Le Kosovo, État croupion, a déjà 10 ans

Source : Le blog de Jean-Luc Mélenchon
L’ère du peuple
mardi 20 février 2018

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Crédits photo : David Liuzzo

Le 17 février, c’était le 10ème anniversaire de la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo. 10 ans plus tard, une grande partie de la communauté internationale ne reconnait pas cette déclaration d’indépendance. C’est le cas de 80 pays, par exemple de la Chine, la Russie, le Brésil, l’Inde, l’Espagne ou la Grèce. Mais aussi de l’Union européenne. Je veux revenir sur cet évènement car il a son importance dans la déstabilisation de l’ordre international dont nous subissons aujourd’hui les conséquences.
Le 23 mars 1999, l’OTAN décide de bombarder le territoire yougoslave et sa région du Kosovo. 13 000 morts pour la bonne cause ! Celle-ci était déstabilisée par une vague de violences entre Albanais et Serbes depuis 1996 en raison de l’action déstabilisatrice d’une organisation « nationaliste » kosovare, l’UCK et de la répression du gouvernement serbe qui s’en est suivie. Les États-Unis se sont alors érigés en défenseurs des minorités et du Bien pour justifier leur intervention militaire comme ils le feront plus tard dans le cas de l’Irak. Et comme ils le font partout. Comme ils le font pour prendre la main sur une zone. Ici il s’agissait de rayer de la carte l’influence politique de la Serbie. Bien sûr, il s’agissait essentiellement de propagande guerrière. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les conséquences de leurs bombardements. D’après l’association humanitaire Human Rights Watch, ils ont entrainé la mort de 528 civils, dont deux tiers de réfugiés kosovars, censés être protégés par l’intervention américaine. Les manipulations médiatiques pour camoufler des bombardements en « opération humanitaire » ont été largement analysées dans le livre de Serge Halimi et Dominique Vidal « L’opinion, ça se travaille ».
La guerre du Kosovo est un cas d’école de l’alignement médiatique sur les éléments de langage fournis par l’armée américaine. Les journaux atlantistes français se sont encore couverts de honte. Mais leurs méthodes de bourrage de crâne et de saturation de l’opinion par des manipulations est cependant efficace, il faut bien en convenir. Dix ans, après le lavage de cerveau tient ses effets : personne ne se rappelle de rien, le mot Kosovo a disparu du vocabulaire mémorisé. Les trafics d’organes prélevés sur les prisonniers par les héros libérateurs du Kosovo sont passé inaperçus, l’installation d’une base géante des USA dans l’État croupion n’a pas été commentée. La responsabilité des mafias albanaises protégées par le pouvoir dans ces trafics et quelques autres ne se discute pas. Et pas davantage n’ont été à la une les révélations de la présidente du Tribunal Pénal International révélant qu’elle avait été menacée par les voyous kosovars. Le Kosovo est presque une réussite parfaite des capacités de manipulation du soft power médiatique contemporain.
À l’époque, étant donnée l’asymétrie des forces, l’offensive de l’OTAN a rapidement mené au retrait de l’armée yougoslave. Le 10 juin 1999, le conseil de sécurité de l’ONU adopte à l’unanimité une résolution de compromis qui admet la présence de forces de l’OTAN au Kosovo avec des pouvoirs de police très importants mais dans le même temps réaffirme la souveraineté de la République yougoslave (qui deviendra la Serbie) sur sa province sud, le Kosovo. La présence militaire de l’OTAN est conçue dans la cadre d’un statut inédit de protectorat international provisoire. L’indépendance du Kosovo n’est pas envisagée. Elle ne pourrait pas être acceptée, en particulier par la Russie dont l’allié historique dans les Balkans est la Serbie. Blablabla. Tout cela sera foulé aux pieds et les habituels thuriféraires de « la communauté internationale » ont fermé leurs grandes bouches.
La situation a vite évolué. L’ONU rouvre ensuite les négociations sur le statut du Kosovo en 2006. Des vagues de violence télécommandées gâchaient opportunément le paysage. Les organisations « nationalistes » kosovares s’en donnaient à cœur joie. Le résultat de ces négociations est inacceptable pour la Serbie : c’est le plan Ahtisaari. Il propose de fait l’indépendance du Kosovo. Plus précisément, il propose tous les attributs de l’indépendance. L’ONU ne peut pas déclarer l’indépendance d’un État qui procède uniquement de deux actes : une déclaration et la reconnaissance par la communauté internationale.  Comme prévu, la résolution présentée devant le conseil de sécurité est cette fois refusée, du fait de l’opposition évidente de nombreux pays et notamment de la Chine et de la Russie. Qu’importe, les États-Unis ont décidé que leur protectorat devait se séparer de la Serbie. Ainsi, le 17 février 2008, le Parlement kosovar déclare unilatéralement son indépendance et sa sécession de la Serbie.
Cette indépendance est immédiatement reconnue par les États-Unis et leurs alliés. Ils trahissent donc la parole qu’ils avaient donné 9 ans plus tôt en votant la résolution reconnaissant la souveraineté de la Serbie sur le Kosovo. Bien sûr, la souveraineté du Kosovo est essentiellement imaginaire. 19 ans après 1999, les troupes de l’OTAN sont toujours présentes massivement au Kosovo qui dépend entièrement de cette présence pour son existence. L’enclave, privée de toutes ressources, n’en finit pas de plonger dans la misère : le taux de chômage chez les jeunes y atteint 60%. Le Kosovo n’existe pas. Cette enclave est ingouvernable et non viable.
Au plan des relations internationales, le résultat de cet épisode de l’Histoire est la rupture des règles sur lesquelles repose la confiance entre les puissances. La Chine et la Russie ne croient plus la parole américaine. C’est la raison pour laquelle, aujourd’hui, elles ne peuvent plus compter sur la simple bonne foi des États-Unis pour accepter des résolutions au Conseil de sécurité dès que le contenu permet une interprétation guerrière par les USA et leurs supplétifs. Le précédent du Kosovo a porté un coup au principe d’intangibilité des frontières en Europe, un pilier de la stabilité géopolitique sur notre continent. Dès lors, on comprend par exemple que le ministre des affaires étrangères russe y fasse référence pour justifier le rattachement de la Crimée à la Russie en 2014. Même si, à la différence des Américains et de leurs alliés, les russes n’ont bombardé personne en Crimée.
L’affaire du Kosovo est un exemple parmi d’autres de la façon dont les États-Unis, par leurs actions agressives, déstabilisent l’ordre international. Quant à notre pays, il ne peut pas, en étant dans l’OTAN, promouvoir le respect du droit international et de l’ONU comme cadre de dialogue entre les États. En redevenant indépendants, le moment venu, la France pourra au contraire contribuer à faire émerger le nouveau monde qu’il est urgent de faire naitre pour que la paix soit préservée. Un monde où les États-Unis auront été ramené à la raison.

C’est confirmé: avec son expansion à l’Est, l’OTAN a bafoué toutes ses promesses. Les pires craintes de la Russie se réalisent

