Les États-Unis continuent leurs importations d’uranium russe

par Jean-Guy Rens

Novembre 2024

Les États-Unis importent de l’uranium enrichi depuis la Russie et continueront de le faire au moins jusqu’en janvier 2028. Telle est le sens de la loi H.R. 1042 adoptée en mai 2024 et curieusement intitulée Prohibiting Russian Uranium Imports Act. Cette mesure législative bipartisane interdit l’importation par les États-Unis de produits à base d’uranium russe à compter d’août 2024… tout en mettant en place un processus de dérogation valable jusqu’en janvier 2028.

Il faut savoir que si les États-Unis ont quelques mines d’uranium, ils ne disposent que d’une seule installation d’enrichissement fonctionnelle au Nouveau-Mexique appartenant à Urenco, une société européenne (Grande-Bretagne, Pays-Bas et Allemagne). Une deuxième installation, américaine celle-ci, est bien entrée en fonction en octobre dernier à Piketon, dans l’Ohio. Toutefois, cette installation produit du combustible destiné à la prochaine génération de réacteurs, donc inutilisable aujourd’hui.

Or, les États-Unis comptent un parc de 90 centrales nucléaires qu’il faut bien faire fonctionner en attendant. Voilà pourquoi ce pays achète 27 % de son uranium au Canada, 25 % au Kazakhstan et 12% en Russie. Si on tient compte du seul combustible enrichi destiné aux centrales nucléaires, la part de la Russie s’élève même aux environs de 20 % du combustible consommé aux États-Unis, pour un coût d’environ un milliard de dollars par an[1]. Difficile à admettre pour un pays qui a sanctionné plus de 35 filiales de l’agence nucléaire russe Rosatom depuis février 2022.

Ce n’est pas tout. Au cours des dernières années, les importations américaines d’uranium enrichi depuis la Chine se sont envolées. En décembre 2023, les importations en provenance de Chine ont atteint 242 990 kilogrammes, alors qu’il n’y avait eu aucune importation américaine depuis la Chine avant 2022. Ces importations qui se font dans le plus grand secret ont été dévoilées par l’agence de presse Reuters. En réponse à cette information, le ministère américain de l’énergie a confirmé en septembre 2024 qu’il enquêtait pour savoir si la Chine aidait la Russie à contourner les sanctions américaines.

Sources :

  • Matthew Miller, “Prohibiting Imports of Uranium Products from the Russian Federation”, Press Statement, U.S. Department of State, May 14, 2024
  • Jennifer T. Gordon, “The US is banning the import of Russian nuclear fuel. Here’s why that matters”, Atlantic Council, May 16, 2024
  • Anthony Ruggiero et Andrea Stricker, “U.S. Investigates Russian-Chinese Nuclear Cooperation”, Foundation for Défense of Democracies, October 3, 2024

[1] Chiffre officiel probablement sous-évalué, Reuters estime plutôt que 35% du combustible nucléaire américain provient de Russie.

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