Commémoration de vingtième anniversaire de la guerre de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie

Curieusement baptisée “Opération Force alliée”, la guerre de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie, certes en voie de dislocation, a duré 78 jours, du 23 mars au 10 juin 1999.

Décidée à la suite de l’échec des pourparlers entre les indépendantistes kosovars et la Yougoslavie, cette guerre se traduisit par le bombardement de la Serbie, principalement par les forces aériennes des EEUU, mais avec la participation active de la plupart des Etats membres de l’OTAN, à commencer par la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, l’Espagne, le Canada, la Turquie, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark ainsi que l’Allemagne dont ce fut la première opération militaire à l’étranger depuis la IIe Guerre mondiale.

Pour les juristes indépendants, il ne fait guère de doute que cette guerre constitue une violation flagrante de la Charte des Nations unies, du droit international et même du ius in bello, car y furent utilisées des bombes à uranium appauvri qui continuent, vingt ans après, de causer souffrances et morts.

Cette guerre déboucha sur la proclamation de l’indépendance du Kossovo reconnue par un grand nombre d’Etats mais contestée par beaucoup d’autres. On en ignore souvent une autre conséquence, à savoir l’implantation au Kossovo par les EEUU d’une base militaire gigantesque puisqu’elle occupe une superficie de 3,865 km2, soit nettement plus que celle du Grand duché de Luxembourg (2’586 km2).

Pour commémorer ce vingtième anniversaire d’une guerre qui fut la première d’une série d’entreprises similaires déclenchées ailleurs dans le monde par le EEUU, une Conférence internationale pacifiste intitulée “Ne jamais oublier : favoriser la paix et la prospérité au lieu de la guerre et la pauvreté”, s’est tenue à Belgrade sous la présidence de Zivadin Jovanovic qui fut ministre des affaires étrangères de Yougoslavie de 1998 à 2000. Cette conférence rassembla plus de deux cents personnalités issues d’une trentaine de pays.

Le journal suisse Horizons et débats consacre, dans son numéro du 15 avril 2019, plusieurs articles à cette manifestation et à cet anniversaire. Nous en reproduisons trois ci-après.

  IR

Editorial

par Erika Vögeli

Source : Horizons et débats, Zurich, 15 avril 2019-04-18https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-9-15-avril-2019/editorial.html

 

«Horizons et débats» a toujours condamné la guerre de l’OTAN dans les Balkans – comme toutes les autres guerres avant et après 1999 – et a constamment remis en question les reportages présentés dans les médias. Les conflits doivent être traités à la table de négociation, toute solution doit respecter tant le droit international et le droit des peuples à l’autodétermination ancré dans les pactes internationaux que les droits de l’homme des populations concernées. Concernant la vie de tous les habitants de cette seule et unique planète sur laquelle nous et les générations futures veulent vivre, nous avons toujours eu le souci d’attirer l’attention sur les crimes de guerre commis dans toutes ces guerres à l’aide d’armes qui, outre les dévastations immédiates, détruisent ou compromettent à long terme la vie des personnes touchées et leurs moyens de subsistance.
La devise de la conférence pour la 20e commémoration de la guerre d’agression de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie, «Agression de l’OTAN: ne jamais oublier», est en ce sens une mission d’humanité au service de la paix.
Ne pas oublier les terribles conséquences de la guerre pour les peuples concernés – de toutes les guerres, mais aussi de l’agression contre la République fédérale de Yougoslavie, la première guerre sur sol européen après le «Plus jamais!» des deux guerres mondiales –, c’est ce que nous devons aux victimes, aux générations actuelles et futures, mais aussi à l’égard de la vérité et de notre conscience.
Comme pour toutes les guerres, cette guerre aussi, débuta avec de la propagande et de la manipulation pour tenter d’induire en erreur notre pensée et d’endormir notre conscience. Sous prétexte d’agir au nom des droits de l’homme, les droits les plus fondamentaux de la population de ce pays ont été bafoués. Le droit international, la Charte des Nations Unies, les accords internationaux – tout fut ignoré au service des intérêts du pouvoir d’un «nouvel ordre mondial» proclamé.
Quiconque ne veut pas, en tant qu’être humain, se faire prendre ses pensées et ne veut pas s’orienter uniquement sur des «narratifs», mais aussi sur les faits et les sources, connaît aujourd’hui les mensonges ayant servi de prétexte à cette guerre-ci.
Le soir précédant la Conférence de Belgrade, on proposa aux participants déjà présents de s’imprégner de l’exposition de photos des 78 jours de bombardement de l’OTAN et de ses conséquences pour la population et le pays. Ce sont – comme toutes les images de guerre – des photos d’horreur, de souffrance humaine, de destruction volontaire posant sans cesse la question au spectateur: Pourquoi? Pourquoi les gens font-ils cela? Quiconque s’est déjà penché sur cette question se souviendra de la photo de la fillette vietnamienne, qui, en 1961, brûlée par du Napalm, court vers le spectateur. Comme celle-là, ces photos crient aussi dans la conscience du spectateur: «Qu’ai-je fait, qu’est-ce que nous vous avons fait?»
Au cours des deux jours de cette réunion, 78 orateurs ont exprimé de manières très diverses les raisons pour lesquelles cette guerre et ses victimes ne doivent pas être oubliées, pourquoi un tel oubli ouvre la voie à de nouvelles guerres et de nouvelles injustices, et comment l’un des dangers pour l’humanité aujourd’hui réside dans le manque d’interpellation des véritables responsables à assumer leurs responsabilités.
Ces raisons nous rappellent de quelle manière cette première guerre d’agression sur sol européen après 1945 à été préparée sans mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies: avec des mensonges hasardeux, une déformation indescriptible de l’histoire, une diabolisation et un pilonnage médiatique – contre la Charte de l’ONU, les accords et traités internationaux, contre les rapports contraires présentés par d’hauts responsables de l’OSCE et contre les enquêtes ayant déjà démenti la rhétorique belliciste. Les participants se sont également mis d’accord sur la dimension géopolitique de l’ensemble – ce n’étaient pas des préoccupations «humanitaires», mais des objectifs géostratégiques très concrets poursuivis avec une brutalité inouïe.
Des paroles claires ont été prononcées par les représentants officiels de la Serbie. Alors que les autorités avaient été très prudentes au cours des années écoulées, on entend à l’heure actuelle des paroles beaucoup plus claires et plus explicites. L’actuel ministre serbe de la Défense, Aleksandar Vulin, par exemple, a qualifié l’objectif de guerre de tentative de faire disparaître la nation serbe, biologiquement et historiquement – biologiquement en ce qui concerne les armes utilisées, historiquement avec la tentative d’anéantissement de nombreux biens culturels historiques et de la dignité de la population de ce pays.
Bien que les représentants de la protection NBC de l’armée serbe aient déjà discuté des conséquences des munitions à l’uranium tirées en Serbie et au Kosovo à l’occasion de la 10e commémoration des bombardements. La pertinence de cette question était visible et clair pour tous les participants: les conséquences au sein de la population sont évidentes suite à la sérieuse augmentation des cancers et des décès, et la population demeure bien consciente des raisons de cette évolution.
Fulvio Grimaldi, journaliste italien de 85 ans, documentaliste et correspondant de guerre de longue date, entre autres à la Télévision italienne, a parlé de la dimension historique et culturelle: sur les théâtres de guerre du monde, il a observé comment, très souvent, les premières choses détruites sont les biens culturels afin de s’attaquer à l’identité culturelle des peuples. La politique de pouvoir de la globalisation ne supporte pas l’identité culturelle. Selon Grimaldi, il lui faut une «identité amorphe, n’ayant rien à voir avec une réelle identité».
Les sentiments et la pensée déterminent l’action humaine. Des informations authentiques et l’approfondissement d’une réflexion sur les évènements – par exemple ici en Serbie – engendrent une ouverture pleine de compassion envers autrui et contribuent au développement d’une culture de paix en soi et envers l’Humanité.

