Lettre ouverte au pape Léon XIV

Organiser une rencontre au sommet des dirigeants mondiaux afin d’aborder les questions de paix et de désarmement nucléaire

Voici la lettre ouverte au pape Léon XIV lancée le 19 août 2026 par Jack Gilroy et d’autres responsables de Pax Christi de l’État de New York en coordination avec la Coalition internationale pour la Paix .
 
Alors que les tensions mondiales atteignent un niveau inédit depuis la Seconde Guerre mondiale, des voix influentes, comme celles de Tulsi Gabbard et Sergueï Narychkine, alertent sur un risque imminent de guerre nucléaire. Face à l’escalade des conflits en Ukraine, à Gaza, entre les États-Unis et la Chine, et désormais avec l’Iran, des intellectuels et citoyens du monde entier conjurent le Pape Léon XIV de convoquer un sommet international d’urgence. Objectif : écarter la menace d’un holocauste nucléaire et réorienter les ressources vers la paix et le développement. Un appel urgent pour que la diplomatie triomphe avant qu’il ne soit trop tard.
[N.B. Les sous-titres et les notes de bas de page sont de nous. NDÉ.]

Votre sainteté Léon XIV, vous qui avez déployé les plus grands efforts pour parler au nom de l’humanité entière, et non en faveur de nations, de religions ou de groupes particuliers, nous vous lançons un appel à convoquer d’urgence un sommet international pour éloigner le monde de son actuelle trajectoire vers la guerre et une potentielle catastrophe nucléaire, et pour résoudre pacifiquement les plus grandes crises auxquelles l’humanité est confrontée aujourd’hui. Cette initiative serait conforme aux appels constants à la paix et à la justice que vous avez lancés depuis votre accession au trône pontifical, qui ont inspiré et donné espoir à des millions, voire des milliards de personnes à travers le monde.

Alarmes au sein du monde du renseignement

Le 10 juin 2025, la directrice du renseignement national américain, Tulsi Gabbard, a diffusé, depuis Hiroshima, une vidéo brève mais glaçante, dans laquelle elle avertissait que nous étions

« plus proches que jamais du précipice de l’anéantissement nucléaire » et que « les bellicistes de l’élite politique attisaient sans scrupules la peur et les tensions entre les puissances nucléaires ». « Il nous appartient, à nous, le peuple, concluait-elle, de nous faire entendre et d’exiger la fin de cette folie. Nous devons rejeter cette voie vers la guerre nucléaire et œuvrer pour un monde où personne n’aura à vivre dans la crainte d’un holocauste nucléaire. »

Le 20 octobre 2025, Sergueï Narychkine, directeur du SVR, le service de renseignement extérieur russe, a averti :

« Le monde traverse actuellement la période la plus fragile pour la sécurité internationale depuis la Seconde Guerre mondiale. (…) Notre tâche commune, et peut-être la principale, est de veiller à ce que l’adaptation à cette nouvelle réalité se fasse sans guerre majeure, comme cela s’est produit lors de précédentes périodes historiques. »

Une escalade sur plusieurs fronts

Plusieurs mois se sont écoulés depuis que les deux chefs du renseignement ont tiré la sonnette d’alarme et nous nous sommes considérablement rapprochés de l’anéantissement nucléaire.

Lorsque Gabbard et Narychkine ont lancé ces avertissements, la guerre faisait rage en Ukraine, Israël perpétrait un génocide à Gaza et les tensions étaient vives entre la Chine et les États-Unis au sujet de Taïwan et de la mer de Chine méridionale. Depuis, la guerre israélo-américaine contre l’Iran est venue s’ajouter à ce contexte, de sorte que la menace d’une troisième guerre mondiale a crû de façon exponentielle.

Des dirigeants qui planifient l’impensable 

Des signes persistent quant à la planification d’une telle éventualité par les dirigeants, alors même que nous savons depuis plus de quarante ans qu’une guerre nucléaire, même limitée, a fortiori une guerre de grande ampleur, pourrait engendrer des dégâts inimaginables à l’échelle mondiale, notamment un hiver nucléaire qui menacerait d’anéantir toute vie sur Terre.

Le 20 août 2024, le New York Times publiait en première page un article alertant sur le fait que les États-Unis se préparaient à mener une guerre nucléaire simultanée sur trois fronts contre la Russie, la Chine et la Corée du Nord1. Le même jour, le Bulletin of the Atomic Scientists rendait compte de l’émergence d’un courant de pensée parmi les stratèges nucléaires, selon lequel une guerre nucléaire pourrait être menée et gagnée, remettant en cause des décennies de consensus sur le fait qu’une telle guerre ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée2. L’année précédente, l’amiral américain Thomas Buchanan avait déclaré que les États-Unis se préparaient à mener et gagner une guerre nucléaire, tout en conservant un arsenal nucléaire suffisant pour maintenir leur hégémonie mondiale. Plus récemment, Elbridge Colby, chef du département politique du Pentagone, a évoqué la nécessité pour les États-Unis d’utiliser des armes nucléaires tactiques, en plus du déploiement de troupes sud-coréennes et japonaises en cas de combats entre les États-Unis et la Chine au sujet du détroit de Taïwan.

Les concepteurs de l’Horloge de l’Apocalypse du Bulletin des scientifiques atomistes ne sont pas les seuls à penser que le monde se rapproche inexorablement d’une annihilation nucléaire. Outre les menaces émanant des États-Unis, plusieurs dirigeants russes influents ont appelé Vladimir Poutine à recourir à l’arme nucléaire pour vaincre l’Ukraine.

L’urgence d’un sommet international

Nous, soussignés du monde entier, estimons qu’il est temps de convoquer d’urgence un sommet international afin d’aborder les conflits majeurs dans le monde et la nécessité d’éviter le précipice nucléaire. La Russie est embourbée en Ukraine depuis près de cinq ans. Bien qu’elle continue à faire des progrès, certes modestes et au prix de lourds sacrifices, le conflit est au point mort et les deux camps s’infligent d’importants dégâts sur leurs infrastructures énergétiques et maritimes par leurs frappes de drones et de missiles, provoquant des pénuries mondiales d’énergie et de produits alimentaires et engendrant des souffrances tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de leurs pays respectifs. Si l’Ukraine, soutenue par l’OTAN, continue à franchir les lignes rouges de la Russie, Poutine sera-t-il disposé et capable de contrer les faucons russes ? Les États-Unis, quant à eux, n’ont pas trouvé d’issue diplomatique à leur guerre contre l’Iran, qui ne se montre aucunement disposée à leur permettre de mettre fin à la crise qu’ils ont provoquée, avec Israël, en l’attaquant. Alors que la Chine souligne que le maintien de Taïwan constitue son ultime ligne rouge, tous les acteurs de la région bénéficieraient d’une désescalade des tensions et d’une réorientation des ressources vers le développement, à l’instar de l’initiative chinoise des Nouvelles Routes de la Soie, plutôt que vers la guerre.

