«Malheureusement, je suis convaincue que Julian Assange n’obtiendra pas de procès équitable»

Extrait d’un appel de Mairead Maguire*

Prix Nobel de la Paix 1976

Source Horizon et Débats du 27 mai 2019.

Source originaire: www.peacepeople.com/nobel-peace-laureate-maguire-requests-uk-home-office-for-permission-to-visit-her-friend-nobel-peace-nominee-julian-assange-in-prison-in-london du 12/4/19

(Traduction Horizons et débats)

 

Le jeudi 11 avril restera gravé dans l’histoire comme un jour sombre pour les droits de l’humanité. Julian Assange, un homme brave et bon, a été arrêté par le Service métropolitain de police («Metropolitan Police Service»), enlevé de force à l’ambassade d’Equateur sans avertissement préalable dans des modalités réservées à un criminel de guerre et enfermé dans un fourgon de police. Il s’agit d’un moment triste, où le gouvernement britannique, à la demande du gouvernement des Etats-Unis, a arrêté Julian Assange, symbole de la liberté d’expression en tant qu’éditeur de Wikileaks. […]
La décision du président équatorien Lenin Moreno de retirer, sous la pression financière des Etats-Unis, son asile au fondateur de Wikileaks est un autre exemple du monopole mondial des Etats-Unis sur la monnaie. Ce monopole exerce des pressions sur d’autres pays pour qu’ils obéissent aux ordres des Etats-Unis ou qu’ils subissent les conséquences financières et peut-être violentes de leur désobéissance à la prétendue superpuissance mondiale, dépourvue  malheureusement de toute conscience éthique.
Julian Assange avait obtenu l’asile à l’ambassade de l’Equateur, il y a précisément sept ans, en raison de sa propre prévision d’extradition exigée par les Etats-Unis pour le déférer devant le «Grand Jury» (un Tribunal siégeant secrètement) des Etats-Unis – car il avait divulgué des documents prouvant des tueries cachées au public et commis, non pas par lui, mais par les forces américaines et celles de l’OTAN.
Malheureusement, je suis convaincue que Julian Assange n’obtiendra pas de procès équitable. Comme nous l’avons vu au cours des sept dernières années, les pays européens et bien d’autres n’ont pas la volonté politique ou l’influence nécessaires pour défendre ce qu’ils savent être juste et finiront par céder selon la volonté des Etats-Unis. Nous avons vu Chelsea Manning forcée à retourner en prison et à l’isolement, nous ne devons donc pas être naïfs dans notre façon de penser: c’est certainement ce qui attend Julian Assange.
J’ai rendu visite à Julian à deux reprises à l’ambassade d’Equateur et j’ai été très impressionné par cet homme courageux et très intelligent. La première visite a eu lieu à mon retour de Kaboul. De jeunes adolescents afghans avaient insisté pour écrire une lettre et avaient demandé que je la transmette à Julian Assange, pour le remercier d’avoir publier sur WikiLeaks la vérité sur la guerre en Afghanistan et pour avoir aidé à empêcher leur pays d’être bombardé par des avions et des drones. Tous m’ont parlé de frères ou d’amis tués par des drones alors qu’ils ramassaient en hiver du bois dans les montagnes.
Le 8 janvier 2019, j’ai proposé Julian Assange pour le prix Nobel de la paix. J’ai publié un communiqué de presse, semblant avoir été largement ignorée par les médias occidentaux, dans l’espoir d’attirer l’attention sur sa nomination. Par les actions courageuses de Julian et d’autres comme lui, nous pouvions très bien nous rendre compte des atrocités de la guerre. La publication de ces dossiers nous ont permis, à l’aide les médias, de prendre connaissance des atrocités commises par nos gouvernements. Je suis fermement convaincue qu’il s’agit là de la véritable essence d’un militant. C’est une honte pour moi de vivre à une époque, où des gens comme Julian Assange, Edward Snowden, Chelsea Manning et quiconque prêt à nous ouvrir les yeux sur les atrocités de la guerre, sont susceptibles d’être traqués comme des animaux par les gouvernements, pour être punis et réduits au silence. […] Cet homme paie un prix élevé pour sa tentative de mettre fin aux guerres en faveur de la paix et de la non-violence. Nous devrions tous nous en souvenir.     •

*    Mairead Corrigan-Maguire (née le 27  janvier 1944 à Belfast en Irlande du Nord) est co-fondatrice du plus important mouvement pour la paix d’Irlande du Nord, la Community of Peace People. Pour cet engagement, elle a obtenu conjointement avec Betty Williams le Prix Nobel de la paix de l’année 1976. Le déclic pour son engagement fut la mort des ses trois nièces et neveux lors d’une confrontation entre l’IRA et l’armée britannique.

Art. 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques*

  1.  Nul ne peut être inquiété pour ses opinions.
    2.    Toute personne a droit à la liberté d’expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix.
    3.    L’exercice des libertés prévues au par. 2 du présent article comporte des devoirs spéciaux et des responsabilités spéciales. Il peut en conséquence être soumis à certaines restrictions qui doivent toutefois être expressément fixées par la loi et qui sont nécessaires:
    a)    au respect des droits ou de la réputation d’autrui;
    b)    à la sauvegarde de la sécurité nationale, de l’ordre public, de la santé ou de la moralité publiques.

*     Ce Pacte conclu à New York le 16/12/1966, signé jusqu’à présent par 169 Etats, est juridiquement contraignant.

