Lettre ouverte au pape Léon XIV

Organiser une rencontre au sommet des dirigeants mondiaux afin d’aborder les questions de paix et de désarmement nucléaire

Voici la lettre ouverte au pape Léon XIV lancée le 19 août 2026 par Jack Gilroy et d’autres responsables de Pax Christi de l’État de New York en coordination avec la Coalition internationale pour la Paix .
 
Alors que les tensions mondiales atteignent un niveau inédit depuis la Seconde Guerre mondiale, des voix influentes, comme celles de Tulsi Gabbard et Sergueï Narychkine, alertent sur un risque imminent de guerre nucléaire. Face à l’escalade des conflits en Ukraine, à Gaza, entre les États-Unis et la Chine, et désormais avec l’Iran, des intellectuels et citoyens du monde entier conjurent le Pape Léon XIV de convoquer un sommet international d’urgence. Objectif : écarter la menace d’un holocauste nucléaire et réorienter les ressources vers la paix et le développement. Un appel urgent pour que la diplomatie triomphe avant qu’il ne soit trop tard.
[N.B. Les sous-titres et les notes de bas de page sont de nous. NDÉ.]

Votre sainteté Léon XIV, vous qui avez déployé les plus grands efforts pour parler au nom de l’humanité entière, et non en faveur de nations, de religions ou de groupes particuliers, nous vous lançons un appel à convoquer d’urgence un sommet international pour éloigner le monde de son actuelle trajectoire vers la guerre et une potentielle catastrophe nucléaire, et pour résoudre pacifiquement les plus grandes crises auxquelles l’humanité est confrontée aujourd’hui. Cette initiative serait conforme aux appels constants à la paix et à la justice que vous avez lancés depuis votre accession au trône pontifical, qui ont inspiré et donné espoir à des millions, voire des milliards de personnes à travers le monde.

Alarmes au sein du monde du renseignement

Le 10 juin 2025, la directrice du renseignement national américain, Tulsi Gabbard, a diffusé, depuis Hiroshima, une vidéo brève mais glaçante, dans laquelle elle avertissait que nous étions

« plus proches que jamais du précipice de l’anéantissement nucléaire » et que « les bellicistes de l’élite politique attisaient sans scrupules la peur et les tensions entre les puissances nucléaires ». « Il nous appartient, à nous, le peuple, concluait-elle, de nous faire entendre et d’exiger la fin de cette folie. Nous devons rejeter cette voie vers la guerre nucléaire et œuvrer pour un monde où personne n’aura à vivre dans la crainte d’un holocauste nucléaire. »

Le 20 octobre 2025, Sergueï Narychkine, directeur du SVR, le service de renseignement extérieur russe, a averti :

« Le monde traverse actuellement la période la plus fragile pour la sécurité internationale depuis la Seconde Guerre mondiale. (…) Notre tâche commune, et peut-être la principale, est de veiller à ce que l’adaptation à cette nouvelle réalité se fasse sans guerre majeure, comme cela s’est produit lors de précédentes périodes historiques. »

Une escalade sur plusieurs fronts

Plusieurs mois se sont écoulés depuis que les deux chefs du renseignement ont tiré la sonnette d’alarme et nous nous sommes considérablement rapprochés de l’anéantissement nucléaire.

Lorsque Gabbard et Narychkine ont lancé ces avertissements, la guerre faisait rage en Ukraine, Israël perpétrait un génocide à Gaza et les tensions étaient vives entre la Chine et les États-Unis au sujet de Taïwan et de la mer de Chine méridionale. Depuis, la guerre israélo-américaine contre l’Iran est venue s’ajouter à ce contexte, de sorte que la menace d’une troisième guerre mondiale a crû de façon exponentielle.

Des dirigeants qui planifient l’impensable 

Des signes persistent quant à la planification d’une telle éventualité par les dirigeants, alors même que nous savons depuis plus de quarante ans qu’une guerre nucléaire, même limitée, a fortiori une guerre de grande ampleur, pourrait engendrer des dégâts inimaginables à l’échelle mondiale, notamment un hiver nucléaire qui menacerait d’anéantir toute vie sur Terre.

Le 20 août 2024, le New York Times publiait en première page un article alertant sur le fait que les États-Unis se préparaient à mener une guerre nucléaire simultanée sur trois fronts contre la Russie, la Chine et la Corée du Nord1. Le même jour, le Bulletin of the Atomic Scientists rendait compte de l’émergence d’un courant de pensée parmi les stratèges nucléaires, selon lequel une guerre nucléaire pourrait être menée et gagnée, remettant en cause des décennies de consensus sur le fait qu’une telle guerre ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée2. L’année précédente, l’amiral américain Thomas Buchanan avait déclaré que les États-Unis se préparaient à mener et gagner une guerre nucléaire, tout en conservant un arsenal nucléaire suffisant pour maintenir leur hégémonie mondiale. Plus récemment, Elbridge Colby, chef du département politique du Pentagone, a évoqué la nécessité pour les États-Unis d’utiliser des armes nucléaires tactiques, en plus du déploiement de troupes sud-coréennes et japonaises en cas de combats entre les États-Unis et la Chine au sujet du détroit de Taïwan.

Les concepteurs de l’Horloge de l’Apocalypse du Bulletin des scientifiques atomistes ne sont pas les seuls à penser que le monde se rapproche inexorablement d’une annihilation nucléaire. Outre les menaces émanant des États-Unis, plusieurs dirigeants russes influents ont appelé Vladimir Poutine à recourir à l’arme nucléaire pour vaincre l’Ukraine.

L’urgence d’un sommet international

Nous, soussignés du monde entier, estimons qu’il est temps de convoquer d’urgence un sommet international afin d’aborder les conflits majeurs dans le monde et la nécessité d’éviter le précipice nucléaire. La Russie est embourbée en Ukraine depuis près de cinq ans. Bien qu’elle continue à faire des progrès, certes modestes et au prix de lourds sacrifices, le conflit est au point mort et les deux camps s’infligent d’importants dégâts sur leurs infrastructures énergétiques et maritimes par leurs frappes de drones et de missiles, provoquant des pénuries mondiales d’énergie et de produits alimentaires et engendrant des souffrances tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de leurs pays respectifs. Si l’Ukraine, soutenue par l’OTAN, continue à franchir les lignes rouges de la Russie, Poutine sera-t-il disposé et capable de contrer les faucons russes ? Les États-Unis, quant à eux, n’ont pas trouvé d’issue diplomatique à leur guerre contre l’Iran, qui ne se montre aucunement disposée à leur permettre de mettre fin à la crise qu’ils ont provoquée, avec Israël, en l’attaquant. Alors que la Chine souligne que le maintien de Taïwan constitue son ultime ligne rouge, tous les acteurs de la région bénéficieraient d’une désescalade des tensions et d’une réorientation des ressources vers le développement, à l’instar de l’initiative chinoise des Nouvelles Routes de la Soie, plutôt que vers la guerre.

Ce dernier point devrait s’appliquer universellement. Il est consternant de voir tant de nations détourner vers leurs forces armées les ressources pour l’alimentation, le logement, l’éducation et les soins de santé. Cela s’est particulièrement vérifié en Amérique du Nord, en Europe et en Asie, où les discours sur la résolution pacifique des conflits ont cédé la place à ceux sur les préparatifs de guerre.

Les précédents historiques : Paul VI et Jean XXIII

Comme vous l’avez si justement et si fortement affirmé il y a quelques mois : 

« J’ai répété à maintes reprises l’appel fervent lancé par saint Paul VI à l’Assemblée générale des Nations unies. Ce qui m’unit à mon vénérable prédécesseur, c’est un pacte scellé par un serment qui doit changer le cours de l’histoire : plus jamais la guerre, plus jamais la guerre ! C’est la paix, la paix, qui doit guider le destin des nations de l’humanité ! Plus que jamais à l’ère atomique, l’affirmation de cette vérité doit triompher : ce ne sont pas les armes atomiques qui engendrent la paix, mais le désarmement. Cette vérité, qui paraissait si évidente ces dernières décennies, lorsque nous avons assisté à une désescalade nucléaire, a été obscurcie par une course aux armements qui aujourd’hui effraie et terrifie. »

Dans ce discours exceptionnel prononcé en octobre 1965, le pape Paul VI, le premier pape à s’adresser aux Nations unies, cita le président Kennedy :

« L’humanité doit mettre fin à la guerre, sinon la guerre mettra fin à l’humanité. » Il reprit le livre d’Isaïe : « Ils fondront leurs épées en socs de charrue et leurs lances en serpes. » Dans son encyclique Populorum Progressio de 1967, Paul VIsouligna : « Le développement est le nouveau nom de la paix. »

D’autres papes ont également pris des initiatives audacieuses pour sauver l’humanité en temps de crise. En octobre 1962, le pape Jean XXIII avait lancé un appel à résoudre pacifiquement la crise des missiles de Cuba et il aida le président Kennedy et le Premier ministre Khrouchtchev à trouver un moyen de sauver la face en trouvant une solution à la crise par voie diplomatique plutôt que militaire, à un moment où la guerre semblait imminente.

