour restaurer la souveraineté nationale, le candidat propose aussi aux Français de dire adieu à l’OTAN, cette machine de guerre mise au service d’une Amérique d’autant plus agressive que plane sur sa tête l’ombre menaçante de son déclin. Pour la “France insoumise”, le choix est clair. Quitter l’OTAN, ce n’est pas seulement quitter le commandement intégré, mais l’alliance atlantique elle-même. Consommer cette rupture, c’est mettre fin à l’alignement de la France, se donner les moyens d’une diplomatie planétaire, faire entendre une voix indépendante sur la scène mondiale. Le dialogue avec la Russie, la refonte de nos relations avec l’Afrique, la reconnaissance de la Palestine, la révision de notre politique en Syrie, enfin, seront à l’ordre du jour. Aucune force politique n’est exempte d’insuffisances, mais l’ambition dont témoigne “l’indépendantisme français” est de bon augure.

La question de la souveraineté n’est pas une question accessoire. C’est la question essentielle. Lorsqu’une nation n’est pas souveraine, le peuple qui l’incarne ne l’est pas, et un peuple qui n’est pas souverain est à la merci des puissants. Restaurer cette souveraineté et rendre la parole au peuple, c’est la même chose. Il reste vingt jours, désormais, pour remettre cette question au centre des débats, vingt jours pour faire de la souveraineté autre chose qu’un fantôme, vingt jours pour mettre en lumière la différence entre ceux qui s’accommodent de la dépossession du peuple français, ceux qui se croient patriotes parce qu’ils désignent des bouc-émissaires, et ceux qui veulent faire de la souveraineté restaurée la cinglante défaite de l’oligarchie.

(Ce texte est la version modifiée d’une chronique parue dans le numéro d’avril 2017 d’”Afrique-Asie”)

* Bruno Guigue, ancien élève de l’École Normale Supérieure et de l’ENA, Haut fonctionnaire d’Etat français, essayiste et politologue, professeur de philosophie dans l’enseignement secondaire, chargé de cours en relations internationales à l’Université de La Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.

Pourquoi votre gauche n’est pas la nôtre

par Bruno Guigue

25 janvier 2017

Source : Lesakerfrancophone 29.01.2017

Source originale : Arrêt sur Info 25.01.2017

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Vous pourrez faire toutes les primaires que vous voudrez, votre gauche ne nous inspirera que du mépris. Charlatans au sourire enjôleur ou matamores au style mussolinien, vous êtes des progressistes de pacotille. Vous voulez un monde plus solidaire, paraît-il, mais vous n’avez cessé d’approuver l’ingérence occidentale dans les affaires des autres. Honte à vous, héritiers de Guy Mollet ! Votre humanisme se métamorphose toujours en arrogance néo-coloniale. La lutte contre la pauvreté, à vos yeux, c’est lorsque les pays riches commandent aux pays pauvres.

Socialistes, ou gauchistes, vous avez jeté Jaurès aux orties depuis belle lurette. La guerre, vous en redemandez ! Pour répandre la « démocratie », vous comptez sur les vertus pédagogiques des B 52. En guise de publicité pour les « droits de l’homme », vous exigez le bombardement de pays qui ne nous ont rien fait. Ignobles jusqu’au bout, vous réclamez l’embargo, cette arme des riches contre les pauvres. Que vaut votre compassion pour les réfugiés, quand vous privez les Syriens de médicaments pour les punir d’avoir soutenu leur gouvernement ?

Faux-derches de première, vous livrez des armes, en Syrie, à ces allumés de la charia que vous prétendez combattre en France. Affreux terroristes au Bataclan, rebelles modérés à Idleb, quel tour de passe-passe, vous êtes experts en transformation chimique ! Vous dites que vous détestez ces criminels, et pourtant vous les aimez chez les autres. Vous y tenez, à votre lune de miel avec les coupeurs de têtes ! Votre égérie n’est-elle pas Élisabeth Badinter, féministe milliardaire qui clame son islamophobie tout en assurant à la tête d’Havas la promotion publicitaire du royaume saoudien ?

Vous êtes très forts pour prononcer des incantations à la gloire de la laïcité, mais vous allez quand même vous aplatir devant le CRIF, cette officine confessionnelle qui sert d’ambassade officieuse à un État-voyou. Avec M. Valls, vous roulez des mécaniques face aux musulmans, mais face aux sionistes, vous vous livrez à un concours de lèche-bottes. Le communautarisme vous répugne, paraît-il ? Oui, sauf lorsqu’il est au service d’une puissance étrangère qui spolie les Palestiniens et bombarde la résistance arabe en Syrie avec votre complicité.

Reniements, trahisons, la liste est longue. Vous prétendez défendre les intérêts du peuple, mais vous lui refusez l’exercice de la souveraineté. Au lieu de lui restituer le pouvoir usurpé par les riches, vous lui imposez le carcan d’une Union européenne qui tue la délibération démocratique, sanctuarise le dogme monétariste et asservit les travailleurs à la loi d’airain du capital. Au nom d’un internationalisme dévoyé, vous êtes les fourriers des multinationales qui ont colonisé l’Europe, vous avez bradé la souveraineté, discrédité l’idée nationale, abandonnée par votre faute aux imposteurs de l’extrême-droite.

Vous dites, la main sur le cœur, que vous êtes pour la réduction des inégalités, mais vous vous interdisez de toucher aux structures qui les nourrissent. Vous condamnez verbalement les effets sans chercher le moins du monde à agir sur les causes. Vous voulez mieux répartir les richesses, mais sans préjudice pour ceux qui les détiennent. Vous vous proclamez socialistes, mais vous ménagez le capital, vous cajolez la finance, vous montrez patte blanche à ceux qui possèdent l’argent et l’influence.

Où sont les propositions de gauche, dans vos programmes ? Où est la sortie de l’OTAN et de l’Union européenne ? Où sont la nationalisation des banques, la taxation des activités spéculatives, le plafonnement des revenus, la relocalisation des industries, le développement des services publics, le protectionnisme raisonné, le contrôle des mouvements de capitaux, la refonte de la fiscalité et l’éradication de la fraude, où sont, en un mot, l’abolition des privilèges de l’oligarchie financière et le rétablissement de la souveraineté populaire ?

