L’expert de l’ONU sur la torture sonne à nouveau l’alarme: la vie de Julian Assange est en danger

Nils Melzer

 

Source : Horizons et débats (Zeit Fragen) Zurich, 25 novembre 2019

 

Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, Nils Melzer, a exprimé son inquiétude face à la détérioration continue de la santé de Julian Assange depuis son arrestation et sa détention au début de cette année, affirmant que sa vie était désormais en danger.
Le 11 avril 2019, M. Assange a été envoyé dans une prison de haute sécurité du Royaume-Uni, où il continue d’être détenu dans le cadre d’une demande d’extradition américaine pour espionnage pour avoir rendu public des preuves de crimes de guerre et d’autres fautes en Irak et en Afghanistan. «Alors que le gouvernement américain poursuit M. Assange pour avoir publié des informations sur de graves violations des droits de l’homme, y compris des actes de torture et des meurtres, les responsables de ces crimes continuent de jouir de l’impunité», a déclaré Melzer.
En mai, le rapporteur spécial et son équipe médicale ont rendu visite au fondateur de Wikileaks emprisonné et ont informé qu’il présentait «tous les symptômes typiques d’une exposition prolongée à la torture psychologique» et exigé des mesures immédiates pour protéger sa santé et sa dignité.
«Cependant, ce que nous avons vu de la part du gouvernement britannique est un mépris total pour les droits et l’intégrité de M. Assange», a dit M. Melzer. «Malgré l’urgence médicale de mon appel et la gravité des violations alléguées, le Royaume-Uni n’a pris aucune mesure d’enquête, de prévention et de réparation exigée par le droit international.»
En vertu de la Convention contre la torture, les Etats doivent mener une enquête rapide et impartiale chaque fois qu’il existe des motifs raisonnables de croire qu’un acte de torture a été commis. «Dans une réponse brève envoyée près de cinq mois après ma visite, le gouvernement britannique a catégoriquement rejeté mes conclusions, sans indiquer la moindre volonté d’examiner mes recommandations, et encore moins de les mettre en œuvre, ou même de fournir les informations supplémentaires demandées», a déclaré l’expert des Nations Unies.
Comme l’avait prédit Melzer, peu après la visite du Rapporteur spécial, M. Assange a dû être transféré à l’unité de soins de santé de la prison. «Il continue d’être détenu dans des conditions oppressantes d’isolement et de surveillance qui ne sont pas justifiées par son statut de détenu», a déclaré M. Melzer, ajoutant qu’après avoir purgé sa peine de prison pour violation des conditions de sa libération sous caution au Royaume-Uni en 2012, M. Assange était désormais détenu exclusivement en relation avec la demande d’extradition en instance des Etats-Unis.
«Malgré la complexité de la procédure engagée contre lui par le gouvernement le plus puissant du monde, l’accès de M. Assange à un avocat et à des documents juridiques a été gravement entravé et porte atteinte à son droit le plus fondamental de préparer sa défense», a déclaré M. Melzer.
«L’arbitraire flagrant et soutenu dont ont fait preuve le pouvoir judiciaire et le gouvernement dans cette affaire affiche un écart alarmant par rapport à l’engagement du Royaume-Uni en faveur des droits de l’homme et de l’Etat de droit. Cet exemple est inquiétant, d’autant plus que le gouvernement a récemment refusé de mener l’enquête judiciaire tant attendue sur la participation britannique au programme de torture et de restitutions de la CIA.»
«A mon avis, cette affaire n’a jamais porté sur la culpabilité ou l’innocence de M. Assange, mais sur le fait de lui faire payer le prix pour avoir dénoncé des fautes graves du gouvernement, y compris des crimes de guerre et la corruption présumés. Sans un changement de cap du Royaume-Uni et l’amélioration de la situation de M. Assange, l’exposition continue de ce dernier à l’arbitraire et aux abus pourrait bientôt lui coûter la vie.»
Dans son appel urgent adressé au Gouvernement britannique, le rapporteur spécial a vivement recommandé d’empêcher l’extradition de M. Assange vers les Etats-Unis et qu’il soit rapidement remis en liberté et autorisé à recouvrer la santé et à reconstruire sa vie personnelle et professionnelle.     •

Source: https://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=25249&LangID=E, 1/11/19

(Traduction Horizons et débats)

«Je meure. Lentement, mais inéluctablement.»

«Je meurs. Lentement, mais inéluctablement. Je suis épuisé et j’ai perdu beaucoup de poids. L’isolement à Belmarsh me tue. Il y a très peu de contact avec le monde extérieur. Tout cela parce que j’ai rendu publics des crimes de guerre, pour ouvrir les yeux aux gens et montrer ce que les gouvernements nous cachent. Je vais mourir. Et je crains qu’avec moi, la liberté de la presse et la démocratie disparaîtront également.»

Julian Assange, le 11 novembre 2019

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Nils Mezler

L’expert suisse en droit international Nils Melzer est depuis novembre 2016 Rapporteur spécial sur la torture et donc expert des dites Procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme. Les experts des procédures spéciales travaillent selon un fondement volontaire; ils ne font pas partie du personnel de l’ONU et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisme et siègent à titre personnel.
Antérieurement, Nils Melzer a travaillé pendant douze ans pour le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans différentes régions en crise, en tant que délégué, vice-chef de mission et conseiller juridique. Outre son mandat à l’ONU, il est titulaire d’une chaire en droit international humanitaire à l’Université de Glasgow et enseigne également à l’Académie pour le droit international humanitaire et les droits de l’homme de Genève.

 

L’OTAN prête à dépasser son cadre géopolitique initial dans le seul intérêt américain

par Philippe Migault

31 oct. 2019

Source : RT France https://francais.rt.com/opinions/67462-otan-prete-a-depasser-son-cadre-geopolitique-initial-dans-le-seul-interet-americain

Directeur du Centre européen d’analyses stratégiques, Philippe Migault est spécialiste des questions stratégiques. Il revient sur la réunion à Bruxelles des 29 ministres de la Défense de l’OTAN qui s’est déroulée le 24 et le 25 octobre.

