Syrie : La très sage décision de Donald Trump…


Richard Labévière
24 décembre 2018

Source : Proche&Moyen-Orient.ch

Il l’avait promis, il l’a fait : Donald Trump ramène la troupe à la maison, soit les quelques deux mille soldats des forces spéciales engagées en Syrie et la moitié du contingent d’Afghanistan, environ 7000 hommes. Ce faisant, le président américain confirme ses deux obsessions récurrentes : se faire réélire pour un prochain mandat en respectant à la lettre la liste de ses promesses électorales et faire tout le contraire de ce qu’a essayé de réaliser son prédécesseur Barack Obama. 

Sur le dossier syrien, la précédente administration démocrate visait clairement deux objectifs : renverser et changer le régime de Damas en supprimant Bachar al-Assad comme ce fut fait de Saddam Hussein et de Mouammar Kadhafi, tout en démolissant l’Etat-nation syrien comme ce fut fait de ceux d’Irak et de Libye. Sur ces deux points le bilan s’avère proprement désastreux – d’autant qu’en matière militaire – l’administration Obama s’est particulièrement illustrée par une augmentation exponentielle des attaques de drones, des opérations clandestines, des enlèvements et des assassinats ciblés. 

En prenant ainsi la décision d’un retrait « sec » de Syrie, le nouveau président américain interrompt brusquement la séquence d’un échec pourtant annoncé et ne faisant que s’aggraver au fil des semaines. Certes comme à son habitude, il n’y met pas les formes et prend de vitesse l’ensemble de ses partenaires étrangers et américains, n’hésitant pas à provoquer la démission de son ministre de la défense. Comme à son habitude aussi, c’est d’abord l’homme d’affaires qui réagit : Donald Trump ne veut plus continuer à investir dans des opérations de plus en plus coûteuses ne rapportant rien, si ce n’est la mort des « boys » et le retour de leurs cercueils au pays. En Syrie, la Russie, l’Iran et la Turquie ont remporté la partie. En Afghanistan, les Talibans ont repris le contrôle de 70% du pays. 

Par conséquent, à quoi servirait-il de continuer à engouffrer des milliards de dollars dans des affaires qui tournent au désastre depuis plusieurs années. Dans cette perspective purement comptable, la décision de Donald Trump est logique et conforme à son programme, sinon à son idéologie politique : l’argent d’abord pour me faire réélire ! 

Dialectiquement, la décision de Donald Trump fait aussi tomber nombre de malentendus et de contresens qui depuis mars 2011 empêchent une bonne compréhension de la guerre civilo-globale de Syrie. En dernière instance, le retrait militaire américain de Syrie pourrait s’avérer très positif en permettant d’accélérer la sortie de crise afin de lancer la reconstruction économique et politique du pays. Enfin, pour mieux apprécier la décision de la Maison Blanche, il s’agit d’abord de rappeler l’historique d’une ingérence américaine en Syrie qui a commencé bien avant le lancement officiel de la Coalition anti-terroriste d’août 2014…

L’INGERENCE AMERICAIN DATE DE 2011

L’engagement militaire américain en Syrie n’a pas attendu la proclamation du Califat par l’organisation « Etat islamique »/Dae’ch le 29 juin 2014. En fait, Washington préparait depuis longtemps des alternatives aux dictatures militaires arabes de moins en moins fréquentables. Dans le contexte des mal nommées «  révolutions arabes » , en Tunisie, en Egypte, en Libye, comme en Syrie la solution était déjà sur la table de la Maison blanche : favoriser l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en les aidant à constituer des pouvoirs exécutifs alternatifs. Ainsi, avant les troubles de Deraa en mars 2011, les services spéciaux américains sont déjà à pied d’œuvre au Liban, en Jordanie et en Turquie pour appuyer des ONGs et les startupers d’une contestation qui va s’organiser à partir des « réseaux numériques » dits « sociaux ». 

Dès les premières manifestations populaires de Deraa, des officines américaines et britanniques vont introduire quantités de fusils M-16 dans le pays, avec l’aide des Frères musulmans jordaniens et des tribus sunnites dont les nombreux trafics se jouent des postes frontières de la région. Durant les premières protestations – qui dès le début n’ont pas été pacifiques comme continuent à le prétendre les médias occidentaux absents du terrain -, des snipers cagoulés ont systématiquement pris pour cible les forces de l’ordre depuis les toits en terrasse des quartiers jouxtant les bâtiments officiels du gouvernorat de Deraa. Selon un rapport confidentiel du BND allemand, dès les premiers jours du « printemps syrien », plusieurs dizaines de « contractors » américains et britanniques sont à l’œuvre non seulement à Deraa, mais aussi dans la banlieue de Damas, ainsi que dans plusieurs localités côtières entre Tartous et Lattaquié. 

A proximité des frontières syriennes, l’installation de deux M.O.C – Military Operation Center – a commencé dès janvier 2011 : le premier se situe dans une caserne de la banlieue nord de Amman, la capitale jordanienne. Le deuxième s’est installé dans la vieille Antioche, jouxtant la ville turque d’Antakya, le départ de la Route de la soie. Les activités de ces deux structures d’états-majors illustrent la première séquence de l’engagement militaire américain en Syrie du printemps 2011 à l’été 2014, avant l’apparition de Dae’ch

A partir de ces deux plateformes interarmées se déploient trois programmes. Sous la responsabilité du Pentagone, le premier consiste à fournir différents points d’approvisionnements en armes afin d’équiper et de former des combattants susceptibles de rejoindre l’Armée syrienne libre (ASL), dont les premières unités ont vu le jour fin juillet 2011. Aux mains de la CIA, le deuxième programme consiste à recruter le plus grand nombre possible d’activistes afin de démultiplier les groupes armés locaux chargés de rejoindre l’ASL. Enfin, directement supervisé par le Secrétariat d’Etat, le troisième programme cherche à créer – avec l’aide des services spéciaux britanniques – des ONGs présentables à l’opinion publique internationale. Les fameux « Casques blancs » qui défraieront la chronique durant la bataille d’Alep en décembre 2016, sont l’une des créations du Progamm-3 !

