La paix mondiale menacée

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  • US Government Drives Toward War With Russia

    by

    Paul Craig Roberts

    13 janvier 2016

    Source : http://www.paulcraigroberts.org/2016/01/13/us-government-drives-toward-war-with-russia/print/

     

    The arrogant stupidity of the US government is driving the West into war with Russia.

    NATO members are enabling the drive toward war, and some of the more stupid ones such as Poland are egging on the momentum toward war.

    Russia is building up its forces in response to NATO’s buildup on Russia’s borders. On January 3rd, 2016, the commander of Russian Airborne Troops, Colonel-General Vladimir Shamanov, said that the airborne divisions will be strenthened with six tank divisions, as well as unmanned aerial vehicles and two divisions of electronic warfare.

    The superior capability of Russian conventional forces means that once Washington starts the war, Washington will be forced into the use of nuclear weapons in order to avoid defeat.

    The crazed American government is bringing the world to its end.

    Russia Is Preparing a Military Response to the Expansion of NATO

     

    http://fortruss.blogspot.com/2016/01/russia-is-preparing-military-response.html

    janvier 14, 2016
  • Pourquoi des alternatives à la politique belliciste des néoconservateurs américains et de l’OTAN sont une obligation pour la survie de l’humanité

    par

    Paul Craig Roberts

    Source : Horizons et Débats 14 janvier 2016

    http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=4830

     

    L’écroulement de l’Union soviétique en 1991 a donné naissance à une idéologie américaine dangereuse appelée néoconservatisme. L’Union soviétique servait jusque là de limite à l’action unilatérale américaine mais lorsque cet obstacle à l’action de Washington a été aboli, les néoconservateurs ont pu inscrire à leur ordre du jour l’hégémonie mondiale américaine.

    L’Amérique était devenue la «superpuissance unique», l’«uni-power», qui pouvait désormais agir sans aucune contrainte n’importe où dans le monde.

    Le journaliste néoconservateur du «Washington Post» Charles Krauthammer a ainsi résumé «la nouvelle réalité»:

    «Nous avons un pouvoir mondial écrasant. Nous sommes les gardiens historiquement désignés du système international. Quand l’Union soviétique est tombée, quelque chose de nouveau est né, quelque chose de tout à fait nouveau – un monde unipolaire dominé par une seule superpuissance incontrôlée sans aucun rival et qui jouit d’une portée déterminante dans n’importe quel endroit du monde. C’est un développement écrasant et totalement nouveau dans l’histoire, qu’on n’a plus vu depuis la chute de l’empire romain. Et même l’empire romain n’était pas comparable à ce qu’est l’Amérique d’aujourd’hui.»

    L’effarant pouvoir unipolaire que l’histoire a donné à Washington doit être protégé à tout prix. En 1992, le Sous-secrétaire Paul Wolfowitz, haut responsable du Pentagone, a mis au point la Doctrine Wolfowitz, devenue depuis la base de la politique étrangère de Washington.

    La Doctrine Wolfowitz déclare que «le premier objectif» de la politique étrangère et militaire américaine doit être d’«empêcher la renaissance d’un nouveau rival, sur le territoire de l’ancienne Union soviétique ou ailleurs, qui constitue une menace (à l’action unilatérale américaine) de l’ordre autrefois instauré par l’Union soviétique. Ceci est une considération dominante qui sous-tend la nouvelle stratégie de défense régionale et exige que nous nous efforcions d’empêcher toute puissance hostile d’étendre sa domination sur une région dont les ressources, placées sous tutelle, suffiraient à générer un pouvoir étendu au monde entier. («Une puissance hostile» étant dans ce contexte un pays suffisamment fort pour avoir une politique étrangère indépendante de Washington.)

    L’affirmation unilatérale du pouvoir américain commence vraiment sérieusement pendant le mandat de Clinton avec les interventions en Yougoslavie, en Serbie, au Kosovo et par la zone d’exclusion aérienne imposée à l’Irak. En 1997, les néoconservateurs ont rédigé leur «Projet pour un nouveau siècle américain». En 1998, trois ans avant le 11-Septembre, les néoconservateurs ont envoyé une lettre au président Clinton demandant un changement de régime en Irak et «le renversement de Saddam Hussein». Les néoconservateurs exposent leur programme de renversement de sept gouvernements en cinq ans.

    Les événements du 11 septembre 2001 sont considérés par les gens bien informés comme «le nouveau Pearl Harbour» dont les néoconservateurs avaient besoin pour commencer leurs guerres de conquête dans le Moyen-Orient. Paul O’Neil, le premier Ministre de l’Economie et des Finances du président George W. Bush, a déclaré publiquement que l’ordre du jour du président lors de la première réunion de Bush avec son cabinet était l’invasion de l’Irak. Cette invasion a été planifiée avant le 11-Septembre. Depuis, Washington a détruit entièrement ou partiellement huit pays et affronte maintenant la Russie tant en Syrie qu’en Ukraine.

    La Russie ne peut permettre l’établissement d’un Califat djihadiste dans une zone comprenant la Syrie et l’Irak, car ce serait une base d’exportation de la déstabilisation dans les Républiques musulmanes de la Fédération de Russie. Henry Kissinger lui-même a confirmé ce point, suffisamment évident pour toute personne dotée d’un cerveau. Cependant, les néoconservateurs, fanatiques ivres de pouvoir, qui ont contrôlé les régimes de Clinton, Bush et Obama, sont si absorbés dans leur propre orgueil et arrogance qu’ils sont prêts à pousser la Russie à bout, au point d’inciter leur marionnette turque à abattre un avion russe et à renverser le gouvernement démocratiquement élu en Ukraine, alors en bons termes avec la Russie, en le remplaçant par un gouvernement fantoche américain.

    Dans ce contexte, nous pouvons comprendre que la situation dangereuse auquel le monde est confronté est le produit de la politique arrogante d’hégémonie mondiale des néoconservateurs américains. Les erreurs de jugement et les dangers dans les conflits syrien et ukrainien sont les conséquences de l’idéologie néoconservatrice.

    Afin de perpétuer l’hégémonie américaine, les néoconservateurs ont rejeté les garanties que Washington avait données à Gorbatchev que l’OTAN ne se déplacerait pas vers l’Est d’un centimètre. Les néoconservateurs ont poussé au retrait des Etats-Unis du traité ABM, lequel spécifiait que ni les Etats-Unis ni la Russie ne développeraient ni ne déploieraient de missiles antibalistiques. Les néoconservateurs ont réécrit la doctrine de guerre américaine et transformé le rôle des armes nucléaires, les faisant passer de force de représailles à celui de force de frappe préventive de premier plan. Les néoconservateurs ont commencé à installer des bases ABM aux frontières russes, tout en prétendant que ces bases avaient pour but de protéger l’Europe des attaques de missiles nucléaires balistiques intercontinentaux iraniens inexistants.

    La Russie et son président, Vladimir Poutine, ont été diabolisés par les néoconservateurs et leurs marionnettes au sein du gouvernement des Etats-Unis et des médias. Par exemple, Hillary Clinton, candidate à l’investiture présidentielle démocrate, a déclaré que Poutine était un «nouveau Hitler». Un ancien officiel de C.I.A. a appelé à l’assassinat de Poutine. Les candidats au poste présidentiel dans les deux partis rivalisent d’agressivité envers la Russie et d’insultes à l’encontre du président russe.

    Cela a eu pour effet de détruire la confiance existant entre les puissances nucléaires. Le gouvernement russe a appris que Washington ne respecte pas ses propres lois et encore moins le droit international et qu’on ne peut lui faire confiance dans le respect des accords. Ce manque de confiance, joint à l’agression envers la Russie déversée par Washington ainsi que par les médias prostitués, répercuté par la stupidité des capitales européennes, a posé les fondements d’un conflit nucléaire. Comme l’OTAN (essentiellement les Etats-Unis) n’a aucune perspective de victoire sur la Russie dans une guerre conventionnelle, et encore moins de de mise en déroute de l’alliance entre la Russie et la Chine, ce conflit sera nucléaire.

    Afin d’éviter la guerre, Poutine demeure non-provocateur et discret dans ses réponses aux provocations occidentales. Le comportement responsable de Poutine, cependant, est interprété à tort par les néoconservateurs comme un signe de faiblesse et de crainte. Les néoconservateurs ont incité le président Obama à mettre la pression sur la Russie pour qu’elle cède. Cependant, Poutine a précisé que la Russie ne cédera pas. Poutine a envoyé ce message à de nombreuses occasions. Par exemple, le 28 septembre 2015, au 70e anniversaire des Nations Unies, Poutine a déclaré que la Russie ne pouvait plus tolérer l’état actuel des choses dans le monde. Deux jours plus tard, Poutine a pris la tête de la guerre contre l’Etat islamique (Daesh) en Syrie.

    Les gouvernements européens, particulièrement ceux d’Allemagne et du Royaume-Uni, sont complices de l’évolution vers la guerre nucléaire. Ces deux Etats vassaux de l’Amérique facilitent l’imprudente agression de Washington envers la Russie en répandant la propagande de Washington et en soutenant les sanctions de Washington ainsi que les interventions contre d’autres pays. Tant que l’Europe ne sera rien de plus qu’une extension de Washington, la perspective de l’apocalypse continuera à croître.

