Lettre ouverte au pape Léon XIV

Organiser une rencontre au sommet des dirigeants mondiaux afin d’aborder les questions de paix et de désarmement nucléaire

Voici la lettre ouverte au pape Léon XIV lancée le 19 août 2026 par Jack Gilroy et d’autres responsables de Pax Christi de l’État de New York en coordination avec la Coalition internationale pour la Paix .
 
Alors que les tensions mondiales atteignent un niveau inédit depuis la Seconde Guerre mondiale, des voix influentes, comme celles de Tulsi Gabbard et Sergueï Narychkine, alertent sur un risque imminent de guerre nucléaire. Face à l’escalade des conflits en Ukraine, à Gaza, entre les États-Unis et la Chine, et désormais avec l’Iran, des intellectuels et citoyens du monde entier conjurent le Pape Léon XIV de convoquer un sommet international d’urgence. Objectif : écarter la menace d’un holocauste nucléaire et réorienter les ressources vers la paix et le développement. Un appel urgent pour que la diplomatie triomphe avant qu’il ne soit trop tard.
[N.B. Les sous-titres et les notes de bas de page sont de nous. NDÉ.]

Votre sainteté Léon XIV, vous qui avez déployé les plus grands efforts pour parler au nom de l’humanité entière, et non en faveur de nations, de religions ou de groupes particuliers, nous vous lançons un appel à convoquer d’urgence un sommet international pour éloigner le monde de son actuelle trajectoire vers la guerre et une potentielle catastrophe nucléaire, et pour résoudre pacifiquement les plus grandes crises auxquelles l’humanité est confrontée aujourd’hui. Cette initiative serait conforme aux appels constants à la paix et à la justice que vous avez lancés depuis votre accession au trône pontifical, qui ont inspiré et donné espoir à des millions, voire des milliards de personnes à travers le monde.

Alarmes au sein du monde du renseignement

Le 10 juin 2025, la directrice du renseignement national américain, Tulsi Gabbard, a diffusé, depuis Hiroshima, une vidéo brève mais glaçante, dans laquelle elle avertissait que nous étions

« plus proches que jamais du précipice de l’anéantissement nucléaire » et que « les bellicistes de l’élite politique attisaient sans scrupules la peur et les tensions entre les puissances nucléaires ». « Il nous appartient, à nous, le peuple, concluait-elle, de nous faire entendre et d’exiger la fin de cette folie. Nous devons rejeter cette voie vers la guerre nucléaire et œuvrer pour un monde où personne n’aura à vivre dans la crainte d’un holocauste nucléaire. »

Le 20 octobre 2025, Sergueï Narychkine, directeur du SVR, le service de renseignement extérieur russe, a averti :

« Le monde traverse actuellement la période la plus fragile pour la sécurité internationale depuis la Seconde Guerre mondiale. (…) Notre tâche commune, et peut-être la principale, est de veiller à ce que l’adaptation à cette nouvelle réalité se fasse sans guerre majeure, comme cela s’est produit lors de précédentes périodes historiques. »

Une escalade sur plusieurs fronts

Plusieurs mois se sont écoulés depuis que les deux chefs du renseignement ont tiré la sonnette d’alarme et nous nous sommes considérablement rapprochés de l’anéantissement nucléaire.

Lorsque Gabbard et Narychkine ont lancé ces avertissements, la guerre faisait rage en Ukraine, Israël perpétrait un génocide à Gaza et les tensions étaient vives entre la Chine et les États-Unis au sujet de Taïwan et de la mer de Chine méridionale. Depuis, la guerre israélo-américaine contre l’Iran est venue s’ajouter à ce contexte, de sorte que la menace d’une troisième guerre mondiale a crû de façon exponentielle.

Des dirigeants qui planifient l’impensable 

Des signes persistent quant à la planification d’une telle éventualité par les dirigeants, alors même que nous savons depuis plus de quarante ans qu’une guerre nucléaire, même limitée, a fortiori une guerre de grande ampleur, pourrait engendrer des dégâts inimaginables à l’échelle mondiale, notamment un hiver nucléaire qui menacerait d’anéantir toute vie sur Terre.

Le 20 août 2024, le New York Times publiait en première page un article alertant sur le fait que les États-Unis se préparaient à mener une guerre nucléaire simultanée sur trois fronts contre la Russie, la Chine et la Corée du Nord1. Le même jour, le Bulletin of the Atomic Scientists rendait compte de l’émergence d’un courant de pensée parmi les stratèges nucléaires, selon lequel une guerre nucléaire pourrait être menée et gagnée, remettant en cause des décennies de consensus sur le fait qu’une telle guerre ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée2. L’année précédente, l’amiral américain Thomas Buchanan avait déclaré que les États-Unis se préparaient à mener et gagner une guerre nucléaire, tout en conservant un arsenal nucléaire suffisant pour maintenir leur hégémonie mondiale. Plus récemment, Elbridge Colby, chef du département politique du Pentagone, a évoqué la nécessité pour les États-Unis d’utiliser des armes nucléaires tactiques, en plus du déploiement de troupes sud-coréennes et japonaises en cas de combats entre les États-Unis et la Chine au sujet du détroit de Taïwan.

Les concepteurs de l’Horloge de l’Apocalypse du Bulletin des scientifiques atomistes ne sont pas les seuls à penser que le monde se rapproche inexorablement d’une annihilation nucléaire. Outre les menaces émanant des États-Unis, plusieurs dirigeants russes influents ont appelé Vladimir Poutine à recourir à l’arme nucléaire pour vaincre l’Ukraine.

L’urgence d’un sommet international

Nous, soussignés du monde entier, estimons qu’il est temps de convoquer d’urgence un sommet international afin d’aborder les conflits majeurs dans le monde et la nécessité d’éviter le précipice nucléaire. La Russie est embourbée en Ukraine depuis près de cinq ans. Bien qu’elle continue à faire des progrès, certes modestes et au prix de lourds sacrifices, le conflit est au point mort et les deux camps s’infligent d’importants dégâts sur leurs infrastructures énergétiques et maritimes par leurs frappes de drones et de missiles, provoquant des pénuries mondiales d’énergie et de produits alimentaires et engendrant des souffrances tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de leurs pays respectifs. Si l’Ukraine, soutenue par l’OTAN, continue à franchir les lignes rouges de la Russie, Poutine sera-t-il disposé et capable de contrer les faucons russes ? Les États-Unis, quant à eux, n’ont pas trouvé d’issue diplomatique à leur guerre contre l’Iran, qui ne se montre aucunement disposée à leur permettre de mettre fin à la crise qu’ils ont provoquée, avec Israël, en l’attaquant. Alors que la Chine souligne que le maintien de Taïwan constitue son ultime ligne rouge, tous les acteurs de la région bénéficieraient d’une désescalade des tensions et d’une réorientation des ressources vers le développement, à l’instar de l’initiative chinoise des Nouvelles Routes de la Soie, plutôt que vers la guerre.

Ce dernier point devrait s’appliquer universellement. Il est consternant de voir tant de nations détourner vers leurs forces armées les ressources pour l’alimentation, le logement, l’éducation et les soins de santé. Cela s’est particulièrement vérifié en Amérique du Nord, en Europe et en Asie, où les discours sur la résolution pacifique des conflits ont cédé la place à ceux sur les préparatifs de guerre.

Les précédents historiques : Paul VI et Jean XXIII

Comme vous l’avez si justement et si fortement affirmé il y a quelques mois : 

« J’ai répété à maintes reprises l’appel fervent lancé par saint Paul VI à l’Assemblée générale des Nations unies. Ce qui m’unit à mon vénérable prédécesseur, c’est un pacte scellé par un serment qui doit changer le cours de l’histoire : plus jamais la guerre, plus jamais la guerre ! C’est la paix, la paix, qui doit guider le destin des nations de l’humanité ! Plus que jamais à l’ère atomique, l’affirmation de cette vérité doit triompher : ce ne sont pas les armes atomiques qui engendrent la paix, mais le désarmement. Cette vérité, qui paraissait si évidente ces dernières décennies, lorsque nous avons assisté à une désescalade nucléaire, a été obscurcie par une course aux armements qui aujourd’hui effraie et terrifie. »

Dans ce discours exceptionnel prononcé en octobre 1965, le pape Paul VI, le premier pape à s’adresser aux Nations unies, cita le président Kennedy :

« L’humanité doit mettre fin à la guerre, sinon la guerre mettra fin à l’humanité. » Il reprit le livre d’Isaïe : « Ils fondront leurs épées en socs de charrue et leurs lances en serpes. » Dans son encyclique Populorum Progressio de 1967, Paul VIsouligna : « Le développement est le nouveau nom de la paix. »

D’autres papes ont également pris des initiatives audacieuses pour sauver l’humanité en temps de crise. En octobre 1962, le pape Jean XXIII avait lancé un appel à résoudre pacifiquement la crise des missiles de Cuba et il aida le président Kennedy et le Premier ministre Khrouchtchev à trouver un moyen de sauver la face en trouvant une solution à la crise par voie diplomatique plutôt que militaire, à un moment où la guerre semblait imminente.

Un effort similaire pourrait aboutir aujourd’hui, alors que les deux principaux conflits mondiaux semblent s’enliser inexorablement.

La course aux armements aujourd’hui 

Il en va de même pour la course aux armements nucléaires : les neuf puissances nucléaires modernisent non seulement leurs arsenaux, mais les augmentent après des décennies de réductions certes judicieuses, mais beaucoup trop lentes. Et pour la première fois depuis des décennies, les deux principaux antagonistes nucléaires ne sont liés par aucun traité de contrôle des armes nucléaires. D’autres pays, dont le Japon, la Corée du Sud, la Pologne, l’Arabie saoudite, l’Ukraine et d’autres territoires comme Taiwan, ont commencé à envisager d’acquérir l’arme nucléaire, ce qui ne ferait que transformer le monde en une poudrière nucléaire encore plus vaste.

