La paix mondiale menacée

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  • L’OTAN admet que la guerre en Ukraine est la guerre de l’expansion de l’OTAN

    Jeffrey D. Sachs[1], OtherNews, 19 septembre 2023

    Pendant la désastreuse guerre du Viêt Nam, on a dit que le gouvernement américain traitait le public comme une champignonnière : il le maintenait dans l’ignorance et le nourrissait de fumier. Le célèbre Daniel Ellsberg a divulgué les « Pentagon Papers », documentant les mensonges incessants du gouvernement américain à propos de la guerre, afin de protéger les politiciens que la vérité aurait pu embarrasser. Un demi-siècle plus tard, pendant la guerre d’Ukraine, le tas d’ordure s’élève encore plus haut.

    Selon le gouvernement américain et le toujours complaisant New York Times, la guerre d’Ukraine était « non provoquée », l’adjectif favori du New York Times pour décrire la guerre. Poutine, qui se serait pris pour Pierre le Grand, a envahi l’Ukraine pour recréer l’Empire russe. Pourtant, la semaine dernière, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a commis une gaffe à Washington, c’est-à-dire qu’il a accidentellement dit la vérité. 

    Lors d’un témoignage devant le Parlement de l’Union européenne, M. Stoltenberg a clairement indiqué que c’était l’acharnement des États-Unis à élargir l’OTAN à l’Ukraine qui était la véritable cause de la guerre et qui expliquait qu’elle se poursuive aujourd’hui. Voici les mots révélateurs de Stoltenberg :

    « Le contexte était le suivant : le président Poutine a déclaré à l’automne 2021, et a en fait envoyé un projet de traité qu’il voulait que l’OTAN signe, projet de traité par lequel elle promettrait de ne plus d’élargir de l’OTAN. C’est ce qu’il nous a envoyé. C’était une condition préalable pour ne pas envahir l’Ukraine. Bien entendu, nous ne l’avons pas signé.

    C’est le contraire qui s’est produit. Il voulait que nous signions cette promesse de ne jamais élargir l’OTAN. Il voulait que nous retirions nos infrastructures militaires de tous les alliés qui ont rejoint l’OTAN depuis 1997, ce qui signifie que la moitié de l’OTAN, toute l’Europe centrale et orientale, nous devrions retirer l’OTAN de cette partie de notre Alliance, en introduisant une sorte de B, ou d’adhésion de seconde classe. Nous avons rejeté cette proposition.

    Il est donc entré en guerre pour empêcher l’OTAN, plus d’OTAN, de s’approcher de ses frontières. Il a obtenu exactement le contraire.

    Je le répète, il [Poutine] est entré en guerre pour empêcher l’OTAN, plus d’OTAN, de s’approcher de ses frontières. »

    Poutine est entré en guerre pour stopper l’OTAN

    Lorsque le professeur John Mearsheimer, moi-même et d’autres observateurs, avons dit la même chose, nous avons été attaqués en tant que panégyristes de Poutine. Ces mêmes critiques choisissent également de cacher ou d’ignorer carrément les mises en garde contre l’élargissement de l’OTAN à l’Ukraine, formulées depuis longtemps par de nombreux diplomates américains de premier plan, dont le grand homme d’État que fut George Kennan ainsi que les anciens ambassadeurs des États-Unis en Russie Jack Matlock et William Burns.

    Burns, aujourd’hui directeur de la CIA, était ambassadeur des États-Unis en Russie en 2008 et auteur d’une note intitulée « Nyet means Nyet ». Dans cette note, Burns expliquait à la secrétaire d’État Condoleezza Rice que l’ensemble de la classe politique russe, et pas seulement Poutine, était résolument opposé à l’élargissement de l’OTAN. C’est parce que cette note a fait l’objet d’une fuite que nous en connaissons l’existence. Sans cela, nous n’aurions rien su.

    Pourquoi la Russie s’oppose-t-elle à l’élargissement de l’OTAN ? Pour la simple raison que la Russie n’accepte pas la présence de l’armée américaine à sa frontière de 2 300 km avec l’Ukraine, dans la région de la mer Noire. La Russie n’apprécie pas que les États-Unis aient placé des missiles Aegis en Pologne et en Roumanie après avoir unilatéralement abandonné le traité sur les missiles antibalistiques (ABM).

    La Russie n’apprécie pas non plus le fait que les États-Unis se soient engagés dans pas moins de 70 opérations de changement de régime pendant la guerre froide (1947-1989), et dans d’innombrables autres depuis, notamment en Serbie, en Afghanistan, en Géorgie, en Irak, en Syrie, en Libye, au Venezuela et en Ukraine. La Russie n’apprécie pas non plus le fait que de nombreux politiciens américains de premier plan prônent activement la destruction de la Russie sous prétexte de « décolonisation de la Russie ». Ce serait comme si la Russie appelait au démembrement des États-Unis en les séparant du Texas, de la Californie, d’Hawaï, des terres indiennes conquises ou de tout autre territoire.

    Même l’équipe de Zelensky savait que la quête de l’élargissement de l’OTAN signifiait un risque imminent de guerre avec la Russie. Oleksiy Arestovych, un de ses anciens conseillers à la présidence, a déclaré qu’« avec une probabilité de 99,9 %, le prix à payer pour rejoindre l’OTAN serait une grande guerre avec la Russie. »

    M. Arestovych continuait en prétendant que, même sans élargissement de l’OTAN, la Russie finirait par essayer de s’emparer de l’Ukraine, quelques années plus tard. Pourtant, l’histoire dément cette affirmation. La Russie a respecté la neutralité de la Finlande et de l’Autriche pendant des décennies, sans menaces graves, et encore moins d’invasions. En outre, depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991 jusqu’au renversement du gouvernement élu de l’Ukraine avec l’appui des États-Unis, en 2014, la Russie n’a pas manifesté d’intérêt pour s’emparer du territoire ukrainien. Ce n’est que lorsque les États-Unis ont mis en place un régime résolument antirusse et pro-OTAN en février 2014 que la Russie a récupéré la Crimée, craignant que sa base navale de la mer Noire (depuis 1783) ne tombe entre les mains de l’OTAN. 

    Même à ce moment-là, la Russie n’a pas exigé d’autres territoires de l’Ukraine, mais seulement le respect de l’accord de Minsk II, soutenu par l’ONU, qui appelait à l’autonomie du Donbas ethniquement russe, et non à une revendication russe sur le territoire. Pourtant, au lieu de recourir à la diplomatie, les États-Unis ont armé, entraîné et aidé à organiser une énorme armée ukrainienne pour faire de l’élargissement de l’OTAN un fait accompli.

    Dernière tentative

    Poutine a fait une dernière tentative de règlement diplomatique à la fin de l’année 2021, en présentant un projet d’accord de sécurité avec les États-Unis et l’OTAN afin d’éviter une guerre. Le cœur du projet d’accord était la fin de l’élargissement de l’OTAN et le retrait des missiles américains situés près de la Russie. Les préoccupations de la Russie en matière de sécurité étaient valables et constituaient une base des négociations. Pourtant, M. Biden a catégoriquement rejeté toute négociation par une combinaison d’arrogance, d’esprit de faucon et d’une profonde erreur de calcul. L’OTAN a maintenu sa position, à savoir que l’OTAN ne négocierait pas avec la Russie au sujet de l’élargissement de l’OTAN et qu’en fait, l’élargissement de l’OTAN ne concernait pas la Russie. 

    L’obsession persistante des États-Unis pour l’élargissement de l’OTAN est profondément irresponsable et hypocrite. Les États-Unis s’opposeraient – par la guerre, si nécessaire – à être encerclés par des bases militaires russes ou chinoises dans l’hémisphère occidental, comme ils le font depuis la doctrine Monroe de 1823. Pourtant, les États-Unis sont aveugles et sourds aux préoccupations légitimes des autres pays en matière de sécurité.

    Alors, oui, Poutine est entré en guerre pour empêcher l’OTAN de se renforcer encore plus et de s’approcher de la frontière russe. L’Ukraine est détruite par l’arrogance des États-Unis, ce qui prouve une fois de plus l’adage d’Henry Kissinger selon lequel il est dangereux d’être l’ennemi de l’Amérique, mais qu’il est fatal d’être son ami.

    La guerre en Ukraine prendra fin lorsque les États-Unis reconnaîtront une vérité simple : tout élargissement de l’OTAN à l’Ukraine signifie une guerre perpétuelle et la destruction de ce pays. La neutralité de l’Ukraine aurait pu éviter la guerre et demeure la clé de la paix. La vérité la plus profonde est que la sécurité européenne dépend de la sécurité collective telle qu’elle est préconisée par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), non des exigences unilatérales de l’OTAN.


    [1] Professeur à l’université de Columbia, il est directeur du Centre pour le développement durable de l’Université Columbia et président du Réseau des solutions pour le développement durable des Nations unies. Il a été conseiller de trois secrétaires généraux des Nations unies et est actuellement défenseur des objectifs de développement durable auprès du secrétaire général António Guterres.

    septembre 29, 2023
  • NATO Admits that Ukraine War is The War of NATO Expansion

    By Jeffrey D. Sachs*

    Source : IDN-InDepthNews

    NATO Admits that Ukraine War is The War of NATO Expansion
    NEW YORK, 20 September 2023 (IDN) — During the disastrous Vietnam War, it was said that the US government treated the public like a mushroom farm: keeping it in the dark and feeding it with manure. The heroic Daniel Ellsberg leaked the Pentagon Papers documenting the unrelenting US government lying about the war in order to protect politicians who would be embarrassed by the truth. A half-century later, during the Ukraine War, the manure is piled even higher.
    According to the US Government and the ever-obsequious New York Times, the Ukraine war was “unprovoked,” the New York Times’ favorite adjective to describe the war. Putin, allegedly mistaking himself for Peter the Great, invaded Ukraine to recreate the Russian Empire. Yet last week, NATO Secretary-General Jens Stoltenberg committed a Washington gaffe, meaning that he accidently blurted out the truth. 
    In testimony to the European Union Parliament, Stoltenberg made clear that it was America’s relentless push to enlarge NATO to Ukraine that was the real cause of the war and why it continues today. Here are Stoltenberg’s revealing words:
    “The background was that President Putin declared in the autumn of 2021, and actually sent a draft treaty that they wanted NATO to sign, to promise no more NATO enlargement. That was what he sent us. And was a pre-condition for not invade Ukraine. Of course, we didn’t sign that.
    The opposite happened. He wanted us to sign that promise, never to enlarge NATO. He wanted us to remove our military infrastructure in all Allies that have joined NATO since 1997, meaning half of NATO, all the Central and Eastern Europe, we should remove NATO from that part of our Alliance, introducing some kind of B, or second-class membership. We rejected that.
    So, he went to war to prevent NATO, more NATO, close to his borders. He has got the exact opposite.”

    Putin went to war to halt NATO 

    To repeat, he [Putin] went to war to prevent NATO, more NATO, close to his borders.

    When Prof. John Mearsheimer, I, and others have said the same, we’ve been attacked as Putin apologists. The same critics also choose to hide or flatly ignore the dire warnings against NATO enlargement to Ukraine long articulated by many of America’s leading diplomats, including the great scholar-statesman George Kennan and the former US Ambassadors to Russia Jack Matlock and William Burns.

    Burns, now CIA Director, was US Ambassador to Russia in 2008, and author of a memo entitled “Nyet means Nyet.” In that memo, Burns explained to Secretary of State Condoleezza Rice that the entire Russian political class, not just Putin, was dead-set against NATO enlargement. We know about the memo only because it was leaked. Otherwise, we’d be in the dark about it.

    Why does Russia oppose NATO enlargement? For the simple reason that Russia does not accept the US military on its 2,300 km border with Ukraine in the Black Sea region. Russia does not appreciate the US placement of Aegis missiles in Poland and Romania after the US unilaterally abandoned the Anti-Ballistic Missile (ABM) Treaty.

    Russia also does not welcome the fact that the US engaged in no fewer than 70 regime change operationsduring the Cold War (1947-1989), and countless more since, including in Serbia, Afghanistan, Georgia, Iraq, Syria, Libya, Venezuela, and Ukraine. Nor does Russia like the fact that many leading US politicians actively advocate the destruction of Russia under the banner of “Decolonizing Russia.” That would be like Russia calling for the removal of Texas, California, Hawaii, the conquered Indian lands, and much else, from the U.S.  