OTAN : Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. L’acronyme est limpide : Depuis 1949 l’Alliance Atlantique unit, de part et d’autre de l’Océan éponyme, les Etats européens et nord-américains désireux de faire front commun face à toute menace, toute agression. Le cadre géographique est clair. L’Alliance n’a pas, sauf attaque d’un adversaire éloigné contre un de ses membres, à intervenir en dehors de cette aire. Les attentats du 11 septembre 2001 justifiaient la solidarité atlantique et l’offensive de l’OTAN en Afghanistan. Ceux de Paris le soutien de l’Alliance aux opérations de la France en zone sahélo-saharienne et en Irak. On peut, en revanche, légitimement se demander pourquoi l’Alliance et son leader, les Etats-Unis, semblent aussi désireux d’élargir le cercle défensif bien au-delà de l’Atlantique nord, au sud de l’équateur et jusque dans le Pacifique, vers des Etats sur lesquels ne pèse quelquefois nulle menace majeure d’agression interétatique. Lors d’une déclaration effectuée le 23 octobre dernier, en marge d’une conférence de l’OTAN à Bruxelles, le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg, a ainsi fait feu de tout bois pour justifier l’intérêt croissant de l’organisation vis-à-vis de la zone Asie-Pacifique. Lire aussi L’Ukraine est prête à accélérer les préparatifs d’adhésion à l’OTAN, selon le président Zelensky Certes M. Stoltenberg n’a pas manqué d’évoquer une fois encore la rupture du traité FNI et la violation de ce traité dont se serait rendue coupable la Russie. Il a récité le traditionnel mantra otanien sur la menace balistique que ferait peser l’Iran et la Corée du Nord, justifiant prétendument la mise en place du bouclier antimissiles de l’OTAN aux portes de la Russie. Mais cet exercice imposé expédié, il a surtout insisté sur la montée en puissance de la Chine, estimant qu’elle menait des programmes – armes hypersoniques, drones, ICBM, cyberoutils d’agression… – susceptibles de remettre en question l’équilibre mondial des forces. Reconnaissant que Pékin ne viole aucun traité mondial d’armement, mais possède des centaines de missiles correspondant au traité FNI, il a jugé que les Chinois ne pouvaient rester à l’écart d’un processus de négociation mondial portant sur la réduction des armes de destruction massive. Sauf que le traité FNI, signé à Washington en 1987, portait sur l’interdiction des armes à portée intermédiaire en Europe, zone d’action de l’OTAN, aire dont la Chine est éloignée de plus de 2 000 kilomètres si l’on s’en tient à la distance séparant l’Extrême-Ouest chinois de l’Oural, 4 000 si l’on s’en tient à la distance séparant le Xinjiang de l’est de l’Union européenne. Sauf qu’il n’existe aucun contentieux sérieux entre l’UE et la Chine susceptible de mener à un affrontement militaire entre celle-ci et les Européens. Evidemment les tensions commerciales avec Pékin sont permanentes, la rivalité croissante en Afrique – pour les seuls Européens que cela intéresse d’ailleurs, c’est-à-dire essentiellement Français et Britanniques – les affaires d’espionnage récurrentes. Mais le scénario d’une agression armée chinoise vis-à-vis des Etats européens membres de l’OTAN ou de l’UE relève de la politique fiction. Dès lors, il n’existe qu’une explication plausible aux déclarations de Jens Stoltenberg : la volonté américaine d’impliquer les Européens de l’ouest dans le bras de fer qu’ils ont engagé avec la Chine, guerre commerciale et tension militaire dont l’administration Trump a seule décidé de hisser le curseur au-delà du raisonnable, comme Washington nous a enrôlé dans une politique de sanctions vis-à-vis de la Russie dont la France, notamment, ne voulait pas. Il ne s’agit pas d’ailleurs des seuls Européens de l’Ouest. C’est l’ensemble de la prétendue «communauté internationale», c’est-à-dire du monde occidental et de ses alliés japonais, sud-coréens, australiens, néo-zélandais, brésiliens… que Washington espère fédérer dans une alliance défensive globale, dont l’OTAN serait le pilier central. Dans un paradigme stratégique globalisé conjuguant volonté occidentale d’imposer son modèle et perte simultané de son attrait, il s’agit d’unir le camp des tenants du libéralisme financier, de la société ouverte, libérale-libertaire, contre celui des Etats estimant que le capitalisme d’Etat, le cadre de l’Etat-nation souverain, et les valeurs traditionnelles propres à chaque pays, à chaque société, constituent autant d’intérêts vitaux. En août dernier déjà, Jens Stoltenberg, en visite à Sidney à l’instigation des Etats-Unis, soulignait l’importance d’un partenariat entre l’OTAN et l’Australie, «partenaire au long cours et à haute valeur ajoutée de l’OTAN», pour «faire face à de nouvelles menaces imprévisibles (…) dans cette partie du monde». Evoquant la montée en puissance de la Chine en Afrique, la présence de navires chinois à proximité des eaux européennes, il jugeait que Pékin s’approchait de plus en plus de nos portes. L’OTAN a progressé de plus de 1 500 kilomètres vers l’Est, poussant ses blindés à 90 minutes de route de Saint-Pétersbourg, et la présence navale chinoise se résume à la visite de quelques escorteurs en Méditerranée, ne représentant aucune menace pour les marines de l’OTAN, mais qu’importe. Xi Jiping ante portas. Et les Américains ont des droits que les autres n’ont pas.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Donald Trump a clairement critiqué les guerres américaines au Moyen-Orient

par Karl Müller

Le président américain Donald Trump a déclaré récemment que mener des guerres au Moyen-Orient était «la pire des décisions jamais prise dans l’histoire de notre pays». Au lieu d’un large soutien, il s’est heurté à de sévères critiques de la part de la faction de guerre de l’OTAN.

 

Source : Horizons et débats

Zurich, 28 octobre 2019

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-23-28-octobre-2019/donald-trump-a-clairement-critique-les-guerres-americaines-au-moyen-orient.html

 

Le 9 octobre, le président américain a réagi par un important message sur Twitter aux reproches contre sa décision de retirer les troupes américaines du nord de la Syrie.
Cette nouvelle disait:

«The United States has spent EIGHT TRILLION DOLLARS fighting and policing in the Middle East. Thousands of our Great Soldiers have died or been badly wounded. Millions of people have died on the other side. GOING INTO THE MIDDLE EAST IS THE WORST DECISION EVER MADE IN THE HISTORY OF OUR COUNTRY! We went to war under a false & now disproven premise, WEAPONS OF MASS DESTRUCTION. There were NONE! Now we are slowly & carefully bringing our great soldiers & military home.»

