Les USA et l’UE enterrent le Traité FNI

par Manlio Dinucci, Italie*

Source : Horizons et Débats

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-o-5-4-mars-2019/les-usa-et-lue-enterrent-le-traite-fni.html

Traduction : Marie-Ange Patrizio et Horizons et débats

Zurich, 4 mars 2019

 

Le Pentagone a décidé d’installer des missiles nucléaires à moyenne portée en Europe, ce qui transformera ce territoire en champ de bataille lors d’une guerre entre les deux Grands. Sans surprise, l’OTAN et l’Union européenne ont approuvé ce suicide des pays européens.
La «suspension» du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), annoncée le 1er février par le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, lance le compte à rebours qui, d’ici six mois, amènera les Etats-Unis à sortir définitivement du Traité. Dès aujourd’hui, en tout cas, les Etats-Unis se considèrent libres de tester et de déployer des armes de la catégorie interdite par le Traité: missiles nucléaires à portée intermédiaire (entre 500 et 5500 km), basés au sol.
A cette catégorie appartenaient les missiles nucléaires installés en Europe dans les années 80: les missiles balistiques Pershing II, installés par les Etats-Unis en Allemagne de l’Ouest, et les missiles de croisière sol-sol, installés par les Etats-Unis en Grande-Bretagne, en Italie, en Allemagne de l’Ouest, en Belgique et aux Pays-Bas, sous le prétexte de défendre les alliés européens des missiles balistiques SS-20, installés par l’Union soviétique sur son propre territoire.
Le Traité sur les Forces nucléaires à portée intermédiaire, signé en 1987 par les présidents Gorbatchev et Reagan, élimina tous les missiles de cette catégorie, y compris ceux basés à Comiso (Sicile).
Ce Traité FNI a été mis en question par Washington quand les Etats-Unis ont vu diminuer leur avantage stratégique sur la Russie et la Chine. En 2014, l’administration Obama accusait la Russie, sans apporter la moindre preuve, d’avoir expérimenté un missile de croisière (sigle 9M729) appartenant à la catégorie interdite par le Traité. Et, en 2015, elle annonça que «face à la violation du Traité FNI par la Russie, les Etats-Unis sont en train de considérer le déploiement en Europe de missiles sol-sol». Le plan fut confirmé par l’administration Trump: en 2018, le Congrès a autorisé le financement d’«un programme de recherche et de développement d’un missile de croisière sur plate-forme mobile au sol». De son côté, Moscou nia que son missile de croisière violait le Traité et, à son tour, accusa Washington d’avoir installé en Pologne et en Roumanie des boucliers antimissiles pouvant également lancer des missiles de croisière à ogives nucléaires.
Il faut dans ce cadre rappeler le facteur géographique: tandis qu’un missile nucléaire américain à portée intermédiaire, basé en Europe, peut atteindre Moscou, un missile analogue basé par la Russie sur son propre territoire peut atteindre les capitales européennes, mais pas Washington. Si l’on renverse le scénario, c’est comme si la Russie installait au Mexique ses missiles nucléaires à portée intermédiaire.
Le plan des Etats-Unis d’enterrer le Traité FNI a été pleinement soutenu par les alliés européens de l’OTAN. Le Conseil de l’Atlantique-Nord a déclaré, le 4 décembre 2018, que «le Traité FNI est en danger à cause des activités de la Russie», accusée de déployer «un système de missiles déstabilisant». Le même Conseil a déclaré le 4 février 2019 son «plein appui à l’action des Etats-Unis de suspendre ses obligations concernant le Traité FNI» et a intimé à la Russie d’utiliser les six mois restants «pour revenir à la pleine observance du Traité».1
L’enterrement du Traité FNI a eu lieu avec la soutien de l’Union européenne qui a voté, le 21 décembre 2018, à l’Assemblée générale des Nations Unies, contre la résolution présentée par la Russie demandant la «préservation et la mise en œuvre du Traité FNI». Celle-ci fut rejetée par 46 voix contre 43 et 78 abstentions. L’Union européenne – dont 21 des 27 membres font partie de l’OTAN (la Grande-Bretagne y reste malgré sa sortie de l’UE) – s’est ainsi exprimée unanimement en faveur de la position de l’OTAN, qui s’est, à son tour, alignée à l’unanimité sur les Etats-Unis. En substance, l’Union européenne a donc également donné son feu vert à une possible implantation de nouveaux missiles nucléaires américains en Europe, y compris en Italie.
Sur cette question de grande importance le gouvernement Conte et le précédent se sont alignés autant sur l’OTAN que sur l’UE. Et de tout l’éventail politique aucune voix ne s’est élevée pour demander l’autorisation du Parlement à décider de la position à prendre concernant le Traité FNI au sein de l’ONU. Et aucune voix non plus ne s’est élevée au Parlement pour demander le respect par l’Italie du Traité de non-prolifération et de la position de l’ONU concernant l’interdiction des armes nucléaires, en imposant aux Etats-Unis de retirer de notre territoire national les bombes nucléaires B61 et de ne pas y installer, à partir de la première moitié de 2020, les B61-12 encore plus dangereuses.
Ayant sur son territoire des armes nucléaires et des installations stratégiques des Américains – en Sicile, la station satellitaire du MUOS (Mobile User Objective System) [système devant relier toutes les unités combattantes des USA et de l’OTAN saisi par l’Italie, ndt.] et la JTAGS (Joint Tactical Ground Station) [station de réception et transmission satellitaire du «bouclier antimissile», ndt.] – l’Italie est exposée à des dangers croissants en tant que base avancée des forces nucléaires américaines et de ce fait comme cible des forces russes. Un missile balistique nucléaire à portée intermédiaire met 6 à 11 minutes pour atteindre son objectif. Un bel exemple de défense de notre souveraineté, inscrite dans la Constitution, et de notre sécurité que le Gouvernement garantit en fermant la porte aux migrants, mais en l’ouvrant largement aux armes nucléaires américaines.

 

* Manlio Dinucci est géographe et géo-politologue. Ses derniers ouvrages publiés sont Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990–2016, Zambon 2016; Guerra nucleare. Il giorno prima. Da Hiroshima a oggi: chi e come ci porta alla catastrofe, Zambon 2017; Diario di guerra. Escalation verso la catastrofe (2016–2018), Asterios Editores 2018.

Source: Réseau Voltaire du 2/2/19

Ancien expert de l’ONU : les sanctions nord-américaines au Venezuela sont largement responsables de la crise, peut-être un « crime contre l’humanité »

par Whitney Webb

1er février 2019

Source : https://www.investigaction.net/fr/ancien-expert-de-lonu-les-sanctions-nord-americaines-au-venezuela-sont-largement-responsables-de-la-crise-peut-etre-un-crime-contre-lhumanite/

Source originaire : https://www.mintpressnews.com/former-un-expert-us-sanctions-venezuela-largely-responsible-crisis-possible-crime-humanity/254334/

 

« Ce qui est en jeu, ce sont les énormes, énormes ressources naturelles du Venezuela. Et j’ai l’impression que si le Venezuela n’avait pas de ressources naturelles tout le monde se ficherait de Chavez ou de Maduro ou de qui que ce soit là-bas. » – Alfred de Zayas, ancien fonctionnaire des Nations unies.