Ce dernier point devrait s’appliquer universellement. Il est consternant de voir tant de nations détourner vers leurs forces armées les ressources pour l’alimentation, le logement, l’éducation et les soins de santé. Cela s’est particulièrement vérifié en Amérique du Nord, en Europe et en Asie, où les discours sur la résolution pacifique des conflits ont cédé la place à ceux sur les préparatifs de guerre.

Les précédents historiques : Paul VI et Jean XXIII

Comme vous l’avez si justement et si fortement affirmé il y a quelques mois : 

« J’ai répété à maintes reprises l’appel fervent lancé par saint Paul VI à l’Assemblée générale des Nations unies. Ce qui m’unit à mon vénérable prédécesseur, c’est un pacte scellé par un serment qui doit changer le cours de l’histoire : plus jamais la guerre, plus jamais la guerre ! C’est la paix, la paix, qui doit guider le destin des nations de l’humanité ! Plus que jamais à l’ère atomique, l’affirmation de cette vérité doit triompher : ce ne sont pas les armes atomiques qui engendrent la paix, mais le désarmement. Cette vérité, qui paraissait si évidente ces dernières décennies, lorsque nous avons assisté à une désescalade nucléaire, a été obscurcie par une course aux armements qui aujourd’hui effraie et terrifie. »

Dans ce discours exceptionnel prononcé en octobre 1965, le pape Paul VI, le premier pape à s’adresser aux Nations unies, cita le président Kennedy :

« L’humanité doit mettre fin à la guerre, sinon la guerre mettra fin à l’humanité. » Il reprit le livre d’Isaïe : « Ils fondront leurs épées en socs de charrue et leurs lances en serpes. » Dans son encyclique Populorum Progressio de 1967, Paul VIsouligna : « Le développement est le nouveau nom de la paix. »

D’autres papes ont également pris des initiatives audacieuses pour sauver l’humanité en temps de crise. En octobre 1962, le pape Jean XXIII avait lancé un appel à résoudre pacifiquement la crise des missiles de Cuba et il aida le président Kennedy et le Premier ministre Khrouchtchev à trouver un moyen de sauver la face en trouvant une solution à la crise par voie diplomatique plutôt que militaire, à un moment où la guerre semblait imminente.

Un effort similaire pourrait aboutir aujourd’hui, alors que les deux principaux conflits mondiaux semblent s’enliser inexorablement.

La course aux armements aujourd’hui 

Il en va de même pour la course aux armements nucléaires : les neuf puissances nucléaires modernisent non seulement leurs arsenaux, mais les augmentent après des décennies de réductions certes judicieuses, mais beaucoup trop lentes. Et pour la première fois depuis des décennies, les deux principaux antagonistes nucléaires ne sont liés par aucun traité de contrôle des armes nucléaires. D’autres pays, dont le Japon, la Corée du Sud, la Pologne, l’Arabie saoudite, l’Ukraine et d’autres territoires comme Taiwan, ont commencé à envisager d’acquérir l’arme nucléaire, ce qui ne ferait que transformer le monde en une poudrière nucléaire encore plus vaste.

Un appel du pape à la tenue d’un sommet d’urgence pour mettre fin aux guerres actuelles et enrayer la dépendance croissante aux armes nucléaires et aux conflits armés, pourrait offrir aux dirigeants mondiaux l’opportunité de choisir une nouvelle voie et de nous éloigner de la trajectoire actuelle vers une guerre nucléaire destructrice pour la planète. Nous vous exhortons, Pape Léon, à user de votre autorité morale unique pour convoquer une telle réunion des dirigeants du monde, incluant les chefs d’État des trois principales puissances nucléaires, afin qu’ils se réunissent et répondent aux appels de l’humanité pour orienter notre monde dans une direction fondamentalement différente avant qu’il ne soit trop tard.

