La stratégie de Zelensky est un suicide national.

Iuliia Mendel, “Zelensky’s strategy is national 
suicide”, The Spectator, 14 septembre 2026

Pour les Américains qui suivent la guerre russo-ukrainienne, les derniers mois ont dû sembler bien étranges. Au début de l’été, le discours tenu par Kiev – et relayé par de nombreux médias occidentaux – affirmait que l’Ukraine était en train de l’emporter. Puis, peu après le sommet de l’OTAN en juillet, Kiev a annoncé manquer d’intercepteurs pour éviter une catastrophe hivernale. Le pays avait besoin de 300 missiles pour survivre, nous disait-on. Même si ces 300 missiles arrivaient, il est peu probable qu’ils puissent protéger un pays aussi vaste que l’Ukraine face au volume massif d’attaques balistiques et de frappes de bombes planantes russes. Nous sommes désormais en septembre, et l’Ukraine signale un déficit de 27 milliards de dollars dans son budget de défense. Il semble y avoir un fossé immense entre la campagne de relations publiques et la réalité sur le terrain en Ukraine.

Iuliia Mendel est l’ancienne porte-parole du président Zelensky (2019-2021)

On a le sentiment que l’establishment politique occidental préférerait voir la Russie brûler plutôt que de voir l’Ukraine sauvée.

Une ancienne porte-parole devenue critique

Je connais quelque peu cette campagne de relations publiques. J’ai été la première attachée de presse du président Zelensky, prenant mes fonctions à ses côtés en 2019. J’ai quitté mon poste en 2021 tout en continuant à soutenir le président dans sa lutte contre l’invasion russe. Mais, en 2025, j’en suis arrivé à la conclusion que l’Ukraine ne pourra jamais gagner cette guerre par la voie militaire. La seule solution réside dans une paix négociée.

L’« opération d’influence » des frappes de drones

Sous le régime ukrainien actuel, les chances de paix semblent minces. Fin juin, le président Volodymyr Zelensky a approuvé une campagne de 40 jours de frappes de drones à longue portée en territoire russe, visant à contraindre le Kremlin à mettre fin à la guerre. Il s’agissait d’une « opération d’influence » destinée à montrer au peuple russe le véritable coût du conflit. Pourtant, ce sont les Ukrainiens qui en ont le plus souffert. Le Kremlin a au contraire intensifié les hostilités, provoquant davantage de destructions et de morts, sans pour autant engager les négociations qui auraient pu sauver des vies. La Russie, semble-t-il, a été enhardie par ces attaques. Le Kremlin s’est contenté de réitérer ses conditions pour mettre fin à son agression.

C’est bien entendu la Russie qui a déclenché cette guerre. Ses forces ont torturé, violé, déporté et tué des Ukrainiens. Il n’existe aucune équivalence morale entre Kiev et le Kremlin. Il est toutefois évident que l’héroïsme ukrainien de 2022 appartient désormais au passé. La politique de guerre de Kiev s’est figée dans une mobilisation permanente et une communication superficielle ; il ne reste plus que des slogans creux et des postures morales. La situation désespérée dans les rues ukrainiennes est occultée afin de pouvoir présenter le refus de tout compromis comme un acte de courage.

En 2022, au début du conflit, le pays tout entier s’est levé pour se défendre. Les hommes faisaient la queue devant les bureaux de recrutement et les villes que Moscou tentait de conquérir ont résisté avec succès. Tout cela a naturellement suscité l’admiration du monde entier, ainsi qu’une glorification dans les médias et les cercles politiques occidentaux. Aujourd’hui, cette même glorification est devenue un fardeau insupportable. On a le sentiment que l’establishment politique occidental préférerait voir la Russie brûler plutôt que de voir l’Ukraine sauvée. Nos pertes quotidiennes sont considérées comme un prix acceptable pour atteindre cet objectif.