Un appel du pape à la tenue d’un sommet d’urgence pour mettre fin aux guerres actuelles et enrayer la dépendance croissante aux armes nucléaires et aux conflits armés, pourrait offrir aux dirigeants mondiaux l’opportunité de choisir une nouvelle voie et de nous éloigner de la trajectoire actuelle vers une guerre nucléaire destructrice pour la planète. Nous vous exhortons, Pape Léon, à user de votre autorité morale unique pour convoquer une telle réunion des dirigeants du monde, incluant les chefs d’État des trois principales puissances nucléaires, afin qu’ils se réunissent et répondent aux appels de l’humanité pour orienter notre monde dans une direction fondamentalement différente avant qu’il ne soit trop tard.

  1. Premiers signataires :
    (mise à jour du 4 septembre 2026)

  • Peter Kuznick, professeur d’histoire et directeur de l’Institut d’études nucléaires de l’Université américaine ;
  • Jack Gilroy, Pax Christi, Vétérans pour la paix, Interdiction des drones tueurs, Coalition internationale pour la paix de l’Institut Schiller ;
  • Ivana Nikolić Hughes, présidente de la Nuclear Age Peace Foundation et maître de conférences en chimie à l’université Columbia ;
  • Richard Falk, professeur émérite de droit international Albert Milbank à l’université de Princeton et vice-président principal de la Nuclear Age Peace Foundation ;
  • Naledi Pandor, ancienne ministre des Relations internationales et de la Coopération, Afrique du Sud (2019-2024) ;
  • Son Excellence Donald Ramotar, ancien président du Guyana (2011-2015) ;
  • Yukio Hatoyama, ancien Premier ministre du Japon, 2009-2010 ;
  • Kay-Achim Heino Schönbach, ancien vice-amiral et inspecteur de la Marine allemande ;
  • Ali Rastbeen, président de l’Académie de géopolitique de Paris, France ;
  • Ernesto Sócrates Pazmiño Granizzo, ancien ministre de la Justice et des Droits de l’Homme de l’Équateur ; ancien vice-président du Centre d’études sur la justice des Amériques, Équateur :
  • Alain Corvez, colonel (CR), consultant en relations internationales, ancien conseiller du commandant de la FINUL au Liban, Paris, France ;
  • Chandra Muzaffar, réformateur et militant islamique, président du Mouvement international pour un monde juste (JUST) ; coordinateur de SHAPE (Sauver l’humanité et la planète Terre) ;
  • Jacques Cheminade, président de Solidarité & Progrès, Paris, France ;
  • L’honorable Douglas Roche, OC, Canada ;
  • Kathy Kelly, enseignante de la paix Pax Christi 1998 ; présidente du conseil d’administration, World Beyond War ;
  • David Swanson, directeur exécutif de World Beyond War ; auteur de La guerre est toujours un mensonge ;
  • Marjorie Cohn, professeure émérite à la faculté de droit Thomas Jefferson ; doyenne de l’Académie populaire de droit international ;
  • Bandy X. Lee, présidente de la Coalition mondiale pour la santé mentale ; cofondatrice de Preventing Violence Now ;
  • Dr James C. Cobey, fondateur de Health Volunteers Overseas ; membre du comité directeur de Voices from the Holy Land ; membre de la Campagne internationale pour l’interdiction des mines antipersonnel (ICBL), qui a reçu le prix Nobel de la paix en 1997 ;
  • Dr Mohammad A. Toor, président du conseil d’administration du Congrès pakistano-américain ; président de l’Association des médecins pakistanais américains pour la justice et la démocratie ; président de l’Alliance musulmane américaine ;
  • Glenn Diesen, professeur à l’Université du Sud-Est de la Norvège ;
  • Ann Wright, colonel de l’armée américaine (à la retraite) et ancienne diplomate américaine, a démissionné en mars 2003 en signe d’opposition à la guerre américaine en Irak. Membre de Veterans for Peace, World Beyond War, CODEPINK et Hawaii Peace and Justice ;
  • Susan Schnall, présidente de Veterans for Peace ;
  • Norman Solomon, auteur et directeur national de Roots Action ;
  • L’honorable Melissa Parke, directrice exécutive de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (lauréate du prix Nobel de la paix 2017) ;
  • Margaret Power et Van Gosse, coprésidentes, Historiens pour la paix et la démocratie ;
  • Ray McGovern, lançeur d’alerte, cofondateur, Veteran Intelligence Professionals for Sanity ;
  • Martin Sheen, acteur lauréat d’un Golden Globe et d’un Emmy Award ; Pax Christi Teacher of Peace (1999) ;
  • Setsuko Thurlow, survivante de la bombe atomique d’Hiroshima, lauréate du prix Nobel de la paix, récipiendaire de l’Ordre du Canada ;
  • Frida Stranne, professeure au Centre John Morton d’études nord-américaines de l’Université de Turku, en Finlande ;
  • Gerry Condon, co-coordonnateur du groupe de travail sur l’abolition nucléaire de Veterans for Peace ; membre du conseil d’administration de Veterans for Peace ; président du comité Golden Rule ;
  • Lawrence B. Wilkerson, colonel de l’armée américaine (à la retraite), ancien chef de cabinet du secrétaire d’État américain Colin Powell ;
  • Théodore Postol, professeur émérite de science, de technologie et de politique de sécurité nationale, Massachusetts Institute of Technology ;
  • Christina Spannar et Jan Oberg, fondateurs de la Fondation transnationale pour la paix et la recherche sur l’avenir (TFF), Lund, Suède ;
  • L’ambassadeur Akbar Ahmed, professeur émérite à l’Université américaine ;
  • Martin Sieff, ancien chef du service politique de United Press International, trois fois nominé au prix Pulitzer ;
  • Hall Gardner, professeur émérite au département d’histoire et de sciences politiques de l’Université américaine de Paris ;
  • Tadatoshi Akiba, maire d’Hiroshima (1999-2011) ; ancien président de l’association des maires pour la paix ;
  • Oliver Stone, réalisateur de cinéma américain oscarisé et auteur à succès ;
  • Alice Slater, membre du conseil d’administration de World Beyond War ;
  • Helga Zepp-LaRouche, fondatrice de l’Institut Schiller et initiatrice de la Coalition internationale pour la paix ;
  • Norma Field, professeure émérite distinguée Robert S. Ingersoll, Université de Chicago ;
  • Dr Herbert Reginbogin, professeur de relations internationales et de droit international, Institut de recherche politique, Université catholique d’Amérique ;
  • Steven Leeper, président du Village de la Culture de la Paix d’Hiroshima ; membre du conseil d’administration de Médecins pour la Responsabilité Sociale ; ancien président et directeur de la Fondation pour la Culture de la Paix d’Hiroshima (2007-2013) ;
  • Hideki Yoshikawa, directeur du projet de justice environnementale d’Okinawa ; membre du conseil consultatif de World Beyond War ;
  • Steve Rabson, professeur émérite à l’université Brown ; ancien combattant de l’armée américaine, Agence de soutien atomique de la défense ;
  • Elisabeth Martens, biologiste belge, spécialisée en médecine traditionnelle chinoise et auteur d’ouvrages sur la Chine et notamment le Tibet et le bouddhisme tibétain, Belgique ;
  • Ernesto Sócrates Pazmiño Granizzo, ancien ministre de la Justice et des Droits de l’Homme de l’Équateur ; ancien vice-président du Centre d’études sur la justice des Amériques, Équateur ;
  • Gian Guido Folloni, ancien sénateur italien ; ancien ministre italien chargé des relations avec le Parlement ; ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire italien Il Sabato et du quotidien italien Avvenire ; vice-président de l’Institut italien pour l’Asie et président de l’Association d’amitié et de coopération Italie-Libye (Italie).
  • Andrea Bartoli, président de la Fondation Sant’Egidio pour la paix et le dialogue ; directeur fondateur du Centre pour la résolution des conflits internationaux ; chercheur principal au Consortium avancé sur la coopération, les conflits et la complexité de l’Université Columbia ; ancien doyen de l’École de diplomatie et de relations internationales de l’Université Seton Hall ; ancien doyen de l’École Carter pour la paix et la résolution des conflits de l’Université George Mason.
  • Corazon Valdez Fabros, coprésidente du Bureau international de la paix (prix Nobel de la paix 1910) ;
  • Anastasia Battle, co-initiatrice de la Coalition internationale pour la paix, Institut Schiller ;
  • April Brown, cofondatrice de la Marshallese Educational Initiative et professeure d’histoire au NWACC ;
  • Mary Dickson, auteure et survivante des essais d’armes nucléaires ;
  • Steven Starr, associé, Fondation pour la paix à l’ère nucléaire ;
  • Liliana Gorini, présidente de Movisol, Italie ;
  • Anthony Donovan, Vétérans pour la paix, Pax Christi International, Catholic Worker, Ligue des objecteurs de conscience ;
  • Marylia Kelley, conseillère principale, Tri-Valley Communities Against a Radioactive Environment, Livermore, Californie ;
  • Jean Stevens, Coalition des ogives aux éoliennes ;
  • Dr Aruna Kammila, professeure et directrice de l’École d’études juridiques de l’Université REVA, à Bangalore, dans l’État du Karnataka, en Inde ;
  • Alan Robock, professeur émérite à l’université Rutgers et chercheur spécialisé dans l’hiver nucléaire ;
  • Aaron Good, politologue, animateur du podcast American Exception, auteur de American Exception : Empire et État profond ;
  • Elliot Greenspan, Institut Schiller, Coalition internationale pour la paix (États-Unis) ;
  • Roberto Vela Pinedo, Président de la Red de Integracion Amazonica ;
  • Général Edwin de la Fuente Jeria, ancien commandant en chef des forces armées de l’État plurinational de Bolivie ;
  • Maurizio Abbate, Président de l’Institution nationale pour les activités culturelles de l’État italien (ENAM) ;Rosemarie Pace, Pax Christi État de New York ;
  • Martha Hennessy, militante catholique, Kings Bay Plowshares 7, petite-fille de Dorothy Day ;
  • Robert Ellsberg, éditeur, Orbis Books ;
  • Marie Dennis, ancienne coprésidente de Pax Christi International ;
  • Farhang Jahanpour, professeur émérite de l’Université d’Ispahan, professeur invité à Harvard, chargé de cours à Cambridge et chargé de cours à temps partiel à l’Université d’Oxford ;
  • Owen Brian Toon, professeur émérite à l’Université du Colorado à Boulder, chercheur spécialiste de l’hiver nucléaire ;
  • Lode Vanoost, journaliste De Wereld Morgen, Belgique ;
  • Céleste Saenz, Mexique, présidente du Club des journalistes ;
  • Henry Baldelomar, Bolivie, ancien ambassadeur à Washington, D.C. ;
  • Mempo Giardinelli, Argentine, lauréat du prix littéraire Romulo Gallegos du Venezuela et du prix national de littérature du Mexique ;
  • Pedro Paez, Équateur, ancien vice-ministre de l’Économie du gouvernement Correa ;
  • Luc Reychler, Professeur émérite de relations internationales, Université catholique de Louvain (UCL), Belgique.
  • Fernando Garzon, Équateur, candidat au poste de vice-ministre de l’Intérieur dans le gouvernement Correa, consultant auprès de l’ONU, ancien président, Comité équatorien de solidarité avec le peuple palestinien ;
  • Jane Swanson, présidente de l’association Mères pour la paix de San Luis Obispo ;
  • Bruce K. Gagnon, Réseau mondial contre les armes et l’énergie nucléaire dans l’espace ;
  • Tse Anye Kevin, président par intérim, State 55 Afrika, responsable politique panafricain Global African Congress ;
  • Mossi Raz, ancien membre de la Knesset israélienne ; ancien directeur général de La Paix Maintenant, Israël ;Maoz Inon, militant israélien pour la paix ; codirecteur général d’InterAct ; coauteur de L’avenir est la paix ;
  • Muhammad Salim Akhtar, directeur national de l’American Muslim Task Force on Civil Rights and Elections (AMT) ;
  • Odile Mojon, Institut Schiller, France ;
  • Ken Butigan, membre du comité exécutif de l’Initiative catholique pour la non-violence de Pax Christi International ; maître de conférences en études sur la paix, la justice et les conflits au département d’études catholiques de l’université DePaul ;
  • Joan Carrero, présidente de la Fondation S’Oliver (Espagne) ;
  • Beatriz Biccio, professeur, Université fédérale de Rio de Janeiro, historienne et journaliste (Brésil) ;
  • Professeur (Dr) Anoop Swarup, Président du Centre pour la non-violence mondiale ;
  • Ellen E. Barfield, Vétérans pour la paix, Ligue des objecteurs de conscience, Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté ;
  • Rick Staggenborg, MD, président de la section Linus Pauling de Veterans For Peace ;
  • John Steinbach, Comité pour la paix d’Hiroshima et de Nagasaki de la région de la capitale nationale ;
  • Richard E. Rubenstein, professeur émérite à l’Université George Mason, Carter School for Peace and Conflict Resolution ;
  • Joseph Carson, président de l’Association des ingénieurs chrétiens ;
  • Ulf Sandmark, président de l’Institut Schiller en Suède ;
  • Mike Ferner, ancien président national de Veterans For Peace ;
  • Klaus Fimmen, vice-président du Buergerrechtsbewegung Solidaritaet (Solidarité du Mouvement pour les droits civiques, Allemagne) ;
  • Christine Bierre, rédactrice-en-chef du mensuel Nouvelle Solidarité, France ;
  • Art Laffin, Catholic Worker, enseignant de paix Pax Christi 2016, auteur de The Risk of the Cross : Living Gospel Nonviolence in the Nuclear Age, co-éditeur de Swords into Plowshares
  • Tony Jenkins, directeur général de l’Institut international pour l’éducation à la paix et coordinateur de la Campagne mondiale pour l’éducation à la paix ;
  • Hnon. Darwin Francisco Orozco Orozco, frère mineur capucin, maître des novices de la Conférence des Capucins d’Amérique hispanique (CCH) ; membre de la Commission de la Famille Franciscaine pour la Justice, la Paix et l’Intégrité de la Création (JPIC), Santa Cruz, Bolivie ;
  • Kamel Louadj, journaliste-correspondent à Sputnik-Afrique, Moscou ;
  • Ramón Emilio Concepción, avocat ; Pré-candidat à la Présidentielle, parti PRM (2020), République Dominicaine ;
  • Alcibíades Abreu, professeur à la Faculté de mathématiques de l’UNIBE et de l’Université catholique de Saint-Domingue, République dominicaine ;
  • Karel Vereycken, peintre-graveur, France ;
  • Rafael Reyes Jerez, journaliste ; producteur des programmes « Cara a Cara » et « Economía y Política », République Dominicaine ;
  • Enrique Antonio Sánchez Liranzo, avocat, auteur, poète – chroniqueur au journal Primicias, République dominicaine ;
  • Dantès Ortiz Núñez, historien, professeur d’histoire, Université autonome de Saint-Domingue, République dominicaine ;
  • Max De Brouwer, Président de la Chambre belge des traducteurs et interprètes, Belgique ;
  • Julie Péréa, ancienne conseillère municipale déléguée à l’égalité femmes hommes, lutte contre les discriminations et lutte contre les violences intrafamiliales, Poussan (34) ;
  • Révérend John Dear, directeur exécutif du Centre des Béatitudes pour le Jésus non-violent ;
  • John Kiriakou, ancien officier de lutte contre le terrorisme à la CIA ; ancien enquêteur principal auprès de la commission des affaires étrangères du Sénat américain ;
  • Karen Ball, membre du conseil d’administration, Pax Christi Texas, section de San Antonio ;
  • T. Herbert Dimmock, fondateur et directeur de « Bach à Baltimore » ;
  • Ilse Ritter (Allemagne), Actrice de l’année (1985 et 1994), récipiendaire de la Croix fédérale du mérite pour services rendus à la culture ;
  • Earl M Bousquet, journaliste caribéen, Castries, Sainte-Lucie ;
  • Père Claude Mostowik, président de Pax Christi Australie ;
  • Judith Ehrlich, réalisatrice, « Une réalité ordinaire – Daniel Ellsberg sur la menace de guerre nucléaire » ;
  • Alfred de Zayas, professeur à l’École de diplomatie de Genève ;
  • Michele Di Paolantonio, AIMPGN, membre italien de l’IPPNW, Organisation lauréate du prix Nobel de la paix 1985 ;
  • Melvin Hardy, École Carter pour la paix et la résolution des conflits, Université George Mason ; Personnel de la communauté interconfessionnelle de Washington ;
  • Roger Waters, musicien, membre fondateur et chanteur principal de Pink Floyd ;
  • Ben Wesley, candidat du Parti indépendant au Congrès américain (CT–4e circonscription) ;
  • Leo Spaepen, chercheur, auteur du livre « De Bruegel Code », Belgique ;

