La cause ouïghoure, coqueluche de l’Occident

par

Bruno Guigue

21 mars 2019,

Source : https://oumma.com/la-cause-ouighoure-coqueluche-de-loccident/

(Nous regrettons de n’avoir pas repéré cet article au printemps dernier.

Mieux vaut tard que jamais ! IR)

 

Reprise en boucle par les médias occidentaux, l’accusation portée contre la Chine s’est répandue comme une traînée de poudre : dans sa province stratégique du Xinjiang, Pékin aurait « emprisonné un million de Ouïghours dans des camps d’internement et contraint deux millions d’entre eux à suivre des cours de rééducation ». Les Ouïghours sont l’une des 54 nationalités minoritaires reconnues par la Constitution de la République populaire de Chine. Située à l’extrémité occidentale de la Chine, la Région autonome ouïghoure du Xinjiang a une population composite de 24 millions d’habitants, dont 46% de Ouïghours et 39% de Han.

Si les allégations de la presse occidentale sont exactes, la population ouïghoure, qui est estimée à 10 millions de personnes, aurait donc subi un monstrueux coup de filet ! Pour interner un million de personnes, en effet, il faudrait capturer pratiquement la moitié de la population adulte masculine de cette malheureuse ethnie. Curieusement, aucun témoignage ne mentionne cette disparition massive dans les rues d’Urumqi, de Kashgar et des autres cités de la province autonome.

Outre cette invraisemblance factuelle, le procès fait à Pékin souffre aussi de la partialité et de l’unilatéralité des sources d’information mentionnées. Croire sur parole le discours officiel est complètement naïf, mais tomber dans l’excès inverse en épousant aveuglément le discours oppositionnel ne vaut guère mieux. Or la narration médiatique relative à cette incarcération massive s’appuie sur un rapport rédigé par une organisation composée d’opposants au gouvernement chinois et financée par le gouvernement des Etats-Unis.1

Cette organisation qui a pignon sur rue à Washington, le « réseau des défenseurs chinois des droits de l’homme » (CHRD en anglais), est présidée par une fervente admiratrice du dissident chinois nobélisé Liu Xiaobo. Condamné à 11 ans de prison en 2009, puis décédé d’un cancer en 2017 peu après sa libération, ce dernier approuvait avec enthousiasme les interventions militaires US et appelait à la colonisation de son pays par les puissances occidentales afin de le « civiliser ». C’est ce réseau d’opposants en exil aux USA qui orchestre la campagne médiatique contre Pékin en présentant sa politique au Xinjiang comme une entreprise d’asservissement totalitaire.

Comme par hasard, l’une des principales sources citées dans le « rapport accablant » du CHRD n’est autre que « Radio Free Asia », une station de radio gérée par le « Broadcasting Board of Governors », agence fédérale supervisée par le Département d’État et destinée à promouvoir les objectifs de la politique étrangère des Etats-Unis. Une autre source importante est le Congrès mondial des Ouïghours. Organisation séparatiste créée en 2004, elle est considérée comme terroriste par les autorités chinoises qui l’accusent d’être à l’origine des sanglantes émeutes d’Urumqi qui, en 2009, donnèrent le signal d’une déstabilisation de toute la région. Installée aux USA, sa présidente avait obtenu le soutien officiel de George W. Bush en 2007.

Naturellement, cette organisation est financée par le « National Endowment of democracy », une émanation du Congrès des Etats-Unis qui constitue la cheville ouvrière des politiques de « changement de régime » et sur laquelle plane le soupçon d’une proximité douteuse avec la CIA. Comme le notent Ben Norton et Ajit Singh dans une étude récente, « la dépendance quasi totale à l’égard de sources liées à Washington est caractéristique des reportages occidentaux sur les musulmans ouïghours en Chine, comme sur ce pays en général, et ils présentent régulièrement des allégations sensationnelles ».2

En publiant un « Livre Blanc sur la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme et la protection des droits humains au Xinjiang », le 18 mars 2019, le gouvernement chinois a répondu à ces allégations.3 Peu commenté en Occident – et pour cause – , le terrorisme djihadiste qui a frappé durement la Chine dans les années 2009-2014 a créé dans ce pays un véritable traumatisme. Depuis le carnage qui fit 197 morts à Urumqi en mai 2009, les attentats commis par les séparatistes se sont multipliés : Kashgar en mai 2011 (15 morts), Hotan en juillet 2011 (4 morts), Pékin (sur la place Tiananmen) en octobre 2013 (5 morts), Kunming en mars 2014 (31 morts), puis à nouveau Urumqi en avril (3 morts) et en mai 2014 (39 morts). Encore cette énumération ne mentionne-t-elle que les attentats les plus sanglants sur le sol chinois.

