«Arrêtez la confrontation, commencez à dialoguer!»

Succès de la Conférence de Belgrade intitulée «Ne jamais oublier: favoriser la paix et la prospérité au lieu de la guerre et la pauvreté»

Interview avec Zivadin Jovanovic, président du «Forum de Belgrade pour un monde d’égaux»*

Source : Horizons et débats, Zurich, 15 avril 2019

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-9-15-avril-2019/arretez-la-confrontation-commencez-a-dialoguer.html

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Affiche d’invitation à la conférence de Belgrade.

 

A l’occasion du 20e anniversaire de l’agression de l’OTAN contre la Serbie (République fédérale Yougoslavie RFY) eut lieu à Belgrade les 22 et 23 mars 2019 une conférence internationale intitulée «Ne jamais oublier: favoriser la paix et la prospérité au lieu de la guerre et la pauvreté». Les organisateurs du colloque furent le «Forum de Belgrade pour un monde d’égaux» [«Belgrade Forum for the World of Equals»], la «Fédération serbe des associations de vétérans de la guerre de libération nationale», la «Fédération des généraux et amiraux serbes», donc une association d’hôtes serbes en collaboration avec le «Conseil mondial de la Paix». Outre les participants serbes, plus de 200 invités de haut niveau, représentant une trentaine de pays du monde entier, y ont participé. Les organisateurs ont salué les participants et les ont cordialement remerciés pour leur solidarité, leur soutien et la grande aide humanitaire dans une des plus difficiles périodes de l’histoire récente de la Serbie. 
Les deux jours furent bien remplis avec 78 interventions. Une exposition de photos dramatitques illustrait la souffrance de la population serbe pendant la guerre d’agression de l’OTAN de 1999.
Le congrès a honoré et rendu hommage au personnel militaire et policier ayant fait de très grands sacrifices lors de la défense du pays, et aux victimes civiles ayant perdu leur vie pendant cette guerre dont la durée fut de 78 jours.
 

Horizons et débats: Le congrès que vous avez organisé avec de nombreux invités du monde entier vient de prendre fin. Quelles sont vos impressions et vos conclusions après ces trois jours?

Zivadin Jovanovic: Je pense que cette conférence a été un grand succès, concernant les participants, le contenu et les conclusions. Concernant les participants, nous avons eu 200 invités d’environ 30 pays, de tous les continents, sauf l’Australie. Tous sont unis dans l’aspiration de la paix, de la solidarité et d’un développement pacifique. Il y avait des écrivains, des scientifiques, quelques politiques, des diplomates, des analystes stratégiques, tous des personnalités connues dans leurs pays respectifs. Ils sont venus à l’occasion de la 20e commémoration de la guerre d’agression de l’OTAN contre la République fédérale Yougoslavie – une attaque en violation du droit international – pour commémorer des victimes et pour nous rappeler les destructions, la cruauté et l’arrogance de l’unique alliance militaire, qu’est OTAN. Ce sont tous des amis de la Serbie ayant fait preuve de leur solidarité et de leur appui pendant les trois décennies de processus et d’évolutions turbulentes dans les Balkans. Nous avons également tenté de développer une vision de la paix en Europe et dans le monde, une vision d’un développement incluant tous les peuples et tous les pays. Je pense que nous pouvons être contents du contenu de la déclaration finale (cf. page 2) et je pense qu’elle trouvera un bon accueil …

Monsieur Jovanovic, vous venez de donner le signal de départ pour le marathon vers le mont Athos. Pouvez-vous nous donner quelques détails? Car cette course est un élément du congrès.