  1. Premiers signataires :
    (mise à jour du 4 septembre 2026)

  • Peter Kuznick, professeur d’histoire et directeur de l’Institut d’études nucléaires de l’Université américaine ;
  • Jack Gilroy, Pax Christi, Vétérans pour la paix, Interdiction des drones tueurs, Coalition internationale pour la paix de l’Institut Schiller ;
  • Ivana Nikolić Hughes, présidente de la Nuclear Age Peace Foundation et maître de conférences en chimie à l’université Columbia ;
  • Richard Falk, professeur émérite de droit international Albert Milbank à l’université de Princeton et vice-président principal de la Nuclear Age Peace Foundation ;
  • Naledi Pandor, ancienne ministre des Relations internationales et de la Coopération, Afrique du Sud (2019-2024) ;
  • Son Excellence Donald Ramotar, ancien président du Guyana (2011-2015) ;
  • Yukio Hatoyama, ancien Premier ministre du Japon, 2009-2010 ;
  • Kay-Achim Heino Schönbach, ancien vice-amiral et inspecteur de la Marine allemande ;
  • Ali Rastbeen, président de l’Académie de géopolitique de Paris, France ;
  • Ernesto Sócrates Pazmiño Granizzo, ancien ministre de la Justice et des Droits de l’Homme de l’Équateur ; ancien vice-président du Centre d’études sur la justice des Amériques, Équateur :
  • Alain Corvez, colonel (CR), consultant en relations internationales, ancien conseiller du commandant de la FINUL au Liban, Paris, France ;
  • Chandra Muzaffar, réformateur et militant islamique, président du Mouvement international pour un monde juste (JUST) ; coordinateur de SHAPE (Sauver l’humanité et la planète Terre) ;
  • Jacques Cheminade, président de Solidarité & Progrès, Paris, France ;
  • L’honorable Douglas Roche, OC, Canada ;
  • Kathy Kelly, enseignante de la paix Pax Christi 1998 ; présidente du conseil d’administration, World Beyond War ;
  • David Swanson, directeur exécutif de World Beyond War ; auteur de La guerre est toujours un mensonge ;
  • Marjorie Cohn, professeure émérite à la faculté de droit Thomas Jefferson ; doyenne de l’Académie populaire de droit international ;
  • Bandy X. Lee, présidente de la Coalition mondiale pour la santé mentale ; cofondatrice de Preventing Violence Now ;
  • Dr James C. Cobey, fondateur de Health Volunteers Overseas ; membre du comité directeur de Voices from the Holy Land ; membre de la Campagne internationale pour l’interdiction des mines antipersonnel (ICBL), qui a reçu le prix Nobel de la paix en 1997 ;
  • Dr Mohammad A. Toor, président du conseil d’administration du Congrès pakistano-américain ; président de l’Association des médecins pakistanais américains pour la justice et la démocratie ; président de l’Alliance musulmane américaine ;
  • Glenn Diesen, professeur à l’Université du Sud-Est de la Norvège ;
  • Ann Wright, colonel de l’armée américaine (à la retraite) et ancienne diplomate américaine, a démissionné en mars 2003 en signe d’opposition à la guerre américaine en Irak. Membre de Veterans for Peace, World Beyond War, CODEPINK et Hawaii Peace and Justice ;
  • Susan Schnall, présidente de Veterans for Peace ;
  • Norman Solomon, auteur et directeur national de Roots Action ;
  • L’honorable Melissa Parke, directrice exécutive de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (lauréate du prix Nobel de la paix 2017) ;
  • Margaret Power et Van Gosse, coprésidentes, Historiens pour la paix et la démocratie ;
  • Ray McGovern, lançeur d’alerte, cofondateur, Veteran Intelligence Professionals for Sanity ;
  • Martin Sheen, acteur lauréat d’un Golden Globe et d’un Emmy Award ; Pax Christi Teacher of Peace (1999) ;
  • Setsuko Thurlow, survivante de la bombe atomique d’Hiroshima, lauréate du prix Nobel de la paix, récipiendaire de l’Ordre du Canada ;
  • Frida Stranne, professeure au Centre John Morton d’études nord-américaines de l’Université de Turku, en Finlande ;
  • Gerry Condon, co-coordonnateur du groupe de travail sur l’abolition nucléaire de Veterans for Peace ; membre du conseil d’administration de Veterans for Peace ; président du comité Golden Rule ;
  • Lawrence B. Wilkerson, colonel de l’armée américaine (à la retraite), ancien chef de cabinet du secrétaire d’État américain Colin Powell ;
  • Théodore Postol, professeur émérite de science, de technologie et de politique de sécurité nationale, Massachusetts Institute of Technology ;
  • Christina Spannar et Jan Oberg, fondateurs de la Fondation transnationale pour la paix et la recherche sur l’avenir (TFF), Lund, Suède ;
  • L’ambassadeur Akbar Ahmed, professeur émérite à l’Université américaine ;
  • Martin Sieff, ancien chef du service politique de United Press International, trois fois nominé au prix Pulitzer ;
  • Hall Gardner, professeur émérite au département d’histoire et de sciences politiques de l’Université américaine de Paris ;
  • Tadatoshi Akiba, maire d’Hiroshima (1999-2011) ; ancien président de l’association des maires pour la paix ;
  • Oliver Stone, réalisateur de cinéma américain oscarisé et auteur à succès ;
  • Alice Slater, membre du conseil d’administration de World Beyond War ;
  • Helga Zepp-LaRouche, fondatrice de l’Institut Schiller et initiatrice de la Coalition internationale pour la paix ;
  • Norma Field, professeure émérite distinguée Robert S. Ingersoll, Université de Chicago ;
  • Dr Herbert Reginbogin, professeur de relations internationales et de droit international, Institut de recherche politique, Université catholique d’Amérique ;
  • Steven Leeper, président du Village de la Culture de la Paix d’Hiroshima ; membre du conseil d’administration de Médecins pour la Responsabilité Sociale ; ancien président et directeur de la Fondation pour la Culture de la Paix d’Hiroshima (2007-2013) ;
  • Hideki Yoshikawa, directeur du projet de justice environnementale d’Okinawa ; membre du conseil consultatif de World Beyond War ;
  • Steve Rabson, professeur émérite à l’université Brown ; ancien combattant de l’armée américaine, Agence de soutien atomique de la défense ;
  • Elisabeth Martens, biologiste belge, spécialisée en médecine traditionnelle chinoise et auteur d’ouvrages sur la Chine et notamment le Tibet et le bouddhisme tibétain, Belgique ;
  • Ernesto Sócrates Pazmiño Granizzo, ancien ministre de la Justice et des Droits de l’Homme de l’Équateur ; ancien vice-président du Centre d’études sur la justice des Amériques, Équateur ;
  • Gian Guido Folloni, ancien sénateur italien ; ancien ministre italien chargé des relations avec le Parlement ; ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire italien Il Sabato et du quotidien italien Avvenire ; vice-président de l’Institut italien pour l’Asie et président de l’Association d’amitié et de coopération Italie-Libye (Italie).
  • Andrea Bartoli, président de la Fondation Sant’Egidio pour la paix et le dialogue ; directeur fondateur du Centre pour la résolution des conflits internationaux ; chercheur principal au Consortium avancé sur la coopération, les conflits et la complexité de l’Université Columbia ; ancien doyen de l’École de diplomatie et de relations internationales de l’Université Seton Hall ; ancien doyen de l’École Carter pour la paix et la résolution des conflits de l’Université George Mason.
  • Corazon Valdez Fabros, coprésidente du Bureau international de la paix (prix Nobel de la paix 1910) ;
  • Anastasia Battle, co-initiatrice de la Coalition internationale pour la paix, Institut Schiller ;
  • April Brown, cofondatrice de la Marshallese Educational Initiative et professeure d’histoire au NWACC ;
  • Mary Dickson, auteure et survivante des essais d’armes nucléaires ;
  • Steven Starr, associé, Fondation pour la paix à l’ère nucléaire ;