Notre gauche n’est pas la vôtre. Pour nous, la gauche, c’est Sarah Wagenknecht, qui réclame au Bundestag la sortie de l’OTAN et le dialogue avec la Russie. C’est Tulsi Gabbard, élue hawaïenne du parti démocrate américain, qui exige la fin de la stratégie du chaos au Moyen-Orient. C’est le parti communiste syrien qui combat, au côté des baasistes, les mercenaires wahhabites. C’est le Front populaire tunisien, qui défend le progrès social et l’égalité entre les hommes et les femmes. C’est cette gauche française qui se réveille, dans « La France insoumise », au PRCF ou ailleurs, pour tirer un trait sur des décennies d’imposture socialiste.

Cette gauche, moins connue, c’est aussi celle des communistes indiens du Kérala, qui ont donné à cet État de 33 millions d’habitants le meilleur indice de développement humain du sous-continent. C’est celle des communistes cubains qui ont obtenu, dans un pays isolé par le blocus impérialiste, un taux de mortalité infantile inférieur à celui des USA et élu 48% de femmes à l’Assemblée nationale du pouvoir populaire. Ce sont tous ceux, en Bolivie et au Venezuela, qui ont fait reculer la pauvreté de masse et redonné leur fierté aux peuples sud-américains.

Cette gauche, la vraie, contrairement à cette contrefaçon qui se donne en spectacle à la télévision, prend au sérieux le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. Elle sait que, sans l’indépendance nationale, la souveraineté populaire n’est qu’un leurre. Son patriotisme ne l’éloigne pas de son internationalisme, car elle revendique pour chaque pays le droit de suivre sa voie dans le respect des autres. Elle ose s’attaquer aux structures de la domination capitaliste, elle en prend le risque, au lieu de fuir lâchement devant l’obstacle, faisant allégeance aux puissants et jouant le rôle de supplétifs dont leurs maîtres se débarrasseront à la première occasion.

Bruno Guigue est un ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de la Réunion

Le Temps dans la guerre contre la “désinformation russe”

par

Ivo Rens

5 janvier 2017

 

L’OTAN et l’Union européenne s’inquiètent toujours plus de l’influence croissante de la Russie dans le monde de l’information. Mais jusqu’ici, ces instances ont été impuissantes à remédier à ce que les dirigeants occidentaux tiennent pour une fâcheuse dégradation de l’opinion publique.

 

“Tandis que le modèle journalistique traditionnel des pays d’Europe occidentale traverse de graves difficultés économiques, les médias russes gagnent toujours plus de terrain. A la botte du Kremlin et régis par une organisation verticale quasi militaire, ils proposent un nouveau type de journalisme qui s’inscrit dans une stratégie générale de désinformation de l’opinion publique.” C’est par cette mise en contexte que débute un article intitulé “la nouvelle désinformation russe” paru dans Le Temps du 17 juin 2016, et dû au talent de Luc Maffre, politologue.

Pour cet auteur, il est évident que l’ennemi russe a succédé à l’ennemi soviétique auquel il emprunte ses méthodes de désinformation, mutatis mutandis. Le succès des nouveaux médias russes s’expliquerait par leur habile utilisation de fausses rumeurs, par la dérégulation du marché de l’information due à la Toile et par le recours à des personnalités charismatiques comme Julian Assange et Edward Snowden.

Dans un Editorial et un article de fond parus dans Le Temps du 28 décembre 2016, Frédéric Koller surenchérit sur cette thématique. Citant un responsable de l’OTAN, il affirme que, “avec des médias traditionnels, les réseaux sociaux, des SMS et des trolls, la Russie, comme l’Etat islamique, tente de décrédibiliser les processus démocratiques.” Selon Frédéricc Koller, il ne s’agirait pas seulement de désinformation, mais d’une guerre hybride, “mélange d’opérations de terrain, de piratage informatique et de désinformation” en partie pilotée par le Kremlin, dans le but d’affaiblir l’Union européenne et l’OTAN en divisant leurs membres afin d’avantager les intérêts de la Russie. On serait donc bien en présence d’une stratégie militaire.

Les médias russes nommément visés sont Russia Today (RT) et Sputnik. Selon Koller et Maffre le Kremlin miserait, en Occident, sur le concours des partis et mouvances d’extrême droite et pourrait être intervenu aux Etats-Unis dans l’élection inattendue de Donald Trump. L’OTAN et l’Union européenne auraient bien tenté d’amorcer des stratégies de résistance, mais sans grand succès en raison des pièges inhérents à la contre-propagande. En définitive, conclut Frédéric Koller, “face à la propagande pilotée par le Kremlin avec de très gros moyens, on doit s’en remettre à la presse libre. C’est notre force et notre faiblesse”…

 

La faiblesse à laquelle songe l’auteur serait due à la crise du “modèle journalistique traditionnel” pour reprendre l’expression de Luc Maffre. Mais en réalité, elle est autrement plus profonde qu’il le croit car elle réside dans la servilité des Etats membres tant de l’UE que de l’OTAN et de nombre de journalistes occidentaux envers la ligne du politiquement correct que définissent les Etats-Unis et que propagent notamment les grandes agences de presse occidentales.

Frédéric Koller et Le Temps en sont des exemples frappants. Voilà un journaliste suisse s’exprimant dans un quotidien suisse qui, à aucun moment, ne songe à tirer avantage de sa situation de ressortissant d’un pays neutre n’appartenant ni à l’OTAN, ni à l’UE, bien qu’enclavé dans l’une et l’autre, pour prendre du champ par rapport au politiquement correct de ces deux instances.

Comme Luc Maffre, Frédéric Koller identifie implicitement la Russie à la défunte Union soviétique et fait l’impasse sur l’histoire des relations internationales intervenue depuis 1991. Or, n’est-ce pas les Etats-Unis et l’OTAN qui ont violé la Charte des Nations Unies et le droit international en entrant en guerre contre la Yougoslavie en 1999 ? Les Etats-Unis n’ont-il pas violé le droit international dans pratiquement tous les conflits qu’ils ont déclenchés depuis lors, notamment contre l’Irak en 2003 et contre la Lybie en 2011 ? Avec d’autres Etats membres de l’OTAN et du Golfe persique, n’ont-ils pas contrevenu au droit international dans les événements de Syrie en appuyant les “rebelles” et en les armant ? N’ont-ils pas fomenté le coup d’Etat en Ukraine en février 2014 ? N’ont-ils pas invoqué leur vocation exceptionnelle à diriger un monde unipolaire ? Pourquoi donc faire de la Russie le bouc émissaire ?