    Nous ne pouvons à présent plus éviter la guerre nucléaire que de deux manières.

    L’une serait que la Russie et la Chine rendent les armes et acceptent l’hégémonie de Washington.

    L’autre alternative serait un leader indépendant en Allemagne, au Royaume-Uni ou en France montant au créneau et se retirant de l’OTAN. Ce serait le début d’un abandon général de l’OTAN, principal outil de conflit avec la Russie et donc la plus dangereuse des forces au monde pour tous les pays européens et pour le monde entier.

    janvier 14, 2016
  • Why WWIII is On The Horizon

    by

    Paul Craig Roberts

    Source :

    Why WWIII Is On The Horizon — Paul Craig Roberts

     

    The collapse of the Soviet Union in 1991 gave birth to a dangerous American ideology called neoconservativism. The Soviet Union had served as a constraint on US unilateral action. With the removal of this constraint on Washington, neoconservatives declared their agenda of US world hegemony. America was now the “sole superpower,” the “unipower,” that could act without restraint anywhere in the world.

    The Washington Post neoconservative journalist Charles Krauthammer summed up the “new reality” as follows:

    “We have overwheming global power. We are history’s designated custodians of the international system. When the Soviet Union fell, something new was born, something utterly new–a unipolar world dominated by a single superpower unchecked by any rival and with decisive reach in every corner of the globe. This is a stagering new development in history, not seen since the fall of Rome. Even Rome was no model for what America is today.”

    The staggering unipolar power that history has given to Washington has to be protected at all costs. In 1992 top Pentagon official Undersecretary Paul Wolfowitz penned the Wolfowitz Doctrine, which became the basis for Washington’s foreign policy.

    The Wolfowitz Doctrine states that the “first objective” of American foreign and military policy is “to prevent the re-emergence of a new rival, either on the territory of the former Soviet Union or elsewhere, that poses a threat [to US unilateral action] on the order of that posed formerly by the Soviet Union. This is a dominant consideration underlying the new regional defense strategy and requires that we endeavor to prevent any hostile power from dominating a region whose resources would, under consolidated control, be sufficient to generate global power.” (A “hostile power” is a country sufficiently strong to have a foreign policy independent from Washington’s.)

    The unilateral assertion of American power begin in ernest during the Clinton regime with the interventions in Yugoslavia, Serbia, Kosovo, and the no-fly zone imposed on Iraq. In 1997 the neoconservatives penned their “Project for a New American Century.” In 1998, three years prior to 9/11, the neoconservatives sent a letter to President Clinton calling for regime change in Iraq and “the removal of Saddam Hussein from power.” Neoconservatives set out their program for removing seven governments in five years. http://www.globalresearch.ca/we-re-going-to-take-out-7-countries-in-5-years-iraq-syria-lebanon-libya-somalia-sudan-iran/5166

    The events of September 11, 2001, are regarded by informed people as “the new Pearl harbor” that the neoconservatives said was necessary in order to begin their wars of conquest in the Middle East. Paul O’Neil, President George W. Bush’s first Treasury Secretary, has stated pubicly that the agenda of President Bush’s first meeting with his cabinet was the invasion of Iraq. This invasion was planned prior to 9/11. Since 9/11 Washington has destroyed in whole or part eight countries and now confronts Russia both in Syria and Ukraine.

    Russia cannot allow a jihadist Caliphate to be established in an area comprising Syria/Iraq, because it would be a base for exporting destabilization into Muslim parts of the Russian Federation. Henry Kissinger himself has stated this fact, and it is clear enough to any person with a brain. However, the power-crazed fanatical neoconservatives, who have controlled the Clinton, Bush, and Obama regimes, are so absorbed in their own hubris and arrogance that they are prepared to push Russia to the point of having their Turkish puppet shoot down a Russian airplane and to overthrow the democratically-elected government in Ukraine that was on good terms with Russia, substituting in its place an American puppet government.

    With this background, we can understand that the dangerous situation facing the world is the product of the neoconservative’s arrogant policy of US world hegemony. The failures of judgment and the dangers in the Syrian and Ukrainian conflicts are themselves the consequences of the neoconservative ideology.

    To perpetuate American hegemony, the neoconservatives threw away the guarantees that Washington gave Gorbachev that NATO would not move one inch to the East. The neoconservatives pulled the US out of the ABM Treaty, which specified that neither the US nor Russia would develop and deploy anti-ballistic missiles. The neoconservatives re-wrote US war doctrine and elevated nuclear weapons from their role as a retaliatory force to a pre-emptive first strike force. The neoconservatives began putting ABM bases on Russia’s borders, claiming that the bases were for the purpose of protecting Europe from non-existent Iranian nuclear ICBMs.

    Russia and Russia’s president, Vladimir Putin, have been demonized by neoconservatives and their puppets in the US government and media. For example, Hillary Clinton, a candidate for the Democratic nomination for president, declared Putin to be “the new Hitler.” A former CIA official called for Putin’s assassination. Presidential candidates in both parties are competing in terms of who can be the most aggressive toward Russia and the most insulting toward Russia’s president.

    The effect has been to destroy the trust between nuclear powers. The Russian government has learned that Washington does not respect Washington’s own laws, much less international law, and that Washington cannot be trusted to keep any agreement. This lack of trust, together with the aggression toward Russia spewing from Washington and the presstitute media and echoing in the idiotic European capitals, has established the ground for nuclear war. As NATO (essentially the US) has no prospect of defeating Russia in conventional war, much less defeating an alliance of Russia and China, war will be nuclear.

    To avoid war, Putin is non-provocative and low-key in his responses to Western provocations. Putin’s responsible behavior, however, is misinterpreted by neoconervatives as a sign of weakness and fear. The neoconservatives tell President Obama to keep the pressure on Russia, and Russia will give in. However, Putin has made it clear that Russia will not give in. Putin has sent this message on many occasions. For example, on September 28, 2015, at the 70th anniversary of the United Nations, Putin said that Russia can no longer tolerate the state of affairs in the world. Two days later Putin took command of the war against ISIS in Syria.

    The European governments, especially Germany and the UK, are complicit in the move toward nuclear war. These two American vassal states enable Washington’s reckless aggression toward Russia by repeating Washington’s propaganda and supporting Washington’s sanctions and interventions against other countries. As long as Europe remains nothing but an extension of Washington, the prospect of Armegeddon will continue to rise.

    At this point in time, nuclear war can only be avoided in two ways. One way is for Russia and China to surrender and accept Washington’s hegemony. The other way is for an independent leader in Germany, the UK, or France to rise to office and withdraw from NATO. That would begin a stampede to leave NATO, which is Washington’s prime tool for causing conflict with Russia and, thereby, is the most dangerous force on earth to every European country and to the entire world. If NATO continues to exist, NATO together with the neoconservative ideology of American hegemony will make nuclear war inevitable.

    janvier 14, 2016
  • La politique ukrainienne de l’UE est un danger pour la paix mondiale

    par Ronald Barazon

    Source : Le Saker francophone du 8 janvier 2016

    traduction de

    Deutsche Wirtschafts Nachrichten 28 décembre 2015

     

    L’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine ignore la situation géopolitique de l’Ukraine et ses interactions avec la Russie. L’accord contre Moscou est plus qu’un pur traité de commerce. L’accord est de la dynamite politique mondiale.

    Dans quelques jours, le 1er janvier 2016, l’accord d’association contesté entre l’UE et l’Ukraine entrera en vigueur. L’Ukraine secouée par les crises en profitera très peu.

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    La chancelière fédérale Angela Merkel avec le premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk dans la chancellerie fédérale à Berlin, en octobre 2015. (Photo : EPA/GUIDO BERGMANN / GERMAN GOVERNMENT)

     

    L’Ukraine dépend de la coopération avec la Russie non seulement dans le secteur du  gaz, mais aussi dans tout son commerce extérieur. Les accords de libre-échange, toujours en vigueur malgré les différents conflits, sont abandonnés le 1er  janvier par Moscou en réaction sur le traité avec l’UE, par conséquent tous les espoirs se tournent vers l’UE.

    Une légende obstinée court chez tous les candidats à l’adhésion, tout comme en Ukraine, selon laquelle une adhésion à l’UE serait liée à une manne financière venant de Bruxelles. Les élites de l’UE renforcent cette croyance avec de belles paroles sur les avantages d’une adhésion.

    La corne d’abondance est vide depuis longtemps. Aujourd’hui, l’Union est devenue un club d’États désespérés, luttant avec des déficits budgétaires et tentant en vain de faire des économies.

    La dernière tentative en date d’aider un pays, comme cela a été le cas avec la Grèce, a échoué lamentablement.

    Ainsi dès la semaine prochaine, l’Ukraine commencera à ressentir la réalité de l’UE actuelle : le budget de l’État doit être équilibré – une exigence qui n’a pas beaucoup de sens pour un pays ruiné. Les lois doivent correspondre aux principes de l’UE – une règle qui paraît totalement frivole face au démantèlement de l’État de droit en Pologne et en Hongrie. Surtout en Ukraine où, dans le dénuement total, beaucoup de gens voient dans la corruption une simple stratégie de survie.

