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La paix mondiale menacée

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  • Minuit moins trois minutes. Alarme lancée par de réputés scientifiques US sur la possibilité d’une guerre nucléaire

    (Source: Infolettre Mondialisation, 29 janvier 2015)

    Par Manlio Dinucci

    Mondialisation.ca, 27 janvier 2015

    Url de l’article:

    http://www.mondialisation.ca/minuit-moins-trois-minutes-alarme-lancee-par-de-reputes-scientifique-us-sur-la-possibilite-dune-guerre-nucleaire/5427674

     

    L’aiguille de l’ « Horloge de l’apocalypse », le pointeur symbolique qui sur le « Bulletin of the Atomic Scientists » indique à combien de minutes nous sommes du minuit de la guerre nucléaire, a été déplacée vers l’avant : de minuit moins 5 en 2012 à minuit moins 3 en 2015,  même niveau qu’en 1984 en pleine guerre froide. Sur les grands médias, la nouvelle est passée presque totalement sous silence. Et pourtant l’alarme est lancée par de réputés scientifiques de l’Université de Chicago qui, après consultation d’autres collègues (dont 17 Prix Nobel), évaluent la possibilité d’une catastrophe provoquée par des armes nucléaires en concomitance avec le changement climatique dû à l’impact humain sur l’environnement.

    L’optimisme prudent sur la possibilité de garder sous contrôle la course aux armements nucléaires s’est évanoui face à deux tendances : l’impétueux développement de programmes pour la modernisation des armes nucléaires et le blocage substantiel du mécanisme de désarmement. A la première place, parmi les causes de la relance de la course aux armements nucléaires, les scientifiques étasuniens mettent le programme de « modernisation » des forces nucléaires USA, qui a un « coût astronomique ». Ils confirment ainsi ce qui a déjà été documenté sur il manifesto (24 septembre 2014[1]) : le président Obama -à qui a été remis en 2009 le Prix Nobel de la paix pour « sa vision d’un monde libéré des armes nucléaires, qui a puissamment stimulé le désarmement »- a présenté 57 projets d’upgrade (modernisation, mise à jour) de sites nucléaires militaires, pour un coût estimé à 355 milliards de dollars en dix ans. Le programme prévoit aussi la construction de 12 nouveaux sous-marins d’attaque nucléaire (avec chacun 24 missiles en mesure de lancer jusqu’à 200 ogives nucléaires), 100 autres bombardiers stratégiques (chacun armé d’environ 20 missiles ou bombes nucléaires) et 400 missiles balistiques intercontinentaux avec base à terre (chacun avec une puissante ogive nucléaire). On estime que le programme complet coûtera environ 1000 milliards de dollars.

     

    La Russie aussi, indiquent les scientifiques étasuniens, est en train de procéder à la modernisation de ses forces nucléaires. Moscou confirme qu’elles feront en 2015 plus de 100 manoeuvres. Selon la Fédération des scientifiques américains, les USA entretiennent 1920 ogives nucléaires stratégiques prêtes au lancement (sur un total de 7300), en comparaison des 1600 russes (sur 8000). Celles de la France et de la Grande-Bretagne comprises, les forces nucléaires de l’Otan disposent d’environ 8000 ogives nucléaires, dont 2370 prêtes au lancement. En ajoutant celles chinoises, pakistanaises, indiennes, israéliennes et nord-coréennes, le nombre total des ogives nucléaires est estimé à 16300, dont 4350 prêtes au lancement.

    Ce sont des estimations approximatives par défaut, puisque personne ne sait exactement combien il y a d’ogives nucléaires dans chaque arsenal.  Ce qu’on sait scientifiquement c’est que, si elles étaient utilisées, elles effaceraient l’espèce humaine de la surface de la Terre. Ce qui rend la situation de plus en plus dangereuse est la militarisation croissante de l’espace.

    Une résolution contre le déploiement d’armes dans l’espace extérieur, présentée par la Russie aux Nations Unies, a reçu un vote négatif de la part des Etats-Unis, Israël, Ukraine et Géorgie, et l’abstention de tous les pays de l’Union européenne. Y compris l’Italie où, en violation du Traité de non-prolifération, se trouvent 70-90 bombes nucléaires étasuniennes en phase de « modernisation », et où pour la seconde année consécutive s’est déroulée la manoeuvre Otan de guerre nucléaire.

    Où les grands médias, qui semblent nous illuminer sur tout, éteignent les projecteurs pendant que l’aiguille de l’Horloge s’approche de minuit.

     Manlio Dinucci

    Edition de mardi 27 janvier 2015 de il manifestotre-minuti-a-mezzanotte/

    Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

     

    [1] « USA, le réarmement nucléaire du Prix Nobel de la paix »

     

    Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il a une chronique hebdomadaire “L’art de la guerre” au quotidien italien il manifesto. Parmi ses derniers livres:  Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013; Geolaboratorio, Ed. Zanichelli 2014;Se dici guerra…, Ed. Kappa Vu 2014.

    janvier 29, 2015
  • Bulletin of the Atomic Scientists moves Doomsday Clock 2 minutes closer to midnight

    (Source: Science Insider, January 29, 2015)

     

    By  Ling Xin  22 January 2015 5:00 pm  81 Comments

     

    The board that runs the Bulletin of the Atomic Scientists (BAS) has decided to move the minute hand on its symbolic Doomsday Clock 2 minutes closer to disaster. The clock now shows 3 minutes before midnight because the “probability of global catastrophe is very high” as a result of continuing climate change and efforts to modernize nuclear weapons stockpiles.

    “In 2015, unchecked climate change, global nuclear weapons modernizations, and outsized nuclear weapons arsenals pose extraordinary and undeniable threats to the continued existence of humanity,” the group said in a statement. “[W]orld leaders have failed to act with the speed or on the scale required to protect citizens from potential catastrophe. These failures of political leadership endanger every person on Earth.”

    At a press conference in Washington, D.C., today, BAS Executive Director Kennette Benedict said accelerating climate change and stalled efforts to reduce nuclear weapons stockpiles had “equal weight” in pushing BAS’s Science and Security Board to reset the clock at 11:57 p.m.

     

    “The reason we feel a greater sense of urgency on the climate issue is that if you want to limit climate change to a certain magnitude, you only have a finite amount of time before the emissions have to stop. Action has to happen soon, starting now, to reduce global emissions,” said Richard Somerville, a member of the board and a climate scientist at the University of California, San Diego.

    There are too many nuclear weapons, added BAS board member Sharon Squassoni, a nonproliferation expert at the Center for Strategic and International Studies in Washington, D.C. The risk is not just that “someone is going to press the button,” she said. “The existence of these weapons takes a lot of time, effort, and money to keep them safe, and the bureaucracies are poised to keep these systems going indefinitely.”

    The two threats can be linked, Benedict noted. For example, many nations are developing nuclear power to help reduce carbon emissions, potentially raising the risk of proliferating nuclear materials. Meanwhile, sea level rise caused by climate change may endanger nuclear power plants built on coastlines. “Taken together, [the trends] pose truly terrible prospects,” she said.

    BAS officials say the last time the Doomsday Clock’s minute hand moved was in January 2012, when it was pushed ahead 1 minute from 6 to 5 minutes before midnight. Since its creation in 1947, the clock has been adjusted only 18 times, ranging from 2 minutes before midnight in 1953 to 17 minutes before midnight in 1991. Before today’s resetting, the clock read 11:57 p.m. just two times: in 1949 when the Soviet Union tested its first atomic bomb and in 1984 when tensions escalated between the United States and the Soviet Union.

    “The urgency is real. We are not saying that it is too late to take actions, but the window for action is closing rapidly,” Benedict warns. “The choice is ours, and the clock is ticking.”

    The board that makes the decision on where to set the clock includes more than 20 scientists, 17 of whom are Nobel laureates.

    With reporting by David Malakoff.

    janvier 29, 2015
  • Towards à World War III Scenario. The Dangers of Nuclear War (Esquisse d’un scénario pour la IIIe Guerre mondiale. Les dangers d’une guerre nucléaire)

    Towards à World War III Scenario. The Dangers of Nuclear War

    (Esquisse d’un scénario pour la IIIe Guerre mondiale. Les dangers d’une guerre nucléaire)

    Global Research, Montréal, Québec, Canada, 2012, 102 pages,

    par

    Michel Chossudovsky

    Compte rendu

    par

    Ivo Rens.

     

     

    Michel Choduchovsky, citoyen canadien, professeur émérite de sociologie à l’Université d’Ottawa, est l’auteur d’un livre à succès, La mondialisation de la pauvreté, paru en 1997, et de nombreux ouvrages dont Guerre et mondialisation paru en 2002. Il est le directeur du Center for Research on Globalization qui anime le site anglophone Global Research et le site francophone Mondialisation.

    Dans son ouvrage sur Guerre et mondialisation, publié aux éditions Ecosociété, à Montréal, en 2002, il retrace les suites du Onze septembre 2001 dont il conteste la thèse officielle. Alors que, pendant la guerre froide, les Etats-Unis d’Amérique n’avaient cessé de soutenir l’intégrisme armé islamiste tant en Afghanistan qu’en URSS, en Chine et au Kossovo, comment croire que l’ancien agent de la CIA, Oussama Ben Laden, et son mouvement Al Qaïda auraient pu déjouer la vigilance des multiples services de sécurité bénéficiant de budgets pléthoriques de plusieurs dizaines de milliard de dollars ? Sous le choc hyper-médiatisé de ce nouveau Pearl Harbour, la politique américaine a subi une mutation sans précédent, l’impératif sécuritaire ayant considérablement réduit les droits et libertés individuels fondés sur la Constitution de 1787 et ses amendements et imposé, avec la guerre contre le terrorisme et les Etats voyous, une orientation ouvertement militariste et hégémonique à ses relations extérieures

     

    Dans un ouvrage ultérieur intitulé Towards à World War III Scenario. The Dangers of Nuclear War, publié en 2012 par Global Research, à Montréal, Michel Choduchovsky explore le devenir et l’aboutissement probable de l’interventionnisme militaire des Etats-Unis et de leurs alliés de l’OTAN.

    Cet interventionnisme s’est déjà manifesté, lors de la Guerre du Kossovo menée sous l’égide de l’OTAN, en invoquant des motivations humanitaires. A cette occasion, l’OTAN supplanta le Conseil de sécurité des Nations Unies.

    Lors de l’insurrection libyenne de mars 2011, il y eut bien une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies imposant une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye “pour des motifs humanitaires“, en vue de protéger les populations insurgées de l’est pétrolier de la Libye menacées d’être écrasées par les troupes fidèles à Mouamar Kadhafi. Mais l’intervention militaire des Français, des Anglais et des autres Etats de l’OTAN eut tôt fait d’outrepasser la résolution du Conseil de sécurité et de renverser le régime en place honni depuis longtemps par les Etats-Unis.

    Toutefois, il y a beaucoup plus grave. L’auteur indique, références à l’appui que, déjà sous la présidence de Clinton, un plan avait été conçu pour exercer une “attaque nucléaire préventive“ contre le prétendu entrepôt souterrain d’armes chimiques de Tarhunah en Libye. Cette notion d’attaque nucléaire préventive avait été conçue par certains stratégistes américains de la Guerre froide, adeptes des simulations sur ordinateurs, comme une alternative à l’équilibre de la terreur, mais ce n’est qu’en 1996 qu’il fut envisagé, pour la première fois, d’y recourir.

     

    Le chapitre premier intitulé “Introduction“ est consacré à l’analyse des travestissements opérés par la propagande officielle pour présenter les opposants à l’hégémonisme étatsunienne et à ses visées géopolitiques comme des menaces pour la paix mondiale. L’optique américaine est marquée par la tradition du cinéma et des séries télévisées, souvent sponsorisées par la CIA, qui présentent la destruction violente mais légitime des méchants par les bons.

    La propagande étatsunienne fait l’impasse sur le fait que les versions terroristes de l’Islam ont été propagées par le wahabisme et le salafisme saoudiens en Afghanistan, mais aussi dans les Balkans, du temps de l’occupation soviétique, avec l’appui actif des services secrets américains qui en furent très largement les concepteurs.

    Déjà sous la présidence de Clinton, la perspective de voir l’Iran se doter d’un armement nucléaire offrit aux stratèges américains l’occasion de conceptualiser la libéralisation et la dérégulation de l’utilisation des “mininukes“, c’est-à-dire des armes nucléaires tactiques, dont la puissance irait d’un tiers à six fois seulement celle d’Hiroshima, afin de détruire les usines atomiques souterraines de Téhéran. Tout cela a été entériné dans un document officiel des Chefs d’états-majors communs datant de mars 2005 et intitulé “Doctrine en matière d’opérations nucléaires communes“. Cette “nouvelle doctrine établit que le Commandement, le Contrôle et la Coordination (CCC) relatifs à l’utilisation d’armements nucléaires doivent être “flexibles“ et permettre aux commandants régionaux de décider si et quand ils recourront à des armes nucléaires“. De surcroît, cette nouvelle doctrine se recommande pour des raisons humanitaires et pour préserver la paix mondiale. (sic)

     

    Dans son chapitre deuxième, intitulé “Les dangers de la guerre nucléaire“, l’auteur retrace le cheminement de cette nouvelle doctrine depuis le Onze septembre 2001. La Revue de la posture nucléaire du Pentagone, datée du 31 décembre 2001, envisage des plans d’éventualités (contingency plans) comportant une attaque nucléaire préventive non seulement contre l’Iran et la Corée du nord, mais également contre la Russie et la Chine. Ce document entérinant la stratégie d’attaque préventive a été adopté par le Congrès vers la fin de 2002.