Londres — Dans une interview approfondie accordée au journal britannique The Independent publié dimanche, l’ancien rapporteur spécial des Nations unies Alfred de Zayas a affirmé que les sanctions dévastatrices imposées au Venezuela par les États-Unis depuis plusieurs années sont illégales et constituent une « guerre économique » contre la République bolivarienne. De Zayas a également affirmé que ces sanctions nord-américaines pourraient constituer des « crimes contre l’humanité » selon le droit international, qu’elles portent une grande partie de la responsabilité pour la crise économique actuelle au Venezuela et ont provoqué des morts inutiles dans la population.

De Zayas, qui a terminé son mandat à l’ONU il y a moins d’une année, a critiqué le régime des sanctions étasuniennes – qui a commencé sérieusement en 2015, lorsque l’ancien président Barack Obama a déclaré sans preuve que le Venezuela était une « menace pour la sécurité nationale ». Depuis lors, le président Donald Trump a intensifié les sanctions et a aussi ouvertement envisagé une intervention militaire dans ce pays qui dispose des plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde.

Ce n’est pas la première fois que de Zayas s’exprime sur les conséquences dangereuses des sanctions nord-américaines. En septembre dernier, il a présenté au Conseil des droits de l’homme des Nations unies un rapport explosif qu’il avait contribué à rédiger, démontrant que la « guerre économique » et en particulier les sanctions pratiquées par les États-Unis et leurs alliés ont considérablement aggravé la crise économique au Venezuela. Les États-Unis s’étaient retirés du Conseil des droits de l’homme quelques mois avant le publication du rapport de Zelaya, invoquant le prétendu parti pris de cet organisme contre Israël.

Bien que de Zayas ait aussi reproché au gouvernement vénézuélien, dirigé par le président Nicolás Maduro, sa trop grande dépendance au pétrole, sa mauvaise gouvernance et la corruption, son rapport appelait la Cour pénale international à enquêter sur les sanctions économiques imposées par les États-Unis au Venezuela comme un éventuel crime contre l’humanité conformément à l’article 7 du Statut de Rome.

Dans son rapport, dont de Zayas affirme qu’il a été largement ignoré par les Nations unies depuis sa publication, l’ancien rapporteur écrivait :

« Les sanctions économiques et les blocus actuels sont comparables aux sièges des villes au Moyen Âge. […] Les sanctions du XXIe siècle tentent de mettre à genoux non pas une seule ville, mais des pays souverains. »

De Zayas poursuit en disant à The Independent que « les sanctions tuent » et analyse la manière dont ces mesures frappent de manière disproportionnée les plus pauvres de la société et provoquent souvent des morts en raison des pénuries de nourriture, de médicaments et d’autres biens de première nécessité qui en résultent.  Il dit aussi à The Independent que ces tactiques visant les civils les plus vulnérables d’un pays avaient pour but d’imposer le chaos économique et un changement de régime au Venezuela.

 

Contester le récit pour qu’il soit ensuite ignoré

 

Dans son interview, de Zayas a expliqué pourquoi il estimait que l’ONU et une grande partie de la communauté internationale avaient ignoré ses conclusions bien qu’il ait été le premier officiel de l’ONU à se rendre dans le pays et à en rendre compte depuis 21 ans :

« Lorsque j’arrive et dis que l’émigration [des Vénézuéliens dans d’autres pays] est attribuable en partie aux sanctions, les gens n’aiment pas l’entendre. Ils veulent seulement le récit simple que le socialisme échoue et qu’il a échoué pour le peuple vénézuélien. »

En effet, le dernier rapport de de Zaya et sa récente interview sont en contradiction avec les récits communément promus par de nombreux organes de presse et même quelques ONG éminentes, qui imputent entièrement la crise économique du pays au gouvernement de Maduro.

De Zayas, qui était également l’ancien expert indépendant de l’ONU pour la Promotion d’un ordre international démocratique et équitable, ajoute :

« Lorsque je suis revenu [l’ONU et les médias] n’étaient pas intéressés. Parce que je ne chante pas la chanson que je suis censé chanter, donc je n’existe pas… Et mon rapport, comme je l’ai dit, a été formellement présenté, mais il n’a fait l’objet d’aucun débat. Il a été classé. »

Il raconte aussi à The Independent qu’il avait reçu un accueil froid de la part de hauts responsables de l’ONU, y compris de celui qui était alors Haut commissaire aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, parce qu’ils « s’intéressent uniquement à un rapporteur qui va… faire de la démagogie, condamner le gouvernement et demander un changement de régime. Et j’y suis allé pour écouter. Je suis allé là-bas pour découvrir ce qui se passe vraiment. »

Finalement, de Zayas — un citoyen américain d’origine cubaine — a estimé que les méthodes étasuniennes de « persuasion » étaient grandement responsables de la décision des hauts responsables de l’ONU d’ignorer ce rapport. L’ancien expert a relevé :

« J’ai vu ce qui s’est passé au Conseil des droits de l’homme, comment les États-Unis tordent les bras et convainquent des pays de voter comme ils veulent qu’ils votent, sinon il y aura des conséquences économiques, et ces choses ne sont pas répercutées dans la presse. »

Cependant, certains incidents en ce sens ont été couverts par la presse ces dernières années.

 

« Tout le monde s’en ficherait »

 

De Zayas l’a exprimé clairement lorsque la discussion a porté sur les véritables motifs des États-Unis pour mener une « guerre économique » et la décision, la semaine dernière, de l’administration Trump de reconnaître Juan Guaidó, le politicien non élu de 35 ans, membre du parti Volonté populaire, lié à la CIA et financé par les États-Unis, comme le président par intérim « légitime » du Venezuela :

« Ce qui est en jeu, ce sont les énormes, énormes ressources naturelles du Venezuela. Et je crois que si le Venezuela n’avait pas de ressources naturelles, tout le monde se ficherait de Chavez ou de Maduro ou de qui que ce soit là-bas… Si vous écrasez ce gouvernement et mettez en place un gouvernement néolibéral qui va tout privatiser et vendre, beaucoup d’entreprises multinationales engrangeront d’immenses profits, et les États-Unis sont dirigés par les multinationales. »

Puis de Zayas ajoute :

« Les affaires des États-Unis sont les affaires. C’est ce qui intéresse les États-Unis. Et [actuellement] ils ne peuvent pas faire des affaires avec le Venezuela. »

Compte tenu de son point de vue nuancé sur la crise au Venezuela, il semble que les récentes remarques de de Zayas – tout comme son précédent rapport sur le pays – seront ignorées par les Nations unies et la presse internationale parce qu’elles remettent en question le « récit simple » qui non seulement fabrique le consentement à un changement de régime soutenu par les États-Unis au Venezuela, mais décharge également ceux-ci de leur responsabilité dans la crise actuelle qui frappe le pays.

 

Whitney Webb est membre de la rédaction de MintPress News et collabore à Truth in Media de Ben Swann. Ses articles ont été publiés dans Global Research, le Ron Paul Institute et 21st Century Wire, entre autres. Elle a également fait des apparitions dans des émissions de radio et de télévision sur RT et Sputnik. Elle vit actuellement avec sa famille dans le sud du Chili.   

Venezuela : le coup d’Etat comme partie d’un projet plus vaste… …une intervention militaire est susceptible d’échouer

par Moon of Alabama  

31 janvier 2019

Source : http://lesakerfrancophone.fr/jjvenezuela-le-coup-detat-comme-partie-dun-projet-plus-vaste

Source originaire :

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

 

L’administration Trump a lancé un vaste projet politique visant à réorganiser plusieurs États d’Amérique latine. Les titres du Wall Street Journal :

Les États-Unis poussent à la faillite le Venezuela de Maduro. Un premier pas dans un plan visant à remodeler l’Amérique latine

L’objectif plus large de l’administration Trump est d’obtenir un effet de levier sur Cuba et de freiner les récentes avancées de la Russie, de l’Iran et de la Chine dans la région.