    L’Ukraine a besoin d’investissements, d’investissements et encore d’investissements.

    La politique de rigueur de l’UE, couplée avec la régulation de presque tous les aspects de la vie, agit depuis des années comme un frein à l’investissement, même dans les pays stables et riches. L’Ukraine ruinée ne peut pas se permettre d’adhérer à l’UE et, en outre, l’accord d’association qui entre maintenant en vigueur est conçu comme une espèce d’adhésion light. L’Ukraine aurait besoin d’un plan Marshall, que l’UE ne peut ou ne veut pas financer.

    La flotte russe dans un État de l’Otan ?

    L’Union européenne mène une politique hostile à la Russie sur le dos de l’Ukraine : la Russie actuelle est mise sur le même pied que l’ancienne Union soviétique. On combat aujourd’hui les anciennes agressions avec retard.

    L’annexion de la péninsule de Crimée par Moscou est une occasion bienvenue. Ce geste est interprété comme la preuve que la politique soviétique se poursuit. Pour prévenir tout malentendu : les graves déficits démocratiques dans la politique de la Russie actuelle sont insupportables. Simplement, ils ne sont pas vraiment pertinents pour juger de la crise de l’Ukraine.

    Certains liens sont négligés. Les dirigeants ukrainiens, sous la présidence de Petro Porochenko, s’introduisent dans l’Otan et si, du côté de l’Otan, ces avances  ne sont pas exaucées jusqu’à présent, elles sont accueillies avec bienveillance.

    Sauf que la flotte russe de la mer Noire russe est stationnée en Crimée en vertu d’un traité à long terme avec l’Ukraine. Une adhésion de l’Ukraine à l’Otan aurait signifié qu’une partie importante de l’armée russe se serait tout à coup retrouvée à l’intérieur de l’ Otan. Aucun gouvernement russe, quelle que soit sa position, ne pourrait accepter passivement un tel développement.

    La vision de Bruxelles, selon laquelle il serait possible d’impressionner la Russie sur cette question par des sanctions économiques, qui ont été étendues il y a quelques jours, témoigne d’un manque de connaissance de l’histoire : depuis des siècles, un élément central de la politique étrangère et de défense russe réside dans la sécurisation de la frontière ouest par un glacis formé de pays amis ou opprimés. Le territoire de l’Ukraine s’étend comme une immense porte d’entrée dans le territoire que Moscou considère comme un espace russe.

    Le paradoxe : l’Occident qualifie l’annexion de la Crimée d’agression. A Moscou, l’intégration éventuelle de l’Ukraine dans l’Otan est perçue comme une progression de l’Ouest en direction de Moscou. Le flirt de la politique ukrainienne avec l’alliance militaire occidentale met donc l’ensemble du pays en question et représente une énorme menace pour la paix mondiale déjà fragile.

    Bref, l’Ukraine n’est pas un pays européen comme un autre, même si sa partie occidentale faisait partie de la monarchie austro-hongroise. En ce qui concerne l’Ukraine, une politique de neutralité politique et militaire serait recommandée, soutenue par des accords économiques avec l’Occident et avec la Russie.

    L’UE n’est plus seulement une communauté économique.

    La crise en Ukraine est devenue aiguë quand Viktor Ianoukovitch, le prédécesseur pro-Moscou du président Porochenko, a mis abruptement fin aux négociations sur un accord d’association avec l’UE, à la demande de Moscou.

    En conséquence, en février 2014, une révolution a éclaté chassant M. Ianoukovitch du pouvoir et installant un régime pro-UE et critique de la Russie.

    Dans de longues négociations, les dirigeants de l’UE ont usé de toute leur éloquence pour convaincre Moscou que l’Ukraine ne tirerait profit de l’accord que sur le plan économique et pourrait évidemment continuer à vivre dans les meilleurs termes avec la Russie. Et qu’il fallait banaliser le fait que ce contrat comprenne non seulement un accord de libre-échange, mais soit aussi connecté à la politique de défense de l’UE.

    On ne peut pas éviter l’impression que l’élite de l’UE – tout comme le grand public en général – n’a toujours pas lu le traité de Lisbonne, en vigueur depuis 2009.

    Car effectivement, depuis le traité de Lisbonne, l’UE n’est plus seulement une union économique, mais aussi une union de défense bien définie avec des obligations de solidarité des membres individuels entre eux. On s’engage à développer sa propre armée et à la possibilité de mener des actions militaires hors de l’UE. Le traité fait expressément référence à la participation de certains États membres à l’Otan. Le traité de Lisbonne prévoit également la possibilité qu’un groupe de membres crée une alliance et passe à l’action militaire, en coordination avec l’Union européenne, ou même simplement en l’en informant.

    On peut sourire de cette démonstration de muscles figurant dans le texte du Traité de Lisbonne, en considérant l’action actuelle de l’UE, qui ne se caractérise  pas particulièrement par la force actuellement. Les membres de l’UE et les pays qui veulent s’y joindre doivent tenir compte de cette volonté de pouvoir mondiale.

    En tout cas, le traité de Lisbonne a été lu avec beaucoup d’attention à Moscou.

     

    Ronald Barazon a été pendant de longues années rédacteur en chef des Salzburger Nachrichten. Il est l’un des journalistes économiques les plus respectés en Europe et il est aujourd’hui rédacteur en chef du magazine Der Volkswirt et modérateur à l’ORF.

     

    Traduit par Jefke, édité par Hervé, relu par Literato pour le Saker Francophone

    janvier 12, 2016
  • Un référendum s’est tenu le jeudi 3 décembre au Danemark

    par Jacques Sapir

    04.12.2015

    Source :

    http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20151204/1020057779/danemark-ue-referendum.html#%20janvier%20dernier

     

     

    Un référendum s’est tenu le jeudi 3 décembre au Danemark (1). Il a vu la nette victoire du « non » et des eurosceptiques. Au-delà du résultat, ce référendum soulève de multiples interrogations. La première concerne le faible retentissement médiatique de ce référendum en France.

     

    Assurément, nous sommes en campagne électorale et le traumatisme des attentats du 13 novembre ne s’est pas effacé. Mais, ce quasi-silence des médias interpelle. La seconde interrogation porte sur le sens qu’il convient de donner à ce référendum. On voit bien que, dans les rares commentaires à son sujet, on parle de « questions techniques ». Techniques, les questions l’étaient assurément. Mais il faut être bien naïf, ou de bien mauvaise fois, pour ne pas se rendre compte que, derrière cette dimension « technique » la véritable question portait sur le processus d’intégration européenne et que la réponse apportée par les électeurs danois fut politique.

     

    L’étonnant silence de la presse française

    On est frappé par la rareté des commentaires dans les médias français. Un simple test le prouve. Une demande de recherche sur Google actualités ne produit que 170 résultats, dont certains ne concernent pas les médias français. Dans une liste d’environ 150 références des médias français (2), on trouve une très large part d’articles qui ne sont que des reprises, soit in extenso soit partielle, de l’article qui a été publié le 3 décembre au soir par l’AFP. La différence avec la presse anglo-saxonne ici saute aux yeux. Les commentaires sur ce référendum ont été nombreux (3).

     

     

    © SPUTNIK. VLADIMIR PESNJA

    La majorité des Britanniques pour la sortie de l’UE

    Certes, ce n’est pas la première fois que la presse française se comporte de manière plus que désinvolte vis-à-vis d’événements survenant dans un « petit » pays. A cet égard, il est intéressant de lire les commentaires dans les journaux belges (Le Soir ou La Libre Belgique) ou dans les quotidiens suisses francophones. Ils sont souvent de meilleures qualités que ce que l’on peut lire dans une presse française qui se révèle à la fois partiale et surfaite. Mais, l’arrogance manifeste de la presse française vis-à-vis d’un « petit pays » n’est sans doute pas la cause première de ce silence.Ce relatif silence de la presse française traduit, et trahit, une gêne devant le résultat. Les danois, peuple européen, ont déjà beaucoup voté sur la question de l’Europe. On compte en effet sept référendums depuis celui de 1972 où ils ont décidé d’associer leur destin avec ce qui s’appelait alors le « Marché commun ». Le 3 décembre, les électeurs danois ont rejeté par 53% des suffrages contre 47% de « oui », une proposition de plus grande intégration dans le cadre de l’Union européenne. Ils l’ont rejeté de manière très claire, ce qui a été reconnu par le gouvernement danois. Ils l’ont rejeté aussi dans une alliance entre l’extrême-gauche (et la gauche dite « radicale ») et le parti populiste et souverainiste danois le DPP.