AUTRES SIGNATAIRES : 

Liste complète sur le site de l’Institut Schiller international.

JE SOUTIENS L’APPEL

Key Takeaways

  • La lettre ouverte au pape Léon XIV appelle à la convocation d’un sommet international d’urgence pour désamorcer les conflits actuels et la menace nucléaire.
  • Les chefs du renseignement américain et russe, Tulsi Gabbard et Sergueï Narychkine, ont averti d’un risque accru de guerre nucléaire.
  • L’initiative s’inspire du rôle joué par les papes Paul VI et Jean XXIII lors de crises internationales passées, dont la crise des missiles de Cuba.
  • Plus de 90 signataires — intellectuels, anciens dirigeants et responsables d’ONG — appuient l’appel, aux côtés de Pax Christi et de la Coalition internationale pour la paix.
  • L’appel vise aussi à réorienter les ressources militaires vers le développement plutôt que vers la course aux armements.

Autres articles

  1. David E. Sanger, “Biden Approved Secret Nuclear Strategy Refocusing on Chinese Threat“, The New York Times, 20 août 2024. [NDÉ] ↩︎
  2. Jack O’Doherty, “Is America buying nuclear weapons to win a war or to prevent one?”, Bulletin of the Atomic Scientists, 20 août 2024. [NDÉ] ↩︎

Ukraine : de la neutralité brisée à la paix introuvable

Portrait de Jean-Guy Rens

Jean-Guy Rens

Jean-Guy Rens a dirigé la production de multiples études sur les technologies de l’information, y compris la cybersécurité, au Canada et au Maroc. Il est l’auteur, entre autre, d’une histoire des télécommunications au Canada (“L’empire invisible”, Presses de l’Université du Québec, 1993).

La guerre actuelle en Ukraine s’inscrit dans la rupture d’un cadre juridique et politique établi dès l’indépendance. Dans la Déclaration de souveraineté de juillet 1990, qui sert de base aux débats constitutionnels, l’Ukraine affirme déjà un statut de neutralité : elle se définit comme État non nucléaire et neutre, n’appartenant à aucun bloc militaire. Cette orientation est reprise dans la Constitution de juin 1996, puis dans la Loi sur les principes de la politique intérieure et extérieure adoptée en juillet 2010, qui consacre explicitement son non‑alignement ou « non‑bloc status ». Autrement dit, la neutralité de l’Ukraine n’est pas seulement un fait géopolitique, mais un engagement inscrit dans ses textes fondamentaux.

C’est dans ce cadre que se nouent les engagements des années 1990 : l’Ukraine renonce aux armes nucléaires et accepte de transférer son arsenal à la Russie, qui devient l’unique puissance nucléaire successeur sur son territoire ; en contrepartie, la Russie, les États‑Unis et le Royaume‑Uni, rejoints plus tard par d’autres signataires, garantissent sa souveraineté et son intégrité territoriale dans le mémorandum de Budapest. Cet équilibre repose sur une donnée implicite mais centrale : l’Ukraine est neutre, non hostile, et ne cherche pas à rejoindre une alliance militaire dirigée contre la Russie. C’est parce que ces conditions sont réunies que Moscou peut, à ce moment‑là, considérer l’Ukraine comme un partenaire légitime, voire amical, et non comme une plateforme avancée de l’OTAN.