  • Liliana Gorini, présidente de Movisol, Italie ;
  • Anthony Donovan, Vétérans pour la paix, Pax Christi International, Catholic Worker, Ligue des objecteurs de conscience ;
  • Marylia Kelley, conseillère principale, Tri-Valley Communities Against a Radioactive Environment, Livermore, Californie ;
  • Jean Stevens, Coalition des ogives aux éoliennes ;
  • Dr Aruna Kammila, professeure et directrice de l’École d’études juridiques de l’Université REVA, à Bangalore, dans l’État du Karnataka, en Inde ;
  • Alan Robock, professeur émérite à l’université Rutgers et chercheur spécialisé dans l’hiver nucléaire ;
  • Aaron Good, politologue, animateur du podcast American Exception, auteur de American Exception : Empire et État profond ;
  • Elliot Greenspan, Institut Schiller, Coalition internationale pour la paix (États-Unis) ;
  • Roberto Vela Pinedo, Président de la Red de Integracion Amazonica ;
  • Général Edwin de la Fuente Jeria, ancien commandant en chef des forces armées de l’État plurinational de Bolivie ;
  • Maurizio Abbate, Président de l’Institution nationale pour les activités culturelles de l’État italien (ENAM) ;Rosemarie Pace, Pax Christi État de New York ;
  • Martha Hennessy, militante catholique, Kings Bay Plowshares 7, petite-fille de Dorothy Day ;
  • Robert Ellsberg, éditeur, Orbis Books ;
  • Marie Dennis, ancienne coprésidente de Pax Christi International ;
  • Farhang Jahanpour, professeur émérite de l’Université d’Ispahan, professeur invité à Harvard, chargé de cours à Cambridge et chargé de cours à temps partiel à l’Université d’Oxford ;
  • Owen Brian Toon, professeur émérite à l’Université du Colorado à Boulder, chercheur spécialiste de l’hiver nucléaire ;
  • Lode Vanoost, journaliste De Wereld Morgen, Belgique ;
  • Céleste Saenz, Mexique, présidente du Club des journalistes ;
  • Henry Baldelomar, Bolivie, ancien ambassadeur à Washington, D.C. ;
  • Mempo Giardinelli, Argentine, lauréat du prix littéraire Romulo Gallegos du Venezuela et du prix national de littérature du Mexique ;
  • Pedro Paez, Équateur, ancien vice-ministre de l’Économie du gouvernement Correa ;
  • Luc Reychler, Professeur émérite de relations internationales, Université catholique de Louvain (UCL), Belgique.
  • Fernando Garzon, Équateur, candidat au poste de vice-ministre de l’Intérieur dans le gouvernement Correa, consultant auprès de l’ONU, ancien président, Comité équatorien de solidarité avec le peuple palestinien ;
  • Jane Swanson, présidente de l’association Mères pour la paix de San Luis Obispo ;
  • Bruce K. Gagnon, Réseau mondial contre les armes et l’énergie nucléaire dans l’espace ;
  • Tse Anye Kevin, président par intérim, State 55 Afrika, responsable politique panafricain Global African Congress ;
  • Mossi Raz, ancien membre de la Knesset israélienne ; ancien directeur général de La Paix Maintenant, Israël ;Maoz Inon, militant israélien pour la paix ; codirecteur général d’InterAct ; coauteur de L’avenir est la paix ;
  • Muhammad Salim Akhtar, directeur national de l’American Muslim Task Force on Civil Rights and Elections (AMT) ;
  • Odile Mojon, Institut Schiller, France ;
  • Ken Butigan, membre du comité exécutif de l’Initiative catholique pour la non-violence de Pax Christi International ; maître de conférences en études sur la paix, la justice et les conflits au département d’études catholiques de l’université DePaul ;
  • Joan Carrero, présidente de la Fondation S’Oliver (Espagne) ;
  • Beatriz Biccio, professeur, Université fédérale de Rio de Janeiro, historienne et journaliste (Brésil) ;
  • Professeur (Dr) Anoop Swarup, Président du Centre pour la non-violence mondiale ;
  • Ellen E. Barfield, Vétérans pour la paix, Ligue des objecteurs de conscience, Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté ;
  • Rick Staggenborg, MD, président de la section Linus Pauling de Veterans For Peace ;
  • John Steinbach, Comité pour la paix d’Hiroshima et de Nagasaki de la région de la capitale nationale ;
  • Richard E. Rubenstein, professeur émérite à l’Université George Mason, Carter School for Peace and Conflict Resolution ;
  • Joseph Carson, président de l’Association des ingénieurs chrétiens ;
  • Ulf Sandmark, président de l’Institut Schiller en Suède ;
  • Mike Ferner, ancien président national de Veterans For Peace ;
  • Klaus Fimmen, vice-président du Buergerrechtsbewegung Solidaritaet (Solidarité du Mouvement pour les droits civiques, Allemagne) ;
  • Christine Bierre, rédactrice-en-chef du mensuel Nouvelle Solidarité, France ;
  • Art Laffin, Catholic Worker, enseignant de paix Pax Christi 2016, auteur de The Risk of the Cross : Living Gospel Nonviolence in the Nuclear Age, co-éditeur de Swords into Plowshares
  • Tony Jenkins, directeur général de l’Institut international pour l’éducation à la paix et coordinateur de la Campagne mondiale pour l’éducation à la paix ;
  • Hnon. Darwin Francisco Orozco Orozco, frère mineur capucin, maître des novices de la Conférence des Capucins d’Amérique hispanique (CCH) ; membre de la Commission de la Famille Franciscaine pour la Justice, la Paix et l’Intégrité de la Création (JPIC), Santa Cruz, Bolivie ;
  • Kamel Louadj, journaliste-correspondent à Sputnik-Afrique, Moscou ;
  • Ramón Emilio Concepción, avocat ; Pré-candidat à la Présidentielle, parti PRM (2020), République Dominicaine ;
  • Alcibíades Abreu, professeur à la Faculté de mathématiques de l’UNIBE et de l’Université catholique de Saint-Domingue, République dominicaine ;
  • Karel Vereycken, peintre-graveur, France ;
  • Rafael Reyes Jerez, journaliste ; producteur des programmes « Cara a Cara » et « Economía y Política », République Dominicaine ;
  • Enrique Antonio Sánchez Liranzo, avocat, auteur, poète – chroniqueur au journal Primicias, République dominicaine ;
  • Dantès Ortiz Núñez, historien, professeur d’histoire, Université autonome de Saint-Domingue, République dominicaine ;
  • Max De Brouwer, Président de la Chambre belge des traducteurs et interprètes, Belgique ;
  • Julie Péréa, ancienne conseillère municipale déléguée à l’égalité femmes hommes, lutte contre les discriminations et lutte contre les violences intrafamiliales, Poussan (34) ;
  • Révérend John Dear, directeur exécutif du Centre des Béatitudes pour le Jésus non-violent ;
  • John Kiriakou, ancien officier de lutte contre le terrorisme à la CIA ; ancien enquêteur principal auprès de la commission des affaires étrangères du Sénat américain ;
  • Karen Ball, membre du conseil d’administration, Pax Christi Texas, section de San Antonio ;
  • T. Herbert Dimmock, fondateur et directeur de « Bach à Baltimore » ;
  • Ilse Ritter (Allemagne), Actrice de l’année (1985 et 1994), récipiendaire de la Croix fédérale du mérite pour services rendus à la culture ;
  • Earl M Bousquet, journaliste caribéen, Castries, Sainte-Lucie ;
  • Père Claude Mostowik, président de Pax Christi Australie ;
  • Judith Ehrlich, réalisatrice, « Une réalité ordinaire – Daniel Ellsberg sur la menace de guerre nucléaire » ;
  • Alfred de Zayas, professeur à l’École de diplomatie de Genève ;
  • Michele Di Paolantonio, AIMPGN, membre italien de l’IPPNW, Organisation lauréate du prix Nobel de la paix 1985 ;
  • Melvin Hardy, École Carter pour la paix et la résolution des conflits, Université George Mason ; Personnel de la communauté interconfessionnelle de Washington ;
  • Roger Waters, musicien, membre fondateur et chanteur principal de Pink Floyd ;
  • Ben Wesley, candidat du Parti indépendant au Congrès américain (CT–4e circonscription) ;
  • Leo Spaepen, chercheur, auteur du livre « De Bruegel Code », Belgique ;

