Comment les politiques des Etats-Unis et de l’OTAN ont conduit à la crise, la guerre, et au risque d’une catastrophe nucléaire *
par Benjamin Abelow
Siland Press
Great Barrington
Massachusetts, USA, 2024
En Occident, le narratif dominant veut qu’en février 2022, la Russie ait agressé l’Ukraine dans l’espoir fou de reconstituer l’ancienne Union soviétique. Rares sont ceux qui établissent un lien entre cet événement et la suite de provocations et même d’interventions ouvertes de Washington et de l’OTAN mettant directement en cause la sécurité de la Fédération de Russie. Le mérite de Benjamin Abelow est d’avoir comblé cette fâcheuse lacune par ce livre dans lequel il énumère comme suite la liste des interventions en question. IR
“Si les Etats-Unis n’avaient pas poussé l’OTAN à la frontière de la Russie ; pas déployé de systèmes de lancement de missiles à capacité nucléaire en Roumanie, ne les avaient pas planifiés pour la Pologne et peut-être ailleurs également ; s’ils n’avaient pas contribué au renversement du gouvernement ukrainien démocratiquement élu en 2014 ; pas abrogé le traité ABM** puis le traité sur les missiles nucléaires à portée intermédiaire, puis ignoré les tentatives russes de négocier un moratoire bilatéral sur leurs déploiements ; s’ils n’avaient pas mené d’exercices à tirs réels de missiles en Estonie pour s’entraîner à frapper des cibles à l’intérieur de la Russie ; pas coordonné un exercice d’entraînement militaire massif de 32 pays à proximité du territoire russe ; pas favorisé une interopérabilité étroite entre les armées américaine et ukrainienne ; etc. etc. etc. – si les Etats-Unis et leurs alliés de l’OTAN n’avaient pas fait ces choses, la guerre en Ukraine n’auraient probablement pas eu lieu.”
(*) Benjamin Abelow, How the West brought war to Ukraine, Siland Press, Great Barrington, Massachusetts, USA, 2022, 75 pages.
(**) Le traité ABM (Anti-Ballistic Missile Treaty) fut signé à Moscou entre les Etats-Unis et l’URSS à laqulle succéda la Fédération de Russie en 1993. (Note de IR)
Qui est Benjamin Abelow ? Benjamin Abelow est un citoyen américain qui a travaillé plusieurs années à Washington sur les questions de contrôle des armes nucléaires. Il est titulaire d’une licence en histoire européenne de l’université de Pennsylvanie et d’un doctorat en médecine de l’école de médecine de Yale, où il a été chargé de cours en médecine. Il s’intéresse également à l’étude des traumatismes, y compris les traumatismes de guerre.
Voir la recension complète de l’ouvrage de Benjamin Abelow :
Il y a une semaine, le président russe Vladimir Poutine a évoqué la possibilité pour son pays de reprendre la production de missiles à portée intermédiaire à capacité nucléaire. La déclaration est d’autant moins surprenante que les États-Unis non seulement produisent ces systèmes de missiles, mais qu’ils les ont déjà déployés au Danemark et aux Philippines pour des exercices militaires.
Cette course aux armements est d’autant plus regrettable qu’elle avait été supprimée en décembre 1987 par le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF), signé par Mikhaïl Gorbatchev et Ronald Reagan. Par ce traité, les deux superpuissances convenaient d’abandonner leurs missiles balistiques et de croisière nucléaires et conventionnels lancés au sol d’une portée de 500 à 5 500 kilomètres.
Les États-Unis dénoncent unilatéralement le traité sur les missiles intermédiaires
La plupart des médias ont présenté la déclaration du président Poutine sur la reprise possible de la production de tels missiles comme un signe additionnel de son agressivité belliqueuse. Ils ne mentionnent pas où le font sous forme d’incise sans importance, le scandale représenté par la dénonciation unilatérale du traité INF par le président américain Donald Trump en août 2019.
L’élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis en novembre 2020 n’a rien changé au coup de force de son prédécesseur. Au contraire, elle l’a aggravé puisqu’il a déployé des missiles à portée intermédiaire en Europe et en Asie. Pour comprendre l’importance du geste posé par le président Biden, il faut revenir sur les circonstances du retrait américain de ce qui constituait le cœur du désarmement nucléaire tactique.
Aux termes du traité INF, les États-Unis et la Russie avaient détruit 2 692 missiles à courte, moyenne portée entre 1987 et 1991, selon l’Arms Control Association.[i] Pourtant, les États-Unis lançaient au même moment l’Initiative de défense stratégique (IDS) popularisée sous le nom de « guerre des étoiles » qui, sous des appellations diverses, a fini par produire toute une série de systèmes antimissiles : Patriot PAC-3, THAAD, Aegis BMD, etc., qui visent à intercepter les engins adverses.
Au fur et à mesure que les États-Unis déployaient ces différents systèmes antimissiles, le traité INF sur les missiles devenait caduc au grand dam de la Russie qui émit à plusieurs reprises des protestations (discours de Munich prononcé en février 2007 par le président Poutine lors de la conférence sur la sécurité). Les États-Unis répliquèrent que la Russie aussi contournait le traité en mettant au point des missiles à très courte portée (moins de 500 km).
La situation évolua pour le pire quand Trump entama sa stratégie antichinoise. En effet, la Chine n’était pas liée par le traité INF qui était strictement bilatéral et continuait donc à fabriquer des missiles intermédiaires. Signalons que les États-Unis et la Russie, détiennent 90 % du stock mondial des missiles à portée intermédiaire et que l’absence de la Chine ne changeait pas grand-chose au rapport des forces.
Des négociations bilatérales de dernière minute sur la conformité des missiles russes au traité INF échouèrent car les États-Unis voulaient à tout prix se retirer d’un accord considéré comme « une relique de la guerre froide », selon les mots du conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton.[ii]
Déploiement de bases anti-missiles en Europe
Quand les États-Unis annoncèrent leur décision de se retirer du traité INF, la Russie avait alors assuré qu’elle observerait un moratoire sur la production des forces nucléaires de portée intermédiaire si les États-Unis n’en déployaient pas à une distance qui leur permettrait d’atteindre son territoire.
Cet engagement russe visait manifestement à stopper le projet de défense antimissile annoncé en septembre 2009 par le président Barak Obama. Cette approche dite « adaptative progressive » consistait à déployer le système de défense antimissile Aegis en Roumanie et en Pologne et à le placer sous autorité de l’OTAN. Les deux bases militaires furent mises en service respectivement en décembre 2015 et en décembre 2023.
Officiellement, le système devait servir à protéger l’Europe contre des missiles balistiques iraniens. Or, d’après le site indépendant Iran Watch, la portée maximale des missiles iranien en 2024 est de 1 400 kilomètres – bien moins quand le président Obama prit la décision.[iii] Signalons que la distance entre l’extrémité ouest de l’Iran et celle de la Bulgarie aux confins orientaux de l’Europe est de l’ordre de 2 000 kilomètres.
La Russie a toujours estimé à juste titre que le système antimissile était dirigé contre elle et qu’au demeurant rien ne ressemble plus à un antimissile qu’un missile. Depuis la fin des traités INF et « Ciel ouvert », les droits d’inspection sur place n’existent plus et les militaires de l’OTAN peuvent changer la nature des missiles déployés en toute discrétion.
Retour des missiles nucléaires en Europe, puis en Asie
Quoiqu’il en soit, avec le président Biden, les États-Unis ont laissé tomber toute prétention à la nature défensive des armes déployées en Europe. Sous couvert d’exercices miliaires dans le cadre de l’OTAN, les États-Unis ont déployé en septembre 2023 un système Typhon sur l’île danoise de Bornholm, dans la mer Baltique.
Un tel système est capable de tirer à la fois des missiles multifonction sol-air et sol-mer SM-6 ainsi que des missiles d’attaque Tomahawk, d’une portée opérationnelle respectivement de 500 km et 1 800 km. Il s’agit exactement du type d’arme visé par le traité INF de 1987. Les États-Unis ont annoncé la mise au point de cette plateforme peu après leur retrait de l’accord. Tout indique que ce système avait été développé tout au long de la période d’interdiction – donc en violation flagrante du traité.[iv]
Un deuxième système Typhon a été déployé aux Philippines en avril 2024 encore une fois pour être utilisé lors des exercices militaires conjoints annuels avec les États-Unis – signalons la présence pour la première fois dans ces manœuvres de navires de guerre français. Depuis le nord de l’île de Luçon où il a été déployé, le système de missiles a une portée plus que suffisante pour atteindre le sud de la Chine continentale, ainsi que l’île de Hainan avec ses bases navales.
Cet armement de pointe fait irruption dans une région sous tension à la suite d’une série de face-à-face entre navire militaires chinois et philippins en mer de Chine méridionale. Jusqu’à présent, ces manœuvres ont pris la forme de jets de canons à eau dirigés à l’encontre des navires philippins. En introduisant une plateforme à capacité nucléaire dans ce conflit fait de piqures de mouches, Washington montre qu’elle est prête à l’escalade au plus haut niveau.