    L’auteur s’attarde quelque peu sur la réunion secrète des quartiers généraux du Commandement stratégique qui s’est tenue, le 6 aout 2003 (anniversaire d’Hiroshima) à Omaha, au Nebraska. Une fuite de l’ordre du jour lui a permis d’apprendre qu’il y fut question de “mininukes“, donc d’armes nucléaires tactiques, notamment de démolisseurs de bunkers (bunker-busters), pouvant être utilisés contre des Etats voyous.

    Mais ce qui a davantage retenu son attention, c’est que participèrent à cette réunion quelque cent cinquante représentants des firmes sous contrat militaire. Les cinq principales sont Lockheed Martin, General Dynamics, Northrop Grunman, Raytheon et Boeing, dont les profits se comptent en milliards de dollars. Cette collaboration intime entre les fabricants et leurs commanditaires militaires est telle que l’auteur parle de “privatisation de la guerre nucléaire“ en préparation.

    Dans la foulée du Onze septembre, le recours à l’arme nucléaire a été intégré à la Guerre contre le terrorisme déclarée par le Président George W. Bush, avec pour cibles les Etats voyous, détenteurs d’armes de destruction massive, et les extrémistes islamistes. Un document officiel intitulé Stratégie nationale de sécurité (National Security Strategy), publié par la Maison blanche en 2002, justifie la chose en ces termes :

    « Les Etats-Unis ont retenu depuis longtemps l’option des actions préventives pour contrer une menace conséquente pesant sur notre sécurité nationale. Plus grande est la menace, plus grand est le risque de notre inaction, et plus contraignante est la nécessité de prendre des actions anticipées pour nous défendre… Afin d’anticiper ou prévenir de tels actes hostiles de nos adversaires, les Etats-Unis agiront, si nécessaire, de façon préventive.“ (pre-emptive).

    Sous la présidence de George W. Bush, Al Qaida était considérée comme une puissance nucléaire en devenir. Sous Obama, c’est l’Iran qui est accusée de “terrorisme nucléaire“. Aussi est-il envisagé de la neutraliser en l’attaquant préventivement avec un mélange d’armes nucléaires et d’armes conventionnelles. C’est cette combinaison qui présentera la meilleure efficacité militaire, le moins de dommages collatéraux et de risques d’escalade.

    Michel Chossudovsky relève que cette littérature fait l’impasse sur le problème des retombées radioactives et le risque de voir une guerre nucléaire provoquer un hiver nucléaire, perspectives connues depuis la dernière partie de la Guerre froide.

    En 2012, année de parution de Towards à World War III Scenario. The Dangers of Nuclear War, les Etats-Unis avaient équipé Israël de quelque 500 engins nucléaires démolisseurs de bunkers (bunker-busters) BLU 109 qui s’ajoutent aux armes nucléaires fabriquées en Israël.

    L’Europe n’est pas en reste. Voici ce qu’en dit Michel Chossuovsky :
    “Plusieurs pays d’Europe occidentale, officiellement considérés comme des Etats non nucléaires, possèdent des armes nucléaires tactiques américaines qui leur ont été fournies par le Pentagone. Les Etats-Unis ont fourni quelque 480 bombes thermonucléaires B61 à cinq pays non nucléaires membres de l’OTAN, à savoir la Belgique, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Turquie. Les Etats-Unis ont activement contribué à la prolifération d’armes nucléaires en Europe occidentale, prolifération poliment négligée par l’Agence atomique des Nations Unies basée à Vienne.“

    L’auteur signale l’alignement de l’OTAN sur la politique militaire étatsunienne. Selon lui, le Nouveau concept stratégique de l’OTAN, adopté par les chefs d’Etats et de gouvernement de l’OTAN à Lisbonne en novembre 2010, consacre leur adhésion à la doctrine de l’attaque nucléaire préventive comme instrument de paix. Sur ce point, toutefois, il se trompe car ce texte ne fait nulle allusion à l’attaque nucléaire préventive. Il n’en résulte pas qu’il ait tort sur le fond. En effet, les dirigeants de l’OTAN ne peuvent ignorer que tel est bien le choix stratégique des Etats-Unis qui est, de loin, la plus grande puissance de l’alliance et son véritable cerveau. Vraisemblablement, l’adhésion à la stratégie de l’attaque nucléaire préventive des Etats rétifs aux desseins de l’Empire américain fait partie du non dit des élites dirigeantes européennes. Et qui plus est, selon Michel Chossudovsky, les Etats-Unis et leurs alliés, y compris Israël et la Turquie, sont militairement prêts.

    Les scénarios du Pentagone ne peuvent ignorer que la Chine et la Russie sont, non officiellement certes, des alliés de l’Iran et qu’il est peu probable qu’ils resteront passifs face à l’agression de l’Iran…

     

    Le chapitre troisième, intitulé “La sainte croisade de l’Amérique et la bataille pour le pétrole“ dévoile la dimension économique de la stratégie de l’Empire américain.

    La Guerre globale contre le terrorisme est présentée par ses concepteurs comme un “clash des civilisations“ alors qu’elle vise la conquête d’objectifs économiques, à commencer par le pétrole. Mais, en Asie centrale, comme au Proche-Orient, la “guerre contre le terrorisme“ a pour objectif principal de transférer à des multinationales l’exploitation d’immenses gisements pétroliers, préalablement privatisés, grâce à l’intervention du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Ce sont des aréopages (think tanks) néoconservateurs qui ont soigneusement formulé la campagne contre l’“Axe du mal“ qui sert de couvert à l’entreprise.

    Cette dernière comporte, comme nous l’avons déjà signalé, d’importantes restrictions dans le domaine des droits civiques et de la protection de la sphère privée qui évoquent l’Inquisition des siècles écoulés. Mais les méthodes de l’Inquisition sont sérieusement dépassées par le programme d’assassinats extrajudiciaires lancé par la Maison blanche, assassinats qui portent sur des musulmans américains soupçonnés de terrorisme.

    Relevons ici que, en décembre 2014, le Sénat américain a été saisi d’un rapport sur les tortures pratiquées par la CIA, non seulement à Guantanamo et dans les pays sous occupation américaine, mais également dans des prisons secrètes de la CIA hébergées par plusieurs pays européens, rapport qui confirme largement les accusations de Michel Chossudovsky.

     

    Le chapitre quatrième est intitulé “Préparation de la IIIe Guerre mondiale“.

    L’auteur y décrit l’état de préparation des forces des l’OTAN. La défense aérienne des vingt-huit pays membres de cette alliance est complètement intégrée. La coordination militaire de l’OTAN s’étend en partie aux Etats arabes membres du Dialogue méditerranéen de l’OTAN et de l’Initiative d’Istanbul ainsi notamment qu’à l’Arabie saoudite, au Japon, à la Corée du sud, à l’Inde, à l’Indonésie, et à l’Australie.

    En juin 2010, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté une quatrième série de sanctions contre la République islamique d’Iran, quelques jours à peine après son refus d’adopter une résolution sur l’abordage, en haute mer, d’une flottille d’aide humanitaire pour Gaza. Et, curieusement, la Russie et la Chine se sont jointes à ces sanctions nonobstant les relations étroites qui les unissent à cet Etat.

    La désinformation de l’opinion publique a remarquablement réussi. Les médias occidentaux ont réussi à faire accroire que, du fait de son programme nucléaire militaire, l’Iran constituerait une menace vitale pour Israël et pour la paix mondiale. Michel Chossudovsky affirme que ce programme est inexistant. Sans doute a-t-il été freiné par les inspections de l’Agence atomique des Nations Unies et par les sanctions

    internationales, mais je ne suis pas sûr que l’auteur ait raison lorsqu’il le déclare inexistant. Toujours est-il que, jusqu’ici, l’Iran ne menace aucun Etat et que ce sont les Etats-Unis et l’OTAN qui menacent l’Iran d’une attaque préventive qui utiliserait, pour la première fois depuis 1945, des armes nucléaires. Tandis qu’en 2006 les sondages donnaient deux tiers des Américains comme opposés à une attaque de l’Iran, en 2010, 56% d’entre eux s’y déclaraient favorables. La découverte récente du second plus important gisement pétrolier en Iran n’a pu qu’encourager les Etats-Unis, l’OTAN et Israël à se préparer à attaquer l’Iran.

    Aussi les médias occidentaux n’hésitent-ils pas à faire battre les tambours de la guerre, pour une guerre humanitaire, pour une guerre contre la guerre. Et l’opinion publique reste amorphe.

    L’une des raisons de la démobilisation de l’opinion publique américaine réside dans la division du mouvement pacifiste dont l’auteur pense qu’il a été infiltré.

    Paradoxalement, quand les médias occidentaux parlent de crise, il s’agit généralement de la crise du changement climatique et ils taisent la menace qu’une guerre mondiale nucléaire en préparation avancée fait peser sur la Terre-mère, y compris sur son système climatique en lui imposant un hiver nucléaire qui pourrait durer des années et entrainer la disparition de l’humanité. Et ce que l’auteur omet de préciser, c’est que la pollution radioactive de la biosphère se prolongerait pendant des centaines de milliers d’années, provoquant l’extinction d’un grand nombre d’espèces, à commencer par les mammifères.

    Qu’elles interviennent ou pas dans le conflit que déclencheraient les Etats-Unis, l’OTAN et Israël, la Russie et la Chine figurent comme les étapes ultimes de la longue guerre américaine “contre le terrorisme“ qui est, en réalité, une guerre pour l’hégémonie mondiale.

     

    Le chapitre cinquième est intitulé “Cibles iraniennes d’armes nucléaires“.

    L’auteur y traite d’abord de la fabrication de prétextes pour le déclanchement d’attaques nucléaires préventives. Ces prétextes sont de deux ordres : d’une part, la prétendue détention par l’Iran d’armes de destruction massive et plus particulièrement d’armes issues de son programme nucléaire, d’autre part, son prétendu soutien aux terroristes islamistes. Ces deux thèmes voisins sont traités par la campagne de propagande et de désinformation dont nous avons déjà parlé.

    Mais, il est d’ores et déjà établi que les Etats-Unis ne sont pas seuls à pouvoir déclencher les hostilités, Israël est parfaitement en mesure d’en prendre l’initiative.

    Obama ayant largement endossé la doctrine de l’attaque nucléaire préventive de son prédécesseur, l’Iran fera l’objet de bombardements conventionnels et d’attaques nucléaires qui viseront, en principe, ses installations atomiques souterraines. Toutefois, les destructions ne se limiteront pas à ces dernières, elles s’étendront aux systèmes de transport et aux infrastructures iraniennes, sans parler des immenses souffrances infligées.

    L’auteur donne quantité de détails sur les armes et les stratégies à disposition des Etats-Unis et sur les objectifs qui pourront être visés.

    Mais quelles qu’en soient les modalités, une conclusion s’impose : L’utilisation contre l’Iran de l’arme nucléaire, par les Etats-Unis, l’OTAN ou Israël présente un risque majeur d’amorcer une IIIe Guerre mondiale comportant une escalade nucléaire menaçant l’avenir même de l’humanité.

     

     

    Le chapitre sixième et dernier est intitulé “Renversons la marée montante de la guerre“.

    Le ton de ce chapitre tranche sur celui des précédents. Le professeur cède la place au prophète. Le monde est à la croisée des chemins. La guerre nucléaire qui se profile en Iran a toutes les chances de se propager à l’échelle du monde et de mettre fin à l’humanité. Seule la vérité peut sauver la paix en dévoilant l’accumulation de mensonges sur lesquels repose l’impasse actuelle.

    L’auteur n’entend pas susciter une campagne de protestation ni demander à Barack Obama de se conformer à la Convention de Genève et à la Charte de Nuremberg. Il faut seulement, mais il faut impérativement, dénoncer les mensonges officiels. Il faut que naisse et se développe, aux Etats-Unis et dans les pays vassalisés, un mouvement anti-guerre bien différent du mouvement pacifiste existant qui a été contaminé par le mensonge ambiant.

    Le mensonge originel de l’impasse actuelle n’est autre que l’imputation des événements tragique du Onze septembre à Osama Ben Laden et à Al Qaida. Il est établi que Osama Ben Laden et Al Qaida ont été utilisés par la CIA dans le cadre de la lutte antisoviétique en Afghanistan et tout indique une complicité des plus hautes sphères de Washington dans le Onze septembre.

    Quand ce mensonge originel sera dissipé, la guerre contre le terrorisme perdra sa raison d’être, le terrorisme se dissipera de lui-même, comme se dissipera aussi la légitimité du programme militaire des Etats-Unis, de l’OTAN et d’Israël.

    Revenant à l’Iran, l’auteur prend l’exemple de l’un des mensonges propagés sur l’Iran. On l’accuse notamment de vouloir “rayer Israël de la carte du monde“.

    L’auteur a entrepris de rechercher et de découvrir le texte farsi de Mahmoud Ahmadinejad du 25 octobre 2005 dans lequel il aurait prononcé ces mots. Or, il ne les a pas prononcés. Il a cité l’imam Khomeini, lequel avait déclaré que le régime qui occupe Jérusalem doit disparaître. Souhaiter la disparition d’un régime est une chose, souhaiter rayer un pays de la carte en est une tout autre.

    Mais ce n’est là que l’un des innombrables mensonges que les nouveaux pacifistes devront dénoncer. Ils devront le faire à tous les niveaux de la vie sociale, dans tous les pays impliqués par les programmes militaires américains, de l’OTAN et de la coalition des pays engagés dans l’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak. Ils devront le faire dans les forces armées américaines. Les militaires américains devront désobéir aux ordres émanant de leurs supérieurs qui tiennent les leurs du Président car, depuis le Onze septembre, le Président viole constamment la Constitution. La loi dite Patriot Act, qui a détruit les droits fondamentaux institués par la Constitution et ses amendements et posé les bases d’un Etat policier, doit être abolie.