     

    On constate une nouvelle fois que, quand peuvent se retrouver sur un terrain commun, des souverainistes de gauche et de droite, ces derniers ont une large majorité. Ceci avait déjà été constaté en France lors du référendum de 2005 sur le projet de traité constitutionnel européen. Et ceci gêne sans doute autant, voire plus, les éditorialistes à gages de notre presse nationale que le simple résultat. Cela pourrait donner des idées au bon peuple de France. Voici donc une autre raison de ce silence relatif, et il faut le dire bien intéressé. Ce référendum porte en lui une critique de l’européisme. C’est pourquoi il convient de faire silence dessus. Ah, elle est belle la presse libre en France; elle est belle mais elle est surtout silencieuse quand il convient à ses propriétaires…

     

     

    © AFP 2015. ATTILA KISBENEDEK

    La Suède rétablit le contrôle à ses frontières

    Une question technique?

     

    Dans les rares articles que les journaux, ou les autres médias français, consacrent aux résultats de ce référendum, on pointe avant tout la nature « technique » de la question posée: fallait-il remettre en cause les clauses dites « d’opting-out » négociées par le Danemark avec l’Union européenne pour permettre une meilleure coopération policière entre ce pays et les instances policières européennes (Europol pour les nommer). Mais, si l’énoncé de la question était assurément technique, il faut beaucoup d’aveuglement, bien de la cécité volontaire, pour ne pas voir que la réponse apportée par les danois fut avant tout politique.

    Il convient ici de rappeler que ce référendum a connu une forte participation. Près de 72% des électeurs danois se sont déplacés pour voter, ce qui constitue un record dans des référendums portant sur l’Europe. C’est bien la preuve que les danois ont compris que, derrière une apparence technique, la question était bien avant tout politique. D’ailleurs, cette dimension politique ressortait bien de la campagne qui se déroula avant ce référendum. Les questions de la suspension des accords de Schengen, de l’intégration européenne, des coopérations multiples, furent en réalité largement débattues.

     

     

    © AFP 2015. ALAIN JOCARD

    Référendum UE: David Cameron présente ses quatre objectifs de renégociation

    Cette réponse donc politique que les électeurs danois ont apporté, elle a un sens très net: celui d’un refus de toute nouvelle intégration européenne. Face à des questions essentielles, comme celles concernant la sécurité, les danois ont clairement opté pour le maintien de leur souveraineté. Leur réponse traduit le profond désenchantement auquel on assiste quant à la construction européenne. Que ce soit dans le domaine de l’économie ou dans celui de la sécurité, que ce soit sur l’Euro ou les contrôles aux frontières, c’est bien à un échec patent de l’intégration que l’on est confronté. Or, la réponse des européistes à cet échec n’est pas de s’interroger sur ses causes mais de demander, encore et toujours, plus d’intégration. En fait, l’intégration européenne est devenue un dogme, une religion. Et celle-ci n’admet aucune critique, ne souffre aucune contradiction. C’est pourquoi les dirigeants poussent à une surenchère mortelle. Mais, c’est aussi pourquoi les peuples, qui bien souvent ne sont pas dupes d’un discours trop formaté pour être honnête, refusent justement cette surenchère et exigent qu’un bilan honnête et objectif de cette intégration soit fait.

     

    L’heure des bilans

    Ces bilans vont se multiplier, que les dirigeants le veuillent ou non. La Grande-Bretagne votera sur son appartenance à l’Union européenne en 2016 et, n’en doutons pas, on y suit de très près les implications du référendum danois. On votera sans doute sur la question de l’Euro en Finlande, en 2016 ou en 2017. Ce vote aura aussi une importante signification. Mais, surtout, c’est dans sa pratique au jour le jour que l’Union européenne sera confrontée à cette demande de bilan.

     

     

    © AFP 2015. PAUL ELLIS

    Londres brandit la menace d’une sortie de l’UE

    Car, il est clair que le trop fameux « pragmatisme » européen a engendré des monstres, qu’il s’agisse de l’Eurogroupe, club dépourvu d’existence légale et qui pourtant pèse d’une poids énorme comme on l’a vu lors de la crise grecque de l’été 2015, ou qu’il s’agisse des abus de pouvoir que commet désormais chaque semaine la Commission européenne. On se souvient des déclarations de Jean-Claude Juncker à l’occasion de l’élection grecque de janvier dernier (4). Leur caractère inouï fut largement débattu. Un autre exemple réside dans la manière dont ces institutions européennes négocient, dans le plus grand secret, le fameux « Traité Transatlantique » ou TAFTA qui aboutira à déshabiller encore plus les Etats et la souveraineté populaire qui s’y exprime. Le comportement de l’Union Européenne tout comme celui des institutions de la zone Euro appellent aujourd’hui une réaction d’ensemble parce qu’elles contestent cette liberté qu’est la souveraineté (5).

     

    Il est plus que temps de dresser le bilan de ces actes, d’évaluer la politique poursuivie par les institutions européennes et leurs diverses affidés, de gauche comme de droite, en Europe. On peut comprendre, à voir l’importance de l’investissement politique et symbolique qu’ils ont consenti, que les dirigeants européistes voient avec une certaine angoisse s’avancer l’heure où ils devront rendre des comptes.

     

    (1)Milne R., « Danish referendum rejects further EU integration », The Financial Time, 3 décembre 2015.

    (2)Dont le commentaire de Sputnik, « Les danois disent ‘non’ à plus d’Europe ».

    (3)Orange R., « Denmark delivers snub to Brussels with ‘no’ in EU rules referendum », in The Telegraph, 3 décembre 2015.

    (4)Jean-Jacques Mevel in Le Figaro, le 29 janvier 2015, Jean-Claude Juncker: « la Grèce doit respecter l’Europe ». Ses déclarations sont largement reprises dans l’hebdomadaire Politis, consultable en ligne: http://www.politis.fr/Juncker-dit-non-a-la-Grece-et,29890.html

    (5)Evans-Pritchards A., « European ‘alliance of national liberation fronts’ emerges to avenge Greek defeat », The Telegraph, 29 juillet 2015.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur.

     

     

    décembre 27, 2015
  • L’accord migratoire fait entrer en Europe une Turquie islamiste et autocratique

    par

    Hadrien Desuin

    Source: http://fr.aleteia.org/2015/12/02/quand-leurope-vend-son-ame-a-la-turquie/

     

     

    Les années passent et la Turquie du parti islamiste AKP dévoile peu à peu son visage. De scrutin en scrutin, la démocratie turque donne à Erdogan toujours plus de pouvoirs et d’audace. Au besoin, en faisant revoter les électeurs récalcitrants. La presse acculée voit ses derniers journalistes indépendants surveillés, censurés, menacés, arrêtés. La police, la magistrature, les armées sont sous contrôle. Les partis kurdes sont caillassés ou incendiés. La répression a repris de Gaziantep à Diyarbakir. L’islamisation, d’abord rampante, se fait désormais au grand jour. Les femmes sont reléguées ou sommées de se voiler.

    À mesure que le régime turc se durcit, l’Europe qui lui faisait face s’amollit. Le rapport de force s’est inversé. Hier âpre à la négociation, l’Europe aujourd’hui se tait devant les violations répétées des libertés. Le matin, Orban est sermonné à Budapest quand il jugule le flot de migrants et l’après-midi Erdogan est courtisé à Ankara. Pour avoir laissé transiter des centaines de milliers de migrants, de nouveaux chapitres d’adhésion de la Turquie vont s’ouvrir.

    Pompier pyromane du Moyen-Orient, après avoir sévi en Libye et agité l’Égypte, la Turquie se durcit aussi à l’extérieur. Elle ose s’attaquer à la Russie en Syrie.

    Ses tentatives pour renverser Bachar el-Assad se sont heurtées à la résistance russe. Mais s’il a renoncé à Damas, Erdogan n’a pas mis une croix sur Alep. Par l’intermédiaire de ses alliés djihadistes et des minorités turkmènes, il entend garder la main sur son étranger proche. Il veut conserver sa tutelle sur tout le Nord syrien, Kurdistan compris.

    L’Allemagne se soumet et entraîne l’Europe vers un nouvel élargissement

    La politique turque de bon voisinage a fait long feu parce qu’Erdogan s’estime désormais trop puissant pour se préoccuper du bien être de ses voisins. Fâchée avec Israël et l’Iran, l’Égypte et la Grèce, Chypre et l’Arménie, l’ivresse turque effraie toute la région. Mais la Turquie est sûre d’elle-même. Et l’Europe se tait, elle consent. Puisqu’elle est incapable de contrôler ses bordures, elle sous-traite sa politique migratoire à la Turquie. Et elle se place dans une situation de dépendance stratégique inédite.

    Une bonne partie de la facture sera sans doute réglée par Berlin. Erdogan sait bien que la capitale de l’Europe est prussienne. Mais il ne suffit pas de l’acheter, un chèque de trois milliards d’euros ne saurait suffire. À l’occasion de la visite de la chancelière, il a fait de la poursuite du processus d’adhésion la condition d’un accord. Et puis Bruxelles, adoubée par les 27 complices de l’Allemagne, s’est inclinée.