Confrontées à un phénomène semblable à la terreur importée en Syrie, les autorités chinoises ont réagi sans mollir. Dans le « Livre blanc » précité, Pékin affirme que, depuis 2014, 2 955 terroristes ont été arrêtés, 2 052 explosifs saisis et 30 645 personnes sanctionnées pour 4 858 activités religieuses illégales. Le document indique aussi que 345 229 copies de textes religieux illégaux ont été confisquées. Contrairement à ce qu’affirme la presse occidentale, il ne s’agit pas du Coran, mais d’une littérature wahabite takfiriste qui transpire la haine à l’égard des musulmans n’appartenant pas à cette obédience sectaire. Dans un pays où le pouvoir politique est jugé sur sa capacité à garantir la stabilité, il va de soi que toute tentative de déstabilisation – a fortiori par le terrorisme aveugle – est combattue sans pitié.

On peut juger cette politique particulièrement répressive. Elle l’est, et les autorités chinoises ne s’en cachent pas. Un cap a sans doute été franchi lorsque la terreur s’est répandue hors de la province du Xinjiang. La perspective d’un embrasement général du pays a fait planer le spectre d’un scénario à la syrienne. Cette crainte était d’autant plus justifiée que la principale organisation séparatiste ouïghoure, le parti islamique du Turkestan, sévit en Chine comme en Syrie, où les Ouïghours (qui seraient encore au nombre de 15 000, familles incluses) sont particulièrement appréciés au sein de la mouvance djihadiste.4 Mais les défenseurs de cette noble cause oublient généralement de mentionner que cette organisation – qu’ils considèrent sans doute comme une association philanthropique – est la branche locale d’Al-Qaida.

Frappant à l’aveugle, ses attentats ont fait des centaines de morts. Devant cette vague de violence, que devait faire le gouvernement chinois ? Contrairement aux Etats occidentaux, la Chine n’expédie pas ses extrémistes chez les autres. Elle combat vraiment le terrorisme, elle ne fait pas semblant. La surveillance est généralisée, la répression sévère, la prévention systématique. La presse occidentale fustige les camps de rééducation chinois, mais elle observe un mutisme complice lorsque la CIA offre des camps d’entraînement aux terroristes. En Chine, la répression des activités extrémistes est massivement approuvée par la population, et cette politique a eu pour résultat de faire cesser la violence armée.

Mais les adversaires irréductibles du régime chinois font feu de tout bois : ils vont désormais jusqu’à incriminer son hostilité présumée à l’égard de l’islam. Or cette accusation repose sur du vent. La presse occidentale a cité des internautes qui auraient stigmatisé la religion musulmane et dénoncé la pratique du « halal ». Dans un pays où 300 millions de personnes tiennent un blog sur Internet et où la liberté de parole est beaucoup plus grande qu’on ne croit, des propos de toute nature sont tenus. Malheureusement, il y a des islamophobes en Chine comme ailleurs. Mais contrairement aux affirmations de la presse occidentale, le gouvernement chinois, de son côté, n’a jamais lancé de campagne contre la religion musulmane.

Car l’islam fait partie des cinq religions officiellement reconnues par la République populaire de Chine au côté du taoïsme, du bouddhisme, du catholicisme et du protestantisme. Les mosquées sont innombrables (35 000), et elles constituent parfois des joyaux du patrimoine national attestant l’ancienneté de la présence musulmane. Aucune discrimination légale ne frappe les musulmans, qui sont libres de pratiquer leur religion dans le respect des lois. Comme les Ouïghours, les musulmans Hui disposent également d’une région autonome, le Ningxia. Les femmes Hui portent souvent le hijab, et rien ne l’interdit. On trouve des restaurants halal à peu près partout, notamment dans les gares et les aéroports. A l’intérieur de la Chine, l’islam fait partie du paysage. A l’extérieur de ses frontières, la RPC coopère avec des dizaines de pays musulmans dans le cadre de la Nouvelle Route de la Soie.

Ceux qui soutiennent les séparatistes ouïghours et accusent Pékin de persécuter les musulmans commettent une triple erreur. Ils calomnient un pays qui n’a aucun contentieux avec le monde musulman et dont la politique a été saluée par l’Organisation de la Conférence islamique. Ils prennent parti pour des extrémistes affiliés à une organisation criminelle (Al-Qaida) dont la majorité des victimes sont de confession musulmane. Enfin, ils croient défendre les musulmans alors qu’ils servent les intérêts de Washington, qui est leur pire ennemi. Le problème du Xinjiang, ce n’est pas l’islam et sa prétendue persécution par les autorités chinoises. L’origine des troubles qui agitent cette partie du territoire chinois n’est pas religieuse, mais géopolitique : c’est l’instrumentalisation du religieux par des organisations sectaires qui doivent l’essentiel de leur nocivité à des complicités étrangères.