par Eric Margolis*

Horizons et débats

Zurich, 5 février 2018

Au moment où les Etats-Unis convulsent d’hystérie antirusse et de diabolisation de Vladimir Poutine, un recueil de documents récemment déclassifié de la guerre froide révèle l’étendue stupéfiante des mensonges, de la duplicité et du double jeu pratiqués par les puissances occidentales lors de l’effondrement de l’Union soviétique en 1990.
Je couvrais Moscou ces jours-là et j’ai rencontré certains des acteurs essentiels dans ce drame sordide. Depuis, j’ai écrit que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et leur appendice, l’OTAN, ont scandaleusement menti et au dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, et au ministre des Affaires étrangères Edouard Chevardnadze et les ont trompés.
Toutes les puissances occidentales ont promis à Gorbatchev et à Chevardnadze que l’OTAN ne s’étendrait pas «d’un pouce» à l’Est si Moscou retirait l’Armée rouge de l’Allemagne de l’Est et autorisait cette dernière à se réunir pacifiquement à l’Allemagne de l’Ouest. C’était une concession immense de Gorbatchev: elle a mené à un coup d’Etat manqué des communistes purs et durs contre lui en 1991.
Les documents publiés par l’Université George Washington de Washington DC, que j’ai fréquentée pendant un semestre, sont d’une lecture écœurante.1 Toutes les puissances et les hommes d’Etat occidentaux ont certifié aux Russes que l’OTAN ne profiterait pas du retrait soviétique et qu’une nouvelle ère d’amitié et de coopération se lèverait sur l’Europe d’après la guerre froide. Le secrétaire d’Etat américain James Baker a assuré des «garanties absolues» qu’il n’y aurait pas d’expansion de l’OTAN. Mensonges, que des mensonges!
Gorbatchev était un humaniste, un homme très correct et intelligent espérant pouvoir mettre fin à la guerre froide et à la course aux armes nucléaires. Il a ordonné à l’Armée rouge de se retirer d’Europe de l’Est. J’étais à Wunsdorf − en Allemagne de l’Est, quartier général du groupe des forces soviétiques en Allemagne − et au quartier de la Stasi, la police secrète, à Berlin-Est juste après que l’ordre de retrait eût été donné. Les Soviétiques retirèrent leurs 338 000 soldats et leurs 4200 chars et les expédièrent chez eux à la vitesse de l’éclair.
Les promesses occidentales faites aux dirigeants soviétiques par le président George W. H. Bush et James Baker ont rapidement révélé leur vacuité. C’étaient des hommes honorables mais leurs successeurs ne l’étaient pas. Les présidents Bill Clinton et George W. Bush ont rapidement commencé à déplacer l’OTAN en Europe de l’Est, bafouant ainsi toutes les promesses faites à Moscou.
Les Polonais, les Hongrois et les Tchèques ont été intégrés à l’OTAN, puis la Roumanie et la Bulgarie, les Etats baltes, l’Albanie et le Monténégro. Washington a essayé de faire entrer les anciennes républiques soviétiques de Géorgie et d’Ukraine dans l’OTAN. Le gouvernement ukrainien aligné sur Moscou a été renversé par un coup d’Etat fomenté par les Etats-Unis. La route vers Moscou était ouverte.
Tout ce que les Russes désorientés et en faillite ont pu faire a été de dénoncer ces mouvements vers l’Est des Etats-Unis et de l’OTAN. La meilleure réponse formulée par l’OTAN et les Etats-Unis a été la suivante: «Eh bien, il n’y a pas eu de promesse écrite». Cela est digne d’un camelot vendant des montres contrefaites dans la rue! Les dirigeants des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France, de la Belgique et de l’Italie ont tous menti. L’Allemagne était prise entre son honneur et sa réunification imminente. Donc même son chancelier Helmut Kohl a dû se rallier aux prévarications de l’Occident.
A l’époque, j’avais écrit que la meilleure solution serait la démilitarisation de l’ancienne Europe de l’Est sous contrôle soviétique. L’OTAN n’avait ni besoin ni raison de s’étendre à l’Est. Le faire serait une provocation permanente à l’égard de la Russie, qui considérait l’Europe de l’Est comme un glacis défensif essentiel contre les invasions de l’Ouest.
Maintenant, avec les forces de l’OTAN sur ses frontières occidentales, les pires craintes de la Russie se réalisent.
Aujourd’hui, des avions militaires américains basés sur les côtes de Roumanie et de Bulgarie, des anciens membres du Pacte de Varsovie, sondent l’espace aérien russe au-dessus de la mer Noire et le port de Sébastopol, stratégiquement vital. Washington parle d’armer l’Ukraine plongée dans le chaos. Les troupes américaines et de l’OTAN sont dans les Pays baltes, aux frontières nord-ouest de la Russie. Des Polonais d’extrême-droite battent les tambours de guerre contre la Russie.
En 1990, le KGB et la CIA s’étaient mis d’accord sur le principe de «pas un pouce» à l’Est pour l’OTAN. L’ancien ambassadeur américain à Moscou Jack Matlock confirme le même accord. Gorbatchev, dénoncé comme un idéaliste stupide par de nombreux Russes, a fait confiance aux puissances occidentales. Il aurait dû avoir un bataillon d’avocats véreux couvrant le district de New York pour prouver ses accords en 1990. Il a pensé qu’il avait à faire à des hommes honnêtes, honorables, comme lui.
Faut-il s’étonner, après ce leurre et ce changement de diplomatie, de la méfiance de la Russie envers les puissances occidentales? Moscou observe que l’OTAN dirigée par les Etats-Unis s’insinue toujours vers l’Est. Aujourd’hui, les dirigeants russes croient fermement que le dernier plan de Washington est de mettre en pièces la Russie et de la réduire à un pays impuissant et pauvre. Deux anciens dirigeants occidentaux, Napoléon et Hitler, ont eu des plans semblables.
Au lieu de gloser sur la duplicité d’Hitler après Munich, nous devrions examiner notre propre comportement éhonté après 1990.    •
*    Eric S. Margolis est un chroniqueur primé internationalement. Ses articles sont parus dans le «New York Times», l’«International Herald Tribune», le «Los Angeles Times», le «London Times», le «Gulf Times», le «Khaleej Times», le «Nation» du Pakistan, le «Hurriyet» de Turquie, le «Sun Times» de Malaisie, et d’autres sites d’information en Asie. Il publie régulièrement des contributions dans le Huffington Post, chez Lew Rockwell. Il s’exprime sur CNN, BBC, France 2, France 24, Fox News, CTV et CBC en tant expert de politique étrangère. Ses chroniques sur http://www.ericmargolis.com sont lues quotidiennement par des personnes dans le monde entier. En tant que correspondant de guerre, Eric Margolis a couvert les conflits en Angola, en Namibie, en Afrique du Sud, au Mozambique, au Sinaï, en Afghanistan, au Cachemire, en Inde, au Pakistan, en El Salvador et au Nicaragua. Il a été l’un des premiers journalistes ayant interviewé Mouammar Kadhafi et à avoir obtenu l’accès aux quartiers généraux du KGB à Moscou. Né à New York, il vit à Toronto et New York et se rend souvent à Paris.
Source: ericmargolis.com, 16/12/17
(Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour «Le Saker francophone»)
1    https://nsarchive.gwu.edu/briefing-book/russia-programs/2017-12-12/nato-expansion-what-gorbachev-heard-western-leaders-early

Another Step Toward Armageddon

Paul Craig Roberts
January 11, 2018
https://www.paulcraigroberts.org/2018/01/11/another-step-toward-armageddon/

The US military/security complex has taken another step toward Armageddon. The Pentagon has prepared a nuclear posture review (NPR) that gives the OK to development of smaller “useable” nuclear weapons and permits their use in response to a non-nuclear attack.
As Reagan and Gorbachev understood, but the warmongers who have taken over America do not, there are far too many nuclear weapons already. Some scientists have concluded that even the use of 10 percent of either the US or Russian arsenal would suffice to destroy life on earth.
It is reckless and irresponsible for Washington to make such a decision in the wake of years of aggressive actions taken against Russia. The Clinton criminal regime broke Washington’s promise that NATO would not move one inch to the East. The George W. Bush criminal regime pulled out of the ABM Treaty and changed US war doctrine to elevate the use of nuclear weapons from retaliation to first strike. The Obama criminal regime launched a frontal propaganda attack on Russia with crazed Hillary’s denunciation of President Putin as “the new Hitler.” In an effort to evict Russia from its naval base in Crimea, the criminal Obama regime overthrew the Ukrainian government during the Sochi Olympics and installed a Washington puppet. US missile bases have been established on Russia’s border, and NATO conducts war games against Russia on Russian borders.
This is insanity. These and other gratuitous provocations have convinced the Russian military’s Operation Command that Washington is planning a surprise nuclear attack on Russia. The Russian government has replied to these provocations with the statement that Russia will never again fight a war on its own territory.
Those such as myself and Stephen Cohen, who point out that Washington’s reckless and irresponsible behavior has created an enemy out of a country that very much wanted to be friends, do not get much attention from the presstitute media. The US military/security complex needs an enemy sufficient to justify its vast budget and power, and the Western media has accommodated that selfish and dangerous need.
Russia today is far stronger and better armed than the Soviet Union ever was. Russia also has an alliance with China, an economic and military power. This alliance was created by Washington’s threats against both countries.
Europe and Japan need to understand that they have responsibility for the resurrection of the Cold War in a far more dangerous form than existed in the 20th century. Europe and Japan, whose political leaders are owned by Washington, have taken money from Washington and sold out their peoples along with the rest of humanity.
The entirety of the Western World is devoid of intelligent political leadership. This leaves countries such as Russia, China and Iran with the challenge of preserving life on earth as the Western World pushes humanity toward Armageddon.