    Even Zelensky’s team knew that the quest for NATO enlargement meant imminent war with Russia. Oleksiy Arestovych, former Advisor to the Office of the President of Ukraine under Zelensky, declared that “with a 99.9% probability, our price for joining NATO is a big war with Russia.”

    Arestovych claimed that even without NATO enlargement, Russia would eventually try to take Ukraine, just many years later. Yet history belies that. Russia respected Finland’s and Austria’s neutrality for decades, with no dire threats, much less invasions.

    Moreover, from Ukraine’s independence in 1991 until the US-backed overthrow of Ukraine’s elected government in 2014, Russia didn’t show any interest in taking Ukrainian territory. It was only when the US installed a staunchly anti-Russian, pro-NATO regime in February 2014 that Russia took back Crimea, concerned that its Black Sea naval base in Crimea (since 1783) would fall into NATO’s hands. 

    Even then, Russia didn’t demand other territory from Ukraine, only fulfillment of the UN-backed Minsk II Agreement, which called for autonomy of the ethnic-Russian Donbas, not a Russian claim on the territory. Yet instead of diplomacy, the US armed, trained, and helped to organize a huge Ukrainian army to make NATO enlargement a fait accompli.

    One last attempt

    Putin made one last attempt at diplomacy at the end of 2021, tabling a draft US-NATO Security Agreement to forestall war. The core of the draft agreement was an end of NATO enlargement and removal of US missiles near Russia. Russia’s security concerns were valid and the basis for negotiations.

    Yet Biden flatly rejected negotiations out of a combination of arrogance, hawkishness, and profound miscalculation. NATO maintained its position that NATO would not negotiate with Russia regarding NATO enlargement, that in effect, NATO enlargement was none of Russia’s business. 

    The continuing US obsession with NATO enlargement is profoundly irresponsible and hypocritical. The US would object—by means of war, if needed—to being encircled by Russian or Chinese military bases in the Western Hemisphere, a point the US has made since the Monroe Doctrine of 1823. Yet the US is blind and deaf to the legitimate security concerns of other countries.

    So, yes, Putin went to war to prevent NATO, more NATO, close to Russia’s border. Ukraine is being destroyed by US arrogance, proving again Henry Kissinger’s adage that to be America’s enemy is dangerous, while to be its friend is fatal.

    The Ukraine War will end when the US acknowledges a simple truth: NATO enlargement to Ukraine means perpetual war and Ukraine’s destruction. Ukraine’s neutrality could have avoided the war, and remains the key to peace. The deeper truth is that European security depends on collective security as called for by the Organization for Security and Co-operation in Europe (OSCE), not one-sided NATO demands. [IDN-InDepthNews]

    *Professor at Columbia University, is Director of the Center for Sustainable Development at Columbia University and President of the UN Sustainable Development Solutions Network. He has served as adviser to three UN Secretaries-General, and currently serves as an SDG Advocate under Secretary-General António Guterres.

    Original link: https://www.other-news.info/nato-admits-that-ukraine-war-is-the-war-of-nato-expansion/

    Image: Fog of War Thickens on Poland-Russia Border at Kaliningrad | Balkan Insight

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    septembre 23, 2023
  • Quelle stratégie pour la paix en Ukraine ?

    par Jean-Guy Rens

    Montréal

    28 juillet 2023

    complété par un paragraphe final le 20 août 2023

    Pourquoi les Ukrainiens qui détestent les Russes, tiennent-ils tellement à récupérer les territoires du Donbass et la Crimée qui sont peuplés de Russes? Il ne faut pas oublier que le conflit ukrainien a débuté en 2014 avec l’interdiction de l’usage du russe dans l’administration et les écoles, même dans des régions à majorité ethniquement russe. Aujourd’hui, les autorités de Kiev voudraient à tout prix intégrer ces communautés dans le giron ukrainien. Ce n’est pas très conséquent.

    Le conflit actuel trouve son origine le 23 février 2014, au lendemain des émeutes de la Place de l’Indépendance (Maïdan) et de la chute du gouvernement élu de Viktor Ianoukovitch. Le premier geste du gouvernement provisoire fut de retirer à la langue russe le statut de langue officielle dont elle bénéficiait dans les régions où les russophones constituent une minorité significative (plus de 10% de la population). Au total, cette disposition concernait 13 des 27 régions administratives que compte l’Ukraine, dont la capitale Kiev.[1]

    Il convient de mettre en évidence que la question linguistique faisait l’objet de controverses acerbes en Ukraine depuis l’indépendance acquise en décembre 1991. La Constitution de juin 1996 avait conféré à la langue ukrainienne le statut de langue officielle nationale, mais sans donner de détails. Il appartiendra à la Loi sur les fondements de la politique linguistique de l’État de juillet 2012 de préciser les droits des minorités et de reconnaître la langue russe. Cette loi se voulait conforme aux dispositions de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires.

    C’est cette loi qui avait été annulée le 23 février 2014 sous le prétexte qu’elle était illégale, même si elle avait été votée par la Verkhovna Rada (Parlement ukrainien) par 232 voix sur 334. Au-delà des arguties juridiques invoquées par les nationalistes, leur position de fond se résume ainsi : la langue ukrainienne doit avoir un statut privilégié, car chaque fois qu’elle est mise sur un pied d’égalité avec la langue russe, cette dernière tend à prédominer comme langue d’usage.

    Voilà pourquoi la minorité russe en Ukraine s’est soulevée partout où elle était suffisamment importante, en particulier dans le Donbass où elle représente 38% de la population.

    Qu’en est-il de la Crimée ?

    La Crimée constitue un cas à part car dans cette péninsule, la communauté russe est majoritaire et non pas minoritaire comme dans les autres régions d’Ukraine. Les médias occidentaux invoquent souvent les racines tatares ou turcophones de la Crimée. C’est historiquement exact jusqu’au XVIIIe siècle. Depuis lors, l’émigration turcophone et l’immigration russophone a transformé la composition démographique de la Crimée.

    À la veille de la deuxième Guerre mondiale, avant donc la déportation des Tatars par Staline, la moitié de la population était russe. Il y avait alors 200 000 Tatars en Crimée. On connaît les accusations de collaboration avec l’occupant allemand portées par le gouvernement soviétique durant la deuxième Guerre mondiale. Les Tatars ont été déportés collectivement en Sibérie.

    Avec la libéralisation des années Gorbatchev, puis la chute de l’Union soviétique, les Tatars sont revenus en Crimée et sont aujourd’hui au nombre de 246 000. C’est une minorité significative, mais qui ne compromet en aucune façon la prédominance russe de la péninsule. En effet, la Crimée compte 2,2 millions d’habitants, dont 65 % de Russes dits « ethniques ».

    Cette composition démographique se traduit en termes politiques par un attachement à Moscou. C’est ainsi qu’en janvier 1991, la population de Crimée se prononça par voie de référendum à 94% en faveur du rattachement direct à l’Union soviétique (taux d’abstention : 19%). En décembre de la même année, un deuxième référendum organisé par l’Ukraine donna 55% en faveur de l’indépendance de l’Ukraine (taux d’abstention : 40%). On devine que dans ce cas les abstentionnistes se recrutaient principalement parmi la communauté russophone.

    Les médias occidentaux invoquent sans cesse le deuxième référendum, sans jamais mentionner le taux d’abstention. Ils font aussi l’impasse sur ce qui s’est passé ensuite, à savoir la proclamation de la République de Crimée en mai 1992 par la majorité russe avec sa propre constitution définissant un statut d’autonomie dans le cadre ukrainien. En mars 1994, cette petite république organise un nouveau référendum pour élargir son autonomie qui obtient 78% de votes favorables.[1] Le pouvoir de Kiev s’empresse de dépêcher ses forces spéciales en Crimée et d’abolir la constitution de 1992.

    Sans vouloir retracer le détail des querelles entre la Crimée et le gouvernement central ukrainien entre 1994 et 2014, ce bref rappel historique montre que la Crimée n’est ni ukrainienne, ni tatare, du moins depuis le XVIIIe siècle. En fait, tout dans sa composition démographique et ses luttes politiques en font un territoire russe. Ainsi, ce sont les votes de Crimée et en partie du Donbass qui ont donné la majorité pro-russe au Parti des régions de Viktor Ianoukovitch aux élections présidentielles ukrainiennes de 2010.

    La haine du russe

    Pourquoi les Ukrainiens veulent-ils récupérer des territoires dont ils ont si souvent vilipendé la population assimilée à la « colonisation » entre 1991 et 2014 et qu’ils ont voulu spolier de leurs droits à l’occasion du coup de force de Maïdan? La querelle sur la place de la langue russe cache un débat bien plus fondamental. Les Ukrainiens tracent une équivalence entre post-colonialisme et post-soviétisme.

    Tous les nationalistes ukrainiens ont le sentiment profond d’avoir plus souffert sous le communisme soviétique que les autres peuples. Ils affirment que la grande famine soviétique des années 1932-33 était dirigée contre l’Ukraine et s’apparenterait à un génocide. Ils ont même inventé un mot pour cela : Holodomor. Les chiffres démontrent que la famine provoquée par la collectivisation des terres a frappé en priorité les régions agricoles, dont l’Ukraine, il est vrai, mais elle a sévi aussi en Russie centrale et méridionale ainsi qu’au Kazakhstan.

    Cette interprétation biaisée de l’histoire est systématiquement reprise par les instances dirigeantes de l’Occident. À ce jour, 33 pays parmi lesquels les États-Unis, ont reconnu l’Holodomor comme un génocide. Une dizaine d’autres l’ont fait par le biais du Parlement européen en décembre 2022 à l’occasion d’un vote de circonstance comparant la guerre en Ukraine aux crimes du passé soviétique.[1] Les nationalistes ukrainiens ne se limitent pas à réécrire l’histoire de la période soviétique. Ils n’ont de cesse de nier l’existence d’une origine commune entre l’Ukraine et la Russie. 

    Toute une mythologie historique a été créée par les nationalistes ukrainiens et propagée dans les manuels scolaires. Ainsi, la Rous de Kiev (882-1169) serait à l’origine du seul peuple ukrainien et non des Russes qui sont assimilés à une série de hordes barbares errant en Moscovie. Les nationalistes préfèrent utiliser le terme de Moscovie plutôt que celui de Russie. On assiste à un découplage de l’histoire des deux peuples et à une valorisation d’un âge d’or ukrainien suivi par 300 ans de luttes pour la libération nationale.[2]

    Maintenant que l’Ukraine est indépendante, on aurait pu s’attendre à ce que cette passion antirusse fût en voie de s’éteindre. Bien au contraire. Les nationalistes ukrainiens ont au contraire exigé l’abandon de la commémoration des dates rappelant les « exactions des bourreaux de l’Ukraine » et la destruction de tous les symboles et monuments soviétiques. C’est dans cette perspective que la langue ukrainienne a été valorisée et la langue russe interdite dans l’ensemble de l’espace administratif et limitée dans le secteur privé.

    Voilà le contexte mouvementé dans lequel le gouvernement non élu issu de la révolte de Maïdan a retiré les droits linguistiques concédés à la communauté russophone. Les médias occidentaux soulignent avec raison que la loi linguistique n’a jamais été ratifiée. En revanche, une nouvelle législation a été promulguée en avril 2019 qui fait de l’ukrainien la seule langue nationale et régionale aussi bien dans le secteur public que privé. Seules les communications interpersonnelles sont épargnées.

    En matière d’enseignement, la langue officielle est bien sûr favorisée, mais une place est faite à l’étude des langues de communication internationale, principalement l’anglais. Dans certains cas, l’enseignement peut être bilingue : ukrainien et anglais ou encore une langue d’une minorité nationale, à condition que celle-ci soit une des langues officielles de l’Union européenne. Cette formulation alambiquée a pour seul but d’exclure la langue russe.

    Y a-t-il une possibilité de sortie de crise ?