C’est une manifestation traditionnelle des athlètes. Des athlètes serbes avaient pris l’initiative, mais des athlètes des pays voisins y participent également. Ainsi, c’est un marathon commémoratif international. Chaque année, ils partent dans une autre direction pour répandre le message suivant: l’agression de l’OTAN de 1999 ne doit plus jamais se répéter et elle ne doit jamais tomber dans l’oubli. Notamment parce qu’à l’heure actuelle, il y a effectivement une grande instabilité, dans les Balkans et dans une grande partie de l’Europe. Nous devons donc être vigilants, car il n’y a pas de garantie automatique pour la paix, la stabilité et le développement. Il faut toujours y travailler pour les conserver. Ce marathon porte le message de la raison et de la sagesse. Chaque jour, ils courent 100 km. Mais ils s’arrêtent à chaque monument historique pour rendre hommage aux victimes, pas seulement aux victimes de l’agression de l’OTAN, mais également aux victimes de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. Le long du trajet qu’ils parcourront aujourd’hui et demain, il y a malheureusement un grand nombre de ces monuments.

C’est impressionnant et touchant – et malheureusement de grande actualité.

Nous devons nous rendre compte des risques auxquels nous sommes confrontés actuellement, suite à la méfiance grandissante, les confrontations mondiales et la nouvelle course à l’armement. D’énormes moyens financiers sont investis dans la préparation de la guerre, alors que le développement et la vie sociale des populations sont négligés. Nous assistons à une évolution dan-
gereuse. Par exemple, actuellement en Europe on transforme les structures civiles pour pouvoir mieux servir les besoins militaires.
Je pense que nous nous sommes déjà profondément enlisés, et il me semble que nous ne sommes pas suffisamment conscients de ce qui se passe aujourd’hui. Nous sommes pleinement occupés par nos tâches et nos devoirs quotidiens, alors que nous devrions tous comprendre et évaluer sérieusement les profonds changements, les dangers et les menaces remettant en question notre sécurité. Nos activités actuelles servent exclusivement à consolider les connaissances de ce qui se passe dans le monde, à mobiliser les personnes pacifiques et les forces de résistance contre les dangers et à diffuser notre message: arrêtez les confrontations, commencez à dialoguer, n’admettez pas le piétinement du droit et des accords internationaux, négociez de bonnes solutions, stoppez l’abus de l’économie et des infrastructures pour des buts militaires.

Quelles autres manifestations commémoratives concernant la guerre de 1999 y a-t-il encore en Serbie?

Le marathon commémoratif n’est qu’une manifestation de toute une série. Il y a eu le congrès de deux jours, l’excellente exposition de documents et de photos de l’agression contre notre pays. Nous avons également publié plusieurs nouveaux livres rédigés par les meilleurs auteurs pour commémorer les événements. Hormis ces activités, il y a encore d’autres manifestations faisant part de ce que nous appelons «People’s diplomacy» ou «diplomatie du peuple». Aujourd’hui [le 24 mars 2019] le gouvernement organise une manifestation à Niš. C’est une manière de commémorer des victimes et d’appeler à choisir le chemin de la paix, de la coopération et de la solidarité et non pas celui de la confrontation.

Vous avez mentionné les nombreux invités de l’étranger. Comment voyez-vous leurs participations à ce colloque?

Nous avons beaucoup d’amis auxquels nous exprimons notre grand respect et notre gratitude pour leur soutien, leur collaboration, leur solidarité, leurs contributions humanitaires pour notre pays, la Serbie et le peuple serbe, pendant des décennies. Nous apprécions beaucoup que nos amis dans le monde entier organisent également des conférences, comme celle de Vienne, celles de New York et de Washington, de Prague et de Bratislava. La semaine prochaine trois conférences auront lieu en Italie: à Rome, à Bologne et à Florence.
Nous, du «Forum de Belgrade pour un monde d’égaux», sommes heureux que ces initiatives nous reconnaissent comme le centre des activités, qu’elles reprennent nos thèses principales, qu’elles nous envoient des messages de solidarité, etc. Il est très positif qu’autant de personnes dans de si nombreux pays du monde soient conscientes de la signification de cette guerre d’agression de l’OTAN de 1999 et des conséquences dévastatrices de toute politique expansionniste et de conquête. C’est encourageant pour l’humanité.

