L’Otan en armes pour «combattre le coronavirus»

par Manlio Dinucci

 traduit par Marie-Ange Patrizio

Source : Horizons et débats,

Zurich, 12 mai 2020

Source originaire : Voltairenet

 

Les trente ministres des Affaires étrangères de l’OTAN (Luigi Di Maio pour l’Italie), réunis le 2 avril en vidéoconférence, ont chargé le général américain Tod Wolters, commandant suprême des forces alliées en Europe, de «coordonner l’appui militaire nécessaire pour combattre la crise du coronavirus». C’est ce même général qui, au Sénat des Etats-Unis, le 25 février, a déclaré: «Les forces nucléaires soutiennent toute opération militaire des Etats-Unis en Europe.» Lui-même «soutient une politique flexible de la première frappe» des armes nucléaires, c’est-à-dire de l’attaque nucléaire par surprise.1

Le général Wolters est commandant suprême de l’OTAN en tant que chef du Commandement européen des Etats-Unis. Il fait donc partie de la chaîne de commandement du Pentagone, disposant de la priorité absolue. Un récent épisode confirme quelles en sont ses rigides règles: le capitaine du porte-avions Roosevelt, Brett Crozier, a été démis de son commandement parce que, face à la diffusion du coronavirus à bord, il a violé le secret militaire en sollicitant l’envoi d’aides.

Pour «combattre la crise du coronavirus» le général Wolters dispose de «couloirs préférentiels pour des vols militaires à travers l’espace aérien européen» d’où ont quasiment disparu les vols civils. Des couloirs préférentiels sont aussi utilisés par les bombardiers US d’attaque nucléaire B2-Spirit: le 20 mars, ayant décollé de Fairford en Angleterre, ils ont survolé, avec des chasseurs norvégiens F-16, l’Arctique vers le territoire russe. De cette façon – explique le général Basham des Forces aériennes US  en Europe – «nous pouvons répondre avec rapidité et efficience aux menaces dans la région, en montrant notre détermination à porter n’importe où dans le monde notre puissance de combat».

Pendant que l’OTAN est engagée à «combattre le coronavirus» en Europe, deux des plus grands alliés européens, la France et la Grande-Bretagne, envoient leurs navires de guerre dans les Caraïbes. Le navire d’assaut amphibie Dixmude a levé l’ancre le 3 avril à Toulon vers la Guyane française pour ce que le président Macron définit comme «une opération militaire sans précédent» nommée «Résilience», dans le cadre de la «guerre au coronavirus».2

Le Dixmude peut jouer le rôle secondaire de navire hôpital avec 69 lits, dont 7 pour thérapies intensives. Le rôle premier de ce grand navire, long de 200 m et avec un pont de vol de 5000 m2, est celui de l’assaut amphibie : une fois proche de la côte ennemie, il attaque avec des dizaines d’hélicoptères et véhicules de débarquement qui transportent des troupes et des véhicules blindés. Caractéristiques analogues, bien qu’à la moindre échelle, concernant le navire britannique RFA Argus qui a pris la mer, le 2 avril, vers la Guyane britannique.3

Les deux navires européens se positionneront dans les mêmes eaux caribéennes à proximité du Vénézuéla : c’est là qu’arrive la flotte de guerre – avec les plus modernes navires de combat de littoral (construites par la compagnie italienne Leonardo pour l’US Navy) et des milliers de marines – envoyée par le président Trump officiellement pour bloquer le trafic de drogue.

Trump accuse le président vénézuélien Maduro de «profiter de la crise du coronavirus pour accroître le trafic de drogue par lequel il finance son narco-Etat». L’objectif de l’opération, appuyée par l’OTAN, est de renforcer l’étau de l’embargo en vue d’étrangler économiquement le Vénézuéla (pays qui a les plus grandes réserves pétrolières du monde) dont la situation s’est aggravée par le coronavirus ayant commencé à se propager.

L’objectif est de renverser le président Maduro régulièrement élu (dont la tête a été mise à prix pour 15 millions de dollars) et d’instaurer un gouvernement qui amène le pays dans la sphère de domination états-unienne.4

Il n’est pas exclu qu’un incident soit provoqué servant de prétexte pour l’invasion du Vénézuéla. La crise du coronavirus crée des conditions internationales favorables à une opération de ce type, éventuellement présentée comme «humanitaire».  •

 

1 «Le Docteur Folamour veille sur notre santé», par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie), Réseau Voltaire, 27 mars 2020.
2 «Départ du porte-hélicoptères Dixmude vers la zone Antilles-Guyane», AFP, 3 avril 2020.
3 «RFA Argus sails for the Caribbean today ready to provide medical support if needed», Save the Royal Navy, 2 avril 2020.
4 «Le Pentagone refuse d’enlever le président Nicolás Maduro», Réseau Voltaire, 6 avril 2020.

La priorité immédiate, c’est de sauver des vies. Ensuite il faudra passer à la condamnation des sanctions

Alfred de Zayas *
Source : Horizons et débats,
Zurich, 14 avril 2020

Horizons et Débats: Depuis des années déjà, vous vous êtes opposé à l’application des sanctions. D’aucuns affirment à présent que les sanctions, dans les pays où elles sont appliquées, seraient également un obstacle de taille à la lutte contre la pandémie de coronavirus. Qu’en dites-vous?
Alfred de Zayas: Bien sûr, la guerre économique qui prévaut contre le Cuba, le Nicaragua, le Venezuela, la Syrie, l’Iran, la Corée du Nord, ainsi que le blocus financier et les sanctions économiques asphyxiantes allant à l’en- contre de la Charte des Nations Unies et la Charte de l’Organisation des Etats Américains, enfreignent de nombreux traités internationaux, en particulier les accords relatifs aux droits de l’homme tels que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), le Pacte international relatif aux droits économiques (PIDESC), sociaux et culturels et la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE). Elles vont également à l’encontre de l’interdiction mise par le droit international à l’interférence dans les affaires intérieures d’autres Etats et l’interdiction d’intervention (qui ne s’applique non seulement aux interventions militaires mais également aux guerres non conventionnelles et hybrides).
On a démontré que les sanctions tuaient – non seulement les mesures coercitives unilatérales, mais même les sanctions mal avisées de l’ONU, telles celles prises à l’encontre de l’Irak entre 1991 et 2003, et qui ont entraîné la mort de plus d’ un million d’ Irakiens, mort par malnutrition, par manque d’ accès à l’eau potable, aux médicaments, aux équipements médicaux, etc. Dès 1995, l’ Unicef estimait que les sanctions avaient causé la mort d’ environ 500 000 enfants irakiens – mais l’avertissement n’a pas été entendu. Ou pire encore, il a été rejeté par les tout-puissants Etats-Unis. Interrogée sur l’ utilité du maintien des sanctions contre l’ Irak malgré la mort de tant d’enfants, la secrétaire d’Etat américaine de l’époque, Madeleine Albright, a répondu par l’affirmative – comme on peut le voir sur YouTube. Denis Halliday, coordinateur humanitaire 1996-1998 de l’ONU pour l’Irak, a quand même démissionné en signe de protestation, qualifiant les sanctions de l’ONU comme «une forme de génocide». Son successeur Hans-Christof Graf von Sponeck (1998-2000), a également démissionné en signe de protestation et publié sur ce sujet un livre intitulé Ein anderer Krieg (Un autre genre de guerre).
L’Assemblée générale a adopté 27 résolutions demandant la levée de l’embargo américain contre Cuba, non seulement parce qu’il est contraire au droit international, mais aussi parce qu’ il a considérablement affaibli les infrastructures sanitaires cubaines et rendu presque impossible l’obtention de pièces de rechange pour les équipements médicaux, tels que les scanners et les appareils de dialyse. En 2019, les professeurs Jeffrey Sachs et Mark Weisbrot ont rédigé un rapport estimant que les sanctions contre le Venezuela étaient responsables de la mort de 40 000 Vénézuéliens en 2018. Depuis lors, la situation n’a cessé de se détériorer. Au fil des ans, les infrastructures sanitaires de nombreux pays visés par les sanctions ont été affaiblies, les laissant encore moins préparés à faire face à la pandémie de Covid-19.
Le 31 mars 2020, le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, la professeur à l’Université de Californie, Hilal Elver, a demandé la levée immédiate des sanctions en raison de la pandémie. D’autres rapporteurs, comme le rapporteur sur les effets négatifs des mesures coercitives unilatérales, l’ Ambassadeur Idriss Jazairy, avaient déjà documenté le lien entre les sanctions et les décès. Hélàs, l’ Ambassadeur Jazaire est succombé le 27 février à un cancer. Nommé le 2 avril, la nouvelle rapporteur en charge de l’étude sur les mesures coercitives unilatérales, la Professeur Alena Douha, a plaidé pour la levée des sanctions et va probablement publier prochainement un rapport sur la question – mais le temps presse !
Le 1er avril 2020, le gouvernement cubain a protesté contre le «blocus criminel» des Etats-Unis après que l’ embargo américain ait bloqué la livraison des kits de tests de dépistage du Covid-19 et de respirateurs donnés par Jack Ma, le milliardaire chinois de l’ e-commerce et propriétaire d’ A libaba. Diaz-Canel, le président cubain, a tweeté: «Le blocus criminel du gouvernement impérialiste porte atteinte aux droits fondamentaux du peuple cubain». Le délégué de Cuba à Pékin, Carlos Miguel Pereira, a déclaré qu’une entreprise privée avait été engagée pour livrer les fournitures médicales nécessaires à la lutte contre le Covid-19. Cependant «à la dernière minute», cette société a refusé d’effectuer la livraison. Selon l’agence de presse Xinhua, la société avait expressé- ment invoqué le risque d’être pénalisée par le Département du Trésor des Nations unies pour avoir enfreint la loi américaine Helms- Burton de 1995.
Encore une fois, et il faut le répéter: les sanctions tuent. La responsabilité civile et pénale en incombe non seulement aux Etats- Unis, mais aussi à tous les Etats ayant imposé ou appliqué des sanctions.
Dans quelle mesure l’ONU préconise-t-elle la levée des sanctions ?
 En ce qui concerne les sanctions contre le Cuba, l’Assemblée générale a demandé leur levée à plusieurs reprises, mais les Etats-Unis considèrent qu’ils sont au-dessus du droit international imposant des sanctions illégales contre le Cuba depuis six décennies.
Tant que cela n’entraînera pas de conséquences pour l’ économie américaine, les choses ne changeront probablement pas. Mais, bien sûr, d’autres pays comme le Canada, le Royaume-Uni, etc. imposent également des sanctions ou appliquent les sanctions américaines contre le Cuba, le Venezuela, l’Iran, etc., fait qui relève de l’application extraterritoriale du droit américain et de l’imposition de pénalités pour «violation des sanctions». La responsabilité civile et pénale de l’imposition ou de la mise en œuvre des sanctions incombe en premier lieu aux Etats-Unis, mais aussi à tous les Etats qui ont imposé ou mis en œuvre des sanctions, même aux entreprises privées qui placent le profit au-dessus de la vie humaine.
Quelle est la position de la communauté internationale sur ce point? Comment, dans ce contexte, évaluez-vous l’International Solidarity Report (Rapport sur la solidarité internationale) ?
La «communauté internationale» n’agit pas en conformité avec la Charte des Nations unies, ni avec l’obligation de pratiquer la solidarité internationale. En 2017, Virginia Dandan, experte indépendante des Nations unies sur les droits de l’homme et la solidarité internationale, a publié la Draft Declaration on the Right to International Solidarity (Projet de déclaration sur le droit à la solidarité internationale) que l’Assemblée générale n’a toutefois jamais adoptée. Il est temps que le Secrétaire général rappelle au Conseil de sécurité, à l’Assemblée générale et au Conseil économique et social leurs responsabilités respectives et plaide pour l’adoption formelle de cette déclaration – et sa mise en œuvre concrète.
La semaine dernière, Michelle Bachelet, la Haut-commissaire aux droits de l’homme, a appelé à un assouplissement des sanctions afin de lutter contre la pandémie et de limiter ainsi sa propagation mondiale. Dans quelle mesure ses revendications sont-elles porteuses de promesses?
La Haut-commissaire aurait dû condamner les sanctions en raison de leur violation directe des droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux des populations qu’elles visent. Navi Pillay, qui a précédé Michelle Bachelet dans ses fonctions de Haut-commissaire, avait déjà condamné les
Alfred de Zayas: Bien sûr, la guerre économique qui prévaut contre le Cuba, le Nicaragua, le Venezuela, la Syrie, l’Iran, la Corée du Nord, ainsi que le blocus financier et les sanctions économiques asphyxiantes allant à l’en- contre de la Charte des Nations Unies et la Charte de l’Organisation des Etats Américains, enfreignent de nombreux traités internationaux, en particulier les accords relatifs aux droits de l’homme tels que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), le Pacte international relatif aux droits économiques (PIDESC), sociaux et culturels et la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE). Elles vont également à l’encontre de l’interdiction mise par le droit international à l’interférence dans les affaires intérieures
* Alfred de Zayas (USA, citoyen suisse depuis 2017) est un écrivain, historien et spécialiste des droits de l’homme et du droit international. En 2012, il a été nommé par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies en tant que premier Expert indé- pendant des Nations unies pour la promotion d’un ordre international démocratique et juste, haute fonction qu’il a accomplie jusqu’en 2018.

