A nouveau, la guerre se profile

par Eberhard Hamer

professeur d’économie politique

Source : Arrêt sur info du 16 mai 2017-05-16 http://arretsurinfo.ch/a-nouveau-la-guerre-se-profile/

Source originale : Horizons et Débats, Zurich, 15 mai 2017

http://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2017/no-11-15-mai-2017/a-nouveau-la-guerre-se-profile.html

 

Nous sommes dans une situation de danger de guerre la plus élevée depuis la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi n’y a-t-il actuellement pas de marches pour la paix, d’appels pour la paix dans les médias comme dans les années cinquante et soixante? Les réseaux américains qui ont fait chanter Trump et qui ont provoqué ou exploité un incident de guerre, pourraient être assez forts pour provoquer une troisième guerre mondiale. 70 ans de paix semblent nous avoir rendus insouciants. Mais entre-temps, je suis davantage préoccupé par la menace de guerre que par un crash financier.

 

L’ordre donné par le président américain Donald Trump à la flotte méditerranéenne américaine d’attaquer un aéroport syrien a surpris le monde. Jusqu’à présent, Trump était – à l’inverse d’Hillary Clinton ayant annoncé, lors de sa campagne électorale, vouloir entrer ouvertement en guerre en Syrie et en Ukraine – un garant pour la paix. Le fait qu’il ait si soudainement changé de position réside en des raisons de politique intérieure:

 

  • La haute-finance américaine et son industrie de pétrole veulent – ensemble avec le Qatar – exclure les Russes (Gazprom) du transfert de pétrole par la Syrie vers la Méditerranée et exploiter elles-mêmes un gazoduc menant du Qatar à la Méditerranée. Cela n’est possible que sans Bachar el-Assad. Mais ce dernier s’est arrangé avec les Russes pour conserver la priorité de Gazprom, mais aussi en leur offrant la possibilité d’installer une base militaire sur la côte méditerranéenne. La puissante haute finance n’abandonne donc pas ses projets, même sous Trump, et ne peut les imposer qu’en éliminant Assad.
  • L’industrie d’armement américaine a financé la campagne électorale de Clinton avec 7,5 milliards de dollars en échange de son accord à se soucier des ventes de matériaux d’armement par une guerre contre la Russie. Aucun président ne peut résister à la pression de la toute puissante industrie d’armement, car elle représente 70% du stock de capitaux de l’économie nationale américaine. Quiconque veut créer un boom économique aux Etats-Unis doit s’occuper à créer des commandes pour l’industrie d’armement, donc provoquer la guerre entre ceux qui utilisent des armements américains.
  • Certaines parties de l’armée américaine croient à l’obligation de confrontations militaires avec la Russie et la Chine pour que les Etats-Unis puissent sauvegarder leur empire du dollar. Après l’élection présidentielle, elles ont traqué tous les collaborateurs de Trump ayant eu des contacts avec la Russie, pour ainsi pouvoir à nouveau présenter la Russie comme l’ennemie principale des Etats-Unis. Par l’attaque contre un allié de la Russie, ils veulent – tant que les Etats-Unis sont encore les plus forts – provoquer une confrontation avec la Russie.
  • La guerre pourrait également représenter la dernière issue pour les Etats-Unis afin d’empêcher le crash financier imminent. Les Etats-Unis sont endettés à hauteur de plus de 20 billions de dollars, ont chaque année plus de 600 milliards de dépenses militaires et des déficits permanents de commerce extérieur. Ils se trouvent donc avec leur empire mondial du dollar devant l’effondrement.
  • Deux fois déjà, les Etats-Unis ont utilisé une crise économique par un boom de l’armement dans deux guerres mondiales pour la montée à l’hégémonie mondiale. Cette fois aussi la direction américaine pourrait tenter de prévenir le crash imminent par une guerre, la guerre employée comme dernière issue de secours pour tenter de prévenir le crash garanti.

Après la victoire de Trump, nous croyions être protégés d’une aventure militaire des Etats-Unis. Cependant au cours des dernières semaines, tout a changé. Les agressions des va-t’en-guerre en politique intérieure semblent si puissantes, que le président est obligé de s’y soumettre – c’est-à-dire que les Etats-Unis et leur OTAN menacent le monde d’une guerre imminente.

Jusqu’à présent, il n’est pas prouvé qui a perpétré l’attaque au gaz toxique en Syrie: Assad – comme l’affirment les Américains – ou les rebelles dirigés par les Etats-Unis – comme l’affirment les Russes. Le fait que les réels dirigeants du pays aient immédiatement forcé le président à agir et que les gouvernements satellites européens, sous la conduite de Mme Merkel, aient émis des serments de fidélité et aient condamné Assad avant qu’une quelconque preuve soit établie, ressemble étrangement au début de la guerre contre l’Irak (action sous fausse bannière ou False Flag Operation).

Nous sommes dans une situation de danger de guerre la plus élevée depuis la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi n’y a-t-il actuellement pas de marches pour la paix, d’appels pour la paix dans les médias comme dans les années cinquante et soixante? Les réseaux américains qui ont fait chanter Trump et qui ont provoqué ou exploité un incident de guerre, pourraient être assez forts pour provoquer une troisième guerre mondiale.

70 ans de paix semblent nous avoir rendus insouciants. Mais entre-temps, je suis davantage préoccupé par la menace de guerre que par un crash financier.

Sur la même page de Horizons et débats du 15 mai 2017 on peut lire aussi.