L’OTAN continue de préparer sa zone de déploiement en Europe de l’Est

Des mesures en faveur de la paix sont de plus en plus urgentes

 

Horizons et débats
2 janvier 2108
Case postale 729
CH-8044 Zurich

Depuis quelques années se déroule en Europe de l’Est un déploiement militaire stratégique et sournois de l’OTAN. L’Union européenne et les Etats alliés à l’OTAN n’ont, jusqu’à ce jour, pas réussi à arrêter ce processus. Dès le coup d’Etat de Kiev au printemps 2014, il est apparu évident que la politique internationale des Etats-Unis visait à «encercler» la Russie et à y faire participer les Etats européens. La réunion des ministres de la Défense des Etats membres de l’OTAN, et la réunion consécutive des ministres de la Défense de l’Union européenne de début novembre à Bruxelles ne laisse planer aucun doute sur le caractère agressif de leur politique.

«Il est également évident qu’à l’ère nucléaire, un conflit guerrier ne met pas en cause uniquement l’existence de l’Europe. La Russie a déclaré sans équivoque qu’elle utilisera des armes nucléaires au cas où son propre territoire serait attaqué militairement.»

rt. Le déploiement militaire de l’OTAN le long de la frontière russe est clairement visible dès 2014, et continue à l’être. Horizons et débats a déjà donné des informations au sujet des déplacements en juin 2017 de blindés des ports allemands de la mer du Nord à travers l’Allemagne et l’Autriche vers l’Europe de l’Est. 500 véhicules blindés britanniques et américains furent transportés dans des Etats limitrophes de la Russie. Depuis 2014, les médias ont maintes fois mentionné des transports militaires transitant par les ports allemands tels Bremerhaven. Avec la présence renforcée de forces spéciales américaines en Europe de l’Est, on a atteint une nouvelle étape des préparatifs pour des opérations militaires (cf. Horizons et débats n° 29/30 du 27/11/17).

Voies de transport pour l’OTAN
Lors de la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN du 8 et 9 novembre à Bruxelles, on a officiellement décidé de renforcer les infrastructures militaires à l’Est afin de pouvoir déployer les troupes plus rapidement. Les frontières nationales ne doivent plus présenter d’obstacles «bureaucratiques». Cette maniabilité sans frontières représente un «modèle exemplaire» de la coopération entre l’OTAN et l’UE (dixit le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg, «Neue Zürcher Zeitung» du 9/11/17). En outre, on prévoit d’installer deux nouveaux quartiers généraux de l’OTAN. Quiconque se rendait récemment en voiture dans les pays d’Europe orientale a remarqué avec étonnement diverses nouvelles autoroutes bien construites et très peu utilisées.

Développement accéléré de l’armée de l’UE
Parallèlement aux décisions prises par l’OTAN, 23 des 28 ministères de la Défense des Etats membres de l’UE ont décidé, le 12 novembre, d’intensifier l’intégration de leurs armées (Pesco), y compris l’Autriche neutre. Il a notamment été convenu d’augmenter chaque année les dépenses militaires, de faire avancer les projets européens d’armement et de créer pour de bon la troupe d’intervention rapide de l’UE planifiée depuis longtemps. La Grande Bretagne, le Danemark, l’Irlande, Malta et le Portugal n’ont pas signé cet accord.

La Russie n’est pas intéressée à un conflit militaire
Les médias ne s’intéressent pas à connaître le nombre de troupes et d’armes ayant déjà été déployé en Europe orientale. En réalité, les nombreux exercices de l’OTAN ou d’Etats membres de l’OTAN dans la région ne servent pas uniquement à l’entrainement en cas d’urgence, mais également à développer des infrastructures et la mise à disposition de matériel de guerre. Selon l’avis d’experts militaires, le potentiel actuel de l’OTAN n’est pas (encore) suffisant pour une attaque. Cependant, avec toute augmentation du potentiel en place, le danger de guerre augmente.

Contrairement au secrétaire général de l’OTAN, le Norvégien Jens Stoltenberg, l’expert militaire et ancien conseiller de longue date du chancelier allemand Erich Vad conteste le fait que la Russie puisse représenter une menace militaire. La Russie est plutôt intéressée à une coopération avec l’Occident (cf. «Luzerner Zeitung» du 16/11/17).

La guerre économique est en cours
Parallèlement au déploiement de l’OTAN, les Etats-Unis exigent que soit menée une guerre économique contre la Russie. Celle-ci n’affaiblit pas seulement la Russie, mais également la conjoncture de nombreux Etats européens (alors que l’industrie américaine est toute contente de reprendre un grand nombre de ces commandes). En outre, la centrale bruxelloise a commencé, sur insistance de quelques Etats membres de l’UE, de prendre des mesures contre le projet allemand de gazoduc «Nord-Stream 2». Ce projet peut assurer un approvisionnement complémentaire en énergie pour une grande partie du continent. Sinon, il faudra acheter le gaz manquant aux Etats-Unis, à des prix plus élevés…

Construction de stéréotypes par les médias
Depuis 2014, des observateurs spécialisés constatent que les médias mainstream renforcent à nouveau systématiquement les réflexes et les stéréotypes antirusses au sein de la population (cf. Hofbauer, Hannes. Feindbild Russland. 2016, ISBN 978-3-85371-401-0). En général, les historiens considèrent un tel conditionnement comme étant des préparatifs de guerre typiques. Il est déjà très bien documenté que les grands médias européens reprennent sans broncher les objectifs transatlantiques (Krüger, Uwe. Meinungsmacht. 2014, ISBN 978-3-869621241 ou http://www.swisspropaganda.ch).

L’Europe, un champ de bataille potentiel
Depuis que le document stratégique de Barnett issu du Pentagone est discuté publiquement, on arrive à mieux saisir les réflexions stratégiques à l’origine de nombreux conflits. Il semble qu’il ne s’agit plus de «gagner» des guerres dans le sens traditionnel, mais d’engouffrer des régions entières dans le chaos (Irak, Afghanistan, Yémen, etc.) pour les mettre hors de combat ou pour les contrôler (Barnett, Thomas P. M. The Pentagon’s New Map, War and Peace in the Twenty-first Century. Putnam Publishing Group 2004).

Il est peu probable que dans les capitales européennes, on n’ait pas encore réfléchi aux risques d’une tension croissante et continue avec la Russie. Les politiciens et les militaires européens savent eux aussi parfaitement qu’un futur champ de bataille couvrirait des territoires russes et de grandes parties de l’Europe (mais certainement pas des Etats-Unis).

Pousser l’anticipation jusqu’au bout
Il faut donc se poser la question de savoir si les dirigeants russes accepteront sans nécessité une guerre sur leur propre territoire. Tout gouvernement responsable protégera sa population et n’acceptera pas de l’exposer à un conflit imminent sur son propre territoire. La Russie a vécu et souffert de telles situations à plusieurs reprises. Où donc les dirigeants russes transféreront-ils, à l’ère des «troupes d’intervention flexibles», un futur champ de bataille? A Francfort, à Paris ou à Zurich …? En Syrie, l’armée russe a démontré qu’elle est capable de contrôler militairement de vastes territoires éloignés, d’y maintenir le contrôle et de les protéger par des systèmes d’armements perfectionnés.

Il est également évident qu’à l’ère nucléaire, un conflit guerrier ne met pas en cause uniquement l’existence de l’Europe. La Russie a déclaré sans équivoque qu’elle utilisera des armes nucléaires au cas où son propre territoire serait attaqué militairement.