Du printemps 2011 à l’été 2014, ces trois programmes vont engloutir plusieurs milliards de dollars sans beaucoup de résultats. Dans le sillage de l’ASL, les groupes armés dits « modérés », « laïcs » ou même « démocratiques » ont le plus grand mal à s’imposer. Ces groupes, qui parfois ne survivent que quelques jours, sont vite supplantés et absorbés par les katiba (unités) de Jabhat al-Nosra, c’est-à-dire Al-Qaïda en Syrie. Entre l’hiver 2011/2012 et l’été 2014, les analystes d’un service européen de renseignement n’en dénombrent pas moins de 400 qui se forment, se décomposent et se reconfigurent au gré d’alliances familiales, claniques, tribales et d’enjeux financiers plus ou moins clivants.

Toujours est-il que plusieurs de ces groupes, hâtivement montés sur le modèle de la sinistre UCK du Kosovo vont, la plupart du temps, tourner au fiasco comme le mort-né Front de libération de la Syrie (FLS) qui sera absorbé par Nosra quelques jours seulement après sa création. La dissidence armée en Syrie ne réussira jamais à se fédérer. Aucun de ces groupes ne va parvenir à s’implanter durablement à l’Est de l’Euphrate jusqu’à ce que la CIA conseille au Pentagone de jouer la carte… kurde. 

L’ALIBI DE LA LUTTE ANTI-TERRORISTE

La prise de Mossoul – deuxième ville d’Irak – et la proclamation du Califat par Dae’ch fin juin 2014 ouvre la deuxième séquence de l’engagement militaire américain en Syrie. L’alibi de la lutte anti-terroriste va permettre à Washington de poursuivre son objectif initial : le renversement du gouvernement de Damas et le démantèlement de la Syrie.

Tétanisé par l’émergence d’un « arc chi’ite », le petit roi Abdallah de Jordanie va vendre aux Américains la formation d’une « Fédération des tribus arabes ». Cette nouvelle initiative qui aura coûté plusieurs centaines de millions de dollars va, elle-aussi, très vite se transformer en échec cuisant, les supplétifs de cette fédération fantôme rejoignant avec armes et bagages leurs tribus d’origine. 

Dès 2011, l’objectif était non seulement de renverser le « régime de Damas » et son « sanglant dictateur » Bachar al-Assad – pour reprendre la rhétorique de la presse occidentale – mais aussi d’endiguer le déploiement de l’Iran en Syrie et celui de son allié historique le Hezbollah libanais. Ce dernier, qui s’est officiellement engagé en Syrie à partir de juillet 2013, a empêché les jihadistes de Nosra de s’emparer du port de Tripoli (nord du Liban), de s’implanter durablement dans la Bekaa, notamment dans la localité d’Ersal, ainsi que dans le sud du pays.

Peu de temps après la proclamation du Califat, Dae’ch attaque une école militaire en Jordanie : plusieurs conseillers américains sont tués. Pour s’assurer le contrôle du triangle syro-jordano-irakien, les forces spéciales américaines installent une base interarmées à Tanaf. Il s’agit principalement de couper la route aux Iraniens dans le désert d’Al-Ambar qui surplombe la frontière syro-jordanienne. A partir des infrastructures de Tanaf est créée la « Nouvelle armée syrienne » sous les ordres de Mohammad Talaa. Nouveau fiasco, cette force est décimée par Dae’ch aux abords de l’aéroport d’Al Hamadan durant l’été 2015. 

A partir de Tanaf, la CIA et ses groupes supplétifs vont faire mouvement pour empêcher la libération de Boukmal par l’armée syrienne après celle de Palmyre. Les forces américaines permettent alors à Dae’ch de s’installer près de Tanaf et bombardent une colonne irakienne qui cherche à opérer sa jonction avec l’armée gouvernementale syrienne. Après plusieurs années d’âpres combats, les forces loyales de Damas font finalement la jonction tant attendue avec leurs homologues irakiennes et investissent Tanaf en décembre 2017, ouvrant ainsi la route Bagdad-Damas. 

Au sud de l’Euphrate, les Américains ont empêché les Russes de traverser le fleuve, permettant ainsi à Dae’ch de développer un sanctuaire dans la poche d’Hajin depuis décembre 2017. « L’ordre de protéger cette poche a été prise au plus haut niveau du Pentagone », explique un officier européen de renseignement en poste à Amman. Finalement, ce n’est qu’un an plus tard – le 17 décembre 2018 – que les combattant kurdes investissent Hajin mettant en fuite plusieurs milliers de jihadistes de Dae’ch.

La deuxième séquence de l’engagement américain en Syrie est dominée par un choix stratégique clair : appuyer les groupes kurdes engagés dans la lutte contre Daec’h et contre l’armée gouvernementale syrienne. Il s’agissait aussi d’occuper durablement les régions pétrolières et gazières du Nord-Est de la Syrie et d’empêcher la formation du fameux couloir chi’ite Bagdad-Damas-Téhéran tant redouté par le roi de Jordanie. 

La majorité des Arabes chassés par les Kurdes vont se réfugier en Turquie au nord de Raqqa. La ville de Tal-Abyad (la colline blanche) a été « purifiée » ethniquement – dékurdifiée – ouvrant ainsi un couloir destiné à séparer les deux grandes agglomérations kurdes de Kobané et Hassaké. Depuis un an et demi, les services spéciaux turcs organisent une force de 4000 hommes – Le Bouclier de Raqqa – chargée de la reconquête. C’est principalement pour contrer cette initiative que les forces spéciales américaines vont équiper plusieurs points d’appuis aériens afin d’épauler le dispositif kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS), majoritairement composées de combattants kurdes.

TRUMP A TIRE LES LECONS DE LA LIBERATION D’ALEP

Depuis plusieurs années aussi, l’armée turque prépare la bataille d’Afrine1 et de Manbij (autre ville verrou) aux mains des milices pro-kurdes dont plus d’un tiers de combattants du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). Ankara craint, plus que tout, la création d’une entité autonome kurde sur ses marches sud. Pour Recep Erdogan, il s’agit de briser coûte que coûte une possible jonction entre les milices YPG et celles de la maison mère du PKK susceptible de fournir la profondeur stratégique nécessaire aux Kurdes de Turquie. 

C’est principalement pour évoquer cette question que Donald Trump et son homologue turc Recep Erdogan ont eu une très longue conversation téléphonique le 17 décembre dernier. 