Le poids de la démographie

L’Ukraine a perdu plus de la moitié de sa population au cours des 35 années écoulées depuis la proclamation de son indépendance vis-à-vis de l’Union soviétique. L’effondrement démographique le plus marqué a eu lieu depuis l’invasion à grande échelle lancée par la Russie. Selon les estimations les plus prudentes, il reste environ 20 à 25 millions d’habitants sur le territoire encore contrôlé par Kiev. Près de la moitié d’entre eux sont à l’âge de la retraite. Au grand maximum, quatre millions d’hommes sont en âge d’être mobilisés. La Russie, elle, peut puiser dans un vivier de recrutement dix fois plus important en termes d’hommes en âge de combattre. Mener une guerre d’usure revient donc à un suicide national, et non à un acte de bravoure. C’est pourtant la stratégie que poursuit le gouvernement Zelensky.

Une économie dépendante de l’aide occidentale

L’économie dresse le même constat. L’Ukraine dépend désormais entièrement de l’aide occidentale, laquelle est en baisse. Les fonds destinés à la reconstruction du pays sont engloutis par la guerre. La dette publique a dépassé 110 % du PIB. À l’inverse, la Russie n’a pas eu besoin d’emprunter dans de telles proportions pour mener sa guerre, et elle continue de vendre de l’énergie à l’Union européenne. Depuis 2022, les pays européens ont versé à Moscou bien plus de 230 milliards de dollars pour des combustibles fossiles, soit un montant supérieur à l’aide totale, sous toutes ses formes, apportée à Kiev. Malgré les innombrables trains de sanctions, la Russie continue d’engranger des revenus et jouit d’une situation budgétaire bien plus solide que celle de la plupart des États de l’UE. Parallèlement, l’Ukraine est paralysée par les pertes humaines et la destruction de son appareil productif, tandis que sa dette continue de s’alourdir.

Pour avoir critiqué la guerre, Iuliia Mendel est aujourd’hui vouée aux gémonies par les médias ukrainiens et occidentaux (repris avec complaisance par Wikipedia).

Les pays européens ont versé à Moscou plus de 230 milliards de dollars pour des combustibles fossiles – soit davantage que le montant de l’aide accordée à Kiev.

Depuis l’« opération d’influence » de cet été, plus de 90 % des entrepôts ukrainiens ont été touchés, notre système énergétique a été dévasté et avec l’arrivée des neiges hivernales une catastrophe humanitaire menace. Alors que la guerre à grande échelle entre dans sa cinquième année, la seule solution que l’État propose aux civils des régions les plus durement touchées se résume le plus souvent à ceci : partez. On demande aux habitants du front, démunis et sans ressources, d’aller s’installer ailleurs.

Chaque jour, l’Ukraine perd une partie de ses habitants. Ceux qui souhaitent offrir à leurs enfants des soins de santé et une éducation dignes de ce nom sont contraints à l’émigration. Le nombre de décès en Ukraine est environ quatre fois supérieur au nombre des naissances. La nation se meurt, et pourtant la guerre perdure.

Un choix entre la voie finlandaise ou la voie afghane

La Finlande a perdu des territoires après une guerre dévastatrice, mais elle a réussi à préserver sa nation et son avenir. L’Ukraine pourrait encore devenir une zone charnière entre l’Occident et la Russie : une nation armée, sobre et vivante. Mais la stratégie actuelle nous entraîne sur une autre voie : celle de l’Afghanistan.

En 20 ans, l’Occident a englouti des milliers de milliards de dollars dans ce conflit. Le seul résultat aura été une corruption galopante, son lot de morts et, finalement, la chute de Kaboul aux mains des talibans. Comme en Ukraine, les médias occidentaux ont pratiqué une censure sévère. La plupart des journalistes couvrant la région soutenaient sans réserve l’appareil d’État afghan et la guerre, sans égard aux circonstances.

L’Ukraine présente de nombreuses similarités. Étonnamment, l’opinion publique place la corruption à égalité avec la guerre comme problème national numéro un. Certains membres du gouvernement ukrainien amassent des millions de dollars grâce à ce conflit. Je viens d’ailleurs de faire l’objet de sanctions de la part du gouvernement Zelensky pour avoir dénoncé publiquement cette situation.

