L’Iran a décidé d’exercer une pression maximale sur Trump

Voici comment il va s’y prendre

par Moon of Alabama

14 juin 2019

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

Source : https://lesakerfrancophone.fr/liran-a-decide-dexercer-une-pression-maximale-sur-trump

 

Il y a treize mois, les États-Unis lançaient une guerre économique totale contre l’Iran. Ils voulaient la capitulation du pays. Maintenant, l’Iran a décidé de répondre de la même manière. Il mènera une campagne de pression maximale sur les intérêts économiques américains jusqu’à ce que l’administration Trump admette sa défaite. Le transport maritime au Moyen-Orient deviendra bientôt très dangereux. Le prix du pétrole va grimper en flèche. Trump sera piégé entre deux alternatives, mais il n’aimera ni l’une ni l’autre.

Début mai 2018, le président américain Trump a rompu l’accord nucléaire avec l’Iran et sanctionné tout commerce avec ce pays. L’Iran a d’abord réagi avec prudence. Il espérait que les autres signataires de l’accord nucléaire continuent à tenir leurs promesses et à commercer avec elle. L’année écoulée a prouvé que de telles attentes étaient erronées.

Sous la menace de sanctions américaines, les partenaires européens ont cessé d’acheter du pétrole iranien et ont également mis fin à leurs exportations vers ce pays. Le nouvel instrument financier qui devait permettre les paiements entre les pays européens et l’Iran n’a toujours pas été mis en œuvre. Il s’agit d’un montage peu efficace qui aura trop peu de capacité pour permettre des échanges commerciaux importants. La Russie et la Chine ont chacune leurs propres problèmes avec les États-Unis. Ils n’appuient pas le commerce avec l’Iran lorsque cela met en danger leurs autres intérêts.

Pendant ce temps, l’administration Trump a augmenté la pression sur l’Iran. Elle a supprimé les dérogations qu’elle avait accordées à certains pays pour acheter du pétrole iranien. Elle a étiqueté une partie des forces armées iraniennes, le Corps des Gardes de la Révolution (CGR), entité terroriste. Vendredi dernier, elle sanctionnait le plus grand producteur iranien de produits pétrochimiques parce que cette société aurait des relations avec le CGR.

La patience stratégique dont l’Iran a fait preuve tout au long de l’année, depuis que Trump a saboté l’accord, n’a donné aucun résultat. Trump restera au pouvoir, probablement pendant encore cinq ans et demi, tandis que la situation économique de l’Iran continuera de se détériorer. La situation exige une réorientation stratégique et l’adoption d’un nouveau plan pour contrer les pressions américaines.

Sur le plan stratégique, une réorientation à long terme dans quatre domaines différents permettra de contrer les effets de la guerre économique contre l’Iran. Les importations étrangères seront réduites au minimum en augmentant la production nationale. L’Iran ne s’alliera à personne, pas même à la Chine et à la Russie, car il reconnaît que compter sur des partenaires n’apporte aucun avantage lorsque ces partenaires ont leurs propres intérêts supérieurs. La troisième étape consiste à relâcher la pression intérieure sur les « réformistes » qui plaidaient pour une orientation plus « occidentale ». Trump, et la lâcheté des Européens, ont prouvé que leurs arguments ne sont pas valables. La dernière mesure consiste à réorienter les exportations du commerce mondial du pétrole vers d’autres produits, probablement des dérivés du pétrole, et vers les pays voisins.

Ces quatre étapes prendront un certain temps à mettre en place. Il s’agit de la réorientation générale d’une stratégie de mondialisation vers une stratégie nationale plus isolationniste. Les premières étapes de ce nouveau plan sont déjà visibles. Une banque commune va être créée entre la Syrie, l’Irak et l’Iran pour faciliter les échanges entre ces pays.

La réorientation économique ne sera pas suffisante. Pour contrer directement la campagne de pression maximale de Trump, il faudra une réorientation tactique.
Trump continue de demander à l’Iran de négocier, mais il ne peut accepter qu’une capitulation totale. Trump a également prouvé que les États-Unis ne respectent pas les accords qu’ils ont conclus. Il n’y a donc aucun espoir que l’Iran parvienne à quoi que ce soit par la négociation. Il n’y a qu’une seule façon de contrer la campagne de pression maximale de Trump, c’est de lui renvoyer cette pression maximale.

Ni Washington, ni les pays anti-iraniens du Moyen-Orient, ni les autres signataires de l’accord nucléaire n’ont jusqu’ici payé le prix de leurs actes hostiles contre l’Iran. Cela va maintenant changer.

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Trafic en cours des pétroliers chargés au Moyen-Orient
via Tanker TrackersAgrandir

L’Iran va agir contre les intérêts des États-Unis, d’Israël, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Il le fera sous une forme qu’il pourra nier pour ne pas donner aux États-Unis et à d’autres pays l’occasion de rétorquer militairement. L’Iran a des amis dans divers pays du Moyen-Orient qui le soutiendront avec leurs propres capacités. La campagne que l’Iran lance aujourd’hui causera également de graves dommages à d’autres pays.

Mi-2018, après que Trump a commencé à sanctionner les exportations de pétrole de l’Iran, les dirigeants de ce pays ont expliqué comment ils allaient contrer cette décision :

« Si l’Iran ne peut pas exporter son pétrole, personne au Moyen-Orient ne le pourra », a prévenu Téhéran.

En décembre dernier, le président iranien Rouhani réitérait cette position :

« Si un jour ils veulent empêcher l’exportation du pétrole iranien, alors aucun pétrole ne sera exporté du golfe Persique », a expliqué Rouhani.