Plus précisément, Recep Erdogan menace depuis plusieurs semaines d’envahir et d’occuper une bande d’au moins 15 kilomètres de profondeur dans le nord-est de la Syrie. L’armée turque a placé des armes lourdes le long des zones frontalières adjacentes. Quelque 15 000 « rebelles » étrangers et syriens, payés par la Turquie, sont censés être à l’avant-garde de cette invasion. Au cours du mois dernier, ils ont été transférés d’Idlib et d’autres zones contrôlées par la Turquie au nord-ouest de la Syrie vers le côté turc de la frontière orientale. De plus, le président turc aurait aussi menacé de finaliser l’acquisition de systèmes anti-aériens russes S-400, ce qui serait une première pour l’un des principaux membres de l’OTAN. En définitive Ankara aurait finalement opté pour l’achat des systèmes avancés de défense antimissile Patriot!

Toujours est-il qu’après le départ américain, il y aura une course pour occuper le vide – même si la Turquie risque de s’en tenir à son plan d’invasion. Le gouvernement syrien doit maintenant se dépêcher de reprendre le barrage de Raqqa, les riches terres agricoles au nord de l’Euphrate et, surtout, le champ pétrolier et gazier près de la frontière irakienne, qui sont nécessaires pour financer la reconstruction à venir.

Dans ce contexte et compte-tenu de l’échec patent des deux séquences successives de l’ingérence militaire américaine en Syrie, « Donald Trump aurait surtout raccroché les gants pour ne pas être tenu responsable d’une possible sortie turque de l’OTAN, hypothèse parfaitement apocalyptique pour l’Alliance occidentale », explique un officier général européen en poste à Bruxelles-OTAN ; « en fait, la question du retrait américain se pose depuis la libération d’Alep en décembre 2016. Washington a compris que la partie était perdue et qu’il fallait limiter la casse en retenant la Turquie, par la peau du cou et de toutes les manières possibles ». Evidemment, les Israéliens sont furieux, craignant de voir les Iraniens et le Hezbollah libanais s’installer durablement sur leur frontière nord. D’ores et déjà, Donald Trump aurait promis à Tel-Aviv de nouvelles livraisons d’armes en expliquant que le véritable endiguement de l’Iran se jouait désormais en Irak. 

NOUVELLE CARABISTOUILLE FRANCAISE

Comme toujours dès qu’il est question de la Syrie, la réaction française est d’une confondante absurdité. Les deux principaux responsables politiques des zones sous contrôle kurde en Syrie – les deux co-présidents du Conseil démocratique Syrien Ilham Ahmed et Riad Darar – ont été immédiatement reçus à Paris. L’Elysée a confirmé cette visite, des sources militaires autorisées laissant entendre que Paris s’engagerait à de nouvelles livraisons d’armes et à maintenir plusieurs centaines de membres des forces spéciales aux côtés des factions kurdes.

Les communicants de l’Elysée et du Quai d’Orsay ont aussitôt lancé une campagne médiatique visant à expliquer que la France poursuivrait son engagement militaire au nom de la lutte contre le terrorisme et – bien-sûr – de la défense des droits de l’homme. La ministre de la Défense Florence Parly a eu bien du mal à légitimer une opération que des militaires français de haut rang considèrent comme vouée à l’échec, d’autant qu’Emmanuel Macron avait annoncé la défaite de Dae’ch dès le lendemain de son élection. 

« Soyons sérieux », avertissent plusieurs officiers supérieurs français, « quels sont les intérêts de la France dans cette affaire extrêmement budgétivore ? Avons-nous intérêt à nous maintenir dans un dispositif dont l’échec est d’ores et déjà inscrit dans la réalité des rapports de force sur le terrain ? Comme les Américains, nous ferions mieux de diminuer aussi le format de nos opérations extérieurs afin de nous concentrer sur nos besoins de défense les plus essentiels comme – par exemple – la mise en chantier de deux porte-avions nucléaires pour remplacer le Charles-de-Gaulle qui arrivera en fin de mission en 2038 ».

Plusieurs diplomates français expriment aussi leur incompréhension : « une fois de plus, nous allons travailler d’abord pour les intérêts d’Israël qui nous crachera dessus à la première occasion… » Et dès qu’il est question des priorités de Tel-Aviv, Bernard Kouchner ressurgit de son outre-tombe affairiste pour nous rejouer (notamment sur Europe-1 et dans le dernier JDD) la scène de « la honte » et de la trahison des Kurdes au nom des droits de l’homme et de sa fameuse ingérence humanoïde dont on connaît maintenant les vraies motivations néo-coloniales.

En définitive, que Washington trahisse de nouveau les Kurdes correspond à une vieille tradition récurrente depuis les traités de 1920 ayant présidé au démantèlement de l’empire ottoman. A l’issue de la Première guerre mondiale, l’ensemble des puissances occidentales avaient promis aux Kurdes la création à venir d’un Etat souverain… qui n’est jamais venu. Mais, de crainte que cette malédiction se répéte, les Kurdes auraient mieux fait de poursuivre les négociations qu’ils avaient ouvertes en 2013 avec Damas pour négocier un statut d’autonomie interne au sein de la République arabe syrienne.


1 Afrine et sa région, comprenant 360 villes et villages dans le nord-ouest du gouvernorat d’Alep, est contrôlée depuis le 11 juillet 2012 par le PYD et sa branche armée, les YPG. La population de la région est en très grande majorité kurde, mais elle comprend aussi des Arabes, des Assyriens, des Turkmènes et 20 000 réfugiés yézidis rescapés des massacres de Sinjar. Depuis janvier 2018, entre 500 000 et un million de personnes y vivent, dont des milliers de réfugiés. 

Libye : 90% des Libyens sont d’accord pour que Saïf Al-Islam Kadhafi soit élu président

18 décembre, 2018

par Sadek Sahraoui

Source : https://www.algeriepatriotique.com/2018/12/18/libye-90-des-libyens-sont-daccord-pour-que-saif-al-islam-kadhafi-soit-elu-president/

 

L’institut Mandela Libya, présidé par Paul Kananura, a publié samedi 15 décembre les résultats d’un sondage de dix jours sur le futur occupant du poste de président en Libye.