Un effort similaire pourrait aboutir aujourd’hui, alors que les deux principaux conflits mondiaux semblent s’enliser inexorablement.

La course aux armements aujourd’hui 

Il en va de même pour la course aux armements nucléaires : les neuf puissances nucléaires modernisent non seulement leurs arsenaux, mais les augmentent après des décennies de réductions certes judicieuses, mais beaucoup trop lentes. Et pour la première fois depuis des décennies, les deux principaux antagonistes nucléaires ne sont liés par aucun traité de contrôle des armes nucléaires. D’autres pays, dont le Japon, la Corée du Sud, la Pologne, l’Arabie saoudite, l’Ukraine et d’autres territoires comme Taiwan, ont commencé à envisager d’acquérir l’arme nucléaire, ce qui ne ferait que transformer le monde en une poudrière nucléaire encore plus vaste.

Un appel du pape à la tenue d’un sommet d’urgence pour mettre fin aux guerres actuelles et enrayer la dépendance croissante aux armes nucléaires et aux conflits armés, pourrait offrir aux dirigeants mondiaux l’opportunité de choisir une nouvelle voie et de nous éloigner de la trajectoire actuelle vers une guerre nucléaire destructrice pour la planète. Nous vous exhortons, Pape Léon, à user de votre autorité morale unique pour convoquer une telle réunion des dirigeants du monde, incluant les chefs d’État des trois principales puissances nucléaires, afin qu’ils se réunissent et répondent aux appels de l’humanité pour orienter notre monde dans une direction fondamentalement différente avant qu’il ne soit trop tard.