    Le Président et Commandant en chef des Etats-Unis viole ouvertement non seulement tous les principes du droit interne mais aussi ceux du droit international. Il en va de même des dirigeants des pays de l’OTAN, vassaux des Etats-Unis. Il faut démanteler l’OTAN qui, d’une organisation défensive est devenue, après l’effondrement de l’URSS, une organisation hautement agressive. Les bases américaines à l’étranger doivent être démantelées, les troupes stationnées à l’étranger doivent être rapatriées.

    Il faut dévoiler au monde la nature criminelle des projets militaires de l’OTAN, à commencer par l’idée d’attaque nucléaire préventive. Ce sont des crimes contre la paix. Et il n’en est pas de plus graves car leur aboutissement est la fin de l’humanité.

    A la lumière du Principe IV du Tribunal de Nuremberg, le Commandant en chef est un criminel de guerre. Les responsables de la politique agressive de l’OTAN le sont tous. Il faut donc leur désobéir et promouvoir la désobéissance civile et militaire. Il faut réussir à les isoler de leur électorat. Pour cela, il faut décrédibiliser les meédias tenus en laisse par les multinationales, il faut dénoncer les fausses crises, notamment épidémiques, qu’ils suscitent afin de masquer les vrais problèmes qui sont ceux de la menace de guerre mondiale.

    Bref, il faut, à tout prix, désamorcer la croisade militaire des Etats-Unis, de l’OTAN et d’Israël.

    A ce prix, nous ferons renaître l’espoir.

     

    20 décembre 2014

     

     

     

     

     

     

     

     

    décembre 22, 2014
  • Les États-Unis sur le «pied de guerre»: une mesure législative ouvre la voie à la guerre contre la Russie

    Par Prof Michel Chossudovsky
    Mondialisation.ca, 12 décembre 2014
    Url de l’article:
    http://www.mondialisation.ca/les-etats-unis-sur-le-pied-de-guerre-une-mesure-legislative-ouvre-la-voie-a-la-guerre-contre-la-russie/5419376

    Les États-Unis sont sur le pied de guerre. Si un scénario de Troisième Guerre mondiale fait partie des plans du Pentagone depuis plus de dix ans, une action militaire contre la Russie est désormais envisagée au « niveau opérationnel ». De même, le Sénat et la Chambre des représentants ont présenté un projet de loi légitimant une guerre contre la Russie.

    Il ne s’agit pas d’une « guerre froide ». Aucune des garanties de la guerre froide n’est en vigueur.

    Il y a eu une rupture dans la diplomatie Est-Ouest, accompagnée d’une abondante propagande de guerre. Les Nations Unies ont pour leur part fermé les yeux sur de nombreux crimes de guerre commis par l’alliance militaire occidentale.

    L’adoption d’un important projet de loi par la Chambre des représentants des États-Unis le 4 décembre (H. Res. 758) donnerait de facto (si elle est adoptée au Sénat) le feu vert au président et commandant en chef étasunien de lancer – sans approbation du Congrès – un processus de confrontation militaire avec la Russie.

    La sécurité mondiale est en jeu. Ce vote historique, pouvant potentiellement affecter la vie de centaines de millions de personnes dans le monde, n’a reçu pratiquement aucune couverture médiatique. Il règne un silence médiatique total.

    Le monde est à un carrefour dangereux. Moscou a réagi aux menaces des États-Unis et de l’OTAN. Ses frontières sont menacées.

    Le 3 décembre, le ministère de la Défense de la Fédération de Russie a annoncé l’inauguration d’une nouvelle entité militaro-politique qui prendrait le relais en cas de guerre.

    La Russie lance un nouveau centre de défense nationale, destiné à surveiller les menaces à la sécurité nationale en temps de paix, mais qui prendrait le contrôle de l’ensemble du pays en cas de guerre. (RT, le 3 décembre, 2014)

    Chronologie des préparatifs de guerre

    En mai 2014, la Loi sur la prévention d’une agression russe (Russian Aggression Prevention Act of 2014, RAPA ) a été présentée au Sénat des États-Unis (S 2277). Elle appelle à la militarisation de l’Europe de l’Est et des États baltes, ainsi qu’au stationnement de troupes des États-Unis et de l’OTAN aux portes de la Russie :

    S.2277 – Loi sur la prévention d’une agression russe de 2014

    Demande au président de : (1) mettre en oeuvre un plan visant à augmenter l’appui des États-Unis et de l’OTAN aux forces armées de la Pologne, l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie, et d’autres membres de l’OTAN ; et (2) demande au représentant permanent des États-Unis auprès de l’OTAN de se pencher sur la possibilité de baser définitivement des forces de l’OTAN dans ces pays.

    Demande au président de soumettre un plan au Congrès pour accélérer les efforts de défense antimissile de l’OTAN et de l’Europe.

    Alors que la résolution S 2277 a été envoyée à la Commission des relations étrangères du Sénat pour examen, ses prémisses essentielles sont déjà mises en oeuvre. À la mi-juillet, le commandant de l’OTAN en Europe, le général Philip Breedlove, en consultation avec le Pentagone et le ministère britannique de la Défense, a appelé à « stocker suffisamment d’armes, de munitions et autres approvisionnements sur une base militaire en Pologne afin de soutenir un déploiement rapide de milliers de soldats contre la Russie ». (RT, 24 juillet, 2014.)

    nato wales summit globalresearch.caSelon le général Breedlove, l’OTAN a besoin de « fournitures et de capacités pré-positionnées, et d’une base prête à accepter rapidement des forces de remplacement » :

    « Il a l’intention de recommander la mise en place de fournitures – des armes, des munitions et des boîtes de rations – au quartier général pour permettre un afflux soudain de milliers de troupes de l’OTAN ». ( Times, 22 août 2014, c’est l’auteur qui  souligne.)

    Lors du Sommet de l’OTAN en septembre dernier au pays de Galles, Breedlove a réaffirmé son « scénario de guerre éclair », pouvant potentiellement conduire à une escalade militaire. Un soi-disant plan d’action de l’OTAN contre la Fédération de Russie a été mis sur pied et le Sommet du pays de Galles a donné le « feu vert » à une telle action.

    À peine un mois plus tard, en Octobre, des exercices militaires des États-Unis et de l’OTAN ont eu lieu dans les États baltes. Au début novembre, une seconde série d’exercices a eu lieu à la fois dans les pays baltes et en Europe de l’Est.

    Les exercices militaires de l’OTAN Épée de fer 2014, impliquant la participation de neuf pays membres de l’Alliance Atlantique, ont été lancés en Lituanie au début novembre dans le cadre de cette série de plus grande envergure :

    « Des chars d’assaut étasuniens sont entrés en Lituanie au début du mois dans une démonstration de force à l’endroit de la Russie, une opération qui n’est pas la bienvenue dans la région. »

    Les exercices militaires ont été explicitement dirigés à l’endroit de la Russie. Selon Moscou, ils consistaient  à « augmenter la capacité opérationnelle » ainsi que le transfert de l’« infrastructure militaire de l’OTAN aux frontières russes ».

    En réaction aux déploiements de l’OTAN aux frontières de la Russie, celle-ci a également mené au début novembre à d’importants jeux de guerre dans la mer de Barents. Les exercices russes consistaient à essayer « toute la triade nucléaire composée de bombardiers stratégiques, de sous-marins [et du] missile balistique intercontinental en silo Topol-M lancé à Plesetsk en oblast d’Arkhangelsk » le 1er novembre 2014.

    La résolution H. Res. 758 de la Chambre des représentants des États-Unis

    Le 18 novembre, une importante résolution, H. Res. 758, a été déposée à la Chambre des représentants. Son principal objectif consiste à dépeindre la Russie comme un « pays agresseur », qui a envahi l’Ukraine, et à appeler à une action militaire contre la Russie :

    Vous pouvez regarder le discours en Chambre du Rep. Kinzinger sur la législation (en anglais)

    Source: Infolettre Mondialisation. Ca du 17 décembre 2014.

    décembre 17, 2014
  • Extraits d’une interview de Noam Chomsky

    Linguiste et intellectuel engagé

    Le 7 novembre 2014

    http://rt.com/news/203055-us-russia-war-chomsky/

    Traduit par Ivo Rens

     

    La nouvelle OTAN, issue de l’effondrement de l’Union soviétique, est une force d’intervention dirigée par les Etats-Unis, avec une mission radicalement différente de l’OTAN des origines.

     

    « En fait, on peut se demander pourquoi l’OTAN a continué à exister. La justification officielle de l’OTAN des origines fut de défendre l’Europe occidentale des hordes soviétiques qui auraient pu l’attaquer. »

    « La mission de l’OTAN a changé. La mission officielle de l’OTAN vise désormais le contrôle international des pipelines, du système énergétique global. C’est-à-dire de contrôler le monde. »

     

    Le monde approche sinistrement de la guerre nucléaire.

     

    « Il s’en est approché sinistrement plusieurs fois dans le passé, de très près. Et cela pourrait se passer à nouveau, mais de façon non planifiée, simplement le jeu d’interactions accidentelles. A plusieurs reprises déjà de tels cas se sont produits, pas aussi graves, mais des cas où l’intervention humaine n’avait que quelques minutes pour éviter une guerre nucléaire. Nul ne peut garantir qu’il en ira toujours de même. »

    «  Peut-être la probabilité n’est-elle pas élevée à chaque fois, mais lorsque que vous jouez continuellement à un tel jeu, avec une faible probabilité de désastre, vous ne pouvez manquer de perdre. Et à présent, spécialement avec la crise ukrainienne, avec les prétendus systèmes de défense par missiles près des frontières de la Russie, la situation est menaçante. »

     

    La coalition anti-Etat Islamique au Levant n’a d’autre sens que d’être illégale.

     

    «  Un Etat respectueux du droit se serait adressé au Conseil de sécurité, lui aurait demandé de déclarer que la paix est en danger et lui l’aurait prié d’organiser la réponse adéquate. Et cela pourrait se faire. Les Etats-Unis pourraient y prendre part, mais il en irait de même de l’Iran » qui est une puissance militaire importante et qui pourrait vraisemblablement éliminer rapidement l’Etat Islamique au Levant, si elle était autorisée à se joindre au conflit sur terre.

    novembre 12, 2014
  • L’ineptie des sanctions économiques

    par Arnaud Dotézac
    paru dans la revue Market, Genève,
    Numéro 118, septembre-octobre 2014.

    Tout le monde sait que l’efficience des sanctions économiques contre la Russie est incertaine. Dans le cas de la Suisse, son évaluation n’est même pas proposée, bien que des effets boomerang sévères puissent apparaître, notamment dans le secteur du trading pétrolier de Genève. On connaît l’effet d’entraînement que l’arrivée de Lukoil a créé dans ce secteur et ce que son départ signifierait. Cette absence de pesée des intérêts est un mode de gouvernement en soi inhabituel, sauf à ce que des enjeux non dévoilés motivent cette décision. En parallèle, les aspects normatifs restent à l’écart du débat. Les choses iraient-elles de soi, dans une sorte d’impensé collectif ? Ce n’est pas notre sentiment et si la solidité légale des sanctions helvétiques était seulement de façade, alors oui, il y aurait quelque chose d’inepte à les avoir prises.   La Suisse s’est donc ralliée aux sanctions économiques américano-européennes contre des citoyens russes ad hominem et contre des intérêts économiques stratégiques de leur pays et ce, dès le 2 avril 2014. Elle l’a fait presque l’air de rien. Son message n’était pas celui de la punition directe et offensante, à l’instar de ses « partenaires commerciaux », mais celui de la sanctuarisation du territoire helvétique. Sa motivation officielle est en effet d’éviter que le pays ne devienne un espace de « contournement » de ces mesures punitives édictées par d’autres, qu’il ne soit pas le refuge de tous les « Sanctionnés de la Terre ». On en serait presque à se retrouver dans un discours de pure neutralité. Pourtant, à y regarder de près, c’est exactement le contraire qui est à l’œuvre.   Gardons à l’esprit que les sanctions internationales non militaires[1] ne sont pas des verdicts judiciaires mais des décisions gouvernementales, qui matérialisent donc des choix politiques. Contrairement à une méprise fréquente, le fait d’être sanctionné par un État ou un groupe d’États, ne repose sur aucune procédure ou condamnation pénale préalable, c’est-à-dire sur aucun crime ou délit qui soit judiciairement avéré. Ces mesures ne « sanctionnent » donc pas des faits punissables selon le droit commun, mais plutôt une relation politique entre États. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle une même situation sera traitée différemment selon la nature des relations choisies entre deux ou plusieurs Etats. On a vu ce double standard fonctionner pour le Kosovo, une province arrachée à la Serbie sans même un vote populaire et que Berne s’était empressée de reconnaître comme Etat souverain. Il ne s’agit pas ici de contester le choix de Berne mais simplement de rappeler que le double standard est possible en droit international public.