 

Sanja – un message de bienvenue adressé à la Conférence

par Willy Wimmer, ancien secrétaire d’Etat au ministère de la Défense, 

vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE de 1994 à 2000, 

Membre du Bundestag allemand de 1976 à 2009 

Source : Source : Horizons et débats, Zurich, 15 avril 2019

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-9-15-avril-2019/sanja-un-message-de-bienvenue-adresse-a-la-conference.html

 

La guerre d’agression sans précédent menée par les troupes de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie a un visage. C’est le visage de Sanja qui fut, à l’âge de quinze ans, arrachée à une vie prometteuse. Depuis six mois, elle était élève de l’internat d’élite pour mathématiques de Belgrade. Elle avait obtenu cette place comme la deuxième meilleure mathématicienne de sa classe d’âge. Elle était un grand espoir pour son pays, peut-être un digne successeur de Nikola Tesla. Elle fut tuée par des avions de combat de l’OTAN sur le pont de sa ville natale de Varvarin, tout comme d’autres, dans une attaque terroriste typique pour l’OTAN. Typique parce que le modèle correspondait à ce dont le monde avait dû prendre connaissance lors de l’attaque contre l’ambassade de la République populaire de Chine à Belgrade. Là aussi, il s’agissait pour les Etats-Unis de poursuivre la choquante guerre d’agression contre la République fédérale de Yougoslavie.
Il y a encore un autre visage de cette guerre. Celui du porte-parole de l’OTAN, Jamie Shea. Rarement un si petit nombre de personnes a menti à autant de gens avec d’aussi énormes conséquences comme cela fut le cas de la part de l’OTAN et des responsables politiques occidentaux dont Tony Blair, Josef Fischer et Madeleine Albright. L’esprit malsain avec lequel un pays a été agressé en temps de paix existe encore de nos jours. On ne peut évaluer autrement le fait que Christoph Heusgen, actuel conseiller en politique étrangère de la Chancelière allemande, ait récemment célébré Jamie Shea à Berlin de manière grandiloquente.
Nous devons être conscients des dimensions de cette guerre, aujourd’hui comme à l’époque. Cela peut être illustré par le refus d’un général britannique d’exécuter les ordres du commandant en chef de l’OTAN Wesley Clark lui demandant de lancer la prochaine guerre mondiale par une intervention contre les forces armées russes. C’est de quoi il s’agit quand on prend en compte la dimension des agressions de l’OTAN jusqu’aujourd’hui. La choquante attaque contre la République fédérale de Yougoslavie fut le coup d’envoi pour la «guerre initiant cette guerre d’agression». Ceux pour qui la Cour pénale internationale de La Haye avait été réellement prévue n’ont toujours pas pris place sur le banc des accusés.

 

«Gilets jaunes»: l’ONU réclame à Paris une enquête sur «l’usage excessif de la force»

Source : Le Figaro 6/7 mars 2019

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2019/03/06/01016-20190306ARTFIG00119-gilets-jaunes-l-onu-reclame-a-paris-une-enquete-sur-l-usage-excessif-de-la-force.php

 

Dans un discours à Genève, la Haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, Michelle Bachelet, a mis en cause les conditions du maintien de l’ordre lors des manifestations des «gilets jaunes». Des critiques déjà formulées en février au sein de l’ONU, mais aussi de l’UE et de la CEDH.

Le maintien de l’ordre en France est soumis à de sévères remontrances. Prenant la suite d’experts onusiens, de députés de l’Union européenne et de son homologue au sein du Conseil de l’Europe, la Haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, a réclamé ce mercredi à la France une «enquête approfondie» sur les violences policières qui se seraient produites pendant les manifestations des «gilets jaunes» depuis la mi-novembre, ce qui lui a valu une sèche réplique de Paris qui dit ne pas l’avoir «attendue».

» LIRE AUSSI – Interdire le LBD 40? Les arguments des «pro» et des «anti»

«Il faudra expliquer à Madame le Haut-commissaire l’ensemble des faits d’extrême violence» notamment contre «les forces de l’ordre» ou les «biens publics», a répliqué sur BFMTV le premier ministre français, Édouard Philippe, rappelant qu’«en France, on a un État de droit». «On n’a pas attendu le Haut-commissaire pour faire la lumière sur l’ensemble des faits dès lors qu’il y a des plaintes», a-t-il ajouté. Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a, lui, rappelé que «162 enquêtes [de l’Inspection générale de la police nationale avaient été] ouvertes à la date du 1er mars». 12.122 tirs de LBD, 1428 tirs de grenades lacrymogènes instantanées et 4942 tirs de grenades de désencerclement ont été comptabilisés par le ministère de l’Intérieur à la date du 4 février.