 

Chronologie

  1. Octobre 2006: La plateforme de dévoilement WikiLeaks.org, dont l’initiateur et fondateur est Julian Assange, est officiellement enregistrée.
  • Début 2010: WikiLeaks reçoit un large inventaire de documents classifiés américains.
  • Avril 2010: WikiLeaks publie une vidéo militaire américaine secrète (vidéo «Collateral Murder») montrant l’assassinat aveugle de plus d’une douzaine de personnes dans la banlieue irakienne de New Bagdad, dont deux membres de Reuters News.
  • Mai 2010: Bradley Manning (aujourd’hui Chelsea Manning), analyste du renseignement de l’armée américaine, est arrêté en Irak pour avoir publié WikiLeaks.
  • Juillet 2010: Publication du journal de guerre afghan («Afghan War Diary») avec 91 000 documents classifiés documentant une image non filtrée de la guerre.
  • Octobre 2010: «Iraq War Logs» (Journal de guerre de la guerre en Irak, 2004–2009): 391 832 documents secrets sont publiés; d’après ces documents, 66’081 des 109 032 victimes étaient des civils.
  • Novembre 2010: Un tribunal suédois ordonne la détention d’Assange dans le cadre d’une enquête sur des allégations de viol et de violence sexuelle.
    «Cablegate» (Publication de dépêches provenant d’ambassades américaines par WikiLeaks): WikiLeaks commence à publier une collection de 251 287 rapports internes et d’évaluations de la situation des ambassades américaines dans le monde entier adressés au Département d’Etat américain, au cours de la période de décembre 1966 à février 2010. Le matériel fourni à l’avance par WikiLeaks à certains médias internationaux tels que le «New York Times», le «Guardian», «Le Monde», «El Pais» et Der Spiegel est édité et mis en contexte, suite à une étroite collaboration entre ces publications. Les dépêches montrent avant tout comment les Etats-Unis voient le monde et comment ils essaient de l’influencer.
    Le procureur général des Etats-Unis Eric Holder affirme que le ministère de la Justice et le Pentagone mènent une «enquête criminelle active en cours» pour déterminer si Assange a violé le droit pénal, y compris la Loi sur l’espionnage.
  • Décembre 2010: La police britannique arrête Assange sur mandat d’arrêt européen délivré par la Suède. Assange est libéré sous caution après une semaine.
  • Février 2011: La Haute Cour britannique ordonne l’extradition d’Assange vers la Suède – sans mise en accusation. Assange fait appel de la décision, craignant l’extradition vers les Etats-Unis.
  • Avril 2011: Publication des «Gitmo files» (fichiers de Guantánamo): 779 documents sur les prisonniers de Guantánamo contiennent des informations choquantes sur chacun des «unlawful enemy combatants» (combattants ennemis illégaux) de la «Guerre contre le terrorisme» de George W. Bush, dont certains sont toujours détenus sur le territoire cubain.
  • Mai 2011: Selon des rapports, le gouvernement américain ouvre une audience du «Grand Jury» (Cour secrète) pour déterminer si WikiLeaks et Assange peuvent être poursuivis pour d’éventuels crimes, dont l’espionnage.
  • Septembre 2011: WikiLeaks publie l’ensemble des dépêches diplomatiques sans déformation aucune après qu’un journaliste collaborant avec WikiLeaks ait publié le mot de passe pour décrypter une sauvegarde.
  • Novembre 2011: La Haute Cour britannique décide qu’Assange doit être extradé vers la Suède. Il fait de nouveau appel et reste assigné à résidence.
  • Février 2012: Publication de 5 millions de courriels concernant la «société de sécurité» texane Stratfor, un service de renseignement privé travaillant en étroite collaboration avec les services américains et israéliens. Dans un courriel, le vice-président de Stratfor Fred Burton affirme: «Nous avons une ‹sealed complaint› (accusation secrète ‹scellée›) contre Assange.»
  • Mai 2012: La Cour suprême du Royaume-Uni décide que l’extradition d’Assange vers la Suède est légale et doit avoir lieu.
  • Juin 2012: Assange s’enfuit à l’Ambassade d’Equateur à Londres et demande l’asile politique. Le «Westminster Magistrates Court» (Tribunal de première instance de Westminster) délivre un mandat d’arrêt pour violation de la liberté sous caution parce qu’Assange s’est rendu de l’assignation à résidence à l’ambassade de l’Equateur.
  • Août 2012: L’Equateur accorde l’asile politique à Assange.
  • Août 2013: Bradley Manning est condamné à 35 ans de prison pour espionnage.
  • Mars 2015: Un juge de la Cour de district des Etats-Unis déclare que le FBI et le Département de la Justice des Etats-Unis poursuivent toujours une enquête criminelle «active et en cours» envers WikiLeaks et Assange au sujet des fuites de Manning.
  • Août 2015: Les procureurs suédois clôturent leurs enquêtes sur les allégations de violences sexuelles, car le temps imparti pour engager des poursuites est compté. Les enquêtes sur les allégations de viol se poursuivent.
  • Février 2016: Le Groupe de travail des Nations Unies contre la détention arbitraire décide que le séjour d’Assange à l’ambassade de l’Equateur équivaut à une «détention arbitraire» et qu’il doit être indemnisé pour cela. Le Royaume-Uni et la Suède rejettent cette décision.
  • Juillet 2016: WikiLeaks publie 19 000 courriels du Comité national démocrate américain (DNC) et du conseiller de campagne d’Hillary Clinton, John Podesta. Par la suite, on a prétendu qu’ils avaient été transmis à WikiLeaks par des pirates russes, malgré les réfutations d’Assange.
  • Novembre 2016: Le procureur suédois interroge Assange à l’ambassade d’Equateur à Londres concernant les allégations de viol.
  • Mars 2017: Les procureurs américains auraient élargi leurs enquêtes par le «Grand Jury» contre WikiLeaks et Assange.
    Sous le nom de «Vault 7», WikiLeaks publie des documents de la CIA décrivant en détail les activités et les capacités de la CIA en matière de surveillance électronique et de cyberguerre.
  • Avril 2017: Le directeur de la CIA Mike Pompeo (aujourd’hui Secrétaire d’Etat américain) dénomme WikiLeaks «un service de renseignement ennemi non étatique, souvent soutenu par des acteurs étatiques tels que la Russie.»
    Le procureur général des Etats-Unis Jeff déclare que l’arrestation d’Assange est une «priorité», et CNN rapporte que les autorités ont porté plainte contre lui.
  • Mai 2017: Chelsea Manning est graciée par le président américain de l’époque Obama.
    Les procureurs suédois mettent fin à leurs enquêtes sur les accusations de viol portées contre Assange et déclarent qu’ils ne peuvent continuer leur enquête sans la présence d’Assange en Suède. Son mandat d’arrêt est levé.
  • Décembre 2017: L’Equateur accorde la citoyenneté équatorienne à Assange.
  • Février 2018: Le «Westminster Magistrates Court» rejette une demande des avocats d’Assange visant à faire annuler le mandat.
  • Mars 2018: L’Equateur coupe l’accès d’Assange à Internet et au téléphone et n’autorise que les visites de ses avocats au motif qu’il se serait ingéré dans les affaires des autres pays.
  • Juin 2018: Des fonctionnaires consulaires australiens visitent Assange pour la première fois à l’ambassade de l’Equateur; la raison de cette visite n’est pas révélée.
  • Juillet 2018: Le ministre britannique des Affaires étrangères Jeremy Hunt déclare qu’Assange fait face à de «graves accusations». On prétend par la suite qu’Hunt s’est référé au mandat pour manquement aux conditions de sa libération sous caution.
  • Novembre 2018: On apprend que la justice américaine a préparé secrètement un acte d’accusation contre Assange.
  • Mars 2019: Chelsea Manning est à nouveau arrêtée pour avoir refusé de témoigner devant le «Grand Jury» dans le procès contre Julian Assange.
  • Avril 2019: Le président Lenín Moreno (Equateur) déclare qu’Assange va perdre son statut d’asile parce qu’il a violé ses conditions d’asile. Peu de temps auparavant, WikiLeaks avait fait état d’enquêtes de corruption contre Moreno.
    Un expert indépendant des droits de l’homme doit se rendre auprès d’Assange le 25 avril pour déterminer si les allégations portées contre lui nécessitent une enquête.
  • Le 11 avril, Assange est arrêté après presque 7 ans passés à l’ambassade de l’Equateur à Londres. Une demande d’extradition des Etats-Unis a été déposée contre Assange. La justice américaine l’accuse de «conspiration pour envahir des ordinateurs».
  • Mai 2019: Selon le journal espagnol «El Pais», le procureur général de l’Equateur, à la demande de la justice américaine, a ordonné la perquisition des anciens locaux d’Assange et la remise de tous ses documents aux autorités américaines, y compris tous les téléphones portables, archives numériques, fichiers et supports de stockage (CD, clés USB).
  • Mai 2019: Chelsea Manning est de nouveau arrêtée le 16 mai. Manning a été arrêtée pour outrage au tribunal d’Alexandrie en Virginie aux USA, a déclaré un porte-parole de son équipe d’avocats. La lanceuse d’alertes avait auparavant à nouveau refusé de témoigner sur le cas de Julian Assange.

