Faire de l’année 2018 l’année de la compréhension entre les peuples

par Karl Müller

Horizons et débats

https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2018/n-1-9-janvier-2018/faire-de-lannee-2018-lannee-de-la-comprehension-entre-les-peuples.html

Zurich, 9 janvier 2018

L’année 2018 est le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale. Mais même 100 ans après la fin de ce carnage épouvantable entre les peuples, ayant tué des millions d’êtres humains, on a l’impression que les hommes forts en politique et à la pointe des Etats, en économie et dans la société ne prennent pas suffisamment au sérieux la guerre. Il y a donc suffisamment d’occasions et de raisons de réfléchir sur la paix et la guerre. Il faut se poser la question: comment le citoyen peut-il agir pour la paix et contre la guerre?
Avant la Première Guerre mondiale, il y eut également des hommes et femmes mettant en garde contre une grande guerre. Bertha von Suttner, lauréate de prix Nobel de la Paix pour son engagement, en était une voix connue parmi beaucoup d’autres. Il n’en fut pas autrement avant la Seconde Guerre mondiale. Et aujourd’hui? Nombreux sont ceux qui se souviendront des manifestations de millions de personnes en mars 2003 contre la guerre imminente de l’Irak. Mais ces manifestations ne purent empêcher la guerre. Le citoyen ne peut-il donc rien faire?
Les guerres ont beaucoup de causes. Parfois, il faut des décennies de recherches pour les élucider. Des sources importantes restent souvent longtemps gardées secrètes. Normalement, beaucoup d’éléments ne sont connus qu’après de longues années. Mais des historiens et d’autres personnes s’engageant pour la paix font des recherches sur les raisons de la guerre en espérant qu’à l’avenir, les êtres humains pourront agir de manière préventive. Est-il mentionné des résultats de ces recherches attribuant une tâche importante aux citoyens?
Quelle contribution le citoyen peut-il apporter en faveur de la paix et contre la guerre?
Il y a une conclusion nécessitant peu de connaissances: si aucun citoyen ne participe à la guerre, elle n’aura pas lieu. Mais cette hypothèse est assez utopique. En outre, il y a aujourd’hui des systèmes d’armement permettant de renoncer à un grand nombre de soldats actifs. Le temps des armées de masse est révolu. Il suffit de quelques milliers de mercenaires pour provoquer une catastrophe et incendier toute la planète.
Cependant, les hommes et femmes chefs de guerre des gouvernements de tous les temps ont à chaque fois tenté de justifier leurs guerres. Ils recherchaient le consentement de la population. On qualifie cela de propagande de guerre. Mieux vaudrait désigner cela de mensonges de guerre puisque dans leurs propres pays, ces hommes et femmes chefs de guerre les utilisent pour tenter d’obtenir le consentement de leurs citoyens. «La première victime de la guerre est la vérité». Nous tous avons déjà entendu cette citation du sénateur américain Hiram Johnson prononcée en 1914. Dans les années précédant une guerre, cela reste vrai.
Diabolisation sans fin …
Aujourd’hui nous vivons de nouveau la diabolisation sans fin. Pour commencer dans notre propre camp: qu’on lise la nouvelle stratégie sécuritaire des Etats-Unis, les déclarations des Etats membres de l’Union européenne concernant la politique de sécurité ou les discours de politiques allemands concernant le rôle de l’Allemagne dans le monde. Il n’y a qu’à consulter les médias mainstream. Il est très rare de trouver des textes ou des paroles honnêtes. La façon dont les faits sont présentés – partiaux et distordus – et la manière dont des éléments importants sont mis sous silence, sont insupportables. Chaque guerre à un côté idéologique.
Ce n’est pas nouveau. Dans le préambule de la constitution de l’UNESCO – de l’organisation compétente pour la culture et l’éducation des Nations Unies –, il est écrit très justement: «Comme les guerres naissent dans l’esprit des hommes, il faut également ancrer la paix dans l’esprit des hommes.»
… et volonté de la paix dans le monde entier
Depuis 1918, le monde a changé (ou plutôt depuis les années avant 1914). Les Nations Unies ont proscrit la guerre. On ne peut jamais suffisamment citer le début de la Charte des Nations Unies du 26 juillet 1945: «Nous, peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances …» Le monde a pu se baser sur l’action et l’héritage de Bertha von Suttner et des nombreuses autres personnalités ayant lutté à leur époque (encore) sans succès pour la paix, mais en laissant des lignes directives à la postériorité. L’opposition mondiale à la guerre américaine au Viêtnam n’est pas restée sans conséquences. Les manifestations contre la guerre de l’Irak et contre l’ignorance de la politique américaine et de sa «coalition des bonnes volontés» ont montré au monde entier tout le tort créé par cette guerre. L’ancien «pouvoir dirigeant de l’Occident» a perdu sa réputation. Aujourd’hui, il est connu que les Etats-Unis et les autres Etats membres de l’OTAN mènent des guerres illégales. La figure hideuse du pouvoir est devenue évidente.