    Le double standard est possible en droit international public

    Tout l’édifice de ce droit a ceci de particulier qu’il n’est pas construit par une autorité législative supérieure mais qu’il repose sur le principe essentiel de sa libre appréciation par chaque État souverain. Chaque Etat apprécie pour lui-même sa situation juridique à l’égard des autres Etats et chaque interprétation étatique est aussi licite qu’une autre. En pratique, aucun État n’est lié juridiquement par la position d’un autre État, sauf par la voie de l’accord volontaire qu’est le traité ou l’adhésion à une organisation internationale, ou encore par le consensus explicite. Ceci nous amène à la nature de la sanction. Dès lors qu’un État censeur en sanctionne un autre, il rompt symboliquement cette égalité de souveraineté, qui est pourtant protégée par le principe d’immunité de juridiction des Etats agissant dans leur souveraineté. Dans le fait même de punir, le censeur se déplace donc mécaniquement au-dessus de l’Etat puni, il s’attribue une autorité supérieure, quasi-judiciaire, puisque d’une part, il trace la frontière entre ce qui est fautif et ce qui ne l’est pas et que d’autre part, il apprécie seul l’opportunité de la sanction, son calendrier et son intensité. Le discours politique passe alors au registre du dominant-dominé avec tous les ingrédients de la belligérance qui s’y trouvent. C’est ce que fait la Suisse à l’égard de la Russie. Pour oser cette rupture d’égalité, le censeur doit pourtant disposer d’une plus grande puissance économique et/ou militaire que l’Etat puni, faute de quoi il pourrait se retrouver à devoir subir des représailles à la mesure du différentiel de puissance. C’est en cela que les mesures restrictives traduisent toujours l’affirmation d’un rapport de force[2]. Le premier constat qui s’impose est que la Suisse s’est placé dans un rapport de force défavorable avec la Russie.   1) les sanctions comme rapport de force   Pour nous convaincre de ce rapport de force, comparons l’effet que produirait un ukase annoncé en grande pompe par l’île de Tobago[3] à l’encontre des Etats-Unis, avec l’effet que provoquerait la décision réciproque des Etats-Unis, à l’encontre de Tobago. Pas besoin d’aller plus loin. Lord Ellenborough, célèbre juge anglais contemporain de Napoléon 1er, s’en amusait déjà en ces termes : « Can the island of Tobago pass a law to bind the rights of the whole world? Would the world submit to such an assumed jurisdiction? [4]».   Inutile de préciser que, même s’ils sont aujourd’hui rattrapés par l’Union européenne, les États-Unis furent les champions toutes catégories dans ce domaine. Durant les deux mandats de Bill Clinton, ils auront mis en œuvre près de la moitié de leurs 170 procédures de sanctions décidées au cours du XXè siècle. Cette « culture de la rétorsion[5] » dans les relations internationales remonte à la présidence de Woodrow Wilson (1913 à 1921). Ce dernier voyait dans l’embargo, le boycott et la mise au ban des nations déviantes (rogue states, déjà), la panacée du règlement des conflits. Pour lui, « une nation qui est boycottée est une nation sur le point de capituler. Appliquez ce remède économique, pacifique, silencieux et meurtrier et il ne sera pas nécessaire de recourir à la force ». Dans l’idéalisme wilsonien, les États-Unis conservaient néanmoins leur position dominante. Au nom du modèle américain de la démocratie et des vertus du capitalisme, ils étaient les vecteurs et les garants d’une propagation « sécurisée » de cette démocratie américaine dans le monde[6]. Un schéma qui semble toujours en vigueur dans la doxa diplomatique actuelle. Les choses ont-elles fonctionné comme il le prévoyait ? La réponse est non. La recette de l’embargo s’avéra beaucoup moins efficace que Wilson ne l’espérait. On sait bien aujourd’hui que la mise sous embargo d’un État n’annonce pas l’imminence de sa capitulation (cf. Iran, Cuba, Corée du Nord et aujourd’hui la Russie) ; que l’embargo n’évacue pas davantage l’usage de la force, mais qu’il en est au contraire le prélude assuré (Ex-Yougoslavie, Irak, Haïti, Libye, Syrie, Russie ?) ; qu’enfin, sa mise en œuvre à géométrie variable (double standard) et son incompatibilité intrinsèque avec les principes fondamentaux du droit international et des droits de l’Homme, en ont fait un instrument qui exacerbe les tensions plus qu’il ne les apaise[7]. Les sanctions actuelles adoptées contre la Russie n’échappent pas à la règle. Les dernières mesures des 11 et 12 septembre 2014 qui attaquent notamment les plus grosses banques russes ainsi que les capacités de développement du secteur énergétique, créent de facto les conditions d’un conflit majeur et frontal avec la Russie. Les américains, les européens, et la Suisse avec eux, savent très bien que les Russes ne se convertiront pas à un modèle imposé de l’étranger, même au titre de la plus extrême menace militaire. Par conséquent, le but officiel des sanctions, qui est de modifier un comportement allégué comme déviant, n’est qu’une façade. Le véritable objectif est ailleurs. Dans quel scenario catastrophe la Suisse s’est-elle ainsi trouvé un rôle ? La déstabilisation avéré et reconnue de l’Ukraine, par Washington et quelques capitales européennes, dès 2013 (sans parler des Révolutions Orange), n’en est que l’avant-goût.

    Les sanctions créent de facto les conditions d’un conflit majeur et frontal avec la Russie.

    Cette situation rappelle d’ailleurs à beaucoup d’égards la stratégie qui fut déjà adoptée par Ronald Reagan en 1981, dans l’affaire dite du « gazoduc euro-sibérien ». Sauf qu’à l’époque, l’Europe s’était opposée très fermement à Washington. Un épisode qui mérite d’être rappelé (cf. Focus1 : Affaire du Ggazoduc euro-sibérien)

    ———– [Focus 1] Affaire du gazoduc euro-sibérien (1981-1982)

    Dès 1980, la France et la RFA ouvrent des négociations visant à doubler la fourniture de gaz soviétique à l’Europe, depuis le gisement d’Ourengoï en Sibérie. Informés, les États-Unis expriment leur réticence, refusant une dépendance énergétique trop forte de l’Europe vis-à-vis de Moscou, trop de transferts technologiques et par-dessus tout l’enrichissement de l’URSS. Le secrétaire d’État Alexander Haig résuma ainsi l’équation : « pas question que l’Europe subventionne l’économie de l’URSS alors que les États-Unis dépensent des milliards de dollars en armement pour se protéger de la menace soviétique [8]». Les premiers contrats sont néanmoins signés en octobre 1981, incluant la participation de l’Europe à la construction du gazoduc. Une vingtaine de sociétés européennes, dont 13 filiales de sociétés américaines, participent à ce consortium. À la suite de l’instauration de la loi martiale en Pologne, Ronald Reagan décrète des sanctions économiques contre l’URSS le 13 décembre 1981, qui interdisent notamment aux sociétés américaines de réexporter vers l’URSS la technologie américaine liée au secteur énergétique, lorsqu’elle était destinée à un pays tiers. C’est l’asphyxie graduelle des relations énergétiques euro-soviétiques qui est en réalité planifiée, comme le révéla Roger Robinson, un jeune banquier de la Chase Manhattan, déjà actif en URSS, et travaillant pour la CIA[9] . On se croirait en 2014, sauf que là, la CEE s’opposa vertement aux sanctions américaines ! En janvier 1982, Français et Allemands signent avec Soyouz gaz, malgré les très fortes pressions US. Le 18 mars, un émissaire américain exige de la France « la suppression de toute subvention de crédits à l’exportation à destination de l’URSS et la suspension de toute garantie publique aux crédits accordés à ce pays ».   Le 14 mai, François Mitterrand déclare à Hambourg devant un parterre d’industriels : « Nous ne sommes pas en guerre [contre l’URSS] ; le blocus économique est un acte de guerre [souligné par nous] qui, d’ailleurs, ne réussit jamais, sauf s’il représente la première phase d’une guerre gagnée ; isolé, il n’a pas de sens[10] ». Le 18 juin 1982, Reagan décrète cette fois l’embargo total contre l’URSS sur le secteur gaz-pétrole, y compris pour les sociétés étrangères travaillant sous licence US. Les sanctions sont qualifiées de « vexatoires, injustes et dangereuses » et attentatoires au principe de «souveraineté», par François Mitterrand. Le 29 juin 1982, le Conseil européen déclare que : « le maintien d’un système ouvert de commerce mondial serait gravement compromis par des décisions unilatérales, avec effet rétroactif [et] par des tentatives d’exercer une compétence juridique extraterritoriale (…) ».   Non seulement les Dix refusent d’appliquer les sanctions, au nom de leur souveraineté, mais ils adoptent des contre-mesures draconiennes, allant de la réquisition pure et simple du matériel destiné à l’URSS, jusqu’à des poursuites pénales contre ceux qui appliqueraient les sanctions américaines. Les États-Unis réagissent à leur tour en révoquant toutes les licences d’exportation, notamment de Dresser-France, de Creusot-Loire et de leurs filiales. Finalement, des inconvénients économiques se font sentir aux États-Unis mêmes, où les initiatives de Reagan apparaissent plus comme des sanctions contre l’Europe que contre l’URSS. Prenant prétexte de la libération de Lech Walesa en Pologne, Reagan lève les sanctions le 13 novembre 1982 et rétablit les licences.   Cette affaire illustre l’étendue des territoires perdus de la souveraineté depuis 30 ans. [fin du texte du focus 1]

    Illustrations du Focus 1

    photo1 G7 Versailles 4-6 juin 1982

    Illustration1 : Ronald Reagan au Congrès du G7 à Versailles, 4-6 juin 1982.

    Archives MB1

    Archives MB2

    Archives MB1

    Illustration 2 : Un exemple de pression sur l’Europe : l’organisation de la tutelle américaine imposée sur les relations commerciales Est/Ouest. Fac-similé de la « National Security Decision Directive 66 », édictée par Ronald Reagan le 29 novembre 1982, source : archives déclassifiées de la Maison Blanche.]

    ———

    Cette culture, qui devient à présent celle de la provocation, est-elle bien conforme au modèle helvétique ? Rien n’est moins sûr. Elle a effectivement comme un goût d’ailleurs, loin de la neutralité bienveillante qui caractérisait la Confédération, spécialement depuis que l’empereur de Russie Alexandre 1er avait su l’imposer en faveur des Suisses, il y a exactement 200 ans. Un bicentenaire qu’on aurait dû fêter dans la bonne humeur et l’affabilité culturelle mais qui fut entaché d’humiliations à courte vue. Nous pensons notamment à la révocation sine die de la visite de Sergueï Narychkine, président de la Douma (chambre basse du parlement russe), par son collègue Ruedi Lustenberger du Conseil national. Une révocation doublée d’une dérobade, en ce qu’elle n’a fait l’objet d’aucun débat, d’aucune explication, sauf la béance du parti pris[11]. On oublie trop souvent que c’est justement pour éviter de tomber dans un tel piège que les autorités helvétiques avaient décliné l’adhésion de la Confédération à l’ONU en 1945. Elles savaient que sa participation aux sanctions économiques était incompatible avec sa politique de neutralité. Et puis on a commandé des consultations académiques expliquant que la neutralité n’avait de sens qu’en rapport avec des conflits armés, qu’il était donc loisible de s’en départir s’agissant des mesures restrictives. On voit qu’en réalité les conflits armés (chauds) et économiques (froids) sont inséparables.   Mais les sanctions ne visent pas seulement les Etats, elles s’appliquent aussi à des individus. Elles ont droit à l’euphémisme de « smart sanctions », sans doute parce que ce sont ceux qui les infligent qui sont « smart » ?   2) Les smart sanctions   L’écart de PIB entre les pays censeurs et leurs cibles est le plus souvent abyssal, de sorte que les populations des pays visés peuvent en souffrir de manière indiscriminée. L’embargo contre l’Irak, dès 1990, sera l’occasion de prendre en compte l’impact humanitaire collatéral de ces mesures. Devant les protestations des organisations humanitaires, les pressions des milieux économiques affectés, les avis de droit, jugements et autres résolutions de l’ONU, les Etats-Unis se décideront à rationaliser l’usage des sanctions générales en leur substituant des mesures ciblées sur les dirigeants des pays ou des organisations en cause (mafieuses ou terroristes) et leurs réseaux d’influence. Dès le 13 avril 1995, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité adresseront une lettre à son président, lui demandant de systématiser le volet humanitaire dans les sanctions prononcées par l’ONU. C’est dans ce contexte que le concept de « smart sanctions » va naître officiellement et revenir en boucle dans des dizaines de rapports, articles et conférences, utilisant toutes les caisses de résonnance offertes à la sphère de communication américaine. La Suisse n’échappera pas à ce mouvement, qui se traduira par l’organisation du « Processus d’Interlaken » et dont le résultat sera l’adoption de la loi sur les embargos de mars 2002. Un texte dont on voit, avec le recul, qu’il fut taillé sur mesure pour entrainer la Suisse dans une application quasi automatique des sanctions américaines. (Cf. Focus 2 : Lois sur les embargos en fin d’article)   En pratique, on dresse des listes noires d’individus qui, sans procès préalable, verront leurs avoirs gelés, leur droit à opérer des transactions refusé, ou encore leurs déplacements interdits. Ils ne bénéficieront d’aucune des protections habituelles des procédures pénales de droit commun. Et comme si cela ne suffisait pas, la norme qui les incrimine sera fatalement promulguée après les faits reprochés, c’est-à-dire qu’on fera une application rétroactive d’une incrimination d’ordre pénal, ce qui est une régression phénoménale de l’Etat de droit[12]. En plus d’une présomption d’innocence renversée et d’une infamie publique assurée, les « blacklistés », se retrouveront le plus souvent punis du simple fait d’avoir une relation avec une personne exposée, une fonction publique ou privée influente, ou seulement soupçonnés, à tort ou à raison, de les avoir. C’est-à-dire qu’ils seront chargés d’une responsabilité pénale du fait d’autrui, cette fameuse « responsabilité collective », que l’on pensait « bannie de la théorie pénale continentale depuis le siècle des Lumières », selon la formule de la professeure Ursula Cassani[13]. Autre régression extraordinaire de l’Etat de droit.   Voici donc comment fonctionne ce « droit smart » : sur la base de simples soupçons, le plus souvent non étayés, afin de ne pas dévoiler des sources issues de la communauté du renseignement, des droits fondamentaux garantis par de solides conventions internationales[14], des constitutions et des lois nationales, vont être déniés à des individus qui pourraient être totalement innocents. Très peu de différence en fait avec les lettres de cachet de l’Ancien régime français, qui permettaient d’embastiller quiconque, sans autre forme de procès qu’une signature du roi en bas d’une feuille de papier. Quant aux agents économiques qui s’approcheraient trop près d’eux, c’est le pénal assuré, sans compter les amendes aussi arbitraires qu’exorbitantes infligées directement par l’administration américaine, sans procès.