La crise s’ouvre lorsque cette neutralité formelle est remise en cause. À partir de 2004, puis surtout de 2014, des forces politiques pro‑occidentales prennent le dessus et font de l’intégration euro‑atlantique le cœur de leur projet : l’adhésion à l’Union européenne devient un objectif stratégique, ce que la Russie peut admettre, mais la perspective d’un rattachement à l’OTAN est progressivement assumée comme horizon de sécurité. Le renversement du président en quête d’équilibre Viktor Ianoukovytch sous la pression des mobilisations de Maïdan et du soutien occidental marque, aux yeux de Moscou, une rupture du « contrat » initial : un État qui s’était engagé à la neutralité et au non‑alignement se met désormais en marche vers une alliance militaire perçue comme hostile.

Le pari perdu du président Viktor Ianoukovytch
Qualifié de pro-russe, le président Ianoukovytch tentait, en fait, de trouver un difficile équilibre entre le maintien des liens traditionnels avec la Russie dans le cadre de l’Union économique eurasiatique alors en voie de création et la nécessité de s’ouvrir à l’Union européenne dans le cadre d’un Accord d’association. Les deux organisations comprenaient une union douanière et l’UE exigeait un accord exclusif, d’où la crise de Maïdan. À l’époque, la solution de la sagesse aurait consisté à organiser une négociation à trois – UE, Ukraine et Russie.

Dans ce contexte, les élargissements successifs de l’OTAN vers l’Est et les débats publics en Ukraine sur la fin de la neutralité alimentent la conviction russe que les conditions des engagements des années 1990‑2010 ne sont plus respectées. La Russie répond d’abord en 2014 par l’annexion de la Crimée et son soutien à la guerre du Donbass ; en 2022, elle franchit le seuil de l’invasion à grande échelle en présentant son intervention comme une réaction à la « dérive occidentale » de l’Ukraine et au risque de voir l’OTAN s’installer durablement sur un territoire qu’elle considérait jusque‑là comme neutre. 

C’est dans ce cadre de rupture du statut de neutralité, de contestation des garanties anciennes et de polarisation entre projets euro‑atlantiques et russes que s’inscrivent les initiatives de paix examinées dans les pages qui suivent. Avant d’examiner les initiatives de paix portées par des États ou des coalitions après 2022, il est utile de revenir sur quelques expériences sociétales ou académiques de la période 2014‑2022, qui ont cherché à travailler la paix dans un contexte de guerre limitée et de neutralité encore concevable.

Les élargissements de l’OTAN post-Guerre froide

Les élargissements de l'OTAN post-Guerre froide
Légende et carte conçues par Pierre Verluise, carte réalisée par Matthieu Seynaeve. © Février 2016 – Diploweb (https://www.diploweb.com)

Initiatives de type sociétal ou académique

Le nombre de ces initiatives sociétales ou académiques est considérable, mais la plupart d’entre elles ne peuvent être qualifiées de véritablement neutres dans la mesure où elles condamnent explicitement l’agression russe de février 2022, soutiennent une « paix juste » au sens occidental, ou s’inscrivent dans des réseaux très proches de la diplomatie européenne. 

Pour trouver des initiatives plus « transversales », il faut remonter avant l’éclatement de la guerre à grande échelle en février 2022. Ainsi, au tournant des années 2018‑2019, la Commission Vérité, Justice et Réconciliation entre l’Union européenne, la Russie et l’Ukraine (VJR) a constitué l’une des rares tentatives structurées de la société civile pour penser une sortie durable de la guerre du Donbass. 

La Commission VJR

Portée par le Collège des Bernardins, l’Académie Mohyla, l’Université catholique d’Ukraine et l’ONG Memorial, la Commission VJR a tenu quatre sessions et publié en décembre 2019 un rapport articulé autour de dix propositions majeures : relance d’un dialogue politique inclusif, garanties de sécurité, travail de vérité et de mémoire, justice pour les victimes, rôle des Églises dans la réconciliation, protection des minorités et reconstruction progressive d’un cadre de coexistence entre Russes et Ukrainiens.

Depuis l’éclatement de la guerre à grande échelle en février 2022, cette commission n’apparaît plus comme un acteur opérationnel : ses travaux ont été suspendus de fait, et son apport se situe désormais sur le plan rétrospectif, comme un corpus de réflexions élaboré dans un contexte où la recherche d’une paix négociée restait concevable.[i]

Le projet Swisspeace

Dans le même esprit, le projet suisse « Promouvoir le dialogue entre les sociétés civiles ukrainienne et russe », mis en œuvre par Swisspeace et financé à 90% par la Division Sécurité humaine (DSH) du Département fédéral des affaires étrangères, mérite une attention particulière pour son approche équilibrée.

Conçu pour la phase ouverte en 2014, ce programme visait explicitement à contrecarrer l’ethnicisation croissante des relations entre ukrainophones et russophones et à atténuer les effets des propagandes sécessionistes. Son but consistait à créer un climat de confiance et à instaurer un dialogue transnational au sein de la population, en Russie comme en Ukraine.

L’action de Swisspeace reposait sur l’organisation de plateformes de discussion séparées, d’abord en Ukraine et en Russie, puis sur la mise en relation de ces groupes pour analyser les résultats, dégager des recommandations et soutenir les acteurs civils qui œuvraient en faveur d’une entente et d’une résolution pacifique. 

Ni fondé sur une rhétorique punitive, ni sur l’exigence de poursuites pénales préalables, ce projet illustre une approche de facilitation et de dépolarisation qui, tout en étant aujourd’hui en veilleuse – sa durée initiale courait du 1er novembre 2014 au 31 octobre 2015 –, offre un précédent intéressant pour penser ce que pourrait être une médiation neutre entre sociétés civiles russes et ukrainiennes. Depuis lors, les autorités fédérales suisses ont progressivement renoncé à toute velléité de jouer un rôle de médiation, en alignant leur politique de sanctions sur celle de leurs partenaires occidentaux, au profit du camp ukrainien.

Intervention de la Fondation Brazzaville

À l’époque actuelle, ce sont davantage des initiatives de diplomatie parallèle comme celles de la Fondation Brazzaville qui s’efforcent de reprendre le flambeau d’une médiation non alignée. Impliquée depuis 2023 dans une « initiative africaine pour la paix » associant plusieurs chefs d’État africains, la Fondation Brazzaville se donne pour objectif de faciliter le dialogue entre la Russie et l’Ukraine en partant des préoccupations concrètes des pays du Sud, au premier rang desquelles la sécurité alimentaire et l’accès aux engrais. 

Elle travaille à constituer un consortium de dirigeants africains (Macky Sall, Abdel Fattah al‑Sissi, Denis Sassou Nguesso, Hakainde Hichilema, Yoweri Museveni, puis Cyril Ramaphosa) et revendique des contacts suivis avec Kiev, Moscou, Washington, Londres, Pékin et l’Union européenne, non pour porter un plan de paix à proprement parler, mais pour obtenir des gestes de désescalade et des garanties sur la circulation des céréales. 

À ce titre, elle se situe dans la continuité des expériences antérieures de dialogue de société civile et de médiation neutre : moins académique que la Commission VJR, moins structurée que les programmes suisses initiaux, mais inscrite dans une logique pragmatique qui privilégie l’ouverture de canaux, la réduction des dommages pour les populations, et la possibilité d’une paix graduelle plutôt que la proclamation d’objectifs maximalistes incompatibles avec une négociation.[ii]

Ce type de démarche propose des pistes de paix durable (justice, travail de mémoire, réconciliation religieuse) mais reste au niveau de recommandations de société civile, sans constituer un projet politique de règlement du conflit accepté par les parties.

Avec l’extension du conflit à partir de février 2022 et la polarisation croissante des grandes puissances, ce type d’initiatives de société civile s’est trouvé relégué à l’arrière‑plan. La scène des projets de paix s’est déplacée vers des acteurs étatiques ou des coalitions revendiquant le non‑alignement, dont il faut maintenant examiner les propositions.

Une exception : les pourparlers d’Istanbul (mars 2022)

Les pourparlers d’Istanbul de mars 2022 occupent une place à part dans l’histoire diplomatique de la guerre, car ils constituent les seules véritables négociations directes de portée politique entre délégations russe et ukrainienne depuis l’invasion à grande échelle. Ils ne relevaient ni d’une médiation sociétale, ni d’un simple échange humanitaire, mais d’une tentative explicite de définir les paramètres d’un accord de sécurité entre les deux parties.

Pour cette raison, il est utile de distinguer ces discussions des initiatives ultérieures dites « de paix » : celles-ci ont presque toutes été indirectes, multilatérales ou formulées par des acteurs tiers, alors qu’Istanbul correspondait à une négociation bilatérale effective entre les belligérants eux-mêmes.

Le projet discuté à Istanbul reposait sur un élément central : l’Ukraine devait devenir un « État neutre de façon permanente, ne participant à aucun bloc militaire », mais pouvait adhérer à l’UE. Le règlement des questions territoriales, notamment celui de la Crimée, était reporté à des négociations ultérieures. Un petit groupe de pays était chargé de garantir l’accord et devait s’engager, en cas d’agression ou d’opération militaire contre l’Ukraine, à lui fournir l’assistance nécessaire, y compris l’emploi de la force armée. Ces pays étaient le Royaume-Uni, la Chine, la France, la Russie et les États-Unis (leur accord n’avait été pas été sollicité).[iii]

Deux phrases essentielles du communiqué d’Istanbul
– « …par cette déclaration, l’Ukraine solennellement proclame son intention de devenir à l’avenir un État neutre de façon permanente, ne participant à aucun bloc militaire et adhérant à trois principes non nucléaires : ne pas accepter, produire ni acheter d’armes nucléaires… »

– « Le paragraphe 1 de l’article 2 et les articles 4, 5 et 11 du présent traité ne s’appliquent pas à la Crimée et à Sébastopol. »

Le texte du projet, intitulé en substance « Treaty on Permanent Neutrality and Security Guarantees for Ukraine – Istanbul Communiqué » et daté du 15 avril 2022, est accessible via le site du New York Times (documenttools).