Comparé aux années précédentes, le mouvement pour la paix s’est-il renforcé dans le cadre de votre congrès?

Oui, je pense qu’il y a une évolution positive dans nos activités. Il est positif que nous soyons devenu plus conscients de nos devoirs et que nous réagissions à une situation étant loin d’être réjouissante ou encourageante.
Je rappelle l’évolution positive au sein même de la Serbie. En 2000 ou en 2001, personne n’aurait organisé une manifestation concernant la guerre d’agression de l’OTAN. Il n’y avait aucun signal dans ce sens de notre gouvernement – ni pour une culture de la mémoire, ni pour une culture du respect des victimes. Non, ils étaient muets et la presse, les grands médias serbes ne parlaient jamais de «guerre d’agression». Ils mentionnaient l’«intervention», la «campagne de l’OTAN», ou à la limite, le «bombardement». Mais nous avons constamment utilisé la seule bonne appellation décrivant la réalité de cette attaque. C’était une pure guerre d’agression contre un pays souverain qui n’avait attaqué aucun autres pays. Cette guerre n’était pas motivée par un raisonnement humanitaire ou d’autres raisons similaires, mais uniquement par des objectifs géopolitiques et le but d’élargir le territoire de l’OTAN vers l’Est.

Heureusement, vous n’êtes plus seuls dans votre pays.

Oui, nous avons avec notre congrès de cette année un immense écho, comme nous ne l’avons jamais eu auparavant. Tout ce que nous faisons est transmis à la population par les médias serbes. On ne parle quasiment plus que de la «guerre d’agression» tant le président que le Premier ministre, que les gens dans la rue – et même les journalistes. C’est un signe de changement. Nous avons réussi. Nous connaissions la vérité et nous avons réussi à amener d’autres à la voir également. La presse a très bien couvert notre congrès. C’était vraiment excellent. Ils nous ont accordé beaucoup de place, deux pages entières dans un quotidien, en meilleur emplacement. Hier, un des plus anciens et traditionnels journaux d’Europe, nous a voué une page entière. C’est du jamais vu. Dans le passé, ils nous ont très souvent ignorés. Dommage que les politiciens ne nomment pas les organisateurs du congrès. L’information du lieu du colloque dans la «Army House» [Maison de l’Armée] ainsi que la transmission du très grand succès de la réunion ont été données. Ils ont résumé les interventions et leurs auteurs avec de nombreuses citations, rien à redire, mais ils omettent de dire que le «Forum de Belgrade pour un monde d’égaux» était l’organisateur. Ils parlent tout juste d’organisations de vétérans, de généraux et d’amiraux etc. Mais ils ne nous mentionnent pas.
Malgré tout: le plus important est que les gens puissent s’informer sur les résultats de notre réunion et que la vérité soit diffusée.

Un grand merci! Nous vous sommes très reconnaissants pour tout ce que vous avez fait et d’avoir réuni ici autant de personnes. C’est un immense travail et nous vous souhaitons, à vous et à votre pays, plein de bonnes choses.    •

 

Sanja – un message de bienvenue adressé à la Conférence

par Willy Wimmer, ancien secrétaire d’Etat au ministère de la Défense, 

vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE de 1994 à 2000, 

Membre du Bundestag allemand de 1976 à 2009 

Source : Source : Horizons et débats, Zurich, 15 avril 2019

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-9-15-avril-2019/sanja-un-message-de-bienvenue-adresse-a-la-conference.html

 

