Le courage de décider la paix

par Christopher Black

10 octobre 2017

Source : http://lesakerfrancophone.fr/le-courage-de-decider-la-paix

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker francophone

Source originaire : https://journal-neo.org/2017/10/10/the-courage-to-decide-for-peace/

 

Christopher Black est un avocat pénaliste international basé à Toronto. Il est connu pour avoir travaillé sur un grand nombre de cas de crimes de guerre de la plus haute importance et a récemment publié son roman Beneath the Clouds. Il écrit des articles sur le droit international, les événements politiques et mondiaux, en particulier pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

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« La concurrence des armements n’est pas une manière d’empêcher la guerre. Chaque pas dans cette direction nous rapproche de la catastrophe. La course aux armements est la pire méthode pour prévenir un conflit ouvert. Au contraire, la paix véritable ne peut être atteinte sans désarmement systématique à une échelle supranationale. Je répète, l’armement n’est pas une protection contre la guerre, mais y conduit inévitablement. » – Albert Einstein

Ces mots d’Einstein, si clairs parce qu’ils énoncent un simple fait, sont ignorés par toutes les nations dans le monde et les résultats sont tels que lui et la logique l’ont prédit. Aujourd’hui, les peuples du monde sont confrontés à la menace de l’annihilation nucléaire non pas parce que les conflits entre nations sont insolubles par des négociations, puisque que chaque conflit peut être résolu si la volonté est là, mais parce que l’existence même d’armes nucléaires crée la demande politique qu’elles soient utilisées, directement ou par l’intimidation, pour soumettre la volonté d’un pays à celle d’un autre.

En gardant à l’esprit les mots d’Einstein, je me demande ce qui arriverait si demain, la direction de la République populaire démocratique de Corée déclarait qu’elle a réfléchi à ce qu’Einstein disait et a décidé de détruire ses armes nucléaires sans demander aucune réciprocité en retour, uniquement pour faire un exemple, faire la chose juste, pour préparer la paix au lieu de la guerre. Pouvez-vous imaginer la consternation dans les capitales des puissances nucléaires ; à Washington, Londres, Moscou, Beijing, Paris, Berlin, Rome, Tel-Aviv, Islamabad, Delhi, les sourcils levés, les regards perplexes, se transformant en sourires pleins d’espoir à Moscou et Beijing, mais dégoûtés à Washington, Londres et Tel-Aviv ?

L’un d’eux suivrait-il ? Suspendrait-il la guerre économique contre la RPDC ? L’un d’entre eux éprouverait-il de la honte devant l’acte noble d’un petit pays qui vient de se dresser contre le monde en le menaçant de la paix au lieu de la guerre ? L’un d’eux se précipiterait-il pour signer le nouveau Traité sur l’interdiction des armes nucléaires et suivre ensuite l’exemple de la RPDC et commencer à éliminer son propre arsenal nucléaire ? Je pense que la réponse est évidente. Ils ne le feraient pas. Mais pourquoi ?

Il n’y a aucune raison rationnelle à nous présenter puisque la possession comme l’usage de ces armes est un crime de guerre. Les armes nucléaires sont aveugles et ont des conséquences catastrophiques pour toute l’humanité. Au lieu de cela, la raison irrationnelle présentée par toutes les puissances nucléaires pour justifier l’injustifiable, que les armes nucléaires garantissent la sécurité nationale, est aujourd’hui reprise par la RPDC. Mais seule la RPDC fait l’objet d’une guerre économique et de menaces d’Armageddon nucléaire pour détenir et tester ces armes. Pourtant, la RPDC est la seule des puissances nucléaires qui a soutenu en 2016 la résolution de l’ONU pour entamer des négociations sur un traité visant à interdire les armes nucléaires. Savoir cela peut surprendre le public mondial. Tous les citoyens devraient interroger leurs dirigeants nationaux : « Si la RPDC était disposée à soutenir l’interdiction des armes nucléaires il y a un an seulement, pourquoi vous et toutes les autres puissances nucléaires refusez-vous de soutenir l’interdiction ? »

Et de nouveau, on leur opposera la même argument circulaire : « Ils l’ont, donc nous devons l’avoir », bien que cet argument ne soit pas permis à la RPDC. Bien sûr, au début du cercle il y a les États-Unis d’Amérique qui ont été les premiers à développer, tester et utiliser ces armes. Il faut se souvenir que les États-Unis ne les ont pas utilisées contre des cibles militaires, mais sur des civils japonais, un acte de terreur mondial qui ne pourra jamais être oublié. C’est cette terreur américaine à laquelle l’URSS a réagi en légitime défense et a construit ses armes nucléaires, comme l’a fait la Chine. La Grande-Bretagne et la France ont construit les leurs pour avoir un peu de poids à Washington, pour conserver un peu de domination dans le monde et ajouter à l’arsenal de l’OTAN destiné à l’URSS, et maintenant à la Russie.

Leur exemple a encouragé l’Inde et le Pakistan à construire les leurs, on ne peut déterminer à quelle fin puisque ces armes ne peuvent pas être utilisées sur le sous-continent sans tuer tout le monde. Israël en a pour intimider le Moyen-Orient avec le même résultat. Même les puissances européennes de l’OTAN ont accès aux bombes atomiques fournies par les États-Unis. Et cela continue.