La Chine a accusé les États-Unis d’attiser la confrontation militaire et, curieusement, ces derniers ont annoncé qu’ils retireraient leurs missiles en septembre 2024. Intoxication? Pas forcément. Les États-Unis ont pu tester leur capacité à déployer un système hautement performant en l’espace de quelques jours en deux endroits distincts de la planète (Danemark et Philippines). Il est possible que la plateforme militaire d’avant-garde soit retirée provisoirement – quitte à être réintroduite quelques mois plus tard avec des fonctionnalités améliorées.
Calendrier de la relance de la course aux armements
Mais ce qu’il faut retenir de la double escalade en mer Baltique et en mer de Chine, c’est que les États-Unis ont officiellement relancé la course aux armements. La dénonciation unilatérale du traité INF n’était pas un geste symbolique isolé. D’ailleurs, les États-Unis ne se sont pas retirés d’un, mais de trois traités sur le contrôle des armements à capacité nucléaire :
– Juin 2002 : retrait unilatéral du traité relatif à la limitation des systèmes contre les missiles (ABM); – Février 2019 : retrait unilatéral du traité INF qui était le plus emblématique des trois; – Mai 2020 : retrait unilatéral du traité « Ciel ouvert » qui permettait aux pays signataires (membres de l’OTAN et républiques membres de l’ancienne Union soviétique) de conduire des vols de reconnaissance sur le territoire des uns et des autres pour vérifier le respect des dispositions de non-prolifération nucléaire.
Le traité START est le seul survivant de la détente
Au lendemain de ce jeu de massacre, il ne reste pour encadrer la course aux armements entre les États-Unis et la Russie que le nouveau traité de réduction des armes stratégiques (START) conclu en avril 2010 et prolongé à la surprise générale en février 2021 (New START). Cet accord fixe pour chacun des deux participants un plafond de 1 550 ogives nucléaires montées sur des vecteurs de lancement eux-aussi limités (missiles intercontinentaux ou ICBM, missiles balistiques lancés depuis des sous-marins ou SLBM et bombardiers lourds). Des inspections sur place étaient prévues.
L’imparfait s’impose car la pandémie de Covid-19 a entraîné la suspension des activités d’inspection et la réunion bilatérale prévue en 2022 pour discuter de la reprise des inspections a été reportée sine die pour cause de guerre en Ukraine. Le traité New START arrive à expiration en février 2026 et cette fois-ci c’est la Russie qui refuse de négocier les termes de son renouvellement.
Le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a précisé dans une lettre au gouvernement américain que « dans le contexte de la guerre hybride menée par Washington contre la Russie, nous ne voyons aucune base, non seulement pour des mesures conjointes supplémentaires dans le domaine du contrôle des armements et de la réduction des risques stratégiques, mais aussi pour toute discussion sur les questions de stabilité stratégique avec les États-Unis. »[v]
La Russie affirme toujours respecter le plafond de 1 550 ogives stratégiques déployées et de 700 vecteurs stratégiques déployés imposé par le traité New START, mais on ne sait rien des pratiques américaines en la matière. Faute d’inspection, aucune des parties ne sait exactement ce que fait l’autre. Tant que durera la guerre en Ukraine, il ne faut pas s’attendre à de quelconques développements sur ce front.
Seul élément positif en matière de contrôle des armements, les États-Unis et la Chine se sont rencontrés en novembre 2023 pour se concerter sur ce thème, pour la première fois depuis cinq ans. Bien que les discussions n’aient abouti à aucun progrès concret, elles ont marqué une étape positive dans le développement d’une relation bilatérale entre ces deux pays sur le contrôle des armements stratégiques.[vi]
Pourquoi les États-Unis sont-ils soucieux de renouveler les accords New START avec la Russie et d’engager des négociations parallèles avec la Chine? Les États-Unis viennent de mettre fin à trois traités : ABM, INF et « Ciel ouvert ». On est réduit aux conjectures, mais ce que les États-Unis ont démantelé porte uniquement sur les armes tactiques à courte ou moyenne portée. Seules les ogives nucléaires stratégiques et les vecteurs de lancement à longue portée sont encore d’actualité pour Washington en matière de contrôle des armements.
Les États-Unis tiennent à limiter les armements nucléaires stratégiques parce qu’ils menacent le territoire même des États-Unis. En revanche, ils estiment légitime de recourir à des engins nucléaires tactiques en mer Baltique ou en mer de Chine pour régler des conflits locaux. Autrement dit, la stratégie américaine introduit une dimension nucléaire dans tous les théâtres d’opérations situés en Europe ou en Asie.
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[I] Il s’agissait principalement des missiles de croisière Tomahawk et des missiles balistiques Pershing pour les États-Unis ainsi que des missiles RSD-10 Pioneer pour l’Union soviétique.
[II] “Trump adviser says wants U.S.-Russia strategic talks on Chinese threat”, Reuters, October 26, 2018.
[III Juin 2023 : L’Iran dévoile le missile balistique à combustible solide Fattah, mis au point par le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et qualifié d’hypersonique. (…) Sa portée maximale est de 1 400 km. « Iran’s Missile Milestones », Iran Watch, 23 février 2024.
[IV] Le manufacturier Lockheed Martin affirme que le système entier a été mis au point à partir d’une feuille blanche en novembre 2020. Or, les premiers exemplaires ont été remis aux forces armées américaines en décembre 2022.
[V] Libby Flatoff and Daryl G. Kimball, « Russia Rejects New Nuclear Arms Talks », Arms Control Association, March 2024.
[VI] Shizuka Kuramitsu, « China, U.S. Hold Rare Arms Control Talks », Arms Control Association, December 2023.
Genève, le 06 juillet 2024 – Ivo Rens a le plaisir d’annoncer que son frère Jean-Guy Rens le rejoint à la direction du blogue La paix mondiale menacée. Les objectifs du blogue, à savoir la critique de l’alignement systématique de la politique étrangère des pays européens sur celle de Washington, demeurent inchangés. Depuis un certain temps, Jean-Guy Rens collabore activement au blogue auquel il a confié plusieurs articles.
Jean-Guy Rens est un consultant dans le domaine des technologies de l’information basé à Montréal. Il est spécialisé en analyse des politiques publiques et en soutien marketing à l’introduction de nouveaux produits et services. À ce titre, il a fondé la firme ScienceTech Communications en 1992. Jean-Guy Rens est l’auteur de plusieurs livres et études sur les technologies de l’information. Il a ainsi lancé en 2003 la première étude sur l’industrie de la cybersécurité au Canada. Il est l’auteur d’un ouvrage en deux volumes sur l’histoire des télécommunications au Canada publié sous le titre L’empire invisible aux Presses de l’Université du Québec (1993). Le livre a été traduit et mis à jour pour l’édition anglaise publiée par McGill-Queen’s University Press (2001).
Contact : Ivo Rens, 4, rue John-Rehfous, CH-1208 Genève, ivo.rens@unige.ch
Mme la Présidente de la Confédération Viola Amherd, M. le Conseiller fédéral Ignazio Cassis,
L’OTAN n’est ni une alliance pour la paix, ni une alliance défensive, mais depuis 1991 une organisation qui tente d’usurper les fonctions des Nations Unies.
L’OTAN est une organisation incompatible avec la Charte des Nations Unies (art. 52) et agit à l’encontre des buts de l’ONU.
Depuis 1997, c’est une organisation qui provoque systématiquement d’autres Etats en violation flagrante de l’article 2(4) de la Charte des Nations Unies qui interdit non seulement «l’emploi de la force» mais aussi «la menace de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat».
Depuis 1999, l’OTAN est devenue une «organisation criminelle» selon les articles 9 et 10 du Statut du tribunal militaire de Nuremberg (London Agreement of 8 August 1945) et selon le jugement de Nuremberg de 1946.
L’OTAN a commis des crimes contre la paix (art. 6a, Statut du Nuremberg), des crimes de guerre (art. 6b) et des crimes contre l’humanité (art. 6c). Elle a commis des crimes atroces en Yougoslavie, Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, etc. – en toute impunité. En fait, la Cour pénale internationale devrait ouvrir des investigations selon les articles 5, 6, 7 et 8 du Statut de Rome.
Nous ne comprenons pas comment la Suisse – en tant que pays neutre – peut vouloir établir des liens de plus en plus étroit avec une telle organisation.
Comment peut-on considérer loger un bureau de liaison de l’OTAN dans la Maison de la Paix en ville de Genève? Il s’agit vraiment d’une proposition orwellienne, on dirait une parodie du concept de la Paix. C’est une honte.
Le peuple Suisse n’a jamais approuvé un tel rapprochement à l’OTAN.
