L’ère de la forfaiture

par Paul Craig Roberts

traduit de l’anglais par Danièle-Anne Rens

(Titre original : The Rise Of The Inhumanes, 2 September 2015)

Notice liminaire.

Les Européens se font souvent encore une idée des USA comme de ce modèle d’Etat de droit qu’ils furent aux siècles passés.

Les actions en justice intentées ces dernières années par les USA contre plusieurs banques étrangères et quelques autres affaires judiciaires spectaculaires tendent à perpétuer cette image.

Malheureusement, cette image appartient au passé. Depuis le 11 septembre 2001, les libertés individuelles jadis garanties par la vénérable constitution de 1787 et ses nombreux amendements, ne le sont plus guère aujourd’hui ensuite de dérives institutionnelles que commente ci-après Paul Craig Roberts.

IR octobre 2015.

 

La plongée de l’Amérique dans une violence totalitaire s’accélère . Tout comme le régime de Bush, le régime d’Obama a un penchant qui consiste à récompenser les fonctionnaires du Département de la Justice (sic) qui piétinent  la Constitution des Etats Unis. L’année dernière, le Premier Président Noir d’Amérique, a nommé David Barron en qualité de juge de la Première Cour d’appel de Circuit de Boston. IR.

 

Barron est responsable du mémo émis par le Département de la Justice (sic) qui a donné à  Obama l’autorisation d’assassiner un citoyen américain avec un missile tiré à partir d’un drone. L’exécution a eu lieu sans que des poursuites aient été intentées, sans procès ni jugement. La cible était un religieux dont le régime paranoïaque d’Obama trouvait que les sermons encourageaient le djihadisme. Il n’est apparemment jamais venu à l’esprit d’Obama ou du Département de la Justice (sic)  que les exécutions de masse de Washington et le déplacement de millions de musulmans dans sept pays différents suffisaient amplement à encourager le djihadisme. Les sermons constituaient à peine un témoignage d’indignation après des années de meurtres de masses commis par Washington dans sa quête d’hégémonie au Moyen Orient.

 

La confirmation de la nomination de Barron suscita l’opposition de certains Républicains, de  certains Démocrates et de l’Union Américaine pour les libertés civiles, mais le Sénat des Etats-Unis l’a confirmée en mai 2014 par un vote de 53 voix contre 45.  Imaginez seulement que vous pourriez être jugé dans «l’Amérique libre et démocratique» par un monstre qui légaliserait le meurtre extra-judiciaire.

 

Tandis qu’il attendait sa récompense, Barron a obtenu un poste à la Faculté de droit de Harvard, ce qui vous renseigne sur tout ce que vous devez savoir sur les facultés de droit. Sa femme a été candidate au poste de gouverneur du Massachusetts. Les élites sont en train de remplacer la loi par le pouvoir.

 

L’Amérique a maintenant un juge à la Cour d’appel, indubitablement bien formé pour la Cour Suprême, qui a instauré dans le droit des Etats-Unis le précédent selon lequel les citoyens américains peuvent être exécutés sans jugement.

 

Les facultés de droit ont-elles formulé des objections? Ce ne fut pas le cas du professeur de droit de Georgetown, David Cole, qui a approuvé avec enthousiasme ce nouveau principe de l’exécution sans jugement. Lorsqu’il a apporté son soutien à Barron qu’il a qualifié de « sérieux, prévenant, ouvert d’esprit et brillant », le professeur Cole s’est lui-même inscrit sur la liste des possibles magistrats du pouvoir judiciaire fédéral du Département de la Justice.

 

Quand un pays s’enfonce dans le mal, il n’en ressort pas. Le précédent de la nomination de Barron par Obama a été celle de Jay Scott Bybee à la Cour d’appel du Neuvième circuit par George W. Bush. Bybee était le collègue de John Yoo, du Département de la Justice (sic), qui a co-signé le mémo «juridique» justifiant la torture en dépit du fait que l’interdiction de la torture figure dans la loi  fédérale des Etats-Unis et dans le droit international. Tout le monde savait que la torture est illégale, y compris ceux qui la pratiquaient. Mais ces deux monstres ont fourni un blanc-seing juridique à ceux qui pratiquent la torture. Même Pinochet au Chili n’a pas été aussi loin.

 

Bybee et Yoo se sont débarassés de l’appellation «torture» en la qualifiant de «techniques avancées d’interrogatoire». Comme Wikipedia l’indique, ces techniques sont considérées comme de la torture par Amnesty International, Human Rights Watch, les médecins experts qui traitent les victimes de la torture, les fonctionnaires des services de renseignements, les alliés de l’Amérique et même par le Département de la Justice (sic). https://en.wikipedia.org/wiki/Jay_Bybee

 

Les autres personnes qui se sont opposées au blanc-seing donné à la pratique de la torture par Bybee et Yoo, ont été le Secrétaire d’Etat Colin Powell, Alberto Mora, l’avocat général de la Marine américaine, et même Philip Zelikow, qui a organisé pour le régime Bush le maquillage du 11 septembre 2011.