Tirer les conséquences
Dans la situation politique tendue de fin 2017/début 2018, il faut consciemment exiger plusieurs mesures menant à une désescalade. Mais cela demande une volonté politique sincère de toutes les personnes concernées. Il y aurait suffisamment de possibilités. Les observations militaires mutuelles dans le sens de mesures de confiance pourraient massivement être développées et élargies. Pour réduire les tensions, le nombre de réunions régulières dans le cadre de l’OSCE pourraient rapidement être multiplié. Le boycott insensé de la Russie peut rapidement être levé, afin de créer une «transformation par le commerce». L’Europe pourrait émettre des signaux clairs dans cette direction. Ceci serait un premier pas en direction d’une désescalade, pouvant débuter aujourd’hui déjà. Ces mesures seraient également les bienvenues auprès des forces raisonnables d’outre-Atlantique!



Repenser le rôle de la Suisse
rt. De plus en plus, il est nécessaire d’ajuster les coordonnées de la politique étrangère et de défense de la Suisse, pour ne pas se trouver dans le collimateur de réflexions géopolitiques et militaires. Certes, la situation était chaque fois différente en 1848, 1870, 1914, 1939, 1989 et en 2001. Mais la stratégie raisonnable de rester neutre est toujours la même, même en cette année commémorative des 600 ans de Saint Nicolas de Flüe. Pour cela, il faut réagir à temps et de manière très sensible aux signes extérieurs, pour rendre (à nouveau) la Suisse apte à contrecarrer toute tentative de malveillance à son égard.



«Complexe militaro-industriel»
rt. Selon la dernière publication (avril 2017) de l’institut suédois Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), les dépenses militaires mondiales ont encore augmenté au cours de l’année passée. Depuis 2010, les chiffres ne cessent d’augmenter. En 2016, les Etats ont dépensés 1686 milliards de dollars pour leurs armées. Plus de la moitié du chiffre d’affaires mondial profite aux grands groupes d’armements américains. Les raisons primordiales pour ces ventes sont l’augmentation du nombre de régions en conflits et la modernisation des systèmes d’armement. En comparant les dépenses des pays dans ce domaine, il s’avère que les Etats-Unis déboursent davantage que l’ensemble des huit Etats suivants (Chine, Russie, Arabie saoudite, Inde, France, Royaume-Uni, Japon, Allemagne).

Il est donc facile de déterminer les profiteurs du réarmement et de l’escalade militaire dans le monde. Ce sont les grands groupes du «complexe militaro-industriel», terme utilisé, à titre d’avertissement, par le président américain sortant Dwight Eisenhower en 1961. Il voulait ainsi caractériser les étroits liens personnels entre l’industrie militaire et la politique. Les entreprises américaines principales sont Lockheed, Raytheon et Boeing. En Europe, les grands groupes s’appellent, entre autres, EADS/Airbus Group, Dassault ou Krauss-Maffai. Naturellement, ce sont aussi tous les actionnaires de ses entreprises qui «profitent» de ces «affaires». Cependant, il est peu probable que tous les actionnaires européens pourront personnellement profiter de l’augmentation fulgurante de la valeur de leurs actions après le déclenchement d’une nouvelle guerre dans nos contrées.

La destruction de la Libye. L’Occident criminel.

Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France, interviewé par Lawrence Desforges
25 novembre 2017
Source : https://globalepresse.net/2017/11/25/interview-de-michel-raimbaud-ancien-ambassadeur-de-france-sur-le-cas-de-la-libye/

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Michel Raimbaud est un vétéran français du milieu diplomatique, ayant servi comme Ambassadeur de France en Mauritanie, en Somalie et au Zimbabwe pendant des années. Désormais retiré du corps diplomatique il se consacre à des travaux académiques en lien avec son domaine d’expertise, nommément le monde arabo-musulman en général. Auteur du livre remarqué « Tempête sur le Grand Moyen-Orient » paru en 2015 qui traite des menées néo-impérialistes occidentales dans cette région du monde, il a accepté de nous recevoir à son domicile dans la campagne française pour évoquer le drame libyen où l’Occident est entré comme un voleur et un boucher en 2011, pour n’y laisser que des ruines et des abîmes de malheur.


La Libye du « Guide », le Colonel Mouammar Kadhafi, était le pays d’Afrique doté du revenu par habitant le plus élevé grâce à la gestion saine de la manne pétrolière libyenne par le gouvernement institué par Kadhafi en 1969, à la suite du renversement du Roi Idriss Ier qui vampirisait les ressources du pays au profit des cartels pétroliers européens. L’éducation scolaire y était gratuite pour tous comme les soins médicaux, l’essence largement abordable (non surtaxée) et le pays connaissait un taux de développement humain inédit depuis très longtemps dans cette portion de l’Afrique du Nord.

Le Colonel Kadhafi avait refondu l’OUA en « Union Africaine » tout court, qui devait être étayée par l’introduction d’un « dinar or » appuyé sur les réserves d’or libyennes que Kadhafi avait sagement amassées au fil des ans grâce aux énormes bénéfices issus de la vente des produits pétroliers dont le pays était, et demeure si riche. Ayant prévu le besoin de diversification de l’économie libyenne il l’avait préparée par une diplomatie de coopération de type « gagnant-gagnant » idoine à celle dont se vante la Chine par l’investissement direct dans les économies vivantes de ses voisins, faisant de lui l’un des hommes les plus populaires de l’histoire africaine récente, et à juste titre.

Ce fut une telle aventure de réussites et de succès que vint fracasser la cabale occidentale emmenée par les USA, les bras serviles de l’OTAN, la politique étrangère israélienne profonde et les chiens de guerre takfiris déchaînés par le régime wahhabite aliéné d’Arabie Saoudite et ses complices du Golfe Persique. Comme si les maîtres dégénérés et consanguins des anciennes cours européennes, recyclés outre-Atlantique et outre-Méditerranée (en Palestine…) en « démocraties d’apparat », jaloux de voir la réussite sur le lit de leurs échecs, n’avaient pu, su et/ou voulu se retenir d’y déverser leur haine atavique par un flot de bombes, de meurtres et de rapines.

Heureusement la vie est résiliente et l’esprit humain aussi et, malgré six ans de tortures quotidiennes la nation libyenne oeuvre à se relever de ses cendres, par de nouvelle évolutions politiques encore aujourd’hui axées autour de plusieurs autorités distinctes, un gouvernement militaire dirigé par le Maréchal Haftar, un gouvernement civil issu du « CNT » libyen dirigé par Fayez el-Sarraj et, dans les zones désertiques du sud avec il est vrai, beaucoup moins de visibilité politique et diplomatique, le conseil des tribus libyennes dont la tête de proue n’est nul autre que le fils du Colonel Mouammar Kadhafi, Saïf al-Islam.

Depuis l’enregistrement de cette interview, de nombreuses révélations ont atteint le grand public concernant les immondes trafics d’êtres humains qui ont eu cours en Libye depuis 2011, dont la majorité des victimes ont été des Africains sub-sahariens que le Guide avait conviés en Libye, alors qu’il était encore au pouvoir, pour participer à l’essor de son pays et par rebond à celui de leurs pays voisins d’origine. Ces ignominies sont également à mettre à la charge des faiseurs de guerre occidentaux qui ont détruit la Libye voici six ans pour en faire une terre sans foi ni loi.

Il convient de donner son soutien au peuple libyen qui se débat dans les affres des douleurs où l’Occident criminel l’a plongé, et d’en faire écho à nos gouvernements.

Lawrence Desforges, le 25 novembre 2017

 

 

Bruxelles 2017 : Un Sommet de l’OTAN très menaçant pour la paix mondiale

Source : Alerte OTAN, No 65, 2e trimestre 2017

Le Sommet Otan réuni le 25 mai à Bruxelles a duré moins d’une journée, il n’en a pas moins adopté des résolutions très belliqueuses et affirmé son but de l’extension mondiale de la guerre et d’un accroissement important de ses moyens militaires. Le nouveau président américain Donald Trump y a donné la preuve de la pérennité de la politique guerrière de l’impérialisme.

On a pu y constater également que la défense des intérêts vitaux communs des Etats occidentaux est plus forte que leurs divergences et la concurrence intercapitaliste. C’est cela que symbolisait l’inauguration des nouveaux et monstrueux bâtiments du siège de l’Otan à Bruxelles. Une augmentation accélérée des dépenses militaires est adoptée par tous les Etats membres qui s’engagent aussi à consacrer une grande part de l’activité économique à l’économie de guerre.