    Donald Tusk, le président du Conseil européen a annoncé un accord sur le contrôle migratoire en compagnie d’Ahmet Davutoglu. Mais c’est Angela Merkel, la chancelière de l’Europe qui a négocié la transaction. Acculée par une majorité CDU-CSU en ébullition, elle a rencontré Erdogan dès le 19 octobre à Istanbul pour régler les modalités pratiques de l’accord européen. Menacée au Bundestag, elle n’a plus d’autre choix que colmater les brèches qu’elle avait elle-même ouvertes cet été. Son appel généreux à accueillir toute la misère d’Europe centrale, les réfugiés des guerre de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan, se termine en fin de non-recevoir. Les attentats de Paris ont fini, mais un peu tard, de la convaincre. La Turquie, elle, peut se frotter les mains.

    décembre 12, 2015
  • Unis contre le terrorisme, mais sous le patronage de l’ONU

    par

    Zivadin Jovanovic,

    président du «Belgrade Forum for a World of Equals»

    Source :Horizons et débats

    http://www.horizons-et-debats.ch/index.php

     

    Les 24 et 25 novembre, une conférence scientifique internationale sous le titre «Yalta, Potsdam, Helsinki, Belgrade: à la recherche d’un ordre de sécurité» a eu lieu à Belgrade, capitale serbe. La réunion de scientifiques, de diplomates, de politiciens et de personnalités de la vie publique de plus de 20 pays européens et du monde était consacrée au 70e anniversaire des Conférences de Yalta et de Potsdam (1945). Les organisateurs étaient le Belgrade Forum for a World of Equals et deux organisations russes – le Center of National Glory et le Fund of Saint Andrew. La semaine suivante (les 3 et 4 décembre), Belgrade sera hôte de la Conférence des ministres de l’OSCE. Le but est de faire le bilan des résultats de l’année durant laquelle la Serbie a présidé cette organisation, de célébrer ce jubilé important et de fortifier son rôle pour la paix, la sécurité et la coopération aujourd’hui et demain et de donner au futur un nouvel élan.

    Sécurité et stabilité en Europe ne peuvent pas être séparées de celles des régions environnantes et du monde. C’est pourquoi la paix et la stabilité en Europe n’ont pas d’avenir si elles ne sont pas étroitement liées à la paix et la stabilité au Proche-Orient, en Asie, en Afrique du Nord (Maghreb) et en Afrique entière.

    Malheureusement, la sécurité et la stabilité dans le monde sont aujourd’hui confrontées à des risques et des menaces croissantes. Le respect et la confiance réciproque entre les puissances se trouvent dans une crise profonde. Certaines puissances se sont elles-mêmes dispensées de l’ordre juridique construit et développé à la suite de la Seconde Guerre mondiale.

    Ces puissances ignorent ou éliminent simplement le droit chaque fois qu’il s’oppose à leur expansion impériale. Elles s’en tiennent à la règle «Le pouvoir à toujours raison!» En prenant à la fois le rôle du plus haut arbitre et de l’exécuteur, les centres de puissance sont intervenus militairement partout au monde. La violation des principes fondamentaux du droit international, y compris de la Charte des Nations Unies ou des Accords d’Helsinki et le contournement du Conseil de sécurité de l’ONU depuis les années 1990, sont aujourd’hui à l’ordre du jour. Rappelons que c’est la République fédérale de Yougoslavie qui a été en 1999 la première victime européenne d’une agression militaire de l’OTAN, illégale et sans raisons. On peut constater que cela fut le modèle pour les agressions et interventions militaires ayant suivi en Afghanistan, en Irak, en Somalie, en Libye, au Yémen, au Mali, en Syrie … Nous devons nous demander ce que ces agressions ont apporté aux peuples des Balkans, d’Europe, du Proche- et Moyen-Orient, du Maghreb et du reste de l’Afrique. Et au monde? A l’ONU et à l’OSCE? A l’ordre du droit international? Quel profit tirer de la fragmentation d’Etats viables, de scissions de tribus ou de religions, du chaos, de centaines de milliers de personnes tués, de millions de réfugiés, d’expulsés, d’émigrants? Quels étaient ces dirigeants maîtres de notre destin, ces penseurs «indépendants», philosophes, journalistes, personnes publiques qui croyaient ou croient toujours que le soutien, la défense publique ou la légitimation d’agressions militaires, de coups d’Etats et de déstabilisation d’Etats souverains sont les moyens judicieux pour renforcer les droits de l’homme et promouvoir la démocratie, la liberté et la prospérité?

    Suite à la première guerre de l’OTAN sur terre européenne depuis les Accords de Yalta et de Potsdam, nous sommes témoins d’une nouvelle édition de la vieille stratégie d’une «pression vers l’Est», c’est à dire que les bases militaires américaines poussent comme des champignons près des frontières russes.

    En participant en 1999 à l’agression de l’OTAN, l’Europe a participé à la guerre contre elle-même, contre sa propre stabilité. Plus que cela: c’était un tournant qui permit aux pays membres de l’UE à participer à de nombreuses autres guerres impériales et à des coups d’Etat. Malheureusement, l’Europe a participé à la déstabilisation de l’Ukraine et aux sanctions qui – comme celles contre la Russie – étaient contraire à ses propres intérêts.

    L’Europe ne peut guère être libérée de la responsabilité de la destruction de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Libye, de la Syrie. Un flux sans précédent de réfugiés et d’immigrants provoque sur le continent un état d’urgence dont l’origine est le manque de responsabilité, de clairvoyance et de faculté d’homme d’Etat des dirigeants de l’UE et de l’OTAN.

    Aujourd’hui, l’Europe assume les conséquences de ses propres fautes, désastreuses – d’un comportement risqué. Le degré d’égoïsme et de répugnance des dirigeants de l’UE, de discerner les vraies raisons des problèmes et d’aborder leurs origines – non seulement les conséquences – est surprenant et ne promet guère d’issue positive. Le nombre considérable d’immigrants n’est certainement pas uniquement un problème humanitaire, social et économique. C’est aussi un problème de sécurité. Malgré cela, le problème ne peut être résolu par la mise en place de nouvelles guerres, par des patrouilles massives de policiers et militaires aux frontières, par des centres de réfugiés en forme de camp d’internement du XXIe siècle et en tout cas absolument par l’invocation des principes de Dublin ou par des accords de reprise, un genre de modèle de déportation moderne.

    Actuellement le monde pleure les victimes des attaques terroristes effarantes de Paris. Pendant que de partout viennent des témoignages de sincérité et de solidarité envers les familles en deuil et envers la nation française toute entière, un sentiment d’incertitude, d’insécurité et de peur prédomine – Qui sera le prochain? – tel est l’atmosphère. Sans aucun doute le terrorisme est un danger extrêmement sérieux pour la sécurité, la stabilité et la coopération en Europe et dans le monde. Malgré toutes les différentes actions et «succès» dans la lutte contre le terrorisme, il n’a pas diminué, il semble plutôt s’élargir rapidement. Après 2001, des opérations militaires spectaculaires ont peut-être mené à la mort de quelques dirigeants terroristes, ont éventuellement détruit quelques quartiers généraux de terroristes, mais incontestablement sans toucher les bases de l’idéologie du terrorisme et les racines du fléau.

    Les appels que le monde doit s’unir dans le combat contre le terrorisme sont logiques, bienvenus et nécessaires, mais pour agir sérieusement et de façon responsable, l’entente doit se faire sous le contrôle de l’ONU, c’est-à-dire du Conseil de sécurité de l’ONU. Cela exige en outre un consensus concernant la définition du terrorisme, des terroristes et des actes terroristes, excluant les «bons» et les «mauvais», «notre» et «leur» terrorisme, «nos» et «vos» terroristes. Il faut exclure toutes approches du deux poids deux mesures et de l’abus de la lutte contre le terrorisme pour réaliser des buts égoïstes et géopolitiques. Dans la lutte contre le terrorisme, il faut des moyens militaires appropriés et un traitement adapté et une punition efficace des terroristes. Cependant, ce qui manque jusqu’à présent, c’est la compréhension de la complexité du problème profondément enraciné et existant depuis longtemps. Il y a des racines politiques, socio-économiques et religieuses. Pour éliminer les causes, il est à mon avis nécessaire de revenir

    • à des négociations et à des solutions politiques et pacifiques de tous les problèmes à l’aide de compromis, en respectant les intérêts légitimes de tous les partis impliqués, sans préjugés et sans utiliser le principe du deux poids deux mesures, que ce soit en Afghanistan, en Syrie, en Irak ou dans tout autre pays;
    • à stopper le financement, la formation et l’armement de groupes et organisations terroristes;
    • aux mêmes normes universelles pour tout un chacun en ce qui concerne le terrorisme et les terroristes;
    • au respect des principes élémentaires dans les relations internationales telles la liberté de choix de la politique intérieure et extérieure, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, y compris le respect de la souveraineté sur les ressources naturelles et économiques de chaque pays;
    • à un développement socio-économique des pays, dans lesquels le terrorisme et la migration ont leurs origines, dont fait également partie des plans pour la reconstruction, la formation et l’emploi des jeunes générations, notamment dans les régions harassées par la guerre (Proche- et Moyen-Orient, Maghreb, pays subsahariens).