La guerre d’agression sans précédent menée par les troupes de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie a un visage. C’est le visage de Sanja qui fut, à l’âge de quinze ans, arrachée à une vie prometteuse. Depuis six mois, elle était élève de l’internat d’élite pour mathématiques de Belgrade. Elle avait obtenu cette place comme la deuxième meilleure mathématicienne de sa classe d’âge. Elle était un grand espoir pour son pays, peut-être un digne successeur de Nikola Tesla. Elle fut tuée par des avions de combat de l’OTAN sur le pont de sa ville natale de Varvarin, tout comme d’autres, dans une attaque terroriste typique pour l’OTAN. Typique parce que le modèle correspondait à ce dont le monde avait dû prendre connaissance lors de l’attaque contre l’ambassade de la République populaire de Chine à Belgrade. Là aussi, il s’agissait pour les Etats-Unis de poursuivre la choquante guerre d’agression contre la République fédérale de Yougoslavie.
Il y a encore un autre visage de cette guerre. Celui du porte-parole de l’OTAN, Jamie Shea. Rarement un si petit nombre de personnes a menti à autant de gens avec d’aussi énormes conséquences comme cela fut le cas de la part de l’OTAN et des responsables politiques occidentaux dont Tony Blair, Josef Fischer et Madeleine Albright. L’esprit malsain avec lequel un pays a été agressé en temps de paix existe encore de nos jours. On ne peut évaluer autrement le fait que Christoph Heusgen, actuel conseiller en politique étrangère de la Chancelière allemande, ait récemment célébré Jamie Shea à Berlin de manière grandiloquente.
Nous devons être conscients des dimensions de cette guerre, aujourd’hui comme à l’époque. Cela peut être illustré par le refus d’un général britannique d’exécuter les ordres du commandant en chef de l’OTAN Wesley Clark lui demandant de lancer la prochaine guerre mondiale par une intervention contre les forces armées russes. C’est de quoi il s’agit quand on prend en compte la dimension des agressions de l’OTAN jusqu’aujourd’hui. La choquante attaque contre la République fédérale de Yougoslavie fut le coup d’envoi pour la «guerre initiant cette guerre d’agression». Ceux pour qui la Cour pénale internationale de La Haye avait été réellement prévue n’ont toujours pas pris place sur le banc des accusés.

 

«Gilets jaunes»: l’ONU réclame à Paris une enquête sur «l’usage excessif de la force»

Source : Le Figaro 6/7 mars 2019

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2019/03/06/01016-20190306ARTFIG00119-gilets-jaunes-l-onu-reclame-a-paris-une-enquete-sur-l-usage-excessif-de-la-force.php

 

Dans un discours à Genève, la Haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, Michelle Bachelet, a mis en cause les conditions du maintien de l’ordre lors des manifestations des «gilets jaunes». Des critiques déjà formulées en février au sein de l’ONU, mais aussi de l’UE et de la CEDH.

Le maintien de l’ordre en France est soumis à de sévères remontrances. Prenant la suite d’experts onusiens, de députés de l’Union européenne et de son homologue au sein du Conseil de l’Europe, la Haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, a réclamé ce mercredi à la France une «enquête approfondie» sur les violences policières qui se seraient produites pendant les manifestations des «gilets jaunes» depuis la mi-novembre, ce qui lui a valu une sèche réplique de Paris qui dit ne pas l’avoir «attendue».

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«Il faudra expliquer à Madame le Haut-commissaire l’ensemble des faits d’extrême violence» notamment contre «les forces de l’ordre» ou les «biens publics», a répliqué sur BFMTV le premier ministre français, Édouard Philippe, rappelant qu’«en France, on a un État de droit». «On n’a pas attendu le Haut-commissaire pour faire la lumière sur l’ensemble des faits dès lors qu’il y a des plaintes», a-t-il ajouté. Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a, lui, rappelé que «162 enquêtes [de l’Inspection générale de la police nationale avaient été] ouvertes à la date du 1er mars». 12.122 tirs de LBD, 1428 tirs de grenades lacrymogènes instantanées et 4942 tirs de grenades de désencerclement ont été comptabilisés par le ministère de l’Intérieur à la date du 4 février.

