«On nous force à la guerre»

par Willy Wimmer

18 octobre 2016

Source : Horizons et débats

Case postale 729

CH-8044 Zurich

http://www.zeit-fragen.ch/fr/ausgaben/2016/nr-23-10-oktober-2016/wir-werden-in-den-krieg-gepruegelt.html

 

«On nous force à la guerre»

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Interview de Willy Wimmer accordée à Sputniknews

Quels sont les développements suite à l’engagement de la Russie en Syrie, il y a un an? Y a-t-il une chance réaliste pour rétablir la paix? La correspondante de «Sputniknews» Ilona Pfeffer, a interrogé Willy Wimmer, ancien secrétaire d’Etat au ministère allemand de la Défense et ancien vice-président de l’OSCE, afin de connaître son point de vue sur la situation en Syrie.

Sputniknews: M. Wimmer, les combats en Syrie n’arrêtent pas et les cessez-le-feu convenus sont régulièrement rompus. L’ingérence des Etats-Unis et de la Russie est souvent commentée de manière erronée dans les médias occidentaux. Comment jugez-vous la situation en Syrie?

 

Willy Wimmer: Nous sommes confrontés à une situation évoluant depuis un certain temps et ayant abouti, il y a cinq ans, de manière tragique dans une guerre civile et un conflit, juste au moment même où l’on croyait avoir résolu la situation conflictuelle entre la Syrie et Israël concernant le plateau du Golan. On était prêt à conclure un accord pouvant amener la paix pour tout le Proche-Orient s’il n’y avait pas eu certaines forces défavorables à un accord de paix. Nous savons qu’au début de la tragédie syrienne, des forces spéciales britanniques, françaises et américaines étaient sur place afin de créer cette situation de guerre civile et faire évoluer la dimension internationale. Il y avait donc des antécédents porteurs d’espoir si l’on n’avait pas inversé la vapeur. Depuis, nous vivons une tragédie et le peuple syrien semble exsangue. Maintenant, il est important de mettre une fin à cette misère et de tout mettre en œuvre afin que les étincelles syriennes ne gagnent pas d’autres pays y compris les nôtres car cela signifierait une grande guerre.

Dans ce contexte, je voudrais sciemment me référer au rapport présenté aux Pays-Bas concernant la destruction de l’appareil malaysien. Il faut vraiment se demander: a-t-on véritablement un intérêt à éclairer la tragédie ou cherche-t-on une raison pour déclencher la guerre? Voilà la situation dans laquelle nous nous trouvons et c’est pourquoi la Syrie n’est pas très éloignée. Il faut faire tout notre possible pour contribuer à une solution pacifique et cela ne signifie aucunement livrer des armes, de l’argent et des troupes dans la région.

 

La Russie est sur place depuis un an. Quels succès peut-on enregistrer? Et quel rôle jouent les Américains et leurs partenaires?

 

L’engagement américain et ouest-européen en Syrie est une claire violation du droit international. Il s’agit là d’une intervention militaire sur le territoire d’un autre Etat sans légitimation par les Nations-Unies ou le droit international. Ce sont ces forces qui sont à l’origine de toute cette misère en Syrie. La seule chance pour terminer le bain de sang en Syrie, c’est l’engagement de la Fédération de Russie qui s’investit du côté du droit international au niveau global pour que celui-ci ne soit pas entièrement démembré. C’est ce que les Etats-Unis démontrent depuis la guerre contre la Yougoslavie en violation flagrante du droit international. D’une part, c’est un combat en Syrie même mais d’autre part, il s’agit depuis 1999 de la question de savoir si la tentative des Etats-Unis de progresser dans son offensive globale va réussir ou si le monde a encore une chance de rétablir la coopération pacifique entre les peuples. Sans l’engagement russe en Syrie aux côtés du gouvernement légitime, le monde n’aurait plus aucune chance.

A votre avis, quels objectifs les Etats-Unis poursuivent-ils en Syrie?

De toute évidence, les USA ont l’intention de redessiner le monde, au sud de l’Europe occidentale et de la Fédération de Russie. C’est pourquoi nous sommes en présence d’une ceinture de conflits et de guerres entre l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie et se poursuivant vers les rives méridionales de la Méditerranée et jusqu’au Mali. Dans tous ces régions, les Etats-Unis sont impliqués, mènent des guerres et contribuent à agrandir la misère des populations et la destruction de leurs civilisations. Ils n’arrêtent pas pour autant.