 

L’Otan s’est engagée intégralement dans la “Coalition Globale pour vaincre Daech”. Ainsi, sous le couvert de “lutte contre le terrorisme” l’Otan cherche à ré-intervenir en Libye, et décide de ré-envoyer des milliers de troupes en Afghanistan.

Le Sommet de l’Otan de Bruxelles a entériné une nouvelle adhésion, celle du Montenegro, et invité l’Ukraine à sa réunion express: le but clairement déclaré est de compléter l’encerclement de la Russie, depuis la Mer Baltique jusqu’à la Mer Noire et de la forcer à une nouvelle course aux armements . A présent, ce sont les ministres de la Défense de l’Alliance Atlantique qui se réunissent pour mettre rapidement en œuvre toutes ces décisions et, en particulier, rencontrer la “ministre de la Défense” de l’Union Européenne afin de mieux coordonner les efforts militaires et les cibles à atteindre ensemble, car le nouveau “concept stratégique pour la sécurité et la défense de l’UE” se veut complémentaire de celui de l’Otan.

 

Les mouvements de paix internationaux ont saisi l’occasion de ce sommet, pour dénoncer les politiques de guerre de l’Alliance atlantique, pour rassembler leurs forces et progresser dans la construction d’un front unique international contre les guerres de l’Otan. Dans ce numéro de Alerte Otan, nous commençons la publication des interventions et des débats qui se sont tenus lors de la Conférence du Contre-Sommet International.

 

Pour la dénonciation par la France du traité de l’Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré

Appel pluraliste (pétition)

Comité Valmy

mercredi 21 juin 2017

 

Le 21 mai 2015 à l’Assemblée Nationale, lors du colloque intitulé « La France peut-elle retrouver une diplomatie indépendante », un ancien ambassadeur de France et ancien secrétaire général du Quai d’Orsay a déclaré que l’OTAN n’aurait pas dû survivre à la disparition de l’URSS et à la dissolution du Pacte de Varsovie.

Les initiateurs du présent appel de sensibilités républicaines et patriotiques diverses, ayant dans le passé, approuvé ou non l’existence de l’OTAN affirment unanimement, qu’en effet aujourd’hui, cette organisation n’a plus de raison d’être.

L’OTAN s’est en réalité élargie en intégrant, contrairement aux engagements pris envers Gorbatchev, nombre de pays anciennement socialistes, avançant ainsi méthodiquement dans un processus d’encerclement de la Russie en multipliant les bases militaires étasuniennes dans ces pays.

Cette politique ouvertement agressive s’est accompagnée de l’installation d’un bouclier de missiles anti-missiles à proximité de la Russie éventuellement destiné à permettre une première frappe nucléaire sur ce pays, en stérilisant ou en limitant de façon drastique ses possibilités de réplique.

C’est dans ce contexte géopolitique que l’Ukraine a vécu la « révolution orange », téléguidée par les États-Unis et soutenue par l’UE, qui a permis la mise en place par la force d’un gouvernement hostile à la Russie avec la participation de néonazis notoires. Il est temps que la France se dissocie de cette politique antirusse provocatrice qui risque de déboucher sur une troisième guerre mondiale éventuellement nucléaire.

Organisation politique et militaire, l’OTAN est tout à la fois l’instrument diplomatique et le bras armé qu’utilisent les Etats-Unis avec la complicité des Etats vassaux au premier rang desquels se trouvent la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne.

Le gouvernement américain, fort d’une doctrine militaire incluant la guerre préventive et l’usage d’armement nucléaire en premier, doté de plus de 700 bases militaires réparties sur tout le globe, et décidé à combattre la menace terroriste sans la volonté d’en rechercher les causes, conduit l’OTAN et donc la France à participer, dans un chaos organisé, à une guerre permanente au mépris de nos intérêts et de notre propre sécurité. De la Yougoslavie à l’Irak, de la Syrie à la Libye, la France use son potentiel militaire et son crédit diplomatique et oublie les valeurs de son peuple, au profit d’une politique définie à Washington.

En réalité, les États-Unis mènent avec l’OTAN une politique d’agression et de guerre généralisée qui ne saurait demeurer plus longtemps celle de notre nation. Il est grand temps que la France recouvre la souveraineté de ses décisions et la liberté de choisir ses partenaires en conformité avec sa philosophie et les intérêts du peuple français.

Nous appelons à la dénonciation par la France de son appartenance au traité de l’Atlantique Nord et au retrait de ses armées du commandement intégré. La France en redevenant libre devra exiger la dissolution de l’OTAN qui n’a plus de raison d’être !

Paris le 1er juin 2015

***

Cet appel est ouvert à la signature des citoyens et organisations qui souhaitent contribuer à cette initiative. Il est initié par le Comité Valmy ainsi que par des militants, des personnalités et des organisations de sensibilités diverses de l’arc républicain.

Note Importante :

Le forum interactif de notre site est l’objet d’une attaque permanente et invasive de spams. En conséquence, il est souvent fermé et inaccessible afin de limiter les dégats. 
Utiliser pour signer, l’adresse courriel ci-dessous ainsi que pour les messages : merci de spécifier vos nom, prénom, lieu de résidence et si vous le souhaitez, votre sensibilité politique..

Contact et signatures :

Utiliser provisoirement cette adresse :

info@comite-valmy.org

Uranium appauvri en Serbie en 1999 : une équipe internationale d’avocats poursuit l’OTAN en justice

Encore une information que les médias occidentaux

passent sous silence

Nous étions alors désespérément seuls contre cette guerre criminelle qui frappait la Yougoslavie. Tous les journalistes, toutes les rédactions, étaient résolument pour. Tous nos amis de gauche étaient fanatiquement pour. Toutes les grosses ONG étaient pour. Tous les partis écologistes européens étaient fanatiquement pour. Ils n’ont  pas protesté quand il s’est avéré que les bombardiers des pays de l’OTAN pilonnaient un pays, un peuple qui ne se battait pas, avec des armes contenant de l’uranium appauvri, aux conséquences terribles…Il n’y avait pas internet. Il nous était alors impossible de publier un point de vue autre. Un seul journaliste, Jacques Merlino, parmi les journalistes envoyés sur le terrain [1], a résisté, en ne relayant pas la propagande de l’OTAN. Silvia Cattori

 

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Source : https://francais.rt.com/international/39714-serbie-uranium-appauvri-plainte-avocats-otan

14 juin 2017

 

18 ans après les opérations militaires en ex-Yougoslavie, la Serbie a décidé de poursuivre les pays de la coalition menée par les Etats-Unis. La population continue de souffrir des conséquences de l’utilisation de munitions à l’uranium appauvri.

La Serbie a annoncé son intention de poursuivre en justice les pays de l’OTAN pour l’intervention de 1999 en ex-Yougoslavie. A l’initiative de l’Académie serbe des sciences et des arts, une équipe de juristes internationale se prépare à saisir les autorités judiciaires de chacun de ces pays, parmi lesquels les Etats-Unis et le Royaume-Uni. «Entre dix et 15 tonnes d’uranium appauvri ont été utilisés lors des bombardements de l’OTAN en Serbie en 1999», rappelle Srdjan Aleksic, l’un des avocats qui supervise la procédure légale. «A cause de cela, chaque année, 33 000 personnes tombent malades en Serbie. Cela représente un enfant par jour», a-t-il ajouté.

Interrogé sur l’opportunité d’intenter des procès 18 ans après les faits, le juriste a mis en avant les conséquences terribles sur la population des opérations militaires de l’OTAN. «Il n’est jamais trop tard pour poursuivre les responsables d’une catastrophe environnementale, [ceux] qui ont bombardé la Serbie avec des armes quasi nucléaires, c’est-à-dire contenant de l’uranium appauvri.» Toujours selon l’avocat, l’utilisation d’armes interdite par la coalition en Serbie en 1999 constitue une violation de toutes les conventions internationales et des lois qui protègent les populations.