La négociation fut interrompue peu après le retrait de la région de Kiev par les troupes russes. Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer cet échec. La version officielle ukrainienne veut que la découverte des massacres de Boutcha au début du mois d’avril aurait convaincu le président Volodymyr Zelensky qu’il ne pouvait plus négocier avec des « génocidaires ». Dans les faits, les négociations se poursuivirent sans discontinuer jusqu’au 15 avril. La vérité est ailleurs. Les capitales occidentales n’avaient jamais manifesté beaucoup d’enthousiasme à l’idée de voir les deux pays négocier directement.

En fait, le retrait russe de leurs forces stationnées devant Kiev avait suscité un grand optimisme parmi les Occidentaux, à commencer par les États-Unis et le Royaume-Uni. Dès le départ, ils avaient manifesté une grande tiédeur vis-à-vis d’un projet de paix qui faisait la part trop belle à la partie russe et, il faut bien le reconnaître, les engageait à intervenir directement en cas de reprise des hostilités. Sur ces entrefaites, le Premier ministre Boris Johnson se rendit à Kiev le 9 avril –premier dirigeant du G7 à poser ce geste depuis le début de la guerre – attestant la ligne dure adoptée par les Occidentaux.

Sur le rôle de Boris Johnson
La version officielle des pays occidentaux est que Boris Johnson n’est pour rien dans la décision des Ukrainiens de mettre fin aux pourparlers de paix et que le président Zelensky n’allait de toute façon jamais accepter les termes même préalable de l’accord, jugeant qu’aucun dirigeant ukrainien n’aurait survécu politiquement à un tel compromis. Toujours est-il que les négociations ont pris fin dans la foulée de sa visite éclair à Kiev.[iv]

Initiatives revendiquant une position non-alignée

– La proposition mexicaine (septembre 2022)

Le président mexicain Andrés Manuel López Obrador a proposé 16 septembre 2022 à l’Assemblée générale des Nations unies la création d’un « Caucus de haut niveau pour le dialogue et la paix », composé du Secrétaire général de l’ONU António Guterres, du Premier ministre indien Modi et du Pape François, en vue d’une trêve de cinq ans. Le président colombien Gustavo Petro s’y était associé. Cette initiative avait lieu dans un climat d’urgence en raison de la situation précaire qui prévalait de la centrale nucléaire de Zaporijia, que l’Agence internationale de l’énergie atomique a qualifiée d’« intenable ». Kiev la rejeta comme un « plan russe » parce qu’elle gelait de facto la ligne de front.[v]

– La proposition indonésienne (juin 2023)

Le 3 juin 2023, le ministre de la Défense indonésien Prabowo Subianto présente au Dialogue de Shangri‑La à Singapour, un plan en plusieurs volets pour l’Ukraine. Il prévoit : cessez‑le‑feu immédiat « sur les positions actuelles », création d’une zone démilitarisée en retirant environ 15 km de forces de chaque côté de la ligne de front, déploiement de forces de maintien de la paix de l’ONU, puis organisation par l’ONU de référendums dans les régions « contestées » afin de déterminer « objectivement » la volonté des populations. L’Indonésie se réclame d’une diplomatie non alignée et met en avant l’impact économique du conflit sur l’Asie (approvisionnement alimentaire, inflation, sécurité maritime). Rejetée sans appel par Kiev comme « un plan russe, pas un plan indonésien ». Le référendum sur les territoires occupés est selon les autorités ukrainiennes une revendication qui légitimerait les annexions russes de 2022.[vi]

Qu’est-ce que le Dialogue de Shangri-La?
Largement reconnu comme le principal sommet de défense d’Asie, le Dialogue de Shangri-La de l’Institut international d’études stratégiques (IISS) est une rencontre unique où les ministres débattent des défis sécuritaires les plus pressants de la région, mènent des discussions bilatérales importantes et élaborent ensemble de nouvelles approches. Organisé chaque année à Singapour, ce Dialogue est le principal sommet de défense d’Asie.

– L’initiative africaine (juin 2023)

Portée par sept chefs d’État — Afrique du Sud, Égypte, Sénégal, Congo-Brazzaville, Comores, Zambie, Ouganda — sous la direction de Cyril Ramaphosa. Le plan en 10 points appelle à la désescalade, au respect de la souveraineté selon la Charte de l’ONU, à des garanties de sécurité pour toutes les parties, à la libération des prisonniers et au retour des enfants déportés, à la réouverture des exportations céréalières et à la reconstruction. Ramaphosa a explicitement revendiqué une « position non-alignée ». L’Institut Peace Research de Francfort la décrit comme « un plaidoyer diplomatique modeste en faveur de la paix » plutôt qu’une véritable médiation. Poutine l’a qualifiée « d’équilibrée » — ce qui a immédiatement suscité la méfiance de Kiev.

Une délégation de sept chefs d’État africains (Afrique du Sud, Comores, Congo, Ouganda, Sénégal, Zambie, Égypte), préparée et facilitée notamment par la Fondation Brazzaville, s’est rendue à Kiev puis à Saint‑Pétersbourg mi‑juin 2023.[vii]

Elle portait un plan en dix points incluant désescalade des deux côtés, reconnaissance de la souveraineté des États telle que reconnue par l’ONU, garanties de sécurité, levée des entraves aux exportations de céréales, et libération des prisonniers de guerre, le tout dans une logique très marquée par les préoccupations africaines (sécurité alimentaire, coût économique du conflit).[viii]

Volodymyr Zelensky lui a opposé une fin de non‑recevoir, estimant que l’initiative ne prenait pas suffisamment en compte le caractère agressif de la guerre russe, tandis que Vladimir Poutine s’est déclaré « ouvert » à un dialogue constructif sans s’engager concrètement.[ix]

Critique de l’initiative de paix africaine par le quotidien Le Monde
Les dix points qu’il défendait avec ses pairs pour mettre un terme aux combats traduisaient le souci de ménager le Kremlin. L’appel à la ‘désescalade’ sans mention de la présence de troupes étrangères sur le sol ukrainien ne pouvait être perçu à Kiev que comme l’acceptation des conquêtes russes. Il était bien question de garantir la souveraineté des États et des peuples, conformément à la Charte des Nations unies, mais sans rappeler le respect de l’intégrité territoriale inscrite dans son article 2.

Gilles Paris, « Guerre en Ukraine : A quoi servent et à qui profitent les plans de paix du Sud global ? », Le Monde, 21 juin 2023.

Sur le plan géopolitique, cette initiative illustre la volonté de certains États africains de se positionner comme médiateurs du « Sud global », mais elle est critiquée par le régime de Kiev et ses alliés occidentaux pour son absence de condamnation de l’agression russe et pour certaines suggestions (comme la suspension du mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale contre Poutine) perçues comme favorables à Moscou.

– La mission vaticane (2023 – présent)

En mai 2023, le pape François confie au cardinal Matteo Zuppi, archevêque de Bologne et président de la Conférence épiscopale italienne, une « mission » visant à contribuer à l’apaisement des tensions et à ouvrir des « chemins de paix » entre l’Ukraine et la Russie. Le cardinal Parolin a précisé dès le départ qu’il ne s’agissait pas d’une « médiation » mais « d’une aide à créer un climat favorable ».

C’est dans ce cadre précis que le cardinal Zuppi se rend à Kiev début juin 2023 pour rencontrer autorités civiles et religieuses, « écouter en profondeur » les responsables ukrainiens sur les conditions d’une paix juste et soutenir des gestes humanitaires. Dans les mois suivants, il visite Moscou, Washington, puis Pékin, avec un accent croissant sur des dossiers concrets comme le sort des enfants ukrainiens déportés en Russie, la réunification des familles et des initiatives humanitaires ciblées 

L’initiative vaticane est considérée comme authentiquement neutre par toutes les parties au conflit car son objectif humanitaire éclipse toute dimension politique.[xi]

– L’initiative Chine-Brésil et le groupe « Amis de la paix » (mai-septembre 2024)

En mai 2024, la Chine et le Brésil publient une déclaration conjointe, dite parfois « consensus en six points », sur la crise ukrainienne, qui insiste sur le dialogue direct entre Moscou et Kiev comme seule voie de règlement, la prise en compte des « préoccupations légitimes de toutes les parties » et l’idée d’une conférence internationale de paix « à un moment opportun » avec participation égale de tous.[xii]

Au nombre des six points fondamentaux, notons le refus d’une escalade, la protection des centrales nucléaires et le rejet des armes de destruction massive. Ce texte n’aborde pas la restauration explicite de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, ni la responsabilité juridique de la Russie pour violation des accords internationaux, ce qui suscite des critiques à Kiev et dans plusieurs capitales occidentales.[1][xiii]

Zelensky l’a rejetée comme favorisant Moscou ; le conseiller brésilien Celso Amorim a répondu qu’il ne parlait « ni pour Zelensky ni pour Poutine, seulement pour une résolution pacifique ». La présence de la Chine, alliée stratégique de Moscou, entache à ses yeux la neutralité de l’initiative.

En septembre 2024, la Chine et le Brésil étendent la portée de leur initiative et lancent au sein de l’ONU un « Groupe des Amis de la paix ». La coalition regroupe 17 pays du Sud global au tour du « consensus en six points » — dont l’Afrique du Sud, l’Indonésie, le Mexique, la Turquie, l’Égypte, la Zambie — en se présentant comme une alternative aux projets occidentaux et aux plans russes explicitement unilatéraux.