    À compter de l’indépendance, la politique ukrainienne a évolué vers une position de plus en plus antirusse. En cédant sans négociation et sans effusion de sang à toutes les demandes des autorités ukrainiennes en décembre 1991, le pouvoir de Moscou n’a pas apaisé le jeu. Il a ouvert les portes à une surenchère nationaliste de plus en plus virulente qui a gagné tous les secteurs de la vie politique et même économique ou culturelle.

    La guerre du Donbass qui a éclaté dès avril 2014 et l’invasion russe de février 2022 n’ont pas manqué d’exacerber le nationalisme ukrainien. Les médias occidentaux ont tous souligné ce qu’ils appellent une renaissance de l’identité ukrainienne, sans jamais noter que celle-ci allait de pair avec une vague de haine antirusse qui ne se limite pas à la politique suivie par le gouvernement de Vladimir Poutine. Elle englobe tout ce qui est russe ou russophone.

    Restituer à l’Ukraine les régions peuplées de communautés russes dans le Donbass et a fortiori en Crimée reviendrait à jeter ces populations dans les bras d’un pouvoir qui a multiplié les vexations et manifeste ouvertement son hostilité à leur encontre. Pourtant la stratégie des pays occidentaux consiste à proclamer avec force : « les régions concernées sont ukrainiennes et elles le seront toujours »; ainsi qu’à prôner le retour « à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues. »[1]

    Pas la moindre nuance dans cette ligne politique et surtout pas un mot pour les populations d’origine russe qui peuplent le Donbass et surtout la Crimée. Pourtant, on sait combien le sort de la communauté albanophone du Kosovo avait préoccupé cette même organisation atlantique au point de la pousser à intervenir militairement en mars 1999 au cœur de l’Europe. Il n’était pas question de laisser cette population albanophone aux prises avec la domination d’une Serbie en proie à un nationalisme alors qualifié de rétrograde.

    Il est clair que toute solution négociée de la crise en cours en Ukraine doit passer par une reconnaissance du droit des communautés russes et russophones. En taisant cet enjeu, nommément pour ne pas faire le jeu de la Russie, l’Occident s’enferme dans une logique de guerre sans fin. Pour recouvrer la paix, il va falloir délimiter un espace de négociation. Le sort des communautés russes et russophones d’Ukraine devra faire partie de la solution.

    Les accords de Minsk qui prévoyaient la démilitarisation du Donbass conjointement avec l’autonomie des républiques russes de Donetsk et de Louhansk avaient le mérite de reconnaître l’enjeu communautaire. Mais ces accords avaient été très mal reçus en Ukraine, les citoyens y voyant un compromis injuste, nettement en faveur de la Russie. « Le respect des accords de Minsk signifie la destruction du pays », déclarait à Associated Press Oleksiy Danilov, secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense de l’Ukraine.[1]

    En outre, les accords de Minsk demeuraient muets sur le sort de la Crimée. Toute solution au conflit Russie-Ukraine doit englober à la fois le Donbass et la Crimée pour être viable. Puisque les Ukrainiens rejettent avec véhémence tout ce qui est russe, il serait absurde de leur confier le sort d’une communauté de plusieurs millions de personnes qu’ils s’empresseraient de soumettre à toutes sortes de vexations et bien évidemment à la politique d’ukrainisation forcée en vigueur dans le reste du pays.

    Voici à grands traits quelques éléments de ce qui pourrait être négociable entre l’Ukraine et la Russie :

    • Une solution politique pourrait passer par un statut d’indépendance aux républiques de Donetsk et de Louhansk ainsi qu’à la Crimée, en échange de quoi l’Ukraine s’engagerait à ne jamais rejoindre les rangs de l’OTAN ou de toute autre alliance militaire.
    • Une autre solution possible et sans doute plus équilibrée consisterait à avaliser l’intégration à la Russie des deux républiques du Donbass et de la Crimée, en échange de quoi l’Ukraine pourrait rejoindre les rangs de l’OTAN comme elle en a maintes fois manifesté l’intention. 
    • Dans un cas comme dans l’autre, les pays occidentaux lèveraient l’ensemble des sanctions économiques et autres qui frappent la Russie.

    Ces pistes de solutions sont imparfaites, mais elles ont le mérite de reconnaître que jamais une communauté russe ne se sentira en sécurité dans le cadre de l’État ukrainien. Le nationalisme chauffé à blanc qui prévaut à Kiev interdit toute sortie de crise qui ne tienne pas compte de cet enjeu communautaire. En outre, les Ukrainiens n’ont aucun intérêt à récupérer quelques millions de citoyens d’origine russe dont les allégeances identitaires sont diamétralement opposées aux leurs.

    Le mutisme absolu des puissances occidentales sur le sort des minorités russes d’Ukraine est le signe évident de leur refus d’un retour négocié à la paix. On a vu que le sort de ces communautés a servi de déclencheur à la guerre au moins autant que l’agrandissement de l’OTAN. En refusant d’aborder le sujet et donc de rechercher une pise de solution, l’Occident démontre qu’il rejette la paix et vise expressément une victoire militaire assortie d’un changement de régime à Moscou.

    [1] Face au soulèvement de la communauté russophone, le président ukrainien ne ratifiera pas la mesure d’abrogation.

    [2]  Il y avait deux autres questions portant sur la double citoyenneté russe et ukrainienne ainsi que sur les pouvoirs du président de la république autonome qui ont obtenu des résultats similaires.

    [3] « Le Parlement européen reconnaît l’Holodomor, la famine ukrainienne des années 1930, comme un génocide », Le Monde avec AFP, 15 décembre 2022.

    [4] Alexia Kis-Marck, « Les discours sur la langue des programmes politiques ukrainiens : idéologies linguistiques et revendications nationales », in « Contacts (ou conflits) de langues en contexte postcommuniste et postcolonial » (sous la direction de Ksenija Djordjević Léonard & Virginia Garin, Presses universitaires de la Méditerranée, 2016, 275 pages. Cf. p. 75-6.

    [5] Site de l’OTAN : https://www.nato.int/cps/fr/natohq/topics_192648.htm

    [6] Cité in Marion Fontaine, « En quoi consistent le protocole et les accords de Minsk ? », Géo, 10 août 2022.



    juillet 28, 2023
  • L’agression de l’OTAN contre la Yougoslavie en 1999, un tournant historique

    par Živadin Jovanović, (*)

    Forum de Belgrade pour un monde égalitaire

    Source : Horizons et débats

    Zurich, numéro du 11 avril 2023

    Le 24 mars, le Forum de Belgrade pour un monde égalitaire, l’Association serbe des généraux et amiraux, l’Association serbe des anciens combattants SUBNOR et d’autres associations et groupes de réflexion indépendants ont commémoré le 24e anniversaire de l’agression de l’OTAN contre la Serbie et le Monténégro (République fédérale de Yougoslavie). A cette occasion solennelle, ils ont rendu hommage aux héros tombés pour la défense du pays ainsi qu’à  toutes les victimes de cet acte illégal et criminel.

    Lors de la conférence au niveau suprême de l’OTAN se tenant du 28 au 30 avril 2000, à Bratislava, les représentants des Etats-Unis avaient expressément confirmé aux alliés et aux candidats à l’alliance de l’é poque les trois buts principaux de leur guerre contre la Yougoslavie: détacher le Kosovo (et Metohija) de la Serbie et en faire un Etat distinct et indépendant; faire de ce nouvel Etat la base des troupes américaines dans les Balkans créer un précédent pour les interventions militaires de l’OTAN dans le monde entier et réalisées sans l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU.

    La guerre contre la Serbie –
    démonstration de l’usage illimité de la force 

    L’agression de l’OTAN a été largement perçue comme une démonstration – au premier chef à l’intention de la Russie – de l’usage illimité de la force. Dans ce contexte géopolitique, il ne faut pas oublier que les avions américains ont également profité de l’occasion pour bombarder l’ambassade de Chine à Belgrade, tuant trois journalistes chinois, bombardement que l’OTAN a ensuite attribué à une erreur due à l’emploi d’une carte non-actualisée par les pilotes, une explication qui est très peu plausible.
        Tout le monde le sait, cette agression a violé les principes fondamentaux du droit international et de la Charte des Nations unies et elle a été menée sans l’autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU. Compte tenu du fait que la Yougoslavie ne constituait une menace pour aucun pays membre de l’OTAN, les dirigeants de cette dernière ont ainsi enfreint leur propre acte fondateur, tandis que les pays membres de l’OTAN ont bafoué leurs propres constitutions en agissant sans l’autorisation de leurs parlements respectifs.
        Alors que cette attaque a été présentée à tort par les divers médias nationaux comme une intervention «humanitaire», il faut y voir en réalité un fait de guerre en vue d’une expansion politique de l’OTAN (et ainsi des Etats-Unis) vers l’Est en direction des frontières russes qui a également constitué un précédent pour les autres agressions américaines à venir – l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Syrie … Le déploiement immédiat de la grande base militaire américaine «Bondsteel» près d’Urosevac, au Kosovo et à Metohija, n’était que la première d’une longue série de nouvelles bases militaires américaines en Europe centrale et orientale, en Bulgarie (3), en Roumanie (3) et en Pologne …

    La militarisation de l’Europe

    Ainsi, l’OTAN a non seulement, et pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, ramené la guerre en Europe mais a parallèlement donné une impulsion extraordinaire au processus de remilitarisation intensive du vieux continent. Tous les pays membres ont été obligés de consacrer 2 % de leur PIB aux dépenses militaires, adapter les infrastructures civiles aux nouvelles exigences militaires, limiter la vente de grandes entreprises aux seuls investisseurs potentiels de l’UE et de l’Otan («pour des raisons de sécurité»), cesser d’importer de nouvelles technologies de «fournisseurs non fiables» (5G) et stopper les achats de gaz et de pétrole à ceux qui y ont recours «pour saper la sécurité de l’Europe».
        Des missiles, dont certains à l’uranium appauvri, incluant notamment des bombes à fragmentation, se sont bel et bien abattus sur la Serbie et le Monténégro, causant des pertes humaines et détruisant l’économie locale. La Serbie ne se remet que lentement des immenses pertes économiques et sociales qu’elle a subies. A Belgrade et dans d’autres grandes villes, même dans les quartiers centraux, on trouve les vestiges de bâtiments gouvernementaux et officiels en ruine suite  aux bombardements par l’OTAN. Cependant, au travers de son agression de 1999 contre la Serbie et le Montenegro, l’OTAN a parallèlement mis à mal toute la structure de sécurité et de coopération de l’Europe et du monde, en invalidant Téhéran, Yalta, Potsdam, Helsinki et d’autres accords et piliers de l’ordre consécutif à la Seconde Guerre mondiale et réinstallant ainsi le désordre, l’insécurité, voire le chaos.

    L’agression contre la Serbie se poursuit

    L’agression de l’OTAN a pris fin (en 1999) avec la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui garantit la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RFY (Serbie) et une grande autonomie pour la province du Kosovo et de Metohija au sein de la Serbie. Depuis, l’agression se poursuit toutefois sur un autre terrain. L’objectif visant à détacher de la Serbie la province autonome évolue dans un nouveau contexte : Alors que la province était placée sous mandat de l’ONU et que la Kfor était principalement composée de troupes de l’OTAN chargées de garantir la même sécurité pour tous, 250 000 Serbes environ ainsi que divers non-Albanais ont été expulsés, leurs maisons incendiées et leurs terres expropriées. En 2008, les ex-dirigeants terroristes de l’UÇK ont proclamé la sécession unilatérale. Les pays de l’OTAN et de l’UE, à l’exception de l’Espagne, de la Roumanie, de la Slovaquie, de la Grèce et de Chypre, ont été parmi les premiers à reconnaître la sécession, bien que sachant qu’elle était une violation du droit international, de la résolution 1244 de l’ONU et de la Constitution serbe.