    Ne serait-ce pas le moment adéquat pour convoquer une conférence mondiale de l’ONU sur la lutte contre le terrorisme, avec l’objectif de préparer l’organisation, le mandat et le calendrier pour l’acceptation d’une convention mondiale concernant le terrorisme?

     

    (Traduction Horizons et débats)

     

    décembre 4, 2015
  • Russie-Turquie

    par Jacques Sapir

    24 nov. 2015

    Jacques Sapir, directeur d’Études à l’ École des Hautes Études en Sciences Sociales, dirige le Centre d’Études des Modes d’Industrialisation (CEMI-EHESS), le groupe de recherche IRSES à la Fondation Maison des sciences de l’homme (FMSH)

     

    Source : https://francais.rt.com/opinions/10968-russie-turquie

     

     

    La destruction d’un bombardier russe de type SU-24 à la frontière turco-syrienne est un incident d’une extrême gravité, estime l’économiste Jacques Sapir en présentant point par point ses conclusions sur l’avion abattu par les militaires turcs.

    La destruction d’un appareil russe, dont l’équipage semble avoir été tué, par des avions de chasse turcs constitue un incident extrêmement sérieux, dont les conséquences peuvent être incalculables. L’attitude du gouvernement turc apparaît ici comme profondément irresponsable et provocatrice. Le fait que le gouvernement turc ait demandé une réunion de l’OTAN, comme si il avait été la puissance agressée, est un autre sujet de préoccupation.

    1. La destruction d’un chasseur bombardier russe de type SU-24 à la frontière turco-syrienne est un incident d’une extrême gravité. Le gouvernement turc affirme que l’avion avait violé les frontières de la Turquie. Compte tenu de la configuration du terrain, il est effectivement possible que l’avion ait survolé une petite langue de territoire turc. Mais, ce survol, s’il a eu lieu, a été de très courte durée, au plus une dizaine de secondes. Or, le gouvernement turc prétend que ses avions de chasse avaient prévenu l’avion russe de sa soi-disant incursion depuis au moins 5 minutes avant d’ouvrir le feu (avec un missile). Ceci ne correspond pas à ce que l’on peut connaître de la situation locale. A la vitesse de croisière d’un SU-24 (environ 15 km/min), cela impliquerait que l’avion ait pénétré de 30 à 37 km à l’intérieur du territoire turc. Or, ceci est contredit par la carte radar publiée par les autorités turque à l’appui de leurs dires.

     

    Mais, il y a une autre explication possible. Cela implique implicitement, si cette information est vraie, que la Turquie entendait faire régner une « zone d’exclusion aérienne » au-dessus de la Syrie, et ceci sans mandat ni délégation des Nations-Unies. Les avions turcs auraient ainsi tiré depuis une position juridiquement illégale.

    1. Le gouvernement russe prétend que l’avion n’a jamais pénétré l’espace aérien turc. Il se fait que l’appareil s’est écrasé en territoire syrien. Cela implique, au minimum, qu’il volait vers la Syrie au moment où il a été touché par un missile (sans doute un missile air-air tiré depuis un F-16 de l’aviation turque). On ne peut pas exclure, au vu de la zone où l’appareil s’est écrasé, qu’il ait été atteint alors qu’il volait au-dessus du territoire syrien. Si cela est vrai, nous sommes devant une seconde illégalité commise par la Turquie.

     

    1. L’aviation turque est connue pour violer, de manière régulière depuis des années l’espace aérien de la Grèce mais aussi de Chypre. On s’interroge donc sur la soudaine sensibilité de la Turquie à la défense de ses frontières, elle qui fait preuve de la plus grande insouciance quand il s’agit des frontières d’autrui. A l’illégalité de l’action vient alors s’ajouter l’impudence d’une puissance qui se considère, dans cette zone frontalière, en pays conquis.

     

    1. Au-delà de cette situation, l’attitude du gouvernement turc autour de la crise syrienne et de DAESH soulève de nombreux problèmes:
    • Le gouvernement turc, sous prétexte d’intervenir contre les forces islamistes bombarde en réalité les combattants kurdes qui, eux, se battent bien contre DAESH. On a eu d’autres exemples de cette attitude hypocrite lors du siège de Kobané.
    • Le gouvernement turc tolère, et c’est le moins que l’on puisse en dire, la contrebande de pétrole qui est l’une des sources de financement de DAESH. On sait aussi que si le gouvernement turc fermait ses frontières avec la Syrie, DAESH serait rapidement étouffé financièrement. On sait, enfin, que les avions russes (et américains) s’attaquaient systématiquement à ce trafic en bombardant les colonnes de camions de DAESH qui transportent le pétrole jusqu’à la frontière turque.
    • Des journalistes indépendants qui enquêtaient sur les collusions possibles entre l’appareil d’Etat turc et DAESH, et en particulier sur de possibles livraisons d’armes, ont été emprisonnés ou tués.
    • Quant à la crise des réfugiés, que l’Europe connaît depuis l’été 2015, elle apparaît comme fortement liée à la volonté du gouvernement turc de faire pression sur l’Union européenne. Ce gouvernement avait d’ailleurs obtenu une forme de reconnaissance de l’importance de son action pour la gestion de cette crise.

     

    1. Dans ces conditions, quand Vladimir Poutine parle d’un « coup de poignard dans le dos », il a entièrement raison. Ce coup de poignard ne vise pas que la Russie mais l’ensemble des forces internationales qui luttent contre DAESH. Mais, si la Turquie a pu se permettre de donner ce coup de poignard, c’est aussi parce qu’elle est un pays membre de l’OTAN et qu’elle sait que la Russie n’exercera pas de représailles militaires contre elle. Dès lors, il convient de s’interroger sur le jeu politique joué tant pas la Turquie que par les Etats-Unis, qui prétendent pourtant lutter contre DAESH. On attend, avec un intérêt, de voir quelle sera la réaction américaine à cet incident, et si les Etats-Unis exerceront alors les pressions qui s’imposent pour ramener le gouvernement d’Erdogan à de meilleures dispositions.

     

    1. Pourtant, les relations économiques sont étroites entre la Russie et la Turquie, du gazoduc reliant la Russie à la Turquie via la Mer Noire, aux nombreuses entreprises turques qui travaillent en Russie, et en passant par les touristes russes, nombreux, qui vont passer leurs vacances en Turquie. Dès lors, on ne peut que s’interroger sur l’attitude du gouvernement turc. Estime-t-il que, protégé par l’OTAN mais aussi par ses liens économiques multiples avec la Russie, il peut tout se permettre ? Est-on en présence d’une lutte de clans au sein de la grande-bourgeoisie turque, et le clan qui soutient Erdogan règle-t-il ainsi ses comptes avec d’autres factions qui pourraient être liées au commerce avec la Russie ? Enfin Erdogan, dont la position politique reste fragile en dépit de sa victoire lors des récentes élections, a-t-il décidé de jouer sur la carte nationaliste en réveillant la vieille inimitié entre la Russie et la Turquie ?
    2. Une leçon de ces événements s’impose. Plus que jamais, le gouvernement français doit prendre ses distances à la fois vis-à-vis de la Turquie mais aussi vis-à-vis de l’organisation militaire de l’OTAN, dont on voit aujourd’hui qu’elle pourrait être utilisée comme paravent par un gouvernement irresponsable.

     

    novembre 28, 2015
  • La Turquie pourrait couper les filières de ravitaillement de l’État islamique. Pourquoi ne le fait-elle pas ?

    par David Graeber

    traduit par  Nicolas Casaux

    Source : Le Partage

    http://partage-le.com/2015/11/la-turquie-pourrait-couper-les-filieres-de-ravitaillement-de-letat-islamique-pourquoi-ne-le-fait-elle-pas-par-david-graeber/

    Posted by : Le Partage 21 novembre 2015

     

    David Graeber (1961) est un anthropologue et militant anarchiste US, théoricien de la pensée libertaire nord-américaine et figure de proue du mouvement Occupy Wall Street.  » La paternité du slogan « Nous sommes les 99% » lui est parfois attribuée. Évincé de l’université de Yale en 2005, David Graeber, « l’un des intellectuels les plus influents du monde anglo-saxon» selon le New York Times, est aujourd’hui professeur à la London School of Economics. Il est l’auteur notamment de Debt: The First 5,000 Years (Dette : les 5 000 premières années). (2011).

    Source: http://www.theguardian.com/commentisfree/2015/nov/18/turkey-cut-islamic-state-supply-lines-erdogan-isis

    Date de parution de l’article original: 18/11/2015

     

    Les leaders occidentaux pourraient détruire l’État islamique en exigeant d’Erdoğan qu’il cesse ses attaques contre les forces kurdes en Syrie et en Turquie, et leur permettre de combattre l’ISIS sur le terrain.