Par cette initiative, Pékin et Brasilia élaborent une théorie de la « paix négociée » qui est centrée sur la stabilité du système international et les intérêts des pays du Sud (énergie, alimentation, sécurité des routes commerciales), plutôt que sur une lecture strictement juridique du conflit.

Au cœur de l’engagement : l’initiative américaine

Toutes ces initiatives avaient pour caractéristique première d’émaner d’acteur neutres et, en tout cas, libres de toute attache avec les forces en présence. Or, voici qu’en août 2025 les États-Unis, en la personne du président Donald Trump, organisent en Alaska un rendez‑vous « pour la paix » avec le président russe Vladimir Poutine. Le schéma discuté en Alaska reposait sur quelques principes de base : gel du front sur les lignes existantes, concessions territoriales à la Russie (Crimée et Donbass, statu quo dans les régions de Kherson et Zaporijjia) et allègement progressif des sanctions frappant la Russie.

En outre, la principale exigence russe, celle qui avait déclenché la guerre, à savoir l’élargissement de l’OTAN à l’Ukraine, était satisfaite : l’Ukraine serait neutre et ses forces armées plafonnées. En échange de quoi, la sécurité de l’Ukraine serait garantie par les États-Unis et certains de ses alliés, mais « hors OTAN ». Fidèle à une logique de « deal », le président américain était prêt à sacrifier une partie des revendications ukrainiennes pour obtenir une stabilisation rapide.

Malgré ces éléments clairement avantageux pour Moscou sur le plan territorial, le sommet d’Anchorage n’a débouché sur aucun accord formel. Plusieurs facteurs semblent avoir joué. Moscou estimait sans doute que la prolongation de la guerre lui offrirait des avantages additionnels, d’autre part, l’Ukraine a rejeté très nettement l’idée d’un compromis qui consacrerait la perte de la Crimée et du Donbass. Le résultat est un sommet qui a mis à nu les paramètres d’un compromis possible, mais a montré dans le même temps que, tant que Moscou espère améliorer encore sa position militaire et tant que Kiev refuse toute cession territoriale durable, aucun plan n’est envisageable.

Conclusion provisoire

Deux constats se dégagent.

  1. D’abord, presque toutes les propositions réellement non‑alignées, qu’elles viennent d’États du Sud global ou de projets de diplomatie parallèle, convergent sur une même formule minimale : cessez‑le‑feu sur les positions actuelles, garanties de sécurité mutuelles, médiation sous l’égide de l’ONU ou d’un groupe élargi, traitement prioritaire des questions humanitaires et économiques (civils, prisonniers, enfants déplacés, céréales, engrais). 

    Cette convergence n’est pas le fruit d’un alignement sur Moscou, mais de la logique propre à des acteurs qui cherchent avant tout à arrêter les combats et à stabiliser le système international. C’est précisément cette logique qui conduit Kiev et ses soutiens à les qualifier de « pro‑russes » : en gelant de facto les gains territoriaux obtenus par la force, ces plans enferment l’Ukraine dans un statu quo militaire et juridique que le pouvoir ukrainien juge politiquement inacceptable.
  • Ensuite le sommet de Bürgenstock (juin 2024) bien qu’organisé par une Suisse traditionnellement neutre consacre l’alignement intégral de la Suisse sur la position des Occidentaux. La Russie n’y pas même été invitée, mais l’Ukraine oui ; le communiqué final est centré sur l’intégrité territoriale ukrainienne et reprend les grandes lignes de la « formule de paix » de Kiev ; si bien que plusieurs États non‑alignés – Inde, Mexique, Arabie saoudite, Afrique du Sud, Thaïlande, Émirats arabes unis – refusent de le signer ou de s’y associer sous quelque forme que ce soit.

    Le résultat est paradoxal : en voulant offrir une plateforme à la paix ukrainienne sans la Russie, la Suisse s’est, de facto, alignée sur camp occidental et a fortement ébréché l’image de neutralité qu’elle revendique encore.

En somme, la neutralité procédurale existe encore – Vatican, Turquie comme pays hôte, démarche africaine dans sa méthode, fondations comme Brazzaville dans leur pratique de facilitation – mais la neutralité substantielle, c’est‑à‑dire un plan qui ne favorise objectivement aucun camp, se présente comme structurellement impossible dans un conflit de ce type. Tout plan qui accepte un cessez‑le‑feu sur la ligne de front actuelle favorise la Russie en entérinant ses avancées sur le terrain ; tout plan qui insiste sur un retour aux frontières de 1991 favorise l’Ukraine et est, par définition, inacceptable pour Moscou.

Entre ces deux pôles, il ne reste en pratique presque aucun espace pour des initiatives réellement neutres. Les démarches qui peuvent prétendre à des résultats sont celles qui se concentrent sur la réduction des dommages humains, l’ouverture de canaux et la préparation d’une paix plus juste. Toute initiative qui ambitionne de « régler » le conflit dans son ensemble est immédiatement perçue comme gagnée à l’un ou l’autre camp.

Key Takeaways

  • L’Ukraine a commencé par se défini comme un État neutre, mais a progressivement remis en cause cette neutralité depuis 2004.
  • Les initiatives de paix, telles que celles portées par des États africains, le Mexique, l’Indonésie, le binôme Brésil-Chine ou le Vatican, reflètent des tentatives de médiation neutre malgré la polarisation croissante.
  • Les pourparlers d’Istanbul en mars 2022 représentent une rare négociation bilatérale directe entre la Russie et l’Ukraine, bien qu’interrompue sous pression occidentale.
  • La fenêtre d’opportunités dans laquelle ont lieu ces propositions de paix est étroite, prise en tenailles entre deux visions exclusives du conflit, et rendant aléatoire toute position fondée sur une neutralité réelle.


Notes

[i] « Quel plan de paix entre la Russie et l’Ukraine ? », Normandie pour la paix, janvier 2020. | Plas Pascal et Chereau Laurine, « Commission vérité justice réconciliation entre la Russie, l’Ukraine et l’UE », Institut international de recherche sur la conflictualité (IiRCO), 24 juin 2019. | « Actualité : Le Collège des Bernardins à l’unisson avec l’Ukraine », L’Église catholique à Paris, 17 mars 2022.

[ii] « Dialogue Russie-Ukraine : une initiative africaine pour la paix », Fondation Brazzaville, 16 mai 2023. | « Facilitation africaine du dialogue Ukraine-Russie », Fondation Brazzaville, non daté. | « Jean-Yves Ollivier et la Fondation Brazzaville au cœur de la médiation africaine dans le conflit Ukraine-Russie », Afriquinfos, 14 février 2023. | « La Fondation Brazzaville invitée à Kiev pour une consultation sur le conflit Russie-Ukraine », Fondation Brazzaville, 14 février 2023. | « Ressources documentaires », Fondation Brazzaville, non daté. Accessible en ligne: https://www.brazzavillefoundation.org/ressources-documentaires/page/17/

[iii] Samuel Charap and Sergey Radchenko, “The Talks That Could Have Ended the War in Ukraine: A Hidden History of Diplomacy That Came Up Short—but Holds Lessons for Future Negotiations”, Foreign Affairs, April 16, 2024. | Pierre Dubuc, « Ukraine : Boris Johnson a fait dérailler les négos de paix », L’Aut’Journal, 23 mai 2024. | “NYT publishes documents under discussion of Ukraine, Russia in spring of 2022”, LB.ua, June 15, 2024.

[iv] Benoît Bréville, « La piste d’Istanbul », Le Monde diplomatique, juin 2024.

[v] H.E. Juan Ramón de la Fuente and Pablo Arrocha Olabuenaga, « Mexico’s Initiative for Dialogue and Peace in Ukraine », Just Security, September 23, 2022.

[vi] « L’Indonésie propose un plan de paix pour l’Ukraine et la Russie », Ouest-France, 03 juin 2023.

[vii] « Une médiation africaine pour la paix en Ukraine », Vatican News, 15 juin 2023.

[viii] Cyril Bensimon et Benoît Vitkine, « Guerre en Ukraine : la difficile tentative de médiation des chefs d’État africains », Le Monde, 19 juin 2023. | Sandrine Blanchard, « L’Afrique tente une médiation entre la Russie et l’Ukraine », Deutsche Welle (DW), 15 juin 2023. 

[ix] « Ukraine : la médiation africaine prône la fin de ‘la guerre’, Poutine ‘ouvert’ à un dialogue », Euronews, 17 juin 2023. 

[x] Gilles Paris, « Guerre en Ukraine : A quoi servent et à qui profitent les plans de paix du Sud global ? », Le Monde, 21 juin 2023.

[xi] Loup Besmond de Senneville , « Guerre en Ukraine : le pape François confie au cardinal Zuppi une mission pour l’apaisement des tensions », La Croix, 21 mai 2023. | « Pope entrusts Cardinal Zuppi with Ukraine peace mission », Vatican News, May 20, 2023. | Devin Watkins, « Cardinal Zuppi visits Washington DC as part of peace mission for Ukraine », Vatican News, July 17, 2023. | « Avancée de la mission de paix du pape en Ukraine », Zenit, 22 septembre 2023.| Francesca Sabatinelli, « Cardinal Zuppi: Peace in Ukraine cannot be imposed », Vatican News, September 12, 2023.

[xii] « La Chine et le Brésil publient une déclaration conjointe sur la crise ukrainienne », China.org.cn, 13 mai 2025. | « La Chine et le Brésil prévoient d’impliquer davantage les ‘Amis de la paix’ dans la résolution de la ‘crise ukrainienne’ », Ukrinform, 30 avril 2025.

[xiii] « La Chine estime que l’époque où une puissance ou deux dictaient la loi est à jamais révolue », ONU Info, 28 septembre 2024.


Projets de paix en Ukraine

par les éditeurs (IR et JGR)

Alors que la guerre fait rage en Ukraine depuis plus de trois ans, il semble qu’aucun plan de paix ne soit en préparation. Entendons-nous bien, il existe des multitudes de « plans » sur la table, la plupart émanent du côté occidental qui épousent en fait la cause de la partie ukrainienne et mettent comme préalable le retrait des forces russes d’Ukraine. Cette position est un simple prolongement des thèses ukrainiennes et nous ne pouvons la considérer comme un plan de paix.