Dans un discours prononcé devant le Conseil des droits de l’homme à Genève, l’ancienne présidente du Chili en poste depuis six mois à l’ONU a déclaré que les «gilets jaunes» manifestent contre «ce qu’ils considèrent comme (leur) exclusion des droits économiques et de (leur) participation aux affaires publiques». «Nous encourageons le gouvernement (français) à poursuivre le dialogue et demandons urgemment une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d’usage excessif de la force», a-t-elle ajouté. Michelle Bachelet a rappelé que «les inégalités touchent tous les pays». Elle n’a cité que la France comme pays prospère mais a dénoncé les répressions violentes des manifestations qui se sont produites récemment au Soudan, au Zimbabwe et en Haïti.

ONU, UE, CEDH: plusieurs précédents

La polémique a enflé, début janvier, après la grave blessure à l’oeil à Paris d’une figure du mouvement des «gilets jaunes», Jérôme Rodrigues, à l’acte 11 de leur mobilisation. Les médecins lui ont diagnostiqué la perte de l’usage de l’oeil droit, selon un certificat médical transmis à l’AFP. Selon le collectif militant «Désarmons-les», 20 personnes ont été gravement blessées à l’oeil depuis le début du mouvement, mi novembre. Dans ce climat, les lanceurs de balle de défense (LBD) sont l’objet de toutes les critiques, mais le Conseil d’Etat n’a pas donné suite aux demandes de suspension de son utilisation, lancées notamment par la CGT et la Ligue des droits de l’Homme (LDH).

La Haut-commissaire onusienne aux droits de l’homme n’est pas la première représentante d’une instance européenne ou internationale à dénoncer l’usage excessif de la force dans les manifestations des «gilets jaunes». Le 14 février, un groupe d’experts du Conseil des droits de l’homme de l’ONU avait déjà publié un sévère communiqué sur le sujet, estimant que «le droit de manifester en France a été restreint de manière disproportionnée» et évoquant le chiffre de 1700 blessés. Le lendemain, ce sont des députés du Parlement européen qui ont voté une résolution pour «dénoncer le recours à des interventions violentes et disproportionnées de la part des autorités publiques lors de protestations et de manifestations pacifiques», sans citer expressément dans le texte les «gilets jaunes», qui ont néanmoins été évoqués lors des débats. Enfin, le 25 février, le Conseil de l’Europe, organisation qui regroupe 47 pays, a appelé la France à suspendre l’usage des LBD. «Les blessures occasionnées par des tirs de LBD révèlent un usage disproportionné de la force, ainsi que l’inadaptation de ce type d’arme au contexte d’opérations de maintien de l’ordre», a écrit la commissaire aux droits de l’homme de la CEDH, Dunja Mijatovic, dans un mémorandum de dix pages.

La répression en France

Services publics en berne, répression en hausse : le Défenseur des droits sonne l’alarme

Source : Libération et AFP 12 mars 2019

 

En France, le rapport annuel du Défenseur des droits s’inquiète du «renforcement de la répression», au moyen notamment d’armes qui devraient être prohibées, avec ses conséquences sur les droits de l’Homme et l’état de droit. (IR)

 

 

Des étrangers aux gilets jaunes en passant par la lutte antiterroriste, le rapport annuel du Défenseur des droits pointe un «renforcement de la répression» en France tout en s’inquiétant d’un «repli» des services publics qui sape la cohésion sociale. «En France, parallèlement au recul des services publics, s’est implantée une politique de renforcement de la sécurité et de la répression face à la menace terroriste, aux troubles sociaux et à la crainte d’une crise migratoire alimentée par le repli sur soi», résume dans son rapport publié mardi cette autorité indépendante chargée notamment de défendre les citoyens face à l’administration.

L’institution, dirigée depuis presque cinq ans par l’ancien ministre de droite Jacques Toubon, est toujours plus sollicitée : avec un total de 96 000 dossiers en 2018, le Défenseur des droits a vu les réclamations augmenter de 6,1% sur l’année et de 13% sur deux ans. «La réalité que le Défenseur raconte depuis des années dans ses rapports n’a pas commencé le 17 novembre», première journée d’action nationale des gilets jaunes, explique Jacques Toubon à l’AFP. Mais les réclamations adressées à l’institution reflètent le «sentiment d’injustice et d’inégalité qui est celui qui ressort du mouvement des gilets jaunes».