La traduction française est la suivante:

«Les Etats-Unis ont dépensé 8 billions de dollars pour combattre et maintenir l’ordre au Moyen-Orient. Des milliers de nos magnifiques soldats sont morts ou ont été grièvement blessés. Des millions de personnes sont mortes de l’autre côté. Intervenir au Moyen-Orient a été la pire des décisions jamais prise dans l’histoire de notre pays! Nous sommes entrés en guerre suite à une fausse prémisse maintenant réfutée, celle des armes de destruction massive. Il n’y en avait aucune! Maintenant, nous ramenons lentement et prudemment nos magnifiques soldats et notre armée à la maison.»

 

Dans les jours ayant suivi ce message sur Twitter, quelques médias anglophones, tel le «Washington Post», ont cité cette déclaration du président, en l’associant généralement à de sévères critiques à son égard. Dans les médias germanophones, c’est d’abord uniquement le site web de «RT-Deutsch» qui a parlé de cette prise de position et l’a commentée le 11 octobre.
C’est surprenant (malheureusement pas trop), car les déclarations de Donald Trump sont une réelle sensation – et elles devraient en fait initier un changement radical de la politique mondiale. Ce n’est pas le contenu qui est sensationnel. L’analyse des guerres américaines au Moyen-Orient est connue depuis longtemps auprès des personnes qui les ont examinées de manière critique. Ce qui est sensationnel, c’est le fait que ces déclarations émanent du président en fonction des Etats-Unis. Depuis 2003, l’année de l’attaque de l’Irak par les troupes américaines, il n’y a eu rien de semblable de la part d’un président américain – ou même d’un responsable gouvernemental des alliés de l’OTAN en Europe.
L’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder avait admis il y a quelques années – lorsqu’il n’était plus chancelier – que la guerre d’agression de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie en 1999, pendant son mandat de chancelier et avec la participation allemande, était une violation du droit international. Aujourd’hui encore, les responsables de l’OTAN n’en tiennent pas compte – bien que la déclaration de Schröder soit correcte et que des conséquences devraient en découler pour les responsables. Mais rien ne s’est encore produit dans ce sens! Bien que la boîte de Pandore soit ouverte depuis 1999.
Reste à savoir si les déclarations actuelles du président américain auront des conséquences. Toute personne ayant été confrontée à la folie des guerres américaines et de l’OTAN ces dernières années et ayant attiré l’attention sur cette injustice, sur les victimes et les destructions qui y sont associées, peut aujourd’hui s’y référer. La déclaration de Donald Trump devrait être placardée sur de grandes affiches dans chaque ville et chaque village de tous les Etats membres de l’OTAN. Il devrait en être de même dans chaque ville et chaque village de chaque pays du Moyen-Orient, voire dans chaque pays du monde.
Comment voulons-nous affronter notre avenir? Continuer comme au cours des décennies passées, toujours en direction de l’abîme et de la guerre? Ou plutôt en étant conscient que toute décision d’un pays de prendre la voie de la guerre est pour tout pays «la pire des décisions jamais prise dans l’histoire du pays»?
Concernant sa décision de retirer les troupes américaines du nord de la Syrie, le président américain est vivement critiqué par certaines parties. Elles affirment que cette décision est responsable de l’invasion des troupes turques et de la souffrance des Kurdes en présence. Les Kurdes auraient été abandonnés par les Etats-Unis après avoir combattu aux côtés des troupes américaines contre l’EI. Toutefois, on oublie de mentionner que les troupes américaines – tout comme les troupes des autres pays de l’OTAN, y compris la Turquie – n’ont pas le droit d’être sur le territoire syrien.
Le gouvernement syrien ne leur a pas demandé d’aider dans un conflit militaire ou pour quoi que ce soit d’autre. Au contraire, ces troupes étrangères ont depuis longtemps soutenu des groupes terroristes dans le pays, ont combattu violemment le gouvernement syrien et ont occupé illégalement certaines parties du pays. Les Etats-Unis et les autres Etats de l’OTAN avaient décidé cela de manière autocratique et à l’encontre du droit international.
Il n’est pas encore clair si le cessez-le-feu négocié pour cinq jours mènera à un cessez-le-feu durable. Si l’on veut redonner une valeur au droit international, il faut observer les faits suivants. Pour que les Kurdes de Syrie puissent revendiquer et exercer leurs droits légitimes, il est nécessaire que l’Etat syrien puisse réinstaller son monopole du pouvoir étatique sur l’ensemble du territoire national. L’avancée de l’armée syrienne dans le nord du pays pourrait y contribuer. C’est alors qu’il sera peut-être possible, d’entamer des négociations entre le gouvernement syrien et les représentants légitimes des Kurdes afin de clarifier de quels droits et de quels privilèges particuliers les Kurdes pourraient profiter à l’avenir dans le pays. Les négociations intensives menées par le gouvernement russe semblent viser à mettre fin à la guerre et à la violence en Syrie. C’est ce que nous devons avant tout souhaiter à ce pays martyrisé, ses habitants et toutes les personnes voulant à nouveau y vivre en paix.

Déclaration du Président du Conseil de sécurité des Nations Unies concernant la Syrie

«Le Conseil de sécurité se félicite que le Secrétaire général ait annoncé, le 23 septembre 2019, que le Gouvernement de la République arabe syrienne et la Commission syrienne de négociation avaient conclu un accord au sujet d’une commission constitutionnelle crédible, équilibrée et inclusive placée sous les auspices de l’Organisation des Nations Unies à Genève.
Le Conseil estime que la création de cette commission constitutionnelle, qui sera dirigée et contrôlée par les Syriens, doit marquer le début d’un processus politique visant à mettre fin au conflit syrien conformément aux dispositions de sa résolution 2254 (2015) et dans le plein respect des aspirations légitimes de tous les Syriens.
Le Conseil salue l’action diplomatique menée par l’Envoyé spécial du Secrétaire général, qui a permis que la République arabe syrienne et l’opposition syrienne finalisent leur accord en vue de la création de la Commission constitutionnelle, et souligne qu’il soutient sans réserve l’Envoyé spécial, M. Pedersen, et l’initiative prise par l’Organisation des Nations Unies pour que la première réunion de la Commission constitutionnelle se tienne à Genève (Suisse) d’ici au 30 octobre 2019.
Le Conseil réaffirme qu’il ne saurait y avoir de solution militaire au conflit en Syrie, lequel ne pourra être réglé que par l’application intégrale de la résolution 2254 (2015).
Le Conseil réaffirme son plein attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’unité et à l’intégrité territoriale de la Syrie.»