Personnellement, en tant que «nouveau Suisse» depuis 2017, je suis écœuré. En tant qu’ancien haut fonctionnaire du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme, Secrétaire du Comité des Droits de l’Homme et Chef de la Section des Pétitions, ainsi qu’ancien Expert Indépendant du Conseil des Droits de l’Homme sur l’Ordre International, je suis étonné de cette dérive éthique et juridique.
Pour de plus amples informations, je vous prie de consulter ma trilogie sur les droits humains:
* Alfred de Zayas est juriste, spécialiste du droit inter- national, historien et ancien expert indépendant des Nations unies pour la promotion d’un ordre international démocratique et équitable. Il est membre du comité de l’Institut international de recherche sur la paix à Genève – GIPRI.
Non au Bureau de la guerre !
Fondation GIPRI
Le projet, encore officieux, d’ouverture d’un bureau de l’OTAN à Genève éloignerait davantage encore la Suisse de sa neutralité traditionnelle.
Embarquée dans le Partenariat pour la Paix (PpP) dès 1996, puis dans le Conseil de Partenariat euro-atlantique (CPEA), la Suisse a docilement suivi les injonctions des Etats-Unis et de l’UE à relayer les sanctions contre la Fédération de Russie, Cuba, le Venezuela, l’Iran, la Syrie et de nombreux autres pays. Elle relaye aussi les positions des Etats-Unis et de l’UE dans le soutien aux crimes commis par Israël.
L’OTAN aurait dû être dissoute après le démantèlement du Pacte de Varsovie en 1991, réformée en profondeur, placée sous l’autorité du Conseil de sécurité de l’ONU et de son comité d’état-major (article 46 et 47 de la Charte).
L’ouverture d’un bureau de l’OTAN à Genève serait un pas de plus dans l’abandon de la neutralité suisse, qui remettra en cause le rôle et la crédibilité de la Suisse et de la Genève Internationale dans leurs initiatives de médiation et de bons offices, notamment en tant qu’Etat hôte de l’Organisation des Nations Unies, tout en affectant également la capacité du Comité International de la Croix Rouge (CICR) à être perçu comme un acteur impartial dans ses opérations sur le terrain. La devise de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), prix Nobel de la paix en 1969, est à bon droit Si vis pacem, cole justiciam («Si tu veux la paix, cultive la justice.»).
L’Institut International de Recherches pour la Paix à Genève (GIPRI) et l’Asociación Española para el Derecho Internacional de los Derechos Humanos (AEDIDH) déclarent leur ferme opposition au projet d’installation d’un bureau de liaison de l’OTAN dans la «Maison de la Paix» à Genève.
Compte rendu de l’ouvrage de Ilan Pappé, Le nettoyage ethnique de la Palestine, Éditions La Fabrique, Paris, 2024, 396 pages
par Jean-Guy Rens,
Montréal, 14 juin 2024
L’affaire Ilan Pappé a commencé en catimini : à partir de novembre 2023 les libraires français ne recevaient plus d’exemplaires du livre intitulé « Le nettoyage ethnique de la Palestine ». Or, depuis les attentats terroristes du Hamas le 7 octobre, la demande avait bondi pour cet ouvrage des éditions Fayard, même s’il datait de février 2008 – pas exactement une publication d’acualité. Il s’agissait d’une analyse de fond.
Ilan Pappé est professeur d’histoire et directeur du Centre européen d’études palestiniennes à l’Université d’Exeter (Grande-Bretagne). Il fait partie de qu’on appelle en Israël le groupe des « nouveaux historiens ». Son grand apport consiste à avoir examiné les documents des archives israéliennes et internationales des années 1948 et 1949 qui ont présidé à la création de l’État hébreu et à la fuite concomitante d’environ 700 000 Palestiniens.
Mais pourquoi les éditions Fayard ont-elles suspendu sans explication un tel ouvrage? Quand les médias français ont contacté l’éditeur, ils se sont fait répondre que « le contrat était caduc depuis le 27 février 2022. La maison a donc acté, le 3 novembre 2023, sa fin d’exploitation. »[1] Interrogée par un libraire, la directrice de Fayard Isabelle Saporta, précisera que la maison d’édition était soumise à « une pression croissante pour limiter l’expression de “voix discordantes” en France ». [2]
Depuis lors, la directrice a été licenciée.[3] Impossible de savoir quel est le rôle de l’affaire Ilan Pappé dans ce licenciement, mais il faut quand même préciser que Fayard est le fleuron du groupe Hachette. Or, ce dernier venait précisément de passer à l’automne 2023 sous l’égide de Vincent Bolloré qui affiche un parti-pris ouvertement conservateur dans tous les médias qu’il contrôle (Havas, Canal+, CNews, etc.).
Que faire avec ce livre orphelin? Un éditeur est immédiatement monté au front pour préserver la liberté d’expression mise en péril par les grandes manœuvres de l’industrie du livre[4]. Il s’agit des éditions La Fabrique fondées par Éric Hazan pour servir d’ancrage à une gauche indépendante et, bien entendu, à la cause palestinienne. Signalons qu’il s’agit de la dernière bataille livrée par Éric Hazan menait puisqu’il décédait le le 6 juin dernier.
Bataille gagnée : le 10 mai 2024, le livre sortait enfin en librairie. Or, il fallait une bonne dose de courage pour reprendre un tel titre. En effet, son auteur Ilan Pappé décrit dans le détail comment l’armée de l’État d’Israël alors en voie de formation a chassé les habitants palestiniens de leurs villages et détruit leurs maisons pour qu’ils ne puissent jamais y revenir, le tout sous les yeux des observateurs impuissants des Nations unies.
Les choses se passaient selon un scénario bien rodé. Les troupes israéliennes encerclaient un village sur trois côtés. Un tank ou un camion pénétrait dans le village avec des haut-parleurs et intimait l’ordre aux habitants de sortir de leurs foyers. Les hommes étaient séparés des femmes et comparés à une liste. Ceux qui avaient fomenté entre 1936 et 1939 des révoltes contre l’immigration des juifs étaient abattus. Les autres pouvaient rejoindre les femmes et les enfants qui fuyaient par le chemin laissé libre.
Au total, cette histoire se répète dans 400 villages qui sont détruits et dans les quartiers arabes des grandes villes qui sont vidées de leur population. Cette histoire répétitive et lamentable s’inscrit en faux contre le narratif officiel de l’État israélien qui veut que les Palestiniens se soient enfuis en désordre pour répondre aux appels des radios arabes des pays voisins qui les auraient incités à fuir le nouvel État d’Israël.
Ilan Pappé montre au contraire que la déportation des Palestiniens a été organisée dans ses moindres détails dans un plan appelé Daleth adopté le 10 mars 1948 à Tel Aviv. Des spécialistes des affaires arabes avaient monté des listes de personnes à exécuter pour les punir rétroactivement d’avoir participé à des émeutes sous le Mandat britannique et du même coup terroriser le reste de la population et la contraindre à s’enfuir.
Non content d’avoir vidé le pays de ses habitants et de s’être emparé de leurs terres fertiles – et non pas un désert comme le veut la légende noire répandue par le discours dominant – les envahisseurs israéliens se sont efforcés de transformer le paysage, ainsi qu’Ilan Pappé nous le signale dans une introduction lapidaire :
Comme vous le verrez dans ce livre, les observateurs de l’ONU ont enregistré assez méthodiquement la transformation spectaculaire de ce paysage typique de la Méditerranée orientale que constituait alors la campagne palestinienne en un kaléidoscope de nouvelles colonies juives entourées de pins européens et de gigantesques systèmes de canalisations asséchant les centaines de ruisseaux qui parcouraient les villages — effaçant un panorama qu’on ne peut guère plus imaginer aujourd’hui que depuis quelques recoins relativement préservés de la Galilée et de la Cisjordanie.
L’ouvrage d’Ilan Pappé soulève un coin du rideau opaque qui a recouvert la Palestine au moment de l’indépendance de l’État d’Israël. On découvre non seulement les exactions encourues par la population palestinienne, mais aussi comment une idéologie européenne – le sionisme – a effacé la mémoire historique, topographique et même géographique de ce vieux pays méditerranéen où une population musulmane vivait jusque-là en bonne entente avec des minorités de chrétiens et de juifs autochtones.
Oui, les Éditions de La Fabrique ont fait œuvre utile en publiant le livre d’Ilan Pappé – ils ont sauvé pour notre plus grand bénéfice un texte essentiel pour comprendre notre temps. Précisons que « Le nettoyage ethnique de la Palestine » n’est pas un pamphlet. C’est un ouvrage historique qui s’appuie sur un travail méticuleux effectué à partir des archives nationales israéliennes et de sources aussi indiscutables que la correspondance du père de l’indépendance d’Israël, David Ben Gourion.
[1] Hocine Bouhadjera, « L’ouvrage controversé sur la Palestine trouve un nouvel éditeur », Actualitté, 20 décembre 2023.
[2] Didier Monciaud, « Censure d’un livre en France en 2023 dans le contexte de la guerre à Gaza ! », Presse-toi à gauche, 21 mai 2024.