Dans un rapport rendu public en 2000, l’OTAN a reconnu avoir utilisé des munitions contenant de l’uranium appauvri non seulement dans les Balkans mais aussi lors de la guerre en Irak de 1991. «A proximité des impacts de munitions à uranium appauvri, il n’est pas exclu que des personnes ignorant les risques de contamination […] puissent avoir été exposées à des radiations ou absorbé des quantités d’uranium excédant les normes internationales», concède le document. Le tout, en cas de guerre avec l’OTAN, c’est en définitive d’être bien informé.

[1] Jacques Merlino – Les vérités yougoslaves ne sont pas …

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Michel Raimbaud : « En France, l’atlantisme et le sionisme sont les deux mamelles des néocons »

par Tigrane Yégavian

9 juin 2017

Source : http://arretsurinfo.ch/michel-raimbaud-en-france-latlantisme-et-le-sionisme-sont-les-deux-mamelles-des-neocons/

 Source originaire : http://www.afrique-asie.fr/michel-raimbaud-en-france-latlantisme-et-le-sionisme-sont-les-deux-mamelles-des-neocons/

 

 

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À l’occasion de la réédition actualisée de « Tempête sur le Grand Moyen-Orient » (1), nous avons rencontré Michel Raimbaud. L’ancien diplomate, qui écrit avec des convictions en s’appuyant sur des faits bien documentés, insiste sur le façonnement en cours du Moyen-Orient, et plus vastement du monde, entrepris par les néoconservateurs américains, avec la complicité des élites occidentales.

Propos recueillis par Tigrane Yégavian | 9 juin 2017

Pourquoi crier au « conspirationnisme » lorsque l’on est saisi par la clarté du grand dessein annoncé urbi et orbi par ses propres promoteurs ? Cela fait longtemps que Michel Raimbaud, écrivain habité par la passion de l’État, sincère, engagé et aux accents volontiers gaulliens, ne prête plus d’attention aux chiens de garde de l’establishment qui le snobent. Ancien ambassadeur de France en Mauritanie, au Soudan et au Zimbabwe, et bien connu des lecteurs d’Afrique Asie, ce fin connaisseur du monde arabe et de l’Afrique a servi comme diplomate dans de nombreux pays (avec un long passage au Brésil), avant de diriger l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Tout reste d’actualité dans Tempête au Moyen-Orient, ouvrage dans lequel il dénonce les funestes « policides » orchestrés par les néoconservateurs américains et occidentaux ayant débouché sur le démantèlement du Soudan, de la Somalie, de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Libye et, aujourd’hui, de la Syrie.

Revenons sur l’affaire des « bombardements chimiques » d’Idlib, en Syrie, en avril dernier. Pourquoi ne criez-vous pas avec les loups sur la responsabilité du régime syrien ?
Nous nous trouvons face à une redite de l’affaire Colin Powell de 2003 en Irak et de la séquence de l’été 2013 en Syrie (attaque de la Ghouta). Je n’entrevois que deux explications possibles : ou bien ce sont les rebelles qui ont utilisé les armes chimiques en appliquant la technique familière du false flag (faux pavillon), maquillant par la suite les photos des enfants. Ces enfants n’auraient-ils pas été tués puis « soignés » par ces escrocs de l’humanitaire que l’on nomme les « casques blancs », autrement dit des associés du Front Al-Nosra, la franchise syrienne d’Al-Qaïda ? Sinon, comment expliquer que les injections, à en croire certaines vidéos, semblent factices, le niveau du liquide demeurant inchangé du début à la fin de la piqûre de « réanimation » ? Si ces cadavres d’enfants morts, soigneusement alignés comme à une parade pour les besoins de la propagande, avaient été gazés, il eût été bien imprudent de s’exposer avec eux sans précaution.

Ou bien, s’il s’agit d’un bombardement de l’armée syrienne sur ce dépôt, cela veut dire que le gaz appartenait aux rebelles. Car on sait qu’en Syrie le démantèlement de l’arsenal des armes chimiques et bactériologiques a eu lieu sous contrôle de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), après les inspections onusiennes.

Un mensonge de plus donc ?
La ficelle est bien grosse. Les mensonges sont légion dans le cas syrien, tellement nombreux qu’il s’avère difficile de les « traiter » tous. C’est une conséquence typique des théories que j’ai étudiées dans mon livre, à savoir les stratégies mises en œuvre par Washington : le chaos innovateur, la théorie du fou et le false flag, autant d’intox dont les mécanismes ont été démontés, notamment par Michel Collon. En définitive, si « complotisme » il y a, ce sont les comploteurs eux-mêmes qui aiment les complots puisqu’ils en sont les auteurs, et non pas ceux qui les dénoncent, systématiquement qualifiés de « complotistes » afin de les discréditer par avance. Dans un ordre d’idées proche, les régimes takfiristes qui financent les « révolutions » chez leurs voisins espèrent ainsi faire oublier leur nature profondément réactionnaire.

Il y avait déjà un certain cynisme de la part des intellectuels américains au temps où l’on pérorait sur le contenu de la fiole qu’avait brandie Colin Powell au Conseil de sécurité de l’Onu en 2003. Ils disaient : « L’Amérique est le plus grand empire qui ait jamais existé sur Terre, discutez et critiquez telle ou telle de nos actions si vous voulez, nous, pendant ce temps, nous créons des réalités nouvelles et nous faisons l’Histoire ! » Effectivement, pendant que tout le monde disserte : les idiots utiles, les médias, les universitaires et la classe politique rivalisant en bêtise tout en maintenant une omerta faramineuse sur les faits, les neocons façonnent effectivement cette Histoire dont nous sommes les témoins. Cela participe à un enfumage qui ne nous donne pas le loisir d’anticiper les mauvais coups que préparent ces néocons.
Que répondez-vous aux accusations de connivence entre Moscou et Washington ?

Il n’y a pas de connivence entre la Russie et les États-Unis. Si les Russes jouent la carte de la diplomatie, c’est pour trouver une solution politique. Je m’étonne également que le communiqué tripartite publié par Damas, Moscou et Téhéran au lendemain de l’attaque américaine du 4 avril sur la base aérienne de Shayrat, en Syrie, n’ait pas été divulgué dans les médias mainstream. Ce communiqué se voulait un cinglant avertissement adressé à l’administration Trump, rappelant les fondamentaux : respect de la souveraineté, de l’indépendance, de l’intégrité de la Syrie, et son droit de reprendre le contrôle de l’ensemble de son territoire.
Concernant l’hésitation du président Obama en 2013 qui, finalement n’a pas donné l’ordre d’attaquer, je me souviens avoir été parmi les rares personnes à être persuadées qu’il n’y aurait pas de frappes…

Qu’est-ce qui a freiné Obama ?
Obama n’est pas un personnage limpide. C’était sa façon à lui de s’affirmer en ne bombardant pas. Non pas qu’il soit revenu à de meilleurs sentiments, car il était suffisamment bien informé par ses renseignements pour connaître la vérité, mais parce qu’il voulait marquer son pouvoir présidentiel face au think tank collectif qui l’entourait – c’est ce qu’il affirme dans une interview en forme de testament.

J’évoque souvent « l’État profond néoconservateur » pour « expliquer » ce qui, sinon, pourrait paraître inexplicable. À mes yeux, ce concept est d’une importance fondamentale. Devenu populaire, il est une réalité visible, voire très voyante, depuis la fin de la guerre froide. Il se réfère à la doctrine dominante qui crée une symbiose idéologique entre les décideurs, les acteurs, les faiseurs d’opinions dans tous les secteurs de la vie publique et tous les cercles de pouvoir (politiques, diplomates, hiérarchie judiciaire, élites intellectuelles, journalistes, milieux d’affaires, communautés diverses, lobbies, etc.).

Né dans le camp républicain qui est son berceau et ancré sur le double messianisme religieux du judaïsme et des Églises protestantes dites « Églises d’éveil », l’État profond néoconservateur s’est solidement implanté dans les rangs démocrates, avant de trouver des terreaux favorables dans toutes les terres d’Occident et dans les États les plus improbables. La France est loin d’échapper à la règle, tant est grande l’idolâtrie des élites vis-à-vis de tout ce qui vient d’Amérique et le lien de vassalité que celles-ci ont intériorisé durant les décennies passées.