New York, le 8 octobre 2019

Source: https://undocs.org/fr/S/PRST/2019/12

 

Infox, intox et poker menteur

par Michel Raimbaud *
Source: RT France,18 juin 2019,
mais toujours actuel (IR)

Loin de considérer que la politique américaine viole le droit international depuis la seule entrée en scène de Donald Trump, l’ancien ambassadeur de France Michel Raimbaud revient sur trente ans de géopolitique dominés par l’arrogance de Washington.
C’est à l’ineffable George W. Bush, qui a dirigé durant huit ans une «puissance indispensable», que l’on attribue à tort la paternité de concepts qui allaient connaître la célébrité : le «Grand Moyen-Orient», zone «de bombardement démocratique» s’enflant au gré des pulsions américaines, «la guerre au terrorisme» (War on Terror), consistant à «épouvanter» les Etats voyous en terrorisant leurs populations, mais également – il suffit d’oser – «l’Axe du Bien» rassemblant les féaux et adorateurs des Etats-Unis et «l’Axe du Mal», perchoir de ses sinistres ennemis. Bush n’est évidemment pas le créateur de cet arsenal «idéologique», n’en ayant eu que l’usufruit. C’est entre le rédacteur de ses discours (un certain David Frum), le «Vice» Dick Cheney (dont Bush était en quelque sorte le prête-nom) et les célébrités de l’Establishment néoconservateur (à la mode Bolton et Cie) qu’il faut chercher les théoriciens du degré zéro de la diplomatie.

Cette brocante intellectuelle aura fait les innombrables dégâts que l’on sait, dans l’espace arabo-musulman, mais également sur tous les continents, démolissant de surcroît toute notion de droit international et sapant les bases de la légalité onusienne établies par consensus à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. A contempler le spectacle navrant qui marque le début du troisième millénaire, on deviendrait sans trop se forcer nostalgique de la guerre froide, c’est-à-dire du temps où, au-delà de la propagande, de part et d’autre du rideau de fer, parler voulait dire quelque chose. Quand, après de longs marchandages, on s’accordait sur les mots, on était à peu près d’accord sur le contenu des engagements et des arrangements souhaitables. L’équilibre de la terreur a permis d’éviter beaucoup de conflits… Le souvenir des tueries, destructions, génocides était alors trop brûlant pour que l’on puisse envisager de gaieté de cœur d’aller en guerre en chantant mironton mirontaine. Le ridicule tuait encore un peu et le mensonge n’était pas une technique diplomatique à usage courant. Trente ans après la chute du mur de Berlin, ces précautions et ces scrupules ne sont plus de mise pour le camp qui se réclame toujours du «monde libre», celui qui tente sans fin de resserrer son emprise, convaincu d’être «la civilisation» face aux voyous et aux barbares. Une séance au Conseil de Sécurité, tel ou tel discours présidentiel illustreront parfaitement le propos de votre serviteur.
Durant la guerre froide, l’atmosphère était souvent glaciale, mais des deux côtés, on savait jusqu’où ne pas aller trop loin. Il faudra du temps pour que l’on réalise combien l’existence d’un «Empire du Mal» était finalement un bien pour une bonne partie de la communauté onusienne. La guerre froide oubliée, l’ambiance ne sera pas chaleureuse, mais surchauffée, l’hyperpuissance d’outre-Atlantique la rendant potentiellement explosive à force d’arrogance. Dans la majorité des pays de la communauté onusienne, on réalisera assez vite que l’Amérique triomphante n’a pas besoin d’amis, mais exige seulement des vassaux. Au sein de la «communauté internationale» à trois ou quatre et dans toute sa mouvance, on se pliera aux caprices et aux mille volontés des nouveaux maîtres de l’univers.
Le bric-à-brac logiciel évoqué précédemment sera en effet vulgarisé au sein de la planète pensante occidentalo-compatible par le biais des instituts, fondations et autres «chars de la pensée» (les fameux think tanks). Pour les intellectuels les plus obtus ou les plus naïfs, la leçon sera prodiguée sans fioritures. «Croyez-vous que des solutions efficaces puissent émerger d’une analyse judicieuse de la réalité observable ?», avait demandé un journaliste (dont je tairai le nom) àun conseiller de G. W Bush, Karl Rove ; lequel avait répondu avec morgue : «En vérité, le monde ne marche plus réellement de cette manière. Nous les Américains, nous sommes maintenant un Empire, et lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. Pendant que vous étudiez studieusement cette réalité, nous ne perdons pas de temps. Nous agissons et nous créons d’autres réalités nouvelles qu’il vous est loisible d’analyser. C’est ainsi que les choses se passent, pas autrement. Nous sommes les acteurs et les producteurs de l’Histoire. A vous, à vous tous, il ne reste qu’à étudier ce que nous créons.»
On croyait naguère le lavage de cerveau réservé aux régimes totalitaires
Respecté à la lettre par une bonne partie de la classe médiatique et intellectuelle, ce partage des taches contribue au succès de la guerre de désinformation qui accompagne les entreprises menées par l’Empire néoconservateur israélo-anglo-saxon et ses alliés. La multiplication des évènements sur un rythme rapide va de pair avec la médiatisation de l’actualité immédiate et s’accommode de la versatilité de cette médiatisation, le principe étant que l’actualité d’aujourd’hui chasse celle d’hier ou d’avant-hier, l’effaçant au besoin ou pour les besoins de la cause. Selon les règles du conditionnement des foules, la nouvelle «agit-prop», une guerre peut figurer un temps à la une de l’info ou aux chiens écrasés, puis disparaître de la circulation, qu’elle soit remplacée par une autre ou plusieurs. Cette volatilité ne dépend pas de la gravité du conflit ou de son importance, ou de l’intensité de ses développements, mais elle permet de faire «oublier» une guerre en attirant l’attention sur une autre, présentée comme plus dangereuse, en attendant un nouveau rebondissement spectaculaire. La guerre de désinformation, à grands renforts d’infox, d’intox, de silence, de tapage, est à la guerre ce que la musique d’ambiance est à la fête foraine.
On croyait naguère le lavage de cerveau réservé aux régimes totalitaires : comme d’autres auparavant, les guerres de Syrie, je veux dire par là celles qui se déroulent en Syrie depuis la mi-mars 2011, sous diverses voilures, auront donné aux appareils de la «communauté internationale» l’occasion de montrer leur savoir-faire en la matière. Doxa et omerta, lâcheté politique, trahison des clercs, c’est un front sans faille qui veille à rendre inaudibles les contestataires de la narrative officielle, tout en les accusant de falsifier les faits.
Les experts qui oublieront demain ce qu’ils affirment aujourd’hui, les gens du verbe et la plume, qui ont occulté la mise à mort d’un peuple et de son pays, gardant le silence radio et télé sur les destructions massives, falsifiant les réalités et les responsabilités, ont volontairement ignoré la résistance syrienne, défiguré l’image d’une armée nationale présentée comme une «force pro-Bachar» ou une milice «pro-régime», le déni amplifiant d’autant la souffrance.
Le chaos semé depuis trente ans par les fanatiques bigots de l’Axe du Bien et leurs disciples a créé tant de pyromanes sadiques et allumé tant d’incendies
Nombre d’entre eux, y compris en Amérique, en Europe et en Israël, affirment que «Bachar a gagné» pour éviter ainsi de parler de la Syrie, que l’on rêve toujours de rayer de la carte et dont on voudrait bien éradiquer la «mémoire», y compris archéologique et historique. Faire de la Syrie une «nouvelle Syrie», une autre «transaction du siècle» à l’échelle du pays de Cham tout entier.
On dit, on écrit et on répète encore que «la guerre est finie». Ce qui permet de camoufler les «guerres du deuxième round» qui se poursuivent ou celles qui sont allumées semaine après semaine. Je me contenterai d’en faire un inventaire expéditif :
1. Le maintien d’une présence militaire illégale qui permet la continuation des hostilités, même sans espoir,
2. L’appui occidental aux terroristes rescapés, déplacés par les avancées de l’armée syrienne,
3. Les obstacles qui entravent le retour des réfugiés et des cadres exilés
4. L’usage maintenu des armes de destruction massive que sont la guerre des sanctions, le blocus économique, les tentatives d’asphyxie financière, les menaces contre la Syrie, ses alliés (Iran, Irak, Hezbollah, Russie), voire même ses voisins tentés par la complaisance…
5. La poursuite du vol et du pillage des ressources (pétrole, usines, antiquités, etc…).
Ayant ajouté à ce palmarès digne d’une mafia la dernière trouvaille qu’est l’incendie systématique des récoltes céréalières, on admettra peut-être que la politique de la terre brûlée n’est pas une expression vaine. Le chaos semé depuis trente ans par les fanatiques bigots de l’Axe du Bien et leurs disciples a créé tant de pyromanes sadiques et allumé tant d’incendies ou de brûlots couvant sous la cendre qu’un seul pompier ne saurait suffire à les éteindre tous, comme dirait un auteur contemporain, que nous appellerons Vladimir pour préserver son anonymat.
Pour ne pas trop charger la barque, je me suis abstenu d’énumérer les provocations et les menaces en accordéon de l’homme à la mèche jaune qui occupe la Maison Blanche, contre l’Iran, la Russie, la Chine, le Venezuela, les « Arabes insoumis », mais aussi tous ces braves Européens bien trop liés au dieu américain pour oser braver sa colère. Il faut bien laisser du grain à moudre pour d’autres tribunes…