Dans un discours prononcé devant le Conseil des droits de l’homme à Genève, l’ancienne présidente du Chili en poste depuis six mois à l’ONU a déclaré que les «gilets jaunes» manifestent contre «ce qu’ils considèrent comme (leur) exclusion des droits économiques et de (leur) participation aux affaires publiques». «Nous encourageons le gouvernement (français) à poursuivre le dialogue et demandons urgemment une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d’usage excessif de la force», a-t-elle ajouté. Michelle Bachelet a rappelé que «les inégalités touchent tous les pays». Elle n’a cité que la France comme pays prospère mais a dénoncé les répressions violentes des manifestations qui se sont produites récemment au Soudan, au Zimbabwe et en Haïti.

ONU, UE, CEDH: plusieurs précédents

La polémique a enflé, début janvier, après la grave blessure à l’oeil à Paris d’une figure du mouvement des «gilets jaunes», Jérôme Rodrigues, à l’acte 11 de leur mobilisation. Les médecins lui ont diagnostiqué la perte de l’usage de l’oeil droit, selon un certificat médical transmis à l’AFP. Selon le collectif militant «Désarmons-les», 20 personnes ont été gravement blessées à l’oeil depuis le début du mouvement, mi novembre. Dans ce climat, les lanceurs de balle de défense (LBD) sont l’objet de toutes les critiques, mais le Conseil d’Etat n’a pas donné suite aux demandes de suspension de son utilisation, lancées notamment par la CGT et la Ligue des droits de l’Homme (LDH).

La Haut-commissaire onusienne aux droits de l’homme n’est pas la première représentante d’une instance européenne ou internationale à dénoncer l’usage excessif de la force dans les manifestations des «gilets jaunes». Le 14 février, un groupe d’experts du Conseil des droits de l’homme de l’ONU avait déjà publié un sévère communiqué sur le sujet, estimant que «le droit de manifester en France a été restreint de manière disproportionnée» et évoquant le chiffre de 1700 blessés. Le lendemain, ce sont des députés du Parlement européen qui ont voté une résolution pour «dénoncer le recours à des interventions violentes et disproportionnées de la part des autorités publiques lors de protestations et de manifestations pacifiques», sans citer expressément dans le texte les «gilets jaunes», qui ont néanmoins été évoqués lors des débats. Enfin, le 25 février, le Conseil de l’Europe, organisation qui regroupe 47 pays, a appelé la France à suspendre l’usage des LBD. «Les blessures occasionnées par des tirs de LBD révèlent un usage disproportionné de la force, ainsi que l’inadaptation de ce type d’arme au contexte d’opérations de maintien de l’ordre», a écrit la commissaire aux droits de l’homme de la CEDH, Dunja Mijatovic, dans un mémorandum de dix pages.

La répression en France

Services publics en berne, répression en hausse : le Défenseur des droits sonne l’alarme

Source : Libération et AFP 12 mars 2019

 

En France, le rapport annuel du Défenseur des droits s’inquiète du «renforcement de la répression», au moyen notamment d’armes qui devraient être prohibées, avec ses conséquences sur les droits de l’Homme et l’état de droit. (IR)

 

 

Des étrangers aux gilets jaunes en passant par la lutte antiterroriste, le rapport annuel du Défenseur des droits pointe un «renforcement de la répression» en France tout en s’inquiétant d’un «repli» des services publics qui sape la cohésion sociale. «En France, parallèlement au recul des services publics, s’est implantée une politique de renforcement de la sécurité et de la répression face à la menace terroriste, aux troubles sociaux et à la crainte d’une crise migratoire alimentée par le repli sur soi», résume dans son rapport publié mardi cette autorité indépendante chargée notamment de défendre les citoyens face à l’administration.

L’institution, dirigée depuis presque cinq ans par l’ancien ministre de droite Jacques Toubon, est toujours plus sollicitée : avec un total de 96 000 dossiers en 2018, le Défenseur des droits a vu les réclamations augmenter de 6,1% sur l’année et de 13% sur deux ans. «La réalité que le Défenseur raconte depuis des années dans ses rapports n’a pas commencé le 17 novembre», première journée d’action nationale des gilets jaunes, explique Jacques Toubon à l’AFP. Mais les réclamations adressées à l’institution reflètent le «sentiment d’injustice et d’inégalité qui est celui qui ressort du mouvement des gilets jaunes».

Interpellations préventives

Dans son rapport 2018, qui couvre la période d’éclosion du mouvement, l’institution s’interroge notamment sur «le nombre jamais vu d’interpellations et de gardes à vue intervenues « de manière préventive »» lors de certaines manifestations. Selon l’institution, les directives des autorités pour gérer la contestation sociale «semblent s’inscrire dans la continuité des mesures de l’état d’urgence», décrété après les attentats du 13 novembre 2015.

Ce régime d’exception, resté en vigueur pendant deux ans et dont certaines dispositions ont été conservées dans la loi, a agi comme une «pilule empoisonnée» venue «contaminer progressivement le droit commun, fragilisant l’État de droit», estime le rapport. Pour le Défenseur, il a «contribué à poser les bases d’un nouvel ordre juridique, fondé sur la suspicion, au sein duquel les droits et libertés fondamentales connaissent une certaine forme d’affaissement».

L’institution, qui a ouvert plusieurs enquêtes sur le maintien de l’ordre des récentes manifestations, a d’ailleurs constaté en 2018 un bond de près de 24% des réclamations liées à «la déontologie de la sécurité», dont la majorité concerne l’action de la police. Depuis janvier 2018, le Défenseur prône par ailleurs l’interdiction du LBD et de la grenade de désencerclement GLI-F4, deux armes controversées accusées d’avoir fait de graves blessées parmi les gilets jaunes.

Yemen’s humanitarian catastrophe, in one chart

“The only losers are the people — their grave suffering presents generational risk to Yemen’s future,” said an expert.

By Alex Ward@AlexWardVoxalex.ward@vox.com

 Jan 30, 2019, 2:50pm

Source : https://www.vox.com/2019/1/30/18203857/yemen-war-deaths-injured-chart-intelligence

 

The war in Yemen — a bloody, ongoing conflict in which the US has played an important role — has fallen out of the news.