Le problème du Xinjiang n’est pas davantage celui de la nation ouïghoure, intégrée dans la République populaire de Chine depuis sa fondation en 1949. Le Xinjiang faisait déjà partie de l’empire des Qing (1644-1912) et la présence chinoise y remonte à la dynastie Tang, il y a 1300 ans. Qu’il y ait des difficultés de cohabitation entre les uns et les autres n’est guère étonnant, s’agissant d’un problème auquel n’échappe aucun pays au monde. L’accroissement du peuplement han a sans doute nourri un sentiment de frustration chez certains Ouïghours. Mais cette situation paraît difficilement réversible. Le brassage multi-séculaire des populations et la fixation progressive des frontières ont uni une multitude de nationalités au sein de la République populaire de Chine. Elle a hérité de son prédécesseur impérial sino-mandchou l’essentiel de son assise territoriale. Il se trouve que les Ouïghours en font partie, et cet héritage historique ne saurait être balayé d’un trait de plume.

Les détracteurs de la Chine affirment que les Han (90% de la population) sont dominateurs. Mais s’ils avaient voulu dominer les nationalités minoritaires, Pékin ne les aurait pas exemptées de la politique de l’enfant unique infligée à l’ethnie han de 1978 à 2015. Ce traitement de faveur a stimulé l’essor démographique des minorités, et notamment des Ouïghours. Utiliser le langage servant à décoder les pratiques coloniales pour expliquer la situation des nationalités en Chine n’a aucun sens. Depuis Mao, aucune discrimination ne frappe les minorités, bien au contraire. Malgré son éloignement et son aridité, le Xinjiang se développe au bénéfice d’une population multiethnique. Encouragé par des opposants inféodés à l’étranger et des droits-de-l’hommistes sans cervelle, le séparatisme ouïghour est une folie que vient redoubler une autre folie : celle du djihadisme planétaire parrainé par Washington depuis quarante ans.

De même que le gouvernement des Etats-Unis a poussé les feux du djihad contre l’Union soviétique en Afghanistan, puis armé ses « proxys » du Moyen-Orient contre la Syrie, il instrumentalise aujourd’hui la cause ouïghoure pour déstabiliser la Chine sur son flanc occidental. Ce n’est pas un hasard si le Département d’État a annoncé en septembre 2018 qu’il étudiait la possibilité de sanctions contre la Chine pour sa politique au Xinjiang. Comme d’habitude, le discours humanitaire des chancelleries occidentales et de leurs ONG satellisées est la face émergée de l’action clandestine visant à organiser la subversion par la terreur. Loi du genre, les pays visés sont toujours ceux dont l’indépendance et le dynamisme constituent une menace systémique pour l’hégémonie occidentale.

La propagande djihadiste ouïghoure, aujourd’hui plus que jamais, cible la République populaire de Chine. Pour ses prédicateurs, la « nation du Turkestan » (c’est sous ce nom qu’ils désignent la majeure partie de l’Asie centrale turcophone) subit une oppression insupportable sur son versant oriental (Chine) comme sur son versant occidental (Russie). Lançant un appel au boycott de la Chine, ils fustigent les sévices historiques qui auraient été infligés par les Chinois aux Ouïghours, mentionnant des choses aussi absurdes que « le viol des musulmanes » ou « l’obligation de manger du porc ». Désenchanté par la tournure des événements au Proche-Orient, poussé par les services de renseignements turcs, le mouvement djihadiste du Turkestan a réorienté son combat : désormais, il entend frapper à nouveau l’ennemi proche (la Chine) plutôt que l’ennemi lointain (la Syrie).5

Il faudrait être naïf pour croire que la coïncidence entre cette propagande djihadiste, la fébrilité des opposants chinois et la stigmatisation de la Chine par les médias occidentaux est fortuite. Si l’on fait pleurer dans les chaumières sur le peuple ouïghour opprimé, ce n’est pas pour rien. Le moment est bien choisi. Alliée de la Russie, la Chine a fourni une aide précieuse à la Syrie dans son combat contre les mercenaires de l’Occident. Marginalisant les USA, elle participe activement à la reconstruction du pays. En Amérique du sud, elle soutient le Venezuela en lui achetant son pétrole, mettant en échec l’embargo occidental. La guerre commerciale avec Pékin est au mieux un jeu à somme nulle, et Washington en perçoit les limites. La réalité, c’est que la Chine est la puissance montante, les USA la puissance déclinante. Lorsque les deux courbes se croisent, tout est bon, du point de vue des perdants, pour tenter d’enrayer le cours des choses.