Quand des journaux se permettent, dans toutes circonstances, de ne présenter à leurs lecteurs qu’une version des événements, celle des puissances dominantes du moment, et de la ressasser nonobstant les témoignages concordants qui la contredisent, il n’est pas étonnant que leurs lecteurs les abandonnent progressivement. Et l’on ne prend pas grand risque en pronostiquant que leurs annonceurs les suivront tôt ou tard !

Au surplus, il y a, nous semble-t-il, à tout le moins une coupable légèreté à invoquer la stratégie militaire et la guerre de la désinformation prétendument menée par la Russie dans un contexte de relations internationales tendues au point que, depuis les présidences de G.W Bush et de Barack Obama, un conflit nucléaire apparaît malheureusement de moins en moins “impensable”.

 

 

 

 

 

 

 

De la servilité comme passion politique

par Ivo Rens

14 décembre 2016

 

Depuis quelques semaines, en ce mois de décembre 2016, la presse française décrit en termes apocalyptiques la défaite de la “rébellion” à Alep.

Prenons l’exemple du quotidien parisien Le Monde du 14 décembre. Il ne lui consacre pas moins de six articles aux titres quasiment désespérés tels Alep, tombeau du droit international, de l’ONU, du minimum de décence et d’humanité et Alep ou “l’honneur perdu” de l’Occident. La veille ou l’avant-veille, la radio France-Info avait ouvert une rubrique intitulée Comment sauver Alep ?

Tentons de décrypter ce type de messages sinon d’informations, sans perdre de vue les indicibles souffrances qu’endurent les populations qui en sont les victimes, pour ne pas parler des combattants eux-mêmes.

Tout d’abord le destinataire non averti de ces messages peut être amené à croire que la ville d’Alep tout entière serait sur le point de passer sous le contrôle de terroristes. S’il prête attention, il comprendra que tel serait le sort non point de la ville tout entière, mais seulement de sa partie orientale qui comportait prétendument entre 250’000 et 300’000 habitants, en réalité beaucoup moins.

Mais curieusement, cette même presse ne lui parle pratiquement jamais des quelque 1’500’000 habitants du reste de cette grande ville, toujours sous le contrôle du “régime”, c’est-à-dire du Gouvernement de la République arabe syrienne, qui subissent depuis quatre ans les attaques meurtrières de la “rébellion”.

Il est indéniable que ces événements consacrent un échec cuisant de l’ONU qui a été conçue pour prévenir les guerres, mais qui n’a réussi à éviter cette guerre-là. Sont-ils pour autant “le tombeau du droit international” ? Il est permis d’en douter d’autant que c’est grâce au concours de ses alliés au sens du droit international public, la Russie et l’Iran, que le gouvernement syrien a pu réduire les milices qui s’étaient emparées, voici quatre ans, de la partie orientale de cette ville.

Par delà ces questions formelles, ce qui ressort de ces messages, c’est le parti-pris du quotidien Le Monde comme de France-Info et leur ralliement à la cause de la “rébellion”. A priori, la chose est d’autant plus étonnante que cette dernière est indéniablement dominée par la branche syrienne d’Al-Qaïda, un label en matière de terrorisme. En vérité, ce parti-pris est celui non seulement de ces deux organes de presse, comme celui de la majorité des organes de presse occidentaux, mais surtout celui des Etats-Unis et de leurs alliés de l’OTAN dont les interventions en Syrie violent impunément, depuis des années, le droit international public.

Pour Washington en proie aux prétentions hégémoniques des prétendus “néoconservateurs”, le renversement du président Bachar El Assad fait partie d’un plan global visant à changer le régime d’un certain nombre de pays, comme on l’a vu en Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak et en Lybie.

Que les Etats-Unis aient réussi à enrôler dans le versant syrien de cette entreprise l’Arabie saoudite et le Katar, s’explique par la conjonction de l’hégémonisme des uns, du prosélytisme sunnite des autres et des appétits pétroliers de tous.

Comment se fait-il que les Etats occidentaux, et en particulier la France, aient été amenés à se joindre à pareille malaventure ?- voilà qui est plus singulier. Plusieurs auteurs ont relaté l’histoire tumultueuse des relations franco-syriennes qui expliquent en partie cette option.*

Mais il y a aussi une composante psychologique paradoxale qui pousse une ci-devant grande puissance à adhérer aux prétentions les plus extrêmes de la nouvelle puissance dominante, et même à surenchérir jusqu’à faire de sa propre servilité une passion politique. D’où le ton emphatique des titres de presse que nous avons cités.

Il serait temps que les dirigeants Européens et les Américains renoncent à l’appui, pas seulement politique, qu’ils ont généreusement offert aux prétendus “opposants modérés” de Syrie, le masque politiquement correct des terroristes syriens. Quelles que soient ses imperfections, la République arabe syrienne est le seul Etat arabe laïc auquel participent les représentants de plusieurs confessions musulmanes et chrétiennes.

 

 

*

– Pichon, Frédéric, Syrie. Pourquoi l’Occident s’est trompé, Editions du Rocher, Monaco, 2014, 132 pages.

– Chesnot, Christian et Malbrunot, Georges, Les chemins de Damas, Robert Laffont, Paris, 2014, 386 pages.

– Baud, Jacques, Terrorisme, Mensonges politiques et stratégies fatales de l’Occident, Editions du Rocher, Monaco, 2016, 423 pages.