[3] Véronique Groussard, « Hachette : après Saporta virée de Fayard, Bolloré ne s’arrêtera pas là », Le Nouvel Obs, 16 avril 2024.
[4] En fait, il faut dire deux éditeurs. En effet, La Fabrique a travaillé conjointement avec les éditions de la Rue Dorion à Montréal qui publiait au même moment la version canadienne de l’ouvrage.
(7 juin 2024) (CH-S/gk) Peter Hänseler est l’une des rares personnes à pouvoir établir une comparaison directe entre la Suisse, l’Allemagne et la Russie sur la base de son expérience de vie personnelle. Il a travaillé pendant de nombreuses années en Russie et vit aujourd’hui à Moscou, d’où il exerce également une activité de publiciste. Son point de vue sur les différents domaines tels que la politique actuelle, la vie quotidienne concrète ou encore la perspective russe sur la Suisse promet donc d’être fort intéressant. «Point de vue Suisse» a eu l’occasion de l’interroger plus en détail.
Point de vue Suisse : En avril, Vladimir Poutine a été réélu président de la Russie avec un taux de participation très élevé et une forte approbation. Les médias occidentaux ont affirmé qu’il ne s’agissait pas d’une élection sérieuse. Est-ce vrai qu’il n’y a pas de vote obligatoire en Russie? Les gens auraient tout aussi bien pu s’abstenir de voter, non ? Et comment jugez-vous le fort soutien des électeurs russes à la réélection de Poutine ? A propos des élections présidentielles.
Peter Hänseler: En Russie, il y a un droit de vote, pas d’obligation de voter. La loi électorale russe est claire comme de l’eau de roche. L’article 3, paragraphe 3 de la loi électorale se lit comme suit:
«La participation d’un citoyen de la Fédération de Russie aux élections et aux référendums est libre et volontaire. Personne n’a le droit d’exercer une influence sur un citoyen de la Fédération de Russie pour le contraindre à participer ou à ne pas participer aux élections et aux référendums ou pour empêcher l’expression de sa libre volonté.»
Il va sans dire que le taux de participation historiquement élevé de 74% (contre 67,5% en 2018), en plus du score élevé de 87% (contre 77,5% en 2018), est l’expression d’une grande confiance du peuple.
Les raisons en sont multiples. Je suis l’élection du président Poutine depuis 2000. Ses taux d’approbation ont toujours été de l’ordre de 80% – la raison en est que la vie des Russes s’est continuellement améliorée depuis sa première élection. La Russie actuelle n’a plus rien à voir avec celle de l’an 2000 : c’est le jour et la nuit.
Les résultats électoraux exceptionnels et le taux de participation élevé de cette année sont le signe que les Russes sont très satisfaits de l’action du président Poutine depuis février 2022: C’est grâce à lui – et à son excellente équipe – que la Russie a si bien résisté à l’orage des sanctions et à l’attitude agressive de l’Occident. A cela s’ajoutent les bons résultats militaires sur le front.
Je ne cesse de le répéter : les Russes sont sceptiques et jugent Poutine sur ses résultats – et ils sont bons.
Entre-temps, une grande partie du gouvernement actuel a été confirmée par Poutine et la Douma. Mais il y a également eu des changements de personnel, notamment la désignation d’un nouveau ministre de la Défense. Quelle a été la raison officielle de ce changement et comment ce changement de personnel est-il perçu par la population et l’armée russes ?
Face aux journalistes, le porte-parole du président, Dmitri Peskov, s’est exprimé sur la nomination d’Andreï Belooussov de la manière suivante :
«Aujourd’hui, sur le champ de bataille, le vainqueur est celui qui est plus ouvert à l’innovation, plus ouvert à la mise en œuvre la plus rapide. C’est pour cette raison que le président a décidé de confier la direction du ministère de la Défense à un civil.»
L’approbation de ce changement est particulièrement élevée au sein des troupes combattantes. Belooussov n’est pas un personnage inconnu, il a joué un rôle déterminant dans le succès de l’économie russe depuis 2000. Il est considéré comme extrêmement intelligent, loyal envers la Russie et absolument pas corruptible. Il a donc gagné le respect de la population civile.
En Occident, on pense toujours que Vladimir Poutine décide, contrôle et dirige tout. C’est une absurdité totale. Il fixe les grandes lignes et s’entoure d’une équipe qui, en termes de qualité et d’efficacité, surpasse celle de n’importe quelle équipe gouvernementale occidentale. Cela s’explique notamment par le fait que Poutine est un penseur extrêmement intelligent et rapide, qui dispose de connaissances incroyablement détaillées dans de nombreux domaines. Il est donc en mesure de trouver de bonnes personnes, car il peut réellement évaluer leurs capacités.
Il semble que les remaniements au sein du gouvernement ne soient pas encore terminés. Il y a quelques semaines, l’un des adjoints de Choïgou a été arrêté pour corruption ; c’est peut-être l’une des raisons du remaniement au ministère de la Défense. La corruption n’est pas seulement un thème en Russie, mais partout où des personnes manipulent de grosses sommes d’argent. Les grandes prestations que l’Etat russe a dû fournir ces deux dernières années ont également eu pour conséquence que d’énormes sommes d’argent ont été et doivent être utilisées en peu de temps, ce qui a facilité la corruption. Il semble que le moment soit venu d’y regarder de plus près. Je ne serais donc pas surpris que d’autres postes soient repourvus et que, le cas échéant, des arrestations et des condamnations aient lieu. C’est un bon signe : le problème de la corruption est abordé.
Evolutions marquantes en Russie
Vous vivez depuis de longues années en Russie en tant que Suisse. Quelles sont pour vous les évolutions positives les plus marquantes au profit de la population russe que vous avez vécues et observées durant cette période ?
Mes explications suivantes se réfèrent à Moscou, puisque j’y vis. Moscou est un cosmos en soi et toujours en avance sur le reste de la Russie. Mais cela ne veut pas dire que les régions ne se développent pas positivement – il faut simplement du temps et Moscou est le créateur de tendances.
Lorsque j’ai visité la Russie pour la première fois en 1997, elle était dans un état catastrophique. Grise, morose, et sans classe moyenne. Quelques riches et beaucoup de pauvres.
L’évolution la plus évidente est le fait qu’une grande et forte classe moyenne s’est développée. Aujourd’hui, celui qui veut travailler et réussir en Russie peut le faire. La situation peut être comparée à celle de l’Occident dans les années 1970.
Un autre point important est que l’administration s’est débarrassée de ses relents soviétiques. Dans ses rapports avec les citoyens, l’Etat est aujourd’hui un prestataire de services. L’efficacité dont je fais l’expérience en tant que citoyen normal avec les autorités à Moscou est du niveau suisse – difficile à croire, mais c’est ainsi.
Le taux de pauvreté est aujourd’hui inférieur à celui de l’Allemagne. Selon le «Tagesschau», il était de 16,9% en 2021. En 2022, cette valeur pour la Russie était de 9,8%.
De telles valeurs sont toujours sujettes à controverse en raison de situations de vie et de bases de calcul différentes. Mais ce n’est pas le sujet. Il s’agit ici du développement général du pays. Et là, l’évolution positive est visible pour tout un chacun.
Cela se voit aussi dans l’image que les Russes ont d’eux-mêmes et dans leur degré d’assurance, qui n’a plus rien à voir avec celle de 1997. Le fait que j’ai décidé de vivre ici en tant que Suisse en dit long.
Avant la Coupe du monde de football à Moscou en 2018, d’énormes investissements ont été réalisés dans l’infrastructure de la capitale russe. Moscou est devenue l’une des plus belles villes d’Europe et du monde. Nous avons pu le constater nous-mêmes lors de voyages précédents et rappelons que le présentateur de télévision américain Tucker Carlson en avait été impressionné. Il n’y a plus aucune trace de l’ambiance sombre de la ville communiste. Le gouvernement russe avait alors annoncé que l’infrastructure serait ensuite progressivement améliorée et développée dans d’autres régions. D’après vos observations, où en est-on aujourd’hui ?
L’infrastructure est améliorée à un rythme époustouflant et cela n’a pas été fait uniquement à titre de marketing pour la Coupe du monde, pour faire bonne figure aux yeux du monde. Le métro de Moscou est en constante extension et les autoroutes – y compris celles qui mènent aux régions – sont au top niveau, ce qui est d’autant plus impressionnant que les distances sont gigantesques.
Le périphérique extérieur était jusqu’à présent le MKAD, d’une longueur de 108 kilomètres – aujourd’hui, le prochain est déjà presque terminé. La ZKAD contourne Moscou sur une longueur de 330 kilomètres.
Je voudrais également souligner que la 5G est en service en Russie depuis plus d’un an – l’UE est une zone en développement dans ce domaine. L’Internet à domicile est également excellent et bon marché, aussi bien par téléphone portable que par ligne fixe. Mon abonnement de 250 Mbit me coûte moins de 10 euros par mois.