    Ces derniers temps, la Serbie subit une pression sans précédent de la part de l’alliance Etats-Unis/OTAN/UE pour la levée de son veto à l’adhésion du Kosovo aux organisations internationales, y compris l’ONU, l’établissement de relations de bon voisinage sur une base égalitaire de respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, la reconnaissance préalable et mutuelle des symboles étatiques et nationaux l’instauration de relations avec le Kosovo sur une base quasi-diplomatique. Sous prétexte de « normaliser les relations », l’Occident, sous le leadership des Etats-Unis, tente en réalité de forcer la Serbie à reconnaître de facto un nouvel Etat, celui du Kosovo, issu de l’agression de l’OTAN en 1999. Les promesses d’adhésion à l’UE, les investissements et les dons ont été instrumentalisés afin de forcer la Serbie à reconnaître la sécession d’une partie de son propre territoire et à renoncer ainsi à tous les droits fondés sur le droit international, la Charte des Nations unies, les garanties du Conseil de sécurité de l’ONU et sa propre Constitution. Toutes ces exigences sont contenues dans le soi-disant «Accord de normalisation des relations entre le Kosovo et la Serbie», présenté à la Serbie le 27 février 2023 et confirmé le 18 mars 2023 à Ohrid, en Macédoine du Nord, sous la forme d’un ultimatum plus ou moins ouvert. Curieusement, cet ultimatum, accompagné de menaces de sanctions et de restrictions économiques, financières et autres en cas de non-respect, a été entériné par le Conseil européen le 24 mars 2023, date à laquelle l’OTAN avait commencé à bombarder Belgrade, Priština et d’autres villes serbes, il y a exactement 24 ans.

    Les véritables raisons de la politique
    de l’OTAN dans les Balkans

    Quelles sont les véritables raisons de tout cela ? Elles sont multiples: favoriser l’adhésion à l’OTAN du Kosovo ainsi que son éventuel rattachement à l’Albanie; parvenir à une «OTANisation» complète des Balkans, incluant la Serbie et la Bosnie-Herzégovine; éradiquer la présence russe et chinoise des Balkans; lever les objections de cinq Etats membres de l’UE (dont quatre sont membres de l’OTAN) à la reconnaissance de la sécession unilatérale du Kosovo et ainsi rétablir l’unité au sein des alliances.

    En 1999, l’agression de l’OTAN contre la Serbie et le Monténégro (RFY) a marqué le tournant de l’Alliance, qui est passée de la défense à l’agression, d’une Europe partiellement autonome à sa soumission totale aux Etats-Unis dans leur quête de mondialisation de l’interventionnisme et de confrontation globale avec la Russie et la Chine. Bien que cet évènement ait semblé être le point culminant de l’arrogance unipolaire et de l’hégémonie des Etats-Unis/OTAN, il n’en reste pas moins un rappel à l’ordre pour tous ceux qui croient en un nouvel ordre mondial démocratique. •

    (Traduction Horizons et débats)

    (*) Živadin Jovanović fut Ministre des affaires étrangères de Yougoslavie du 9 janvier 1998 au 4 novembre 2000, donc pendant la guerre du Kosovo du 24 mars au 11 juin 1999.  (Note du responsable du blog La paix mondiale menacée.)

    avril 29, 2023
  • Réflexions sur le piège Ukrainien

    par Ivo Rens

    Professeur honoraire

    Faculté de droit

    Université de Genève

    Que la guerre soit de retour en Europe, c’est là un scandale qui, il y a quelques années encore, paraissait impensable. Rien de plus normal que l’Etat, le chef d’Etat et le gouvernement du pays agresseur, soient voués aux gémonies. La guerre n’est-elle pas le crime contre l’humanité par excellence ? Il était donc prévisible que l’immense majorité de l’opinion publique des pays occidentaux condamnerait l’agresseur russe, s’identifierait au peuple ukrainien martyr, voire volerait à son secours et que la presse et tous les médias surenchériraient jusqu’aux limites de la cobelligérance.

    Mais si cela était prévisible, n’est-il pas pensable que cela avait été prévu, progressivement fomenté et même en partie préparé par des cercles de faucons qui ont infiltré les instances mêmes dont la raison d’être est d’organiser la sécurité militaire des nations occidentales ? Telle est l’hypothèse que nous avons avancée dans l’article libellé Le piège ukrainien (1) et développé dans le document intitulé Autour du piège ukrainie,(2) publiés respectivement les 24 février et 6 juin 2022. 

    Bien que très minoritaire, cette thèse a été soutenue, moyennant quelques variantes pas certains auteurs comme en témoignent le livre de Benjamin Abelow, How the West brought war to Ukraine, paru en août 2022, dont Jean-Guy Rens a rendu compte dans l’article Pourquoi la guerre d’Ukraine n’a pu être évitée (3) et l’interview de l’amiral Jean Dufourck réalisée par Alain juillet en février 2023 sous le titre L’Ukraine, le piège. (4)

    Cette thèse suscite souvent l’indignation de ceux qui la soupçonnent de complaisance à l’égard de Moscou. Pourtant c’est à tort, nous semble-t-il, car elle ne disculpe nullement la Russie mais incrimine assurément aussi Washington qui en étendant l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie, tout en dénonçant, un à un, les traités de limitation des armes nucléaires, a délibérément insécurisé les Russes. A la vérité, elle incrimine tout autant la servilité des dirigeants des Etats européens membres de l’OTAN. La responsabilité de la guerre en Ukraine n’incombe pas exclusivement aux Russes comme voudrait le faire croire un narratif en forme de conte pour enfants. Que cette responsabilité soit partagée devrait permettre de trouver plus facilement une voie vers la paix et mettre fin à la poursuite de destructions et de massacres abominables.

    Rien ne menace plus la paix mondiale que l’aveuglement sur le partage des responsabilités dans la genèse du conflit en cours.

    (1) https://worldpeacethreatened.com/2022/02/26/le-piege-ukrainien/

    (2) https://worldpeacethreatened.com/2022/06/06/autour-du-piege-ukrainien/

    (3) https://worldpeacethreatened.com/2023/04/03/pourquoi-la-guerre-dukraine-na-pu-etre-evitee/

    (4) https://www.youtube.com/watch?v=KEzmzBc2Rpo

    avril 15, 2023
  • Pourquoi la guerre d’Ukraine n’a pu être évitée 

    par Jean-Guy Rens

    Conseil en études stratégiques

    Montréal 31 mars 2023

    Réflexions sur l’ouvrage de Benjamain Abelow intitulé How the West brought war to Ukraine: Understanding How US and NATO Policies Led to Crisis, War, and the Rise of Nuclear Catastrophe, paru en août 2022.

    George Kennan, visonnaire de la paix par-delà la guerre froide

    À l’annonce du vote du Sénat américain en faveur de l’expansion de l’OTAN en direction des pays de l’Europe de l’Est en 1998, le diplomate à la retraite George Kennan avait eu ce commentaire cinglant : « Pendant la guerre froide, nos divergences portaient sur le régime communiste soviétique. Et maintenant, nous tournons le dos à ceux-là mêmes qui ont organisé la plus grande révolution sans effusion de sang de l’histoire pour renverser ce régime soviétique. »[1]

    George Kennan avait été l’architecte du concept d’endiguement (containment) qui fut au cœur de la stratégie américaine tout au long de la guerre froide. De mai 1944 à avril 1946, il avait été chef de mission à Moscou. À son retour aux États-Unis, il avait publié un article dans la revue Foreign Affairs sous le pseudonyme de X, qui expliquait la politique étrangère soviétique comme visant à renverser le capitalisme au terme d’une évolution historique inéluctable et non par la guerre.[2]

    En conséquence de quoi, l’article préconisait le déploiement par les États-Unis de politiques, économiques et idéologiques (y compris des opérations secrètes), mais pas militaires. Il a répété à plusieurs reprises, à l’époque et tout au long de sa vie, qu’il n’avait jamais eu l’impression que les Soviétiques étaient sur le point d’envahir militairement l’Europe occidentale.

    Quoiqu’il en soit, l’empire soviétique s’est effondré sans coup férir, libérant les anciennes républiques soviétiques et conduisant à toute une série d’accords sur le contrôle des armements : Traité de réduction et de limitation des armes stratégiques offensives (1991), Traité Ciel ouvert (1992) et traité d’interdiction complète des essais nucléaires (1996). À cette liste, il convient d’ajouter le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) qui, bien que conclu à la fin de la période soviétique (1987), participait déjà de l’esprit de libéralisation à venir.

    Face au courage des démocrates russes qui ont démantelé l’Union soviétique, quelle est la réponse des États-Unis? L‘administration de Bill Clinton élargit l’OTAN à la Pologne, la Hongrie et la République tchèque et publie des lignes directrices pour l’adhésion du reste de l’Europe de l’Est. George Kennan conclut avec désespoir : « Je pense que c’est le début d’une nouvelle guerre froide. Je pense que les Russes vont progressivement réagir de manière très négative et que cela modifiera toute leur politique. Je pense que c’est une erreur tragique. Il n’y avait aucune raison à cela. Personne ne menaçait quiconque. »[3]

    Ce n’est pas tout. George Kennan ajoute à l’intention de son intervieweur : « Bien sûr que la Russie aura une mauvaise réaction et ensuite [les partisans de l’élargissement de l’OTAN] diront que nous vous avons toujours dit que les Russes étaient comme ça. Mais c’est tout simplement faux. »[4] C’est la définition même de la prophétie autoréalisatrice : on désigne l’autre comme l’ennemi, l’autre proteste, donc on avait raison de le qualifier d’ennemi.

    Cette interview de George Kennan en 1998 à elle seule anticipe l’ouvrage du Dr Benjamin Abelow intitulé “How the West Brought War to Ukraine”.[5] L’auteur est un médecin spécialisé dans les questions d’armement nucléaire, donc tout spécialement sensibilisé au danger que fait courir un conflit entre puissances nucléaires. Loin de lui l’idée d’exonérer la Russie pour son invasion de l’Ukraine. Une guerre est un acte criminel et celui qui la déclenche doit en porter la responsabilité.

    L’expansion de l’OTAN au-delà de la fable des « bons » et des « méchants »

    Mais pourquoi la Russie a-t-elle envahi l’Ukraine? Le Dr Benjamin Abelow réfute la fable que l’on raconte dans les médias occidentaux : « L’histoire d’une Russie maléfique, irrationnelle et intrinsèquement expansionniste, dirigée par un leader paranoïaque, opposée à la vertu des États-Unis et de l’Europe, est une confabulation nébuleuse et étrange, incompatible avec toute une série d’événements concordants au cours des 30 dernières années. »(*)

    Il insiste sur l’importance de procéder à une analyse précise des origines du conflit : « L’objectif premier de ce livre est de corriger un récit erroné, et ce pour une raison très pratique : les récits erronés conduisent à des effets néfastes. Tous les récits débouchent inévitablement sur des comportements ; ils sont à la fois descriptifs et contributifs. En fonctionnant comme des modélisations de la réalité, les récits servent de guide pour l’action. Ensuite, par la dynamique entre action et réaction, force et contre-force, ils peuvent produire les résultats qu’ils prétendent être déjà présents. »(*)

    Le questionnement du Dr Abelow l’oblige à remonter à la période qui précède immédiatement dissolution de l’Union soviétique : « L’histoire commence en 1990, alors que l’Union soviétique touche à sa fin, les dirigeants occidentaux cherchent à réunifier l’Allemagne de l’Est et l’Allemagne de l’Ouest sous les auspices de l’OTAN. Pour ce faire, Moscou devait accepter de retirer ses quelque 400 000 soldats d’Allemagne de l’Est. Pour apaiser Moscou, les dirigeants occidentaux ont fait savoir que l’OTAN ne s’étendrait pas à l’est vers la frontière russe. »(*)

    George Kennan ne disait pas autre chose quand il déplorait l’expansion de l’OTAN. Certes, aucun traité ou accord n’a été signé à l’occasion des négociations qui ont présidé au retrait d’Allemagne des forces soviétiques : « En décrivant cet épisode, écrit le Dr Abelow, je ne suggère pas que les assurances occidentales étaient juridiquement contraignantes. (…) Je tiens simplement à souligner que l’Occident a agi d’une manière calculée pour tromper Moscou et que cet épisode a jeté les bases d’un sentiment russe grandissant selon lequel l’OTAN, et les États-Unis en particulier, n’étaient pas dignes de confiance. »(*)

    Aujourd’hui, le narratif occidental veut que ces assurances n’aient jamais été données. Les comptes rendus des nombreuses réunions OTAN-URSS de l’époque démentent cette légende dorée voulant que les troupes d’occupation soviétiques aient disparu d’Allemagne sans discussions préliminaires, comme sur un acte de baguette magique. D’ailleurs, le ministre français des Relations extérieures de l’époque, Roland Dumas, a confirmé ces engagements dans une interview donné au site web économique Les Crises à la veille de l’invasion de l’Ukraine.[1]

    Les dénégations actuelles servent juste à souligner la mauvaise foi des faiseurs d’opinion –dirigeants et médias–aujourd’hui. Il s’agit d’une récriture manifeste de l’histoire. Car à la limite, il importe peu de savoir quelles furent exactement les termes de l’engagement occidental. Les faits demeurent : les troupes russes ont été retirées d’Allemagne et l’OTAN a réarmé immédiatement les pays libérés.