* Michel Raimbaud est ancien ambassadeur de France, professeur au Centre d’études diplomatiques et stratégiques, officier de l’ordre national du Mérite, chevalier de la Légion d’honneur. Retrouvez son nouvel ouvrage « Les guerres de Syrie » aux éditions Glyphe.
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Paix en Ukraine ?

par Stephen F. Cohen

Source : Les Crises

https://www.les-crises.fr/paix-en-ukraine-par-stephen-f-cohen/

Source originaire : The Nation du 24 juillet 2019

 

L’Ukraine, comme je l’ai souvent souligné, est l’épicentre de la nouvelle guerre froide américano-russe, et sa situation directement à la frontière russe la rend beaucoup plus dangereuse que ne l’était Berlin au cours des 40 précédentes années de confrontation. Quelque 13 000 personnes seraient déjà mortes dans le Donbass au cours des combats entre des forces soutenues par Washington et Moscou. Pour de nombreuses personnes des deux côtés de la frontière, la guerre est aussi une tragédie personnelle à cause des dizaines de millions de familles ukraino-russes par mariage. (Les noms de certaines d’entre elles seront familiers au lecteur, tels que Khrouchtchev et Gorbatchev.) [NdT : N’oublions pas que ce fut Nikita Khrouchtchev, ukrainien d’origine qui annexa arbitrairement la Crimée à la RSS d’Ukraine, et qu’il ne pouvait pas ignorer qu’il allait réveiller la vieille querelle entre « Moskal » (citadins russes) et « Katsap » (paysans ukrainiens) héritée de l’époque tsariste.]

L’élection du nouveau président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui a remporté une victoire décisive dans la majeure partie du pays, représente une possibilité de paix avec la Russie, si on lui laisse une chance. Son prédécesseur Petro Poroshenko, répudié sur le plan électoral et soutenu par des sympathisants à Washington, a fait échouer presque toutes les négociations précédentes avec les rebelles du Donbass ainsi qu’avec Moscou, notamment les dispositions issues des accords de Minsk parrainés par les Européens. Zelensky, d’autre part, a fait de la paix (de même que de la corruption) sa priorité absolue et s’est en effet entretenu directement avec le président russe Vladimir Poutine, le 11 juillet. Cette guerre qui dure depuis près de six ans étant devenue un gouffre politique, diplomatique et financier pour son gouvernement, Poutine a salué l’ouverture.

Mais la lutte pour la paix ne fait que commencer, avec des forces puissantes déployées contre elle en Ukraine, à Moscou et à Washington. En Ukraine, des détachements ultra-nationalistes – certains diraient même quasi-fascistes – bien armés terrorisent les partisans de l’initiative de Zelensky, et même une chaîne de télévision de Kiev qui proposait de diffuser un dialogue entre citoyens russes et ukrainiens. (Washington a déjà connu des épisodes honteux de collusion avec ces néo-nazis ukrainiens). Quant à Poutine, qui ne contrôle pas totalement les rebelles de Donbass ou ses dirigeants, il « ne peut pas se permettre d’être perçu chez lui », ainsi que je le disais il y a plus de deux ans, « comme laissant tomber les frères de la Russie dans le Sud-Est de l’Ukraine ». En effet, ses propres nationalistes implacables en ont fait un test décisif pour respecter son autorité.