 

Après cinq ans d’atermoiements, le Bureau de la Responsabilité professionnelle du Département de la Justice (sic) est arrivé à la conclusion que Bybee et son adjoint John Yoo, avaient commis une « faute professionnelle » en émettant un avis juridique qui violait les lois fédérale et internationale. Le bureau de la Responsabilité professionnelle du Département de la Justice recommanda que Bybee et Yoo soient renvoyés auprès des associations du barreau des Etats-Unis où ils furent présentés en vue d’une autre sanction disciplinaire et d’une éventuelle radiation du barreau.

 

Mais Bybee et Yoo furent sauvés par un membre accommodant du régime, fonctionnaire au Départment de la justice (sic), David Margolis, qui conclut que Bybee et Yoo avaient fait preuve d’un «manque de jugement», mais n’avaient pas émis un avis juridique erroné.

 

Ainsi, aujourd’hui au lieu d’avoir été radié du barreau, Bybee exerce ses fonctions dans un tribunal fédéral, juste au dessous de la Cour Suprême. John Yoo enseigne le droit constitutionnel à la Faculté de droit de l’Universisté de Californie, à Berkeley, Boalt Hall.

 

Tentez de réaliser ce qui est arrivé à l’Amérique quand les professeurs de droit de Harvard et de Berkeley ont formulé des justifications juridiques en faveur de la torture et du meurtre extra-judiciaire et quand les présidents des Etats-Unis se sont lancés dans ces crimes atroces. En fait, l’Amérique est exceptionnelle par son immoralité, son manque de compassion, l’irrespect du droit et de sa Loi fondamentale.

 

Hitler et Staline seraient stupéfaits de voir avec quelle facilité le totalitarisme a bafoué les institutions américaines. Nous avons maintenant à West Point un professeur de droit qui enseigne les justifications militaires américaines de l’assassinat des Américains contestataires de la guerre et de la police d’Etat. Voir: http://www.theguardian.com/us-news/2015/aug/29/west-point-professor-target-legal-critics-war-on-terror. Et aussi: http://www.informationclearinghouse.info/article42758.htm

On trouve à l’adresse ci-après l’article du professeur:  http://warisacrime.org/sites/afterdowningstreet.org/files/westpointfascism.pdf

 

William C. Bradford, le professeur qui enseigne à nos futurs officiers de l’armée à considérer les Américains ayant le sens moral comme des menaces pour la sécurité nationale, blâme le journaliste Walter Cronkite pour avoir perdu l’offensive du Têt lors de la guerre du Vietnam en qualifiant l’offensive de défaite américaine. Le Têt a été une défaite américaine dans le sens que cette offensive a prouvé que l’ennemi prétendument «battu» était capable de lancer une offensive massive contre les forces des Etats-Unis. L’offensive a réussi en ce sens qu’elle a démontré aux Américains que la guerre était loin d’avoir été gagnée. L’argument de Bradford implique que Cronkite aurait dû être tué pour ses émissions qui jetaient le doute sur le succès américain.

 

Le professeur prétend avoir une liste de 40 personnes qui disent la vérité et qui doivent être exterminées, faute de quoi notre pays est perdu. Nous avons ici l’aveu complet que le programme de Washington ne peut pas survivre à la vérité.

 

Je ne suis pas en mesure de dire si le professeur a été censuré ou congédié pour son manque de respect envers le droit à la liberté d’expression garanti par la Constitution. Toutefois, j’ai vu détruire des rapports de professeurs qui critiquaient les crimes de guerre d’Israël ou prononçaient un mot ou un terme interdit du fait qu’ils n’étaient pas politiquement corrects ou qu’ils étaient insuffisamment élogieux des privilèges dont jouissent les «minorités préférées». Ce que cela nous enseigne, c’est que la morale est déconsidérée comme servant des intérêts égoïstes, tandis que le mal submerge la moralité de la société.

 

Bienvenue en Amérique d’aujourd’hui. C’est un pays dans lequel les faits ont été redéfinis en «propagande ennemie», un pays dans lequel les lanceurs d’alertes au bénéfice des garanties constitutionnelles sont qualifiés de «cinquième colonne» ou «d’agents de l’étranger» passibles d’extermination, un pays, l’Amérique, où la critique est muselée et où tous les crimes sont imputés à ceux que Washington entend gouverner.

 

Barron, Bybee, Yoo et Bradford font partie d’une nouvelle espèce, les inhumains, qui a émergé de l’environnement de l’Amérique, empoisonné d’arrogance, d’hubris et de paranoïa.

 

 

 

 

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