 

 

«Mind Award»: une distinction pour Daniele Ganser

par Doris Feigenbutz

Horizons et débats,

Zurich, 30 avril 2019.

 

Le 26 mars, l’irénologue Daniele Ganser a obtenu à la Stadthalle de Montabaur le «Mind Award». Cette distinction internationale pour «Awareness, Education, Science, Art and Peace» fut créée par le consultant Achim Kunst en 2010. Cette distinction est remise à des personnes et des activités d’importance mondiale favorisant dans un sens global la formation et les connaissances. Franz Alt et Götz Werner sont deux des personnalités ayant déjà été nominées. Cette année, Daniele Ganser a été choisi pour avoir démasqué avec courage des vérités inconfortables – souvent au prix de désavantages personnels. 

 

csm_CC_20190430_10_Ganser-Maind-award_f84f1e9512

Achim Kunst, Mme Jahn, Daniele Ganser et Rüdiger Dahlke. (photo http://www.mindaward.com)
 

Le panégyrique a été tenu par le lauréat de 2014, le médecin et psychothérapeute Rüdiger Dahlke. Il a honoré l’attitude admirable de Daniele Ganser de suivre sa conscience même dans des temps difficiles et même si ses vérités ne correspondent pas au mainstream ou soulèvent de fortes contre-réactions. Daniele Ganser n’a jamais été contredit, mais très souvent ignoré ou dénigré. Après avoir vu leur réputation en danger, les Universités de Bâle et de Zurich se sont séparées de lui. Lorsque Daniele Ganser a porté à la lumière des vérités désagréables sur la recherche concernant le 11-Septembre, la «bonne renommée» de leurs universités était plus importante que le soutien de leur chercheur de la paix (irénologue). Il faut avoir un fort soutien – dans son cas, celui de sa femme et sa grande «communauté» – pour encourir le risque de perdre son poste de travail en défendant la vérité. Médecin spécialisé en psychosomatique, le docteur Dahlke a expliqué «comment les personnes psychiquement blessées et ne sachant pas se défendre, risquent de tomber malades. Cependant résister est la meilleure voie pour rester sain». Si les faits et les connaissances transmises mènent d’autres personnes à mieux comprendre les fonctionnements du monde, cela est bon pour leur santé psychique.
A la suite de cet hommage, Daniele Ganser a pris la parole, a remercié l’intervenant et a ajouté en s’adressant à toutes les personnes se trouvant dans des situations conflictuelles semblables: «Adressez-vous à votre entourage le plus proche et ne perdez pas de vue vos valeurs.» Il a déclaré qu’il accepte cette distinction à titre représentatif pour toutes les personnes s’engageant pour la paix. Puis, il a profité de l’occasion pour réveiller à sa manière toujours très vive les plus de 600 auditeurs de tous les âges. Avec la devise «L’Allemagne s’arme», il a démontré comment, en contournant les contribuables, les dépenses d’armement de l’Allemagne – dans le jargon gouvernemental «l’état de la défense» – vont être imperceptiblement augmentés de 40 à environ 80 milliards d’euros. Ces 40 milliards supplémentaires ne se présentent pas en euros mais avec le chiffre de 2%. Sous la chancelière Merkel, l’état a augmenté de 1,18% à 1,37%. Elle a déjà prévu les 1,5%. Quiconque tente de recalculer est surpris de voir comment la différence de moins de 1% peut atteindre 40 milliards d’euros. Puis, Daniele Ganser se fait un plaisir d’expliquer comment la pensée de la population est manipulée. Dans les communiqués de presse, on parle de 2% du PIB. Cette abréviation pour le Produit intérieur brut semble inoffensif. En Allemagne, en 2018, le PIB représentait cependant 4200 milliards d’euros. Celui qui se surprend à penser «ah bon?», parce qu’il pensait qu’il s’agissait de 2% du budget d’Etat s’élevant en Allemagne à 343 milliards d’euros pour 2018, s’est déjà fait duper par les dissimulations. Le Produit intérieur brut est l’entière production économique de la population d’un pays en une année. De cette somme, on veut déduire 40 milliards pour faire la guerre sans que la population l’apprenne directement ou qu’elle soit consultée.