    La CEDH a déjà condamné la Suisse pour ses sanctions

    Le Conseil des droits de l’Homme s’insurge régulièrement contre cette pratique qu’il juge parfaitement illégale[15]. Il estime que les toilettages mineurs opérés au Conseil de sécurité comme la création d’un comité chargé d’enregistrer des demandes de radiation des listes noires ou les exemptions éventuelles destinées à couvrir des besoins de base (santé, religion), sont insuffisants. Quant à la Cour Européenne des Droits de l’Homme, elle a déjà condamné des Etats pratiquant les « smart sanctions », en particulier la Suisse.   3) La place de la Suisse dans le concert des sanctions   Comme on l’a dit en introduction, la Suisse ne veut pas apparaître comme un Etat censeur de son propre chef. Elle veut simplement éviter les « contournements ». Cela étant, elle condamne fermement le rattachement de la Crimée à la Russie, qu’elle considère comme une violation grave du droit international. C’est là le fondement juridique interne de son ralliement aux sanctions internationales. Mais si ni l’argument du contournement ni celui de l’illégalité de l’annexion de la Crimée ne s’avéraient corrects, alors les sanctions seraient illicites au regard de l’ordre juridique suisse.

    a) L’argument du « contournement »

    En général on parle de contournement d’une loi lorsque les destinataires de cette loi organisent l’altération d’un rapport de droit, dans le seul but d’échapper à l’application de cette loi, estimée contraire à leurs intérêts privés. Il s’agit en réalité de la classique fraude à la loi, contre laquelle le législateur va se prémunir par la dissuasion grâce à des dispositions complémentaires. Le cas typique est celui de l’évasion fiscale, contre laquelle on dressera tout un arsenal anti-évasion, anti-blanchiment, anti-corruption, etc.   Seulement voilà, l’État qui légifère pour dissuader du contournement d’une norme est toujours celui-là même qui a produit cette norme dans son ordre juridique interne, à l’intérieur de son territoire national. Ce n’est pas la vocation d’un Etat tiers de prendre en charge une telle dissuasion relevant d’une autre souveraineté. A moins que les deux Etats aient organisé une collaboration internationale à cet effet, via un traité entre eux. Mais s’agissant des sanctions contre les Russes, il n’existe aucun traité obligeant la Suisse à s’aligner sur Bruxelles et Washington. Pas même une infime trace de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui leur eût donné un brin de force obligatoire internationale. Alors pourquoi la Suisse se retrouve-elle subjuguée dans cette obligation du non-contournement ? Cela ne peut signifier que deux choses, qui ne sont pas rassurantes:

    • soit le Conseil fédéral s’est subordonné spontanément aux décisions d’Etats souverains et leur a donc abandonné la part correspondante de la souveraineté helvétique, ce qui lui est interdit,
    • soit il a mis en œuvre des accords occultes, ce qui l’est tout autant.

    Pourtant, à y regarder de près, le Conseil fédéral semble bien s’être déterminé en fonction de ces deux aspects. On peut le vérifier simplement: si la Suisse avait adhéré à l’Union Européenne, il n’y aurait pas eu de grande différence de contenu avec les sanctions actuelles prises par Berne. Dans ce qui distingue la position helvétique, on peut certes observer l’escamotage du gel des avoirs des personnes et entités « blacklistées », la Suisse se contentant d’une interdiction d’ouvrir de nouvelles relations d’affaires avec ces dernières. Pour autant, il est admis que ce n’est pas le Conseil fédéral qui a élaboré la liste noire (sa nomenclature est un copié collé des documents américains). Ce n’est pas lui non plus qui a arrêté les incriminations associés aux noms, sensées justifier leur présence sur la liste noire.   Si c’était lui qui avait été à l’origine de la liste noire, il n’aurait pas manqué de s’interdire l’ajout de certaines personnes. Il s’avère en effet que certaines incriminations ne relèvent pas tant d’un acte potentiellement illicite selon la norme américaine, mais de l’exercice d’un droit protégé selon la norme suisse. Prenons le cas de monsieur Sergei Mironov, qui est donc puni personnellement par le Conseil fédéral, alors que ce dernier n’avait sans doute jamais entendu parlé de lui auparavant. Il est député d’opposition de la Douma. Comme tel, il a soumis un projet de loi autorisant l’ajout de nouveaux Etats au sein de la Fédération de Russie, dans la perspective de protéger des populations russes. Si on se rapporte à notre Constitution fédérale, nous lisons que son article 8 al.2 l’aurait protégé en ces termes : « nul ne doit subir de discrimination du fait notamment (…) de ses convictions politiques (…) ». L’article 16 lui aurait garanti la liberté d’opinion et le droit de la former, de l’exprimer et de la répandre librement. Enfin l’article 162 lui aurait garanti l’immunité de parole et d’opinion du parlementaire, comme c’est toujours le cas dans un Etat de droit, notamment au titre de la séparation des pouvoirs.   Le Conseil fédéral s’autorise donc à promulguer une norme restrictive (les ordonnances de sanction ont valeur législative) extraterritoriale, ce qui est en soi une ingérence illicite dans les affaires intérieures russes et en outre en totale violation du cadre constitutionnel dans lequel il est tenu d’exercer son mandat démocratique. La loi sur les embargos a-t-elle vocation à conférer des pouvoirs anticonstitutionnels au Conseil fédéral ? Ce n’est pas l’avis de la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui a déjà condamné la Suisse à cet égard, notamment par son arrêt du 12 septembre 2012 (Aff. Nada). Alors même que Berne arguait de son obligation à mettre en œuvre ces sanctions du fait qu’il s’agissait d’une résolution contraignante du Conseil de sécurité, la Cour a fait prévaloir la protection de la Convention sur cette résolution. Elle a condamné une violation des articles 8 (atteinte au respect de la vie privée et familiale, à l’honneur et la réputation) et 13 (absence de recours effectif). Il est clair que la légalité des sanctions suisses autonomes est encore plus contestable et que les messages politiques du Conseil fédéral voilent sciemment cette réalité.   Mais l’argument du contournement présente aussi une difficulté majeure sur le terrain de la neutralité. Qu’aurait fait notre Conseil fédéral durant la 2ème Guerre mondiale ? Qu’aurait signifié le fait d’appliquer des mesures de contrainte pour éviter que celles, quasiment identiques, prises par nos voisins en guerre, ne soient « contournées » sur notre territoire ? N’eut-ce pas été par définition un acte de guerre ? La mise en œuvre des mesures restrictives économiques de l’Union Européenne par la Suisse révèle ici, en creux, une négation essentielle du droit de neutralité en cas de conflit armé. Et comme déjà indiqué plus haut, il devient de plus en plus difficile de faire la part de l’économique et du militaire sur le terrain ukrainien. Nul ne peut soutenir sérieusement que la recherche d’un affaiblissement économique de la Russie, essentiellement par les membres de l’OTAN, est totalement étanche et distincte par nature, du soutien militaire et policier apporté par ces derniers au régime de Kiev. La frontière étant si floue, soit on se retire du jeu, soit on assume d’en faire partie.   En toute hypothèse, il est patent que le Conseil fédéral transpose les « mesures restrictives » de Bruxelles comme il le ferait s’il s’agissait d’une directive européenne, c’est-à-dire qu’il internalise ici le principe de primauté du droit européen.   Pourquoi ? Le Conseil fédéral ne pouvait-il pas prendre ses propres sanctions de manière vraiment autonome ? Ou au contraire, ne pouvait-il pas résister aux sanctions étrangères au nom du droit de neutralité, comme l’a fait l’Europe dans l’affaire du gazoduc euro-sibérien ? Aurait-on fait pression sur la Suisse ? Mais qui ? Quand ? En quels termes ? Sur quelles bases légales, voire… sous la menace de quel rapport de force ? Le Conseil fédéral n’aurait évidemment pas le droit de rester muet à ce sujet puisqu’il est garant de l’indépendance du pays (articles 54 et 185 de la Constitution fédérale). Il n’est pas non plus imaginable qu’une pression ait pu être exercée pour le contraindre à conclure un accord occulte. On sait qu’une telle ingérence est prohibée et que les principaux « partenaires commerciaux » de la Suisse devraient être par nature respectueux de ce principe puisque c’est, entre autres griefs allégués, à cause de son irrespect par la Russie qu’eux, et la Suisse, disent vouloir la châtier. Un principe qu’on ne résiste pas au plaisir de relire dans la résolution 2625 (XXV) du 24 octobre 1970 de l’Assemblée Générale des Nations Unies : « aucun État ne peut appliquer ni encourager l’usage de mesures économiques, politiques ou de toute autre nature pour contraindre un autre État à subordonner l’exercice de ses droits souverains et pour obtenir de lui des avantages de quelque ordre que ce soit ». Mais un principe à double tranchant si l’on apprenait que la poudrière ukrainienne fut orchestrée par les censeurs actuels, dès l’hiver 2013, voire avant, ce qui semble avéré à certains égards, faisant de la Suisse leur complice en l’embarquant ainsi dans leurs sanctions.   Que dire au final de cet argument du contournement ? Qu’il s’agit d’un excellent révélateur ! Car derrière l’apparence de sa simplicité confinant au bon sens, il se cache à l’évidence des tractations complexes avec à la clé une intégration organique, c’est-à-dire subordonnée, de la Suisse à l’Union européenne, ainsi qu’une mise aux normes de la politique étrangère américaine. Il ne resterait alors de vraiment solide que « la violation du droit international lors de l’annexion de la Crimée », à propos de laquelle « nous ne partageons pas du tout la position de la Russie » disait le président Didier Burkhalter, interviewé le 10 septembre 2014 par Darius Rochebin, sur la RTS.

    b) La violation du droit international du fait du rattachement de la Crimée à la Russie

    Comme on l’a vu plus haut, une affirmation péremptoire de violation du droit international n’est jamais rien d’autre qu’une allégation politique et non l’expression d’une décision judiciaire indépendante. Le président de la Confédération n’a donc pas tort lorsqu’il rapporte une violation du droit international mais ses opposants non plus. Ce faisant, notre gouvernement prend fermement parti, alors qu’il pourrait créer, fidèle à la vocation de la Suisse, l’espace neutre au sein duquel le contentieux pourrait se purger. Mais c’est d’ores et déjà impossible puisque cet espace est saturé de la thèse officielle.   – La thèse officielle   Lorsque l’Ukraine est devenue indépendante en décembre 1991, la Crimée faisait partie de son territoire. En vertu du principe d’uti possidetis[16], les frontières administratives intérieures d’un Etat fédéré qui se sépare de sa fédération d’appartenance, deviennent automatiquement les frontières de l’Etat souverain nouvellement formé. La Crimée n’ayant que le statut de région à l’intérieur de l’ancienne république fédérative d’Ukraine, elle faisait donc partie intégrante de l’Ukraine dès l’indépendance de ce pays. A cela s’ajoute que la Fédération de Russie, nouvellement formée, elle aussi, a reconnu à maintes reprises l’existence de ces frontières et l’intégrité du territoire ukrainien, Crimée incluse, par voie de déclarations autant que de traités.   Sur la validité du référendum d’autodétermination de la Crimée de mars 2014, qui sera l’étape préalable essentielle à sa demande de rattachement à la Fédération de Russie, les experts ont également une position on ne peut plus claire. Le droit à l’autodétermination ne prévaut pas sur la souveraineté étatique et ne permet pas de libre sécession, faute de quoi ce serait un blanc-seing à des recompositions incessantes, d’espaces et de frontières, et la source de tous les conflits qui iraient de pair avec cette instabilité permanente. Les rares cas où la sécession peut s’envisager sont le respect d’une procédure constitutionnelle interne au pays, qui dès lors l’autoriserait, comme cela aurait pu se produire pour l’Ecosse à l’égard du Royaume Uni. Il peut également s’agir de l’émancipation des peuples colonisés (dits « non autonomes ») qui ont fait l’objet d’un statut particulier. Et enfin, la « sécession remède », lorsqu’une minorité est opprimée à tel point qu’il ne reste que cette solution, ce qui correspondrait au cas du Kosovo. Et les experts de conclure que la Crimée ne répond à aucun de ces critères. Toutes ces analyses ont en commun de fixer leur axe à la date de déclaration d’indépendance de l’Ukraine : le 1er décembre 1991.   Du fait de la spécificité auto-interprétative du droit international, déjà mentionnée, rien n’interdit de changer d’axe, notamment historique et d’en analyser les conséquences. Tout ne sera au final, qu’une affaire de consensus politique. Nous avons fait l’exercice et c’est l’importance de ce qu’il dévoile qui nous a convaincu d’en publier le cadre général.