Pendant ce temps, les hommes ukrainiens ordinaires n’osent plus sortir de chez eux pendant des mois, par peur des équipes de recrutement forcé qui les traquent dans les rues. On signale des cas de personnes handicapées envoyées au front, d’hommes mourant mystérieusement dans les bureaux de recrutement, et de femmes luttant pour empêcher l’enlèvement de leurs maris en plein jour. Selon l’Ombudsman ukrainien, seuls 2 à 3 % des hommes appréhendés lors de ces rafles finissent par atteindre le front. Beaucoup paient — parfois des dizaines de milliers de dollars — pour échapper à ce sort. La corruption liée à ce système se chiffre en milliards de dollars chaque année. Je ne blâme pas mes compatriotes qui refusent de se battre pour un système dans lequel ils ne croient plus.

Si l’objectif de cette guerre était d’ouvrir la voie à l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, cette perspective est désormais hors de question. Si l’objectif était de reconquérir des territoires, l’Ukraine en perd plus qu’elle n’en récupère. Si c’était pour protéger la démocratie, alors la loi martiale instaurée en temps de guerre l’a déjà anéantie. La liberté d’expression a été fortement restreinte, les institutions corrompues, les droits politiques fondamentaux suspendus, la Constitution bafouée et les opposants politiques persécutés. Tout cela avec un mépris pour la vie humaine qui serait considéré comme profondément autoritaire partout ailleurs.

La guerre en Ukraine n’offre plus aucune perspective plausible de victoire. À ce stade, elle ne fait qu’enrichir un cercle restreint et corrompu d’élites, tandis que le pays lui-même périclite. L’Ukraine peut encore choisir la voie finlandaise : endiguer l’hémorragie, conserver ce qui peut l’être, relancer l’économie et rétablir un mode de vie auquel la population puisse revenir. L’autre voie se dessine déjà. C’est une voie sur laquelle nous perdons chaque jour du territoire et des vies – et avec eux, la chance qu’il reste une Ukraine à gagner.

[Texte original en anglaise. La traduction et les sous-titres sont de nous. NDLR]

Iuliia Mendel et le président Zelensky en 2019

Iuliia Mendel (3 septembre 1986) est une journaliste ukrainienne. Elle a occupé le poste d’attachée de presse au sein de l’administration du président ukrainien Volodymyr Zelenskyy de juin 2019 à juillet 2021, quittant ses fonctions peu avant l’invasion russe. Elle a ensuite publié deux ouvrages sur son expérience publique dont l’un a été traduit en anglais (The Fight of Our Lives: My Time With Zelenskyy, Ukraine’s Battle for Democracy, and What it Means for the World, 2022). Elle y fait l’éloge de Zelenskyy et de son combat. Toutefois, à compter de 2025, Iuliia Mendel appelait à un cessez-le-feu immédiat. Dans une interview accordée à Tucker Carlson en 2026, elle a critiqué la poursuite d’une guerre qui vidait l’Ukraine de son sang. Depuis lors, elle est vilipendée dans les médias et persécutée par les autorités en place. Iuliia Mendel est la première journaliste ukrainienne à remporter le programme du World Press Institute (2015). Elle est ensuite boursière du programme Millennium de l’Atlantic Council (2020). Classée à deux reprises parmi les 100 femmes les influentes du pays par des magazines ukrainiens (Focus en 2019 et The New Voice of Ukraine en 2021), elle est lauréate des World Influencers and Bloggers Awards, un prix international qui récompense les créateurs de contenus décerné à Cannes (2023).

Dans The Spectator (14 septembre 2026), Iuliia Mendel, ancienne attachée de presse de Volodymyr Zelensky de 2019 à 2021, estime que la stratégie de Kiev relève du « suicide national ». Selon elle, l’Ukraine ne peut plus gagner militairement : sa population a fondu, l’économie dépend d’une aide occidentale déclinante et la dette dépasse 110 % du PIB. Elle dénonce la mobilisation forcée, la corruption et les restrictions des libertés sous la loi martiale, en rappelant la responsabilité de la Russie. Elle plaide pour une paix négociée, sur le modèle de la Finlande, plutôt qu’une guerre d’usure menant, selon elle, à un scénario afghan.

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