But a new US intelligence report shows exactly why it shouldn’t.

The annual Worldwide Threat Assessment report — which “reflects the collective insights of the Intelligence Community” including the CIA, the National Security Agency, the FBI, and many other federal bodies — contains a chart showing just how horrifying conditions for the Yemeni people have become.

Of the nearly 29 million people in the country, about 22 million — nearly 76 percent of the population — need some form of humanitarian assistance. Among them, 16 million don’t have reliable access to drinking water or food, and more than 1 million Yemenis now suffer from cholera.

Those figures, which apparently come from US intelligence and mostly comport with publicly available numbers, show how the war has caused one of the world’s worst humanitarian crises. And it’s a crisis that the United States has helped fuel.

“The only losers are the people — their grave suffering presents generational risk to Yemen’s future,” Dave Harden, a former US official leading humanitarian development response to Yemen, told me.

Screen_Shot_2019_01_30_at_12.10.14_PM

Yemen’s humanitarian crisis is horrible — and it’s likely to get worse

Since 2015, the US has backed Saudi Arabia’s coalition and supported its war in Yemen against the Houthi rebels. It has helped coalition forces push back on Iran, the Houthis’ main supplier for weapons and funds. But until last November, the US refueled Saudi warplanes that drop bombs on Yemen — many of which killed civilians, including children.

While the US has said it doesn’t do this anymore, it continues to provide other support to coalition forces including training and intelligence sharing, the Defense Department told me last November.

The war has claimed tens of thousands of lives, with estimates ranging from around 13,500 to 80,000 dead. The problem is those numbers, like the chart’s figures, are just estimates, as conditions on the ground are so bad that no one can do an official count.

What’s worse, the intelligence report — which, again, represents the consensus view of different US agencies involved in collecting and analyzing intelligence — indicates that the situation in Yemen won’t improve anytime soon. The warring parties “remain far apart in negotiating an end to the conflict, and neither side seems prepared for the kind of compromise needed to end the fighting, suggesting the humanitarian crisis will continue,” the report states.

Harden, who now runs the Georgetown Strategy Group in Washington, also noted how the document fails to mention all the other problems in Yemen. For example, the ceasefire in Hodeidah, a vital port city in western Yemen that the Houthis have controlled since 2014, is falling apart, and the economy has ground to a halt. And there are other sources of conflict in the country, like America’s efforts against ISIS and al-Qaeda.

Last November, Secretary of State Mike Pompeo and then-Defense Secretary Jim Mattis called for fighters to reach a peace deal by the end of the month. That, however, hasn’t happened, and Mattis — whom many saw as the driving force for ending the war and America’s involvement — is gone.

Still, Cmdr. Rebecca Rebarich, a Pentagon spokesperson, told me on Wednesday that “an enduring solution will only come through a comprehensive political agreement, which will require compromise from all sides.”

Multiple congressional efforts have also failed to stop America’s involvement in the fight, and it’s unclear if another one, launched Wednesday by Sen. Bernie Sanders (I-VT) and Rep. Ro Khanna (D-CA), will have enough support to overcome a certain veto by President Donald Trump.

The reality, then, is that the horror in Yemen won’t get better anytime soon — meaning the report’s statistics will only become more daunting.

Les USA et l’UE enterrent le Traité FNI

par Manlio Dinucci, Italie*

Source : Horizons et Débats

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-o-5-4-mars-2019/les-usa-et-lue-enterrent-le-traite-fni.html

Traduction : Marie-Ange Patrizio et Horizons et débats

Zurich, 4 mars 2019

 