Les résultats, selon la presse russe qui rapporte l’information, ont révélé que 90% des personnes interrogées ont choisi de soutenir Saïf Al-Islam Kadhafi en tant que président. Ils disent lui faire confiance pour reconstruire l’Etat et conduire la Libye vers le développement et la modernité.

La question posée dans le sondage de l’institut Mandela Libya est «Soutenez-vous l’ingénieur Saïf Al-Islam Kadhafi en tant que président afin de reconstruire l’Etat et achever les projets pour la Libye demain ?».

Selon les résultats publiés par le mouvement sur son site officiel, 71 065 personnes ont participé au sondage, 91,64% ont voté pour Saïf Al-Islam, tandis que 8,3% ont voté «non».

Il est à rappeler que dans une lettre adressée récemment au président russe Vladimir Poutine, Saïf Al-Islam Kadhafi a demandé l’aide de Moscou pour mettre fin à l’instabilité dont souffre la Libye depuis l’assassinat de son père par l’Otan en 2011. Il avait annoncé dans la foulée qu’il allait se présenter pour briguer la présidence de la Libye.

Se référant à un homme de son entourage, la chaîne de télévision Al-Arabiya, avait rapporté que Saïf Al-Islam Kadhafi apporte son soutien à la feuille de route internationale de règlement politique proposée par l’émissaire spécial de l’Onu pour la Libye, Ghassan Salamé.

Pour cela, Saïf Al-Islam Kadhafi appelle la Russie à l’aide et propose deux approches qui permettront de résoudre les problèmes liés à la crise.

 

La Russie et la Chine sont apparemment toutes les deux sous l’impression [euphémisme, NdT] que la guerre avec les États-Unis se prépare…

par Michael Snyder

29 octobre 2018

Source : http://lesakerfrancophone.fr/tres-mauvaises-impressions

Source originaire : https://russia-insider.com/en/russia-and-china-are-apparently-both-under-impression-war-us-coming/ri25215

Traduction en français : Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

Nous ne sommes pas arrivés à ce point du jour au lendemain, mais la grande majorité de la population américaine n’a malheureusement aucune connaissance de ces choses.
Serait-il possible que les États-Unis se dirigent vers une guerre majeure ? Si vous posez cette question à la plupart des Américains, ils vous regarderont comme si vous étiez fou. Pour la plupart des habitants de ce pays, la guerre avec la Russie ou la Chine n’est pas une source de préoccupation majeure. Mais les Russes et les Chinois voient les choses très différemment. Comme vous le verrez ci-dessous, la Russie et la Chine semblent avoir l’impression que la guerre avec les États-Unis se prépare et s’organisent rapidement face à un tel conflit.

Commençons par la Russie. Après l’avoir frappée à plusieurs reprises par des sanctions, avoir diabolisé sans relâche ses dirigeants et les avoir blâmés pour presque tous les problèmes que vous pouvez imaginer, notre relation avec la Russie est à peu près la pire de son histoire.

Et lorsque le gouvernement Trump a annoncé qu’il se retirait du traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire, cela a poussé les choses à un nouveau paroxysme. À la suite de cette annonce, le responsable russe Andrei Belousov a déclaré hardiment que « la Russie se préparait à la guerre »

Il a déclaré :

« Récemment, lors de la réunion, les États-Unis ont déclaré que la Russie se préparait à la guerre. J’ai confirmé :  ‘Oui, la Russie se prépare à la guerre, Nous nous préparons à défendre notre patrie, notre intégrité territoriale, nos principes, nos valeurs, notre peuple – nous nous préparons à une telle guerre’. »

Ici aux États-Unis, on parle très peu d’une guerre potentielle avec la Russie dans les principaux médias, mais en Russie, les choses sont très différentes. Les organes de presse russes soulignent constamment l’escalade des tensions avec les États-Unis, et le gouvernement russe alimente ce feu. Par exemple, le gouvernement russe a récemment publié une vidéo d’une simulation de frappe nucléaire contre ses ennemis

« Les sous-marins russes ont récemment lancé une simulation d’attaque nucléaire contre leurs ‘ennemis’. Le gouvernement russe a publié des images de la frappe atomique et il est à craindre que la troisième guerre mondiale n’approche à grands pas.

Le ministère russe de la Défense (MoD) a publié des vidéos choquantes montrant une gamme d’exercices de missiles nucléaires, notamment un sous-marin effectuant un simulacre de frappe atomique. Ces vidéos sont les dernières d’une escalade de jeux de guerre ordonnés par le président russe Vladimir Poutine », selon The Express UK.

Je vous laisse deviner qui est l’ennemi principal de cet exercice.

Et ce que le président russe Vladimir Poutine a récemment déclaré à la presse au sujet d’une guerre nucléaire potentielle était extrêmement terrifiant

« Si un pays décide d’attaquer la Russie avec des armes nucléaires, cela pourrait mettre fin à la vie sur Terre. Mais contrairement aux agresseurs, les Russes iront certainement au paradis », a déclaré le président Vladimir Poutine.

« Tout agresseur devrait savoir que les représailles seront inévitables et qu’il sera détruit. Et puisque nous serons les victimes de son agression, nous irons au paradis en martyrs. Ils seront tout simplement morts et n’auront même pas le temps de se repentir », a déclaré M. Poutine au cours d’une séance du Valdai Club à Sochi.

Dans des circonstances normales, Poutine ne parlerait jamais comme cela.

Mais nous ne sommes pas dans des temps normaux.

Pendant ce temps, le président chinois Xi Jinping a ordonné à son armée de se concentrer sur « les préparatifs de la guerre »

« Le président chinois Xi Jinping a ordonné à la région militaire responsable de la surveillance de la mer de Chine méridionale et de Taïwan ‘d’évaluer la situation à laquelle elle fait face et de renforcer ses capacités afin de pouvoir réagir à toute situation d’urgence’, alors que la tension monte au sujet de l’avenir de la mer de Chine méridionale et de Taïwan et que les relations diplomatiques entre Washington et Pékin ont atteint leur point le plus bas.

La Southern Theatre Command a eu à assumer une ‘lourde responsabilité militaire’ ces dernières années, a déclaré Xi, à la chaîne de télévision CCTV, au cours d’une visite d’inspection effectuée jeudi dans le cadre de sa tournée dans la province du Guangdong.