Le plan comprend un changement de régime au Venezuela, au Nicaragua et finalement à Cuba. L’élimination de tout intérêt russe ou chinois est un autre point. C’est un projet pluriannuel bénéficiant d’un soutien bipartite. Cela nécessitera probablement la force militaire.

Les Les cibles : Raúl Castro à Cuba, Daniel Ortega au Nicaragua, Nicolás Maduro au Venezuela.

Le projet semble faire écho au plan du “Nouveau Moyen-Orient” de la secrétaire d’État Condeleeza Rice lancé en 2006. Il a largement échoué en raison de l’incompétence des États-Unis, mais a laissé des États gravement endommagés.

Le fait que les États-Unis s’adonnent à un plan aussi vaste dans l’hémisphère occidental pourrait expliquer pourquoi Trump insiste pour mettre fin aux autres projets militaires au Moyen-Orient et en Afghanistan.

Le coup d’envoi du nouveau plan, la tentative de coup d’État menée par le gouvernement américain au Venezuela, est déjà en difficulté. La marionnette américaine sélectionnée, Juan Guaidó, avait appelé à une manifestation de soutien à son coup d’État censée avoir lieu hier. Mais même le New York Times, qui soutient toutes les opérations de changement de régime entreprises par les États-Unis en Amérique latine, n’a trouvé que peu de preuves d’un soutien :

M. Guaidó a également pris part à des manifestations mercredi à l’Université centrale du Venezuela à Caracas, où il a été submergé par des reporters internationaux. Vêtu d’une blouse blanche, il a lié ses bras à ceux des étudiants en médecine et les a conduits sur une route, avant de filer à toute vitesse sur le dos d’une moto.
La manifestation faisait partie d’une poignée d’autres dans la ville mercredi, mais à une échelle inférieure à celle de certaines manifestations récentes. Certains travailleurs ont quitté leur travail pendant des heures pour protester contre M. Maduro et son gouvernement, se rassemblant dans les carrefours de la capitale.

Des vidéos du Venezuela ont montré une centaine de personnes dans les quartiers les plus aisés de Caracas. Pendant ce temps, les images de plusieurs manifestations pro-Maduro dans différentes villes ont montré une foule beaucoup plus grande. De nouvelles manifestations auront lieu samedi et devraient donner des résultats similaires.

Le Washington Post affirme que des manifestations antigouvernementales ont eu lieu dans deux des zones les plus démunies de Caracas. Mais le rapport se contredit. Il commence :

Alors que la campagne de l’opposition visant à renverser le président Nicolás Maduro s’intensifiait de façon spectaculaire, les rues du bidonville de Puerta Caracas, qui ressemblaient à un labyrinthe, regorgeaient de manifestants anti-gouvernementaux tapant sur des casseroles. Un centre culturel dirigé par des loyalistes à Maduro a été incendié. Les habitants affamés et battus ont ressenti un élan d’espoir.
Puis la nuit est tombée, amenant les bottes des forces gouvernementales.
Maduro a qualifié les pyromanes de «criminels fascistes» et les habitants de l’enclave de Caracas, dans l’ouest du pays, en ont payé le prix. Selon des habitants, des forces spéciales masquées ont envahi le quartier la semaine dernière, enfonçant les portes, rassemblant les jeunes et imposant un couvre-feu efficace.

Dans le même article, vingt paragraphes de propagande plus tard, nous apprenons que l’incendie criminel du centre culturel a eu lieu avant la tentative de coup d’État et n’a probablement rien à voir avec lui :

Les soulèvements ont commencé dans la nuit du 22 janvier. Les habitants de Puerta Caracas se sont mis à taper sur des casseroles et à incendier des bennes à ordures. Selon les voisins, vers minuit, un groupe de garçons cagoulés a lancé des cocktails Molotov sur le centre culturel.
Tôt mercredi, des membres de la famille ont déclaré qu’Abel Pernia, âgé de 19 ans, se rendait à un rendez-vous chez le médecin lorsque des agents armés de la police des renseignements l’ont attrapé, l’ont poussé contre un mur et l’ont menotté.

… [plus] des manifestations ont éclaté à Petare mercredi dernier et se sont poursuivies jusqu’à l’aube. Un groupe a incendié des barricades, jeté des pierres et attaqué un avant-poste de la Garde nationale. Les forces de sécurité les ont repoussés avec des gaz lacrymogènes alors que les habitants scandaient : “Nous ne voulons pas de boîtes de nourriture ! Nous voulons que Nicolas parte !”

Les voisins ont déclaré que des gangs criminels faisaient partie de la foule et ont semé le trouble en affrontant violemment la police. La réponse a été immédiate.

La tentative de coup d’État a été lancée le 23 janvier. L’incident criminel a eu lieu le 22 janvier. Le lendemain, la police est arrivée et a arrêté les personnes impliquées. D’autres émeutes de gangs ont suivi.

Toute l’histoire n’a rien à voir avec la tentative de coup d’État ni avec les manifestations générales contre Maduro. Il s’agit de crimes de gangs dans certains bidonvilles. Les affrontements entre gangs ont longtemps été un problème à Caracas. Une force de police spéciale, la FAES, a été mise en place en 2017 pour la contrôler.

Le fait que le Washington Post doive utiliser un incident indépendant pour proclamer que les pauvres appuient la tentative de coup d’État montre le peu de preuves réelles dont il dispose pour soutenir cette affirmation de propagande.

Le public vénézuélien n’appuie évidemment pas un coup d’État fomenté par des étrangers. Un récent sondage montre que plus de 80% de la population est contre les sanctions et autres interventions internationales visant à destituer le président Maduro. 80% soutiennent également les pourparlers entre le gouvernement et l’opposition que Maduro a proposés à plusieurs reprises mais que les comploteurs du coup d’État rejettent.

Il est très peu probable que la désobéissance civile ou une manifestation puisse éliminer le gouvernement du Venezuela. L’opposition n’a tout simplement pas assez de monde pour créer plus que des inconvénients.

Ce n’est pas non plus le plan.

Il est évident que les États-Unis veulent un conflit violent. Soit l’armée vénézuélienne devra lancer un coup d’État, soit la violence devra venir de l’extérieur.

L’armée a pour le moment déclaré qu’elle ne voulait rien faire contre le gouvernement. D’autres mesures devront être prises. Le fait que l’administration Trump ait choisi Elliott Abrams, “secrétaire adjoint des guerres sales” de Ronald Reagan, comme envoyé spécial à ses marionnettes est éloquent :

Le choix d’Abrams envoie un message clair au Venezuela et au monde : le gouvernement Trump entend brutaliser le Venezuela tout en produisant une rhétorique onctueuse sur l’amour des États-Unis pour la démocratie et les droits de l’homme. Combiner ces deux facteurs – la brutalité et l’onctuosité – est la compétence essentielle d’Abrams.

Un éditorial du type sélectionné par les États-Unis pour remplacer Maduro, créé par la machine américaine de changement de régime, a été publié dans le New York Times d’aujourd’hui :

Juan Guaidó : Vénézuéliens, la force est dans l’unité
Pour mettre fin au régime Maduro avec le minimum d’effusion de sang, nous avons besoin de l’appui des gouvernements démocratiques, des institutions et des citoyens du monde entier.