Syrie : la hargne et le dépit des Occidentaux

Pierre Lévy

20 mars 2020

Source : RT France

https://francais.rt.com/opinions/72744-syrie-la-hargne-et-le-depit-des-occidentaux
Sources primaires : Pierre Lévy est l’auteur de deux essais et un roman Syrie : La hargne et le dépit des Occidentaux, 20 mars 2020 https://francais.rt.com/opinions/72744-syrie-la-hargne-et-le-depit-des-occidentaux. © SANA / AFP Source: AFP Le président syrien Bachar Al est l’auteur de deux essais et un roman.Syrie : La hargne et le dépit des Occidentaux, 20 mars 2020 https://francais.rt.com/opinions/72744-syrie-la-hargne-et-le-depit-des-occidentaux. © SANA / AFP Source: AFP Le président syrien Bachar Al Assad.

 

Spécialiste des questions européennes, Pierre Lévy dirige la rédaction du mensuel Ruptures. Précédemment, il a été journaliste au sein du quotidien L’Humanité, ingénieur et syndicaliste.

Les dirigeants européens versent des larmes de crocodile sur le drame des réfugiés, mais portent une écrasante responsabilité dans la guerre déclenchée il y a neuf ans, relève Pierre Lévy, du mensuel Ruptures. L’actualité médiatique est désormais phagocytée par la crise du coronavirus. Pourtant, sur le plan international, d’autres crises, au moins aussi explosives, n’ont pas disparu comme par enchantement. C’est le cas de la tragédie imposée à la Syrie depuis neuf ans. Il y a quelques jours encore, quatorze ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne – sur vingt-sept – livraient une tribune au Monde (27/02/2020) accusant «le régime syrien» de «persister dans une stratégie de reconquête militaire à n’importe quel prix», et sommaient Damas d’y mettre fin. Les mots ne sont jamais innocents. Ceux qui sont ici utilisés – et depuis des années ânonnés par les grands médias – méritent d’être relevés. Le «régime syrien» est en réalité l’Etat républicain de ce pays : son président, son gouvernement, son Parlement, issus du suffrage universel. Quant aux «troupes fidèles à Bachar el-Assad», autre formule banalisée, il s’agit de l’armée nationale du pays, qui, à l’instar de toutes ses consoeurs du monde entier, a comme premier devoir de veiller sur l’intégrité du territoire national – ici en l’occurrence de la reconquérir. Chacun est évidemment libre de détester le pouvoir syrien. Mais nul n’est fondé à contester de l’extérieur la légitimité de celui-ci. Que le président ne fasse pas l’unanimité dans son propre pays est certain. Mais, pour qui connaît un tant soit peu la Syrie, sa popularité est tout sauf marginale. Que cela plaise ou non, il dispose aujourd’hui d’une assise politique au sein de son peuple, que pourraient même lui envier nombre de dirigeants occidentaux – à commencer par le président français. Les quatorze ministres dénoncent le sort que vit actuellement la province d’Idlib, au nord-ouest du pays. Mais ils font – évidemment – l’impasse sur l’écrasante responsabilité des dirigeants occidentaux dans le martyre que vit depuis neuf années la Syrie. Peut-être un bref rappel, factuel, est-il à cet égard nécessaire. En décembre 2010 et janvier 2011, plusieurs pays du monde arabe venaient de connaître des soulèvements. Deux des hommes forts très liés à l’Occident avaient été contraints de déguerpir : le Tunisien Ben Ali, et l’Egyptien Moubarak, au grand dam de Washington, Paris, Londres, Berlin et Bruxelles. Et ce alors même que la Syrie restait calme. Ce n’est qu’à partir de mars que de premières manifestations se firent jour. Les Occidentaux tenaient leur revanche, du moins l’espéraient-ils. Ils se sont convaincus que le scénario tunisien ou égyptien allait se reproduire, mais cette fois dans un sens qui leur était agréable. Dès avril, les manifestations n’eurent plus rien de pacifique ; très vite de premiers morts étaient à relever du côté des forces de l’ordre – qui ne venaient pourtant pas en espadrilles et en T-shirt. Et très vite, en Occident, les voix autorisées ont de moins en moins discrètement fait savoir que le président syrien devait «dégager». Le Secrétaire d’Etat américain, c’était alors Hillary Clinton, proclama que «Bachar n’est plus nécessaire», ce qui, de son point de vue, valait lettre de licenciement. Certains proposèrent au président un exil doré «sans perdre la face». Les géostratèges prenaient leurs désirs pour des réalités en supposant que le chef d’Etat syrien était fait du même bois – souple, déférent, et avant tout attaché à son confort personnel – que ses homologues égyptien ou tunisien. Quand ils s’aperçurent de leur énorme erreur d’appréciation, ils basculèrent sur la méthode guerrière. De façon d’abord discrète, puis de plus en plus ouverte, ils aidèrent, financèrent et cornaquèrent une multitude de factions d’opposition, «modérée» ou radicale, salafiste ou «frériste», chaque capitale avait ses poulains, mais avec un même but rapidement avoué – et une conviction ancrée : «Bachar n’en n’a plus que pour quelques semaines». Ce sentiment de victoire imminente s’appuyait sur les dizaines de milliers de combattants étrangers qui convergèrent vers le pays, tous déterminés à faire mordre la poussière à ce pouvoir baasiste, c’est-à-dire national et laïque. Il convient d’y insister : si l’affaire était restée syro-syrienne, il y aurait sans doute eu une répression forte, mais sans commune mesure avec cette véritable guerre d’une décennie avec son cortège d’atrocités et de destructions de masse. En 2015, l’intervention militaire de Moscou a constitué un tournant majeur. Là aussi, un rappel s’impose : les forces russes ont été appelées dans le cadre d’un traité d’assistance russo-syrien existant. Aucune autre force étrangère n’est donc légitime à se trouver sur le sol syrien : pas plus les Américains (qui ne sont pas tous partis) que les Français ou bien sûr les Turcs. Un argument balayé par les puissances européennes au nom de la lutte contre «le boucher de Damas» (un titre appliqué de manière récurrente à tous les dirigeants ciblés par l’Occident, de Belgrade à Bagdad…), et ce alors même que l’Union européenne se veut le parangon de «l’Etat de droit». Depuis ce tournant, les forces «anti-Bachar», rivales ou coalisées, ont subi défaite sur défaite. Les «rebelles» cosmopolites armés ont été progressivement repoussés vers Idlib, au gré des accords forgés par le rapport de force politico-militaire. L’enclave est donc largement dominée par les djihadistes – ce qui explique au passage que ceux qui fuient cette ultime portion du territoire national non encore reconquise ne se précipitent pas vers les positions tenues par l’armée. La situation du pouvoir syrien est consolidée ; le président russe est désormais largement maître du jeu, de l’aveu même des Occidentaux ; quant à l’Union européenne, elle se désespère une nouvelle fois d’avoir été hors jeu, elle qui rêve pourtant chaque matin – un «rêve» heureusement impossible – de «jouer un rôle majeur dans le monde». Bref, rien n’est allé comme prévu. D’où la hargne et le dépit qui n’ont cessé de s’exprimer dans les médias favorables à l’idéologie dominante. En témoigne une récente chronique d’Alain Frachon, éditorialiste au Monde (06/03/2020). Prenant acte de l’échec des ambitions occidentales, il considère (en réalité, espère) que la Syrie n’est cependant pas près de retrouver la paix, du fait des rivalités et antagonismes des «trois ex-empires, russe, perse et ottoman» qui n’ont pas les mêmes visées sur le terrain. L’issue pour le peuple syrien est pourtant simple : que Paris (qui n’est toujours pas revenu sur sa reconnaissance du «Conseil national syrien» – un groupe de factions dites modérées désormais sans existence réelle – comme «seul représentant légitime du peuple syrien»), Washington, et Ankara cessent leur présence militaire illégale et/ou leur soutien à leurs protégés. Et qu’un plan d’aide international contribue à la reconstruction de ce pays martyrisé. Les puissances occidentales n’ont pas le pouvoir d’inverser le rapport de force. Mais elles gardent la capacité de faire durer le supplice encore et encore. Quitte à verser des larmes de crocodile sur le drame des réfugiés. Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/opinions/72744-syrie-la-hargne-et-le-depit-des-occidentaux

 

Principale lacune des mesures anti-pandémiques prises par la France et la Suisse

Ivo Rens

Professeur honoraire

Faculté de droit

Université de Genève

J’ai écouté hier soir 16 mars 2020 les propos du Conseiller fédéral Berset, puis le discours du Président Macron énonçant des mesures vigoureuses pour tenter de ralentir puis de tarir la progression de la pandémie. Qui contesterait pareil objectif ?

Les mesures françaises sont particulièrement attentatoires à la liberté de déplacement qui n’est autorisée que pour cinq motifs jugés légitimes. Je trouve ces restrictions drastiques indument limitatives et mal rédigées. Pourquoi ne pas avoir tenu pour légitime le retour d’une personne à son domicile à l’étranger ?

Plus grave socialement : tant le Conseiller fédéral que le Président français n’ont pas décidé, ni même envisagé, semble-t-il, l’instauration du rationnement.

Or, les supermarchés et autres magasins d’alimentation des deux pays sont quotidiennement vidés de victuailles, laissant vides les étals et étagères de nourriture depuis plusieurs jours. Je crains qu’en affirmant que ces commerces seront toujours réapprovisionnés, les autorités des deux pays ne sous-estiment les risques de pénurie alimentaire et ne favorisent la constitution de stocks destinés au marché noir.

La seule façon de garantir l’absence de pénurie alimentaire des catégories sociales défavorisées est d’instaurer le rationnement des principaux nutriments. C’est là une leçon de la IIème Guerre mondiale en Europe et en Afrique du nord. Or, dans son discours, le Président Macron a pesamment insisté sur le fait que la France était en guerre…

Sur la libération d’Idlib et la guerre du régime Erdogan

par Vanessa Beeley et Robin Philpot

Source : Mondailisation. Ca 4mars 2020

Vanessa Beeley sur la libération d’Idlib et guerre du régime Erdogan

Alors que l’Armée arabe syrienne réussit à libérer la région d’Idlib des forces d’occupation composées de groupes terroristes (Front Al Nosra, notamment) et de troupes turques, dans les grands médias on présente cette libération comme une catastrophe humanitaire. Vanessa Beeley, grand journaliste qui était sur le front à Idlib, rétablit la vérité.

Cette guerre livrée à la Syrie depuis 2011, rappelle Vanessa Beeley, est une invasion et une occupation menées par des groupes terroristes financés et soutenus notamment par Washington, Londres, Paris mais aussi par la Turquie et Israël. Libérer le territoire syrien n’est ni plus ni moins la seule façon de faire respecter le droit international et de rétablir la paix.

Elle signale la présence sur le territoire syrien de l’Ambassadrice américaine Kelly Croft ainsi que d’autres diplomates américains, tous en train de saluer les groupes de soi-disant rebelles. Il s’agit là d’une violation flagrante du droit international car les autorités syriennes n’ont pas été consultés.

Si, au sujet d’Idlib, les médias sont en train de diffuser le même film qu’il y a quelques années à Alep — tragédie humanitaire causée par « le régime syrien »– la réalité est tout autre. La libération a provoqué de la joie au sein du peuple syrien, où la vie a repris et les routes ont été ouvertes.

Ayant visité Idlib, elle a noté à quel point les fameux « Casques blancs » collaboraient étroitement avec les terroristes. Les bureaux et quartiers généraux étaient souvent dans les mêmes immeubles.

Vanessa Beeley termine l’entrevue en soulignant l’étroite alliance militaire dans les événements actuels entre la Turquie et Israël.