Le prototype de ces pseudo plans est la Conférence de haut niveau sur la paix en Ukraine qui s’est tenue en juin 2024 au Bürgenstock en Suisse. La particularité de cette initiative est d’avoir été organisée en étroite relation avec l’Ukraine et les puissances occidentales et en l’absence de la Russie ce qui déroge manifestement à la traditionnelle neutralité de la Confédération suisse. 

Le communiqué final, appelé « Joint Communiqué on a Peace Framework », réaffirmait les principes d’intégrité territoriale et de souveraineté de l’Ukraine selon le droit international. C’est la reprise mot pour mot de la position ukrainienne. L’ensemble du processus visait surtout à réaffirmer le soutien des pays de l’OTAN à l’Ukraine.

De son côté, la Russie réclame la reconnaissance internationale de sa souveraineté sur la Crimée et les régions du Donbass, Zaporijia, et Kherson, ainsi que la neutralité officielle de l’Ukraine (interdiction d’adhérer à l’OTAN), l’arrêt des aides militaires étrangères à l’Ukraine, etc. L’Ukraine refuse catégoriquement les exigences russes, insistant sur son intégrité territoriale absolue, y compris sur la Crimée. En outre, l’Ukraine veut des garanties fermes et actives contre toute résurgence telle que la présence de soldats occidentaux sur son territoire.

En résumé, il existe une multitude de propositions de processus de paix, mais aucune modalité n’est apparue acceptable à la fois à Kiev et à Moscou sans concessions majeures de part et d’autre sur la souveraineté territoriale, la sécurité après la fin des hostilités et la neutralité. Aucune de ces propositions de paix ne mérite d’être qualifiée de plan de paix car elles sont des simples reformulations de la position ukrainienne (Conférence du Bürgenstock).

Voilà pourquoi, il nous a paru utile de revenir aux fondamentaux et de rappeler les deux seuls processus qui méritent véritablement d’être qualifiés de plans de paix, à savoir les négociations entre la Russie et l’Ukraine à Istanbul du printemps 2022 et la proposition commune en six points, présentée par la Chine et le Brésil en mai 2024. Dans les deux cas, il existe un texte visant à définir une solution acceptable par les deux parties.

Projet d’accord d’Istanbul

La Russie et l’Ukraine avaient entamé des discussions dès février 2022 dans différents formats, mais après des cycles infructueux en Biélorussie, la Turquie a proposé d’accueillir une nouvelle série de pourparlers à Istanbul. Cette initiative a été rendue possible car Ankara, membre de l’OTAN, entretenait de bonnes relations à la fois avec Moscou et Kiev. Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a personnellement plaidé pour que les deux parties « laissent la porte du dialogue ouverte » et a appelé mis de l’avant un devoir humanitaire régional.

À Istanbul, chaque camp a présenté ses revendications écrites à l’autre, et la Turquie s’est entremise entres les deux parties, assumant de facto les bons offices. En fin de session, un « communiqué d’Istanbul » contenant des points de convergence et les éléments d’un éventuel traité a été rédigé, sans qu’aucun texte définitif ne soit signé.

Le président Erdoğan inaugure à Istanbul les négociations entre la Russie et l’Ukraine en mars 2022

Ce processus a été interrompu brusquement début avril 2022, alors que des progrès sur une feuille de route de sortie de crise étaient en discussion. L’arrêt du processus est attribué à la visite inopinée du Premier ministre britannique Boris Johnson à Kiev le 9 avril 2022. Selon les témoignages de négociateurs, Boris Johnson a expressément conseillé au président ukrainien Volodymyr Zelensky de ne pas signer d’accord avec la Russie à ce stade. Il aurait tenu deux arguments principaux :

  • La Russie ne serait pas un partenaire fiable et ne mérite pas de garanties de sécurité.
  • Les alliés occidentaux (et notamment le Royaume-Uni) ne souhaitent pas voir la guerre s’achever prématurément sur un compromis défavorable à l’Ukraine : l’aide militaire occidentale serait maintenue, permettant à Kiev d’obtenir des conditions sur le champ de bataille meilleures qu’à la table des négociations.

Plusieurs sources concordantes rapportent que cette intervention a pesé dans la décision ukrainienne de suspendre le dialogue, alors que les négociations sur le projet de traité abordaient le thème de la neutralité de l’Ukraine et des garanties multilatérales. L’intervention de Boris Johnson n’a pas été prise en toute autonomie : les États-Unis, alors dirigés par Joe Biden, étaient régulièrement consultés et informés des démarches britanniques. Toutefois, les sources indiquent que Johnson fut le principal messager auprès de Zelensky, agissant avec l’accord de Washington, mais ajoutant son équation personnelle : insistance, fougue et surtout inclination aux stratégies de rupture.

Le texte du projet d’accord a été publié par le New York Times en trois documents distincts : deux versions du projet de traité (datés des 17 mars et 15 avril 2022) et le « Communiqué d’Istanbul » du 29 mars 2022, tous disponibles sur la plateforme SlideShare et dans l’article interactif du NYT.

Voici les dix clauses clés qui résument le projet d’accord d’avril 2022 négocié entre la Russie et l’Ukraine à Istanbul :

  1. L’Ukraine s’engageait à une neutralité permanente : pas d’adhésion à l’OTAN ni à aucune alliance militaire ; interdiction d’accueil de forces ou bases étrangères sur son territoire. 
  2. Des garanties de sécurité collectives devaient être apportées par plusieurs puissances (États-Unis, Chine, France, Royaume-Uni, Russie, Turquie, Allemagne, Canada, Italie, Pologne, Israël).
  3. Le texte évoquait la limitation du nombre et du type de forces armées ukrainiennes, y compris l’aviation, la flotte et les systèmes de missiles. 
  4. L’Ukraine acceptait de ne pas développer d’armes nucléaires ni d’autres armes de destruction massive. 
  5. Le statut de la Crimée devait être discuté ultérieurement, la Russie exigeant la reconnaissance de son annexion, alors que l’Ukraine voulait en différer la résolution.
  6. Pour le Donbass, la question du statut restait à déterminer ultérieurement dans une négociation bilatérale Russie-Ukraine. 
  7. L’Ukraine conservait le droit de rejoindre l’Union européenne, la seule limitation étant une interdiction d’adhésion à l’OTAN et à toute alliance militaire. 
  8. Un mécanisme similaire à l’article 5 de l’OTAN était prévu : en cas d’agression contre l’Ukraine, les garants se consultaient rapidement et s’engageaient à fournir assistance. 
  9. L’accord devait être ratifié par référendum national ukrainien et entraîner une réforme constitutionnelle pour ancrer la neutralité. 
  10. En cas de désaccord sur l’interprétation de l’accord, un organe trilatéral (Ukraine, Russie, garants) devait s’entremettre pour régler les différends. 

Ce projet d’accord portait donc sur la neutralité, les garanties internationales, les limitations militaires, le statut des territoires, la sécurité collective et la ratification démocratique. Après l’interruption des réunions en avril 2022, le processus de négociation est resté “en pause”, sans communication conjointe finale. Le retrait de l’Ukraine des négociations d’Istanbul n’a pas fait l’objet d’une déclaration officielle annonçant l’arrêt du processus de paix, mais a été entériné de façon progressive. Par la suite, la partie ukrainienne a évoqué l’absence de progrès tangible sur les points fondamentaux, notamment le retrait des troupes russes et les garanties de sécurité.

L’élément le plus marquant est survenu en septembre 2022, après l’annonce par Moscou de l’annexion de quatre régions ukrainiennes. Sur proposition du président Zelensky, le Conseil national de sécurité et de défense de l’Ukraine a adopté un décret interdisant toute négociation avec la partie russe et plus particulièrement son président, officialisant ainsi la suspension durable des discussions (« décider de l’impossibilité de tenir des pourparlers avec le dirigeant russe Vladimir Poutine »). Zelensky a par la suite expliqué publiquement que ce décret visait à éviter le séparatisme et à mettre fin aux canaux de négociation parallèles. L’Ukraine avait ainsi verrouillé de manière juridique toute possibilité de négociations directes avec la Russie.

Proposition en six points sino-brésilienne

Il faut attendre 2024 pour assister à la naissance d’un second plan de paix, bien que beaucoup plus timide, porté par la Chine et le Brésil. Cette initiative avait été mise au point lors de consultations bilatérales de haut niveau, notamment à l’occasion d’une rencontre à Pékin entre le ministre chinois des affaires étrangères Wang Yi et le conseiller spécial du président brésilien Lula, Celso Amorim. Ces pourparlers avaient pour objectif explicite d’offrir une alternative issue du « Sud global » à la formule défendue par l’Ukraine et ses alliés occidentaux à la Conférence du Bürgenstock alors en voie de préparation.1

Rencontre à Pékin entre le ministre chinois des affaires étrangères et le conseiller spécial du président brésilien

La Chine et le Brésil jouissaient d’excellentes relations avec l’Ukraine avant le déclenchement de l’invasion russe. La Chine était le premier partenaire commercial de l’Ukraine avant 2022, importatrice majeure de blé et de maïs. La Chine était aussi en pourparlers pour faire de l’Ukraine un « hub logistique européen » pour ses nouvelles routes de la soie (Belt and Road Initiative, BRI). La géographie ukrainienne, ses infrastructures ferroviaires et portuaires, et son accord de libre-échange avec l’UE en faisaient un « gateway to Europe » idéal aux yeux des planificateurs chinois. Ils pouvaient ainsi contourner certains goulets d’étranglement logistiques en Pologne et dans les Balkans. En outre, Beijing n’avais jamais reconnu l’annexion de la Crimée.