Si pour poursuivre notre réflexion expérimentale, le président Trump vivait une épiphanie miraculeuse et annonçait demain que les États-Unis ne craignent personne et inversaient leur politique d’agression et d’expansion impériale vieille de deux siècles et par conséquent vont détruire toutes leurs armes nucléaires, est-ce qu’une seule des autres puissances nucléaires pourrait maintenir son arsenal face à l’opinion publique qui balayerait le globe pour soutenir l’acte américain en faveur de la paix et du désarmement ? Je ne pense pas. La prison nucléaire dans laquelle nous vivons tous peut être déverrouillée, mais la clé qui ouvre la porte du désarmement est dans la poche des États-Unis. Eux seuls doivent agir.

Mais l’action exige volonté et désir. Ceux qui dirigent les États-Unis, en faillite de toutes les solutions positives et progressistes au déclin économique et social de la société, ne peuvent songer qu’à une seule solution : piller la planète. Ils refusent donc de renoncer à leur ambition de domination mondiale et par conséquent les militaristes insistent pour maintenir la menace nucléaire comme élément essentiel de leur politique étrangère.

La menace qu’ils exercent est si effrayante que même la Russie et la Chine, dont la logique devrait leur dicter de soutenir la RPDC contre les menaces nucléaires étasuniennes, préfèrent mettre de côté leurs principes et faire pression sur le peuple de la RPDC dans le but d’éviter une guerre nucléaire générale dont ils craignent qu’une guerre en Corée y mènerait. Mais c’est un chemin truffé de mines qui peuvent exploser à tout moment parce que les dirigeants américains, y compris Trump, et les médias aux ordres, utilisent le soutien russe et chinois aux sanctions contre la RPDC comme preuve que les États-Unis ont raison et sont justifiés dans leur agression contre la RPDC. Et « voilà comment ça se passe » comme le dit Billy Pilgrim dans Slaughterhouse 5, le récit par Kurt Vonnegut Jr. du massacre massif de civils dans le déluge de feu provoqué par les bombes des Alliés dans la ville de Dresde en 1945.

Pour la Russie et la Chine le problème central dans la péninsule coréenne est la menace d’une guerre nucléaire générale. Mais ce n’est pas le problème pour les États-Unis. Ça c’est de la propagande. Le problème principal pour eux, c’est que la RPDC insiste sur le droit souverain de son peuple à se gouverner lui-même quoi qu’il choisisse. Elle refuse d’accepter la domination des États-Unis sur la Corée. Cette indépendance affaiblit la domination étasunienne sur le Japon, la Corée du Sud et l’Asie de l’Est en général. Les Russes et les Chinois le savent très bien et essaient sérieusement d’obtenir que les États-Unis acceptent de négocier et ils insistent constamment sur le fait que les résolutions de l’ONU obligent absolument de rechercher une résolution pacifique de tous les problèmes. Mais les Américains ne se réfèrent jamais à cette obligation dans leur propagande. En fait, cette première semaine d’octobre, le président Trump a attaqué son propre Secrétaire d’État, Rex Tillerson, en affirmant simplement qu’il avait des contacts avec des responsables de la RPDC.

Les États-Unis ont même réussi à insérer leur propagande anti-socialiste incendiaire dans les résolutions de l’ONU. La Résolution 2375 du 11 septembre 2017 contient un langage politique très troublant. Aux sections 24 et 25 du sous-chapitre « politique », la grande puissance déclare

« sa profonde préoccupation devant les graves difficultés auxquelles le peuple de RPDC est soumis, condamnent la poursuite par la RPDC de son programme d’armes nucléaires et balistiques plutôt que du bien-être de son peuple alors que des gens en RPDC ont de grands besoins non satisfaits, et soulignent la nécessité pour la RPDC de respecter le bien-être et la dignité inaliénable du peuple de la RPDC ».

C’est une attaque claire de la RPDC en tant qu’État socialiste. C’est aussi une attaque truffée de mensonges parce que la RPDC est l’un des rares pays dans le monde qui se soucie effectivement du bien-être de sa population, comme tout observateur neutre qui s’y est rendu l’a rapporté maintes et maintes fois.

Que les États-Unis puissent rédiger un tel paragraphe – alors qu’ils sont le pays qui dépense le plus des impôts des contribuables en armes nucléaires, missiles et pour ses forces armées que tout autre et fait peu pour le bien-être de ses citoyens – ne peut s’expliquer que par son hypocrisie pathologique de domination. Comment la Russie et la Chine peuvent supporter ce langage alors qu’elles aussi font les mêmes dépenses en armes inutiles aux dépens du bien-être de leurs populations, seul ces pays peuvent nous le dire. Mais, de nouveau, je suggère que cela peut être expliqué par leur peur profonde d’une guerre nucléaire lancée par les États-Unis. Eh bien, « c’est comme ça ».

J’ai commencé avec Albert Einstein et je terminerai avec lui. En réponse à la question de la radio de l’ONU le 16 juin 1950, « Pouvons-nous empêcher la guerre ? », il a répondu :

« Il y a une réponse très simple. Si nous avons le courage de nous décider pour la paix, nous aurons la paix. […] Nous ne sommes pas dans un jeu mais dans une situation de danger extrême pour notre existence. Si vous n’êtes pas fermement décidé à résoudre les choses de manière pacifique, vous ne parviendrez jamais à une solution pacifique. » 

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