 

Le cas de Julian Assange constitue une inquiétante violation de la liberté de la presse

Extrait de la Résolution 2317 (2020) adoptée par l’Assemblée du Conseil de l’Europe le 28 janvier 2020

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  1. L’Assemblée appelle les États membres à créer un environnement favorable et propice pour les médias et à revoir leur législation en ce sens, afin de prévenir le recours abusif à différentes lois ou dispositions susceptibles d’avoir une incidence sur la liberté des médias, notamment celles sur la diffamation, la lutte contre le terrorisme, la sécurité nationale, l’ordre public, le discours de haine, le blasphème et la mémoire, qui sont bien trop souvent appliquées pour intimider les journalistes et pour les réduire au silence. À ce titre, les États membres doivent notamment:

6.1. ne pas prévoir de sanctions pénales pour des infractions commises par les médias – en particulier des peines d’emprisonnement, la fermeture d’organes de presse ou le blocage de sites internet et de réseaux sociaux – sauf en cas d’atteinte grave à d’autres droits fondamentaux, par exemple de propos haineux ou d’incitation à la violence ou au terrorisme; veiller à ce que ces sanctions ne soient pas appliquées de manière discriminatoire ni arbitraire contre des journalistes;

6.2. consacrer et garantir le respect du droit des journalistes de protéger leurs sources et concevoir un cadre normatif, judiciaire et institutionnelle adéquat pour protéger les lanceurs d’alerte et les facilitateurs d’alerte, conformément à la Résolution 2300 (2019) de l’Assemblée «Améliorer la protection des lanceurs d’alerte partout en Europe»; à cet égard, considérer que la détention et les poursuites pénales contre M. Julian Assange constituent un dangereux précédent pour les journalistes, en outre, et joindre à la recommandation du Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants qui a déclaré, le 1 novembre 2019, que l’extradition de M. Assange vers les Etats-Unis doit être interdite et qu’il doit être libéré sans délai

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Le rêve des uns et le cauchemar des autres

Michel Raimbaud

20 janvier 2020

Source : http://www.afrique-asie.fr/le-reve-des-uns-et-le-cauchemar-des-autres/

 

Il est dans l’air du temps de considérer les épisodes troubles que nous vivons aujourd’hui comme une réplique à ce que furent hier les « années folles » de l’entre-deux guerres. Ce n’est pas une perspective encourageante, car cet entracte convulsif de vingt ans tout juste (1919/1939), loin d’être seulement une explosion des libertés, un foisonnement des innovations, une envolée du progrès, allait déboucher sur le festival de boucherie et d’horreur que nous savons, suite logique de son échec. Peut-on recréer un ordre universel, alors que la moitié de la planète reste sous le joug colonial ? Rétablir la stabilité alors que quatre empires viennent de disparaître, deux d’entre eux, Russie et Allemagne, ne se voyant nullement comme des vaincus, et que le statut des deux « superpuissances » coloniales est ébranlé par l’ascension de l’Amérique ? Quand cette dernière refuse d’adhérer à la Société des Nations qu’elle a patronnée, comment donc garantir la paix ?

 

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La démocratie américaine à l’œuvre

Folles ou non, les présentes années sont écervelées, ou décervelées. Mais en 2020, l’heure n’est plus à renifler un séisme attendu, car celui-ci gronde déjà de toutes parts. Pourtant, si le monde revisité est bien devenu universel, l’Occident préfère s’identifier à une « communauté internationale » qui ne l’est pas. Le refus de prendre en compte cette « fracture » est à l’origine de la rage et/ou de la démence de ses élites pensantes, dirigeantes et rugissantes.

Pour ne parler que de nos bons maîtres, nous dispensant ainsi de parler de ses vassaux, aimeriez-vous rencontrer au fond d’une ruelle John Bolton, le schtroumpf grognon, partir en croisière avec Pompeo, le père fouettard de la diplomatie étatsunienne, discuter des droits de l’homme avec Nikkie Halley, la harpie du Conseil de Sécurité ? Que feriez-vous si Trump vous proposait de parler dans un coin tranquille de la gestion de votre plan d’épargne ? Ou d’écrire l’histoire du Moyen-Orient avec Wolfowitz ? Auriez-vous envie d’évoquer l’Irak avec Mme Albright ou Dick Cheney, ou la Palestine avec Jared Kushner ?

Pour comprendre comment on en est arrivé à cette folie, il est essentiel de répondre, quitte à enfoncer les portes ouvertes, à l’interrogation historique du génie qui savait poser les bonnes questions, ce George W. Bush, qui allait imprimer sa marque indélébile à la Maison-Blanche, de 2001 à 2009.

Tandis que Bill, son frivole prédécesseur, avait fait du bureau ovale un jardin secret, et que Barack allait en faire une chaire d’où il prêcherait la paix des Nobel tout en faisant la guerre – par derrière – mieux que quiconque, notre Debeliou (c’est le nom de scène de Bush fils) transformera les lieux en oratoire où l’on marmonne entre bigots de pieuses oraisons avant de prendre les décisions mettant à sac la planète. Bien qu’il n’ait ni découvert l’Amérique ni inventé la poudre, il endossera la géostratégie néoconservatrice du début de millénaire, et le rôle de chef de file des « grandes démocraties ».

Rattrapé sur ses vieux jours par Alzheimer, Ronald Reagan, premier à déclarer « la guerre contre la terreur », ne se souvenait plus avoir été Président. Retiré dans son ranch, Debeliou, lui, consacre ses loisirs à peindre de blancs moutons. C’est un sain divertissement, dont le choix témoigne d’une heureuse nature. Ce « good guy » a manifestement la conscience tranquille : n’a-t-il pas accompli la mission qui lui avait été confiée par le Ciel de guider l’Axe du Bien au milieu de la cohorte des « parias » ? Dans son cocon paisible, comment aurait-il pris la mesure des crimes qu’il a ordonnés et couverts, à l’abri de toute poursuite de la Cour Pénale Internationale ou de ses avatars, le « monde civilisé » et ses succursales n’étant pas de leur compétence. ? Il n’aura jamais soupçonné, même en cauchemar, la haine dont son Amérique est l’objet, de l’arrière-cour latino-américaine à l’Asie éternelle, en passant par la complaisante Europe et ce Grand-Moyen-Orient qui s’étend désormais de la Mauritanie au Pacifique et du sud de la Moscovie à l’équateur africain ? Il mourra sans savoir que l’Amérique est devenue sous son règne l’Etat-voyou par excellence avant de sombrer dans le banditisme « from behind » d’Obama, puis carrément dans le gangstérisme international de l’oncle Donald.

Notre propos d’aujourd’hui n’est pas de faire, comme le veut la mode, une lettre ouverte qu’ils ne liront pas à G. W. Bush et ses ex-acolytes, ses prédécesseurs ou ses successeurs. Il n’est même pas de passer en revue les fioretti du pape de l’Axe du Bien et les florilèges de ses conseillers neocons, dont le cynisme et l’arrogance dépassent l’entendement. Laissant Debeliou à ses petits moutons, on essaiera de répondre in absentia à l’angoisse métaphysique qui le tenaille en 2001 alors qu’il s’apprête à venger les attentats du 11 septembre en semant mort, destruction et chaos dans les sept pays programmés : l’Irak ; la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, l’Afghanistan, le Soudan.

C’est durant cette phase particulièrement fébrile de sa vie intellectuelle, le 20 septembre 2001, que Debeliou, s’adressant au Congrès sérieux comme un Pape, lance à la ville et au monde la question « des Américains » : « Pourquoi des gens peuvent-ils nous haïr, alors que nous sommes si bons ? ». Il fallait y penser et aussi l’oser, mais l’on sait depuis Audiard que c’est à cela que l’on reconnaît les gens que rien n’arrête. Puisqu’aux Etats-Unis on est démocrate même quand on est républicain, car c’est à peu près la même chose, notre tribun répond, sûr de son fait : « Ils haïssent ce qu’ils voient dans cette salle : un gouvernement élu démocratiquement. Leurs chefs sont auto-désignés. Ils haïssent nos libertés, de religion, d’expression, notre droit de voter, de nous rassembler et d’exprimer nos désaccords ».

Sans queue ni tête, cet amalgame entre les « terroristes » du 11 septembre (saoudiens pour la plupart) et les sept pays précédemment mentionnés, est évidemment arbitraire, visant à justifier la « pensée stratégique » qui va inspirer Debeliou dans sa « guerre contre la terreur ». On peut toutefois se demander si, visant les « Etats préoccupants », il n’est pas en train de dénoncer ses propres impostures : « Nous ne sommes pas dupes de leur feinte piété (…). Ce sont les héritiers de toutes les idéologies sanglantes du XXème siècle. (…) Ils marchent dans la foulée du fascisme, du nazisme et du totalitarisme. Ils suivront ce chemin jusqu’à sa fin, dans la tombe anonyme des mensonges répudiés de l’Histoire ». Ne dirait-on pas une condamnation des menées néoconservatrices, dont la ceinture verte arabo-musulmane est le théâtre privilégié depuis un quart de siècle ? Signe des temps et du ciel, des Israéliens se poseront la même question, comme Rishon Lezion dans le Yediot Aharonot du 26 juillet 2006 : Pourquoi nous haïssent-ils tant ?

On ne peut s’empêcher de rappeler l’anecdote rapportée en 2007 à la revue Democracy Now par le Général Wesley Clark, ex-commandant en chef des troupes de l’Otan en 1999 en Yougoslavie, lors de la dislocation de celle-ci par les Occidentaux. Quelques jours après le 11 septembre, ce haut responsable se rend au Pentagone, où sévissent alors Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz. Il rapporte un intéressant et surprenant dialogue :
– Nous avons décidé de partir en guerre contre l’Irak, lui dit-on.
– En guerre contre l’Irak, mais pourquoi ? demande W. Clark
– Je ne sais pas. Je pense qu’ils ne savent pas quoi faire d’autre.
– A-t-on trouvé un lien entre Saddam et Al Qaeda ?
– Non…Rien de neuf…Ils ont juste pris la décision de faire la guerre contre l’Irak. Sans doute parce qu’on ne sait pas quoi faire des terroristes. Mais nous avons de bons militaires et nous pouvons renverser des gouvernements…

Trois semaines après, on bombarde l’Afghanistan, et le dialogue reprend : Toujours une guerre en Irak ? Réplique : C’est bien pire que ça. Voici un papier expliquant comment nous allons nous emparer de sept pays en cinq ans, l’Irak d’abord, puis la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan et, pour finir, l’Iran. C’est ce programme qui est suivi depuis vingt ans.

Paul Craig Roberts, journaliste, ancien Secrétaire-adjoint au Trésor de Ronald Reagan, économiste inventeur de la Reaganomics, l’affirme en janvier 2016 : « Le gouvernement des Etats-Unis est l’organisation criminelle la plus achevée de l’histoire humaine ». Robert Mac Namara parlera d’un « Etat voyou »…Par leur présence militaire (de 750 à 1200 bases dans tous les recoins du monde), leurs implications officielles passées (en Corée, au Vietnam, en Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak) ou présentes (Irak, Afghanistan, Pakistan, Somalie, Yémen, Syrie), par leurs ingérences et leurs intimidations secrètes ou avouées (au Moyen-Orient, en Amérique Latine, en Europe, en Asie), ils constituent la plus grande menace contre la paix et la sécurité. Sous la présidence de G. W. Bush, les forces d’opérations spéciales sévissaient dans 66 pays. En 2010, ce nombre était passé à 75 selon le Washington Post, et à 120 en 2011, selon le Commandement de ces forces. En 2013, on en comptait 134, hormis les guerres conventionnelles et les opérations par drones (de plus en plus fréquentes), le pacifique Obama ayant à son actif une progression de 123%. En 2019/2020, les dépenses militaires US devraient friser les 750 milliards de dollars, soit environ 37 % du total mondial : énorme mais, comme dirait Picsou, « des cacahuètes » pour un pays qui imprime lui-même ses billets !

Les opérations ne sont pas forcément défensives (face à des menaces contre la présence et les intérêts de l’Amérique), ou ponctuellement offensives (pour le contrôle du pouvoir et l’accès gratuit ou bon marché aux ressources, pétrole en premier). Il s’agit de plus en plus souvent, au Grand Moyen-Orient notamment, de plans d’action préventive, mis en œuvre avec la couverture de médias aux ordres qui se chargent de justifier des crimes de guerre dûment programmés en servant des narratives ad hoc et des infos truquées. Ajoutons à ce bilan les « sanctions » qui arrosent tous les « régimes » qui déplaisent à Washington, soit environ 120 pays de la « communauté internationale ». C’est beaucoup pour un axe du Bien.

Des millions de victimes, de blessés, de réfugiés et déplacés, des trillions de dollars dépensés pour tuer ou détruire, le résultat est accablant, mais il permet de répondre à la question surréaliste de Debeliou. Voilà pourquoi ils vous haïssent tant, Mr Bush and Co.