    La destruction des accords sur le désarmement

    Sitôt après que la situation de force a été inversée en Europe de l’Est, les États-Unis ont dénoncé un à un les accords sur le contrôle des armements :

    • 2002, retrait du Traité antimissile (ABM);
    • 2019, retrait du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI);
    • 2020: retrait du Traité « Ciel ouvert » qui permettait aux deux pays de conduire des vols de reconnaissance sur le territoire de l’autre.

    « Mises ensemble, ces trois dates marquent le retour de la course aux armements et les États-Unis en sont les grands responsables. » (*)

    Une des raisons invoquées était que la Chine n’était pas partie prenante à ces traités et pouvait continuer à s’armer. Il s’agit d’une excuse assez théorique si on considère la modestie des armements déployés par la Chine par rapport aux États-Unis. Toujours est-il que la Russie réagit en cherchant à négocier de nouveaux engagements sur le déploiement des missiles. Le Dr Abelow explique : « Ces restrictions et moratoires auraient pu permettre aux États-Unis et à la Russie de faire une pause en matière d’armes mutuellement ciblées afin de déployer des armes contre la Chine. Les États-Unis ont toutefois rejeté la proposition russe. » (*)

    Les États-Unis considéraient l’affaire des forces nucléaires à portée intermédiaire comme une affaire classée et le Dr Abelow cite longuement le major Brennan Deveraux qui est un stratège de l’armée américaine spécialisé dans l’artillerie à roquettes et la guerre des missiles :

    « Au lieu de débats internes sur les implications stratégiques de la réintroduction de ces missiles, le discours militaire public s’est concentré sur la question de savoir quel service aurait la responsabilité de leur utilisation et de leur développement. Cela signifiait que l’utilisation finale des nouveaux missiles et leur projection à l’avant étaient un fait acquis. »[1]

    Il est intéressant de noter que le président français Emmanuel Macron avait alors questionné le rejet de l’offre russe par les États-Unis. Brennan Deveraux explique que « sans soutenir techniquement la proposition russe, M. Macron a insisté sur la nécessité d’ouvrir des lignes de communication avec la Russie. »L’absence de dialogue avec la Russie a-t-elle rendu le continent européen plus sûr ? Je ne le pense pas », a-t-il dit. »[2] On mesure ici le peu d’influence des alliés européens sur la stratégie américaine à la veille du déclenchement des hostilités en Ukraine. 

    L’OTAN est à la fois le problème et la réponse au problème

    On se souvient que l’expansion de l’OTAN avait été justifiée par la nécessité d’assurer la sécurité des pays d’Europe de l’Est. Mais cette excuse ne saurait être invoquée pour le démantèlement de l’architecture juridique du contrôle des armements. Nous passons ici dans une stratégie radicalement différente : celle d’avoir les mains libres pour déployer un armement offensif.

    Il est bon de souligner que le cœur de la politique de contrôle des armements était le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) qui portait sur l’élimination des missiles de croisière et missiles balistiques, à charge conventionnelle ou nucléaire. Quand ces missiles, qui ont une portée se situant entre 500 et 5 500 km sont placés à proximité des frontières russes, ils ont pour conséquence inévitable de pousser la Russie à adopter une politique de lancement à déclenchement quasi-instantané, éliminant toute possibilité de réflexion aux dirigeants politiques et militaires.

    Cette nouvelle stratégie offensive donne toute sa signification à l’agrandissement de l’OTAN : en rapprochant les bases de missiles de Russie et en supprimant les traités de contrôle de l’armement, les États-Unis mettaient un pistolet sur la tempe de la Russie. Le professeur Richard Sakwa résume en une formule la situation nouvelle ainsi créée : « Finalement, l’existence de l’OTAN en vient à se justifier par la nécessité de gérer les menaces sécuritaires provoquées par son élargissement. »[1]

    En échange de cette nouvelle stratégie, qu’est-ce que les États-Unis et leurs alliés avaient à offrir à la Russie? Une simple « déclaration d’intention de bienveillance ». Face à la nouvelle nature de l’OTAN, toute manifestation d’inquiétude en provenance de Moscou était considérée comme non pertinente et irrationnelle : « les exercices d’armement, d’entraînement et d’interopérabilité, aussi provocateurs, puissants ou proches des frontières de la Russie soient-ils, explique le Dr Abelow, sont purement défensifs et ne doivent pas être redoutés. »(*)

    L’analyse de l’ouvrage How the West Brought War to Ukraine retrace méticuleusement comment les États-Unis ont joué avec le feu inconsciemment et surtout irresponsablement, comme si la guerre était une menace théorique et qu’à chaque nouveau pas en avant, la Russie laisserait passer, comme elle l’avait fait pour le pas précédent. Pourtant cela ne répond pas à la question de fond : pourquoi les États-Unis se sont-ils engagés dans cette voie belliciste?

    Disons tout de suite que le Dr Abelow ne donne pas de réponse satisfaisante à ce sujet. Il avoue même sa perplexité devant la politique mise en place incrémentalement au fil des années : « Même d’un point de vue américain aveugle, l’ensemble du plan occidental était un jeu de bluff dangereux, mis en œuvre pour des raisons difficilement compréhensibles. L’Ukraine n’est pas, loin s’en faut, un intérêt vital pour la sécurité des États-Unis. En fait, l’Ukraine n’a guère d’importance. »(*)

    Or, l’inverse n’est pas vrai : « En revanche, pour la Russie – avec sa frontière commune de 1 200 milles et son histoire marquée par trois grandes invasions occidentales par voie terrestre, dont la plus récente, pendant la Seconde Guerre mondiale, a causé la mort d’environ 13 % de l’ensemble de la population russe – l’Ukraine est le plus vital des intérêts vitaux. » (*) À partir de ce contraste, le Dr Abelow tire une conclusion logique ou qui aurait dû être logique pour les dirigeants américains : « Quelle personne saine d’esprit pourrait croire que l’installation d’un arsenal occidental à la frontière de la Russie n’entraînerait pas une réaction puissante ? »(*)

    Le paramètre oublié

    Comme on le voit, l’ouvrage « How the West Brought War to Ukraine » repose sur une série de faits peu contestables. Il y a un manque toutefois que l’on peut déplorer et c’est l’analyse de la position ukrainienne. Car si les États-Unis ont jeté de l’huile sur le feu, il fallait au préalable qu’il y ait un feu. Vers la fin de l’ouvrage, le Dr Abelow rappelle que le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait été élu en avril 2019 sur un programme de paix avec la Russie.

    Il évoque ensuite une ultime démarche pour la paix entreprise par le chancelier allemand Olaf Scholz quelques jours avant le déclenchement des hostilités. Selon un article du Wall Street Journal il aurait proposé que « l’Ukraine renonce à ses aspirations à l’OTAN et déclare sa neutralité dans le cadre d’un accord plus large sur la sécurité européenne entre l’Occident et la Russie. Ce pacte eût été signé par MM. Poutine et Biden, qui auraient garanti conjointement la sécurité de l’Ukraine. M. Zelensky a déclaré qu’on ne pouvait pas faire confiance à M. Poutine pour respecter un tel accord et que la plupart des Ukrainiens souhaitaient rejoindre l’OTAN. Sa réponse a fait craindre aux dirigeants allemands que les chances de paix ne s’amenuisent. »[1]

    Peu après le début de la guerre, le spécialiste des questions russo-ukrainiennes, Richard Sakwa déclara dans une interview que M. Zelensky aurait pu faire la paix avec la Russie en prononçant seulement cinq mots : « L’Ukraine ne rejoindra pas l’OTAN ».[2] Pourquoi ne les a-t-il pas prononcés ? Au-delà des responsabilités russes et occidentales à la guerre, il y a une dimension proprement ukrainienne qui n’est qu’effleurée à la fin de l’ouvrage. C’est d’ailleurs la seule critique que nous pourrions adresser à « How the West Brought War to Ukraine » : on souhaiterait connaître la version ukrainienne de la marche à la guerre !



    (*) Traduction JGR.

    [1] Thomas L. Friedman (interview avec George Kennan), “Foreign Affairs; Now a Word From X”, The New York Times, 2 mai 1998.

    [2] George Frost Kennan, “The Sources of Soviet Conduct”, Foreign Affairs, July 1947.

    [3] Thomas L. Friedman, idem.

    [4] Thomas L. Friedman, idem.

    [5] Benjamin Abelow, « How the West Brought War to Ukraine: Understanding How U.S. and NATO Policies Led to Crisis, War, and the Risk of Nuclear Catastrophe », Siland Press, 2022, 88 pages. Toutes les autres citations de cet article sont extraites de ce même ouvrage, sauf mention contraire.

    6. Olivier Berruyer, « Comment l’Occident a promis à l’URSS que l’OTAN ne s’étendrait pas à l’Est”, par Roland Dumas, ex-ministre des affaires étrangères, Les Crises, 13 février 2022.

    7.- Major Brennan Deveraux, « Why intermediate range missiles are a focal point in the Ukraine Crisis”, War on the Rocks, 28 janvier 2022.

    8.- Major Brennan Deveraux, idem.

    9.- Richard Sakwa, « Frontline Ukraine : Crisis in the borderlands”, I.B. Tauris, London, 2015, 297 pages. Cité in Benjamin Abelow, idem.

    10.- Michael R. Gordon, Bojan Pancevski, Noemie Bisserbe et Marcus Walker, “Vladimir Putin’s 20-yMuch to War in Ukraine – and How the West Mishandled it”, The Wall Street Journal, 1er avril 2022. Cité in Benjamin Abelow, idem.

    11.- Richard Sakwa, 21 avril

    avril 3, 2023
  • Position de la Chine sur le règlement politique de la crise ukrainienne

    Horizons et débats

    14 mars 2023

    1. Respecter la souveraineté de tous les pays. Le droit international universellement reconnu, y compris les buts et principes de la Charte des Nations Unies, doit être strictement observé. La souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de tous les pays doivent être effectivement garanties. Les pays, qu’ils soient grands ou petits, puissants ou faibles, riches ou pauvres, sont membres égaux de la communauté internationale. Les différentes parties doivent préserver ensemble les normes fondamentales régissant les relations internationales et défendre l’équité et la justice internationales. Il faut promouvoir une application égale et uniforme du droit international et rejeter le deux poids deux mesures.

    2. Renoncer à la mentalité de la guerre froide. Il ne faut pas rechercher la sécurité d’un pays au détriment de celle des autres, ni garantir la sécurité d’une région par le renforcement voire l’expansion des blocs militaires. Les intérêts et préoccupations sécuritaires légitimes des différents pays doivent être pris au sérieux et traités de manière appropriée. Il n’y a pas de solution simple aux problèmes complexes. Toutes les parties doivent poursuivre la vision de sécurité commune, intégrée, coopérative et durable, garder à l’esprit la paix et la stabilité de long terme dans le monde, et promouvoir la construction d’une architecture de sécurité européenne équilibrée, effective et durable. Il faut s’opposer à ce qu’un pays recherche sa propre sécurité au prix de celle d’autrui, prévenir la confrontation des blocs, et œuvrer ensemble à la paix et à la stabilité sur le continent eurasiatique.

    3. Cesser les hostilités. Les conflits et guerres ne font de bien à personne. Les parties doivent toutes garder la raison et la retenue, s’abstenir de mettre de l’huile sur le feu et d’aggraver les tensions, et prévenir une nouvelle détérioration ou même un dérapage de la crise ukrainienne. Il faut soutenir la Russie et l’Ukraine de sorte qu’elles travaillent dans la même direction pour reprendre au plus tôt un dialogue direct, promouvoir progressivement la désescalade de la situation et parvenir finalement à un cessez-le-feu complet. 