Remarquez le “minimum d’effusion de sang” ? On se demande combien de centaines de milliers de morts cela représente.

Guaido explique le fondement juridique trouble de ses prétentions à la présidence :

Je voudrais être clair sur la situation au Venezuela : la réélection de M. Maduro le 20 mai 2018 était illégitime, comme l’a reconnu depuis lors une grande partie de la communauté internationale. Son mandat initial de six ans devait prendre fin le 10 janvier. En restant en poste, Nicolás Maduro usurpait la présidence.
Mon ascension en tant que président par intérim est fondée sur l’article 233 de la Constitution vénézuélienne, selon lequel, si au début d’un nouveau mandat, il n’y a pas de chef de l’État élu, le président de l’Assemblée nationale est investi du pouvoir jusqu’à des élections libres et transparentes. C’est pourquoi le serment que j’ai prêté le 23 janvier ne peut être considéré comme une «auto-proclamation». Ce n’est pas de mon propre chef que j’ai assumé la fonction de président ce jour-là, mais dans le respect de la Constitution.

Les élections anticipées de mai 2018 ont eu lieu à la demande des partis de l’opposition, que certains, exhortés par les États-Unis, ont refusé. Aucune preuve de fraude ne permet de douter des résultats. Maduro l’a remporté parmi plusieurs candidats avec plus de 60% des voix. On pourrait soutenir qu’il a plus de légitimité que certains autres élus.

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Ne pas aimer le résultat n’est pas une raison pour déclarer une élection illégitime.

Si le premier mandat de Maduro a pris fin le 10 janvier, pourquoi Guaido a-t-il attendu, à la tête de l’Assemblée nationale, treize jours pour constater que le second mandat de Maduro était «illégitime» ? De plus, si l’article 233 est utilisé comme justification pour usurper temporairement la présidence, Guaido doit tenir de nouvelles élections dans les 30 jours. Jusqu’à présent, il ne les a même pas appelées. Son raisonnement n’est pas convaincant du tout.

Guaido ajoute qu’il a besoin du soutien de l’armée. Mais cela ne semble pas signifier qu’il l’a :

La transition nécessitera l’appui des principaux contingents militaires. Nous avons eu des réunions clandestines avec des membres des forces armées et des forces de sécurité. Nous avons offert l’amnistie à tous ceux qui sont déclarés non coupables de crimes contre l’humanité. Le retrait de l’appui à Maduro par les forces militaires est crucial pour permettre un changement de gouvernement, et la majorité de ceux qui sont en service conviennent que les difficultés rencontrées récemment par le pays sont insoutenables.

Comme le Washington Post ci-dessus, il affirme en outre que la violence des gangs avant la tentative de coup d’État montre que Maduro a perdu tout soutien :

Maduro n’a plus le soutien de la population. La semaine dernière, à Caracas, des habitants des quartiers les plus pauvres, qui étaient auparavant des fiefs chavistes, sont descendus dans la rue pour des manifestations sans précédent. Ils ont recommencé le 23 janvier en sachant qu’ils pourraient être brutalement réprimés et ils continuent d’assister aux assemblées publiques.

Guaido termine en appelant à un soutien extérieur pour son entreprise.

Il a besoin de milliards de dollars pour constituer une armée de mercenaires qui l’aidera à renverser le gouvernement.

Les États-Unis ont saisi des avoirs vénézuéliens mais auront du mal à les remettre à Guaido. Le principal actif est CITGO, qui possède des raffineries et des stations-service aux États-Unis. Mais CITGO est profondément endetté. Ses raffineries dépendent du pétrole lourd en provenance du Venezuela. Il risque de faire faillite, et dans ce cas les créanciers le prendront en charge. Au moins 49,5% iront à la société russe Rosneft. Le processus juridique prendra des années.

Alors, combien d’argent américain Trump est-il prêt à investir dans son plan ?

Le Venezuela aura du mal à se défendre contre une attaque militaire étrangère. Le gouvernement de Maduro n’est pas le plus compétent, l’armée est assez corrompue et l’argent est rare. La Chine et la Russie peuvent le soutenir avec quelques prêts supplémentaires, mais il est peu probable qu’ils viennent à son aide. Cuba et le Nicaragua sont peut-être disposés à envoyer des troupes mais n’ont pas grand chose à offrir.

Mais le mouvement bolivarien au Venezuela compte des millions de partisans. La plupart sont des pauvres qui perdraient tout sous un nouveau gouvernement de droite. Même si l’armée vénézuélienne est peut-être corrompue et peu disposée à se battre, de nombreuses personnes prendront certainement les armes pour défendre les acquis de Maduro et de Chavez.

Il pourrait être relativement facile d’envahir le Venezuela et de vaincre ses forces militaires régulières. Mais l’occupation qui suivrait sera une entreprise très difficile. Le Pentagone a vu comment cela fonctionnait en Irak. Cela mettra probablement en garde contre l’utilisation de troupes américaines au Venezuela. De même, d’autres pays veilleront à ne pas tomber dans un tel pétrin.

La CIA et les conspirateurs peuvent engager des milliers de voyous coupeurs de gorge pour causer des dommages extrêmes au Venezuela. Mais ils ont peu de chance de gagner plus qu’un pays complètement détruit.

Cela pourrait-il être le but réel ? Le projet pour la nouvelle Amérique latine est-il sa destruction complète, comme au Moyen-Orient ?

 

 

 

 

 

 

 

Syrie : La très sage décision de Donald Trump…


Richard Labévière
24 décembre 2018

Source : Proche&Moyen-Orient.ch

Il l’avait promis, il l’a fait : Donald Trump ramène la troupe à la maison, soit les quelques deux mille soldats des forces spéciales engagées en Syrie et la moitié du contingent d’Afghanistan, environ 7000 hommes. Ce faisant, le président américain confirme ses deux obsessions récurrentes : se faire réélire pour un prochain mandat en respectant à la lettre la liste de ses promesses électorales et faire tout le contraire de ce qu’a essayé de réaliser son prédécesseur Barack Obama. 

Sur le dossier syrien, la précédente administration démocrate visait clairement deux objectifs : renverser et changer le régime de Damas en supprimant Bachar al-Assad comme ce fut fait de Saddam Hussein et de Mouammar Kadhafi, tout en démolissant l’Etat-nation syrien comme ce fut fait de ceux d’Irak et de Libye. Sur ces deux points le bilan s’avère proprement désastreux – d’autant qu’en matière militaire – l’administration Obama s’est particulièrement illustrée par une augmentation exponentielle des attaques de drones, des opérations clandestines, des enlèvements et des assassinats ciblés. 

En prenant ainsi la décision d’un retrait « sec » de Syrie, le nouveau président américain interrompt brusquement la séquence d’un échec pourtant annoncé et ne faisant que s’aggraver au fil des semaines. Certes comme à son habitude, il n’y met pas les formes et prend de vitesse l’ensemble de ses partenaires étrangers et américains, n’hésitant pas à provoquer la démission de son ministre de la défense. Comme à son habitude aussi, c’est d’abord l’homme d’affaires qui réagit : Donald Trump ne veut plus continuer à investir dans des opérations de plus en plus coûteuses ne rapportant rien, si ce n’est la mort des « boys » et le retour de leurs cercueils au pays. En Syrie, la Russie, l’Iran et la Turquie ont remporté la partie. En Afghanistan, les Talibans ont repris le contrôle de 70% du pays. 