Ce qui nous amène à Washington et en particulier au président Donald Trump et à son adversaire potentiel en 2020, l’ancien vice-président Joseph Biden. Le gouvernement de Kiev, désormais incarné par Zelensky, dépend fortement des milliards de dollars d’aide du Fonds Monétaire International, que Washington contrôle largement. L’ancien président Barack Obama et Biden, sa « cheville ouvrière » pour l’Ukraine, ont utilisé ce levier financier pour exercer une influence semi-coloniale sur Porochenko, aggravant en général la situation, y compris la guerre civile ukrainienne naissante. Leur espoir était, bien sûr, de rompre les liens séculaires de l’Ukraine avec la Russie et même de l’amener éventuellement dans la sphère d’influence de l’OTAN contrôlée par les Etats-Unis.

Notre espoir devrait être que Trump rompe avec cette politique bipartite de longue date, comme il l’a fait avec la politique envers la Corée du Nord, et place carrément l’Amérique du côté de la paix en Ukraine (Pour l’instant, Zelensky a mis de côté la prétendue irréversible « réunification » de Moscou avec la Crimée, comme Washington devrait le faire). Une nouvelle politique américaine doit inclure la reconnaissance, qui manquait auparavant, du fait que les citoyens du Donbass ravagé par la guerre ne sont pas essentiellement des « larbins de Poutine » mais des personnes ayant leurs propres intérêts et préférences légitimes, même s’ils favorisent la Russie. Ici aussi, Zelensky s’engage dans une nouvelle voie. Porochenko a mené une guerre « antiterroriste » contre le Donbass : le nouveau président tend la main à ses citoyens même si la plupart d’entre eux n’ont pas pu voter aux élections.

Biden, cependant, a un problème particulier et une obligation particulière. En tant qu’exécutant, et vraisemblablement architecte, de la politique désastreuse d’Obama en Ukraine, et actuellement principal candidat démocrate à la présidence, Biden devrait être interrogé sur sa vision passée et présente au sujet de l’Ukraine. Les « débats » en cours, dont on fait grand tapage, sont l’occasion de lui poser la question – ainsi qu’à d’autres candidats. Les débats présidentiels sont censés susciter et clarifier l’opinion des candidats sur la politique intérieure et étrangère. Et parmi ces dernières, peu, si tant est qu’il y en ait, sont plus importantes que l’Ukraine, qui reste l’épicentre de cette nouvelle et encore plus dangereuse guerre froide.

Stephen F. Cohen est professeur émérite d’études et de politique russes à l’Université de New York et à l’Université de Princeton. Rédacteur à Nation, son nouveau livre War With Russia ? From Putin & Ukraine to Trump & Russiagate[Une guerre avec la Russie ? De Poutine & l’Ukraine à Trump & le Russiagate] est disponible en livre de poche et en ebook.

 

NdT : Lorsque l’auteur parle de néo-nazis, il se livre à un euphémisme. Ces cinq bataillons (Azov, Aidar, Donbass, Dniepr-1 et Dniepr-2) sont constitués de nazis assumés, héritiers directs de la Légion S.S. Ukrainienne fondée par Stepan Bandera durant la seconde guerre mondiale, et dont ils arborent fièrement les insignes lors de tous leurs défilés. Une discrète documentation historique existe sur les massacres de juifs, russes et polonais, d’hommes, femmes et enfants commis par cette légion qui réussit le prodige de dégoûter les officiers allemands qui la contrôlaient, et qui n’étaient probablement pas précisément des enfants de chœur. Rien donc d’étonnant à ce qu’ils essaient d’exterminer par des tirs quotidiens d’artillerie lourde les « sous-humains » russophones du Donbass, et se refusent obstinément à honorer les accords de Minsk : c’est dans la droite ligne de leur idéologie historique et ils n’en ressentent aucune honte. Ce n’est certainement pas pour rien que le Pentagone leur fournit des armes, les entraîne, les encadre et les soigne au besoin.

Source : The Nation, Stephen F. Cohen, 24-07-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

Volonté de contourner de gré ou de force la reprise obligatoire du droit de l’UE

A l’approche des élections – session d’automne 2019

par Marianne Wüthrich, docteur en droit

Source : Horizons et débats,

Zurich, 16 septembre 2019

 

Le 20 octobre, nous Suisses élirons les nouveaux membres du Conseil national et, dans la plupart des cantons, également ceux du Conseil des Etats. Auparavant a lieu la session d’automne des Chambres fédérales de trois semaines entre le 9 et le 27 septembre, qui sera dominé par les élections. C’est pourquoi de nombreux partis ont de gré ou de force essayé de contourner la question suprême, l’accord-cadre institutionnel entre la Suisse et l’UE, afin de ne pas devoir prendre position avant les élections. Dans le même ordre d’idées, la décision de verser 1,3 milliards de francs supplémentaires au Fonds de cohésion de l’UE a été reportée à la session de décembre. Les relations entre la Suisse et l’UE ne peuvent cependant pas être complètement évincées. Le Conseil national discutera de l’initiative de limitation, le Conseil des Etats traitera de la proposition d’un petit groupe de Conseillers aux Etats visant à rejeter l’accord-cadre avec l’UE. Ces deux modèles seront présentés ici.

 

«L’initiative de limitation» – oui à la souveraineté de la Suisse

Le 16 septembre, le Conseil national se prononcera sur l’initiative populaire de l’UDC «Pour une immigration modérée (initiative de limitation)». Elle a été lancée en janvier 2018 et les 100 000 signatures nécessaires ont été déposées déjà en juillet 2018. Cette initiative fait suite à l’initiative «Contre l’immigration en masse» adoptée en 2014 par le souverain, mais non mise en œuvre par le Parlement. Elle appelle à une réglementation indépendante de l’immigration; à cette fin, l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE doit être suspendu ou, si nécessaire résilié dans l’année suivant son adoption.1
En effet, la population permanente de la Suisse est passée d’environ 7,1 millions en 2000 (entrée en vigueur de l’Accord de libre circulation des personnes ALCP) à 8,5 millions à la fin de 2018 et continuera à augmenter. 25,1% de la population totale sont des étrangers.2 En conséquence, la construction des rares surfaces constructibles et l’expansion continue de l’infrastructure augmentent obligatoirement à un rythme rapide. Quiconque s’inquiète de l’augmentation de la consommation des ressources et des polluants devrait soutenir l’initiative de limitation.
En dépit de ces corrélations, les mêmes cercles soutenant la campagne en faveur de l’accord-cadre s’opposent à l’initiative. Les partis politiques n’ont pas encore émis de prises de position concernant l’initiative de limitation, les assemblées des délégués respectifs se prononceront en temps utile. Pour l’instant, nous nous limiterons donc à l’analyse de l’opposition du Conseil fédéral et de l’Opération Libero. Ils fournissent suffisamment de manière à réflexion.