Les services dans leur ensemble, par exemple ceux des banques, sont d’un niveau à couper le souffle. Si vous venez à Moscou en tant qu’étranger, c’est-à-dire en tant que touriste, et que vous voulez ouvrir un compte, cela se fait en quelques heures, quelle que soit l’heure à laquelle vous appelez la banque. Vous n’avez même pas besoin de quitter votre hôtel pour cela – un employé de la banque vient chez vous, ouvre le compte, vous remet immédiatement votre carte de crédit (russe) et installe l’application de la banque sur votre téléphone portable.
Quiconque a par exemple l’habitude de prendre le taxi en Allemagne et découvre maintenant le système de taxi moscovite est pour le moins abasourdi par les conditions obsolètes en «good old Germany».
Le même système fonctionne dans pratiquement toutes les grandes villes russes, il suffit une seule et unique application. Le taxi est un moyen de transport accessible à tous en raison de son faible coût. La commande se fait par téléphone portable, le client a le choix entre différents niveaux de confort, il peut voir le prix avant de commander. Pendant le processus de commande, le client est informé en permanence de l’endroit où se trouve le taxi qu’il a commandé et peut également le décommander si nécessaire. Le paiement se fait pendant la course par téléphone portable au chauffeur.
Le système de santé
Comment se présente le système de santé public en Russie ?
Le système de santé est gratuit et fonctionne parfaitement et de manière efficace. Mon beau-père de 84 ans a eu de très gros problèmes cardiaques au cours des derniers mois et a été parfaitement soigné et rétabli – gratuitement.
Les retraités de l’étranger qui s’installent en Russie sont également assurés gratuitement dès qu’ils ont un permis de séjour.
La recherche d’un médecin spécialiste est totalement différente de ce qui se passe par exemple en Allemagne. Alors qu’en Allemagne, consulter un spécialiste est devenu un énorme problème, à Moscou, c’est une affaire de quelques jours au maximum.
Ces derniers mois, j’ai eu des problèmes de dos et d’épaule et j’ai dû faire des radiographies et une IRM. Délai d’attente : 24 heures.
Mais là aussi, la Russie est grande et Moscou est loin d’être partout. Pourtant, le développement de la Russie est aussi nettement perceptible dans les régions. Des villes comme Nijni Novgorod, Kazan ou Samara en témoignent, et l’énumération peut être considérablement allongée.
Il n’est pas rare que même des citoyens de l’UE s’adressent à des médecins en Russie pour le traitement de certaines affections.
Dans ses discours, Poutine souligne régulièrement qu’il est important pour lui de promouvoir les familles en Russie. Qu’est-ce que cela signifie concrètement et comment cela profite-t-il réellement aux familles?
La structure des prestations de soutien est différente de celle de la Suisse ou de l’Allemagne. Ce n’est pas surprenant, car le système est différent. Voici donc un aperçu.
Les aides aux familles
Toutes les allocations familiales et autres prestations familiales actuellement en vigueur dans le pays peuvent être réparties en deux grands groupes : les prestations forfaitaires, versées une seule fois lorsque les conditions d’octroi sont réunies, et les prestations mensuelles, versées régulièrement sur une période plus longue ou jusqu’à ce que les conditions d’octroi d’une mesure d’aide spécifique expirent.
Il est remarquable que ces prestations décrites soient indexées, c’est-à-dire qu’elles sont ajustées dans leur durée de validité chaque année au 1er février en fonction du taux d’inflation.
Par exemple, à la naissance d’un enfant, les parents reçoivent une allocation forfaitaire, qui s’élève actuellement à plus de 24 000 roubles [env. 240.– Fr.], ainsi qu’un capital maternité ou familial, qui est également versé aux familles monoparentales ou aux parents adoptifs. Pour le premier enfant, il s’agit de plus de 630 000 roubles, auxquels s’ajoutent plus de 830 000 roubles pour chaque enfant supplémentaire.
La loi prévoit plusieurs utilisations pour ce capital familial : il peut par exemple être utilisé pour l’achat ou la transformation d’un logement ainsi que pour le remboursement d’une hypothèque. Il est également possible de l’utiliser pour la retraite par capitalisation des mères ou pour l’éducation des enfants. Les familles socialement défavorisées peuvent recevoir des versements mensuels. C’est aux familles de décider comment elles souhaitent utiliser ce capital maternel ou familial – en totalité ou en partie.
Je vous ferai parvenir une liste détaillée des aides aux familles en Russie. (Voir annexe)
Pour comprendre l’importance de ces mesures de politique familiale, le regard suisse ou allemand sur ces chiffres n’est pas forcément d’une grande aide. Venons-en à un exemple réel :
Une jeune femme d’une vingtaine d’années s’est mariée dans le sud de la Russie, dans une ville de plusieurs millions d’habitants (donc pas dans le cosmos de Moscou). Elle a eu deux enfants et a travaillé pendant toute cette période. Elle gagnait bien sa vie selon les normes russes, environ 100 000 roubles par mois, mais, comme son mari, elle n’avait pas de réserves importantes.
Grâce à son revenu et à celui de son mari, qui comme souvent en Russie gagne moins que sa femme, et aux mesures financières de l’Etat en matière de politique familiale, la famille a non seulement réussi à payer entièrement un nouvel appartement en l’espace de 10 ans. Non, avec l’agrandissement de la famille, le premier appartement est devenu trop petit et ils ont eu besoin d’un appartement plus grand. Ils ont donc vendu le premier appartement et en ont acheté un autre, plus grand. Celui-ci a également été remboursé depuis. En outre, le mari et la femme ont tous deux leur propre voiture. Cet exemple n’est pas une exception. Question aux lecteurs : pouvez-vous imaginer une telle histoire pour une famille moyenne en Suisse ?
La réforme des retraites
Lorsque nous avons visité la Russie il y a quatre ans, il était justement question d’assurer les retraites. Quel est le régime des retraites en Russie ?
Entre-temps, la réforme des retraites a été adoptée. En Russie, selon la nouvelle réglementation, l’âge légal de départ à la retraite est de 65 ans pour les hommes et de 60 ans pour les femmes. La période de transition pour la retraite actuellement en vigueur en Russie se terminera en 2028. A cette date, les hommes nés en 1963 partiront à la retraite à 65 ans et les femmes nées en 1968 à 60 ans. La pension sociale est très faible, elle s’élève à 7153 roubles [env. 72.– Fr.].
Il existe toutefois des pensions de soutien en raison de particularités dans la carrière professionnelle, par exemple pour les victimes de Tchernobyl, d’un montant de 200 à 250% de la pension de base.
La pension moyenne en Russie s’élève désormais à un peu plus de 18 000 roubles.
Ma femme et moi-même, originaires d’Allemagne, vivons en Suisse depuis l’an 2000 et sommes naturalisés. Dans l’esprit d’Egon Bahr et de Willi Brandt, le « changement par le rapprochement » nous tenait et nous tient toujours à cœur. Lors de nos voyages en Russie, nous avons été très touchés par l’amitié que nous ont toujours témoignée tous les Russes que nous avons pu rencontrer, malgré les actes terribles commis par nos ancêtres à l’encontre de la population russe. Que pensent les Russes aujourd’hui du fait que le gouvernement allemand livre à nouveau des armes contre la Russie et que le chancelier est mis sous pression pour livrer des missiles à moyenne portée, permettant par exemple de détruire le pont de Crimée ?
En 1997, j’ai moi aussi été surpris de voir à quel point les Allemands étaient traités avec amitié en Russie. J’ai rencontré de nombreux Allemands qui vivaient et travaillaient en Russie et qui n’ont jamais entendu la moindre remarque stupide sur la Seconde Guerre mondiale. Cela est dû à l’une des plus grandes qualités du peuple russe : ils font la différence entre le gouvernement et les citoyens lambda. Même aujourd’hui – après que l’agressivité contre la Russie a atteint un sommet – il n’y a pas lieu de s’inquiéter en Russie en tant qu’Allemand.
Les Russes sont toutefois consternés par les déclarations et l’agressivité qui émanent des médias et du gouvernement allemands et pensent – sans doute à juste titre – que l’Allemagne n’apprendra jamais.
Du côté russe, la volonté d’améliorer les relations avec l’Allemagne à tous les niveaux est bien réelle. Mais pour cela, il faut aussi la volonté de l’autre partie.
A propos de la neutralité suisse
En Suisse, le nombre de signatures nécessaire pour le dépôt de l’«Initiative sur la neutralité» a été atteint. Contre l’avis de tous les grands médias et du Conseil fédéral, il s’agit d’inscrire dans notre Constitution fédérale que la Suisse – en tant qu’Etat dépositaire de la «Croix-Rouge internationale» – non seulement ne livre pas d’armes à des parties en conflit, mais ne décide pas non plus de sanctions contre ces dernières. En lieu et place, la Suisse doit utiliser toutes les possibilités de s’engager diplomatiquement pour le règlement des conflits.