  1. Premiers signataires :
    (mise à jour du 4 septembre 2026)

  • Peter Kuznick, professeur d’histoire et directeur de l’Institut d’études nucléaires de l’Université américaine ;
  • Jack Gilroy, Pax Christi, Vétérans pour la paix, Interdiction des drones tueurs, Coalition internationale pour la paix de l’Institut Schiller ;
  • Ivana Nikolić Hughes, présidente de la Nuclear Age Peace Foundation et maître de conférences en chimie à l’université Columbia ;
  • Richard Falk, professeur émérite de droit international Albert Milbank à l’université de Princeton et vice-président principal de la Nuclear Age Peace Foundation ;
  • Naledi Pandor, ancienne ministre des Relations internationales et de la Coopération, Afrique du Sud (2019-2024) ;
  • Son Excellence Donald Ramotar, ancien président du Guyana (2011-2015) ;
  • Yukio Hatoyama, ancien Premier ministre du Japon, 2009-2010 ;
  • Kay-Achim Heino Schönbach, ancien vice-amiral et inspecteur de la Marine allemande ;
  • Ali Rastbeen, président de l’Académie de géopolitique de Paris, France ;
  • Ernesto Sócrates Pazmiño Granizzo, ancien ministre de la Justice et des Droits de l’Homme de l’Équateur ; ancien vice-président du Centre d’études sur la justice des Amériques, Équateur :
  • Alain Corvez, colonel (CR), consultant en relations internationales, ancien conseiller du commandant de la FINUL au Liban, Paris, France ;
  • Chandra Muzaffar, réformateur et militant islamique, président du Mouvement international pour un monde juste (JUST) ; coordinateur de SHAPE (Sauver l’humanité et la planète Terre) ;
  • Jacques Cheminade, président de Solidarité & Progrès, Paris, France ;
  • L’honorable Douglas Roche, OC, Canada ;
  • Kathy Kelly, enseignante de la paix Pax Christi 1998 ; présidente du conseil d’administration, World Beyond War ;
  • David Swanson, directeur exécutif de World Beyond War ; auteur de La guerre est toujours un mensonge ;
  • Marjorie Cohn, professeure émérite à la faculté de droit Thomas Jefferson ; doyenne de l’Académie populaire de droit international ;
  • Bandy X. Lee, présidente de la Coalition mondiale pour la santé mentale ; cofondatrice de Preventing Violence Now ;
  • Dr James C. Cobey, fondateur de Health Volunteers Overseas ; membre du comité directeur de Voices from the Holy Land ; membre de la Campagne internationale pour l’interdiction des mines antipersonnel (ICBL), qui a reçu le prix Nobel de la paix en 1997 ;
  • Dr Mohammad A. Toor, président du conseil d’administration du Congrès pakistano-américain ; président de l’Association des médecins pakistanais américains pour la justice et la démocratie ; président de l’Alliance musulmane américaine ;
  • Glenn Diesen, professeur à l’Université du Sud-Est de la Norvège ;
  • Ann Wright, colonel de l’armée américaine (à la retraite) et ancienne diplomate américaine, a démissionné en mars 2003 en signe d’opposition à la guerre américaine en Irak. Membre de Veterans for Peace, World Beyond War, CODEPINK et Hawaii Peace and Justice ;
  • Susan Schnall, présidente de Veterans for Peace ;
  • Norman Solomon, auteur et directeur national de Roots Action ;
  • L’honorable Melissa Parke, directrice exécutive de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (lauréate du prix Nobel de la paix 2017) ;
  • Margaret Power et Van Gosse, coprésidentes, Historiens pour la paix et la démocratie ;
  • Ray McGovern, lançeur d’alerte, cofondateur, Veteran Intelligence Professionals for Sanity ;
  • Martin Sheen, acteur lauréat d’un Golden Globe et d’un Emmy Award ; Pax Christi Teacher of Peace (1999) ;
  • Setsuko Thurlow, survivante de la bombe atomique d’Hiroshima, lauréate du prix Nobel de la paix, récipiendaire de l’Ordre du Canada ;
  • Frida Stranne, professeure au Centre John Morton d’études nord-américaines de l’Université de Turku, en Finlande ;
  • Gerry Condon, co-coordonnateur du groupe de travail sur l’abolition nucléaire de Veterans for Peace ; membre du conseil d’administration de Veterans for Peace ; président du comité Golden Rule ;
  • Lawrence B. Wilkerson, colonel de l’armée américaine (à la retraite), ancien chef de cabinet du secrétaire d’État américain Colin Powell ;
  • Théodore Postol, professeur émérite de science, de technologie et de politique de sécurité nationale, Massachusetts Institute of Technology ;
  • Christina Spannar et Jan Oberg, fondateurs de la Fondation transnationale pour la paix et la recherche sur l’avenir (TFF), Lund, Suède ;
  • L’ambassadeur Akbar Ahmed, professeur émérite à l’Université américaine ;
  • Martin Sieff, ancien chef du service politique de United Press International, trois fois nominé au prix Pulitzer ;
  • Hall Gardner, professeur émérite au département d’histoire et de sciences politiques de l’Université américaine de Paris ;
  • Tadatoshi Akiba, maire d’Hiroshima (1999-2011) ; ancien président de l’association des maires pour la paix ;
  • Oliver Stone, réalisateur de cinéma américain oscarisé et auteur à succès ;
  • Alice Slater, membre du conseil d’administration de World Beyond War ;
  • Helga Zepp-LaRouche, fondatrice de l’Institut Schiller et initiatrice de la Coalition internationale pour la paix ;
  • Norma Field, professeure émérite distinguée Robert S. Ingersoll, Université de Chicago ;
  • Dr Herbert Reginbogin, professeur de relations internationales et de droit international, Institut de recherche politique, Université catholique d’Amérique ;
  • Steven Leeper, président du Village de la Culture de la Paix d’Hiroshima ; membre du conseil d’administration de Médecins pour la Responsabilité Sociale ; ancien président et directeur de la Fondation pour la Culture de la Paix d’Hiroshima (2007-2013) ;
  • Hideki Yoshikawa, directeur du projet de justice environnementale d’Okinawa ; membre du conseil consultatif de World Beyond War ;
  • Steve Rabson, professeur émérite à l’université Brown ; ancien combattant de l’armée américaine, Agence de soutien atomique de la défense ;
  • Elisabeth Martens, biologiste belge, spécialisée en médecine traditionnelle chinoise et auteur d’ouvrages sur la Chine et notamment le Tibet et le bouddhisme tibétain, Belgique ;
  • Ernesto Sócrates Pazmiño Granizzo, ancien ministre de la Justice et des Droits de l’Homme de l’Équateur ; ancien vice-président du Centre d’études sur la justice des Amériques, Équateur ;
  • Gian Guido Folloni, ancien sénateur italien ; ancien ministre italien chargé des relations avec le Parlement ; ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire italien Il Sabato et du quotidien italien Avvenire ; vice-président de l’Institut italien pour l’Asie et président de l’Association d’amitié et de coopération Italie-Libye (Italie).
  • Andrea Bartoli, président de la Fondation Sant’Egidio pour la paix et le dialogue ; directeur fondateur du Centre pour la résolution des conflits internationaux ; chercheur principal au Consortium avancé sur la coopération, les conflits et la complexité de l’Université Columbia ; ancien doyen de l’École de diplomatie et de relations internationales de l’Université Seton Hall ; ancien doyen de l’École Carter pour la paix et la résolution des conflits de l’Université George Mason.
  • Corazon Valdez Fabros, coprésidente du Bureau international de la paix (prix Nobel de la paix 1910) ;
  • Anastasia Battle, co-initiatrice de la Coalition internationale pour la paix, Institut Schiller ;
  • April Brown, cofondatrice de la Marshallese Educational Initiative et professeure d’histoire au NWACC ;
  • Mary Dickson, auteure et survivante des essais d’armes nucléaires ;
  • Steven Starr, associé, Fondation pour la paix à l’ère nucléaire ;
  • Liliana Gorini, présidente de Movisol, Italie ;
  • Anthony Donovan, Vétérans pour la paix, Pax Christi International, Catholic Worker, Ligue des objecteurs de conscience ;
  • Marylia Kelley, conseillère principale, Tri-Valley Communities Against a Radioactive Environment, Livermore, Californie ;
  • Jean Stevens, Coalition des ogives aux éoliennes ;
  • Dr Aruna Kammila, professeure et directrice de l’École d’études juridiques de l’Université REVA, à Bangalore, dans l’État du Karnataka, en Inde ;
  • Alan Robock, professeur émérite à l’université Rutgers et chercheur spécialisé dans l’hiver nucléaire ;
  • Aaron Good, politologue, animateur du podcast American Exception, auteur de American Exception : Empire et État profond ;
  • Elliot Greenspan, Institut Schiller, Coalition internationale pour la paix (États-Unis) ;
  • Roberto Vela Pinedo, Président de la Red de Integracion Amazonica ;
  • Général Edwin de la Fuente Jeria, ancien commandant en chef des forces armées de l’État plurinational de Bolivie ;
  • Maurizio Abbate, Président de l’Institution nationale pour les activités culturelles de l’État italien (ENAM) ;Rosemarie Pace, Pax Christi État de New York ;
  • Martha Hennessy, militante catholique, Kings Bay Plowshares 7, petite-fille de Dorothy Day ;
  • Robert Ellsberg, éditeur, Orbis Books ;
  • Marie Dennis, ancienne coprésidente de Pax Christi International ;
  • Farhang Jahanpour, professeur émérite de l’Université d’Ispahan, professeur invité à Harvard, chargé de cours à Cambridge et chargé de cours à temps partiel à l’Université d’Oxford ;
  • Owen Brian Toon, professeur émérite à l’Université du Colorado à Boulder, chercheur spécialiste de l’hiver nucléaire ;
  • Lode Vanoost, journaliste De Wereld Morgen, Belgique ;
  • Céleste Saenz, Mexique, présidente du Club des journalistes ;
  • Henry Baldelomar, Bolivie, ancien ambassadeur à Washington, D.C. ;
  • Mempo Giardinelli, Argentine, lauréat du prix littéraire Romulo Gallegos du Venezuela et du prix national de littérature du Mexique ;
  • Pedro Paez, Équateur, ancien vice-ministre de l’Économie du gouvernement Correa ;
  • Luc Reychler, Professeur émérite de relations internationales, Université catholique de Louvain (UCL), Belgique.
  • Fernando Garzon, Équateur, candidat au poste de vice-ministre de l’Intérieur dans le gouvernement Correa, consultant auprès de l’ONU, ancien président, Comité équatorien de solidarité avec le peuple palestinien ;
  • Jane Swanson, présidente de l’association Mères pour la paix de San Luis Obispo ;
  • Bruce K. Gagnon, Réseau mondial contre les armes et l’énergie nucléaire dans l’espace ;
  • Tse Anye Kevin, président par intérim, State 55 Afrika, responsable politique panafricain Global African Congress ;
  • Mossi Raz, ancien membre de la Knesset israélienne ; ancien directeur général de La Paix Maintenant, Israël ;Maoz Inon, militant israélien pour la paix ; codirecteur général d’InterAct ; coauteur de L’avenir est la paix ;
  • Muhammad Salim Akhtar, directeur national de l’American Muslim Task Force on Civil Rights and Elections (AMT) ;
  • Odile Mojon, Institut Schiller, France ;
  • Ken Butigan, membre du comité exécutif de l’Initiative catholique pour la non-violence de Pax Christi International ; maître de conférences en études sur la paix, la justice et les conflits au département d’études catholiques de l’université DePaul ;
  • Joan Carrero, présidente de la Fondation S’Oliver (Espagne) ;
  • Beatriz Biccio, professeur, Université fédérale de Rio de Janeiro, historienne et journaliste (Brésil) ;
  • Professeur (Dr) Anoop Swarup, Président du Centre pour la non-violence mondiale ;
  • Ellen E. Barfield, Vétérans pour la paix, Ligue des objecteurs de conscience, Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté ;
  • Rick Staggenborg, MD, président de la section Linus Pauling de Veterans For Peace ;
  • John Steinbach, Comité pour la paix d’Hiroshima et de Nagasaki de la région de la capitale nationale ;
  • Richard E. Rubenstein, professeur émérite à l’Université George Mason, Carter School for Peace and Conflict Resolution ;
  • Joseph Carson, président de l’Association des ingénieurs chrétiens ;
  • Ulf Sandmark, président de l’Institut Schiller en Suède ;
  • Mike Ferner, ancien président national de Veterans For Peace ;
  • Klaus Fimmen, vice-président du Buergerrechtsbewegung Solidaritaet (Solidarité du Mouvement pour les droits civiques, Allemagne) ;
  • Christine Bierre, rédactrice-en-chef du mensuel Nouvelle Solidarité, France ;
  • Art Laffin, Catholic Worker, enseignant de paix Pax Christi 2016, auteur de The Risk of the Cross : Living Gospel Nonviolence in the Nuclear Age, co-éditeur de Swords into Plowshares
  • Tony Jenkins, directeur général de l’Institut international pour l’éducation à la paix et coordinateur de la Campagne mondiale pour l’éducation à la paix ;
  • Hnon. Darwin Francisco Orozco Orozco, frère mineur capucin, maître des novices de la Conférence des Capucins d’Amérique hispanique (CCH) ; membre de la Commission de la Famille Franciscaine pour la Justice, la Paix et l’Intégrité de la Création (JPIC), Santa Cruz, Bolivie ;
  • Kamel Louadj, journaliste-correspondent à Sputnik-Afrique, Moscou ;
  • Ramón Emilio Concepción, avocat ; Pré-candidat à la Présidentielle, parti PRM (2020), République Dominicaine ;
  • Alcibíades Abreu, professeur à la Faculté de mathématiques de l’UNIBE et de l’Université catholique de Saint-Domingue, République dominicaine ;
  • Karel Vereycken, peintre-graveur, France ;
  • Rafael Reyes Jerez, journaliste ; producteur des programmes « Cara a Cara » et « Economía y Política », République Dominicaine ;
  • Enrique Antonio Sánchez Liranzo, avocat, auteur, poète – chroniqueur au journal Primicias, République dominicaine ;
  • Dantès Ortiz Núñez, historien, professeur d’histoire, Université autonome de Saint-Domingue, République dominicaine ;
  • Max De Brouwer, Président de la Chambre belge des traducteurs et interprètes, Belgique ;
  • Julie Péréa, ancienne conseillère municipale déléguée à l’égalité femmes hommes, lutte contre les discriminations et lutte contre les violences intrafamiliales, Poussan (34) ;
  • Révérend John Dear, directeur exécutif du Centre des Béatitudes pour le Jésus non-violent ;
  • John Kiriakou, ancien officier de lutte contre le terrorisme à la CIA ; ancien enquêteur principal auprès de la commission des affaires étrangères du Sénat américain ;
  • Karen Ball, membre du conseil d’administration, Pax Christi Texas, section de San Antonio ;
  • T. Herbert Dimmock, fondateur et directeur de « Bach à Baltimore » ;
  • Ilse Ritter (Allemagne), Actrice de l’année (1985 et 1994), récipiendaire de la Croix fédérale du mérite pour services rendus à la culture ;
  • Earl M Bousquet, journaliste caribéen, Castries, Sainte-Lucie ;
  • Père Claude Mostowik, président de Pax Christi Australie ;
  • Judith Ehrlich, réalisatrice, « Une réalité ordinaire – Daniel Ellsberg sur la menace de guerre nucléaire » ;
  • Alfred de Zayas, professeur à l’École de diplomatie de Genève ;
  • Michele Di Paolantonio, AIMPGN, membre italien de l’IPPNW, Organisation lauréate du prix Nobel de la paix 1985 ;
  • Melvin Hardy, École Carter pour la paix et la résolution des conflits, Université George Mason ; Personnel de la communauté interconfessionnelle de Washington ;
  • Roger Waters, musicien, membre fondateur et chanteur principal de Pink Floyd ;
  • Ben Wesley, candidat du Parti indépendant au Congrès américain (CT–4e circonscription) ;
  • Leo Spaepen, chercheur, auteur du livre « De Bruegel Code », Belgique ;