 

Les guerres hors-la-loi: comment les pays-membres de l’OTAN sabotent l’ONU

Une chronique de Daniele Ganser
par Johannes Irsiegler
Source : http://www.zeit-fragen.ch/fr.html
Horizons et débats
12 décembre 2016
Case postale 729
CH-8044 Zurich

Daniele Ganser est historien et chercheur pour la paix, spécialisé en politique internationale et histoire contemporaine de 1945 à nos jours. Il est également fondateur du «Swiss Institute for Peace and Energy Research» (SIPER) à Bâle. Il a considérablement contribué, par ses précédentes publications, à une nécessaire relecture de l’histoire de l’Occident depuis 1945. Son nouveau livre «Les guerres hors-la-loi: comment les pays-membres de l’OTAN sabotent l’ONU. Une chronique des évènements de Cuba jusqu’à la Syrie» y apporte une nouvelle contribution substantielle.
Pour commencer, Daniele Ganser fait état de certaines remarques personnelles: parallèlement au modèle représenté par ses parents, les faits déterminants de son engagement politique ont été les grandes manifestations contre la guerre ayant eu lieu en 2003, juste avant que les Etats-Unis et leurs alliés n’attaquent l’Irak. Puis s’ensuivit la guerre d’Irak avec les terribles conséquences engendrées jusqu’à présent. Daniele Ganser décrit son accablement à ce moment-là, et entraine ainsi le lecteur sur un plan aussi bien émotionnel que thématique. D’aucuns se souviendront aussi avec exactitude de cette époque de mensonges et de l’arrogance des bellicistes tels que Tony Blair et George Bush.
D’emblée, Daniele Ganser s’empare d’un problème actuel: la crise des réfugiés. Il formule clairement le problème: les principaux éléments déclencheurs des flux de réfugiés ont été avant tout les guerres provoquées par les Etats-membres de l’OTAN et leurs alliés au Proche-Orient, des conflits qu’ils dirigent encore. Cette réflexion évidente est diluée dans les actualités de nos médias alignés, quand elle n’est pas totalement passée sous silence. Selon Ganser, ces guerres sont illégales dans leur ensemble: «Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la création de l’ONU, organisation de paix, il y a eu interdiction formelle de toute guerre.» Au cours des cinquante dernières années, il y a eu aussi d’autres Etats belligérants, mais c’est un fait avéré que les Etats-membres de l’OTAN, sous la conduite des Etats-Unis, «ont initié, au cours des 70 dernières années, la majorité des guerres illégales, et s’en sont sortis à chaque fois en totale impunité».
Daniele Ganser, cependant, s’investit en faveur de l’ONU et de son idée de base, simple et claire: les guerres sont hors-la-loi. Il n’existe que deux exceptions à l’interdiction de guerre en vigueur dans le monde entier: le droit d’un pays de se défendre contre une attaque de l’extérieur, ainsi que la guerre menée contre un pays sur mandat officiel du Conseil de Sécurité de l’ONU. C’est la base du vivre-ensemble civilisé sur cette planète. Cette interdiction de violence de l’ONU doit être respectée et renforcée. Aujourd’hui, on doit imposer plus que jamais cette idée fondamentale dans les discussions générales traitant de la guerre et de la paix. Dans nos nations occidentales, les médias soumis à l’OTAN la balaient beaucoup trop volontiers sous le tapis. A ce propos, Ganser répond avec brio au reproche récurrent et toujours plus présent, fait à l’ONU, de son inefficacité et de son inadaptation à l’actualité: «Ce livre démontre que le manque d’efficacité de l’ONU ne réside pas dans son système, mais qu’il est dû au refus individuel de ses membres agissant parfois de façon déloyale et sabotent l’action de l’ONU par leurs mensonges au Conseil de Sécurité et à l’Assemblée générale.» Selon Ganser, toute réforme de l’ONU n’incluant pas cette problématique du mensonge, serait à long terme vouée à l’échec.
Après ces considérations de fond sur l’ONU, suivent des réflexions sur l’OTAN et les Etats-Unis. Daniele Ganser y exprime crûment un secret de Polichinelle connu de tous depuis longtemps: l’OTAN est l’instrument utilisé par les oligarques américains afin d’accéder à la réalisation de leur hégémonie sur notre planète.
Le principal chapitre abordé ensuite dans le livre est une chronique détaillée des guerres hors-la-loi et des putschs ourdis par des Etats-membres de l’OTAN contre des gouvernements démocratiquement élus. Cela commence par la chute du Premier ministre iranien Mossadegh en 1953. Aux yeux des Britanniques qui avaient alors la mainmise sur les recettes pétrolifères du pays, son seul «crime» avait été d’exiger une plus grande part de ces mêmes recettes afin qu’elles puissent profiter aux plus pauvres dans la population. Le putsch fomenté contre Mossadegh peut être considéré, comme le dit Michael Lüders, comme le «péché originel de l’Occident». De nos jours encore, nous ressentons les conséquences de cette politique ignoble sur un plan moral.
On trouve ensuite des chapitres traitant des guerres contre le Guatemala en 1954, l’Egypte en 1956, Cuba en 1961, le Viêt-Nam en 1964, le Nicaragua en 1981, la Serbie en 1999, l’Afghanistan en 2001, l’Irak en 2003, la Libye en 2011, l’Ukraine en 2014, le Yémen en 2015 et la Syrie depuis 2011 jusqu’à maintenant. Chaque chapitre est conçu séparément et peut être lu de même. Cela conviendrait aussi parfaitement à l’enseignement de l’histoire dans les écoles, et comme base de cours d’histoire contemporaine dans les universités.
Les responsables de l’OTAN aux Etats-Unis et en Europe ont donc beaucoup de sang sur les mains. Afin d’endormir les populations, on a invoqué, selon les vieilles façons impérialistes, des raisons humanitaires. Cependant, tout comme aujourd’hui dans le cas de la «guerre contre le terrorisme», c’était toujours une question de domination mondiale et de matières premières dans ces guerres. Ganser fait un bilan dévastateur de ces conflits: des régions entières sont déstabilisées, des vagues de réfugiés déferlent, de plus en plus d’attentats terroristes, une réduction des droits civils et l’instauration de l’Etat fouineur. Conclusion: la «guerre contre le terrorisme» a échoué et il faut y mettre fin.
La séduisante analyse de Daniele Ganser peut être résumée par la citation suivante: «L’OTAN n’est pas une force de sécurité et de stabilité, mais un danger pour la paix universelle.»
Daniele Ganser nous indique aussi ce que chacun d’entre nous peut faire pour remettre à nouveau en vigueur les principes de base de l’ONU, et pour encourager le vivre-ensemble pacifique des peuples.
Pour la Suisse et l’Autriche, par exemple, il recommande que ces pays reviennent à leur neutralité et qu’ils tournent le dos au Partenariat pour la Paix de l’OTAN – ou pour être plus précis, au «Partenariat pour la guerre». En Suisse, les citoyens pourraient demander la sortie de leur pays du PpP grâce à une votation populaire.
Dans tous les pays, cependant, la population pacifiste a des cartes en main. Ganser encourage ainsi à une plus forte interconnexion des mouvements pacifistes américains et européens. «La coopération du mouvement pacifiste européen avec le mouvement pacifiste aux Etats-Unis est à juste titre très importante parce qu’elle seule est capable de réformer pacifiquement l’empire américain de l’intérieur.» Le simple citoyen peut se documenter en lisant les sources d’information indépendantes et des livres et former sa propre opinion. C’est un des bienfaits d’Internet que nous n’ayons plus à nous baser uniquement sur les reportages des courtisans de l’OTAN dans nos médias alignés.
Daniele Ganser voit également une contribution à la paix dans l’exploitation des sources d’énergie renouvelables, étant donné que la plupart des guerres sont axées sur la lutte pour les réserves de pétrole et de gaz naturel et que, grâce aux ressources énergétiques renouvelables nous deviendrions plus indépendants vis-à-vis de ces produits. Enfin, l’une des demandes les plus importantes de Ganser est le renforcement du droit international et de l’interdiction de l’usage de la force inscrite dans la Charte des Nations Unies: «La Charte des Nations Unies et la Déclaration universelle des Droits de l’homme font partie des documents historiques les plus précieux, ils devraient nous servir à tous d’orientation pour le XXIe siècle.» L’adresse mondialement fédératrice «Nous, peuples des Nations Unies» doit être redynamisée, car elle exprime la précieuse pensée que l’humanité est une seule et même famille.
Lorsqu’on termine la lecture de ce livre, malgré la description des horreurs et des souffrances, il n’y a pas de place pour la résignation. Daniele Ganser formule, en effet, une pensée essentielle: les guerres sanglantes contredisent profondément la nature sociale de l’individu, car: «[…] au plus profond de leur cœur, les hommes s’aiment les uns les autres». Merci, Daniele Ganser, pour cet excellent livre que nous recommandons chaleureusement à toute personne intéressée par la politique. Le fait qu’il occupe déjà la première place sur la liste de best-sellers suisses des ouvrages spécialisés, est un signal des plus encourageants.     •
Ganser, Daniele, Illegale Kriege – Wie Nato-Länder die Uno sabotieren. Eine Chronik von Kuba bis Syrien. Zürich 2016, ISBN 978-3-280-05631-8