‘Il est nécessaire de renforcer la mission … et d’amplifier les préparatifs pour la guerre’, a déclaré Xi. ‘Nous devons prendre en compte toutes les situations complexes et élaborer des plans d’urgence en conséquence. Nous devons intensifier les exercices de préparation au combat, les exercices conjoints et les exercices de confrontation pour renforcer les capacités des soldats et la préparation à la guerre’, a ajouté le président à vie. »

Alors, par qui les Chinois sont-ils concernés lorsqu’ils parlent de se battre ?

Inutile de dire que les États-Unis sont en tête de liste

Le président a demandé à l’armée de renforcer l’opposition aux exercices de « liberté de navigation » entrepris par les États-Unis, l’Australie, la France, le Royaume-Uni, le Japon et d’autres sur les voies navigables vitales qui se sont développées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les tensions en mer de Chine méridionale augmentent depuis plusieurs années et le déclenchement d’une guerre commerciale avec la Chine en 2018 n’a certainement pas aidé les choses.

À ce stade, même de nombreux analystes américains peuvent voir l’écriture sur le mur. Par exemple, considérons ce que le professeur Graham Allison de Harvard a récemment déclaré à Steve LeVine…

Il a dit que, si la situation dure, les États-Unis et la Chine semblent se diriger vers la guerre. Au cours du week-end, je lui ai demandé une mise à jour – spécifiant si le danger de guerre semblait avoir augmenté. « Oui », a-t-il a répondu. La probabilité de guerre est toujours inférieure à 50%, mais « est réelle – et bien plus probable qu’on ne le reconnaît généralement. »

Bien sûr, nous n’y sommes pas arrivés du jour au lendemain. Les tensions avec la Russie et la Chine couvent depuis longtemps et les deux pays modernisent rapidement leurs forces militaires. Pour plus d’informations à ce sujet, veuillez vous reporter à mon récent article intitulé « La Russie et la Chine développent de nouveaux systèmes d’armes impressionnants pour se préparer à la guerre contre les États-Unis. »

Malheureusement, la grande majorité de la population américaine n’a aucune idée de ces choses.

Mais ceux qui servent dans l’armée comprennent beaucoup mieux, et un sondage récent révèle qu’environ la moitié d’entre eux s’attendent à ce que les États-Unis soient « entraînés dans une nouvelle guerre l’année prochaine »

Près de la moitié de toutes les troupes militaires actuelles croient que les États-Unis  seront bientôt entraînés dans une guerre majeure, suscitant une inquiétude croissante parmi les membres des services s’inquiétant de l’instabilité mondiale en général, de la Russie et de la Chine en particulier, selon un nouveau sondage du Military Times sur les troupes en service actif.

Environ 46% des sondés, lecteurs du journal Military Times et actuellement en serviceinterrogés anonymement  estiment que les États-Unis seront entraînés dans une nouvelle guerre au cours de l’année prochaine. C’est une augmentation inquiétante, sachant que seulement 5% environ ont répondu la même chose dans un sondage similaire réalisé en septembre 2017.

Ces chiffres font réfléchir. Il faut que des choses importantes se déroulent dans les coulisses pour passer de 5% à 46% en seulement une année.

Nous vivons vraiment  une époque apocalyptique, et notre monde semble devenir de plus en plus instable à chaque jour qui passe.

Nous devrions espérer la paix, mais au cours de l’histoire humaine, la paix n’a jamais duré longtemps. Les grandes puissances mondiales continuent de se rapprocher de plus en plus d’un conflit et c’est un jeu très dangereux.

 

Le peuple veut poser les jalons lui-même

par Werner Wüthrich

docteur en sciences politiques

Horizons et débats,

5 novembre 2018

 

Au sujet de l’accord-cadre et des votations fédérales du 25 novembre

Depuis le Non du peuple suisse à l’EEE en 1992, on observe une tendance à limiter la participation directe de la population. A l’époque, 18 cantons ou demi-cantons [sur 26] se sont exprimés contre l’affiliation politique à l’UE. Néanmoins, pendant 13 ans (jusqu’en 2005!), la politique du Conseil fédéral (soutenue par le Parlement) poursuivit officiellement l’objectif stratégique de l’adhésion à l’UE. Les initiatives populaires ne sont mises en œuvre que tièdement ou qu’en partie et les traités internationaux sont élevés au rang de «droit international» et confondus dans l’esprit des gens au droit international humanitaire et aux droits de l’homme, afin qu’ils ne puissent plus être remis en question. – Il est temps de prendre des contre-mesures pour que l’interaction directe, établie de longue date et souvent pratiquée, entre les autorités et le peuple puisse fonctionner à nouveau !

La Suisse dispose d’un système économique libéral. C’est le seul pays reconnaissant depuis le XIXe la liberté économique dans la Constitution comme un droit fondamental de liberté individuelle – lié à la démocratie directe. Au niveau fédéral, environ 200 votes économiques ont eu lieu depuis lors sur: l’imposition des sociétés, les impôts en général, le «frein à l’endettement», la politique conjoncturelle et industrielle (garantie du risque d’innovation), le système antitrust, la formation professionnelle, le système monétaire, les centrales nucléaires, le marché électrique et d’autres questions énergétiques, l’agriculture, l’immigration, la protection des travailleurs, des locataires et des consommateurs, la surveillance des prix, la sécurité sociale, la protection de l’environnement, de l’eau et des animaux, la cogestion, la réduction de la durée du travail ou des congés, le salaire minimum, les primes et salaires excessifs chez les cadres supérieurs des grandes entreprises et un large éventail de contrats internationaux …
Le peuple détermine lui-même les pierres angulaires de l’ordre économique libéral. Et il a également, à maintes reprises, lui-même posé les jalons de l’orientation de la politique économique. En 1972, il a clairement accepté l’Accord de libre-échange global avec la CE de l’époque qui ne prévoyait aucune intégration politique – et vingt ans plus tard, il a clairement refusé l’EEE qui aurait modifié de vastes pans de la politique suisse. Des questions similaires se posent aujourd’hui à propos de l’accord-cadre proposé, avec lequel l’UE veut à nouveau aligner et lier la Suisse au niveau politique.
Au cœur de notre système économique se trouve le peuple suisse qui façonne la liberté économique à l’aide de ses droits populaires et en assumant une partie de la responsabilité. Aujourd’hui, les résultats sont impressionnants. Ce serait donc une sérieuse négligence que d’affaiblir, voire d’éliminer la démocratie directe qui demeure un pilier central des droits populaires. La campagne du Non, tentant de peindre le diable au mur avec un sombre scénario pour l’avenir du pays, est absurde. La Suisse a toujours été orientée vers l’exportation – avant la Première Guerre mondiale encore davantage qu’aujourd’hui. L’industrie exportatrice a toujours su faire face aux circonstances et aux difficultés, même lors du franc fort. Tout cela a fortifié notre pays et ne l’a pas affaibli. Les tendances internationalistes actuelles ne sont pas une raison pour provoquer un changement de système.
En réalité, il est tout à fait naturel de dire Oui à l’autodétermination et au maintien de la démocratie directe !