AUTRES SIGNATAIRES : 

Liste complète sur le site de l’Institut Schiller international.

JE SOUTIENS L’APPEL

Key Takeaways

  • La lettre ouverte au pape Léon XIV appelle à la convocation d’un sommet international d’urgence pour désamorcer les conflits actuels et la menace nucléaire.
  • Les chefs du renseignement américain et russe, Tulsi Gabbard et Sergueï Narychkine, ont averti d’un risque accru de guerre nucléaire.
  • L’initiative s’inspire du rôle joué par les papes Paul VI et Jean XXIII lors de crises internationales passées, dont la crise des missiles de Cuba.
  • Plus de 90 signataires — intellectuels, anciens dirigeants et responsables d’ONG — appuient l’appel, aux côtés de Pax Christi et de la Coalition internationale pour la paix.
  • L’appel vise aussi à réorienter les ressources militaires vers le développement plutôt que vers la course aux armements.

Autres articles

  1. David E. Sanger, “Biden Approved Secret Nuclear Strategy Refocusing on Chinese Threat“, The New York Times, 20 août 2024. [NDÉ] ↩︎
  2. Jack O’Doherty, “Is America buying nuclear weapons to win a war or to prevent one?”, Bulletin of the Atomic Scientists, 20 août 2024. [NDÉ] ↩︎

Juifs, révoltez-vous ! Maintenant !

L’appel d’Avraham Burg à la Cour Internationale de Justice (8 août 2025)

Avraham Burg

Avraham « Avrum » Burg, né en 1955 à Jérusalem, est une figure de la gauche israélienne : ancien président de la Knesset (1999-2003), ex-président de l’Agence juive et de l’Organisation sioniste mondiale, il a même assuré l’intérim de la présidence de l’État en 2000. Retiré de la politique active depuis 2004, il s’est imposé comme essayiste post-sioniste et critique constant de Benjamin Netanyahu, plaidant pour une identité juive plus ouverte et dénonçant les dérives de la politique israélienne. Membre du parti Hadash depuis 2015, il a annoncé en 2026 se présenter aux législatives israéliennes avec le mouvement « A Place for Us All »

Nous publions avec un an de retard cet appel d’Avraham Burg, qui appelle à déposer un recours devant la Cour internationale de justice afin que Benjamin Netanyahu soit jugé pour crimes contre l’humanité à Gaza : « Il ne s’agit pas d’un rejet de notre peuple, mais d’une défense de son âme ».
 
Le texte publié sur son blog et intitulé « Jews – Rebel. Now!!! » (traduit en français tour à tout par « Juifs, rebellez-vous maintenant ! » ou « Juifs, révoltez-vous ! Maintenant ! »), appelait un million de Juifs dans le monde — moins de 10 % de la population juive mondiale — à se joindre à une plainte collective devant la Cour internationale de justice pour crimes contre l’humanité commis à Gaza.
 
Quand on lit le texte avec attention, on s’aperçoit qu’ il ne s’agissait pas d’une pétition structurée avec un site de collecte de signatures, mais d’un appel moral publié sur son propre blog, dans lequel il écrivait explicitement espérer que « des lecteurs activistes se saisiraient de cet appel pour l’organiser » — autrement dit, il n’a pas lui-même mis en place de mécanisme de signature.
 
Au demeurant, si on s’en tient au plan juridique, seuls les États peuvent saisir la Cour internationale de justice — des particuliers ne peuvent pas y déposer une plainte collective — ce qui explique en partie pourquoi l’initiative est restée de l’ordre de l’appel politique et symbolique plutôt que d’une procédure judiciaire réelle.
 
Dans un billet de suivi publié en octobre 2025 (« Jews Rebel #2 »), après le cessez-le-feu à Gaza, Burg réoriente son propos vers d’autres priorités : un « Fonds juif mondial pour la reconstruction de Gaza », le soutien à la poursuite de « criminels de guerre juifs devant les tribunaux internationaux » en général, et des initiatives communautaires symboliques (« Maisons de compassion », « Communautés de réparation »).
 
En résumé : il faut considérer l’appel « Juifs, révoltez-vous ! Maintenant! » non pas comme une pétition, mais comme un témoignage pour l’honneur de la communauté juive mondiale devant l’histoire : « nous ne permettrons pas à l’État d’Israël, qui inflige systématiquement des violences à une population civile, de parler en notre nom ».

Magnifié, sanctifié
Sois le saint nom
Avili, crucifié
Chez les humains
Un million de bougies allumées
Pour l’aide qui n’est jamais venue
Vous le voulez plus sombre

Hineni, hineni
Je suis prêt, Seigneur

Leonard Cohen

Il n’existe pas de définition unique pour tous ceux qui s’identifient comme juifs. La judéité est-elle une religion ? Un gène ? Une culture? Une nationalité ? Un statut juridique ? Dans la confusion de ces identités qui se chevauchent et se contredisent, l’Israël moderne a forgé sa propre synthèse sans précédent, une fusion de cinq éléments jamais entièrement soudés dans l’histoire juive : la religion, la terre, le pouvoir, la langue et la souveraineté. Le produit de ce creuset israélien est une mutation culturelle qui ose s’appeler le judaïsme.

À ce moment de l’histoire israélienne, trois de ces éléments, la religion, le pouvoir et la terre, se sont métastasés en excroissances malignes. Le pouvoir est devenu trop grand et est désormais mis au service des interprétations les plus pathologiques du judaïsme, axées sur la conquête et la domination. Le coût immédiat de ce cancer est l’effritement de la souveraineté israélienne. Le pouvoir a été confié à des milices messianiques violentes, dont les chefs de gangs font désormais office de ministres. Ensemble, du haut en bas simultanément, ils ont démantelé l’État israélien. Ce pays n’existe plus.

Ces éléments destructeurs ont toujours été présents dans l’ensemble juif, mais ils étaient généralement contenus, marginalisés, limités. Aujourd’hui, après deux mille ans, ils ont pris le contrôle et mettent en œuvre leurs sombres projets. Chaque juif doit aujourd’hui faire face à deux questions fondamentales : Quelle est mon identité juive ? Et suis-je avec eux ou contre eux ?

Il n’y a pas de juste milieu. Il ne doit pas y en avoir.

Les soutenir, c’est s’aligner sur les forces ruineuses de notre passé. Avec ceux qui ont lancé une révolte imprudente et délirante contre l’Empire romain, entraînant la destruction du second temple et des souffrances indicibles pour notre peuple. Se ranger à leurs côtés, c’est embrasser les commandements bibliques d’anéantissement des nations indigènes et le mythe du suicide collectif à Massada. C’est suivre une culture séparatiste et suprémaciste : un monde où les non-Juifs sont vilipendés et où les Juifs sont choisis et exaltés.