Depuis plus de deux ans, Berne et nos médias défendent le contraire et prennent clairement parti contre la Russie. Les causes de la guerre en Ukraine et le non-respect des Accords de Minsk ainsi que des Accords d’Istanbul et d’Helsinki sont occultés. Les deux Chambres du Parlement fédéral ont décidé de charger le Conseil fédéral de développer un mécanisme juridique international permettant de saisir les fonds de la banque centrale russe placés à l’étranger afin de les mettre à disposition de l’Ukraine. Comment réagit-on en Russie et dans d’autres pays non occidentaux à cette démarche scandaleuse de la Suisse ?
Il est en effet vrai que la Suisse ne se contente pas de suivre la politique des Etats-Unis, elle l’applique pleinement. La «Neue Zürcher Zeitung» par exemple, le média de référence en Suisse, se comporte même de manière plus agressive dans ses reportages – ou plutôt sa propagande – que le «New York Times» par exemple. Elle va même jusqu’à occulter complètement les faits qui ne correspondent pas à son récit. Ainsi, la «Neue Zürcher Zeitung» a entièrement passé sous silence les informations du «New York Times» sur les bunkers de la CIA en Ukraine.
Mais comme la «Neue Zürcher Zeitung» jouit toujours d’une grande estime dans le monde économique et politique suisse et que les lecteurs font confiance à cette publication, l’économie et la politique se décident sur la base de ces rapports. En décembre 2022 déjà, nous avons démontré dans notre blog* que la «Neue Zürcher Zeitung» se livre à la pire propagande.
La situation est fatale. Le fait que la Suisse se qualifie encore aujourd’hui de neutre est une plaisanterie – rien de plus. La Suisse officielle a toutefois déjà reçu la quittance, elle ne l’a tout simplement pas encore remarqué : la soi-disant conférence de paix de mi-juin au Bürgenstock sera un fiasco. Non seulement les Russes manquent à l’appel, mais aussi la plupart des pays du BRICS, décrits par le Conseil fédéral comme essentiels à la réussite de cette conférence.
Un jour ou l’autre – peut-être cet été encore – la Suisse réalisera que ce n’est pas la Russie, mais la Suisse qui s’est placée diplomatiquement hors-jeu. Le monde s’est divisé en deux blocs: l’Occident collectif (Etats-Unis, UE, Japon, Australie et Corée du Sud) s’oppose au reste du monde, qui représente 90% de la population mondiale et que l’on appelle le Sud global. La Suisse n’a pas seulement perdu la bonne volonté de la Russie, mais aussi celle de tout le Sud global.
Dieu merci, la Suisse dispose, en tant que démocratie directe, des instruments de l’initiative et du référendum. L’aboutissement de l’«Initiative sur la neutralité» est un signe clair qu’une partie importante de la population n’est pas d’accord avec la politique menée à Berne. Il est impossible de dire à l’heure actuelle quand l’initiative sera soumise au vote et si elle sera acceptée. Si tel est le cas, il faudra se rendre à Canossa. Mais d’ici là, beaucoup de choses peuvent encore se passer.
Confiscation d’avoirs russes?
Si la Suisse se laisse effectivement convaincre de confisquer les avoirs russes ou les revenus de leurs intérêts, les conséquences seront catastrophiques pour la réputation de la Suisse et pour l’économie financière. La Suisse vit en grande partie sur l’aura de la sécurité juridique. Tous les spécialistes du droit international qui se sont exprimés jusqu’à présent sur la confiscation l’ont qualifiée d’illégale – c’est un fait. La Suisse aura donc du mal à l’avenir à obtenir des fonds étrangers pour son industrie financière.
Croire que seuls les Russes disparaîtront en tant que clients est naïf et stupide. Nous nous qualifierions de république bananière et de chien de garde de Bruxelles et de Washington. A cela s’ajoute le fait que la Suisse détient environ 6 milliards des réserves de la banque centrale russe, mais que la Suisse a investi plus de 26 milliards en Russie. On ne sait pas comment la Russie réagira à une confiscation, mais cela ne semble pas être une bonne affaire pour la Suisse.
La Russie n’est en aucun cas disposée à accepter impunément le vol de biens russes. Il y a désormais une grande détermination à utiliser toutes les possibilités pour défendre ses propres intérêts, y compris les soi-disant asymétriques.
Si les pays occidentaux procèdent à des saisies, il est fort probable que la Russie prendra des mesures dont la valeur correspondra aux biens saisis par qui que ce soit. Elle ne s’arrêtera probablement pas aux actifs des entreprises et des particuliers, car les pays occidentaux ne détiennent pas de grandes fortunes en Russie.
De nombreuses initiatives privées dans le sens de l’amitié entre les peuples
Dans le cadre de la campagne hostile de l’Europe à l’égard de la Russie, de nombreux liens culturels et sportifs entre les populations ont été annulés. Même la participation de personnes russes handicapées aux Jeux paralympiques a été interdite. Les jumelages de villes ne sont plus soutenus par les autorités. Quelles possibilités voyez-vous aujourd’hui d’agir dans le sens de l’amitié entre les peuples ?
Il existe de nombreuses initiatives privées de toutes sortes. Toutes ont un point commun: elles sont fortement entravées par les autorités occidentales, les initiateurs subissent parfois de fortes pressions ou voient leurs comptes bloqués. Un exemple est «Friedensbrücke – Kriegsopferhilfe e.V.», une association qui soutient matériellement depuis 2015 les victimes du conflit ukrainien dans le Donbass, à Lugansk et Donetsk. L’association s’est entre-temps vu retirer son caractère d’utilité publique en Allemagne, mais elle continue malgré tout. Des comptes ont été résiliés à plusieurs reprises. La fondatrice et présidente du conseil d’administration, Liane Kilinc, doit désormais vivre en Russie pour des raisons de sécurité. D’ailleurs, la journaliste Dagmar Henn, qui s’est engagée pour l’association, a elle aussi cherché et obtenu l’asile politique en Russie.
Une autre initiative est «Druzhba-Global – voyages d’amitié et de paix germano-russes». Cette association privée organise chaque année des voyages d’amitié en Russie. Des Suisses y participent aussi régulièrement. Les participants tiennent ensuite des conférences sur ces voyages.
Monsieur Hänseler, merci beaucoup pour cet entretien !
(Traduction «Point de vue Suisse»)
* Peter Hänseler, docteur en droit, est né en 1964 à Zurich et a étudié le droit à l’Université de Zurich et à l’Université de Georgetown (LL.M.). Il travaille comme avocat à New York et à Zurich jusqu’en 1997, avant de devenir manager et entrepreneur en Russie. Il vit à Moscou, a mis un terme à sa carrière commerciale et travaille aujourd’hui comme éditeur et journaliste. Outre son blog (https://voicefromrussia.com/), il publie dans la «Weltwoche», sur «ZeroHedge» et sur d’autres blogs géopolitiques.
La brousse du Bürgenstock cache la forêt dévastée de la diplomatie suisse. Pardonnez-moi pour cette métaphore fatiguée, mais malheureusement c’est la triste réalité. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Ignazio Cassis(*) en 2017, une situation exacerbée par l’arrivée en 2018 de Viola Amherd(*) à la tête du département de la défense – tous deux fervents partisans d’un réalignement vers l’OTAN et les Etats-Unis – a fait pencher la politique étrangère suisse. Et dans la mauvaise direction.
Destruction de la diplomatie suisse
Plusieurs cadres du ministère des Affaires étrangères ne s’en cachent pas : « La doctrine et les alliances ont subitement changé. « Cela a fait que des réseaux qu’il nous a parfois fallu vingt ans pour construire – avec la Russie, avec certains pays du Sud, au Moyen-Orient – ont été détruits en quelques mois. » En s’adaptant aux pays occidentaux et en transmettant servilement leur haine et leur enthousiasme, « la voix de la Suisse, la petite musique que nous parvenions à faire entendre sur la scène internationale, a complètement disparu. Nous nous sommes fondus dans la masse des Occidentaux.» Cela est particulièrement clair au Conseil de sécurité et dans le domaine de la sécurité collective. Par exemple, le Conseil fédéral, qui bafoue ses engagements antérieurs en faveur de la paix et du dialogue, refuse obstinément de ratifier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, de peur de déplaire à l’OTAN (dont nous ne sommes pas membre !). À la mi-mai, à l’occasion du vote d’une résolution du Conseil de sécurité visant à empêcher la course aux armements dans l’espace, rejetée par les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et quatre autres pays qui leur sont fidèles, la Suisse a été le seul pays à abstention.