Mais la torture et la décapitation ont toujours été acceptables

Le gouvernement saoudien n’a aucune idée de ce qui ne va pas avec le meurtre de Khashoggi.

 23 octobre 2018

Source : http://lesakerfrancophone.fr/mais-la-torture-et-la-decapitation-ont-toujours-ete-acceptables

Source originaire : https://www.the-postillon.com/2018/10/khashoggi.html

Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

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Riyad – Le gouvernement de l’Arabie saoudite est perplexe devant l’indignation internationale face au meurtre brutal du journaliste Jamal Khashoggi. Le Royaume ne semble pas comprendre pourquoi la torture et la décapitation sont soudainement un problème pour ses alliés occidentaux.

“Nous torturons des dissidents et décapitons des critiques malvenus depuis des décennies”, déclare le Prince héritier Mohammed bin Salman à Riyad. “Les coups, les exécutions publiques et la répression violente de la rébellion n’ont jamais été un problème.”

Les tactiques imprudentes de la Royal Saudi Air Force dans la guerre au Yémen ont tué des milliers de civils et mis des millions d’autres en danger de mort par la famine engendrée. Même cela n’a pas particulièrement ébranlé la communauté internationale. “Bien au contraire !”, insiste bin Salman, “Vous nous fournissez tous des armes pour ça.”

“Mais vous massacrez impitoyablement un seul journaliste à l’ambassade d’Istanbul et vous faites soudain l’objet de graves critiques”, s’étonne le Prince. “En quoi est-ce pire ou même différent ?”

Mohammed bin Salman est soulagé qu’au moins le président américain Donald Trump le soutienne : “Sinon, nous serions inquiets des conséquences que cela pourrait avoir.”

 

 

Encore plus d’extrémisme et de crises dans la nouvelle guerre froide

par Stephen F. Cohen

3 octobre 2018

Source : Les Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/encore-plus-dextremisme-et-de-crises-dans-la-nouvelle-guerre-froide

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

Source originaire : The Nation

https://www.thenation.com/article/more-cold-war-extremism-and-crises/

 

En insistant sur la montée de l’extrémisme de la nouvelle guerre froide à Washington et, par ailleurs, sur les crises, comparables à la guerre, dans les relations russo-américaines, Cohen commente les exemples suivants :

Le Russiagate, même si aucune de ses allégations fondamentales n’a été prouvée, fait désormais partie intégrante de la nouvelle guerre froide en limitant sévèrement la capacité du président Trump à mener des négociations de crise avec Moscou et en dénigrant encore davantage le président russe, M. Poutine, pour avoir ordonné « un attentat contre l’Amérique »lors de l’élection présidentielle de 2016. Le New York Times et le Washington Post ont été les principaux promoteurs du Russiagate, même si plusieurs de ses fondements ont été sérieusement remis en question, voire discrédités.

Néanmoins, les deux journaux ont récemment consacré des milliers de mots à raconter à nouveau le même narratif, les 20 et 23 septembre, respectivement, avec des erreurs évidentes. Par exemple, Paul Manafort, à l’époque cruciale où il conseillait le président ukrainien Viktor Ianoukovitch, n’était pas «pro-russe», mais pro-Union Européen. Et contrairement aux insinuations, le général Michael Flynn n’a commis aucune faute, ni acte sans précédent, en discutant avec un représentant du Kremlin au nom du président élu Trump. De nombreux autres présidents élus avaient demandé à leurs principaux collaborateurs de faire de même. Les répétitions obsessionnelles du récit du Russiagate par les deux journaux, sur une durée extraordinaire, étaient criblées d’erreurs similaires et d’allégations non fondées. (Cependant, un éminent historien, bien qu’apparemment peu informé, à la fois sur les documents russes et sur la direction du Kremlin, a considéré «de plus en plus plausible» le dossier Steele anti-Trump , largement discrédité – à l’origine de nombreuses allégations infondées).

Bizarrement, ni le Times ni le Post n’accordent aucune crédibilité à la déclaration catégorique, faite au moins une semaine auparavant par Bob Woodward – normalement considéré comme le chroniqueur le plus avisé des secrets politiques de Washington – disant qu’après deux années de recherche, il n’avait trouvé «aucune preuve de collusion» entre Trump et la Russie.

Pour le Times, le Post et les autres grands médias, le Russiagate est devenu, semble-t-il, une sorte d’acte de foi qu’aucune contre-épreuve ou analyse ne peut démentir, il s’agit donc, en soi, d’un facteur majeur contribuant à la nouvelle et encore plus dangereuse guerre froide. Pire encore, ce qui a commencé il y a près de deux ans sous forme de plaintes contre «l’ingérence» russe dans la campagne présidentielle américaine est devenu pour The New Yorker et d’autres publications une accusation selon laquelle le Kremlin aurait effectivement installé Trump à la Maison blanche. Il n’existe aucune preuve convaincante, ni aucun précédent dans l’histoire américaine, d’une accusation aussi téméraire, avec son mépris inhérent pour le bon sens des électeurs américains.

Entre-temps, des responsables américains actuels et anciens profèrent des menaces sans précédent contre Moscou. L’ambassadrice US à l’OTAN, Kay Bailey Hutchinson, a menacé de «supprimer»tout missile russe qui, selon elle, violerait le traité sur les armements de 1987, risquant de provoquer une guerre nucléaire. Le secrétaire du ministère de l’Intérieur a menacé la Russie d’un «blocus naval». Dans un élan russophobe sans précédent et très peu diplomatique, l’ambassadeur à l’ONU, Nikki Haley, a déclaré que «le mensonge, la tromperie et le comportement voyou” sont une “norme de la culture russe».