Des lignes épaisses et ininterrompues s’étendent de l’orgueil de Bar Kokhba à la brutalité de Ben-Gvir, de la folie messianique de Rabbi Akiva à la grossièreté et au zèle de Smotrich. Les seigneurs de la ruine de l’histoire juive ne sont jamais vraiment morts et, aujourd’hui, ils tuent même.

Mais le judaïsme a toujours porté en lui une autre civilisation. Une civilisation enracinée dans l’introspection, la critique, la compassion et l’action morale. Le prophète Nathan s’est présenté devant le roi David, le dirigeant le plus puissant d’Israël, et l’a accusé de corruption et d’effusion de sang. Des siècles plus tard, le prophète Jérémie avertit les élites décadentes de Jérusalem de la destruction imminente du premier temple. En l’an 70 de notre ère, Rabbi Yochanan ben Zakkaï a fui la ville des zélotes et de la soif de sang, et a inauguré le nouveau judaïsme alternatif : une foi de culte sans temple, d’identité sans territoire, de force sans domination, et d’autorité spirituelle sans souveraineté politique.

C’est ce judaïsme qui a ensuite embrassé le yiddish, la langue qu’Isaac Bashevis Singer a décrite comme « la langue de l’exil… une langue sans terre et sans frontières, qui n’est soutenue par aucun gouvernement, une langue qui n’a pas de mots pour désigner les armes, les munitions, les manœuvres militaires ou les tactiques de guerre ». Dans les ghettos, les yiddishophones vivaient ce que les grandes religions ne faisaient que prêcher : une pratique quotidienne de l’étude de l’humanité et des relations humaines. Ce qu’ils appellent la Torah, le Talmud, l’éthique et la mystique. Le ghetto, loin d’être un simple refuge pour les persécutés, était une grande expérience de vie paisible, de sens de soi et d’attention aux autres. Et il survit encore, refusant de se rendre, malgré la cruauté qui l’entoure.

Cette tension intérieure de l’âme juive est toujours vivante. Entre les forces de la domination, de la soif de sang et de la « silenciation » des autres, et ce judaïsme de la tolérance, de l’ouverture et du dialogue.

Aujourd’hui, une grande inspiration morale s’impose à tous ceux qui refusent d’accepter la dictature du pouvoir et de la corruption menée par César Netanyahou et sa coalition de zélotes apocalyptiques.

Il est temps de sortir de la ville, comme l’a fait Yohanan ben Zakkaï, et de faire renaître un judaïsme de moralité et d’humanité. Nous n’avons pas d’institutions, pas de grandes ressources. Nous sommes dispersés, souvent seuls. Nous ne possédons aucun pouvoir militaire ou gouvernemental. Mais nous avons la force spirituelle et éthique de notre passé. L’histoire juive est de notre côté.

C’est pourquoi nous pouvons et devons arrêter l’écoulement du sang.

Voici comment nous pouvons commencer : nous avons besoin d’un million de Juifs. Moins de dix pour cent de la population juive mondiale pour déposer un appel commun à la Cour Internationale de Justice de La Haye. Une plainte juridique collective contre l’État d’Israël pour les crimes contre l’humanité commis en notre nom et sous la fausse bannière de notre identité juive.

Il est temps de dire : ça suffit !

Deux soleils se lèveront ce jour-là. L’un brillera au firmament juif, éclairant nos ténèbres intérieures et remplaçant le fanatisme par la clarté morale. L’autre brillera dans le monde entier, déclarant que parmi les Juifs, il y a ceux qui ressemblent aux pires criminels des nations et qu’il y a ceux qui, sans peur ni privilège, se dressent contre eux.

Oui, le Hamas a commis des crimes odieux contre l’humanité. Mais rien de tout cela ne justifie les actions d’Israël à Gaza depuis lors.

Nous sommes à l’heure des comptes. Nous ne devons pas l’esquiver.

Voici donc mon appel :

Si vous êtes un individu, une communauté ou une organisation juive n’importe où dans le monde, et que vous êtes ébranlés par ce que fait Israël, si vous vous alignez sur les valeurs du judaïsme humaniste, sur la décence morale de base et la responsabilité collective, rejoignez cette initiative historique. Non pas en vous tournant vers les armes ou les structures de pouvoir, mais vers la conscience de l’humanité. Adressez-vous à La Haye.

Dans notre appel, nous déclarerons : nous ne permettrons pas à l’État d’Israël, qui inflige systématiquement des violences à une population civile, de parler en notre nom. Nous n’accepterons pas que le judaïsme serve de couverture à des actes de violence. Ce n’est pas un rejet de notre peuple, c’est une défense de son âme. Il ne s’agit pas de détruire, mais de réparer.

Nous sommes des milliers, des dizaines de milliers, des centaines de milliers. Un million de Juifs qui disent simplement : nous sommes ici, et nous sommes contre.

Individus dotés d’une conscience et dont l’âme est en éveil, penseurs, érudits, membres du clergé, artistes, juristes, l’heure est venue. Connectez-vous. Signez. Organisez-vous. Élevez la voix juive de la résistance morale. La lumière existe. Elle a seulement besoin de nombreuses bougies.

J’espère vraiment que les lecteurs prêts à s’engager répondront à cet appel et le diffuseront.

Qu’ils entendront le plus ancien des appels –  « Où es-tu ? »  –  et qu’ils répondront comme l’a fait Leonard Cohen :

Hineni, hineni

Hineni, hineni

Je suis prêt, Seigneur.

Avraham Burg in 2008 (The Times of Israel)

Source:  Avrum Burg’s Substack

Traduction : Agence Média Palestine

N.B. Nous n’avons pas retenu le titre proposé par l’Agence Média Palestine qui nous paraissait incomplet et avons retenu celui de Michael J.P Laurent qui publie dans Geopolitics.fr un article consacré à l’appel d’Avrum Burg.

L’instrumentalisation de l’antisémitisme

Antony Lerman

Source: “Weaponising Antisemitism: The Gift that Keeps on Giving“, Declassified UK, 14 février 2024

Les défenseurs de la brutalité d’Israël à l’égard des Palestiniens de Gaza continuent d’utiliser les persécutions subies par les juifs dans le passé pour neutraliser les critiques à l’égard d’Israël.

Des milliers d’Israéliens se sont rassemblés à Jérusalem le 28 janvier à l’occasion d’une conférence d’extrême droite.

Antony Lerman

Cette conférence a appelé à la recolonisation juive de la bande de Gaza et au transfert de la population qui y vit, présenté de manière douteuse à l’aide de l’euphémisme « un moyen légal de les faire émigrer volontairement ».

Parmi les principaux orateurs figuraient d’éminents dirigeants extrémistes du gouvernement. On comptait notamment Itamar Ben-Gvir, ministre de la Sécurité nationale issu du Parti du pouvoir juif, et Bezalel Smotrich, ministre des Finances issu du Parti sioniste religieux.

Leur projet, que des membres du gouvernement israélien d’extrême droite annonçaient dès les premiers jours de la guerre de Gaza, constitue un nettoyage ethnique.

Tout Palestinien restant à Gaza serait soumis à l’extension, sur ce territoire, de l’apartheid sanctionné par l’État qui prévalait dans l’Israël d’avant 1967, en Cisjordanie après 1967 et sur le plateau du Golan.

Ce plan génocidaire a été salué par le ministre du Tourisme du Likoud, Haim Katz, comme une « occasion de reconstruire et d’étendre la terre d’Israël ».

« Parti pris antisémite »

Cela signifiait un rejet total de la décision rendue le 26 janvier par la Cour internationale de justice (CIJ) des Nations unies, selon laquelle « Israël doit prendre des mesures pour empêcher toute violence génocidaire de la part de ses forces armées » et « prévenir et punir » l’incitation au génocide.

Cela constituait également une validation de la vague d’accusations d’antisémitisme à l’encontre de la CIJ que la décision sur Israël de cette dernière avait provoquée. Les représentants du gouvernement israélien ont été les premiers à réagir. La Cour a fait preuve d’un « parti pris antisémite », ont-ils déclaré.

Les dirigeants du J7, le grand groupe de travail des communautés juives américaines contre l’antisémitisme, se sont ralliés à cette position. La CIJ est « tombée sous l’emprise de la propagande antisémite », a écrit Jake Wallis Simons, rédacteur en chef du Jewish Chronicle, dans le Telegraph.