Par conséquent, à quoi servirait-il de continuer à engouffrer des milliards de dollars dans des affaires qui tournent au désastre depuis plusieurs années. Dans cette perspective purement comptable, la décision de Donald Trump est logique et conforme à son programme, sinon à son idéologie politique : l’argent d’abord pour me faire réélire ! 

Dialectiquement, la décision de Donald Trump fait aussi tomber nombre de malentendus et de contresens qui depuis mars 2011 empêchent une bonne compréhension de la guerre civilo-globale de Syrie. En dernière instance, le retrait militaire américain de Syrie pourrait s’avérer très positif en permettant d’accélérer la sortie de crise afin de lancer la reconstruction économique et politique du pays. Enfin, pour mieux apprécier la décision de la Maison Blanche, il s’agit d’abord de rappeler l’historique d’une ingérence américaine en Syrie qui a commencé bien avant le lancement officiel de la Coalition anti-terroriste d’août 2014…

L’INGERENCE AMERICAIN DATE DE 2011

L’engagement militaire américain en Syrie n’a pas attendu la proclamation du Califat par l’organisation « Etat islamique »/Dae’ch le 29 juin 2014. En fait, Washington préparait depuis longtemps des alternatives aux dictatures militaires arabes de moins en moins fréquentables. Dans le contexte des mal nommées «  révolutions arabes » , en Tunisie, en Egypte, en Libye, comme en Syrie la solution était déjà sur la table de la Maison blanche : favoriser l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en les aidant à constituer des pouvoirs exécutifs alternatifs. Ainsi, avant les troubles de Deraa en mars 2011, les services spéciaux américains sont déjà à pied d’œuvre au Liban, en Jordanie et en Turquie pour appuyer des ONGs et les startupers d’une contestation qui va s’organiser à partir des « réseaux numériques » dits « sociaux ». 

Dès les premières manifestations populaires de Deraa, des officines américaines et britanniques vont introduire quantités de fusils M-16 dans le pays, avec l’aide des Frères musulmans jordaniens et des tribus sunnites dont les nombreux trafics se jouent des postes frontières de la région. Durant les premières protestations – qui dès le début n’ont pas été pacifiques comme continuent à le prétendre les médias occidentaux absents du terrain -, des snipers cagoulés ont systématiquement pris pour cible les forces de l’ordre depuis les toits en terrasse des quartiers jouxtant les bâtiments officiels du gouvernorat de Deraa. Selon un rapport confidentiel du BND allemand, dès les premiers jours du « printemps syrien », plusieurs dizaines de « contractors » américains et britanniques sont à l’œuvre non seulement à Deraa, mais aussi dans la banlieue de Damas, ainsi que dans plusieurs localités côtières entre Tartous et Lattaquié. 

A proximité des frontières syriennes, l’installation de deux M.O.C – Military Operation Center – a commencé dès janvier 2011 : le premier se situe dans une caserne de la banlieue nord de Amman, la capitale jordanienne. Le deuxième s’est installé dans la vieille Antioche, jouxtant la ville turque d’Antakya, le départ de la Route de la soie. Les activités de ces deux structures d’états-majors illustrent la première séquence de l’engagement militaire américain en Syrie du printemps 2011 à l’été 2014, avant l’apparition de Dae’ch

A partir de ces deux plateformes interarmées se déploient trois programmes. Sous la responsabilité du Pentagone, le premier consiste à fournir différents points d’approvisionnements en armes afin d’équiper et de former des combattants susceptibles de rejoindre l’Armée syrienne libre (ASL), dont les premières unités ont vu le jour fin juillet 2011. Aux mains de la CIA, le deuxième programme consiste à recruter le plus grand nombre possible d’activistes afin de démultiplier les groupes armés locaux chargés de rejoindre l’ASL. Enfin, directement supervisé par le Secrétariat d’Etat, le troisième programme cherche à créer – avec l’aide des services spéciaux britanniques – des ONGs présentables à l’opinion publique internationale. Les fameux « Casques blancs » qui défraieront la chronique durant la bataille d’Alep en décembre 2016, sont l’une des créations du Progamm-3 !

Du printemps 2011 à l’été 2014, ces trois programmes vont engloutir plusieurs milliards de dollars sans beaucoup de résultats. Dans le sillage de l’ASL, les groupes armés dits « modérés », « laïcs » ou même « démocratiques » ont le plus grand mal à s’imposer. Ces groupes, qui parfois ne survivent que quelques jours, sont vite supplantés et absorbés par les katiba (unités) de Jabhat al-Nosra, c’est-à-dire Al-Qaïda en Syrie. Entre l’hiver 2011/2012 et l’été 2014, les analystes d’un service européen de renseignement n’en dénombrent pas moins de 400 qui se forment, se décomposent et se reconfigurent au gré d’alliances familiales, claniques, tribales et d’enjeux financiers plus ou moins clivants.

Toujours est-il que plusieurs de ces groupes, hâtivement montés sur le modèle de la sinistre UCK du Kosovo vont, la plupart du temps, tourner au fiasco comme le mort-né Front de libération de la Syrie (FLS) qui sera absorbé par Nosra quelques jours seulement après sa création. La dissidence armée en Syrie ne réussira jamais à se fédérer. Aucun de ces groupes ne va parvenir à s’implanter durablement à l’Est de l’Euphrate jusqu’à ce que la CIA conseille au Pentagone de jouer la carte… kurde. 

L’ALIBI DE LA LUTTE ANTI-TERRORISTE

La prise de Mossoul – deuxième ville d’Irak – et la proclamation du Califat par Dae’ch fin juin 2014 ouvre la deuxième séquence de l’engagement militaire américain en Syrie. L’alibi de la lutte anti-terroriste va permettre à Washington de poursuivre son objectif initial : le renversement du gouvernement de Damas et le démantèlement de la Syrie.

Tétanisé par l’émergence d’un « arc chi’ite », le petit roi Abdallah de Jordanie va vendre aux Américains la formation d’une « Fédération des tribus arabes ». Cette nouvelle initiative qui aura coûté plusieurs centaines de millions de dollars va, elle-aussi, très vite se transformer en échec cuisant, les supplétifs de cette fédération fantôme rejoignant avec armes et bagages leurs tribus d’origine. 

Dès 2011, l’objectif était non seulement de renverser le « régime de Damas » et son « sanglant dictateur » Bachar al-Assad – pour reprendre la rhétorique de la presse occidentale – mais aussi d’endiguer le déploiement de l’Iran en Syrie et celui de son allié historique le Hezbollah libanais. Ce dernier, qui s’est officiellement engagé en Syrie à partir de juillet 2013, a empêché les jihadistes de Nosra de s’emparer du port de Tripoli (nord du Liban), de s’implanter durablement dans la Bekaa, notamment dans la localité d’Ersal, ainsi que dans le sud du pays.

Peu de temps après la proclamation du Califat, Dae’ch attaque une école militaire en Jordanie : plusieurs conseillers américains sont tués. Pour s’assurer le contrôle du triangle syro-jordano-irakien, les forces spéciales américaines installent une base interarmées à Tanaf. Il s’agit principalement de couper la route aux Iraniens dans le désert d’Al-Ambar qui surplombe la frontière syro-jordanienne. A partir des infrastructures de Tanaf est créée la « Nouvelle armée syrienne » sous les ordres de Mohammad Talaa. Nouveau fiasco, cette force est décimée par Dae’ch aux abords de l’aéroport d’Al Hamadan durant l’été 2015. 