Bien que cela pourrait n’être que des déclarations bizarres faites par des personnes officielles non mandatées, cela soulève tout de même indiscutablement la question : qui, à Washington, dirige la politique envers la Russie – le président Trump avec sa politique avouée de «coopération avec la Russie» ou quelqu’un d’autre ?

Mais comment expliquer, autrement que par un extrémisme débridé, les déclarations d’un ancien ambassadeur américain à Moscou, et professeur de politique russe de longue date, qui semble être la principale autorité écoutée par les médias dominants à propos de la Russie ? Selon lui, la Russie est aujourd’hui «un État voyou», menant sa politique par «des actions criminelles» et représentant la «pire menace au monde». Elle doit être contrée par «des sanctions préventives qui entreraient automatiquement en vigueur», à savoir, «tous les jours» si c’est considéré comme nécessaire. [Ce sont les mots de Michael McFaul, lors d’un rendez-vous à l’Université de Stanford, qui est devenu un lieu d’accueil convivial pour les fauteurs de guerre, NdT]. Considérant les sanctions «paralysantes» actuellement préparées par un groupe bipartite de sénateurs américains – leur raison et but réels sont apparemment inconnus, même pour eux, ce ne serait rien de moins qu’une déclaration de guerre à la Russie, guerre économique, mais guerre néanmoins.

Plusieurs autres nouveaux fronts de la guerre froide sont aussi porteurs de guerre réelle, mais aujourd’hui aucun n’est plus grave que la Syrie. Un autre rappel a eu lieu le 17 septembre, lorsque la Syrie a abattu accidentellement un avion de surveillance russe, tuant les 15 membres d’équipage. Comme on le sait, la cause en était un subterfuge de F-16 israéliens, fournis par Washington, qui se sont cachés à l’abri de l’avion russe pour dissimuler une attaque illégale contre la Syrie. La réaction à Moscou a été très révélatrice – potentiellement sinistre.

Au début, Poutine, qui avait noué de bonnes relations avec les dirigeants politiques israéliens, a déclaré que cet événement était un accident, une conséquence du brouillard de guerre. Mais son propre ministère de la Défense a vivement protesté, accusant Israël. Poutine a rapidement battu en retraite, adoptant une position beaucoup plus dure et décidant finalement d’envoyer en Syrie le très efficace système de défense anti-aérien S-300, un matériel très prisé par la Syrie et l’Iran qui le demandent en vain depuis des années.

De toute évidence, Poutine n’est pas «l’autocrate agressif du Kremlin», toujours agressif, si souvent dépeint dans les médias grand public occidentaux. Modéré par nature – dans le contexte russe – il gouverne en équilibrant de puissants groupes d’intérêts en conflit. Dans ce cas, il a été contraint par des faucons de longue date dans l’establishment sécuritaire.

Ensuite, les S-300 en Syrie seront exploités par des Russes et non par des Syriens, Poutine peut en effet imposer une «zone d’exclusion aérienne» sur ce pays, déchiré par la guerre, en grande partie à cause de la présence de plusieurs puissances étrangères – la Russie et l’Iran sont là légalement, mais pas les États-Unis et Israël. Si tel est le cas, ce sera une nouvelle ligne rouge que Washington et Tel-Aviv devront décider de franchir ou non. Compte tenu des obsessions de Washington, il est difficile d’espérer que la sagesse l’emportera.

Tout cela s’est déroulé autour du troisième anniversaire de l’intervention militaire russe en Syrie, en septembre 2015. À cette époque, les experts de Washington ont dénoncé les aventures de Poutine, annonçant que ce serait sûrement un échec. Trois ans plus tard, le Kremlin de Poutine a détruit l’emprise vicieuse d’État islamique sur de vastes régions de la Syrie et a pratiquement rétabli le contrôle du président Assad sur la plus grande partie du pays, devenant ainsi l’arbitre ultime de l’avenir de la Syrie. Le président Trump ferait mieux de rejoindre le processus de paix de Moscou, même s’il est peu probable que le parti démocrate à Washington, à majorité russophobe, lui permette de le faire.

Il y a aussi autre chose. Alors que l’ordre mondial libéral dirigé par les États-Unis se désintègre, et pas seulement en Syrie, une nouvelle alliance est en train de naître entre la Russie, la Chine, l’Iran et peut-être la Turquie, membre de l’OTAN. Ce ne sera une véritable menace que si Washington le décide, comme cela a été le cas pour la Russie ces dernières années.

Enfin, la guerre par procuration entre les Américains et les Russes en Ukraine a récemment pris une nouvelle dimension. Outre la guerre civile dans le Donbass, les marines de Moscou et Kiev ont commencé à s’affronter dans la mer d’Azov, près de la ville portuaire ukrainienne de Marioupol. Des pressions sont exercées sur Trump pour qu’il fournisse à Kiev des moyens militaires, en mer et ailleurs, afin de mener cette guerre en germe, un autre détonateur potentiel. Là aussi, le président Trump ferait mieux de mettre le poids de son administration derrière les accords de paix de Minsk, depuis longtemps en suspens. Ici aussi, cela semblait être son intention initiale, mais il semble prouvé qu’une autre approche l’a contrarié suite au Russiagate.

 

Stephen F. Cohen, professeur émérite d’études des politiques russes à l’Université de New York et à l’Université de Princeton, et John Batchelor poursuivent leurs discussions sur la nouvelle guerre froide entre les États-Unis et la Russie. (Les contributions précédentes, maintenant dans leur cinquième année, sont sur The Nation)

 

 

 

 

More Cold War Extremism and Crises

By Stephen F. Cohen

October 3, 2018-10-19 Source : The Nation

https://www.thenation.com/article/more-cold-war-extremism-and-crises/

 

Overshadowed by the Kavanaugh confirmation hearings, US-Russian relations grow ever more perilous.

 

Stephen F. Cohen, professor emeritus of Russian studies and politics at NYU and Princeton, and John Batchelor continue their (usually) weekly discussions of the new US-Russian Cold War. (Previous installments, now in their fifth year, are at TheNation.com.)