Ce recours à l’antisémitisme comme arme pour détourner les critiques visant la riposte d’Israël aux attaques du Hamas du 7 au 10 octobre contre les colonies juives et les unités de l’armée israélienne situées au-delà de la barrière de sécurité à l’est de la bande de Gaza, était manifeste alors même que les informations sur les atrocités commises commençaient juste à filtrer.

Et la réaction à la décision de la CIJ n’a surpris personne. Après tout, cette stratégie, qui consiste à exploiter l’expérience passée de la persécution antijuive pour neutraliser les critiques à l’égard de l’État juif et susciter la sympathie à son égard, est un procédé qui perdure depuis des décennies.

Propagande tous azimuts

Comme je l’ai analysé dans mon livre « Whatever Happened to Antisemitism? », cette stratégie s’adapte très bien à pratiquement toutes les violations par Israël des droits humains des Palestiniens. Il a été déployé dès le premier jour pour décrire les motivations du Hamas, puis sans discontinuer depuis lors pour saper et détourner les demandes d’un cessez-le-feu immédiat.

En l’espace de quelques heures, dans ce qui présentait toutes les caractéristiques d’une offensive de propagande coordonnée, des responsables gouvernementaux et des responsables politiques israéliens qualifiaient les attaques de « pogroms » et décrivaient ces événements comme « la journée la plus meurtrière pour les Juifs depuis l’Holocauste ». Et ces descriptions continuent de façonner le discours public et la compréhension des événements du 7 octobre.

Le terme « pogrom » est un mot russe désignant les attaques violentes menées par des populations locales non juives contre les Juifs dans l’Empire russe et dans d’autres pays au XIXe siècle. Elles étaient perpétrées par l’oppresseur puissant contre les faibles et les vulnérables.

Aussi grotesque soit-elle, l’attaque du Hamas était précisément le contraire : « une manifestation sans précédent de violence anticoloniale », a écrit Tareq Baconi dans un commentaire pour Al Shabaka, le think tank palestinien international. Il s’agissait d’une attaque contre une cible qui a toujours été vulnérable et qui symbolisait le régime raciste anti-palestinien, le puissant État israélien, imposant l’asservissement de la population de Gaza.

« Une astuce qu’on utilise toujours »

Quant à la comparaison avec l’Holocauste, un tel langage apocalyptique déforme et banalise le génocide nazi des Juifs. Shulamit Aloni, défunte présidente du Meretz – alors le parti le plus à gauche d’Israël dans les années 1990 –, connue pour son franc-parler et très respectée, l’avait candidement condamnée en ces termes : « C’est une astuce à laquelle nous recourons toujours. Quand quelqu’un en Europe critique Israël, nous évoquons l’Holocauste. »

Si l’on compare l’instrumentalisation de l’antisémitisme à l’époque, alors qu’elle n’en était qu’à ses balbutiements, à son ampleur actuelle, on constate que le rôle que l’Holocauste est sans vergogne amené à jouer pour blanchir l’apartheid israélien et justifier la dépossession et le nettoyage ethnique des Palestiniens devient de plus en plus important.

« Quand quelqu’un en Europe critique Israël, on évoque l’Holocauste »

L’institution qui a rendu cela possible est l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste et la « définition opérationnelle » de l’antisémitisme qu’elle a adoptée en 2016. Cette organisation est connue dans le monde entier simplement sous son acronyme : IHRA.

Quelle que soit la teneur de cette définition, qui oserait remettre en cause un document diffusé par un organisme dont le nom comporte les mots « mémoire de l’Holocauste » ? D’autant plus que ses promoteurs ont pratiquement décrété qu’une telle remise en question était un sacrilège.

Et pourtant, la plupart des exemples d’antisémitisme contenus dans cette définition servent à justifier la restriction du droit des Palestiniens à s’exprimer publiquement sur leurs expériences de nettoyage ethnique et de dépossession continue, sans rien faire pour protéger les Juifs contre le véritable antisémitisme.

Comportement protégé

Même avant le 7 octobre, les discours habituels sur l’antisémitisme présentaient les Palestiniens comme étant presque exclusivement associés au terrorisme.

Aujourd’hui, les termes « Palestinien » et « terroriste du Hamas » sont souvent considérés comme synonymes. Par conséquent, suggérer que les Palestiniens pourraient mériter des droits, la souveraineté et la solidarité revient à cautionner la violence contre les Juifs, écrit la journaliste et universitaire Natasha Roth-Rowland.

Empêcher cela et lutter contre ce phénomène lorsqu’il se produit « revient essentiellement à présenter la violence d’État israélienne – nettoyage ethnique, incarcération de masse, exécutions extrajudiciaires, spoliation des terres – comme une forme de comportement protégé parce qu’elle est perpétrée par des Juifs ».

Comme certains le soutiennent, l’une des manifestations de la redéfinition de l’antisémitisme en antisionisme est que l’antisémitisme ne concerne plus « ceux qui haïssent les Juifs », mais « ceux que les Juifs haïssent ».

Antisionisme

Le succès persistant de cette instrumentalisation repose sur une vision déformée et instrumentalisée de l’histoire juive : l’idée que, d’une part, l’antisémitisme est éternel et immuable, et que, d’autre part, l’antisionisme est le « nouvel antisémitisme ».

Quoi qu’il en soit, les organisations anti-antisémites politisées ne cessent d’encourager les gens à croire que l’extermination antisémite est imminente. La première conception, « éterniste », du passé juif, qualifiée de vision larmoyante, ignore les formes contingentes et historiquement spécifiques de l’antisémitisme.

Quant à l’antisionisme, il n’y a rien de plus juif. Les Juifs ont été les premiers antisionistes, le sont restés dans leur grande majorité jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, et des centaines de milliers d’entre eux le sont encore aujourd’hui.

« Quant à l’antisionisme, il n’y a rien de plus juif »

Cependant, il est dans l’intérêt d’Israël de continuer à entretenir l’idée que les Juifs, partout dans le monde, sont également et éternellement vulnérables, même si le sionisme était censé mettre fin à la haine des Juifs.

Alors que tant de gens semblent se réjouir d’être exploités pour susciter la compassion au nom d’allégations douteuses d’un antisémitisme en constante montée, pourquoi ne pas continuer à instrumentaliser le discours sur l’Holocauste et les pogroms en les présentant comme des dangers évidents et immédiats ?

Pour les dirigeants israéliens, chaque confrontation militaire, chaque combat contre le Hamas ou le Hezbollah est mené au nom du « peuple juif ». Peu importe que le fait de ne faire aucune distinction entre l’État d’Israël et les Juifs du monde entier soit considéré comme une croyance antisémite selon l’IHRA.

Ephraim Mirvis, le grand rabbin de la United Synagogue britannique, n’avait certainement pas lu le script lorsqu’il a qualifié les soldats israéliens commettant un génocide à Gaza, au nom de l’éradication de l’antisémitisme, d’« incroyables soldats héroïques ».  Pourrait-il être plus évident que l’antisémitisme instrumentalisé constitue un danger évident et immédiat pour les Juifs qui ne réclament pas l’égalité des droits pour tous, du fleuve à la mer ?


À propos de l’auteur

Antony Lerman est chercheur senior au Bruno Kreisky Forum for International Dialogue, à Vienne, et membre honoraire du Parkes Institute for the Study of Jewish/non-Jewish Relations, à l’Université de Southampton. Il est l’auteur de “Whatever Happened to Antisemitism? Redefinition and the Myth of the ‘Collective Jew’” (Pluto Press, 2022) et de “The Making and Unmaking of a Zionist: A Personal and Political Journey” (Pluto Press, 2012).

Pour aller plus loin

Jamais depuis la Shoah les alertes sur la menace antisémite n’ont été aussi dramatiques. Pourtant, les désaccords n’ont jamais été aussi profonds sur ce qu’est réellement l’antisémitisme, sur ses origines et sur la manière d’y répondre.

Dans cet ouvrage décisif, Antony Lerman analyse la confusion croissante autour du « nouvel antisémitisme » et l’assimilation entre antisionisme et haine des Juifs. Il montre comment, depuis quarante ans, l’État d’Israël et ses soutiens ont imposé un récit qui fait d’Israël le « Juif collectif » parmi les nations — un mythe mobilisé pour délégitimer la solidarité avec les Palestiniens, tout en renforçant des forces islamophobes et nationalistes.