Le Pentagone a décidé d’installer des missiles nucléaires à moyenne portée en Europe, ce qui transformera ce territoire en champ de bataille lors d’une guerre entre les deux Grands. Sans surprise, l’OTAN et l’Union européenne ont approuvé ce suicide des pays européens.
La «suspension» du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), annoncée le 1er février par le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, lance le compte à rebours qui, d’ici six mois, amènera les Etats-Unis à sortir définitivement du Traité. Dès aujourd’hui, en tout cas, les Etats-Unis se considèrent libres de tester et de déployer des armes de la catégorie interdite par le Traité: missiles nucléaires à portée intermédiaire (entre 500 et 5500 km), basés au sol.
A cette catégorie appartenaient les missiles nucléaires installés en Europe dans les années 80: les missiles balistiques Pershing II, installés par les Etats-Unis en Allemagne de l’Ouest, et les missiles de croisière sol-sol, installés par les Etats-Unis en Grande-Bretagne, en Italie, en Allemagne de l’Ouest, en Belgique et aux Pays-Bas, sous le prétexte de défendre les alliés européens des missiles balistiques SS-20, installés par l’Union soviétique sur son propre territoire.
Le Traité sur les Forces nucléaires à portée intermédiaire, signé en 1987 par les présidents Gorbatchev et Reagan, élimina tous les missiles de cette catégorie, y compris ceux basés à Comiso (Sicile).
Ce Traité FNI a été mis en question par Washington quand les Etats-Unis ont vu diminuer leur avantage stratégique sur la Russie et la Chine. En 2014, l’administration Obama accusait la Russie, sans apporter la moindre preuve, d’avoir expérimenté un missile de croisière (sigle 9M729) appartenant à la catégorie interdite par le Traité. Et, en 2015, elle annonça que «face à la violation du Traité FNI par la Russie, les Etats-Unis sont en train de considérer le déploiement en Europe de missiles sol-sol». Le plan fut confirmé par l’administration Trump: en 2018, le Congrès a autorisé le financement d’«un programme de recherche et de développement d’un missile de croisière sur plate-forme mobile au sol». De son côté, Moscou nia que son missile de croisière violait le Traité et, à son tour, accusa Washington d’avoir installé en Pologne et en Roumanie des boucliers antimissiles pouvant également lancer des missiles de croisière à ogives nucléaires.
Il faut dans ce cadre rappeler le facteur géographique: tandis qu’un missile nucléaire américain à portée intermédiaire, basé en Europe, peut atteindre Moscou, un missile analogue basé par la Russie sur son propre territoire peut atteindre les capitales européennes, mais pas Washington. Si l’on renverse le scénario, c’est comme si la Russie installait au Mexique ses missiles nucléaires à portée intermédiaire.
Le plan des Etats-Unis d’enterrer le Traité FNI a été pleinement soutenu par les alliés européens de l’OTAN. Le Conseil de l’Atlantique-Nord a déclaré, le 4 décembre 2018, que «le Traité FNI est en danger à cause des activités de la Russie», accusée de déployer «un système de missiles déstabilisant». Le même Conseil a déclaré le 4 février 2019 son «plein appui à l’action des Etats-Unis de suspendre ses obligations concernant le Traité FNI» et a intimé à la Russie d’utiliser les six mois restants «pour revenir à la pleine observance du Traité».1
L’enterrement du Traité FNI a eu lieu avec la soutien de l’Union européenne qui a voté, le 21 décembre 2018, à l’Assemblée générale des Nations Unies, contre la résolution présentée par la Russie demandant la «préservation et la mise en œuvre du Traité FNI». Celle-ci fut rejetée par 46 voix contre 43 et 78 abstentions. L’Union européenne – dont 21 des 27 membres font partie de l’OTAN (la Grande-Bretagne y reste malgré sa sortie de l’UE) – s’est ainsi exprimée unanimement en faveur de la position de l’OTAN, qui s’est, à son tour, alignée à l’unanimité sur les Etats-Unis. En substance, l’Union européenne a donc également donné son feu vert à une possible implantation de nouveaux missiles nucléaires américains en Europe, y compris en Italie.
Sur cette question de grande importance le gouvernement Conte et le précédent se sont alignés autant sur l’OTAN que sur l’UE. Et de tout l’éventail politique aucune voix ne s’est élevée pour demander l’autorisation du Parlement à décider de la position à prendre concernant le Traité FNI au sein de l’ONU. Et aucune voix non plus ne s’est élevée au Parlement pour demander le respect par l’Italie du Traité de non-prolifération et de la position de l’ONU concernant l’interdiction des armes nucléaires, en imposant aux Etats-Unis de retirer de notre territoire national les bombes nucléaires B61 et de ne pas y installer, à partir de la première moitié de 2020, les B61-12 encore plus dangereuses.
Ayant sur son territoire des armes nucléaires et des installations stratégiques des Américains – en Sicile, la station satellitaire du MUOS (Mobile User Objective System) [système devant relier toutes les unités combattantes des USA et de l’OTAN saisi par l’Italie, ndt.] et la JTAGS (Joint Tactical Ground Station) [station de réception et transmission satellitaire du «bouclier antimissile», ndt.] – l’Italie est exposée à des dangers croissants en tant que base avancée des forces nucléaires américaines et de ce fait comme cible des forces russes. Un missile balistique nucléaire à portée intermédiaire met 6 à 11 minutes pour atteindre son objectif. Un bel exemple de défense de notre souveraineté, inscrite dans la Constitution, et de notre sécurité que le Gouvernement garantit en fermant la porte aux migrants, mais en l’ouvrant largement aux armes nucléaires américaines.

 

* Manlio Dinucci est géographe et géo-politologue. Ses derniers ouvrages publiés sont Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990–2016, Zambon 2016; Guerra nucleare. Il giorno prima. Da Hiroshima a oggi: chi e come ci porta alla catastrofe, Zambon 2017; Diario di guerra. Escalation verso la catastrofe (2016–2018), Asterios Editores 2018.

Source: Réseau Voltaire du 2/2/19

Ancien expert de l’ONU : les sanctions nord-américaines au Venezuela sont largement responsables de la crise, peut-être un « crime contre l’humanité »

par Whitney Webb

1er février 2019

Source : https://www.investigaction.net/fr/ancien-expert-de-lonu-les-sanctions-nord-americaines-au-venezuela-sont-largement-responsables-de-la-crise-peut-etre-un-crime-contre-lhumanite/

Source originaire : https://www.mintpressnews.com/former-un-expert-us-sanctions-venezuela-largely-responsible-crisis-possible-crime-humanity/254334/

 

« Ce qui est en jeu, ce sont les énormes, énormes ressources naturelles du Venezuela. Et j’ai l’impression que si le Venezuela n’avait pas de ressources naturelles tout le monde se ficherait de Chavez ou de Maduro ou de qui que ce soit là-bas. » – Alfred de Zayas, ancien fonctionnaire des Nations unies.

Londres — Dans une interview approfondie accordée au journal britannique The Independent publié dimanche, l’ancien rapporteur spécial des Nations unies Alfred de Zayas a affirmé que les sanctions dévastatrices imposées au Venezuela par les États-Unis depuis plusieurs années sont illégales et constituent une « guerre économique » contre la République bolivarienne. De Zayas a également affirmé que ces sanctions nord-américaines pourraient constituer des « crimes contre l’humanité » selon le droit international, qu’elles portent une grande partie de la responsabilité pour la crise économique actuelle au Venezuela et ont provoqué des morts inutiles dans la population.

De Zayas, qui a terminé son mandat à l’ONU il y a moins d’une année, a critiqué le régime des sanctions étasuniennes – qui a commencé sérieusement en 2015, lorsque l’ancien président Barack Obama a déclaré sans preuve que le Venezuela était une « menace pour la sécurité nationale ». Depuis lors, le président Donald Trump a intensifié les sanctions et a aussi ouvertement envisagé une intervention militaire dans ce pays qui dispose des plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde.

Ce n’est pas la première fois que de Zayas s’exprime sur les conséquences dangereuses des sanctions nord-américaines. En septembre dernier, il a présenté au Conseil des droits de l’homme des Nations unies un rapport explosif qu’il avait contribué à rédiger, démontrant que la « guerre économique » et en particulier les sanctions pratiquées par les États-Unis et leurs alliés ont considérablement aggravé la crise économique au Venezuela. Les États-Unis s’étaient retirés du Conseil des droits de l’homme quelques mois avant le publication du rapport de Zelaya, invoquant le prétendu parti pris de cet organisme contre Israël.

Bien que de Zayas ait aussi reproché au gouvernement vénézuélien, dirigé par le président Nicolás Maduro, sa trop grande dépendance au pétrole, sa mauvaise gouvernance et la corruption, son rapport appelait la Cour pénale international à enquêter sur les sanctions économiques imposées par les États-Unis au Venezuela comme un éventuel crime contre l’humanité conformément à l’article 7 du Statut de Rome.