    La communauté internationale reconnaît la souveraineté de l’Ukraine depuis 1945

    – Autre interprétation possible

    Premier constat largement négligé, l’Ukraine était considérée comme un pays souverain bien avant le 1er décembre 1991. On oublie en effet qu’elle figure parmi les membres fondateurs de l’ONU en 1945. A ce titre, elle a siégé deux fois au Conseil de sécurité sur une période cumulée de 4 ans, ce qui n’est tout de même pas rien en termes de reconnaissance internationale. Elle a voté souverainement sur quantité de sujets contraignants pour le reste de la planète, parfois différemment de l’URSS. Elle a également voté pour l’entrée de nouveaux membres au sein de l’ONU et signé un grand nombre de conventions internationales, toutes choses qu’un Etat non souverain ne pourrait bien entendu pas faire. Dans sa relation politique à Moscou, les choses n’étaient pas très éloignée de ce qui dessine pour l’Union européenne. Chaque pays a ses diplomates, dont les membres permanents du Conseil de sécurité, mais les décisions importantes se prennent à Bruxelles. C’est le cas en particulier pour les mesures restrictives. Il n’y avait donc rien d’anormal à ce que la Communauté internationale reconnaisse la souveraineté diplomatique, même partielle, de l’Ukraine et son caractère d’Etats déjà semi-indépendant. Or, lorsque l’Ukraine entre à l’ONU, la Crimée n’en fait pas partie. On le sait, c’est en 1954 que Nikita Khrouchtchev décide du rattachement administratif de la Crimée à l’Ukraine, ce qui apparaît aux yeux de tous comme un simple remembrement interne. Il nous importe peu ici que ce transfert ne se soit pas déroulé en parfaite conformité avec les règles constitutionnelles de l’URSS de l’époque. Ce qui nous intéresse davantage, c’est la conséquence du changement de frontières pour un membre de l’ONU à part entière et pour sa population. En raisonnant par l’absurde, imaginons que ce soit l’entier de la République Fédérative de Russie, qui pour une raison ou pour une autre, aient été absorbée par l’Ukraine, sur ordre de l’URSS. Peut-on imaginer un seul instant que l’ONU serait restée les bras croisés ? Non. On aurait forcément procédé à un constat formel du redécoupage des frontières, ne serait-ce que pour vérifier si un droit d’option de nationalité avait bien été offert au peuple transféré. Par nature, la même chose aurait dû se produire pour l’Ukraine. L’arrimage de la Crimée en 1954 n’était pas un simple remembrement administratif mais déjà une succession d’Etat dès lors que la communauté internationale reconnaissait à l’Ukraine un siège à l’ONU et l’entier de ses droits souverains correspondants, sans restriction. Seulement voilà, en URSS, tout le monde avait la nationalité soviétique, donc personne n’a soulevé la question.   Ce droit de la population de Crimée à se déterminer s’est-il éteint pour autant? Nous ne le pensons pas. Il serait tout à fait envisageable de considérer que ce droit, né en 1954 soit demeuré simplement suspendu jusqu’à ce que son expression puisse se réaliser, c’est-à-dire en cas de changement de nationalité effective, à un moment ou un autre.   Or, ce moment s’est matérialisé dès 1990. Le 26 avril 1990, Gorbatchev fait modifier la loi qui organise les relations entre le Centre et les sujets de l’URSS. La distinction entre républiques unies et républiques autonomes est supprimée, ce qui ouvre la voie à des proclamations de sécession conformes à la constitution de l’URSS. Au mois de Juillet suivant, l’Ukraine déclare sa pleine souveraineté. Comme on vient de le voir, ce n’est pas un changement de statut mais un changement de degré, qui s’opère à l’intérieur de sa souveraineté reconnue depuis 1945. Cette déclaration contient un article 5 qui affirme notamment que cette souveraineté s’exerce sur la totalité du territoire, Crimée comprise. La population de Crimée se trouve donc face à un changement de nationalité très probable à court terme. Cependant, l’URSS existe toujours bel et bien à cette époque et les mouvements constitutionnels en cours à ce moment, permettront de modifier le statut administratif de ses régions, sujets ou républiques. En septembre 1990, le Soviet suprême de Crimée notifie au soviet suprême d’URSS et de Russie son intention d’abroger la décision de 1945-46 qui avait rétrogradé son statut de république autonome (identique à celui de l’Ukraine donc) en simple région (oblast). La Crimée conteste également la légalité de son transfert à l’Ukraine en 1954. Après quoi le parlement de Crimée proclame son droit de restaurer son statut de République socialiste soviétique autonome (RSSA) de Crimée et il amende sa constitution en ce sens. Ce qui est intéressant, c’est que Leonid Kravchuk, président du soviet suprême d’Ukraine, ne s’oppose pas à l’initiative et se rend à plusieurs reprises en Crimée à cet effet. Avec l’assentiment du pouvoir de Kiev, et finalement en conformité avec les règles (Kiev approuvera la procédure), un référendum de ratification de ce « rétablissement » du statut de la péninsule comme RSSA au sein de l’URSS, est ensuite convoqué pour le 20 janvier 1991. Il s’agit donc très exactement du vote d’autodétermination ouvert en 1954 et suspendu depuis lors, puisque se dessine un changement de nationalité à zéro option en cas d’indépendance complète de l’Ukraine. En effet, et contrairement aux pays baltes, l’Ukraine s’apprêtait à retirer la nationalité soviétique à tous les habitants de son territoire pour la remplacer par l’ukrainienne. Contre toute attente des autorités ukrainiennes, le referendum remporte un oui massif et incontestable dans sa régularité : 94.3% des votants, qui totalisent un taux de participation de 81,37%, se prononcent en faveur du rétablissement de la RSSA de Crimée au sein de l’URSS, ou dans sa nouvelle formule, c’est-à-dire avec un droit de participer au nouveau Traité de l’Union organisé par Gorbatchev.   C’est aussi simple que cela : la Crimée est légalement sortie d’Ukraine ce jour là (Ukraine souveraine quant aux conventions internationales, rappelons-le) et se trouve rattachée de nouveau à l’URSS en tant que république autonome. Alors que s’est-il passé ? Kiev, qui était déjà conseillée par un comité consultatif mis en place très officiellement par George Soros et composé notamment de talentueux avocats américains, court-circuite le résultat à l’arraché. Elle fait passer en extrême urgence une loi le 12 février suivant, par le soviet suprême d’Ukraine, qui reconnaît la nouvelle RSSA de Crimée, mais à l’intérieur de l’Ukraine. Ce faisant, elle annexe purement et simplement la Crimée, qui venait de se détacher d’elle le plus légalement du monde et en parfaite conformité avec son droit d’autodétermination suspendu depuis 1954. La déliquescence de l’URSS et l’activisme étranger feront le reste, en bafouant les droits légitimes de la population de Crimée, en parfaite connaissance de cause. Les mêmes intérêts qui sont à la manœuvre en ce moment. Il y avait évidemment à la clé les bases navales stratégiques de Sébastopol et le contrôle de la mer noire.   Quels que soient les traités qui aient pu intervenir par la suite, dans une confusion savamment orchestrée, afin de prendre le contrôle politique des réformes à venir, l’annexion de la Crimée par l’Ukraine le 12 février 1991, paraît un fait suffisamment marquant pour ouvrir le débat au sein de la communauté juridique. On pourrait même arguer du fait que la population de Crimée a basculé ce jour-là dans un statut non-autonome, qui a perduré jusqu’au nouveau référendum d’autodétermination du 16 mars 2014. Quels que soient les sentiments politiques des uns et des autres, il est indéniable que la communauté internationale reconnaissait à l’Ukraine une indépendance diplomatique entière depuis 1945 et que le rattachement de la Crimée en 1954 aurait dû faire l’objet d’un traitement juridique correspondant, notamment en termes de modification du tracé des frontières, en particulier maritimes, et de droit d’option de nationalité de la population locale. Il est également indéniable que le peuple de Crimée s’est déterminé légalement pour une réunification à l’URSS le 20 janvier 1991 et que le statut de la péninsule passait de région à république autonome dans le même temps. C’est-à-dire qu’elle avait encore une deuxième chance de déclarer son indépendance après la dissolution de l’URSS, dans la mesure où son statut de république autonome la plaçait au même rang fédéral que l’Ukraine, la Biélorussie, le Kazakhstan, etc… Il est enfin indéniable que l’Ukraine a détourné le résultat de cette autodétermination et de son potentiel futur, par une loi provoquant une annexion de la Crimée. Il en résulte que le débat est largement ouvert pour considérer le référendum du 16 mars 2014 non pas comme une étape vers l’annexion de la Crimée par la Russie, mais comme un fait de désannexion légitime de la Crimée, réitérant le vote du 20 janvier 1991 et réintégrant pacifiquement le peuple de Crimée dans ses droits acquis à cette date.   Si une telle analyse avait les faveurs des Etats qui ont la préférence de Berne dans ce conflit, il ne fait aucun doute qu’elle serait déjà consacrée par une reconnaissance officielle. Il n’en demeure pas moins, qu’à l’aune de cette faille critique dans le raisonnement du Conseil fédéral, la violation du droit international est beaucoup moins évidente qu’on le clame et mérite un débat démocratique ouvert, conforme à la vocation historique de la Suisse, et garanti par sa neutralité.   Après quoi le retrait de la Suisse du processus des sanctions paraitra sans doute justifié.

    ——- Focus 2 Loi sur les embargos (LEmb)

    La loi sur les embargos (LEmb) est discrète. Dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001, le Conseil fédéral la présenta comme un simple ajustement « technique ». L’idée officielle était d’offrir une loi cadre au gouvernement, prenant en compte la nouvelle facette des « smart sanctions », sans les nommer d’ailleurs.   En réalité, c’est une véritable loi de subornation[17] qui fut votée. Auparavant, les sanctions se fondaient directement sur l’article 183-4 de la Constitution qui posait comme condition que : « la sauvegarde des intérêts du pays l’exige ». La LEmb ne pose plus une condition mais un but. Elle est faite: « pour appliquer les décisions (…) des principaux partenaires commerciaux de la Suisse ». Tout est dit, c’est une norme d’application de directives étrangères. Est-elle obligatoire pour la Suisse? Il semble que oui si on lit son art. 2 : « Le Conseil fédéral peut prévoir des exceptions afin (…) de sauvegarder des intérêts suisses. » On notera le glissement d’une sauvegarde principale des intérêts suisses en général, à une dérogation pour des intérêts suisses, c’est-à-dire ponctuelle et spécifique. Dérogation à quoi, si ce n’est donc aux intérêts des pays émetteurs ?   Certes, la LEmb n’a pas fermé le droit de recourir à l’art. 184-3 Cst. Cela fut fait récemment encore, pour geler les avoirs des familles Moubarak d’Egypte et Ben Ali de Tunisie. Mais si le recours à la LEmb n’a pas eu lieu, c’est justement parce que les « partenaires commerciaux » de la Suisse n’avaient pas encore pris de sanction contre les deux autocrates. C’est une confirmation supplémentaire du fait que la LEmb est une norme d’application seconde de directives étrangères premières.   On sait que ce texte est le résultat direct du « processus d’Interlaken », organisé à la demande de l’ONU, en vue de généraliser la technique des « smart sanctions ». Il s’est déroulé à partir de mars 1998, encadré notamment par des responsables du «Watson Institute Targeted Sanctions Project » (Brown University, Rhodes Island, USA) qui en furent les rapporteurs. Le résultat, connu d’avance, valida l’obligation pour les pays participants de se doter d’une législation identique entre eux, dans le but d’appliquer des sanctions internationales uniformes et sans délai. On le lit noir sur blanc dans un rapport de l’époque, les « lois nationales devraient viser des effets uniformes des sanctions plutôt qu’établir des procédures et des moyens uniformes ».   Le processus d’Interlaken a mis sur pied un standard de guerre économique conforme à l’approche américaine et a introduit à cet effet un impératif de synchronisation internationale des sanctions. Au lieu de signer un traité international, on a créé une « entente », au sens juridique du terme, un cartel des sanctions, en vue d’assurer cet « effet uniforme » des sanctions. Bel exploit !   Il ne restait plus qu’à y ajouter le transfert automatique d’informations aux « partenaires commerciaux ». Depuis 2003, toute sanction édictée à l’étranger ouvre le droit de venir se servir à satiété dans la sphère confidentielle des secrets d’affaires de la concurrence installée en Suisse. La LEmb est très généreuse :

    • visite domiciliaires inopinées, contrôle et consultations de tous documents et informations ;
    • transfert d’informations même « sensibles » aux autorités étrangères et organismes internationaux qui en auraient besoin.

    Un exemple d’application possible d’un tel mécanisme est celui de l’amende administrative faramineuse de $9milliards, imposée récemment à la BNP sans jugement. Son crime ? La suspicion d’avoir, tiens donc : « contourné » des sanctions internationales américaines contre le Soudan, Cuba et l’Iran. C’est-à-dire pour avoir simplement utilisé le dollar dans ses transactions avec des « ennemis des États-Unis »… En nous souvenant que certaines de ces transactions passaient par la Suisse, il est techniquement possible que la LEmb ait joué la courroie de transmission pour ce nouveau moyen de renflouer leurs caisses US. Explication.   Un beau jour, la BNP s’est donc vue notifier de simples soupçons de « contournement » de ses embargos, par les autorités de poursuites américaines. Ces dernières lui ont proposé le « deals of justice[18]» suivant : collaborer ou sortir du marché américain, payer ou disparaître. Pas d’autre choix que le premier car sinon des poursuites pénales seraient ouvertes, avec pour effet immédiat de suspendre les droits de la banque à travailler aux Etats-Unis, c’est-à-dire la sortie assurée du marché. Alors elle dit oui. Elle doit en premier lieu s’auto-incriminer des soupçons portés contre elle, en violation directe du Vème Amendement. Mais on l’oblige à y renoncer. Vient ensuite une minutieuse enquête obligatoirement à charge, organisée selon les directives des services américains et diligentée contre elle par des avocats et auditeurs, désignés par les services de poursuite, mais intégralement payés par elle. C’est-à-dire qu’elle fait travailler ses avocats contre elle…Exit le procès équitable, les droits de la défense, la présomption d’innocence, la charge de la preuve à l’accusation, etc. Cette « enquête » se traduit en pratique par le pillage systématique de toutes les informations de la banque, pudiquement nommé : « transfert d’informations même sensibles », comme dans la LEmb. Les informations privées de et sur le personnel y sont évidemment incluses sans restriction. Si la BNP a bien collaboré et renoncé à critiquer ce mode opératoire et à proclamer son innocence, elle passera à la caisse pour le plus grand bonheur des finances publiques américaines fédérales et locales. Sur les $9 milliards d’amende, plus de $2 milliards iront dans les comptes de l’État de New York. Son gouverneur, Andrew Cuomo, se frotte les mains. Son problème (qui fait la une des journaux locaux !) c’est comment partager le butin entre différents postes : la réfection du Tappan Zee Bridge, les routes, l’entretien des écoles ou la réduction de la dette publique ?   Alors, notre loi sur les embargos, simple « ajustement technique » ou vecteur utile des deals de justice?