Les contre-arguments du Conseil fédéral sont remarquables à plusieurs égards

D’une part, le Conseil fédéral justifie son opposition avec les «besoins de l’économie», car la libre circulation des personnes, «permet aux employeurs de recruter de la main-d’œuvre qualifiée dans l’espace UE/AELE de manière rapide et souple, avec une charge administrative réduite». En outre, le Conseil fédéral affirme que l’immigration n’aurait «pas entraîné d’augmentation du recours aux prestations de l’aide sociale» et qu’il «utilise les mesures d’accompagnement existantes».3
Pour le Conseil fédéral, les «besoins de l’économie» consistent avant tout à ce que les entreprises pourvoient leurs postes sans difficulté. Les mesures d’accompagnement que les organisations syndicales et patronales ont négociées entre elles avant la conclusion de l’accord sur la libre circulation des personnes en matière de protection contre le dumping salarial seraient, en revanche, caduques avec l’accord-cadre prévu ou du moins fortement édulcorées. C’est une affirmation audacieuse que l’immigration excessive n’a pas conduit à davantage de bénéficiaires de l’aide sociale! Les statistiques et les reportages des médias parlent une langue différente. En outre, la directive citoyenneté de l’Union, qui s’appliquerait également à la Suisse en vertu de l’accord-cadre, faciliterait l’accès des immigrants à nos services sociaux. Finalement, le Conseil fédéral fait une remarque absurde: il désire uniquement «autant d’immigration que nécessaire»! C’est précisément ce que les auteurs de l’initiative de limitation veulent atteindre – mais avec l’accord sur la libre circulation des personnes, c’est tout simplement impossible.
D’autre part, le Conseil fédéral répète pour la énième fois que toute dénonciation unilatérale de l’ALCP «entraînerait l’extinction des six Accords bilatéraux I en raison de la clause dite guillotine».3 Une fois de plus, il montre ainsi de quel côté de la table il se place habituellement dans les négociations avec Bruxelles. Si le négociateur accepte déjà à l’avance ce à quoi l’autre partie pourrait aspirer, il a déjà perdu.
Au sujet de la «clause dite guillotine», souvent mentionnée, le président de l’UDC Albert Rösti explique: «Je pense que l’UE va prendre part aux négociations parce qu’elle tire de grands avantages des six accords en question. En cas d’échec, la perte des six accords doit être acceptée. Le traité le plus important pour les exportations, l’Accord de libre-échange de 1972, n’est pas concerné.»4

Confusion des termes: l’Opération Libero «défend notre liberté en Europe»

«Veux-tu défendre notre liberté en Europe? Sois un Cœur vaillant [«Braveheart»] et aide-nous à couler l’initiative de limitation.» Voilà le slogan que l’Operation Libero a lancée en janvier 2019, lorsque la collecte des 100 000 signatures pour l’initiative de limitation fut lancée, pour trouver elle-même 100 000 adversaires s’inscrivant en ligne.
Les antécédents discutables du mouvement politique Opération Libero ont été présentés dans notre édition no 18.5 Il révèle ses objectifs sur sa page d’accueil: L’Opération Libero s’est levée comme un phénix des cendres du Nomes (Nouveau mouvement européen Suisse) et a écrit sur son drapeau comme autrefois: «La Suisse doit enfin discuter sa position en Europe sans œillères […]». Mis à jour, cela signifie: «Il est possible qu’un traité bilatéral élargi [sous-entendu l’accord-cadre institutionnel, mw] puisse régler les questions en suspens. Toutefois, si cela n’est pas possible, l’adhésion à l’UE sera dans l’intérêt de la Suisse.»6
Pourquoi l’Opération Libero choisit-elle comme symbole «Braveheart» (cœur vaillant), le personnage principal d’un film hollywoodien? Le héros est un combattant écossais pour la liberté contre la puissante Angleterre au XIIIe siècle. Ce rôle ne cadre-t-il pas mieux avec celui des combattants suisses pour la liberté conte la puissante UE? Nous défendons notre liberté en n’étant pas politiquement intégrés dans l’UE, n’est-ce pas? Mais l’Opération Libero a évidemment une toute autre «liberté» en vue: non pas la liberté envers l’UE, mais la liberté au sein de l’UE, la liberté des multinationales d’opérer sans entraves dans le marché intérieur européen – sans aucun lien et respect du droit d’un Etat souverain comme la Suisse.

«Nous défendons notre liberté en n’étant pas politiquement intégrés dans l’UE, n’est-ce pas? Mais l’Opération Libero a évidemment une toute autre ‹liberté› en vue».

Sujet du 17 septembre au Conseil des Etats

Renvoi de l’accord-cadre institutionnel à l’UE

«La Confédération suisse protège la liberté et les droits du peuple et assure l’indépendance et la sécurité du pays. Renvoi à l’UE de l’accord-cadre institutionnel».