    4. Lancer les pourparlers de paix. Le dialogue et les négociations sont la seule solution viable à la crise ukrainienne. Tout effort en faveur du règlement pacifique de la crise doit être encouragé et soutenu. La communauté internationale doit poursuivre la bonne direction qui est de promouvoir les pourparlers de paix, aider les parties au conflit à ouvrir rapidement la porte qui mène au règlement politique de la crise, et créer des conditions et plateformes pour la reprise des négociations. La Chine continuera de jouer un rôle constructif dans ce sens.

    5.Régler la crise humanitaire. Toute mesure en faveur de l’apaisement de la crise humanitaire doit être encouragée et soutenue. Les opérations humanitaires doivent se conformer aux principes de neutralité et d’impartialité et les questions humanitaires ne doivent pas être politisées. Il faut protéger effectivement la sécurité des civils et mettre en place des corridors humanitaires pour évacuer des civils des zones de conflit. Il convient d’accroître les aides humanitaires aux zones concernées, d’améliorer les conditions humanitaires, et de fournir un accès humanitaire rapide, sûr et sans entrave, en vue de prévenir une crise humanitaire de plus grande ampleur. Il faut soutenir l’ONU dans ses efforts pour jouer un rôle coordinateur dans l’acheminement des aides humanitaires dans les zones de conflit.

    6.Protéger les civils et les prisonniers de guerre. Les parties au conflit doivent observer scrupuleusement le droit humanitaire international, éviter d’attaquer les civils et les installations civiles, protéger les femmes, les enfants et les autres victimes du conflit et respecter les droits fondamentaux des prisonniers de guerre. La Chine soutient l’échange de prisonniers de guerre entre la Russie et l’Ukraine et appelle les différentes parties à créer plus de conditions favorables à cette fin.

    7.Préserver la sécurité des centrales nucléaires. La Chine s’oppose aux attaques armées contre les centrales nucléaires et les autres installations nucléaires pacifiques, et appelle les différentes parties à observer le droit international, y compris la Convention sur la sûreté nucléaire, et à prévenir résolument les accidents nucléaires d’origine humaine. La Chine soutient l’Agence internationale de l’énergie atomique dans ses efforts pour jouer un rôle constructif dans la promotion de la sûreté et de la sécurité des installations nucléaires pacifiques.

    8.Réduire les risques stratégiques. Les armes nucléaires ne doivent pas être utilisées et la guerre nucléaire ne doit pas être menée. Il faut s’opposer à la menace ou l’emploi d’armes nucléaires. Il est impératif de prévenir la prolifération nucléaire et d’éviter les crises nucléaires. La Chine s’oppose à la recherche et développement et à l’utilisation des armes chimiques et biologiques par quelque pays que ce soit dans quelques circonstances que ce soient.

    9.Faciliter l’exportation des céréales. Toutes les parties doivent appliquer de manière équilibrée, intégrale et effective l’Initiative céréalière de la mer Noire signée par la Russie, la Türkiye, l’Ukraine et l’ONU, et soutenir l’ONU dans ses efforts pour jouer un rôle important à cet égard. L’initiative de coopération sur la sécurité alimentaire mondiale lancée par la Chine offre une solution viable à la crise alimentaire mondiale.

    10.Mettre fin aux sanctions unilatérales. Les sanctions unilatérales et la pression maximale n’aident pas à régler les problèmes et ne font que créer de nouveaux problèmes. La Chine s’oppose à toute sanction unilatérale non autorisée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies. Les pays concernés doivent cesser de recourir de manière abusive aux sanctions unilatérales et aux juridictions extraterritoriales contre les autres pays, jouer un rôle en faveur de la désescalade de la crise ukrainienne et créer des conditions favorables au développement économique et à l’amélioration du bien-être de la population des pays en développement.

    11.Assurer la stabilité des chaînes industrielles et d’approvisionnement. Toutes les parties doivent préserver effectivement le système économique mondial existant, et s’opposer à ce que l’économie mondiale soit politisée ou utilisée comme un outil ou une arme. Il faut œuvrer ensemble à atténuer les effets de débordement de la crise pour qu’elle ne perturbe la coopération internationale en matière d’énergie, de finance, de commerce alimentaire et de transport ni ne compromette la reprise économique mondiale.

    12.Promouvoir la reconstruction post-conflit. La communauté internationale doit prendre des mesures pour soutenir la reconstruction post-conflit dans les zones de conflit. La Chine est prête à accorder son assistance et à jouer un rôle constructif à cet égard3.

    Source : Le Ministère des affaires étrangères de la République populaire de Chine. 24 février 2023, 09 :00

    mars 17, 2023
  • Pékin prend l’initiative dans le conflit ukrainien

    par Ralph Bosshard *

    Horizons et débats

    Zurich, 14 mars 2023

    A l’occasion de l’anniversaire de l’attaque russe contre l’Ukraine, le Ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine a rendue publique son initiative pour une solution politique du conflit.(1) En révélant son projet élaboré pour la paix, Pékin se positionne en tant que partie prenante aux décisions concertées touchant aux questions importantes de la politique mondial, tout en continuant la promotion de ses conceptions d’un monde multipolaire dans lequel la Russie aurait également sa place. Sans se laisser impliquer dans le conflit par son partenaire russe à un moment inopportun, la Chine n’est pas non plus prête à s’en distancer.

    Dans les deux premiers paragraphes, Pékin donne son évaluation du conflit, soulignant les contradictions présumées des parties en conflit. Depuis des années, l’Ukraine proteste contre la violation de son intégrité territoriale consécutive à l’annexion par la Fédération de Russie, de la Crimée et depuis peu, des quatre oblasts de Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson. Cependant l’intégrité territoriale évoquée à ce sujet par la Chine recouvre plus généralement la sienne propre, en clair, ses revendications concernant Taïwan et les eaux territoriales en mer de Chine orientale et méridionale.
        Pour ne pas avoir l’air de trop polariser sur l’Occident, le Ministère chinois des Affaires étrangères a également inclus dans le premier paragraphe une référence à l’égalité souveraine des Etats, ainsi que sa critique du double standard. La violation du premier principe est notamment critiquée par les Etats qui voient dans le soutien occidental aux «révolutions colorées» une ingérence dans leurs affaires intérieures. Traditionnellement, la Russie et la Chine reprochent à l’Occident de leur appliquer le régime «deux poids-deux mesures», se plaignant que lui-même se permette d’agir d’une façon qu’il n’accepterait jamais chez ses adversaires, selon la devise quod licet Iovi, non licet bovi (2). Attaque frontale classique contre les groupes qui, en Occident et notamment aux Etats-Unis, s’attribuent un rôle de leadership dans la politique mondiale, en revendiquant la primauté des Etats démocratiques sur tous les autres.(3)
        Par ailleurs la Chine en profite pour cautionner les revendications russes qui reviennent depuis des années sur la violation des principes d’indivisibilité territoriale de sécurité, y insistant de concert avec Moscou qui estime que les diverses étapes de l’élargissement de l’OTAN à l’est ont enfreint ce principe et conduit les anciens pays membres de l’Organisation du traité de Varsovie et les nouveaux membres de l’OTAN à assurer leur sécurité aux dépens de la Russie.

    Les propositions chinoises font preuve de réalisme

    A l’évidence, le Ministère chinois des Affaires étrangères admet que l’é tendue de la complexité des causes de l’actuelle guerre d’Ukraine est trop vaste pour qu’elle parvienne à une résolution rapide par le biais d’un accord de paix. Au cours des neuf dernières années, cette longue guerre a en outre engendré d’autres problèmes. Par conséquent, demander un accord de cessez-le-feu général est nettement plus réaliste. On a bien sûr aussitôt reproché à la Russie d’utiliser le cessez-le-feu dans le seul but d’un rétablissement de sa position militaire. Les Ukrainiens et leurs alliés européens sont toutefois eux aussi rompus à ces procédés: jusqu’à  présent aucun argument convaincant n’est venu infirmer l’idée que la France, l’Allemagne et l’Ukraine n’auraient conclu les Accords de Minsk dans un objectif de gagner du temps pour préparer une résolution militaire au conflit.(4) A Pékin aussi, on est bien conscient du problème posé par les Accords de Minsk de 2014 et 2015, mélange de simples dispositions de cessez-le-feu avec des mesures politiques. Il faut toutefois s’attendre à ce qu’un cessez-le-feu stable, sur une ligne bien démarquée, quelle qu’elle soit, conduise à la consolidation de la situation de facto, ce qui n’est pas dans l’intérêt de l’Ukraine en particulier. L’appel à la reprise des pourparlers politiques (point 4 de la proposition chinoise) marque le réalisme dont fait preuve Pékin.

    L’Occident se trouve hors du jeu

    Jusqu’à présent, concernant un dialogue direct Ukraine-Russie, proposé par Pékin, c’est l’Ukraine qui renâcle. Le point 3 de la proposition chinoise, qui le souligne, montre la volonté de Pékin de n’accorder aucun rôle dans le processus de paix à l’Occident dans son entier. Le Président ukrainien Zelensky a visiblement vite compris cette issue se déclarant immédiatement prêt à discuter avec l’homme fort de la Chine, le Président Xi Jinping.(5)
        Autre problème urgent lié à la longueur et la brutalité de cette guerre, les conditions humanitaires. L’Ukraine et ses alliés européens tenteront bien entendu de s’appuyer sur ce point du plan de paix chinois pour dénoncer la Russie, mais la Chine ne devrait pas se laisser instrumentaliser. Pékin sait bien que la Russie va utiliser ce point pour tout reprocher à l’Ukraine. En associant, dans le point 8 de sa proposition, son refus de toute menace d’utilisation d’armes nucléaires à son opposition de principe à tout développement d’armes biologiques et chimiques, la Chine montre sa détermination à couper court à toute tentative d’instrumentalisation de l’une ou l’autre des parties.

    Des voies ouvertes à tous

    La référence à l’Initiative Black Sea Grains, visant au maintien des livraisons de céréales en provenance d’Ukraine, indique probablement que Pékin s’est concerté avec Ankara avant d’initier son plan de paix. Il est clair que les dirigeants chinois vont en profiter pour tenter d’en tirer un profit additionnel pour marquer des points auprès des Etats d’Afrique et d’Asie.
        Point 10, le refus de sanctions unilatérales doit être interprété comme une critique ouverte de l’Occident et constitue en même temps une pilule amère pour l’Ukraine qui, faute d’autres options d’action, opterait pour le maintien prolongé de sanctions aussi sévères que possible contre la Russie.(6) L’Ukraine n’a pourtant pas, ni actuellement, ni dans un avenir prévisible, le poids politique et économique nécessaire pour motiver d’autres Etats à agir dans ce sens, et encore moins pour les y contraindre. A Kiev, il faut s’attendre de manière réaliste à ce que les intérêts économiques de nombreux Etats les conduisent, un jour ou l’autre, à un maintien purement formel, quoique progressivement vidé de leur contenu, des sanctions économiques contre la Russie. Enfin, Pékin promeut ses propres intérêts économiques, notamment son Initiative Belt and Road, tout en sachant pertinemment qu’elle sert également les intérêts russes, car la Russie accorde une grande importance à son corridor de transport international nord-sud et n’a aucun intérêt à des blocages de quelque nature que ce soit.