Mi-mai 2019, un an après que Trump a détruit l’accord nucléaire, une démonstration de forces a endommagé quatre pétroliers qui mouillaient près de Fujairah dans les EAU. Aucune preuve n’a été trouvée pour accuser l’Iran de l’attaque.

L’incident était un avertissement. Mais les États-Unis l’ont ignoré et ont augmenté leur pression.

Hier, deux pétroliers transportant des produits pétrochimiques ont été attaqués alors qu’ils traversaient le golfe d’Oman. Comme cet incident est survenu quelques jours seulement après que Trump a sanctionné les exportations pétrochimiques de l’Iran, l’implication de l’Iran semble une évidence. Mais encore une fois, aucune preuve n’a été trouvée pour accuser l’Iran de l’incident.

Les États-Unis ont publié une vidéo granuleuse en noir et blanc montrant une équipe iranienne de recherche et de sauvetage en train d’enlever une mine non explosée d’un des pétroliers. Aucune mine n’est visible dans la vidéo. L’équipage iranien semble seulement inspecter les dégâts sur le pétrolier.

Les États-Unis eux-mêmes admettent que la vidéo a été prise plusieurs heures après l’incident. Les États-Unis disent aussi qu’un de leurs navires se trouvait à proximité. Pourquoi n’a-t-il pris aucune mesure pour enlever lui-même la mine revendiquée ?

Entre-temps, le propriétaire du Kokuka Courageous, l’un des navires sinistrés, a déclaré que les dommages causés à son navire n’étaient pas causés par des mines mais par des drones :

Deux « objets volants » ont endommagé un pétrolier japonais appartenant à Kokuka Sangyo Co lors d’une attaque jeudi dans le golfe d’Oman, mais la cargaison de méthanol n’a pas été endommagée, a déclaré le président de la compagnie vendredi. … « L’équipage nous a dit que quelque chose est venu vers le navire en volant, et ils ont trouvé un trou, » dit Katada. « Puis d’autres membres de l’équipage ont été témoins de la seconde attaque. »

Katada a également rejeté l’hypothèse selon laquelle le pétrolier, qui naviguait sous pavillon panaméen, aurait été attaqué parce qu’il s’agissait d’un navire appartenant à des Japonais :

« À moins d’un examen minutieux, il était difficile de dire si le pétrolier était exploité ou appartenait à des Japonais », a-t-il dit.

Malgré l’ignorance évidente de qui, ou de ce qui, a causé l’incident, les États-Unis ont immédiatement accusé l’Iran :

Secrétaire Pompeo @SecPompeo – 18:27 UTC – 13 juin 2019 Selon l’évaluation du gouvernement américain, l’Iran est responsable des attaques d’aujourd’hui dans le golfe d’Oman. Ces attaques constituent une menace pour la paix et la sécurité internationales, une atteinte flagrante à la liberté de navigation et une escalade inacceptable de la tension par l’Iran.

L’Iran a rétorqué :

Javad Zarif @JZarif – 12:11 UTC – 14 Jun 2019 Le fait que les États-Unis aient immédiatement sauté sur l’occasion pour accuser l’Iran – sans la moindre preuve factuelle ou circonstancielle – ne fait qu’indiquer très clairement que #l’équipeB est en train de passer à un #PlanB : Saboter la diplomatie – y compris celle de @AbeShinzo- et couvrir son #Terrorisméconomique contre l’Iran.

J’ai averti de ce même scénario il y a quelques mois, non pas parce que je suis clairvoyant, mais parce que je sais d’où vient #l’équipeB.

« L’équipeB » comprend John Bolton, conseiller à la sécurité nationale de Trump, Bibi Netanyahoo, Premier ministre israélien, Mohammad bin Salman d’Arabie Saoudite et Mohammed bin Zayed des EAU.

Dire que les attaques étaient des provocations de la part des États-Unis ou de leurs alliés du Moyen-Orient est rendu plus facile par leur caractère manifestement impitoyable. Toute accusation de culpabilité iranienne de la part de l’administration Trump sera facilement rejetée parce que tout le monde sait que Trump et son équipe sont des menteurs notoires.

Ce jeu du chat et de la souris va maintenant se poursuivre et s’accélérer avec régularité. Plus de pétroliers seront endommagés ou même coulés. Des raffineries saoudiennes vont commencer à exploser. Les ports des Émirats Arabes Unis connaîtront des difficultés. L’Iran niera de façon plausible qu’il soit impliqué dans tout cela. Les États-Unis continueront d’accuser l’Iran, sans avoir aucune preuve à l’appui.

L’assurance pour le transport des marchandises au Moyen-Orient deviendra très coûteuse. Les prix à la consommation des produits pétroliers augmenteront encore et encore. Les dommages collatéraux seront immenses.

Tout cela va progressivement mettre plus de pression sur Trump. Les États-Unis voudront négocier avec l’Iran, mais cela sera rejeté à moins que Trump ne rejoigne l’accord nucléaire et lève toutes ses sanctions. Il ne peut le faire sans perdre la face, et ses alliés. D’ici mi-2020, la campagne de pression maximale atteindra son apogée. Les prix du pétrole vont exploser et les États-Unis vont entrer en récession. L’économie mondiale va s’effondrer et tout le monde saura qui a causé le problème sous-jacent. La réélection de Trump sera mise en question.

Il y aura également des pressions sur lui pour qu’il adopte des mesures militaires contre l’Iran. Mais il sait qu’une guerre serait tout aussi désastreuse pour ses chances de réélection que pour les États-Unis eux-mêmes. Une guerre contre l’Iran mettrait tout le Moyen-Orient à feu et à sang.

La pression maximale que Trump espérait exercer contre l’Iran se retournera en pression maximale sur lui et ses alliés. Il sera piégé et n’aura pas d’issue.

 

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