L’invention de l’Amérique

C’est par hasard que Christophe Colomb débarque le 12 octobre 1492 sur une plage des Caraïbes (dans les actuelles Bahamas, paradis fiscal et centre de blanchiments divers). Il pense être aux Indes, mais on dira après coup qu’il a découvert l’Amérique. Or, c’est déjà fait, des Vikings ayant abordé et exploré ses marges nordiques sept ou huit siècles plus tôt. Et ce « nouveau monde » est loin d’avoir une population clairsemée ou d’implantation récente. Les Amérindiens ont pour ancêtres des vagues de migrants venus d’Asie… quelques dizaines de millénaires plus tôt. Il faudra attendre le 20ème siècle pour que l’on admette qu’à la fin du 15ème les Amériques comptent entre 45 et 80 millions d’habitants, autant que l’Europe (environ 15% du total mondial). Les autochtones seront moins de cinq millions un siècle plus tard, rhume de cerveau et varicelle ayant le dos très large. Qu’est-ce donc si ce n’est pas un génocide, le plus grand de l’histoire ? Centre et sud confondus, c’est mal parti pour les Amérindiens. Avant de n’y voir qu’une lointaine réminiscence, il faudrait interroger les descendants des survivants, là où ils sont encore en nombres conséquents, demander par exemple à Evo Morales ce qu’il en pense…

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L’Ambassadeur Michel Raimbaud

On dira « oui mais le Nord, ce n’est pas pareil ». En fait un bon siècle plus tard, ce sera le même scénario. Lorsque le « Mayflower » et 120 colons guidés par les « Pères pèlerins » venus d’Europe y touchent terre en novembre 1620, le territoire est habité. Si la prise de contact est pacifique, la prise de possession ressemblera assez vite à un western grandeur nature, où le tir à l’indien sera le sport favori des « gardiens de vaches », pour la distraction des générations futures. Qui d’entre nous, tapi dans l’anonymat des salles obscures, n’a pas applaudi frénétiquement les courageux cow-boys quand ils abattaient à la chaîne des Indiens emplumés tournicotant autour de leurs chariots ?

Indomptables ou denrée rare, les aborigènes seront bientôt remplacés par des esclaves venus d’Afrique. Pour ces derniers, les décennies de supplice seront oubliées sinon absoutes, grâce à la case de l’Oncle Tom et au rêve de Martin Luther King. La ségrégation est-elle pourtant si ancienne qu’il faille l’oublier ?

Bref, le « rêve américain » des immigrants européens se traduira par un cauchemar pour les Amérindiens comme pour les Africains asservis.

L’Amérique n’existerait pas sans ce double cauchemar.

Le rêve américain et le mythe de l’Amérique si bonne

Intervenue dans le cadre du rezzou de l’Occident sur la planète, l’ascension irrésistible de l’Amérique, dont le nom usuel illustre l’annexion intellectuelle de deux continents, a fait oublier qu’elle devait son existence au génocide et à la spoliation des Amérindiens, sa prospérité en partie à l’esclavage, puis au pillage des ressources d’autrui. Qu’ils remontent à quatre siècles ou à quarante ans, ces « souvenirs » ne sont plus guère rappelés. Classés parmi les faits accomplis selon la volonté divine ou les miracles de la civilisation européenne, il ne fait pas bon les mentionner, sous peine d’être tenu pour un redoutable pisse-vinaigre.

La diffusion invasive du « rêve américain », génération après génération, est l’un des résultats de l’accession de cette fille de l’Europe au rang de puissance dès la grande guerre. Dans la mythologie, sinon dans la réalité, et à en croire certains historiens, l’intervention de l’Amérique aurait été décisive dans la victoire de 1918, puis dans l’organisation de la paix, avec la création en 1920 de la Société des Nations, ancêtre de l’ONU, grâce au Président Woodrow Wilson.

Mais c’est surtout à la faveur du second conflit mondial que les Etats-Unis sont promus au rang de superpuissance, libératrice, amicale, ouverte et généreuse. Ce cliché aura la vie dure, jusqu’à aujourd’hui, bien qu’il soit battu en brèche. Il fera oublier ce qui doit l’être :
-L’Amérique bonne et pacifique reste le seul pays à avoir trucidé à l’arme atomique trois centaines de milliers de civils, japonais en l’occurrence.
-Elle a une tendance fâcheuse à bombarder avant de libérer ou vice-versa, qu’il s’agisse de l’Allemagne nazie ou des pays amis comme la France.
-Elle est impitoyable pour les vaincus ou ceux tenus comme tels, voués à devenir des AMGOT (Territoires Occupés par le Gouvernement Américain). Notre pays devra au Général De Gaulle d’avoir échappé à ce statut peu flatteur.
-Elle est volontiers hégémonique : après l’Amérique (de l’Alaska à la Terre de Feu) aux Américains de Monroe, ce sera bientôt le Plan Marshall de l’après-guerre, qui impose la suzeraineté de Washington sur l’Europe occidentale. Au prétexte d’aider à la reconstruction, des armées de fonctionnaires US établiront une tutelle de facto sur l’ensemble des administrations du vieux continent. L’euphorie de l’époque et la crainte du communisme feront gober cette sujétion à notre Quatrième République…

Bien qu’elle se soit présentée comme vertueuse et protectrice face à l’URSS et au bloc communiste, l’Amérique de la guerre froide avait pourtant dévoilé certains faux-semblants, une démocratie en trompe-l’œil malgré les alternances, blanc bonnet et bonnet blanc, autoritaire, oppressive et répressive, n’ayant pas d’amis mais des intérêts, pas de partenaires mais des vassaux, une Amérique qui considère le monde comme son arrière-cour. Mais elle préservait l’essentiel de son aura, ses défaillances restant des tabous.

L’accession à l’hyper-puissance en 1991, à la fin de la guerre froide, allait tétaniser la planète, contraignant peuples et Etats à un « choix » lapidaire entre la soumission ou la destruction, la prétention à l’hégémonie globale débouchant sur un cauchemar pour ceux qui refuseraient l’ordre imposé par Washington et ses alliés…Voici donc le « moment unipolaire américain » qui durant vingt ans repoussera les limites de l’arrogance et du cynisme.

 

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Les guerres de Syrie de Michel Raimbaud

Dès la chute de l’URSS, on ne peut que noter ce mépris croissant des institutions internationales, du multilatéralisme, des compromis, et cette tendance à peine voilée à faire prévaloir la constitution et les lois étatsuniennes sur la légalité onusienne, des comportements tels qu’on les dénonce sur les rives du Potomac. Le vocabulaire travestissant les mots et les concepts, les narratives contrefaisant systématiquement faits et réalités achèveront de rendre tout dialogue insensé et toute diplomatie illusoire. Simple exemple parmi d’autres, la notion de Rogue State qui, selon Avraham Shlaim, l’un des « nouveaux historiens » israéliens, professeur à l’Université d’Oxford, se définit par les trois critères suivants : (1) Violer régulièrement la légalité internationale, (2) Détenir des armes de destruction massive, (3) Utiliser le terrorisme pour terroriser les populations civiles. Destiné à cibler Moscou ou Téhéran ou Damas, ce logiciel dévoyé ne conduirait-il pas à Washington, à Tel-Aviv, ou à telle capitale « civilisée » ?

Dès la seconde guerre d’Irak, les « grandes démocraties » entameront leur longue dérive vers une diplomatie du mensonge de plus en plus insolente, prenant des libertés avec règles et principes, en osmose avec leur idole américaine et son cœur battant israélien. Merci pour ce moment, dirait un auteur contemporain.

Pourtant, à ce stade, la pétulance de Bill, la pieuse candeur de Debeliou, l’élégance nobélienne de Barack ont un effet anesthésiant sur les partenaires occidentaux ou autres, réticents à voir de la vilénie dans les postures de leur bon suzerain. L’Amérique, Etat mafieux, comploteur, peu fiable ? Tout mais pas ça…On a pu se leurrer quant à l’ADN du système américain, où se côtoient l’esprit pionnier, la culture cow-boy, le messianisme militant, le culte de la réussite, les néoconservateurs américano-israéliens étant les gâte-sauces de ce cocktail détonnant, degré zéro de la politique et de la diplomatie. L’arrivée de l’oncle Picsou aux affaires a eu le mérite de lever le masque.

Pour l’Amérique first, tout se vend tout s’achète, rien n’est gratuit. Plus de désinvolture, plus de discours bien balancés, plus d’invocations célestes. Mais des décisions brutales, un mépris total de ce qui est autre, une ignorance crasse des réalités du monde, une approche éléphantesque, plus de circonlocutions diplomatiques, plus d’engagements internationaux, plus de traités, mais des tweets provocateurs, des pluies de menaces, des sanctions à tous vents, des insultes à tout va.

Plus rien à attendre de bon de l’Amérique si bonne. Nixon doit se retourner dans sa tombe : la théorie du fou est mise en pratique, non plus comme un leurre, mais comme une politique en soi, imprévisible, insensée, violente, brutale. Ce n’est plus un simple Etat sans-gêne, avec des manières de mauvais garçons, mais un Etat gangster, d’autant plus brutal et menaçant qu’il n’a plus la maitrise des situations. Chahuté et contesté, le maître du monde ne sait plus où donner de la tête, de la Syrie à l’Irak et l’Iran et à la Russie, à la Chine, du Venezuela à la Corée du Nord, de la Turquie à l’Arabie et au Yémen.

Sommes-nous tous des Américains ?

Raison de plus pour apostropher les innombrables propagandistes du « rêve américain », pour interpeller les multiples adeptes et apôtres de cette « dame bêtise », Mère des gens sans inquiétude, Mère de ceux que l’on dit forts, Mère des saintes habitudes, Princesse des gens sans remords, que stigmatise Jacques Brel : Salut à toi Dame bêtise, toi dont le règne est méconnu, Mais dis-le moi, comment fais-tu, Pour avoir tant d’amants, et tant de fiancés, Tant de représentants et tant de prisonniers, Pour tisser de tes mains tant de malentendus, et faire croire aux crétins que nous sommes vaincus.

On n’arrête pas ce qui est en marche, qu’il s’agisse de la république ou de la civilisation. Cinq siècles et des poussières après la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, un certain Colombani allait découvrir que « nous sommes tous des Américains », assertion relevant de la méthode Coué, aurait-on dit jadis. Il n’en est rien. Malgré les efforts ardents des beautiful people qui gouvernent notre vieux pays, c’est toujours du wishful thinking…

D’ailleurs, serait-il vraiment sage pour un pays aussi cartésien que la France de faire comme si nous étions tous des compatriotes de Debeliou, de Donald Trump, John Bolton, Rumsfeld, Pence ou Pompeo ? Si tel n’est pas le cas, quoi qu’en pensent nos élites vol-au-vent, de quel droit un gouvernement s’engage-t-il au nom du peuple français, mais sans son accord, dans des aventures dangereuses. Pourquoi s’enferre-t-il sur des positions injustes et illégales, au mépris du droit international, des principes de la charte onusienne, violant les principes dont notre pays, membre permanent du Conseil de Sécurité, est censé être le gardien ?

Est-il nécessaire de manifester une solidarité sans faille aux pays agresseurs, l’Amérique et ses complices orientaux, adeptes des « frappes punitives », des crimes de guerre, des occupations illégales de territoires (syriens, irakiens ou autres), des sanctions inhumaines ? Est-il compréhensible que, dans l’affrontement actuel entre Washington et Téhéran, l’on choisisse d’appeler à la retenue et au retour à la négociation la partie, déjà sous blocus et sous sanctions, dont un officiel vient d’être assassiné ? Est-il honorable que l’on marque sa solidarité avec un Etat qui viole systématiquement lois internationales et souverainetés, vole ouvertement le pétrole syrien et pratique l’assassinat ciblé au nom d’une « doctrine Bethlehem d’autodéfense préventive » ?

Non, décidément, face aux évènements dramatiques qui menacent à tout instant de faire exploser la poudrière du Moyen-Orient, mettant en péril une paix mondiale plus fragile que jamais, la France n’a rien à gagner à s’aligner systématiquement sur des gouvernements sans foi ni loi ni vergogne. Vingt ans après la question idiote de Debeliou, dans nos pays où l’on s’arroge « le droit de dire le droit », tout se passe comme si penseurs et décideurs n’avaient pas encore saisi « pourquoi ils nous haïssent tant ». A l’heure de tous les dangers, ne serait-il pas urgent d’accélérer la réflexion et surtout d’en tirer les leçons ?

Michel Raimbaud, le 20 janvier 2020
Michel Raimbaud est ancien ambassadeur de France, professeur au Centre d’études diplomatiques et stratégiques, officier de l’ordre national du Mérite, chevalier de la Légion d’honneur.
Derniers livres parus : Tempête sur le Grand Moyen-Orient aux éditions Ellipse et Les guerres de Syrie aux éditions Glyphe.

 

L’addiction américaine au commerce des armes

par William Hartung

Source : https://www.les-crises.fr/l-addiction-americaine-au-commerce-des-armes-par-william-hartung/

Source originaire : Consortium News, William Hartung, 20-11-2019

 

William Hartung passe en revue 50 ans d’histoire de la domination américaine sur le commerce des armes au Moyen-Orient.