Dans son rapport, dont de Zayas affirme qu’il a été largement ignoré par les Nations unies depuis sa publication, l’ancien rapporteur écrivait :

« Les sanctions économiques et les blocus actuels sont comparables aux sièges des villes au Moyen Âge. […] Les sanctions du XXIe siècle tentent de mettre à genoux non pas une seule ville, mais des pays souverains. »

De Zayas poursuit en disant à The Independent que « les sanctions tuent » et analyse la manière dont ces mesures frappent de manière disproportionnée les plus pauvres de la société et provoquent souvent des morts en raison des pénuries de nourriture, de médicaments et d’autres biens de première nécessité qui en résultent.  Il dit aussi à The Independent que ces tactiques visant les civils les plus vulnérables d’un pays avaient pour but d’imposer le chaos économique et un changement de régime au Venezuela.

 

Contester le récit pour qu’il soit ensuite ignoré

 

Dans son interview, de Zayas a expliqué pourquoi il estimait que l’ONU et une grande partie de la communauté internationale avaient ignoré ses conclusions bien qu’il ait été le premier officiel de l’ONU à se rendre dans le pays et à en rendre compte depuis 21 ans :

« Lorsque j’arrive et dis que l’émigration [des Vénézuéliens dans d’autres pays] est attribuable en partie aux sanctions, les gens n’aiment pas l’entendre. Ils veulent seulement le récit simple que le socialisme échoue et qu’il a échoué pour le peuple vénézuélien. »

En effet, le dernier rapport de de Zaya et sa récente interview sont en contradiction avec les récits communément promus par de nombreux organes de presse et même quelques ONG éminentes, qui imputent entièrement la crise économique du pays au gouvernement de Maduro.

De Zayas, qui était également l’ancien expert indépendant de l’ONU pour la Promotion d’un ordre international démocratique et équitable, ajoute :

« Lorsque je suis revenu [l’ONU et les médias] n’étaient pas intéressés. Parce que je ne chante pas la chanson que je suis censé chanter, donc je n’existe pas… Et mon rapport, comme je l’ai dit, a été formellement présenté, mais il n’a fait l’objet d’aucun débat. Il a été classé. »

Il raconte aussi à The Independent qu’il avait reçu un accueil froid de la part de hauts responsables de l’ONU, y compris de celui qui était alors Haut commissaire aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, parce qu’ils « s’intéressent uniquement à un rapporteur qui va… faire de la démagogie, condamner le gouvernement et demander un changement de régime. Et j’y suis allé pour écouter. Je suis allé là-bas pour découvrir ce qui se passe vraiment. »

Finalement, de Zayas — un citoyen américain d’origine cubaine — a estimé que les méthodes étasuniennes de « persuasion » étaient grandement responsables de la décision des hauts responsables de l’ONU d’ignorer ce rapport. L’ancien expert a relevé :

« J’ai vu ce qui s’est passé au Conseil des droits de l’homme, comment les États-Unis tordent les bras et convainquent des pays de voter comme ils veulent qu’ils votent, sinon il y aura des conséquences économiques, et ces choses ne sont pas répercutées dans la presse. »

Cependant, certains incidents en ce sens ont été couverts par la presse ces dernières années.

 

« Tout le monde s’en ficherait »

 

De Zayas l’a exprimé clairement lorsque la discussion a porté sur les véritables motifs des États-Unis pour mener une « guerre économique » et la décision, la semaine dernière, de l’administration Trump de reconnaître Juan Guaidó, le politicien non élu de 35 ans, membre du parti Volonté populaire, lié à la CIA et financé par les États-Unis, comme le président par intérim « légitime » du Venezuela :

« Ce qui est en jeu, ce sont les énormes, énormes ressources naturelles du Venezuela. Et je crois que si le Venezuela n’avait pas de ressources naturelles, tout le monde se ficherait de Chavez ou de Maduro ou de qui que ce soit là-bas… Si vous écrasez ce gouvernement et mettez en place un gouvernement néolibéral qui va tout privatiser et vendre, beaucoup d’entreprises multinationales engrangeront d’immenses profits, et les États-Unis sont dirigés par les multinationales. »

Puis de Zayas ajoute :

« Les affaires des États-Unis sont les affaires. C’est ce qui intéresse les États-Unis. Et [actuellement] ils ne peuvent pas faire des affaires avec le Venezuela. »

Compte tenu de son point de vue nuancé sur la crise au Venezuela, il semble que les récentes remarques de de Zayas – tout comme son précédent rapport sur le pays – seront ignorées par les Nations unies et la presse internationale parce qu’elles remettent en question le « récit simple » qui non seulement fabrique le consentement à un changement de régime soutenu par les États-Unis au Venezuela, mais décharge également ceux-ci de leur responsabilité dans la crise actuelle qui frappe le pays.

 

Whitney Webb est membre de la rédaction de MintPress News et collabore à Truth in Media de Ben Swann. Ses articles ont été publiés dans Global Research, le Ron Paul Institute et 21st Century Wire, entre autres. Elle a également fait des apparitions dans des émissions de radio et de télévision sur RT et Sputnik. Elle vit actuellement avec sa famille dans le sud du Chili.   

Venezuela : le coup d’Etat comme partie d’un projet plus vaste… …une intervention militaire est susceptible d’échouer

par Moon of Alabama  

31 janvier 2019

Source : http://lesakerfrancophone.fr/jjvenezuela-le-coup-detat-comme-partie-dun-projet-plus-vaste

Source originaire :

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

 

L’administration Trump a lancé un vaste projet politique visant à réorganiser plusieurs États d’Amérique latine. Les titres du Wall Street Journal :

Les États-Unis poussent à la faillite le Venezuela de Maduro. Un premier pas dans un plan visant à remodeler l’Amérique latine

L’objectif plus large de l’administration Trump est d’obtenir un effet de levier sur Cuba et de freiner les récentes avancées de la Russie, de l’Iran et de la Chine dans la région.

Le plan comprend un changement de régime au Venezuela, au Nicaragua et finalement à Cuba. L’élimination de tout intérêt russe ou chinois est un autre point. C’est un projet pluriannuel bénéficiant d’un soutien bipartite. Cela nécessitera probablement la force militaire.