À Paris, les quartiers généraux et/ou les bastions de cet « État profond » sont divers et variés : non seulement au Quai d’Orsay où sévit la « secte » ou la « meute » néocon, mais aussi à Matignon, à l’Élysée et dans les rouages de la société et les arcanes du pouvoir. Les élites parisiennes sont depuis des années cooptées dans le fameux programme des « Young Leaders » de la fondation franco-américaine. On chercherait en vain un clivage entre droite et gauche « de gouvernement ».

Comment avez-vous observé l’évolution de la trajectoire des néoconservateurs français depuis le Quai d’Orsay ? Comment et quand ont-ils essaimé ?
Historiquement, les origines du néoconservatisme remontent à la création des États-Unis, à l’arrivée des « Pilgrim Fathers », ces Pères fondateurs, pour l’essentiel des protestants fuyant l’Europe pour des raisons religieuses et se référant à la Bible plutôt qu’au Nouveau Testament. En vertu du messianisme qui les inspirait, ils pensaient que Dieu les avait guidés vers l’Amérique afin qu’ils deviennent le nouveau peuple élu. Notez le parallèle avec le sionisme… Du reste, les groupes ou lobbies chrétiens sionistes s’inscrivent dans cette tradition. Les premiers migrants en Amérique se référaient à la pensée de Cromwell, imprégnée de mystique sioniste. Mais il faut attendre l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan dans les années 1980 pour que cette mystique trouve sa traduction politique dans le néoconservatisme, une traduction associée à la promotion du néolibéralisme et à la fin de la détente.

C’est sous le mandat de Reagan que l’on assiste au retour de la confrontation contre l’URSS, encouragé par la Britannique Margareth Thatcher et le pape Jean-Paul II. Si l’équilibre de la terreur les empêche alors d’agir en transgressant les règles du jeu, les neocons (on ne les connaît pas encore sous cette appellation) ont les coudées franches à partir des années 1990-1991, après l’implosion de l’URSS et la disparition du « bloc communiste ». À noter que Donald Trump est le produit plus ou moins inavoué de cet establishment (malgré ses affirmations) puisqu’il semble considérer Reagan comme un père spirituel et se réfère volontiers aux Pères fondateurs de l’Amérique.

Trump a pourtant fondé son discours de campagne en s’opposant aux élites de Wall Street afin d’engranger des soutiens dans l’Amérique profonde…
S’il a été élu par le « petit peuple » et par « l’Amérique profonde » contre l’establishment, il ne pourra pas résister longtemps aux pulsions de l’État profond. Très isolé face aux élites, il en a bien eu besoin sitôt élu. Au passage, le fait qu’il bombarde la Syrie dès son début de mandat fait de lui un « président normal », et cela deux jours à peine après avoir fait une proposition de reprise de contact à Bachar al-Assad par l’intermédiaire d’une congressiste américaine (démocrate) chargée par Trump lui-même de transmettre un message en ce sens au président syrien. Voilà la théorie du chaos remise en application : elle correspond à dire tout et son contraire.

Il n’est pas évident pour les Américains de gérer cette théorie du chaos, qui paraît très anglo-saxonne, en ce sens qu’elle permet d’associer toutes les ambiguïtés, selon une méthode que l’on retrouve dans le langage des ONG, dans les discours du FMI, dans le style des politiques et diplomates américains : mélanger le passé et le présent, les affaires importantes et les détails, la réalité et la fiction. Cela ouvre beaucoup de possibilités aux prestidigitateurs du droit, aux manipulateurs de valeurs, aux magiciens maîtres de l’Univers. C’est également une illustration de la « théorie du fou » inventée par Kissinger au temps de Nixon : les États-Unis ont vocation à être les maîtres du monde et entendent le rester ; pour effrayer leurs ennemis, ils doivent projeter l’impression que l’Amérique est, en partie du moins, gouvernée par des dirigeants cinglés ou imprévisibles.

La ligne Trump représente un archétype de la « théorie du chaos innovateur » mise en œuvre selon les normes de la théorie du fou. Le président « flexible » est un pur produit de l’école néoconservatrice, fondée sur le double messianisme protestant et juif, évoqué précédemment. Dans ce contexte, notons que l’alliance avec les islamistes djihadistes n’est pas circonstancielle, mais naturelle, les islamistes radicaux se réclamant également d’une mission divine, afin d’éradiquer tout ce qui s’écarte de leur conception de l’islam et recréer in fine un califat, un État islamique fondé sur la charia (la loi coranique interprétée à leur façon).

Vous ne m’avez toujours pas dit à quand remonte la pénétration du néoconservatisme dans les arcanes du pouvoir français.
La première manifestation de leur apparition en France remonte, me semble-t-il, au lendemain de la chute de l’URSS et à la signature du traité de Maastricht en 1992. François Mitterrand n’était pas néoconservateur, mais son entourage l’était en bonne partie, ou faisait du néoconservatisme sans le savoir, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir.
La seconde manifestation intervient à mon sens avec la crise affectant les relations franco-africaines en 1994, marquée par la dévaluation inopinée du franc CFA de 50 % sous la pression conjointe de la Banque Mondiale et du FMI. L’héritage gaullien, déjà ébréché, va dès lors être dilapidé de plus en plus ouvertement, la France renonçant de facto – en le niant – aux attributs de sa souveraineté. Dans la foulée du baroud d’honneur du duo Chirac-Villepin en 2003 concernant l’opposition de la France à la guerre en Irak, le président Chirac va s’affoler et multiplier des concessions inutiles, allant au-devant des sollicitations de Washington. Le retour au commandement intégré de l’Otan se fera en douce ; il ne restera plus qu’à l’afficher politiquement, ce qui sera chose faite dès le début du mandat de Sarkozy.

Paris appuiera ainsi les sanctions contre la Syrie promulguées par le Congrès américain par le biais du Syrian Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act en décembre 2003. La France sera en quelque sorte chargée de « gérer » pour le compte de Washington le dossier de la détérioration programmée des relations avec Damas. Le levier libanais (à la suite à l’assassinat du premier ministre Rafiq Hariri, ami de Chirac) sera utilisé pour convaincre Paris d’assurer cette mission : jusque-là assez bonnes, les relations franco-syriennes vont dès lors se dégrader brutalement. Elles ne s’en remettront pas, malgré une brève embellie sous l’ère Sarkozy.

La pénétration du courant néocon s’accompagne d’une opération de casse menée contre les diplomates du Quai d’Orsay, tenu pour pro-arabe : le cadre d’Orient, les arabisants et les islamisants en premier lieu sont ciblés. Cette offensive qui ne dit pas son nom emprunte deux biais : on disperse les experts de la région dans des zones géographiques éloignées du monde arabe, et on recrute pour les postes clés des énarques et technocrates formatés. À cela s’ajoute les saignées budgétaires consécutives et incessantes, le recours à des contractuels, l’ubérisation, autant d’éléments qui ont définitivement sapé notre action diplomatique et notre rayonnement à l’international. Au vu de l’ampleur des missions d’un « Département » (comme on l’appelle), régalien par excellence, le budget du ministère des Affaires étrangères a toujours été relativement modeste, ne dépassant pas 1 % du PIB. Depuis un quart de siècle, on ne parle plus que d’austérité !

Qu’est-ce qui motive les diplomates néocons de la « secte » du Quai d’Orsay à poursuivre cette politique, selon vous ?
Le suivisme, l’atlantisme et le sionisme, qui sont pour ainsi dire synonymes.

Dans le cas du dossier nucléaire iranien, l’équipe de Laurent Fabius n’était-elle pas motivée par la défense de l’intérêt national en freinant des quatre fers l’acquisition de la bombe par Téhéran qui affaiblirait les positions de la France dans la région ?
Non. Cela faisait partie des rôles délégués à la France et aux Européens par Washington. Le dossier du nucléaire iranien, dont le programme remonte à l’époque du chah, a été fabriqué par les ancêtres des neocons américains dans le cadre du projet « Atome pour la paix ». Il avait toujours fait l’objet de l’unanimité nationale en Iran ; tout le monde trouve ça très bien et personne en Occident n’y a trouvé à redire jusqu’à la révolution islamique. Le dossier a ressurgi dans la foulée de l’occupation de l’Irak. Après la guerre irano-irakienne (politique du double endiguement), puis la première et la seconde guerre d’Irak qui ont mis ce pays à terre, les États-Unis ont délégué à la France, au Royaume-Uni et à l’Allemagne la gestion du dossier. En cela, il me semble que l’ancien président Khatami s’est engouffré dans un piège, d’où la rupture actée par son successeur Ahmadjinehad.