 

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Visite du président Donald Trump au roi Salman bin Abdulaziz Al Saud d’Arabie saoudite, en mai 2017, à Riyad, en Arabie saoudite. (Maison Blanche/Shealah Craighead)

Ce n’est un secret pour personne, Donald Trump est l’un des représentants de commerce les plus agressifs de l’histoire concernant le marché des armes. Comment le savons-nous ? Parce qu’il nous le dit dès qu’il en a l’occasion. Tout a commencé avec son « contrat de 110 milliards de dollars d’armes » avec l’Arabie saoudite, bien surévalué, annoncé lors de son premier voyage présidentiel à l’étranger. Cela s’est poursuivi par une séance de photos à la Maison-Blanche avec le prince héritier Mohammed ben Salmane, où on le voit brandir une carte [des USA] avec un récapitulatif état par état des emplois américains censés être liés aux ventes d’armes au royaume. Et on n’en a jamais vu la fin. Au cours de ces années au pouvoir, en fait, le président a été un ardent défenseur de ses bons amis de chez Boeing, Lockheed Martin, Raytheon et General Dynamics – les principaux bénéficiaires privés des ventes d’armes américaines aux saoudiens – à la différence des milliers de soldats américains que le président a récemment envoyés dans les déserts de ce pays pour y défendre les installations pétrolières).

Toutes les ventes d’armes américaines au Moyen-Orient ont eu des conséquences graves et durables dans la région, à commencer par la violente guerre menée par les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite au Yémen, qui a tué des milliers de civils au cours de frappes aériennes au moyen d’armes américaines et conduit des millions de Yéménites au bord de la famine. Et n’oublions pas la récente invasion turque de la Syrie, où tant les forces turques que les milices Kurdes qu’elles ont attaquées dépendaient largement des fournitures d’armes depuis les États-Unis.

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11 octobre 2019 La ville syrienne de Ras al-Ayn après les frappes aériennes turques. (A. Lourie, Wikimedia Commons)

Trump a été très clair : il se soucie beaucoup plus de conclure des contrats d’armement que de savoir qui les utilise et contre qui. Il est important de noter cependant que, historiquement parlant, il n’a jamais été obsédé par la promotion de ces exportations d’armes (bien qu’il soit fort en gueule sur le sujet)

Malgré ses relations prétendument tendues avec le régime saoudien, l’administration Obama, par exemple, a quand même réussi à faire des offres d’armes américaines aux souverains de ce royaume pour un montant record de 136 milliards de dollars entre 2009 et 2017. Toutes ces offres n’ont pas débouchées sur des ventes, cependant le nombre de celles-ci est impressionnant. Parmi les équipements vendus on comptait des avions de combat Boeing F-15 et des hélicoptères d’attaque Apache, des chars General Dynamics M-1, des bombes intelligentes Raytheon, des bombes Lockheed Martin, des navires de combat et des systèmes de défense antimissile. Beaucoup de ces armes ont depuis été utilisées dans la guerre au Yémen.

Il faut mettre au crédit de l’administration Obama un débat interne sur l’opportunité de poursuivre un tel commerce. En décembre 2016, à la fin de son second mandat, le président a finalement suspendu la vente de bombes intelligentes à l’armée de l’Air royale saoudienne en raison du nombre croissant de victimes civiles yéménites lors de frappes aériennes avec des munitions américaines. Mais la décision a été bien tardive, dans la mesure où c’est en mars 2015 que le régime saoudien est intervenu pour la première fois au Yémen et que le massacre des civils a commencé peu après.

Bien entendu, la domination de Washington sur le commerce des armes au Moyen-Orient était alors considérée comme acquise, malgré d’importants contrats occasionnel de la Grande-Bretagne ou la France. Les contrats dits « Al Yamamah » – la vente par le Royaume-Uni d’avions de chasse et autres équipements aux Saoudiens – ont fait grand bruit et restent à ce jour la plus importante opération du genre de l’histoire du Royaume-Uni. Selon l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm, de 2014 à 2018, les États-Unis ont à eux seuls effectué plus de 54 % des livraisons connues d’armes au Moyen-Orient. La Russie est loin derrière avec 9,5 % du total, suivie de la France (8,6 %), de l’Angleterre (7,2 %) et de l’Allemagne (4,6 %). La Chine, souvent citée comme fournisseur de remplacement possible, dans le cas où les États-Unis décideraient de cesser d’armer des régimes répressifs comme l’Arabie saoudite, figure à moins de 1 %.

Les raisons invoquées par le gouvernement américain pour déverser des armes dans cette région de plus en plus meurtrie par la guerre sont les suivantes : établir des partenariats avec des pays susceptibles, en cas de crise, d’aligner des combattants aux côtés des forces américaines ; fournir des armes en échange de bases militaires au Koweït, aux Émirats arabes unis, au Qatar et dans d’autres États du golfe Persique ; instaurer la « stabilité » en développant les forces alliées pour en faire des armées plus performantes que celles d’ennemis potentiels, comme l’Iran ; et enfin générer des revenus pour les entreprises américaines d’armement ainsi que des emplois pour des travailleurs américains. Bien sûr, de telles ventes ont effectivement profité à ces entrepreneurs et assuré l’accès à des bases dans la région, mais lorsqu’il s’agit de promouvoir la stabilité et la sécurité, l’histoire démontre que ça a été une toute autre affaire.

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Militaires près d’un hélicoptère Sikorsky S-70 de l’armée de Terre saoudienne pendant l’opération Bouclier du désert. (USAF/H.H. Deffner, Wikimedia Commons) [L’opération Bouclier du désert est une opération des États-Unis épaulés ensuite de leurs alliés, déclenchée le 6 août 1990 après l’invasion du Koweït par l’Irak le 2 août pour protéger l’Arabie saoudite d’une éventuelle attaque irakienne lors de la guerre du Golfe NdT]

La doctrine Nixon

C’est dans les propos tenus par Richard Nixon il y a un demi-siècle sur l’île de Guam qu’on trouve les racines du rôle de Washington en tant que premier fournisseur d’armes du Moyen-Orient. C’était à l’époque de la guerre du Vietnam et le président était en route pour le Sud Vietnam. Le nombre de victimes augmentait rapidement, sans qu’aucune fin de conflit ne soit en vue. Lors de cette escale à Guam, Nixon a assuré aux journalistes qui l’accompagnaient qu’il était grand temps de mettre fin à la pratique consistant à envoyer un grand nombre de soldats américains sur les théâtres d’opération extérieurs. Pour « éviter une autre guerre comme celle du Vietnam n’importe où dans le monde », il était en train de mettre en place une nouvelle politique qui serait plus tard décrite par un fonctionnaire du Pentagone en ces mots : « envoyer des armes au lieu d’envoyer des troupes ».

L’élément central de ce qu’on a fini par appeler la doctrine Nixon était le fait d’armer des supplétifs régionaux – des pays ayant des dirigeants ou des gouvernements amicaux qui pouvaient favoriser les intérêts des États-Unis en l’absence d’importants contingents de l’armée américaine sur place. Parmi les supplétifs potentiels de cette époque là, le plus important était le Shah d’Iran qui, avec l’aide des services de renseignement de la CIA et de la Grande-Bretagne, avait à l’issue d’un coup d’État renversé le gouvernement civil en 1953, pour ensuite révéler un appétit insatiable pour des armes de pointe américaines.

 

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Le Shah d’Iran, à gauche, avec le président Richard Nixon, dans le Bureau ovale, en 1973. (Maison Blanche/Wikimedia Commons)

Pour le Shah d’Iran, passer un bon moment, cela voulait dire se blottir avec le dernier numéro de la revue Aviation Week and Space Technology et parcourir les pages de papier glacé de photos d’avions de combat. Encouragé par l’administration Nixon, son pays a été le premier et le seul à acquérir le coûteux avion de combat F-14 Tomcat de Grumman, à un moment où cette société avait désespérément besoin de vendre à l’étranger pour conforter ce programme. Et le Shah a également utilisé les armes fournies par les États-Unis pour aider, par exemple, à réprimer un soulèvement anti-gouvernemental dans le proche sultanat d’Oman (juste de l’autre côté du golfe Persique), tout en opprimant sa propre population.

 

 

Durant les années Nixon, l’Arabie saoudite est, elle aussi, devenue l’un des principaux clients de Washington en matière d’armement, non pas tant parce qu’elle craignait ses voisins dans la région, mais parce qu’elle disposait d’un financement quasi illimité venant du pétrole afin de financer les fabricants d’armes américains à un moment où le budget du Pentagone commençait à être réduit. En outre, les ventes à l’Arabie Saoudite ont permis de récupérer une partie des capitaux provenant des Etats Unis pour faire face à la hausse des prix de l’énergie imposée par le nouveau cartel du pétrole qu’était l’OPEP. C’était un procédé alors curieusement connu sous le nom de « recyclage des pétrodollars».

La recherche de modération de Carter

Le commerce débridé des armes pendant les années Nixon a fini par provoquer un contrecoup. En 1976, pour la première (et dernière) fois, un candidat à la présidence – Jimmy Carter – a fait du contrôle du commerce des armes un thème central de sa campagne à la Maison Blanche. Il a réclamé que les droits humains soient davantage pris en compte dans le cadre des exportations d’armes, il a appelé à réduire le volume total de celles-ci et à entamer des pourparlers avec l’Union Soviétique dans le but de réduire les ventes dans des régions sous tension comme le Proche-Orient.

Pendant ce temps, les membres du Congrès, sous la houlette des sénateurs Démocrates Gaylord Nelson et Hubert Humphrey, estimaient qu’il était grand temps pour le Capitole de prendre part aux décisions en matière de vente d’armes. Trop souvent, les représentants au Congrès n’apprenaient l’existence de contrats importants qu’au détour de la lecture de la presse, longtemps après que tout ait été ficelé. Parmi les principales préoccupations ayant motivé leurs interventions, on trouve : l’envolée, sous Nixon,des ventes d’armes à l’Arabie Saoudite – à l’époque adversaire déclaré d’Israël – ; l’utilisation, par les deux camps, d’armes fournies par les États-Unis dans le conflit gréco-turc sur l’île de Chypre ; les ventes clandestines aux groupes d’extrême-droite en Afrique du Sud, notamment à l’Union pour l’Indépendance Totale de l’Angola soutenue par les Sud-Africains [L’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola, plus connue sous le nom d’UNITA, est un mouvement anti-colonial angolais qui est devenu un parti politique après l’indépendance du pays, NdT]. La réponse a alors été l’adoption de la loi de 1978 sur le contrôle des exportations d’armes, qui exigeait que le Congrès soit informé à l’avance de toute vente importante et lui donnait un droit de veto sur toute vente considérée comme dangereuse ou inutile.

Or, ni l’initiative du président Carter ni la nouvelle législation n’ont significativement freiné ce trafic d’armes. En fin de compte, par exemple, Carter a décidé d’exempter l’Iran du Shah des sanctions pour les atteintes aux Droits Humains et Zbigniew Brzezinski, son conseiller à la sécurité nationale, tenant d’une ligne dure, a sapé les pourparlers prévus avec l’Union soviétique au sujet de la réduction des ventes d’armes.

Carter voulait également que la nouvelle force de déploiement rapide (RDF) qu’il avait mise sur pied – finalement transformée en Commandement central des États-Unis – ait accès aux bases militaires de la région du golfe Persique et, pour ce faire, il était prêt à recourir à des contrats d’armement. La Force de Déploiement Rapide devait être la pièce maîtresse de la doctrine Carter, une réponse à l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979 et à la chute du Shah d’Iran. Comme le président l’avait clairement exprimé dans son discours de 1980 sur l’état de l’Union : « Toute tentative par des forces extérieures de prendre le contrôle de la région du golfe Persique sera considérée comme une attaque contre les intérêts vitaux des États-Unis. Elle sera repoussée par tous les moyens nécessaires, y compris l’usage de la force ». La vente d’armes dans la région serait dès lors un pilier central de sa nouvelle doctrine.

Pendant ce temps, la plupart des ventes importantes ont continué à passer devant le Congrès, suscitant tout au plus une réprobation verbale.

Qui a armé Saddam Hussein ?

 

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Le président Ronald Reagan avec, de droite à gauche : Caspar Weinberger, George Shultz, Ed Meese et Don Regan, discutant des remarques du président sur l’affaire Iran-Contra, Bureau ovale, novembre 1986. (Maison Blanche/Wikimedia Commons)

Si le volume de ces ventes d’armes n’a pas augmenté de manière spectaculaire sous le président Ronald Reagan, sa détermination à militariser les « combattants de la liberté » anticommunistes de l’Afghanistan au Nicaragua a déclenché le scandale Iran-Contra. Au cœur de l’opération se trouve un curieux et complexe projet secret, dirigé par Oliver North, membre du personnel du Conseil National de Sécurité, et une poignée d’intermédiaires fantômes qui ont fourni des armes américaines au régime hostile de l’ayatollah Khomeiny en Iran. L’espoir était d’obtenir l’aide de Téhéran pour libérer les otages américains au Liban. North et ses comparses ont ensuite utilisé le produit de ces ventes pour armer les rebelles Contra, opposés au gouvernement au Nicaragua, en violation d’une interdiction explicite de cette aide par le Congrès.