A partir de Tanaf, la CIA et ses groupes supplétifs vont faire mouvement pour empêcher la libération de Boukmal par l’armée syrienne après celle de Palmyre. Les forces américaines permettent alors à Dae’ch de s’installer près de Tanaf et bombardent une colonne irakienne qui cherche à opérer sa jonction avec l’armée gouvernementale syrienne. Après plusieurs années d’âpres combats, les forces loyales de Damas font finalement la jonction tant attendue avec leurs homologues irakiennes et investissent Tanaf en décembre 2017, ouvrant ainsi la route Bagdad-Damas. 

Au sud de l’Euphrate, les Américains ont empêché les Russes de traverser le fleuve, permettant ainsi à Dae’ch de développer un sanctuaire dans la poche d’Hajin depuis décembre 2017. « L’ordre de protéger cette poche a été prise au plus haut niveau du Pentagone », explique un officier européen de renseignement en poste à Amman. Finalement, ce n’est qu’un an plus tard – le 17 décembre 2018 – que les combattant kurdes investissent Hajin mettant en fuite plusieurs milliers de jihadistes de Dae’ch.

La deuxième séquence de l’engagement américain en Syrie est dominée par un choix stratégique clair : appuyer les groupes kurdes engagés dans la lutte contre Daec’h et contre l’armée gouvernementale syrienne. Il s’agissait aussi d’occuper durablement les régions pétrolières et gazières du Nord-Est de la Syrie et d’empêcher la formation du fameux couloir chi’ite Bagdad-Damas-Téhéran tant redouté par le roi de Jordanie. 

La majorité des Arabes chassés par les Kurdes vont se réfugier en Turquie au nord de Raqqa. La ville de Tal-Abyad (la colline blanche) a été « purifiée » ethniquement – dékurdifiée – ouvrant ainsi un couloir destiné à séparer les deux grandes agglomérations kurdes de Kobané et Hassaké. Depuis un an et demi, les services spéciaux turcs organisent une force de 4000 hommes – Le Bouclier de Raqqa – chargée de la reconquête. C’est principalement pour contrer cette initiative que les forces spéciales américaines vont équiper plusieurs points d’appuis aériens afin d’épauler le dispositif kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS), majoritairement composées de combattants kurdes.

TRUMP A TIRE LES LECONS DE LA LIBERATION D’ALEP

Depuis plusieurs années aussi, l’armée turque prépare la bataille d’Afrine1 et de Manbij (autre ville verrou) aux mains des milices pro-kurdes dont plus d’un tiers de combattants du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). Ankara craint, plus que tout, la création d’une entité autonome kurde sur ses marches sud. Pour Recep Erdogan, il s’agit de briser coûte que coûte une possible jonction entre les milices YPG et celles de la maison mère du PKK susceptible de fournir la profondeur stratégique nécessaire aux Kurdes de Turquie. 

C’est principalement pour évoquer cette question que Donald Trump et son homologue turc Recep Erdogan ont eu une très longue conversation téléphonique le 17 décembre dernier. 

Plus précisément, Recep Erdogan menace depuis plusieurs semaines d’envahir et d’occuper une bande d’au moins 15 kilomètres de profondeur dans le nord-est de la Syrie. L’armée turque a placé des armes lourdes le long des zones frontalières adjacentes. Quelque 15 000 « rebelles » étrangers et syriens, payés par la Turquie, sont censés être à l’avant-garde de cette invasion. Au cours du mois dernier, ils ont été transférés d’Idlib et d’autres zones contrôlées par la Turquie au nord-ouest de la Syrie vers le côté turc de la frontière orientale. De plus, le président turc aurait aussi menacé de finaliser l’acquisition de systèmes anti-aériens russes S-400, ce qui serait une première pour l’un des principaux membres de l’OTAN. En définitive Ankara aurait finalement opté pour l’achat des systèmes avancés de défense antimissile Patriot!

Toujours est-il qu’après le départ américain, il y aura une course pour occuper le vide – même si la Turquie risque de s’en tenir à son plan d’invasion. Le gouvernement syrien doit maintenant se dépêcher de reprendre le barrage de Raqqa, les riches terres agricoles au nord de l’Euphrate et, surtout, le champ pétrolier et gazier près de la frontière irakienne, qui sont nécessaires pour financer la reconstruction à venir.

Dans ce contexte et compte-tenu de l’échec patent des deux séquences successives de l’ingérence militaire américaine en Syrie, « Donald Trump aurait surtout raccroché les gants pour ne pas être tenu responsable d’une possible sortie turque de l’OTAN, hypothèse parfaitement apocalyptique pour l’Alliance occidentale », explique un officier général européen en poste à Bruxelles-OTAN ; « en fait, la question du retrait américain se pose depuis la libération d’Alep en décembre 2016. Washington a compris que la partie était perdue et qu’il fallait limiter la casse en retenant la Turquie, par la peau du cou et de toutes les manières possibles ». Evidemment, les Israéliens sont furieux, craignant de voir les Iraniens et le Hezbollah libanais s’installer durablement sur leur frontière nord. D’ores et déjà, Donald Trump aurait promis à Tel-Aviv de nouvelles livraisons d’armes en expliquant que le véritable endiguement de l’Iran se jouait désormais en Irak. 

NOUVELLE CARABISTOUILLE FRANCAISE

Comme toujours dès qu’il est question de la Syrie, la réaction française est d’une confondante absurdité. Les deux principaux responsables politiques des zones sous contrôle kurde en Syrie – les deux co-présidents du Conseil démocratique Syrien Ilham Ahmed et Riad Darar – ont été immédiatement reçus à Paris. L’Elysée a confirmé cette visite, des sources militaires autorisées laissant entendre que Paris s’engagerait à de nouvelles livraisons d’armes et à maintenir plusieurs centaines de membres des forces spéciales aux côtés des factions kurdes.

Les communicants de l’Elysée et du Quai d’Orsay ont aussitôt lancé une campagne médiatique visant à expliquer que la France poursuivrait son engagement militaire au nom de la lutte contre le terrorisme et – bien-sûr – de la défense des droits de l’homme. La ministre de la Défense Florence Parly a eu bien du mal à légitimer une opération que des militaires français de haut rang considèrent comme vouée à l’échec, d’autant qu’Emmanuel Macron avait annoncé la défaite de Dae’ch dès le lendemain de son élection. 

« Soyons sérieux », avertissent plusieurs officiers supérieurs français, « quels sont les intérêts de la France dans cette affaire extrêmement budgétivore ? Avons-nous intérêt à nous maintenir dans un dispositif dont l’échec est d’ores et déjà inscrit dans la réalité des rapports de force sur le terrain ? Comme les Américains, nous ferions mieux de diminuer aussi le format de nos opérations extérieurs afin de nous concentrer sur nos besoins de défense les plus essentiels comme – par exemple – la mise en chantier de deux porte-avions nucléaires pour remplacer le Charles-de-Gaulle qui arrivera en fin de mission en 2038 ».

Plusieurs diplomates français expriment aussi leur incompréhension : « une fois de plus, nous allons travailler d’abord pour les intérêts d’Israël qui nous crachera dessus à la première occasion… » Et dès qu’il est question des priorités de Tel-Aviv, Bernard Kouchner ressurgit de son outre-tombe affairiste pour nous rejouer (notamment sur Europe-1 et dans le dernier JDD) la scène de « la honte » et de la trahison des Kurdes au nom des droits de l’homme et de sa fameuse ingérence humanoïde dont on connaît maintenant les vraies motivations néo-coloniales.