Les négociations pour l’interdiction des armes nucléaires doivent être renforcées 

Le danger d’une guerre nucléaire en Europe augmente

  1. rt. C’est un secret de Polichinelle que le risque de l’engagement d’armes atomiques et donc d’une guerre nucléaire augmente depuis quelques années de mois en mois. Un déclencheur possible pourrait être des «événements» en Corée du Nord, en Syrie ou en Ukraine.
    Depuis plusieurs mois, on peut observer des déplacements continuels d’armes, de matériaux de guerre et de soldats dans les pays limitrophes de la Russie. Régulièrement l’OTAN effectue des manœuvres à la frontière de la puissance atomique qu’est la Russie, le réarmement militaire est ostensible. Les tensions sont intensifiées sciemment. Ce développement correspond entièrement avec l’annonce récente du vice-ministre polonais de la Défense Michal Dworczyk, déclarant vouloir former militairement les élèves du pays et créer dans ce but 300 nouvelles écoles militaires. En outre, on prévoit d’augmenter massivement les forces armées et le budget de la défense (cf. dpa du 26/4/17). Des développements similaires ont lieu tant dans les Etats baltes que dans les Etats scandinaves. L’invitation du vice-président américain Mike Pence, lors de la Conférence de sécurité de Munich en février, demandant à tous les membres de l’OTAN d’augmenter leurs dépenses pour la défense était catégorique.
    Une source de tension demeure dans le conflit toujours irrésolu entre l’Ukraine et la région du Donbass. Depuis son début en février 2014, ce conflit est constamment attisé de l’extérieur. Apparemment, on veut empêcher une solution politique, malgré l’intervention de OSCE et les négociations du Format Normandie. Aucun pays européen n’est intéressé à ce que la situation s’aggrave davantage.
    Si l’on s’imagine une soudaine aggravation d’un conflit dans cette région ou une première frappe préventive d’une puissance nucléaire, alors l’engagement d’armes nucléaires tactiques et stratégiques est probable. Le pas vers une rétorsion nucléaire pourrait en être la conséquence. En Europe, il y a des armes atomiques prêtes à l’usage stationnées en Russie, en France, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Belgique, en Turquie et en Italie. 90% des armes atomiques du monde entier se trouvent sous commandement russe ou américain.
    Les effets globaux d’un engagement de bombes nucléaires sont connus depuis longtemps: retombée radioactive sur le globe entier, hiver atomique, contamination pour plusieurs millénaires, transformations du matériel génétique et finalement destruction de toute vie humaine sur terre. Depuis 1945, l’humanité lutte, à cause de ces terribles conséquences, pour le bannissement et l’abolition des armes nucléaires.
    Les effets d’une guerre nucléaire – même «locale» – frapperont tous les êtres humains partout au monde.
    Face à cette situation toute personne de bonne volonté – chaque citoyen américain, chaque détenteur de titres de multinationales de l’armement, chaque collaborateur dans le domaine militaire ou chaque politicien – est appelée à avoir le courage de se servir de sa propre raison et d’en tirer les conséquences logiques.
    Etant donné qu’une guerre nucléaire concerne tout être humain dans son existence, il faut trouver des solutions de toute urgence. Un conflit comme en Ukraine doit être résolu, soit par des négociations bilatérales ou multilatérales, soit par diverses mesures de rétablissement de la paix ou par l’intervention des casques bleus de l’ONU.
    La Suisse peut utiliser sa neutralité, pour renforcer sa politique fort utile de médiation et de négociation et d’offrir ses bons offices. Pendant sa présidence de l’OSCE, la Suisse a agi de manière crédible et constructive dans le conflit de l’Ukraine.    •

Préparations pour un champ de bataille nucléaire en Europe?

  1. rt. Lors du Sommet de l’OTAN de 1997 à Madrid, les Etats de l’ancien Pacte de Varsovie, dont la Pologne, la Tchéquie et la Hongrie ont été invités à des négociations d’adhésion. En 1999, la Pologne, la Tchéquie et la Hongrie ont adhéré à l’OTAN.
    Lors du Sommet de Prague en novembre 2002, l’OTAN a invité la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie à entamer des négociations d’adhésion. En 2004, ces pays ont adhéré à l’OTAN.
    Lors du Sommet de Bucarest en avril 2009, l’adhésion de l’Albanie et de la Croatie fut officiellement décidée. Les candidats, auxquels on a offert des négociations d’adhésion sont entre autres la Géorgie et l’Ukraine.
    En 2010, les Etats-Unis ont annoncé l’in­stallation en Pologne, en Roumanie et en Turquie d’un bouclier antimissile contre l’Iran. Malgré tous les démentis, on savait que l’in­stallation de ce bouclier ne se dirigeait guère contre l’Iran, mais qu’il sert uniquement à mettre hors fonction la dissuasion nucléaire de la Russie.
    Une ligne géostratégique avec un champ de bataille potentiel en Europe se profile.

Des faits nucléaires

  1. Il y a quelques faits très simples à prendre en considération depuis 1945:
    –    une guerre nucléaire ne peut être ni menée, ni gagnée,
    –    la contamination radioactive s’étend dans le monde entier,
    –    une partie de la radioactivité ne disparait qu’après plusieurs millénaires,
    –    la radioactivité touche chacun partout – mères, enfants, pères,
    –    Les Etats-Unis seront également affectés par une guerre nucléaire localement limitée,
    –    l’hémisphère Sud de la terre sera également contaminé.

Retrait de toutes les armes nucléaires de l’Allemagne

  1. rt. Un point dans l’accord de coalition pour la constitution du gouvernement allemand d’octobre 2009 (Merkel/Westerwelle) est la revendication d’un retrait des armes nucléaires de l’Allemagne:
    «[…] au cours de l’élaboration d’une conception stratégique de l’OTAN, nous allons nous employer au sein de l’alliance ainsi qu’envers nos alliés américains, du retrait des armes nucléaires se trouvant encore sur territoire allemand.»
    Cette promesse n’est pas encore remplie.

 

 

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