Acte de guerre contre la Russie : ultime avertissement de Poutine alors que l’OTAN se prépare à attaquer la Russie


Glenn Diesen

Professeur à l’Université du sud-est de la Norvège (USN)

14 septembre 2024

Le président Poutine a déclaré que les missiles de précision à longue portée que l’on envisage d’utiliser contre le territoire russe équivalent à une entrée en guerre directe de l’OTAN. Ces missiles sont fournis par les États-Unis et le Royaume-Uni, ils ne peuvent être utilisés qu’avec la participation de soldats américains et britanniques, ils seront guidés par les satellites des pays de l’OTAN. La discussion hypocrite qui a cours dans les pays occidentaux au sujet de la décision de l’OTAN de procéder à une escalade aussi irréfléchie est d’autant plus préoccupante que ce qui est en jeu est une guerre nucléaire.

Glenn Diesen est professeur à l’Université du Sud-est de la Norvège (USN)

L’incrémentalisme : De la guerre par procuration à la guerre directe

Ces missiles à longue portée représentent la fin de la guerre par procuration et le début d’une guerre directe entre l’OTAN et la Russie. Depuis le coup d’État soutenu par l’Occident en 2014, l’OTAN et la Russie mènent une guerre par procuration en Ukraine. Dès le lendemain du coup d’État, le nouveau gouvernement de Kiev mis en place par Washington a créé un partenariat avec la CIA et le MI6 pour mener une guerre secrète contre la Russie.[i] Par définition, on parle de guerre par procuration lorsque deux ou plusieurs puissances ne s’affrontent pas directement mais se battent par l’intermédiaire d’un pays tiers. En 2014, la guerre par procuration a été définie comme le soutien de l’OTAN à Kiev et le soutien de la Russie aux rebelles du Donbas qui s’opposaient à la légitimité du post-gouvernement installé par Washington.[ii] Selon les termes du procureur général de l’Ukraine, Washington traitait l’Ukraine comme une colonie et exigeait le droit d’approuver toutes les nouvelles nominations au gouvernement – ledit procureur a finalement été renvoyé sur instruction de Joe Biden.[iii]

Lorsque la Russie est devenue un acteur direct du conflit en envahissant l’Ukraine en février 2022, la guerre par procuration est devenue encore plus périlleuse car l’OTAN s’est impliquée dans la planification de la guerre et a fourni les armes, les munitions, l’entraînement, les mercenaires, les renseignements et la sélection des cibles qui ont permis à l’Ukraine de faire face à la Russie. En vérité, l’OTAN combattait la Russie indirectement via un intermédiaire. Au cours des deux années et demie qui ont suivi, la frontière entre la guerre par procuration et la guerre directe est devenue de plus en plus floue. Cette frontière est désormais abolie, car la guerre de l’OTAN contre la Russie devient une guerre directe, les missiles à longue portée fournis par les États-Unis et le Royaume-Uni étant également opérés par ces derniers.

Comment en sommes-nous arrivés à ce que les États-Unis et le Royaume-Uni attaquent le territoire russe sans qu’aucun débat sérieux n’ait eu lieu en Occident ? L’incrémentalisme ou la tactique du salami consiste à couper des fines tranches l’une après l’autre. En procédant par petites étapes, aucune action isolée ne semble être assez choquante pour justifier une riposte majeure. Ainsi, au fil du temps, l’agresseur franchit toutes les lignes rouges avec un minimum d’opposition. Les États-Unis ont eu recours à ces tactiques pour minimiser l’opposition de la Russie et pour calmer les inquiétudes des alliés européens concernant l’expansion de l’OTAN, le système de défense antimissile et la guerre par procuration en Ukraine. L’OTAN envoie progressivement des armes plus puissantes et s’implique de plus en plus dans la guerre. Elle tente de minimiser les réactions négatives de son opinion publique ou de la Russie en imposant des restrictions à l’utilisation de ces armes, mais ces restrictions sont ensuite progressivement levées.

Au début de la guerre, les États-Unis redoutaient l’envoi de chars d’assaut et Biden avait prévenu que l’envoi de F16 pourrait déclencher la troisième guerre mondiale.[iv] Où ce gradualisme nous a-t-il menés aujourd’hui ? Des munitions à fragmentation illégales américaines sont utilisées pour bombarder des cibles civiles dans la ville russe de Belgorod et l’OTAN a fourni les renseignements et les armes nécessaires à l’invasion de la région russe de Koursk, où des civils sont enlevés et exécutés. Une fois de plus, des chars allemands pilotés par des soldats portant des insignes fascistes sur leurs uniformes combattent à Koursk. L’objectif principal était fort probablement de s’emparer de la centrale nucléaire de Koursk. Or, l’OTAN ne critique pas l’Ukraine lorsqu’elle attaque le système d’alerte nucléaire précoce ou les centrales nucléaires russes. Au contraire, elle se félicite de l’invasion de Koursk qui a humilié Poutine.

L’aveuglement de l’OTAN : l’Ukraine a « le droit de se défendre »

L’argument selon lequel l’Ukraine a le droit de se défendre est un contre-argument trompeur, car personne ne conteste ce droit. La question est de savoir jusqu’à quel point l’OTAN peut s’impliquer avant que la frontière entre guerre par procuration et guerre directe ne soit franchie. Les États-Unis occupent illégalement la Syrie et personne ne conteste que la Syrie a le droit de se défendre. Mais la Russie a-t-elle le droit de bombarder des villes américaines et britanniques sous prétexte d’aider la Syrie à se défendre ? Qu’auraient fait les États-Unis si la situation était inversée et que la Russie attaquait des villes américaines par l’intermédiaire du Mexique ?