L’Allemagne entreprend une phase de réarmement massif

Daniele Ganser précise: «Nous sommes au début d’un réarmement massif sans que nous le remarquions.» Cela fonctionne en Allemagne, parce que ce pays a une économie forte, c’est la plus grande économie nationale d’Europe. Et Ganser de préciser: avec cette somme, l’Allemagne avance dans le tableau des budgets militaires des nations du 9e au 3e rang mondial. En se référant à la Suisse, son pays d’origine, il a précisé qu’une telle chose était impossible en Suisse sans votation populaire. Et d’affirmer qu’il était sûr qu’en Allemagne aussi, une grande majorité y était opposée. Mais qui a le dernier mot dans ce pays? Puis, il enchaîne avec une leçon sur quelques détails concernant l’OTAN.
Les 2% sont exigés par le président américain Donald Trump et par l’OTAN – en Allemagne d’ailleurs aussi par Richard Grenell, le nouvel ambassadeur américain en Allemagne. Le vice-président du Bundestag Wolf­gang Kubicki (FDP) s’est tellement indigné de cette ingérence qu’il a exigé que Grenell soit immédiatement renvoyé.

csm_HD_20190428_10_Ganser-Buchtitel_ec99924642

La chaîne de commandement mène au Pentagone

L’OTAN est un pacte militaire fondé en 1949 à Washington. Entretemps, 29 pays y ont adhéré. Il est dirigé par le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg, un Européen, se trouvant sous la commandement du président Trump. Le général américain suprême s’appelle Curtis Scaparrotti. Dans la chaîne de commandement, il est directement soumis au président des Etats-Unis. Il préside le United States European Command sis à Stuttgart. C’est le lieu de travail du plus haut général américain.
Le siège principal de l’OTAN se trouve au Pentagone, donc l’OTAN est en possession des Etats-Unis. Daniele Ganser a conseillé à l’Allemagne de quitter l’OTAN et en mémoire de sa propre histoire de ne plus envoyer de troupes à l’étranger. Il a également rappelé l’interdiction onusienne du recours à la force. La Charte des Nations Unies interdit la guerre, il faut le répéter sans cesse. A Munich, 3500 personnes ont manifesté contre l’augmentation du budget militaire. Comme Daniele Ganser, ils étaient de l’avis qu’il faudrait utiliser cet argent pour l’amélioration de la situation interne de l’Allemagne.

La vigilance, antidote à la manipulation 

Avant de terminer, il est revenu au sujet du contrôle de la pensée. Les manipulations sont sensées empêcher la réalisation d’événements désagréables. Le moyen par lequel on peut atteindre cela est appelé «frames». On investit beaucoup d’argent dans la construction de «frames», bien qu’assez souvent, il s’agit d’une sélection de «bons» mots, de l’utilisation de certaines notions, connotées positivement (ou négativement), dirigeant la pensée dans la direction voulue. Le moyen pour contrecarrer cela est la vigilance. Il est nécessaire d’observer attentivement ses propres réflexions. Ce à quoi on pense le plus se fixe dans la pensée: «Alors, pensons plus souvent à la paix.» Il a terminé sa présentation, suivie d’une standing-ovation.     •

 

Commémoration de vingtième anniversaire de la guerre de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie

Curieusement baptisée “Opération Force alliée”, la guerre de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie, certes en voie de dislocation, a duré 78 jours, du 23 mars au 10 juin 1999.

Décidée à la suite de l’échec des pourparlers entre les indépendantistes kosovars et la Yougoslavie, cette guerre se traduisit par le bombardement de la Serbie, principalement par les forces aériennes des EEUU, mais avec la participation active de la plupart des Etats membres de l’OTAN, à commencer par la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, l’Espagne, le Canada, la Turquie, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark ainsi que l’Allemagne dont ce fut la première opération militaire à l’étranger depuis la IIe Guerre mondiale.

Pour les juristes indépendants, il ne fait guère de doute que cette guerre constitue une violation flagrante de la Charte des Nations unies, du droit international et même du ius in bello, car y furent utilisées des bombes à uranium appauvri qui continuent, vingt ans après, de causer souffrances et morts.

Cette guerre déboucha sur la proclamation de l’indépendance du Kossovo reconnue par un grand nombre d’Etats mais contestée par beaucoup d’autres. On en ignore souvent une autre conséquence, à savoir l’implantation au Kossovo par les EEUU d’une base militaire gigantesque puisqu’elle occupe une superficie de 3,865 km2, soit nettement plus que celle du Grand duché de Luxembourg (2’586 km2).

Pour commémorer ce vingtième anniversaire d’une guerre qui fut la première d’une série d’entreprises similaires déclenchées ailleurs dans le monde par le EEUU, une Conférence internationale pacifiste intitulée “Ne jamais oublier : favoriser la paix et la prospérité au lieu de la guerre et la pauvreté”, s’est tenue à Belgrade sous la présidence de Zivadin Jovanovic qui fut ministre des affaires étrangères de Yougoslavie de 1998 à 2000. Cette conférence rassembla plus de deux cents personnalités issues d’une trentaine de pays.

Le journal suisse Horizons et débats consacre, dans son numéro du 15 avril 2019, plusieurs articles à cette manifestation et à cet anniversaire. Nous en reproduisons trois ci-après.