    La détermination de Pékin

    Le rejet automatique du plan de paix chinois, présumé douteux, devra sans doute rapidement faire place à une évaluation plus réaliste.(7) Le secrétaire d’Etat américain Blinken se prépare apparemment déjà à une série laborieuse de visites qui le conduira dans plusieurs Etats d’Asie où il devra solliciter un soutien à ses propres plans.(8) On fera sans doute payer cher aux Américains et aux Européens le prix d’un soutien politique.(9) Il sera exclu que les responsables de la politique étrangère occidentale s’y présentent sous l’aspect riant du pap-gâteau au chéquier bien garni: le vent a décidément tourné. Ils endosseront désormais plutôt le rôle du quémandeur importun. D’un autre côté, Pékin est manifestement prêt à exercer une pression militaire pour faire aboutir son plan de paix, comme le montrent les diverses spéculations sur la livraison de drones et de munitions à la Russie.10 Discutable ou non, Pékin fera aboutir son plan de paix qui sert d’abord ses propres intérêts, et ce ne sont pas les sensibilités ukrainiennes qui l’arrêteront.
        Kiev, Bruxelles et Washington ne pourront échapper à un examen approfondi des propositions chinoises, d’autant plus que celles-ci ont déjà reçu le soutien d’acteurs importants sur l’é chiquier politique mondial et qu’elles avaient peut-être été convenues avec un autre acteur important, la Turquie. Avec l’initiative chinoise, l’Occident qui a fourni des armes à l’Ukraine en tant que moteur convaincu de l’é volution, se voit tout à coup rélégué au rôle d’acteur parmi d’autres, car Pékin ne tolèrera manifestement pas que ses propositions soient balayées d’un revers de main. Avec la proposition de paix chinoise, une porte est désormais également ouverte pour sauver la face en cas de changement de cap de la politique occidentale qui s’orienterait vers l’ouverture de discussions avec le mal-aimé du Kremlin, Vladimir Poutine. •

    (1)  v. «China’s Position on the Political Settlement of the Ukraine Crisis», 24/02/23, site du Ministère des Affaires extérieures chinois sous https://www.fmprc.gov.cn/eng/zxxx_662805/202302/t20230224_11030713.html?spm=C98846262907.PT3RXyzGyJv6.0.0  (en anglais). Commentaire à consulter sur: «China calls for resuming peace talks to resolve Ukraine crisis», consulter p.e. The New Times du 25/02/23, online sous https://www.newtimes.co.rw/article/5333/news/international/china-calls-for-resuming-peace-talks-to-resolve-ukraine-crisis .
    (2) traduit: «Ce qui est permis à Jupiter n’est pas permis au boeuf.»
    (3) Une «Ligue des democrats» fut proposée, pour la première fois, par Ivo Daalder und James Lindsay dans «Washington Post». V.: «Democracies of the World, Unite», ds.: The American Interest Online, janvier/février 2007, online sous https://web.archive.org/web/20110521230314/http://www.the-american-interest.com/article.cfm?piece=220 . C’est dans ce contexte qu’il faut concevoir le «Sommet sur la démocratie» de l’administration Biden. V. «The Summit for Democracy» sur le site du United States Department of State, online sous https://www.state.gov/summit-for-democracy/ . Pour une position critique v.: The Heritage Foundation. «The Summit for Democracy – American Leadership or Photo Op?», online sous https://www.heritage.org/global-politics/event/the-summit-democracy-american-leadership-or-photo-op.  
    (4) V. Bosshard, Ralph, «Ein schlechter Friede ist besser als ein guter Krieg» ds.: Global Bridge du 21/12/22, online sous https://globalbridge.ch/ein-schlechter-friede-ist-besser-als-ein-guter-krieg/ 
    (5) V. Hirwani, Peony, «Zelensky wants to meet Xi Jinping after Beijing’s peace plan», ds.: The Independent du 25/02/23, online soushttps://www.independent.co.uk/news/world/europe/zelensky-xi-jinping-beijing-peace-plan-b2289365.html.  Ghazanchyan Siranush, «Zelensky wants Xi Jinping meeting to discuss China’s peace plan», ds. Public Radio of Armenia du 25/02/23, online sous https://en.armradio.am/2023/02/25/zelensky-wants-xi-jinping-meeting-to-discuss-chinas-peace-plan/ 
    (6) V. «Kuleba on China’s peace plan: We disagree with at least one point» in: Interfax Ukraine, Ukraine News Agency du 25/02/2023, online sous https://en.interfax.com.ua/news/general/893977.html 
    (7) V. Hlushchenko, Olha, «China’s peace plan beneficial only for Russia – Biden,» ds. Ukrainska Pravda du 23/02/23, online sous https://www.pravda.com.ua/eng/news/2023/02/25/7390952/  et Ash, Timothy, «China PR Peace Plan – Pros and Cons In a Nutshell», ds: Kyiv Post du 25/02/23, online sur https://www.kyivpost.com/post/13524 
    (8) V. Lee, Matthew, «Anthony Blinken heads to Asia for key G20 talks as tensions mount with Russia and China», in:Independent.ie du 25/02/23, online sur https://www.independent.ie/world-news/north-america/anthony-blinken-heads-to-asia-for-key-g20-talks-as-tensions-mount-with-russia-and-china-42358841.html 
    (9) L’Inde ainsi que le Kazakhstan ont déjà notifié leur soutien au plan politique chinois, v. «Willing to join ‹any peace process› to solve Ukraine war: PM Modi», in: The Hindu du 25/02/2023, online sur https://www.thehindu.com/news/national/willing-to-join-any-peace-process-to-solve-ukraine-war-pm-modi/article66552455.ece , de même «Kazakhstan supports China’s peace plan for Ukraine crisis», ds: AKIpress du 25/02/2023, online sur https://akipress.com/news:695791:Kazakhstan_supports_China_s_peace_plan_for_Ukraine_crisis/ 
    10V. Bertrand, Natasha, Cohen, Zachary, «Intelligence suggests China is considering sending drones and ammunition to Russia, sources familiar say», ds: CNN Politics du 24/02/23, online sur https://edition.cnn.com/2023/02/24/politics/us-intelligence-china-drones-russia-ukraine/index.html#:~:text=CNN%20Store-,Intelligence%20suggests%20China%20is%20considering%20sending%20drones,to%20Russia%2C%20sources%20familiar%20say&text=The%20US%20has%20intelligence%20that,with%20the%20intelligence%20told%20CNN , de même «Chinese company discusses selling drones to Russia, Der Spiegel reports», ds: Reuters du 24/02/23, online sur https://www.reuters.com/business/aerospace-defense/chinese-company-discusses-sending-russia-drones-der-spiegel-2023-02-23/ 

    Première parution: https://globalbridge.ch/peking-ergreift-die-initiative-im-ukraine-konflikt/  du 27/02/23; texte publié avec l’aimable autorisation de l’auteur.
    (Traduction Horizons et débats)


    * Ralph Bosshard a étudié l’histoire générale, l’histoire de l’Europe de l’Est et l’histoire militaire. Il a suivi l’é cole de commandement militaire de l’EPFZ ainsi que la formation d’é tat-major général de l’armée suisse. Il a prolongé sa formation universitaire et militaire par des études linguistiques en russe à l’Université d’Etat de Moscou, ainsi qu’à  l’Académie militaire de l’Etat-major général de l’armée russe. C’est un expert reconnu de la situation en Europe de l’Est suite à aux fonctions qu’il a occupées pendant six ans à l’OSCE comme Conseiller spécial du représentant permanent de la Suisse.

    mars 17, 2023
  • Ukraine-Russie : Un an de conflit

    par Général Antoine Martinez 

    10 mars 2023

    Source : Site : Les moutons enragés

    Note du responsable du blog La paix mondiale menacée.

    Nous reproduisons ici l’analyse d’un général connu pour son positionnement d’extrême droite, bien éloigné de notre propre engagement. La raison en est que ce document nous paraît être d’une remarquable perspicacité politique et stratégique et même d’une exceptionnelle qualité morale dans un contexte général marqué par un bellicisme quasiment généralisé des médias et de l’opinion publique des pays occidentaux. D’une façon générale, en période de crise, il n’est pas rare que les étiquettes politiques traditionnelles perdent leur qualité de repères fiables.

                                                                           IR

    Au Président de la République et à son gouvernement, aux représentants de la nation et au peuple français.

    Un an tout juste après l’agression de l’Ukraine par la Russie et alors que ce conflit semble s’enliser, il faut bien admettre que les risques d’embrasement et de débordement au-delà du territoire ukrainien deviennent très sérieux aujourd’hui du fait du soutien massif de Kiev décidé par l’OTAN, notamment en matière de matériel militaire lourd, qui pourrait conduire les dirigeants russes à considérer cette démarche comme belliqueuse à leur égard. Les pays européens, membres de l’OTAN, traités de ce fait comme co-belligérants seraient donc en première ligne et potentiellement sous la menace directe de frappes de représailles, ce qui déclencherait une phase nouvelle de cette guerre qui deviendrait incontrôlable. Il ne sert à rien de clamer qu’il ne s’agit pas de co-belligérance pour tenter de s’en convaincre. En effet, c’est la guerre, et si les Russes considèrent qu’il s’agit de co-belligérance, cette co-belligérance sera considérée comme telle avec ses conséquences.

    La situation est donc extrêmement grave et préoccupante, et la responsabilité des dirigeants européens est immense dans la tournure que pourrait prendre ce conflit, pour l’instant encore, contenu géographiquement.

    Les dernières déclarations du Président de la République, engageant la France, lors de la conférence sur la sécurité qui s’est tenue à Munich, ne sont d’ailleurs pas de nature à faire baisser la tension. Refuser d’engager le dialogue avec la Russie qui contrôle à ce stade environ 20 % du territoire ukrainien et pousser à sa défaite d’une part, et laisser croire que l’Ukraine serait en capacité d’imposer ses conditions dans une négociation qui surviendrait après une hypothétique contre-offensive victorieuse d’autre part, relève d’un déni de réalité qui pourrait être catastrophique et dramatique pour l’Ukraine et les pays européens. Il est encore temps d’arrêter le massacre !

    C’est pourquoi j’appelle le Président de la République et le gouvernement à un sursaut inspiré par la raison. Avoir servi la France sous l’uniforme pendant une quarantaine d’années m’en donne aujourd’hui le droit, sinon le devoir. Car la politique et la géopolitique se fondent sur des réalités et non sur des fantasmes ou sur l’émotion. Et les réalités internationales en 2023, confirmées s’il en était besoin par ce conflit en Ukraine, sont représentées par les Etats-Unis, la Russie et la Chine, seules puissances en mesure – en fonction de leurs seuls intérêts propres – de peser sur l’issue de cette guerre par procuration, l’Union européenne étant de son côté totalement dépassée car ayant choisi depuis la fin de la Guerre froide d’engranger les dividendes de la paix au détriment de sa défense. Ignorer cette évidence ou refuser de l’admettre peut conduire à des prises de décisions tragiques pour la France et les Français.

    C’est pourquoi j’appelle les représentants de la nation, députés et sénateurs, étrangement silencieux sur les décisions partisanes prises par l’exécutif et qui engagent la France dans ce conflit, à exiger un débat au Parlement. La France se devait, en présidant l’Union européenne au cours du premier semestre 2022 – avant même l’agression russe et dans les mois qui l’ont suivie – d’adopter un rôle singulier de puissance d’équilibre, de vrai médiateur donnant à la diplomatie sa raison d’être dans ce conflit qui aurait pu et qui aurait dû être évité ou arrêté. Car cette guerre est un vrai malheur pour l’Europe. En ne faisant pas ce choix et en suivant aveuglément les Etats-Unis, la France a manqué un rendez-vous avec l’Histoire. Les Français pourraient le payer cher.

    C’est pourquoi, enfin, j’appelle les Français à prendre conscience des enjeux qui touchent à leur sécurité et donc à leur avenir. Cette prise de conscience doit les conduire à manifester fermement, résolument et massivement leur désaccord face à des décisions qui privilégient et alimentent manifestement la poursuite de la guerre et sa propagation, jusqu’à l’irréparable, au lieu de créer les conditions de son arrêt.

    Car sur les raisons du déclenchement de ce conflit et par conséquent de la nécessité et du bien fondé de mon appel, il est indispensable de rapporter les faits qui contredisent le discours officiel et justifient l’opposition à la posture adoptée par la France qui découle, en fait, d’un narratif partiel et partial imposé aux Français. « Les responsables des guerres ne sont pas ceux qui les déclenchent, mais ceux qui les ont rendues inévitables » (citation attribuée à Montesquieu). En l’occurrence, la Russie a déclenché cette guerre le 24 février 2022, mais ce sont les Etats-Unis qui l’ont rendue inévitable.