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a déclaré : « Nous ne cherchons pas à entrer en conflit avec la Russie. Ce n’est pas du tout notre intention. »[v] C’est probablement vrai, la Grande-Bretagne souhaitant simplement avoir le droit de frapper la Russie avec des missiles sans que celle-ci ne réagisse. Lorsque les États-Unis et le Royaume-Uni ont saboté l’accord de paix d’Istanbul en 2022, les médiateurs israéliens et turcs ont expliqué que les Américains et les Britanniques voyaient une occasion de combattre et de saigner la Russie en tant que rival stratégique en les laissant se battre avec les Ukrainiens. Comme les dirigeants politiques et militaires américains ne cessent de le rappeler, il s’agit d’une grande guerre car l’OTAN peut affaiblir la Russie sans utiliser ses propres troupes. La question de savoir jusqu’à quel point l’OTAN peut s’impliquer conduit à poser une autre question très inconfortable : la Russie a-t-elle aussi le droit de se défendre ?

L’argument de Poutine est raisonnable et mérite d’être discuté sérieusement, mais nous n’avons plus de discussions raisonnables en Occident, car toute empathie ou compréhension de la position russe est fustigée comme une trahison. Chaque discussion est simplifiée et réduite à un choix entre le soutien à « nous » ou à « eux », et le soutien à « nous » implique la répétition d’un scénario ridicule qui ignore la réalité et aboutit à l’automutilation. Si nous voulons éviter une guerre nucléaire, nous devrions commencer à prendre plus au sérieux les préoccupations de nos adversaires en matière de sécurité, au lieu de dénigrer tout effort en ce sens.

Comment la Russie va-t-elle riposter à l’attaque de l’OTAN ?

La Russie peut poursuivre une escalade horizontale ou verticale. L’escalade horizontale est plus limitée car elle privilégie des représailles dans d’autres domaines, par exemple le fourniture de systèmes de défense aérienne à l’Iran, la conclusion d’accords d’armement avec la Corée du Nord, l’envoi de navires de guerre russes dans les Caraïbes, la livraison d’armes de pointe aux adversaires de l’OTAN, ou même la transmission de renseignements à destination de frappes contre, par exemple, les troupes d’occupation américaines en Syrie et en Irak.

Cependant, une attaque directe de l’OTAN contre la Russie poussera probablement les Russes à répondre directement par une escalade verticale, indépendamment du risque d’un échange nucléaire. Les F16 et autres armements qui seront utilisés contre la Russie ont été placés en Pologne et en Roumanie, car ces pays sont considérés comme des « espaces sûrs » aussi longtemps que l’OTAN n’est pas directement engagée dans la guerre. Les drones de l’OTAN qui survolent la mer Noire et fournissent des données de ciblage à l’Ukraine semblent être une cible évidente. Les satellites de l’OTAN utilisés pour guider les attaques de missiles contre la Russie peuvent également être détruits. Des attaques avec des armes nucléaires tactiques dans l’ouest de l’Ukraine constitueraient également une riposte puissante qui enverrait un message fort sans attaquer directement l’OTAN.

Il semble que l’OTAN se berce d’illusions avec son approche graduelle, puisqu’elle prévoit maintenant d’attaquer la Russie sans envisager de représailles significatives. Ce qui était auparavant considéré comme un risque propre à déclencher la troisième guerre mondiale est désormais tenu comme de la simple propagande russe, l’OTAN ne faisant qu’aider l’Ukraine à se défendre. Les élites politico-médiatiques occidentales continuent d’affirmer que la Russie a déjà proféré des menaces de représailles dans le passé, sans y donner suite. La retenue de la Russie est donc interprétée comme une faiblesse et l’OTAN poursuit l’escalade jusqu’à ce que la Russie réagisse suffisamment.

Le problème est que la Russie s’est maîtrisée parce que toute riposte pourrait entraîner une escalade rapide et incontrôlée susceptible d’aboutir à un échange nucléaire. Alors que l’OTAN conduit le monde au bord de la guerre mondiale, ne devrions-nous pas au moins avoir une discussion sensée sur les gestes qui sont posés au lieu de nous cacher derrière des slogans vides de sens tels que « l’Ukraine a le droit de se défendre » ?

J’ai été interviewé par Al Jazeera et WION au sujet des préparatifs d’attaque de la Russie par l’OTAN :


[i] The Spy War: How the C.I.A. Secretly Helps Ukraine Fight Putin – The New York Times (nytimes.com)

[ii] Ukraine crisis: Transcript of leaked Nuland-Pyatt call – BBC News

[iii] Ukrainian Prosecutor General Viktor Shokin on how his country was taken over by Washington (youtube.com)

[iv] ‘That’s called World War III’: Biden defends decision not to send jets to Ukraine (nypost.com)

[v] Biden and UK’s Starmer meet amid storm over Ukraine weapons – The Washington Post


Note des responsables du blog

Quelque 900 soldats américains sont toujours présents en Syrie et 2 500 en Irak. Au départ, ils avaient été déployés pour combattre le groupe État islamique qui contrôlait des pans entiers des territoires syrien et irakien. La défaite de l’État islamique a été proclamée en Irak en 2017 et en Syrie en 2019, mais les forces armées américaines sont demeurées sur place.


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