Notes: 

1https://tbinternet.ohchr.org/Treaties/CERD/Shared%20Documents/CHN/INT_CERD_NGO_CHN_31915_E.pdf

2https://www.legrandsoir.info/non-l-onu-n-a-pas-accuse-la-chine-de-detenir-des-musulmans-ouighours-dans-des-camps-the-grayzone-project.html

3http://www.ecns.cn/news/politics/2019-03-18/detail-ifzfmzhu2192664.shtml

4https://asialyst.com/fr/2019/02/08/remi-castets-syirie-ouighours-respectes-jihadistes-chine-xinjiang/

5https://www.madaniya.info/2018/12/03/ouighour-le-parti-islamiste-du-turkestan-en-route-vers-la-mondialisation-de-son-combat-avec-un-ciblage-prioritaire-la-chine-et-les-bouddhistes

 

Commémoration de vingtième anniversaire de la guerre de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie

Curieusement baptisée “Opération Force alliée”, la guerre de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie, certes en voie de dislocation, a duré 78 jours, du 23 mars au 10 juin 1999.

Décidée à la suite de l’échec des pourparlers entre les indépendantistes kosovars et la Yougoslavie, cette guerre se traduisit par le bombardement de la Serbie, principalement par les forces aériennes des EEUU, mais avec la participation active de la plupart des Etats membres de l’OTAN, à commencer par la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, l’Espagne, le Canada, la Turquie, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark ainsi que l’Allemagne dont ce fut la première opération militaire à l’étranger depuis la IIe Guerre mondiale.

Pour les juristes indépendants, il ne fait guère de doute que cette guerre constitue une violation flagrante de la Charte des Nations unies, du droit international et même du ius in bello, car y furent utilisées des bombes à uranium appauvri qui continuent, vingt ans après, de causer souffrances et morts.

Cette guerre déboucha sur la proclamation de l’indépendance du Kossovo reconnue par un grand nombre d’Etats mais contestée par beaucoup d’autres. On en ignore souvent une autre conséquence, à savoir l’implantation au Kossovo par les EEUU d’une base militaire gigantesque puisqu’elle occupe une superficie de 3,865 km2, soit nettement plus que celle du Grand duché de Luxembourg (2’586 km2).

Pour commémorer ce vingtième anniversaire d’une guerre qui fut la première d’une série d’entreprises similaires déclenchées ailleurs dans le monde par le EEUU, une Conférence internationale pacifiste intitulée “Ne jamais oublier : favoriser la paix et la prospérité au lieu de la guerre et la pauvreté”, s’est tenue à Belgrade sous la présidence de Zivadin Jovanovic qui fut ministre des affaires étrangères de Yougoslavie de 1998 à 2000. Cette conférence rassembla plus de deux cents personnalités issues d’une trentaine de pays.

Le journal suisse Horizons et débats consacre, dans son numéro du 15 avril 2019, plusieurs articles à cette manifestation et à cet anniversaire. Nous en reproduisons trois ci-après.

  IR

Editorial

par Erika Vögeli

Source : Horizons et débats, Zurich, 15 avril 2019-04-18https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-9-15-avril-2019/editorial.html

 