Extrait de Daniele Ganser, Illegale Kriege…, p. 330 et ss.

La Charte des Nations Unies et la Déclaration universelle des Droits de l’homme sont parmi les documents historiques les plus précieux, ils devaient être pour nous tous la base de l’orientation au XXIe siècle. Je ne peux que conseiller à tous de lire ces deux documents et d’y réfléchir. Déjà lorsque j’étais étudiant, j’avais commandé au service documentation des Nations Unies le texte de la Déclaration des Droits de l’homme, que j’avais affiché comme un poster sur le mur de ma chambre. «Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité», souligne la Déclaration des Droits de l’homme, acceptée à l’unanimité par l’Assemblée générale de l’ONU le 10 décembre 1948. «Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne». (Article 3) et «Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction» (Article 18).
Il est vrai, bien sûr, que la Charte des Nations Unies et les Droits de l’homme sont chaque jour mis à mal. Dans certains cas, comme cela a été exposé plus haut, on a même «utilisé» ces deux documents l’un contre l’autre lorsqu’en 2011, par exemple, au nom des Droits de l’homme, une guerre a été menée contre la Libye, violant par là même la Charte des Nations Unies. Ces problèmes demeureront aussi à l’avenir et ne doivent pas être ignorés. Mais l’attention doit être attirée en même temps sur le fait que dans les très nombreux pays où les droits de l’homme et la Charte des Nations Unies étaient respectés, cela a toujours mené vers l’essor des sociétés en question.
Les objectifs de l’ONU ont été par ailleurs renforcés. Ainsi, le 25 septembre 2015, quand, lors d’un sommet de l’ONU, les chefs d’Etat et de gouvernement ont signé les 17 «Sustainable Development Goals» (SDG). Les Etats-membres de l’ONU s’y sont engagés à réduire la pauvreté, la faim et la discrimination des femmes et à développer les ressources énergétiques renouvelables. Avant tout cependant, les Etats se sont de nouveau engagés à empêcher toutes formes de violence, car la paix et la stabilité sont les conditions essentielles pour la réalisation d’un développement durable.
«La Suisse a un intérêt vital à ce que, dans les relations internationales, le droit prime sur la violence et non l’inverse», a déclaré l’ancienne conseillère fédérale suisse Micheline Calmy-Rey. Elle avait par là pleinement raison, car de petits pays comme la Suisse ne veulent pas que le monde dérive vers la guerre et le chaos. Nous devons respecter la loi, en prendre soin.

Selon The Times : l’Union européenne veut «corrompre» Bachar Al-Assad

par Khider C.

4 décembre 2016

Source :

https://algeriepatriotique.com/2016/12/04/selon-the-times-lunion-europeenne-veut-corrompre-bachar-al-assad/

 

Le quotidien britannique The Times vient de révéler que l’Union européenne aurait proposé un deal au gouvernement syrien en contrepartie d’un important soutien financier. Citant de hauts fonctionnaires européens, la même source indique que la démarche de Bruxelles est motivée par deux considérations. L’UE veut, primo, garder à tout prix la Syrie sous influence occidentale à l’issue de la guerre et, secundo, éviter que l’Europe ne fasse davantage les frais de la crise.

Les hauts fonctionnaires européens qui se sont confiés au journal estiment, à ce propos, qu’«avec le cours pris par la bataille d’Alep, la demande formulée par les pays occidentaux se rapportant au départ de Bachar Al-Assad du pouvoir en Syrie n’est pas du tout réaliste». Aussi ne voient-ils d’autre solution que de négocier avec le chef de l’Etat syrien un accord «gagnant-gagnant». Pour s’assurer du succès de sa démarche, le Times mentionne que Bruxelles a convenu de laisser les Etats-Unis à l’écart de la négociation.