Interpellations préventives

Dans son rapport 2018, qui couvre la période d’éclosion du mouvement, l’institution s’interroge notamment sur «le nombre jamais vu d’interpellations et de gardes à vue intervenues « de manière préventive »» lors de certaines manifestations. Selon l’institution, les directives des autorités pour gérer la contestation sociale «semblent s’inscrire dans la continuité des mesures de l’état d’urgence», décrété après les attentats du 13 novembre 2015.

Ce régime d’exception, resté en vigueur pendant deux ans et dont certaines dispositions ont été conservées dans la loi, a agi comme une «pilule empoisonnée» venue «contaminer progressivement le droit commun, fragilisant l’État de droit», estime le rapport. Pour le Défenseur, il a «contribué à poser les bases d’un nouvel ordre juridique, fondé sur la suspicion, au sein duquel les droits et libertés fondamentales connaissent une certaine forme d’affaissement».

L’institution, qui a ouvert plusieurs enquêtes sur le maintien de l’ordre des récentes manifestations, a d’ailleurs constaté en 2018 un bond de près de 24% des réclamations liées à «la déontologie de la sécurité», dont la majorité concerne l’action de la police. Depuis janvier 2018, le Défenseur prône par ailleurs l’interdiction du LBD et de la grenade de désencerclement GLI-F4, deux armes controversées accusées d’avoir fait de graves blessées parmi les gilets jaunes.

Yemen’s humanitarian catastrophe, in one chart

“The only losers are the people — their grave suffering presents generational risk to Yemen’s future,” said an expert.

By Alex Ward@AlexWardVoxalex.ward@vox.com

 Jan 30, 2019, 2:50pm

Source : https://www.vox.com/2019/1/30/18203857/yemen-war-deaths-injured-chart-intelligence

 

The war in Yemen — a bloody, ongoing conflict in which the US has played an important role — has fallen out of the news.

But a new US intelligence report shows exactly why it shouldn’t.

The annual Worldwide Threat Assessment report — which “reflects the collective insights of the Intelligence Community” including the CIA, the National Security Agency, the FBI, and many other federal bodies — contains a chart showing just how horrifying conditions for the Yemeni people have become.

Of the nearly 29 million people in the country, about 22 million — nearly 76 percent of the population — need some form of humanitarian assistance. Among them, 16 million don’t have reliable access to drinking water or food, and more than 1 million Yemenis now suffer from cholera.

Those figures, which apparently come from US intelligence and mostly comport with publicly available numbers, show how the war has caused one of the world’s worst humanitarian crises. And it’s a crisis that the United States has helped fuel.

“The only losers are the people — their grave suffering presents generational risk to Yemen’s future,” Dave Harden, a former US official leading humanitarian development response to Yemen, told me.

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Yemen’s humanitarian crisis is horrible — and it’s likely to get worse

Since 2015, the US has backed Saudi Arabia’s coalition and supported its war in Yemen against the Houthi rebels. It has helped coalition forces push back on Iran, the Houthis’ main supplier for weapons and funds. But until last November, the US refueled Saudi warplanes that drop bombs on Yemen — many of which killed civilians, including children.

While the US has said it doesn’t do this anymore, it continues to provide other support to coalition forces including training and intelligence sharing, the Defense Department told me last November.

The war has claimed tens of thousands of lives, with estimates ranging from around 13,500 to 80,000 dead. The problem is those numbers, like the chart’s figures, are just estimates, as conditions on the ground are so bad that no one can do an official count.