«Horizons et débats» a toujours condamné la guerre de l’OTAN dans les Balkans – comme toutes les autres guerres avant et après 1999 – et a constamment remis en question les reportages présentés dans les médias. Les conflits doivent être traités à la table de négociation, toute solution doit respecter tant le droit international et le droit des peuples à l’autodétermination ancré dans les pactes internationaux que les droits de l’homme des populations concernées. Concernant la vie de tous les habitants de cette seule et unique planète sur laquelle nous et les générations futures veulent vivre, nous avons toujours eu le souci d’attirer l’attention sur les crimes de guerre commis dans toutes ces guerres à l’aide d’armes qui, outre les dévastations immédiates, détruisent ou compromettent à long terme la vie des personnes touchées et leurs moyens de subsistance.
La devise de la conférence pour la 20e commémoration de la guerre d’agression de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie, «Agression de l’OTAN: ne jamais oublier», est en ce sens une mission d’humanité au service de la paix.
Ne pas oublier les terribles conséquences de la guerre pour les peuples concernés – de toutes les guerres, mais aussi de l’agression contre la République fédérale de Yougoslavie, la première guerre sur sol européen après le «Plus jamais!» des deux guerres mondiales –, c’est ce que nous devons aux victimes, aux générations actuelles et futures, mais aussi à l’égard de la vérité et de notre conscience.
Comme pour toutes les guerres, cette guerre aussi, débuta avec de la propagande et de la manipulation pour tenter d’induire en erreur notre pensée et d’endormir notre conscience. Sous prétexte d’agir au nom des droits de l’homme, les droits les plus fondamentaux de la population de ce pays ont été bafoués. Le droit international, la Charte des Nations Unies, les accords internationaux – tout fut ignoré au service des intérêts du pouvoir d’un «nouvel ordre mondial» proclamé.
Quiconque ne veut pas, en tant qu’être humain, se faire prendre ses pensées et ne veut pas s’orienter uniquement sur des «narratifs», mais aussi sur les faits et les sources, connaît aujourd’hui les mensonges ayant servi de prétexte à cette guerre-ci.
Le soir précédant la Conférence de Belgrade, on proposa aux participants déjà présents de s’imprégner de l’exposition de photos des 78 jours de bombardement de l’OTAN et de ses conséquences pour la population et le pays. Ce sont – comme toutes les images de guerre – des photos d’horreur, de souffrance humaine, de destruction volontaire posant sans cesse la question au spectateur: Pourquoi? Pourquoi les gens font-ils cela? Quiconque s’est déjà penché sur cette question se souviendra de la photo de la fillette vietnamienne, qui, en 1961, brûlée par du Napalm, court vers le spectateur. Comme celle-là, ces photos crient aussi dans la conscience du spectateur: «Qu’ai-je fait, qu’est-ce que nous vous avons fait?»
Au cours des deux jours de cette réunion, 78 orateurs ont exprimé de manières très diverses les raisons pour lesquelles cette guerre et ses victimes ne doivent pas être oubliées, pourquoi un tel oubli ouvre la voie à de nouvelles guerres et de nouvelles injustices, et comment l’un des dangers pour l’humanité aujourd’hui réside dans le manque d’interpellation des véritables responsables à assumer leurs responsabilités.
Ces raisons nous rappellent de quelle manière cette première guerre d’agression sur sol européen après 1945 à été préparée sans mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies: avec des mensonges hasardeux, une déformation indescriptible de l’histoire, une diabolisation et un pilonnage médiatique – contre la Charte de l’ONU, les accords et traités internationaux, contre les rapports contraires présentés par d’hauts responsables de l’OSCE et contre les enquêtes ayant déjà démenti la rhétorique belliciste. Les participants se sont également mis d’accord sur la dimension géopolitique de l’ensemble – ce n’étaient pas des préoccupations «humanitaires», mais des objectifs géostratégiques très concrets poursuivis avec une brutalité inouïe.
Des paroles claires ont été prononcées par les représentants officiels de la Serbie. Alors que les autorités avaient été très prudentes au cours des années écoulées, on entend à l’heure actuelle des paroles beaucoup plus claires et plus explicites. L’actuel ministre serbe de la Défense, Aleksandar Vulin, par exemple, a qualifié l’objectif de guerre de tentative de faire disparaître la nation serbe, biologiquement et historiquement – biologiquement en ce qui concerne les armes utilisées, historiquement avec la tentative d’anéantissement de nombreux biens culturels historiques et de la dignité de la population de ce pays.
Bien que les représentants de la protection NBC de l’armée serbe aient déjà discuté des conséquences des munitions à l’uranium tirées en Serbie et au Kosovo à l’occasion de la 10e commémoration des bombardements. La pertinence de cette question était visible et clair pour tous les participants: les conséquences au sein de la population sont évidentes suite à la sérieuse augmentation des cancers et des décès, et la population demeure bien consciente des raisons de cette évolution.
Fulvio Grimaldi, journaliste italien de 85 ans, documentaliste et correspondant de guerre de longue date, entre autres à la Télévision italienne, a parlé de la dimension historique et culturelle: sur les théâtres de guerre du monde, il a observé comment, très souvent, les premières choses détruites sont les biens culturels afin de s’attaquer à l’identité culturelle des peuples. La politique de pouvoir de la globalisation ne supporte pas l’identité culturelle. Selon Grimaldi, il lui faut une «identité amorphe, n’ayant rien à voir avec une réelle identité».
Les sentiments et la pensée déterminent l’action humaine. Des informations authentiques et l’approfondissement d’une réflexion sur les évènements – par exemple ici en Serbie – engendrent une ouverture pleine de compassion envers autrui et contribuent au développement d’une culture de paix en soi et envers l’Humanité.