La Fédération de Russie est entrée dans le conflit syrien suite à son union légitime avec la République syrienne et le président Bachar al Assad, ce qui est tout à fait conforme au droit international. C’est la grande différence entre les Etats-Unis et la Fédération de Russie. Les Etats-Unis sont responsables de crimes de sang dans notre entourage et sont aussi responsables d’une bonne partie des flux migratoires auxquels nous sommes confrontés. La Fédération de Russie s’engage pour un retour aux négociations et à la raison et une coopération pacifique entre les peuples.

La tragédie de la Syrie c’est que tout cela se joue sur le dos du peuple syrien et c’est pourquoi il faut absolument trouver une voie pour rétablir la paix. Peut-être qu’au-delà des ruptures, il sera possible de préserver le reste de bon sens à Washington.

Le problème avec les Etats-Unis est qu’actuellement, avant l’élection présidentielle, le monde se trouve dans une situation extrêmement dangereuse. Les forces, dominant en réalité la politique américaine, veulent pouvoir décider de tout ce que le futur gouvernement américain fera. C’est-à-dire que la guerre est la chose la plus probable, une guerre menée au-delà de la Syrie.

 

La coopération entre les deux grandes puissances fonctionne jusqu’à présent de façon insuffisante, la Russie exprime cependant souvent sa volonté de coopérer. Quelles sont les causes de ces échecs et quelles chances voyez-vous pour la coopération?

 

Malgré le manque de transparence, je suis optimiste sur la possibilité d’une entente entre les deux parties, car les enjeux sont énormes et nous risquons des conséquences bien pires que les images actuelles de la Syrie. Cela peut nous concerner demain, dans une région beaucoup plus étendue – car les tentatives de la Fédération de Russie d’empêcher un tel scénario et d’endiguer le conflit ne correspondent pas aux intérêts américains. Ces intérêts ne sont pas définis par le gouvernement Obama, mais par les forces espérant la victoire de Hillary Clinton. C’est un modèle assez connu. Vu l’ampleur dramatique du conflit, je ne peux qu’espérer que Washington accepte de trouver un accord. Si cela ne réussit pas, nous allons vivre un désastre dépassant de loin celui de la Syrie.

 

Les informations transmises par les médias occidentaux donnent l’impression que la Russie est principalement responsable des destructions et des victimes civiles en Syrie. Que pensez-vous de cette présentation des choses?

 

Là, il faut différencier. Tout ce qui concerne la Russie, c’est à la Russie de répondre et c’est ce qu’elle fait. En ce qui me concerne en tant que consommateur des médias occidentaux et ce qui est fâchant c’est la falsification des faits que nous vivons depuis des années. Il fut un temps, où le pluralisme faisait partie intégrante de notre couverture médiatique, mais il n’existe plus. On nous force à faire la guerre. C’est ce qu’on a pu observer de manière perverse encore cette année-ci. Le porte-parole de l’OTAN Jamie Shea qui nous avait forcés à déclencher la guerre en Yougoslavie en 1999, a été honoré solennellement, cette année-ci à Berlin pour ses services rendus. On sait donc quel est l’état de notre paysage médiatique! La démocratie en Europe occidentale est sérieusement menacée.

 

Qui a de tels intérêts et quel message veut-on transporter ?

 

Le message est le suivant: nous battons tambour pour la guerre, aussi en relation avec la Fédération de Russie. Il y a deux ans, lors du coup d’Etat sur le Maïdan à Kiev, nous avons tout juste évité un conflit avec la Fédération de Russie. Voilà l’objectif de la politique américaine que nous observons depuis 1999 et c’est ce qui peut tous nous tuer.

Vous avez parlé des intérêts américains mais quel est le rôle de l’Allemagne?

Helmut Kohl et Gerhard Schröder avaient encore la force de caractère nécessaire pour faire valoir les intérêts allemands aussi au sein de l’OTAN afin de ne pas participer aux conflits armés. Regardez la situation actuelle, notre ministre de la Défense se déplace en Irak pour y annoncer un nouvel engagement militaire allemand. A mon grand regret, je dois dire que Berlin n’est pas à la hauteur de Bonn en ce qui concerne la sauvegarde des intérêts allemands.

 

Source: https://de.sputniknews.com/politik/20160930/312765719/willy-wimmer-wir-werden-in-krieg-gepruegelt, 30/9/16

(Traduction Horizons et débats)

 

 

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