  IR

Editorial

par Erika Vögeli

Source : Horizons et débats, Zurich, 15 avril 2019-04-18https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-9-15-avril-2019/editorial.html

 

«Horizons et débats» a toujours condamné la guerre de l’OTAN dans les Balkans – comme toutes les autres guerres avant et après 1999 – et a constamment remis en question les reportages présentés dans les médias. Les conflits doivent être traités à la table de négociation, toute solution doit respecter tant le droit international et le droit des peuples à l’autodétermination ancré dans les pactes internationaux que les droits de l’homme des populations concernées. Concernant la vie de tous les habitants de cette seule et unique planète sur laquelle nous et les générations futures veulent vivre, nous avons toujours eu le souci d’attirer l’attention sur les crimes de guerre commis dans toutes ces guerres à l’aide d’armes qui, outre les dévastations immédiates, détruisent ou compromettent à long terme la vie des personnes touchées et leurs moyens de subsistance.
La devise de la conférence pour la 20e commémoration de la guerre d’agression de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie, «Agression de l’OTAN: ne jamais oublier», est en ce sens une mission d’humanité au service de la paix.
Ne pas oublier les terribles conséquences de la guerre pour les peuples concernés – de toutes les guerres, mais aussi de l’agression contre la République fédérale de Yougoslavie, la première guerre sur sol européen après le «Plus jamais!» des deux guerres mondiales –, c’est ce que nous devons aux victimes, aux générations actuelles et futures, mais aussi à l’égard de la vérité et de notre conscience.
Comme pour toutes les guerres, cette guerre aussi, débuta avec de la propagande et de la manipulation pour tenter d’induire en erreur notre pensée et d’endormir notre conscience. Sous prétexte d’agir au nom des droits de l’homme, les droits les plus fondamentaux de la population de ce pays ont été bafoués. Le droit international, la Charte des Nations Unies, les accords internationaux – tout fut ignoré au service des intérêts du pouvoir d’un «nouvel ordre mondial» proclamé.
Quiconque ne veut pas, en tant qu’être humain, se faire prendre ses pensées et ne veut pas s’orienter uniquement sur des «narratifs», mais aussi sur les faits et les sources, connaît aujourd’hui les mensonges ayant servi de prétexte à cette guerre-ci.
Le soir précédant la Conférence de Belgrade, on proposa aux participants déjà présents de s’imprégner de l’exposition de photos des 78 jours de bombardement de l’OTAN et de ses conséquences pour la population et le pays. Ce sont – comme toutes les images de guerre – des photos d’horreur, de souffrance humaine, de destruction volontaire posant sans cesse la question au spectateur: Pourquoi? Pourquoi les gens font-ils cela? Quiconque s’est déjà penché sur cette question se souviendra de la photo de la fillette vietnamienne, qui, en 1961, brûlée par du Napalm, court vers le spectateur. Comme celle-là, ces photos crient aussi dans la conscience du spectateur: «Qu’ai-je fait, qu’est-ce que nous vous avons fait?»
Au cours des deux jours de cette réunion, 78 orateurs ont exprimé de manières très diverses les raisons pour lesquelles cette guerre et ses victimes ne doivent pas être oubliées, pourquoi un tel oubli ouvre la voie à de nouvelles guerres et de nouvelles injustices, et comment l’un des dangers pour l’humanité aujourd’hui réside dans le manque d’interpellation des véritables responsables à assumer leurs responsabilités.
Ces raisons nous rappellent de quelle manière cette première guerre d’agression sur sol européen après 1945 à été préparée sans mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies: avec des mensonges hasardeux, une déformation indescriptible de l’histoire, une diabolisation et un pilonnage médiatique – contre la Charte de l’ONU, les accords et traités internationaux, contre les rapports contraires présentés par d’hauts responsables de l’OSCE et contre les enquêtes ayant déjà démenti la rhétorique belliciste. Les participants se sont également mis d’accord sur la dimension géopolitique de l’ensemble – ce n’étaient pas des préoccupations «humanitaires», mais des objectifs géostratégiques très concrets poursuivis avec une brutalité inouïe.
Des paroles claires ont été prononcées par les représentants officiels de la Serbie. Alors que les autorités avaient été très prudentes au cours des années écoulées, on entend à l’heure actuelle des paroles beaucoup plus claires et plus explicites. L’actuel ministre serbe de la Défense, Aleksandar Vulin, par exemple, a qualifié l’objectif de guerre de tentative de faire disparaître la nation serbe, biologiquement et historiquement – biologiquement en ce qui concerne les armes utilisées, historiquement avec la tentative d’anéantissement de nombreux biens culturels historiques et de la dignité de la population de ce pays.
Bien que les représentants de la protection NBC de l’armée serbe aient déjà discuté des conséquences des munitions à l’uranium tirées en Serbie et au Kosovo à l’occasion de la 10e commémoration des bombardements. La pertinence de cette question était visible et clair pour tous les participants: les conséquences au sein de la population sont évidentes suite à la sérieuse augmentation des cancers et des décès, et la population demeure bien consciente des raisons de cette évolution.
Fulvio Grimaldi, journaliste italien de 85 ans, documentaliste et correspondant de guerre de longue date, entre autres à la Télévision italienne, a parlé de la dimension historique et culturelle: sur les théâtres de guerre du monde, il a observé comment, très souvent, les premières choses détruites sont les biens culturels afin de s’attaquer à l’identité culturelle des peuples. La politique de pouvoir de la globalisation ne supporte pas l’identité culturelle. Selon Grimaldi, il lui faut une «identité amorphe, n’ayant rien à voir avec une réelle identité».
Les sentiments et la pensée déterminent l’action humaine. Des informations authentiques et l’approfondissement d’une réflexion sur les évènements – par exemple ici en Serbie – engendrent une ouverture pleine de compassion envers autrui et contribuent au développement d’une culture de paix en soi et envers l’Humanité.

 

«Arrêtez la confrontation, commencez à dialoguer!»