Il est vrai que dans nos écoles l’éducation à la paix a perdu en importance. La paix dans son propre pays passait pour un fait évident. Les nombreuses guerres dans le monde semblaient très éloignées. Militer pour la paix n’était qu’une action pour des idéalistes purs et durs, ou pour des missionnaires utopistes et naïfs. On avait d’autres chats à fouetter. Mais malgré tout, la plupart des citoyens ne voulaient et ne veulent toujours pas la guerre. On n’a jamais pu cacher totalement les souffrances indicibles provoquées par la guerre.
Les politiques affirment à tout moment: nous ne voulons pas de guerre!
Pour cette raison, aucun politicien ni aucun média ne déclare ouvertement «Nous voulons la guerre!» Ils préfèrent dire, nous devons dissuader l’autre, montrer notre force, nous devons nous armer, nous devons être prêts pour le cas d’urgence.
Les politiques allemands, eux, aiment à dire: «Nous devons assumer plus de responsabilité dans le monde».
Mais en tout cas ce sont toujours les autres qui représentent le danger.
Ou alors, on bafoue la logique: nous devons faire la guerre pour créer la paix. Nous devons protéger les droits de l’homme en perpétrant un carnage. Nous apportons la démocratie par un coup d’Etat. Le président américain Woodrow Wilson avait déjà justifié l’entrée en guerre de son pays en 1917 avec cet illogisme: «The war to end all wars». Nous savons ce qu’il en fut.
Le mythe de la fausse «politique d’apaisement»
Un tout gros mensonge nous est présenté à tout moment: le mythe de la fausse «politique d’apaisement» de la France et de la Grande Bretagne avant la Seconde Guerre mondiale. Pour cette raison, on nous dit maintenant: si l’autre a de «vilaines» intentions, il ne faut plus jamais faire de concessions. Et on nous oblige de croire que «Poutine est un nouvel Hitler» (selon Hillary Clinton). Le 27 décembre 2017, on a pu lire en première page de la «Neue Zürcher Zeitung»: «Trump donne un coup de pied à Poutine». Le gouvernement américain a décidé de fournir des missiles anti-char au gouvernement de l’Ukraine. Selon ce journal, il s’agit pour l’Ukraine «de rétablir sa souveraineté et son intégrité territoriale». – Et qu’en est-il de l’écrasement brutal de l’opposition en Ukraine orientale … et l’avancée de l’OTAN jusqu’à la frontière russe? Mais de cela, bien sûr, pas un mot.
De même, pas un mot de la politique britannique avant la Seconde Guerre mondiale n’ayant aucun réel intérêt à la paix. Son but était une guerre d’extermination mutuelle entre l’Allemagne national-socialiste d’Hitler et l’Union soviétique communiste, et elle a tout entrepris pour réaliser jusqu’au bout le «projet Hitler».
Des personnalités cherchant une issue aux tensions grandissantes
Des personnalités comme Matthias Platzeck ou Gabriele Krone-Schmalz font partie des hommes et femmes exemplaires cherchant une issue aux tensions grandissantes et à l’escalade des conflits s’approchant du paroxysme. Ils tentent pour cela de se mettre à la place «de l’autre» et de comprendre sa position (cf. Horizons et débats n° 32 du 27 décembre 2017). Mais en le faisant, ils arrivent à des résultats intéressants: Hitler avait effectivement des intentions «méchantes» … pouvant être instrumentalisées. Par contre, Vladimir Poutine et la Russie, par exemple, n’ont pas d’intentions «méchantes». Tout au contraire! Même si l’on a connaissance de toutes leurs faiblesses et leurs erreurs, il faut admettre que la Russie et la Chine agissent en faveur d’un ordre mondial basé sur l’égalité entre les pays et le respect du droit international. Ils sont ouverts au monde et cherchent des accords pouvant apporter des avantages à tous. Poutine par exemple, représente un peuple voulant vivre en paix … mais à sa façon: donc autodéterminé et voyant sa dignité respectée.
Mais restons également vigilants sur les intentions de guerre qui ne proviennent pas d’autres pays, mais prennent naissance dans notre pays. Cela aussi a été documenté maintes fois. Gabriele Krone-Schmalz l’a fait à nouveau: la plus grande contribution pour la paix serait un changement démocratique dans nos propres pays.
Cette découverte est une chance: je ne dois plus ruminer sur ce qu’il faut faire avec les «méchants». Le pas décisif est de rétablir l’ordre dans son propre pays.
La compréhension entre les peuples est une chose réjouissante
Comment y arriver? La voie directe est actuellement barrée. Le système parlementaire des Etats membres de l’OTAN ne permet pas d’avoir suffisamment d’influence directe. Mais il y a encore le chemin indirect: aider et renforcer tous ceux qui veulent la paix – et combattre la diabolisation de l’autre. La compréhension entre les peuples connaît beaucoup de voies: lire de bons livres concernant son propre pays et l’autre pays et son peuple et sa culture, des rencontres personnelles en voyage, des visites et des invitations, ériger des partenariats et des jumelages d’égal à égal, entre individus, entre associations, entre structures, entre communes, entre villes, etc.
Au début se trouve la volonté. Oui, je déclare l’année 2018, année de la compréhension entre les peuples. De nos jours, cela est une action grandiose, positive, sensée – et aussi réjouissante.

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