Emphasizing growing Cold War extremism in Washington and war-like crises in US-Russian relations elsewhere, Cohen comments on the following examples:

  • Russiagate, even though none of its core allegations have been proven, is now a central part of the new Cold War, severely limiting President Trump’s ability to conduct crisis-negotiations with Moscow and further vilifying Russian President Putin for having ordered “an attack on America” during the 2016 presidential election.The New York Timesand The Washington Post have been leading promoters of the Russiagate narrative, even though several of its foundational elements have been seriously challenged, even discredited.

Nonetheless, both papers recently devoted thousands of words to retelling the same narrative—on September 20 and 23, respectively—along with its obvious fallacies. For example, Paul Manafort, during the crucial time he was advising then Ukrainian President Viktor Yanukovych, was not “pro-Russian” but pro–European Union. And contrary to insinuations, General Michael Flynn did nothing wrong or unprecedented in having conversations with a representative of the Kremlin on behalf of President-elect Trump. Many other presidents-elect had instructed top aides to do the same. The epic retellings of the Russiagate narrative by both papers, at extraordinary length, were riddled with similar mistakes and unproven allegations. (Nonetheless, a prominent historian, albeit one seemingly little informed both about Russiagate documents and about Kremlin leadership, characterized the widely discredited anti-Trump Steele dossier—the source of many such allegations—as “increasingly plausible.”)

Astonishingly, neither the Times nor the Post give any credence to the emphatic statement made at least one week before by Bob Woodward—normally considered the most authoritative chronicler of Washington’s political secrets—that after two years of research he had found “no evidence of collusion” between Trump and Russia.

For the Times and Post and other mainstream media outlets, Russiagate has become, it seems, a kind of cult journalism that no counter-evidence or analysis can dint, and thus itself is a major contributing factor to the new and more dangerous Cold War. Still worse, what began nearly two years ago as complaints about Russian “meddling” in the US presidential campaign has become for the The New Yorker and other publications an accusation that the Kremlin actually put Trump in the White House. For this reckless charge, with its inherent contempt for the good sense of American voters, there is no convincing evidence—nor any precedent in American history.

  • Meanwhile, current and former US officials are making nearly unprecedented threats against Moscow. NATO ambassadorKay Bailey Hutchinsonthreatened to “take out” any Russian missiles she thought violated a 1987 arms treaty, a step that would risk nuclear war. The secretary of the interior threatened a “naval blockade” of Russia. In a perhaps unprecedented, undiplomatic Russophobic outburst, UN ambassador Nikki Haley declared that “lying, cheating and rogue behavior” are a “norm of Russian culture.”

These may be outlandish statements by untutored appointed political figures, though they inescapably raise the question: Who is making Russia policy in Washington—President Trump with his avowed policy of “cooperating with Russia,” or someone else?

But how to explain, other than as unbridled extremism, statements by a former US ambassador to Moscow and longtime professor of Russian politics, who appears to be the mainstream media’s leading authority on Russia? According to him, Russia today is “a rogue state,” its policies “criminal actions,” and the “world’s worst threat.” It must be countered by “preemptive sanctions that would GO into effect automatically”—indeed, “every day,” if deemed necessary. Considering the “crippling” sanctions now being prepared by a bipartisan group of US senators—their actual reason and purpose apparently unknown even to them—this would be nothing less than a declaration of war against Russia; economic war, but war nonetheless.

  • Several other new Cold War fronts are also fraught with hot war, but today none more than Syria. Another reminder occurred on September 17, when Syrian missiles accidentally shot down an allied Russian surveillance plane, killing all 15 crew members. The cause, it was generally agreed, was subterfuge by Israeli warplanes in the area. The reaction in Moscow was highly indicative—potentially ominous.

At first, Putin, who had developed good relations with Israel’s political leadership, said the incident was an accident, an example of the fog of war. His own Ministry of Defense, however, loudly protested, blaming Israel. Putin quickly retreated, adopting a much more hard-line position, and in the end vowed to send to Syria Russia’s highly effective S-300 surface-to-air defense system, a prize both Syria and Iran have requested in vain for years.

Clearly, Putin is not the ever-“aggressive Kremlin autocrat” so often portrayed in US mainstream media. A moderate by nature (in the Russian context), he governs by balancing powerful conflicting groups and interests. In this case, he was countered by long-standing hard-liners (“hawks”) in the security establishment.

Second, if the S-300s are installed in Syria (they will be operated by Russians, not Syrians), Putin can in effect impose a “no-fly zone” over that country, which has been torn by war due, in no small part, to the presence of several major foreign powers. (Russia and Iran are there legally; the United States and Israel are not.) If so, it will be a new “red line” that Washington and Tel Aviv must decide whether or not to cross. Considering the mania in Washington, it’s hard to be confident that wisdom will prevail.

All of this unfolded on approximately the third anniversary of Russia’s military intervention in Syria, in September 2015. At that time, Washington pundits denounced Putin’s “adventure” and were sure it would “fail.” Three years later, “Putin’s Kremlin” has destroyed the vicious Islamic State’s grip on large parts of Syria, all but restored President Assad’s control over most of the country, and has become the ultimate arbiter of Syria’s future. President Trump would do best by joining Moscow’s peace process, though it is unlikely Washington’s mostly Democratic Russiagate party will permit him to do so. (For perspective, recall that, in 2016, presidential candidate Hillary Clinton promised to impose a US no-fly zone over Syria to defy Russia.)

There is also this. As the US-led “liberal world order” disintegrates, not only in Syria, a new alliance is emerging between Russia, China, Iran, and possibly NATO member Turkey. It will be a real “threat” only if Washington makes it one, as it has Russia in recent years.

  • Finally, the US-Russian proxy war in Ukraine has recently acquired a new dimension. In addition to the civil war in Donbass, Moscow and Kiev have begun to challenge each other’s ships in the Sea of Azov, near the vital Ukrainian port city of Mariupol. Trump is being pressured to supply Kiev with naval and other weapons to wage this evolving war, yet another potential tripwire. Here too the president would do best by putting his administration’s weight behind the long-stalled Minsk peace accords. Here, too, this seemed to be his original intention, but it has proven to be yet another approach, it now seems, thwarted by Russiagate.

 

Stephen F. Cohen is a professor emeritus of Russian studies and politics at New York University and Princeton University and a contributing editor of The Nation.