Pire encore, l’administration Reagan a livré des armes et formé des factions moudjahidin extrémistes en Afghanistan, ce qui, en fin de compte, a aidé des groupes armés et des individus qui ont par la suite formé Al-Qaïda (ainsi que des groupes similaires). Cela se révélerait bien sûr être un exemple colossal du style de retour de flamme que le commerce sans restriction des armes génère trop souvent.

Même si la dénonciation de l’opération de North a mis en lumière les transferts d’armes des États-Unis vers l’Iran, l’administration Reagan, puis celle de George H.W. Bush qui lui a succédé, ont fourni directement et indirectement pour près d’un demi-milliard de dollars en armes et en technologie de fabrication à l’ennemi juré de l’Iran, Saddam Hussein, l’autocrate irakien. Ces armes viendront renforcer le régime de Saddam tant dans sa guerre contre l’Iran dans les années 1980 que lors de l’invasion du Koweït, en 1991, qui a conduit Washington à la première guerre du Golfe. Il est vrai que les États-Unis n’ont pas été les seuls à alimenter la montée en puissance de l’armée irakienne. Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies (les États-Unis, l’Union soviétique, la France, le Royaume-Uni et la Chine) ont tous fourni des armes ou des technologies d’armement à ce pays pendant la période qui a précédé son intervention au Koweït.

L’embarras et les critiques publiques suscités par la révélation que les États-Unis et d’autres importants fournisseurs avaient aidé à armer l’armée irakienne ont ouvert la voie à une nouvelle possibilité de de restrictions. Les dirigeants des États-Unis, de la Grande-Bretagne et d’autres pays vendeurs d’armes se sont engagés à faire mieux à l’avenir en améliorant l’information sur leurs ventes dans la région et en les examinant de près. Cela s’est traduit par deux initiatives principales : la création du registre du commerce des armes des Nations Unies, dans lequel les États membres ont été instamment priés de déclarer volontairement leurs importations et exportations d’armes, et des pourparlers entre ces cinq membres du Conseil de Sécurité (principaux fournisseurs d’armes au Moyen-Orient) sur la limitation des ventes d’armes dans la région.

Toutefois, les pourparlers des 5P, comme on les appelait, se sont rapidement enlisés quand la Chine a décidé de vendre à l’Arabie Saoudite des batteries de missiles à moyenne portée et que l’administration du Président Bill Clinton a commencé à conclure de nouveaux contrats d’armement dans la région à une cadence de plus d’un milliard de dollars par mois, alors même que les négociations [entre les 5P] étaient en cours. Les autres fournisseurs ont considéré que la vague de livraison d’armes de Clinton constituait une violation de l’esprit des pourparlers. Ces derniers ont tourné court, ce qui a débouché, sous la présidence de George W. Bush à un nouveau fiasco total en Irak.

La plus importante série de ventes d’armes au cours des années George W. Bush a concerné la formation et l’équipement de l’armée irakienne suite à l’invasion du pays [par les USA] et au renversement de Saddam Hussein. Mais 25 milliards de dollars d’armes et formations américaines n’ont pas suffi à créer une force capable de vaincre les combattants modestement armés de Daech, lorsqu’ils ont envahi le nord de l’Irak en 2014 et qu’ils ont conquis de vastes territoire et des grandes villes, dont Mossoul. Les forces de sécurité irakiennes, à court de nourriture et d’équipement pour cause de corruption et d’incompétence, étaient démoralisées et, dans certains cas, elles ont pratiquement abandonné leur poste (et l’armement américain) face à aux offensives de Daech.

L’addiction continue

Donald Trump a continué sur sa lancée en proposant des armes en quantité à ses alliés au Moyen-Orient, en particulier aux Saoudiens, même si la principale raison d’être en était de générer des emplois et des revenus pour les entreprises américaines de l’armement. En réalité, investir capitaux et énergie dans presque tout le reste, depuis l’infrastructure jusqu’aux technologies des renouvelables, créerait plus d’emplois aux États-Unis. Mais peu importe, on continue sur le même rythme.[en référence à la chanson de Sonny and Cher ‘And the beat goes on !’ NdT].

L’un des faits marquants des années Trump a été le regain d’intérêt du Congrès pour endiguer des ventes d’armes, avec un accent particulier pour mettre fin au soutien à la guerre menée par l’Arabie Saoudite au Yémen. (Le spectacle du face-à-face entre les forces turques et kurdes, toutes deux largement armées par les États-Unis, devrait sans aucun doute renforcer cette volonté). Sous la houlette des sénateurs Chris Murphy (Démocrate-Connecticut), Bernie Sanders (Independant-Vermont), Mike Lee (Républicain-Utah), des représentants Démocrates californiens Ro Khanna et Ted Lieu, le Congrès a voté le blocus des ventes de bombes et des autres formes de soutien militaire à l’Arabie saoudite, mais leurs efforts se sont heurtés au veto de Trump, principal défenseur de ce pays à Washington. Pourtant, l’action du Congrès concernant les ventes à l’Arabie Saoudite a été sans précédent par son opiniâtreté et son étendue. Il y a encore une chance qu’elle porte ses fruits si c’est un Démocrate qui l’emporte en 2020. Après tout, chacun des principaux candidats à la présidence s’est engagé à mettre fin aux ventes d’armes qui soutiennent l’effort de guerre des saoudiens au Yémen.

De tels contrats, tant avec l’Arabie saoudite qu’avec d’autres États du Moyen-Orient, sont peut-être très appréciés par les entreprises qui tirent profit de ce commerce, cependant la grande majorité des américains s’opposent à cette fuite en avant pour la simple raison que cela fait peser de graves menaces sur le monde. La question est désormais la suivante : le Congrès va-t-il jouer un rôle plus important pour tenter de bloquer de tels contrats d’armement avec les Saoudiens et les auteurs de violations des Droits Humains, ou bien l’addiction des États-Unis et son monopole dans le commerce des armes au Moyen-Orient vont-ils simplement perdurer et ouvrir la voie à de futures tragédies de toutes sortes ?

William D. Hartung, contributeur régulier de TomDispatch, est le directeur du projet sur les armes et la sécurité au Center for International Policy et l’auteur de « Prophets of War : Lockheed Martin and the Making of the Military-Industrial Complex » [Livre non traduit : Prophètes de guerre : Lockheed Martin et la fabrique du complexe militaro-industriel, NdT]

Source : Consortium News, William Hartung, 20-11-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

4.janvier.2020 // Les Crises

 

Affaire Huawei : illustration des prétentions de Washington à imposer son droit et sa politique au monde entier

Affaire Huawei : illustration des prétentions de Washington à imposer son droit et sa politique au monde entier

 

Jean-Guy Rens

4 juin 2019

Source : http://rens.ca/2012/affaire-huawei-le-canada-perd-a-tout-coup/

 

Quand des agents de la GRC* passent les menottes à la vice-présidente Finance de Huawei Technologies, madame Meng Wanzhou, le samedi 1er décembre 2018 à l’aéroport de Vancouver, ils ouvrent une crise internationale maladroite et contraire aux intérêts du Canada. La maladresse est celle du Premier ministre Justin Trudeau qui a tout de suite déclaré qu’il avait été prévenu « quelques jours à l’avance » de l’arrestation, mais n’avait rien fait pour l’entraver. Normalement, un État soucieux de ses intérêts aurait discrètement prévenu les autorités chinoises de la menace qui pesait sur une de ses ressortissantes. Pendant « quelques jours » le sort des relations entre le Canada et la Chine ont été entre les mains d’un homme. Il a eu tout le temps de réfléchir. Mais il n’a rien fait.

 

Aujourd’hui, les relations du Canada et de la Chine sont au plus bas, deux ressortissants canadiens ont été arrêtés par les autorités chinoises, sans doute en relation avec l’affaire Meng Wanzhou, les négociations sur l’accord commercial entre le Canada et la Chine sont gelées et le gouvernement de ce dernier pays parle de « conséquences sérieuses » pour Ottawa. Le Canada répond avec force que le traité d’extradition avec les États-Unis lui faisait obligation d’arrêter toute personne poursuivie par la justice américaine, que c’était donc une affaire purement judiciaire et non politique. Pourtant il y a ces « quelques jours » où le destin de madame Meng Wanzhou a reposé dans les mains du Premier ministre Trudeau et où il n’a rien fait. Cette inaction est en soi un geste ouvertement hostile dans une querelle entre les États-Unis et la Chine où le Canada n’a rien à gagner en prenant partie.

 

Que reprochent les États-Unis à Huawei Technologies? Essentiellement, d’avoir fait des affaires en Iran alors que ce pays était frappé par un embargo américain. Que les États-Unis mettent l’Iran sous embargo est parfaitement justifié. Après tout, c’est ce pays qui a pris en otage 56 diplomates américains au mépris de toutes les conventions internationales à l’époque de la révolution islamiste de 1979. Les dirigeants iraniens ont multiplié les provocations outrancières à l’égard des États-Unis. Il était normal que ce pays subisse les foudres de la première puissance mondiale. Mais en quoi la Chine devrait-elle se plieur aux oukases de Washington? En vertu d’une interprétation de plus en plus utilisée aux États-Unis qui veut qu’une loi par définition nationale s’applique hors des frontières pour quiconque y contrevient.

 

Quand le Canada rejetait les prétentions à l’extraterritorialité des lois américaines

La première fois que le Canada a été confronté à cette prétention extraterritoriale du droit américain a été en 1996 à l’occasion de la loi Helms-Burton (officiellement Cuban Liberty and Democratic Solidarity Act) qui interdisait à toute personne ou entreprise dans le monde de « trafiquer » avec des organismes cubains ayant bénéficié des biens américains nationalisés par Fidel Castro. En réponse à la loi Helms-Burton, le Canada a immédiatement modifié sa propre loi sur les mesures extraterritoriales étrangères pour affirmer que « les jugements rendus en vertu de la loi des États-Unis intitulée Cuban Liberty and Democratic Solidarity ne sont ni reconnus ni exécutoires au Canada. » Elle permet en outre aux ressortissants canadiens condamnés aux États-Unis en vertu de la Loi Helms- Burton de poursuivre le demandeur au Canada en recouvrement des sommes qu’ils auraient payées aux États-Unis. La position du Canada alors était ferme et digne. Il est vrai que c’était Jean Chrétien qui était Premier ministre en 1996.

 

Faiblesse des accusations d’espionnage

À la lumière de cet éclairage historique, comment soutenir que l’arrestation de madame Meng Wanzhou est purement judiciaire et non politique ? Les États-Unis poursuivent une politique nébuleuse en Iran qui les a poussés en 2015 à conclure avec un accord international sur le nucléaire et la levée des sanctions qui touchaient ce pays, puis à dénoncer ce même accord en 2018. N’est-ce pas une raison politique qui a motivé les États-Unis dans les deux cas? Or, il faudrait que tous les pays vivent à l’heure des vicissitudes de l’agenda politique américain en prenant la position du moment pour une immuable « règle de droit »? La Chine qui avait contresigné l’accord de 2015 a condamné le retrait de 2018 au même titre d’ailleurs que toutes les autres parties concernées (Russie, France, Royaume-Uni et Allemagne). Rien de plus politique que cette sombre affaire iranienne et, encore une fois, s’il est évident que les États-Unis ont de bonnes raisons d’en vouloir à l’Iran, le reste du monde n’a pas à suivre ses errements à ce sujet.

 

Les États-Unis sont tellement conscients du caractère politique, au sens partisan du terme, de leur querelle avec l’Iran, qu’ils ont assorti la demande d’extradition de madame Meng Wanzhou de toute une série d’autres accusations dont une au moins est totalement étrangère à la question iranienne. Huawei Technologies aurait espionné l’entreprise de téléphonie cellulaire T-Mobile et dérobé des secrets relatifs à son robot surnommé Tappy. Il s’agit d’un équipement plutôt ordinaire qui sert à tester les téléphones intelligents avant de les commercialiser. La querelle entre Huawei et T-Mobile date de plusieurs années et était devant les tribunaux sans avoir attiré l’attention de quiconque, tant les poursuites entre géants de haute technologie sont multiples. Souvenons-nous de la façon dont Blackberry avait été harcelée pendant des années par une firme d’avocats américains qui prétendait avoir des droits sur la messagerie électronique. Au demeurant, T-Mobile est la filiale de Deutsche Telekom et il est plutôt inusité pour les États-Unis de prendre à cœur les intérêts d’une compagnie étrangère et, en particulier, allemande.