Afin de ne pas susciter l’ire de l’opposition syrienne, ou de ce qui en reste, le journal britannique nous apprend que la responsable de la politique étrangère de l’Union européenne, Federica Mogherini, a rencontré récemment ses principaux chefs afin de les convaincre de ne plus conditionner le règlement de la crise par le départ d’Al-Assad. Federica Mogherini leur a également promis d’être très généreuse avec eux. Y voyant un lien, The Times précise que la formulation de ces propositions coïncide avec l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU de résolutions appelant à la mise en œuvre du processus de la «transition politique» en Syrie.

Une source de l’opposition syrienne a précisé au Times que Federica Mogherini leur a fait savoir que «l’UE a un plan pour régler la crise syrienne», ajoutant que, pour le moment, tout le monde y adhère et qu’il y a un gros paquet d’argent sur la table. Cependant, ajoute la source de l’opposition citée par The Times, les contours de ce plan prévoyant une période de transition non définie restent flous.

The Times mentionne seulement que le plan européen de sortie de crise évoque une redistribution du pouvoir dans les provinces syriennes et une fusion des éléments des groupes armés «modérés» dans des unités des forces locales de sécurité. En contrepartie d’un meilleur contrôle et d’un  fonctionnement plus démocratique, Bruxelles ne voit, par ailleurs, pas d’inconvénients à ce que les institutions gouvernementales de l’Etat central restent en place. S’agissant du sort du président syrien Bachar Al-Assad, il n’est évoqué nulle part.

Le journal explique seulement que les motivations sur lesquelles repose le plan de l’Union européenne font consensus à Bruxelles. Les dirigeants européens, souligne-t-il, ont changé radicalement leurs positions sur la Syrie en raison de leurs craintes de voir la crise des réfugiés s’aggraver au fil du temps. Dans les conditions actuellement, estiment-ils, la reconstruction de la Syrie est une priorité, même si beaucoup d’entre eux se disent gênés de voir Bachar Al-Assad rester au pouvoir.

 

 

 

 

La « guerre au terrorisme » par l’Occident est en même temps une guerre contre la vérité

par Paul Craig Roberts

Source :

http://arretsurinfo.ch/la-guerre-au-terrorisme-par-loccident-est-en-meme-temps-une-guerre-contre-la-verite/

Source originale :

https://i0.wp.com/arretsurinfo.ch/wp-content/uploads/2016/09/presse-Washington-Post.jpg

Traduction Petrus Lombard

 

La « guerre au terrorisme » est en même temps la guerre à la vérité. Depuis quinze ans – depuis le 11/9/2001 et les « armes de destruction massive » de Saddam Hussein et ses « liens avec al-Qaïda », les « armes nucléaires » iraniennes, l’usage de « gaz de combat » par Assad », les « mensonges » sans fin concernant Kadhafi, l’invasion de l’Ukraine par les Russes –, pour donner suite à leurs ordres du jour, les directions des soi-disant démocraties occidentales jugent essentiel de s’aligner résolument sur des mensonges. Les régimes occidentaux tentent à présent de discréditer ceux qui contestent leurs contrevérités.

Traités de pourvoyeurs de « fausses nouvelles », les services de presse russes sont attaqués par l’UE et la pressetituée occidentale. Restant fidèle aux ordres de son maître à Washington, l’UE est allée jusqu’à adopter une résolution contre tout média russe déviant de la ligne washingtonienne. Selon le Président russe Poutine, cette résolution est un « signe visible de la dégradation de la notion de démocratie dans la société occidentale. »

Comme l’avait prédit George Orwell, pour les régimes « démocratiques » occidentaux, dire la vérité est désormais un acte hostile. Venant de faire son apparition, un tout nouveau site web, propornot.com, fait le procès d’une liste de 200 sites Internet dont les informations et des opinions diffèrent de celles des médias de la pressetituée, qui favorisent l’ordre du jour des régimes de l’Ouest. Qui finance propornot.com,  la CIA, la National Endowment for Democracy, George Soros ?

Je suis fier de dire que paulcraigroberts.org est sur la liste.

Ce que nous voyons ici, c’est l’adoption par l’Ouest de la manière sioniste d’Israël de traiter les critiques. Quiconque s’oppose au traitement cruel et inhumain des Palestiniens par Israël, est fait passer pour un diabolique « antisémite ». À l’Ouest, ceux qui sont en désaccord avec les politiques meurtrières et téméraires officielles, sont fait passer pour de  diaboliques « agents russes ». Le président élu des États-Unis lui-même, a été qualifié d’« agent russe ».

Visant à faire passer ceux qui disent la vérité pour des propagandistes, cette magouille a des effets contre-productifs. Le discrédit des diseurs de vérités fournit un catalogue des sites Internet où l’on peut trouver de l’information fiable, et les lecteurs s’y précipitent en foule. De plus, la tentative de discréditer les diseurs de vérités montre que, ne supportant pas la vérité et les opinions diverses, les régimes occidentaux et leur pressetituée s’emploient à obliger les gens à prendre leurs mensonges intéressés pour des vérités.

Les régimes et les médias de l’Ouest n’ayant de toute évidence aucun respect à l’égard de la vérité, comment l’Occident peut-il être démocratique ?

Le rôle assigné à la pressetituée Washington Post est de promouvoir le narration mise en avant par Washington, selon lequel les médias alternatifs sont constitués d’agents russes. Craig Timberg, un compère du Washington Post qui semble dépourvu d’intégrité ou d’intelligence, et peut-être les deux, est l’auteur de la fausses information selon laquelle « deux équipes de chercheurs indépendants » – dont aucune n’est identifiée – ont constaté que les Russes exploitent ma crédulité, et celle de : CounterPunch, professeur Michel Chossudosky de Global Researh, Ron Paul, Lew Rockwell, Justin Raimondo et de 194 autres sites, dans le but d’aider « un candidat insurgé » (Trump) à « revendiquer la Maison Blanche ».

Notez le qualificatif employé pour Trump : « candidat insurgé ». Il vous dit tout ce que vous devez savoir.

Vous pouvez lire ici ce qui passe pour un « reportage sérieux » de la pressetituée Washington Post. Voyez aussi: http://www.alternet.org/media/washington-post-promotes-shadowy-website-accuses-200-publications-russian-propaganda-plants Glenn Greenwald, du site The Intercept, qui a évité d’une façon ou d’une autre d’être inclus dans les 200, vide ici son sac à propos de Timberg et du Washington Post.