    [1] « Contre-mesures » dans la terminologie diplomatique d’origine américaine, « mesures restrictives » dans la terminologie européenne.

    [2] A moins qu’elle n’émane d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, juridiquement contraignante.

    [3] Ile située au sud des Antilles, d’une superficie de 300 km2 et peuplée de 54000 habitants, soit environ la population de Bienne.

    [4] « L’île de Tobago peut-elle adopter une loi qui serait juridiquement contraignante pour le reste du monde? Le monde se soumettrait-il à la prétention d’une telle compétence ? »/ Aff. Buchanan v Rucker, Court of King’s Bench, Londres, 1808.

    [5] Michel Jobert, L’aveuglement de l’Occident, Paris, Éditions Albin Michel, 1997

    [6] « The world must be made safe for democracy » est le titre de son discours célèbre, prononcé au Congrès le 2 avril 1917, afin de justifier l’entrée en guerre des USA contre l’Allemagne.

    [7] Charles Leben, « Les contre-mesures interétatiques » AFDI n°28, 1983, pp 9-77.

    [8] cf. Hubert Védrine, « Les mondes de François Mitterrand à l’Elysée (1981-1995), Fayard, Paris, 1996.

    [9] Il exposa comment, en plus de la coupure du robinet de gaz, les Etats-Unis décidèrent d’agir en parallèle sur la baisse du prix du brut, avec l’aide des Saoudiens, afin d’étrangler les entrées de pétro-devises en URSS, cf. Peter Schweizer, « Victory », Grove Atlantic, New York, 1996.

    [10] H. Védrine, op.cit.

    [11] ndlr, malgré cela, Sergueï Narychkine s’est rendu à l’Assemblée parlementaire de l’OSCE à Genève, le 3 octobre 2014.

    [12] Par exemple au regard de l’art 7 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme qui dispose que: « Nul ne peut être condamné pour une action ou une omission qui, au moment où elle a été commise, ne constituait pas une infraction d’après le droit national ou international ».

    [13] Professeure à l’Université de Genève.

    [14] Les sanctions individuelles sont contraires, notamment à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (art. 2, 10, 11, 13, 22, 25), au Pacte International sur les Droits Civils et Politiques (art. 12, 14), à la Convention Européenne des Droits de l’Homme (art. 2, 6, 8, 9 ; art. 2 du protocole n°4 et 3 du protocole n°7) ;

    [15] Par exemple : résolution 24/14 du 27 septembre 2013, disponible ici : http://www.ohchr.org/Documents/HRBodies/HRCouncil/AdvisoryCom/A_HRC_RES_24_14_FRE%20(1).pdf.

    [16] En simplifiant à l’extrême la formule traduit un « laisser en l’état », d’où l’idée d’intangibilité des frontières à la date de la succession d’Etat, c’est-à-dire de l’indépendance.

    [17] Définition : Action par laquelle on amène quelqu’un à faire quelque chose contre son devoir.

    [18] Voir la seul étude exhaustive disponible à ce jour : « Les deals de justice », PUF Paris, 2013.

    octobre 15, 2014
  • Des sanctions suisses illégales !

    Guy Mettan*

    Article publié dans Le Courrier du 7 octobre 2014

    Intéressante analyse sur «l’ineptie des sanctions économiques» de la Suisse contre la Russie dans le dernier numéro du magazine Market! L’auteur, Arnaud Dotezac, avocat spécialisé en droit international, démontre avec toute la rigueur de son raisonnement juridique comment et en quoi les sanctions suisses sont infondées, parce que contraires à la Constitution et aux droits de l’Homme.

    En effet, en droit international, il apparait que les seules sanctions légales sont celles qui ont été approuvées par le Conseil de sécurité de l’ONU, ce qui n’est pas le cas des sanctions occidentales contre la Russie. En effet, les sanctions non-onusiennes sont des décisions purement politiques prises par des Etats qui veulent en punir un autre pour des raisons géopolitiques ou économiques. La Suisse, en vertu de sa neutralité reconnue en droit international, n’a aucune obligation de les suivre. Le fait qu’elles aient été subtilement présentées comme une manœuvre destinée à éviter que le territoire suisse soit utilisé pour contourner les sanctions américaines et européennes ne change rien à l’affaire. Pour adopter ces sanctions, le Conseil fédéral s’est appuyé sur une loi peu connue, la loi sur les embargos adoptée en catimini après les attentats du 1er septembre 2001 à la demande de Pascal Couchepin, loi qui permet à la Suisse d’appliquer des embargos décidés par ses «principaux partenaires étrangers». Or le fait que le que l’arrêté fédéral sur les sanctions contre la Russie soit un pur copié-collé des directives de Bruxelles suffit à prouver que la Suisse a purement renié sa neutralité et son indépendance pourtant garantie par les articles 54 et 185 de la Constitution.

    Autre problème, l’application de sanctions à des individus qui n’ont pas été condamnés par un tribunal pénal, ce qui est le cas de toutes les personnalités russes visées, et en particulier du président de la Douma Sergei Narychkine, interdit puis toléré à Genève vendredi dernier, est contraire aux droits de l’Homme. On ne peut sanctionner quelqu’un qui n’a pas violé le droit suisse. Or Narychkine n’a jamais violé de dispositions du droit suisse. Le seul reproche qu’on peut lui faire est d’avoir au contraire appliqué la Constitution qui garantit à chaque individu le droit de s’exprimer librement. En septembre dernier, la Suisse a déjà été condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme pour son zèle intempestif à ce sujet.

    En résumé, il apparait que la Suisse a purement et simplement cédé aux pressions américaines et européennes – on sait que les pressions de Washington et de Bruxelles auprès de Berne ont été extrêmement insistantes ces derniers mois. Curieuse façon d’obtempérer alors qu’on avait su résister aux pressions extérieures durant les deux guerres mondiales et toute la période de la guerre froide!

    Le seul argument qui pourrait dès lors justifier les sanctions est «l’annexion» de l’Ukraine par la Russie, «violation» du droit international qu’un Etat de droit comme la Suisse ne saurait tolérer. Mais ici aussi l’argument juridique est faible. Si l’on regarde les choses depuis la naissance du droit international moderne, c’est-à-dire depuis la création de l’ONU en 1945, il apparait que l’Ukraine possédait déjà un statut juridique international puisqu’elle était membre fondateur de l’ONU aux côtés de l’URSS et qu’elle a siégé deux fois au Conseil de sécurité à ce titre. Ce statut d’Etat n’a jamais été contesté. Si bien que, quand Khrouchtchev a cédé la Crimée à l’Ukraine en 1954, et donc modifié les frontières internationales de l’Ukraine, ce changement aurait dû être avalisé par la communauté internationale. Ce qui n’a pas été le cas. L’«annexion» de la Crimée par l’Ukraine en 1954 est donc très discutable en droit international. Elle l’est d’autant plus que lors de l’éclatement de l’Union soviétique, la Crimée a voté, le 20 janvier 1991, à 94,3 % des votants en faveur de son indépendance avec une participation de 81,37%, et cela avec l’assentiment officiel des autorités de Kiev! Soit un score encore plus élevé que le scrutin de ratification organisé par les Russes en avril dernier. Pour contrer cette décision démocratique et profitant de la confusion liée à l’éclatement de l’URSS, le parlement ukrainien, à la suggestion de conseillers américains dirigés par Georges Soros, a d’urgence voté une loi, le 12 février 1991, loi qui rattachait la république «autonome» de Crimée à l’Ukraine.

    Juristes, politiciens et journalistes occidentaux se sont ensuite dépêchés d’oublier le passé et tous s’arrangent depuis lors à faire démarrer les choses au 1er décembre 1991, au moment de l’indépendance officielle de l’Ukraine, au mépris du droit international antérieur, toujours valable. Suivant ce raisonnement, la Russie n’a donc fait que «désannexer» la Crimée en organisant son retour dans la Fédération en avril dernier.

    Il est curieux que nos juristes, si soucieux de l’Etat de droit, se soient désintéressés de ces questions pourtant passionnantes, afin de s’aligner sur des positions externes qui reposent sur des bases juridiques beaucoup moins solides qu’ils ne veulent nous le faire croire. Il eût été de notre devoir démocratique de les discuter avant de décider. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire…

     

    * Directeur exécutif du Club suisse de la presse.

     

     

    octobre 7, 2014
  • Qui est Paul Craig Roberts ?

    M. Paul Craig Roberts est un ancien Vice-ministre des finances de Reagan dans les années 1980 et un ancien Rédacteur en chef adjoint du Wall Street Journal, qui a ensuite pris ses distances avec la dérégulation néolibérale, mais non point avec le libéralisme économique et politique.

    Devenu critique de la politique étrangère de Clinton, il fut un adversaire véhément de l’entrée en guerre de George W. Bush contre l’Irak et estime que, par leur politique étrangère belliciste, Clinton, Bush et Obama ont trahi le contenu fondamentalement libéral et pacifique de la vénérable Constitution américaine de 1787, comme le soutient son livre How America was lost, 2014 (Comment fut perdue l’Amérique).

    Devenu de facto un dissident de la vie politique américaine et même occidentale, il tient un site dénonçant les dangers que l’hégémonisme, le militarisme et l’arrogance de Washington font courir à la paix mondiale. (http://www.paulcraigroberts.org)

    Ivo Rens

    octobre 6, 2014
  • Le Onze septembre, treize ans après

    par
    Paul Craig Roberts

    Paru sur le site de l’auteur le 11.09.2014

    http://www.paulcraigroberts.org

    Traduction par Ivo Rens

    et Danielle Martinet

     

     

    La tragédie du 11 septembre 2001 dépasse de beaucoup la mort de ceux qui périrent dans les tours et la mort des pompiers et des premiers secouristes qui succombèrent aux maladies causées par l’inhalation des poussières toxiques. Depuis treize années, une nouvelle génération d’Américains est née dans le mythe du Onze septembre lequel a été utilisé pour créer l’Etat militaro-policier américain.

    Les régimes corrompus de Bush et Obama ont utilisé le Onze septembre pour tuer, mutiler, déposséder et déplacer des millions de musulmans de onze pays qui n’avaient rien à voir avec le Onze septembre.

    Une nouvelle génération d’Américains est née dans le dédain et la méfiance des musulmans.

    Une génération d’Américains est née dans un Etat policier où la sphère privée et les protections constitutionnelles n’existent plus.

    Une génération d’Américains est née dans un environnement de guerre perpétuelle faisant fi des besoins des citoyens.

    Une génération d’Américains est née dans une société où la vérité a cédé le pas à l’interminable répétition de contrevérités.

    A la date du 11 septembre 2001, selon la thèse officielle, le système national de sécurité de la seule super-puissance mondiale a été mis en échec par quelques jeunes arabes saoudiens armés seulement de cisailles. Le système national de sécurité américain fut complètement pris au dépourvu ce qui valut aux Etats-Unis la plus grande humiliation jamais infligée à un pays orgueilleux de sa puissance.

    Ce jour-là, aucun rouage du système national de sécurité ne fonctionna. Rien ne marcha.

    Pour la première fois de son histoire, la force aérienne US Air Force ne fut pas en état de faire décoller des chasseurs intercepteurs.

    Le Conseil national de sécurité échoua.

    Les seize agences américaines de renseignement échouèrent, de même que celles de nos alliés de l’OTAN et d’Israël.

    Le contrôle du trafic aérien échoua.

    La sécurité des aéroports échoua quatre fois, au même moment, le même jour. La probabilité d’occurrence simultanée de telles erreurs est de 0%.

    Si pareille affaire s’était réellement passée ainsi, la Maison Blanche, le Congrès et les media auraient exigé une enquête. Des fonctionnaires auraient été tenus responsables de leurs manquements. Des têtes seraient tombées.

    Au lieu de cela, la Maison Blanche tarda un an pour donner suite aux demandes d’enquête des familles des victimes du Onze septembre. Finalement, un groupe de politiciens fut invité à entendre la version du gouvernement et à la coucher sur le papier. Le Président, le Vice-président et le conseil juridique de la Commission du Onze septembre ainsi constituée déclarèrent que cette dernière s’était heurtée à de la rétention d’information, à des mensonges et qu’elle “avait été programmée pour échouer“. La pire bérézina sécuritaire n’entraîna aucune destitution. Personne n’en fut tenu pour responsable.

    Washington conclut que le Onze septembre avait été rendu possible par l’absence d’un Etat policier. La loi dite Patriot Act, qui n’attendait que çà, fut prestement adoptée par les idiots de service au Congrès. Cette loi instaurait l’indépendance de l’Exécutif à l’égard de la loi et de la Constitution. Cette loi et ses mesures d’accompagnement ont institutionnalisé un Etat policier dans ce qui fut “le pays de la liberté“.