What’s worse, the intelligence report — which, again, represents the consensus view of different US agencies involved in collecting and analyzing intelligence — indicates that the situation in Yemen won’t improve anytime soon. The warring parties “remain far apart in negotiating an end to the conflict, and neither side seems prepared for the kind of compromise needed to end the fighting, suggesting the humanitarian crisis will continue,” the report states.

Harden, who now runs the Georgetown Strategy Group in Washington, also noted how the document fails to mention all the other problems in Yemen. For example, the ceasefire in Hodeidah, a vital port city in western Yemen that the Houthis have controlled since 2014, is falling apart, and the economy has ground to a halt. And there are other sources of conflict in the country, like America’s efforts against ISIS and al-Qaeda.

Last November, Secretary of State Mike Pompeo and then-Defense Secretary Jim Mattis called for fighters to reach a peace deal by the end of the month. That, however, hasn’t happened, and Mattis — whom many saw as the driving force for ending the war and America’s involvement — is gone.

Still, Cmdr. Rebecca Rebarich, a Pentagon spokesperson, told me on Wednesday that “an enduring solution will only come through a comprehensive political agreement, which will require compromise from all sides.”

Multiple congressional efforts have also failed to stop America’s involvement in the fight, and it’s unclear if another one, launched Wednesday by Sen. Bernie Sanders (I-VT) and Rep. Ro Khanna (D-CA), will have enough support to overcome a certain veto by President Donald Trump.

The reality, then, is that the horror in Yemen won’t get better anytime soon — meaning the report’s statistics will only become more daunting.

Les USA et l’UE enterrent le Traité FNI

par Manlio Dinucci, Italie*

Source : Horizons et Débats

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-o-5-4-mars-2019/les-usa-et-lue-enterrent-le-traite-fni.html

Traduction : Marie-Ange Patrizio et Horizons et débats

Zurich, 4 mars 2019

 