Les régimes occidentaux sont à court de faux-fuyants. Depuis le régime Clinton, l’accumulation de crimes de guerre commis par les régimes occidentaux dépasse ceux de l’Allemagne nazie. Des millions de Musulmans ont été massacrés, désorganisés et dépossédés dans sept pays. Pas un seul criminel de guerre occidental n’a été tenu responsable.

Le méprisable Washington Post est un excellent apologiste pour ces criminels de guerre. La presse écrite et les médias télévisés occidentaux sont si fortement impliqués dans les pires crimes de guerre de l’histoire de l’humanité, que si jamais la justice arrivait à passer, la pressetituée sera au banc des accusés avec les Clinton, George W. Bush, Dick Cheney, Obama et leurs néocons agents secrets ou hommes de main, en fonction des besoins.

 

The Western War On Truth

Paul Craig Roberts

November 27, 2016

Source : http://www.paulcraigroberts.org/2016/11/27/the-western-war-on-truth-paul-craig-roberts/print/

 

The “war on terror” has simultaneously been a war on truth. For fifteen years—from 9/11 to Saddam Hussein’s “weapons of mass destruction” and “al Qaeda connections,” “Iranian nukes,” “Assad’s use of chemical weapons,” endless lies about Gadaffi, “Russian invasion of Ukraine”—the governments of the so-called Western democracies have found it essential to align themselves firmly with lies in order to pursue their agendas. Now these Western governments are attempting to discredit the truthtellers who challenge their lies.

Russian news services are under attack from the EU and Western presstitutes as purveyors of “fake news.” http://www.globalresearch.ca/moscow-accused-of-propagating-fake-news-eu-resolution-on-russian-propaganda/5558835 Abiding by its Washington master’s orders, the EU actually passed a resolution against Russian media for not following Washington’s line. Russian President Putin said that the resolution is a “visible sign of degradation of Western society’s idea of democracy.”

As George Orwell predicted, telling the truth is now regarded by Western “democratic” governments as a hostile act. A brand new website, propornot.com, has just made its appearance condemning a list of 200 Internet websites that provide news and views at variance with the presstitute media that serves the governments’ agendas. http://www.propornot.com/p/the-list.html Does propornot.com’s funding come from the CIA, the National Endowment for Democracy, George Soros?

I am proud to say that paulcraigroberts.org is on the list.

What we see here is the West adopting Zionist Israel’s way of dealing with critics. Anyone who objects to Israel’s cruel and inhuman treatment of Palestinians is demonized as “anti-semitic.” In the West those who disagree with the murderous and reckless policies of public officials are demonized as “Russian agents.” The president-elect of the United States himself has been designated a “Russian agent.”

This scheme to redefine truthtellers as propagandists has backfired. The effort to discredit truthtellers has instead produced a catalogue of websites where reliable information can be found, and readers are flocking to the sites on the list. Moreover, the effort to discredit truthtellers shows that Western governments and their presstitutes are intolerant of truth and diverse opinion and are committed to forcing people to accept self-serving government lies as truth.

Clearly, Western governments and Western media have no respect for truth, so how can the West possibly be democratic?

The presstitute Washington Post played its assigned role in the claim promoted by Washington that the alternative media consists of Russian agents. Craig Timberg, who appears devoid of integrity or intelligence, and perhaps both, is the WaPo stooge who reported the fake news that “two teams of independent researchers”—none of whom are identified—found that the Russians exploited my gullibility, that of CounterPunch, Professor Michel Chossudosky of Global Researh, Ron Paul, Lew Rockwell, Justin Raimondo and that of 194 other websites to help “an insurgent candidate” (Trump) “claim the White House.”

Note the term applied to Trump—“insurgent candidate.” That tells you all you need to know.

You can read here what passes as “reliable reporting” in the presstitute Washington Post: https://www.washingtonpost.com/business/economy/russian-propaganda-effort-helped-spread-fake-news-during-election-experts-say/2016/11/24/793903b6-8a40-4ca9-b712-716af66098fe_story.html

See also: http://www.alternet.org/media/washington-post-promotes-shadowy-website-accuses-200-publications-russian-propaganda-plants

Glenn Greenwald of The Intercept, which somehow escaped inclusion in The 200, unloads on Timberg and the Washington Post here: https://theintercept.com/2016/11/26/washington-post-disgracefully-promotes-a-mccarthyite-blacklist-from-a-new-hidden-and-very-shady-group/

Western governments are running out of excuses. Since the Clinton regime, the accumulation of war crimes committed by Western governments exceed those of Nazi Germany. Millions of Muslims have been slaughtered, dislocated, and dispossessed in seven countries. Not a single Western war criminal has been held accountable.

The despicable Washington Post is a prime apologist for these war criminals. The entire Western print and TV media is so heavily implicated in the worst war crimes in human history that, if justice ever happens, the presstitutes will stand in the dock with the Clintons, George W. Bush and Dick Cheney, Obama and their neocon operatives or handlers as the case may be.

 

Le Parlement européen adopte une résolution contre les médias russes !

 

Source: https://francais.rt.com/international/29485-union-europeenne-ne-supporte-plus-critique

23 nov. 2016

 

Le rapport du parlement européen lance de graves accusations contre des médias «russes», mais ce qu’il préconise pour lutter contre la «propagande du Kremlin» devrait bien plus inquiéter les citoyens. Voici les points essentiels de ce texte à charge.

La prose du parlement européen a de quoi décontenancer. Mais la question traitée est en définitive assez simple et pourrait même paraître à usage interne, fournissant des éléments de langage prêt à l’emploi : comment priver de liberté ceux que l’on accuse d’être les ennemis de la liberté, quand on se dit soi-même démocrate ?

Tel est le premier paragraphe du «rapport sur la communication stratégique de l’Union visant à contrer la propagande dirigée contre elle par des tiers», votée par le parlement européen ce 23 novembre 2016 et qui vise à contrer le «soft power» médiatique de la Russie :

«Considérant que l’Union européenne s’est engagée à ce que son action sur la scène internationale repose sur des principes tels que la démocratie, l’état de droit et le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que la liberté des médias, l’accès à l’information, la liberté d’expression et le pluralisme des médias, ce dernier principe pouvant cependant être limité dans une certaine mesure, comme le précise le droit international, notamment la convention européenne des droits de l’homme; que les acteurs tiers visant à discréditer l’Union ne partagent pas les mêmes valeurs».