AUTRES SIGNATAIRES : 

Liste complète sur le site de l’Institut Schiller international.

JE SOUTIENS L’APPEL

Key Takeaways

  • La lettre ouverte au pape Léon XIV appelle à la convocation d’un sommet international d’urgence pour désamorcer les conflits actuels et la menace nucléaire.
  • Les chefs du renseignement américain et russe, Tulsi Gabbard et Sergueï Narychkine, ont averti d’un risque accru de guerre nucléaire.
  • L’initiative s’inspire du rôle joué par les papes Paul VI et Jean XXIII lors de crises internationales passées, dont la crise des missiles de Cuba.
  • Plus de 90 signataires — intellectuels, anciens dirigeants et responsables d’ONG — appuient l’appel, aux côtés de Pax Christi et de la Coalition internationale pour la paix.
  • L’appel vise aussi à réorienter les ressources militaires vers le développement plutôt que vers la course aux armements.

Autres articles

  1. David E. Sanger, “Biden Approved Secret Nuclear Strategy Refocusing on Chinese Threat“, The New York Times, 20 août 2024. [NDÉ] ↩︎
  2. Jack O’Doherty, “Is America buying nuclear weapons to win a war or to prevent one?”, Bulletin of the Atomic Scientists, 20 août 2024. [NDÉ] ↩︎

«Avec la Russie, Monsieur le Chancelier, l’heure est à la diplomatie !»

Jeffrey Sachs

Jeffrey Sachs est un universitaire et économiste américain, né le 5 novembre 1954 à Oak Park dans le Michigan. Il dirige et enseigne à l’Institut de la Terre de l’université Columbia. Il est consultant spécial auprès du secrétaire général des Nations unies António Guterres.

Lettre ouverte de Jeffrey Sachs au Chancelier Friedrich Merz

26 mai 2026 Monsieur le Chancelier fédéral, 

Il y a six mois, dans une lettre ouverte que je vous avais adressée, j’avais appelé l’Allemagne à privilégier la voie diplomatique avec la Russie plutôt que de banaliser la guerre. Six mois plus tard, la situation s’est considérablement détériorée en Europe, qui glisse vers une guerre ouverte avec la Russie. Votre responsabilité, Monsieur le Chancelier, est donc particulièrement importante. Aucun autre chef d’Etat ou de gouvernement européen – ni à Paris, ni à Varsovie, ni à Rome – n’a autant de poids que l’Allemagne, sans compter le pouvoir dont vous disposez personnellement pour empêcher cette catastrophe. Allez-vous enfin vous mobiliser en faveur de la paix?

    En janvier 2026, vous avez vous-même appelé, aux côtés de votre homologue italienne Giorgia Meloni et d’Emmanuel Macron, le Président français, à la reprise de relations entre l’Europe et la Russie, qualifiant cette dernière de «pays européen», sans donner cependant de suite à cette initiative diplomatique. Alors que l’avenir de l’Europe est en jeu, il s’agit là d’un abandon sans précédent de votre rôle de leader.

    Avez-vous, pendant votre mandat de chancelier fédéral, tenté d’avoir ne serait-ce qu’un seul dialogue de fond avec le Président Poutine? Votre ministre des Affaires étrangères a-t-il jamais tenté un véritable échange avec Lavrov, Ministre des Affaires étrangères russe? De véritables pourparlers, comme ceux qui ont mis fin à la Guerre froide? D’après les archives publiques, la réponse est non. Pas une seule fois. Et ce n’est pas faute d’avoir méconnu l’urgence de la situation.

    Ces derniers jours ont été témoins d’une dangereuse escalade qui devrait alarmer tous les Européens. Les deux capitales sont désormais la cible de tirs incessants: des drones ukrainiens à longue portée ont frappé en plein cœur de Moscou, touchant notamment des cibles civiles. En retour, les frappes de missiles et de drones russes contre Kiev ont redoublé d’intensité. Des drones ukrainiens ont pénétré dans l’espace aérien des Etats baltes, faisant planer la menace immédiate d’un incident susceptible d’entraîner l’Europe directement dans la guerre. Une violente frappe ukrainienne visant une école professionnelle à Louhansk a porté un coup de grâce aux derniers vestiges de retenue. Le 25 mai, sur instruction du Président Poutine, Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères, a officiellement informé son homologue américain que les forces armées russes mèneraient désormais des frappes systématiques et soutenues contre des installations et des centres de décision à Kiev. Le ministère russe des Affaires étrangères a conseillé aux Etats-Unis et aux autres pays «d’assurer l’évacuation de leur personnel diplomatique et de leurs ressortissants de la capitale ukrainienne». Ce dernier message pourrait être le prélude à une escalade majeure. Il est donc plus urgent que jamais de recourir à la diplomatie.

    Pour défendre l’Ukraine, il faudrait mettre un terme au carnage et instaurer la paix à des conditions acceptables pour toutes les parties. Sinon, c’est l’aggravation du conflit qui nous menace, avec encore plus de morts, encore plus de destructions et le risque réel d’une guerre qui s’étendrait au-delà des frontières de l’Ukraine. En exigeant toujours plus d’armes, un potentiel militaire toujours plus important, en faisant bruyamment état de votre «détermination», et en laissant entendre qu’au lieu d’œuvrer à y mettre fin, l’Allemagne se préparait à la guerre, vous avez fait de Berlin un accélérateur plutôt qu’un frein à une guerre à l’échelle européenne.

La responsabilité de l’Allemagne en six manquements

L’Allemagne porte une responsabilité considérable dans la situation actuelle. Avant de pouvoir réorienter sa politique vers la paix, il faut entreprendre un véritable travail de mémoire sur le passé de l’Allemagne. Je présente ci-dessous six manquements graves de la politique étrangère allemande à l’égard de la Russie depuis la réunification allemande en 1990.