Le Brésil, quant à lui, entretenait avec l’Ukraine une coopération particulièrement active, avec de nombreux échanges institutionnels, commerciaux, une coopération dans le spatial (notamment le projet de fusée Cyclone-4), ainsi que dans les secteurs de la défense, de l’agriculture, de l’éducation et de la santé. Ces liens multiples tiennent peut-être au fait que le Brésil accueille la troisième plus grande communauté ukrainienne au monde (environ 500 000 personnes). Sur le plan géopolitique, le Brésil soutenait depuis 2014 l’intégrité territoriale ukrainienne à l’ONU, tout en refusant de sanctionner Moscou, préférant l’appel au dialogue et à la paix, en continuité avec la doctrine brésilienne de non-intervention, d’autodétermination et de recherche de solutions pacifiques.2

Les deux pays étaient donc bien placés pour faire entendre leur voix à Kiev. De plus, comme membres des BRICS, ils entendaient affirmer un rôle diplomatique d’équilibre, promouvoir une résolution multilatérale et contrer la mise à l’écart de la Russie. Ils publièrent leur initiative juste avant la conférence du Bürgenstock pour marquer la volonté du « Sud global » de peser dans la médiation internationale, notamment face à l’exclusion de la Russie de la conférence suisse. Le document en six points prône la désescalade, la non-extension du conflit, l’opposition aux armes de destruction massive, la sécurité des installations nucléaires, l’aide humanitaire, la stabilisation des chaînes d’approvisionnement mondiales et la nécessité d’une conférence internationale réellement inclusive (c’est-à-dire avec la Russie et l’Ukraine à la table).

Le plan sino-brésilien met l’accent sur le dialogue direct entre la Russie et l’Ukraine, tout en s’opposant à la division du monde en « groupes politiques ou économiques isolés ». On peut résumer comme suit les six points de la proposition sino-brésilienne :

  1. Les deux parties appellent toutes les parties concernées à respecter trois principes pour désamorcer la situation, à savoir : pas d’extension du champ de bataille, pas d’escalade des combats et pas de provocation de la part d’aucune des parties.
  2. Les deux parties estiment que le dialogue et la négociation sont la seule solution viable à la crise ukrainienne. Toutes les parties doivent créer les conditions nécessaires à la reprise du dialogue direct et œuvrer à la désescalade de la situation jusqu’à la mise en place d’un cessez-le-feu global. La Chine et le Brésil soutiennent la tenue, à un moment opportun reconnu par la Russie et l’Ukraine, d’une conférence internationale de paix à laquelle toutes les parties participeront sur un pied d’égalité et où tous les plans de paix seront discutés de manière équitable.
  3. Des efforts sont nécessaires pour accroître l’aide humanitaire aux régions concernées et prévenir une crise humanitaire à plus grande échelle. Les attaques contre les civils ou les installations civiles doivent être évitées, et les civils, y compris les femmes et les enfants, ainsi que les prisonniers de guerre (PG) doivent être protégés. Les deux parties soutiennent l’échange de PG entre les parties au conflit.
  4. L’utilisation d’armes de destruction massive, en particulier les armes nucléaires et les armes chimiques et biologiques, doit être combattue. Tous les efforts possibles doivent être déployés pour empêcher la prolifération nucléaire et éviter une crise nucléaire.
  5. Les attaques contre les centrales nucléaires et autres installations nucléaires pacifiques doivent être combattues. Toutes les parties doivent se conformer au droit international, y compris la Convention sur la sûreté nucléaire, et prévenir résolument les accidents nucléaires d’origine humaine.
  6. Il convient de s’opposer à la division du monde en groupes politiques ou économiques isolés. Les deux parties appellent à des efforts visant à renforcer la coopération internationale dans les domaines de l’énergie, des devises, des finances, du commerce, de la sécurité alimentaire et de la sécurité des infrastructures critiques, notamment les oléoducs et les gazoducs, les câbles optiques sous-marins, les installations électriques et énergétiques et les réseaux de fibre optique, afin de protéger la stabilité des chaînes industrielles et d’approvisionnement mondiales.

Les deux parties invitent les membres de la communauté internationale à soutenir et à approuver les ententes communes susmentionnées, et à jouer conjointement un rôle constructif dans la désescalade de la situation et la promotion des pourparlers de paix. Toutefois, ce plan a été immédiatement rejeté par l’Ukraine car il ne mentionnait pas explicitement la restauration de l’intégrité territoriale du pays attaqué. Le président Zelensky a qualifié l’initiative sino-brésilienne de « destructive », accusant cette proposition de chercher à « geler le conflit » au bénéfice de la Russie. L’Ukraine considère que ce plan crée « l’illusion du dialogue » sans aborder le cœur du problème – c’est-à-dire l’agression russe, la responsabilité pour les crimes de guerre, l’occupation du territoire et le respect des frontières internationalement reconnues.3

Où en sommes-nous aujourd’hui?

Les initiatives récentes du président américain Donald Trump ne comportaient pas de plan de paix à proprement parler. Son intervention s’est limitée à encourager un dialogue direct entre Moscou et Kiev, ainsi qu’à soutenir verbalement certaines propositions russes lors de contacts diplomatiques avec Poutine et Zelensky. Lors de sommets récents et d’entretiens téléphoniques, il a évoqué son soutien à l’idée russe d’un gel du front sur plusieurs régions et d’une cession de territoires du Donbass à la Russie, tout en poussant pour des garanties de sécurité « hors du cadre de l’OTAN » pour l’Ukraine.

Aujourd’hui que l’intervention américaine semble avoir fait long feu, que l’initiative sino-brésilienne a été rejetée sans autre forme de procès et que le projet d’accord d’Istanbul a été détruit en plein vol, on se retrouve face à deux positions irréconciliables. L’Ukraine a présenté en novembre 2022 une formule de paix en 10 points (rien à voir avec le résumé aussi en 10 points du projet d’accord d’Istanbul) régulièrement réaffirmée depuis. Cette formule inclut la restauration complète de l’intégrité territoriale ukrainienne, le retrait total des forces russes, la poursuite judiciaire des responsables de crimes de guerre, des garanties de sécurité internationales, la sauvegarde de la sécurité alimentaire et nucléaire, ainsi que le retour des personnes déplacées et des enfants déportés.4

Comme on peut s’en douter, la partie russe juge la formule de Zelensky « irréaliste et inacceptable », mais elle n’a pas présenté de plan de paix officiel, écrit ou détaillé, susceptible de servir de base commune. Toutefois, le Kremlin a formalisé à plusieurs reprises ses exigences minimales pour un accord : il communique principalement via ses diplomates ou le porte-parole du Kremlin (Dmitri Peskov) sur la nécessité de partir « des réalités sur le terrain », c’est-à-dire de sa position de force sur le plan militaire. On peut regrouper en cinq points, les exigences avancées par la Russie (ces points peuvent varier quelque peu, mais l’essentiel demeure : 

  1. Renonciation de l’Ukraine à toute forme d’adhésion à l’OTAN.
  2. Plafonnement des effectifs militaires ukrainiens.
  3. Reconnaissance de la souveraineté russe sur la Crimée (2014) et les quatre régions annexées en 2022 (Kherson, Zaporijia, Donetsk, Lougansk), même si Moscou ne contrôle pas tout le territoire de chacune d’elle.
  4. Interdiction de toute base ou présence militaire étrangère en Ukraine.
  5. Garanties pour les russophones et la langue russe.
  6. Interdiction de glorifier certaines figures historiques (comme Stepan Bandera).5

En septembre 2025, la situation du conflit Russie-Ukraine apparaître complètement bloquée, sans perspective immédiate de paix négociée : les négociations sont officiellement en « pause », et les positions en présence apparaissent à la fois rigides et irréconciliables. En revanche, le front militaire est actif et seule la poursuite des opérations semble susceptible décider de l’issue du conflit. En effet, nonobstant la fourniture massive d’armes et de munitions par les pays occidentaux, l’Ukraine perd tous les jours du terrain, mais son armée ne s’effondre pas. La Russie domine le champ de bataille, mais ne parvient pas à opérer une percée décisive. Chacune des deux parties imagine qu’elle peut l’emporter sur le terrain. Toutefois, face à la puissance russe, tout indique que l’Ukraine seule ne peut l’emporter. Voilà pourquoi l’Ukraine joue aujourd’hui plus que jamais la carte de l’internationalisation du conflit avec tous les risques que cela comporte (tout porte à croire que le déroutage des drones russes aux frontières polonaise et roumaine pourrait avoir été conçu dans ce but). À ce stade, très peu d’espace politique existe pour une médiation extérieure : la méfiance est mutuelle, chaque camp pariant sur l’usure ou un tournant militaire pour modifier le rapport de forces

Sources

SlideShare : https://www.slideshare.net/slideshow/a-draft-ukraine-russia-treaty-from-april-2022/269699158

New York Times : https://www.nytimes.com/interactive/2024/06/15/world/europe/ukraine-russia-ceasefire-deal.html

Presidência da República Federativa do Brasil: https://www.gov.br/planalto/en/latest-news/2024/05/brazil-and-china-present-joint-proposal-for-peace-negotiations-with-the-participation-of-russia-and-ukraine


Notes


  1. Zhang Han, « La Chine et le Brésil proposent une feuille de route pour résoudre la crise ukrainienne », Histoire et société, 25 mai 2024. ↩︎
  2. Christophe Ventura, « Le Brésil et la guerre en Ukraine, une illustration de la position des pays du Sud face aux évolutions de l’ordre international », IRIS, 10 mai 1022. ↩︎
  3. « Selon l’Ukraine, l’initiative de paix sino-brésilienne ne fait que créer l’illusion du dialogue », Ukrinform, 29 septembre 2024. ↩︎
  4. “Explainer: What is Zelenskiy’s 10-point peace plan?”, Reuters, December 28, 2022. ↩︎
  5. Igor Delanoë, « Quelles perspectives face aux négociations russo-ukrainiennes restées infructueuses ? », IRIS, 11 juin 2025. ↩︎