     

    Au lendemain des attentats meurtriers de Paris, nous pouvons attendre des chefs d’État occidentaux qu’ils fassent ce qu’ils font toujours en de telles circonstances : déclarer une guerre totale et permanente à ceux qui les ont commandités. Ils ne le souhaitent pas vraiment. Ils ont les moyens d’éradiquer et de détruire l’État Islamique depuis plus d’un an déjà. Ils ont tout simplement refusé de se servir de ces moyens. De fait, alors que le monde entendait les dirigeants proclamer leur implacable résolution lors du sommet du G20 à Antalya, ces mêmes dirigeants fricotent avec le président Turc, Recep Tayyip Erdoğan, un homme dont la politique, les décisions économiques, et même le soutien militaire contribuent ouvertement à permettre à l’ISIS de perpétrer les atrocités de Paris, sans mentionner le flux incessant de leurs atrocités au Moyen-Orient même.

    Comment l’ISIS pourrait-il être éliminé? Dans la région, tout le monde le sait. Il suffirait de libérer les forces principalement kurdes de l’YPG (parti de l’Union Démocratique) en Syrie, et la guérilla du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) en Irak et en Turquie. Celles-ci sont, actuellement, les principales forces combattant l’ISIS sur le terrain. Elles se sont avérées extraordinairement efficaces sur le plan militaire, et s’opposent en tout à l’idéologie réactionnaire de l’ISIS.

    Mais au lieu de cela, les territoires contrôlés par l’YPG en Syrie se retrouvent placés sous un embargo total par la Turquie, et les forces du PKK subissent le bombardement incessant de l’aviation turque. Non seulement Erdoğan a fait tout ce qui était en son pouvoir pour affaiblir les seules forces s’attaquant effectivement à l’ISIS ; mais en plus il y a de nombreuses preuves qui permettent d’affirmer que son gouvernement aide, au moins tacitement, l’État islamique lui-même.

    Cela peut sembler outrancier de suggérer qu’un membre de l’OTAN comme la Turquie soutiendrait de quelque façon que ce soit une organisation qui assassine de sang-froid des citoyens occidentaux. Un peu comme si un membre de l’OTAN soutenait Al Qaïda. Mais il y a des raisons de croire que le gouvernement d’Erdoğan soutient également la branche syrienne d’Al-Qaida (Jahbat Al Nusra), ainsi qu’un certain nombre de groupes rebelles partageant son idéologie islamiste conservatrice. L’institut pour l’étude des droits humains de l’université de Columbia a compilé une longue liste de preuves du soutien que la Turquie fournit à l’ISIS en Syrie.

    Et puis, il y a les positions officielles d’Erdoğan. En août dernier, l’YPG, revigoré par ses victoires de Kobane et de Gire Spi, était sur le point de s’emparer de Jarablus, la dernière ville que contrôlait l’ISIS sur la frontière turque, que l’organisation terroriste utilisait comme point de ravitaillement, pour sa capitale Raqqa, en armes, matériel, et recrues — les filières de ravitaillement de l’ISIS passent directement par la Turquie.

    Des observateurs avaient prédit qu’aune fois Jarablus reprise, Raqqa tomberait rapidement. Erdoğan a réagi en déclarant que Jarablus constituait une « ligne rouge » ; si les Kurdes attaquaient, ses forces interviendraient militairement — contre l’YPG. Jarablus reste à ce jour aux mains des terroristes, de facto sous protection militaire turque.

    Comment Erdoğan a-t-il réussi à justifier cela? Principalement en déclarant que ceux qui combattaient l’ISIS étaient des « terroristes » eux-mêmes. Il est vrai que le PKK a par le passé mené une guérilla parfois sale contre la Turquie, dans les années 1990, ce qui l’a placé sur la liste internationale des organisations terroristes. Cependant, ces 10 dernières années, il a complètement changé de stratégie, renoncé au séparatisme et adopté une politique stricte de ne jamais s’en prendre aux civils. Le PKK est à l’origine du sauvetage de milliers de civils yézidis, menacés de génocide par l’ISIS en 2014, et son organisation jumelle, l’YPG, de la protection de communautés chrétiennes en Syrie aussi. Leur stratégie vise à poursuivre le dialogue de paix avec le gouvernement, tout en encourageant l’autonomie démocratique locale dans les zones kurdes sous l’égide du HDP, au départ un parti politique nationaliste, qui s’est réinventé comme voix de la gauche démocratique panturque.

     

    Ils se sont avérés extraordinairement efficaces sur le plan militaire, et en adoptant les principes d’une démocratie de base et des droits des femmes, s’opposent en tout point à l’idéologie réactionnaire de l’ISIS. En juin dernier, le succès du HDP dans les urnes a empêché Erdoğan d’obtenir la majorité parlementaire. La réponse d’Erdoğan fut ingénieuse. Il a appelé à de nouvelles élections, déclarant qu’il allait « entrer en guerre » contre ISIS, a effectué une seule attaque symbolique contre eux, puis a déployé la totalité de ses forces armées contre les forces du PKK en Turquie et en Irak, tout en accusant le HDP de « soutenir des terroristes » pour leur association avec eux.

    S’ensuivit une sanglante série d’attentats à la bombe, en Turquie — dans les villes de Diyarbakir, Suruc, et enfin, Ankara — des attentats attribués à ISIS mais qui, pour quelque mystérieuse raison, ne semblaient cibler que des activistes associés au HDP. Les victimes ont signalé à de nombreuses reprises que la police empêchait les ambulances d’évacuer les blessés, ou s’attaquait même aux rescapés à coups de gaz lacrymogènes.

    En conséquence, le HDP a abandonné jusqu’à la tenue de rassemblements politiques lors des semaines qui précédaient les nouvelles élections de novembre par peur de meurtres en masse, et suffisamment d’électeurs du HDP ne ne sont pas allés voter pour assurer une majorité parlementaire au parti d’Erdoğan.

    La nature exacte de la relation entre le gouvernement d’Erdoğan et l’ISIS peut faire l’objet de débats ; mais nous pouvons être certains de plusieurs choses. Si la Turquie avait établi contre les territoires de l’ISIS le même genre de blocus qu’elle a mis en place sur les parties de la Syrie tenues par les Kurdes, ou fait preuve envers le PKK et l’YPG de la même « indifférence bienveillante » dont elle a fait preuve envers l’ISIS, ce « califat » maculé de sang se serait depuis longtemps effondré — et les attentats de Paris auraient peut-être pu être évités. Et si la Turquie faisait cela aujourd’hui, ISIS s’effondrerait probablement en quelques mois. Et pourtant, a-t-on vu un seul dirigeant occidental exiger cela d’Erdoğan ?

    La prochaine fois que vous entendrez un de ces politiciens déclarer qu’il est nécessaire de restreindre les libertés civiles ou les droits des migrants en raison de la nécessité absolue d’une « guerre » contre le terrorisme, pensez à tout cela. Leur résolution est tout aussi « absolue » qu’elle est politiquement confortable. La Turquie, après tout, est un « allié stratégique ». Donc, après leurs déclarations, ils sont sans doute allés partager une tasse de thé amicale avec l’homme qui permet à l’ISIS de continuer à exister.

     

     

    novembre 24, 2015
  • 13-Novembre : les États occidentaux ne peuvent combattre le djihadisme en soutenant ses parrains pétromonarchiques

    Deuil, colère, lucidité et mobilisation 

    23h23, le vendredi 13 novembre 2015

     

    par Maxime Chaix

    Source : http://arretsurinfo.ch

     

     

    Depuis plusieurs années, j’ai pu comprendre, étayer et documenter le fait que les réseaux jihadistes sont non seulement des ennemis mortels des peuples à travers le monde, mais qu’ils sont aussi des forces clandestinement utilisées par les États occidentaux et leurs alliés du golfe Persique dans la satisfaction d’intérêts profonds inavouables. En mars dernier, dans un important article intitulé « L’État islamique, cancer du capitalisme moderne », Nafeez Ahmed avait résumé cette instrumentalisation récurrente de milices jihadistes par les principales puissances de l’OTAN et leurs partenaires afin de déstabiliser l’Afghanistan, la Bosnie, le Kosovo, la Libye puis la Syrie. Comme l’a souligné le journaliste Marc de Miramon dans L’Humanité en juillet 2015, « [p]our Alain Chouet, ancien chef du service de renseignements de sécurité à la DGSE, la “guerre de civilisation” et celle contre le “terrorisme” brandies par le gouvernement [français] comme par l’opposition de droite constituent une imposture qui en masque une autre, celle de l’alliance militaire entre les pays occidentaux et les parrains financiers du djihad. » Dans le contexte de cette interview, Alain Chouet désignait les pétromonarchies wahhabites, essentiellement l’Arabie saoudite et le Qatar, auxquelles la France vend des armements sophistiqués malgré leur soutien notoire aux principaux réseaux jihadistes – et pas seulement en Syrie. Soulignons-le : Monsieur Chouet est un ancien officier de renseignement qui a travaillé de nombreuses années en tant que chef du contre-terrorisme à la DGSE, les services secrets extérieurs français. Cet homme plus que tout autre sait de quoi il parle lorsqu’il affirme que nos « alliés » du Golfe sont « les parrains financiers du djihad ». Ainsi, son constat est aussi alarmant que révoltant en ce funeste 13-Novembre, dans notre France déjà meurtrie par les attentats de Charlie Hebdo, de l’Hyper Cacher et de Montrouge.