Premier point: le Traité 2+4 et l’élargissement de l’OTAN vers l’Est 

Le 12 septembre 1990, l’Allemagne a signé à Moscou le Traité sur le règlement définitif des questions en suspens concernant l’Allemagne – le «Traité 2+4» – qui a scellé la réunification allemande. Ce traité a vu le jour parce que Mikhaïl Gorbatchev avait reçu de Hans-Diet-rich Genscher, Helmut Kohl, James Baker et d’autres chefs d’Etat et de gouvernement occidentaux l’assurance solennelle qu’il n’y aurait pas d’extension de l’OTAN vers l’Est. Les documents entre-temps déclassifiés – et notamment les mémorandums désormais accessibles au public des National Security Archives de l’université George Washington – sont sans équivoque: ces garanties ont été données et devaient, comme cela avait été clairement formulé à l’époque, s’étendre au-delà du territoire de l’ancienne RDA pour couvrir l’ex-Europe de l’Est. Elles ont été réaffirmées en 1990 et 1991. Le «Traité 2+4» limitait le déploiement de troupes de l’OTAN dans l’ancienne RDA et rappelait les principes de l’Acte final d’Helsinki, qui souligne que la sécurité d’une nation ne peut se faire au détriment de celle d’une autre. Qui pourrait sérieusement croire que l’Union soviétique s’opposait à la présence de troupes occidentales sur le territoire de l’ex-RDA, mais qu’elle accepterait sans sourciller celle des armées de l’OTAN à Varsovie, Vilnius ou Kiev? Bien sûr que non. L’élargissement de l’OTAN a fait l’objet de discussions approfondies, l’Allemagne ayant donné aux dirigeants soviétiques des garanties expresses d’un non-élargissement vers l’Est – garanties qu’elle a ensuite enfreintes. L’Allemagne a cependant été la principale bénéficiaire de ces garanties qui constituaient la contrepartie majeure de sa réunification. Dès 1993, pourtant, les responsables politiques allemands ont commencé à rompre ces engagements.

Deuxième point: les propres déclarations de la Chancelière Merkel 

Dans ses mémoires, Angela Merkel écrit avec une franchise remarquable qu’en 2008, au Sommet de Bucarest, elle avait tout de suite compris qu’inviter l’Ukraine et la Géorgie à rejoindre l’OTAN équivaudrait à une déclaration de guerre à la Russie. Elle connaissait l’existence de la ligne rouge tracée par la Russie. Elle a pourtant cédé à la pression américaine et accepté les termes du compromis selon lesquels l’Ukraine et la Géorgie «pourraient devenir, à terme» membres de l’OTAN. Cette seule phrase a déclenché les catastrophes de 2014 et 2022. La franchise dont Merkel a fait preuve par la suite est une aubaine pour ses successeurs: elle leur a clairement indiqué ce qui était évident à l’époque. Aujourd’hui, l’Allemagne ne devrait donc pas faire comme si de rien n’était.

Troisième point: la trahison de l’accord du 21 février 2014

 Le 21 février 2014, à Kiev, le Ministre allemand des Affaires étrangères de l’époque, Frank-Walter Steinmeier, avait négocié, en collaboration avec ses homologues polonais et français, un accord entre le Président Ianoukovitch et l’opposition. Cet accord prévoyait un retour à la Constitution de 2004, la formation d’un gouvernement d’union nationale et la tenue d’élections présidentielles anticipées. Le Président Poutine avait été consulté, et l’accord avait été signé. Ce fut un véritable succès diplomatique, conclu dans un contexte de violentes tensions et de confrontations ouvertes. Toutefois, moins de 24 heures plus tard, Ianoukovitch fut renversé par un véritable coup d’Etat. L’Allemagne ne fit pas valoir l’accord qu’elle venait tout juste de ratifier, mais, suivant l’exemple des Etats-Unis, elle soutint le nouveau gouvernement comme s’il n’y avait jamais eu d’accord auparavant. A Moscou, ce revirement conforta l’idée qu’il ne fallait pas se fier aux promesses de l’Occident.

Quatrième point: Minsk II.

En février 2015, les Accords de Minsk II furent, dans le cadre du «Format Normandie», ratifiés par la Chancelière Merkel elle-même, qui avait en outre promis le soutien politique de l’Allemagne dans la déclaration de soutien, adoptée le 12 février 2015 à Minsk.

    Sept ans plus tard, Kiev n’avait toujours pas mis en œuvre le dispositif politique central, à savoir l’autonomie des régions du Donbass au sein d’une Ukraine souveraine. L’Allemagne n’exerça aucune pression sur Kiev pour que celle-ci applique la clause d’autonomie qu’elle avait elle-même exigée.

    Mme Merkel a par la suite admis que l’accord avait servi de moyen de pression pour permettre à l’Ukraine de se réarmer. Le Président Hollande s’est exprimé dans le même sens. La garantie n’était donc en réalité pas une garantie, mais une manœuvre – là encore, à la demande de Washington. Une fois de plus, le message adressé à Moscou était le suivant: impossible de se fier aux signatures occidentales.

Cinquième point: Nord Stream

Le 7 février 2022, le Président Biden déclarait, dans la Salle Est de la Maison Blanche et en présence de l’ancien Chancelier fédéral Olaf Scholz: «Si la Russie envahit l’Ukraine, il n’y aura plus de Nord Stream 2. Nous y mettrons un terme.» Quand on lui demanda de quelle façon il s’y prendrait, il répondit: «Je vous assure que nous y parviendrons.» Sept mois plus tard, les gazoducs étaient détruits suite à un acte de sabotage en mer Baltique. Les preuves disponibles – des enquêtes menées aux Etats-Unis et en Allemagne, les investigations du parquet fédéral allemand et les déclarations publiques d’anciens fonctionnaires – pointent très clairement vers une opération conjointe ukraino-américaine. Le gouvernement fédéral allemand le savait depuis longtemps, mais l’Allemagne a néanmoins laissé faire en rejetant la responsabilité des faits sur la Russie, en dépit des preuves irréfutables, tandis que cet acte de sabotage industriel contre l’économie allemande restait impuni et sans conséquences.

Sixième point: désistement de l’armistice qui était à portée de main

 Quelques semaines seulement après l’invasion russe de février 2022, des négociateurs russes et ukrainiens se seraient réunis à Istanbul pour négocier les termes d’un accord de paix: neutralité de l’Ukraine en dehors de l’OTAN, garanties de sécurité multilatérales, limitations négociées des effectifs militaires et résolution politique progressive des différends concernant le Donbass et la Crimée. L’accord était sur le point d’être signé. L’ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett, l’un des médiateurs, a publiquement confirmé que l’accord était imminent et que l’Occident, en particulier les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, étaient intervenus pour le bloquer. La mission du Premier ministre Boris Johnsonà Kiev en avril 2022, pour faire pression sur l’Ukraine afin d’empêcher la signature de l’accord, est un fait établi. Des centaines de milliers de vies ukrainiennes et russes, ainsi que l’ordre européen tout entier, ont payé le prix de cette intervention américano-britannique. L’Allemagne a gardé le silence à ce sujet – alors que c’est elle, plus que tout autre pays européen, qui a dû en supporter les conséquences économiques.