Le déni de la tradition humanitaire – une perte de crédibilité sans précédent
Pire encore, la Suisse est en train de nier le droit humanitaire et international qu’elle défend depuis des décennies. Enlisée dans ses positions pro-israéliennes, anti-UNWRA et anti-Hamas – une absurdité compte tenu de son engagement dans le processus de paix de Genève en 2003 et de son insistance antérieure à parler à toutes les parties au conflit – elle subit les exactions de l’armée israélienne. à Gaza et n’a toujours pas répondu à la demande de la CPI d’inculper les dirigeants israéliens et du Hamas pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. C’est le seul pays d’Europe à garder le silence, tandis que l’Espagne, l’Irlande et la Norvège, très impliquées en Palestine, viennent en revanche de reconnaître l’État palestinien. Berne, qui a vivement accueilli la demande d’inculpation de Poutine , n’a rien à dire lorsque le procureur du même tribunal enquête sur un procès du même genre contre des hommes politiques de premier plan qui ont visiblement dépassé depuis des mois toutes les limites de ce qui est permis. Quelle perte de crédibilité scandaleuse ! Comment sera crue la Suisse si elle veut défendre les Conventions de Genève et dénoncer les futures violations des droits de l’homme ? Dans ce contexte, la tentative visant à améliorer la réputation de notre diplomatie avec le prétendu sommet de paix de Bürgenstock à la mi-juin de cette année a toutes les chances de se terminer par un fiasco ou, du moins, de ne conduire à aucun résultat.
Bürgenstock – une farce embarrassante sous la forme prévue
Au-delà des 50 pays traditionnels qui se rangent derrière l’Occident, il est clair que le succès de la conférence dépendra de la participation des pays du Sud. Après que la Russie a été désinvitée, la Chine, le Brésil et l’Afrique du Sud se sont abstenus de participer, seule l’Inde a confirmé sa présence sans préciser le statut diplomatique de sa participation. On ne sait rien des autres. Le jeu reste ouvert dans le sens où ils n’ont encore rejeté aucune implication. Ils sont susceptibles d’envoyer des participants de niveau intermédiaire sans pouvoir de décision pour éviter d’être accusés d’être « anti-paix » ou de « boycotter l’Occident ».
Cela signifie que la Conférence de Bürgenstock ne sera pas une réunion au sommet et ne sera certainement pas un sommet pour la paix. Le refus conscient de la Russie se retourne désormais contre les organisateurs. Conscient de ce problème, le discours officiel suisse tente désormais d’affirmer que la Russie ne veut pas participer et que son absence est uniquement due à elle. C’est faux et cela n’induira personne en erreur en dehors de l’Occident collectif.
Pourquoi les pays du Sud participeraient-ils à un sommet qui n’en est plus un, qui ne vise pas la paix en raison de l’absence de la Russie et qui sera certainement un échec ? Les plus faibles ou les plus sophistiqués se contenteront d’être présents sans aucun enthousiasme, tandis que les autres éviteront de perdre inutilement leur temps et leur argent.
Zelensky ne parviendra pas à rendre la paix possible
Deuxième problème : on peut supposer que le président Zelensky est devenu le principal obstacle aux négociations de paix. Premièrement, il n’est plus président légitime du pays depuis le 21 mai, son mandat électoral ayant pris fin le 20 mai. Depuis, il n’est plus que le président non élu et donc illégitime du pays. Quant à la démocratie, nous y reviendrons !
Il ne faut pas non plus oublier qu’il a signé un Ukas interdisant toute négociation de paix en Ukraine et qu’il a présenté un soi-disant plan de paix, qui n’en est pas un, puisqu’il appelle simplement à la capitulation de la Russie. Après l’assassinat de défenseurs de la paix en Ukraine, dont au moins un des négociateurs en mars 2022, il ne peut plus agir en tant qu’artisan de la paix, sous peine de perdre son pouvoir. Il n’est donc pas intéressé à négocier quoi que ce soit. S’il vient en Suisse, ce sera uniquement pour obtenir le soutien de ses partisans occidentaux et pour exiger davantage d’aide à la guerre. Pas pour la paix. La première condition pour entamer de véritables pourparlers de paix est donc de rejeter Zelensky et de le remplacer par un dirigeant plus réaliste et plus ouvert d’esprit, peut-être Saloujny .
L’impasse de l’Occident
Après tout, l’Occident se trouve aujourd’hui dans une impasse. Il n’a toujours pas de stratégie pour surmonter la crise en Ukraine et n’a rien d’autre à offrir qu’un soutien aveugle et inconditionnel au régime Zelensky. Il ne sait pas quoi, comment ni avec qui négocier parce qu’il boycotte Poutine. Il se contente donc de suivre les élites belliqueuses d’Europe de l’Est, des pays baltes, de Pologne et de Washington, tout en étant en désaccord sur ce que devrait et pourrait être la paix. Il n’y a pratiquement aucune chance que cela change avant les élections américaines de novembre.
Après cette date, quel que soit le président nouvellement élu, le jeu pourrait devenir plus ouvert à mesure que l’échec de ce manque de stratégie et l’attrition qui en résulte dans tous les domaines – militaire, économique, financier et politique – deviendront plus évidents. Il serait alors temps de réfléchir à un changement de titulaire du Département fédéral des affaires étrangères. •
(*) Ignacio Cassis et Viola Amherd sont deux des sept membres du Conseil fédéral de la Confédération suisse. IR
Tous les médias occidentaux stigmatisent la nouvelle loi sur le financement étranger des ONG en Géorgie. Les manifestants opposés à la loi sont considérés comme des héros de la démocratie et la loi est décrite comme une copie de la loi russe de 2012 sur les agents de l’étranger. Cette loi impose aux ONG de s’enregistrer auprès du ministère de la Justice en tant qu’« organisations agissant en qualité́ d’agent étranger » dès lors qu’elles reçoivent des fonds étrangers et qu’elles mènent des « activités politiques ».[1]
Personne ne parle du système politique géorgien. Le Parlement a été démocratiquement élu en 2020 et le président en 2018. Le pays est candidat à l’admission dans l’Union européenne et a condamné l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Bref, le pays fait son possible pour être reconnu comme “occidental”. Pourtant, tout cela est soudain oublié car la Géorgie veut affirmer sa souveraineté.
Que veut le gouvernement géorgien? Tout simplement que toute ONG ou média recevant plus de 20 % de son financement de l’étranger, s’enregistre en tant qu’« organisation promouvant les intérêts d’une puissance étrangère ». L’ONG ne sera pas interdite, mais elle devra déclarer ses sources de financement. C’est ce minimum de transparence que les Occidentaux en chœur considèrent comme une menace contre l’État de droit.[2]
Or, il faut savoir qu’aujourd’hui, plus de 25 000 ONG sont enregistrées en Géorgie. Selon les autorités géorgiennes, 90 % de leur financement provient de l’étranger. Ces ONG reçoivent des fonds de l’USAID, de la Commission européenne ou de la Banque mondiale pour monter des programmes d’éducation, de soins de santé, de réforme judiciaire, de développement rural et même d’infrastructures. Bref, ces ONG se substituent à l’État pour accomplir à sa place les grands tâches régaliennes.
Aucun pays ne tolère cela, à commencer par les États-Unis qui ont depuis 1938 une loi dite Foreign Agents Registration Act (FARA) qui dit exactement la même chose que la nouvelle loi géorgienne[3]. En France, on préfère parler d’ingérence étrangères et on a fait une loi en 2021 pour soumettre toutes les associations cultuelles de déclarer tous les financements étrangers, dès lors que leur montant perçu sur un exercice dépassent 15.300 euros.[4]
Bon, cette loi ne vise que les islamistes. Pour élargir le contrôle des ingérences étrangères, la France prépare actuellement une loi pour mettre en place un registre numérique recensant les « représentants d’intérêts » agissant pour le compte d’un « mandant étranger »[5]. En effet, les acrobaties juridiques qui avaient présidé à l’interdiction des médias russes (Russia Today et Sputnik) étaient quand même tirées par les cheveux[6]. L’actuel projet de loi a été adopté en première lecture par Assemblée nationale en mars 2024 et le Sénat doit l’examiner sous peu.
Quand la Géorgie fait de même, les médias occidentaux écrivent que la législation se rapproche d’une loi russe répressive sur les « agents de l’étranger », d’où son surnom de « loi Poutine ». L’Union européenne va jusqu’à demander « l’abandon du texte, estimant qu’il va à l’encontre du programme de réformes que le pays doit entreprendre pour progresser sur la voie de l’adhésion. »[7] La menace est claire : la Géorgie peut tracer une croix sur son adhésion à l’Union européenne.
Une fois de plus, la machine de propagande occidentale se mobilise pour mettre au pas un gouvernement légalement élu pour soutenir des militants professionnels payés pas des ONG étrangères. Un coup de Maïdan bis est en préparation à Tbilissi.[8] Les médias occidentaux font comme si seuls les manifestants antigouvernementaux étaient légitimes et comme si le gouvernement élu était une marionnette russe… Alors que c’est faux, que tout observateur peut se rendre compte que c’est exactement le contraire qui se passe.
