L’OTAN et les bacchanales du califat

par Bruno Guigue

Source: http://arretsurinfo.ch

13 avril 2016

 

Dans un Moyen-Orient dévasté par l’invasion savamment orchestrée des desperados du djihad global, des mercenaires psychopathes et des mystiques sacrificiels mandatés pour le détruire, on sait comment de richissimes dynasties, aussi cupides que vermoulues, ont abreuvé de leurs millions de pétrodollars cette piétaille accourue de partout et de nulle part. On sait aussi par le menu, désormais, comment un puissant État membre de l’OTAN s’est fait le fourrier empressé de cette gangrène d’importation, par quels canaux transfrontaliers il lui a fourni et continue de lui fournir à foison des hommes, des armes, des vivres et des munitions.

Sans scrupule, la Turquie a non seulement perçu les royalties d’un pillage systématique des ressources pétrolières, agricoles et artistiques des territoires occupés par ses alliés, mais sa politique du pire s’est acharnée à perpétuer en Syrie une guerre ignoble dont le peuple turc, par ricochet, commence lui aussi à faire les frais. Avec courage, les meilleurs journalistes de ce grand pays n’ont cessé de le dire : pour la plus grande honte de ses dirigeants, la Turquie est devenue une véritable «autoroute du djihad», une voie express destinée au takfir, en attendant, peut-être, un TGV pour coupeurs de tête.

En entretenant le chaos, la Turquie d’Erdogan sacrifie ainsi à son ambition néo-ottomane et à sa voracité financière le sort des populations de la région. En ce sens, la guerre atroce qui endeuille la Syrie depuis 2011 est aussi incontestablement une guerre turque, une guerre de l’OTAN. Et dans cette tuerie par procuration, le moins qu’on puisse dire est qu’Ankara aura atteint le summum de la duplicité. Tout en livrant des armes au conglomérat takfiriste, notamment dans la province d’Alep où il combat l’ennemi de toujours, l’ennemi kurde, la Turquie prétend simultanément combattre Daech, organisation avec laquelle elle fait pourtant de juteuses affaires et entretient une connivence qui ne trompe personne.

N’oublions pas qu’avec la deuxième armée de l’OTAN, la Turquie est la pièce maîtresse du dispositif occidental au Moyen-Orient. Civil ou militaire, islamiste ou kémaliste, son gouvernement a toujours été l’auxiliaire zélé de l’Oncle Sam. Que sa puissance militaire plane sur le nord de la Syrie, que son gouvernement y aide massivement les gangs djihadistes, que cet allié militaire se compromette sans vergogne avec les assassins de Paris et Bruxelles, cependant, n’émeut pas les dirigeants français. A l’abri de cette fiction qu’est la «coalition internationale», ce conglomérat de pacotille qui livra Palmyre à Daech, l’on choisit de perpétuer l’alliance grotesque entre des États qui nourrissent la terreur et des États qui lui servent de cible.

Complice jusqu’au bout de cette ignominie, Paris redouble donc de servilité. Pendant que l’allié turc nourrit le monstre qui a frappé sa capitale, que fait le gouvernement français ? Suprême dérision : il jette une dernière pelletée sur l’indépendance gaullienne. Le 7 avril, il fait voter par l’Assemblée nationale la ratification du protocole de Paris, un texte qui entérine la réintégration de la France dans l’organisation militaire de l’OTAN. Il achève ainsi l’œuvre de Nicolas Sarkozy, le fossoyeur du gaullisme, qui décida ce retour à l’atlantisme en 2009.

L’OTAN ? Erdogan en a fait la catin des rois décadents du pétrole péninsulaire et la complice délurée des sanglantes bacchanales du califat. Pour des socialistes français qui ne sont jamais à court d’une nouvelle imposture, à l’évidence, voilà d’excellentes raisons de revenir au bercail. Paris a choisi son moment, et l’histoire s’en souviendra.

Bruno Guigue       12 avril 2016

 

Bruno Guigue est un haut fonctionnaire, essayiste et politologue français né à Toulouse en 1962. Ancien élève de l’École normale supérieure et de l’ENA. Professeur de philosophie dans l’enseignement secondaire et chargé de cours en relations internationales dans l’enseignement supérieur. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, l’invisible remords de l’Occident (L’Harmattan, 2002).

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s