Une poignée de conseillers aux Etats a fait ce que de nombreux Suisses souhaitaient: Peter Föhn (UDC SZ) et cinq cosignataires ont présenté en juin une motion de renvoi à l’UE de l’accord-cadre. Ainsi, ils passent outre les directives données par les autres partis.
Texte de la motion 19.3746: «Le Conseil fédéral est invité à ne conclure avec l’UE ou d’autres Etats aucun accord bilatéral ou multilatéral imposant une reprise dynamique, c’est-à-dire automatique et obligatoire, du droit ou qui prévoit que les litiges soient réglés par la juridiction d’une autre partie. En effet, de telles clauses sont profondément contraires aux principes généraux énoncés au début de la Constitution (art. 2 al. 1: ‹La Confédération suisse protège la liberté et les droits du peuple et elle assure l’indépendance et la sécurité du pays.›)»
Extraits du développement: «Le Conseil fédéral a demandé des clarifications à Bruxelles sur trois points de l’accord institutionnel (les aides d’Etats, la protection des salaires et la directive sur la libre circulation des citoyens de l’Union), mais a visiblement, et sciemment, omis d’évoquer les deux questions centrales, à savoir la reprise dynamique, c’est-à-dire automatique et obligatoire, du droit européen et la compétence de la Cour de justice de l’UE. Avec cet accord, les Suisses perdraient leur souveraineté dans leur propre pays et ne pourraient plus déterminer leur manière de vivre ensemble selon les règles de la démocratie directe.
Il convient d’expliquer à l’UE, de manière cordiale et sans équivoque, que la Suisse tient à avoir de bonnes relations bilatérales d’égale à égale, mais qu’elle ne peut pas signer un accord contraire à sa Constitution, laquelle garantit l’indépendance du pays et les droits du peuple. […].»

 

Cultiver la pensée cloisonnée ou politiser honnêtement?

Une question urgente se pose: les membres de notre parlement veulent-ils continuer à cultiver la pensée cloisonnée ou est-ce que les Conseillers d’Etats (et plus tard les Conseillers national) se donnent-ils une «poussée» et se joignent à cette intervention? En tant que citoyens, nous devrions examiner de près qui nous voulons élire le 20 octobre: pas des tacticiens qui accrochent leurs drapeaux au vent, mais des personnalités droites et honnêtes. Il en existe dans tous les partis.     •
1    Cf.: www.initiative-de-limitation.ch/texte-de-linitiative
2    https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/population/effectif-evolution/age-etat-civil-nationalite.html
3    «Le Conseil fédéral dit non à l’initiative de limitation». Communiqué de presse du Conseil fédéral du 7/6/19
4    «Es gibt keine halbe Unabhängigkeit». Interview d’Albert Rösti, président de l’UDC, in: St. Galler Tagblatt du 4/9/19
5    «Quelle liberté nous apporte l’‹Opération Libero›?», in: Horizons et débats no 18 19/8/19
6    «Operation Libero sucht 100 000 Nein-Sager!», in: Blick du 22/9/18

 

Two Puny Nations Subjecting World to Risk of Nuclear Holocaust

Polish and Romanian politicians are fine with hosting US missiles, leaving Moscow no margin of error

Paul Craig Roberts

Source : Russia Insider, 2 septembre 2019

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PaulCraigRoberts.org

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After falsely accusing Russia of violating the Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty (INF), Washington unilaterally repudiated the treaty. Thus did the US military/security complex rid itself of the landmark agreement achieved by Ronald Reagan and Mikhail Gorbachev that defused the Cold War.

The INF Treaty was perhaps the most important of all of the arms control agreements achieved by American 20th century presidents and now abandoned in the 21st century by US neoconservative governments. The treaty removed the threat of Russian missiles against Europe and the threat of European-based US missiles to Russia. The importance of the treaty is due to its reduction of the chance of accidental nuclear war. Warning systems have a history of false alarms. The problem of US missiles on Russia’s border is that they leave no time for reflection or contact with Washington when Moscow receives a false alarm. Considering the extreme irresponsibility of US governments since the Clinton regime in elevating tensions with Russia, missiles on Russia’s border leaves Russia’s leadership with little choice but to push the button when an alarm sounds. That Washington intends to put missiles on Russia’s border and pulled out of the INF Treaty for this sole purpose is now obvious. Only two weeks after Washington pulled out of the treaty, Washington tested a missile whose research and development, not merely deployment, were banned under the treaty. If you think Washington designed and produced a new missile in two weeks you are not intelligent enough to be reading this column. While Washington was accusing Russia, it was Washington who was violating the treaty. Perhaps this additional act of betrayal will teach the Russian leadership that it is stupid and self-destructive to trust Washington about anything. Every country must know by now that agreements with Washington are meaningless.

Surely the Russian government understands that there are only two reasons for Washington to put missiles on Russia’s border: (1) to enable Washington to launch a pre-emptive nuclear strike that leaves Russia no response time, or (2) to enable Washington to threaten such a strike, thus coercing Russia to Washington’s will. Clearly, one or the other of these reasons is of sufficient importance to Washington for Washington to risk a false alarm setting off a nuclear war.

Military analysts can talk all they want about “rational players,” but if a demonized and threatened country with hostile missiles on its border receives a warning with near zero response time, counting on it to be a false alarm is no longer rational.

The 1988 treaty achieved by Reagan and Gorbachev eliminated this threat. What purpose is served by resurrecting such a threat? Why is Congress silent? Why is Europe silent? Why is the US and European media silent? Why do Romania and Poland enable this threat by permitting US missiles to be stationed on their territory?

Little doubt the Romanian and Polish governments have been given bagfulls of money by the US military/security complex, which wants the multi-billion dollar contracts to produce the new missiles. Here we see the extreme irresponsibility of small countries. Without the corrupt and idiotic governments of Romania and Poland, Washington could not resurrect a threat that was buried 31 years ago by Reagan and Gorbachev.

Even the American puppet state of occupied Germany has refused to host the missiles. But two insignificant states of no importance in the world are subjecting the entire world to the risk of nuclear war so that a few Romanian and Polish politicians can pocket a few million dollars.

Missiles on Russia’s borders that provide no response time are a serious problem for Russia. I keep waiting for Moscow to announce publicly that on the first sign of a missile launching from Romania or Poland, the countries will immediately cease to exist. That might wake up the Romanian and Polish populations to the danger that their corrupt governments are bringing to them.

Why aren’t the Romanian and Polish provocations sufficient justification for Russia to pre-emptively occupy both countries? Is it more provocative for Russia to occupy the two countries than it is for the two countries to host US missiles against Russia? Why only consider the former provocative and not the latter?

No one is capable of coming to Romania and Poland’s aid even if anyone was so inclined. NATO is a joke. It wouldn’t last one day in a battle with Russia. Does anyone think the United States is going to commit suicide for Romania and Poland?

Where are the UN resolutions condemning Romania and Poland for resurrecting the specter of nuclear war by hosting the deployment of US missiles on their borders with Russia? Is the entire world so insouciant that the likely consequences of this act of insanity are not comprehended?

It does seem that human intelligence is not up to the requirements of human survival.