Les Les cibles : Raúl Castro à Cuba, Daniel Ortega au Nicaragua, Nicolás Maduro au Venezuela.

Le projet semble faire écho au plan du “Nouveau Moyen-Orient” de la secrétaire d’État Condeleeza Rice lancé en 2006. Il a largement échoué en raison de l’incompétence des États-Unis, mais a laissé des États gravement endommagés.

Le fait que les États-Unis s’adonnent à un plan aussi vaste dans l’hémisphère occidental pourrait expliquer pourquoi Trump insiste pour mettre fin aux autres projets militaires au Moyen-Orient et en Afghanistan.

Le coup d’envoi du nouveau plan, la tentative de coup d’État menée par le gouvernement américain au Venezuela, est déjà en difficulté. La marionnette américaine sélectionnée, Juan Guaidó, avait appelé à une manifestation de soutien à son coup d’État censée avoir lieu hier. Mais même le New York Times, qui soutient toutes les opérations de changement de régime entreprises par les États-Unis en Amérique latine, n’a trouvé que peu de preuves d’un soutien :

M. Guaidó a également pris part à des manifestations mercredi à l’Université centrale du Venezuela à Caracas, où il a été submergé par des reporters internationaux. Vêtu d’une blouse blanche, il a lié ses bras à ceux des étudiants en médecine et les a conduits sur une route, avant de filer à toute vitesse sur le dos d’une moto.
La manifestation faisait partie d’une poignée d’autres dans la ville mercredi, mais à une échelle inférieure à celle de certaines manifestations récentes. Certains travailleurs ont quitté leur travail pendant des heures pour protester contre M. Maduro et son gouvernement, se rassemblant dans les carrefours de la capitale.

Des vidéos du Venezuela ont montré une centaine de personnes dans les quartiers les plus aisés de Caracas. Pendant ce temps, les images de plusieurs manifestations pro-Maduro dans différentes villes ont montré une foule beaucoup plus grande. De nouvelles manifestations auront lieu samedi et devraient donner des résultats similaires.

Le Washington Post affirme que des manifestations antigouvernementales ont eu lieu dans deux des zones les plus démunies de Caracas. Mais le rapport se contredit. Il commence :

Alors que la campagne de l’opposition visant à renverser le président Nicolás Maduro s’intensifiait de façon spectaculaire, les rues du bidonville de Puerta Caracas, qui ressemblaient à un labyrinthe, regorgeaient de manifestants anti-gouvernementaux tapant sur des casseroles. Un centre culturel dirigé par des loyalistes à Maduro a été incendié. Les habitants affamés et battus ont ressenti un élan d’espoir.
Puis la nuit est tombée, amenant les bottes des forces gouvernementales.
Maduro a qualifié les pyromanes de «criminels fascistes» et les habitants de l’enclave de Caracas, dans l’ouest du pays, en ont payé le prix. Selon des habitants, des forces spéciales masquées ont envahi le quartier la semaine dernière, enfonçant les portes, rassemblant les jeunes et imposant un couvre-feu efficace.

Dans le même article, vingt paragraphes de propagande plus tard, nous apprenons que l’incendie criminel du centre culturel a eu lieu avant la tentative de coup d’État et n’a probablement rien à voir avec lui :

Les soulèvements ont commencé dans la nuit du 22 janvier. Les habitants de Puerta Caracas se sont mis à taper sur des casseroles et à incendier des bennes à ordures. Selon les voisins, vers minuit, un groupe de garçons cagoulés a lancé des cocktails Molotov sur le centre culturel.
Tôt mercredi, des membres de la famille ont déclaré qu’Abel Pernia, âgé de 19 ans, se rendait à un rendez-vous chez le médecin lorsque des agents armés de la police des renseignements l’ont attrapé, l’ont poussé contre un mur et l’ont menotté.

… [plus] des manifestations ont éclaté à Petare mercredi dernier et se sont poursuivies jusqu’à l’aube. Un groupe a incendié des barricades, jeté des pierres et attaqué un avant-poste de la Garde nationale. Les forces de sécurité les ont repoussés avec des gaz lacrymogènes alors que les habitants scandaient : “Nous ne voulons pas de boîtes de nourriture ! Nous voulons que Nicolas parte !”

Les voisins ont déclaré que des gangs criminels faisaient partie de la foule et ont semé le trouble en affrontant violemment la police. La réponse a été immédiate.

La tentative de coup d’État a été lancée le 23 janvier. L’incident criminel a eu lieu le 22 janvier. Le lendemain, la police est arrivée et a arrêté les personnes impliquées. D’autres émeutes de gangs ont suivi.

Toute l’histoire n’a rien à voir avec la tentative de coup d’État ni avec les manifestations générales contre Maduro. Il s’agit de crimes de gangs dans certains bidonvilles. Les affrontements entre gangs ont longtemps été un problème à Caracas. Une force de police spéciale, la FAES, a été mise en place en 2017 pour la contrôler.

Le fait que le Washington Post doive utiliser un incident indépendant pour proclamer que les pauvres appuient la tentative de coup d’État montre le peu de preuves réelles dont il dispose pour soutenir cette affirmation de propagande.

Le public vénézuélien n’appuie évidemment pas un coup d’État fomenté par des étrangers. Un récent sondage montre que plus de 80% de la population est contre les sanctions et autres interventions internationales visant à destituer le président Maduro. 80% soutiennent également les pourparlers entre le gouvernement et l’opposition que Maduro a proposés à plusieurs reprises mais que les comploteurs du coup d’État rejettent.

Il est très peu probable que la désobéissance civile ou une manifestation puisse éliminer le gouvernement du Venezuela. L’opposition n’a tout simplement pas assez de monde pour créer plus que des inconvénients.

Ce n’est pas non plus le plan.

Il est évident que les États-Unis veulent un conflit violent. Soit l’armée vénézuélienne devra lancer un coup d’État, soit la violence devra venir de l’extérieur.