Succès de la Conférence de Belgrade intitulée «Ne jamais oublier: favoriser la paix et la prospérité au lieu de la guerre et la pauvreté»

Interview avec Zivadin Jovanovic, président du «Forum de Belgrade pour un monde d’égaux»*

Source : Horizons et débats, Zurich, 15 avril 2019

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-9-15-avril-2019/arretez-la-confrontation-commencez-a-dialoguer.html

csm_ZF_20190409_09_Einladungsplakat_c881e75683

 

Affiche d’invitation à la conférence de Belgrade.

 

A l’occasion du 20e anniversaire de l’agression de l’OTAN contre la Serbie (République fédérale Yougoslavie RFY) eut lieu à Belgrade les 22 et 23 mars 2019 une conférence internationale intitulée «Ne jamais oublier: favoriser la paix et la prospérité au lieu de la guerre et la pauvreté». Les organisateurs du colloque furent le «Forum de Belgrade pour un monde d’égaux» [«Belgrade Forum for the World of Equals»], la «Fédération serbe des associations de vétérans de la guerre de libération nationale», la «Fédération des généraux et amiraux serbes», donc une association d’hôtes serbes en collaboration avec le «Conseil mondial de la Paix». Outre les participants serbes, plus de 200 invités de haut niveau, représentant une trentaine de pays du monde entier, y ont participé. Les organisateurs ont salué les participants et les ont cordialement remerciés pour leur solidarité, leur soutien et la grande aide humanitaire dans une des plus difficiles périodes de l’histoire récente de la Serbie. 
Les deux jours furent bien remplis avec 78 interventions. Une exposition de photos dramatitques illustrait la souffrance de la population serbe pendant la guerre d’agression de l’OTAN de 1999.
Le congrès a honoré et rendu hommage au personnel militaire et policier ayant fait de très grands sacrifices lors de la défense du pays, et aux victimes civiles ayant perdu leur vie pendant cette guerre dont la durée fut de 78 jours.
 

Horizons et débats: Le congrès que vous avez organisé avec de nombreux invités du monde entier vient de prendre fin. Quelles sont vos impressions et vos conclusions après ces trois jours?

Zivadin Jovanovic: Je pense que cette conférence a été un grand succès, concernant les participants, le contenu et les conclusions. Concernant les participants, nous avons eu 200 invités d’environ 30 pays, de tous les continents, sauf l’Australie. Tous sont unis dans l’aspiration de la paix, de la solidarité et d’un développement pacifique. Il y avait des écrivains, des scientifiques, quelques politiques, des diplomates, des analystes stratégiques, tous des personnalités connues dans leurs pays respectifs. Ils sont venus à l’occasion de la 20e commémoration de la guerre d’agression de l’OTAN contre la République fédérale Yougoslavie – une attaque en violation du droit international – pour commémorer des victimes et pour nous rappeler les destructions, la cruauté et l’arrogance de l’unique alliance militaire, qu’est OTAN. Ce sont tous des amis de la Serbie ayant fait preuve de leur solidarité et de leur appui pendant les trois décennies de processus et d’évolutions turbulentes dans les Balkans. Nous avons également tenté de développer une vision de la paix en Europe et dans le monde, une vision d’un développement incluant tous les peuples et tous les pays. Je pense que nous pouvons être contents du contenu de la déclaration finale (cf. page 2) et je pense qu’elle trouvera un bon accueil …

Monsieur Jovanovic, vous venez de donner le signal de départ pour le marathon vers le mont Athos. Pouvez-vous nous donner quelques détails? Car cette course est un élément du congrès.

C’est une manifestation traditionnelle des athlètes. Des athlètes serbes avaient pris l’initiative, mais des athlètes des pays voisins y participent également. Ainsi, c’est un marathon commémoratif international. Chaque année, ils partent dans une autre direction pour répandre le message suivant: l’agression de l’OTAN de 1999 ne doit plus jamais se répéter et elle ne doit jamais tomber dans l’oubli. Notamment parce qu’à l’heure actuelle, il y a effectivement une grande instabilité, dans les Balkans et dans une grande partie de l’Europe. Nous devons donc être vigilants, car il n’y a pas de garantie automatique pour la paix, la stabilité et le développement. Il faut toujours y travailler pour les conserver. Ce marathon porte le message de la raison et de la sagesse. Chaque jour, ils courent 100 km. Mais ils s’arrêtent à chaque monument historique pour rendre hommage aux victimes, pas seulement aux victimes de l’agression de l’OTAN, mais également aux victimes de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. Le long du trajet qu’ils parcourront aujourd’hui et demain, il y a malheureusement un grand nombre de ces monuments.

C’est impressionnant et touchant – et malheureusement de grande actualité.

Nous devons nous rendre compte des risques auxquels nous sommes confrontés actuellement, suite à la méfiance grandissante, les confrontations mondiales et la nouvelle course à l’armement. D’énormes moyens financiers sont investis dans la préparation de la guerre, alors que le développement et la vie sociale des populations sont négligés. Nous assistons à une évolution dan-
gereuse. Par exemple, actuellement en Europe on transforme les structures civiles pour pouvoir mieux servir les besoins militaires.
Je pense que nous nous sommes déjà profondément enlisés, et il me semble que nous ne sommes pas suffisamment conscients de ce qui se passe aujourd’hui. Nous sommes pleinement occupés par nos tâches et nos devoirs quotidiens, alors que nous devrions tous comprendre et évaluer sérieusement les profonds changements, les dangers et les menaces remettant en question notre sécurité. Nos activités actuelles servent exclusivement à consolider les connaissances de ce qui se passe dans le monde, à mobiliser les personnes pacifiques et les forces de résistance contre les dangers et à diffuser notre message: arrêtez les confrontations, commencez à dialoguer, n’admettez pas le piétinement du droit et des accords internationaux, négociez de bonnes solutions, stoppez l’abus de l’économie et des infrastructures pour des buts militaires.

Quelles autres manifestations commémoratives concernant la guerre de 1999 y a-t-il encore en Serbie?