 

Sanja – un message de bienvenue adressé à la Conférence

par Willy Wimmer, ancien secrétaire d’Etat au ministère de la Défense, 

vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE de 1994 à 2000, 

Membre du Bundestag allemand de 1976 à 2009 

Source : Source : Horizons et débats, Zurich, 15 avril 2019

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-9-15-avril-2019/sanja-un-message-de-bienvenue-adresse-a-la-conference.html

 

La guerre d’agression sans précédent menée par les troupes de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie a un visage. C’est le visage de Sanja qui fut, à l’âge de quinze ans, arrachée à une vie prometteuse. Depuis six mois, elle était élève de l’internat d’élite pour mathématiques de Belgrade. Elle avait obtenu cette place comme la deuxième meilleure mathématicienne de sa classe d’âge. Elle était un grand espoir pour son pays, peut-être un digne successeur de Nikola Tesla. Elle fut tuée par des avions de combat de l’OTAN sur le pont de sa ville natale de Varvarin, tout comme d’autres, dans une attaque terroriste typique pour l’OTAN. Typique parce que le modèle correspondait à ce dont le monde avait dû prendre connaissance lors de l’attaque contre l’ambassade de la République populaire de Chine à Belgrade. Là aussi, il s’agissait pour les Etats-Unis de poursuivre la choquante guerre d’agression contre la République fédérale de Yougoslavie.
Il y a encore un autre visage de cette guerre. Celui du porte-parole de l’OTAN, Jamie Shea. Rarement un si petit nombre de personnes a menti à autant de gens avec d’aussi énormes conséquences comme cela fut le cas de la part de l’OTAN et des responsables politiques occidentaux dont Tony Blair, Josef Fischer et Madeleine Albright. L’esprit malsain avec lequel un pays a été agressé en temps de paix existe encore de nos jours. On ne peut évaluer autrement le fait que Christoph Heusgen, actuel conseiller en politique étrangère de la Chancelière allemande, ait récemment célébré Jamie Shea à Berlin de manière grandiloquente.
Nous devons être conscients des dimensions de cette guerre, aujourd’hui comme à l’époque. Cela peut être illustré par le refus d’un général britannique d’exécuter les ordres du commandant en chef de l’OTAN Wesley Clark lui demandant de lancer la prochaine guerre mondiale par une intervention contre les forces armées russes. C’est de quoi il s’agit quand on prend en compte la dimension des agressions de l’OTAN jusqu’aujourd’hui. La choquante attaque contre la République fédérale de Yougoslavie fut le coup d’envoi pour la «guerre initiant cette guerre d’agression». Ceux pour qui la Cour pénale internationale de La Haye avait été réellement prévue n’ont toujours pas pris place sur le banc des accusés.

 

«Gilets jaunes»: l’ONU réclame à Paris une enquête sur «l’usage excessif de la force»

Source : Le Figaro 6/7 mars 2019

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2019/03/06/01016-20190306ARTFIG00119-gilets-jaunes-l-onu-reclame-a-paris-une-enquete-sur-l-usage-excessif-de-la-force.php

 

Dans un discours à Genève, la Haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, Michelle Bachelet, a mis en cause les conditions du maintien de l’ordre lors des manifestations des «gilets jaunes». Des critiques déjà formulées en février au sein de l’ONU, mais aussi de l’UE et de la CEDH.

Le maintien de l’ordre en France est soumis à de sévères remontrances. Prenant la suite d’experts onusiens, de députés de l’Union européenne et de son homologue au sein du Conseil de l’Europe, la Haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, a réclamé ce mercredi à la France une «enquête approfondie» sur les violences policières qui se seraient produites pendant les manifestations des «gilets jaunes» depuis la mi-novembre, ce qui lui a valu une sèche réplique de Paris qui dit ne pas l’avoir «attendue».

» LIRE AUSSI – Interdire le LBD 40? Les arguments des «pro» et des «anti»

«Il faudra expliquer à Madame le Haut-commissaire l’ensemble des faits d’extrême violence» notamment contre «les forces de l’ordre» ou les «biens publics», a répliqué sur BFMTV le premier ministre français, Édouard Philippe, rappelant qu’«en France, on a un État de droit». «On n’a pas attendu le Haut-commissaire pour faire la lumière sur l’ensemble des faits dès lors qu’il y a des plaintes», a-t-il ajouté. Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a, lui, rappelé que «162 enquêtes [de l’Inspection générale de la police nationale avaient été] ouvertes à la date du 1er mars». 12.122 tirs de LBD, 1428 tirs de grenades lacrymogènes instantanées et 4942 tirs de grenades de désencerclement ont été comptabilisés par le ministère de l’Intérieur à la date du 4 février.