En définitive, que Washington trahisse de nouveau les Kurdes correspond à une vieille tradition récurrente depuis les traités de 1920 ayant présidé au démantèlement de l’empire ottoman. A l’issue de la Première guerre mondiale, l’ensemble des puissances occidentales avaient promis aux Kurdes la création à venir d’un Etat souverain… qui n’est jamais venu. Mais, de crainte que cette malédiction se répéte, les Kurdes auraient mieux fait de poursuivre les négociations qu’ils avaient ouvertes en 2013 avec Damas pour négocier un statut d’autonomie interne au sein de la République arabe syrienne.


1 Afrine et sa région, comprenant 360 villes et villages dans le nord-ouest du gouvernorat d’Alep, est contrôlée depuis le 11 juillet 2012 par le PYD et sa branche armée, les YPG. La population de la région est en très grande majorité kurde, mais elle comprend aussi des Arabes, des Assyriens, des Turkmènes et 20 000 réfugiés yézidis rescapés des massacres de Sinjar. Depuis janvier 2018, entre 500 000 et un million de personnes y vivent, dont des milliers de réfugiés. 

Libye : 90% des Libyens sont d’accord pour que Saïf Al-Islam Kadhafi soit élu président

18 décembre, 2018

par Sadek Sahraoui

Source : https://www.algeriepatriotique.com/2018/12/18/libye-90-des-libyens-sont-daccord-pour-que-saif-al-islam-kadhafi-soit-elu-president/

 

L’institut Mandela Libya, présidé par Paul Kananura, a publié samedi 15 décembre les résultats d’un sondage de dix jours sur le futur occupant du poste de président en Libye.

Les résultats, selon la presse russe qui rapporte l’information, ont révélé que 90% des personnes interrogées ont choisi de soutenir Saïf Al-Islam Kadhafi en tant que président. Ils disent lui faire confiance pour reconstruire l’Etat et conduire la Libye vers le développement et la modernité.

La question posée dans le sondage de l’institut Mandela Libya est «Soutenez-vous l’ingénieur Saïf Al-Islam Kadhafi en tant que président afin de reconstruire l’Etat et achever les projets pour la Libye demain ?».

Selon les résultats publiés par le mouvement sur son site officiel, 71 065 personnes ont participé au sondage, 91,64% ont voté pour Saïf Al-Islam, tandis que 8,3% ont voté «non».

Il est à rappeler que dans une lettre adressée récemment au président russe Vladimir Poutine, Saïf Al-Islam Kadhafi a demandé l’aide de Moscou pour mettre fin à l’instabilité dont souffre la Libye depuis l’assassinat de son père par l’Otan en 2011. Il avait annoncé dans la foulée qu’il allait se présenter pour briguer la présidence de la Libye.

Se référant à un homme de son entourage, la chaîne de télévision Al-Arabiya, avait rapporté que Saïf Al-Islam Kadhafi apporte son soutien à la feuille de route internationale de règlement politique proposée par l’émissaire spécial de l’Onu pour la Libye, Ghassan Salamé.

Pour cela, Saïf Al-Islam Kadhafi appelle la Russie à l’aide et propose deux approches qui permettront de résoudre les problèmes liés à la crise.

 

La Russie et la Chine sont apparemment toutes les deux sous l’impression [euphémisme, NdT] que la guerre avec les États-Unis se prépare…

par Michael Snyder

29 octobre 2018

Source : http://lesakerfrancophone.fr/tres-mauvaises-impressions

Source originaire : https://russia-insider.com/en/russia-and-china-are-apparently-both-under-impression-war-us-coming/ri25215

Traduction en français : Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

Nous ne sommes pas arrivés à ce point du jour au lendemain, mais la grande majorité de la population américaine n’a malheureusement aucune connaissance de ces choses.
Serait-il possible que les États-Unis se dirigent vers une guerre majeure ? Si vous posez cette question à la plupart des Américains, ils vous regarderont comme si vous étiez fou. Pour la plupart des habitants de ce pays, la guerre avec la Russie ou la Chine n’est pas une source de préoccupation majeure. Mais les Russes et les Chinois voient les choses très différemment. Comme vous le verrez ci-dessous, la Russie et la Chine semblent avoir l’impression que la guerre avec les États-Unis se prépare et s’organisent rapidement face à un tel conflit.

Commençons par la Russie. Après l’avoir frappée à plusieurs reprises par des sanctions, avoir diabolisé sans relâche ses dirigeants et les avoir blâmés pour presque tous les problèmes que vous pouvez imaginer, notre relation avec la Russie est à peu près la pire de son histoire.

Et lorsque le gouvernement Trump a annoncé qu’il se retirait du traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire, cela a poussé les choses à un nouveau paroxysme. À la suite de cette annonce, le responsable russe Andrei Belousov a déclaré hardiment que « la Russie se préparait à la guerre »

Il a déclaré :

« Récemment, lors de la réunion, les États-Unis ont déclaré que la Russie se préparait à la guerre. J’ai confirmé :  ‘Oui, la Russie se prépare à la guerre, Nous nous préparons à défendre notre patrie, notre intégrité territoriale, nos principes, nos valeurs, notre peuple – nous nous préparons à une telle guerre’. »

Ici aux États-Unis, on parle très peu d’une guerre potentielle avec la Russie dans les principaux médias, mais en Russie, les choses sont très différentes. Les organes de presse russes soulignent constamment l’escalade des tensions avec les États-Unis, et le gouvernement russe alimente ce feu. Par exemple, le gouvernement russe a récemment publié une vidéo d’une simulation de frappe nucléaire contre ses ennemis

« Les sous-marins russes ont récemment lancé une simulation d’attaque nucléaire contre leurs ‘ennemis’. Le gouvernement russe a publié des images de la frappe atomique et il est à craindre que la troisième guerre mondiale n’approche à grands pas.

Le ministère russe de la Défense (MoD) a publié des vidéos choquantes montrant une gamme d’exercices de missiles nucléaires, notamment un sous-marin effectuant un simulacre de frappe atomique. Ces vidéos sont les dernières d’une escalade de jeux de guerre ordonnés par le président russe Vladimir Poutine », selon The Express UK.

Je vous laisse deviner qui est l’ennemi principal de cet exercice.

Et ce que le président russe Vladimir Poutine a récemment déclaré à la presse au sujet d’une guerre nucléaire potentielle était extrêmement terrifiant

« Si un pays décide d’attaquer la Russie avec des armes nucléaires, cela pourrait mettre fin à la vie sur Terre. Mais contrairement aux agresseurs, les Russes iront certainement au paradis », a déclaré le président Vladimir Poutine.

« Tout agresseur devrait savoir que les représailles seront inévitables et qu’il sera détruit. Et puisque nous serons les victimes de son agression, nous irons au paradis en martyrs. Ils seront tout simplement morts et n’auront même pas le temps de se repentir », a déclaré M. Poutine au cours d’une séance du Valdai Club à Sochi.

Dans des circonstances normales, Poutine ne parlerait jamais comme cela.

Mais nous ne sommes pas dans des temps normaux.

Pendant ce temps, le président chinois Xi Jinping a ordonné à son armée de se concentrer sur « les préparatifs de la guerre »

« Le président chinois Xi Jinping a ordonné à la région militaire responsable de la surveillance de la mer de Chine méridionale et de Taïwan ‘d’évaluer la situation à laquelle elle fait face et de renforcer ses capacités afin de pouvoir réagir à toute situation d’urgence’, alors que la tension monte au sujet de l’avenir de la mer de Chine méridionale et de Taïwan et que les relations diplomatiques entre Washington et Pékin ont atteint leur point le plus bas.