 

L’Union européenne ne supporte plus qu’on la critique !

 

Le premier attendu de la résolution votée par le parlement européen annonce déjà la couleur et les contorsions rhétoriques que le lecteur devra décortiquer ensuite pour s’y retrouver. Et il lui faudra relire plusieurs fois certains paragraphes afin de discerner les cas où tel principe universel s’applique et dans quels cas son universalité se trouverait restreinte. Une universalité non-universelle, en quelque sorte, si l’on suit le texte.

Ainsi, dès les premières lignes, le citoyen européen assidu et à l’écoute de son parlement apprend que la liberté d’expression et le pluralisme des médias ne sont un luxe accordés qu’à ceux qui s’en montrent dignes et en font un usage raisonné, usage évalué, normé, soupesé et soumis au contrôle de ceux-là mêmes qui décident de qui est démocrate et de qui ne l’est pas.

En résumé : pas de démocratie pour les non-démocrates, pas de liberté pour les ennemis de la liberté : «les acteurs tiers» – traduire la Russie – qui ne «partagent pas les mêmes valeurs, ne sont donc pas autorisés à «discréditer l’Union». Embêtant lorsque l’on croit deviner qu’au nombre des valeurs requises figure apparemment la non-critique de l’Union européenne. De quoi avoir la migraine.

 

Syllogismes hasardeux

 

La prose de la résolution du parlement européen est un bijou de haute voltige rhétorique. Il y est question de droit international, de droits de l’homme. Pêle-mêle. Des grands principes – absolument respectables – qui ne sont utilisés qu’à sens unique, avec des accents qui parfois font penser à ceux d’un pervers narcissique, figure bien connue de la presse féminine, lequel est connu pour faire porter à sa victime la responsabilité de la violence qu’il lui fait subir. Et, bien qu’il soit difficile de ne pas passer pour l’agresseur en répliquant à l’agresseur, il est des formulations dans cette résolution qui sont des cas d’écoles d’inversion accusatoire.

Et ceux des eurodéputés qui ont voté le rapport incriminant sans ambages la Russie d’accuser cette dernière de vouloir entraîner un «découplage stratégique entre l’Union européenne et ses partenaires d’Amérique du Nord, de paralyser le processus décisionnel, de discréditer les institutions de l’Union et les partenariats transatlantiques – dont le rôle dans l’architecture de sécurité et économique européenne est reconnu – aux yeux et dans l’esprit des citoyens de l’Union et des pays voisins».

Pour le parlement européen, qui vit apparemment dans un autre monde, et s’autocongratule quitte à verser dans le déni de réalité, les traités commerciaux transnationaux ne souffre aucune controverse. Pas plus que le rôle de l’organisation militaire et politique de l’Alliance atlantique, sous l’égide des Etats-Unis, qui a procédé à une militarisation sans précédent depuis le dernier conflit mondial, de l’Europe de l’Est, ne saurait être questionné. Leur rôle est donc «reconnu». Et les «citoyens de l’Union» seraient donc unanimes.

 

Inversions accusatoires

 

Mais le léviathan-pervers-narcissique se posant tout de même en victime : «Le Kremlin a intensifié sa confrontation avec l’Union; […] le Kremlin a intensifié sa guerre de propagande, la Russie jouant un rôle plus actif dans l’environnement médiatique européen, afin de créer dans l’opinion publique européenne un soutien politique en faveur de l’action russe et de nuire à la cohérence de la politique étrangère de l’Union».

Alors qu’une partie significative des opinions publiques s’érigent contre les traités libre-échangistes tels que le TAFTA ou le CETA que l’opposition de la Wallonie a manqué de compromettre, que dès qu’un référendum est octroyé à la population, le résultat se révèle un camouflet pour l’Union européenne, à l’instar du Brexit, le parlement européen ne veut pas voir le phénomène lui-même mais ceux qui le relayerait. Le mécontentement des agriculteurs européens, frappés par les sanctions contre la Russie n’existent que parce que rapportés par des médias «de propagande» pour le parlement européen.

Ce dernier se déclarant, logiquement, «gravement préoccupé par le développement rapide de l’activité inspirée par le Kremlin en Europe, y compris la désinformation et la propagande visant à maintenir ou à accroître l’influence de la Russie et à affaiblir et à diviser l’Union européenne».

Se félicitant de ses «réussites»,  la résolution conseille à l’Union européenne de «mettre en avant un message positif axé sur ses succès, ses valeurs et ses principes, obtenus avec détermination et courage, et doit tenir un discours offensif et non défensif». Quitte même à recourir au système éducatif et universitaire.

 

Critiquer l’Union européenne, c’est être négationniste

 

Dénonçant une supposée «falsification de l’Histoire», mélangeant les négationnistes de tout poil, Daesh et les médias d’information – pardon de «désinformation», le parlement européen propose même de se mêler d’éducation, quitte à tout mélanger là aussi et à ressusciter la lutte contre le communisme (l’URSS a disparu en 1991) : «Il est nécessaire de sensibiliser aux crimes commis par les régimes communistes au moyen de campagnes publiques et dans les systèmes d’éducation […] pour contrer le discours du Kremlin», estiment ainsi ceux des eurodéputés qui ont voté pour la résolution. L’Union européenne se chargerait donc de dicter l’Histoire officielle et contester celle-ci serait du négationnisme.

La résolution, soit dit en passant, qui n’a pas force de loi, puisque, comme on le sait, le parlement européen n’a pas l’initiative des lois européennes, il n’est qu’une chambre d’enregistrement. Ils leur est permis d’interpeller la Commission, là où se trouve le vrai pouvoir, comme naguère, les parlements pouvaient, avec le tact dû, en appeler à tel ou tel despote éclairé. Le vrai pouvoir revenant à la commission européenne, cet aréopage d’inconnus, lesquels sont nommés et non pas élus. Le divorce entre les citoyens européens et l’Union européenne ainsi que le «déficit démocratique» des institutions, des problèmes reconnus par l’Union européenne elle-même, mais qui sont des sujets interdits pour les autres, restent toujours sur la table.