Dans un discours prononcé devant le Conseil des droits de l’homme à Genève, l’ancienne présidente du Chili en poste depuis six mois à l’ONU a déclaré que les «gilets jaunes» manifestent contre «ce qu’ils considèrent comme (leur) exclusion des droits économiques et de (leur) participation aux affaires publiques». «Nous encourageons le gouvernement (français) à poursuivre le dialogue et demandons urgemment une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d’usage excessif de la force», a-t-elle ajouté. Michelle Bachelet a rappelé que «les inégalités touchent tous les pays». Elle n’a cité que la France comme pays prospère mais a dénoncé les répressions violentes des manifestations qui se sont produites récemment au Soudan, au Zimbabwe et en Haïti.

ONU, UE, CEDH: plusieurs précédents

La polémique a enflé, début janvier, après la grave blessure à l’oeil à Paris d’une figure du mouvement des «gilets jaunes», Jérôme Rodrigues, à l’acte 11 de leur mobilisation. Les médecins lui ont diagnostiqué la perte de l’usage de l’oeil droit, selon un certificat médical transmis à l’AFP. Selon le collectif militant «Désarmons-les», 20 personnes ont été gravement blessées à l’oeil depuis le début du mouvement, mi novembre. Dans ce climat, les lanceurs de balle de défense (LBD) sont l’objet de toutes les critiques, mais le Conseil d’Etat n’a pas donné suite aux demandes de suspension de son utilisation, lancées notamment par la CGT et la Ligue des droits de l’Homme (LDH).

La Haut-commissaire onusienne aux droits de l’homme n’est pas la première représentante d’une instance européenne ou internationale à dénoncer l’usage excessif de la force dans les manifestations des «gilets jaunes». Le 14 février, un groupe d’experts du Conseil des droits de l’homme de l’ONU avait déjà publié un sévère communiqué sur le sujet, estimant que «le droit de manifester en France a été restreint de manière disproportionnée» et évoquant le chiffre de 1700 blessés. Le lendemain, ce sont des députés du Parlement européen qui ont voté une résolution pour «dénoncer le recours à des interventions violentes et disproportionnées de la part des autorités publiques lors de protestations et de manifestations pacifiques», sans citer expressément dans le texte les «gilets jaunes», qui ont néanmoins été évoqués lors des débats. Enfin, le 25 février, le Conseil de l’Europe, organisation qui regroupe 47 pays, a appelé la France à suspendre l’usage des LBD. «Les blessures occasionnées par des tirs de LBD révèlent un usage disproportionné de la force, ainsi que l’inadaptation de ce type d’arme au contexte d’opérations de maintien de l’ordre», a écrit la commissaire aux droits de l’homme de la CEDH, Dunja Mijatovic, dans un mémorandum de dix pages.

La répression en France

Services publics en berne, répression en hausse : le Défenseur des droits sonne l’alarme

Source : Libération et AFP 12 mars 2019

 

En France, le rapport annuel du Défenseur des droits s’inquiète du «renforcement de la répression», au moyen notamment d’armes qui devraient être prohibées, avec ses conséquences sur les droits de l’Homme et l’état de droit. (IR)

 

 

Des étrangers aux gilets jaunes en passant par la lutte antiterroriste, le rapport annuel du Défenseur des droits pointe un «renforcement de la répression» en France tout en s’inquiétant d’un «repli» des services publics qui sape la cohésion sociale. «En France, parallèlement au recul des services publics, s’est implantée une politique de renforcement de la sécurité et de la répression face à la menace terroriste, aux troubles sociaux et à la crainte d’une crise migratoire alimentée par le repli sur soi», résume dans son rapport publié mardi cette autorité indépendante chargée notamment de défendre les citoyens face à l’administration.

L’institution, dirigée depuis presque cinq ans par l’ancien ministre de droite Jacques Toubon, est toujours plus sollicitée : avec un total de 96 000 dossiers en 2018, le Défenseur des droits a vu les réclamations augmenter de 6,1% sur l’année et de 13% sur deux ans. «La réalité que le Défenseur raconte depuis des années dans ses rapports n’a pas commencé le 17 novembre», première journée d’action nationale des gilets jaunes, explique Jacques Toubon à l’AFP. Mais les réclamations adressées à l’institution reflètent le «sentiment d’injustice et d’inégalité qui est celui qui ressort du mouvement des gilets jaunes».

Interpellations préventives

Dans son rapport 2018, qui couvre la période d’éclosion du mouvement, l’institution s’interroge notamment sur «le nombre jamais vu d’interpellations et de gardes à vue intervenues « de manière préventive »» lors de certaines manifestations. Selon l’institution, les directives des autorités pour gérer la contestation sociale «semblent s’inscrire dans la continuité des mesures de l’état d’urgence», décrété après les attentats du 13 novembre 2015.