L’autodestruction économique de l’Allemagne

Pour l’Allemagne, la paix doit être la priorité absolue. Les dernières nouvelles en provenance de Moscou soulignent l’urgence de la situation. Mais parallèlement à cette première catastrophe, une seconde se profile: la destruction délibérée de l’économie allemande, dont Berlin est à la fois l’instigateur et la victime.

    L’économie industrielle allemande reposait sur le commerce avec la Russie. La destruction du gazoduc Nord Stream, puis la rupture des relations commerciales germano-russes qui s’en est suivie ont conduit l’Allemagne à acheter du gaz naturel aux Etats-Unis à des prix plusieurs fois supérieurs à ceux du gaz russe acheminé par gazoduc, qu’il est censé remplacer. C’est un suicide industriel. L’industrie chimique, l’industrie sidérurgique, l’industrie du verre et les entreprises à forte consommation énergétique – qui constituent le socle des PME – perdent chaque jour un peu plus de leur compétitivité internationale. Des emplois qualifiés disparaissent de l’économie allemande. Et le contribuable et le consommateur allemands transfèrent la richesse nationale de l’Allemagne vers les producteurs de gaz américains à une échelle sans précédent dans l’Europe d’après-guerre.

    Qui plus est, le gouvernement fédéral prévoit désormais un renforcement considérable de ses dépenses d’armement – des centaines de milliards d’euros au cours de la prochaine décennie – afin de se préparer à une guerre qui aurait pu être facilement évitée avec un peu de diplomatie. Il s’agit là d’une flagrante erreur d’affectation des ressources nationales. Le principal défi pour l’Allemagne au cours de cette décennie est d’assurer sa compétitivité à l’ère numérique. Chaque euro dépensé en chars, missiles et obus d’artillerie fait défaut aux capacités allemandes en matière d’IA, au développement et à la fabrication de puces électroniques, à l’infrastructure énergétique et aux réseaux numériques à haut débit dont le pays a besoin pour rester une puissance économique de premier plan.

    La dure réalité, Monsieur le Chancelier, est la suivante: ces armes sont incapables d’acheter la sécurité que la diplomatie permettrait d’obtenir à moindre coût. Et sans les investissements dans le numérique et l’énergie, désormais supplantés par ce réarmement, impossible d’atteindre la prospérité.

    J’en appelle à vous, Monsieur le Chancelier, à qui, plus que tout autre chef d’Etat ou de gouvernement européen, il revient de décider si l’Europe va sombrer dans un conflit généralisé ou revenir à la table des négociations et à une forme de raison économique. Il est grand temps d’agir. Le message officiel que Moscou vient d’adresser à Washington le démontre clairement.

    Je vous en prie, engagez le dialogue avec le Président Poutine. Envoyez votre Ministre des Affaires étrangères à Moscou ou invitez le Ministre russe des Affaires étrangères à Berlin. Rouvrez les canaux de l’OSCE que l’Allemagne a laissés se détériorer. Demandez à Kiev de cesser toute frappe sur des cibles civiles.

    Mais surtout, dites la vérité à l’opinion publique allemande. Une paix négociée fondée sur la neutralité de l’Ukraine est la seule voie réaliste pour sortir de cette catastrophe, et le rétablissement de relations économiques normales avec la Russie, la seule voie réaliste pour sortir l’Allemagne du déclin industriel.

    Les conditions d’un accord viable et susceptible d’être proposé par l’Allemagne sont claires: cessez-le-feu le long d’une ligne de démarcation. Toutes les parties renonceront à tout recours futur à la force dans les questions frontalières. L’Ukraine rétablira sa neutralité, l’OTAN renoncera définitivement à toute nouvelle expansion vers l’Est. L’Europe et la Russie renoueront leurs relations économiques et mettront fin aux provocations bellicistes. L’OSCE redeviendra le forum central pour la sécurité européenne, avec pour principe que la sécurité européenne est indivisible et ne repose pas sur une division de l’Europe en blocs militaires. Dans un tel scénario de paix, l’Allemagne pourra concentrer ses ressources nationales sur les investissements dans le numérique, l’IA, les semi-conducteurs et les investissements énergétiques dont dépend l’avenir économique de l’Allemagne.

    L’histoire retiendra ce que vous ferez ou non au cours des semaines à venir. Il en ira de même pour l’opinion publique allemande, les peuples de Russie, d’Ukraine et de toute l’Europe. L’heure est à la diplomatie, Monsieur le Chancelier. Vous avez le choix.

    Je vous prie d’agréer, Monsieur le Chancelier, mes sentiments distingués

Jeffrey D. Sachs, professeur à Columbia University, 27 mai 2026

Première publication en allemand par Berliner Zeitung, le 27/05/2026. Sous: https://www.berliner-zeitung.de/  article/jeffrey-sachs-an-bundeskanzler-merz-verhindern-sie-offenen-krieg-mit-russland-10038620, le 27/05/2026;

(Traduction de l’allemand par Horizons et débats)

Jeffrey D. Sachs
Jeffrey David Sachs (né le 5 novembre 1954 à Détroit) est un économiste, professeur à l’Université Columbia, où il a dirigé le Center for Sustainable Development auprès du Earth Institute qu’il présida de 2002 à 2016.
    Dans les années 1980 et 1990, il a été consultant auprès de plusieurs pays confrontés à des difficultés économiques: la Bolivie à partir de 1985, la Pologne à partir de 1989 et la Russie à partir de 1991. De 2002 à 2006, Jeffrey Sachs a été Conseiller spécial pour les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Il dirige le Réseau des solutions pour le développement durable des Nations Unies à l’Université Columbia. De 2001 à 2018, il a accompli la mission de Conseiller spécial auprès des Secrétaires généraux des Nations Unies, Kofi Annan, Ban Ki-moon et António Guterres. De 2002 à 2006, il a dirigé le projet des Objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies. Jeffrey Sachs est co-rédacteur du Rapport mondial sur le bonheur.
    Sachs a publié plusieurs ouvrages, dont trois best-sellers du New York Times: «La Fin de la pauvreté» (2005), «Common Wealth: Economics for a Crowded Planet» (2008) et «The Price of Civilization» (2011). En juillet 2015, lors de la crise de la dette grecque, il a publié, ensemble avec les universitaires Heiner Flassbeck, Thomas Piketty, Dani Rodrik et Simon Wren-Lewis, une lettre ouverte à Angela Merkel, l’exhortant à réduire la dette de la Grèce et à accorder au gouvernement grec un délai suffisant pour rembourser l’empreinte.
    En 2015, Sachs a cofondé l’initiative Ethics in action avec Marcelo Sánchez Sorondo. Le Pape François l’a nommé membre de l’Académie pontificale des sciences sociales. Sachs a dirigé plusieurs conférences lors des six colloques au Vatican, entre 2019 et 2020. Il a prodigué des conseils sur les questions de développement durable dans le contexte de l’Encyclique Laudato si’. Dans une interview du 7 novembre 2018, il a déclaré que le Pape représentait «en matière de leadership la voix la plus convaincante au monde».
   Sachs qualifie la doctrine sociale de l’Eglise catholique étant essentielle et convaincante. Selon lui, la doctrine sociale offre une perspective éthique sur le monde, fournissant un cadre éthique pour l’économie.
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La diplomatie de la destruction