    On accusa Ossama Ben Laden, un agent de la CIA moribond ensuite d’insuffisance rénale, nonobstant son démenti explicite. Pendant les dix ans qui suivirent, Ossama Ben Laden fut le croquemitaine qui servit de prétexte à Washington pour tuer d’innombrables musulmans. Puis, soudainement, le 2 mai 2011, Obama prétendit qu’une unité des Forces spéciales de la marine américaine avait tué Ben Laden au Pakistan. Des témoins visuels de l’événement contestèrent la version de la Maison Blanche. Ossama Ben Laden devint le seul être humain à avoir survécu dix ans à une insuffisance rénale. Dans ce que l’on présenta comme la “planque“ de Ben Laden, il n’y avait pas de machine de dialyse. Les nombreux avis de décès de Ben Laden, datant de décembre 2001, disparurent dans un trou noir. Les membres de l’unité des Forces spéciales de la marine américaine périrent quelques semaines plus tard dans un mystérieux accident d’hélicoptère en Afghanistan. Et les milliers de marins présents sur le porte-avions d’où le corps de Ben Laden est censé avoir été immergé dans l’Océan indien écrivirent à leurs proches que rien de tel n’avait eu lieu.

    Le conte de fées du meurtre de Ben Laden par l’unité des Forces spéciales 6 vint à point pour relever le défi que représentait, pour les démocrates déçus, la nomination d’Obama pour une second mandat présidentiel. Il permit également de libérer la “guerre à la terreur“ des contraintes inhérentes à la traque de Ben Laden. Washington voulait attaquer la Libye, la Syrie et l’Iran, pays dans lesquels on savait que Ben Laden n’avait pas d’organisations, mais la succession de vidéos truquées de Ben Laden qui étaient censées justifier ces diverses attaques perdit en crédibilité auprès des experts car ces vidéos présentaient un Ben Laden qui rajeunissait progressivement.

    En regardant les Tours jumelles et la Tour WTC7 s’effondrer, il était évident pour moi que leur effondrement ne pouvait résulter des dommages structurels apparents. Lorsqu’il fut établi que la Maison Blanche s’était opposée à une enquête indépendante sur les seuls trois gratte-ciel dans toute l’histoire à s’être effondrés ensuite de feux de bureau de basse intensité, il était clair que l’on cherchait à étouffer la vérité.

    Treize ans plus tard, la version gouvernementale de cette journée paraît moins crédible tant aux Etats-Unis qu’à l’étranger. Les arguments apportés par des experts indépendants sont tellement probants que les media grand public y font écho. Voici Richard Gage, représentant du Groupe d’architectes et d’ingénieurs pour la vérité sur le Onze septembre, s’exprimant sur la chaîne cables et satellites pour les affaires publiques C-SPAN :

    https://www.youtube.com/watch?v=3Zbv2SvBEec#t=23

    Après des années d’efforts, un groupe de New-yorkais a réuni suffisamment de signatures valables pour mettre aux voix une enquête sur les causes de l’effondrement des trois bâtiments du World Trade Center. Si elle était fondée, la version officielle signifierait que les normes régissant les constructions et les incendies ne suffisent pas à protéger le public et que toutes les autres hautes structures d’acier sont sujettes aux mêmes défaillances. Ce groupe de citoyens a eu la sagesse de formuler sa proposition en se référant aux normes de sécurité publique et non point à la vérité sur le Onze septembre.

    Bien entendu, les autorités de New York continuent à s’opposer à cette initiative. Son sort dépend à présent de la décision que prendra un juge. Il est difficile d’imaginer qu’un juge puisse aller à l’encontre du gouvernement sur pareille affaire, mais ce groupe aura fait ressortir que le gouvernement n’a guère confiance en la véracité de sa propre version.

    Au cours des treize années écoulées, des physiciens, des chimistes, des architectes, des ingénieurs et des premiers secouristes ont fourni quantité de preuves qui s’inscrivent en faux contre la version officielle de la défaillance des trois gratte-ciel. La réponse des profanes a été de décrier les experts comme “théoriciens de la conspiration“. Autrement dit, les défenseurs de la version gouvernementale ne peuvent s’appuyer sur aucune base scientifique ou factuelle. Ils en sont réduits à décrier.

    Le Onze septembre a servi à altérer fondamentalement la nature de l’Etat et de ses relations avec les citoyens américains. Un pouvoir exécutif irresponsable a remplacé les processus obligatoires ainsi que les freins et contrepoids établis par la Constitution des Etats-Unis. Au nom de la sécurité nationale, le pouvoir exécutif n’est plus assujetti à des contraintes. De nos jours, les Américains sont dépourvus de tous leurs droits si l’Etat les a dans le collimateur.

    Les Américains nés après le onze septembre ont vu le jour dans un pays tout autre que celui de leurs aînés. N’ayant pas connu de régime constitutionnel, ils ne sauront même pas ce qu’ils ont perdu.

    Les attaques à l’anthrax d’octobre 2001 sont oubliées, mais le professeur Graeme MacQueen démontre dans son livre The 2001 Anthrax Deception, Clarity Press, 2014, (La tromperie de l’anthrax de 2001) que cet épisode a joué un rôle essentiel dans l’appropriation par le gouvernement d’un pouvoir policier étatique incontrôlé. Deux présidents démocrates de commissions sénatoriales s’étaient émus des prétentions exorbitantes du régime Bush en matière de pouvoir discrétionnaire ; ils étaient en mesure d’empêcher la mise en place programmée de la législation sur la police étatique et d’interdire à l’Exécutif de décider, à lui seul, l’entrée en guerre de l’Amérique.

    Ces deux sénateurs reçurent des lettres contenant de l’anthrax, et il en fut de même pour de grandes organisations d’information. La chaîne de télévision News Anchors, ainsi que Dan Rather qui avait comparé l’effondrement des gratte-ciel du World Trade Center à la démolition contrôlée de bâtiments, n’avaient pas encore été évincés du débat public par les accusations piégées émanant de Républicains.

    Au début, on tint les lettres à l’anthrax qui causèrent la mort de quelques employés de USPS (le Service postal des Etats-Unis) pour une deuxième phase de l’attaque du Onze septembre. La peur décupla. Les sénateurs et les media se turent. On découvrit alors que cet anthrax était d’un genre particulier et qu’il ne pouvait provenir que d’une installation militaire du gouvernement des Etats-Unis.

    Cette sombre affaire, entremêlée de propagande gouvernementale, aboutit à une machination du FBI qui conduisit à la mort de Bruce Edward Ivins. Ce dernier avait travaillé au laboratoire militaire ayant fabriqué l’anthrax et il fut acculé au suicide par de fausses accusations. Les collègues du mort ne crurent pas un mot des boniments prodigués par le gouvernement. Rien dans le passé du mort n’indiquait une motivation ou une instabilité qui aurait pu le conduire à commettre pareil forfait.

    Auparavant, le Gouvernement des Etats-Unis avait amorcé une machination pour impliquer un certain Jay Hatfill ; mais, en dépit des efforts du New York Times et de Nicholas Kristof (*), ces tentatives échouèrent. Hatfill reçut finalement cinq millions de dollars de dédommagement pour les accusations fallacieuses qui ruinèrent sa vie. Ayant échoué avec Hatfill, le gouvernement corrompu des Etats-Unis s’en prit à Ivins. Etant mort, ce dernier ne pouvait se défendre, mais ses collègues prirent la relève.

    D’un bout à l’autre, cette histoire d’anthrax exhale une puanteur qui s’élève très haut dans le ciel. La justice est quelque chose qui existe hors des frontières des Etats-Unis. Ne vous attendez jamais à trouver de la justice à l’intérieur des Etats-Unis !

    La plupart des Américains ne se doutent pas de l’emprise que le gouvernement fédéral exerce sur les experts capables de contredire ses contes de fées. Par exemple, aucun physicien compétent ne saurait souscrire à la thèse officielle de la destruction des trois bâtiments du World Trade Center. Mais les départements de physique des universités américaines dépendent lourdement des subventions fédérales. Tout physicien qui dirait ce qu’il pense mettrait en péril non seulement sa propre carrière, mais aussi celle de tous ses collègues. Le physicien Steven Jones qui, le premier, mentionna que la thermite (**) avait été utilisée pour détruire les tours jumelles, fut contraint d’abandonner la carrière académique pour éviter à son université de perdre tout financement fédéral.

    Les mêmes pressions sont à l’œuvre dans le secteur privé. Les architectes et ingénieurs spécialisés en structures métalliques qui expriment des doutes sur l’effondrement des trois gratte-ciel sont regardés comme des apologistes musulmans et des fomenteurs de conspiration. Certes, leurs clients n’ont pas les compétences leur permettant de trancher la question, mais ils sont endoctrinés par la répétition constante et interminable que le Onze septembre s’identifie à l’attaque de l’Amérique par Ben Laden. Leur endoctrinement les rend insensibles aux faits.

    Le mensonge du Onze septembre a duré treize ans. Il a coûté la vie à des millions de musulmans, il a détruit leurs familles et les a dispersées. La plupart des Américains acceptent que leur gouvernement ait détruit, totalement ou partiellement, sept pays, alors qu’il l’a fait en usant d’un mensonge pour masquer le complot néoconservateur visant à assurer à Washington l’empire du monde.

     

    Voir aussi :

    http://www.globalresearch.ca/no-airliner-black-boxes-found-at-the-world-trade-center-senior-officials-dispute-official-911-claim/5400891

    (Pas de boites noires trouvées au World Trade Center…)

    septembre 20, 2014
  • How America Lost it’s Soul

     Dr. Ludwig Watzal

    Between the Lines 16 February, 2014

    http://between-the-lines-ludwig-watzal.blogspot.de/2014/02/how-america-was-lost-from-911-to.html

     

    “Today no American is safe from his own government”, writes Paul Craig Roberts in his introduction to his new book on “How America was Lost”. To anticipate the essence of the book: The greatest threat to the freedom of the American people comes from their own government and not from an imaginary terrorist threat. This alarmist rhetoric serves as a pretext for America’s wars of aggression.

    In his anthology, Roberts provides convincing arguments that the U. S. has become a rogue state. According to him, “America’s fate was sealed when the public and the anti-war movement bought the government’s 9/11 conspiracy theory. The government’s account of 9/11 is contradicted by much evidence. Nevertheless, this defining event of our time, which has launched the US on interminable wars of aggression and a domestic police state, is a taboo topic for investigation in the media.” Without the willful collaboration not only of the U. S. media but also by its international outlets the fabricated 9/11 narrative could have never become so widely believed, despite its obvious flaws and innumerable contradictions. According to Roberts, this could only happen because “there is no free press in America (except for Internet sites)”.

    There is only a difference in gender between the neoconservative Bush-warriors and the Obama’s interventionist and warlike Amazons. Roberts, who was a former Assistant Secretary of the U. S. Treasury has become one of the most outspoken and distinctive critics of the dark machinations of the U. S. government, starting with the George W. Bush administration and its follow-up Obama presidency. Roberts’ conclusions might appear shrill for journalists and pundits of the U. S. Empire and its client states in Europe when he states: “Americans are ruled by usurpers who claim that the executive branch is above the law and that the U. S. Constitution is a mere ‘scrap of paper’.” Or: “The American people have suffered a coup d’état, but they are hesitant to acknowledge it.”

    This anthology contains numerous articles on a variety of different political issues starting from 2009 until the end of 2013. In his essay, “How America was lost”, which serves as the title of the book, Roberts quotes from a speech by Dean Acheson, which he delivered at the “American Society of International Law” in 1962. Acheson pointed out that “power, position, and prestige are the ingredients of national security and that national security trumps law”. Roberts concludes from Acheson’s speech that democracy in the U. S. takes a “back seat” to national security. The term “national security” doesn’t actually mean anything but justifies everything.

    Some essays deal with 9/11 and its consequences for the U. S. and the world. Since that day, the law in the U. S. is no longer a shield for ordinary people but “had been turned into a weapon in the hands of the government”. Since 9/11 the executive branch of government has risen above the law. On September 30, 2011, was the day “America was assassinated”, writes the author in “The Day America died”. On that day, Obama used his absolute power by having “two American citizens, Anwar al-Awlaki and Samir Khan, murdered”. Few days later, al-Awlaki’s son was also murdered with a drone in Yemen. “Having murdered its critic, the Obama Regime is working hard to posthumously promote al-Awlaki to a leadership position in Al-Qaeda.” It is historically unique, that the President of the flagship democracy maintains a personal killing list. Obama has been so far the first U. S. President who “asserted the power to murder citizens”.

    In his essay “Washington drives the World toward War”. Roberts presents a gloomy outlook. “The fatal war for humanity is the war with Russia and China toward which Washington is driving the US and Washington’s NATO and Asian puppet states.” The bigotry of the U. S. power elite is rooted in its self-righteous doctrine that stipulates America as the “indispensable country”. This means, according to the author, that “the US has been chosen by history to establish the hegemony of secular ‘democratic capitalism’ over the world. The primacy of this goal places the US government above traditional morality and above all law, both its own and international”. Alarming, however, is the fact that with few exceptions “the American people including the Christian churches have accepted their government’s criminality and immorality with scant protest”, not to speak of the European U. S. vassal states.

    That the North Atlantic Treaty Organization, better known as NATO, should go down the drain is a foregone conclusion for the author, because NATO “has resurrected as America’s imperial army”. According to Roberts, the neoconservatives are frustrated that the Cold War ended without a US military triumph over Russia. It is a triumph that the dangerous warmongers still hope to achieve. For the time being, Russia’s President Vladimir Putin has saved the U. S. before a final showdown through his skilful diplomacy. But for the U. S. warmongering political class there will be no peace until Russia is defeated. Its first step is an attempt to engineer a coup d’état in Ukraine and the establishment of a puppet regime in Kiev.

    In his wrap-up, Roberts highlights the work of the U. S. Justice Department that had nothing better to do than to provide legal justifications enabling U. S. Presidents to disregard the law and the Constitution. In the light of these lawyers’ sophistry, George Orwell may appear as an amateur.

    This anthology compiles a great number of valuable essays by one of America’s strident critics. It is unfortunate that the fawning U. S. media do not print such excellent contributions.

    Dr. Ludwig Watzal works as a journalist and editor in Bonn, Germany.

    septembre 5, 2014
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