Ce régime d’exception, resté en vigueur pendant deux ans et dont certaines dispositions ont été conservées dans la loi, a agi comme une «pilule empoisonnée» venue «contaminer progressivement le droit commun, fragilisant l’État de droit», estime le rapport. Pour le Défenseur, il a «contribué à poser les bases d’un nouvel ordre juridique, fondé sur la suspicion, au sein duquel les droits et libertés fondamentales connaissent une certaine forme d’affaissement».

L’institution, qui a ouvert plusieurs enquêtes sur le maintien de l’ordre des récentes manifestations, a d’ailleurs constaté en 2018 un bond de près de 24% des réclamations liées à «la déontologie de la sécurité», dont la majorité concerne l’action de la police. Depuis janvier 2018, le Défenseur prône par ailleurs l’interdiction du LBD et de la grenade de désencerclement GLI-F4, deux armes controversées accusées d’avoir fait de graves blessées parmi les gilets jaunes.

Yemen’s humanitarian catastrophe, in one chart

“The only losers are the people — their grave suffering presents generational risk to Yemen’s future,” said an expert.

By Alex Ward@AlexWardVoxalex.ward@vox.com

 Jan 30, 2019, 2:50pm

Source : https://www.vox.com/2019/1/30/18203857/yemen-war-deaths-injured-chart-intelligence

 

The war in Yemen — a bloody, ongoing conflict in which the US has played an important role — has fallen out of the news.

But a new US intelligence report shows exactly why it shouldn’t.

The annual Worldwide Threat Assessment report — which “reflects the collective insights of the Intelligence Community” including the CIA, the National Security Agency, the FBI, and many other federal bodies — contains a chart showing just how horrifying conditions for the Yemeni people have become.

Of the nearly 29 million people in the country, about 22 million — nearly 76 percent of the population — need some form of humanitarian assistance. Among them, 16 million don’t have reliable access to drinking water or food, and more than 1 million Yemenis now suffer from cholera.

Those figures, which apparently come from US intelligence and mostly comport with publicly available numbers, show how the war has caused one of the world’s worst humanitarian crises. And it’s a crisis that the United States has helped fuel.

“The only losers are the people — their grave suffering presents generational risk to Yemen’s future,” Dave Harden, a former US official leading humanitarian development response to Yemen, told me.

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Yemen’s humanitarian crisis is horrible — and it’s likely to get worse

Since 2015, the US has backed Saudi Arabia’s coalition and supported its war in Yemen against the Houthi rebels. It has helped coalition forces push back on Iran, the Houthis’ main supplier for weapons and funds. But until last November, the US refueled Saudi warplanes that drop bombs on Yemen — many of which killed civilians, including children.

While the US has said it doesn’t do this anymore, it continues to provide other support to coalition forces including training and intelligence sharing, the Defense Department told me last November.

The war has claimed tens of thousands of lives, with estimates ranging from around 13,500 to 80,000 dead. The problem is those numbers, like the chart’s figures, are just estimates, as conditions on the ground are so bad that no one can do an official count.

What’s worse, the intelligence report — which, again, represents the consensus view of different US agencies involved in collecting and analyzing intelligence — indicates that the situation in Yemen won’t improve anytime soon. The warring parties “remain far apart in negotiating an end to the conflict, and neither side seems prepared for the kind of compromise needed to end the fighting, suggesting the humanitarian crisis will continue,” the report states.

Harden, who now runs the Georgetown Strategy Group in Washington, also noted how the document fails to mention all the other problems in Yemen. For example, the ceasefire in Hodeidah, a vital port city in western Yemen that the Houthis have controlled since 2014, is falling apart, and the economy has ground to a halt. And there are other sources of conflict in the country, like America’s efforts against ISIS and al-Qaeda.

Last November, Secretary of State Mike Pompeo and then-Defense Secretary Jim Mattis called for fighters to reach a peace deal by the end of the month. That, however, hasn’t happened, and Mattis — whom many saw as the driving force for ending the war and America’s involvement — is gone.

Still, Cmdr. Rebecca Rebarich, a Pentagon spokesperson, told me on Wednesday that “an enduring solution will only come through a comprehensive political agreement, which will require compromise from all sides.”

Multiple congressional efforts have also failed to stop America’s involvement in the fight, and it’s unclear if another one, launched Wednesday by Sen. Bernie Sanders (I-VT) and Rep. Ro Khanna (D-CA), will have enough support to overcome a certain veto by President Donald Trump.

The reality, then, is that the horror in Yemen won’t get better anytime soon — meaning the report’s statistics will only become more daunting.