La Southern Theatre Command a eu à assumer une ‘lourde responsabilité militaire’ ces dernières années, a déclaré Xi, à la chaîne de télévision CCTV, au cours d’une visite d’inspection effectuée jeudi dans le cadre de sa tournée dans la province du Guangdong.

‘Il est nécessaire de renforcer la mission … et d’amplifier les préparatifs pour la guerre’, a déclaré Xi. ‘Nous devons prendre en compte toutes les situations complexes et élaborer des plans d’urgence en conséquence. Nous devons intensifier les exercices de préparation au combat, les exercices conjoints et les exercices de confrontation pour renforcer les capacités des soldats et la préparation à la guerre’, a ajouté le président à vie. »

Alors, par qui les Chinois sont-ils concernés lorsqu’ils parlent de se battre ?

Inutile de dire que les États-Unis sont en tête de liste

Le président a demandé à l’armée de renforcer l’opposition aux exercices de « liberté de navigation » entrepris par les États-Unis, l’Australie, la France, le Royaume-Uni, le Japon et d’autres sur les voies navigables vitales qui se sont développées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les tensions en mer de Chine méridionale augmentent depuis plusieurs années et le déclenchement d’une guerre commerciale avec la Chine en 2018 n’a certainement pas aidé les choses.

À ce stade, même de nombreux analystes américains peuvent voir l’écriture sur le mur. Par exemple, considérons ce que le professeur Graham Allison de Harvard a récemment déclaré à Steve LeVine…

Il a dit que, si la situation dure, les États-Unis et la Chine semblent se diriger vers la guerre. Au cours du week-end, je lui ai demandé une mise à jour – spécifiant si le danger de guerre semblait avoir augmenté. « Oui », a-t-il a répondu. La probabilité de guerre est toujours inférieure à 50%, mais « est réelle – et bien plus probable qu’on ne le reconnaît généralement. »

Bien sûr, nous n’y sommes pas arrivés du jour au lendemain. Les tensions avec la Russie et la Chine couvent depuis longtemps et les deux pays modernisent rapidement leurs forces militaires. Pour plus d’informations à ce sujet, veuillez vous reporter à mon récent article intitulé « La Russie et la Chine développent de nouveaux systèmes d’armes impressionnants pour se préparer à la guerre contre les États-Unis. »

Malheureusement, la grande majorité de la population américaine n’a aucune idée de ces choses.

Mais ceux qui servent dans l’armée comprennent beaucoup mieux, et un sondage récent révèle qu’environ la moitié d’entre eux s’attendent à ce que les États-Unis soient « entraînés dans une nouvelle guerre l’année prochaine »

Près de la moitié de toutes les troupes militaires actuelles croient que les États-Unis  seront bientôt entraînés dans une guerre majeure, suscitant une inquiétude croissante parmi les membres des services s’inquiétant de l’instabilité mondiale en général, de la Russie et de la Chine en particulier, selon un nouveau sondage du Military Times sur les troupes en service actif.

Environ 46% des sondés, lecteurs du journal Military Times et actuellement en serviceinterrogés anonymement  estiment que les États-Unis seront entraînés dans une nouvelle guerre au cours de l’année prochaine. C’est une augmentation inquiétante, sachant que seulement 5% environ ont répondu la même chose dans un sondage similaire réalisé en septembre 2017.

Ces chiffres font réfléchir. Il faut que des choses importantes se déroulent dans les coulisses pour passer de 5% à 46% en seulement une année.

Nous vivons vraiment  une époque apocalyptique, et notre monde semble devenir de plus en plus instable à chaque jour qui passe.

Nous devrions espérer la paix, mais au cours de l’histoire humaine, la paix n’a jamais duré longtemps. Les grandes puissances mondiales continuent de se rapprocher de plus en plus d’un conflit et c’est un jeu très dangereux.

 

Le peuple veut poser les jalons lui-même

par Werner Wüthrich

docteur en sciences politiques

Horizons et débats,

5 novembre 2018

 

Au sujet de l’accord-cadre et des votations fédérales du 25 novembre

Depuis le Non du peuple suisse à l’EEE en 1992, on observe une tendance à limiter la participation directe de la population. A l’époque, 18 cantons ou demi-cantons [sur 26] se sont exprimés contre l’affiliation politique à l’UE. Néanmoins, pendant 13 ans (jusqu’en 2005!), la politique du Conseil fédéral (soutenue par le Parlement) poursuivit officiellement l’objectif stratégique de l’adhésion à l’UE. Les initiatives populaires ne sont mises en œuvre que tièdement ou qu’en partie et les traités internationaux sont élevés au rang de «droit international» et confondus dans l’esprit des gens au droit international humanitaire et aux droits de l’homme, afin qu’ils ne puissent plus être remis en question. – Il est temps de prendre des contre-mesures pour que l’interaction directe, établie de longue date et souvent pratiquée, entre les autorités et le peuple puisse fonctionner à nouveau !

La Suisse dispose d’un système économique libéral. C’est le seul pays reconnaissant depuis le XIXe la liberté économique dans la Constitution comme un droit fondamental de liberté individuelle – lié à la démocratie directe. Au niveau fédéral, environ 200 votes économiques ont eu lieu depuis lors sur: l’imposition des sociétés, les impôts en général, le «frein à l’endettement», la politique conjoncturelle et industrielle (garantie du risque d’innovation), le système antitrust, la formation professionnelle, le système monétaire, les centrales nucléaires, le marché électrique et d’autres questions énergétiques, l’agriculture, l’immigration, la protection des travailleurs, des locataires et des consommateurs, la surveillance des prix, la sécurité sociale, la protection de l’environnement, de l’eau et des animaux, la cogestion, la réduction de la durée du travail ou des congés, le salaire minimum, les primes et salaires excessifs chez les cadres supérieurs des grandes entreprises et un large éventail de contrats internationaux …
Le peuple détermine lui-même les pierres angulaires de l’ordre économique libéral. Et il a également, à maintes reprises, lui-même posé les jalons de l’orientation de la politique économique. En 1972, il a clairement accepté l’Accord de libre-échange global avec la CE de l’époque qui ne prévoyait aucune intégration politique – et vingt ans plus tard, il a clairement refusé l’EEE qui aurait modifié de vastes pans de la politique suisse. Des questions similaires se posent aujourd’hui à propos de l’accord-cadre proposé, avec lequel l’UE veut à nouveau aligner et lier la Suisse au niveau politique.
Au cœur de notre système économique se trouve le peuple suisse qui façonne la liberté économique à l’aide de ses droits populaires et en assumant une partie de la responsabilité. Aujourd’hui, les résultats sont impressionnants. Ce serait donc une sérieuse négligence que d’affaiblir, voire d’éliminer la démocratie directe qui demeure un pilier central des droits populaires. La campagne du Non, tentant de peindre le diable au mur avec un sombre scénario pour l’avenir du pays, est absurde. La Suisse a toujours été orientée vers l’exportation – avant la Première Guerre mondiale encore davantage qu’aujourd’hui. L’industrie exportatrice a toujours su faire face aux circonstances et aux difficultés, même lors du franc fort. Tout cela a fortifié notre pays et ne l’a pas affaibli. Les tendances internationalistes actuelles ne sont pas une raison pour provoquer un changement de système.
En réalité, il est tout à fait naturel de dire Oui à l’autodétermination et au maintien de la démocratie directe !