Le Pentagone a décidé d’installer des missiles nucléaires à moyenne portée en Europe, ce qui transformera ce territoire en champ de bataille lors d’une guerre entre les deux Grands. Sans surprise, l’OTAN et l’Union européenne ont approuvé ce suicide des pays européens.
La «suspension» du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), annoncée le 1er février par le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, lance le compte à rebours qui, d’ici six mois, amènera les Etats-Unis à sortir définitivement du Traité. Dès aujourd’hui, en tout cas, les Etats-Unis se considèrent libres de tester et de déployer des armes de la catégorie interdite par le Traité: missiles nucléaires à portée intermédiaire (entre 500 et 5500 km), basés au sol.
A cette catégorie appartenaient les missiles nucléaires installés en Europe dans les années 80: les missiles balistiques Pershing II, installés par les Etats-Unis en Allemagne de l’Ouest, et les missiles de croisière sol-sol, installés par les Etats-Unis en Grande-Bretagne, en Italie, en Allemagne de l’Ouest, en Belgique et aux Pays-Bas, sous le prétexte de défendre les alliés européens des missiles balistiques SS-20, installés par l’Union soviétique sur son propre territoire.
Le Traité sur les Forces nucléaires à portée intermédiaire, signé en 1987 par les présidents Gorbatchev et Reagan, élimina tous les missiles de cette catégorie, y compris ceux basés à Comiso (Sicile).
Ce Traité FNI a été mis en question par Washington quand les Etats-Unis ont vu diminuer leur avantage stratégique sur la Russie et la Chine. En 2014, l’administration Obama accusait la Russie, sans apporter la moindre preuve, d’avoir expérimenté un missile de croisière (sigle 9M729) appartenant à la catégorie interdite par le Traité. Et, en 2015, elle annonça que «face à la violation du Traité FNI par la Russie, les Etats-Unis sont en train de considérer le déploiement en Europe de missiles sol-sol». Le plan fut confirmé par l’administration Trump: en 2018, le Congrès a autorisé le financement d’«un programme de recherche et de développement d’un missile de croisière sur plate-forme mobile au sol». De son côté, Moscou nia que son missile de croisière violait le Traité et, à son tour, accusa Washington d’avoir installé en Pologne et en Roumanie des boucliers antimissiles pouvant également lancer des missiles de croisière à ogives nucléaires.
Il faut dans ce cadre rappeler le facteur géographique: tandis qu’un missile nucléaire américain à portée intermédiaire, basé en Europe, peut atteindre Moscou, un missile analogue basé par la Russie sur son propre territoire peut atteindre les capitales européennes, mais pas Washington. Si l’on renverse le scénario, c’est comme si la Russie installait au Mexique ses missiles nucléaires à portée intermédiaire.
Le plan des Etats-Unis d’enterrer le Traité FNI a été pleinement soutenu par les alliés européens de l’OTAN. Le Conseil de l’Atlantique-Nord a déclaré, le 4 décembre 2018, que «le Traité FNI est en danger à cause des activités de la Russie», accusée de déployer «un système de missiles déstabilisant». Le même Conseil a déclaré le 4 février 2019 son «plein appui à l’action des Etats-Unis de suspendre ses obligations concernant le Traité FNI» et a intimé à la Russie d’utiliser les six mois restants «pour revenir à la pleine observance du Traité».1
L’enterrement du Traité FNI a eu lieu avec la soutien de l’Union européenne qui a voté, le 21 décembre 2018, à l’Assemblée générale des Nations Unies, contre la résolution présentée par la Russie demandant la «préservation et la mise en œuvre du Traité FNI». Celle-ci fut rejetée par 46 voix contre 43 et 78 abstentions. L’Union européenne – dont 21 des 27 membres font partie de l’OTAN (la Grande-Bretagne y reste malgré sa sortie de l’UE) – s’est ainsi exprimée unanimement en faveur de la position de l’OTAN, qui s’est, à son tour, alignée à l’unanimité sur les Etats-Unis. En substance, l’Union européenne a donc également donné son feu vert à une possible implantation de nouveaux missiles nucléaires américains en Europe, y compris en Italie.
Sur cette question de grande importance le gouvernement Conte et le précédent se sont alignés autant sur l’OTAN que sur l’UE. Et de tout l’éventail politique aucune voix ne s’est élevée pour demander l’autorisation du Parlement à décider de la position à prendre concernant le Traité FNI au sein de l’ONU. Et aucune voix non plus ne s’est élevée au Parlement pour demander le respect par l’Italie du Traité de non-prolifération et de la position de l’ONU concernant l’interdiction des armes nucléaires, en imposant aux Etats-Unis de retirer de notre territoire national les bombes nucléaires B61 et de ne pas y installer, à partir de la première moitié de 2020, les B61-12 encore plus dangereuses.
Ayant sur son territoire des armes nucléaires et des installations stratégiques des Américains – en Sicile, la station satellitaire du MUOS (Mobile User Objective System) [système devant relier toutes les unités combattantes des USA et de l’OTAN saisi par l’Italie, ndt.] et la JTAGS (Joint Tactical Ground Station) [station de réception et transmission satellitaire du «bouclier antimissile», ndt.] – l’Italie est exposée à des dangers croissants en tant que base avancée des forces nucléaires américaines et de ce fait comme cible des forces russes. Un missile balistique nucléaire à portée intermédiaire met 6 à 11 minutes pour atteindre son objectif. Un bel exemple de défense de notre souveraineté, inscrite dans la Constitution, et de notre sécurité que le Gouvernement garantit en fermant la porte aux migrants, mais en l’ouvrant largement aux armes nucléaires américaines.

 

* Manlio Dinucci est géographe et géo-politologue. Ses derniers ouvrages publiés sont Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990–2016, Zambon 2016; Guerra nucleare. Il giorno prima. Da Hiroshima a oggi: chi e come ci porta alla catastrofe, Zambon 2017; Diario di guerra. Escalation verso la catastrofe (2016–2018), Asterios Editores 2018.

Source: Réseau Voltaire du 2/2/19