Le marathon commémoratif n’est qu’une manifestation de toute une série. Il y a eu le congrès de deux jours, l’excellente exposition de documents et de photos de l’agression contre notre pays. Nous avons également publié plusieurs nouveaux livres rédigés par les meilleurs auteurs pour commémorer les événements. Hormis ces activités, il y a encore d’autres manifestations faisant part de ce que nous appelons «People’s diplomacy» ou «diplomatie du peuple». Aujourd’hui [le 24 mars 2019] le gouvernement organise une manifestation à Niš. C’est une manière de commémorer des victimes et d’appeler à choisir le chemin de la paix, de la coopération et de la solidarité et non pas celui de la confrontation.

Vous avez mentionné les nombreux invités de l’étranger. Comment voyez-vous leurs participations à ce colloque?

Nous avons beaucoup d’amis auxquels nous exprimons notre grand respect et notre gratitude pour leur soutien, leur collaboration, leur solidarité, leurs contributions humanitaires pour notre pays, la Serbie et le peuple serbe, pendant des décennies. Nous apprécions beaucoup que nos amis dans le monde entier organisent également des conférences, comme celle de Vienne, celles de New York et de Washington, de Prague et de Bratislava. La semaine prochaine trois conférences auront lieu en Italie: à Rome, à Bologne et à Florence.
Nous, du «Forum de Belgrade pour un monde d’égaux», sommes heureux que ces initiatives nous reconnaissent comme le centre des activités, qu’elles reprennent nos thèses principales, qu’elles nous envoient des messages de solidarité, etc. Il est très positif qu’autant de personnes dans de si nombreux pays du monde soient conscientes de la signification de cette guerre d’agression de l’OTAN de 1999 et des conséquences dévastatrices de toute politique expansionniste et de conquête. C’est encourageant pour l’humanité.

Comparé aux années précédentes, le mouvement pour la paix s’est-il renforcé dans le cadre de votre congrès?

Oui, je pense qu’il y a une évolution positive dans nos activités. Il est positif que nous soyons devenu plus conscients de nos devoirs et que nous réagissions à une situation étant loin d’être réjouissante ou encourageante.
Je rappelle l’évolution positive au sein même de la Serbie. En 2000 ou en 2001, personne n’aurait organisé une manifestation concernant la guerre d’agression de l’OTAN. Il n’y avait aucun signal dans ce sens de notre gouvernement – ni pour une culture de la mémoire, ni pour une culture du respect des victimes. Non, ils étaient muets et la presse, les grands médias serbes ne parlaient jamais de «guerre d’agression». Ils mentionnaient l’«intervention», la «campagne de l’OTAN», ou à la limite, le «bombardement». Mais nous avons constamment utilisé la seule bonne appellation décrivant la réalité de cette attaque. C’était une pure guerre d’agression contre un pays souverain qui n’avait attaqué aucun autres pays. Cette guerre n’était pas motivée par un raisonnement humanitaire ou d’autres raisons similaires, mais uniquement par des objectifs géopolitiques et le but d’élargir le territoire de l’OTAN vers l’Est.

Heureusement, vous n’êtes plus seuls dans votre pays.

Oui, nous avons avec notre congrès de cette année un immense écho, comme nous ne l’avons jamais eu auparavant. Tout ce que nous faisons est transmis à la population par les médias serbes. On ne parle quasiment plus que de la «guerre d’agression» tant le président que le Premier ministre, que les gens dans la rue – et même les journalistes. C’est un signe de changement. Nous avons réussi. Nous connaissions la vérité et nous avons réussi à amener d’autres à la voir également. La presse a très bien couvert notre congrès. C’était vraiment excellent. Ils nous ont accordé beaucoup de place, deux pages entières dans un quotidien, en meilleur emplacement. Hier, un des plus anciens et traditionnels journaux d’Europe, nous a voué une page entière. C’est du jamais vu. Dans le passé, ils nous ont très souvent ignorés. Dommage que les politiciens ne nomment pas les organisateurs du congrès. L’information du lieu du colloque dans la «Army House» [Maison de l’Armée] ainsi que la transmission du très grand succès de la réunion ont été données. Ils ont résumé les interventions et leurs auteurs avec de nombreuses citations, rien à redire, mais ils omettent de dire que le «Forum de Belgrade pour un monde d’égaux» était l’organisateur. Ils parlent tout juste d’organisations de vétérans, de généraux et d’amiraux etc. Mais ils ne nous mentionnent pas.
Malgré tout: le plus important est que les gens puissent s’informer sur les résultats de notre réunion et que la vérité soit diffusée.

Un grand merci! Nous vous sommes très reconnaissants pour tout ce que vous avez fait et d’avoir réuni ici autant de personnes. C’est un immense travail et nous vous souhaitons, à vous et à votre pays, plein de bonnes choses.    •

 

Sanja – un message de bienvenue adressé à la Conférence

par Willy Wimmer, ancien secrétaire d’Etat au ministère de la Défense, 

vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE de 1994 à 2000, 

Membre du Bundestag allemand de 1976 à 2009 

Source : Source : Horizons et débats, Zurich, 15 avril 2019

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-9-15-avril-2019/sanja-un-message-de-bienvenue-adresse-a-la-conference.html

 