    • Depuis la fin de la Guerre froide, en effet, la Russie est devenue une obsession pour l’Etat profond américain qui refuse notamment tout développement des relations entre ce pays et les pays européens, car il a rapidement compris que la paix instaurée déboucherait – c’est inévitable – à un développement progressif sur le continent européen des échanges et des relations commerciales, économiques, voire politiques qui bouleverserait à terme la situation géopolitique et menacerait son hégémonie. C’est la raison, d’ailleurs, du maintien de l’OTAN, engagée dans un long processus d’expansion vers les frontières de la Russie et visant à l’affaiblir sur le long terme, alors que le Pacte de Varsovie avait été dissous.
    • Cette stratégie délibérément agressive à l’égard de la Russie a été conçue et présentée par Zbignew Brzezinski dans son ouvrage « Le grand échiquier » dès 1997. « L’Amérique doit absolument s’emparer de l’Ukraine, parce que l’Ukraine est le pivot de la puissance russe en Europe. Une fois l’Ukraine séparée de la Russie, la Russie n’est plus une menace ». En une phrase, ce qui est désigné comme un objectif à atteindre ne peut être compris que comme une déclaration de guerre avant l’heure et peut expliquer, a posteriori, la décision de la Russie d’attaquer la première le 24 février 2022.
    • La concrétisation de cet objectif est exprimée par la révolution de Maïdan préparée pendant des années et déclenchée en 2014 par un véritable coup d’Etat fomenté par la CIA qui a entraîné le renversement du président ukrainien pro-russe, provoqué la division du pays et débouché sur une véritable guerre civile avec le bombardement et le massacre des populations ukrainiennes du Donbass par le nouveau régime, parce que russophones et tournées vers la Russie.
    • Tout a été fait par l’Ukraine et les Etats-Unis pour provoquer cette guerre avec la Russie. L’interview, le 18 février 2019, d’Oleskiy Arestovytch, conseiller du président Zelensky, est révélatrice. Le plan d’action détaillé qu’il déroule face au journaliste (tant de précision au regard de ce qui se passe aujourd’hui ne peut que montrer qu’il a reçu des assurances (cf. rapport de la Rand Corporation pour déstabiliser la Russie) constitue un témoignage accablant. Il n’hésite pas à déclarer que le prix à payer pour rejoindre l’OTAN est un grand conflit avec la Russie, en ajoutant que cette guerre commencerait entre 2020 et 2022 ! « L’OTAN forme l’armée ukrainienne, fournit les armes et la formation nécessaires depuis 2014 » (Jens Stoltenberg, Secrétaire général de l’OTAN).
    • Un accord de partenariat stratégique et militaire a, en outre, été signé entre Washington et Kiev le 10 novembre 2021, trois mois avant l’offensive ukrainienne sur le Donbass le 16 février 2022 qui a entraîné la réponse russe le 24 février. Cet accord scelle une alliance entre les Etats-Unis et l’Ukraine ; il est dirigé contre la Russie et promet à Kiev l’entrée dans l’OTAN.
    • Quant aux accords de Minsk I (5 septembre 2014) et Minsk II (12 février 2015), ils ont été sabotés par les Etats-Unis (déjà installés (cf. Mme Victoria Nuland) dans les instances décisionnaires de l’Ukraine) qui ne pouvaient supporter que cette crise fût gérée par les Européens eux-mêmes et notamment par la France et l’Allemagne signataires de ces accords et garants de leur application. La France a d’ailleurs une responsabilité immense – partagée avec l’Allemagne – dans la situation actuelle en n’ayant pas oeuvré pour cette application et a donc failli à sa signature. Mais on sait aujourd’hui, après l’aveu cynique de Mme Merkel confirmé par le président Hollande, que ces accords n’étaient qu’un subterfuge destiné à tromper la Russie et à permettre au nouveau régime ukrainien de gagner du temps pour s’organiser, s’armer et se préparer.
    • Par ailleurs, dès le 27 février 2022, le président ukrainien avait accepté le principe de négociations qui se sont déroulées au cours du mois de mars pendant quelques semaines. Elles n’ont cependant pas abouti en raison des pressions américaines et de l’assassinat par le SBU (services secrets ukrainiens) d’un des négociateurs.
    • Le 26 septembre 2022 les gazoducs Nord Stream 1 et 2 étaient gravement endommagés par des explosions entraînant quatre fuites de gaz en Mer Baltique et coupant l’approvisionnement en gaz de l’Europe. Cet incident majeur résulte indiscutablement d’un acte hostile délibéré dont l’origine, sans même se référer aux révélations récentes de l’enquête menée par le journaliste américain Seymour Hersch, ne trompe personne. A qui profite le crime ? Les Etats-Unis ont planifié et piloté ce sabotage qui s’apparente à une opération terroriste. « Si la Russie envahit… alors, il n’y aura plus de Nord Stream. Nous y mettrons fin » (Joe Biden). L’objectif de l’Etat profond américain, déjà évoqué, est d’empêcher tout développement des relations entre la Russie et l’Europe et en particulier de couper le lien de dépendance énergétique et donc économique de l’Allemagne – et donc de l’Europe – avec Moscou. L’impact de ce sabotage a totalement ravagé l’économie de l’Union européenne, provoquant une hausse ahurissante des prix de l’énergie et des faillites en chaîne.
    • Il n’est pas dans l’intérêt de l’Europe dans un conflit qui lui est imposé de couper le lien avec la Russie, au risque de la pousser vers la Chine qui est consciente d’être la prochaine visée par les Etats-Unis. Et l’intérêt de la Chine aujourd’hui n’est pas d’affaiblir ou de laisser affaiblir la Russie. Son attitude dans cette crise est cruciale. Si elle a l’intention (comme le lui reprochent à présent les dirigeants américains) de fournir des armements à la Russie, les Etats-Unis auraient, en provoquant cette guerre en Ukraine, ouvert la boîte de Pandore.
    • Enfin, il faut évoquer un facteur fondamental qui conditionne la poursuite et l’évolution de ce conflit, à savoir les pertes humaines. Dans ce domaine sensible, il faut rester circonspect mais les données rendues récemment publiques par les médias turcs faisant référence aux services de renseignement israéliens sont plausibles :
    • Ukraine : 157 000 soldats tués / 234 000 blessés – 234 instructeurs OTAN tués
    • 2 458 combattants OTAN tués – 5 360 mercenaires tués – 17 230 prisonniers
    • Russie :  18 480 soldats tués / 44 500 blessés – 323 prisonniersLa disproportion entre les pertes ukrainiennes et russes est cohérente avec la disproportion des feux appliqués par chacun des camps à son adversaire (de l’ordre de 8 pour 1 en faveur de la Russie). Jusqu’où sommes-nous prêts à aller dans cette boucherie qui aurait pu et aurait dû être évitée ?

    La disproportion entre les pertes ukrainiennes et russes est cohérente avec la disproportion des feux appliqués par chacun des camps à son adversaire (de l’ordre de 8 pour 1 en faveur de la Russie). Jusqu’où sommes-nous prêts à aller dans cette boucherie qui aurait pu et aurait dû être évitée ?

    Cette guerre est bien celle des Etats-Unis et n’est absolument pas dans l’intérêt des Européens qui se suicident économiquement et géopolitiquement en raison des sanctions décidées contre la Russie et qui risquent, à présent, d’être impliqués directement dans ce conflit. Le temps de la raison n’est-il pas venu avant qu’il ne soit trop tard ?

    « La paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison ».

    (Albert Camus)

    Général Antoine MARTINEZ

    mars 13, 2023
  • Négociations de paix 

    Wagenknecht et Schwarzer rédigent un manifeste pour la paix

     par Danielle Bleitrach

    Histoire et Société

    13 février 2023

    Le Spd de Scholz a ce weekend vécu une débâcle électorale de plus. Il paye la gestion complètement incohérente du pays, soumis aux pressions bellicistes d’une partie de sa coalition alors même que l’Allemagne apparait de plus en plus comme la victime principale de la stratégie de guerre par procuration des Etats-Unis et du refus de ce dernier de négocier. Ce qui est en train d’apparaître dans le pays c’est une véritable opposition de gauche à cette soumission aux USA et à l’OTAN. Un manifeste a été lancé qui lie des membres du SPD, avec ceux de die Linke, unis sur la base de la paix, une gauche est en train de surgir de celle qui n’a cessé comme en France d’être la courroie de transmission de l’OTAN, de soutenir y compris les nationalismes d’extrême-droite. Une manifestation est prévue à Berlin le 25 février. Notons que cette position se rapproche beaucoup de celle adoptée récemment par Fabien Roussel, mais qu’elle a le mérite de ne pas attendre que l’ensemble de la gauche soit d’accord, voire d’avoir demandé son avis à l’ONU, pour être à l’initiative en matière de refus de livrer des armes. C’est à ce titre un pas important. (note et traduction de Danielle Bleitrach dans histoireetsociete)

    Dans un manifeste pour la paix, la politicienne de gauche Sahra Wagenknecht et la publiciste Alice Schwarzer appellent à la fin des livraisons d’armes à l’Ukraine. Elles appellent également à un rassemblement le 25 février à Berlin.

    La politicienne de gauche Sahra Wagenknecht et la publiciste Alice Schwarzer ont écrit un « Manifeste pour la paix ». Au début du texte, qui a été publié vendredi sur la plate-forme de pétition change.org, il est dit qu’aujourd’hui est le 352e jour de la guerre en Ukraine.

    « Si les combats continuent ainsi, l’Ukraine sera bientôt un pays dépeuplé et dévasté. »

    Wagenknecht et Schwarzer ont également fait référence aux plus de 200 000 soldats et 50 000 civils qui seraient morts dans les combats. Un « peuple entier est traumatisé » :

    « Et beaucoup de gens à travers l’Europe ont peur de l’escalade de la guerre. Ils craignent pour leur avenir et celui de leurs enfants. »

    Wagenknecht et Schwarzer ont également déclaré que la population ukrainienne avait été « brutalement attaquée par la Russie » et avait besoin de « notre solidarité ». De l’avis des deux parties, toutefois, il ne pouvait s’agir de livraisons d’armes.

    « Le président Zelensky ne cache pas son objectif. Après les chars promis, il exige maintenant aussi des avions de combat, des missiles à longue portée et des navires de guerre – afin de vaincre la Russie à tous les niveaux ? Le chancelier allemand assure toujours qu’il ne veut pas envoyer d’avions de combat ou de « troupes au sol ». Mais combien de « lignes rouges » ont déjà été franchies ces derniers mois ? »

    Il est à craindre que le président russe Vladimir Poutine « lance une riposte maximale au plus tard en cas d’attaque contre la Crimée », ont déclaré Schwarzer et Wagenknecht. L’Ukraine peut gagner des batailles individuelles, mais pas une guerre contre la plus grande puissance nucléaire du monde. Par conséquent, la guerre doit se terminer à la table des négociations. Cependant, négocier ne signifie pas capituler. 

    « Négocier, c’est faire des compromis des deux côtés. Dans le but d’éviter des centaines de milliers de décès supplémentaires et pire. Nous le pensons aussi, et la moitié de la population allemande le pense aussi. Il est temps de nous écouter! »

    Enfin, il est dit :

    « Nous appelons le chancelier à mettre fin à l’escalade des livraisons d’armes. Maintenant ! Il devrait mener une alliance forte pour un cessez-le-feu et des négociations de paix au niveau allemand et européen. Maintenant ! Parce que chaque jour perdu coûte jusqu’à 1 000 vies supplémentaires – et nous rapproche d’une 3e guerre mondiale. »

    Le manifeste a jusqu’à présent été signé par 69 personnalités connues, parmi les premiers à signer l’historien Peter Brandt (fils de Willy Brandt), le politologue Christoph Butterwegge, l’éditeur du journal berlinois Holger Friedrich, la théologienne Margot Käßmann, l’ancien politicien de gauche Oskar Lafontaine, le musicien Reinhard Mey, l’homme politique Martin Sonneborn (Die PARTEI), l’homme politique Jürgen Todenhöfer, le général de brigade à la retraite Erich Vad et le politologue Johannes Varwick.

    Il est également informé qu’Alice Schwarzer, Sahra Wagenknecht et l’ancien général de brigade Erich Vad ont appelé à un rassemblement à la porte de Brandebourg le 25 février.

    février 15, 2023
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