Pourquoi les Etats-Unis et la France se préparent maintenant à intervenir militairement en Syrie ?

par Ivo Rens

9 avril 2018

 

Bien sûr, ni Paris ni Washington ne croient pas un instant que le Gouvernement Syrien utilise contre ses opposants des gaz de combat, et ce pour plusieurs raisons :

1.- parce que ce Gouvernement a accepté en 2013-4 de se débarrasser de ses stocks de gaz de combat sous un strict contrôle international,

2.- parce qu’il n’en a nul besoin étant donné ses victoires successives sur les rebelles djihadistes, au moyen d’armes conventionnelles et grâce au concours de ses alliés russes, iraniens et libanais,

3.- parce qu’il sait pertinemment que les Etats-Unis et la France y verraient le prétexte d’une intervention prétendument humanitaire qui viserait à imposer le changement de régime auquel ces deux Puissances sont attachées depuis des années.

 

Néanmoins, sous l’impulsion de la France, neuf Etats membres sur les quinze du Conseil de sécurité des Nations Unies ont demandé la réunion, en urgence, lundi 9 avril, de cette instance après l’attaque chimique prétendument commise par le Gouvernement de la République arabe syrienne, le samedi 7 avril, à Douma, dernier réduit de la Ghouta orientale, a-t-on appris dimanche de sources diplomatiques. Pourquoi la France ? A notre avis, pour les raisons suivantes :

 

1.- Sous les présidences de Sarkozy et de Hollande, la France a enterré son rôle marginal à l’OTAN auquel tenait tant le général de Gaulle au temps de l’URSS, et ce afin d’y jouer un rôle de codirigeant aux côtés de Washington. C’est du moins ce à quoi aspirent Macron et son Ministre de la défense Le Drian, peu enclins à voir dans ce rôle celui de premier vassal du bellicisme américain.

2.- Sur le plan intérieur, de multiples grèves et un mécontentement généralisé ont mis fin à la période de grâce qui a suivi l’élection du Président Macron en mai 2017, de sorte que ce dernier est tenté de ressusciter l’union nationale par une intervention militaire sous couvert d’ingérence humanitaire.

3.- Pareille intervention pourrait être décisive si elle parvenait à éliminer physiquement Bachar el Assad, comme l’ont montré les précédents irakien et libyen. On s’y prépare.

 

Le scénario envisagé passe par le refus de toute intervention du Conseil de sécurité, ensuite du véto attendu des Russes et des Chinois, suivi par une décision d’intervention de l’OTAN se traduisant sans délai par des opérations aériennes “chirurgicales” contre Damas, opérations d’ores et déjà ourdies par Paris et Washington.

 

L’élimination physique de Bachar el Assad, dernier dirigeant d’un pays arabe et musulman laïc, à la direction duquel participent Chiites, Sunnites et Chrétiens, permettrait à l’Arabie saoudite, Etat traditionnellement vassal des Etats-Unis et récemment allié à Israël, de faire échec à son principal concurrent régional, l’Iran, de l’y supplanter en Syrie, et de faire oublier ses propres déboires militaires au Yémen, théâtre du plus grand désastre humanitaire en cours.

 

Que ce programme puisse mettre en danger la paix mondiale constitue apparemment pour ses auteurs un risque marginal négligeable. La condamnation des crimes de guerre n’intervient jamais qu’à l’encontre des vaincus !

 

 

 

 

 

 

 

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