La guerre d’agression sans précédent menée par les troupes de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie a un visage. C’est le visage de Sanja qui fut, à l’âge de quinze ans, arrachée à une vie prometteuse. Depuis six mois, elle était élève de l’internat d’élite pour mathématiques de Belgrade. Elle avait obtenu cette place comme la deuxième meilleure mathématicienne de sa classe d’âge. Elle était un grand espoir pour son pays, peut-être un digne successeur de Nikola Tesla. Elle fut tuée par des avions de combat de l’OTAN sur le pont de sa ville natale de Varvarin, tout comme d’autres, dans une attaque terroriste typique pour l’OTAN. Typique parce que le modèle correspondait à ce dont le monde avait dû prendre connaissance lors de l’attaque contre l’ambassade de la République populaire de Chine à Belgrade. Là aussi, il s’agissait pour les Etats-Unis de poursuivre la choquante guerre d’agression contre la République fédérale de Yougoslavie.
Il y a encore un autre visage de cette guerre. Celui du porte-parole de l’OTAN, Jamie Shea. Rarement un si petit nombre de personnes a menti à autant de gens avec d’aussi énormes conséquences comme cela fut le cas de la part de l’OTAN et des responsables politiques occidentaux dont Tony Blair, Josef Fischer et Madeleine Albright. L’esprit malsain avec lequel un pays a été agressé en temps de paix existe encore de nos jours. On ne peut évaluer autrement le fait que Christoph Heusgen, actuel conseiller en politique étrangère de la Chancelière allemande, ait récemment célébré Jamie Shea à Berlin de manière grandiloquente.
Nous devons être conscients des dimensions de cette guerre, aujourd’hui comme à l’époque. Cela peut être illustré par le refus d’un général britannique d’exécuter les ordres du commandant en chef de l’OTAN Wesley Clark lui demandant de lancer la prochaine guerre mondiale par une intervention contre les forces armées russes. C’est de quoi il s’agit quand on prend en compte la dimension des agressions de l’OTAN jusqu’aujourd’hui. La choquante attaque contre la République fédérale de Yougoslavie fut le coup d’envoi pour la «guerre initiant cette guerre d’agression». Ceux pour qui la Cour pénale internationale de La Haye avait été réellement prévue n’ont toujours pas pris place sur le banc des accusés.

 

«Gilets jaunes»: l’ONU réclame à Paris une enquête sur «l’usage excessif de la force»

Source : Le Figaro 6/7 mars 2019

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2019/03/06/01016-20190306ARTFIG00119-gilets-jaunes-l-onu-reclame-a-paris-une-enquete-sur-l-usage-excessif-de-la-force.php

 

Dans un discours à Genève, la Haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, Michelle Bachelet, a mis en cause les conditions du maintien de l’ordre lors des manifestations des «gilets jaunes». Des critiques déjà formulées en février au sein de l’ONU, mais aussi de l’UE et de la CEDH.

Le maintien de l’ordre en France est soumis à de sévères remontrances. Prenant la suite d’experts onusiens, de députés de l’Union européenne et de son homologue au sein du Conseil de l’Europe, la Haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, a réclamé ce mercredi à la France une «enquête approfondie» sur les violences policières qui se seraient produites pendant les manifestations des «gilets jaunes» depuis la mi-novembre, ce qui lui a valu une sèche réplique de Paris qui dit ne pas l’avoir «attendue».

» LIRE AUSSI – Interdire le LBD 40? Les arguments des «pro» et des «anti»

«Il faudra expliquer à Madame le Haut-commissaire l’ensemble des faits d’extrême violence» notamment contre «les forces de l’ordre» ou les «biens publics», a répliqué sur BFMTV le premier ministre français, Édouard Philippe, rappelant qu’«en France, on a un État de droit». «On n’a pas attendu le Haut-commissaire pour faire la lumière sur l’ensemble des faits dès lors qu’il y a des plaintes», a-t-il ajouté. Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a, lui, rappelé que «162 enquêtes [de l’Inspection générale de la police nationale avaient été] ouvertes à la date du 1er mars». 12.122 tirs de LBD, 1428 tirs de grenades lacrymogènes instantanées et 4942 tirs de grenades de désencerclement ont été comptabilisés par le ministère de l’Intérieur à la date du 4 février.

Dans un discours prononcé devant le Conseil des droits de l’homme à Genève, l’ancienne présidente du Chili en poste depuis six mois à l’ONU a déclaré que les «gilets jaunes» manifestent contre «ce qu’ils considèrent comme (leur) exclusion des droits économiques et de (leur) participation aux affaires publiques». «Nous encourageons le gouvernement (français) à poursuivre le dialogue et demandons urgemment une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d’usage excessif de la force», a-t-elle ajouté. Michelle Bachelet a rappelé que «les inégalités touchent tous les pays». Elle n’a cité que la France comme pays prospère mais a dénoncé les répressions violentes des manifestations qui se sont produites récemment au Soudan, au Zimbabwe et en Haïti.

ONU, UE, CEDH: plusieurs précédents

La polémique a enflé, début janvier, après la grave blessure à l’oeil à Paris d’une figure du mouvement des «gilets jaunes», Jérôme Rodrigues, à l’acte 11 de leur mobilisation. Les médecins lui ont diagnostiqué la perte de l’usage de l’oeil droit, selon un certificat médical transmis à l’AFP. Selon le collectif militant «Désarmons-les», 20 personnes ont été gravement blessées à l’oeil depuis le début du mouvement, mi novembre. Dans ce climat, les lanceurs de balle de défense (LBD) sont l’objet de toutes les critiques, mais le Conseil d’Etat n’a pas donné suite aux demandes de suspension de son utilisation, lancées notamment par la CGT et la Ligue des droits de l’Homme (LDH).

La Haut-commissaire onusienne aux droits de l’homme n’est pas la première représentante d’une instance européenne ou internationale à dénoncer l’usage excessif de la force dans les manifestations des «gilets jaunes». Le 14 février, un groupe d’experts du Conseil des droits de l’homme de l’ONU avait déjà publié un sévère communiqué sur le sujet, estimant que «le droit de manifester en France a été restreint de manière disproportionnée» et évoquant le chiffre de 1700 blessés. Le lendemain, ce sont des députés du Parlement européen qui ont voté une résolution pour «dénoncer le recours à des interventions violentes et disproportionnées de la part des autorités publiques lors de protestations et de manifestations pacifiques», sans citer expressément dans le texte les «gilets jaunes», qui ont néanmoins été évoqués lors des débats. Enfin, le 25 février, le Conseil de l’Europe, organisation qui regroupe 47 pays, a appelé la France à suspendre l’usage des LBD. «Les blessures occasionnées par des tirs de LBD révèlent un usage disproportionné de la force, ainsi que l’inadaptation de ce type d’arme au contexte d’opérations de maintien de l’ordre», a écrit la commissaire aux droits de l’homme de la CEDH, Dunja Mijatovic, dans un mémorandum de dix pages.