En retraçant l’histoire de cette redéfinition, Lerman met en évidence ses effets délétères : banalisation des accusations d’antisémitisme, instrumentalisation de la mémoire de la Shoah, atteintes à la liberté d’expression et criminalisation des luttes palestiniennes pour la justice et l’égalité.

Interview de la présidente du CICR Mirjana Spoljaric

par Richard Werly

« On critique le CICR pour se débarrasser de la responsabilité humanitaire qui incombe aux belligérants »

La présidente du CICR Mirjana Spoljaric lance un cri d'alarme: "nous faisons face aux pires crises humanitaires".
La présidente du Comité international de la Croix Rouge (CICR) parle sur les grands enjeux de l’heure: guerre en Ukraine, massacres de Gaza.
Mirjana SpoljaricRichard Werly
Présidente du Comité international de la Croix Rouge (CICR) depuis octobre 2022 le Comité International de la Croix Rouge (CICR). Née en Croatie, cette diplomate suisse passée par les Nations unies a la très lourde tâche, avec le directeur général de l’organisation Pierre Krähenbühl, de défendre sur tous les théâtres de guerre le droit international humanitaire et les Conventions de Genève, dont la Confédération helvétique est dépositaire. Est-ce devenu une mission impossible dans le monde de Donald Trump ? Le Droit international humanitaire (DIH) peut-il se relever des violations dénoncées, à Gaza ou en Ukraine, par le CICR ?Éditorialiste France-Europe pour le quotidien suisse Blick, Auteur de La France contre elle-même (Éditions Grasset, 2022). Ancien journaliste correspondant à Bangkok du Journal de Genève et de La Croix-L’Événement.
Source: Richard Werly, « Entretien – ‘On critique le CICR pour se débarrasser de la responsabilité humanitaire qui incombe aux belligérants’ », Revue Défense Nationale (RDN), 31 août 2025.

Commençons par l’Ukraine, ce conflit dans lequel la réputation, la responsabilité et la neutralité du Comité international de la Croix rouge ont été plusieurs fois mises en cause par les autorités de Kiev, qui l’accusent d’être du côté de l’agresseur russe. Aujourd’hui, le CICR peut- il y mener à bien sa mission ?

Il est faux d’affirmer que le CICR entretient un quelconque lien avec la Russie. La vérité est que nous entretenons des liens avec tous les États dans le monde, car cela est indispensable pour mener à bien notre mission. Et partout nous fonctionnons de la même manière : en restant à équidistance de toutes les parties belligérantes afin de remplir le mandat que nous confèrent les Conventions de Genève. Il est important de répéter cette évidence dans une revue comme la RDN, lue par les militaires, les états-majors et les experts en géopolitique : tous les États, sans exception, ont les mêmes obligations de respecter ces conventions, de manière non transactionnelle et, indépendamment de ce que font les autres, y compris leurs ennemis. Or, comment y parvenir si l’on ne dialogue pas avec les parties en présence pour insister sur le respect du Droit international humanitaire (DIH) ?

Soyons plus précis : le CICR opère en Ukraine et en Russie. De la même manière ? Avec le même degré d’accès ?

Pour opérer en Ukraine, nous avons besoin de savoir ce qui se passe en Russie. Nous devons avoir, des deux côtés du front, accès aux prisonniers de guerre. Et c’est ce que nous nous efforçons de faire. Je le répète : il est faux de dire, comme je l’ai entendu à Kiev, que le CICR devrait se distancier d’un pays ou l’autre car il ne respecte pas le DIH – au contraire, c’est là où nous devons être plus présents et redoubler nos efforts. Notre mandat est strictement fondé sur le principe de neutralité qui, il est vrai, peut être difficile à comprendre et à accepter lorsque vous subissez une agression caractérisée. Nos modalités de confidentialité sont aussi compliquées à justifier face aux victimes ; mais cela fonctionne. L’histoire du CICR prouve que l’accès aux populations, y compris dans les situations les plus difficiles, est toujours meilleur si on reste neutre. N’oublions pas que les guerres sont aussi des batailles politiques et médiatiques. Chacun se positionne. Or il est devenu très populaire, pour certains politiques, de critiquer le CICR pour se débarrasser de la responsabilité qui leur incombe de respecter le droit international humanitaire.

Concrètement, le CICR obtient des résultats ?

Oui. Si nous n’étions pas là, la situation humanitaire et celle des prisonniers de guerre des deux camps seraient sans doute pires. Avons-nous accès à tous les endroits où nous réclamons systématiquement de nous rendre ? Non. Disposons-nous, comme nous le demandons, d’un accès répété aux sites d’internement des prisonniers, pour pouvoir vérifier leurs conditions de détention ? Non. Restent les faits : grâce à l’intervention et aux messages qui transitent via le CICR, 14 200 familles ont pu être, depuis le début de la guerre, informées de la situation de leurs proches disparus. Nous avons convoyé plus de 18 000 messages entre les détenus et leurs familles. Nous avons visité depuis l’escalade du conflit 6 700 prisonniers de guerre, principalement en Ukraine. Est-ce suffisant ? Non. Nos statistiques ne correspondent malheureusement pas au nombre de personnes disparues. Au moment où nous parlons, des dizaines de milliers d’Ukrainiens sont à la recherche de leurs fils ou de leurs parents. Le travail du CICR consiste aussi, grâce à nos banques de données, à mettre des noms sur des disparitions, à vérifier les identités. C’est un travail très minutieux, essentiel, qui va durer très longtemps, même en cas d’accord de paix et de cessez-le-feu.

Le Comité international de la Croix Rouge va donc rester en Ukraine au-delà d’un possible règlement du conflit ?

Bien sûr. C’est ce qui se passe dans les Balkans. Nous serons toujours là bien après l’arrêt des combats que nous espérons tous. Je pense que le CICR sera présent en Ukraine, et dans les territoires contestés par les deux pays, pendant des décennies. C’est la réalité de la guerre. Elle se prolonge au-delà du retour de la paix.

Prenez le cas de la Syrie, où j’ai effectué une mission en janvier. Actuellement, nous gérons un total de 31 000 cas de disparus. L’angoisse des familles à la recherche de leurs proches disparus met en évidence les souffrances qui pourraient être évitées si le CICR était en mesure de rendre visite aux détenus afin de contrôler leurs conditions de détention et de leur permettre de rester en contact avec leurs familles.

Notre mission est de maintenir cette dynamique et de déployer tous les efforts nécessaires pour y parvenir. Le CICR réaffirme son engagement envers les populations touchées par les conflits. C’est l’essence même de notre mandat.

L’une des conséquences du conflit en Ukraine est le réarmement de l’Europe. Les dépenses de défense augmentent de façon importante sur le Vieux Continent, en particulier au sein de l’OTAN. La Suisse, malgré sa neutralité, est aussi concernée. Bref, presque tous nos pays, d’une façon ou d’une autre, consolident leur défense. On parle de la menace russe. On parle de guerre hybride. Le CICR est concerné ?

C’est une évidence. Tous les responsables militaires et politiques européens – puisque vous me parlez de l’Europe – doivent en avoir conscience : dès que vous prenez la décision de vous armer davantage et de vous préparer à une guerre éventuelle, la question du droit international humanitaire est centrale, incontournable. Vos armées, vos soldats ont intérêt à ce que les éventuels belligérants respectent le DIH. Il est impossible d’investir massivement dans la défense et d’ignorer les conséquences humanitaires. Se préparer à la guerre et à affronter des menaces, c’est aussi entraîner vos armées au respect du DIH. Vous devez disposer des moyens et des outils pour cela. La protection des populations civiles, des installations médicales et des infrastructures civiles, le respect des équipes du CICR et des convois humanitaires, tout cela fait partie intégrante de la guerre. Mon message aux gouvernements européens est : c’est votre responsabilité, comme État. Le CICR peut offrir un soutien technique. Mais ce sont les belligérants qui ont le dernier mot et doivent se mettre d’accord. C’est pour cette raison que nous demandons à nos interlocuteurs de l’Union européenne et de l’Otan de faire du DIH une priorité de leur politique de sécurité et de défense.

À ce stade, il nous faut parler de Gaza. Ce conflit n’est-il pas le cimetière du droit international que vous défendez ?