 

Huawei est le leader technologique de la 5G

Alors pourquoi cette animosité américaine à l’égard de madame Meng Wanzhou ? La femme d’affaires est la fille du fondateur de Huawei Technologies et c’est bien l’entreprise qui est visée. En effet, Huawei est la plus grande entreprise de fabrication d’équipement de télécommunications au monde. Ses revenus qui avoisinent les 100 milliards de dollars É-U par an représentent le double de ceux du numéro deux, Cisco Systems. Pour une entreprise créée il y a une trentaine d’années, c’est un succès spectaculaire qui écrase les autres réalisations chinoises, quel que soit le secteur considéré.

 

La clé du succès de Huwei est l’investissement massif dans la R-D. Près de 14 milliards de dollars en 2017, ce qui représente environ 14% des revenus. Ce ratio devrait être porté à 20-30% au cours des prochaines années. À titre de comparaison, Nokia et Ericsson investissent 15,7% de leurs revenus dans la R-D, Cisco 12,8%, Apple, seulement 8,2%… Or, ces chiffres stagnent quand ils ne baissent pas. Mais ce n’est pas tout.

 

La qualité de la R-D de Huawei n’est pas la même que celle de ses concurrents. Au cœur de la stratégie de Huawei se trouve un pari sur la recherche fondamentale. Environ 10% de l’enveloppe budgétaire allouée à la R-D est consacrée à la science pure. Tous ses concurrents misent sur la recherche appliquée quand ils ne délaissent pas en bloc la recherche. Quand ils veulent se doter d’une technologie innovante, ils achètent des licences, voire des entreprises, plutôt que d’investir en R-D.

 

L’immense effort de Huawei commence à porter ses fruits puisque cette entreprise a mis au point avant tous ses concurrents une offre de télécommunications sans fil 5G. Il ne s’agit pas d’un simple accroissement de la vitesse de transmission par rapport au 4G, mais d’un saut qualitatif qui supprime presque entièrement le temps de réponse des appareils connectés, en offrant une latence de l’ordre d’une milliseconde, contre 10 ms dans les réseaux actuels. À un tel degré de réactivité, ce ne sont plus les êtres humains qui sont visés, mais les machines et, en particulier l’Internet des objets. Il devient possible d’actionner un objet distant en quasi-temps réel.

 

Précisément, la 5G permet l’ultra-connectivité, c’est-à-dire la mise en ligne simultanée de jusqu’à un million d’appareils par kilomètre carrés, que ce soit à l’air libre ou dans les édifices. Bref, la 5G est au cœur du monde de demain. Pour la première fois, ce n’est pas une compagnie américaine qui est à la tête de la rupture technologique, mais une compagnie étrangère et, qui plus est, chinoise. L’ennemi absolu. Impossible d’accuser Huawei d’avoir copié les plans de la 5G sur des compagnies américaines – aucune compagnie américaine n’est sur les rangs – seuls Ericsson et Nokia concurrencent Huawei, mais elles ont deux ans de retard.

 

Incohérence de la politique américaine

Mauvais joueur s’il en est, les États-Unis attaquent Huawei au sujet du refus de la Chine de se plier à sa politique changeante sur l’Iran et d’avoir espionné un soi-disant robot appartenant à une compagnie allemande qui ne fait presqu’aucune R-D, en tout cas pas de recherche fondamentale. De la même façon, le département américain du Commerce imposait en 2017 des droits de douane de 300% sur les avions de la C-Series de Bombardier accusée par Boeing d’avoir reçu des subventions gouvernementales canadiennes. L’accusation n’a pas été retenue par la Commission du commerce international des États-Unis, mais le mal était fait et Bombardier a dû céder la C-Series à Airbus. On pourrait multiplier les exemples où les États-Unis ont cherché à obtenir par la voie judiciaire ce qu’ils avaient échoué à obtenir par d’autres moyens.

 

L’affaire Huawei est typique d’un pays gangrené par la loi du profit immédiat qui est en train de voir sa recherche scientifique compromise. Ce qui est nouveau, c’est qu’un individu soit pris en otage par le gouvernement américain et se voit menacé d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à 30 ans ou plus si les peines sont considérées comme cumulatives, pour des gestes qui auraient dû se régler à une table de négociation. En se faisant complice de cette mauvaise action, le gouvernement canadien a fait preuve d’un manque de jugement politique flagrant dont sont aussi victimes les deux Canadiens emprisonnés en Chine pour une affaire qui ne les concerne en rien. Le pire dans cette affaire est que le gouvernement américain, divisé en plusieurs tendances contradictoires, nage en plein chaos, et que le Canada ne peut espérer aucune reconnaissance, encore moins une contrepartie, pour sa mauvaise action.

 

* Gendarmerie Royale du Canada.

The US-NATO-Israel Sponsored Al Qaeda Insurgency in Syria. Who Was Behind the 2011 “Protest Movement”?

It Started in Daraa on March 17, 2011

By Prof Michel Chossudovsky

Global Research, December 16, 2019

The US-NATO-Israel Sponsored Al Qaeda Insurgency in Syria. Who Was Behind the 2011 “Protest Movement”?

 

Author’s note

Almost nine years since the beginning of the war on Syria in March 2011, so-called progressives have supported the so-called opposition, which is largely made up of Al Qaeda affiliated mercenaries.  A US-NATO led war of aggression is portrayed as a “civil war”.

President Bashar Al Assad is casually described as a dictator who is killing his own people. The millions of deaths resulting from US-NATO led wars are not an object of concern.

The anti-war movement died in the wake of the Iraq war (April 2003). Responsibility to Protect (R2P) and counterterrorism prevail.

The war on Syria started more than nine years ago in Daraa  on the 17th of March 2011.

The following article first published in May 2011 examines the inception of the jihadist terrorist insurgency.

It recounts the events of March 17-18, 2011 in Daraa, a small border town with Jordan. 

Media reports have finally acknowledged that the so-called “protest movement” in Syria was instigated by Washington. This was known and documented from the very inception of the Syrian crisis in March 2011.

It was not a protest movement, it was an armed insurgency integrated by US-Israeli and allied supported “jihadist” death squads? 

From Day One, the Islamist “freedom fighters” were supported, trained and equipped by NATO and Turkey’s High Command. According to Israeli intelligence sources (Debka, August 14, 2011): 

NATO headquarters in Brussels and the Turkish high command are meanwhile drawing up plans for their first military step in Syria, which is to arm the rebels with weapons for combating the tanks and helicopters spearheading the Assad regime’s crackdown on dissent. … NATO strategists are thinking more in terms of pouring large quantities of anti-tank and anti-air rockets, mortars and heavy machine guns into the protest centers for beating back the government armored forces. (DEBKAfile, NATO to give rebels anti-tank weapons, August 14, 2011)

This initiative, which was also supported by Saudi Arabia the UAE and Qatar, involved a process of organized recruitment of thousands of jihadist “freedom fighters”, reminiscent of  the enlistment of  Mujahideen to wage the CIA’s jihad (holy war) in the heyday of the Soviet-Afghan war: 

Also discussed in Brussels and Ankara, our sources report, is a campaign to enlist thousands of Muslim volunteers in Middle East countries and the Muslim world to fight alongside the Syrian rebels. The Turkish army would house these volunteers, train them and secure their passage into Syria. (Ibid, emphasis added)

These mercenaries were subsequently integrated into US and allied sponsored terrorist organizations including Al Nusrah and ISIS. 

The Daraa “protest movement” on March 17-18 had all the appearances of a staged event involving covert support to Islamic terrorists by Mossad and/or Western intelligence.

Government sources pointed to the role of radical Salafist groups (supported by Israel).

In chorus, the Western media described the events in Daraa as a protest movement against Bashar Al Assad. 

In a bitter irony, the deaths of policemen were higher than those of “demonstrators”. 

In Daraa, roof top snipers were targeting both police and demonstrators. 

Reading between the lines of Israeli and Lebanese news reports (which acknowledge the police deaths) a clearer picture of what happened in Daraa on March 17-18 had emerged. The Israel National News Report (which can not be accused of being biased in favor of Bashar al Assad) confirmed that: 

“Seven police officers and at least four demonstrators in Syria have been killed in continuing violent clashes that erupted in the southern town of Daraa last Thursday. … and the Baath Party Headquarters and courthouse were torched, in renewed violence on Sunday. (Gavriel Queenann, Syria: Seven Police Killed, Buildings Torched in Protests, Israel National News, Arutz Sheva, March 21, 2011, emphasis added)

The Lebanese news report also acknowledged the killings of seven policemen in Daraa.

[They were killed] “during clashes between the security forces and protesters… They got killed trying to drive away protesters during demonstration in Dara’a”

The Lebanese Ya Libnan report quoting Al Jazeera also acknowledged that protesters had “burned the headquarters of the Baath Party and the court house in Dara’a” (emphasis added)

These news reports of the events in Daraa confirmed that from the very outset this was not a “peaceful protest” as claimed by the Western media.

Moreover, from an assessment of the initial casualty figures (Israel News), there were more policemen than “demonstrators” who were killed.

This is significant because it suggests that the police force may have initially been outnumbered by a well organized armed gang of professional killers.

What was clear from these initial reports is that many of the demonstrators were not demonstrators but terrorists involved in premeditated acts of killing and arson.

The title of the Israeli news report summarized what happened: Syria: Seven Police Killed, Buildings Torched in Protest

The US-NATO-Israel agenda consisted in supporting an Al Qaeda affiliated insurgency integrated by death squads and professional snipers. President Bashar al Assad is then to be blamed for killing his own people. 

Does it Sound familiar? 

The same “false flag” strategy of killing innocent civilians was used during the Ukraine Maidan protest movement.  On February 20th, 2014, professional snipers were shooting at both demonstrators and policemen with a view to accusing president Viktor Yanukovych of “mass murder.”

It was subsequently revealed that these snipers were controlled by the opponents of president Yanukovych, who are now part of the coalition government.  

The “humanitarian mandate” of the US and its allies is sustained by diabolical “false flag” attacks which consist in killing civilians with a view to breaking the legitimacy of governments which refuse to abide by the diktats of Washington and its allies.

Michel Chossudovsky, March 17, 2019, December 14, 2019

 

SYRIA: Who is Behind The Protest Movement? Fabricating a Pretext for a US-NATO “Humanitarian Intervention”

by Michel Chossudovsky

Global Research, May 3, 2011

There is evidence of gross media manipulation and falsification from the outset of the protest movement in southern Syria on March 17th [2011]. 

The Western media has presented the events in Syria as part of the broader Arab pro-democracy protest movement, spreading spontaneously from Tunisia, to Egypt, and from Libya to Syria. 

Media coverage has focussed on the Syrian police and armed forces, which are accused of indiscriminately shooting and killing unarmed “pro-democracy” demonstrators. While these police shootings did indeed occur, what the media failed to mention is that among the demonstrators there were armed gunmen as well as snipers who were shooting at both the security forces and the protesters.

The death figures presented in the reports are often unsubstantiated. Many of the reports are “according to witnesses”. The images and video footages aired on Al Jazeera and CNN do not always correspond to the events which are being covered by the news reports.

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There is certainly cause for social unrest and mass protest in Syria: unemployment has increased in recent year, social conditions have deteriorated, particularly since the adoption in 2006 of sweeping economic reforms under IMF guidance. The IMF’s “economic medicine” includes austerity measures, a freeze on wages, the deregulation of the financial system, trade reform and privatization.

(See IMF  Syrian Arab Republic — IMF Article IV Consultation Mission’s Concluding Statement, http://www.imf.org/external/np/ms/2006/051406.htm, 2006)

While Syria is [2011] no “model society” with regard to civil rights and freedom of expression, it nonetheless constitutes the only (remaining) independent secular state in the Arab world. Its populist, anti-Imperialist and secular base is inherited from the dominant Baath party, which integrates Muslims, Christians and Druze.

Moreover, in contrast to Egypt and Tunisia, in Syria there is considerable popular support for President Bashar Al Assad. The large rally in Damascus on March 29, “with tens of thousands of supporters” (Reuters) of President Al Assad is barely mentioned. Yet in an unusual twist, the images and video footage of several pro-government events were used by the Western media to convince international public opinion that the President was being confronted by mass anti-government rallies.

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Tens of thousands of Syrians gather for a pro-government rally at the central
bank square in Damascus March 29, 2011. (Reuters Photo)

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Syrians display a giant national flag with a picture of Syria’s President Bashar al-Assad during a
pro-government rally at the central bank square in Damascus March 29, 2011. (Reuters Photo)

The “Epicenter” of the Protest Movement. Daraa: A Small Border Town in southern Syria

What is the nature of the protest movement? From what sectors of Syrian society does it emanate? What triggered the violence?

What is the cause of the deaths?

The existence of an organized insurrection composed of armed gangs involved in acts of killing and arson has been dismissed by the Western media, despite evidence to the contrary.