L’ingérence américaine en GéorgieLa dernière année pour laquelle la NED présente une comptabilité publique est 2021. Voici comment la fondation américaine rend compte de ses activités subventionnaires pour la Géorgie (et quelques autres pays voisins) : « Bien que l’Arménie et la Géorgie présentent des opportunités de transition démocratique, le Covid-19, la guerre du Haut-Karabakh et d’âpres luttes politiques en Géorgie ont monopolisé l’agenda politique pendant la majeure partie de l’année 2020. Malgré ces conditions défavorables, les bénéficiaires des subventions de la NED ont mené à bien (…) une réforme constitutionnelle historique en Géorgie, établissant un système électoral plus juste et équitable. Les programmes de la NED ont permis aux citoyens de participer au processus politique et ont encouragé une culture du débat politique. »National Endowment for Democracy (NED), Eurasia.
En matière de rivalité entre Washington et Pékin, quelques Américains ont tiré la bonne leçon de l’histoire, mais les autres ne savent pas de quelle leçon il s’agit.
Il y a d’abord eu la rhétorique de l’amitié « sans limites ». Aujourd’hui, c’est « pour les générations à venir ». Tel est ce qu’a déclaré le président Xi Jinping à son homologue russe, Vladimir Poutine, en visite à Pékin, au sujet de l’avenir de leurs deux pays.
Le voyage de M. Poutine à Pékin intervient alors que le vent tourne en faveur de la Russie en Ukraine et que Bruxelles et Washington ne cessent de reprocher à Pékin de « soutenir » la Russie. Or, les deux dirigeants n’ont pas hésité à faire un bras d’honneur à l’Occident.
À quoi s’attendre ? Vous faites de la Russie votre principal ennemi et de la Chine votre « concurrent stratégique », ce qui est la dernière étape avant de la qualifier d’ennemie. Vous dites qu’il s’agit d’un combat pour la démocratie contre l’autocratie. Vous vous êtes engagés dans la guerre la plus destructrice en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et vous menez collectivement une guerre économique totale contre la Chine. Face à tout cela, comment pensez-vous que la Russie et la Chine vont réagir ?
Les responsables politiques américains avaient jadis compris ce dilemme fondamental qui voulait que les États-Unis favorisent tour à tour l’un des deux contre l’autre, sans jamais permettre l’union de deux pays qui, mis ensemble, contrôlent l’ensemble de la masse continentale eurasienne.
En 1972, alors que Richard Nixon et Henry Kissinger travaillaient au rapprochement avec la Chine communiste, les deux dirigeants américains ont eu une conversation nocturne. Kissinger a déclaré : « Je pense que, dans 20 ans, votre successeur, s’il est aussi sage que vous, finira par pencher du côté des Russes contre les Chinois. Cependant, au cours des 15 prochaines années, nous devrons pencher du côté des Chinois contre les Russes. Nous devons jouer sans aucune émotion ce jeu de l’équilibre des pouvoirs. Pour l’instant, nous avons besoin des Chinois pour mettre au pas les Russes et les discipliner. »
Jimmy Carter et Nixon n’avaient rien en commun, mais Zbigniew Brzezinski et Kissinger, leurs conseillers respectifs en matière de sécurité nationale, présentent de nombreuses similitudes. Brzezinski a écrit un jour de manière prémonitoire : « Potentiellement, le scénario le plus dangereux serait une grande coalition de la Chine, de la Russie et peut-être de l’Iran, une coalition anti-hégémonique unie non pas par une idéologie mais par des griefs complémentaires. »
Or voilà que ce que les deux hommes craignaient, s’est réalisé. Tous deux étaient « européens » en matière d’histoire et de realpolitik, contrairement à leurs successeurs néoconservateurs qui entretiennent l’approche anhistorique du « nous pouvons faire ce que nous voulons ».
Brzezinski et Kissinger ont tous deux beaucoup appris d’Otto von Bismarck, ou plus précisément de l’utilisation par ce dernier de ce que l’on appelait le « traité de réassurance » pour isoler Paris et l’empêcher de former une alliance avec Moscou. Ils ont tracé une analogie historique entre l’opposition Chine-Russie soviétique et celle France-Russie tsariste.
Le traité secret était un pilier de la diplomatie de Bismarck qui maintenait l’équilibre des forces et une paix relative en Europe. Une fois Bismarck écarté du pouvoir et le traité tombé en désuétude, la Russie et la France n’ont pas manqué de prendre langue. Leur rapprochement dans les années 1890, écrit George Kennan, est à l’origine du système d’alliance qui a conduit à la première guerre mondiale.
« Car la retraite de Bismarck… a fait disparaître de la scène le dernier grand opposant personnel à une relation militaro-politique plus étroite entre la Russie et la France », écrit Kennan dans The Decline of Bismarck’s European Order. « L’alliance franco-russe de 1894 a été sans conteste l’un des principaux éléments qui a débouché sur la situation fatidique de 1914, et elle a joué un rôle particulièrement important en transformant ce qui n’était au départ qu’une crise balkanique en un conflit impliquant la majeure partie de l’Europe occidentale. »
Aujourd’hui, l’endiguement est à nouveau appliqué à la Chine, avec toutes les conséquences dangereuses que nous pouvons voir devant nous, non seulement pour la Chine et les États-Unis, mais aussi pour le monde entier. Kissinger n’a pas utilisé le terme « endiguement » ; il préférait celui de « détente ». Quel que soit le terme utilisé, il voulait maintenir la séparation entre la Chine et la Russie. Mais qu’en est-il du nouvel endiguement des États-Unis contre la Chine ? Il oblige Moscou et Pékin, et pire encore, Téhéran, à former un ménage à trois.
Certains commentateurs n’exagèrent peut-être pas lorsqu’ils affirment que nous sommes au bord de la troisième guerre mondiale.
When it comes to Washington-Beijing rivalry, a few Americans learned the right lesson from history but the rest do not know what the lesson is.
First there was the rhetorical “no limits” friendship. Now, it’s “for generations to come”. That’s the latest from President Xi Jinping who signaled to visiting Russian counterpart, Vladimir Putin, about the future of their two nations.
Putin’s trip to Beijing comes as the tide is turning in Russia’s favour in Ukraine, and Brussels and Washington keep blasting Beijing for “supporting” Russia. So, the two leaders give the West the big finger.
What do you expect? You make Russia your biggest enemy and China your “strategic competitor”, which is but one step away from declaring it an enemy. You say it’s a fight for democracy against autocracy. You have committed the most destructive war in Europe since the end of the second world war and collectively wage a full-on economic war on China. When you are doing all that, how do you think Russia and China would react?
American policymakers once understood this basic dilemma which required US adjustment in periodically favouring one against the other, never allowing both to come together, which when combined, dominate the entire Eurasian land mass.
In 1972, when Richard Nixon and Henry Kissinger were working out rapprochement with communist China, the two American leaders had a late-night chat. Kissinger said: “I think in 20 years your successor, if he’s as wise as you, will wind up leaning towards the Russians against the Chinese. For the next 15 years we have to lean towards the Chinese against the Russians. We have to play this balance of power game totally unemotionally. Right now, we need the Chinese to correct the Russians and to discipline the Russians.”
There was nothing in common between Jimmy Carter and Nixon, but there are many similarities between Zbigniew Brzezinski and Kissinger, their respective national security advisers. Brzezinski once wrote presciently: “Potentially, the most dangerous scenario would be a grand coalition of China, Russia, and perhaps Iran, an ‘anti-hegemonic’ coalition united not by ideology but by complementary grievances.”
Of course, what both men feared has now come to pass. Both were “European” in their understanding of history and realpolitik, as opposed to their ahistorical “We can do whatever we like” neoconservative successors.
Both Brzezinski and Kissinger learned deeply from Otto von Bismarck, or more specifically, the latter’s use of what was known as “the reinsurance treaty” to isolate Paris from forming an alliance with Moscow. They modelled their historical analogy of China and Soviet Russia on France and Tsarist Russia.
The secret treaty was a pillar of Bismarck’s diplomacy that kept the balance of power and relative peace in Europe. Once Bismarck was out of power and the treaty was allowed to lapse, Russia and France sought out each other. Their rapprochement in the 1890s, wrote George Kennan, underpinned the alliance system that led to the first world war.
“For Bismarck’s retirement … removed from the scene the last great personal opponent of a closer military-political relationship between Russia and France,” Kennan wrote in The Decline of Bismarck’s European Order. “[A]nd with the lapse of the Reinsurance Treaty there disappeared the last serious formal impediment to such a development … [T]he Franco-Russian alliance of 1894 was without question one of the major components out of which the fateful situation of 1914 was constructed, and of particular importance as a factor causing what began as a Balkan quarrel to grow into a conflict involving most of western Europe.”
Today, containment is again being applied to China, with all the dangerous consequences we can see before us, not only for China and the US, but the whole world. Kissinger didn’t use the term “containment”; he preferred “detente”. But whatever the term, he meant to keep China and Russia apart. But the new US containment against China? It basically forces Moscow and Beijing, and worse, Tehran into a menage a trois.
Some commentators may not be exaggerating when they say we are staring at world war three.