En 2006, le dossier est transféré de l’Agence internationale de l’énergie atomique au Conseil de sécurité des Nations unies, dont les cinq membres permanents sont des « puissances nucléaires légales ». Ce qui va accentuer la pression sur Téhéran et dévoiler les objectifs cachés de la « négociation nucléaire ». La signature de l’accord « historique » en juillet 2014 n’a pas réglé le différend de fond entre l’Iran et ses quatre interlocuteurs occidentaux (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Allemagne).

Les néoconservateurs sortent-ils fragilisés par l’élection de Donald Trump ?
Non, au contraire, car il est leur meilleur représentant. Trump s’est fait élire sans le soutien des élites. Mais une fois au pouvoir, il ne peut se contenter de l’appui des cowboys ou des mormons. Or, depuis des lustres, les élites américaines, tous partis confondus, sont néoconservatrices. Trump a dû aller puiser dans le même réservoir où aurait pioché Hillary Clinton (État profond, Goldman Sachs…) si elle avait été élue. Trump n’a pas d’autres choix que d’obtempérer aux desiderata de l’État profond américain. Il suffit de voir ses choix en ce qui concerne ses ministres et collaborateurs (au sein de l’establishment) et ses décisions, notamment en politique étrangère. En Syrie et Russie, par exemple.

En France, l’atlantisme et le sionisme sont désormais les deux mamelles des néocons. Cette adhésion a commencé avec Chirac, puis s’est finalisée avec Sarkozy qui parlait de « retour au bercail » pour justifier la réintégration pleine et entière de nos forces au sein du commandement intégré de l’Otan. Pour ce qui est de Hollande, je ne vous apprends rien en vous disant que les socialistes ont un ADN européiste, sioniste et colonialiste qui remonte au minimum à Guy Mollet (sous la IVe République). Ce n’est nullement une légende. Durant son deuxième mandat, Mitterrand aura cette déclaration de fossoyeur : « La France est notre patrie, l’Europe est notre avenir. » Petit à petit, cette idée a gagné du terrain au Quai d’Orsay et dans « l’État profond », y compris à l’Université, sensible aux sirènes de l’Amérique, de l’Europe, de l’Otan, de la globalisation et de ses succursales diverses.

On a bien vu dans la campagne présidentielle française que l’Europe était relayée à un rang subalterne. Un grand nombre de candidats ont rivalisé dans leurs discours prosouverainistes. Cet idéal vend-il encore ?
L’Europe n’est pas une idée populaire, contrairement à ce qu’affirment les illusionnistes du « rêve européen ». Les candidats ont souvent promis de « renégocier » les traités européens, ce qui est un leurre à usage électoral. À toutes les élections, on nous a fait la même promesse. De mon point de vue, l’Europe est la prison de la France. Ce n’est pas nous qui décidons. Allons même plus loin : nous nous indignons que les décisions nous concernant soient prises à Bruxelles, alors qu’en réalité c’est en Amérique que tout se décide. Nos élites du mainstream se satisfont de ce statut de « territoire » à la Massachusetts, auquel la France a été réduite. Mais alors, à quoi bon payer et entretenir cette administration bruxelloise tentaculaire et si onéreuse qui prend ses ordres à Washington ?

La réédition de votre livre connaît un vif succès. Pourtant, vos détracteurs ne vous épargnent pas dans la véhémence de leurs attaques…
Je reprends à mon compte ce proverbe chinois : « Quand le sage montre la Lune, l’imbécile montre le doigt. » J’écris en fonction de mes convictions. La thèse que je développe est bien documentée et rend compte des réalités, de l’enchaînement d’événements qui autrement resteraient incompréhensibles. Elle me semble beaucoup mieux acceptée et comprise en cet an VII de la « tempête sur le Grand Moyen-Orient » qu’il y a deux ans. En effet, rien dans les évolutions constatées n’est venu démentir ce qui était inscrit dans la première édition, au niveau du Moyen-Orient, du Grand Moyen-Orient de George W. Bush, au sein de l’islam et en ce qui concerne l’ordre du monde dont la mutation se dessine sous nos yeux. Autant de sujets qui font l’objet de mon ouvrage.

 

(1) Tempête sur le Grand Moyen-Orient, Michel Raimbaud, 2e édition enrichie et remise à jour, Éd. Ellipses, 716 p., 28 euros.

 

Le Royaume-Uni prêt à employer l’arme nucléaire en frappe préemptive, selon la Défense britannique

Source RT en français

24 mai 2017

https://francais.rt.com/international/37553-royaume-uni-pret-employer-arme-nucleaire-preemptive-selon-defense-britannique

 

Note liminaire du responsable du blog

La paix mondiale menacée

 

L’équilibre de la terreur a régné pendant la plus grande partie de la Guerre froide entre l’OTAN et le Pacte de Varsovie, en tout cas de 1962 à 1989. Il a été théorisé par les stratèges américains et baptisé MAD (Mutual Assured Destruction) par John von Neumann, mathématicien et physicien américano-hongrois qui aimait inventer des acronymes polysémiques. En effet, en anglais “mad” veut dire “fou”.

Dès l’origine, certains stratèges du Pentagone ont entrepris d’interminables simulations sur ordinateurs pour, sinon dépasser, du moins contourner cet équilibre de la terreur et pour conjurer le MAD qu’ils tenaient pour une malédiction. Après l’effondrement de l’URSS, ou plus précisément, depuis le  début des années 2000, les stratèges américains considèrent désormais le MAD comme dépassé car ils estiment qu’une attaque nucléaire préemptive (donc préventive) des sites nucléaires ennemis permettrait de “neutraliser” ce dernier. Cette perspective est au centre des prétentions hégémoniques mondiales chères aux néo-conservateurs américains tant démocrates que républicains. L’article ci-dessous montre que la démangeaison nucléaire n’affecte pas que les stratèges et les néo-cons américains.

               Ivo Rens

 

 

D’après Michael Fallon, le feu nucléaire pourrait être employé sans attendre que le Royaume-Uni ne soit attaqué. Le ministre de la Défense a tenu ces propos au moment où les travaillistes discutaient du maintien de la dissuasion nucléaire.

 

Le Royaume-Uni est prêt à effectuer une frappe nucléaire préemptive, a rapporté le 24 avril le journal The Independent, citant le ministre britannique de la Défense, Michael Fallon.

«Nous avons clairement exprimé qu’il n’était pas envisageable d’écarter l’utilisation des armes nucléaires en tant que frappe initiale dans les cas de figure les plus extrêmes», a également expliqué le ministre de la Défense à la BBC. Il a néanmoins refusé d’expliciter ce qu’il entendait par situations «extrêmes».

Le porte-parole du Premier ministre britannique a, par la suite, souligné, qu’il n’y avait «pas lieu d’être en désaccord avec ce que le ministre de la Défense avait déclaré». Une opération préemptive consiste en une action immédiate sur la base de preuves indiquant qu’un ennemi est sur le point de vous frapper.

Les propos de Michael Fallon ont été tenus alors qu’au même moment le  Parti travailliste britannique, l’opposition au sein de la Chambre de communes, se divisait sur l’avenir du système britannique de dissuasion nucléaire. Son leader, Jeremy Corbin, a par exemple déclaré le 23 avril qu’il n’autoriserait jamais l’utilisation des armes nucléaires, raison pour laquelle il ne souhaite pas inclure le renouvellement du système de dissuasion Trident dans le programme électoral du parti.

 

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La prise de position de Jeremy Corbynn a immédiatement suscité une levée de boucliers de la part de certains responsables travaillistes, à quelques semaines des élections législatives anticipées.

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