The demonstrations  did not start in Damascus, the nation’s capital. At the outset, the protests were not integrated by a mass movement of citizens in Syria’s capital.

The demonstrations started in Daraa, a small border town of 75,000 inhabitants, on the Syrian Jordanian border, rather than in Damascus or Aleppo, where the mainstay of organized political opposition and social movements are located. (Daraa is a small border town comparable e.g. to Plattsburgh, NY on the US-Canadian border).

The Associated Press report (quoting unnamed “witnesses” and “activists”) describes the early protests in Daraa as follows:

The violence in Daraa, a city of about 300,000 near the border with Jordan, was fast becoming a major challenge for President Bashar Assad, …. Syrian police launched a relentless assault Wednesday on a neighborhood sheltering anti-government protesters [Daraa], fatally shooting at least 15 in an operation that began before dawn, witnesses said.

At least six were killed in the early morning attack on the al-Omari mosque in the southern agricultural city of Daraa, where protesters have taken to the streets in calls for reforms and political freedoms, witnesses said. An activist in contact with people in Daraa said police shot another three people protesting in its Roman-era city center after dusk. Six more bodies were found later in the day, the activist said.

As the casualties mounted, people from the nearby villages of Inkhil, Jasim, Khirbet Ghazaleh and al-Harrah tried to march on Daraa Wednesday night but security forces opened fire as they approached, the activist said. It was not immediately clear if there were more deaths or injuries. (AP, March 23, 2011, emphasis added)

The AP report inflates the numbers: Daraa is presented as a city of 300,000 when in fact its population is 75,000;  “protesters gathered by the thousands”, “casualties mounted”.

The report is silent on the death of policemen which in the West invariably makes the front page of the tabloids.

The deaths of the policemen are important in assessing what actually happened. When there are police casualties, this means that there is an exchange of gunfire between opposing sides, between policemen and “demonstrators”.

Who are these “demonstrators” including roof top snipers who were targeting the police.

Israeli and Lebanese news reports (which acknowledge the police deaths) provide a clearer picture of what happened in Daraa on March 17-18. The Israel National News Report (which cannot be accused of being biased in favor of Damascus) reviews these same events as follows:

Seven police officers and at least four demonstrators in Syria have been killed in continuing violent clashes that erupted in the southern town of Daraa last Thursday.

…. On Friday police opened fire on armed protesters killing four and injuring as many as 100 others. According to one witness, who spoke to the press on condition of anonymity, “They used live ammunition immediately — no tear gas or anything else.”

…. In an uncharacteristic gesture intended to ease tensions the government offered to release the detained students, but seven police officers were killed, and the Baath Party Headquarters and courthouse were torched, in renewed violence on Sunday. (Gavriel Queenann, Syria: Seven Police Killed, Buildings Torched in Protests, Israel National News, Arutz Sheva, March 21, 2011, emphasis added)

The Lebanese news report, quoting various sources, also acknowledges the killings of seven policemen in Daraa: They were killed  “during clashes between the security forces and protesters… They got killed trying to drive away protesters during demonstration in Dara’a”

The Lebanese Ya Libnan report quoting Al Jazeera also acknowledged that protesters had “burned the headquarters of the Baath Party and the court house in Dara’a”  (emphasis added)

These news reports of the events in Daraa confirm the following:

  1. This was not a “peaceful protest” as claimed by the Western media. Several of the “demonstrators” had fire arms and were using them against the police:  “The police opened fire on armed protesters killing four”.
  2. From the initial casualty figures (Israel News), there were more policemen than demonstrators who were killed:  7 policemen killed versus 4 demonstrators. This is significant because it suggests that the police force might have been initially outnumbered by a well organized armed gang. According to Syrian media sources, there were also snipers on rooftops which were shooting at both the police and the protesters.

What is clear from these initial reports is that many of the demonstrators were not demonstrators but terrorists involved in premeditated acts of killing and arson. The title of the Israeli news report summarizes what happened:  Syria: Seven Police Killed, Buildings Torched in Protests.  The title suggests that the “demonstrators” rather than the police had the upper hand.

The Daraa “protest movement” on March 18 had all the appearances of a staged event involving, in all likelihood, covert support to Islamic terrorists by Mossad and/or Western intelligence. Government sources point to the role of radical Salafist groups (supported by Israel)

Other reports have pointed to the role of Saudi Arabia in financing the protest movement.

What has unfolded in Daraa in the weeks following the initial violent clashes on 17-18 March, is the confrontation between the police and the armed forces on the one hand and armed units of terrorists and snipers on the other which had infiltrated the protest movement.

Reports suggest that these terrorists are integrated by Islamists. There is no concrete evidence as to which Islamic organizations are behind the terrorists and the government has not released corroborating information as to who these groups are.

Both the Syrian Muslim Brotherhood (whose leadership is in exile in the UK) and the banned Hizb ut-Tahrir (the Party of Liberation), among others have paid lip service to the protest movement. Hizb ut Tahir (led in the 1980s by Syrian born Omar Bakri Muhammad) tends to “dominate the British Islamist scene” according to Foreign Affairs. Hizb ut Tahir is also considered to be of strategic importance to Britain’s Secret Service MI6. in the pursuit of Anglo-American interests in the Middle East and Central Asia. (Is Hizb-ut-Tahrir another project of British MI6? | State of Pakistan).

Syria is a secular Arab country, a society of religious tolerance, where Muslims and Christians have for several centuries lived in peace. Hizb ut-Tahrir (the Party of Liberation) is a radical political movement committed to the creation of an Islamic caliphate. In Syria, its avowed objective is to destabilize the secular state.

Since the Soviet-Afghan war, Western intelligence agencies as well as Israel’s Mossad have consistently used various Islamic terrorist organizations as “intelligence assets”. Both Washington and its indefectible British ally have provided covert support to “Islamic terrorists” in Afghanistan, Bosnia, Kosovo and Libya, etc. as a means to triggering ethnic strife, sectarian violence and political instability.

The staged protest movement in Syria is modelled on Libya. The insurrection in Eastern Libya is integrated by the Libya Islamic Fighting Group (LIFG) which is supported by MI6 and the CIA. The ultimate objective of the Syria protest movement, through media lies and fabrications, is to create divisions within Syrian society as well as justify an eventual “humanitarian intervention”.

Armed Insurrection in Syria

An armed insurrection integrated by Islamists and supported covertly by Western intelligence is central to an understanding of what is occurring on the ground.

The existence of an armed insurrection is not mentioned by the Western media. If it were to be acknowledged and analysed, our understanding of unfolding events would be entirely different.

What is mentioned profusely is that the armed forces and the police are involved in the indiscriminate killing of protesters.

The deployment of the armed forces including tanks in Daraa is directed against an organized armed insurrection, which has been active in the border city since March 17-18.

Casualties are being reported which also include the death of policemen and soldiers.

In a bitter irony, the Western media acknowledges the police/soldier deaths while denying the existence of an armed insurrection.

The key question is how does the media explain these deaths of soldiers and police?

Without evidence, the reports suggest authoritatively that the police is shooting at the soldiers and vice versa the soldiers are shooting on the police. In a April 29 Al Jazeera report, Daraa is described as “a city under siege”.

“Tanks and troops control all roads in and out. Inside the city, shops are shuttered and nobody dare walk the once bustling market streets, today transformed into the kill zone of rooftop snipers.

Unable to crush the people who first dared rise up against him – neither with the secret police,  paid thugs or the special forces of his brother’s military division – President Bashar al-Assad has sent thousands of Syrian soldiers and their heavy weaponry into Deraa for an operation the regime wants nobody in the world to see.

Though almost all communication channels with Deraa have been cut, including the Jordanian mobile service that reaches into the city from just across the border, Al Jazeera has gathered firsthand accounts of life inside the city from residents who just left or from eyewitnesses inside who were able to get outside the blackout area.

The picture that emerges is of a dark and deadly security arena, one driven by the actions of the secret police and their rooftop snipers, in which soldiers and protestors alike are being killed or wounded, in which cracks are emerging in the military itself, and in which is created the very chaos which the regime uses to justify its escalating crackdown. (Daraa, a City under Siege, IPS / Al Jazeera, April 29, 2011)

The Al Jazeera report borders on the absurd. Read carefully.

“Tanks and troops control all roads in and out”,  “thousands of Syrian soldiers and their heavy weaponry into Daraa”

This situation has prevailed for several weeks. This means that bona fide protesters who are not already inside Daraa cannot enter Daraa.

People who live in the city are in their homes: “nobody dares walk … the streets”. If nobody dares walk the streets where are the protesters?

Who is in the streets? According to Al Jazeera, the protesters are in the streets together with the soldiers, and both the protesters and the soldiers are being shot at by “plain clothes secret police”, by “paid thugs” and government sponsored snipers.

The impression conveyed in the report is that these casualties are attributed to infighting between the police and the military.

But the report also says that the soldiers (in the “thousands”) control all roads in and out of the city, but they are being shot upon by the plain clothed secret police.

The purpose of this web of media deceit, namely outright fabrications  –where soldiers are being killed by police and  “government snipers”– is to deny the existence of armed terrorist groups. The later are integrated by snipers and “plain clothed terrorists” who are shooting at the police, the Syrian armed forces and local residents.

These are not spontaneous acts of terror; they are carefully planned and coordinated attacks. In recent developments, according to a Xinhua report (April 30, 2011), armed “terrorist groups” “attacked the housing areas for servicemen” in Daraa province, “killing a sergeant and wounding two”.

While the government bears heavy responsibility for its mishandling of the military-police operation, including the deaths of civilians, the reports confirm that the armed terrorist groups had also opened fire on protesters and local residents. The casualties are then blamed on the armed forces and the police and the Bashar Al Assad government is portrayed by “the international community” as having ordered countless atrocities.

The fact of the matter is that foreign journalists are banned from reporting inside Syria, to the extent that much of the information including the number of casualties is obtained from the unverified accounts of “witnesses”.

It is in the interest of the US-NATO alliance to portray the events in Syria as a peaceful protest movement which is being brutally repressed by a “dictatorial regime”.

The Syrian government may be autocratic. It is certainly not a model of democracy but neither is the US administration, which is characterized by rampant corruption, the derogation of civil liberties under the Patriot legislation, the legalisation of torture, not to mention its “bloodless” “humanitarian wars”:

“The U.S. and its NATO allies have, in addition to U.S. Sixth Fleet and NATO Active Endeavor military assets permanently deployed in the Mediterranean, warplanes, warships and submarines engaged in the assault against Libya that can be used against Syria at a moment’s notice.

On April 27 Russia and China evidently prevented the U.S. and its NATO allies from pushing through an equivalent of Resolution 1973 against Syria in the Security Council, with Russian deputy ambassador to the UN Alexander Pankin stating that the current situation in Syria “does not present a threat to international peace and security.” Syria is Russia’s last true partner in the Mediterranean and the Arab world and hosts one of only two Russian overseas naval bases, that at Tartus. (The other being in Ukraine’s Crimea.)” (Rick Rozoff,   Libyan Scenario For Syria: Towards A US-NATO “Humanitarian Intervention” directed against Syria? Global Research, April 30, 2011)

The ultimate purpose is to trigger sectarian violence and political chaos within Syria by covertly supporting Islamic terrorist organizations.

What lies ahead?

The longer term US foreign policy perspective is “regime change” and the destabilization of Syria as an independent nation-state, through a covert process of “democratization” or through military means.

Syria is on the list of “rogue states”, which are targeted for a US military intervention. As confirmed by former NATO commander General Wesley Clark the “[The] Five-year campaign plan [includes]… a total of seven countries, beginning with Iraq, then Syria, Lebanon, Libya, Iran, Somalia and Sudan” (Pentagon official quoted by General Wesley Clark).

The objective is to weaken the structures of the secular State while justifying an eventual  UN sponsored “humanitarian intervention”. The latter, in the first instance, could take the form of a reinforced embargo on the country (including sanctions) as well as the freezing of Syrian bank assets in overseas foreign financial institutions.

While a US-NATO military intervention in the immediate future seems highly unlikely, Syria is nonetheless on the Pentagon’s military roadmap, namely an eventual war on Syria has been contemplated both by Washington and Tel Aviv.

If it were to occur, at some future date, it would lead to escalation. Israel would inevitably be involved. The entire Middle East Central Asian region from the Eastern Mediterranean to the Chinese-Afghan border would flare up.

 

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Michel Chossudovsky is an award-winning author, Professor of Economics (Emeritus) at the University of Ottawa, Director of the Centre for Research on Globalization (CRG) and Editor of globalresearch.ca. He is the author of The Globalization of Poverty and The New World Order (2003) and America’s “War on Terrorism” (2005). He is also a contributor to the Encyclopaedia Britannica. His writings have been published in more than twenty languages.  He spent a month in Syria in early 2011.