par Djoomart Ortobaev,
05 septembre 2015

Djoomart Otorbaev (18 août 1955) a été Premier ministre du Kirghizistan. Physicien de formation (doctorat à l’Institut de physique générale de l’Académie des sciences de l’URSS), il mène une carrière de professeur et de chercheur à l’université d’État du Kirghizistan, puis à l’université technologique d’Eindhoven aux Pays-Bas. Il devient ensuite PDG de Philips Electronics en République kirghize. En 2001, il a été nommé conseiller économique du président du Kirghizistan. Entre 2006 et 2011, il a travaillé comme conseiller principal de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). En 2012, il devient premier vice-Premier ministre du Kirghizistan et, en 2014, Premier ministre. Il démissionnera un an plus tard pour des raisons politiques. Aujourd’hui, Otorbaev est membre du conseil d’administration de l’Université nationale kirghize et collabore régulièrement à divers médias tels que Project Syndicate, China Daily, Valdai Discussion Club, etc. Son livre, « Central Asia’s Economic Rebirth in the Shadow of the New Great Game », a été publié en 2023 par Routledge au Royaume-Uni.
Les Occidentaux passent leur temps à insulter le président russe Vladimir Poutine, allant même jusqu'à la traiter de "cannibale". Quel est le but de ces insultes ? Elles n'affaiblissent pas la Russie. Elles ne favorisent pas la victoire de l'Ukraine. Elles ne font pas avancer la paix. Leur seul effet est d'affaiblir la position de l'Europe, en limitant ses options diplomatiques. Djoomart Ortobaev conclut en écrivant: "L'Europe n'insulte pas seulement son adversaire. Elle insulte son propre avenir."
Djoomart Otorbaev prend la parole

Dans nos vies, il existe une règle tacite que tout le monde comprend : les insultes détruisent la confiance. Elles ne guérissent pas les blessures, elles les enveniment. Elles n’ouvrent pas les portes, elles les verrouillent.

Si vous voulez vraiment mettre fin à une relation pour toujours, vous ne vous contentez pas de partir, vous insultez l’autre personne. C’est pourquoi les insultes personnelles sont l’arme la plus dangereuse qui soit en politique, où le coût d’une confiance brisée peut se mesurer en guerres.

Et pourtant, les dirigeants occidentaux semblent avoir fait de l’insulte à Vladimir Poutine non seulement une habitude, mais aussi une stratégie.

Le Kremlin a été clair. En 2017, Dmitri Peskov a déclaré que Poutine pouvait accepter les critiques, mais qu’il n’acceptait pas les insultes personnelles. 

Mais les dirigeants occidentaux continuent de franchir cette ligne. Joe Biden a été le plus virulent. En mars 2022, il a qualifié Poutine de « dictateur sanguinaire », de « pur voyou » et de « boucher ». Il est allé plus loin en le qualifiant de « criminel de guerre ». Et en mars 2024, dans un discours de campagne dans un État pivot, Biden a réutilisé cette expression : « ce boucher de Poutine ».

Emmanuel Macron, qui avait autrefois déclaré qu’il « n’utiliserait jamais de tels mots », a finalement qualifié Poutine de « cannibale à notre porte » et de « prédateur qui ne veut pas la paix ».

Mais cette semaine, le chancelier allemand Friedrich Merz les a tous surpassés en déclarant que Poutine était « peut-être le criminel de guerre le plus brutal de notre époque » et en appelant ouvertement à l’épuisement économique de la Russie.

Les insultes du chancelier allemand Friedrich Merz 

La question se pose donc : quel est exactement le but de ces insultes ?

La diplomatie existe pour garder la porte ouverte, même aux adversaires. Les négociations exigent un dialogue, pas des insultes. Les insultes personnelles ne font pas avancer la diplomatie, elles l’étouffent.

Si la paix ne peut être obtenue que par la négociation, alors ce langage est non seulement antidiplomatique, mais aussi autodestructeur. Il ferme la voie à la négociation tout en entretenant l’illusion que la Russie peut seulement être vaincue, humiliée et contrainte à la capitulation.

Mais nous entrons là dans le domaine de l’aberration : la Russie ne sera pas vaincue et contrainte à la capitulation. À lui seul, son arsenal nucléaire rend la chose impossible. Croire le contraire n’est pas une stratégie, c’est un fantasme. Et les fantasmes, lorsqu’ils sont élevés au rang de politique, conduisent à des catastrophes historiques de grande ampleur.

Alors, que permettent réellement d’accomplir ces insultes ? Elles n’affaiblissent pas Poutine. Au contraire, elles renforcent son image au niveau national, le présentant comme la cible de l’hostilité occidentale.

Elles ne font pas avancer la paix. Elles ne favorisent pas la victoire de l’Ukraine. Elles affaiblissent l’Europe, en limitant ses options diplomatiques, en érodant sa sécurité et en la poussant vers le précipice géopolitique.

Dans la vie personnelle, les insultes mettent fin aux relations. En géopolitique, elles amenuisent le champ du possible.

Si les dirigeants occidentaux pensent que traiter Poutine de tous les noms leur apportera la victoire, ils se trompent lourdement. 

La seule issue à cette démarche est la défaite de l’Europe, vaincue non pas par les chars russes, mais par ses propres déclarations irresponsables.

L’Europe n’insulte pas seulement son adversaire. Elle insulte son propre avenir.

Et le plus tragique, c’est qu’elle risque de ne pas s’en rendre compte avant qu’il ne soit trop tard.