    En janvier 2015, à la suite de ces attentats abominables, j’avais écrit dans un élan de rage et de tristesse que « notre actuel ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a ouvertement soutenu en décembre 2012 le Front al-Nosra – c’est-à-dire la branche “syrienne” d’al-Qaïda. [À cette époque, cette organisation incluait Daech, ces deux factions s’étant séparées en avril 2013]. (…) [S]elon les informations du journal Le Monde, “la décision des États-Unis de placer Jabhat Al-Nosra, un groupe djihadiste combattant aux côtés des rebelles, sur leur liste des organisations terroristes, a été vivement critiquée par des soutiens de l’opposition [en Syrie]. M. Fabius a ainsi estimé, mercredi, que “tous les Arabes étaient vent debout” contre la position américaine, “parce que, sur le terrain, ils font un bon boulot”. “C’était très net, et le président de la Coalition était aussi sur cette ligne”, a ajouté le ministre.” (…) Plus grave encore : en août 2014, le journal Le Monde a révélé que le Président Hollande avait ordonné aux services spéciaux français de livrer clandestinement des armes de guerre à des rebelles “modérés” en Syrie – ce qui est contraire à la Charte des Nations Unies [et à l’embargo sur les armes alors en vigueur]. Malheureusement, il s’est avéré [que, selon le Canard Enchaîné du 21 janvier 2015, la plupart] des armements livrés par les services français sont – d’une manière ou d’une autre – tombés entre les mains de groupes jihadistes, qui se réjouissent aujourd’hui de la vague d’attentats qui déstabilise la France en profondeur. » Et l’État français n’est pas le seul fautif dans ce fiasco syrien. Selon l’expert Joshua Landis, « entre 60 et 80 % des armes que les États-Unis ont introduites en Syrie [depuis 2011] sont allées à al-Qaïda et les groupes qui lui sont affiliés ».

    À partir de l’année 2014, deux parlementaires de l’opposition ont successivement dénoncé le rôle trouble des services spéciaux français dans ce conflit, l’un d’entre eux ayant même déclaré en juin 2015 sur La Chaîne Parlementaire que « la France soutient al-Qaïda en Syrie ». En effet, d’après le député Claude Goasguen, « la France [appuie] des rebelles syriens, qui sont soi-disant des rebelles démocrates. (…) Qui a récupéré les rebelles syriens démocrates ? [Le Front] al-Nosra. Qu’est-ce que c’est qu’al-Nosra, al-Nosra c’est pas al-Qaïda ? (…) [C]ertains rebelles ont été récupérés par al-Qaïda avec des armes françaises[.] (…) Monsieur [le député (PS) Olivier Dussopt], nous continuons à fournir des armes à al-Nosra, par l’intermédiaire des rebelles syriens ! Je le dis, je l’ai dit à Monsieur le Drian en Commission de la Défense, je l’ai dit à Monsieur Fabius, comme tous les autres députés [sic]. Il va falloir éclairer tout ça ! L’attitude de la France en Syrie n’est pas nette ! » Comme je l’avais souligné à l’époque, ces révélations fracassantes du député Goasguen ont été quasiment ignorées par les médias français. J’avais également relevé le fait que ce « député LR accus[ait] l’actuel gouvernement de soutenir al-Qaïda en Syrie (Front al-Nosra), alors que la majorité précédente, dont il est issu, s’était accommodée du fait qu’al-Qaïda en Libye (GICL) avait été intégrée aux opérations de l’OTAN ! Voila à quel niveau notre État s’est abaissé, depuis quelques années, dans sa post-“politique arabe de la France”. Néanmoins, même en cas de changement de majorité, le prochain gouvernement continuera certainement de vendre des armements sophistiqués au Qatar et à l’Arabie saoudite – qui restent les principaux soutiens du jihadisme à travers le monde. »

    Plus globalement, depuis le 11-Septembre, les intérêts profonds évoqués au début de cet article représentent un nombre inestimable de milliards de dollars de bénéfices pour différentes entreprises privées, principalement générés par la soi-disant « guerre “contre” le terrorisme ». Financées à perte par les contribuables occidentaux, ces interventions militaires catastrophiques et meurtrières ont engendré d’immenses profits pour les multinationales impliquées dans ce désastre mondial – tout en déstabilisant le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Asie centrale au point que les groupes extrémistes qui y sévissent aujourd’hui semblent inarrêtables. La catastrophe qu’a constitué jusqu’à présent cette soi-disant « guerre “contre” le terrorisme » est sans précédent : elle aurait tué au moins 1,3 millions de civils rien qu’en Irak et en « AfPak » depuis 2001, les foyers jihadistes se sont multipliés à travers le monde, et tant Daech qu’al-Qaïda semblent plus menaçants, fanatiques et enracinés que jamais. Affirmons-le clairement : dans le monde occidental, ce fléau jihadiste justifie des guerres à la légalité, à l’efficacité et à la légitimité douteuses, tout en accélérant un basculement autoritaire de nos États – ce qui s’est notamment traduit en France par la dangereuse « loi Renseignement ». À l’heure où j’écris ces lignes, le Président Hollande vient de décréter l’état d’urgence national, et nul doute qu’un durcissement sécuritaire majeur est en vue – sans parler d’une escalade militaire qui aggravera certainement ces conflits trop lointains et complexes pour que les citoyens s’y opposent. Au vu de l’échec retentissant de la « guerre globale “contre” le terrorisme », il serait peut-être temps de réfléchir collectivement à son utilité, au lieu de céder à la tentation de répondre à la violence par la violence.

    Néanmoins, ces guerres auto-génératrices ne doivent plus masquer une réalité aussi cruelle que scandaleuse : depuis la fin des années 1970, des puissances occidentales majeures et leurs alliés du Golfe ont soutenu l’essor des principaux réseaux islamistes à travers le monde, que ce soit de manière directe ou non selon les circonstances et les acteurs concernés. En octobre 2015, après qu’une parlementaire états-unienne ait dénoncé sur CNN le soutien d’al-Qaïda par la CIA pour renverser Bachar el-Assad, un ancien officier de la CIA spécialisé dans le contreterrorisme m’a confirmé la collaboration de l’Agence avec cette nébuleuse terroriste pour faire tomber le gouvernement syrien. Récemment, j’ai étudié en profondeur l’implication massive et clandestine des services spéciaux occidentaux et moyen-orientaux dans le soutien de réseaux jihadistes combattant le régime el-Assad, dont la branche « syrienne » d’al-Qaïda.Insistons sur ce point : cet engagement clandestin de l’Agence et de ses alliés contre le gouvernement syrien implique militairement la France. En effet, en la comparant à la guerre secrète de la CIA en Afghanistan, l’éditorialiste du Point Michel Colomès a récemment écrit que les « Américains et [les] Français, depuis l’entrée de la Russie dans la guerre syrienne, fournissent des armes à des islamistes réputés fréquentables. Ils ont la mémoire courte ». D’autres « islamistes réputés fréquentables » qui seraient revenus de Syrie sont-ils à l’origine de ces terribles attentats du 13-Novembre ? Il est encore trop tôt pour répondre à cette question, mais il est clair que ces terroristes ont agi de façon coordonnée selon un mode opératoire clairement militarisé et jihadiste – deux, voire trois kamikazes ayant actionné leurs bombes devant notre Stade de France, symbole de l’unité, de la liesse populaire et du rassemblement.

    Dans notre pays meurtri par ce funeste 13-Novembre, le fait que le gouvernement français soutienne des jihadistes à l’étranger, et qu’il commerce sereinement avec leurs principaux parrains étatiques est grave, dangereux et inacceptable ! Aucune raison d’État, aucun intérêt supérieur, aucun impératif économique, diplomatique ou géopolitique ne peuvent le justifier. Ce constat doit susciter la mobilisation générale de tous les citoyens français. Nous devons faire pression sur notre gouvernement afin qu’il cesse d’armer et de soutenir les États qui répandent le fléau jihadiste à travers le monde depuis des décennies, au premier rang desquels l’Arabie saoudite et le Qatar. En effet, comme l’avait déclaré Alain Chouet dans l’interview citée au début de cet article, « ce que nous appelons “salafisme”, en arabe, cela s’appelle “wahhabisme”. Et là nous sommes à contre-emploi de manière systématique et dans toutes les situations d’affrontement militaire, puisqu’au Moyen-Orient, au Sahel, en Somalie, au Nigeria, etc., nous sommes alliés avec ceux qui sponsorisent depuis trente ans le phénomène terroriste. »

    Mes chers compatriotes, je vous remercie d’envoyer massivement cet article au Président de notre République, à nos élus et à votre entourage, puisque l’État français et ses alliés occidentaux ne peuvent combattre le fléau jihadiste en soutenant ses parrains du golfe Persique. Ils ne pourront pas non plus lutter efficacement contre le terrorisme s’ils appuient clandestinement des réseaux islamistes pour renverser des gouvernements étrangers, comme en Libye puis en Syrie. Mobilisons-nous pour mettre en échec ces politiques profondes dangereuses et inacceptables !

    Maxime Chaix | 13 novembre 2015

     

    novembre 15, 2015
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