L’armée a pour le moment déclaré qu’elle ne voulait rien faire contre le gouvernement. D’autres mesures devront être prises. Le fait que l’administration Trump ait choisi Elliott Abrams, “secrétaire adjoint des guerres sales” de Ronald Reagan, comme envoyé spécial à ses marionnettes est éloquent :

Le choix d’Abrams envoie un message clair au Venezuela et au monde : le gouvernement Trump entend brutaliser le Venezuela tout en produisant une rhétorique onctueuse sur l’amour des États-Unis pour la démocratie et les droits de l’homme. Combiner ces deux facteurs – la brutalité et l’onctuosité – est la compétence essentielle d’Abrams.

Un éditorial du type sélectionné par les États-Unis pour remplacer Maduro, créé par la machine américaine de changement de régime, a été publié dans le New York Times d’aujourd’hui :

Juan Guaidó : Vénézuéliens, la force est dans l’unité
Pour mettre fin au régime Maduro avec le minimum d’effusion de sang, nous avons besoin de l’appui des gouvernements démocratiques, des institutions et des citoyens du monde entier.

Remarquez le “minimum d’effusion de sang” ? On se demande combien de centaines de milliers de morts cela représente.

Guaido explique le fondement juridique trouble de ses prétentions à la présidence :

Je voudrais être clair sur la situation au Venezuela : la réélection de M. Maduro le 20 mai 2018 était illégitime, comme l’a reconnu depuis lors une grande partie de la communauté internationale. Son mandat initial de six ans devait prendre fin le 10 janvier. En restant en poste, Nicolás Maduro usurpait la présidence.
Mon ascension en tant que président par intérim est fondée sur l’article 233 de la Constitution vénézuélienne, selon lequel, si au début d’un nouveau mandat, il n’y a pas de chef de l’État élu, le président de l’Assemblée nationale est investi du pouvoir jusqu’à des élections libres et transparentes. C’est pourquoi le serment que j’ai prêté le 23 janvier ne peut être considéré comme une «auto-proclamation». Ce n’est pas de mon propre chef que j’ai assumé la fonction de président ce jour-là, mais dans le respect de la Constitution.

Les élections anticipées de mai 2018 ont eu lieu à la demande des partis de l’opposition, que certains, exhortés par les États-Unis, ont refusé. Aucune preuve de fraude ne permet de douter des résultats. Maduro l’a remporté parmi plusieurs candidats avec plus de 60% des voix. On pourrait soutenir qu’il a plus de légitimité que certains autres élus.

Agrandir

Ne pas aimer le résultat n’est pas une raison pour déclarer une élection illégitime.

Si le premier mandat de Maduro a pris fin le 10 janvier, pourquoi Guaido a-t-il attendu, à la tête de l’Assemblée nationale, treize jours pour constater que le second mandat de Maduro était «illégitime» ? De plus, si l’article 233 est utilisé comme justification pour usurper temporairement la présidence, Guaido doit tenir de nouvelles élections dans les 30 jours. Jusqu’à présent, il ne les a même pas appelées. Son raisonnement n’est pas convaincant du tout.

Guaido ajoute qu’il a besoin du soutien de l’armée. Mais cela ne semble pas signifier qu’il l’a :

La transition nécessitera l’appui des principaux contingents militaires. Nous avons eu des réunions clandestines avec des membres des forces armées et des forces de sécurité. Nous avons offert l’amnistie à tous ceux qui sont déclarés non coupables de crimes contre l’humanité. Le retrait de l’appui à Maduro par les forces militaires est crucial pour permettre un changement de gouvernement, et la majorité de ceux qui sont en service conviennent que les difficultés rencontrées récemment par le pays sont insoutenables.

Comme le Washington Post ci-dessus, il affirme en outre que la violence des gangs avant la tentative de coup d’État montre que Maduro a perdu tout soutien :

Maduro n’a plus le soutien de la population. La semaine dernière, à Caracas, des habitants des quartiers les plus pauvres, qui étaient auparavant des fiefs chavistes, sont descendus dans la rue pour des manifestations sans précédent. Ils ont recommencé le 23 janvier en sachant qu’ils pourraient être brutalement réprimés et ils continuent d’assister aux assemblées publiques.

Guaido termine en appelant à un soutien extérieur pour son entreprise.

Il a besoin de milliards de dollars pour constituer une armée de mercenaires qui l’aidera à renverser le gouvernement.

Les États-Unis ont saisi des avoirs vénézuéliens mais auront du mal à les remettre à Guaido. Le principal actif est CITGO, qui possède des raffineries et des stations-service aux États-Unis. Mais CITGO est profondément endetté. Ses raffineries dépendent du pétrole lourd en provenance du Venezuela. Il risque de faire faillite, et dans ce cas les créanciers le prendront en charge. Au moins 49,5% iront à la société russe Rosneft. Le processus juridique prendra des années.

Alors, combien d’argent américain Trump est-il prêt à investir dans son plan ?

Le Venezuela aura du mal à se défendre contre une attaque militaire étrangère. Le gouvernement de Maduro n’est pas le plus compétent, l’armée est assez corrompue et l’argent est rare. La Chine et la Russie peuvent le soutenir avec quelques prêts supplémentaires, mais il est peu probable qu’ils viennent à son aide. Cuba et le Nicaragua sont peut-être disposés à envoyer des troupes mais n’ont pas grand chose à offrir.

Mais le mouvement bolivarien au Venezuela compte des millions de partisans. La plupart sont des pauvres qui perdraient tout sous un nouveau gouvernement de droite. Même si l’armée vénézuélienne est peut-être corrompue et peu disposée à se battre, de nombreuses personnes prendront certainement les armes pour défendre les acquis de Maduro et de Chavez.

Il pourrait être relativement facile d’envahir le Venezuela et de vaincre ses forces militaires régulières. Mais l’occupation qui suivrait sera une entreprise très difficile. Le Pentagone a vu comment cela fonctionnait en Irak. Cela mettra probablement en garde contre l’utilisation de troupes américaines au Venezuela. De même, d’autres pays veilleront à ne pas tomber dans un tel pétrin.

La CIA et les conspirateurs peuvent engager des milliers de voyous coupeurs de gorge pour causer des dommages extrêmes au Venezuela. Mais ils ont peu de chance de gagner plus qu’un pays complètement détruit.

Cela pourrait-il être le but réel ? Le projet pour la nouvelle Amérique latine est-il sa destruction complète, comme au Moyen-Orient ?