Ce qui se passe à Gaza est une négation de toutes les normes morales et juridiques. Je me suis moi-même rendu à nouveau dans les territoires palestiniens en janvier 2025. J’ai pu constater de mes propres yeux les conditions épouvantables dans lesquelles vit la population civile palestinienne. Il ne reste plus aucune dignité pour les habitants de Gaza. Gaza est détruite dans sa totalité. Cette enclave n’est plus vivable. Ce que j’ai vu en janvier n’était déjà pas tenable et la situation humanitaire s’est massivement détériorée jusqu’à aujourd’hui. Nous ne sommes pas en mesure de faire rentrer le matériel nécessaire pour équiper adéquatement notre hôpital de campagne à Rafah. Médicaments, eau, nourriture… Tout manque. C’est une horreur humanitaire.

Comment en finir ?

Il est très clair que nous demandons l’arrêt des combats, la distribution rapide et sans entrave d’aide humanitaire impartiale dans l’ensemble de Gaza, et la libération inconditionnelle des otages. Nous l’avons demandée dès le début de ce conflit, tout de suite après le 7 octobre 2023. Le CICR a joué un rôle clé dans la libération de plus de 149 otages et 1 709 détenus. Mais on ne peut rien faire sans un cessez-le-feu et sans volonté politique. Il est crucial que les droits les plus élémentaires de la population civile de Gaza soient respectés. C’est une obligation pour la communauté internationale tout entière. Si on n’arrive pas à revenir à un meilleur respect du DIH, ce qui se passe à Gaza restera comme une faillite morale majeure pour tous les États.

Plus les combats se poursuivent, plus cette faillite morale pèse sur nos épaules, notamment pour les pays occidentaux alliés d’Israël ?

Avant tout, Israël a une responsabilité principale et immédiate pour ce qui se passe à Gaza, y compris en tant que puissance occupante. Ce pays ne peut pas échapper aux responsabilités qui incombent à tous les États signataires des conventions de Genève de respecter et faire respecter le DIH. Je demande à tous les chefs des États de prendre leurs téléphones et d’appeler leurs alliés à respecter le droit international humanitaire.

On entend souvent, en particulier dans les pays du sud, des dirigeants dénoncer le « deux poids deux mesures » des Occidentaux qui dénoncent les frappes russes sur l’Ukraine, mais se montrent beaucoup plus prudents sur Gaza. Ce déséquilibre problématique, le CICR le ressent-il aussi, vu que votre organisation est présente dans le monde entier ?

Il est évident que plus la tragédie à Gaza se prolonge, plus les dirigeants, les gouvernements, les factions, les mouvements et les milices du monde entier sont encouragés à considérer le droit international humanitaire comme facultatif et à le bafouer. Nous n’avons pas les moyens de nous le permettre. Ce qui se passe à Gaza informe de manière extrêmement dangereuse ce qui se passe dans tous les conflits, que ce soit au Soudan, en Ukraine, en République Démocratique du Congo ou au Myanmar, où j’étais il y a quelques mois. Les interprétations permissives et la tolérance vis-à-vis des violations du droit de la guerre sont des signaux qui influencent la conduite des hostilités ailleurs. On ne peut pas laisser cela durer. Nous devons impérativement renverser cette tendance. C’est pour cette raison que le CICR a lancé une initiative globale, avec le soutien de la France, du Brésil, de la Jordanie, de l’Afrique du Sud, de la Chine et du Kazakhstan, en faveur d’une conférence internationale fin 2026 appelant à faire du respect du droit international humanitaire une priorité politique, dans le domaine diplomatique comme du point de vue militaire. Plus de 85 pays soutiennent déjà cet appel. Nous voulons avoir à bord, lors de cette conférence, tous les États signataires des conventions de Genève.

La guerre en Ukraine, devenue largement une guerre des drones et des missiles, démontre combien la nature des conflits a changé. Les armes du futur vont encore accentuer ces bouleversements. Le CICR s’y prépare ?

Les nouvelles technologies ont toujours modifié la conduite des hostilités et le comportement des combattants. Le plus frappant est l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le pilotage des drones, lesquels peuvent voyager à des milliers de kilomètres. Vous pouvez très bien déclencher une attaque depuis un autre pays. Vous pouvez procéder à une frappe létale, dévastatrice, depuis votre appartement. Or le droit international humanitaire demeure la règle, quelle que soit l’arme utilisée.

Est-ce que cette mutation technologique rend plus difficile le travail et la mission du Comité International de la Croix Rouge ?

Oui, c’est évident. Il est faux, en tout cas, de penser que la technologie élimine les lois et les règles : le DIH demeure pertinent et s’applique aux opérations militaires menées avec l’aide des nouvelles technologies.

Sauf qu’avec l’intelligence artificielle, l’homme disparaît derrière l’arme…

L’homme en tant que pilote oui, mais pas l’État, pas le commanditaire de l’action, pas le responsable de la décision de frapper. Il est faux de penser que le Droit international humanitaire ne s’applique pas. Il y a deux ans, le CICR a participé à l’élaboration d’un cadre normatif pour les armes autonomes, et le danger nous est apparu clairement avec la création d’armes à 100 % indépendantes d’un contrôle humain. Il faut mettre des barrières internationales pour clarifier ce qui peut être permis et ce qui ne peut pas l’être et empêcher la construction d’armes qui auraient un impact dévastateur comparable aux armes nucléaires.

Vous parlez de communauté internationale, mais existe-t-elle encore ?

Le multilatéralisme et le besoin d’organisations internationales n’est pas mort. Je refuse de considérer leur disparition comme une fatalité. La gouvernance globale est sous pression, c’est juste. Mais les États continuent de se parler, de négocier et même de faire des « deals ». Parler de fin du multilatéralisme est bien trop simple, bien trop réducteur. Ce qu’on observe et que le CICR déplore, c’est la dégradation des règles de la guerre et leur interprétation permissive. C’est la disparition de notre acquis humanitaire bâti au fil de plusieurs décennies de conflit. C’est la mise à mal du besoin de préserver l’humanité à tout prix. Nous allons tous payer cela très cher.

Présider le Comité International de la Croix Rouge, ce n’est pas courir le risque d’être découragée face à la montée des périls que vous évoquez ?

Le CICR a été créé, après la bataille de Solferino en juin 1859, dans les conditions d’une guerre atroce. Depuis la naissance du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, nous faisons face aux pires crises humanitaires. Nous n’allons sûrement pas lâcher prise au moment où le monde a le plus besoin de nous. Au contraire. Nous allons renforcer notre action et notre plaidoyer pour demander un accès humanitaire. Il n’est pas acceptable d’être systématiquement empêché de livrer des vivres et des cargaisons humanitaires, dans le seul but de venir en aide aux populations civiles. Nous allons aussi renforcer notre engagement en faveur du droit international humanitaire. Nous sommes résolus à mener ce combat politique. Les solutions ne sont pas militaires. Elles sont politiques. Nous devons mobiliser les États pour un meilleur État de droit, pour un meilleur respect des règles multilatérales. Et croyez-moi, je vais me battre pour cela. Je ne suis pas du tout découragée.

Le CICR est une très grosse machine. L’organisation a traversé ces dernières années une crise financière sérieuse. En êtes-vous sorti ?

La situation financière du CICR est toujours un sujet d’importance dans la mesure où les besoins humanitaires dépassent largement nos moyens. Nous devons souvent agir sans avoir les garanties financières adéquates. C’est dans ce contexte que nous avons fait face à une crise aiguë en 2023. Nous avons, en conséquence, réformé nos structures internes, réduit nos coûts opérationnels et supprimer plus de 4 000 postes. Est-ce suffisant pour l’avenir ? Rien n’est sûr, car nous sommes aujourd’hui soumis, comme tous les acteurs humanitaires, à de nouvelles pressions financières d’une dimension différente. Il faut regarder la réalité en face : toute l’architecture humanitaire est mise sous pression à cause de la volonté de retrait de nombreux donateurs, dont les États-Unis et d’autres soutiens traditionnels de l’action humanitaire, y compris la Suisse ou la France. De nombreux États, en particulier européens, sont aussi en train de baisser leurs budgets de coopération internationale pour investir davantage dans la défense. Mon message à ces pays est : ne renoncez pas au DIH et continuez de nous soutenir. Le CICR est souvent l’ultime preuve d’humanité, l’ultime secours, l’ultime rempart contre la barbarie absolue. Vous pouvez investir dans la défense. C’est votre décision souveraine. Mais ne le faites pas au détriment de votre devoir d’humanité.